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INTRODUCTION

Section 1. Définition de la Pénologie


1.1 l’objet de la pénologie
1.2 Les rapports entre la pénologie et les autres disciplines des sciences criminelles
a. Entre pénologie et droit pénal
b. Entre pénologie et procédure pénal
c. Entre pénologie et sciences sociales
Section 2. la notion de la peine
Section 3. Les sources textuelles de la pénologie
3.1 Les sources internes
a. La Constitution
b. La Loi
c. Le Règlement
3.2 Les sources internationales
a. Les recommandations du conseil de l’Europe
b. La convention européenne des droits de l’homme
c. Les autres dispositions internationales
INTRODUCTION
Section 1. Définition de la Pénologie
1.1 l’objet de la pénologie

 — Dans toutes les sociétés humaines, la délinquance et la déviance provoquent


ce qu’on appelle une réaction sociale

 D'abord spontanée : la vengeance privée ou les scènes de lynchage de certains


individus ayant commis un crime par la foule

 La prohibition de la vengeance privée à partir du XIIIe s.

 Une réaction sociale qui procède désormais en deux temps :

- Un jugement : le prononcé de la culpabilité


- Une condamnation à une peine

 Définition de la pénologie

 Étymologie :

-latin “poena” qui signifie "peine"


-grec “logos” qui signifie "discours“
 

 Une discipline dénommée science pénitentiaire jusque dans les années 1970 car
la pénalité se résumait essentiellement aux peines privatives de liberté
 Ensuite sont apparus 2 principes essentiels en droit de la peine
 le principe d’individualisation des peines : il faut trouver une peine juste et
adaptée à l’infraction commise et au profil du délinquant
 le principe de traitement des délinquants : le système pénal a pour charge de
réinsérer le délinquant pour qu’il ne récidive pas

 Une diversification progressive des peines avec l'instauration d'alternatives à


l’incarcération et des aménagements de peine

 La substitution de la Pénologie :
 Une étude de la peine, du traitement pénal de la délinquance et des délinquants
 Une science sociale qui rend compte des pratiques pénales, c'est-à-dire des
punitions infligées aux délinquants
 Elle inclut tous les travaux qui conçoivent la pénalité comme un phénomène social
et qui tentent d'identifier les fonctions sociales de l‘institution pénale.
 Elle étudie les buts, les fonctions ou encore le régime des peines.
 Elle étudie aussi les méthodes utilisées pour réadapter les délinquants

 Une discipline complexe qui comprend plusieurs branches:

 L’étude des buts et des fonctions de la peine (la rétribution, la neutralisation, la


réinsertion, etc.).

 La technique de l’administration de la peine : Quels sont les pouvoirs du juge


dans la choix de la peine ? Quelle est l’influence de la récidive pour la détermination de
la peine? Etc.
 Le droit et pratiques de l’exécution des peines : modes de prise en charge des
détenus au sein des établissements pénitentiaires, procédés d’aménagement de la
peine, etc.

 L’ensemble des méthodes de réadaptation sociale de condamnés dans l’objectif


de prévenir la récidive : formation et travail dans les prisons, dispositifs de soin, etc.

1.2 Les rapports entre la pénologie et les autres disciplines des sciences criminelles
a. Entre pénologie et droit pénal
Le double rôle du droit pénal :

 Définir les agissements considérés comme nuisibles à la société

 
Il est possible de mettre en évidence trois fonctions essentielles du droit pénal.

 La première est sans aucun doute sa fonction répressive. Le droit pénal est
élaboré pour sanctionner dans l’intérêt général certains comportements dangereux
pour l’ordre public ou contraires aux exigences de la vie en société.

 Sa deuxième fonction est, en réprimant les atteintes qui leur sont portées,
d’exprimer les valeurs essentielles de la société. Il a donc une fonction expressive. Les
incriminations pénales, et les peines qui leur sont associées, témoignent de l’importance
accordée par le législateur au respect de certaines valeurs. Ainsi, le fait de tuer
quelqu’un et puni bien plus lourdement que le fait de voler. Le droit pénal se présente
finalement comme une hiérarchisation sociale de certaines valeurs.

 Enfin, sa troisième fonction est protectrice. Il protège bien sûr la société contre la
délinquance mais également les citoyens, qu’ils soient ou non auteurs d’infractions,
contre les abus de la répression. Il a pour objet immédiat de protéger la société de
manière à assurer la sécurité sans laquelle aucune liberté ne peut être pleinement
exercée. Mais en même temps qu’il permet la répression, le droit pénal la régule. En
cela, il est une garantie fondamentale de la liberté individuelle le droit pénal des
sociétés démocratiques est en effet dominé par le principe de la légalité des délits et
des peines, héritée du siècle des lumières, de la pensée de Montesquieu (l’esprit des
lois, 1748) et de Beccaria (traité des délits et des peines, 1764). Ce principe est inscrit à
l’article 8 de la déclaration des droits de l’homme ainsi que dans de nombreux textes
internationaux, dont la Convention européenne des droits de l’homme. Il signifie que
nul ne peut être condamné pour un fait acquis, au moment où il a été commis, ne
constituait pas une infraction selon le droit alors en vigueur.

 Indiquer les peines auxquelles s’exposent les individus qui commettent de tels
agissements

 
Selon la gravité des faits, le droit français retient une classification tripartite des
infractions : Article 111-1 du code pénal

 Les contraventions : les faits perçus comme les moins graves


 Les délits : les faits moyennement graves
 Les crimes : les faits les plus graves

Cette distinction est importante du point de vue des peines qui peuvent être
prononcées, nous y reviendrons, mais aussi sur le plan de la procédure, notamment
quant à la juridiction compétente. De façon très schématique, car il y a en réalité des
juridictions spécialisées (comme les juridictions pour mineurs) :

 les contraventions : le tribunal de police


 les délits : le tribunal correctionnel
 les crimes : la cour d’assises

Pour les étudiants sociologues : quelques notions de base sur les ordres juridictionnels
et les différentes juridictions
En France, la justice se compose de deux ordres de juridiction bien distincts :
 
- l'ordre judiciaire : Les juridictions de l'ordre judiciaire règlent les litiges opposant les
citoyens entre eux et sanctionnent les auteurs d'infractions aux lois pénales. Il regroupe
donc les juridictions civiles et les juridictions pénales.
 
- l'ordre administratif : les juridictions de l'ordre administratif, jugent les litiges
opposant un citoyen à l'Etat, à une collectivité territoriale ou à un organisme chargé
d'une mission de service public.

Schéma de l'organisation judiciaire

Les Apports du droit pénal à la pénologie

 Une délimitation de son champ d’étude : les peines définies dans le Code pénal

 Une détermination :

 des conditions générales de leur prononcé

La pénologie s’appuie sur le droit pénal pour savoir qui peut être condamné à telle ou
telle peine : les personnes physiques majeures, les mineurs, les personnes morales. Elle
s’appuie sur le droit pénal pour savoir quelles sont les peines qui s’appliquent à telle ou
telle incrimination (criminelles, délictuelles, contraventionnelles).

 des principales formes qu’elles revêtent

 de leurs implications pour l’avenir (récidive, casier judiciaire, etc.)


 Au-delà, des enseignements sur les buts et les fonctions de la peine

Ex :L'article 132-24 du Code pénal, remplacé en 2014 par les articles 130-1 et 132-1

Avant 2014 : Art. 132-24 du Nouveau Code pénal 


       « Dans les limites fixées par la loi, la juridiction prononce les peines et fixe leur
régime en fonction des circonstances de l'infraction et de la personnalité de son auteur.
Lorsque la juridiction prononce une peine d'amende, elle détermine son montant en
tenant compte également des ressources et des charges de l'auteur de l'infraction.
  
            La nature, le quantum et le régime des peines prononcées sont fixés de manière à
concilier la protection effective de la société, la sanction du condamné et les intérêts de
la victime avec la nécessité de favoriser l'insertion ou la réinsertion du condamné et de
prévenir la commission de nouvelles infractions. »

Cet article nous renseigne bien sur la philosophie pénale qui régit notre système de
justice :

 le principe d’individualisation ou de personnalisation des peines : la peine doit


être adaptée à la personnalité du délinquant
 Une peine qui doit concilier 5 objectifs :
 la protection de la société
 la sanction du condamné
 la défense des intérêts de la victime
 la réinsertion
 la prévention de la récidive

Réforme : la loi du 15 août 2014 : remplacement de l’article 132-24 par :

Article 130-1 Code pénal


Afin d'assurer la protection de la société, de prévenir la commission de nouvelles
infractions et de restaurer l'équilibre social, dans le respect des intérêts de la victime, la
peine a pour fonctions :
1° De sanctionner l'auteur de l'infraction ;
2° De favoriser son amendement, son insertion ou sa réinsertion.

Article 132-1 Code pénal


Toute peine prononcée par la juridiction doit être individualisée.
Dans les limites fixées par la loi, la juridiction détermine la nature, le quantum et le
régime des peines prononcées en fonction des circonstances de l'infraction et de la
personnalité de son auteur ainsi que de sa situation matérielle, familiale et sociale,
conformément aux finalités et fonctions de la peine énoncées à l'article 130-1.

Comment trouver et analyser les motivations du législateur ? : Les débats


parlementaires

Exemple de la loi Taubira de 2014 :

Assemblée Nationale

Sénat

Les infractions, et les peines associées, se situent pour la plupart dans le code pénal.

Mais ATTENTION, on peut trouver des infractions pénales dans d'autres codes (du
travail, de commerce, etc.).

CODE PÉNAL

Titre III : Des peines (Article 130-1

Chapitre Ier : De la nature des peines

Section 1 : Des peines applicables aux personnes physiques

Sous-section 1 : Des peines criminelles (Articles 131-1 à 131-2

Sous-section 2 : Des peines correctionnelles (Articles 131-3 à 131-9


Sous-section 3 : Des peines complémentaires encourues pour certains crimes ou délits
(Articles 131-10 à 131-11

Sous-section 4 : Des peines contraventionnelles (Articles 131-12 à 131-18

Sous-section 5 : Du contenu et des modalités d'application de certaines peines (Articles


131-19 à 131-36

Sous-section 6 : Du suivi socio-judiciaire (Articles 131-36-1 à 131-36-8

Sous-section 7 : Du placement sous surveillance électronique mobile à titre de mesure


de sûreté (Articles 131-36-9 à 131-36-13

Section 2 : Des peines applicables aux personnes morales

Sous-section 1 : Des peines criminelles et correctionnelles (Articles 131-37 à 131-39-2

Sous-section 2 : Des peines contraventionnelles (Articles 131-40 à 131-44-1

Sous-section 3 : Du contenu et des modalités d'application de certaines peines (Articles


131-45 à 131-49

Chapitre II : Du régime des peines (Article 132-1

Section 1 : Dispositions générales

Sous-section 1 : Des peines applicables en cas de concours d'infractions (Articles 132-2 à


132-7

Sous-section 2 : Des peines applicables en cas de récidive

Paragraphe 1 : Personnes physiques (Articles 132-8 à 132-11

Paragraphe 2 : Personnes morales (Articles 132-12 à 132-15

Paragraphe 3 : Dispositions générales (Articles 132-16 à 132-16-5


Sous-section 3 : Des peines applicables en cas de réitération d'infractions (Article 132-
16-7

Sous-section 4 : Du prononcé des peines (Articles 132-17 à 132-22

Sous-section 5 : De la période de sûreté (Article 132-23

Sous-section 6 : Des effets des condamnations prononcées par les juridictions pénales
d'un Etat membre de l'Union européenne (Articles 132-23-1 à 132-23-2

Section 2 : Des modes de personnalisation des peines (Article 132-24

Sous-section 1 : De la semi-liberté, du placement à l'extérieur et du placement sous


surveillance électronique

Paragraphe 1 : De la semi-liberté et du placement à l'extérieur (Articles 132-25 à 132-26

Paragraphe 2 : Du placement sous surveillance électronique (Articles 132-26-1 à 132-26-


3

Sous-section 2 : Du fractionnement des peines (Articles 132-27 à 132-28

Sous-section 3 : Du sursis simple (Article 132-29

Paragraphe 1 : Des conditions d'octroi du sursis simple (Articles 132-30 à 132-34

Paragraphe 2 : Des effets du sursis simple (Articles 132-35 à 132-39

Sous-section 4 : Du sursis avec mise à l'épreuve

Paragraphe 1 : Des conditions d'octroi du sursis avec mise à l'épreuve (Articles 132-40 à
132-42

Paragraphe 2 : Du régime de la mise à l'épreuve (Articles 132-43 à 132-46


Paragraphe 3 : De la révocation du sursis avec mise à l'épreuve en cas de nouvelle
infraction (Articles 132-47 à 132-51

Paragraphe 4 : Des effets du sursis avec mise à l'épreuve (Articles 132-52 à 132-53

Sous-section 5 : Du sursis assorti de l'obligation d'accomplir un travail d'intérêt général


(Articles 132-54 à 132-57

Sous-section 6 : De la dispense de peine et de l'ajournement (Article 132-58

Paragraphe 1 : De la dispense de la peine (Article 132-59

Paragraphe 2 : De l'ajournement simple (Articles 132-60 à 132-62

Paragraphe 3 : De l'ajournement avec mise à l'épreuve (Articles 132-63 à 132-65

Paragraphe 4 : De l'ajournement avec injonction (Articles 132-66 à 132-70

Paragraphe 5 : De l'ajournement aux fins d'investigations sur la personnalité ou la


situation matérielle, familiale et sociale (Articles 132-70-1 à 132-70-2

Paragraphe 6 : De l'ajournement aux fins de consignation d'une somme d'argent (Article


132-70-3

Section 3 : De la définition de certaines circonstances entraînant l'aggravation, la


diminution ou l'exemption des peines (Articles 132-71 à 132-80

Chapitre III : De l'extinction des peines et de l'effacement des condamnations (Article


133-1

Section 1 : De la prescription (Articles 133-2 à 133-6

Section 2 : De la grâce (Articles 133-7 à 133-8

Section 3 : De l'amnistie (Articles 133-9 à 133-11

Section 4 : De la réhabilitation (Articles 133-12 à 133-17


b. Entre pénologie et procédure pénal
La pénologie entretient des rapports étroits avec la procédure pénale, essentiellement
en ce qui concerne l’exécution des peines.

En 1958, a été instauré dans le code de procédure pénale un livre consacré aux
« procédures d’exécution » : règles qui définissent la mise à exécution et le
déroulement de la peine une fois celle-ci prononcée par les juridictions de jugement.

On y trouve les règles relatives :

 aux principes généraux de l’exécution des sentences pénales : des peines


privatives de liberté, de la libération conditionnelle, du régime de la période de sûreté,
du placement sous surveillance électronique, etc.

Comme le code pénal, le code de procédure pénale permet de déterminer le sens de la


peine et de l'exécution de la peine :article 707 du Code de procédure pénale

II. - Le régime d'exécution des peines privatives et restrictives de liberté vise à préparer
l'insertion ou la réinsertion de la personne condamnée afin de lui permettre d'agir en
personne responsable, respectueuse des règles et des intérêts de la société et d'éviter
la commission de nouvelles infractions.
Ce régime est adapté au fur et à mesure de l'exécution de la peine, en fonction de
l'évolution de la personnalité et de la situation matérielle, familiale et sociale de la
personne condamnée, qui font l'objet d'évaluations régulières.
III. - Toute personne condamnée incarcérée en exécution d'une peine privative de
liberté bénéficie, chaque fois que cela est possible, d'un retour progressif à la liberté
en tenant compte des conditions matérielles de détention et du taux d'occupation de
l'établissement pénitentiaire, dans le cadre d'une mesure de semi-liberté, de placement
à l'extérieur, de placement sous surveillance électronique, de libération conditionnelle ou
d'une libération sous contrainte, afin d'éviter une remise en liberté sans aucune forme
de suivi judiciaire.
 au rôle et aux prérogatives du ministère public, du parquet, dans la mise à
exécution des peines

Pour les étudiants sociologues : précisions sur les magistrats du parquet dans la
Section 2 de l'introduction - la notion de peine.

 à la nature et à l’étendue des attributions des juridictions de l’application des


peines

Schéma sur les phases de la procédure pénale

 à l'organisation, les missions, les attributions et les pouvoirs de l’administration


pénitentiaire

CODE DE PROCÉDURE PÉNALE

Livre V : Des procédures d'exécution Titre Ier : De l'exécution des sentences pénales

Chapitre Ier : Dispositions générales (Articles 707 à 712

Chapitre II : Des juridictions de l'application des peines

Section 1 : Etablissement et composition (Articles 712-1 à 712-3

Section 2 : Compétence et procédure devant les juridictions du premier degré (Articles


712-4 à 712-10

Section 3 : De la procédure en cas d'appel (Articles 712-11 à 712-15

Section 4 : Dispositions communes (Articles 712-16 à 712-23

......
Titre Ier bis : De la contrainte pénale (Articles 713-42 à 713-49

Titre II : De la détention

Chapitre Ier : De l'exécution de la détention provisoire (Articles 714 à 716

Chapitre II : De l'exécution des peines privatives de liberté

Section 1 : Dispositions générales (Articles 716-1 à 719-1


)
Section 1 bis : De la libération sous contrainte (Article 720
)
Section 2 : De la suspension et du fractionnement des peines privatives de liberté
(Articles 720-1 à 720-1-1
)
Section 3 : De la période de sûreté (Articles 720-2 à 720-5
)
Section 4 : Des réductions de peines (Articles 721 à 721-3
)
Section 5 : Du placement à l'extérieur, de la semi-liberté, des permissions de sortir et
des autorisations de sortie sous escorte (Articles 723 à 723-6
)
Section 6 : Du placement sous surveillance électronique (Articles 723-7 à 723-13-1
)
Section 7 : Des procédures simplifiées d'aménagement des peinesParagraphe 1 :
Dispositions applicables aux condamnés libres (Articles 723-15 à 723-18
)
Section 9 : Dispositions relatives à la surveillance judiciaire de personnes dangereuses
condamnées pour crime ou délit (Articles 723-29 à 723-39

Chapitre III : Des dispositions communes aux différents établissements pénitentiaires


(Articles 724 à 728

Chapitre IV : Des valeurs pécuniaires des détenus (Article 728-1

Chapitre V : Du transfèrement des personnes condamnées (Articles 728-2 à 728-9


Titre III : De la libération conditionnelle (Articles 729 à 733

Titre III bis : Du travail d'intérêt général (Articles 733-1 à 733-2

Titre IV : Du sursis et de l'ajournement (Article 734

Chapitre Ier : Du sursis simple (Articles 735 à 736

Chapitre II : Du sursis avec mise à l'épreuve (Articles 739 à 747

Chapitre III : Du sursis assorti de l'obligation d'accomplir un travail d'intérêt général


(Articles 747-1 à 747-2

Chapitre IV : De l'ajournement (Articles 747-3 à 747-4

Titre V : De la reconnaissance de l'identité des individus condamnés (Article 748

Titre VI : De la contrainte judiciaire (Articles 749 à 762

Titre VII : De l'interdiction de séjour (Articles 762-1 à 763

Titre VII bis : Du suivi socio-judiciaire (Articles 763-1 à 763-9

Titre VII ter : Du placement sous surveillance électronique mobile à titre de mesure de
sûreté (Articles 763-10 à 763-14

Titre VIII : Du casier judiciaire (Articles 768 à 781

Titre IX : De la réhabilitation des condamnés (Articles 782 à 783

Chapitre Ier : Dispositions applicables aux personnes physiques (Articles 785 à 798-1

Chapitre II : Dispositions applicables aux personnes morales (Article 799

c. Entre pénologie et sciences sociales


 Les liens avec la criminologie

Pour lutter efficacement contre la récidive et définir des peines adéquates, il est
nécessaire de connaître les facteurs de délinquance et le processus de l’action
criminelle.

Les enseignements de la criminologie sont essentiels pour appréhender des objets


d’étude essentiels de la pénologie :

 L'efficacité des peines selon les types d'infractions et les types de délinquants

 L'efficacité des autres modes de traitement des condamnés (soin, travail et


formation, etc.)

La pénologie et la criminologie sont notamment reliées par l’intermédiaire d’une


branche importante de la criminologie : la criminologie clinique.

La criminologie clinique consiste en une approche multidisciplinaire des cas individuels,


dans un objectif de traitement et de prévention de la récidive. Elle vise à formuler un
avis sur un délinquant, avis qui comporte un diagnostic, un pronostic et éventuellement
propose un traitement. A partir du moment où la criminologie clinique vise à déterminer
les mesures susceptibles d’éloigner un délinquant de la récidive, ses rapports avec la
pénologie sont évidents.

On retrouve ainsi l'importance de la criminologie dans le cadre des expertises


psychiatriques et psychologiques ordonnées durant le processus pénal, pour éclairer le
juge sur le choix de la peine, d'une libération anticipée, etc.

 Les liens avec d'autres sciences sociales

Au-delà des disciplines juridiques, il faut bien comprendre que les savoirs sur la peine
sont extrêmement fragmentés. Lorsque l’on mène des recherches en pénologie, il faut
être attentif aux enseignements de la philosophie, de l’histoire, de la sociologie, de la
science politique, etc.

-L’histoire pour étudier les évolutions de la pénalité et du traitement des délinquants.

-La philosophie pour étudier les rationalités pénales, les fondements, le sens et les
fonctions de la peine. Platon, Hobbes, Aristote, Saint-Augustin, Kant, Bentham et bien
d’autres ont développé différentes conceptions de l’homme criminel et du crime. Ces
conceptions influencent considérablement les fondements de la peine.

-La sociologie pour étudier les pratiques pénales par le biais d'études empiriques.

Il faut donc, comme pour la criminologie, adopter une démarche multidisciplinaire.

-les étudiants juristes doivent s'ouvrir aux sciences sociales.

-les sociologues doivent s'ouvrir à l'approche juridique : on ne peut pas comprendre


nombre de pratiques pénales sans connaître les règles qui s'imposent aux magistrats.

Section 2. la notion de la peine

 Définition
 Étymologie : la peine est la rançon de l’acte antisocial commis
 Juridique : toute sanction liée à une incrimination pénale et prononcée par une
juridiction pénale

 Une distinction nécessaire entre peine et sanction : Il existe d’autres formes


juridiques de sanction dont la nature n’est pas toujours clairement déterminée ni même
déterminable

 des sanctions non pénales : des sanctions « administratives à caractère


répressif »
L’administration dispose en effet de pouvoirs propres de sanction en matière fiscale,
dans les domaines de la santé, de l’environnement, de la circulation et des transports,
de l’information et de la communication, de la bourse et des assurances, etc. 

Certaines autorités administratives indépendantes disposent également de prérogatives


de sanction : l’Autorité des marchés financiers, la Commission de contrôle des
assurances, le Conseil de la concurrence, le Conseil supérieur de l’audiovisuel, CNIL,
HADOPI, etc.

On ne parle pas de sanction pénale car :

 elles ne sanctionnent pas des infractions au sens du droit pénal

et

 elles ne sont pas prononcées par des juridictions pénales.

Toutefois, la frontière qui sépare la répression pénale de la répression administrative est


mince. Les sanctions administratives sont des instruments :

 de dépénalisation (lorsqu’elles remplacent une incrimination pénale)


 de pénalisation intermédiaire (lorsqu’elles sanctionnent un fait précédemment
légal)
 de pénalisation complémentaire lorsqu’elles accompagnent une sanction pénale

Pour approfondir :
Rosenfeld Emmanuel, Veil Jean, « Sanctions administratives, sanctions pénales
 », Pouvoirs, 2009/1 (n° 128), p. 61-73.

 des sanctions pénales qui ne sont pas des peines au sens strict

En effet, toutes les sanctions pénales ne font pas l’objet d’un prononcé par un juge
pénal, à l’issue d’une procédure contradictoire.
Généralement, ces sanctions pénales visent un évitement du procès pénal.

Elles visent bien à sanctionner une infraction pénale, mais ces sanctions ne sont pas
prononcées par un juge, mais par un magistrat du parquet.

Précisions pour les non juristes :

Il y a deux catégories de magistrats professionnels formés dans la même école (ENM)


et susceptibles d’exercer les deux fonctions durant leur carrière (unité de corps)

 Les magistrats du siège


 Chargés de dire le droit, de prononcer la culpabilité et la peine
 Des magistrats indépendants (absence d’instructions hiérarchiques, inamovibilité,
nomination sur avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature, etc.)

 Les magistrats du parquet : le ministère public

 Missions :
 Diriger la police judiciaire, les enquêtes
 Exercer l’action publique
 Principe de l’opportunité des poursuites : le Procureur peut classer une affaire,
même si tous les éléments de preuve sont réunis
 Le Parquet est également libre de choisir la procédure de jugement, voire
certaines sanctions
 En cas de poursuites, requérir auprès des magistrats du siège l’application de la
loi, de requérir une peine au nom de la société
 Mettre à exécution les peines prononcées par les juridictions de jugement
 Représenter l’institution judiciaire dans les dispositifs partenariaux au niveau local
(avec les élus, les associations, etc.)

 Statut :
 Une moindre indépendance que les magistrats du siège du fait des règles de
nomination et d’avancement. Au point que la Cour européenne des droits de l’homme a
contesté l’appartenance du parquet français à « l’autorité judiciaire »

 Un parquet hiérarchisé, sous la direction du ministre de la justice


 Article 33 du Code de procédure pénale (CPP) : « Il est tenu de prendre des
réquisitions écrites conformes aux instructions qui lui sont données […]. Il développe
librement les observations orales qu'il croit convenables au bien de la justice.

 Des instructions reçues de leur supérieur hiérarchique : le procureur général (au


niveau de chaque Cour d’appel)
 Article 36 CPP : « Le procureur général peut enjoindre aux procureurs de la
République, par instructions écrites et versées au dossier de la procédure, d'engager ou
de faire engager des poursuites ou de saisir la juridiction compétente de telles
réquisitions écrites que le procureur général juge opportunes. »

 Des instructions du procureur général elles-mêmes définies sur la base de la


politique pénale du Ministre de la justice
 Article 39-1 CPP : « En tenant compte du contexte propre à son ressort, le
procureur de la République met en œuvre la politique pénale définie par les instructions
générales du ministre de la justice, précisées et, le cas échéant, adaptées par le
procureur général. »
 En revanche suppression en 2013 de la possibilité pour le ministre de la Justice
d’adresser des instructions individuelles.

Schéma du processus pénal 1

Or les magistrats du parquet ont des pouvoirs de sanction, parfois mis en œuvre par
d'autres institutions.

Les transactions pénales 


C'est une procédure par laquelle certaines administrations (administration fiscale,
douanes, et désormais la police
) peuvent proposer au délinquant l’abandon des poursuites pénales en contrepartie de
l’aveu de l’infraction et du versement d’une somme d’argent dont elles fixent le
montant.

Les alternatives aux poursuites

Depuis le début des années 1990, les magistrats du parquet ont récupéré de plus en
plus de pouvoirs, y compris dans le champ des sanctions, avec pour objectif de
désengorger les juridictions de jugement des petites affaires de faible gravité.

On appelle ces sanctions des alternatives aux poursuites.

Ce ne sont pas des peines au sens strict, car le procureur décide seul de la sanction, qui
n’est donc pas prononcée par une juridiction de jugement. Juridiquement, il s’agit
même de classements sans suite.

Plusieurs objectifs affichés :

 —Répondre à toutes les infractions, même de faible gravité


 —Assurer la célérité de la réponse pénale
 —Adapter la réponse pénale aux faits de faible gravité

Article 40-1 CPP


Lorsqu'il estime que les faits qui ont été portés à sa connaissance […] constituent une
infraction […] pour laquelle aucune disposition légale ne fait obstacle à la mise en
mouvement de l'action publique, le procureur de la République territorialement
compétent décide s'il est opportun :
                 1° Soit d'engager des poursuites ;
                 2° Soit de mettre en oeuvre une procédure alternative aux poursuites
                 3° Soit de classer sans suite la procédure dès lors que les
circonstances   particulières liées à la commission des faits le justifient.

Les différentes alternatives aux poursuites : Art. 41-1 CPP


Les alternatives aux poursuites visent les affaires dans lesquelles les poursuites pénales
semblent inadaptées ou trop sévères. Plutôt que de renvoyer le mis en cause devant
une juridiction de jugement, le parquet peut privilégier une mesure dite de « troisième
voie » lorsqu’il estime qu’une telle mesure est suffisante pour :
      -mettre fin au trouble résultant de l’infraction,
      -assurer la réparation du dommage causé à la victime
      -et contribuer au reclassement de l’auteur des faits
 
Selon les cas, ces alternatives peuvent être réalisées par :
-Un officier de police judiciaire
-Un délégué du procureur :
-Soit une personne physique directement recrutée par le procureur (par ex. : un ancien
policier, ancien magistrat, etc.)
-Soit un professionnel d’une association socio-judiciaire partiellement financée par la
juridiction

Les rappels à la loi

Le rappel à la loi consiste, « dans le cadre d’un entretien solennel, à signifier à l’auteur la
règle de droit, la peine prévue et les risques de sanction encourue en cas de réitération
des faits. Il doit favoriser une prise de conscience chez l’auteur des conséquences de son
acte, pour la société, pour la victime et pour lui-même sans se réduire à de simples
considérations morales ».
Circulaire du 16 mars 2004 relative à la politique pénale en matière de réponses
alternatives aux poursuites et de recours aux délégués du procureur, Bulletin Officiel du
ministère de la Justice, 2004, 93.

Les classements conditionnels


—

 —Les désintéressements à la demande du parquet : le procureur subordonne le


classement à la réparation du dommage du plaignant (restitution de l’objet
frauduleusement soustrait, dédommagement pécuniaire).

 —Les régularisations à la demande du parquet : Le procureur subordonne le


classement à la régularisation de la situation constitutive de l’infraction, autrement dit
exige de l’auteur une mise en conformité avec la loi après qu’une infraction ait été
relevée à son encontre (en souscrivant, par exemple, une assurance pour son véhicule
en cas de défaut d’assurance). Cette disposition peut viser des consommateurs de
stupéfiants et prend alors la forme de tests médicaux destinés à prouver l’interruption
de la consommation.

 Les orientations sanitaires et sociales : Le procureur demande à l’auteur des faits


de prendre contact avec une structure sanitaire et sociale pour un simple rendez-vous,
puis de transmettre une preuve concrète de l’accomplissement de cette démarche
(attestation fournie par la structure). Même si le public privilégié est celui des usagers
de stupéfiants, il ne s’agit pas d’obligations de soin.

L’injonction thérapeutique
 
 Il s’agit d’une obligation de soin, que le parquet propose en contrepartie d’un
classement sans suite. La durée de la mesure est de six mois, renouvelable trois fois. Le
parquet classera l’affaire si le prévenu se soumet à la mesure d'injonction thérapeutique
et la suit jusqu'à son terme.

La médiation pénale

La médiation prend la forme d’une ou plusieurs rencontres volontaires entre l’auteur


des faits et la victime, en la présence d’un tiers neutre (le médiateur) animant les
débats. L’objectif est qu’ils discutent des conséquences de l’infraction et aboutissent à
un accord pour réparer le préjudice de la victime et/ou éviter la réitération des faits. Cet
accord peut donner lieu à une réparation pécuniaire, à un travail de réparation effectué
au profit de la victime, à la restitution des objets volés, à des excuses orales ou écrites,
etc.

Les stages
Plusieurs types de stages :
-de sensibilisation à la sécurité routière
-de citoyenneté
-de sensibilisation aux dangers des produits stupéfiants
-de responsabilité parentale
-de responsabilisation pour la prévention et la lutte contre les violences au sein du
couple et sexistes

Si chaque dispositif présente des spécificités en termes de public-cible, d’objectifs et de


contenu, tous s’apparentent à des « cours », répartis sur une ou plusieurs journées,
durant lesquels divers intervenants (médecins, travailleurs sociaux, policiers, délégués
du procureur, élus, etc.) s’efforcent de transmettre aux « stagiaires » des informations
et des messages de prévention relatifs aux enjeux sanitaires, sociaux et pénaux des
comportements incriminés.

Le coût du stage (variable selon les sites, mais en moyenne environ 250€) est le plus
souvent à la charge du prévenu.

La composition pénale : article 41-2 CPP

La composition pénale, introduite en 1999 et définie à l’article 41-2 du CPP, constitue la


plus sévère des alternatives aux poursuites, de sorte qu’elle doit, à la différence des
autres alternatives, être validée par un magistrat du siège.

Les sanctions qui peuvent être prononcées dans ce cadre s’apparentent fortement à des
peines stricto sensu : amende de composition, remise du permis de conduire, travail non
rémunéré, etc.

Ce dispositif constitue donc un échelon intermédiaire entre les simples alternatives et le


renvoi devant une juridiction de jugement.

À la différence des autres alternatives, les mesures de composition pénale sont


également inscrites au casier judiciaire.

Une alternative spécifique aux mineurs : la mesure de réparation pénale : article 12-1
de l’Ordonnance du 2 février 1945

En contrepartie du classement, le mineur va devoir effectuer une activité d’aide ou de


réparation au profit de la victime ou dans l’intérêt de la collectivité (dans une école, à la
SEMITAN, etc.).

Schéma récapitulatif 2
Ces alternatives aux poursuites portent plutôt mal leur nom, car il s'agit plutôt d'une
alternative au classement sans suite, qui ont considérablement diminué depuis.

Document 3

Depuis, elles représentent une part importante des réponses pénales : environ 40%.

Document 4 - Ensemble des affaires

Document 5 - Mineurs

Section 3. Les sources textuelles de la pénologie


3.1 Les sources internes
a. La Constitution
A titre préliminaire pour les étudiants sociologues : la hiérarchie des normes
Schéma de la pyramide des normes

Texte de la Constitution de 1958

Certains articles de la constitution de 1958 concernent directement le droit pénal et


plus précisément la pénologie.

 —Art. 34

 « La loi est votée par le Parlement. La loi fixe les règles concernant : […] la
détermination des crimes et délits ainsi que les peines qui leur sont applicables ; la
procédure pénale ; l'amnistie ; la création de nouveaux ordres de juridiction et le statut
des magistrats
—

 Art. 66

 « Nul ne peut être arbitrairement détenu. L'autorité judiciaire, gardienne de la liberté


individuelle, assure le respect de ce principe dans les conditions prévues par la loi. »
—

 —Art. 66-1 (loi n° 2007-239 du 23 février 2007)

  « Nul ne peut être condamné à la peine de mort »

—Il faut ajouter l’influence du bloc de constitutionnalité dans le contrôle de


constitutionnalité des lois : la D.D.H.C.

Texte de la DDHC

Ex. Art. 8 DDHC :


   «  la loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne
peut être puni qu’en vertu d’une loi établie et promulguée antérieurement au délit, et
légalement appliquée  ».

Cet article consacre :

 Le principes de légalité : pas d'infraction, pas de peine sans loi


 Le principe de nécessité ou de proportionnalité : les sanctions pénales doivent
être proportionnelles à la gravité des infractions qu’elles sanctionnent
 Le principe de non rétroactivité de la loi pénale plus sévère

Lorsque le Conseil constitutionnel est amené à se prononcer sur un texte de loi, il doit
vérifier sa conformité à l'aune du bloc de constitutionnalité.

Son contrôle est croissant depuis l'introduction des —questions prioritaires de


constitutionnalité (QPC)
b. La Loi

 —Des dispositions législatives contenues dans le Code pénal

 Des principes fondamentaux

Article 111-2
  La loi détermine les crimes et délits et fixe les peines applicables à leurs auteurs.
     Le règlement détermine les contraventions et fixe, dans les limites et selon les
distinctions établies par la loi, les peines applicables aux contrevenants.

Article 111-3
  Nul ne peut être puni pour un crime ou pour un délit dont les éléments ne sont pas
définis par la loi, ou pour une contravention dont les éléments ne sont pas définis par le
règlement.
     Nul ne peut être puni d'une peine qui n'est pas prévue par la loi, si l'infraction est un
crime ou un délit, ou par le règlement, si l'infraction est une contravention.

 Les autres dispositions intéressant la pénologie : règles de fond concernant les


différentes peines et leurs effets (cf. section 2)

 —Des dispositions législatives contenues dans le Code de procédure pénale


 Livre cinquième intitulé « des procédures d’exécution », qui concerne la phase
d'exécution de la peine.

 Des lois non codifiées : toutes les dispositions des lois ne sont pas toujours
intégrées dans les codes, par exemple certaines dispositions de :
 la loi pénitentiaire de 2009
 la loi Taubira de 2014
—Une place croissante est réservée à la loi dans le champ de l’application et de
l’exécution des peines. Jusqu’aux réformes de 2000 et 2004, les sources réglementaires
étaient prédominantes. Mais depuis les lois du 15 juin 2000 et du 9 mars 2004 (Perben
2), puis 2009, la loi a pris une place beaucoup plus importante.

c. Le Règlement

Les dispositions réglementaires sont adoptées par le pouvoir exécutif. Elles viennent
souvent détailler le contenu d'une loi (décret d'application).

Aujourd’hui encore, ces sources réglementaires conservent une place non négligeable.

Certaines dispositions sont codifiées dans la partie réglementaire du CPP.


-les décrets en Conseil d’État : article précédé de la lettre R - R55 et s.
-les décrets simples : article précédé de la lettre D - D48 et s.
-les arrêtés : article précédé de la lettre A - A38-2 et s.

Toutefois, toutes les dispositions de ces textes ne sont pas toujours codifiées.

Pour tous les textes de droit français, mais aussi la jurisprudence : v. le site legifrance

Pour toutes les recherches juridiques (outre les documents disponibles à la


bibliothèque) : accès par Nantilus (une fois connectés via nomade)
-Dalloz
-LexisNexis
3.2 Les sources internationales
a. Les recommandations du conseil de l’Europe
—Les Etats membres du Conseil de l’Europe
(47 États membres, à ne pas confondre avec l'Union Européenne) ont estimé nécessaire
d’établir des principes communs en matière de politique pénale et pénitentiaire.

—Ces recommandations n’ont pas une portée normative contraignante, mais une
portée incitative.
Elles sont élaborées en son sein par le Comité Européen pour les Problèmes Criminels
(CDPC)

Elles sont signées par les États, dont la France, qui s'engage donc (en théorie) à les
mettre en œuvre, malgré leur caractère incitatif.

Elles sont très nombreuses. Quelques exemples :

 Rec (89) 12 sur l’éducation en prison


 Rec (98) 7 relative aux aspects éthiques et organisationnels des soins de santé en
milieu pénitentiaire,
 Rec (99) 22 concernant le surpeuplement des prisons et l’inflation carcérale,
 Rec (2000)22 concernant l'amélioration de la mise en œuvre des règles
européennes sur les sanctions et mesures appliquées dans la Communauté
 Rec(2003)22 concernant la libération conditionnelle
 Rec(2003)23 concernant la gestion par les administrations pénitentiaires des
condamnés à perpétuité et des autres détenus de longue durée
 Recommandation CM/Rec(2014)4 relative à la surveillance électronique
  Recommandation CM/Rec(2014)3 relative aux délinquants dangereux
 Recommandation CM/Rec(2012)12 relative aux détenus étrangers
 Recommandation CM/Rec(2012)5 sur le Code européen de déontologie pour le
personnel pénitentaire
 Recommandation CM/Rec(2008)11 sur les Règles européennes pour les
délinquants mineurs faisant l’objet de sanctions ou de mesures

Deux recommandations sont essentielles pour ce cours (et pour les concours) :

 —Recommandation (2006)2 du 11 janvier 2006 qui actualise les Règles


pénitentiaires européennes

Extraits :
1. Les personnes privées de liberté doivent être traitées dans le respect des droits de
l’homme.
  2. Les personnes privées de liberté conservent tous les droits qui ne leur ont pas été
retirés selon la loi par la décision les condamnant à une peine d’emprisonnement ou les
plaçant en détention provisoire.
  3 Les restrictions imposées aux personnes privées de liberté doivent être réduites au
strict nécessaire et doivent être proportionnelles aux objectifs légitimes pour lesquelles
elles ont été imposées.
  4. Le manque de ressources ne saurait justifier des conditions de détention violant les
droits de l’homme.
  5. La vie en prison est alignée aussi étroitement que possible sur les aspects positifs de
la vie à l’extérieur de la prison.
  6. Chaque détention est gérée de manière à faciliter la réintégration dans la société
libre des personnes privées de liberté.
  7. La coopération avec les services sociaux externes et, autant que possible, la
participation de la société civile à la vie pénitentiaire doivent être encouragées.
  8. Le personnel pénitentiaire exécute une importante mission de service public et son
recrutement, sa formation et ses conditions de travail doivent lui permettre de fournir un
haut niveau de prise en charge des détenus.
  9 Toutes les prisons doivent faire l’objet d’une inspection gouvernementale régulière
ainsi que du contrôle d’une autorité indépendante.

 —Recommandation CM/Rec(2010)1 du Comité des Ministres aux Etats


membres sur les règles du Conseil de l’Europe relatives à la probation

Définitions
Probation  : ce terme décrit l’exécution en milieu ouvert de sanctions et mesures définies
par la loi et prononcées à l’encontre d’un auteur d’infraction. Elle consiste en toute une
série d’activités et d’interventions, qui impliquent suivi, conseil et assistance dans le but
de réintégrer socialement l’auteur d’infraction dans la société et de contribuer à la
sécurité collective.
Service de probation  : tout organisme désigné par la loi pour remplir les tâches et
responsabilités décrites ci-dessus. Suivant le système national, le travail du service de
probation peut également inclure la transmission d’informations et d’avis aux autorités
judiciaires et aux autres autorités décisionnaires pour les aider à prendre des décisions
équitables en connaissance de cause ; le conseil et l’assistance aux auteurs d’infraction
pendant leur détention pour préparer leur libération et leur réinsertion ; l’assistance aux
personnes en libération anticipée et leur contrôle  ; des interventions de justice
réparatrice  ; et l’offre d’une assistance aux victimes de crime.
Sanctions et mesures appliquées dans la communauté : sanctions et mesures qui
maintiennent l’auteur d’infraction dans la communauté et impliquent certaines
restrictions de liberté par l’imposition de conditions et/ou d’obligations. L’expression
désigne les sanctions décidées par une autorité judiciaire ou administrative et les
mesures prises avant la décision imposant la sanction ou à la place d’une telle décision,
de même que les modalités d’exécution d’une peine d’emprisonnement hors d’un
établissement pénitentiaire.
Aide à la réadaptation  : processus consistant à réintégrer de manière volontaire dans la
société un auteur d’infraction, après sa sortie définitive de prison, d’une manière à la fois
positive, planifiée et encadrée. Dans les présentes règles, ce terme est distinct du terme
«  réinsertion », qui fait référence à une intervention prévue par la loi et mise en place
après la sortie.

Principes fondamentaux
1. Les services de probation ont pour but de réduire la commission de nouvelles
infractions en établissant des relations positives avec les auteurs d’infraction afin
d’assurer le suivi (y compris un contrôle, le cas échéant), de les guider et de les assister
pour favoriser la réussite de leur insertion sociale. De cette manière, la probation
contribue à la sécurité collective et à la bonne administration de la justice
4. Les services de probation tiennent pleinement compte des particularités, de la
situation et des besoins individuels des auteurs d’infraction, de manière à ce que chaque
cas soit traité avec justice et équité. Les interventions des services de probation sont
menées sans discrimination fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue,
la religion, le handicap, l’orientation sexuelle, les opinions politiques ou autres, l'origine
nationale ou sociale, l'appartenance à un groupe ethnique minoritaire, la fortune, la
naissance ou toute autre situation.

b. La convention européenne des droits de l’homme

Cette convention a été signée à Rome le 4 novembre 1950 et ratifiée par la France en
1974.

Texte de la convention
En vertu de l’article 55 de la Constitution, elle a une valeur supérieure à celle des
dispositions de droit interne.

Les juridictions nationales doivent donc faire prévaloir les dispositions de la convention
sur les règles prévues par notre droit pénal. Autant le juge pénal ne peut être juge de la
constitutionnalité des lois, autant il est juge de la conventionnalité des lois.

Le respect de la convention est assuré par laCour EDH


, qui peut être saisie par un justiciable après épuisement des voies de recours internes.

Les dispositions garanties aux condamnés

La convention ne contient pas de dispositions particulières concernant les condamnés,


ni même les détenus. Toutefois, la Cour a toujours considéré que la détention n’avait
nullement pour effet de priver les détenus de l’ensemble des droits garantis par la
convention. Les droits de l'homme sont applicables à tous, quelle que soit la gravité de
leurs actes.

"Si la Convention ne comprend aucune disposition spécifique relative à la situation des


personnes privées de liberté, a fortiori malades  » (Cour EDH, 1e sect. 15 janvier 2004,
Matencio c. France
), l’article 3 impose aux États «  de s’assurer que tout prisonnier est détenu dans des
conditions compatibles avec le respect de la dignité humaine, que les modalités
d’exécution de la mesure ne soumettent pas l’intéressé à une détresse ou à une épreuve
d’une intensité qui excède le niveau inévitable de souffrance inhérent à la détention"
(Cour EDH, G. Ch. 26 octobre 2000,Kudła c. Pologne
; Cour EDH, 14 novembre 2002,Mouisel c. France
).

Article 3 . Interdiction de la torture


  Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou
dégradants.

Article 4 . Interdiction de l’esclavage et du travail forcé


  Nul ne peut être tenu en esclavage ni en servitude.
   Nul ne peut être astreint à accomplir un travail forcé ou obligatoire.
Article 6 . Droit à un procès équitable
  Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et
dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui
décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du
bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle.

Article 7 . Pas de peine sans loi


 1- Nul ne peut être condamné pour une action ou une omission qui, au moment où elle
a été commise, ne constituait pas une infraction d’après le droit national ou
international. De même il n’est infligé aucune peine plus forte que celle qui était
applicable au moment où l’infraction a été commise.
  2- Le présent article ne portera pas atteinte au jugement et à la punition d’une
personne coupable d’une action ou d’une omission qui, au moment où elle a été
commise, était criminelle d’après les principes généraux de droit reconnus par les
nations civilisées.

Protocole n°6 à la Convention concernant l’abolition de la peine de mort (Strasbourg,


28.IV.1983)
ARTICLE 1 - Abolition de la peine de mort
La peine de mort est abolie. Nul ne peut être condamné à une telle peine ni exécuté.

ARTICLE 2 - Peine de mort en temps de guerre


Un État peut prévoir dans sa législation la peine de mort pour des actes commis en
temps de guerre ou de danger imminent de guerre ; une telle peine ne sera appliquée
que dans les cas prévus par cette législation et conformément à ses dispositions. Cet État
communiquera au Secrétaire général du Conseil de l’Europe les dispositions afférentes
de la législation en cause.

Toutefois, les autorités françaises ont parfois tendance à contester l’application des
dispositions de la CEDH à la situation des détenus concernant le droit à un procès
équitable.

La France, comme de nombreux autres pays, a été de nombreuses fois condamnée


par la Cour EDH.

Quelques exemples récents :


-Payet c. France, Requête n°19606/08
20 janvier 2011 : sur les conditions de détention en quartier disciplinaire
-Duval c. France, (Requête no19868/08
), 26 mai 2011 : sur le menottage d'un détenu lors d'une hospitalisation
-Raffray Taddei c. France, (Requête no36435/07),
21 décembre 2010 : sur le maintien en détention de personnes atteintes de lourdes
pathologies somatiques
-Sur les conditions de détention des psychotiques :
-G. c. France, 23 février 2012 (Requête no27244/09)
-Rivière c. France, 11 juillet 2006 (Requête no33834/03
)
-Sur les fouilles corporelles en détention : El Shennawy c. France 20 janvier 2011
(Requête no51246/08
)
-sur la surpopulation en détention : Canali c. France, 25 avril 2013 (Requête no40119/09
)

Quelques synthèses de sa jurisprudence sur :


Conditions de détention et traitement des détenus
Détention et Santé mentale
Droits des détenus en matière de santé
Droit de vote des détenus

Le contrôle du Commissaire aux Droits de l'Homme


 
Depuis 1999, au sein du Conseil de l'Europe, ceCommissaire
est chargé de vérifier le respect des droits garantis par la Convention dans les lieux de
privation de liberté.

Le Commissaire effectue des visites dans tous les États membres pour surveiller et
évaluer la situation des droits de l'homme. Lors de ces visites, il rencontre les plus hauts
représentants du gouvernement, du parlement, de l'appareil judiciaire, de la société
civile et des structures nationales des droits de l'homme. Il se rend dans l'ensemble des
lieux de privation de liberté : prisons, hôpitaux psychiatriques, structures d'accueil des
demandeurs d'asile, locaux de garde à vue.
A l'issue de ses visites, le Commissaire adresse aux autorités du pays concerné un
rapport d'évaluation de la situation des droits de l'homme et des recommandations
indiquant comment remédier aux insuffisances constatées dans la législation et la
pratique.

Memorandum de Thomas Hammarberg Commissaire aux droits de l'homme du Conseil


de l'Europe faisant suite à sa visite en France du 21 au 23 mai 2008

Rapport de M. Alvaro Gil-Robles sur le respect effectif des droits de l’homme en France
suite à sa visite du 5 au 21 septembre 2005

«  Mon impression générale reste assez mitigée. Ce qui frappe le plus est le problème de
la surpopulation et le manque de moyens nécessaires au fonctionnement de la plupart
des établissements visité. […] « Certaines scènes que j’ai pu observer lors de ma visite
ont été très dures et choquantes. Elles résultent en grande partie des problèmes de
surpopulation, qui privent un grand nombre de détenus de l’exercice de leurs droits
élémentaires. Ainsi, les cellules insalubres, les sanitaires en mauvais état, le nombre
réglementé de douches que les prisonniers peuvent prendre par semaine, le linge et les
couvertures médiocres nous ont été dénoncés sur la quasi-totalité de notre visite. Il m’a
été difficile de recevoir des plaintes au début du XXIème siècle en France décrivant
l’insuffisance du nombre de douches et l’impossibilité d’en prendre une
quotidiennement, même en été à un moment où les températures sont souvent
caniculaires. Le peu de mesures de protection contre la chaleur a été également évoqué
à de nombreuses reprises. J’estime qu’il est important de trouver des moyens
nécessaires pour améliorer la situation sans plus tarder. […]
«  Ainsi, j’ai été choqué par les conditions de vie observées à la Santé ou aux Baumettes
. Ces établissements m’ont semblé particulièrement démunis. Le maintien de détenus en
leur sein me paraît être à la limite de l’acceptable, et à la limite de la dignité humaine  »
«  La surpopulation empêche donc de mettre en pratique une véritable politique
pénitentiaire, de séparer les prévenus des condamnés, les mineurs des adultes. Elle ne
permet pas la mise en œuvre d’un traitement social, psychologique..., ni d’une action
spécifique à la situation de chaque détenu. Cela a un effet totalement négatif sur le
principe de réinsertion. Si on ne peut pas faire un travail dans ce sens, on touche à la
sécurité future, car la prison devient un dépôt et non un lieu où se prépare la
réinsertion  »
 
De plus, le Commissaire a le droit d' intervenir en qualité de tierce partie dans les
procédures devant la Cour européenne des droits de l'homme, en présentant des
observations écrites ou en prenant part aux audiences.

Il peut également émettre des avis :

Avis sur les visites familiales aux personnes privées de liberté, 16 juin 2008

c. Les autres dispositions internationales

La Convention européenne pour la prévention de la torture et des peines ou


traitements inhumains ou dégradants

Texte

Il s'agit également d'un texte adopté sous l'égide du Conseil de l'Europe, le 26 novembre
1987.

Cette convention, ratifiée par la France, a introduit unComité européen pour la


prévention de la torture
dont le rôle est d’examiner le traitement des personnes privées de liberté.

Ce comité peut visiter les lieux où des personnes sont privées de liberté et s’entretenir
avec elles.
Mais ses pouvoirs sont limités, car il ne peut qu’établir un rapport et émettre des
recommandations à l’attention des États.

Sesrapports
ont été très critiques envers la France. Il dénonce essentiellement les conséquences de
la surpopulation et de l'état des prisons, mais aussi le régime disciplinaire, les pratiques
d'isolement, les défauts de prise en charge des détenus souffrant de troubles
psychiatriques, d'addictions, etc.

Extrait du Rapport à la suite d'une visite en 2015

Malgré l’accroissement de 9000 places en 15 ans, les établissements pénitentiaires


français connaissent une surpopulation endémique. Au cours des 20 dernières années,
la population carcérale s’est en effet accrue de plus de 11 000 personnes. En avril 2014,
elle avait atteint un record de 68 859 personnes détenues.
Dans tous ces établissements, la plupart des cellules normalement prévues pour une
personne, mesuraient moins de 10 m² (sanitaires compris) et accueillaient deux, voire
trois détenus. Dans nombre de cas, les détenus placés dans les cellules collectives
disposaient de moins de 4m² chacun, le plus souvent de 3 m², voire moins. Le CPT
appelle les autorités françaises à garantir à chaque détenu un minimum de 4m²
d’espace de vie en cellule collective (l’espace occupé par les sanitaires/les toilettes étant
exclu du calcul) et de disposer d’un lit individuel dans l’ensemble des établissements
pénitentiaires français.
Comme l’a rappelé le livre blanc sur lesurpeuplement carcéral
, il importe d’élaborer une stratégie cohérente se rapportant tant à l’entrée qu’à la sortie
de prison, afin que l’incarcération constitue effectivement l’ultime remède. L’accent doit
être mis sur l’ensemble des mesures non privatives de liberté: celles qui permettent
d’assurer une surveillance judiciaire jusqu’au jugement comme celles qui permettent de
hâter un retour à la liberté, y compris des mesures de surveillance adaptées notamment
à la personnalité du détenu et à la nature de la condamnation. Cela suppose de
privilégier des mesures non privatives de liberté pendant la période précédant
l’imposition d’une peine et la disponibilité de la magistrature, notamment dans les cas
les moins graves, à faire un large usage des sanctions et mesures appliquées dans la
communauté
[A Fresnes
] Les murs de nombreuses cellules ainsi que des douches collectives étaient tachés de
moisissures parfois sur des grandes étendues (plusieurs cellules visitées avaient un mur
presque totalement recouvert de taches noires). De plus, à la prison de Fresnes, des
odeurs nauséabondes provenaient des espaces extérieurs notamment en raison de la
présence de rats et projections de nourriture, ce qui empêchait beaucoup de détenus
d’ouvrir leur fenêtre et d’aérer leur cellule. Ces problèmes de salubrité des lieux de vie,
connus des autorités, peuvent potentiellement mettre en danger la santé des personnes
détenues.
La maison d’arrêt de Fresnes connait parfois des difficultés d’approvisionnement de
chauffage et d’eau chaude de tout ou partie des bâtiments qui perdurent durant
plusieurs jours. Lors de sa première journée de visite, la délégation a constaté l’absence
de chauffage dans le bâtiment et a, par exemple, mesuré une température de 15°c.
La présence en quantité de puces, de punaises de lit, de cafards et de rats a été
constatée à la maison d’arrêt de Fresnes.

Le CPT ne l'a pas constaté dans tous les établissements visités, mais ne fait pas l'impasse
sur l'existence de violences.

Le CPT est préoccupé par les informations recueillies à la maison d’arrêt des hommes de
Fresnes. De nombreuses allégations crédibles d’insultes, notamment à caractère raciste,
de comportements inadaptés (bousculades, rudoiement) et de recours excessif à la force
ont été recueillies. Surtout, un nombre non négligeable de détenus se sont plaints d’avoir
reçu des coups portés délibérément par des surveillants notamment alors qu’ils étaient
immobilisés au sol, avec ou sans menottes. Des personnes travaillant dans
l’établissement ont également corroboré les informations collectées. Ces incidents
violents concernaient principalement des agents pénitentiaires, y compris des «gradés»,
de la division III. La description d’un agent, qualifié par les détenus de «lieutenant»,
particulièrement méprisant à l’égard des détenus et ayant à l’occasion des accès de
violence,a été entendue à plusieurs reprises par différents membres de la délégation.

La déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies

Cette déclaration a été adoptée par les nations unies le 10 décembre 1948. Elle prévoit
notamment l’interdiction de la torture et des peines ou traitements cruels inhumains ou
dégradants, le droit à un jugement par un tribunal impartial et indépendant.
 
Art. 5
Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants.
Art. 8
Toute personne a droit à un recours effectif devant les juridictions nationales
compétentes contre les actes violant les droits fondamentaux qui lui sont reconnus par
la constitution ou par la loi.

Art. 9
Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé.

Art. 10
Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue
équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera,
soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé de toute accusation en matière
pénale dirigée contre elle.
 
Toutefois la Déclaration universelle des droits de l’homme n’est pas un instrument
juridique contraignant et ne créé pas d’obligations pour les États. Elle ne peut être
utilement invoquée devant le juge interne.

Le pacte international relatif aux droits civils et politiques

Ce pacte a été adopté par l’assemblée générale des nations unies le 16 décembre 1966.
Il a été publié en France par un décret du 29 janvier 1981.

Il bénéficie d’une applicabilité directe. Ses dispositions peuvent être invoquées à l’appui
d’un recours devant les juridictions internes.

Article 6 
 1. Le droit à la vie est inhérent à la personne humaine. Ce droit doit être protégé par la
loi. Nul ne peut être arbitrairement privé de la vie.
 2. Dans les pays où la peine de mort n'a pas été abolie, une sentence de mort ne peut
être prononcée que pour les crimes les plus graves, conformément à la législation en
vigueur au moment où le crime a été commis et qui ne doit pas être en contradiction
avec les dispositions du présent Pacte ni avec la Convention pour la prévention et la
répression du crime de génocide. Cette peine ne peut être appliquée qu'en vertu d'un
jugement définitif rendu par un tribunal compétent.
 3. Lorsque la privation de la vie constitue le crime de génocide, il est entendu
qu'aucune disposition du présent article n'autorise un Etat partie au présent Pacte à
déroger d'aucune manière à une obligation quelconque assumée en vertu des
dispositions de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.
 4. Tout condamné à mort a le droit de solliciter la grâce ou la commutation de la peine.
L'amnistie, la grâce ou la commutation de la peine de mort peuvent dans tous les cas
être accordées.
 5. Une sentence de mort ne peut être imposée pour des crimes commis par des
personnes âgées de moins de 18 ans et ne peut être exécutée contre des femmes
enceintes.
 6. Aucune disposition du présent article ne peut être invoquée pour retarder ou
empêcher l'abolition de la peine capitale par un Etat partie au présent Pacte.

Article 7 
 Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants. En particulier, il est interdit de soumettre une personne sans son libre
consentement à une expérience médicale ou scientifique.
Article 8
 1. Nul ne sera tenu en esclavage; l'esclavage et la traite des esclaves, sous toutes leurs
formes, sont interdits.
 2. Nul ne sera tenu en servitude.
 3. a) Nul ne sera astreint à accomplir un travail forcé ou obligatoire; […]

Article 10 
 1. Toute personne privée de sa liberté est traitée avec humanité et avec le respect de la
dignité inhérente à la personne humaine.
 2.
 a) Les prévenus sont, sauf dans des circonstances exceptionnelles, séparés des
condamnés et sont soumis à un régime distinct, approprié à leur condition de personnes
non condamnées;
 b) Les jeunes prévenus sont séparés des adultes et il est décidé de leur cas aussi
rapidement que possible.
 3. Le régime pénitentiaire comporte un traitement des condamnés dont le but essentiel
est leur amendement et leur reclassement social. Les jeunes délinquants sont séparés
des adultes et soumis à un régime approprié à leur âge et à leur statut légal.
Article 11
 Nul ne peut être emprisonné pour la seule raison qu'il n'est pas en mesure d'exécuter
une obligation contractuelle.

UnComité des droits de l’homme


est chargé de veiller au respect du Pacte international.

Tout particulier qui prétend être victime d'une violation de l'un quelconque des droits
énoncés dans le Pacte et qui a épuisé tous les recours internes disponibles peut
présenter une communication écrite au Comité pour qu'il l'examine.

Mais ce Comité ne dispose d’aucun pouvoir de sanction. Son contrôle se limite à des
« constatations » purement incitatives.

Là encore, le comité est critique sur la situation française, comme le montre


sesobservations de 2015.

La convention des nations unies contre la torture et autres peines ou traitement


inhumains et dégradants

Un comité composé d’expert a été institué pour contrôler le respect de la convention.


Mais là encore ses pouvoirs sont limités (Article 19et s.).
 
Les États parties présentent au Comité des rapports tous les 4 ans sur les mesures
qu'ils ont prises pour donner effet à leurs engagements.
 
Si le Comité reçoit des renseignements crédibles qui lui semblent contenir des
indications bien fondées que la torture est pratiquée systématiquement sur le territoire
d'un État partie, il peut charger un ou plusieurs de ses membres de procéder à une
enquête confidentielle et de lui faire rapport d'urgence.

Le Comité transmet ses conclusions à l’État partie intéressé, avec tous les
commentaires ou suggestions qu'il juge appropriés compte tenu de la situation.

Tous les travaux du Comité sont confidentiels.

La charte des droits fondamentaux


: le contrôle croissant de la Cour de Justice de l'Union Européenne : CJUE
Depuis quelques années, les prérogatives de l'Union Européenne dans le champ
répressif sont croissantes.

La CJUE est donc de plus en plus amenée à se prononcer sur les aspects qui relèvent des
compétences de l'Union Européenne.

L’arrêt rendu le 5 avril 2016, à la suite d'une question préjudicielle, dans lesaffaires
jointes C-404/15 et C-659/15 PPU Pál Aranyosi et Robert Căldăraru
, est éloquent à cet égard.

La Cour y rappelle que l’interdiction absolue des peines et traitements inhumains ou


dégradants fait partie des droits protégés par la Charte des droits fondamentaux de
l’Union européenne. Ainsi, l’autorité responsable de l’exécution du mandat d’arrêt
européen doit bien apprécier le risque de tels traitements avant de décider de la remise
de la personne concernée. La Cour estime en particulier que lorsqu’un tel risque découle
des conditions générales de détention dans l’État membre d’émission, l’exécution du
mandat doit être reportée jusqu’à l’obtention d’informations complémentaires
permettant d’écarter l’existence d’un tel risque. Si l’existence de ce risque ne peut pas
être écartée dans un délai raisonnable, cette autorité doit décider s’il y a lieu de mettre
fin à la procédure de remise.

Charte des droits fondamentaux

Article 1
La dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégée.

Article 2
Droit à la vie
1.   Toute personne a droit à la vie.
2.   Nul ne peut être condamné à la peine de mort, ni exécuté.

Article 4
Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou
dégradants.

Article 5
Interdiction de l'esclavage et du travail forcé
1.   Nul ne peut être tenu en esclavage ni en servitude.
2.   Nul ne peut être astreint à accomplir un travail forcé ou obligatoire.
3.   La traite des êtres humains est interdite.

Article 6
Droit à la liberté et à la sûreté
Toute personne a droit à la liberté et à la sûreté.

Article 47
Droit à un recours effectif et à accéder à un tribunal impartial
Toute personne dont les droits et libertés garantis par le droit de l'Union ont été violés a
droit à un recours effectif devant un tribunal dans le respect des conditions prévues au
présent article.
Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et
dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement
par la loi. Toute personne a la possibilité de se faire conseiller, défendre et représenter.
Une aide juridictionnelle est accordée à ceux qui ne disposent pas de ressources
suffisantes, dans la mesure où cette aide serait nécessaire pour assurer l'effectivité de
l'accès à la justice.

Article 48
Présomption d'innocence et droits de la défense
1.   Tout accusé est présumé innocent jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement
établie.
2.   Le respect des droits de la défense est garanti à tout accusé.

Article 49
Principes de légalité et de proportionnalité des délits et des peines
1.   Nul ne peut être condamné pour une action ou une omission qui, au moment où elle
a été commise, ne constituait pas une infraction d'après le droit national ou le droit
international. De même, il n'est infligé aucune peine plus forte que celle qui était
applicable au moment où l'infraction a été commise. Si, postérieurement à cette
infraction, la loi prévoit une peine plus légère, celle-ci doit être appliquée.
2.   Le présent article ne porte pas atteinte au jugement et à la punition d'une personne
coupable d'une action ou d'une omission qui, au moment où elle a été commise, était
criminelle d'après les principes généraux reconnus par l'ensemble des nations.
3.   L'intensité des peines ne doit pas être disproportionnée par rapport à l'infraction.

Conclusion :

De multiples textes, internes et internationaux, garantissent les droits des condamnés


et des détenus.

Pour autant, nous verrons dans le cadre de ce cours que les écarts sont importants
entre le droit et la réalité des pratiques.

On peut dès lors se demander si les textes ne visent pas simplement à afficher une
dimension humaniste pourtant théorique, à légitimer, par des mots, des dispositifs de
prise en charge qui sont loin de toujours respecter les droits de l'homme.

La promotion du droit dans les prisons aboutit à « une apparence de droit ou, pire, à un
ravalement de façade, une mise en forme légaliste – et par là une légitimation – des
mécanismes d’exercice de la violence étatique, désormais « à visage humain  » »
Reynaert P., "La prison entre immobilisme et mouvement perpétuel", in Kaminski D.,
Kokoreff M. (dir.), Sociologie pénale  : système et expérience, Toulouse, Erès, 2004., p.
239.

Dans le quotidien des établissements pénitentiaires, la promotion des droits de détenus


ne peut être qu’un « vœu pieux » dès lors qu’ils « sont promus comme appendice à une
normativité carcérale qui ne peut qu’en dénier l’effectivité »
Kokoreff M., cité in Ibid.

V. également :
Chantraine G., "Le temps des prisons. Inertie, réformes et reproduction d’un dispositif
institutionnel", in Artieres P., Lascoumes P. (dir.), Gouverner et enfermer, La prison, un
modèle indépassable  ?, Paris, Presses de Sciences Po, 2004.