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Aperçu sur les aciers du point de vue de leur rapport

avec la physique
Albert Portevin

To cite this version:


Albert Portevin. Aperçu sur les aciers du point de vue de leur rapport avec la physique. J. Phys.
Radium, 1943, 4 (2), pp.17-31. �10.1051/jphysrad:019430040201700�. �jpa-00233825�

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SÉRIE VIII. - TOME IV. ? 2. FÉVRIER 1914-3-

LE JOURNAL DE PHYSIQUE
ET

LE RADIUM

APERÇU SUR LES AGIERS DU POINT DE VUE DE LEUR RAPPORT AVEC LA PHYSIQUE (1)
Par ALBERT PORTEVIN.

Sommaire.2014

Il y a intérêt, pour les physiciens, à porter leur attention vers les aciers actuels, non
seulement en raison des remarquables propriétés physiques qui ont été obtenues, mais aussi en raison
de leurs propriétés mécaniques, lesquelles doivent être envisagées sous le double aspect de leur carac-
térisation et des valeurs atteintes actuellement.
La caractérisation adoptée pour les propriétés mécaniques fait appel à des paramètres ou coefficients
conventionnels qui sont à proprement parler des coefficients d’identification, expression des propriétés
complexes, fonction de nombreux facteurs dont on souligne la différence avec les propriétés physiques.
Ils doivent servir de trait d’union entre les fabricants et les utilisateurs, chacun d’eux ayant établi,
par une longue expérience, leurs rapports avec les conditions et facteurs de fabrication d’une part, et
les conditions d’emploi d’autre part.
La classification des aciers industriels se fait, en général, soit d’après la composition chimique
élémentaire, soit d’après les propriétés mécaniques. Il est donné un essai de classification synoptique
basé sur la structure, cristalline et micrographique, en tenant compte des propriétés caractéristiques,
mécaniques et chimiques, à froid et à chaud, après avoir rappelé très sommairement les notions essentielles
concernant la transformation et la structure des aciers.
On en dégage des indications utiles pour la construction des appareils de physique et des réflexions
générales concernant le rôle de solutions approchées ou temporaires, quelque problème théorique qui
se pose ainsi que les apports de la métallographie à la physique.
En conclusion, on compare les progrès de la métallurgie à ceux de la physique, en admettant que le
progrès est fonction exponentielle du temps.

Introduction. propriétés mécaniques qui sont pratiquement définies


par des paramètres conventionnels sur lesquels il
1.
Objet de l’exposé. Si j’ai, après un notable
-

ne me paraît pas inutile d’appeler l’attention des


hystérésis, accepté la suggestion de notre Président physiciens. S’ils voulaient un peu se pencher vers
Chevenard de vous entretenir des aciers, c’est que, ces problèmes de caractérisation mécanique, ils
je crois et t’est là mon excuse
-

que ce sujet n’a


-

apporteraient sans nul doute un précieux concours


pas encore été abordé devant vous, quoiqu’il mérite dans un domaine demeuré à peu près exclusivement,
cependant de retenir l’attention des physiciens à jusqu’à présent, l’apanage des ingénieurs.
divers points de vue. En voici quelques-uns : Aussi bien, c’est par l’intervention de ces pro-
Dans l’utilisation des aciers pour les priétés mécaniques dans leur caractérisation cou-
i° appareils rante et commerciale que les produits métallurgiques
de physique, il importe de connaître les ressources
que peut offrir la sidérurgie ainsi que les difficultés appartiennent à la physique. Et, en cela, ils diffèrent
des produits chimiques, lesquels sont définis par
qu’elle rencontre à l’heure actuelle. leur composition chimique usuelle.
2° Mais, auparavant, il est bon de définir les
On peut dire que la métallurgie, tant comme
propriétés qui servent couramment à caractériser branche de la science que comme branche de l’in-
ou à identifier ces produits, non pas tant les pro-
dustrie, est à cheval sur la physique et la chimie;
priétés physiques que vous connaissez, mais les elle appartient autant à l’industrie chimique qu’à
à la Société
l’industrie mécanique.
(~) Conférence faite française de Physique,
le 5 juin 1941. 30 Enfin, ce qui est essentiellement du domaine

Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/jphysrad:019430040201700


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du physicien, c’est l’étude des phénomènes et miques (propriétés de trempe), lors de la prépa-
facteurs qui permettent l’obtention de ces propriétés, ration des surfaces (aptitude de polissage), lors
lesquelles sont fonction de la structure envisagée à de la préparation d’assemblages, notamment par
tous ses degrés et avec toutes ses transformations. soudure;
3~ Enfin, ce que l’on pourrait appeler les pro-
2. Limitation du
sujet. Comme vous le
-

priétés économiques, c’est-à-dire le prix et les


voyez, j’ai limité mon exposé aux aciers d’une part, possibilités matérielles de réalisation. Ce sujet
aux propriétés mécaniques d’autre part. est en dehors de vos préoccupations et des miennes,
Parmi les produits métallurgiques industriels, nous mais on ne peut malheureusement pas le laisser de
n’envisagerons en effet que les aciers; nous laisserons côté. Si, en temps de paix, le prix de revient est un
de côté les alliages légers qui ont été déjà présentés facteur prépondérant, en temps de guerre se substitue
devant vous, les alliages de cuivre et de nickel à ce facteur «
prix », dont la signification devient
dont les métaux de base font actuellement défaut, problématique, celui de possibilité d’approvision-
«

les alliages blancs ou alliages fusibles, parmi lesquels nement et d’emploi de matériaux de remplacement ».
cependant ceux à base de plomb et de zinc sont Actuellement, si j’ose dire, nous cumulons ces deux
tout à fait d’actualité comme produits de rempla- difficultés, nous trouvant en présence à la fois de
cement : ceux de plomb pour les alliages de frot- prix excessifs et d’approvisionnements raréfiés à
tement, ceux de zinc comme succédanés de certains l’extrême. Nous serons donc malgré tout obligés,
alliages de cuivre. à ce dernier point de vue, d’envisager les consé-
Je laisserai même de côté les fontes, malgré l’in- quences que cela entraîne sur le choix des types
térêt qu’elles présentent pour le frottement et d’aciers.
l’obtention des produits moulés, et malgré les grands
Si nous nous reportons aux deux premières caté-
progrès réalisés depuis une vingtaine d’années au
point de vue de leur résistance mécanique. Mais il gories de facteurs, nous voyons que :
faut savoir se limiter et le sujet ainsi circonscrit a. Les propriétés physiques : dilatation, élasticité,
est encore tellement vaste que je me bornerai à un propriétés électriques et mécaniques, etc., de défi-
simple aperçu, un coup d’aeil d’ensemble forcément nition et de mesure précises, sont bien connues de
un peu superficiel. A vrai dire même, ce sera plutôt
vous, surtout après les belles études dont les résultats
une causerie au cours de laquelle, en toute simplicité,
remarquables ont été représentés ici par le regretté
je vous ferai part de réflexions, dont une carrière Ch.-E. Guillaume et le Président Chevenard; résul-
déjà longue m’a convaincu de l’importance, tout tats qui ont fait accomplir tant de progrès, non
en vous demandant votre indulgence si elles vous seulement en géodésie, métrologie et chronométrie,
apparaissent banales et élémentaires. but original de ces études, mais dans bien d’autres
Je m’excuse aussi d’aborder devant vous une domaines.
question de science appliquée, ou d’application de
b. Les propriétés chimiques envisagées sous l’aspect
la science, bien loin des préoccupations de haute
de la résistance chimique à la corrosion par le
théorie auxquelles vous êtes accoutumés. Ce sera
milieu extérieur, ont aussi, de leur côté, réalisé
une détente, une diversion qui vous inclinera, je
des progrès encore plus extraordinaires sous forme
l’espère, à la bienveillance à mon égard. de ces aciers dits « inoxydables », qui ont amené
Si, d’autre part, je me limite volontairement aux une rénovation complète de l’outillage industriel,
propriétés mécaniques, ce n’est certes pas que ces qui sont appelés à une extension considérable dans
propriétés dominent exclusivement l’emploi des tous les domaines et dont je compte vous dire quel-
métaux; loin de là : le choix d’un alliage, d’un
matériau métallique, dépend de beaucoup d’autres ques mots.
Cette résistance à la corrosion est d’ailleurs liée
facteurs que nous pouvons grouper en trois caté-
intimement à la durée d’emploi des métaux, inter-
gories : venant dans la résistance mécanique et la résistance
Propriétés à l’état d’emploi, non seulement
i° à la fatigue, lesquelles inversement réagissent sur
propriétés mécaniques, mais aussi propriétés phy- l’attitude chimique.
siques et chimiques; propriétés qui sont envisagées c. Mais un domaine dans lequel les physiciens
dans les conditions d’usage, notamment de tempé-
rature et d’atmosphère;
apporteraient un précieux concours est celui des
propriétés de façonnage, propriétés complexes que
2° Procédé de façonnage permettant l’obtention l’on s’est eff orcé d’analyser ces dernières années et
de la forme désirée; propriétés plus complexes, encore de caractériser empiriquement, ce qui d’ailleurs a
plus malaisées à définir, et qui sont mises en jeu suffi pour accomplir des progrès notables en facilité
lors de l’obtention des pièces moulées, forgées, et régularité. C’est un sujet qui mériterait à lui seul
embouties, etc.... un exposé spécial puisque j’y ai trouvé matière,
Dans cette catégorie il faut en outre y introduire les il y a quelques années, à trois conférences à l’Univer-
propriétés mises en jeu lors des traitements ther- sité de Bruxelles. Je me contenterai de rappeler
19
que cette considération de possibilité, de rapidité et ou de début de revenu sensible qui est élevé par la
de facilité de façonnage conduit à envisager deux présence d’éléments s’opposant au retour à l’état
catégories pratiques d’alliages : d’équilibre, tels que le tungstène, le molybdène, le
io Alliages de forge ou alliages forgeables, c’est-à- chrome, etc. ; l’emploi d’alliages, dont la haute dureté
dire suffisamment déformables plastiquement à est naturelle et ne résulte pas de l’effet de la trempe,
chaud; permet d’élever encore la température de contact
Alliages de fonderie, forgeables ou non, mais
2° pendant l’usinage, et, par suite, d’accroître les
vitesses et puissances de coupe.
possédant un ensemble de propriétés appelées Mais, ici encore, il faut savoir se limiter et nous
«
propriétés de fonderie » permettant l’obtention de laisserons délibérément de côté toutes ces intéres-
moulages sains, c’est-à-dire compacts et continus, santes questions pour jeter un coup d’oeil sur ce
propriétés multiples que je me suis efforcé d’analyser qu’on appelle plus particulièrement les propriétés
par ailleurs, mais que je ne puis envisager cette fois.
mécaniques.
Ces deux grandes catégories ne correspondent qu’au
façonnage sans enlèvement de matière (Spanlose
Bearbeitung), mais il y a encore le façonnage avec PREMIÈRE PARTE.
enlèvement de matière à l’outil ou par copeaux,
que l’on appelle couramment l’usinage, et qui
s’applique à ces deux catégories d’alliages, mettant Aperçu sur les propriétés
en jeu une propriété complexe particulière : l’usina- et oaractéristiques mécaniques usuelles.
bitité (machinability), qui est également un facteur
à considérer et qui requière l’emploi de matériaux D’une manière courante et depuis longtemps, on
de coupe, aciers ou alliages pour outils, pour lesquels utilise pour caractériser les aciers, et plus généra-
d’énormes progrès ont été accomplis. Cette opération lement les produits métallurgiques, du point de vue
d’usinage, de même que le frottement, l’usure, mécanique, des coefficients ou paramètres conven-
le polissage et l’abrasion, doivent retenir l’attention tionnels et arbitraires appelés à tort « caractéristiques
des physiciens. mécaniques » résultant des essais mécaniques, et qui
Les phénomènes de polissage ont été étudiés par ne sont, à bien prendre, que des coefficients d’identi-
les métallographes depuis Osmond, puis ont été fication des matériaux à l’égard de leur utilisation
interprétés par Beilby, dont les conceptions de mécanique.
couches amorphes ont reçu récemment une intéres- Ils sont très critiquables au point de vue de leur
sante confirmation, dans leur réalité, par l’analyse définition, de leur détermination et de leur signi-
électronique et, dans leur origine, par les travaux fication, mais ils ont l’avantage d’être de détermi-
de Bowden. Comme vous le savez, ces derniers nation facile, d’un emploi à peu près universel, grâce
travaux ont mohtré que les phénomènes de frot- auxquels on a accumulé et l’on possède de très
tement déterminent des élévations de température nombreuses données permettant d’orienter une
considérables, supérieures dans certains cas à 1000°, fabrication ou un emploi.
et atteignant par suite le point de fusion le moins Bien souvent on a substitué des schèmes à la
élevé des deux métaux en contact. Cette fusion réalité expérimentale : c’est ainsi que l’essai de
limite la température en provoquant l’écoulement traction est présenté comme une déformation homo-
du métal correspondant. gène sous des efforts d’extension. Depuis longtemps
Les qualités d’un produit pour polir dépendraient l’expérience a montré qu’elle cesse d’être homogène
donc, non pas tant de sa dureté à la température dans le sens longitudinal par l’apparition de la
ordinaire, mais de son point de fusion par rapport à striction, mais on continue à la considérer comme
celui du métal travaillé. Il se trouve que les abrasifs homogène sur une section droite, c’est-à-dire dans
usuels sont à la fois très durs et très réfractaires; le sens transversal. Or, l’étude spectroradiogra-
cette fusion superficielle explique également l’oxy- phique (G. Homès) a montré qu’il n’en était rien
dation par le milieu ambiant antérieurement attribuée et que la déformation est beaucoup plus intense
à la pression interfaciale. Le facteur « température de en surface. Il ne reste donc rien de la conception
contact » joue donc dans le frottement et le polissage initiale du schème, et par ailleurs les paramètres
un rôle aussi prépondérant que dans l’usinage, où qui servent à exprimer les résultats ne sont eux-
il était bien connu des métallurgistes depuis long- mêmes pas des grandeurs homogènes et logiques.
temps. Ce qu’on appelle « charge de rupture » est en réalité
Les qualités d’un acier ou d’un matériau de la charge maxima subie par l’essai et non la charge
coupe dépendent avant tout de sa température au moment de la rupture, et elle est rapportée à une
d’adoucissement ou de détérioration par oxydation; section qui n’est ni la section de rupture ni la
c’est ainsi que, pour les aciers utilisés à l’état section au moment où l’on atteint cette charge
trempé afin d’avoir une haute dureté, un facteur puisque c’est la section initiale de l’éprouvette;
essentiel est celui de la température d’adoucissement quant à l’allongement de rupture, c’est une grandeur
20

hybride qui est la somme de deux autres : l’allon- réparti dépendant l’un du diamètre, l’autre de la
gement de striction et l’allongement uniformément longueur de l’éprouvette.

TABLEAU 1.

Il en est de même de la résilience, dans laquelle le d’une part, la signification de cet essai par rapport à
travail de rupture mesuré comprend à la fois un l’emploi pratique, et, d’autre part, la relation entre
travail de déformation hétérogène d’un volume cet essai et les facteurs de fabrication.
de métal non déterminé et d’un travail de sépa- En un mot les paramètres ou caractéristiques
ration d’une section également non déterminée du mécaniques sont, ou devraient être, le trait d’union
métal. Ce travail global est rapporté à une section entre les fabricants et les utilisateurs, chacun d’eux
initiale à fond d’entaille de l’éprouvette. ayant, par une longue expérience, établi des relations
Mais un repère simple et rapide, quoique artificiel empiriques entre ceux-ci et les conditions et facteurs
et de signification discutable, exprimant une pro- de fabrication d’une part, et les conditions d’emploi
priété d’une manière mal définie et inexacte, se de l’autre.
trouve parfois plus fécond et plus utile qu’un essai C’est ce que nous avons essayé de résumer dans
beaucoup plus parfait au point de vue théorique le Tableau I. Il faut donc être très prudent dans
mais d’exécution difficile et inutilisable en pratique. l’introduction de nouvelles caractéristiques méca-
Par exemple, la définition théorique de la dureté niques, car on risque d’entraver les fabrications et
d’après Hertz n’a servi pratiquement encore à rien, même, comme l’avait déjà fait remarquer Henry
alors que l’essai de dureté à la bille dû à Brinell, Le Chatelier, de détruire certaines industries.
discutable théoriquement, a rendu d’inappréciables Quoi qu’il en soit, on peut, en première approxi-
services au point de vue contrôle et régularité de mation, classer les caractéristiques mécaniques
fabrication et de traitement thermique. La multi- usuelles en trois groupes :
plicité et la simplicité des essais sont des facteurs a. Celles se rattachant à la résistance opposée à la
essentiels de fécondité et de progrès.
déformation, telles que la charge de rupture à la
Il est en effet indispensable de posséder une docu-
traction R, la dureté 0,;
mentation abondante relative à la valeur d’emploi,
c’est-à-dire à l’attitude en service et à la durée de b. Celles qui tendent à qualifier la capacité de
service des pièces pour pouvoir s’en servir dans déformation statique (ou ductilité statique), telles
l’établissement des appareils et machines, et, d’autre que l’allongement centésimal A ou la striction A la
part, il faut la même documentation par rapport aux rupture par traction 1;
facteurs de fabrication pour pouvoir conduire c. La ductilité dynamique couramment définie
celle-ci en vue d’obtenir les résultats demandés. par la résilience p à l’essai de rupture à la flexion
C’est ainsi que l’introduction de la résilience n’a par choc sur éprouvette entaillée.
pu se faire qu’après des années d’expérience, pendant
lesquelles on a accumulé la documentation indispen- Les propriétés des deux premiers groupes varient
sable. On croit souvent trop facilement que l’intro- en général dans le même sens à l’intérieur de chaque
duction d’un nouvel essai est facteur de progrès. groupe et en sens inverse ou complémentaire d’un
Ce serait véritablement trop commode et à la portée groupe à l’autre, sans que cela soit, bien entendu,
de tous; c’est une conception uniquement adminis- de règle générale (les phénomènes de vieillissement
trative. Il faut auparavant que soient ëtablies : et de revenu après trempe des aciers montrent des
21

variations dans le même sens de caractéristiques La dans l’échelle des températures de


position
appartenant à des groupes ~différents}. cette de transition est influencée par de
zone
Cette constatation permet donc de faire, en nombreux facteurs indiqués dans le schéma ~ fig. i)
première approximation, les comparaisons en limitant établi en accord avec Küntze.
les termes d’appréciation à deux, en en choisissant
un dans chaque groupe.
Pour aller plus loin, on a cherché à trouver au
moyen de formules une expression de la variation
statistique en sens inverse des deux groupes,
entre R résistance à la traction, par exemple, et A
allongement de rupture, ce qui donne un terme
numérique unique d’appréciation. C’est là l’origine
des formules de compensation ou coefficients de
qualité; si pour une certaine catégorie d’aciers,
les aciers au carbone par exemple, on représente R
en fonction de A, on obtient une voie lactée dont Fig. 1. -

Principaux facteurs influant sur la zone de


les valeurs moyennes ou probables tracent une transition ou de dispersion de la résilience.
courbe d’allure analogue à une portion d’hyperbole.
Une bonne représentation serait obtenue par une
formule logarithmique, un peu moins bonne par On voit par là combien l’obtention d’une résilience
une formule plus simple : R x A K, mais en pra-
= déterminée peut être délicate et combien sont plus
tique on a pris R + aA - K, remplaçant la courbe sévères les formules des propriétés mécaniques
dans un certain intervalle par sa corde. consistant à associer la résistance .R et la dureté
En fait, au point de vue capacité de déformation d’une part, à la résilience d’autre part; c’est la
avant rupture, une caractéristique beaucoup plus conclusion à laquelle j’étais arrivé pour trouver un
difficile à obtenir que l’allongement à la rupture indice de qualité mécanique dans une conférence
par traction A, surtout si l’on fait intervenir l’hété- faite à Liége avant la guerre (2).
rogénéité et l’hétérotropie des propriétés mécaniques Nous avons indiqué combien était lointaine la
des aciers, est la résilience p. C’est une propriété signification de ces caractéristiques mécaniques
extrêmement sensible à des variations structurales, usuelles par rapport à la valeur d’emploi ou d’usage.
à l’orientation de l’éprouvette par rapport à la Aussi, dans le but de mieux se rapprocher, dans le
direction de l’allongement de forgeage (ce que l’on mode de sollicitation notamment, des conditions
appelle communément le « travers » de l’acier) et d’emploi, on s’est orienté ces dernières années vers
des essais, connus depuis longtemps, mais qui
dépendant en outre de phénomènes en partie inconnus.
En réalité, c’est surtout un moyen de mettre en avaient été laissés de côté en raison des difficultés
évidence le changement de mode de rupture que pré- d’exécution et de la dispersion des résultats. Ce sont
sente l’acier dans l’échelle des températures. On passe les essais :
d’un mode de rupture avec déformations plastiques -

D’endurance ou de fatigue pour les pièces de


notables, donnant un aspect de cassure fibreuse machines fonctionnant à froid;
précédée d’une déformation importante des éléments -

De fluage ou d’écoulement visqueux pour les


de structure ou grains, à un mode de rupture par pièces de machines travaillant à chaud.
séparation en général rupture intragranulaire à D’où l’introduction de nouveaux paramètres en
faibles déformations donnant une cassure à facettes
partie également conventionnels, de limite de
appelée « cassure à grain » (1). Cette cassure à fatigue, limite de fluage, etc., ayant d’ailleurs,
facettes, je l’associais, et l’associe encore au point de dans leur définition, des caractères hypothétiques
vue enseignement, pour simplifier, à la notion de
rappelant ceux de la limite élastique.
clivage, mais etle semble plutôt résulter de glissements Ici encore les schèmes ont précédé la connais-
de grande amplitude de l’édifice cristallin du grain. sance du mécanisme réel des déformations et de
Quoi qu’il en soit, on passe d’un mode de rupture, la rupture. Sans aborder ces sujets compliqués,
à un autre en traversant une zone de transition ou
zone de dispersion ou d’indétermination, dans laquelle
rappelons que l’endurance a été étudiée par perméa-
bilité magnétique et magnétoscopie ainsi que par
on obtient soit l’un, soit l’autre mode de rupture et
spectroradiographie. Cela a montré, macrographi-
par conséquent des résiliences, soit faibles, soit élevées. quement, que le phénomène consistait dans la
propagation d’une fissure s’amorçant à l’extérieur
(1) Plus généralement ce passage peut être la conséquence, et qui était accompagnée, précédée pour les uns,,
soit d’un changement de mode de rupture soit, pour un
suivie pour les autres, de déformation d’un ensemble
même mode de rupture d’une variation du volume déformé
résultant d’un changement de résistance au glissement plas-
tique. (2) Voir Rev. Univ. Mines, 8e série, juin 1939, 15, p. 32o.
22

de grains extrêmement localisé, d’où le rôle prépon- ristiques mécaniques qui apparaissent propriétés
dérant des états de surface de l’éprouvette résultant complexes, fonction de diverses propriétés ou phéno-
de la préparation mécanique et de la corrosion mènes qui se superposent ou s’enchevêtrent. C’est
chimique. ainsi que le phénomène de rupture d’une éprouvette
Le mécanisme du fluage a été étudié par spectro- de résilience ou de traction peuvent être décomposées
radiographie associée à la micrographie. Ces études en au moins deux autres phénomènes plus simples, qui
ont montré que le mécanisme, sans être parfaitement ne sont d’ailleurs pas fonction des mêmes variables;
connu, s’accordait en première approximation avec 30 Les propriétes physiques sont relativement
les schèmes sur lesquels est basé leur emploi et par bien moins influencées que les caractéristiques
lesquels on a justifié leur introduction comme mécaniques par les variations de structure, par
méthode de contrôle. l’histoire thermique et mécanique, par les conditions
Mais il y a encore beaucoup à étudier à ce sujet. de fabrication.
Je me contenterai de souligner le dilemme que Des traitements qui triplent la dureté ou font
présente l’application de ces essais de longue durée varier la résilience dans le rapport de 1 à 100
et de préparation coûteuse : ou bien ces essais sont
ne déterminent que des variations de l’ordre de
effectués en nombre limité et le contrôle est inefficace 10 pour i oo dans les propriétés physiques.
puisque la majeure partie des produits échappe à la On peut parler de la résistivité, de la densité, etc.,
vérification par ce moyen, ou bien l’on veut contrôler voire du module élastique d’un métal pur, mais on
tous les produits, et alors on arrête la fabrication. ne saurait lui assigner une résistance à la traction,
Ajoutons que les résultats de ces essais sont considé- une valeur de la striction.
rablement influencés par l’action chimique extérieure Ainsi la résistance du tungstène varie de 10
en cours d’essais, c’est-à-dire la corrosion, ce qui
à 30o kg : mm2, la résilience du fer pur depuis le
augmente encore les causes de dispersion des pliage sans rupture à moins de kgm : cm2 (clivage
résultats. du monocristal x).
En dehors de la dispersion des résultats et des Dans cet ordre d’idées, il faut rappeler que ces
difficultés de préparation des éprouvettes, la longue
durée de ces essais a conduit à les accélérer, mais on caractéristiques mécaniques ayant trait à un agrégat
polycristallin pseudoisotrope sont statistiques et
risque de déformer le phénomène dans le temps si souvent sans rapport apparent avec les propriétés
on ne connaît pas auparavant les lois théoriques ou
du cristal élémentaire.
empiriques, mais précises des phénomènes. Les Pour citer un exemple : le magnésium a, suivant
mêmes remarques s’appliquent à la caractérisation sa pureté, sa préparation et son état (moulé ou
chimique des aciers par les essais de corrosion. forgé) un allongement de rupture A de l’ordre de 10
Pour le moment nous laisserons donc de côté à 20 pour 10o et une résistance à la rupture .~ de
ces caractéristiques insuffisamment connues au l’ordre de 10 à 25 kg : mm?, alors que le mono-
point de vue de leur introduction comme procédé cristal fournit (suivant le procédé de préparation et
de contrôle, et nous nous limiterons aux coefficients
usuels fournis par les essais mécaniques courants et l’orientation) des allongements plastiques attei-
gnant 70 à 83 0o pour 100 sous des tensions de 3
l’analyse chimique. à 10 kg : mm2 ;
Quoi qu’il en soit, je tiens à souligner quelques
différences essentielles entre ces caractéristiques ou 4° Les propriétés physiques ont une signification
résultats des essais mécaniques et les propriétés bien déterminée par rapport à la valeur d’usage.
physiques bien connues de vous d’autre part. On sait ce que doivent être la conductibilité d’un
La définition, le contrôle et la signification des câble électrique, le module d’élasticité d’un spiral,
propriétés mécaniques sont, en effet, très différentes le coefficient de dilatation d’un piston de moteur, etc.,
de celles des propriétés physiques proprement dites pour satisfaire à l’emploi et fournir l’usage qu’on
telles que la dilatation, le module élastique, les leur demande.
propriétés électriques, etc., qui vous sont très Au contraire, la valeur d’usage au point de vue
familières. mécanique d’une pièce métallique n’a qu’un rapport
io Les propriétés physiques sont bien définies problématique et souvent inconnu vis-à-vis de ses
d’une manière indépendante de l’éprouvette qui a caractéristiques mécaniques. Aussi celles-ci sont-elles
servi à les déterminer, on parle d’une conductibilité, plutôt des indices de classement, des coefficients d’iden-
tification, que l’expression de propriétés déterminées.
d’un coefficient de dilatation, sans besoin d’indi- Si les propriétés physiques nous apparaissent ainsi
cations complémentaires. Au contraire, une rési-
lience, un allongement de rupture, n’ont de valeur plus simples, mieux définies, que les propriétés
mécaniques, il ne faut pas en conclure que le problème
que si l’on indique en même temps le type d’éprou- de leur obtention industrielle écarte les difficultés
vette et même les conditions mécaniques d’essai;
courantes.
20 Les
propriétés physiques sont des propriétés Dans la fabrication des pièces caractérisées par
plus simples, plus élémentaires que les caracté- leurs propriétés physiques, le problème pratique
23

n’est pas résolu par la seule obtention des propriétés dans acier, il est infiniment plus difficile de mettre
un
désirées : il subsiste le plus souvent : au pointun nouveau type d’acier présentant des

io Dans la fabrication, le rôle essentiel des avantages techniques ou économiques réels par
rapport à ceux existants. C’est une entreprise qui
propriétés de façonnage;
2~ Dans l’emploi, l’intervention des propriétés
nécessite souvent des années d’expériences avec le
concours de techniciens et d’hommes de laboratoire,
mécaniques et chimiques. tant à l’aciérie que dans les usines d’utilisation.
La considération des propriétés de façonnage C’est pour cela qu’il y a peu de nouveautés à
subsiste et impose des problèmes au moins aussi mentionner dans le domaine de l’obtention de la
difficiles à résoudre, car il s’agit d’adapter l’élabo- résistance mécanique; de même, il n’y a pas à signaler
ration à l’obtention de propriétés complexes satis- de records de caractéristiques mécaniques à part
faisantes, phénomènes et facteurs beaucoup plus la très haute dureté superficielle obtenue par la
difficiles à saisir et à préciser. nitruration.
Pour citer un exemple, considérons l’obtention Par contre, des progrès considérables ont été
d’un fil pour résistance électrique du type austé- à l’égard de problèmes beaucoup plus
accomplis
nitique au nickel-chrome : difficile mais moins frappants, moins sensationnels
Les propriétés physiques sont définies par la à l’égard du public : ceux de la purification et de la
résistivité et son coefflcient de température, grandeurs
régularisation des fabrications.
qui, pour des traitements thermiques et mécaniques Le premier permet de s’affranchir de la sujétion
et une pureté des matières premières donnés, sont
des matières premières pures, telles que les produits
fonction de la composition chimique et de la tempé-
suédois, ce pour notre pays. Le
rature, relations qui sont illustrées par les nombreux deuxième estquifacteurprimordial
est
essentiel de qualité; tous ceux
diagrammes de M. Chevenard. Le problème est donc qui s’attachent à dégager les lois et facteurs des
bien défini à ce point de vue. Mais il faut en outre
phénomènes complexes savent combien il est difficile
que l’alliage soit forgeable et ductile, de manière de réduire la dispersion des résultats et d’obtenir
à pouvoir en obtenir des fils de section régulière et des valeurs numériques reproductibles; quand on
exempts de défauts physiques. y parvient, on peut dire que le problème est résolu,
Ceci fait intervenir les conditions d’élaboration et car on est alors maître des variables.
le degré d’oxydation d’où, pour assurer la forgea-
bilité et la désoxydations l’addition d’éléments tels Ce sont les deux buts que l’on a sans cesse pour-
suivis en aciérie, purification et régularité, dont on
que le Mn, le Zr, le Mg, l’Al, en quantités le plus s’est constamment rapproché, et qui paraissent avoir
souvent non dosables par les méthodes pondérales
été ces dernières années, d’une manière
chimiques. Il faut, par suite, instituer des procédés à la atteints fois et pratique, par les procédés
particuliers d’étude pour la mise au point et le de scientifique
contrôle des fabrications. brassage métal-laitier mettant en jeu d’une
En outre, si l’on abandonne ce type d’alliage en manière beaucoup plus complète et beaucoup
s’adressant aux résistances ferritiques, les propriétés plus rapide les équilibres entre ces deux phases
mécaniques à chaud, l’aptitude à la recristallisation, liquides.
donc la résistance et la fragilité à froid, le compor- Par ailleurs, le choix des types d’aciers pour les
tement chimique sont changés. applications mécaniques est guidé, à l’heure actuelle,
par des questions économiques et d’approvision-
nement en matières d’addition.
DEUXIÈME PARTIE. Mais des progrès considérables ont été accomplis
dans le domaine des aciers résistant chimiquement à
A. Principaux types d’aciers et leurs emplois froid et à chaud et résistant mécaniquement à
en Physique Contrairement à ce que laisseraient chaud, amenant une rénovation et un boulever-
penser les innombrables brevets publiés, la lecture sement complets de l’outillage des industries chi-
des articles techniques et les informations de la miques et thermiques. Ce sont des sujets qui doivent
presse quotidienne, l’apparition d’un type réellement retenir tout particulièrement l’attention des physi-
nouveau d’acier est un fait rare et exceptionnel. ciens.
Périodiquement, et notamment aux époques de Il ne m’est pas possible de dresser devant vous un
guerre, circulent des nouvelles sensationnelles d’aciers tableau des aciers industriels, même en se limitant
contenant en général des éléments peu utilisés à ceux qui ont actuellement une valeur réelle
jusqu’alors et battant tous les records des propriétés pratique et qui sont fabriqués en quantité notable.
mécaniques; et ceci trouve créance même auprès de Le sujet est encore trop vaste et en outre il est
personnalités qualifiées par leurs titres et leurs difficile à présenter d’une manière suggestive. On
fonctions; inutile de dire qu’il n’en reste rien. Si peut en effet essayer de classer un tel exposé de
d’ailleurs il est loisible à n’importe qui d’ajouter diverses manières dont chacune d’elles n’est pas
un ou plusieurs éléments en proportion quelconque sans présenter des inconvénients; cette classifi-
24

cation peut être, soit chimique, soit mécanique, soit compositions chimiques différentes ayant subi des
structurale : traitements thermiques appropriés fl).
1 ~ La classification chimique d’après la nature Mais ceci ne constitue qu’un classeur dans les
des éléments présents C, Mn, Si, Ni, Cr...; c’est différentes cases duquel doivent se répartir toutes
évidemment la plus simple et ne demande aucun les demandes numériques de caractéristiques méca-
travail intellectuel, ni dépense d’imagination; c’est niques et non une véritable classification des aciers
celle qui convient à l’aciériste pour lequel l’opé- eux-mêmes, puisque s’y trouvent confondus ensemble
ration est définie et contrôlée par l’analyse chimique; tous les facteurs déterminant ces propriétés, que
elle est en outre la seule possible pour un traité, deux aciers différents peuvent être logés dans la
car elle permet une table analytique des matières. même case ou au même échelon alors qu’inver-
C’est ainsi qu’est présentée la remarquable série sement, un même acier peut, suivant les traitements
de monographies d’aciers établie aux États-Unis par subis, occuper toute une portion de l’échelle.
la coopération du Battelle Memorial Institute, de Ajoutons qu’il y a plus : suivant sa destination
l’American Iron and Steel Institute, du Bureau of motivée par une de ses propriétés, un même acier
Standards, et d’autres organismes industriels. Chaque ou un même alliage est vendu commercialement

élément d’addition est l’objet d’un volume de sous des noms (et même à des prix) différents suivant

5oo pages. Cela est très précieux pour l’étude et la que l’on met à profit sa résistance mécanique, sa
documentation, mais, on le comprend, ne peut résistance électrique, ses propriétés de dilatation, etc.
fournir matière à une esquisse d’ensemble, un aperçu En résumé, ces deux modes de classement, utiles
général, car on serait conduit à une fastidieuse pour les métallurgistes ou pour les mécaniciens,
énumération, à un catalogue monotone et inter- sont ici dénués d’intérêt et ne présentent en outre
minable. aucun caractère véritablement scientifique permet-
Nous nous contenterons de dire qu’actuellement : tant une vue d’ensemble.
Les aciers pour la construction mécanique sont, dans 30 Si nous voulons un fil conducteur, une concep-
l’immense majorité, des aciers : tion présentant une réelle signification scientifique,
au manganèse et manganèse-silicium; il faut se tourner du côté de la structure dont les
au chrome, chrome-manganèse, chrome molyb- propriétés ne sont que l’expression ou la conséquence,
dène, chrome-silicium, chrome-aluminium; et qui dépend de tous les facteurs de fabrication
au nickel, nickel-chrome, nickel=molybdène, nickel- énumérés précédemment, notamment composition
chrome-molybdène. chimique et traitements thermiques.
J’ai essayé, dans le tableau synoptique II ci-joint,
Les aciers et alliages pour outils et résistant méca-
niquement à chaud font appel aux éléments donnant d’esquisser une tentative de classification d’ensemble
basée sur la structure, cristalline et micrographique,
des carbures réfractaires ou des constituants
et tenant compte des propriétés caractéristiques :
fournissant le durcissement structural à chaud :
résistance mécanique et chimique, à froid et à chaud.
tungstène, molybdène, chrome, vanadium et au Mais auparavant, il me paraît utile de rappeler
cobalt.
Les aciers et alliages résistant chimiquement à quelques notions élémentaires sur cette structure.
l’oxydation sont obtenus par addition en quantité
suffisante d’éléments solubles dans le fer et donnant B. Indications sommaires sur les transfor-
des oxydes réfractaires : chrome, aluminium, silicium, mations et la structure des aciers. On sait
-

zirconium, etc. (le calcium et le magnésium donnant que toute l’étude des traitements thermiques et des
également des oxydes réfractaires ne sont pas propriétés des aciers est dominée par les transfor-
solubles dans le fer). mations du fer.
2° La classification par propriétés mécaniques est Les aciers existent sous deux états dérivés des
celle qui conviendrait le mieux à l’utilisateur méca- formes allotropiques du fer : état f erritique oc, à
nicien et qui apparaîtrait la plus indiquée à adopter maille centrée, et état austénitique y à maille à faces
ici pour donner un aperçu des ressources apportées centrées.
par les aciers pour la construction des appareils.
Un projet de classification générale basée sur les (1) Lescaractéristiques mécaniques considérées étaient
celles obtenues sur éprouvettes découpées dans des barres
caractéristiques mécaniques avait été établi pendant cylindriques de 25 mm de diamètre pour tenir compte de
la guerre sous l’inspiration de M. Caquot : il comporte l’influence de l’épaisseur sur les propriétés mécaniques,
l’établissement de barèmes numériques, de gammes notamment du fait de la pénétration de la trempe. Pour tenir
fonctionnelles représentant les allongements de compte de la composition chimique, les aciers étaient répartis
en cinq classes :
rupture A pour 100, les résiliences et l’endurance
en fonction des résistances R (lesquelles s’échelonnent 1° Non alliés;
suivant une série de nombres normaux rattachés ~0 Faiblementalliés; .

30 Moyennement alliés;
à la série Renard); les associations de ces caracté- 40 Fortement alliés ou autotrempants;
ristiques pouvaient être réalisées par des aciers de 50 Très fortement alliés ou très autotrempants.
25
26

Les domaines thermiques d’existence de ces états fragilité de cette martensite croissent avec la teneur
dépendent des éléments ajoutés au fer et de l’histoire en carbone jusque vers o,5 pour 100 C; les plus
thermique antérieure; les frontières mutuelles de hautes duretés, celles requises pour les aciers à
ces domaines sont les températures de transfor- outils, seraient donc obtenues avec des aciers suffi-
mation cc ~ y. samment carburés trempés. Elles sont accompagnées
Dans les aciers proprement dits, possédant des d’une grande fragilité que l’on peut atténuer par
températures d’équilibre de transformation, l’austé- le revenu ou limiter à la zone superficielle des pièces,
nite est l’état stable à chaud et la ferrite l’état stable soit en ne carburant que là surface (cémentation),
à froid. Le passage par mettez transformation est soit en ne trempant que la surface (trempe au chalu-
accompagné d’un affinage de la structure ou du meau), soit en raison de la pénétration de la trempe.
grain de l’acier. La vitesse critique de trempe, requise pour la
La ferrite ce ne dissout pratiquement pas le carbone trempe et qui qualifie ainsi le pouvoir trempant,
(de l’ordre de 0,01 pour 100), alors que l’austénite dépend de divers facteurs, principalement des teneurs
peut en dissoudre de l’ordre de 1 pour 100. en éléments présents dans l’acier qui, la plupart,
La transformation de l’austénite y carburée en diminuent cette vitesse et rendent l’acier plus facile-
ferrite ce est donc accompagnée d’une expulsion ment notamment C, Mn, Ni, Cr, Mo, etc.
trempant,
de carbone sous forme de cémentite ou de carbure Pour teneur suffisante en ces éléments, la vitesse
une
de Fe, Mn, Cr, Tu, etc.; il y a donc décomposition critique est inférieure à celle du refroidissement
de l’austénite en donnant naissance à des agrégats spontané à l’air, ce sont les aciers auto-trempants;
ferrite + cémentite, microscopiques ou ultra-micro- les plus employés sont ceux au Ni-Cr, Ni-Cr-Mo
scopiques, de structure variable, soit lamellaires, et Cr-Mo.
ou formés de lamelles de cémentite alternant avec Les vitesses de refroidissement allant en décrois-
des lamelles de ferrite, soit globulaires, formés de sant de la surface vers l’intérieur de la pièce, la zone
particules plus ou moins arrondies, dispersées dans trempée ne s’étend que jusqu’à la profondeur
la ferrite. z

correspondant à la vitesse critique de trempe de


Ces agrégats microscopiques sont la perlite lamel- l’acier. Les aciers auto-trempants à faible vitesse
laire ou globulaire et la bainite supérieure. crifique de trempe sont donc à grande pénétraüon de
Les agrégats ultra-microscopiques lamellaires trempe : tels sont ceux utilisés pour les blindages
forment la troostite à lamelles radiées en éventail. et projectiles de perforation.
Les agrégats ultra-microscopiques globulaires sont Le rappel de ces notions élémentaires, volontai-
la sorbite, la granulite et la bainite inférieure. rement très simplifiées, motive l’emploi de la teneur
Les propriétés mécaniques dépendent de la struc- en carbone et de la vitesse critique de trempe pour la
ture de ces agrégats, c’est ainsi que pour un acier classification que nous présentons des aciers.
donné : En outre, les éléments ajoutés au fer se divisent en :

le minimum de dureté correspond à la perlite Éléments alphagènes, tels que Cr, Si, Al, etc.,
io
globulaire la plus grossière, qui étendent le domaine ce d’existence de la ferrite
le maximum de résilience correspond à la sorbile. au détriment du domaine y de l’austénite, au point
même de supprimer ce dernier et par suite les points
La structure de ces agrégats est [2] spécifique
de transformation oc y.
de la température de décomposition de l’austénite,
On a ainsi des alliages f erritiques demeurant à
température qui dépend de nombreux facteurs. l’état oc jusqu’à la fusion. Étant dépourvus de trans-
Pour un refroidissement effectué à partir d’une
formation, on ne peut ni les durcir par trempe marten-
température située dans le domaine de l’austénite
stable, la vitesse de refroidissement est un important sitique, ni affiner la structure par traitement ther-
de ces facteurs, et, à égalité de ceux-ci, il y a une mique. Telles sont les ferrites ,à forte teneur en Cr
vitesse critique de trempe au delà de laquelle tout pouvant contenir en outre Al, Si, Zr et utilisées pour
ou partie de la réaction de décomposition de l’austé-
leur résistance à l’oxydation à chaud, notamment
comme résistances chauffantes.
nite indiquée ci-dessus, avec formation de l’agrégat
ferrite + cémentite, est supprimée; l’austénite non Aussi bien dans ces alliages ferritiques que dans
les aciers qui sont ferritiques à froid, la ferrite présente
décomposée se transformant à basse température le phénomène de transition de cassure à une tempé-
(de l’ordre de 100-200~) avec formation d’une solution rature dépendant de nombreux facteurs, comme nous
solide (XI instable ou martensite, caractéristique des
l’avons indiqué. Nous n’en retiendrons que trois
états trempés. Les atomes de carbone restent en
solution solide d’insertion avec déformation de la conséquences pour les aciers et alliages ferritiques.
maille ce qui est alors orthogonale pseudo-cubique 10 Intérêt à avoir une structure à grains fins
et avec distorsion du réseau, d’où une haute dureté pour éviter la fragilité; cet affinage du grain grossier
et une fragilité notable. résultant de la surchauffe (pièces forgées) ou de
Pour un acier donné, le maximum de dureté corres- l’état brut de coulée (moulages ou soudures), qui
pond au maximum de martensite. La dureté et la peut s’obtenir par traitements thermiques mettant à
27

profitla transformation dans les aciers, mais qui par suite une bien meilleure tenue mécanique à
ne se faire avec les alliages ferritiques; il
peut chaud et ne présentent pas, comme les ferritiques,
faut avoir recours au forgeage ou à des additions la grande fragilité à froid après chauffage prolongé
de N, B, etc. ayant entraîné une structure très grossière, d’où leur
Phénomènes de vieillissement après écrouissage
2~ emploi notamment en soudure par fusion.
ou après trempe au-dessous de la température de La viscosité à chaud peut encore être réduite
transformation et attribués à la variation de solubilité par l’incorporation d’éléments réfractaires tels que
d’éléments présents en d’infimes proportions : C, N, le Tu (alliages du type BTG dû aux travaux de
0, etc., et que l’on peut combattre par des doses Chevenard) fournissant même un durcissement à
homéopathiques d’autres éléments tels que Al. chaud par précipitation de constituants formés avec
30 Fragilité de tous les alliages et aciers ferritiques le fer (travaux avec Jolivet et Prétet).
aux basses températures, d’où une plus grande b. Des alliages austénitiques instables obtenus
fréquence de ruptures dans les hivers rigoureux ou avec des teneurs bien moindres en Ni et Mn,
aux très hautes altitudes et leur emploi à proscrire donc plus économiques, par hypertrempe grâce à
dans les machines frigorifiques; il faut recourir à l’addition de carbone et d’éléments trempants comme
l’austénite aux lieu et place de la ferrite, et pour le Cr.
cela s’adresser à l’addition de :
Telles sont les austénites au Mn-C et les austénites
Éléments gammagènes, tels que Ni, Mn, C,
2~ inoxydables au Cr-Ni (types r 8 : 8- 2 4 : 1 ~-30 : 20).
qui étendent le domaine y au détriment du domaine x Le refroidissement lent ou le réchauffage détermine
au point de faire disparaître celui-ci. On a alors des la précipitation de carbures et la formation de marten-
alliages austénitiques dépourvus de transformation, site très dure, phénomènes dirigés et accélérés par
celle-ci étant supprimée ou renvoyée au-dessous les déformations et l’écrouissage; ils mériteraient
de l’ambiante. Telles sont : les austénites inoxydables à eux seuls un exposé spécial, mais ont été présentés
au Ni-Cr que l’on tend à remplacer, en raison du devant vous par M. Chevenard. Ils sont à l’origine :
manque de nickel, par les austénites Mn-Cr; les i° De la corrosion intercristalline fissurante des
fils pour résistances chauffantes en austénites au
austénites inoxydables Ni, Cr et Mn-Cr, que l’on
Ni-Cr, pour lesquelles on cherche également à réduire combat par divers moyens, notamment la suppression
la teneur en Ni actuellement.
du carbone ou l’addition d’éléments formant des
L’austénite ne présente pas comme la ferrite la
carbures stables comme Ti, Nb, etc.
fragilité aux basses températures, c’est donc parmi
ces alliages que l’on recherchera ceux à utiliser pour 20 Du durcissement par choc des austénites au Mn,
les machines frigorifiques. qui, joint à la non-fragilité des austénites, motive
L’état austénitique est très ductile, c’est lui qui leur emploi dans les croisements et aiguilles de
fournira le maximum d’allongement de rupture A, chemins de fer, les broyeurs, etc., et entraîne une
d’où grand travail de déformation avant rupture, extrême difficulté d’usinage à l’outil, d’où leur utili-
et, par suite, résistance aux chocs, et difficultés sation pour les coffres-forts.
d’usinage. Bien entendu, on peut faire réapparaître les trans-
Cet état s’obtient par addition, à teneur suffisante,
formations des aciers avec leurs conséquences, aussi
des éléments Mn, Ni, mais, comme l’accroissement
bien dans les alliages austénitiques que dans les
de vitesse de refroidissement et de température de
chauffage, joint à la présence d’éléments trempants alliages ferritiques, en incorporant une dose suffi-
sante d’éléments alphagènes dans les premiers et
comme Cr, tendent également à renvoyer à basse
gammagènes dans les seconds.
température le point de transformation et à maintenir
en solution solide le carbone, élément gammagène,
on agit conjointement par trempe et élévation de
C. Applications aux appareils des physiciens.
teneur en carbone, ou addition de Cr, pour réaliser
-

De cette esquisse très incomplète et très schéma-


plus économiquement, c’est-à-dire avec moindres tique on pourra dégager quelques indications suscep-
teneurs en Ni et en Mn, l’austénite. Mais cette austé- tibles d’être utiles pour la conception et la construction
nite ainsi obtenue est instable, de sorte que l’on aura : des appareils des physiciens. Citons-en quelques-unes :
Des I ~ Dureté superficielle élevée, soit par nitruration
a. alliages austénitiques stables, demeurant
ainsi quel que soit le traitement thermique, par (de l’ordre de goo à Iooo Brinell) si l’on ne veut qu’une
des doses suffisantes d’éléments gammagènes Ni pellicule extra-mince, soit par trempe après chauffage
au chalumeau ou par induction à haute fréquence,
et Mn : tels sont les ferro-nickels et ferro-nickels
chromés utilisés pour résistances électriques, machines si l’on veut une profondeur déterminée avec la dureté
de la martensite (5oo-6oo Brinell).
frigorifiques et turbines à vapeur et à gaz.
Ces alliages austénitiques possèdent, en effet, 2° Si l’on veut conserver la dureté à chaud, il
par rapport aux ferritiques, de plus faibles vitesses faut recourir aux solutions adoptées pour les outils
de fluage et de grossissement de grain à chaud, et de coupe, soit aciers à coupe rapide au Cr-Tu, soit
28

mieux alliages à base de cobalt-chrome-tungstène fantaisie intellectuelle, les loisirs d’exécution ne


(ou stellites), soit aux alliages artificiels de carbures peuvent s’y donner libre cours.
réfractaires. En science pure, on peut choisir son sujet, le
Il est à remarquer que ces derniers permettent simplifier en le circonscrivant dans le domaine des
de travailler les austénites au manganèse, les aciers possibilités expérimentales et le dégageant des
trempés, la fonte blanche, le verre, etc., ce qu’on phénomènes accessoires ou parasites.
ne pouvait guère faire autrefois. En science appliquée le problème est imposé avec
30 Pour les appareils devant résister à la pression toute sa complexité et ses difficultés expérimentales.
ou aux efforts à chaud, on peut recourir aux aciers Qu’une thèse de doctorat soit prolongée d’une
ou plusieurs années, cela n’aura le plus souvent de
Ni-Cr-Mo, Ni-Cr-Tu, Cr-Si, aux austénites au Cr,
au Cr-Tu, etc., et s’il y a en même temps corrosion conséquences que pour son auteur; qu’un problème
chimique, on peut diviser le problème en recourant de science industrielle demeure en suspens, cela
à deux pièces ou deux parois assumant chacune peut avoir des conséquences pour toute l’industrie,
deux rôles, résistance mécanique à chaud, comme et même parfois, pour tout le pays. S’il y a erreur,
on vient de le dire, et résistance chimique à chaud l’auteur pourra en éprouver sévèrement la respon-
sabilité dans son avenir.
par les aciers et alliages dits inoxydables.
4~ C’est cette dernière catégorie d’aciers qui nous
D. Rôle des solutions approchées ou tempo-
paraît d’ailleurs susceptible de nombreuses appli- raires. Aussi le métallurgiste devra souvent se
cations et d’une généralisation très étendue dans
-

les appareils de physique. contenter de solutions imparfaites, provisoires, mais


qui n’en sont pas moins fécondes : en voici trois
Non seulement pour les problèmes particuliers exemples :
de résistance chimique à chaud vis-à-vis des atmo-
~~Le fait d’avoir lié le durcissement structural
sphères oxydantes, hydrogénées et même sulfureuses, à une précipitation fine dans une solution solide
mais pour la conservation de l’aspect et de la qualité
de surface à froid. sursaturée, a permis une généralisation et des
Pour les appareils de précision, l’état de surface conséquences extrêmement heureuses alors que le
a uneimportance primordiale; il faut éviter son phénomène est plus complexe et plus varié;
altération et également son entretien qui se fait par ~~ Les courbes caractéristiques de trempe com-
des matériaux toujours abrasifs. Aussi devraient-ils portent des simplifications, une généralisation et
être établis en aciers ou alliages inoxydables qui, se une schématisation qui peuvent être jugées excessives.

présentant avec toute la gamme - ferritique, marten- Il n’en est pas moins vrai qu’elles permettent une
sitique, austénitique offrent la variété de pro-
-

compréhension et une présentation d’ensemble de


priétés mécaniques désirable. l’opération de trempe que l’on chercherait vainement
Pour ne citer qu’un exemple, c’est déjà par tonnes ailleurs;
que s’exprime la consommations d’inoxydables pour 3~ L’explication de la passivité chimique par les
la fabrication des balances. Ce n’est là, à notre avis, couches invisibles d’oxydes ou autres produits de
qu’un commencement. réaction, n’est peut-être qu’une expression simplifiée
Bien entendu, je laisse délibérément de côté les de la réalité, une première approximation, mais
alliages doués de propriétés physiques spéciales elle a permis une généralisation très féconde des
(dilatation, propriétés thermiques, électriques et alliages résistant chimiquement et des traitements
magnétiques), domaine dans lequel ont été accomplies passivants.
d’étonnantes performances qui ont été déjà présen-
tées ici même, notamment par P. Chevenard. Bien plus, l’utilisation précède souvant la connais-
sance même de la nature du phénomène, il suffit
Problèmes de science appliquée et de science pure. -

que les lois en soient établies : l’invar a été employé


D’une manière plus générale, les problèmes métal- bien avant qu’on connaisse le mécanisme intime
lurgiques sont complexes; on ne peut les simplifier mis en jeu. S’il avait fallu attendre l’explication
arbitrairement pour n’en prendre qu’une portion, correcte des résultats annoncés dans la thèse de
c’est d’ailleurs là un caractère des problèmes de doctorat de Willm, en 1908, sur les alliages aluminium
science appliquée, ce que H. Le Chatelier appelait magnésium, l’essor de l’aviation ne se serait pas
science industrielle, laquelle, sous cet aspect, apparaît produit; il est vrai que nous ne le regretterions
souvent plus difficile et plus ingrate que la science (

peut-être pas autant maintenant.


pure. C’est d’ailleurs un peu ce qui se passe pour la
Plus difficile, par la complexité des problèmes et thermodynamique par rapport à l’atomistique :
la nécessité d’apporter, dans un délai réduit, une l’une permet d’énoncer des règles et lois sous une
solution même provisoire en raison du caractère forme abstraite, algébrique, l’autre nous donne
impératif et d’intérêt général qui s’y attache. l’impression d’assister aux phénomènes dans leur
Plus ingrate, parce que la liberté d’action, la mécanisme intime.
29

E. Quelques problèmes théoriques. -

Mais culiers d’efficacité et de sensibilité. Il faut y avoir


la nécessité d’analyser les phénomènes bruts, d’en recours conjointement et les contrôler mutuelle-
faire l’inventaire, de s’efforcer d’en établir les lois, ment.
fait surgir d’autres problèmes de science pure dont Pour ne citer en exemple que celui du durcisse-
certains sont de nature à retenir l’attention des ment structural ou de précipitation d’une phase
physiciens du point de vue théorique. ’
à partir d’une solution solide sursaturée, ce phéno-
Voici quelques-uns à titre d’exemple : mène peut être étudié :
-

Mécanisme de la déformation des agrégats -


soit par micrographie, en observant directe-
et de l’influence de la finesse de structure; ment les particules précipitées dès qu’elles deviennent
2013 Mécanisme de la visibles aux plus forts grossissements,
fatigue et du fluage;
----

Relations éventuelles entre les divers phéno- -


soit par spectroradiographie : apparition des
mènes liés à l’agitation atomique : diffusion, recristal- taches de diffraction dues au précipité et variation
lisation, viscosité, etc.; ,
du paramètre cristallin de la solution mère.
-

Nature de la transition dans la rupture des


ferrites et des phénomènes connexes de fragilité Suivant les cas, le microscope est en avance sur
au bleu, de fragilité par revenu, etc. ; les rayons X ou inversement pour déceler la précipi-
---

Origine de la dureté de la martensite et méca- tation ; par contre, lorsque celle-ci est précédée de
nisme de la transformation martensitique; la formation d’une surstructure, seule la spectro-
-

Période d’inhibition ou de retard dans la radiographie est efficace.


décomposition de l’austénite à l’état instable (1). Ces deux méthodes sont d’ailleurs spécifiques
de deux degrés de structure entre lesquels on ne
Peut-être la spectroradiographie projettera la saurait établir de hiérarchie.

lumière sur ces points.


On doit en effet espérer que cet admirable moyen
G. Apports de la métallographie à la phy-
d’investigation, qui a apporté de si précieux rensei- Pour revenir aux problèmes théoriques
gnements sur la trempe des alliages légers d’alumi- sique. ---~
en

nium, jettera également sa clarté sur les phénomènes que nous avons cités, la spectroradiographie, qui a
présentés par l’acier. déjà fourni de précieux et uniques renseignements sur
le fluage, la fatigue, les modes de déformations et
de transformation, etc., donnera encore de fécondes
F. Spectroradiographie et micrographie. --

indications.
Jusqu’à présent, en effet, les nombreuses et impor- Si la physique peut ainsi prêter son précieux
tantes études auxquelles les phénomènes de trempe
de l’acier ont donné lieu ont été conduites par
concours problèmes
aux scientifiques posés par
l’étude des métaux, inversement, la métallurgie
l’analyse thermophysique et la micrographie, les ou science des métaux, a apporté son contingent
rayons X n’ayant apporté que la confirmation aux connaissances scientifiques; qu’il suffise de citer
décisive des deux formes allotropiques du fer et le rôle des gaz dans les métaux et le mécanisme de
la nature de martensite. leur intervention, les phénomènes de corrosion
Cela tient en partie aux difficultés expérimentales
rencontrées par la spectroradiographie des aciers intergranulaire, de déformation des agrégats cris-
tallins plastiques, etc. L’application des méthodes
(spectres compliqués plus difficiles à interpréter purement physiques est récompensée par l’acquisi-
et nécessitant des poses prolongées voilant l’image
tion de nouvelles données; citons l’analyse spectro-
photographique, choix de l’anti-cathode, etc.), diffi- radiographique, qui, par la mise au point du dosage
cultés qui ont été soulignées par le professeur Bragg, de quantités infimes d’Al, de Mo, de V, etc., a rendu
et aussi peut-être parce que, dans ces phénomènes
à la fois service à la métallurgie et à la science, en
de trempe, la solution solide mère, c’est-à-dire
permettant de réformer certaines notions admises.
l’austénite, ne paraît pas subir de modification de Si les résistances et propriétés mécaniques actuelles,
réseau, tandis que la structure micrographique du tant pour les aciers que pour les alliages légers,
précipité apparaît jouer un rôle important. n’ont pu être obtenues qu’en faisant appel à l’étude
Il sera puéril, pour ne pas dire ridicule, d’établir des transformations et états hors d’équilibre, inver-
une hiérarchie ou une comparaison entre les deux
sement cette étude a accru et modifié profondément
méthodes, micrographique et spectroradiographique, nos connaissances sur ces phénomènes qui, aupa-
en parlant de la supériorité, de l’ancienneté ou de
ravant, étaient plutôt rudimentaires et inexactes.
l’actualité de l’une par rapport à l’autre. Chacune a Il est peu de branches de l’industrie qui aient été
ses avantages et ses déficiences, ses domaines parti-
mêlées plus intimement aux progrès scientifiques
que la métallurgie; non seulement elle mis à profit
(’) L’étude de l’effet du fractionnement des séjours iso- les découvertes de la science pure, mais ce sont les
thermes (Jolivet et Portevin) et des déformations (Jolivet
et de Lacombe) permet de conclure à la formation de germes laboratoires métallurgiques qui ont créé la science
pxéparant la décomposition. des métaux ou métallographie.
30

Conclusions. 2~L’Astronomie stellaire statistique, où le progrès


peut ètre défini soit par le nombre d’étoiles dont
En esquissant ce tableau des services réciproques, on connaît les caractéristiques, soit par l’erreur
passés et futurs, échangés entre la physique et la
métallographie, je me posais la question, un peu
puérile, de savoir si les progrès dans~ ce domaine des
applications de la science à la métallurgie étaient
comparables à ceux, merveilleux, accomplis dans le
domaine de la physique pure.

Fig. 3. -

Progrès de la résistance au fluage à chaud


des aciers.

moyenne des observations de positions des étoiles.


Fig. 2. -

Progrès de la résistance des fontes grises H. Mineur [4] a, dans ces deux derniers cas, pu
et principaux facteurs y ayant contribué.
préciser qu’actuellement le coefficient .K de l’expo-
nentielle du progrès astronomique est entre o,oi
et o,o2, le temps étant exprimé en années.
Dans Regards sur le monde actuel, Paul Valéry
s’exprime ainsi :
Je me suis essayé autrefois à me faire une idée
«

positive de ce que l’on nomme progrès ». Éliminant


«

donc toute considération d’ordre moral, politique ou


esthétique, le progrès me parut se réduire à l’accrois-
sement très rapide et très sensible de la puissance
(mécanique) utilisable par les hommes et à celui
de la précision qu’ils peuvent atteindre dans leurs
prévisions. Un nombre de chevaux-vapeur, un
nombre de décimales vérifiables, voilà des indices
dont on ne peut douter qu’ils n’aient grandement
augmenté depuis un siècle. »
Ainsi, puissance mécanique et précision sont
apparues à l’éminent écrivain comme caractéristiques
du progrès sous une forme susceptible d’évaluation des aimants
Fig. 4. -

Progrès permanents.
numérique.
D’autre part, il y a quelques années, par manière
de fantaisie et, à mon excuse, après un banquet, Jetons maintenant un coup d’oeil sur les progrès
je crois, j’avais énoncé la proposition, en apparence de la métallurgie dans lets 100 dernières années :
un peu saugrenue, que le progrès était fonction
Pour la pureté des métaux industriels, l’exemple
exponentielle A IOk! du temps t. En voici deux le plus frappant est celui de l’aluminium (on pourrait
exemples touchant la physique : y adjoindre celui du zinc) pour laquelle on a gagné
1° D’après notre regretté ancien président, Ch.-Ed. deux décimales en 20 ans, plus rapidement qu’en
Guillaume [3], on gagne en métrologie une décimale métrologie.
tous les 5o ans : le progrès est bien une exponen- propriétés mécaniques, les fontes offrent
Pour les
tielle de o, le coefficient K de l’exponentielle dans la progression de leur résistance, un exemple
étant o,o2, 1 étant exprimé en années. caractéristique de l’influence des procédés et connais-
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sances scientifiques résumé par le graphique ci-joint Mais pour les qualités des aimants permanents,
(fin. 2) : le coefficient de l’exponentielle ressort à les progrès résumés dans les graphiques ci-joints
0,011 - 0,01 ’À comparable à celui de l’astronomie. ( fig. 4 et 5) sont plus rapides : pour la force coercitive
on aurait K o,o3. De même ordre apparaissent
=

Fig. 6. -

Progrès des aciers et alliages de coupe.

les progrès dans les aciers et alliages pour outils


Fig. 5. des aimants
-

Progrès permanents. qualifiés par le poids des copeaux enlevés à l’heure


(fin. 6) : on a K o,o34. ==

Enfin, dans les moteurs à explosion où l’allè-


Une allure analogue se constate pour ces 20 dernières gement par cheval-vapeur, caractéristique du progrès,
années dans les courbes représentant, d’apurés est dû pour une notable partie à la métallurgie,
Houdremont, les progrès des aciers résistant à on atteint K 0,01~7. =

chaud (~1.
De telles constatations sont de précieux encoura-
(1) Il ne s’agit ici que des aciers proprement dits et non gements à poursuivre dans la voie parcourue.
des alliages spéciaux au nickel qui avaient déjà apporté il
y a 3 o ans des solutions équivalentes à celles atteintes bien
plus tard par ceux-ci. Manuscrit reçu le 6 novembre r g42.

BIBLIOGRAPHIE.

[I] A. PORTEVIN, Rev. Univ. Mines, 8e série,I939, 20, [3] CH.-ED. GUILLAUME, Bulletin scientifique des Étudiants
p. 320. de Paris, juilletI922.
[2] H. JOLIVET et A. PORTEVIN, C. R. Acad. Sc., I938, 108, [4] H. MINEUR, Histoire de l’Astronomie stellaire, Hermann,
p. I498. I934.