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CERFACS

CFD - Combustion

Sous la direction de Bénédicte CUENOT et Thierry POINSOT

MODELISATION ET CALCUL
DE JETS DIPHASIQUES

Rapport de DEA
Eléonore RIBER
Septembre 2003
Ref : WN/CFD/03/74

DEA Dynamique des Fluides


Institut National Polytechnique de Toulouse
Résumé

La combustion diphasique dans les moteurs d’avion ou de voiture fait aujourd’hui l’objet d’études
et de simulations numériques poussées. Le principal enjeu réside dans la réduction des émissions
de polluants. Dans cette optique, il est nécessaire de caractériser l’injection de fuel liquide et son
mélange avec l’air chaud.
Le stage a pour but de modéliser et de calculer un jet diphasique turbulent avec la formulation
eulérienne pour la phase dispersée. Il s’est déroulé autour de trois thématiques principales.
Tout d’abord, une étude bibliographique a permis de comprendre le modèle à deux fluides.
L’implantation de la traı̂née dans le code AVBP TPF du CERFACS a fait l’objet d’une étape
de validation qui a permis de prendre en main le code et de comprendre les effets du couplage
gaz-liquide induit par cette force. Enfin, le calcul d’un jet diphasique turbulent a permis d’obtenir
des résultats qualitatifs qui ont pu être comparés avec des travaux incluant un modèle lagrangien.
Le stage a débouché sur la modélisation et le calcul d’une configuration expérimentale réalisée au
LSTM d’Erlangen. C’est un mélange d’un jet plan d’air chargé en particules de verre avec deux
écoulements ascendants co-courants d’air dans un canal rectangulaire vertical. A cette occasion,
des comparaisons quantitatives avec les résultats expérimentaux et des calculs RANS avec un
modèle eulérien ont démontré le très bon comportement du code diphasique du CERFACS.

Remerciements

Je tiens à remercier sincèrement Thierry Poinsot pour m’avoir donné l’opportunité d’effectuer
mon stage au sein de l’équipe CFD du CERFACS, dans une atmosphère de confiance et de
sympathie.
J’exprime toute ma reconnaissance à Bénédicte Cuenot et André Kaufmann qui m’ont fait par-
tager leur expérience en modélisation numérique des écoulements diphasiques. J’ai apprécié la
qualité de nos échanges et la finesse de leurs analyses et de leurs conseils.
Ces remerciements s’adressent naturellement à Jean-Baptiste Mossa, Stéphane Pascaud et Mat-
thieu Boileau qui m’ont accueillie au sein de l’équipe diphasique et n’ont jamais hésité à m’ap-
porter leur aide précieuse.
La complexité du seul écoulement gazeux m’a poussée à faire plus particulièrement appel aux
connaissances de Laurent Gicquel, Carmen Jiménez, Alois Sengissen, Céline Prière et Patrick
Schmitt. Je tiens sincèrement à les remercier pour la générosité de leur aide.
Enfin, je n’oublie pas l’ensemble des permanents, thésards et post-doctorants qui ont toujours
été disponibles et contribuent tous à rendre l’ambiance sympathique.

3
Table des matières

Introduction 7
0.1 Le CERFACS : Centre Européen de Recherche et de Formation Avancée en Calcul
Scientifique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
0.2 Contexte d’études . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
0.3 Objectifs du stage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8

1 Le modèle eulérien à deux fluides 10


1.1 Rappel des équations locales instantanées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.2 Approche statistique : définition des opérateurs de moyenne . . . . . . . . . . . . 10
1.3 Equations en grandeurs moyennes principales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12

2 Cadre du stage 13
2.1 Simplification du modèle eulérien à deux fluides . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
2.2 Le modèle de Simulation aux Grandes Echelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.3 L’outil numérique : AVBP TPF . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15

3 Etudes préliminaires 16
3.1 Validation du code en terme de traı̂née . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
3.2 Etude de faisabilité du jet diphasique turbulent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17

4 Application : expériences du LSTM d’Erlangen - Présentation et Méthodologie 18


4.1 Description de la configuration expérimentale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
4.2 Principales caractéristiques de l’écoulement diphasique . . . . . . . . . . . . . . . 19
4.3 Principaux résultats obtenus en calcul RANS par J. He et O. Simonin . . . . . . 20
4.4 Présentation des calculs SGE menés avec le code AVBP TPF . . . . . . . . . . . 21

5 Expériences du LSTM - Calculs bidimensionnels sans injection de turbulence 25


5.1 Objectifs du calcul . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
5.2 Analyse des résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26

6 Expériences du LSTM - Calculs bidimensionnels avec injection de turbulence 28


6.1 Description du module ”injection de turbulence” . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
6.2 Cas du LSTM : analyse des résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
6.3 Cas annexe à la configuration expérimentale : mise en évidence du rôle traceur
des gouttes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32

5
6.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33

7 Expériences du LSTM - Calculs tridimensionnels 34


7.1 Le modèle de sous-maille WALE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
7.2 Analyse des résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
7.3 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34

Conclusion 36

Bibliographie 37

6
Introduction

0.1 Le CERFACS : Centre Européen de Recherche et de For-


mation Avancée en Calcul Scientifique
Le CERFACS, créé en 1987, est un laboratoire reconnu au niveau international dans le domaine
du calcul scientifique à haute performance. Il héberge une centaine de chercheurs permanents et
post-doctorants de toutes nationalités, ainsi que de nombreux stagiaires, doctorants et visiteurs.

Le CERFACS est constitué de cinq équipes :


- climatologie,
- traitement du signal,
- électromagnétisme,
- algorithme et calcul parallèle,
- mécanique des fluides numérique (CFD).
Cette dernière équipe est elle-même divisée en deux pôles de recherche : aérodynamique et
combustion. Les principales activités de l’équipe Combustion, dans laquelle j’ai été intégrée,
sont :
- la Simulation Numérique Directe (SND) pour l’étude des intéractions flamme/turbulence avec
chimie complexe,
- la Simulation aux Grandes Echelles (SGE) pour étudier le mélange, les instabilités de combus-
tion et les intéractions flamme/paroi, en combustion gazeuse et diphasique gaz/liquide.

Le domaine de la combustion diphasique est en pleine expansion et ses applications industrielles


sont nombreuses. La compréhension et la modélisation des jets issus des injecteurs diphasiques
est au coeur de ce projet de fin d’études. Ce contexte d’études est présenté en section 0.2.

0.2 Contexte d’études


Dans les moteurs actuels (avions (M88, Snecma), voitures (Injection Directe Essence)), le com-
bustible est injecté sous forme liquide et l’air chaud est injecté séparément. Le spray de gout-
telettes se réchauffe, s’évapore et produit une vapeur de combustible qui se mélange à l’air
avant de brûler. Généralement, l’écoulement environnant est turbulent. L’équipe Combustion
du CERFACS développe depuis 1992 un code parallèle de simulation aux grandes échelles des
écoulements gazeux réactifs en géométrie complexe. Ce code, appelé AVBP, est aujourd’hui em-
ployé pour des calculs dans des turbines à gaz et des foyers aéronautiques pour des entreprises
telles que Turboméca, Snecma, Siemens, Aérospatiale, Alstom ou l’IFP. Aujourd’hui, l’étude des
écoulements diphasiques constitue l’un des enjeux majeurs de la combustion, notamment dans
l’optique de réduire les émissions de polluants.

7
Dans ce but, il est entre autres indispensable de caractériser l’injection de fuel liquide et son
mélange avec l’air chaud. C’est pourquoi le CERFACS a décidé d’étendre son code de calcul à
la combustion diphasique où le carburant dans la chambre existe sous forme liquide.

Pour traiter la phase liquide des écoulements diphasiques en calcul numérique, deux classes
d’approche sont envisageables : le modèle Lagrangien ou Eulérien. L’approche Lagrangienne
considère les inclusions commes des inclusions discrètes, les suit dans leur mouvement et calcule
le bilan des forces sur chaque particule. Chaque particule est une particule ”statistique”, c’est-
à-dire qu’elle représente une classe de gouttes. Du fait des difficultés rencontrées pour mener des
calculs à haute performance avec cette méthode, elle n’est pour l’instant pas envisageable pour
des calculs SGE en géométrie complexe. L’approche Eulérienne semble mieux adaptée puisqu’elle
utilise une formulation continue, résolue par les mêmes algorithmes que la phase gazeuse.

Ce stage s’inscrit plus particulièrement dans l’étude de jets diphasiques avec la formulation
eulérienne. Il a pour objectif final de modéliser et de calculer un jet diphasique turbulent puis de
comparer les résultats de notre code AVBP TPF avec des résultats expérimentaux et des calculs
RANS. La section 0.3 détaille les étapes de la démarche suivie lors de ce stage de DEA.

0.3 Objectifs du stage


Se familiariser avec un code en développement a constitué la première étape. Plusieurs cas
tests monophasiques calculés avec la dernière version du code AVBP monophasique ont permis
d’acquérir une méthode de travail nécessaire pour contribuer efficacement au développement du
code diphasique au sein d’une équipe de chercheurs et thésards. Des bases de calcul parallèle ont
été acquises dans le cadre d’une formation dispensée par le CINES de Montpellier. Assurément,
elles ont permis une meilleure lecture et compréhension du code lors des implémentations de
nouveaux modèles dans AVBP TPF. Parallèlement, une étude bibliographique s’est avérée in-
dispensable pour mieux comprendre la formulation eulérienne de la combustion diphasique.

L’étude du jet diphasique turbulent s’est déroulée en deux principales étapes :

– La force de traı̂née compte parmi les termes de couplage entre les deux phases. Ce sont eux
qui font l’originalité des écoulements diphasiques. Poutant, leur puissance est telle qu’il est
nécessaire d’étudier leurs comportement et influence dans le cadre de problèmes simples avant
de calculer des géométries plus complexes. La validation en terme de traı̂née des équations
sur la phase liquide du modèle à deux fluides et de leur codage dans AVBP TPF s’est faite
dans le cadre de trois cas tests résumés dans la section 3.1.

– Une étude de faisabilité d’un jet diphasique a par la suite permis de caractériser le compor-
tement du liquide vis-à-vis du gaz. Rôle plus ou moins traceur des gouttes et phénomène
de ségrégation constituent les principales directions d’étude. La démarche et les résultats du
calcul du jet diphasique turbulent font l’objet de la section 3.2.

Ces deux premières étapes ayant déjà été présentées lors de la soutenance de projet de fin
d’études, elles sont brièvement rappelées dans ce rapport dans le seul but de souligner la
démarche et les résultats du stage.

8
Suite à cette démarche de validation et de faisabilité, le code a finalement été appliqué au calcul
d’une configuration expérimentale du LSTM d’Erlangen. Elle consiste en un mélange d’un jet
plan d’air chargé en particules avec deux écoulements ascendants co-courants d’air dans un canal
rectangulaire vertical (cf Fig. 4.1). La section 4 caractérise l’écoulement diphasique et développe
la méthodologie employée tandis que les Chap. 5, 6 et 7 mettent en évidence les points durs du
calcul, les solutions trouvées et rendent compte des résultats obtenus avec le code AVBP TPF.
Une comparaison tant avec les résultats expérimentaux qu’avec des calculs RANS effectués à
l’IMFT montrent la pertinence du modèle eulérien à deux fluides et de son implantation dans
le code du CERFACS.

9
Chapitre 1

Le modèle eulérien à deux fluides

1.1 Rappel des équations locales instantanées


Un mélange diphasique peut être subdivisé en régions purement monophasiques, continues,
séparées par des interfaces supposées infiniment minces et sans masse (cf. [16]). Dans chacune
de ces régions, les équations locales de la mécanique des fluides s’appliquent.

∂ ∂
Conservation de la masse : ρ+ (ρuj ) = 0 (1.1)
∂t ∂xj
∂ ∂ ∂
Conservation de la quantité de mouvement : (ρui ) + (ρui uj ) = σij + ρgi(1.2)
∂t ∂xj ∂xj
∂ ∂ ∂
Conservation de l’enthalpie : ρh + (ρuj h) = − qj + S (1.3)
∂t ∂xj ∂xj

où les variables sont définies de la manière suivante :


– ρ est la densité du fluide considéré,
– uj sa vitesse dans la direction j,
– σij = −pδij + τij le tenseur des contraintes,
– τij la partie dissipative du tenseur des contraintes,
– p = ρrT la pression qui suit la loi des gaz parfaits,
– gi l’accélération de la pesanteur,
– h l’enthalpie spécifique du milieu,
∂T
– qj = −λ ∂x j
le flux de chaleur par conduction,
– T la température,
– λ la conductivité thermique,
– S la somme du taux local d’échauffement radiatif et des apports éventuels complémentaires
d’énergie.

1.2 Approche statistique : définition des opérateurs de moyenne


On décrit brièvement dans cette partie le cadre mathématique du modèle eulérien à deux fluides.
Les travaux présentés ci-dessous ont été développés par Gray, Howes et Whitaker (cf. [3], [5],
[17] et [18]) et analysés par Simonin (cf. [11]).

10
1.2.1 La fonction caractéristique de phase
Définition
Le système local est composé de deux phases distinctes. Les différentes phases sont des fluides
purs non miscibles. On identifie chaque phase k par la fonction caractéristique χ k telle que :
χk (M, t) = 1 si le point M est dans la phase k à l’instant t
= 0 sinon (cf. Fig. 1.1)

Fig. 1.1 – Croquis de définition de la fonction caractéristique de phase : cas d’une phase continue
(k = c) contenant des inclusions (k = d).

Relations de commutation avec la dérivation


On démontre que l’opérateur de moyenne commute avec les dérivations spatiales et temporelles
pour une fonction f dérivable. Les démonstrations se trouvent entre autres dans les publications
de Whitaker [5], [17] [18] et de Gray [3].

1.2.2 Définition des grandeurs moyennes sur chaque phase


L’opérateur de moyenne
A chaque instant, Ω est un volume de contrôle fictif constitué de l’union des volumesRΩk oc-
cupés par les phases k. On définit l’opérateur de filtrage en espace < . > par : < f >= Ω1 Ω f dΩ.

L’opérateur de filtrage vérifie trois propriétés indispensables pour la mise en équation du problème :
linéarité, idempotence et commutativité.

Fraction volumique
On définit la fraction volumique de la phase k dans le volume de contrôle Ω :
Z
1
αk =< χk >= χk dΩ (1.4)
Ω Ω
Moyenne de Favre
La moyenne eulérienne phasique classique d’une grandeur quelconque f sera notée F k et sera
définie par :
Z
1 1
Fk = < f χk >= f χk dΩ
αk αk Ω Ω
0 0
L’écart à la moyenne f est défini par : f χk = (f − Fk )χk
Cependant, il est plus pratique de définir pour les problèmes à masse volumique variable, une
moyenne pondérée par la masse volumique, appelée moyenne de Favre (cf. [16]) :
1
Fk = < ρf χk > et f ” χk = (f − Fk )χk (1.5)
α k ρk

11
1.3 Equations en grandeurs moyennes principales
Principe de la méthode
Le modèle eulérien à deux fluides régi par Eqs. (1.6), (1.7) et (1.8) est obtenu en appliquant les
étapes suivantes aux équations de conservation (Eqs. (1.1), (1.2), (1.3)) :
1. Multiplication par la fonction caractéristique de phase χk à gauche,
2. Application des relations de commutation,
3. Filtrage sur le volume de contrôle.
Equations du modèle à deux fluides

∂ ∂
α k ρk + (αk ρk Uj,k ) = Γk (1.6)
∂ ∂t∂ ∂xj ∂
(αk ρk Ui,k ) + (αk ρk Ui,k Uj,k ) = −αk P k + α k ρk g i
∂t ∂xj ∂xj
∂ h i 0
+ αk Tij,k − < ρu“i u“j χk > + Ii,k + [Ui,σ − Ui,k ] Γk (1.7)
∂ ∂ ∂xj ∂ h 00 00
i
α k ρk H k + (αk ρk Uj,k Hk ) = − αk Qj,k + < ρuj h χk > + αk Sk + Πk (1.8)
∂t ∂xj ∂xj

avec les définitions suivantes :


- αk est la fraction volumique de la phase k,
- ρk est la densité de la phase k,
- Uj,k la vitesse moyenne de la phase k dans la direction j et u”j la fluctuation correspondante,
- Γk la densité volumique des apports de masse à la phase k résultant des échanges aux interfaces.
Dans le domaine de la combustion, Γk représente le terme d’évaporation/condensation.
- Pk est la pression moyenne de la phase k,
- gi est l’accélération de la pesanteur,
- Tij,k la moyenne du tenseur des contraintes visqueuses sur la phase k,
0
- Ii,k représente toutes les forces dues à l’intéraction entre les deux phases,
- Ui,σ la vitesse moyenne du flux de masse à travers l’interface,
00
- Hk l’enthalpie moyenne de la phase k et h la fluctuation correspondante,
- Qj,k le flux moyen de chaleur par conduction dans la direction j,
- Sk la moyenne des termes sources volumiques de la phase k,
- Πk la densité volumique des apports d’enthalpie à la phase k résultant des échanges aux
interfaces.
0
Les termes Γk , Ik et Πk , caractéristiques des écoulements diphasiques, correspondent aux apports
de masse, quantité de mouvement et enthalpie du fait des échanges entre phases aux interfaces.
Ces quantités sont liées par les relations de bilan interfacial et s’expriment à partir des grandeurs
moyennes principales à l’aide d’hypothèses simplificatrices ou lois de comportement. Etant donné
0
leur complexité, les quantités Ik et Πk seront à ce titre données dans le chapitre 2 dans le cadre
restreint de notre étude.
Enfin, pour caractériser l’évolution du diamètre, notamment lorsqu’on prend en compte les
phénomènes d’évaporation, il est nécessaire, vu Eq. (1.9), de connaı̂tre l’évolution du nombre de
gouttes par unité de volume n. Ce dernier est fourni par Eq. (1.10) :
µ ¶1
6αl 3
d= (1.9)
Πn
∂ ∂
n+ (nUj,l ) = 0 (1.10)
∂t ∂xj

12
Chapitre 2

Cadre du stage

2.1 Simplification du modèle eulérien à deux fluides


2.1.1 Hypothèses d’étude
Dans le cadre de ce stage, les cas tests de validation, l’étude de faisabilité des jets turbulents
diphasiques et le calcul de la configuration expérimentale font intervenir le couplage direct-
inverse entre les deux phases par le seul biais de la traı̂née. En effet, la validation du phénomène
d’évaporation fait l’objet d’un autre stage au sein du CERFACS.
Les autres hypothèses sont les suivantes :
– Une seule espèce liquide
– Une seule taille de goutte
– Ecoulement dilué : αl << 1 et αg ∼ 1
ρl d 2
– La correction en Reynolds dans le temps de relaxation des gouttes est négligée : τ p = ρg 18νg .

On note que pour des simplifications d’écriture, la moyenne eulérienne des vitesses U k définie
dans la section 1 sera dorénavant notée uk .

2.1.2 Bilan des forces sur une goutte


L’équation du mouvement d’une goutte dans un champ fluide turbulent peut être obtenue de
manière générale à partir d’un bilan des forces exercées sur la goutte.

D X
ρl Vl ul (t) = Fk (2.1)
Dt
k

avec les notations suivantes :


- ρl est la masse volumique de la goutte,
- ul son vecteur vitesse,
- Vl son volume,
- F k l’ensemble des forces appliquées à la goutte.

Dans le cadre de la combustion diphasique, nous étudions des gouttes sphériques dont la densité
est largement supérieure à celle du fluide et de taille inférieure ou du même ordre que les échelles
de la turbulence. Plusieurs analyses théoriques (cf. Sommerfeld 2000) ont montré que dans ce
cadre, la contribution des efforts de gradient de pression, de masse ajoutée (qui a pour origine

13
les accélérations et décélérations successives de la goutte) et de la force de Basset (qui est liée à
l’histoire des accélérations passées de la goutte) est négligeable devant l’agitation et la dispersion
des gouttes. Par ailleurs, la taille des gouttes (de l’ordre de 50 µm) permet de négliger la force
de portance. Dans les cas tests et l’étude de faisabilité, la phase dispersée est du carburant et la
force de gravité est donc négligée. En revanche, dans la configuration expérimentale, ce sont des
particules de verre pour lesquelles la gravité intervient dans les équations. Les gouttes sont
donc essentiellement contrôlées par la force de traı̂née, à laquelle s’ajoute la gravité
pour les particules de verre.
Eq.(2.1) s’écrit donc :
D 1
ul (t) = F D = (ug − ul ) + g (2.2)
Dt τp
ρl d 2
où τp représente le temps de relaxation de la particule : τp = ρg 18νg

|ug −ul |d
et Rel le nombre de Reynolds caractéristique des gouttes : Rel = νg

2.1.3 Echanges interfaciaux de quantité de mouvement et d’enthalpie


Le bilan des forces précédent permet d’exprimer le terme de transfert I de quantité de mouve-
ment. Il représente uniquement la force de traı̂née dans notre cas.
1
I = I g = −I l = F D = (u − ul ) (2.3)
τp g
Par ailleurs, l’évaporation n’est pas prise en compte dans cette étude : Γ = 0. En outre, on
néglige la conduction de chaleur à l’interface ; le terme d’échange interfacial d’enthalpie est nul :
Π=0

2.1.4 Récapitulatif des équations de Navier-Stokes diphasiques


Phase liquide
∂ ∂
α l ρl + (αl ρl uj,l ) = 0 (2.4)
∂t ∂xj
∂ ∂ α l ρl
αl ρl ui,l + (αl ρl uj,l ui,l ) = (ui,g − ui,l ) (2.5)
∂t ∂xj τp
∂ ∂
α l ρl H l + (αl ρl uj,l Hl ) = 0 (2.6)
∂t ∂xj
∂n ∂
+ (nuj,l ) = 0 (2.7)
∂t ∂xj

Phase gazeuse
∂ ∂
α g ρg + (αg ρg uj,g ) = 0 (2.8)
∂t ∂xj
∂ ∂ ∂Pg α l ρl
αg ρg ui,g + (αg ρg uj,g ui,g ) = − − (ui,g − ui,l ) (2.9)
∂t ∂xj ∂xj τp
∂ ∂ α l ρl
α g ρg E g + (αg uj,g (ρg Eg + Pg )) = −ui,g (ui,g − ui,l ) (2.10)
∂t ∂xj τp
u2i,g
où Eg est définie comme la somme de l’énergie cinétique et de l’enthalpie du gaz : Eg = 2 + Hg

14
2.2 Le modèle de Simulation aux Grandes Echelles
Cette section a pour but de présenter succinctement la méthode de Simulation aux Grandes
Echelles (SGE). On peut décomposer cette méthode en quatre étapes ([9] chap.13) :

– On définit une opération de filtrage pour décomposer la vitesse U (x, t) en la somme d’une
composante filtrée (ou résolue) U (x, t) et d’une composante résiduelle (ou de sous-maille)
u” (x, t). Le champ de vitesse filtré U (x, t) représente la dynamique des grands tourbillons.

– Les équations pour l’évolution du champ de vitessse filtré découlent des équations de Navier-
Stokes. La différence majeure est la présence dans l’équation de conservation de la quantité
de mouvement du tenseur des contraintes de sous-maille τij (modélisé), traduisant la contri-
bution des petits tourbillons.

– La fermeture de ces équations est réalisée en modélisant ce tenseur des contraintes de sous-
maille, τij , par un modèle de viscosité turbulente νt . Les deux modèles les plus utilisés sont
ceux dits de “Smagorinsky” [12] et “Wale” (Wall-Adapting Local Eddy [6]) . Les expressions
des termes intervenant dans ces deux modèles sont :

∂Uj
τij − 1/3τkk δij = −νt Sij avec Sij = 1/2( ∂U
∂xj +
i
− 2∂Ui
3∂xi δij )
∂xi (2.11)

L’expression de la viscosité turbulente est propre à chacun des modèles :

p
Modèle de Smagorinsky νt = Cs ∆2 |S| avec |S| = Sij Sij
∂Uj
Modèle Wale νt = Cw ∆2 f (Sij Sij , Ωij Ωij ) et Ωij = 1/2( ∂U
∂xj −
i
∂xi )
(2.12)

On montrera par la suite en quoi le modèle de Wale est meilleur que celui de Smagorinsky.

– On résout numériquement les équations filtrées, ce qui fournit une approximation de la dyna-
mique instationnaire des grandes échelles de l’écoulement turbulent.

2.3 L’outil numérique : AVBP TPF


Tous les calculs présentés dans ce rapport ont été effectués avec le code de calcul AVBP TPF du
CERFACS. C’est un code de calcul parallèle qui résout le système non linéaire des équations de
Navier-Stokes compressibles diphasiques de manière explicite en régime laminaire et turbulent.
Il est écrit en FORTRAN 77 et est basé sur deux librairies : l’une est chargée de la simulation
numérique des équations de la mécanique des fluides et l’autre gère les aspects calcul à haute
performance, notamment le parallélisme. Du point de vue numérique, AVBP TPF possède un
schéma centré d’ordre 2. Le schéma de Lax Wendroff, de type volumes finis, est disponible
pour les deux phases. Celui de Taylor Galerkine modifié, de type éléments finis, est en cours
d’implantation pour la phase gazeuse. L’intégration temporelle de tous ces schémas est assurée
par un schéma de Runge-Kutta explicite à plusieurs étapes. Finalement, les conditions aux limites
utilisées sont les conditions NSCBC (cf. [8]), connues pour leurs excellentes qualités acoustiques.
Les détails des modèles se trouvent dans [10] et [1].

15
Chapitre 3

Etudes préliminaires

Ces études préliminaires ne sont pas nécessaires à la compréhension des chapitres suivants. Il
semble cependant intéressant de rappeler les méthodes employées et les résultats obtenus afin
d’inscrire l’ensemble du stage dans une démarche logique.
L’originalité des écoulements diphasiques réside principalement dans les termes de couplage
entre les deux phases. Ce stage n’a pour objectif qu’une étude approfondie des effets de la
force de traı̂née sur l’écoulement. Dans un premier temps, il s’est avéré indispensable de valider
l’implantation de cette force dans le code AVBP TPF. Puis, une étude de faisabilité d’un jet
diphasique a permis de mettre en évidence des caractéristiques de l’écoulement liquide.

3.1 Validation du code en terme de traı̂née


Tous les calculs de validation du code en terme de traı̂née sont monodimensionnels et Eq. (2.5)
peut donc s’écrire :
∂ ∂ 1
ul (x, t) + ul (x, t) ul (x, t) = (ug (x, t) − ul (x, t)) (3.1)
|∂t {z } | ∂x
{z } |τp {z }
(1) (2) (3)

On peut décomposer cette étape en trois parties qui font chacune l’objet d’un cas test simple :
– Un problème purement temporel : initiallement, un domaine 1D aux parois périodiques
est rempli de gaz et de gouttes dont la répartition est uniforme. Tous les champs sont constants
de manière à étudier un problème temporel qui correspond à la résolution de Eq. (3.1) en
omettant la variation spatiale notée (2).
Si la vitesse du gaz est beaucoup plus grande que celle du liquide, on prévoit qu’au cours du
temps, les gouttes seront accélérées par la traı̂née tandis que le gaz sera ralenti. Finalement,
les deux phases atteindront la même vitesse.
Numériquement, on constate que le terme de traı̂née est contrôlé par le rapport ∆t τp où ∆t
est le pas de temps numérique. Lorsque ce rapport devient grand, les gouttes se comportent
comme des traceurs et le terme de traı̂née (3) devient très grand, induisant une instabilité
numérique. Le cas test a donc consisté en une correction du schéma Runge-Kutta d’ordre 3 :
on a intégré de manière exacte les équations sur le liquide et le gaz en utilisant les solutions
analytiques, évidentes, du problème.
– Etude d’un canal monodimensionnel laminaire en régime permanent : le système
d’équations sur les deux phases relatives à ce problème n’admet pas de solution exacte. Le
terme non linéaire noté (2) de Eq. (3.1) en est à l’origine. On a cependant cherché une solution

16
approchée du système afin de comparer les résultats numériques à cette solution, dite ”de
référence”. La méthode ne sera pas ici développée. En revanche, physiquement, il est important
de noter que sur une petite longueur, bien que le gaz soit injecté moins rapidement que
le liquide, la décélération du liquide s’accompagne d’une décélération du gaz. Ainsi, dans
ces conditions particulières, la pression a une influence plus importante que la traı̂née sur
l’écoulement.
– Enfin, la résolution numérique de l’équation de Burgers qui se résume aux termes
notés (1) et (2) de Eq. (3.1) est importante dans les cas où le terme (3) de couplage est nul
ou faible. Le problème s’apparente à la résolution numérique d’un choc et se résout grâce à
un ajout de viscosité artificielle sur la phase liquide. On reviendra sur cet artifice numérique
dans le chapitre 5.
Ces trois cas tests font l’objet de rapports internes au CERFACS et sont utilisés pour le
développement permanent du code AVBP TPF.

3.2 Etude de faisabilité du jet diphasique turbulent


La modélisation de jets diphasiques turbulents (Reg > 1000) est d’une importance capitale pour
le calcul de chambres de combustion d’avions ou de voitures. En effet, expérimentalement, des
mesures sont effectuées au sein même des injecteurs. Cependant, le code ne permettant pas
encore de modéliser ni les distributions de gouttes, ni le phénomène d’atomisation, on utilise les
profils expérimentaux en sortie de l’injecteur pour imposer nos profils en entrée du jet.
Les calculs ont permis de relier l’effet de la traı̂née sur l’écoulement diphasique au nombre
adimensionnel de Stokes et de quantifier le phénomène de ségrégation.

Définition du nombre de Stokes


τp
St = (3.2)
Tf
où τp est le temps de relaxation des gouttes défini dans la section 2.1.2 et Tf un temps ca-
ractéristique du gaz, en l’occurrence le temps de retournement des gros tourbillons.

Comportement du liquide comparé à l’écoulement gazeux


En premier lieu, on a observé l’influence du nombre de Stokes sur la phase dispersée. Lorsque
St << 1, les gouttes répondent bien à l’écoulement et se comportent comme des scalaires passifs.
En revanche, lorsque St >> 1, les variations de la phase gazeuse, en l’occurence les phénomènes
turbulents, se produisent à des échelles temporelles plus petites que celles des gouttes et ces
dernières ont donc du mal à suivre l’écoulement gazeux.

Quantification de l’effet de ségrégation


La ségrégation est un phénomène de concentration préférentielle des gouttes aux endroits de
faible vorticité. Il se produit lorsque les gouttes interagissent avec les structures tourbillonnaires
du fluide. Le but a été de retrouver qualitativement les résultats de P. Février [2] qui a déjà étudié
ce phénomène dans une étude lagrangienne de l’effet de ségrégation de particules en fonction du
nombre de Stokes en turbulence homogène isotrope.
Nos calculs mettent en évidence une accumulation de gouttes dans les zones de faible vorti-
cité, comme si elles étaient éjectées par les tourbillons possédant un maximum de vorticité. Ce
phénomène de ségrégation semble maximal pour un nombre de Stokes proche de 1. Pour des
α
valeurs plus élevées, la ségrégation diminue. Si l’on représente la ségrégation ( αl,max
l,moy
) en fonction
de log(St), on retrouve un comportement de type gaussien déjà prédit par P. Février.

17
Chapitre 4

Application : expériences du LSTM


d’Erlangen - Présentation et
Méthodologie

4.1 Description de la configuration expérimentale

Fig. 4.1 – LSTM - Configuration de l’étude expérimentale

18
La Fig. 4.1 présente le schéma de l’étude expérimentale du LSTM d’Erlangen (Allemagne). Elle
permet de carctériser le mélange, dans un canal rectangulaire vertical de largeur 25 mm, d’un jet
plan d’air de largeur 7 mm chargé en particules avec deux écoulements ascendants co-courants
d’air.
Les mesures détaillées des vitesses moyennes et fluctuantes de chaque phase ont été réalisées par
vélocimétrie laser suivant cinq profils horizontaux choisis en aval de l’injection des particules :
y = 0.0, 0.02, 0.1, 0.55, 1.05 m . Elles sont données par Sommerfeld et Zeissel [14] et permettront
de comparer efficacement les comportements numériques du code AVBP TPF et expérimentaux.

4.2 Principales caractéristiques de l’écoulement diphasique


Caractéristiques de la phase gazeuse

Masse volumique ρg (kg/m3 ) 1, 1307


Viscosité cinématique νg (m2 /s) 1, 645.10−5
Vitesse moyenne débitante Ug,m (m/s) 8, 61
Nombre de Reynolds Reg (-) 4190

Tab. 4.1 – LSTM - Caractéristiques du gaz

Une rapide analyse de Tab. 4.1 nous donne des indications quant à la convergence en moyenne
des simulations numériques : elle sera longue à obtenir, d’un simple point de vue gazeux. D’une
part, la comparaison de la longueur du canal et de sa vitesse débitante induit un temps convectif
de l’ordre de 12,2 ms, temps relativement grand. D’autre part, malgré un nombre de Reynolds
relativement petit, le canal est considéré comme pleinement turbulent (cf. [9]). On montrera que
le temps nécessaire au développement de la turbulence dans les canaux est conséquent. Ainsi, un
module d’injection de turbulence récemment créé pour le code monophasique sera utilisé dans la
version diphasique afin de réduire les temps de calcul. Néanmoins, il sera nécessaire de calculer
l’écoulement sur plusieurs temps convectifs pour obtenir des moyennes statistiques pertinentes.

Caractéristiques de la phase liquide

Masse volumique ρl (kg/m3 ) 2780


Diamètre moyen des particules d (m) 45.10−6
Vitesse moyenne débitante Ul,m (m/s) 9, 58
Moyenne du taux de présence αl,m (-) 9, 16.10−7
Temps de relaxation des particules τp (s) 19.10−3

Tab. 4.2 – LSTM - Caractéristiques du liquide - St >> 1

Tab. 4.2 renseigne d’ores et déjà sur la physique de l’écoulement de la phase dispersée. Les
particules de verre sont lourdes et leur temps caractéristique calculé à partir de l’expression
donnée par Eq. (2.2) est grand.
L’étude de faisabilité du jet diphasique présentée en détail dans le rapport de Projet de Fin
d’Etudes a permis de définir le nombre de Stokes (Eq. (3.2)) qui caractérise le comportement de
la phase dispersée vis-à-vis du gaz
Dans le cas d’un canal pleinement turbulent, on peut définir Tf comme le temps caractéristique
des tourbilllons les plus énergétiques. Dans la mesure où ce dernier est difficile à calculer dans

19
nos simulations, on l’approxime au temps caratéristique des tourbillons générés par l’injection
de turbulence. En accord avec les résultats expérimentaux, la vitesse moyenne des structures
1
turbulentes injectées en entrée est de l’ordre de 10 de la vitesse débitante gazeuse, soit 0.9 m/s.
Leur taille correspond à la longueur la plus énergétique des tourbillons générés dans un canal, à
savoir 31 de la largeur du canal. On obtient donc Tf = ul0 ' 3 ms et ainsi St ' 6.4.

La physique du jet diphasique nous a permis de montrer que dans ces conditions, les particules
n’ont pas le temps de répondre à l’écoulement gazeux et que par conséquent, le couplage entre
les deux phases est faible. C’est ce que nos simulations numériques illustreront.

Les caractéristiques des écoulements diphasiques dans les chambres de combustion des moteurs
d’avion par exemple semblent différentes. En effet, les mesures expérimentales montrent qu‘à
froid, la traı̂née induit un couplage bien plus fort entre le gaz et les gouttes de carburant. C’est
pourquoi, on a également cherché à caractériser un jet plan d’air chargé de particules de verre
beaucoup plus petites. Leur temps de relaxation est donc bien plus petit, ce qui assure un nombre
de Stokes inférieur à 1. Dans ce cas, on sait que les gouttes se comportent comme des traceurs
de la phase gazeuse, en l’occurence de la turbulence. Tab. 4.3 résume les caractéristiques de la
phase dispersée pour ce cas annexe.

Masse volumique ρl (kg/m3 ) 2780


Diamètre moyen des particules d (m) 5.10−6
Vitesse moyenne débitante Ul,m (m/s) 9, 58
Moyenne du taux de présence αl,m (-) 9, 16.10−7
Temps de relaxation des particules τp (s) 2, 6.10−4

Tab. 4.3 – LSTM - Caractéristiques du liquide - St < 1

4.3 Principaux résultats obtenus en calcul RANS par J. He et


O. Simonin
L’étude de cette configuration expérimentale rentre dans le cadre de la modélisation numérique
des écoulements turbulents diphasiques, et plus particulièrement dans l’application des modèles
d’agitation des particules développés au Laboratoire National d’Hydraulique d’EDF aux écoule-
-ments dilués en conduite verticale (cf [4]).
Ces calculs RANS ont permis aux auteurs de tester trois modèles d’agitation des particules parmi
lesquels un modèle d’entraı̂nement local des particules par la turbulence du fluide. Par ailleurs,
ils incluent un traitement particulier de la zone proche paroi puisqu’un modèle a été implanté
dans le code afin de calculer la transition vers la sous-couche laminaire pour l’écoulement gazeux
et d’appliquer les conditions de rebond pour la phase dispersée.
A titre de comparaison avec les calculs SGE, les résultats du code RANS seront rappelés sur les
différentes courbes en traits pointillés.

20
4.4 Présentation des calculs SGE menés avec le code AVBP TPF
4.4.1 Conditions initiales et aux limites

Conditions aux limites


L’utilisation des conditions aux limites dans ce calcul présente trois principales difficultés res-
pectivement liées au développement de la turbulence dans les canaux, au modèle Eulérien et au
contrôle des ondes tant acoustiques que numériques.

– La turbulence dans les canaux : on montrera dans le chapitre 5 que calculer un écoulement
à haut nombre de Reynolds (Re > 1000) entre deux murs n’est pas une condition suffisante
pour générer puis entretenir la turbulence. En effet, cet écoulement doit être déstabilisé afin
que la vitesse du fluide soit ”amenée” vers les bords du canal plus vite par les tourbillons
que par les frottements dus à la viscosité. La méthode employée à cet effet, ”l’injection de
turbulence”, sera détaillée dans le chapitre 6.
Cependant, il faut dès à présent retenir qu’il a été nécessaire de mailler les trois canaux
situés en amont de l’entrée dite expérimentale (cf Fig. 4.1) sur une longueur de 0.04 m
pour générer et entretenir la turbulence. La géométrie a ainsi été respectée en incluant les
deux séparateurs. Cette contrainte est à l’origine de difficultés rencontrées pour imposer les
conditions aux limites en entrée. Ces dernières ont effectivement été imposées en amont des
trois canaux, abscisse pour laquelle aucune donnée expérimentale n’était disponible. Ainsi, la
forme globale des profils expérimentaux a été respectée tout en s’assurant de la conservation
du débit de liquide et de gaz injecté. La Fig. 4.2 schématise les deux types d’entrée.

Fig. 4.2 – LSTM - Définition des entrées expérimemtales et numériques

– Le modèle eulérien : on rappelle que dans les expériences, les particules sont injectées
uniquement dans le canal du milieu. Pourtant, dans nos simulations numériques, pour des
raisons liées aux équations du modèle Eulérien et aux méthodes numériques mises en oeuvre,
la valeur du taux de présence ne peut pas être identiquement nulle à l’entrée. Par conséquent,
dans les deux canaux extérieurs, elle a été prise suffisamment petite pour que les conditions
utilisées pour les vitesses moyennes et fluctuantes ne puissent pas influencer l’écoulement de la
phase dispersée dans les régions en aval de l’injection significativement chargées en particules.

21
– Le traitement des ondes : écrire des conditions aux limites pour un écoulement compres-
sible est une difficulté majeure dans beaucoup de codes, et particulièrement pour des méthodes
de calcul récentes comme la SGE (Simulation des Grandes Echelles) ou la SND (Simulation
Numérique Directe). De nombreux schémas numériques peuvent fournir une précision d’ordre
élevé et une faible dissipation numérique. Néanmoins, cette précision et de ce fait les méthodes
SGE ou DNS sont limitées par la qualité des conditions aux limites. Les méthodes DNS sont
aujourd’hui encore utilisées dans le cadre de géométries simples. De ce fait, des conditions
périodiques sont souvent employées : le domaine est alors ” replié ” sur lui-même, et aucune
condition aux limites n’est requise. En revanche, les méthodes SGE calculent des écoulements
dans des géométries complexes telles que des chambres de combustion. Le problème est donc
tout autre et des conditions aux limites d’entrée, de sortie et des murs sont nécessaires. Ainsi,
le bruit tant acoustique que numérique devient un élément préoccupant. En cherchant à im-
poser ” en dur ” des valeurs aux limites, on ne résout pas les équations de Navier-Stokes
aux bords et ainsi, on ne traite pas convenablement les phénomènes acoustiques. C’est en ce
sens que les conditions aux limites dites ” Navier-Stokes Caracteristic Boundary Conditions
(NSCBC)” [8] sont novatrices. Leur théorie ne sera pas dévelopée dans ce rapport. La Fig. 4.3
associée à Tab. 4.4 résument les conditions aux limites utilisées dans le calcul.

Fig. 4.3 – LSTM - Croquis de définition des conditions aux limites ; les frontières sont respec-
tivement notées (A), (B), (C), (D), (E) et (F)

Frontières Phase gazeuse Phase liquide


(A), (B), (C) entrée NSCBC entrée simple
(D), (E) mur non glissant simple mur glissant simple
(F) sortie NSCBC sortie convective simple

Tab. 4.4 – LSTM - Résumé des conditions aux limites

22
Conditions initiales
Pour les mêmes raisons que celles invoquées dans le traitement des conditions aux limites, il
est impossible dans une formulation Eulérienne de la phase dispersée d’initialiser le calcul avec
une fraction volumique de liquide nulle. La valeur initiale du taux de présence a donc été prise
suffisamment petite pour ne pas influencer l’écoulement de la phase dispersée aux temps positifs.
Ainsi, tous les champs sont initialement constants et résumés dans Tab. 4.5.

Champs Po Ugo Vgo Wgo Tgo Ulo Vlo Wlo Tlo αlo
CI 101325 0 0 0 300 0 0 0 300 4.77.10−9

Tab. 4.5 – LSTM - Conditions initiales (unités SI)

4.4.2 Choix du maillage


Configuration 2D
Les canaux en amont de l’injection, larges de 8 mm, comptent 16 mailles dans la direction
transversale. Des essais avec le code monophasique AVBP ont montré que ce compromis permet
de résoudre correctement la turbulence sans nuire à la rapidité de convergence des simulations.
Ces mêmes canaux présentent 75 mailles sur une longueur de 4 cm, ce qui assure des mailles
presque carrées dans les injecteurs.
En aval de l’injection, on a choisi de calculer uniquement la partie inférieure du domaine (y <
0, 55 m). Aux vues des coupes expérimentales fournies, il semble que les phénomènes les plus
intéressants se produisent dans cette zone. Le maillage est donc déraffiné au delà de ce plan dans
la direction longitudinale.
Finalement, le maillage 2D compte près de 20000 mailles.

Configuration 3D
Il consiste en une extrusion du maillage bidimensionnel. Profond de 8 mm, le canal compte 10
mailles dans cette direction. Leur largeur est suffisamment grande pour ne pas réduire le pas de
temps du calcul et suffisamment petite pour entretenir les structures turbulentes.

4.4.3 Méthodologie
Le calcul de cette configuration expérimentale constitue l’objectif final de ce stage.
Etant donné le temps dont on disposait pour produire les résultats, les calculs ont été menés
avec le souci permanent de minimiser les temps de calcul et de tester un maximum de mo-
dules implantés dans le code AVBP TPF. Les performances du code sont évaluées en com-
parant les profils expérimentaux aux profils numériques dans les quatre plans horizontaux
y = 0.0, 0.02, 0.1, 0.55 m. La structure du rapport respecte les étapes de la démarche et se
décompose de la manière suivante :

– Chapitre 5 : Le modèle SGE, décrit dans la section 2.2, permet de mener les calculs bidimen-
sionnels de la configuration expérimentale. Ils permettent de valider les conditions aux limites
et de déterminer les niveaux de viscosité artificielle nécessaires aux simulations. En entrée, on
injecte uniquement les profils moyens de vitesses gazeuse et liquide et de fraction volumique
de liquide. On montre ainsi la nécessité de déstabiliser artificiellement l’écoulement dans les
trois canaux d’injection.

23
– Chapitre 6 : A cette occasion, on explique brièvement le module d’”injection de turbulence”
utilisé pour déstabiliser efficacement l’écoulement. La comparaison des résultats numériques
et expérimentaux montre son efficacité. Cependant, le modèle de SGE utilisé (Smagorinsky)
montre ses limites avec un mauvais comportement près des murs. Il semble nécesaire d’utiliser
un autre modèle de SGE (Wale) meilleur aux parois (cf. [6]) et donc de calculer une géométrie
3D.

– Chapitre 7 : Après une brève présentation du modèle SGE de Wale, les résultats présentés
mettent en évidence le bon comportement du code, y compris près des parois. Ces calculs 3D
donnent enfin des nouvelles pistes de recherche pour la thèse : écriture de lois de paroi pour
le liquide et traitement de l’agitation de la phase dispersée.

Le raisonnement complet est présenté sur le Tab. 4.6.

Calculs 2D Calculs 3D
Sans injection de turbulence Chapitre 5 X
Avec injection de turbulence Chapitre 6 Chapitre 7

Tab. 4.6 – LSTM - Etapes du calcul

24
Chapitre 5

Expériences du LSTM - Calculs


bidimensionnels sans injection de
turbulence

5.1 Objectifs du calcul


5.1.1 Caractéristiques du maillage
Il a d’une part été nécessaire de faire un bon compromis entre précision des résultats et rapidité
de calcul.
Par ailleurs, il a fallu s’assurer que les séparateurs n’étaient pas source de problème, en parti-
culier dans la zone de pointe. En pratique, leur géométrie est identique à celle des expériences.
Enfin, ce calcul a permis de choisir les conditions aux limites adéquates pour les deux phases,
en particulier aux parois. Comme les particules de verre ne sont injectées que dans le canal
du milieu et qu’elles ne sont que peu corrélées à la turbulence du gaz, elles ne heurtent que
rarement les parois. Les murs rebondissants ne sont donc pas utiles pour ce calcul. Toutes les
parois sont donc modélisées par des murs glissants (annulation de la composante normale de
la vitesse). En revanche, pour le gaz, une telle modélisation n’est pas physique. Les lois de
paroi turbulentes n’étant pas codées dans AVBP TPF, on assimile les parois à des murs non
glissants. On montrera au fil des calculs qu’une telle approximation ne perturbe pas les résultats
de manière conséquente, si ce n’est en proche paroi.

5.1.2 Niveaux de viscosité artificielle


Définition
Le code AVBP TPF est caractérisé par des schémas centrés en espace qui sont à l’origine d’in-
stabilités numériques dans les zones de forts gradients. La viscosité artificielle est un procédé
qui permet de résoudre numériquement ces gradients sans perturber les évolutions purement
linéaires par ailleurs. Le terme est ajouté dans les équations de Navier-Stokes en deux étapes :
– Un senseur juge de l’utilité de la viscosité artificielle. En comparant les gradients d’une
variable d’une maille à l’autre, ce paramètre détecte les fortes non-linéarités
– La valeur de cette fonction, toujours comprise entre 0 et 1, induit l’utilisation de l’un ou
des deux opérateurs de viscosité artificielle. Celui du 2nd ordre introduit une dissipation
artificielle afin de résoudre les chocs par exemple. Celui du 4eme ordre applatit les profils en
effacant les oscillations à haute fréquence.

25
Spécificités du calcul LSTM
Cet artifice numérique est disponible pour les deux phases. La viscosité artificielle agissant sur
la phase gazeuse ne pose pas de gros problèmes si l’on considère l’expérience aquise dans ce
domaine au CERFACS. En revanche, pour la phase liquide, il a été de première importance de
quantifier le niveau minimal de viscosité artificielle nécessaire à la phase transitoire du calcul. En
pratique, on remarque que deux phénomènes sont à l’origine de son utilisation : d’une part, les
instabilités sur la vitesse dues à la résolution de l’équation de Burgers et déjà mises en évidence
lors des cas tests rappelés dans le chapitre 3 ; d’autre part, les forts gradients de taux de présence
liquide en sortie des séparateurs, les particules n’étant injectées qu’au centre du domaine.

5.2 Analyse des résultats


Les champs présentés sur les Figs. 5.1, 5.2 et eref2dnotbal, et les profils de Fig. 5.4 montrent
qu’un tel calcul ne permet pas de reproduire l’écoulement réel. On remarquera que les champs
instantanés de vitesses gazeuse et liquide et de taux de présence liquide ne sont représentés
que sur les 10 premiers centimètres étant donné la longueur du domaine. Le champ de vitesse
gazeuse montre trois canaux laminaires qui ne transitionnent pas d’eux mêmes vers la turbulence
malgré un nombre de Reynolds turbulent. De ce fait, les profils relevés aux différentes abscisses
s’apparentent à des profils laminaires, avec de forts gradients de vitesse dans la continuité des
séparateurs. Les particules de verre montent petit à petit, d’abord dans l’injecteur du milieu
puis dans le domaine situé en aval des canaux. A cet endroit, on note la dissipation induite par
l’utilisation de la viscosité artificielle. Elle induit un élargissement du jet, auquel s’ajoute de la
diffusion. Enfin, le jet gazeux n’a aucune influence sur le jet liquide, lui aussi laminaire, ce qui
était prévu étant donné le grand nombre de Stokes (St ' 6).
Il est donc indispensable de déstabiliser le gaz afin de l’aider à transitionner vers la turbulence.
Un module d’injection de turbulence est présenté puis utilisé dans le chapitre 6.

y (m)
-0.04 -0.02 0 0.02 0.04 0.06

Fig. 5.1 – LSTM - Calculs 2D - Sans injection de turbulence - Vitesse gazeuse instantanée -
Légende : Vg,max = 12.52m.s−1 (blanc) ; Vg,min = 0.0m.s−1 (noir)

y (m)
-0.04 -0.02 0 0.02 0.04 0.06

Fig. 5.2 – LSTM - Calculs 2D - Sans injection de turbulence - Vitesse liquide instantanée -
Légende : Vl,max = 10.40m.s−1 (blanc) ; Vl,min = 0.0m.s−1 (noir)

26
y (m)
-0.04 -0.02 0 0.02 0.04 0.06

Fig. 5.3 – LSTM - Calculs 2D - Sans injection de turbulence - Fraction volumique instantanée
- Légende : αl,max = 9, 13.10−7 (blanc) ; αl,min = 4, 77.10−9 (noir)

Vg vg”
Vg,m Vg,m αl
1.5 1.5 1e−06

8e−07

1.0 1.0
6e−07
0.55m
4e−07
0.5 0.5
2e−07

0.0 0.0 0e+00


0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010

1.5 1.5 1e−06

8e−07

1.0 1.0
6e−07
0.10m
4e−07
0.5 0.5
2e−07

0.0 0.0 0e+00


0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010

1.5 1.5 1e−06

8e−07

1.0 1.0
6e−07
0.02m
4e−07
0.5 0.5
2e−07

0.0 0.0 0e+00


0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010

1.5 1.5 1e−06

8e−07

1.0 1.0
6e−07
0.0m
4e−07
0.5 0.5
2e−07

0.0 0.0 0e+00


0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010
x (m) x (m) x (m)
Fig. 5.4 – LSTM - Calculs 2D - Sans injection de turbulence - Comparaison des profils
expérimentaux (losanges), RANS (traits pointillés) et SGE (traits pleins)

27
Chapitre 6

Expériences du LSTM - Calculs


bidimensionnels avec injection de
turbulence

6.1 Description du module ”injection de turbulence”


Le chapitre 5 nous a permis de tirer un principal enseignement : calculer un écoulement à haut
nombre de Reynolds (Re > 1000) entre deux murs avec un modèle SGE n’est pas une condition
suffisante pour simuler la turbulence du gaz. Pour déstabiliser cet écoulement et générer des
tourbillons, deux possibilités s’offrent à nous :

– Considérer un domaine suffisamment long, ou du moins un domaine périodique (le domaine


est alors “replié” sur lui même), pour que les imprécisions numériques soient le moteur de
cette déstabilisation. C’est ce que l’on nommera une déstabilisation temporelle.

– Perturber dès l’entrée l’écoulement avec une turbulence homogène isotrope (THI) afin que la
transition à la turbulence se fasse le plus vite possible [13]. Cela revient en quelque sorte à
“injecter” de la turbulence par l’entrée du canal.

La déstabilisation temporelle nous amènerait à allonger considérablement nos canaux d’entrée


et ainsi à augmenter les temps de calcul. Par ailleurs, dans l’optique de calculer des turbines à
gaz, cette première méthode semble peu adéquate.

C’est donc la deuxième option qui a été retenue pour le calcul du jet plan chargé de particules.
Il convient de remarquer que ce module vient tout juste d’être implanté dans le code mono-
phasique du CERFACS et qu’il fait actuellement l’objet de nombreux tests au sein de l’équipe.
Adapter ”l’injection de turbulence” aux particularités du code diphasique a ainsi constitué la
première étape. S’en est suivie une étape de validation du module dans AVBP TPF : des cas
tests de canaux bi- et tri-dimensionnels monophasiques ont été mis en place afin de comparer les
résultats des deux codes. Ainsi, l’étude de cette configuration expérimentale nous permet non
seulement d’étudier le comportement de la phase liquide mais également celui de l’injection de
turbulence.

La mise en oeuvre de cette perturbation est loin d’être triviale en écoulement compressible. Elle
doit déstabiliser efficacement l’écoulement tout en maı̂trisant le bruit acoustique généré, satis-

28
faire au principe des conditions NSCBC (Chapitre 4) mais surtout correspondre à un spectre
turbulent réel. La théorie, assez délicate, ne sera pas développpée dans ce rapport. Les articles
de Van Kalmthout et al. ([15]) et Smirnov et al. ([13]) permettent une bonne compréhension de
la méthode. On s’attache ici à décrire uniquement la condition aux limites d’entrée associée.

Le gaz est injecté dans le domaine par le biais d’une condition ”NSCBC”. Celle-ci permet
d’imposer la vitesse du gaz en entrée tout en évacuant les ondes acoustiques sortantes afin
qu’elles ne se réfléchissent pas sur cette paroi. En pratique, la valeur cible de la vitesse n’est pas
atteinte en une itération, mais de manière asymptotique. A cette valeur cible qui correspond au
profil moyen de vitesse, on ajoute dans toutes les directions une fluctuation de vitesse telle que
la turbulence générée soit une Turbulence Homogène Isotrope (THI).

6.2 Cas du LSTM : analyse des résultats


La phase gazeuse
La Fig. 6.1 présente un champ de vitesse gazeuse une fois la turbulence établie. Une fois encore,
étant donné la longueur du domaine, on s’intéresse à la génération de la turbulence dans les
trois canaux puis au développement des structures dans la zone attenant les deux séparateurs.

y (m)
-0.04 -0.02 0 0.02 0.04 0.06

Fig. 6.1 – LSTM - Calculs 2D avec injection de turbulence - Champ de vitesse gazeuse - Légende :
Vg,max = 12.41m.s−1 (blanc) ; Vg,min = 0.0m.s−1 (noir)

Deux éléments sont à noter :


– On voit apparaı̂tre des structures émanant de l’entrée. Dans l’injection de turbulence, on a
spécifié leur taille, à savoir 31 de la largeur d’un tube. Elle semble être conservée lors du calcul.
En revanche, on note que ces structures ont tendance à grossir et à se dissiper le long des
canaux. Ce comportement est à relier au maillage : d’autres tests ont par la suite montré que
la taille des mailles était légèrement supérieure à celle nécessaire pour entretenir les structures
turbulentes générées dans les canaux.

– La perturbation néanmoins générée permet de déstabiliser les couches de mélange situées en


aval des séparateurs. Elles génèrent ainsi des structures de taille proche de 31 de la largeur
totale du domaine, ce qui est conforme à la théorie.

Si l’on considère la phase gazeuse, ces deux phénomènes garantissent, en comparaison avec les
résultats du chapitre 5, des profils de vitesse moyenne plus plats et des niveaux de fluctuation
plus proches des expériences en aval des injecteurs. La Fig. 6.2 confirme ces prédictions :

– En y = 0, à la pointe des séparateurs, les tourbillons générés à l’entrée sont dissipés par le

29
maillage et les niveaux des fluctuations numériques sont inférieurs à ceux mesurés.
– La couche de mélange en sortie des séparateurs délaminarise le profil en y = 0, 02 m, ce qui
rend le creux situé en x = 0, 004 m moins profond. Par ailleurs, les fluctuations de vitesse
calculées et observées expérimentalement sont totalement comparables.
– Plus en aval, les structures turbulentes notées sur la Fig. 6.1 donnent à l’écoulement un aspect
totalement turbulent. On retrouve donc des profils plats en y = 0, 1 m et y = 0, 55 m.
On note cependant que les tourbillons sont presque totalement dissipés près des murs. Il semble
que la modélisation des parois par des murs non glissants ne soient pas la principale cause.
Effectivement, on sait que le modèle SGE de Smagorinsky dissipe bien trop ces structures au
niveau des parois.

La phase dispersée
Conformément aux attentes, la phase dispersée n’est pour ainsi dire pas affectée par la turbu-
lence du gaz étant donné le grand nombre de Stokes. Dans la mesure où les particules de verre
sont très inertielles, elles ne voient pas les fluctuations gazeuses. Les fluctuations de la phase
liquide observées expérimentalement ne sont dues dans ce cas qu’à la déstablisation du jet li-
quide. C’est le terme non linéaire de l’équation de quantité de mouvement sur la phase liquide
qui en est le moteur.

Pour les retrouver numériquement, il est indispensable de modifier la facon dont est appliquée la
viscosité artificielle sur la phase dispersée. On rappelle que cette dernière est nécessaire, d’une
part pour résoudre l’équation de Burgers et d’autre part pour contrer les instabilités numériques
issues des forts gradients de taux de présence liquide. Cependant, il est nécessaire de modifier
à la fois la manière dont sont détectés les forts gradients et la facon d’ajouter de la dissipation
pour affiner les profils liquides. Ces derniers sont très proches de ceux présentés dans le chapitre
5 et ne sont pas reproduits dans cette section.

Le travail sur la viscosité artificielle est en cours de réalisation. Dans la mesure du possible, il
sera présenté lors de la soutenance.

30
Vg vg”
Vg,m Vg,m

1.5 0.25

0.20

1.0
0.15

0.55m 0.10
0.5
0.05

0.0 0.00
0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010

1.5 0.25

0.20

1.0
0.15

0.10m 0.10
0.5
0.05

0.0 0.00
0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010

1.5 0.25

0.20

1.0
0.15

0.02m 0.10
0.5
0.05

0.0 0.00
0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010

1.5 0.25

0.20

1.0
0.15

0.0m 0.10
0.5
0.05

0.0 0.00
0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010
x (m) x (m)
Fig. 6.2 – LSTM - Calculs 2D - Avec injection de turbulence - Comparaison des profils moyens
gazeux expérimentaux (losanges), RANS (traits pointillés) et SGE (traits pleins)

31
6.3 Cas annexe à la configuration expérimentale : mise en évidence
du rôle traceur des gouttes
Rappelons que ce cas n’a pas été traité expérimentalement. Cependant, il s’avère intéressant de
tester le code et de caractériser le comportement du liquide lorsque le nombre de Stokes est petit
(ici St ' 0.1) et que par conséquent, les gouttes réagissent rapidement à l’écoulement gazeux.
La Fig. 6.3 donne les profils moyens des vitesses et fractions volumique liquides calculés avec
AVBP TPF en traits pleins pour ce cas annexe. On a ajouté à titre indicatif les courbes relatives
aux expériences (losanges) et aux calculs RANS (traits pointillés) dans le cas d’un grand nombre
de Stokes. Cependant, la comparaison ne peut pas être totale.

Vl vl”
Vg,m Vg,m αl
1.5 0.25 1e−06

0.20 8e−07

1.0
0.15 6e−07
0.55m
0.10 4e−07
0.5
0.05 2e−07

0.0 0.00 0e+00


0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010

1.5 0.25 1e−06

0.20 8e−07

1.0
0.15 6e−07
0.10m
0.10 4e−07
0.5
0.05 2e−07

0.0 0.00 0e+00


0.000 0.005 0.010 0.000 0.003 0.005 0.007 0.010 0.013 0.000 0.005 0.010

1.5 0.25 1e−06

0.20 8e−07

1.0
0.15 6e−07
0.02m
0.10 4e−07
0.5
0.05 2e−07

0.0 0.00 0e+00


0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010

1.5 0.25 1e−06

0.20 8e−07

1.0
0.15 6e−07
0.0m
0.10 4e−07
0.5
0.05 2e−07

0.0 0.00 0e+00


0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010

x (m) x (m) x (m)


Fig. 6.3 – LSTM - Cas annexe : St < 1 - Calculs 2D - Avec injection de turbulence - Phase
liquide

32
Dans ce cas, les profils de vitesse liquide sont parfaitement comparables à ceux du gaz (Fig.
6.2). On retrouve bien le rôle traceur des gouttes lorsque St < 1. Il en est de même pour les
fluctuations de vitesse.
Plusieurs points sont à noter :
– Dans le plan y = 0.0 m, on s’apercoit que la vitesse liquide moyenne et sa fluctuation ne sont
pas nulles en sortie des canaux extérieurs (|x| > 0.004 m). En effet, le temps de relaxation
des particules étant plus petit, l’influence de la traı̂née devient plus importante. De ce fait, le
profil moyen de vitesse liquide est très proche de celui du gaz en sortie des canaux extérieurs
(y = 0.0 m). Par ailleurs, l’écoulement gazeux est turbulent dans les canaux. La traı̂née induit
donc également des fluctuations de vitesse sur la phase liquide, y compris en sortie des canaux
extérieurs.

– Lorsque le couplage entre les deux phases est conséquent, on est capable de conserver l’agi-
tation des particules induite par la turbulence du gaz. Ceci est un excellent résultat pour le
modèle eulérien : en effet, dans le cas où les particules sont plus grosses et donc plus inertielles,
on sait que modifier le senseur de viscosité artificielle sur la phase liquide permettra d’obtenir
les niveaux de fluctuations de vitesse des expériences.

– Les profils de la Fig. 6.3 mettent une nouvelle fois en défaut le modèle de Smagorinsky aux
parois et l’application de la viscosité artificielle. Les gradients de vitesse ne sont pas suffisam-
ment forts en proche paroi. Par ailleurs, si l’on compare les Figs. 6.3 et 6.2, on note que la
viscosité artificielle appliquée sur la phase liquide applatit les vitesses fluctuantes.

Ainsi, le code est suffisamment robuste pour répondre à une agitation des gouttes aussi forte
qu’une turbulence de gaz. Dans ce cas, on a même pu diminuer le niveau de viscosité artificielle
nécessaire à la phase transitoire.

6.4 Conclusion
Malgré l’utilisation de parois non glissantes pour la phase gazeuse qui semblent moins appro-
priées que des lois de paroi pour un tel écoulement turbulent, on ne peut se satisfaire d’un tel
comportement aux parois. Afin d’améliorer les profils numériques, la première solution serait de
raffiner le maillage prés des parois. L’autre solution consiste à calculer la même configuration en
3D et ainsi utiliser le modèle SGE de Wale, dont on sait le bon comportement aux parois. C’est
cette deuxième option qui a été préférée.
Cependant, on sait d’ores et déjà que cette approche n’aura pas d’influence sur la phase dispersée.

33
Chapitre 7

Expériences du LSTM - Calculs


tridimensionnels
7.1 Le modèle de sous-maille WALE
On ne décrit pas dans cette section ce modèle complexe de sous maille. L’intérêt est de le
comparer au modèle de Smagorinsky. Dans cet optique, il est important de mentionner que le
modèle de Wale induit un traitement particulier de la viscosité turbulente νt (cf Eq. (2.12)) dans
la zone de proche-paroi [6]. De ce fait, il présente deux principaux avantages pour notre calcul :
– La disipation en proche parois est beaucoup plus faible.
– Le modèle est capable d’amplifier les modes linéaires instables et donc de reproduire plus
fidèlement la transition laminaire-turbulent.
Dans le code, ce modèle n’est disponible que pour le calcul de géométries tridimensionnelles.
C’est ce qui nous a poussés à extruder dans la direction z le maillage 2D précédemment utilisé.
Les résultats présentés ci-dessous donnent raison à ce choix.

7.2 Analyse des résultats


Les profils des vitesses gazeuses moyenne et fluctuante sont présentés sur la Fig. 7.1 pour les
quatre plans horizontaux déjà définis.
Si l’on s’intéresse au comportement en proche paroi, le modèle de WALE est assurément ap-
proprié. La comparaison des Fig. 6.2 et Fig. 7.1 montre une dissipation beaucoup plus faible
près des parois pour le modèle de Wale, induisant une bien meilleure évaluation du gradient de
vitesse dans cette zone. De ce fait, les profils moyens sont ”tirés” vers les bords, lissant les profils
dans la continuité des séparateurs.
Les niveaux des vitesses fluctuantes sont en parfait accord avec les expériences, tout comme la
forme des profils. Contrairement aux calculs RANS, on arrive avec la SGE à prédire ces niveaux
de fluctuations tout le long du domaine et également en proche paroi.

7.3 Conclusion
Assurément, l’utilisation du modèle de Wale améliore grandement l’écoulement gazeux. Les
profils du code et des expériences sont très proches et la physique du phénomène très bien
reproduite. Cependant, des améliorations peuvent encore être apportées à l’écoulement gazeux,
d’une part en intégrant les lois de paroi turbulentes dans le code diphasique et d’autre part en
raffinant le maillage dans la direction x.

34
Vg vg”
Vg,m Vg,m

1.5 0.25

0.20

1.0
0.15

0.55m 0.10
0.5
0.05

0.0 0.00
0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010
1.5 0.25

0.20

1.0
0.15

0.10m 0.10
0.5
0.05

0.0 0.00
0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010
1.5 0.25

0.20
1.0
0.15

0.02m 0.10
0.5

0.05

0.0 0.00
0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010
1.5 0.25

0.20

1.0
0.15

0.0m 0.10
0.5
0.05

0.0 0.00
0.000 0.005 0.010 0.000 0.005 0.010
x (m) x (m)

Fig. 7.1 – LSTM - Calculs 3D - Avec injection de turbulence - Comparaison des profils moyens
gazeux expérimentaux (losanges), RANS (traits pointillés) et SGE (traits pleins)

35
Conclusion

Ce stage de DEA s’est inscrit dans l’étude approfondie du couplage induit par la force de traı̂née
dans les écoulements diphasiques. La démarche peut se décomposér en 4 étapes :

1. Etude bibliographique du modèle à deux fluides et prise en main du code AVBP TPF
2. Validation des équations sur le liquide et en particulier de la traı̂née
3. Calcul qualitatif d’un jet diphasique turbulent : étude du comportement du liquide vis-à-vis
du gaz et caractérisation de l’effet de ségrégation
4. Comparaisons quantitatives avec les résultats expérimentaux fournis par le LSTM d’Er-
langen lors de la caractérisation du mélange d’un jet plan d’air chargé de particules et de
deux écoulements d’air co-courants ascendants.

Les résultats fournis par l’étape de validation sont encourageants : le modèle à deux fluides
implanté dans AVBP TPF modélise qualitativement et quantitativement les écoulements simples
diphasiques couplés par la traı̂née. A cette occasion, le codage et la validation de la correction
de l’intégration temporelle ont été effectués. Cette partie du stage est également intéressante
pour le CERFACS car elle fournit deux cas tests qui permettront de valider de manière rapide
et précise les futures étapes de développement du code.

Le calcul d’un jet diphasique turbulent a permis de fournir de très bons résultats qualitatifs. Il a
en particulier permis de mieux appréhender les interations gaz-liquide induites par la traı̂née et
le phénomène de ségrégation qu’il faut pouvoir localiser et quantifier. La modélisation et le calcul
de cette configuration ont en outre permis d’affiner le choix de certains paramètres propres au
code. La mise en oeuvre des conditions aux limites et la détermination des niveaux minimaux de
viscosité artificielle nécessaires sont deux étapes qui permettent d’appréhender plus rapidement
des calculs dans des géométries complexes telles que l’avion M88 de la Snecma.

Enfin, l’objectif final que constitue le calcul du LSTM d’Erlangen a permis de montrer l’ex-
cellent comportement de la phase gazeuse, en termes de vitesses moyennes et fluctuations. On
a également montré la capacité du modèle à injecter des gouttes dans un écoulement complexe,
à résoudre les forts gradients de taux de présence liquide. Dans ce domaine et pour ce calcul, il
reste principalement à améliorer la détection des forts gradients et l’application de la viscosité
artificielle, travail en cours. Ce calcul a par ailleurs été l’occasion d’implanter et d’adapter le
module d’injection de turbulence au code diphasique, de le tester et de le valider puis de fournir,
en termes d’écoulement monophasique, de très bons résultats pour ce module tout juste implanté
dans le code AVBP du CERFACS.

36
Bibliographie

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