Vous êtes sur la page 1sur 11

DEUXIEME PARTIE : LES SOCIETES COMMERCIALES

L’article 4 de l’acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement


d’intérêt économique dispose que la société commerciale est créée par deux (2) ou plusieurs
personnes qui conviennent, par un contrat, d’affecter à une activité des biens en numéraire ou
en nature, ou de l’industrie, dans le but de partager le bénéfice ou de profiter de l’économie
qui peut en résulter. Les associés s’engagent à contribuer aux pertes dans les conditions
prévues par le présent Acte uniforme.
L’acte uniforme prévoit et réglemente cinq (5) types de sociétés qui sont considérées comme
des sociétés commerciales par la forme et quel que soit leur objet. Il s’agit de la société en
noms collectifs (SNC), la société en commandite simple (SCS), la société à responsabilité
limitée (SARL), la société anonyme (SA) et enfin la société par actions simplifiées (SAS)
créée depuis la réforme de l’acte uniforme intervenue le 30 janvier 2014.

Deux types de règles s’appliquent à ces sociétés, les unes sont communes à toutes les sociétés
(titre I) et les autres sont propres à chaque type de société (titre II).

Titre I  : Les Règles Communes à toutes les Sociétés.

Elles concernent la constitution, le fonctionnement, la dissolution et les liens entre sociétés.

Chapitre I : La Constitution des Sociétés Commerciales

La société commerciale obéit pour sa constitution à des conditions (section I) et la violation


de ces conditions entraine des sanctions (section II)

Section I : Les Conditions de Constitution


Il y a des conditions de fond et des conditions de forme.

Para I : Les Conditions de fond


Il faut partir de l’idée que la création de la société résulte d’un contrat. Donc pour créer une
société, il faut remplir toutes les conditions de formation d’un contrat (le consentement, la
capacité, la cause et l’objet). Mais ce n’est pas un contrat comme les autres. C’est pourquoi il
y a des conditions particulières à réunir. C’est d’une part la volonté de s’associer et d’autre
part l’affectation d’une masse de biens.

I : La Volonté de s’associer


Elle doit être exprimée. Il faut aussi que cette expression soit constatée par écrit : ce sont les
statuts.

A : L’expression de la volonté


Il faut un concours de volontés, mais aussi des volontés intéressées

1 – La Nécessité d’un concours de volontés


En principe pour créer une société, il faut au moins deux (2) personnes. L’article 4 dit que, la
société est créée par deux ou plusieurs personnes. On y utilise aussi le verbe convenir. La
convention implique une pluralité de personnes. Ces volontés se présentent sous une forme
particulière. C’est ce que l’on appelle l’Affectio Societatis. C’est la volonté de collaboration
effective à l’exploitation sociale dans un intérêt commun et sur un pied d’égalité.
Cependant l’Acte Uniforme a prévu une exception au principe de la pluralité des associés. En
effet, Il est dit dans article 5 que la société peut être créée par une seule personne, mais
seulement dans les cas prévus par la loi. Et la loi a prévu la création d’une société composée
d’un seul associé et qu’on appelle société unipersonnelle dans trois cas (3) cas :
- S’il s’agit de la SARL (article 309, alinéa 2), de la SA (article 385, alinéa 2) et de la SAS
(article 853-1)

2 – Des Volontés Intéressées


La société est un groupement qui a une finalité propre parce que les associés se réunissent
dans le but de tirer des avantages matériels de l’exploitation sociale. On s’associe dans le but
de partager les bénéfices, mais aussi dans le but de profiter de l’économie qui pourrait en
résulter.
Il ne suffit pas qu’il y ait recherche de gain matériel, il faut aussi que ce gain soit partagé. Il
faut donc la recherche et le partage de gains matériels.

B : La Formalisation de la Volonté


Il faut un écrit pour constater l’expression des volontés. Il s’agit en l’espèce des Statuts.

1 – Le Mode d’établissement des Statuts


Sauf dispositions nationales contraires, les statuts sont établis par acte notarié ou par tout acte
offrant des garanties d’authenticité dans un Etat Partie.
S’il s’agit d’un acte présentant des garanties d’authenticité, il faut qu’il soit déposé avec
reconnaissance d’écritures et de signatures au rang des minutes d’un notaire. Ainsi
contrairement à ce qui se passait avant la réforme la forme des statuts est laissée à la libre
appréciation de chaque Etat. Le choix entre l’acte notarié et l’acte présentant des garanties
d’une authenticité n’est plus exigé.

Lorsque les statuts sont établis par acte sous seing privé, il est dressé autant d’exemplaires
qu’il est nécessaire pour le dépôt d’un exemplaire au siège social et l’accomplissement des
diverses formalités requises par les textes en vigueur dans l’Etat (l’immatriculation par
exemple).

En outre, lorsqu’il s’agit de sociétés en nom collectif, de sociétés en commandite simple et de


sociétés à responsabilité limitée, il est remis à chaque associé un exemplaire original.
Pour les sociétés anonymes et les sociétés par actions simplifiées un exemplaire original est
remis aux associés qui en ont fait la demande à la signature des statuts ou le cas échéant, lors
de l’assemblée générale constitutive.
Une copie des statuts est tenue à la disposition des associés par la société.

2 – Les Mentions
L’article 13 de l’Acte Uniforme donne liste des mentions obligatoires. Il vise :
- La Forme de la société (SNC, SCS, SARL, SA, SAS) ; en général on donne la liste des
associés ;
- La Dénomination suivie le cas échéant du Sigle ;
- La Nature et le Domaine de son activité (c’est cela qui constitue l’objet) ;
- Le Siège social ;
- La Durée (elle ne peut dépasser 99 ans)
- L’Identité des apporteurs en numéraires avec, pour chacun d’eux, le montant des
apports et le nombre et la valeur des titres sociaux remis en contrepartie de chaque
apport ;
- L’identité des apporteurs en nature, la nature et l’évaluation de l’apport effectué par
chacun d’eux, le nombre et la valeur des titres sociaux remis en contrepartie de chaque
apport ;
- L’identité des apporteurs en industrie, la description de l’apport et les modalités de sa
libération, le nombre et la valeur des titres sociaux remis en contrepartie de chaque
apport ;
- L’Identité des bénéficiaires d’avantages particuliers et la nature de ceux-ci ;
- Le Montant du Capital ;
- Le Nombre et la valeur des titres sociaux émis en distinguant le cas échéant, les
différentes catégories des titres créés ;
- Les Stipulations relatives à la répartition du résultat, à la constitution des réserves et à la
répartition du boni de liquidation ;
- Les modalités de fonctionnement.

Si une mention obligatoire fait défaut, tout intéressé peut demander au Tribunal dans le
ressort duquel se trouve le Siège Social, d’ordonner la régularisation. Ce droit appartient
également au Ministère Public. L’action en Régularisation se prescrit par trois (3) ans et le
point de départ est le jour de l’immatriculation. Donc l’omission d’une mention obligatoire
dans les statuts n’est pas une cause de nullité de l’acte de société.

II : L’Affectation d’une Masse des Biens


L’article 37 prévoit expressément la mise en commun des apports. Chaque associé doit faire
un apport à la société.
Il y a les apports capitalisés et l’apport non capitalisé.

A– Les Apports Capitalisés


Deux types d’apports entrent dans la composition du capital. Il s’agit des apports en nature
et des apports en numéraires.

1) Les Apports en Nature


Il s’agit de tous les apports en biens meubles ou immeubles, corporels ou incorporels, à
l’exception des espèces monétaires. Ils peuvent prendre deux formes :
- Il peut s’agir d’un Apport en Pleine Propriété. Il y aura un transfert de la propriété du
bien. L’associé perd définitivement le bien au profit de la société et ne pourra pas le
récupérer en cas de dissolution.
- Il peut s’agir d’un Apport en Jouissance. Dans ce cas, l’associé n’apporte pas la propriété
du bien, mais seulement la jouissance du bien. En cas de dissolution, le bien qui n’avait
pas quitté le patrimoine de l’associé ne lui échappera pas.

L’apport en nature pose un problème d’évaluation quelle que soit sa nature. En cas de
Surévaluation, l’apporteur sera privilégié par rapport aux autres associés et le capital social
sera artificiellement gonflé. En revanche, si l’apport est sous évalué, l’apporteur sera lésé.
Compte tenu de ces risques de sous évaluation et de surévaluation, on fait intervenir un
commissaire aux apports. Le commissaire aux apports est prévu aux articles 312 pour les
SARL. D’après ce texte, l’évaluation est faite par les commissaires aux apports dès lors que la
valeur d’un apport ou de l’ensemble des apports en nature excède cinq millions.
2) Les Apports en Numéraire
Ce sont les apports de sommes d’argent dont la propriété est définitivement transférée à la
société. Ils posent deux (2) problèmes : la souscription et la libération que nous étudierons
dans les règles propres à chaque type de société.

2 – L’Apport non Capitalisé : l’apport en industrie


C’est à la faveur de la réforme de janvier 2014 que le législateur OHADA a intégrer un
régime complet de l’apport. Avant il s’était contenter, à la dernière minute, de l’insérer dans
l’acte uniforme sans aucune réglementation.
Ainsi l’article dit que chaque associé peut apporter à la société : des connaissances techniques
ou professionnelles ou des services, par apport en industrie ;

Les apports en industrie sont réalisés donc par la mise à disposition effective de la société de
connaissances techniques ou professionnelles ou de services.
Les apports en industrie sont interdits dans les sociétés anonymes.

L’apporteur en industrie doit rendre à la société la contribution promise et lui doit rendre
compte de tous les gains qu’il a réalisés par l’activité faisant l’objet de son apport.
Les statuts décrivent l’apport en industrie et déterminent les modalités de sa libération y
compris la durée des prestations qui sont fournies par l’apporteur, le nombre de titres sociaux
attribués en rémunération de ces prestations et les droits attachés à ces titres dans le partage
des bénéfices et de l’actif net. Les statuts déterminent également les modalités de liquidation
de ces titres en cas de cessation par l’apporteur de l’activité faisant l’objet de son apport.

Les apports en industrie ne concourent pas à la formation du capital social mais donnent lieu à
l’attribution de titres sociaux ouvrant droit au vote et au partage des bénéfices et de l’actif net,
à charge de contribuer aux pertes.
Toutefois, les droits de vote attachés aux titres sociaux résultant les apports en industrie ne
peuvent être supérieurs à vingt-cinq pour cent (25%) de l’ensemble des droits de vote.
De même la part totale attachée à ces titres sociaux ne peut excéder vingt-cinq pour cent
(25%) des bénéfices, de l’actif net et des pertes de la société.

Les titres sociaux résultant d’apports en industrie ne sont ni cessibles ni transmissibles. Ils
n’ont pas de valeur nominale.

Para II : Les conditions de forme : L’Immatriculation au RCCM


L’article 97 de l’Acte Uniforme dispose que toutes les sociétés commerciales doivent faire
l’objet d’immatriculation au RCCM. Seules les Sociétés en Participation échappent à cette
obligation. C’est l’immatriculation qui confère à la société la personnalité morale.

I : L’Acquisition de la Personnalité Morale avec l’Immatriculation


C’est avec l’immatriculation que la société acquière la personnalité morale. Ce sont les
articles 73 et 74 de l’acte uniforme qui sont consacrés à l’immatriculation.

La demande de l’immatriculation est rejetée s’il n’y a pas de déclaration de régularité et de


conformité. Cette déclaration est faite par les fondateurs et le premier dirigeant qui y relatent
les opérations effectuées.
Cependant la demande peut être reçue malgré l’absence d’une déclaration de conformité, si
une déclaration notariée de souscription et de versement des fonds a été établie et déposée.
Sous le bénéfice de cette observation, on peut retenir qu’avec l’immatriculation, la société va
avoir tous les attributs.

A : Les Attributs de la Personnalité Morale


Il s’agit du Siège Social, de la Dénomination Sociale, du Patrimoine et de la Nationalité.

1 – Le Siège Social
La société a un siège qui est mentionné dans ses statuts. Il appartient aux associés de fixer
le siège, et l’article 25 de l’Acte Uniforme dit que le siège ne peut être constitué uniquement
par une domiciliation à une boîte postale, mais doit être localisable par une adresse ou une
identification géographique localisable. Le choix du siège par les associés ne peut être
arbitraire. D’après l’article 24 de l’Acte Uniforme, le siège doit être fixé soit au lieu du
principal établissement, soit au centre de direction administrative et financière.
D’après l’article 26, les tiers peuvent se prévaloir du siège statutaire, mais ce siège ne leur
est pas opposable si le siège réel se trouve ailleurs.

2 – La Dénomination Sociale
D’après l’article 14, toute société est désignée par une dénomination sociale mentionnée
dans les statuts. Elle peut comporter le nom d’un ou plusieurs associés. Cette dénomination
sociale doit figurer sur tous les documents émanant de la société et destinés aux tiers. Elle doit
être suivie ou précédée immédiatement, en caractères lisibles, de la forme de la société, du
montant du capital, de l’adresse du siège et du numéro d’immatriculation au RCCM.

3 – Le Patrimoine
La société a, avec l’immatriculation, un patrimoine qui comprend l’ensemble de ses droits
et obligations, et ce patrimoine est distinct de celui des associés. Cette autonomie apparaît
d’abord dans les rapports avec les associés dans la mesure où ils ne sont pas copropriétaires
des biens avec la société, mais ont seulement des droits sociaux qui peuvent être patrimoniaux
ou extrapatrimoniaux (ex : le droit aux bénéfices et le droit de vote). Ils ne répondent pas non
plus des dettes de la société sauf dans le cas où ils sont solidairement et indéfiniment
responsables. Ensuite, dans les rapports avec les tiers. Les créanciers personnels des associés
ne peuvent pas saisir les biens appartenant à la société parce que ces biens n’appartiennent pas
aux associés et sont le gage des créanciers sociaux.

4 – La Nationalité
Il faut constater que l’Acte Uniforme ne définit pas la nationalité des sociétés. Elle ne
donne pas les critères de détermination de la nationalité. Le COCC retenait le critère du Siège
Social et du Contrôle (nationalité des détenteurs du plus grand nombre de parts) pour les SA
et SARL.
Dans l’Acte Uniforme, on n’a pas du tout parlé de la nationalité. Cela peut se justifier par
le fait que l’attribution de la nationalité est une question de souveraineté, et donc propre à
chaque Etat. Ce silence peut avoir une autre justification : la question de la nationalité des
sociétés ne s’est jamais posée à l’état pur, et donc elle va dépendre de la loi dont l’application
ou la non application est en cause. Cela fait que l’on a appliqué au Sénégal cumulativement,
les deux critères du siège et du contrôle.

B : Le Statut des Sociétés non encore Immatriculées.


La société qui n’est pas immatriculée n’a pas la personnalité morale. Mais l’absence de
personnalité morale n’empêche pas la société d’avoir une existence de fait. Au demeurant,
étant donné que la société n’a pas de personnalité morale, les obligations nées des actes
accomplis pour son compte ne peuvent pas peser sur elle, pas plus les droits nés desdits actes
lui profiter. L’Acte Uniforme distingue deux cas de figures :
 1er Cas : Les actes accomplis pour le compte d’une société en formation, avant sa
constitution 
 2ème Cas : Les actes accomplis pour le compte d’une société constituée, mais non encore
immatriculée.

1 – Les Actes accomplis pour le compte d’une société en formation, avant sa


constitution.
D’après l’article 101, la constitution résulte de la signature des statuts. Mais il ne faut pas
perdre de vue que des actes peuvent être accomplis par les fondateurs, pour le compte de
société en voie de constitution.

Le principe, c’est que les fondateurs sont indéfiniment et solidairement tenus des
obligations qui naissent de ces actes. Mais l’engagement des fondateurs est écarté s’il y a une
reprise par la société. La reprise a un effet rétroactif parce qu’elle fait comme si les actes
avaient été accomplis par la société depuis le départ. Cette reprise prend cependant effet à
partir de l’immatriculation. La reprise est donc importante dans la vie de la société.

Pour la reprise, faut d’abord une information des associés conformément à l’article 106.
Les actes et engagements doivent être décrits dans un document intitulé Etat des Actes et
Engagements Accomplis pour le Compte de la Société en Formation. Et cet état indique pour
chaque acte ou engagement, la nature et la portée des obligations pour la société lorsque celle-
ci les reprend. En fait.
Pour la reprise proprement dite, il faut distinguer selon qu’il s’agit alors d’une société
constituée avec Assemblée Générale Constitutive ou sans Assemblée Générale Constitutive.
- S’il s’agit d’une société constituée avec Assemblée Constitutive, la reprise résulte d’une
décision, d’une délibération spéciale de cette Assemblée. Il s’agit en l’espèce de la SA
constituée avec apports en nature et de la SA constituée avec stipulation d’avantages
spéciaux.
- Si c’est une société constituée sans Assemblée Constitutive, l’état est annexé aux statuts et la
reprise résulte de la signature des statuts et de l’état. S’il n’y a pas reprise au moment de la
constitution, on peut la faire intervenir ultérieurement au cours d’une délibération d’une
Assemblée Générale Ordinaire, sauf stipulation contraire. Si l’on doit faire reprendre les actes
et engagements au cours d’une assemblée, cette assemblée devra être informée sur la nature et
la portée desdits. Pour protéger la société, l’Acte Uniforme a prévu que les personnes qui ont
accompli ces actes ne prennent pas part au vote et leurs actions ou parts sont déduites du
calcul du quorum et de la majorité.

2 – Les actes accomplis pour le compte d’une société constituée, non encore
immatriculée
Ceux qui agissent ici sont les dirigeants. La mission des fondateurs est en effet terminée à
la constitution. Pour ces actes, l’immatriculation entraîne automatiquement la reprise si ces
trois (3) conditions sont réunies :
 Il faut d’abord que les dirigeants aient reçu un mandat qui peut être donné soit dans les
statuts, soit par acte séparé ;
 Les actes doivent être déterminés, c’est pourquoi il n’y a pas de mandat général ;
 Les modalités doivent être précisées.
Il peut arriver que les dirigeants accomplissent un acte étranger au mandat, ou un acte en
dépassement de leurs pouvoirs. Dans ce cas, la société ne peut reprendre l’acte que s’il y a une
délibération de l’Assemblée Générale Ordinaire, sauf clause contraire. Là aussi, à l’occasion
de cette délibération, ceux qui ont accompli l’acte ne prennent pas part vote et il n’est pas tenu
compte de leurs parts ou actions pour le calcul du quorum et de la majorité.

II : Le Statut des Sociétés ne faisant pas l’objet d’immatriculation.


Ici, l’absence d’immatriculation est une donnée permanente soit parce que c’est la volonté des
associés – c’est le cas de la Société en Participation, soit parce que l’immatriculation est
impossible du fait qu’on n’a pas établi d’acte écrit – c’est le cas de la Société de Fait.

A : La Société en Participation


C’est l’article 114 de l’Acte Uniforme qui en est le siège : La société en participation est celIe
dans laquelle les associes conviennent qu'elle ne sera pas immatriculée au registre du
commerce et du crédit mobilier. L’Acte Uniforme a pris le soin de préciser qu’une telle
société n’a pas la personnalité morale et n'est pas soumise la publicité. L’existence de la
société en participation peut être prouvée par tout moyen.
C’est, cependant, une société comme toutes les autres. Mais étant donné qu’elle n’a pas la
personnalité morale, elle n’a pas, en conséquence, les attributs de la personnalité morale.
Cette absence de personnalité morale produit des effets à l’égard des associés et des tiers.

1 – Effets à l’égard des associés


La société n’ayant pas la Personnalité Morale, elle n’a pas de Patrimoine. Les associés
restent alors propriétaires de leurs apports, même s’ils décident de mettre les biens apportés à
la disposition du gérant de la société.
Sont, cependant, réputés indivis entre les associes, les biens acquis par emploi ou par remploi
de deniers indivis pendant la durée de la société, ainsi que ceux qui se trouvaient indivis avant
d'être mis à la disposition de la société.
Les rapports entre associés sont régis par les règles établies pour les Sociétés en Nom Collectif
à moins qu'une organisation différente n'ait été prévue par les statuts.

2 – Effets à l’égard des tiers


La société ne peut pas supporter des obligations ; elle n’a pas la Capacité de Jouissance.
L’Acte Uniforme a prévu que chaque associé est seul engagé par les actes qu’il accomplit.
Mais il y a des dérogations à cette règle.
- 1ère Dérogation : Lorsque les associés agissent au vu et su de tous en cette qualité, ils sont
solidairement et indéfiniment tenus ;
- 2ème Dérogation : Si un associé s’immisce dans un acte accompli par un autre, il sera engagé
en même temps que cet autre, mais il faut que par son immixtion, il laisse comprendre au
cocontractant qu’il voulait s’engager. Il faut aussi que la preuve que l’engagement a tourné à
son profit, soit apportée.
Les causes de dissolution communes à toutes les sociétés sont causes de dissolution
pour la société en participation. Mais la règle n’étant pas d’ordre public, les associés peuvent
décider que, malgré la survenance de tous ces évènements, il n’y aura pas de dissolution pour
la société en participation.
Lorsque la durée de la société n’est pas fixée, la dissolution pourra résulter à tout
moment d’une notification adressée par un des associés à tous les autres associés.

B : Les Sociétés créées de Fait et les Sociétés de Fait


1 – Les Sociétés Créées de Fait
Pour définir la Société Créée de Fait, on dira que c’est la situation de deux ou plusieurs
personnes qui se comportent comme des associés sans exprimer leur volonté par écrit, c’est-à-
dire qu’il n’existe pas de statut Une telle société ne peut être immatriculée ; elle n’a pas, en
conséquence, la personnalité morale.

2 – Les Sociétés de Fait


-Il y a Société de Fait lorsque deux ou plusieurs personnes se comportent comme des associés
sans avoir créé une société reconnue.
-Il y a également Société de Fait lorsque deux ou plusieurs personnes créent une société qui
n’est pas reconnue par l’Acte Uniforme.
-Il y a enfin Société de Fait lorsque deux ou plusieurs personnes créent une société reconnue
par l’Acte Uniforme sans accomplir les formalités légales constitutives ou qui comporte un
vice de formation non régularisé.

Tout intéressé peut demander la reconnaissance d’une société de fait. Dans ce cas, il faut
apporter la reconnaissance de l’Identité de la société et la Dénomination Sociale. La Preuve
de l’Identité d’une société de fait peut être apportée par tout moyen. Lorsque la
reconnaissance d’une société de fait est établie, on lui applique les règles prévues pour les
Sociétés en Nom Collectif dans les rapports entre les associés. Dans les rapports avec les tiers,
aucun régime n’est prévu du fait de l’absence de personnalité morale qui entraîne incapacité
de supporter des obligations.

Section II : Sanctions de l’inobservation des conditions de formation


En droit commun, lorsque les conditions de formation d’un acte juridique ne sont pas
remplies, il y a nullité. Ici, il y a également nullité, mais il y a, en plus, la responsabilité des
fondateurs et premiers dirigeants. Cette responsabilité est indépendante de la nullité et est
souvent engagée lorsque la nullité est en cause, ou le vice n’est pas cause de nullité.

Para I : La nullité de l’acte de société


La nullité de la société est une catastrophe aussi bien pour les associés que pour les tiers.
C’est pourquoi le législateur fait tout pour limiter les causes de nullité.
Pour la réduction des causes de nullité, il a aménagé les causes de nullité pour que le juge ne
puisse pas toujours prononcer la nullité.

I : Les causes de nullité de l’acte de société


Contrairement à ce qui se passe en droit commun, l’inobservation des conditions de formation
de l’acte n’entraîne pas forcément, en matière de société, la nullité. On dit même : « Pas de
nullité sans texte ». Il faut donc que la loi précise clairement que l’absence de telle ou de telle
autre condition entraîne la Nullité. C’est ce qui résulte de l’article 241, alinéa 1er qui dispose :
« La nullité de l’acte de société ne peut résulter que d’une disposition expresse de l’Acte
Uniforme, ou des dispositions régissant la nullité des contrats en général et la nullité du
contrat de société en particulier ».

A : Les causes de nullité prévues par l’Acte Uniforme


De manière générale l’Acte Uniforme a prévu comme causes de nullité propres aux sociétés
commerciales : les interdictions, les incapacités ou les incompatibilités, la constitution de
société sans apport (absence d’apport) ou avec des apports fictifs ou des apports interdits.
Pour les sociétés de personnes (SNC et SCS), l’article 245 exige l’accomplissement des
formalités de publicité sous peine de nullité de la société. Il en de même de l’appartenance de
deux époux à une de ces sociétés (deux époux ne peuvent pas être associés dans une société
de personne.

En ce qui concerne les SARL l’article 315 dit que : «L’associé ou les associés doivent tous, à
peine de nullité, intervenir dans l’acte constitutif de la société en personne, ou par mandataire
justifiant d’un mandat spécial ».
.
B : Les causes prévus par le droit commun et le Droit spécial des sociétés
Ce sont les articles 765 et suivants du COCC qui prévoient ces causes de nullité. En droit
commun, l’absence de consentement et l’illicéité de l’objet sont des causes de nullité ; en
droit des sociétés aussi sont des causes de nullité.
Cependant si le vice du consentement est une cause de nullité en droit commun, en droit des
sociétés, il ne l’est que dans les sociétés de personnes (SNC, SCS) alors que dans les sociétés
à risque limité (SA et SARL), il n’est jamais cause de nullité.
IL en est de même de l’Incapacité qui est une cause de nullité en droit commun et dans les
sociétés de personnes (SNC, SCS) alors que dans les Sociétés à Risque Limité, elle n’est cause
de nullité que dans le cas où tous les associés fondateurs sont frappés.
En droit spécial des sociétés, l’absence d’Affectio Societatis est aussi cause de nullité.

II : L’action en nullité.


Il existe deux sortes de nullité : la nullité absolue qui peut être exercée par tout intéressé et la
nullité relative se prescrit par trois (ans) et seul l’intéressé peut la soulever.
A : Le délai d’exercice de l’action en nullité.
En matière de nullité du contrat de société, quelle que soit la cause de la nullité, le délai est de
trois ans. Alors qu’en droit commun, il est de 10 ans pour les nullités absolues et ce délai
commence à courir le jour de l’immatriculation.
Cependant ce délai peut être réduit. En effet, l’Acte Uniforme a prévu que si la Nullité est
fondée sur l’incapacité ou sur un vice du consentement, tout intéressé peut mettre en demeure
l’incapable ou son représentant légal, ou l’associé dont le consentement est vicié, de
régulariser ou à défaut, d’agir en nullité dans un délai de six (6) mois à peine de Forclusion.
Régulariser signifie par exemple céder ses droits sociaux et quitter la société.
Mais lorsque la nullité est fondée sur l’Illicéité de l’objet, il n’y a pas de prescription.

B : La régularisation
Toujours, dans le souci d’éviter la nullité de la société, le législateur a également mis en place
un système permettant de limiter les possibilités du Juge.

-D’abord, lorsque la cause de nullité disparaît au jour où le Tribunal siège en première


instance, le Juge ne pourra plus prononcer la nullité. Mais il faut que la cause disparaisse au
plus tard le jour où le Tribunal siège en première instance et non en appel par exemple.

-Ensuite, un certain nombre de règles sont prévues par le législateur pour favoriser la
disparition des causes de nullité ainsi :
- Le Tribunal ne peut prononcer la nullité moins de deux mois après l’acte introductif de
l’action en nullité en première instance ;
- Le Tribunal peut même d’office fixer un délai pour régulariser ;
- Si pour la régularisation la tenue d’une assemblée est nécessaire, et s’il est justifié que
l’assemblée a été convoquée, le Tribunal peut accorder le délai nécessaire pour permettre
à l’assemblée de délibérer.

-Enfin, le Législateur a mis en place un système (dispositif) qui permet d’éviter la nullité
malgré l’existence d’une cause de nullité. En effet, si la nullité est fondée sur l’incapacité ou
un vice du consentement, tout intéressé peut soumettre au Tribunal toute mesure de nature à
supprimer l’intérêt du demandeur, notamment le rachat de ses droits sociaux. Le Tribunal
peut, lorsqu’il est saisi d’une telle demande, soit rendre obligatoire la mesure proposée, soit
prononcer la nullité.

III : Les Effets de la Nullité


La Nullité entraîne à proprement parler deux (2) effets : d’une part la disparition sans
rétroactivité de l’acte de société et d’autre la Responsabilité de ceux à qui la nullité est
imputable.

A : La disparition de l’acte de société pour l’avenir


En Droit Commun, quand il y a nullité, il y a rétroaction. En matière de société, la nullité
opère seulement pour l’avenir. Pour le passé, tout est maintenu. La société va disparaître pour
l’avenir. Elle va être liquidée comme si elle avait fonctionné normalement avant d’être
irrégulière. S’il s’agit d’une société unipersonnelle, il n’y a pas de liquidation ; il y a
Transmission Universelle du Patrimoine à l’associé Unique.
La société est donc liquidée comme si elle avait fonctionné régulièrement. C’est
pourquoi ni la société, ni les associés ne peuvent se prévaloir de la nullité pour se soustraire
aux engagements qui avaient été pris à l’égard des tiers. Cette règle ne s’applique pas lorsque
la nullité est fondée sur un vice du consentement ou sur l’incapacité.

En effet si la nullité est fondée sur le vice du consentement ou sur l’incapacité, l’associé dont
le consentement a été vicié ou l’associé incapable peuvent se prévaloir de la nullité pour se
soustraire aux obligations à l’égard des tiers, mais pas les autres.

Si la nullité est fondée sur un autre vice, aucun associé ne peut se soustraire.

B : La Responsabilité Consécutive à la nullité


Ici, la Responsabilité est une conséquence directe de la nullité.
Si une irrégularité est une cause de nullité, la responsabilité de ceux à qui la nullité est
imputable peut être engagée même si la nullité n’a pas été prononcée. Il n’est donc pas
nécessaire que la nullité soit prononcée pour engager la responsabilité. Ils peuvent être
déclarés responsables solidairement à l’égard des tiers qui ont subi un préjudice.
L’action en responsabilité se prescrit par trois (3) ans à compter du jour où la décision
d’annulation est passée en force des choses jugées. Dans le cas où il y a régularisation ou
disparition de la cause, le délai commence à courir à partir du jour où la nullité a été couverte,
c’est-à-dire à partir du jour où elle a disparu.

Para II : La Responsabilité indépendante de la nullité


Il y a des irrégularités qui n’entraînent pas la nullité ; elles entraînent la Responsabilité.
L’article 78 prévoit que certaines personnes peuvent être déclarées responsables du préjudice
subi par un tiers résultant soit d’un défaut de mention dans les statuts, soit de l’omission ou de
l’accomplissement irrégulier d’une formalité. Les personnes qui peuvent être déclarées
responsables sont les fondateurs et les premiers dirigeants.
Donc les deux responsabilités ne doivent pas être confondues.
L’action en responsabilité se prescrit ici par cinq (5) ans et le point de départ, c’est le jour de
l’immatriculation au RCCM.

Chapitre II : Les Règles Communes de Fonctionnement

Dans la société, le pouvoir souverain appartient aux associés. Mais ils ne peuvent pas
accomplir les actes quotidiens d’administration de la société. C’est pourquoi, ils nomment des
dirigeants.

Section I : Les associés

Les associés ont des droits et des obligations.

Sous Section I : Les droits des associés

Ils ont deux types de droits : le droit de participer, de prendre part aux décisions collectives
d’une part, et de l’autre, le droit de participer aux bénéfices