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Le silence de Marie

L’Immaculée est la Reine du silence transcendantale. le silence du désert, il y avait l. silence de la


transcendance en Dieu appelait, chez nous, le silence de l’adoration, de l’anéantissement. Il n’y a
aucune créature qui fut plus anéantie que la Vierge Marie, plus adorante, plus humble. Là encore, Elle
est au sommet, Elle est un sommet d’anéantissement, un sommet d’humilité, un sommet d’adoration.
Ecce ancilla domini. Je m’anéantis. Qui suis-je ?
Elle est profondément et perpétuellement consciente de dépendre complètement de Dieu. Cette
présence d’immensité, cette présence de Dieu par la grâce dans l’âme, tout cela Elle le réalise, Elle le
contemple et Elle en vit. Elle est perdue en Dieu, Elle est fascinée par Son Dieu, Elle ne voit plus que
Lui, rien autre n’est capable de L’accaparer. Elle est le trône de la sagesse. «  Respirez le parfum
d’encens qui monte de ce sanctuaire. Âme contemplative, s’il en fût, Marie ne quittait jamais la
présence de Dieu, Elle ne s’épanchait pas en paroles, Elle exposait son âme vierge à la chaude lumière
de l’amour de Dieu pour être pénétrée de Ses rayons. Comme un miroir dont aucune ombre ne ternit la
limpidité, Elle recevait l’image de Dieu pour la réfracter dans l’adoration et la louange. Elle rendait en
gloire ce qui Lui était donné en grâce. » Et lorsque nous sommes à Elle, par une totale consécration à
son Cœur Immaculé, voici qu’Elle fait cela en nous : rendre en gloire et en adoration, ce qui nous est
donné par grâce.
« Après notre baptême, quand le créé n’y avait pas encore fait irruption, il ne s’y élevait qu’un hymne.
La louange et l’amour que se rendent les Trois divines personnes. Notre âme au baptême était belle,
silencieuse, toute remplie de Dieu. C’est en permanence ce chant qu’écoutait Marie. Ce chant, Son
écho dans la grâce, et le don qui rejaillissait en gloire. Vous ne pouvez avoir qu’un désir : prêter
l’oreille à cet éternel Gloria qui retentit au fond de votre âme. Il ne peut s’entendre que dans la pureté,
le silence et la paix. » Et la Vierge Marie était toute attentive pour écouter ce chant. Ce qu’il y a de
merveilleux c’est qu’Elle n’est pas seulement la réponse parfaite par Son silence d’adoration au
silence de la transcendance de Dieu. On dirait qu’Elle participe Elle-même à ce silence de la
transcendance de Dieu. Elle est élevée par grâce jusqu’à être la Mère de l’Eternel. Ce Dieu éternel est
transcendant, Il la prend pour Mère. Et quand on est en présence de la Vierge Marie, on ressent une
crainte qui lui vient de son union à Dieu. Elle est tellement unie à Dieu que face à Elle, on est tout saisi
devant Sa grandeur, devant Sa sainteté.
Bien sûr, elle n’est qu’une créature, mais tellement enrichie par Dieu, tellement remplie de Dieu.
Tellement belle ! On est tout intimidé. L’ange lui-même se prosterne : « Je vous salue Marie » !
L’ange est dans une crainte révérencielle devant Celle qui a été choisie par Dieu, tremunt potestates !
Il nous faut nous recueillir devant cette gloire de la Vierge Marie. Encore une fois, Elle est le reflet de
la gloire de Dieu. Un reflet qui nous dispense cette lumière transcendante qui est beaucoup trop vive,
beaucoup trop éblouissante pour nous. Et quand on contemple la Vierge Marie, on a une idée de cette
splendeur de Dieu. On peut se recueillir, adorer Dieu en Elle, adorer cette transcendance de Dieu
devant la Vierge Marie, qui est comme l’ostensoir de Dieu.
Jésus est la Lumière, Marie est le chandelier. Jésus est la manne, Marie est l’urne qui la contient. Jésus
est l’encens, Marie, l’autel d’or qui Le porte. Jésus est le charbon ardent, Marie, l’encensoir où il
brûle. Jésus est le Pain de vie, Marie, la table où Il nous est offert. Jésus est le Dieu adorable, Marie est
le saint des saints où Il reçoit nos adorations. Et toutes ces images sont presque décevantes… parce
qu’à chaque fois ça fait le rapport entre quelque chose qui symbolise Dieu et puis autre chose qui lui
est complètement extérieur. Entre la Vierge Marie et Dieu, il n’y a pas simplement un rapport de
contenant à contenu, il y a entre les deux une union profonde, un lien profond. La Vierge Marie est
beaucoup plus qu’un ostensoir. Elle ne contient pas seulement l’hostie, Elle la façonne. Elle lui donne
l’aliment de sa vie humaine. C’est quelque chose qui est absolument merveilleux à contempler et nous
devons nous mettre en silence pour contempler cela. On peut dire que cette humilité de la Vierge
Marie est comme proportionnée à sa grandeur. D’un côté Elle est infiniment grande, de l’autre Elle est
infiniment humble. Et elle est d’autant plus humble qu’Elle est grande et elle est d’autant plus grande
qu’Elle est humble.

Cette humilité s’accompagne du silence de la paix, du silence pacifique. Nous avons vu que ce silence
pacifique est un silence qui devait en nous produire le détachement et la confiance. Le détachement du
créé et la confiance en Dieu, le recueillement en Dieu. Evidemment la Vierge Marie, c’est de toutes les
créatures Celle qui eut la confiance en Dieu au degré le plus élevé, Celle qui fut la plus recueillie.
Nous avons vu que cette paix que notre Rex pacificus causait dans notre âme par Sa croix, Il l’a causée
en remettant de l’ordre. En la Vierge Marie il n’y a pas eu à remettre de l’ordre puisqu’Elle est
l’Immaculée. Elle n’est pas seulement en paix, Elle est Elle-même pleinement pacifiée. On pourrait
dire qu’Elle est paix Elle-même. Dans les litanies on l’appelle « La Reine de la Paix ». Et encore une
fois on va la retrouver des deux côtés. Du côté de ce silence qu’est Dieu, qui est lui-même la paix, on
va retrouver la Vierge Marie comme une image de cette paix de Dieu. Et puis on va retrouver la
Vierge Marie de notre côté à nous, qui sommes pacifiés.
La Vierge Marie est pacifiée parce que tout en Elle est parfaitement en ordre. Chaque Ecce qu’Elle a
prononcé fut suivi du Fiat du consentement, de l’acceptation. Elle fut parfaitement soumise,
parfaitement dépendante de Dieu. Elle fut toujours à sa place. Elle ne refusa jamais rien à Dieu. Elle a
toujours consenti, toujours accepté. Elle a fait confiance sans s’inquiéter jamais de rien. Restant
toujours dans la paix sans que rien ne puisse la troubler, la perturber. Toutes les épreuves de sa vie,
tous ces glaives qui ont transpercé son âme, tout au long de son existence, de sa vie avec Jésus, l’ont
toujours trouvée parfaitement disponible. Toute paisible pour accepter la Volonté de Dieu telle qu’Elle
se manifestait. Et précisément, cela lui donne une majesté extraordinaire. Elle n’est pas seulement
pacifiée, Elle est la Reine de la Paix. On dirait que le Rex pacificus Lui a communiqué Son allure
royale. La Vierge Marie, non seulement est pleinement pacifiée mais Elle nous pacifie Elle-même.
Quand on La regarde c’est comme quand on regarde Jésus-Christ. On regarde une reine, une femme
qui nous communique sa paix. Elle nous pacifie, Elle nous remet à notre place. Elle nous aide par son
exemple et par son influence à nous tenir dans la dépendance de Dieu.
Vous pensez qu’aimer Dieu c’est Lui donner quelque chose ? Livrez-Lui accès, Il ne demande rien
d’autre. Voilà ce que fait la Vierge Marie. Aimer Dieu, c’est s’offrir aux libéralités de son amour à lui,
c’est le laisser nous aimer. Ne dites pas « Mon Dieu, je Vous aime » mais « Mon Dieu, aimez-moi ».
Pour Lui, aimer c’est donner, et ce qu’Il donne c’est sa charité qui nous permet de Lui répondre. Ce
n’est pas en notre pouvoir d’aimer Dieu ! Mais nous pouvons supplier Dieu d’ouvrir notre cœur pour y
déposer Lui-même Sa charité en nous aimant. Et alors, il y aura en nous, une charité par laquelle nous
pourrons en retour L’aimer. Voilà ce qu’a fait la Vierge Marie !
Marie ne désire rien sinon d’être en plénitude la servante de Dieu, au sens où Saint Paul aimera se
dire : l’esclave. Le Christ fut Rex pacificus parce ce qu’Il fut parfaitement soumis à la Volonté de Son
Père, parfaitement obéissant jusqu’au bout. Aimant Son Père infiniment comme Son Père Lui
demandait de L’aimer. Eh bien nous retrouvons cela dans la Vierge Marie.
Ce détachement de toutes choses, il est magnifiquement présent dans la Vierge Marie, par Sa virginité.
Voilà ce qu’écrit Don Guillerand : « La virginité n’est pas le détachement, elle le produit et elle en
procède. La virginité est un mouvement qui procède d’une lumière. La Vierge voit Dieu, Elle Le voit
grand et beau, Elle est attirée, emportée, Elle se meut vers Lui, Elle s’attache à Lui, Elle se donne à
Lui, Elle se détache de tout ce qui n’est pas Lui. » Le détachement de la Vierge n’est donc que l’aspect
négatif de Son mouvement. Elle ne tend pas à se séparer du créé, Elle tend à s’unir à l’incréé. Elle se
sépare de ce qu’il pourrait La retenir loin de Dieu. La séparation est un fait, ce n’est pas un but. Le but
c’est l’union. Si pour s’unir il faut de désunir, Elle le fait. Elle écarte tout ce qui s’oppose à l’union. En
un mot, la Vierge aime, l’amour commande tout, l’amour est la fin, la lumière qui nous montre l’objet
aimé, le mouvement qui y conduit, le terme qui le possède. Elle vit pleinement dans l’amour de Dieu.
L’amour confiant, l’amour ordonné, l’amour pacifié ! Parfaitement détachée de tout ce qui serait de
nature à diminuer cet amour.

A chaque fois que nous considérons les réponses silencieuses que nous devons faire, nous trouvons en
Marie le plus bel idéal de cette réponse. Elle est pour nous constamment le modèle de notre silence par
le Sien. Et à chaque fois qu’on se porte vers Dieu pour contempler Son silence à Lui, ce silence qui
nous invite à Lui répondre, on trouve en Marie la plus belle image de ce silence. Elle tient les deux
bouts. Du côté du silence de Dieu, Elle en est la plus belle image, il n’y a pas de plus belle image du
silence de Dieu que le silence de Marie. Et du côté de la réponse silencieuse que nous devons apporter,
il n’y a pas de plus bel idéal que celui qu’Elle nous offre puisqu’Elle est de notre côté à nous. Elle
répond parfaitement. Et cela se vérifie encore une fois dans le silence ardent.

Ce silence ardent devrait nous trouver unis à l’ardeur des désirs du Christ. Unis à l’amour du Christ,
donc aussi unis à Ses souffrances. Evidemment, la Vierge Marie est la plus aimante, la plus unie à Son
Fils, la plus souffrante aussi. De même que la grâce qui en Jésus-Christ Lui était principe de croix, qui
était aussi en nous principe de croix parce qu’Elle nous fait appartenir au Corps Mystique de Jésus-
Christ, évidemment, la plénitude de grâces en Marie lui est principe d’une plénitude de croix. Il n’y a
pas de plus grande association aux croix du Sauveur que la croix de Marie, en raison même du fait
qu’Elle est Sa Mère et qu’Elle est pleine de grâces. Aucune croix ne peut percer l’âme de Jésus sans
percer le cœur de Marie. Aucun coup ne peut atteindre Jésus sans atteindre Sa Mère. Et bien sûr,
toutes les souffrances de la Passion, Elle les a vécues profondément comme personne d’autre ne
pourra les vivre jamais. Elle fut pleinement ce silence ardent d’association à l’amour rédempteur de
Son Fils. Elle est la corédemptrice à part. Comme disait le Cardinal Journet : « La corédemptrice des
corédempteurs », et Elle l’est en silence. C’est quelque chose qu’il faut contempler, qu’il va falloir
contempler pendant les jours qui viennent.

Le silence de la Vierge corédemptrice. Ce silence a quelque chose de terrible. Depuis le début, la


Vierge Marie est une croix pour son Fils. D’abord Elle est Elle-même le principe de sa croix, puisque
c’est Elle qui lui donne la chair par laquelle Il va pouvoir souffrir et mourir, et Elle le sait. Elle sait
qu’Elle est la cause matérielle ou plutôt qu’Elle est au principe de la cause matérielle du Sacrifice. On
peut même dire qu’Elle est cause du matérielle du Sacrifice puisque cette chair qui est celle du Christ
c’est la Sienne. C’est celle qu’Elle Lui a donnée Elle-même à partir de Sa propre chair.

Elle fut principe de la Croix du Sauveur parce que le Sauveur, en Elle, dès le premier instant de son
existence terrestre et pendant les neuf mois qu’Il a passés en Elle, fut en Elle, bien sûr, dans un temple,
dans un sanctuaire, dans une mère qu’Il aimait plus que tout… mais malgré tout, avec une conscience
de l’état dans lequel Il était, qui devait lui faire violence. Jésus-Christ fut enfermé, emprisonné en
Marie. Il n’était pas libre de Ses mouvements, Il dépendait complètement d’Elle et Elle Lui imposait
une contrainte. Il fut en Elle comme, d’une certaine façon, Il sera sur la Croix.

Sur le sein de Marie, retenu par les bras maternels, Il est un enfant qui pousse des vagissements. Et sur
la Croix, Il étend les bras vers les hommes et Il pousse son cri. Dans les bras de Marie, Il est sur une
mère pleine de tendresse qui Le retient sur Son cœur. Et sur la croix, Il est Lui-même l’amour qui se
répand sur nous. Auprès de la Vierge Marie, Il s’attache à Elle : Elle Le tient dans Ses bras, Il ne peut
plus s’en extraire. Il s’attache à Elle pour en être nourri. Sur la Croix Il est cloué, et du sang de Ses
blessures, Il compose notre breuvage.
La Croix nous nourrit par le Fruit qu’Elle a porté : l’Eucharistie est le Fruit de la Croix et la Croix est
un arbre qui nous nourrit. La Vierge avait tout préparé et c’est Elle qui avait nourrit le Fruit. Quand on
choisit la Croix, on trouve nécessairement à côté, Marie. Quand on choisit Marie, nécessairement on
trouve la Croix. Le Verbe de Dieu est le Fils d’une Mère crucifiée. On dit de la Croix qu’Elle est notre
unique espérance, on dit de la Vierge Marie qu’Elle est la mère de l’espérance. On dit de la Vierge
Marie, qu’elle se tenait debout au pied de la Croix, Stabat. On dit aussi Stat Crux, la Croix se tient
debout. On dirait que la fermeté de la Croix se communique à Sa Mère. La Vierge Marie fut une Croix
pour Son Fils parce qu’Elle fut considérablement affligée, et le Christ savait que cette affliction de Sa
Mère était provoquée par les souffrances qu’Il avait délibérément voulues pour notre salut. Le Christ
est cause des souffrances de Marie. Evidemment cela accroît Ses propres souffrances à Lui, de voir Sa
Mère aussi désolée et la Vierge Marie Elle-même, est transpercée d’un glaive qui est celui de voir Son
Fils souffrir de ce qu’Elle souffre. La Croix de ces deux Êtres, si profondément unis, se grandissent
mutuellement à l’infini. Le Christ souffre et Il souffre d’une certaine façon en raison de Marie. Le
Christ souffre et Il fait souffrir Sa Mère. Sa Mère souffre de voir Son Fils souffrir et Elle souffre aussi
de voir qu’Elle en est la cause. Elle souffre aussi de voir qu’Il souffre de La voir souffrir.

Ces deux Êtres sont l’un à l’autre, dans une union d’amour qui est absolument indicible, une force l’un
pour l’autre ; et en même temps, Ils sont aussi l’un pour l’autre un motif supplémentaire de souffrir. La
Croix de Jésus aurait été privée d’une certaine dimension si la Vierge Marie n’avait pas été là. La
présence de la Vierge Marie agrandit la Croix de Jésus-Christ, elle lui a conféré une amertume
spéciale.

Notre-Dame des Douleurs le regarde, c’est Don Guillerand qui le dit : « Elle le regarde, Elle se
l’assimile, Elle se transforme en Lui, Elle trouve en Jésus l’amour et Elle L’aime. Elle trouve en Jésus
la douleur et Elle souffre. Elle trouve en Jésus la paix ordonnée, soumise à tous les vouloirs du Père, et
Elle se plonge dans ces vouloirs et goûte la même paix. »

La Vierge Marie est Celle qui ressemble le plus à Jésus dans l’ardeur de Ses souffrances, dans l’ardeur
de Ses désirs et de Son amour. Elle Lui ressemble parfaitement et en cela, Elle nous montre comment
s’unir à Lui, comment s’unir à Son amour, Ses souffrances et Ses désirs. Si Elle accepte tout, si Elle
est là jusqu’au bout, c’est pour nous ; et ce qui est absolument confondant, c’est de voir que dans cette
corédemption Elle demeure parfaitement silencieuse. Et ce silence a quelque chose de terrible…

Quand Elle L’accompagne sur le Chemin de la Croix, Elle voit Simon de Cyrène qui est embauché
pour soulager le poids de la Croix et pour aider Notre-Seigneur. Mettons-nous à Sa place… Elle est là
depuis le début, Elle n’est pas passée par hasard sur le trajet. Depuis le début c’est clair, Elle n’a
qu’une envie, c’est d’aller aider Son Fils. Il n’aurait pas fallu L’embaucher, Elle aurait largement
devancé la préoccupation des bourreaux. Depuis le début, Elle n’a qu’une envie, c’est d’aller L’aider.
Elle est sa Mère ! Certainement Elle dut être remplie de reconnaissance envers Simon de Cyrène parce
qu’il faisait, lui, ce qu’Elle ne pouvait pas faire car Elle ne pouvait pas L’aider. Il y a à la fois, en Elle,
ce désir immense d’aller porter la Croix avec Son Fils et Elle est obligée de rester silencieuse parce
qu’Elle sait que la Volonté de Dieu est que le Christ porte Sa Croix jusqu’au bout, sans soulagement.
Alors Elle s’y unit mais en silence. Elle sait qu’Elle n’est que corédemptrice et que ce n’est pas à Elle
de mourir sur la Croix. Si Elle avait pu ! Elle est une mère, Elle aime son Fils : si Elle avait pu mourir
à sa place, Elle l’aurait fait mille fois ! Si Elle avait pu s’interposer devant le Père éternel et avait pu
dire : « Arrêtez ! c’est mon Fils, épargnez-Le, prenez-moi à Sa place ! » On voit cela quelquefois chez
des mères qui ont cette douleur de voir un de leurs enfants s’égarer et qui supplient le Bon Dieu  :
« Prenez-moi, faites-moi mourir, je Vous donne ma vie mais, s’il vous plaît, ramenez mon fils. »
L’amour d’une mère est prêt à mourir pour le salut de ses enfants. La Vierge Marie certainement, si
Elle écoute son instinct maternel, Elle se précipite à genoux, Elle sait que Dieu ne peut rien lui refuser,
Elle va vers le Père et lui dit : « Arrêtez ! c’est mon Fils, épargnez-Le, prenez-moi à la place ! » Elle
sait qu’Elle ne peut pas. Elle n’est qu’une créature. Elle est la première des rachetés. Elle n’est ce
qu’Elle est que par la Croix de Jésus-Christ, qui n’est que la Sienne. Elle ne peut pas intervenir. Elle
souffre en silence et s’unit par son silence. Cela dut être une souffrance de se taire, de ne pas
intervenir.

Quand Sainte Véronique intervient, certainement, la Vierge Marie doit être remplie de reconnaissance
envers elle. Elle, ça fait longtemps qu’Elle aurait voulu faire ça. Elle aurait largement pu braver les
moqueries, le respect humain de tous ceux qui l’entourent, et puis venir déposer ce voile pour apaiser
la brûlure des souffrances de son Fils, l’embrasser, le soutenir, le fortifier. Elle n’intervient pas, Elle
reste à distance, Elle prie, Elle s’unit, Elle offre, Elle accepte tout. Elle surmonte cet instinct maternel
qui est plus fort qu’Elle normalement, qui aurait dû La submerger complètement. Elle le surmonte par
une lumière supérieure, la lumière de Sa foi. Le silence de la foi de Marie…

Son silence lui vient du regard qu’Elle porte sur la Passion. Elle porte un regard de foi et celui-ci est
un regard silencieux. Elle voit les choses comme Dieu les voit et Elle comprend que Son attitude est
de se taire, d’être silencieuse et d’adorer dans cette foi. C’est incompréhensible, ce qu’il se passe.
C’est une folie aux yeux des hommes… mais Elle a la sagesse de Dieu, Elle est le trône de la sagesse.
Elle est remplie de cet esprit qui l’éclaire et qui fortifie sa foi. Et Sa foi ne défaille pas. Malgré toutes
les raisons de perdre la foi, Elle tient bon. Elle garde cette lumière supérieure qui repose sur Sa
confiance inébranlable dans Son Fils. Avec le silence de la foi de la Vierge Marie, il y a le silence de
Son espérance au pied de la Croix.

Stabat ! Rien ne peut L’ébranler. Cette fermeté, cette solidité, c’est celle de Son espérance.
L’espérance de toutes les grâces qui vont pouvoir découler de cet arbre. L’espérance, la certitude que
Jésus-Christ sauve le monde. Malgré les apparences, Il triomphe. Cette certitude qu’Elle ira au ciel,
qu’Elle possèdera un jour cette récompense pour l’obtention de laquelle le Christ meurt. Et Elle, qui à
ce moment-là récapitule toute l’Eglise, est remplie de cette espérance d’une Eglise rénovée, revivifiée,
restaurée par la Croix de Son Fils. Son âme est remplie de cette certitude que ce qui s’accomplit,
s’accomplit pour la plus grande gloire de Dieu, pour le salut des âmes, et ceci Lui donne la force
d’accepter, la force de s’unir, la force de collaborer, par Sa compassion, à ce rachat des âmes. Elle est
missionnaire par excellence.

C’est donc le silence ardent de sa charité, lequel est incompréhensible. Il n’y en a qu’un seul qui a pu
le comprendre, c’est Jésus ! Lorsque leurs regards se sont croisés sur le Chemin de la Croix, Jésus a pu
pénétrer à fond cette ardeur de l’amour de Sa Mère : Il en était Lui-même l’auteur. Il lui communiquait
cette charité par laquelle Elle Lui renvoie son regard, elle Lui renvoie cet amour. Ces deux regards qui
se croisent et qui se comprennent. Ces deux regards qui s’unissent dans une même ardeur, un même
désir, un même amour pour le Père et pour nous.

Alors on retrouve encore dans la Vierge ce silence de la douceur. Ce silence de l’offrande résignée, de
toutes Ses souffrances, de toutes Ses douleurs. Elle est complètement abandonnée, complètement
offerte. Elle aussi, silencieuse comme l’Agneau qui se laisse faire, infiniment douce. Et elle n’est pas
seulement infiniment douce, infiniment miséricordieuse, Elle est le refuge des pécheurs, Elle se fait
Elle-même miséricorde. Elle est la Mère de miséricorde. La Trésorière de la miséricorde puisque c’est
Elle qui répand sur nous chacune des grâces miséricordieuses méritées par Son Fils.

La douceur de la Vierge Marie envers les pécheurs. C’est encore une fois la plus belle image de la
miséricorde du Sacré-Cœur. Il n’y a pas de plus belle image de la miséricorde de Dieu que la
miséricorde de la Vierge Marie, Sa douceur infinie. Et nous, de même que nous nous mettons à
genoux devant la Passion, et que nous offrons à Dieu nos péchés pour qu’Il nous les pardonne, et que
nous recevons Sa douceur qui nous console et qui nous réconforte, eh bien nous offrons nos péchés à
la Vierge Marie, pour qu’Elle les présente à Son Fils. C’est Elle qui répand sur nous la douceur de Son
Fils et la Sienne, car Elle est notre Mère. Et c’est cela qu’il faut contempler pour finir.

Le Père de Chivré, en parlant de la Vierge Marie, dit : « Si loin de nous par Sa pureté, mais si près de
nous par Son rôle de Mère. » Cette contemplation du silence de Marie, c’est un silence inaccessible,
c’est l’idéal qu’il nous faut atteindre, et celui-ci est loin. Le silence de Marie semble confiné au silence
de Dieu et peut nous apparaître comme quelque chose qui est inaccessible. « Si loin de nous par Sa
pureté et même temps si près de nous par Son rôle de Mère… ». La Vierge Marie, il y a un point sur
lequel on est plus gâté qu’Elle. C’est qu’on a une Mère, qui est la Vierge Marie. Et Elle, Elle joue ce
rôle envers nous. Mais Elle n’a pas la chance, Elle, d’avoir une Vierge Marie pour s’occuper d’Elle,
alors Elle compense en se donnant à nous.

Cette vie qui remplit la Vierge Marie, cette présence de Dieu en Elle, lui donne le désir de la répandre
dans nos cœurs, de communiquer cette union et cette vie, de nous faire un avec Elle, par Elle, avec
Jésus et par Jésus avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ce silence absolument admirable devant
lequel nous nous taisons, qui est celui de la Vierge Marie, Elle veut nous le communiquer. Elle veut
nous le donner.

Ce mouvement d’amour qui fut le Sien, Elle veut de toute la puissance de son être qu’il devienne le
nôtre car Elle est Mère, la Mère de la Vie et la Vie c’est Son Fils. Ne lui refusons pas la joie de faire
passer en nous cette Vie, en plein, et en tout, en tout ce que nous sommes et faisons, sans arrêt, sans
retard, jusqu’à ce que Jésus ait atteint en nous, ce que Saint Paul appelle d’un nom magnifique : la
plénitude de son âge, le plein et parfait développement de la Vie qui sera notre vie.

Elle est la Mère du silence. C’est logique, elle est la Mère de Dieu ; or Dieu est silence. Donc elle est
la Mère du silence. Dieu est le Fils de Marie ; or Dieu est silence, donc le silence est Fils de Marie. Ce
silence de Dieu, qui doit nous pénétrer, pour pouvoir nous configurer à Lui, Il pénètre en nous par
Marie.
Don Guillerand a trois lignes magnifiques dans lesquelles il se demande : « Comment est-ce que nous
pourrions louer la Vierge Marie, la remercier ? N’oublions pas, dit-il, que la plus belle louange, la plus
douce à son cœur, celle dans laquelle les autres ne seraient rien, c’est l’effort des âmes qui se tiennent
en face d’Elle, calmes, confiantes, dociles et aimantes, et lui permettent de graver en elles les traits de
Son Divin Fils, de renouveler, de prolonger, de compléter Sa gloire maternelle et d’être, pour Elle,
‘Marie de qui est né Jésus’. »

Comment pouvons-nous louer et glorifier la Vierge Marie le mieux possible ? En nous tenant devant
Elle et en lui permettant d’être ‘Marie de qui est né Jésus’, d’être la Mère de Jésus vivant en nous,
d’être notre Mère. Voilà comment nous pouvons La remercier. En lui permettant d’être notre Mère. Et
comment cela ? eh bien en nous tenant devant Elle, à côté d’Elle. À côté d’Elle : c’est tout le désir du
Stabat Mater. Ce Stabat Mater c’est un désir, une volonté, une ardeur d’être avec Elle pour être rendu
participant de Son silence à Elle et, par Elle, participant du silence de Dieu.

Jésus est suspendu à la Croix, Marie est suspendue à Jésus, et tous deux d’un même cœur se relient au
Père. Eh bien nous, si nous sommes suspendus à Marie, nous sommes suspendus à Marie qui est
suspendue à Jésus qui est suspendu à la Croix ; et nous ne faisons qu’un avec tous ces êtres pour être
reliés au Père. Voilà ce que nous devons offrir à la Vierge Marie comme reconnaissance. Notre cœur,
notre silence, pour lui permettre d’être notre Mère.
La retraite s’achève mais cette retraite a pour objet vraiment de nous conduire au Triduum. De nous
conduire aux Jours Saints, dans le silence. Il faut demeurer dans le silence. Bien sûr il y aura le Tu
autem, il y aura un certain moment où on pourra parler, ce ne sera plus la retraite. Mais tout en parlant,
tout en continuant à vivre notre vie de séminariste, gardons au fond de nous ce silence. Et à chaque
fois que, enfin, l’heure de parler aura cessé, soyons heureux de nous replonger dans ce silence et de
vivre ces trois jours véritablement comme des jours saints. Jeudi Saint, Vendredi Saint, Samedi Saint,
il ne faut pas que ce soit un simple mot, un simple nom, il faut que ce soit une réalité : que ces jours
soient saints et sanctifiants. Et pour cela, n’abordons pas ces jours avec une mentalité de
consommateur !

Qu’est-ce que cela veut dire ? ne cherchons pas à profiter des jours saints. Ces jours saints ne sont pas
pour nous. Ne cherchons pas à faire le plein de grâces, ne cherchons pas à profiter au maximum de la
splendeur des chants, de la splendeur des cérémonies… Ne cherchons pas à nous remplir nous-mêmes,
égoïstement, de tout ce que le Bon Dieu veut nous donner, comme si nous n’avions en vue que notre
enrichissement personnel. Ne nous occupons pas de nous ; le Bon Dieu s’occupe de nous et Il le fait
très bien. Laissons-le faire ! Pour nous, gardons ce silence sur nous-même, disparaissons. Soyons là
pour Lui.

Il y a tellement de façon d’abîmer la sainteté de ces jours. Il y a la gourmandise par laquelle on


cherche à satisfaire au maximum les besoins de son âme et de son esprit en ne pensant qu’à soi  : la
gourmandise spirituelle. Il y a la dissipation toujours possible, d’autant plus que ces offices, on les
connaît, cela fait 3, 4, 5 ans que tous les ans c’est la même chose : on s’y habitue. Et il y a la vanité
toujours possible, « ma leçon, ça va être la plus belle… ».
Ne pensons pas à nous, oublions-nous, gardons ce silence. Pendant ces jours saints, occupons-nous de
Dieu, occupons-nous de Jésus-Christ, occupons-nous de la Vierge Marie, tenons-Leur compagnie.
Soyons silencieusement avec eux, unis à eux. Ne pensons qu’à eux. Communions pour la gloire de
Dieu, pour que Dieu règne. Communions dans l’ardeur de nous unir à Sa Croix, à Ses souffrances, à
Son amour. Soyons heureux dans ces quelques jours de faire pénitence. Soyons heureux de participer,
nous aussi, avec la Vierge Marie, à la rédemption du monde, d’une façon subordonnée à celle de
Jésus-Christ.

En un mot, tâchons de réaliser en nous un dernier silence : le silence du tombeau. Il est si important, ce
silence du tombeau. C’est encore Don Guillerand, il aura le mot de la fin, qui nous en parle de façon
extrêmement saisissante : « Le tombeau c’est le silence extérieur et surtout intérieur. C’est la solitude
du dehors et surtout du dedans. C’est le détachement complet. Tout lien coupé. C’est l’âme vivant à sa
haute cime en plein ciel, n’ayant plus avec la terre qu’un point d’attache nécessaire par la partie
inférieure, et prêt à le supprimer dès que Dieu demandera le suprême essor. Le tombeau c’est l’âme
enclose en Jésus, isolée de tout le reste, complètement fermée à tout ce qui n’est pas Sa joie et Sa
gloire, et s’épanouissant dans ce sein qui est la vie même. Votre vie est cachée en Dieu avec Jésus-
Christ. En attendant que les murs tombent et que le vivant apparaisse soudain en sa définitive et
éternelle splendeur du matin qui ne connaît plus de croissance. Le tombeau c’est le voile des réalités
sous lesquelles se cache l’Aimé pour s’assurer de notre amour avant de se donner en plénitude. Voile
de la foi que la constance et l’énergie de notre attachement font chaque jour de plus en plus léger et
transparent, et qui bientôt se déchirera pour la vision du ciel. Notre vie sur terre doit être dans le
silence du tombeau, dans le silence de la foi. C’est le tombeau de la vie, elle y repose en attendant le
réveil et la manifestation extérieure. Or nous sommes presque toujours hors de cette demeure de
silence, de séparation et de foi. Nos jours se passent dans le créé au lieu de se passer in Deo cum
Christo. Qu’il est difficile et rare de vivre au tombeau. C’est le mystère le moins compris. Il en est
ainsi de tous les mystères de silence et d’effacement. On accepte encore la souffrance mais on ne peut
se faire à la mort. »

La Vierge Marie fut éminemment ce tombeau. Le Christ fut déposé en Elle dans un sein vierge comme
Il fut déposé dans le tombeau vierge. Il en est sorti pour être la lumière du monde comme Il sortira du
tombeau pour être la lumière définitive ; et nous-même, nous devons nous tenir près du tombeau dans
le souvenir, ou plutôt le regard actuel constamment posé sur l’amour de Jésus-Christ pour nous. Un
regard de foi sur ces réalités divines qui nous font plus grands que nous-même. Avec un regard
d’espérance, l’espérance de notre propre tombeau, qui nous permettra d’accéder à la lumière
définitive, à la lumière sans fin. Nous savons bien que notre vie ici-bas n’est que pour mourir. Comme
Jésus-Christ qui n’est venu que pour mourir. Mais Sa mort a été le principe de notre vie. Donc,
pendant ces quelques jours, demandons à Dieu de nous remplir de Son silence, et de Son silence du
tombeau, et tenons-nous en silence devant la Vierge Marie pour recevoir cette grâce. Tout cela est
grâce, rien n’est en notre pouvoir. Mais si nous le Lui demandons, Elle est notre Mère, Elle se fera une
joie d’être la Mère de notre silence.

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