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Congrès de la Houille Blanche

L’utilisation des forces hydrauliques en Italie. Communication


Gaudensio Fantoli, Torrensio Sacchi Ladispoto, Guilio De Marchi

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Fantoli Gaudensio, Sacchi Ladispoto Torrensio, De Marchi Guilio. L’utilisation des forces hydrauliques en Italie.
Communication. In: Troisième congrès de la Houille Blanche, Grenoble, du 4 au 8 juillet 1925. Tome 2, 1925 ;

https://www.persee.fr/doc/jhydr_0000-0002_1925_act_3_2_3184

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L’UTILISATION

DES FORCES HYDRAULIQUES

EN ITALIE

COMMUNICATION DE LA
Délégation du ministère des Travaux publics d’Italie
composée de
MM. Gaudensio FANTOLI
Toîœnsio SACCHI LADISPOTO
Guilio de MARCHI
DISCOURS PRONONCÉ PAR M. LE P' FANTOLI GAUDENZIO

« Monsieur le président,
« Messieurs,
« Je suis heureux d’être appelé, comme président de la délégation
envoyée par M. le ministre des Travaux publics d’Italie et aussi comme
membre représentant l’Académie nationale dés Lincei et même en mon
nom modeste, pour votre aimable invitation personnelle, de vous remercier
profondément tous, messieurs et Grenoblois, qui avez admirablement
organisé le IIIe Congrès de la Houille blanche et je vous félicite d’avance
respectueusement du grand succès qui est déjà sûr.
« En vérité, pour ce Congrès, on ne pouvait mieux choisir que la capitale
des Alpes françaises, l’éminent centre de production hydro-électrique de
la noble France, qui a donné, dans le domaine de l’hydraulique moderne,
les Du Buat, les De Saint-Venant, les Prony, les Lesbros, les Darey, les
Bazin, les Flamant, et tant d’autres, pour ne parler que des morts.
« Je viens d’ün pays qui a aussi la tradition glorieuse de l’ hydraulique,
qui exige d’esprit de finesse, d’un pays qui est aussi certainement en
première ligne dans les applications et particulièrement dans celles qui
se rapportent à la houille blanche
« C’est avec joie que je rappelle ici que ce même nom de houille blanche
est littéralement dû à notre grand comte de Cavour : « ... Je vous cède
« des mines de houille blanche », et il montrait les glaciers resplendissants
de la Savoie, pendant les avances diplomatiques qui aboutirent ensuite
à Magenta, San Martino, Solferino, commencement de notre nouvelle
épopée.
« Certainement, nous sommes tous ici animés de l’ardent désir de
paix et de progrès scientifique, technique, économique. Mais nous pouvons,
Français et Italiens, rappeler avec fraternité que, dès lors, plus d’un demi-
siècle après le grand Comte, les temps ont lié encore nos drapeaux tricolores
et mêlé le sang qui éternise nos nations.
« Malgré tout, nous vaincrons aussi la bataille économique dont a
parlé notre président. Je crois que nous pourrons toujours penser et adapter
les mots d’un de vos grands poètes :
« Frères,
......................
nous dirons tous les deux notre histoire 1
« Nous chercherons quel est le nom de l’Espérance,
« Vous direz : Italie ! Nous répondrons France 1 »

Après quelques mots de remerciements à M. le Pr Fantoli, M. le pré¬


sident déclare épuisé l’ordre du jour de la séance plénière et invite les congres¬
sistes à se rendre à la Chambre de commerce où les trois sections doivent
se réunir à 10 heures dû matin.
UTILISATION

DES FORCES HYDRAULIQUES EN ITALIE

I. — LÉGISLATION

Au cours de ces dernières années, la législation italienne sur la déri¬


vation et l’utilisation des eaux publiques a été complètement transformée
et dotée de règles correspondant à l’état actuel du droit et de la technique.
Il avait déjà été question d’apporter à la loi organique du 10 août 1884,
n° 2.644, des réformes nombreuses et variées, mais on avait reculé devant
les difficultés de cette tâche et ces projets n’étaient pas sortis des archives
parlementaires.
L’état de guerre fit ressortir impérieusement la nécessité d’intensifier
le plus possible la production de l’énergie hydro-électrique nationale et
la mise en valeur des forces hydrauliques pour les irrigations appliquées
à l’agriculture. Un premier décret du 16 janvier 1916, n° 27, autorisa le
ministre des Financés à concéder, sans formalités d’instruction, les accrois¬
sements de dérivations devant être opérées par voie de modification des
siphons et' biefs et d’autres travaux ayant pour résultat de réduire le
débit. Le 25 janvier 1916, un autre décret, n° 57, rendu sur la proposition
de M. Ciuf felli, ministre des Travaux publics, modifia complètement la
procédure instituée par la loi organique, en facilitant-l’extension rapide
des dérivations existantes et en affirmant pour la première fois deux
principes : le premier que le décret de concession équivalait à une décla¬
ration d’utilité publique, le second que les utilisations secondaires, incom¬
patibles avec l’utilisation sur une vaste échelle, pouvaient être remplacées
par une fourniture d’eau ou d’énergie électrique. Le critérium de préférence
basé sur la priorité de .date entre plusieurs demandes concurrentes, fut
remplacé par celui des meilleures garanties — techniques, financières et
industrielles — d’exécution immédiate et d’emploi de l’énergie produite.
Le successeur de M. Ciuffelli comme ministre des Travaux publics,
M. Bonomi, étendit par un décret du 3 septembre 1916, n° 1.149, l’appli¬
cation du décret précédent aux nouvelles utilisations d’eau pour les éta¬
blissements électrosidérurgiques, électrométallurgiques et électrochimiques,
d’une puissance non inférieure à 2.000 CV, créés ou à créer pour les besoins
de l’armée. Plus encore que toutes ces mesures isolées, une réforme générale
et organique s’imposait à cause des inconvénients résultant de la coexis¬
tence d’une loi fondamentale, celle de 1884, et des décrets ultérieurs repo¬
sant sur la nature spéciale des travaux et la destination particulière de
l’énergie à produire.
— 1048 —

Les sociétés produisant et distribuant l’énergie hydro-électrique pour


les besoins de l’industrie en général et l’éclairage, qui projetaient la construc¬
tion de nouvelles installations, firent entendre leur voix en faveur d’une
réforme intégrale.
Ils obtinrent satisfaction par le décret-loi du 20 novembre 1916, n° 1.664,
rendu sur la proposition de M. Bonomi, ministre des Travaux publics, qui
abrogea toutes les dispositions précédentes.
Le décret bénéficia de toutes les études et de tous les projets de réforme
antérieurs, des principes affirmés dans les précédents décrets, des propo¬
sitions formulées par une commission d’experts, présidée par le sénateur
Giovanni Villa, avocat général de l’Etat ; il coordonna en un tout harmo¬
nique les règles proposées par cette dernière, tant au point de vue technique
que juridique.
Le décret-loi du 20 novembre 1916, n° 1.664, révolutionna la législation
antérieure ; il fixa des directives répondant aux exigences de l’hydraulique
moderne et il inaugura une politique nouvelle en matière d’utilisations
hydrauliques.
Soumis au Sénat pendant l’été de 1919, pour être tranformé en loi,
le décret-loi du 20 novembre 1916 donna lieu à une discussion intéressante ;
il fut, avec de légères modifications, voté par la Haute Assemblée qui
décida en outre qu’il serait fondu en un texte unique avec un décret du
12 février 1919, n° 242, qui avait été rendu pour favoriser la construction
des rérservoirs, des lacs artificiels et des. autres travaux ayant trait à la
régularisation des débits des eaux publiques.
Comme suite aux délibérations du Sénat, un décret-loi, n° 2.161, fut
rendu le 9 octobre 1919 ; actuellement en vigueur, ce décret-loi réglemente
toute la matière, concurremment avec le décret royal du 14 août 1920,
n° 1.285, qui renferme les règles d’application.
La réforme ainsi instaurée reconnaît au ministre des Travaux publics
la compétence en matière de dérivation d’eaux publiques ; elle repose
sur le principe d’après lequel les problèmes d’utilisation hydraulique ne
peuvent être séparés de ceux de police, de défense hydraulique, d’amé¬
liorations et doivent être traités par un même organe de l’administration
publique avec unité d’examen et de pouvoir. Le grave problème de l’uti¬
lisation hydraulique, en ce qui concerne l’exécution des installations
était, dans la presque totalité des cas, résolu par le système de la conces¬
sion ; il apparut et fut reconnu comme la manifestation d’une œuvre
publique à laquelle l’Etat, au moyen de ses grands organismes, devait
imprimer des directives à longue portée et une discipline efficace.
L’organe consultatif est formé par un Conseil supérieur des eaux dont
font partie les fonctionnaires supérieurs des diverses administrations
publiques intéressées, des conseillers d’Etat, des inspecteurs générauxx
du Génie civil, des avocats de l’Etat et des techniciens étrangers à l’admi¬
nistration qui possèdent une compétence particulière en matière de régie-
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mentation hydraulique. L’avis du Conseil supérieur, en tant qu’il résume


chacun des aspects des différentes questions, remplace celui de tout autre
organe consultatif ou d’une administration active.
Comme suite à une réforme toute récente, le Conseil supérieur des
ileaux
constitue
a été incorporé
la 3e section.
dans le Conseil supérieur des travaux publics dont
La tâche qui lui incombe est très élevée : il doit être l’animateur et
le modérateur des initiatives ayant pour but l’utilisation du domaine
hydraulique ; il est l’unique dirigeant de l’activité publique et privée
dans ce domaine, activité qui, sans à-coups brusques comme sans retards
préjudiciables,
riser l’utilisationdoit
destendre
cours àd’eau.
l’établissement d’un vaste plan pour régula¬
Pour donner une force plus grande aux délibérations du Conseil, il a
été prescrit que les mesures de l’administration devaient être conformes
aux délibérations de celui-ci, sauf avis contraire du Conseil des ministres.
Pour atteindre d’une manière plus efficace les buts d’une large mise en
valeur du patrimoine hydraulique national, il a fallu expliquer la conception
technique du régime des cours d’eau. Le Code civil italien de 1865, dérivé
du Code piémonto-sarde (Code Albert), n’a pas limité juridiquement la
domanialité aux cours d’eau navigables et flottables, mais il a étendu ces
pouvoirs aux rivières et torrents, etc., reconnaissant aux propriétaires des
terrains bordés ou traversés par des cours d’eau de moindre importance,
un droit d’utilisation pour l’irrigation de leurs propres terrains ou l’exercice
de leurs industries.
La loi du 20 mars 1865, n° 2.248 (titre F.), déclarant publics les rivières,
torrents, lacs, ruisseaux et cours d’eau naturels, a influé grandement sur
l’élaboration des principes distinguant entre les eaux publiques et les eaux
privées pour l’application de la loi civile. Durant de longues années, la doc¬
trine et la jurisprudence s’attardèrent en de longues et subtiles controverses
mais en fin de compte les deux doctrines opposées sont arrivées à se contre¬
balancer : le décret-loi du 9 octobre 1919, n° 2.161, énumérant les disposi¬
tions à prendre pour dresser les listes principales ou complémentaires des
eaux publiques, indique qu’il faut porter sur les listes toutes les eaux de
sources courantes ou dormantes qui, considérées soit isolément, pour leur
débit ou l’importance de leur bassin, soit par rapport au système hydro¬
graphique auquel elles appartiennent, sont ou peuvent devenir aptes à un
usage quelconque ayant un caractère d’intérêt public et général.
Par l’adoption du terme eaux de source, on a résolu la question très
controversée qui se posait au sujet du caractère à attribuer aux sources
ayant le caractère de (caput fluminis) ; on a, en même temps, résolu d’une
manière satisfaisante la question des sources qui, sans constituer l’origine
du cours d’eau, l’enrichissent dans son parcours ultérieur d’un volume d’eau
important (contribuirmi fluminis).
On a évité à juste titre de donner une définition explicite des eaux publi¬
ques, car toute définition est dangereuse, d’autant plus que la matière se

13
— 1050 —

prêtait difficilement à une délimitation en termes rigoureux et précis qui


conviennent à une définition. ♦
La thèse généralement admise est que l’inscription sur les listes a une
valeur de déclaration et non d’attribution ; en ce qui concerne particulié¬
rement les eaux qui, non comprises dans les listes précédentes, ont été
portées sur des listes complémentaires parce qu’elles sont devenues d’ün
usage d’intérêt public et général, on discute précisément si le caractère
d’eaux publiques peut, de ce fait, leur être attribué.
Pour des raisons d’équité, une règle spéciale stipule en pareil cas que,
pour les eaux publiques qui n’étaient pas comprises dans les précédentes
listes et qui ont été portées sur dès listes complémentaires, les usagers qui
ne sont pas en mesure de demander la reconnaissance pour l’usage de l’eau,
ont droit à la concession, à l’exclusion de tout autre demandeur et si .un
tiers demande à réaliser une utilisation plus importante, celle-ci pourra
lui être consentie, avec l’obligation de fournir au précédent usager la quan¬
tité d’eau ou d’énergie qui lui revient,
Diverses des listes d’eaux publiques sont les cadastres des usagers
dans lesquels on note, comme dans un inventaire, toutes les utilisations
existantes, les renseignements portant sur leur constitution, le lieu où
elles se trouvent, les débits utilisés, etc.
A l’heure actuelle, les listes d’eaux publiques sont publiées pour presque
toutes les provinces du royaume ; il ne manque que celle de Vérone dont
l’élaboration est achevée et celle des provinces annexées à la suite de la
guerre et qui sont en cours de préparation.
On distingue trois catégories parmi les usagers des eaux publiques :
a) ceux qui utilisent en vertu d’un titre légitime, c’est-à-dire d’une autori¬
sation ancienne remontant à une époque plus ou moins éloignée et émanant
de gouvernements qui ont cessé d’exister ; b) ceux qui ont utilisé l’eau d’une
manière ininterrompue pendant toute la période de trente ans ayant précédé
la promulgation de la loi du 10 août 1884, n° 2.644 ; c) ceux qui ont obtenu
une concession régulière en vertu des règlements en vigueur.
Sont abrogés, cependant, les privilèges de pérennité, d’indétermination
d’usages anciens puisqu’ils ont été assujettis à la reconnaissance d’après
les quantités d’eau et de force motrice effectivement utilisées et que toute
innovation ultérieure est autorisée d’après les règles générales en vigueur.
La durée proprement dite a été limitée en tenant compte de la durée
maxima des concessions ordinaires.
Une telle réforme, si elle a dérangé le traditionalisme de certains droits
existants mais non prouvés ou sortis de leurs limites primitives, tend à régu¬
lariser les prétentions des anciens usagers d’une manière générale et parti¬
culièrement en face des nouvelles initiatives tendant à des utilisations
modernes et plus étendues.
Une réglementation juridique s’applique en ce qui concerne les utili¬
sations qui sont divisées en grandes et en petites dérivations.
— 1051 —

Les concessions de grandes dérivations sont données par décret royal,


lequel implique la déclaration d’utilité publique pour tous les travaux et
toutes les installations nécessitées par la construction et l’exploitation, y
compris les canaqx principaux d’irrigation, d’assainissement et d’eau
potable ainsi que les lignes électriques pour la transmission de l’énergie
produite. En outre, à l’expiration des dites concessions et dans les cas de
déchéance et de renonciation, deviennent la propriété de l’Etat, sans indem¬
nité, tous les ouvrages de collecte, de régularisation et de dérivation, prin¬
cipaux et accessoires, les canaux d’amenée des eaux, les conduites forcées
et les canaux de* décharge, le tout en bon état de fonctionnement.
Toutefois, dans les cas qui précèdent, l’Etat a la faculté de se mettre
en possession immédiate de tous autres bâtiments, machines, installations
d’utilisation, de transformation et de distribution ayant rapport' à la con¬
cession, en versant au concessionnaire un prix égal à la valeur d’estimation
des installations en service, valeur calculée au moment de l’entrée en pos¬
session et abstraction faite de toute évaluation du revenu à en tirer ; cette
valeur est déterminée d’un comm.un accord ou, à défaut, par voie arbitrale.
'Les petites dérivations sont concédées par décret du ministre des Tra¬
vaux publics ; elles ne jouissent pas du bénéfice de la déclaration d’utilité
publique ; elles peuvent toutefois être renouvelées à leur expiration, à
moins que des motifs de déchéance ou d’int'érêt public ne s’y opposent ; en
cas de renouvellement manqué, l’Etat a le droit de conserver sans compen¬
sation les ouvrages effectués dafls le lit du cours d’eau ou sur ses rives ou
bien d’obliger le concessionnaire à les faire disparaître et à remettre les
choses en état dans les conditions exigées par l’intérêt public.
Une disposition applicable aussi bien aux grandes qu’aux petites déri¬
vations, lorsqu’il s’agit d’une importante utilisation d’eau, est celle concer¬
nant la faculté d’arrêter les dérivations intermédiaires incompatibles avec
les nouveaux ouvrages, moyennant l’obligation pour le nouveau conces¬
sionnaire d’indemniser l’usager secondaire, en lui fournissant une quan¬
tité correspondante d’eau ou d’énergie électrique et en procédant aux trans¬
formations techniques nécessaires pour ne pas nuire aux intérêts de l’usager
préexistant.
Sont considérées comme grandes dérivations celles qui dépassent les
limites ci-après :
a) Pour la force motrice : 300 CV nominaux.;
b) Pour l’eau potable : 100 litres par seconde ;
c) Pour l’irrigation : 1.000 litres par seconde ;
d ) Pour l’assainissement par remblais : 5.000 litres par seconde.
Lorsque la dérivation est à plusieurs usages; on prend pour limite celle
qui correspond au principal usage ; le Conseil supérieur décide, suivant les
cas, si la dérivation doit être considérée comme grande ou petite.
La durée des concessions pour les grandes dérivations atteint, en règle
générale, 60 ans quand elles sont à usage de force motrice et 70 ans si elles
s’appliquent à l’eau potable, à l’irrigation ou à l’assainissement ; ces der-
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nières peuvent être renouvelées à leur échéance; pour les petites dérivations,
la durée est de 30 ans et peut être renouvelée.
Comme on le voit, la législation italienne n’a pas adopté le système —
préconisé par certains et qui se serait révélé dangereux — consistant à
avoquer immédiatement à l’État les installations hydro-électriques ; elle a,
au contraire, préparé à longue échéance la constitution d’un domaine
hydro-électrique national ; une fois effectué l’amortissement des installations
construites par les concessionnaires, il n’en coûtera pas beaucoup à ces
derniers de les céder à l’Etat qui leur aura consenti pendant une longue
période l’utilisation d’un bien collectif, en l’espèce les eaux de l’Etat.
A l’expiration de la concession, l’Etat n’est pas tenu d’assumer directe¬
ment la gestion de l’entreprise : il peut la céder à des tiers, suivant des condi¬
tions à débattre, à moins qu’à conditions égales il ne préfère avoir recours
à l’usager dont la concession est expirée.
Le très grand intérêt public qui s’attache à la mise en valeur de cette
richesse commune fait qu’entre plusieurs demandes concurrentes on donne
la préférence à celle qui prévoit la meilleure utilisation des eaux, c’est-à-
dire la plus rationnelle, ou qui répond le mieux aux autres intérêts généraux.
A égalité de conditions, on donne la priorité à celle qui offre le plus de garan¬
ties techniques, financières et industrielles certaines pour l’exécution immé¬
diate et l’utilisation ; la date du dépôt de la demande en concession n’entre
en ligne de compte qu’au cas seulement où les autres conditions font
défaut.
L’utilisation totale ou partielle d’un cours d’eau ou d’une partie de
cours d’eau peut intéresser directement l’Etat ou les autres administrations
publiques pour les besoins des chemins de fer, de la navigation intérieure,
de l’assainissement, de la fourniture d’eau potable ou d’autres services
publics importants ; dans ce cas, le ministre des Travaux publics, sur avis
conforme du Conseil supérieur, a la faculté d’imposer une réserve sur tout
ou partie du débit d’un cours d’eau. Pour éviter que l’utilisation n’en soit
indéfiniment suspendue, il est prescrit que la réserve peut avoir une durée
de quatre ans et qu’elle ne peut être prolongée que pour une seconde période
de quatre ans, sur avis conforme du Conseil Supérieur.
A la réserve de l’eau proprement dite, on peut toutefois substituer la
réserve d’une quantité d’énergie électrique au prix de revient effectif
(comprenant les sommes nécessaires aux intérêts et aux amortissements),
lorsque des raisons d’intérêt public militent en faveur de l’utilisation immé¬
diate.
C’est à ce système que se conforme désormais l’administration pour ce
qui est de l’électrification des chemins de fer ; elle a abandonné l’ancien
système qui avait cours en même temps que la loi du 10 août 1884, n° 2.644,
système qui fait que d’importantes forces hydrauliques sont restées immo¬
bilisées pendant de longues années à cause d’un programme alors à peine
élaborédepour
mins fer. une vaste transformation du système de traction sur les che¬
— i05.‘r—

Les conditions de prix de fourniture de l’énergie sont débattues directe*


ment entre l’administration des chemins de fer et les concessionnaires des
installations; en cas de différend, celui-ci est tranché par le Conseil supérieur.
À côté de la clause de réserve, il y a celle de rachat ; cette dernière n’est
pas obligatoire, mais on doit, quand elle est reconnue nécessaire, la men¬
tionner explicitement
conditions et les modalités.
dans l’acte de concession, en indiquant également les
On peut avoir recours à la clause de rachat lorsqu’il s’agit de concession
de cours d’eau réservés pour lesquels on n’a pas fait ou on n’a pu faire
usage de la clause de réserve d’énergie, ou bien encore lorsqu’il s’agit de
sauvegarder des intérêts publics importants.
rachat.
Jusqu’à présent, il n’a été fait qu’assez rarement usage de la clause de

Pour sauvegarder les intérêts des consommateurs, le règlement donne la


faculté à l’autorité concèdente de fixer dans le cahier des charges, lorsqu’elle
le juge opportun, les règles relatives aux tarifs de vente de l’eau dérivée ou
de l’énergie produite au moyen de cette eau.
Etant donné le caractère de « domanialité » que présentent les cours
d’eau, les administrations publiques secondaires (provinces et communes)
ne peuvent prétendre à aucun droit sur ceux-ci ; toutefois, il ne faut pas
oublier que ces administrations supportent des charges financières pour les
travaux de défense hydraulique en participant aux consortiums créés dans
ce but ; d’autre part, il faut tenir compté des besoins ayant un caractère
local, du système dont il a été fait usage dans quelques provinces lombardes,
de contrats entre des autorités locales et des concessionnaires d’eaux publi¬
ques ; aussi, la nouvelle loi prévoit que dans les concessions de grandes déri¬
vations pour force motrice, il peut être réservé, à l’usage exclusif des services
publics en faveur des communes riveraines, sur le parcours compris entre
le point où finit pratiquement la dérivation en amont et le point de resti¬
tution, une quantité d’énergie ne dépassant pas le dixième de celle produite
par le minimum de débit ; cette énergie doit être fournie à l’usine de pro¬
duction. Pour pouvoir bénéficier de cette réserve, les communes intéressées
doivent faire leur demande dans les délais prescrits et utiliser effectivement
l’énergie qui leur est fournie ; sinon, le concessionnaire est exonéré de toute
obligation à cet égard.
Si l’énergie est' transportée ultérieurement à plus de 15 kilomètres du
territoire des dites communes riveraines, le ministre des Finances, sur avis
du Conseil supérieur des travaux publics, peut établir une surtaxe de deux
lires au plus par CV en faveur des autorités locales et à la charge du conces¬
sionnaire. Le quart du produit de cette surtaxe revient à la province lorsque
l’énergie produite sur son territoire est transportée en dehors de celui-ci.
Suivant le décret-loi du 9 octobre 1919, n° 2.161, la taxe au profit de
l’Etat, pour les installations hydro-électriques, est de trois lires par CV ;
toutefois, le décret-loi du 25 février 1924, n° 456, relatif à l’augmentation
des recettes domaniales, a élevé cette taxe à 12 lires par CV.
— 1054 — ,

ìi est impossible, dans cette rapide synthèse, de rie pas faire aÜusiori
aux mesures
artificiels. Dans
prises
le système
pour favoriser
hydraulique
la construction
italien, l’emmagasinement
des réservoirs etdes
deseaux
lacs
revêt une importance considérable soit pour utiliser dans les bassins des
Alpes, durant les hivers secs, les eaux qui ne peuvent être employées immé¬
diatement à l’époque de la fonte des neiges, soit pour utiliser dans le sys¬
tème hydrographique des Appennins, en grande partie déboisé, les eaux
recueillies pendant l’hiver pour suppléer à la pénurie qui se produit pendant
les étés secs.
Dans les Appennins, en particulier, l’emmagasinement des eaux des
montagnes contribue puissamment à la réalisation des buts visés par le
système hydraulique qui y est appliqué et à l’assainissement des vallées ;
la retenue des eaux et l’écoulement régulier de celles-ci supplée dans une
certaine mesure à la fonction naturelle des forêts de montagne.
D’autre part, vu la différence existant entre les eaux des Alpes et celles
des Appennins, les premières étant abondantes pendant la saison chaude et
les secondes l’étant durant l’hiver, les installations électriques de ces divers
cours d’eau peuvent, si elles sont reliées entre elles, se prêter un mutuel
appui ; cette intégration est déjà réalisée en grande partie grâce à un vaste
réseau de lignes qui s’étend de plus en plus au fur et à mesure de la création
de nouvelles installations étudiées en conséquence et de la conclusion
d’accords entre les différentes sociétés exploitantes.
Les avantages accordés pour la construction de réservoirs et de lacs
artificiels et ceux qui sont consentis d’une manière générale pour les ouvrages
régularisant l’écoulement des eaux publiques consistent : 1° dans l’exonéra¬
tion partielle ou totale de la taxe de dérivation, sauf toutefois en ce qui
concerne la partie de cette taxe qui revient aux autorités locales ; 2° dans
la faculté de mettre à contribution les fonds d’irrigation ; 3° dans les sub¬
ventions de l’Etat avec la faculté d’engager ces dernières en garanties d’opé¬
rations financières ayant pour but la construction des ouvrages.
Il est. accordé en outre des exonérations fiscales particulières pour l’enre¬
gistrement des actes de concession, de cession, d’obligations financières,
d’acquisitionà la
nécessaires ou construction
d’expropriation
du réservoir
des terrains
ou du ou
lac. autres établissements
La subvention de l’Etat ne peut excéder une période de cinquante ans
et, de toutes façons, ne peut aller au delà de la durée de la concession ; elle
peut atteindre annuellement 8.000 lires par million de mètres cubes d’eau
emmagasinée, sans pouvoir jamais dépasser le déficit déterminé d’après le
plan financier qui a été prescrit.
Dans les cas ci-dessus, la subvention a le caractère de prime d’encoura¬
gement à l’exécution de travaux considérés en eux-mêmes comme étant
toujours de nature à améliorer le régime hydraulique. Si, cependant, les
travaux d’emmagasinement d’eau rendent inutile, en totalité ou en partie,
l’exécution de travaux hydraulico-forestiers, d’assainissement, etc., que
l’Etat devait exécuter ou subventionner, ou qu’ils favorisent l’irrigation ou
la cf éatjon d’installations hydro-électriques pour le drainage et l’irrigatioh
de vastes territoires, la subvention, dans ce cas, a encore le caractère d’une
compensation ; elle peut dépasser 8.000 lires par million de mètres cubes
d’eau emmagasinée, sans pouvoir néanmoins excéder le déficit déterminé
d’après le plan financier qui a été prescrit.
L’Etat, s’il accorde des subventions, se réserve le droit de participer aux
bénéfices des établissements subventionnés. Cette participation est fixée
au quart de la portion du bénéfice net dépassant 7 % du capital employé
et à la moitié de la portion du bénéfice net qui dépasse 10 % de ce même
capital, jusqu’à ce que l’Etat ait récupéré ainsi la moitié de la subvention
totale.
Si le concessionnaire est une société par actions, la participation en
question
versées auxest calculée
réserves.sur les sommes distribuées aux actionnaires et sur celles
Le règlement du 14 août 1920, n° 1.285, contient aux articles 60 et 61
les modalités d’application des principes énoncés plus haut.
Il y a enfin le cas où l’Etat encourage directement la construction des
réservoirs et des lacs artificiels avec répartition égale entre les régions où
cette initiative est rendue nécessaire ; dans ce cas, la subvention peut
s’élever jusqu’à 12.000 lires, sans préjudice des avantages plus importants
pour les cas prévus dans les précédentes hypothèses.
Il est ouvert un concours au sujet des réservoirs choisis et reconnus
d’intérêt public, de même qu’au sujet des projets étudiés en détail par l’admi¬
nistration ou achetés par elle à des particuliers. Ce concours aboutit à des
concessions, mais l’Etat peut, à défaut d’offres satisfaisantes, établir lui-
même les ouvrages et procéder ensuite à un concours pour l’exploitation
de ceux-ci ; il peut en outre stipuler des conditions spéciales pour la construc¬
tion et l’exploitation des installations hydro-électriques, en distinguant
entre celles destinées à Irrigation et celles pour la distribution d’eau
potable.
Une autre forme de concours financier apporté par l’Etat à la construc¬
tion des installations hydro-électriques, réside dans l’attribution d’une
subvention annuelle de 40 lires par cheval nominal moyen résultant du
d.’cret de concession. Cette subvention est accordée pendant 15 ans pour
toutes les installations dont la construction a été entreprise après le 1er jan¬
vier 1919 ; elle commence à courir à dater du jour où l’installation, ayant
été réceptionnée, est mise définitivement en service. Le décret-loi se rap¬
portant à ces subventions porte la date du 2 octobre 1919 et le n° 1.995; il
a un caractère temporaire et ne peut, en aucun cas, provoquer l’attribution
de subventions dont une ou plusieurs annuités seraient payables après 1940.
Ce décret prévoit cependant des exonérations fiscales en ce qui concerne
les bâtiments pouvant servir d’usines de production et de transformation
d’énergie électrique ainsi que des subventions pendant 15 ans pour les nou-
velles'lignes de transmission de l’énergie électrique d’une tension supérieure
à 2.000 volts ; il accorde en outre des avantages spéciaux lorsque l’énergie
— 1056

électrique est utilisée pour les besoins de l’agriculture ou pour l’assainis¬


sement.
Le travail considérable qu’exige l’étude technique des cours d’eau et de
leur débit disponible devait nécessairement amener la création d’un organe
adéquat pour recueillir les renseignements, les étudier et les utiliser. Il y a
été pourvu par les décrets du 17 juin 1917, n° 1.055 et du 25 novembre 1917
qui instituent un service hydrographique chargé de recueillir les observa¬
tions hydrographiques et météorologiques ; ce service possède des sections
autonomes appropriées auprès de certains bureaux du Génie civil.
Les circonscriptions des sections autonomes suivent les versants du
littoral des diverses régions ; pour le bassin intérieur du Pô, il existe un
bureau hydrographique spécial ; il en est de même pour le territoire soumis
à la juridiction du Service des eaux pour les provinces vénitiennes.
Le Conseil supérieur à Rome a pour tâche une surveillance générale sur
tout le service hydrographique du royaume ; il est chargé en outre de
publier des statistiques sur l’utilisation des cours d’eau et de l’énergie pro¬
duite.
Des publications très importantes ont été éditées par ces organes de
l’administration publique ; les travaux des bureaux hydrographiques et
des bureaux ordinaires du Génie civil ont été coordonnés ; ces divers bureaux
agissent de concert pour arriver aux buts qui leur sont communs et pour
celui plus général auquel tend la législation moderne : l’utilisation ration¬
nelle et intégrale des ressources hydrauliques du territoire national.
Dans la seconde partie de notre rapide exposé, nous parlerons du déve¬
loppement pris par l’utilisation des forces hydro-électriques, développe¬
ment auquel ont évidemment contribué les efforts déployés par les orga¬
nismes techniques et administratifs de l’Etat.
Les mesures de l’administration en matière d’eaux publiques peuvent
donner lieu à des recours d’ordre contentieux ou à des instances judiciaires.
La question de. compétence, en cette matière, a été réglée de nouveau par
la réforme qui a abouti à la création de tribunaux des eaux. Ceux-ci ne sont
pas des organes d’arbitrage ni de juridiction spéciale ; ils sont adjoints à la
magistrature ordinaire et en font partie intégrante. Leur particularité réside
dans le fait que, parmi les juges, il y a un juge technique appartenant au
corps du Génie civil ; de cette manière, les juges, ayant à se prononcer sur
des questions aussi spéciales et aussi délicates, sont à même d’obtenir des
renseignements de celui que l’on peut considérer comme leur expert ; tou¬
tefois, il n’est pas défendu aux parties en cause d’avoir leurs propres experts.
La juridiction des tribunaux des eaux est à deux degrés : appartiennent
au premier degré les tribunaux régionaux institués auprès de certaines cours
d’appel du royaume ; le deuxième degré est constitué par le Tribunal supé¬
rieur des eaux publiques dont le siège est à Rome, près la Cour de cassation.
Sont jugés en première instance, les* différends portant sur la domania¬
lité des eaux, les limites des bassins, leur lit et leurs rives, les droits relatifs
à la dérivation et à l’utilisation des eaux publiques, le remboursement de
— 1057

dommages causés par des travaux effectués sur des cours d’eau ou prove¬
nant de mesures de police prises par l’administration publique.
Le tribunal supérieur juge en appel toutes les causes jugées en première
instance ; en outre, il est le seul compétent pour connaître et juger les
recours pour incompétence, excès de pouvoir ou violation de la loi vis-à-vis
des mesures prises par l’administration en matière d’eaux publiques ; il
est également juge des recours en ce qui concerne les mesures prises par
l’autorité gouvernementale pour le régime des dites eaux et les mesures
prises par les préfets à la suite de contraventions en matière d’eau.
Le fonctionnement de ces tribunaux, facilité par une procédure plus
rapide que la procédure ordinaire,, a donné lui aussi des résultats satisfai¬
sants, puisque les questions qui leur sont soumises sont tranchées plus rapi¬
dement et plus complètement ; il en résulte un moins grand nombre de
jugements, ce qui empêche, dans une plus large mesure, les opposants de
profession de faire obstacle, grâce à une procédure longue et déprimante,
au progrès des initiatives en matière d’utilisation des forces hydrauliques.
La législation italienne sur la transmission de l’énergie électrique n’a
pas eu jusqu’à présent un développement adéquat à celui de la production
de l’énergie hydro-électrique.
La vieille loi du 7 juin 1894, n° 232, est encore en vigueur, ainsi que le
règlement correspondant du 25 octobre 1895, n° 642, toutefois modifié par
le décret-loi du 22 février 1917, n° 386.
En vertu de ces dispositions, l’Etat intervient seulement pour l’autori¬
sation de la ligne en vue de protéger les propriétés publiques et privées
touchées par les installations ; cette autorisation peut être subordonnée à
l’observation de garanties et conditions spéciales.
Le décret d’autorisation n’implique pas la déclaration d’utilité publique
de l’ouvrage, mais il constitue une servitude de transport d’électricité pour
les propriétés traversées par les lignes et sur lesquelles on doit établir des
pylônes, des supports ou d’autres installations. Les différends auxquels
donne lieu l’exercice de ce droit sont soumis aux tribunaux ordinaires.
Pour les lignes de transmission de l’énergie hydro-électrique, l’autori¬
sation est donnée par le ministre des Travaux publics à la suite d’une
enquête sommaire. Les maisons construisant les lignes peuvent, néanmoins,
demander et obtenir la déclaration d’utilité publique pour les ouvrages et
les installations qui constituent ces lignes ; lorsqu’il est établi que les tra¬
vaux ne peuvent être différés, on peut, en attendant la déclaration d’uti¬
lité publique, avoir recours à la déclaration d’urgence qui est accordée par
le ministre des Travaux publics sur avis du Conseil supérieur ; cette décla¬
ration permet l’occupation immédiate des terrains appartenant à des tiers,
suivant le plan de ces terrains et d’après une évaluation exécutée par les
bureaux du Génie civil. Les sommes devant servir d’indemnités sont mises
en dépôt, sous réserve de leur fixation exacte par la loi et les travaux ne
subissent pas de retard.
De l’ensemble des dispositions fragmentaires et mal coordonnées actuel-
— 1Ö58 —

ìement en vigueur, il ne ressort pas une conception rationnelle* tant atl


point' de vue technique et économique qu’au point de vue juridique, du
problème de l’énergie électrique ; aussi jce problème a été l’objet d’études
spéciales ; des propositions concrètes ont été formulées à son égard, mais
elles n’ont pas encore abouti. C’est le problème fondamental qui passionne
encore et divise les adeptes des diverses tendances : les premiers veulent,
en raison du libéralisme actuel, limiter désormais les interventions de l’Etat ;
le autres demandent à ce que l’on reconnaisse aux organismes centraux
et même locaux un droit de surveillance sur l’activité des établissements
qui distribuent l’énergie électrique, qui ont de si nombreux conflits avec
les communes et avec les tiers.
IL — LE DÉVELOPPEMENT
DE L’UTILISATION DES FORCES HYDRO-ÉLECTRIQUES
ET LA PUISSANCE ENCORE DISPONIBLE
L’utilisation des forces hydrauliques remonte, en Italie, à de très loin¬
taines traditions ; elle avait pris un certain développement assez longtemps
- avant la création de l’industrie électrique : en 1880, l’Etat avait déjà concédé
l’utilisation de la pui sance hydraulique d’environ 145.000 CV moyens
nominaux (1). Cette puissance était utilisée en grande partie pour actionner
- des papeteries, des moulins et de simples ateliers ; il existait aussi quelques
centres industriels importants (Biella, Schio, etc.), au débouché dans la
plaine de grandes vallées, c’est-à-dire dans les localités où il était le plus
iaclle d’utiliser l’énergie hydraulique.
La naissance de l’industrie électrique donna une impulsion rapide et
considérable à l’utilisation des eaux.
A la fin du siècle dernier, la puissance théorique utilisée atteignait déjà
330.000 CV (moyens nominaux) ; elle a augmenté depuis à une allure de
plui en plus rapide ; actuellement, on peut dire que la puissance utilisée
s’élève à 2.000.000 de CV et que l’industrie hydro-électrique occupe
une place prépondérante parmi les autres industries nationales.
A cet égard, il ne faut pas oublier le rôle essentiel joué par des Italiens
dans les recherches scientifiques et techniques qui ont ouvert la voie au
développement actuel des applications électriques ; il suffit de citer le nom
de Pacinotti et celui de Galiléo Ferraris qui, il y a trente ans, eut la géniale
intuition du moteur à champ tournant. D’autre part, c’est en Italie que fut
réalisé pour la première fois dans le monde, le transport à grande distance
de quantités importantes d’énergie électrique (ligne de Tivoli à Rome,
26 kilomètres de longueur, 5.000 volts). Ce furent des usines italiennes qui
construisirent les machines hydrauliques destinées à la première installa¬
tion qui utilisa les chutes du Niagara.

de
nominaux)
autorisée
nique
(1)
la différence
Dans
effectivement
; encorrespond
lesd’autres
actes
entreutilisable
officiels,
les
termes,
à niveaux
la valeur
peut
la d’eau
elle
puissance
s’évaluer
est
théorique
représentée
à la aux
concédée
dérivation
detrois
laparpuissance
quarts
(exprimée
leetproduit
à de
la restitution.
moyenne
laenvaleur
duCVdébit
moyens
théorique
dont
Lamoyen
puissance
l’utilisation
théoriques
précédente.
dérivé
méca¬
est
ou
et

L
1059 —-

Le graphique I met en évidence le développement de l’utilisation des


cours d’eau pendant les vingt-cinq dernières années (1900-1924) ; il montre
l’augmentation considérable qui s’est produite depuis la guerre, aussi bien
pour les installations, nouvelles que pour les concessions de nouvelles déri¬
vations.

Siluaiion actuelle de Vulilisation des cours d'eau. — Le tableau I indique


la puissance moyenne théorique — exprimée en CV. d’après les actes
de concession — des installations existant à la fin de L922 et à la fin
de 1924, ainsi que celle des installations en construction à la fin <le 1924.
Il y a lieu cependant de remarquer que ces chiffres ne s’appliquent qu’aux
grandes installations visées par la législation actuellement èn vigueur en
Italie, c’est-à-dire à celles dont la puissance moyenne théorique n’est pas
inférieure à 300 GV.
Graphique 1
j3500L
Développement de l'utilisation
des eaux publiques en Italie

Puissance-d°--
des
9 —installations
et!—
non en
réalisées
concédées
construcùà
consti* l
,

.250 a

.1500 _

J00Q_

900-190» 1905-1909 1910-191» 11915-1919 1920-1924

IBÉÉmÜ
1Ü60

TABLEAU I
PUISSANCE CONCÉDÉE
(en CV moyens théoriques des installations construites et en construction
et dont la puissance unitaire dépasse 300 CV)
ANNÉE 1922 ANNÉE 1924
RÉGIONS
construite construite construction
en total

Piémont (1) ...... 492.885 648.043 90.842 738.885


Ligurie ........... 15.348 46.421 530 46.951
Lombardie ........ 387.804 412.968 160.936 573.904
Vénétie ........... 167.620 243.208 126.997 370.205
Emilie ......... .. 25.679 27.518 43.983 71.501
Toscane........... 22.887 20.399 18.898 39.297
Marche ........... 28.526 34.024 9.658 43.682
Ombrie ............ 200.501 .183.533 — 183.533


Lazio ............ 40.031 78.546 75.017 153.563
Abruzzes et Molise 100.425 100.727 17.827 118.554
Campanie ......... 57.148 65.126 26.065 91.191
Basilicate ......... 1.000 1.000 6.953 7.953
Calabre ........... 4.082 8.140 47.197 55.337
Sicile ............. 14.832 14.375 1.431 15.804
Sardaigne. . . ...... — 11.150 4.200 15.350
1.533.169 1.895.176 630.534 2.525.710
Italie du Nord .... 1.028.600 1.350.640 379.305 1.729.945
I Lalie Centrale .... 428.000 444.747 165.383 610.130
Italie du Sud et Iles 77.100 99.789 85.846 185.635

Les installations en service à la fin de 1924 utilisaient dans leur ensemble


une puissance d’environ 1.900.000 CV moyens théoriques, tandis que les
installations en construction, représentaient 630.000 CV ; la valeur théorique
de la puissance utilisée quand toutes les installations en construction à la
date ci-dessus seront achevées dépassera par conséquent 2.700.000 CV.
Pour avoir une idée exacte de l’importance des installations actuellement
en service, il faut ajouter aux données ci-dessus celles concernant les ins¬
tallations d’une puissance inférieure à 300 CV ; ces installations, alimentées
par des petites dérivations au sens de la législation en vigueur, sont au
nombre de plusieurs centaines et l’on peut estimer que, dans leur ensemble,
définitifs.
(1) Pour le bassin du Pô (Piémont, Lombardie etrEmilie), les chiffres ne sont pas encore
— 1061 —

olles ne représentent pas moins de 90.000 CV rtioyens nominaux. La puis¬


sance moyenne théorique utilisée en Italie au 31 décembre 1924 atteignait
ainsi près de 2.000.000 CV.
La puissance des machines hydrauliques et électriques installées dépasse
dans une assez laj*ge mesure celle déterminée par les actes de concession ;
ceux-ci, en effet, indiquent la puissance moyenne utilisée par les installa¬
tions, tandis que les machines sont construites pour une puissance sensi¬
blement au-dessus de la précédente. En conséquence, le nombre de kilowatts
électriques installés dépasse dans une mesure assez large celui des chevaux-
vapeur
dans l’ensemble
concédés.desEncentrales
fait, laitaliennes
puissances’élève
électrique
à environ
actuellement
2.000.000 installée
de Kw.
Si l’on tient compte que le rendement des machines (hydrauliques et
graphique 1

Utilisation \ des eaux publiques en ita/ie


J30CL __dans ies différentes
Puissance Urégions
es insta/iat/ons
au <5/ Oécembre
construites
132b

-- e/s - en construction
-ne d°sont
—— pas—encore
- concédées
en construction
etqui
.600. -,__60Q_

.500—

__300-

___
200.
— 1062

électriques) peut être évalué en moyenne à 75 %, les machines en question


sont donc à même d’utiliser dans leur ensemble 2.600.000 Kw. hydrauliques
correspondant à environ. 3.500.000 CV. En d’autres .termes, la puissance
maxima que peuvent dériver Tes diverses centrales équivaut en moyenne
à plus d’une fois et demie la valeur de la concession.
Le tableau qui précède montre en outre que la situation est assez diffé¬
rente suivant les régions : la puissance déjà utilisée se trouve, en effet,
distribuée pour 72 % dans l’Italie du Nord, 23 % dans l’Italie Centrale et
5 % seulement dans le Sud et les Iles.
Des renseignements plus détaillés sur la situation des diverses régions .
sont fournis par le graphique II qui indique, pour chacune d’elles, la valeur
de la puissance moyenne théorique utilisée, en construction ou concédée.
Utilisation de la puissance installée dans les usines existantes. — Les
statistiques établies au cours de, ces dernières années montrent que la puis¬
sance installée fonctionne en moyenne à raison de 3.500 heures par an :
elle est passée de 3.450 heures en 1921 à 2.950dieures en 1922 (année cri¬
tique à cause de la sécheresse exceptionnelle) poür s’élever à 3.180 en 1923
et à 3.480 en 1924. La puissance installée est donc utilisée au cours de
l’année à raison de 40 % environ ; il en résulte que l’utilisation de la puis¬
sance moyenne de concession ressort à un peu plus de 55 %.
Le nombre moyen des heures de fonctionnement varie assez notablement
d’une régiqn à l’autre ; il atteint un maximum de plus de 5.000 heures pour
les installations des Abruzzes (alimentées en grande partie par des bassins
perméables, il oscille entre 3.000 et 4.000 heures pour celles de l’Italie du
Nord et dépasse difficilement 3.000 heures dans le Sud de l’Italie et les Iles).
On manque jusqu’à présent de données précises en ce qui concerne
l’emploi de l’énergie ; on peut admettre cependant que l’éclairage ‘absorbe
en moyenne les 9/100 de la production totale et que les 7/100 de cette pro¬
duction sont utilisés pour la traction. Le reste est destiné aux industries
mécaniques, manufacturières et chimiques ; pour préciser, 11 % vçnt aux
industries chimique et sidérurgique, 13 % aux industries textiles, 8 % aux indus¬
tries alimentaires, 52 % aux industries mécaniques et aux industries diverses
Intégration au moyen des réservoirs et de l'énergie thermique. — Pour
parer aux changements d’ordre hydrologique qui sont importants dans
presque toutes les régions italiennes et qui deviennent très graves dans le
Midi, on a recours à deux séries de mesures : construction de grands réser¬
voirs et production thermique de l’énergie.
Les réservoirs existant au 31 décembre 1923 étaient au nombre de 70
avec une capacité totale de 720 millions de m.® ; en outre, 44 réservoirs
d’eau, capacité globale de 580 millions de m.3, étaient en construction ;
en 1923, on a achevé en Sardaigne le grand lac artificiel du Tirso qui compte
à lui seul pour 416 millions de m.®
Il n’est pas facile actuellement d’évaluer en énergie; ce que représente
l’ensemble do ces réservoirs ; il est néanmoins hors de doute qu’on arriverait

"fit -i-ifiAäjSämim
1063

à plusieurs centaines de millions de Kwh. Cependant, ces réservoirs ne


sont pas encore suffisants pour répondre aux exigences du service ; plusieurs
centaines de centrales thermiques suppléent à cette insuffisance ; ces der¬
nières disposent au total d’une puissance installée qui est légèrement infé¬
rieure à 400.000 Kw.
Dans ces centrales, dont les 9/10 sont alimentées au charbon, la pro¬
duction d’énergie se maintient toutefois dans des limites assez restreintes ;
même pendant l’hiver 1921-22 qui avait été marqué par des circonstances
exceptionnelles, la production mensuelle d’énergie électrothermique n’a pas
atteint le quart de la production correspondante d’énergie hydraulique ;
en temps normal, la première représente seulement quelques centièmes de
la seconde.
C’est ce que montre avec évidence le graphique III qui donne la production
Graphique III

Production déneroie hydroélectrique


et é/ectroûnermigue en !92h
7000
Energie
ü Sud
a Appennins
Alpes
hydroélectrique
de l 'Italie
6000
Energìe E/ectroth ermi que

5000

4000

3000

2000

d’énergie hydro-électrique et électrothermique pour chacune des années de


la période 1920-1924.
Puissance hydraulique disponible en Italie. — On ne possède pas encore
— 1064 —

de renseignements précis en ce qui concerne la valeur de cette puissance ;


ce n’est que récemment, en effet, que le Service hydrographique du minis¬
tère des Travaux publics a commencé à établir des statistiques pour arriver
à la déterminer d’une manière exacte.
On peut néanmoins, en se basant sur les éléments dont on dispose déjà,
évaluer l’ordre de grandeur des ressources hydrauliques utilisables dans
les régions italiennes.
En premier lieu, les concessions pour la construction des utilisations régu¬
lièrement accordées jusqu’ici par l’administration (voir graphique I) repré¬
sentent environ 3,5 millions de GV. Les concessions au sujet desquelles le
Conseil supérieur des Travaux publics a prononcé un avis favorable repré¬
sentent, de leur côté, 2,5 millions de CV. On arrive ainsi à un total de 6 mil¬
lions de CV dont l’utilisation en Italie a été jusqu’à présent reconnue
possible.
Il n’est pas facile d’évaluer l’augmentation qu’il sera possible de réaliser
au cours des années qui vont suivre; néanmoins, il est hors de doute que les
demandes déjà présentées portent sur la majeure partie des utilisations qui,
à l’heüre actuelle et vu la situation présente au point de vue technique et
financière, peuvent être considérées comme possibles.
Les augmentations considérables semblent donc peu probables et il
paraît en tous cas difficile que l’on puisse arriver à dépasser 8 millions de CV
moyens nominaux.
Cette conclusion est confirmée par un calcul direct de la puissance dis¬
ponible que l’on peut effectuer en tirant profit des résultats des enquêtes
faites par le Service hydrographique pour déterminer la possibilité de créer
des lacs artificiels dans les régions italiennes.
Les éléments recueillis par le Service hydrographique permettent en
effet de calculer pour les diverses régions italiennes la quantité moyenne
d’énergie pouvant être produite par kilomètre carré de surface régu¬
larisée par un réservoir ; en se basant sur ces données, on peut procéder à
une évaluation sommaire du rendement des zones montagneuses de chacune
de ces régions pour lesquelles il n’y a pas possibilité d’établir des réservoirs
de capacité convenable et où, par conséquent, l’utilisation des eaux peut
se faire uniquement en fonction de leur régime naturel.
Dans ce dernier cas, on admet que normalement la puissance installée
peut fonctionner pendant au moins six mois par an, soit la moitié de la
période annuelle. Toutefois, les évaluations ont été faites en prévision de
trois cas différents, suivant que le fonctionnement est de neuf mois, six
mois ou trois mois sur douze.
En outre, on a fait une distinction très nette entre les bassins imperméa¬
bles et les bassins perméables, dont les caractéristiques au point de vue
hydrologique sont très différentes et pour lesquels les rapports entre la
puissance installée et la production correspondante subissent par conséquent
des. modifications notables,
— 1065

Nous ne décrirons pas comment le calcul a été exécuté et nous contente¬


rons d’en indiquer les résultats au tableau II.
La première partie de celui-ci indique l’énergie moyenne annuelle que
l’on présume pouvoir produire dans les trois cas ci-dessus indiqués, des
bassins de l’Italie du Nord (Pô et région vénitienne) ; de l’Italie Centrale
(Ligurie, Toscane, Emilie, Ombrie, Lazio et Abruzzes) ; du Midi de l’Italie
(Campanie, Pouilles, Basilicate et Calabre) et des Iles ; la production est
exprimée en Kwh. ainsi qu’en chevaux (moyens théoriques) par année.
La seconde partie du tableau indique la puissance qu’il faudrait installer
pour que l’éventualité ci-dessus puisse se réaliser.
Il résulterait des chiffres fournis que la puissance dont le ministère des
Travaux publics a autorisé jusqu’ici l’utilisation équivaut à un peu moins
des 4/10 de l’énergie pouvant être produite en utilisant le débit semi-per¬
manent de l’ensemble de tous les cours d’eau italiens. La puissance des
usines existantes atteindrait environ le 1/4 de ce chiffre et se rapprocherait
du 1/3 de ce dernier si l’on ajoute les usines en construction.
Le tableau montre en outre qu’une fois réalisée, l’utilisation de tous les
débits semi-permanents, les bassins italiens seront à même de fournir une
quantité supplémentaire d’énergie qui ne sera pas négligeable, grâce à
l’utilisation des crues ; il s’agit là toutefois d’une production irrégulière
pour laquelle il faudrait disposer de puissances très élevées et énor¬
mément coûteuses.
Les chiffres de la troisième partie du tableau montrent en outre que la
puissance construite ou en construction dans le Nord au 31 décembre 1922,
correspondrait environ au 1/3 des disponibilités (calculées sur le débit
semi-permanent) ; dans le Centre on en serait déjà à 4/10 ; dans le "Midi,
par contre, où les installations hydro-électriques sont encore peu avn-
cées, 15 % seulement des disponibilités seraient utilisées à l’heure a (Iule

TABLEAU II
1° Energie hydraulique disponible annuellement avec ces installations
proportionnées au débit existant pour
9 MOIS 6 MOIS 3 MOIS
millions millions millions
milliards de CY milliards de CV milliards de CV
de Kwh.
moy.thé. de Kwh. moy.thé. de Kwh. moy.thé.

Nord ........ 22,9 3,54 29,0 4,50 34,3 5,30 '


Centre ...... 5,9 0,91 8,0 1,24 11,0 1,70
Midi et Iles.. 6,3 0,98 8,4 1,30 12,5 1,93
Totaux . . . 35,1 5,43 45,4 7,04 57,8 8,93

\ 14
— 1066 —

2° Puissance qu’il faudrait installer pour utiliser le débit existant pour


9 MOIS 6 MOIS 3 MOIS
millions millions millions
milliards de CV milliards de CV milliards de CV
de Kwh. de Kwh. de Kwh.
moy.thé. moy.thé. moy. thé.

Nord ....... 2,99 4,06 4,26 5,80 6,00 8,16


Centre ...... 0,78 1,06 1,23 1,67 2,21 3,05
Midi et Iles.. 0,84 1,14 1,27 1,73 2,80 3,81
Totaux . . . 4,61 6,26 6,76 9,20 11,01 15,02 I

3° Utilisation de la puissance disponible au 31 décembre 1925


PuiSS. HYDRAUL. Puissance Pourcentage
DISPONIBLE EN DE PUISSANCE
EN MILLIONS DE CV MILLIONS DE CV UTILISÉE

pour pour utilisée en construction Totaux pour pour


9 mois 6 mois 31 déc.au1925 31 déc.au1925 9 mois 6 mois

Nord ....... 3,5 4,5 1.350 6.379 1.729 50 % 38 %


Centre . ..... 0,91 1,24 0,44 0,165 0,610 66 % 49 %
Midi et Iles.. 0,98 1,30 0,100 0,086 0,186 19 % 15 %