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COLLECTI ON DES UNI VERSI TÉS DE FRANCE

publiée sous le patronage de Γ ASSOCIAI ION ( HH. I Al Ml · Hl / )/

ANTIGONE
DE CARYSTE
FRAGMENTS

TEXTE ÉTABLI ET TRADUIT


PAR

T i z ia n o DORANDI
C hercheur au CNRS

PARIS
LES BELLES LETTRES
1999
Conformément aux statuts de l'Association Guillaume
Budé, ce volume a été soumis à l ’approbation de la
commission technique, qui a chargé M. Richard Goulet et
Mme Agnès Rouveret d ’en faire la révision et d'en sur­
veiller la correction en collaboration avec M. Tiziano
D orandi.

Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation


réservés pour tous les pays.

© 1999. Société d ’édition Les Belles Lettres,


95 bd Raspail 75006 Paris

ISBN: 2-251-00475-0
ISSN: 0184-7155
AVANT-PROPOS

à Anna

« Collections of fragments of ancient philosophers ...


however useful or necessary, are like petrified museums,
or like collections of paintings or snuff-boxes assembled
by individuals which have been left as they were ... the
selection itself depending on the judgement and preju­
dice of the person in charge of the exhibition » (J. Mans­
feld, Heresiography in context. Hippolytus’ Elenchos as
a source for greek philosophy, Leiden 1992, p. xiv).
Antigone de Caryste est un des auteurs pour qui il fau­
drait souscrire sans hésitation au message que ces mots
nous font parvenir. Pourtant, voilà une monographie sur
Antigone, accompagnée d ’un recueil des fragments tra­
duits et commentés !
Aléa iacta est. Il ne me reste donc qu ’à essayer de ju s­
tifier cet ouvrage en soulignant ses caractéristiques et
ses nouveautés par rapport à ΓAntigonos von Karystos
de Wilamowitz, son modèle immédiat. Je laisse sciem­
ment de côté la dissertation de Köpke (1862), déjà
vieillie à l'époque de / ’Antigonos, même si c ’est d ’elle et
non du livre de Wilamowitz que mon édition, sous plu­
sieurs aspects, semble la plus proche. Je suis fermement
convaincu d ’une chose: Antigone ne remplacera pas
Antigonos.
Le but de Wilamowitz n ’était pas de publier un recueil
des fragments d ’Antigone. Il voulait brosser un portrait
Vil! AVANT-PROPOS

J'Antigone et de son milieu social e t intellectuel. Son


intérêt portait surtout sur les Biographies, q u ’il avait,
dans une large mesure, reconstruites à p a rtir des témoi­
gnages parallèles de Philodème et D iogène Laërce, mais
aussi d ’Aristoclès et d ’Athénée. L e choix et le découpage
des fragments effectués p a r W ilam owitz son t toujours en
cohérence avec ses présupposés e t ses exigences, mais
trop généreux dans l ’attribution du matériel. Ma
méthode se distingue souvent de celle de W ilamowitz, et
les résultats aussi. Mon choix, fondé sur des critères plus
restrictifs est, de ce fait, plus réduit.
La deuxième partie de / ’Antigonos, la plus riche et la
plus captivante, contient, et cela est significatif, quatre
annexes : les écoles philosophiques et la politique (avec
un supplément chronologique), le statut juridique des
écoles philosophiques, le prédicateur cynique Télés, et les
conséquences qu’on peut tirer de la reconstruction des
Biographies d ’Antigone pour la recherche des sources de
Diogène Laërce. C ’est là q u ’on trouve l ’esprit essentiel
du livre.
Dans mon introduction je reprends, avec des mises à
jour, plusieurs corrections et modifications, les trois
chapitres de « Prolegomeni p er una edizione dei fram -
menti di Antigono di Caristo », que j'a i écrits et publiés
entre 1991 et 1995 : le prem ier chapitre est paru dans
RhM 138, 1995, p. 347-368 ; le deuxième dans MH 51,
1994, p. 5-29 ; le troisième dans ZPE 106, 1995, p. 61-
90.
J ’y étudie, d ’un point de vue historique, la personna­
lité d ’Antigone et la liste de ses écrits. Je consacre une
attention particulière au problème de l ’identification
d ’Antigone, l ’auteur de biographies, avec l ’historien de
l ’art et le sculpteur du même nom. Mais c ’est surtout
l ’Antigone historien de la philosophie qui suscite mon
intérêt. L ’édition des fragments qui suit présente les
textes publiés dans leur langue originale, traduits en
français et accompagnés de notes complémentaires.
AVANT-PROPOS IX

Ce livre a été écrit dans deux endroits privilégiés : j'ai


rédigé une première version des « Prolegomeni » qui
ont donné naissance à Γintroduction pendant mon séjour
en tant que boursier de la Fondation Alexander von
Humboldt à l'Institut für Altertumskunde de l ’Université
de Cologne en I99J/2, et le reste depuis mon recrutement
par FUPR 76 du CNRS.
L ’idée d'une édition des fragments d ’Antigone m ’a été
suggérée par M. le Professeur R. Kassel, qui a suivi mes
travaux avec bienveillance, a relu l ’ensemble du manus­
crit et m ’a suggéré plusieurs corrections et améliora­
tions. Je Ven remercie vivement ici.
Non seulement mon collègue Alain Segonds a fait
accepter le livre dans la Collection des Universités de
France, mais il m ’a également aidé pour la traduction
française ; j ’ai eu en cette occasion avec lui des discus­
sions intéressantes sur plusieurs points.
Mes deux réviseurs officiels, Mme A. Rouveret et M. R.
Goulet, ont relu le manuscrit avec un soin qui va bien au-
delà de leur tâche. Un troisième réviseur, non officiel
cette fois-ci, Mlle C. Luna, a sacrifié beaucoup de son
temps pour m ’aider, ainsi que pour la correction des
épreuves. La rédaction finale du manuscrit a été réalisée
dans le calme champêtre du pays dunois ; c ’est là que le
pauvre français de mon livre a été sérieusement amélioré
p ar les bons soins de M. P. Vachoux.
Q u’ils en soient tous sincèrement remerciés.
Antigone est dédicacé à Anna Angeli ; l ’amitié qui
nous lie est basée sur une estime toujours aussi forte
depuis la vingtaine d ’années qu’elle dure.

Paris/Saint-Maur-sur-le-Loir
le 8.9.98
INTRODUCTION

QUI EST ANTIGONE DE CARYSTE ?*

D e Köpke à W ilamowit:
La première tentative de reconstruction de la personna­
lité et de l ’œuvre d ’Antigone de Caryste (né dans l ’île
d ’Eubée, où il vécut au 11T s. av. J.-C.)1, est due à Rein-
hold Köpke (1862)2. La dissertation de Köpke révélait un
Antigone érudit, représentant typique de la polymathia de
son époque, auteur de Biographies de philosophes, d’un
Π ερ ί λ έξεω ς, d’un Π ερ ί ζώων, d’un poème intitulé
’Α ντίπατρ ος, d ’épigrammes et, peut-être, d’un ouvrage
en prose intitulé ’Α λ λ ο ιώ σ εις et d ’une Μ ακεδονική
π ερ ιή γ η σ ις. Köpke aboutissait aussi à deux autres résul­
tats significatifs : le refus d’identifier notre Antigone
avec l ’historien de l ’art et sculpteur homonyme men­
tionné par Pline l ’Ancien, et la démonstration que l ’on ne
pouvait attribuer à Antigone de Caryste la paternité du
livre intitulé 'Ιστοριώ ν παραδόξων συναγωγή, qu’on
lui imputait depuis 1'editio princeps de Xylander (1568).

* Pour les abbréviations et réferences, voir infra, p. cxxv-cxxxi.


1. Pour un coup d ’œil d ’ensemble, cf. T. Dorandi, « Antigone de
Caryste », DPhA 1, 1989, p. 209-211. Quelques-uns des résultats de
cet article doivent être revus à la lumière des recherches que j ’ai
menées depuis lors.
2. Sur cet ouvrage, voir le jugement équitable de Susemihl, I,
p. 468 n. 18.
INTRODUCTION

L'étude de Köpke a vite été rejetée dans l ’ombre par


YAntigonos von Karystos du jeune W ilamowitz (1881)'.
Ses thèses sont bien connues : il cherchait à démontrer
que l'Antigone historien de l ’art et sculpteur (p. 7-15),
l'Antigone paradoxographe (p. 16-26) et l ’Antigone bio­
graphe (p. 27-129) étaient une seule et m ême personne, à
savoir Antigone de Caryste (p. 130-168). Dans une
annexe (p. 169-177), Wilamowitz présentait les raisons
qui l’avaient amené à considérer com me de simples
homonymes, plus récents que notre Antigone de Caryste,
le poète du même nom, peut-être l ’auteur du Π ερ ί
λέξεω ς, et certainement celui de la Μ α κ εδονικ ή π ε ρ ι­
ή γη σ ή 12·
Les conclusions de Wilamowitz furent entérinées par
Ed. Schwartz et C. Robert, lesquels distinguèrent trois
Antigone : un historien, un poète, et le plus célèbre, celui
de Caryste, sculpteur et historien de l ’art, paradoxo-
graphe et biographe3. Des doutes sur son identité avec le
sculpteur et historien de l ’art réapparurent chez Susemihl,
pour qui trois Antigone avaient existé : le biographe et
paradoxographe, le sculpteur et historien de l ’art (tous
deux contemporains), et enfin un poète plus récent4.

1. Cf. p. 6, un renvoi sommaire à la dissertation de Köpke.


2. Pour une reconstruction « historique » de la genèse de VAntigo-
nos de Wilamowitz, cf. A. Desbordes, Introduction à Diogène Laërce,
Utrecht 1990, 1, p. 180-193, et II, p. 143-153. La partie de la corres­
pondance Wilamowitz - Ed. Zeller, publiée par W. M. Calder III,
« Wilamowitz to Zeller : two letters », GRBS 19, 1978, p. 177-184,
est aussi utile.
3. Cf. Ed. Schwartz, « Antigonos 18 », RE I 2, 1894, col. 2421, et
C. Robert, « Antigonos 19-20 », ibid., col. 2421-2422,
4. Susemihl, I, p. 468-475, 519-523 et 408. Cf. Christ-Schmid,
p. 236-237 , 321-322. La distinction entre Antigone de Caryste bio­
graphe et paradoxographe, et le sculpteur et historien de l'art se
retrouve dans la littérature postérieure. Citons certains exemples signi­
ficatifs : dans le Kleine Pauly il y a un article consacré à l’Antigone de
Caryste sculpteur [A. Rumpf, « Antigonos 6 », KP I, 1964, col. 382]
et un autre au biographe IE. Fisher, « Antigonos 7 », KP V, 1975,
col. 1574] ; dans le Lexikon der alien Welt, Zürich u. Stuttgart 1965,
QUI EST ANTIGONE DE CARYSTE 7

D ’autre part, des critiques sérieuses ont été adressées à


Wilamowitz par Rohde1, Credaro2 et surtout par Nebert'.
L ’hypothèse de Nebert, arbitraire sous certains aspects,
est significative car elle essaie de soumettre à discussion
une partie au moins des résultats de Wilamowitz : Nebert
soutenait, bien que pour des raisons différentes de celles
de Köpke, que le biographe et le paradoxographe étaient
deux personnages distincts. Leur identification avait été
fondée, à tort, sur un passage d’Étienne de Byzance, qui
aurait confondu deux contemporains homonymes4.
Nebert trouvait l’origine de l’erreur dans les mots ini­
tiaux (τής δέ Κ αρυστίας) du chap. 18 de Γ ‘Ιστοριών
παραδόξω ν συναγω γή d ’Antigone, d’où Étienne (ou sa
source) aurait indûment déduit que l ’ethnique « Carys-
tien » valait aussi pour le paradoxographe. Puisque les
autres sources anciennes désignent le paradoxographe

on fait la distinction entre un Antigone (4) sculpteur [E. Berger, 177]


et un Antigone biographe [O. Gigon, 177-178] ; dans le Neue Pauly,
entre un Antigone épigrammatiste du 1er s. av. J.-C. [E. Degani,
« Antigonos [9, Aus Karystos] », NP I, 1996, col. 756], un Antigone
sculpteur sur bronze [R. Neudecker, « Antigonos [6] », ibid., col. 755]
et un Antigone biographe [H. A. Gärtner, « Antigonos [7, Aus Karys­
tos] », ibid., col. 755-756]. L ’identité des deux derniers personnages
est acceptée dans la EAA I, 1958, p. 416 (S. Ferri) et dans YOxford
Classical Dictionary, Oxford & New York 19963, p. 106 (F. W. Wal-
bank-A. F. Stewart).
1. Rohde, p. 56-59 (= p. 356-361). En revanche, le compte rendu
de H. Diels, DLZ 3, 1882, col. 604-605 était favorable. Theodor
Mommsen et H. Usener ont aussi exprimé une appréciation positive
sur l’ouvrage, qui leur était dédié : voir, respectivement, Mommsen
und Wilamowitz. Briefwechsel 1872-1903 hrsg. v. Fr. u. D. Hiller von
Gaertringen, Berlin 1935, lettre 107 (30.11.1881) et Usener und Wila­
mowitz. Ein Briefwechsel 1870-1905 hrsg. v. Fr. Hiller von Gaertringen
u. H. Dieterich, Leipzig/Berlin 1934 (Mit einem Nachwort und Indices
v. W. M. Calder III. Zweite Auflage, Stuttgart u. Leipzig 1994), lettres
12 (24.7.1881) et 14 (25.11.1881).
2. L. Credaro, Lo scetticismo degli Accademici, Milano 1889
(réimpr. Milano 1985), I, p. 81-83 et 164-168.
3. Nebert I et II.
4. Steph. Byz., u. Γυάρος, p. 213 s. Meineke * fr. 51A.
INTRODUCTION

simplement comme Antigone, sa patrie nous restera tou­


jours inconnue. Le paradoxographe, contemporain du
citharède Timon1, disciple d ’A ristoclès, était né vers 290
et avait compilé son recueil vers 255/50. Du fait qu’il
connaissait la Sicile, l ’Italie, l ’Épire, T lllyrie et les îles
Ioniennes, N eben proposait d ’identifier avec le para­
doxographe l ’Antigone auteur d ’une H istoire d ’Italie et
de la Périégèse de la M acédoine, et, par conséquent,
l’Antigone historien de l ’art. Les conclusions auxquelles
ce savant était parvenu peuvent se résumer ainsi2 : un
même Antigone, né vers 290 av. J.-C., avait écrit, dans sa
jeunesse, une Périégèse de la M acédoine, puis, vers 260,
l’Histoire d ’Italie, vers 250 Γ 'Ισ τορ ιώ ν π α ρ α δ όξω ν
συναγωγή et, enfin, un ouvrage sur la peinture et la
sculpture, avant de se retirer à Pergame, où il travailla
comme sculpteur à la cour d’Attale 1er (241-197 av. J.-C.).
La position de Nebert n ’a pas été adoptée3.

Antigone de Caryste n ’est p a s l ’auteur de Γ ’Ιστοριώ ν


παραδόξων συναγωγή
Les résultats obtenus par Musso relativement à Γ'Ιστο-
ριών παραδόξω ν συναγω γή représentent un tournant
décisif dans les études sur Antigone, bien qu’ils n ’aient
pas encore été complètement reconnus4.
Reprenant une suggestion de Köpke5, Musso a dé­
montré de manière convaincante que Γ 'Ισ τοριώ ν παρα­
δόξων συναγωγή est simplement un recueil d ’excerpta
tirés d’ouvrages divers, rassemblés à l ’époque byzantine.

1. Cf. Mirab. 169, 2.


2. Il, p. 780.
3. Brève allusion dans Hansen, p. 400 n. 65.
4. Musso, Struttura, p. 1-10 ; Id., Michele Psella. Nozioni para-
dossali, Napoli 1977, p. 15-17, et l'édition de [Antigonus Carystius].
Rerum mirabilium collectio. Cf. aussi O. Musso, « II periplo di
Annone ovvero estratti bizantini da Senofonte di Lampsaco » dans
Scriiti F. G iunia, Soveria Mannelli (Catanzaro) 1989, p. 955-963.
5. Köoke. o. 14-16.
Q U I EST A N T IG O N E DE CA RYSTI: ’ X\

probablem ent so u s le règne de Constantin VH Porphyro­


génète (9 0 5 -9 5 9 ). Il s ’agit d ’une έ κ λ ο γ ή π ε ρ ί π α ρ α ­
δ ό ξ ω ν structurée en quatre parties : 1. m irabilia de an i­
m alibu s, tirés d ’auteurs variés, parmi lesquels Antigone
de C aryste, auteur d ’un Π ε ρ ί ζ φ ω ν ; 2. m irabilia de ani­
m alibus tirés de 1’H isto ria anim alium d ’Aristote ;
3. m ira b ilia d e u a riis re b u s tirés de divers auteurs ; 4.
m ira b ilia d e a q u is e t d e a liis rebus extraits du livre de
Callim aque de C yrène Θ α υ μ ά τ ω ν ε ίς α π α σ α ν τ ή ν γ η ν
κ α τά τ ό π ο υ ς δ ν τ ω ν σ υ ν α γ ω γ ή 1.
La preuve fo rm elle d e l ’inauthenticité d e Γ 'Ισ τορ ιώ ν
π α ρ α δ ό ξ ω ν σ υ ν α γ ω γ ή avait déjà été découverte par
K ôpke : il avait en effet remarqué q u ’H ésychius, à
l ’article ΐ λ η ο ι , écrit2 : θ η ρ ία δ ιά φ ρ ύ γ α νω ν , ή σκώ λη-
κ ε ς έ ν τ α ΐς δ ρ υ σ ίν , ο ίς χ ρ ώ ν τ α ι ε ίς δ έ λ ε α ρ . ’Α ν τ ίγ ο ­
ν ο ς δ έ ό Κ α ρ ύ σ τ ιο ς έ ν τω π ε ρ ί ζ φ ω ν τ ο ν κ α λούμ ε-
ν ο ν μ ΰ ν έ λ ε ι ό ν , ce q u ’on ne trouve pas dans les
M ira bilia . Il en avait donc con clu , à juste titre, qu’Anti-
gon e n ’avait vraisem blablem ent pas écrit un ouvrage
paradoxographique, m ais plutôt un Π ε ρ ί ζφ ω ν, qui est la
source tant d ’É tienne d e B yzan ce3 que du compilateur de
la Σ υ ν α γ ω γ ή 4.
M usso a con firm é cette conjecture en se fondant sur
des argum ents tirés aussi bien de la cod icologie que du
contenu d es textes. D ’abord, le P a la tin u s gr. 398, le seul
à nous transmettre le recu eil, est un manuscrit composite5
copié dans la prem ière m oitié du Xe siècle par un compi­
lateur érudit et intelligen t, qui faisait partie du cercle de
savants que Constantin VII Porphyrogénète employait à
l ’élaboration de son vaste projet de σ υ λ λ ο γ α ί6. Les

1. Fr. 407 Pfeiffer.


2. H esych. ι 561 (II, p. 360 Latte) = fr. 50A.
3. Steph. B yz., s. u. Γ υ ά ρ ο ς = fr. 51A.
4. P our le Π ε ρ ί ζ φ ω ν cf. infra, p. xxm -xxiv.
5. P our une description de son contenu, cf. Musso, Siruttura, p. 4-5.
6. Cf. P. O dorico, « La cultura della σ υ λ λ ο γή », ByzZ 83, 1990,
p. 1-21.
xvr INTRODUCTION

Mirabilia pseudoantigonéens présentent, en outre,


d ’étroits rapports structurels et linguistiques avec les
Excerpta de animatibus, autre recueil certainement réa­
lisé sous l'égide du même empereur. Ces considérations
sont confirmées par la démonstration que, dans l'Anti­
quité, il n'existait pas de genre littéraire paradoxogra-
phique indépendant, comme on l ’avait pourtant déduit
d'un passage mal interprété de T zetzès1. Les ouvrages
publiés jusqu’à présent et étudiés com me faisant partie de
ce genre sont plutôt des recueils tardo-byzantins, aux­
quels ont été donnés de faux noms d ’auteurs2.
L’acceptation de ces résultats contraint à rouvrir le
débat sur la personnalité d’Antigone. Ce n ’est pas seule­
ment, en effet, un chapitre du livre de Wilamowitz qui
disparaît, mais c ’est aussi toute la construction de Neben
qui s’écroule, puisqu’elle était fondée sur l ’existence de
cet ouvrage paradoxographique, que l ’on datait du milieu
du nic s. av. J.-C.
Si l ’on exclut, et je crois que cela est démontré, l ’exis­
tence d’un Antigone de Caryste paradoxographe, nous
nous trouvons en face d ’au moins deux personnages

1. I. Tzetzes, Hist. II, 149-152 Leone.


2. Musso, Michele Psello, Noiioni paradossali (op. cit., p. xiv
n. 4), p. 15-17. L ’hypothèse de Wilamowitz a toujours cours en dépit
des contributions de Musso : cf. C. Jacob, « De l’art de compiler à la
fabrication du merveilleux. Sur la paradoxographie grecque », LAU ES
2, 1983, p. 121-140 ; M. M. Sassi, Mirabilia, dans G. Cambiano-
L. Canfora-D. Lanza (éd,), Lo spazio letterario della Grecia antica,
1.2, Roma 1993, p. 459-465, et H. A. Gärtner, « Antigonos [7, aus
Karystos] » {art. cit., p. xu n. 4). G. Schepens (G. Schepens-K. Del-
croix, « Ancient paradoxography : origin, evolution, production and
reception », dans O. Pecere et A. Stramaglia [éd.], La letteratura di
consumo nel mondo greco-laiino, Cassino 1996, p. 375-460 : 377 n. 1
et 401 n. 89) a récemment critiqué la thèse de Musso, mais il n ’a pas
apporté des nouvelles preuves à faveur de la paternité des Mirabilia :
<·■we still believe that Wilamowitz’s ... arguments, which rest on two
unambiguous testimonies, carry sufficient weight for assigning the
Ισ το ρ ιώ ν παραδόξων συναγωγή to the sculptor, art critic and bio­
grapher Antigonos of Karystos » (p. 401 n. 89).
QUI EST ANTIGONE DE CARYSTE ' XVII

homonymes originaires de Caryste, l’un auteur de biogra­


phies de philosophes, sculpteur et historien de l’art du' s.
av. J.-C.) et l ’autre poète 0" s. av. J.-C.).
Afin de tracer un portrait du plus ancien des Antigone,
il serait utile de reprendre, à la lumière des progrès
accomplis, la question de son homonyme poète, celle de
l’auteur des écrits Π ε ρ ί λ έξεω ς et Π ερί ζφων, et sur­
tout celle relative à l ’identification du biographe avec le
sculpteur et l ’historien de l’art1.

Antigone de Caryste poète


On déduit l ’existence d’un Antigone poète, originaire
lui aussi de Caryste, d ’un passage d’Athénée2 qui nous
transmet deux vers tirés d’une poésie en hexamètres de
cet auteur, intitulée ’Α ντίπ α τρ ος3 :

ή χί μοι ώ ραίω ν π ο λύ φ ίλ τερ ον ε'ίαρι μήλον


πορφυρέω ν, Έ φ ύ ρ η τά τ’ άέξεται ήνεμοέσστι
« Là où pour moi une pomme au printemps est plus
agréable que les (pommes) rouges et mûres qui
poussent dans la venteuse Ephyre ».

Cette citation fait partie d’un contexte où l’on discute


des diverses sortes de pommes de Sidonte, un faubourg de
Corinthe. Pour démontrer la qualité de ces pommes, Athé­
née reproduit un témoignage tiré du Γέρανος d’Eupho-
rion de Chalcis ou d ’Archytas4 et un autre, provenant des
Έ τεροιούμενα de Nicandre de Colophon5. Les vers

1. Cf. Wilamowitz, p. 169-177 et déjà Köpke, dont la recherche ne


peut être négligée.
2. Athen. Ill, 82 ab = SH 47. Les vers sont peut-être corrompus ;
j’accepte le texte établi par Lloyd-Jones et Parsons (SH) et j ’essaie de
le traduire.
3. Cf. Wilamowitz, p. 169-174 ; Robert, « Antigonos 20 » (art.
tit., p. XII n. 3), col. 2422 ; Susemihl, I, p. 408 et Christ-Schmid,
p. 321-322. Les fragments ont été rassemblés dans le SH 47-50.
4. Euphorion fr. 11 Powell.
5 F r SO S r h r w M r W
INTRODUCTION

d'Antigone sont cités à propos de la position géogra­


phique de Sidonte (ότι δ ’ ή Σιδούς τής Κ όρινθου έστί
κώμη. « Sidonte est un faubourg de Corinthe »), après un
renvoi au premier livre de la Η ρ ά κ λ ε ια de Rhianos1 et
au cinquième du Catalogue des navires d’ApoIlodore2.
Du même Antigone, on a aussi une épigramme appar­
tenant à la Couronne de Philippe de Thessalonique, que
l’on retrouve également dans l ’Anthologie Palatine et
dans l ’Anthologie Planudéenne3 :

άργυρέη κ ρ η νίς με τ ό ν ούκέτι μακρά βοώντα


β άτρ αχον ο ίν η ρ ο ΐς ε σ χ ε ν υπό στέγεσιν·
κ είμαι δ’ έν Ν ύμφαις, κ είνα ις φ ίλος, ούδέ Λυαίω
έχθ ρ ό ς, ύπ ’ άμφοτέρω ν λ ο υ ό μ ενο ς σταγόσιν.
όψέ π ο τ ’ είς Δ ιό ν υ σ ο ν έκώμασα. φευ τίνες ϋδωρ
π ίν ο υ σ ιν μ α νίη ν σώ φ ρονα μ α ινόμ ενοι4
« Une source d’argent me couvre, moi, grenouille
qui ai cessé de chanter d’une voix fausse, sous un
toit de vin. Et je vis parmi les Nymphes, dont je suis
l ’amie sans être l ’ennemie de Lyaios, baignée par les
gouttes des unes et de l ’autre. Trop tard j ’ai célébré
le côm os de Dionysos. Ah ! que je plains les
buveurs d’eau et leur raisonnable folie ».
Le personnage qui parle est une grenouille, dont l’image
est représentée sur un médaillon5 au fond d’un cratère

1. Fr. 2 Powell = FGrHisl 265 F 47.


2. FGrHist 244 F 159.
3. A.P. IX, 406 = 67-72 Gow-Page. Voir encore le Proemium à la
Couronne de Philippe (A.P. IV, 2, 12 = 2639 Gow-Page), où le poète
Antigone est comparé à un olivier : ’Α ντίγονος δ’ έλάη.
4. Je reproduis le texte de l’édition Gow-Page. Mais au v. 2, avec
Wilamowitz, p. 169, j ’accepte la conjecture de K. Dilthey (ap. G. Fins-
ler. Kritische Untersuchungen zur Geschichte der Griechischen Antho­
logie, Zürich 1876, p. 146-147 n. 1) σ τέγεσ ιν au lieu de σταγόσιν,
leçon du ms. Finsler propose aussi de corriger κείμαι de la I. 3 en
κείμην. La traduction est celle de Waltz-Soury retouchée.
5. C’est ainsi que l’entend F. Manakidu, Beschreibung von Kunst­
werken in der hellenistischen Dichtung, Stuttgart 1993, p. 65 n. 67.
QUI EST ANTIGONE DE CARYSTE XIX

d’argent, dans lequel on mêle de l ’eau et du vin. La signi­


fication de l’épigramme est évidente : la grenouille est un
symbole du poète qui, tant qu’il buvait de l’eau, chantait
d’une voix fausse (μακρύ βοώντα), mais qui, maintenant
qu’il est passé au vin, a trouvé la véritable inspiration.
L’intention polémique anti-callimachéenne est évidente :
malheur à ceux qui ne boivent que de l’eau, car leur sobre
folie ne pourra jamais être source d’inspiration (φευ τίνες
ύδωρ I πίνουσιν μανίην σώφρονα μαινόμενοι)1.
La paternité de l ’épigramme est controversée à cause
des incertitudes de la tradition manuscrite2. Dans P on
lisait à l ’origine ’Αντιπάτρου Σιδο(νίου) corrigé par
grattage (C) en ’Α ντιγόνου Καρυστίου. PI attribuait
l’épigramme à un ’Ε πίγονος Θ εσσαλονικεύς3. La
leçon de PI est manifestement erronée. Les philologues
ont donc débattu de la question de savoir si l’épigramme
devait être attribuée à un Antigone de Caryste ou à Anti­
pater de Sidon. Aujourd’hui, on penche plutôt pour un
des Antigone4, avec cependant quelques doutes sur l’eth­
nique5. L’hypothèse de Rubensohn6, qui voulait attribuer

1. Dans les deux derniers vers, allusion à Platon, Phaedr. 245 A.


Pour l’interprétation de l’épigramme, après H. Stadtmüller, Lipsiae
1906, III 1, p. 387-388, cf. les commentaires de Gow-Page, il, p. 16-
17, et Waltz-Soury, Anthologie Grecque. Anthologie Palatine t. VIII,
Paris 1974, p. 199-200.
2. J’utilise les sigles adoptés par Gow-Page : P = Heidelberg, Uni­
versitätsbibliothek, Palat, gr. 23 + Paris, Bibliothèque nationale de
France, gr. suppl. 384 ; C = codicis P corrector, partim lemmatista ;
PI = Anthologia Planudea : Venise, Biblioteca Nazionale di San
Marco, gr. 4 8 1.
3. Détails supplémentaires dans les apparats ad loc. de Stadtmüller
(op. d t., supra, n. 1), ΠΙ 1, p. 387 et de Gow-Page, I, p. 12.
4. C’est le cas, parmi les éditeurs de l'Anthologie Palatine, de
Jacobs, Stadtmüller, Paton, Beckby, et, parmi les spécialistes d’Anti­
gone de Caryste, de Köpke, Wilamowitz, Susemihl, Robert, Christ-
Schmidt.
5. Cf. Gow-Page, II, p. 16-17, et SH 48.
6. M. Rubensohn, « Gegen die Wassertrinker », Hermes 26, 1891,
p, 153-156. Corriger en ce sens la référence dans Gow-Page, II, p. 17
n. 2, et chez Waltz-Soury (op. cit.. supra, n. 1), p. 200.
IN TRO DU CTIO N

l'épigramme ii Antipater1, n'est accep tée, sem ble-t-il, que


par Waltz et Soury23.
La paternité des deux vers du poèm e intitulé Antipater,
et leur appartenance à un genre littéraire déterm iné, ont
aussi fait l'objet d ’un lon g débat. K öpke en a reconstruit
les phases les plus anciennes1. Sch w eigh äu ser, reprenant
une suggestion déjà faite par M eursius et V ossiu s, croyait
que les deux vers étaient tirés d es B io g ra p h ies d ’Anti­
gone de Caryste, qui les aurait lu i-m êm e trouvés chez un
poète ancien non identifiable4. Cette hypothèse bizarre a
été réfutée par Jacobs5, qui pensait aux restes d ’un pané­
gyrique épique en l ’honneur d ’un Antipater inconnu6.
Pour M eineke, l ’Antipater du titre n ’aurait rien à voir
avec le contenu, m ais serait le nom du destinataire
inconnu7. Köpke a montré que la thèse de M eineke était
infondée et considérait com m e vaine toute recherche
pour identifier l ’Antipater m entionné dans le titre8. Wila-
m owitz, enfin, a suggéré que les deux vers dérivaient
d’un ε ίδ ύ λ λ ιο ν : s ’agissant peut-être d ’un « genre en
soi », la signification du titre ne pouvait être comprise
que par rapport au contenu de Γ ε Ιδ ύ λ λ ιο ν . En tout cas, il
est sûr qu’Athénée tirait ces vers de Pam philos9.

1. A partir d ’une comparaison entre A.P. XI, 20. 23-24 et IX, 305.
2. Op. cil. (p. XIX η. 1), p, 27 ad ioc. M a i s dans leur note complé­
mentaire (p. 200) ils en jugent autrement.
3. Köpke. p. 20-22.
4. I. Schweighäuser. Animaduersiones in Athenaei Deipnosophis-
tas, IX, Argentorati 1807. p. 32-33.
5. F. Jacobs. Animaduersiones in epigram m ata Anthologiae Grae­
cae, II! 3, Lipsiae 1814. p. 844-845.
6. Cr. aussi I. A. Fabricius-G. C. Hartes, Bibliotheca G raeca, IV,
Hamburg! 1795J, p. 305 ; M. Fuhr. D icaearchi M essenii quae super­
sunt, Darmstadii 1841, p. 52 η. 6 ; H. D ünt/er, Die Fragmente der epi­
schen Poesie der Griechen von Alexander dem Grossen bis zum Ende
des fünften Jahrhunderts nach Christus, Köln 1842, p. 34-35.
7. A. Meineke, Analecta Alexandrina, Berolini 1843, p. 16.
8. Köpke, p. 20-22.
9. Wilamowitz, p. 170-171. Pour le fait que ce soit tiré de Pamphi-
las, cf. p. 170 n. 2 et SH, ad ioc. Pamphilos.
QUI EST ANTIGONE DE CARI STE \\l

Les sources anciennes attribuent, en outre, à un Ami-


gone probablement originaire de Caryste, une œuvre inti­
tulée ’Α λ λοιώ σ εις (Transformations). en vers à ce qu'il
semble.
Dans le lemme d ’introduction de la fable 23 (Battos)'
d’Antoninus Liberalis, on lit12 :
Βάττος- Ιστορεί Ν ίκανδρος Έ τεροιουμένων a'
(fr. 40 Schneider) καί Η σ ίο δ ο ς έν μεγάλαις
Ή οίαις (fr. 256 Merkelbach-West) καί Διδύ-
μαρχος Μ εταμορφώ σεων γ' (SH 378Α) καί
’Α ντίγο νο ς έν ταΐς Ά λ λ ο ιώ σ εσ ι καί ’Απολλώ­
νιος ό 'Ρόδιος έν έπιγράμμασι (omisit Powell),
ώς φησι Π άμφ ιλος έν α ’
« Battos. Histoire racontée par Nicandre au livre I
des Modifications, par Hésiode dans les Grandes
Éhées, par Didymarque au livre ΙΠ des Métamor­
phoses, par Antigone dans ses Transformations et
par Apollonios de Rhodes dans ses Épigrammes,
ainsi que le rapporte Pamphilos au livre I ».
Wilamowitz voit une allusion à la même œuvre dans
un passage du Commentarium Bernense à Lucain3 :

1. Cf. R. Holland, « Battos », RhM 75, 1926, p. 156-183.


2. Ant. Lib., Metam. 23, p. 40 Papathomopoulos = SH 50 (la tra­
duction est celle de Papathomopoulos retouchée). L’hypothèse de
M. Schmidt, Didymi Chalcemeri grammatici Alexandrini fragmenta
quae supersunt omnia, Lipsiae 1854, p. 364, selon laquelle, au lieu de
Didymarchos (Διδύμαρχος), il faudrait lire Didyme rAristarchéen
(Δίδυμος Ά ρ ισ τά ρχειο ς) a déjà été réfutée par O. Schneider, Nican-
drea, Lipsiae 1856, p. 50 n. 1, et ensuite par Wilamowitz, p. 172 n. 5.
Cf. G. Knaack, « Didymarchos », RE V 1, 1903, col. 442. Sur la ques­
tion de l’authenticité des lemmes des Métamorphoses d’Antoninus
Liberalis et sur l’identité même de l’auteur, voir les conclusions inno­
vatrices de Musso, Struttura, p. 9-10.
3. Comment. Bern, ad Luc. I, 529, p. 35 Usener (= SH 49). Un ren­
seignement similaire, sans nom d’auteur, a été également transmis par
Servius, Ad Verg. Aen. X, 272.
INTRODUCTION

cometes sidus lugubre quae uelut com as luminis fun­


dens mortes facit. Hanc Antigonus Carystius [aris-
tius cod.] Electram putat excidium Troiae lugentem
« La comète (est) un astre de deuil qui, en répandant
comme une chevelure de lumière, donne la mort.
Antigone de Caryste croit qu’elle est Electre qui
pleure la destruction de Troie ».

Antoninus Liberalis, soutient le savant, donnerait le titre


de l’œuvre, tandis que par le Commentarium Bernense on
pourrait découvrir la patrie du poète1. Tenant compte du
rapport présumé entre les deux passages et du fait que la
source d’Antoninus est clairement indiquée comme étant
Pamphilos2, Wilamowitz3 fait un pas de plus et en déduit
que l’auteur des ’Α λλοιώ σ εις est le même que celui de
ΓΆ ντίπατρος, et donc que c ’est un Antigone de Caryste,
le jeune. Et puisqu’une de ses épigrammes avait été incluse
dans la Couronne de Philippe de Thessalonique, le poète
pouvait être situé entre 60 av. J.-C. et 40 ap. J.-C. Wila­
mowitz4 trouvait une confirmation de son hypothèse dans
l’identification de l’Antigone poète avec son homonyme
mentionné parmi les auteurs qui avaient écrit Π ερί του
πόλου, dans une liste de commentateurs d’Aratos, publiée
par Maass d’après un manuscrit du Vatican5.

1. Cf. G. Knaack, Analecta Alexandrino-Romana, Jenae 1880,


p. 69 (Sententia controuersa II : Antigonus, quem Antonini Liberalis
capiti 23 testem adscripsit interpolator, Carystius est).
2. L’identité de Pamphilos est incontestable. En revanche, il est
plus difficile de déterminer l’œuvre qui était citée : Wilamowitz pen­
sait au Π ερί βότανών (cf. Gal., De simpl. med. temp., XI, 792-793
Kühn). De façon plus vraisemblable, E. Oder, De Antonino Liberali,
Bonnae 1886, p. 44-45, suggérait le Λ ειμών (cf. M. Wellmann,
« Pamphilos », Hermes 51, 1916, p. 56-57. et C. Wendel, « Pamphi­
los », RE XVIII 3, 1949, col. 336-337).
3. Wilamowitz, p. 171. Les deux passages sont séparés, avec plus
de prudence, dans le SH (49 et 50).
4. Wilamowitz, p. 339 (complément à la p. 173). En désaccord :
E. Maass, Aratea, Berlin 1892, p. 150.
5. Vatican, Biblioteca Apostolica Vaticana, Vat. gr. 381, f. 163'.
QUI EST ANTIGONE DE CARYSTE NXIII

Köpke en revanche1, en dépit de l ’avis favorable de


Mellmahnn et Koch2, attribuait, avec quelque perplexité
assurément, les ’Α λ λ ο ιώ σ εις à l ’Antigone du 11T' siècle.
Les indices en notre possession permettent d'affirmer
l’existence d ’au moins un Antigone poète, originaire lui
aussi de Caryste, plus récent que l ’Antigone biographe, et
qui a vécu avant la compilation de la Couronne de Phi­
lippe. Toutefois il n ’est pas impossible que les fragments
qu’on lui attribue soient en réalité l ’œuvre de plusieurs
poètes homonymes.

Le Περί ζφ ω ν d ’Antigone de Caryste


Même l ’attribution d’un Π ερ ί ζφω ν à l ’Antigone de
Caryste prosateur est controversée. Köpke publiait
comme unique fragment (fr. XXX de son recueil) de cet
écrit une glose d’Hésychius3 où nous lisons qu’Antigone
de Caryste, dans son Π ερ ί ζφω ν, identifiait le μυς
έλειός avec les ΐλ η ο ι, animaux que d’autres considé­
raient comme des insectes ou des vers vivant dans le
bois. Köpke4 notait cependant l ’existence d’autres témoi­
gnages chez Jean Lydus, Étienne de Byzance, la Souda,
Jean et Isaac Tzetzès et dans des collections de scholies,
qui contiennent, avec ou sans le nom d’Antigone, des
renseignements relatifs à des animaux, qui se retrouvent

Cf. E. Maass, « Das vaticanische Verzeichniss der Aratcommentato-


ren », Hermes 16, 1881, p. 388, et, surtout, Id., Aratea {op. cil., p. xxii
n. 4), p. 123 et 150. Je n ’exclurais pas, toutefois, que cet Antigone sans
ethnique soit plutôt à identifier avec l’astrologue homonyme, sur
lequel voir infra, p. 60-62.
1. Köpke, p. 23-24 : sans connaître le passage des Commentaria
Bernensia.
2. Cf. I. G. L. Mellmahnn, Commentatio de caussis et auctoribus
narrationum de mutatis form is ad illustrandum maxime et diiudican-
dum opus metamorphosium ouidianum, Lipsiae 1786, p. 76-77, et G.
Ae. Koch, Antonini Liberalis transformationum congeries, Lipsiae
1832, p. xxvu-xxviii.
3. Hesych. t 561 (II, p. 360 Latte) * fr. 50A.
4. Köpke, p. 15-16.
INTRODUCTION

dans la 'Ιστοριώ ν παραδόξω ν συναγω γή du pseudo-


Antigone1.
Schneider supposai! qu'une partie au moins de ce
matériel pourrait être dérivée d’un ouvrage de caractère
lexical (et donc du Π ερί λέξεω ς). Wilamowitz excluait
l'existance de cet ouvrage et rapportait au Π ερ ί λέξεως
le témoignage de la glose d’Hésychius2.
Musso a défendu l ’existence et la paternité du Περί
ζφω ν3. Ce savant regarde comme dicté par un « ecces-
sivo scetticismo basato su nessuna prova » le refus
d’admettre la possibilité qu’Hésychius, Jean Lydus, la
Souda (ou sa source) et les frères Tzetzès aient eu
connaissance de l ’œuvre zoologique d’Antigone. Au
contraire, la présence dans les M irabilia de quelques cha­
pitres qui découlent de cet ouvrage est une confirmation
supplémentaire de son existence.
Tout en gardant quelque incertitude, j ’accepte cepen­
dant, sur la base des observations de Musso, l ’existence
d’un Π ερ ί ξφω ν et je considère Antigone de Caryste
comme son auteur.

Antigone de Caryste a-t-il écrit un Περ'ι λέξεω ς ?


L’autre écrit sur lequel Wilamowitz arrête son atten­
tion est le Π ερ ί λ έξεω ς4, dont deux fragments ont été
transmis par Athénée avec l’indication de l’ethnique.

1. Slcph. Byz., s.u. Γυάρος (p. 213 s. Meineke) = ps.-Anl., Mirab.


18 = fr. 51 AB ; loan. Lydus, De mensibus 11, 10 (p. 30 Wünsch) = ps.-
Ant., Mirab. 10 = fr. 52AB ; loan. Lydus. De mensibus III, 11 (p. 50
Wünsch) = ps.-Ant., Mirab. 126 (6) 2 = fr. 53AB ; Scholia in Aris-
toph. Aues 299a (p. 54 Holwerda) = ps.-Ant., Mirab. 23 = ff. 54AB (cf,
Hesych. κ 2013 [II, p. 453 Laue). Suda κ 1549 [HI, p. 112 Adler],
Scholia ad Theocr. VII, 57 [p. 93, 4-6 Wendel], Tzetzes, Schol. in
Aristoph. Aues 299b [p. 1137, 1-2 Rosier] et Schol. in Lycophr. Alex.
387 [II, p. 146, 23-26 Scheer]). J ’ai complété la liste de Köpke avec
d ’autres données.
2. Wilamowitz, p. 174. Cf. p. 25 n. 18.
3. Musso, Striatura, p. 2-3.
4. Wilamowitz, p. 174-176.
QUI EST ANTIGONE DE CARYSTE ’ XXV

Dans le premier, il est dit que les Éoliens appelaient un


type particulier d ’huître (Γώτάριον) « oreille d'Aphro­
dite » (ους ’Α φροδίτης)1. On retrouve ce renseignement
sans indication de source dans Hésychius2, et dans Eus-
tathe3 qui le tient d’Athénée.
Dans le second fragment, on rapporte que les habitants
du dème attique de Halai4, lorsqu’ils faisaient bonne
pêche de thons, avaient accoutumé d’offrir le premier
poisson à Poséidon, et que ce sacrifice était appelé
θυνναΐον5.
Köpke67 attribuait sans hésitation l ’ouvrage à l’Anti­
gone de Caryste le plus ancien et, comme Gräfenhan1,
estimait qu’il avait un contenu de type lexical. Wilamo-
witz considérait comme certain le fait que les deux cita­
tions étaient parvenues à Athénée par l ’intermediaire de
Pamphilos, mais il doutait de leur paternité. Il penchait
plutôt pour l ’Antigone prosateur que pour le poète, se
fondant sur le fait qu’il paraissait peu probable qu’un
poète de l ’époque augustéenne se livrât à des études de
type grammatical, ainsi que sur les intérêts du prosateur
tels qu’ils apparaissent dans ses Mirabilia ; le Περί
λέξεως serait une œuvre consacrée à la collecte de ξέναι
όνομασίαι8.
Les résultats de Musso à propos de l ’inauthenticité des
Mirabilia privent la thèse de Wilamowitz d’un de ses
appuis essentiels, et réduisent au seul ethnique Καρύσ-

1. Athen. Ill, 88 a = fr. 55A.


2. Hesych. ο 1872 (II, p. 798 Latte) = fr. 55B.
3. Eust., Ad Horn, p 302 (p. 1821, 54).
4. On ne peut décider s’il s’agit de Halai Aixonides ou bien de
Halai Araphenides. Voir p. 57 n. 4.
5. Athen. VII, 297 e = fr. 56A. Notice reprise en VU, 303 b =
fr. 56B.
6. Köpke, p. 18-20 et 48.
7. A. Gräfenhan, Geschichte der klassischen Philologie im Alter­
thum, I, Bonn 1843 (réimpr. Osnabrück 1973), p. 533.
8. Cf. Robert, « Antigonos 20 » (art. cit., p. xn n. 3), col. 2422, et
surtout Susemihl, I, p. 475 et n. 67.
IN T R O D U C T IO N

τ ιο ς l'élém en t probant en faveu r d e l ’attribution d es deux


fragm ents au plus ancien A n tig o n e. N ’était cet élément,
la paternité la m o in s d iscu ta b le serait c e lle de l ’Antigone
gram m airien a lex a n d rin 1. A u b é n é fic e du d o u te, je publie
ces fragm ents dans m a c o lle c tio n .

Un A n tig o n e d e C a r y s te h isto rie n


Le tout dernier A n tig o n e e x a m in é par W ila m o w itz est
l ’A n tig o n e h istorien so u s le n o m d u q u el sont transmis
d es fragm ents d ’u n e H is to ir e d ’I ta lie et d ’u n e P ériég èse
d e la M a c é d o in e . L es d eu x œ u v r e s so n t cité e s par les
sources dans d es c o n te x te s d iv ers e t rien ne n ou s autorise
à supposer q u ’e lle s d o iv en t être attrib u ées à un unique
auteur23.
O n trouve m en tio n d ’un A n tig o n e h istorien , auteur
d ’une H isto ire d ’Ita lie , d an s d eu x p a ssa g e s de Denys
d ’H alicarnasse, dans F estu s et d an s P lutarque. Sur la base
d e D en y s, il a été p la cé au IIIe s. a v. J .-C ., après T im ée et
avant P olyb e.
D en y s le cite p a n n i c e u x d e se s p réd écesseu rs qui ont
écrit sur l ’a rch éo lo g ie d e R o m e d ’u n e m anière peu soi­
gn ée et peu d o cu m en tée et dans un sty le en n u y eu x :

α μ α δ ε τ ο ύ τ ο ις ’Α ν τ ι γ ό ν ο υ τ ε κ α ί Π ο λ υ β ί ο υ και
Σ ιλ η ν ο υ κ α ί μ υ ρ ίω ν ά λ λ ω ν τ ο ΐς α ύ τ ο ΐς π ρ ά γμ α -
σ ι ν ο υ χ ό μ ο ί ο κ έ π ιβ α λ ό ν τ ω ν , ώ ν έ κ α σ τ ο ς ό λ ίγ α
κ α ί ο υ δ έ ά κ ρ ιβ ώ ς α ύ τω δ ι ε σ π ο υ δ α σ μ έ ν α , ά λ λ ’ έκ
ιώ ν έ π ιτ υ χ ό ν τ ω ν ά κ ο υ σ μ ά τ ω ν σ υ ν θ ε ί ς ά ν έ γ ρ α -
ψ εν2

1. V oir ρ. 62-64.
2. Cf. Schw artz, « A ntigonos 18 » (art. cit., p. x n n. 3), col. 2421.
Les fragm ents ont été rassem blés dans d eu x sections distinctes, par
Jacoby, F G rH ist 775 (P ériégèse de la M a céd o in e) et 816 (H istoire
d 'Italie).
3. D ionys. H ai., Bibi. 1, 6, 1 = F G rH ist 816 T 1. Je cite la traduc­
tion de V. From entin et J. S chnäbele, P aris 1990, légèrem ent retou­
chée.
QUI EST ANTIGONE DE CARYSTE 7 XXVII

« En même temps qu’eux (Hiéronymos de Cardia et


Timée), Antigone, Polybe, Silénos et beaucoup
d’autres s’appliquèrent au même sujet (l'archéolo­
gie de Rome), mais par des voies différentes ; cha­
cun d ’eux ne relata qu’un petit nombre de faits et
encore sans même les avoir réunis avec soin et souci
du détail, mais à partir des premiers racontars
venus ».
et :
χρ όνφ δ ’ ύ στερον παντάπασιν ήμελήθη καί
οΰδείς φ ετο δεΐν άναγκαίον αύτό είναι οΰδέ
συμβάλλεσθαί τι τφ κ άλλει των λόγων· τοιγάρ-
τοι τοιαύτας συντάξεις κατέλιπον οϊας οΰδείς
υπομένει μ έχρ ι κορωνίδος διελθείν. Φύλαρχον
λέγω καί Δ οΰριν καί Π ολύβιον καί Ψάωνα καί
τόν Κ αλλιατιανόν Δ ημήτριον 'Ιερώνυμόν τε καί
’Α ντίγονον καί Ή ρα κ λείδ η ν καί Ήγησιάνακτα
καί άλλους μυρίους1
« Avec le temps, ce fut un oubli complet ; il n’est
plus venu à l ’idée de personne que cette préoccupa­
tion (l’habileté dans l ’art de composer) était absolu­
ment indispensable, ni qu’elle devait contribuer à la
beauté littéraire. Voila pourquoi nous avons hérité de
traités que personne n’a la patience de lire jusqu’au
bout, ceux par exemple de Phylarque, de Douris, de
Polybe, de Psaon, de Démétrios de Callatis, d’Hiéro-
nymos, d’Antigone, d’Héraclide, d’Hégésianax, et
tant d ’autres du même genre ».

1. Dionys. Hai., De comp. uerb. VI, 4, 14-15 (p. 20, 30-21, 4 Use-
ner-Radermacher) = FGrHisî 816 T 2. Je cite la traduction de G. Aujac
et M. Lebel, Paris 1981 (CUF), légèrement retouchée. La conjecture de
Wilamowitz, p. 177, qui voulait corriger la leçon de la vulgate ’Αντί­
λογος en ’Α ντίγονος, a été confirmée par le cod, F (Florence, Biblio-
teca Medicea Laurenziana, plut. 59.15, s. X f.r -xi in.) utilisé depuis
l’édition Usener-Radermacher. Les autres conjectures vont donc moins
bien : Ά ντίλ ο χο ν (Vossius et Reiske) et Ά ντίοχον.
INTRODUCTION

Festus fournit, par l’intermédiaire d'un Antigone, le


renseignement que Rome aurait été fondée sur le Palatin
par un certain Rhomus, fils de Jupiter1 :
Antigonus Italicae historiae scribtor, ait Rhomiim
quendam nomine, loue conceptum, urbem condidisse
in Palatio, Romaeque ei dedisse nomen
« Antigone, auteur d’une Histoire d'Italie, raconte
qu’un dénommé Rhomus, fils de Jupiter, avait fondé
une ville sur le mont Palatin et l ’avait appelée
Rome ».
Plutarque, enfin, le mentionne comme un auteur peu
digne de confiance à propos de la légende de Tarpeia,
fille de Titus Tatius, qui avait trahi les Romains parce
que Romulus l'avait contrainte à vivre avec lui, et qu’elle
avait été, à cause de cela, punie par son père2 :
των δ ’ άλλα περί Ταρπηίας λεγόντω ν άπίθανοι
μέν είσιν οΐ Τατίου θυγατέρα του ήγεμόνος των
Σαβίνων ούσαν αύτήν, Τω μύλφ δέ βία συνοι­
κούσαν, ιστορούντες ταύτα ποιήσαι και παθεΐν
Οπό τού πατρός, ών και ’Α ντίγονός έστιν
« Il y a sur Tarpéia d’autres traditions ; mais on ne
saurait ajouter foi aux historiens qui disent qu’elle
était fille de Tatius, général des Sabins, et qu’elle
agit comme elle fit, parce qu’elle habitait par force
avec Romulus, et qu’elle fut punie par son père.
Antigone est un de ces historiens ».
Jacoby a recueilli dubitativement un autre fragment,
tiré des Scholies sur Nicandre3, que l’on rapportera plutôt
à l’Antigone grammairien alexandrin.

1. Festus, p. 328, 2 Lindsay = FGrHist 816 F 1.


2. Plut., Rom. 17, 5 = FGrHist 816 F 2. Je cite la traduction de
R. Flaceiière et E. Chambry, Paris 1993·’ (CUF).
3. Schol. in Nie. Ther. 215 = FGrHist 816 F 3.
QUI EST ANTIGONE DE CARYSTE ? XXIX

L’hypothèse de Droysen' soutenant que l'auteur de


l'Histoire d'Italie devait être identifié avec Antigone de
Caryste, a été reprise sans succès par Neben12 ; il s’agit
bien de deux personnages distincts. Telle était déjà l’opi­
nion de C. O. Müller3, acceptée par K. Müller4, par
Köpke5, et qui fait loi depuis Wilamowitz6.
L’unique fragment de la Μακεδονική περιήγησις a
été transmis par Étienne de Byzance78. Le contexte dans
lequel se place ce témoignage est grammatical. Selon
Étienne, Antigone dans sa Μακεδονική περιήγησις
aurait utilisé la forme barbare Ά μαντία au lieu de
Άβαντία. On ne peut donc rien en déduire, ni sur la
chronologie, ni sur l’origine de l’Antigone mentionné.
Müller® et Preller9 n’avaient pas pris position sur
l’auteur de cet ouvrage ; Gräfenhan10 avait proposé de
l’identifier avec l ’Antigone auteur d’un Περί
πινάκων11 ; Köpke12 ne doutait pas de son identité avec

1. G. Droysen, Geschichte des Hellenismus., II, Hamburg 1843,


p. 114-115 n. 36 (= III \ z, Gotha 1877, p. 130 n. 2),
2. Nebert II, p. 776. Cf. aussi, p. ex., F. Mielentz, « Tarpeia 8 »,
RE IV A 2, 1936, col. 2333 et 2335, ainsi que, plus récemment, le
commentaire de C. Ampolo dans Plutarco, Le vite di Teseo e Romolo
a cura di C. Ampolo e M. Manfredini, Verona-Milano 1988, p. 317.
3. C. 0 . Müller, Sexti Pompei Festi de uerhorum significatione
quae supersunt cum Pauli Epitome, Lipsiae 1839, p. 267.
4. FHG, IV, p. 305.
5. Köpke, p. 24-25. On y trouvera d’autres hypothèses encore plus
étranges et des corrections au texte transmis.
6. Wilamowitz, p. 176. Cf., entre autres, A. Momigliano, Quarto
contributo alla storia degli studi classici e dei mondo antico, Roma
1969, p. 481-482.
7. Steph. Byz., s. u. Ά βα ντίς (p. 3-4 Meineke) = FGrHist 775. Cf.
Hesych. a 66 (I, p. 5 Latte) et Etym. M., s.u. Ά μαντες 598 (p. 383
Lasserre-Livadaras).
8. FHG, IV, p. 306.
9. Preller, p. 178.
10. Gräfenhan, Gesch. klass. Philol. (op. cit., p. xxv n. 7), II, Bonn
1844, p. 209-210.
11. Cf. D.L. VII, 188.
12. Köpke, p. 24 et fr. XXXV.
INTRODUCTION

le Caryslien et supposait que la Μ ακεδονική περιήγη-


σις faisait partie d’un ouvrage plus vaste, dont serait
aussi dérivé le fragment relatif à la Némésis de Rham-
nonte. conservé par le parémiographe Zénobios1. Wila­
mowitz2, enfin, en refuse la paternité au Carystien et pré­
fère distinguer l ’auteur de la Périégèse de la Macédoine
de celui de VHistoire d ’Italie. Les conclusions de Wila-
mowitz furent acceptées par Susemihl3, Schwartz4,
Christ-Schmid5, Pasquali6 et Jacoby7, pour qui l’auteur
doit être placé chronologiquement avant Hérodien, peut-
être au il' s. av. J.-C.
On doit également tenir pour incertaine la suggestion de
Schwartz qui croyait reconnaître une référence à l’Anti­
gone historien dans un passage de Clément d’Alexandrie89:
Ά ν τ ίλ ο χ ο ς δέ αύ ό τούς ίστορας πραγματευσά-
μενος από τής Πυθαγόρου ήλικίας έπί τήν ’Επι­
κούρου τελευτήν, (***) γαμηλιώ νος δέ δέκατη
ίσταμένου γενομ ένη ν, έτη φ έρει τα πάντα
τριακόσια δώδεκα8’

1. Cent. V, 82 (1, ρ. 153 Leutsch-Schneidewin). Infra, ρ. lxxxv-


LXXXVIII,
2. Wilamowitz, ρ. 176-177.
3. Susemihl. I. ρ, 640.
4. Schwartz, « Antigonos 18 » (art. d t., ρ. xii n. 3), col. 2421.
5. Christ-Schmid. p. 222.
6. G. Pasquali, « Die schriftstellerische Form des Pausanias »,
Hermes 48, 1913, ρ. 188 (= Scritti filologid, Firenze 1986, ρ. 422),
7. FGrHist 775.
8. Clem. Alex., Sir. I, xvi 80, 2 (p. 52, 7-10 Stählin) = FHG. IV.
p. 306. Je cite la traduction de M. Caster. Paris 1951 (SC 30), Cf.
E. Schwartz, « Antilochos 4 », RE I 2, 1894, col. 2431.
9. C. G. Cobet, « Διορθωτικά ε’ις τά τού Κ λήμεντος του Ά λε-
ςανδρέθ)ς », Λόγιος ’Ερμής 1, 1867, ρ. 502 a proposé, de façon
hasardeuse, de restituer, dans la lacune après τελευτήν, (τήν èm
Πυθαράτου βρχοντος), « sous l’archontat de Pytharatos » (conjec­
ture retouchée par Wilamowitz, ap. Stählin, en (αρχοντος μεν
Πυθαράτου), « sous l’archonlai de Pytharatos »). En ce cas, Clément
serait le seul auteur à transmettre la donnée qu'Épicure serait mort au
cours du même mois (Gamèlion) que celui où il était né.
QUI EST ANTIGONE DE CARYSTE 7 XXXI

« Antiloque qui s’est occupé des “ savants hommes ”,


compte depuis l’âge de Pythagore jusqu’à la mort
d’Épicure, <***> le dix du mois de Gamélion, un
total de 312 ans ».
En effet, Schwartz considérait qu’ou bien l’on devait
corriger Ά ν τίλο χο ς en Ά ντίοχος (c’est-à-dire Antio­
chus d’Ascalon), ou bien, de façon encore plus radicale,
écrire ’Αντίγονος 6έ αύ ô τάς Ιστορίας πραγματευσά-
μενος. Plus prudemment, von Amim1 conserve le texte
des manuscrits et fait d’Antilochos l’auteur, inconnu par
ailleurs, d’une histoire de la philosophie grecque de
Pythagore à Epicure2.
L’attribution d’*Icrcopucà Οπομνήματα à Antigone de
Caryste comme on peut le lire chez Christ-Schmid3, est
en revanche fausse. C’est le résultat d’une erreur d’inter­
prétation par Vossius4 d’un passage d’Athénée, où
l’œuvre est attribuée à Carystios de Pergame5.
C’est encore ce Carystios de Pergame que je reconnaî­
trais, avec Pfeiffer678, dans le nom corrompu Gecraustius
de la traduction latine de la Vita III Arati7 ; son témoi­
gnage était invoqué pour établir l ’existence d’une recen­
sio de VIliade réalisée par Aratos de Soles. Maass sup­
pose une allusion au plus ancien Antigone de Caryste et
rétablit ainsi le modèle grec de la Vitcfi : διώρθωσε (sc.

1. H. von Amim, « Antilochos 5 », RE I 2, 1894, col. 2432.


2. Cf. R. Goulet, « Antilochos », DPhA I, 1989. p. 214.
3. Christ-Schmid, p. 236.
4. G. 1. Vossius, De historicis graecis libri IV, Lugduni Batauorum
1623. J’utilise l’édition de A. Westermann, Lipsiae 1834, p. 114-115
(mais le passage est correctement interprété à la p. 412). Voir aussi
A. Stahr, Aristotelia, I, Halle 1830, p. 198.
5. X, 435 d-e' XII, 548 d. Voir les justes observations de Köpke,
p. 22-23 et de Nebert II, p. 774. Natali, p. 112 tombe dans Sa même
erreur à propos du Carystios de Pergame cité par Athen. ΧΠ1, 610 d-f
(fr. 9 Müller, FHG, IV, p. 358).
6. Pfeiffer, p. 121 n. 4.
7. P. 148, 14-18 Maass = 16, 5-10 Martin.
8. E. Maass, Aratea (op. dt., p. xxil n. 4), p. 243-244. Cf. p. 314.
XXXIi INTRODUCTION

Aratos) μέν καί ’Ο δύσσειαν. 6 γ ε (uel ό δέ) Καρύσ-


τιος λέγει οτι ήξιω μένος υπό (Ά ν τ ιό χ ο υ ) τοΰ βασι-
λέως έγραψε καί Ίλιά δ ος διόρθω σιν, « (Aratos) fit
aussi une recension de l 'Odyssée. Le Carystien dit que, à
la demande du roi <Antiochus>, il fit aussi une recension
de l’Iliade ». L’opinion de Maass à été acceptée par
J. Martin’.1

1. J. Mattin, Histoire du texte des Phénomènes d'Aratos, Paris


1956, p. 174-175 et 193 ; p. 174 (en note) il suggère de retoucher légè­
rement le commencement de la phrase en <δς γε 6 Καρύστιος. Mais
dans son édition des Scholia in Aratum uetera, Lipsiae 1974, p. 16,
Martin écrit, plus prudemment : διώρθίοσε μέν και ’Οδύσσειαν ...
Voir aussi Aratos Phénomènes, texte établi, traduit et commenté par
J. Martin, Paris 1998,1, p. xvu n. 19.
II

ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE

L’ouvrage le plus important ou, du moins, le plus


connu d’Antigone de Caryste fut, sans aucun doute, ses
Biographies. Le Carystien les composa probablement
durant ses années de vieillesse. Dans cette œuvre, il
retrace, au fil de la mémoire, les faits marquants de la vie
des plus grands philosophes, ses contemporains'. Le suc­
cès des Biographies a dû être très grand, si l’on considère
la vaste influence qu’elles ont exercée, non seulement sur
les générations immédiatement postérieures à Antigone,
mais aussi sur Philodème, Aristoclès, Athénée et Diogène
Laërce. Elles ont représenté un changement important
dans Γhistoire du genre « biographique » et ont été
admirées pour l ’indéniable esprit d’objectivité qui les
caractérisait.
Köpke faisait remarquer que l’intention d’Antigone
dans les Biographies n’était pas tant d’exposer les δόξαι
des philosophes, que de vouloir mettre en évidence les
mores fata uitae de personnages illustres, renommés
parmi leurs contemporains ; comme les biographes de
son époque, il avait cependant mêlé à une tradition
authentique toute une série de données sans fondement
ou franchement malveillantes. A partir de sa conviction
qu’Antigone avait écrit un Bios de Ctésibios de Chalcis
(ff. IX de son recueil), Köpke déduisit que l’ouvrage
devait avoir une certaine ampleur, bien que l’auteur en
eût exclu ce que l’on appelle les philosophes « pré-socra-1

1. Wilamowitz, p. 127, 131. L. Prändi, «II P.Lit.Lond. 123 e


la fortuna storiografica di Alcibiade », Aegyptus 72, 1992, p. 3-21,
suppose qu'il faut aussi attribuer au milieu pergaménien et au ni* s. av.
i.-C. la Vie anonyme d'Alcibiade transmise par le PLitLond. 123.
INTRODUCTION

tiques ». La question de savoir si les Biographies com­


portaient un ou plusieurs livres restait douteuse1. Dans la
section consacrée à la collection des fragments, sous la
rubrique Biot φιλοσόφων, Köpke rassembla vingt-six
textes tirés de Diogène Laërce, Athénée et Aristoclès,
qu’il identifia comme appartenant aux Vies de Ménédème
d'Érétrie (fr. 1-II1), Polémon d’Athènes (IV-V), Cratès
l’Académicien (VI), Lycon le Péripatéticien (VÜ-VIII),
Ctésibios de Chalcis (IX), Zénon de Citium (X-XVIII),
Denys d’Héraclée (XIX), Pyrrhon d’Élis (XX-XXII) et
Timon de Phlionte (XXIII-XXVI). A ces textes il ajouta
un autre fragment tiré de Diogène Laërce (IX, 49 =
XXVII) relatif à un certain Démocrite, statuaire dont il
est fait mention dans Antigone12. Il se refusa, en revanche,
à faire dériver des Bioi un jugement sur le style de
Lycon, que Diogène Laërce attribuait à un certain Anti­
gone, sans autre précision3.
D ’un coup de main génial, mais peut être avec un peu
trop de générosité, Wilamowitz reconstruisit l ’ouvrage et
la personnalité d’Antigone le biographe4. Le savant a
divisé en six chapitres les passages dans lesquels il est
possible, à son avis, de reconnaître des traces des Biogra­
phies d’Antigone. Chacun d’eux est complété par un
recueil de fragments : Sceptiques (Vies de Pyrrhon et de
Timon), Académiciens (Vies de Polémon, Cratès, Cran­
tor et Arcésilas), Lycon le Péripatéticien, Ménédème
d’Érétrie, Zénon de Citium et Denys d’Héraclée.
L’intérêt d’Antigone pour les Sceptiques est établi par
le témoignage du péripatéticien Aristoclès, transmis dans
la Préparation évangélique d’Eusèbe de Césarée, et par
Diogène Laërce. Ces deux auteurs déclarent explicite­
ment tenir d’Antigone leurs informations pour les biogra­
phies de Pyrrhon et de Timon. La comparaison entre la

1. Köpke, p. 17-18.
2. Köpke. p. 34-48.
3. D.L. V, 65 (= fr. 18 Wehrli). Cf. p. LXVi.
4. Wilamowitz. p. 27-129.
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE XXXV

tradition que Ton trouve chez Diogène et celle d’Aristo-


clès, et la vérification que l’on en trouve dans l’article
biographique d’Hésychius que rapporte la Souda, permet­
traient, selon Wilamowitz, de démontrer que la source
principale de ces deux biographies remonte effectivement
à Antigone, et surtout que l’on doit à cet auteur tous les
éléments dignes de foi (glaubhaft) de la vie de Pyrrhon1.
Le noyau principal de la biographie de Timon remonte­
rait aussi à Antigone. A partir de ces considérations,
Wilamowitz attribue à l’érudit hellénistique la section
biographique de Diogène Laërce sur Pyrrhon (IX, 62-67),
et le Bios de Timon tout entier (IX, 109-115). A elle
seule, l'analyse des deux premières Vies révéla aux yeux
de Wilamowitz certaines particularités de l’activité bio­
graphique d’Antigone : son objectif principal était de
décrire le caractère des personnages ; il ne s’intéressait
que de façon secondaire aux détails de leur vie, et à peu
près aucunement à leur pensée philosophique2. Toute la
narration d’Antigone est fondée sur son information
directe et paraît historiquement digne de foi, y compris
les anecdotes, à condition de les prendre cum grano salis.
En ce qui concerne les biographies des Académiciens,
les passages de Diogène Laërce peuvent être confrontés
avec la tradition transmise par VAcademicorum historia
de Philodème3. Wilamowitz4 part de sa conviction que
Philodème n’est qu’un compilateur et que les données
des Bioi d’Antigone lui sont parvenues de seconde main,
par une source intermédiaire — une Histoire de l ’Acadé­
mie qui remonterait au IIe siècle av. J.-C. — utilisée éga­
lement par Diogène Laërce dans son quatrième livre.
L’auteur anonyme de cet ouvrage aurait complété le tra-

1. Wilamowitz, p. 31.
2. Wilamowitz, p. 33.
3. L’ouvrage, inconnu de Köpke, avait été publié entre-temps par
F. Bücheler, Academicorum philosophorum index Herculanensis, dans
Index Schol. hib. 1869/70, Gryphiswaldiae 1869, p, 3-24,
4. Wilamowitz, p. 54-55, 128.
INTRODUCTION

vail d'Antigone par des apports tirés de la Chronologie


d'Apollodore et d’autres auteurs impossibles à identifier.
Tous les passages « communs » à Philodème et à Dio­
gène Laërce, conclut Wilamowitz, dérivent donc d ’Anti-
gone.
On déduit en toute certitude qu’Antigone a écrit un
Bios de Lycon d’un passage d’Athénée, qui nous trans­
met mot pour mot un extrait de cette biographie, connue
également de Diogène. Ce texte d’Athénée contribue
aussi à nous donner une idée claire du style et des inten­
tions d’Antigone, que Wilamowitz rapproche de ceux de
certaines esquisses biographiques tracées par Sénèque le
Père d’orateurs et de rhéteurs qui lui étaient contempo­
rains1.
De nouveau, un passage parallèle d’Athénée confirme
que la source de Diogène Laërce pour l ’intégralité de la
Vie de Ménédème d’Érétrie était Antigone, parvenu à
Diogène non pas directement, mais via VEpitome de
Sotion d’Héraclide Lembos. Dans ce cas particulier,
Wilamowitz publie le Bios laërtien de Ménédème en
entier (II, 125-144), mais distingue à l ’intérieur de celui-
ci une série de fragments qu’il considère comme dérivant
d’Antigone de façon plus certaine. A juste titre, le savant23
rattache aussi à la même biographie le passage d’Athénée
que Köpke rapportait à une Vie de Ctésibios qui n’a
jamais existé. L’image de Ménédème qui se dégage des
pages d’Antigone est celle d’un homme dépourvu de
toute importance et de toute originalité philosophique.
Parmi les Stoïciens, Antigone avait pris en considéra­
tion Zénon de Citium et Denys d’Héraclée. Tout en étant
convaincu qu’une des sources principales de Diogène
Laërce pour la Vie de Zénon est Apollonios de Tyr\

1. Wilamowitz, p. 82. Cf. p. l x x v ii - l x x x .


2. Wilamowitz, p, 94, 102, 337.
3. D. Hahm, « Diogenes Laertius VII : On the Stoics », ANRW II.
36.6, Berlin u. New York 1992, p. 4113-4118, 4166, partage cette
hypothèse.
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE XXXVII

Wilamowitz attribue à Antigone, dans une large mesure,


les informations sur Zénon que nous trouvons aux §§12-
24 du VIIe livre de Diogène, et ce, essentiellement sur la
base de leur comparaison avec certains passages paral­
lèles chez Athénée. Diogène n’avait pas eu directement
connaissance de l’œuvre d’Antigone, qui lui parvint fil­
trée par le biais d’un compilateur anonyme, qui, lui-
même, travaillait déjà sur des extraits. Wilamowitz attri­
buait aussi au Bios de Zénon la précieuse information
relative à l’édition des Dialogues de Platon, transmise
dans le IIIe livre de Diogène Laërce1. La donnée tirée
d’Athénée établissant qu’Antigone aurait écrit une bio­
graphie de Denys d'Héraclée, dit « le transfuge », trou­
verait enfin confirmation dans la Stoicorum historia de
Philodème (ou mieux, dans sa source : Stratoclès de
Rhodes)2 ; deux renseignements qui confirmeraient le
postulat que le Bios de Denys par Diogène Laërce
découle également d’Antigone.
Wilamowitz tira de son analyse des divers Bioi les
conclusions suivantes3 : ceux-ci ont été écrits en Mysie
vers 225 av. J.-C. Antigone avait fréquenté Ménédème à
Érétrie, Polémon, Cratès et Crantor à Athènes. Déjà âgé
quand il se mit à composer ses mémoires, il a utilisé prin­
cipalement ses propres souvenirs et connaissances, com­
plétés quelquefois par des informations écrites ou orales,
ce qui se remarque particulièrement dans les vies de
Zénon et de Pyrrhon, qu’il n’avait rencontrés que dans
les dernières années de leur vie. Son intention principale
n’était pas d’offrir une présentation de la pensée philoso­
phique de chaque personnage, ni une histoire de leur vie,
mais plutôt de tracer une esquisse de leurs manies et
habitudes, de leur quotidien d’individus. Son travail

1. Fr. 39 (D.L. Ill, 66). Cf. p. lxxi- lxxiv.


2. Wilamowitz utilise, tout en la corrrigeant sur quelques points,
l'édition de D. Comparetti, « Papiro Ercolanese inedito », RFIC 3,
1875, p. 449-555.
3. Wilamowitz, p. 127-129.
INTRODUCTION

n’était pas celui d’un érudit ou d’un philosophe, mais


l'ouvrage d’un homme qui regardait la réalité les yeux et
le cœur ouverts, et racontait ce qu’il avait vu, comment il
l ’avait vu, l ’ouvrage d’un homme satisfait de transmettre
à son public ce qu’il avait connu et ce qui l ’avait inté­
ressé. Son influence fut notable, et son rôle dans le déve­
loppement de la biographie antique important. On trouve
des traces d’utilisation des Bioi à partir du IIe siècle av.
J.-C. : ces vies ont été lues, de manière directe ou indi­
recte, par Sotion, Héraclide Lembos, Apollodore
d’Athènes, Stratoclès de Rhodes, Apollonios de Tyr et
par l’auteur anonyme d’une histoire de l ’Académie
source de Philodème, Diogène Laërce et Numénius. En
revanche, on ne trouve de trace d’Antigone ni chez les
Romains, ni chez Plutarque, ni dans les compilateurs de
recueils d’apophtegmes ni chez les auteurs chrétiens1.
Les résultats de Wilamowitz trouvèrent un accueil plus
que favorable.
Susemihl2 reprit et diffusa, sans beaucoup d’origina­
lité, les thèses de Wilamowitz : Antigone avait été
l’auteur de portraits de lettrés choisis parmi ses contem­
porains, portraits réussis et dignes de foi, esquissés avec
le respect de la vérité ; il ne s ’était pas proposé de pré­
senter un exposé complet des détails biographiques de
chaque personnage, mais de traiter seulement de leur
caractère, en laissant au second plan leurs doctrines. Il
montrait une prédilection pour leurs traits de douceur et
d’humanité, prenait en considération leurs tendances lit­
téraires, leurs lectures favorites, leurs opinions concer­
nant le style, sans pour autant se laisser aller à une pré­
sentation sous forme de catalogue3.

1. Chez les Romains, il fut connu au moins de Suétone, comme le


rappelle G. Könge, ln Suetonii de eins illustribus libros inquisitionum
capita tria, Dissertationes Philologae Halenses XIV, Halis Sax. 1901,
p. 268-272.
2. Susemihl, I, p. 468-477.
3. Cf. M. Dal Pra, La storiografia filosofica antica, Milano 1950,
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE XXXIX

Il y eut cependant des savants qui, tout en partageant


sur le fond les opinions de Wilamowitz, cherchèrent à en
modifier certains aspects particuliers : ce fut le cas de
Gercke, qui réexamina les rapports entre Antigone et
Diogène Laërce1. A la différence de Wilamowitz qui
avait supposé une série d ’auteurs intermédiaires par le
biais desquels les Biographies d ’Antigone étaient parve­
nues à Diogène, Gercke soutint que cela s’était produit
par transmission directe : « Ab uno eodemque igitur siue
auctore siue compilatore Antigoni quaecumque apud
Laertium Diogenem exstant ei tradita esse ueri est simil­
limum »2. Gercke suggérait aussi de reconstruire deux
nouveaux fragments d’Antigone, en complétant arbitrai­
rement Diogène Laërce VII, 2 par III, 66 et D.L. VII, 5-6
par Athénée ΧΠΙ, 603 e et Diogène Laërce VII, 13-143. Il
refusait, en revanche, avec une prudence bien raison­
nable, la proposition hasardeuse d’Usener de lire le nom
d’Antigone dans un passage de la Vie d ’Épicure de Dio­
gène Laërce4.

Les Bioi d'Antigone dans l ’histoire de la biographie


antique
Leo, le premier, chercha à situer l ’œuvre d’Antigone
dans l’histoire de la biographie grecque5. Antigone a

p. 146-148, 257, qui parle, à propos des Biographies d'Antigone, d’un


« fare distaccato dell’esteta » et d’une « espressione tipica d'una sto-
riografia estetizzante, ma disciplinata » (p. 148) ; M. Untersteiner,
Problemi di filologia filosofica, Milano 1980, p. 236-238.
1. A. Gercke, De quibusdam Laertii Diogenis auctoribus, Gryphis-
waldiae 1899, p. 5, 17-20, 24-26, 40, 67, 73,
2. Gerke (op. cit., supra, n. 1), p. 26.
3. Cf. Gercke (op. cit., supra, n. 1), p. 24-26.
4. D.L. X, 14. Cf. H. Usener, Epicurea, Lipsiae 1887 ; réimpr.
Stutgardiae 1966, p. 366, et Gercke (op. cit., supra, n. 1), p. 40. Sur la
question, voir A. Laks, Edition critique et commentée de la « Vie
d ’Épicure » dans Diogène Laërce (X, 1-34), dans J. Bollack - A. Laks
(éd.). Études sur l ’Épicurisme antique, Lille 1976, p, 75-76.
5. Leo, p. 56, 61-62, 67-68, 74-75, 129-130, 133.
XL INTRODUCTION

vécu à la même époque que Satyros et Hermippe, mais a


écrit d’une tout autre façon, et avec une intention entière­
ment différente. Dans son œuvre ne se trouvait aucune
Ιστορία, aucun racontar, mais plutôt des portraits
d’hommes célèbres tracés à partir de ses propres souve­
nirs ; ses intérêts allaient aux personnes, et à leur com­
portement dans les occupations de chaque jour. Le titre
de l ’ouvrage — Bioi ■ — indique un intérêt surtout biogra­
phique, et un peu moins d’attention pour les doctrines des
protagonistes. La narration des détails de la vie des phi­
losophes fit utiliser par Antigone une masse d’anecdotes.
Cela n’eut pas d’influence négative sur son but, offrir des
descriptions qui correspondent à la vérité. Antigone prit
ainsi ses distances, aussi bien avec la biographie péripa­
téticienne περί του δείνα (fondée sur l ’examen des
œuvres), qu’avec celles d’Idoménée et de Néanthe. Il se
servit des matériaux qui constituaient ses biographies en
les subdivisant en différentes rubriques (Stichwörter), et
donna à ses propres υπομνήματα (lui-même, ou en
l’empruntant à un de ses prédécesseurs) une forme qui,
depuis un siècle déjà, appartenait en propre aux έγκώμια
(en particulier à ceux écrits par Xénophon et par Iso­
crate). Sur certains points, il alla plus loin : l ’adoption du
système des rubriques porte, en effet, à penser, qu’avant
d’aborder le traitement global de la personnalité des
divers personnages, il donnait, dans ses biographies, des
renseignements sur le γένο ς et d’autres informations
générales ; un chapitre sur la mort et sur la chronologie
concluait peut-être le tout. Antigone en vint donc à
constituer, dans une certaine mesure, le chaînon qui unit,
dans l’histoire de la biographie, l’ancienne pratique à la
nouvelle : la biographie alexandrine, non encore aban­
donnée, et la biographie péripatéticienne, toujours à ses
débuts1.

1. Cf. G. Arrrighetti, Poeti, erndill e hiografl. Momenti della rifles-


sione dei Greci sulla letieratura, Pisa 1987, p. 139-228.
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE XLI

Les recherches de Dihle1 marquent un tournant crucial


dans les travaux sur l’Antigone biographe. Selon lui,
Antigone ne prenait en considération que les philosophes
qu’il avait connus personnellement et reconstruisait les
étapes de leur vie sur la base de ses souvenirs, s’intéres­
sant à leur personne sans trop s’étendre sur leurs idées
philosophiques. La structure des Bioi n’était pas réglée
par la succession chronologique des événements ; au
commencement de chaque Bios, Antigone présentait bien
des récits et anecdotes relatifs à la jeunesse des protago­
nistes, soulignait leur « conversion » à la philosophie et,
à la fin, donnait des renseignements sur leur mort. Tout le
reste était développé, semble-t-il, sur un mode beaucoup
moins structuré, puisque l ’on passait avec désinvolture
d’une rubrique à l ’autre. On trouve un exemple évident
de l’absence d’ordre chronologique dans la Vie de Timon,
où les déplacements survenus tout au long de la vie du
philosophe sont racontés en un seul paragraphe (D.L. IX,
110). Le fait qu’il soit resté de l ’œuvre d’Antigone des
extraits de taille différente — certains assez longs (Arcé-
silas, Ménédème, Zénon), d’autres moins (Cratès, Lycon)
— ne doit pas être imputé à l ’abréviateur, du moins pas à
lui seul ; telle devait être aussi, à l ’origine, la disposition,
qui dépendait de facteurs et de motifs contingents et per­
sonnels à Antigone, tout comme le nombre d’anecdotes
et de détails sur la vie privée de chaque philosophe.
C’était une caractéristique d’Antigone, qui partait libre­
ment de ses propres souvenirs, qui, comme tels, ne pou­
vaient pas être enfermés dans des schèmes trop rigides.
Dans sa recherche sur le genre « biographique »
adopté par Antigone, Dihle réfute la thèse de Leo, selon
laquelle les Bioi auraient été influencés par la littérature
des έγκώμια. Le manque d ’intérêt pour les doctrines des
protagonistes est compensé chez Antigone par une atten­
tion particulière portée à leurs vertus : les philosophes
1. A. Dihle, Studien zur griechischen Biographie, Göttingen 19712,
p. 107-115.
XL1I ll \ I fVWLM-JV, 1 1L J I\

sont traités comme des personnalités morales, c ’est-à-dire


comme des modèles de vie morale selon un idéal qui peut
être reconnu dans la figure de Socrate. Antigone ne décrit
pas ses personnages dans leurs cabinets d ’études ou leurs
salles de cours, mais comme des hom m es aux prises avec
les problèmes de la vie quotidienne, installés dans la réa­
lité contemporaine et non pas enfermés dans leurs spécu­
lations. Les Biographies montrent bien comment la
conduite d’un philosophe peut servir de modèle à une vie
sage et droite. Elles ne correspondent pas, cependant, à
un schéma caractérologique défini : elles s ’inspirent de
la vie à Athènes, ou plutôt, de la vie d ’un citoyen du
milieu social d’Antigone. Tout cela s ’accorde bien avec
ce que nous connaissons de la culture athénienne au in'
siècle av. J.-C., où les écoles philosophiques jouaient un
rôle important et étaient partie prenante dans la vie
« politique » : Antigone place les biographies de ses
personnages dans ce cadre social, revu à travers le
spectre de la « mémoire ». Certaines considérations sur
le style littéraire des personnages sont également inspi­
rées par le même souci. Le cas de la Vie de Ménédème en
est un exemple ; en dépit de l’engagement constant de
Ménédème dans la vie politique d ’Érétrie, Antigone
décrit surtout les aspects privés de son existence1. II est
difficile de tirer de l ’œuvre d’Antigone des éléments qui
éclairent la conception générale du genre « biogra­
phique » dans l ’Antiquité : les Biographies sont un
exemple de littérature de mémorialiste, dans laquelle on
insiste sur 1’ήθος des personnages selon des critères très
voisins de ceux d’Aristote, coïncidence qui n’est certai­
nement pas due au hasard, mais au fait que les formula­
tions aristotéliciennes en étaient venues à exprimer de la
manière la plus claire les « conceptions communes » des
Grecs. Cela ne signifie pas que l’on trouve chez Antigone
1. Dans les autres Biographies aussi, tes références à la vie
publique (D.L. IV, 39 ; V, 66 ; VII, 12) sont moins mises en reliel que
celles relatives à la vie privée (D.L. IV, 16 ; VII, 13).
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE

des traces d ’un système philosophique de la biographie :


ses personnages, même s ’ils sont philosophes, l ’attiraient
seulement en tant qu’individus qu’il fallait traiter comme
des personnalités morales.
Pour Wehrli1, Antigone représente l ’accomplissement
de la biographie post-socratique. La Vie de Ménédème est
paradigmatique : il n’est pas décrit comme l’adepte
d’une école philosophique particulière, mais en tant que
personnalité libre de toute dépendance dogmatique et ins­
pirée dans son comportement par le sérieux philoso­
phique. Cette caractérisation est dépourvue de toute fic­
tion, car Antigone avait connu Ménédème en personne
dans sa jeunesse, et pouvait donc se fonder sur son expé­
rience ; il a cependant eu aussi recours à des sources lit­
téraires, telles que Lycophron (D.L. II, 139), Cratès le
Cynique et Timon (II, 126). C’est pourquoi on peut par­
ler d ’un type de « biographie » qui mêle « choses
vues » et sources littéraires. Le résultat nous montre,
d’une part, un Ménédème doté d’une forte personnalité,
avec ses qualités et ses défauts, rendu encore plus cré­
dible par le réalisme de la description, et, de l ’autre, nous
découvre un Antigone maître du portrait biographique,
qui occupe une position unique parmi les écrivains de son
temps.
L’esquisse brève, mais incisive, tracée par Momi-
gliano2 nous présente l’image d’Antigone la plus proche,
sous certains aspects, de l’état réel de nos connais­
sances : « It would be optimistic to say, even after Wila-
mowitz’ feat o f reconstruction, that we know what Anti­
gonus intended — if he intended anything »3. Antigone,
selon lui, était un dilettante, qui imitait Aristoxene en
écrivant sur des philosophes des générations précédentes
ou de la sienne propre ; mais il montrait une grande

1. F. Wehrli, « Gnome, Anekdote und Biographie », MH 30, 1973,


p, 193-208, en particulier 194, 206-208.
2. Momigliano, Biography, p. 81 et 117-118.
3. Momigliano, Biography, p. 81.
XLIV INTRODUCTION

curiosité et était très habile dans ses descriptions de


l’apparence des personnes. Hors de toute philosophie, il
aimait à parler des philosophes comme d ’êtres humains
dignes d’intérêt et divertissants, sans s’embarquer dans
une évaluation théorique de leur pensée. Son opinion
était qu’un philosophe doit faire preuve de cohérence
entre théorie et pratique, mais, tout en s ’intéressant au
rôle du philosophe dans la société, Antigone avait seule­
ment « a vague notion o f what nowadays we call “ intel­
ligentsia ” »'.
On voit donc que toute la littérature sur Antigone pos­
térieure à Wilamowitz a toujours accepté, sans soulever
de doutes, le choix et le découpage des fragments effec­
tués par le savant, même lorsque cette littérature modifie
des aspects particuliers de la personnalité d’Antigone, ou
cherche à progresser dans la définition des intentions de
ses Biographies. Il est un fait dont il faut tenir compte :
une tentative de reconstruction de la personnalité et des
intentions d’Antigone ne sera possible, si elle l ’est
jamais, que lorsque le découpage des fragments attri­
buables à son œuvre sera élucidé. Les choix de Wilamo­
witz sont en cohérence avec ses présupposés, ses exi­
gences et ses méthodes, mais cependant trop généreux
dans l’attribution du matériel : il faut éviter le risque que
naisse un cercle vicieux, à cause duquel la délimitation
d’un fragment dictée par des présupposés déterminés —
qu’ils soient plus ou moins acceptables — conduirait à
tirer certaines conclusions, dont la validité se fonderait
sur l’admission de l’appartenance réelle de cette portion
de texte à l’œuvre d’Antigone.

Antigone de Caryste source de Philodème et de Diogène


Laërce
Ce fut Wilamowitz qui, le premier, eut l’intuition de
l’importance de 1'Academicorum historia de Philodème1

1. Momigliano, Biography, p. 118.


ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE XLV

comme document parallèle, avec Diogène Laërce, pour


reconstruire la section des Bioi d’Antigone relative aux
Académiciens. Récemment Gaiser a réexaminé le pro­
blème des rapports Antigone-Philodème-Diogène Laërce,
ce qui a conduit à des résultats novateurs1. Philodème
cite expressément le nom d’Antigone au moins quatre
fois : col. IV, 25 (Ά ν τ [ίγ ]ο ν ο ς ; IV, 39 (ως φησιν
Ά ν τ ίγ [ο ]ν ο ς) ; XVI, 1-2 (&ς φησι [scii. ’Αντίγο­
νος]) ; Q 5-6 ( ’Α ν τίγ ο ν ο ς δέ γρ[ά]φει) et peut-être en
R 10-11 (ώ ]σπερ Ά ν τ ί[γ ο ν ο ς γέγραφε] ?). Mais c ’est
toute la partie de VAcademicorum historia relative à la
période allant de Polémon à Arcésilas (col. XIII-XVIII et
SRQ) qui est fondée sur les Biographies d ’Antigone dont
Philodème tire de longs passages dans leur rédaction ori­
ginelle. Par rapport à Diogène Laërce, on trouve chez
Philodème beaucoup plus d’informations (même en
excluant les phrases de transition et la liste des disciples
de Crantor dans la col. S). Diogène et Philodème utilisent
des passages des Bioi d ’Antigone, mais ce ne sont pas
toujours les mêmes. En général, Philodème rapporte
Antigone de manière plus détaillée et plus fiable, tandis
que Diogène Laërce est plus bref. Les points de compa­
raison entre les deux auteurs varient de chapitre en cha­
pitre : quelquefois, on trouve chez Diogène des phrases
qui manquent chez Philodème, et pas seulement à cause
du caractère lacunaire du papyrus ; Philodème a proba­
blement travaillé sur un texte d’Antigone qui n’était pas
complet (peut-être même l ’a-t-il découpé), mais de pre­
mière main, tandis que Diogène ne s’en est servi que de
seconde main. Par conséquent, ni l ’hypothèse de Wila-
mowitz ni celle de Leo ne tiennent ; Philodème n’était
pas un compilateur, Antigone lui est parvenu directement
et non par le biais d’une histoire anonyme de l’Académie
datable du IIe siècle a v . J.-C. et qui a servi aussi de source
à Diogène (Wilamowitz). Antigone est encore moins par-

I. Gaiser, p. 93, 129-133. Cf. Dorandi, p. 92-93.


XLVI INTRODUCTION

venu à Philodème par l ’intermédiaire d ’une source déjà


utilisée par l'auteur anonyme de VHistoire de l'Acadé­
mie. et dont, à son tour, Diogène Laërce a eu connais­
sance via une nouvelle compilation (Leo). On doit aussi
exclure, du moins en ce qui concerne Philodème, l ’exis­
tence d’une source intermédiaire dans laquelle les pas­
sages d’Antigone auraient été enrichis des listes des dis­
ciples et insérés dans une tradition organisée selon le
schéma des διαδοχαί. En vérité, Philodème tirait directe­
ment des Bioi d ’Antigone les informations concernant
l ’histoire de l ’Académie, alors que Diogène Laërce
n’avait recours à Antigone qu’à travers une « Zwischen­
quelle » complétée et enrichie de données parallèles.
Il y a, dans la reconstruction des rapports entre Anti­
gone, Philodème et Diogène proposée par Gaiser, deux
points qui suscitent une certaine perplexité, à cause, entre
autres, des incertitudes du texte. Sur la base d’une
reconstitution vraisemblable du texte du papyrus :
ώ]σπερ Ά ν τ ί[γ ο ν ο ς γέγρ α φ ε] (col. R 10-11), Gaiser
suppose qu’Antigone avait écrit aussi un Bios de l ’acadé­
micien Adimante d ’Étolie, disciple de Xénocrate, dont
Philodème parle dans cette colonne. Mais on peut aussi
envisager que l’extrait ne contenait qu’une allusion plus
ou moins sommaire à Adimante au sein du Bios d’un
quelconque Académicien contemporain, comme pour
Ctésibios, dont il est question dans le Bios de Méné-
dème1. D ’autre part, dans la Vie de Polémon par Philo­
dème (col. XV, 3-35), nous découvrons, dans la partie
tirée d’Antigone, le jugement favorable qu’Arcésilas
avait porté sur son séjour à l’Académie, après qu’il eût
abandonné l ’école de Théophraste. Gaiser considère que
les mots d’Arcésilas découlaient, non de la tradition
orale, mais d’une source littéraire qu’Antigone avait
reproduite dans son ouvrage sous forme de citation. Le
savant désigne comme source probable un ouvrage de

1. Cf. p . LXV1H.
Lacydès (peut-être les ’Απομνημονεύματα Ά ρκε-
σιλάου), auquel nous aurions un renvoi chez Diogène
Laërce1, et d ’où dériveraient aussi les renseignements sur
la jeunesse d ’Arcésilas, que l ’on trouve et chez Diogène
(IV, 28-31) et chez Philodème (Acad, hist., col. XVII).
L’acceptation de cette interprétation confirmerait par
ailleurs l ’hypothèse déjà présentée par Wilamowitz, selon
laquelle Antigone aurait composé ses Biographies, non
seulement à partir de traditions orales, mais aussi de
sources « littéraires ». Je ne puis accepter cette hypo­
thèse construite sur des bases trop instables.
En dépit de ces réserves, il me semble que la définition
des rapports entre Antigone, Philodème et Diogène
Laërce proposée par Gaiser a de bonnes chances d’être
correcte et fiable. L ’acceptation de cette théorie permet
de voir sous un nouveau jour tous les extraits d’Antigone
décelés chez Diogène, et de limiter de manière plus pré­
cise le matériel rassemblé par Wilamowitz. De ce fait, les
fragments d ’Antigone se trouveraient réduits en nombre,
mais leur présence serait fondée sur des présupposés plus
solides. Lorsque manque la possibilité d’une confronta­
tion avec Philodème, la tradition parallèle de passages
d’Athénée et d ’Aristoclès où le biographe de Caryste est
cité de manière explicite constitue un instrument complé­
mentaire pour déceler les citations d ’Antigone chez Dio­
gène Laërce. De tels passages ont déjà permis à Wilamo­
witz d’attribuer à Antigone certains paragraphes de
Diogène où le nom d ’Antigone n’apparaissait pas. Il faut,
cependant, éviter de trop se fier aux passages parallèles,
ce qui conduirait à attribuer à Antigone un matériel, peut-
être pas complètement étranger, mais ne présentant pas
toutes les garanties d ’authenticité. Le cas des anecdotes
est des plus difficiles : en effet, il n ’est pas certain que
toutes les anecdotes qu’on peut lire dans les sections bio­
graphiques de D iogène venaient d’Antigone ; le fait que

1. Cf. D.L. V, 41 et Gaiser, p. 132-133.


XLVIII INTRODUCTION

souvent, dans des morceaux attribués avec certitude à son


oeuvre, on trouve des anecdotes, ou que certaines d'entre
elles soient attribuées à Antigone par d’autres auteurs,
n'est pas significatif. Une tradition aussi confuse et fluc­
tuante pourrait fort bien remonter à des sources diverses
— écrites ou orales — parmi lesquelles pourrait se trou­
ver aussi Antigone, mais pas toujours, et, du moins, pas
nécessairement.

Le recueil des fragm ents des Bioi d ’Antigone


A la lumière de ces considérations, nous pouvons
maintenant réexaminer, biographie par biographie, le
choix de fragments fait par Wilamowitz. Pour ne pas
créer de complications inutiles, je suivrai l ’ordre proposé
par le savant : Sceptiques, Académiciens, Lycon, Méné-
dème, Zénon, Denys d’Héraclée.
a. Antigone a écrit les biographies des deux fonda­
teurs de l ’école sceptique : Pyrrhon et Timon.
a l. W ilamowitz rappelle que toutes les données
dignes de foi que nous possédons sur la « vie » de Pyr­
rhon dérivent dans l ’absolu d ’Antigone. En vertu de
son interprétation de « Leben », par quoi il sous-
entend la totalité des informations sur un personnage et
pas seulement les renseignements biographiques, il rat­
tache au B ios original d ’Antigone, outre l ’intégralité de
la section IX, 62-67 de D iogène Laërce et d’autres
extraits de cet auteur (IX, 61 ; I, 16), le lemme d’Hésy-
chius de M ilet (dans la rédaction de la Souda, s.u.
Π ύρρω ν), un passage de Sextus Empiricus iAdu. math.
I, 272) et quelques passages d’A ristoclès cités dans la
Praeparatio euangelica d ’Eusèbe (XIV, 18, 18 et 26-
27). Les textes étaient imprimés sur deux colonnes :
dans celle de gauche Diogène Laërce IX, 62-67, dans
celle de droite les autres auteurs cités en parallèle à la
narration de Diogène, pour en confirmer l ’origine anti-
gonéenne.
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE X I .I X

Cette reconstruction a été mise en doute avec de bons


arguments par Ferrari1, lequel a démontré qu’il existait
des traditions indépendantes sur Pyrrhon, qui trouvaient
leur origine dans des ouvrages parus au cours des cin­
quante ans qui suivirent sa mort, et donc antérieurement à
225 av. J.-C2. Ferrari se base sur un nouvel examen des
témoignages d’Aristoclès et de Diogène Laërce : de la
lecture du passage d ’Aristoclès, il résulte que celui-ci dis­
posait de « fonti estese su di un’area di più vasta dottrina
scettica »3 ; en outre, sa connaissance de Timon n’était
pas limitée aux seuls κεφάλαια, mais s ’appuyait sur de
plus amples informations. Le système sceptique dont
Aristoclès avait connaissance était bien différent de celui
des origines ; sa polémique visait les fondements scep­
tiques timoniens, les articulations et les accroissements
postérieurs de la doctrine (Énésidème), les adaptations et
les réajustements qui résultèrent de la critique dogma­
tique. Ferrari avance, à titre d ’hypothèse, que l’œuvre de
Timon dont Aristoclès tire ses informations était le
Python. Bien que la présentation de la philosophie scep­
tique par Diogène Laërce offre des aspects fort différents
de ceux de la polémique d ’Aristoclès, les résultats qui
peuvent se tirer de son analyse conduisent à des conclu­
sions semblables à celles formulées pour Aristoclès : chez
Diogène aussi, la présentation des doctrines sceptiques
reflète une tradition postérieure à la critique dogmatique.
Diogène semble avoir adapté à son cadre biographique

1. Ferrari, p. 200-224, et Id., « L'immagine dell’equilibrio », dans


G. Giannantoni (éd.), Lo scetticismo antico, Napoli 1981, p. 339-370,
en particulier, p. 339-341.
2. Ces résultats sont acceptés, par exemple, par F. Decleva Caizzi,
a Prolegomeni ad una raccolta delle fonti relative a Pirrone di Elide »,
dans G. Giannantoni (éd.), Lo scetticismo antico (op. dt., supra, η. 1),
p, 115 ; G. Reale, Ipotesi per una rilettura della filosofia di Pirrone di
Elide, ibid., p. 303 n. 199 ; W. Gorier, dans H. Flashar (éd.). Die Phi­
losophie der Antike, IV, 1-2 : Die hellenistische Philosophie, Basel
1994, p. 733.
3. Ferrari, p. 204.
L INTRODUCTION

« attraverso collegamenti speciosi quel materiale teorico


ehe, portando citato il nome di Pirrone, gli pareva per
questo solo utilizzabile »'. L’analyse de la citation
d’Ascanios d’Abdère (D.L. IX, 61 )12 suggère en outre que
Diogène Laërce avait puisé ses informations pour le Bios
de Pyrrhon dans des sources qui n ’étaient pas exclusive­
ment biographiques, mais aussi théoriques, ou, du moins,
intéressées à l’aspect théorique du scepticisme. Ces résul­
tats retirent à Antigone les témoignages les plus « philo­
sophiques » de la narration de Diogène. Pour FetTari,
dans le long fragment d’Aristoclès, les références biogra­
phiques sont d’origine antigonéenne : les deux anecdotes
(Pyrrhon poursuivi par un chien, son attitude à l ’égard de
sa sœur Philista = test. 15B Decleva Caizzi), et la série de
détails qui suivent (Pyrrhon fut disciple d ’Anaxarque, il
était un peintre de médiocre valeur, il a lu Démocrite avec
bien peu de profit, il n’a rien écrit = test. 23 Decleva
Caizzi). L ’extrait antigonéen chez Diogène est plus
important. Il est formé d’une série d’anecdotes du même
niveau que celles d’Aristoclès (Pyrrhon reste indifférent
devant son maître Anaxarque tombé dans un marécage ;
son amour de la solitude ; son attitude imperturbable),
auxquelles s’ajoutent quelques données biographiques
(Pyrrhon fut peintre ; il participa avec Anaxarque à
l ’expédition d’Alexandre en Orient ; il eut comme dis­
ciple Nausiphane ; il fut honoré par diverses cités). En
plus de ces passages, on peut aussi faire remonter à la bio­
graphie d’Antigone le témoignage de Dioclès sur le père
de Pyrrhon, et celui d’Apollodore sur sa profession de
peintre (IX, 61 = test. IB Decleva Caizzi). Ainsi que
Wilamowitz l ’avait perçu3, le témoignage d’Ératosthène
(IX, 66 = test. 13 Decleva Caizzi) ne remonte pas à un
noyau original antigonéen : des motifs chronologiques
excluent, en effet, une filiation Antigone-Ératosthène et
1. Ferrari, p. 216.
2. Cf. Leo, p. 47 n. 2.
3. Voir p. 39. Cf. Ferrari, p. 221-222.
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE U

laissent plutôt présupposer une tradition (orale ?) indé­


pendante. Enfin, Ferrari démontre, contredisant Wilamo-
witz, le caractère étranger au Bios d’Antigone des deux
longues citations de Timon (IX, 65) et de celle de Philon
d’Athènes relative au lien direct Démocrite-Pyrrhon (IX,
68)1. Ce qui précède démontre que, même pour sa section
plus purement biographique, Diogène Laërce a eu accès à
une pluralité de sources, qui ne sont pas toutes bien iden­
tifiables : de singuliers points communs entre certaines
d’entre elles (comme, par exemple, Antigone et Ératos-
thène) trouvent une explicaton valable dans le présupposé
que les épisodes narrés faisaient partie du domaine public
et étaient diffusés dans le milieu des auteurs2.
Voici les fragments que je retiendrais comme dérivant
de la Vie de Pyrrhon d’Antigone3 :
Aristoclès ap. Eusèbe, Praep. euang. XIV, 18, 26
(Α ν τ ίγ ο ν ο ς γουν ô Κ αρύστιος ... δει τήν άπό-
δειξιν αύτής π οιεΐσθαι) = fr, 4Α
Aristoclès ap. Eusèbe, Praep. euang. XIV, 18, 27
(Ό μέν ούν Π ύρρων ... ουδέν έν γραφή κατέλι-
πεν) = fr. 2Β

1. Ferrari, ρ. 214-217. Cf. Rohde, ρ. 57 (= ρ. 358). Qu’Antigone ait


eu aussi recours, pour sa biographie de Pyrrhon, aux Silles de Timon
où i! trouvait « ghiotto materiale » est soutenu, après Dal Pra, p. 95,
par Di Marco, p. 54. Contre cette hypothèse, on pourrait rappeler le fait
que les vers de Timon sont aussi cités par Diogène Laërce dans
d'autres passages qui, pour des raisons évidentes, ne peuvent dériver
d’Antigone : 1, 34 ; 11, 6, 19, 55, 66, 107 ; III, 7 ; IV, 67 ; V, 11 ; VI,
18 ; VII, 161, 170 ; VIII, 67 ; IX, 6, 22, 25, 40, 52 ; X, 2. Pour ie
moment, je ne puis dire si Diogène avait trouvé les vers des Silles de
Timon dans les diverses sources que l’on peut imaginer derrière cha­
cune des biographies, ou s’il les a intégrés lui-même à sa narration, à
partir d’une lecture directe de l’œuvre de Timon ou d’une anthologie.
2. Ferrari, p. 223. Cf. aussi A. A. Long, « Timo of Phlius : Pyr-
rhonist and satirist », PCPhS 204 (n.s. 24), 1978, p. 68-91, en particu­
lier 68-69.
3. Les fragments douteux sont signalés par un astérisque (*). A la
suite de chaque fragment figure la référence qui lui est attribuée dans
cette édition.
UI INTRODUCTION

D.L. IX. 62 (άκόλουθος δ ’ ή ν — παρακολου-


θούντων ... ό δέ π ρός τα ένενή κ οντα ετη
κατεβίω) = fr. 3
D.L. IX, 62-64 (’Α ν τίγο ν ο ς δέ φ η σ ιν ô Καρύσ-
τιος ... ψηφίσασθαι) = fr. 2Α
D.L. IX, 66 (καί χ ο λ ή σ α ς ... τφ γ ε λόγψ ) = fr. 4Β.
a2. En ce qui concerne la Vie de Timon de Diogène
Laërce (IX, 109-115), Wilamowitz soutient que celui-ci
avait tiré, en dernière analyse, ses informations d’Anti­
gone (et Sotion) filtrées, en partie du moins, par le biais
d ’Apollonidès de N icée1. On a affirmé, depuis Wilamo­
witz, que le Bios de Timon par Diogène montrait les
mêmes intérêts littéraires particuliers que les biographies
d’Antigone, dont le schéma avait été reproduit en présen­
tant la formation de Timon comme une « conversion »
(καταγνόντα) à la philosophie2. Diogène Laërce men­
tionne de manière explicite la Vie de Timon écrite par
Antigone (IX, 111), dans laquelle celui-ci rappelait les
travaux poétiques de Timon. Dans trois autres passages,
Diogène fait référence au même Bios : à propos de la
prédilection de Timon pour le vin et de sa passion pour la
poésie (110) ; de la durée de sa vie (Timon a vécu
quatre-vingt-dix ans, comme l ’atteste encore Sotion :
112) ; de son amour pour les jardins et la vie en solitaire
(112). Outre ces morceaux, Wilamowitz citait un passage
d’Aristoclès3, dont l ’évidente similitude avec D.L. IX,

1. Wilamowitz, p. 31-33. Cf. Di Marco, p. 1 ; W, Nestle, « Timon


13 », RE VI 2, 1937. col. 1301-1303 ; Dal Pra, p. 86 ; F. Wehrli,
Sotion, SdA Suppl. Il, Basel-Stuttgart 1978, p. 63 ; Decleva Caizzi,
p. 208. Qu’Anligone ait été utilisé par Sotion est une hypothèse suggé­
rée avec prudence par Wilamowitz, p. 33, et partagée par Leo, p. 129 ;
Nestle, » Timon », art. cil., col. 1301 : F. Decleva Caizzi, « 11 libro
IX delle ‘Vite dei filosofi’ di Diogene Laerzio », AN RW II 36.6, Ber­
lin u. New York 1992, p. 4222 n. 11 et 4234. Wehrli, Sotion, op. vit.,
p. 42 et 63 pense à une source intermediaire.
2. Cf. Dal Pra, p. 86 ; Decleva Caizzi, p. 209.
3. Fr. 6 Heiland, ap. Eus., Praep. cuang. XIV, 18, 28 = Timon test.
3 Di Marco.
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE LUI

109 lui faisait supposer une source commune aux deux


auteurs, qui aurait été Antigone. Une relecture du Bios
tout entier de Diogène, dès lors que l ’on admet que ses
informations dérivaient d’une série de écrits intermé­
diaires (entre autres, les œuvres de Sotion et d’Apolloni-
dès de N icée)1, amène à considérer qu’il est difficile
d’établir jusqu’où s ’étendent les traces du matériel anti-
gonéen en dehors des endroits où Antigone est explicite­
ment cité2. Même si certains aspects du récit peuvent rap­
peler des tournures de style ou des particularités du
biographe de Caryste, son témoignage apparaît tellement
dilué et délayé dans la longue série d’échelons intermé­
diaires qui l ’ont amené jusqu’à Diogène Laërce, que je
préfère limiter mon choix des fragments de la Vie de
Timon aux seules sections où l ’on rencontre le nom
d’Antigone :
D.L. IX, 110-111 (ήν δέ, φησίν ό ’Αντίγονος, ...
τόν βίον) = fr. 5
D.L. IX, 112 (έτελεύ τη σε ... ’Αντίγονος) = fr. 6
D.L. IX, 112 ( ό δ ’ ούν φιλόσοφος ... ώς καί
’Α ντίγονός φ ησι) = fr. 7.
b. En ce qui concerne la section consacrée par Anti­
gone aux philosophes Académiciens, la comparaison que
nous pouvons instituer entre la tradition ayant abouti à
Diogène Laërce et celle transmise par Philodème facilite
le travail d’identification des fragments.
bl. Dans la Vie de Polémon, Diogène Laërce (IV, 17 =
fr. 1 Gigante) se réfère explicitement aux Bioi d’Anti­
gone. Wilamowitz, se fondant sur ce passage et sur la
narration parallèle de ΓAcademicorum historia de Philo­
dème, soutient que tout le chapitre sur Polémon dans
Diogène (IV, 16-20) dérive d ’Antigone ; il justifie l’attri-

1. Sur la question, voir F. Aronadio, « Due fonti laerziane :


Sozione e Demetrio di Magnesia », Elenchos 11, 1990, p. 228-233.
2. Cf. K. Wachsmuth, Sillographorum Graecorum reliquiae, Lip-
siae 18852, p. 9 n. 5.
LIV INTRODUCTION

bution du §20 à Antigone en recourant au letnme d’Hésy-


chius dans la Souda (fr. 119 Gigante), mais exclut de
cette Vie le passage sur la maladie (φ θίσις) qui causa la
mort du philosophe, information qu’il attribuait à Her-
mippe1.
Gaiser23a supposé que les extraits d ’Antigone étaient
précédés, chez Philodème, par un bref préambule (col.
IV, 25-26). Le caractère extrêmement lacunaire du pas­
sage empêche cependant une vérification de cette hypo­
thèse. Antigone est cité de façon certaine quelques lignes
plus bas (col. IV, 38-39), à propos du dème d’origine et
du nom du père de Polémon. Le passage tout entier (col.
IV, 38-XIII, 33) trouve une correspondance précise chez
Diogène Laërce (IV, 16-17) et confirme ainsi la prove­
nance via Antigone des deux paragraphes de ce dernier, à
l ’exception du renseignement concernant la succession
de Polémon à Xénocrate à la direction de l ’Académie,
que Diogène lui-même, ou sa source intermédiaire, peu­
vent avoir tiré d’Apollodore1. La narration d’Antigone
continuait avec force détails qui manquent chez Diogène,
et qu’on ne peut malheureusement pas lire à cause des
graves lacunes du passage (col. XIII, 33-38)4. Quand le
discours reprend (col. XIII, 38-XIV, 12), il trouve un
parallèle chez Diogène (IV, 18), avec toutefois certains
détails en moins (anecdote de Nicostrate, vers d ’Aristo­
phane), mais aussi quelques précisions en plus (par ex.,
l ’enthousiasme de Polémon pour l’harmonie de type pin-
darique)5. Plutôt qu’à des coupes de la part de Philodème
dans le passage d’Antigone (Gaiser), je penserais à des
additions étrangères imputables à Diogène ou à sa source.

1. Wilamowitz, p. 47, 55 ei 66 n, a 5 (fr. 55 et 94 Gigante), Le pas­


sage n’a pas été recueilli par Wehrli parmi les fragments d’Hermippe.
2. Gaiser, p. 129, 502.
3. Cf. Gaiser, p. 506, 509-510.
4. Le texte est déjà lacuneux à partir de la 1. 30. La reconstruction
de Gaiser (p. 234-235) est séduisante, mais trop hasardeuse.
5. Gaiser, p. 512.
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE LV

Dans les lignes suivantes, le caractère lacunaire du papy­


rus empêche encore de suivre le développement de la
narration d’Antigone1. Dans la partie la mieux conservée
(col. XIV, 35-41) nous retrouvons le renseignement,
attesté aussi par Diogène Laërce et Plutarque2, affirmant
que les disciples de Polémon avaient construit des
cabanes dans le jardin de l ’Académie afin de vivre dans
le voisinage du maître, qui s ’était retiré là pour éviter
d’être impliqué dans les affaires publiques. Antigone
revient ensuite sur le motif de l ’admiration de Polémon
pour Xénocrate et rappelle sa prédilection pour la poésie
de Sophocle (col. XIV, 41-XV, 3). Le passage parallèle
de Diogène (IV, 19-20) est, encore une fois, plus riche :
deux vers d ’Aristophane sont ajoutés (fr. 958 Kassel-
Austin), ainsi qu’un de Phrynichos (fr. 68 Kassel-Austin)
et il y est fait état de la comparaison que Polémon éta­
blissait d’ordinaire entre Sophocle et Homère (test. 115a
Radt). Il est difficile de décider avec certitude laquelle
des deux versions constitue le texte original d’Antigone,
celle plus concentrée de Philodème, ou celle plus déve­
loppée de Diogène Laërce. En l ’absence d’éléments
déterminants en faveur d’une des deux solutions, et à la
différence de Wilamowitz3 et Gaiser4, je serais enclin à
considérer comme authentique le texte de Philodème, et
comme interpolé avec des éléments postérieurs celui de
Diogène, au moins en ce qui concerne les citations des
poètes comiques. Le Bios de Polémon chez Diogène
Laërce s’achève par une brève allusion à la mort et à la
production littéraire du philosophe (IV, 20 = fr. 55, 94
Gigante) que Wilamowitz fait découler d’Antigone, à

1. Phld., Acad, hist., col. XIV, 12-41. Dans ce cas aussi, je consi­
dère comme imprudent d’accepter, dans son ensemble, la reconstruc­
tion de Gaiser (p. 238-240).
2. Cf. D.L. IV, 19 (fr. 44 Gigante) et Plut., De exil. 10, 603b-c (fr.
47 Gigante).
3. Wilamowitz, p. 65.
4. Gaiser, p. 515.
LVI INTRODUCTION

l’exception de l'indication de la maladie qui causa le


décès. Chez Philodème la description de la mort
manque ; on y trouve, en revanche, et encore vraisembla­
blement attribuable à Antigone, un long passage où est
rapporté le jugement enthousiaste qu’Arcésilas avait
exprimé sur l ’atmosphère de l ’Académie au temps de
Polémon, Cratès et Crantor, quand il y était allé après
avoir abandonné l ’école de Théophraste (col. XV, 3-27).
Le passage revient, sous une forme beaucoup plus suc­
cincte, chez Diogène Laërce, dans la Vie de Cratès (IV,
22). Le mauvais état de conservation du papyrus
empêche de se faire une idée claire et complète du texte
d’Antigone. Ce qui semble sûr, c ’est que l’épisode était
narré en détail par Antigone dans la Vie de Polémon, et
non dans celle de Cratès, comme l ’a laissé croire Dio­
gène ; mais on ne peut exclure qu’une référence som­
maire au même épisode soit revenue dans la Vie de Cra­
tès'. Antigone continuait sa biographie (col. XV, 27-46)
en rappelant quelques-unes des vertus de Polémon (bon
sens et application au travail), qui s ’étaient manifestées
après sa rencontre avec Xénocrate et sa « conversion » à
la philosophie, et racontait un épisode de l ’existence de
son héros, lorsque, amoureux de Cratès, il réussit à faire
sa conquête, non sans effort, en l ’enlevant à un membre
important de l ’Académie. Diogène parle de la « conver­
sion » au début de sa narration (IV, 16) et ne cite l ’anec­
dote qui précède que dans la Vie de Cratès (IV, 21, 22),
d’une manière et avec des détails très différents, qui
dénoncent le recours probable à une source entièrement
différente.
Wilamowitz faisait aussi découler du Bios de Polémon,
et avec raison, la donnée transmise par Athénée, selon
laquelle le scholarque, à partir de trente ans, n’aurait bu1

1. Wilamowitz, p. 67, en juge autrement. J’ai déjà discuté, supra,


p. XLV1-XLVII, de la possibilité, avancée par Gaiser, p. 132-133. 520.
qu’Anligone ait récupéré ces informations dans les présumés ’Απο­
μνημονεύματα Ά ρ κεσ ιλάου de Lacydès de Cyrène.
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE LVII

que de l ’eau1. Athénée, ou sa source, peuvent avoir tiré


cette étrange information d ’un récit plus détaillé relatif à
la « conversion » de Polémon à la philosophie.
Voici les fragments que je retiendrais comme apparte­
nant à la Vie de Polémon :
Athen, (epit.) II, 44 e (Π ολέμω ν ... ’Αντίγονος 6
Κ αρύστιος) = fr. 10
D.L. IV, 16-20 (16 : Π ολέμω ν Φιλοστράτου —
τήν σ χ ο λ ή ν ... 17 : φησί δέ ’Α ντίγονος — μέναι.
18 : εν τε τοΐς θεάτροις — καί γενναίος ... 19 :
άλλα μήν — άρμονίας. 20 : ή ν δέ καί φιλοσο-
φοκλής — Ό μ η ρ ο ν τραγικόν) = fr. 9Β
Phld., Acad, hist., col. IV, 25-26 (Ά ντ[ίγ]ονος δ’
δς] I αύτό[ς ...) = fr. 8
Phld., Acad, hist., col. IV, 38-XIII-XIV-XV, 46 =
fr. 9A.
b2. Chez Philodème, contrairement à ce que l’on
constate chez Diogène Laërce, la biographie de Crantor
précédait celle de Cratès (col. XVI, 1-S). Tous deux
contaminent leur source principale (Antigone) avec du
matériel étranger, bien que de manière et dans une
mesure différentes. La dérivation à partir d’Antigone de
la première partie du Bios de Philodème (XVI, 1-9) est
confirmée par ώς φ η σ ι (1. 1-2) et par la comparaison
avec Diogène (IV, 24). Les lignes suivantes (9-15), sur la
production littéraire de Crantor, remontent probablement
à Antigone2. Quand le discours reprend, après une longue
lacune (15-41), il montre une correspondance précise
avec Diogène (IV, 25. Cf. 21) : Antigone rapporte le sou­
hait de Crantor d ’être enterré dans une tombe commune
avec Polémon et Arcésilas (col. XVI, 4 1-S 9). La liste
des disciples à la fin de la col. S (29-37) est certainement
étrangère à Antigone.

1. Athen. {Epit.) II, 44 e (= fr. 10). Cf. Wilamowitz, p. 66 et 337.


2. Voir p. lxviii et n. 2.
LVII1 INTRODUCTION

Wilamowitz émettait l ’hypothèse que tout le Bios tel


qu'il peut être lu chez Diogène Laërce (IV, 24-27) prove­
nait d’Antigone, à l’exception de l ’indication de la mala­
die (hydropisie) qui causa la mort du philosophe, infor­
mation qu’il faisait remonter à Hermippe1. A mon avis, le
matériel remontant à Antigone doit être notablement
réduit :
D.L. IV, 24-25 (24 : Κ ράντω ρ Σ ολεύς — προσάπ-
τουσι ... 25 καί έρω τηθέντα — κρυφθήναι καλόν
= fr. 1 IB
*D.L. IV, 26 (έθαύμαζε ... π επ όνθα μ εν) = fr. 12
Phld., Acad, hist., col. XVI, 1-15 ; 41-S 9 = fr. 1IA.
La narration de la maladie de Crantor et de son séjour
dans l’Asklépieion (IV, 24), les anecdotes rapportées par
Diogène à la fin de IV, 27 (τραγω δόν ... γεγράφθαι)
peuvent avoir quelque probabilité de remonter à Anti­
gone. En revanche, il faut exclure du Bios tel qu’on peut
le lire chez Diogène Laërce (IV, 24-27), aussi bien les
vers sur Eros, pour la paternité desquels on peut hésiter
entre Crantor et Antagoras, que l’épigramme de Théétète,
qui sont probablement des ajouts postérieurs de Diogène.
Nous aurions pu en apprendre davantage sur l ’extension
de ces fragments si la section centrale de la colonne XVI
de VAcademicorum historia de Philodème nous était par­
venue.
b3. On peut déduire qu’Antigone a écrit une biogra­
phie de Cratès, aussi bien de Philodème (col. Q 5-10),
que de Diogène Laërce (IV, 22). Le caractère lacunaire
du texte de Philodème réduit les informations certaines à
une brève allusion à la succession de Cratès à Polémon à
la direction de l ’Académie, que nous retrouvons sous une
forme très schématique chez Diogène Laërce (IV, 22).
Seul Diogène rapporte le témoignage d’Antigone sur la
table que Cratès partageait avec Crantor, et sur leur vie

1. Wilamowitz, p. 68*70.
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE LIX

en bonne intelligence avec Arcésilas : Arcésilas habitait


avec Crantor, Polémon avec Cratès et un certain Lysiclès.
En revanche, le jugement d ’Arcésilas sur l’Académie à
l’époque de Polémon, Cratès et Crantor, dont la dériva­
tion d’Antigone (dans la Vie de Polémon) trouve sa
confirmation chez Philodème, est parvenu sous une
forme anonyme et extrêmement résumée à Diogène
Laërce (IV, 22).
Voici les passages dans lesquels j ’identifierais des
extraits de la Vie de Cratès d’Antigone :
D.L. IV, 22 (Ά ρ κ ε σ ίλ α ο ν ... των πολιτών) =
fr. 14
*D.L. IV, 21 (καί ούτως άλλήλω ... έκοινω-
νείτην) = fr. 15
Phid., Acad, hist., col. Q 5-10 = ff. 13.
Ce dernier passage, où Diogène rapporte le grand
amour qui lia Cratès à Polémon, et leur dessein d’avoir
une tombe commune, a quelque probabilité de remonter à
Antigone si l ’on considère que le biographe de Caryste
racontait un épisode semblable dans la Vie de Polémon :
les protagonistes étaient alors Polémon, Crantor et Arcé­
silas1.
b4. Je considérerais que le récit d’un épisode de la vie
d’Adimante d’Étolie, élève de Xénocrate, dont Philo­
dème (col. R) semble attribuer la paternité à Antigone,
trouvait sa place dans un des Bioi des trois Académiciens
considérés jusqu’ici ; cela à condition que la reconsti­
tution séduisante proposée par Gaiser soit correcte :
ω]σπερ Ά ντίΙ[γο ν ο ς γέγραφ ε] (1. 10-Π)2.
*Phld., Acad, hist., col. R 1-11 = fr. 16.
b5. La longue Vie d ’Arcêsilas pose de plus graves pro­
blèmes. Wilamowitz3 soutient que tout le Bios de Dio-
1. Wilamowitz, p. 66. Cf. Gaiser, p. 527.
2. Gaiser, p. 256, 533. Cf. Dorandi, p. 56,
3. Wilamowitz, p. 70-76.
LX INTRODUCTION

gène Laërce remonte à Antigone, à l ’exception des don­


nées sur la mort (tirées d ’Hermippe) et de la liste des
homonymes. Long1 a cru trouver une confirmation de
cette hypothèse dans les ressemblances structurales, chez
Diogène Laërce, entre la Vie d ’Arcésilas et celle de
Ménédème : Antigone avait raconté la vie des deux phi­
losophes. Diogène ne mentionne jamais Antigone au
cours de la Vie d ’Arcésilas, mais on peut admettre qu’une
grande partie du matériel biographique et anecdotique sur
le scholarque lui soit parvenue, directement ou indirecte­
ment, via cet auteur. Cette hypothèse trouve confirmation
si on compare cette vie avec les pages parallèles de
VAcademicorum historia de Philodème, beaucoup plus
riches en détails que le texte de Diogène.
Les points communs entre les biographies d’Arcésilas
et de Ménédème, et ceux que l’on constate entre Diogène
et Philodème démontrent le recours probable à une
source unique, qui pourrait être les Bioi d’Antigone. En
revanche, l ’attribution au Carystien de tout le matériel
qui nous est parvenu dans la version de Diogène ne me
paraît pas aussi évidente, surtout si l’on prend en consi­
dération les résultats obtenus par Gaiser à propos des rap­
ports Antigone-Philodème-Diogène Laërce.
Pour déterminer quels extraits proviennent de la Vie
d'Arcésilas, il faut d’abord considérer les sections qui
trouvent des parallèles évidents chez Philodème, et
n’essayer qu’ensuite d’étendre la recherche à d’autres
passages, qui par leur similitude avec des pages de la Vie
de Ménédème tirées sûrement d’Antigone peuvent être
ajoutés aux fragments déjà rassemblés. Dans mon étude,
je prends pour base le texte de Diogène Laërce, mieux
conservé que celui de Philodème.
L’indication (IV, 28) du lieu de naissance d’Arcésilas
et du nom de son père ne remonte pas à Antigone. Je nie­
rais aussi qu’il faille attribuer à ce dernier la description

1. Long, p. 432-437.
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE LX1

du caractère du philosophe, qui vient ensuite (οΰτος ...


έριστικώτερον)1. Philodème (col. XVII, 1-14) confirme,
avec force détails, que le récit de la rencontre d’Arcésilas
et Crantor tel que nous le lisons chez Diogène (παρέ­
βαλε δέ Κ ράντορι ... έπίτροπος) découle d’Antigone.
La partie restante de la colonne (que je ne reproduis pas)
est en trop mauvais état pour que l ’on puisse en tirer
quelque chose d’utile : la présence du nom de Théo­
phraste (1. 37) pourrait se rapporter au regret du philo­
sophe d’avoir perdu son disciple, le jeune Arcésilas (D.L.
IV, 30). Dans Diogène (28-29), nous trouvons ensuite un
paragraphe sur la formation culturelle d’Arcésilas et le
récit pittoresque de ses amours avec Crantor2. Je ne vois
pas de motif plausible qui justifierait la présence, dans la
Biographie d’Antigone, des deux épigrammes écrites par
Arcésilas pour Attale et Ménodote (30-31), ni du court
chapitre (32) consacré aux études d’Arcésilas avec le
géomètre Hipponicos (y compris l’anecdote). La pré­
sence, aussi bien chez Philodème (col. XVIII, 1-7) avec
davantage de détails, que chez Diogène (§32), de l’épi­
sode de la renonciation au scholarcat par un certain
Socratidès, inconnu par ailleurs, et de l ’acceptation de
cette charge par Arcésilas, fait supposer une source
unique, qui, selon toute probabilité, serait Antigone3.
Pour le reste du récit de Philodème (XVIII, 7-XIX-P-
XX), la comparaison avec Diogène n’est pas possible,

1. Cf. Long, p. 444-445. En dehors des arguments de Long, ce qui


s’oppose à l’hypothèse d ’une origine via Antigone, c ’est le manque
d’intérêt du biographe pour les aspects philosophiques, déjà souligné à
propos de la biographie de Pyrrhon. Contra, Glucker, p. 32 n. 69, et A.
M. Ioppolo, Opinione e scienza, Napoli 1986, p. 61 n. 110.
2. Long, p. 435-436 suppose que ce dernier paragraphe, ainsi que
les §§ 40-41 (sur les amours d ’Arcésilas) remontent également à Anti­
gone. De façon plus vraisemblable, Wilamowitz, p. 49-51, y reconnaît
des traces du Π ερί παλαιός τρυφής du pseudo-Aristippe.
3. Cf. Gaiser, p. 130-131,544. Wilamowitz, p. 60-62, fait remonter
cette notice à une source plus tardive, utilisée aussi par Diogène
Laërce.
INTRODUCTION

mais il est peu probable que la description d ’Arcésilas en


tant que philosophe, celle de sa méthode, ainsi que la
longue liste de ses disciples remontent à Antigone. Il est
plus vraisemblable qu’à partir de la moitié de la colonne
XVIII (sinon depuis le début, si l ’on accepte la sugges­
tion de W ilamowitz à propos de la διαδοχή Socratidès-
Arcésilas), Philodème avait cessé d ’utiliser les Bioi
d ’Antigone, et était passé à une autre source, pour nous
non identifiable.
Dans les paragraphes suivants de Diogène, j ’exclurais la
trace d ’Antigone de la section relative aux rapports entre
Arcésilas et Pyrrhon (33-34), et peut-être aussi de celle sur
les liens d’Arcésilas avec le roi Antigone Gonatas et le
commandant de Munichie Hiéroclès (39-40). La longue
série d’anecdotes (34-38, 42-43), à l ’exclusion, dans le
§ 42, des vers de Timon1, remonte peut-être à une tradition
typiquement orale, comme celle que l’on soupçonne à la
base des Bioi d’Antigone. Les quelques informations qui
concluent le § 43 (Arcésiias désigne comme héritier son
frère Pyladès, il ne s ’est pas marié et n’a pas eu d’enfant,
il laisse trois exemplaires de son testament), pourraient
avoir une lointaine parenté avec la biographie d’Antigone,
mais il paraît difficile que Diogène y ait découvert la lettre
qu’Arcésilas adressait, avec une copie de son testament, à
son parent Thaumasias (43-44). C ’est, en effet, une des
particularités de Diogène Laërce que de rechercher des
documents d’archives pour enrichir son récit.
Voici les passages de Philodème et de Diogène où
j ’apercevrais des traces de la VYc’ d ’Arcésilas.
D.L. IV, 28-29 (πα ρ έβ α λε ... ήρα) = fr. 17B
*D.L. IV, 31 (ά π εδ έχετο ... ν έ ο ς ών) = fr. 21
D.L. IV, 32 (Κ ράτητος ... έκέκτητο αύτοΰ) =
fr. 18Β, 19Β, 20Β

1. Je préfère, cependant, ne pas inclure ces paragraphes dans ma


collection de fragments, pour les motifs déjà exposés à propos des pas­
sages biographiques qui transmettent des anecdotes (p. x l v i i - x l v iii ).
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE Lxm

*D.L. IV, 37 (εν τε τφ βίφ ... ΰ π έσ τ ειλ εν) = fr. 22


Phld., Acad, hist., col. XVII, 1-14 = fr. 17A
Phld., Acad, hist., col. XVII, 39-XVIII, 7 = fr. 18A
Phld., Acad, hist., col. XVIII, 34-41 = fr. 19A
Phld., Acad, hist., col. XIX, 11-16 = fr. 20A.
Wilamowitz' avait rapporté dans un premier temps au
même Bios un autre passage d ’Athénée12, mais il y
renonça plus tard, en raison des réelles difficultés que
soulève cette attribution3.
c. Athénée rapporte un extrait tiré mot pour mot du
Bios de Lycon d’Antigone, où figure la description d’un
banquet organisé par le scholarque dans l’enceinte de
l’école4. Il s ’agit d ’un des rares fragments cités littérale­
ment ; il permet, avec ceux qui proviennent de VAcade­
micorum historia de Philodème, de se faire au moins une
idée du style des Biographies d’Antigone5.
Depuis W ilamowitz, ce passage a attiré l’attention
des historiens de la philosophie antique comme un pré­
cieux témoignage sur l ’organisation des écoles philoso­
phiques à Athènes, en particulier l ’Académie et le Péri-
patos6. Il est donc utile de donner un aperçu de la
question.
Wilamowitz soutenait que les écoles philosophiques
étaient des associations religieuses (θίασοι) où l ’on
célébrait le culte des dieux, ou des Muses dans ce cas
particulier. Le savant partait de la présupposition que
toutes ces anciennes associations avaient des caractéris-

1. U. von Wilamowitz-Moellendorff, Commentariolum grammati*


cm . II, dans Ind. Schol. hib. 1879/80, Gryphiswaldiae 1880, p. 10 (=
Kleine Schriften, IV, Berlin 1962, p. 607).
2. Athen. X, 420 c-e = test. 23a Mette.
3. Wilamowitz, p. 77.
4. Athen. XII, 547 d (= fr. 7 Wehrli). Sur Antigone comme source
d’Athénée, cf. G. Zecchini, La cultura storica di Ateneo, Milano 1989,
p. 211-212.
5. Wilamowitz, p. 79-83.
6. Wilamowitz, p. 181-186, 194-197, 263-288.
INTRODUCTION

tiques cultuelles, et qu’elles étaient, pour cette raison,


reconnues par la loi athénienne, qui leur conférait le sta­
tut d'organismes publics agissant en tant que personnes
morales. De l'extérieur, les écoles philosophiques appa­
raissaient comme des associations religieuses consacrées
au culte des Muses, alors que, de façon interne, elles
jouaient un rôle semblable à celui des universités
modernes. Dans l ’Académie et le Péripatos surtout, il y
avait une activité de recherche scientifique et un ensei­
gnement fondé sur le partage des tâches entre les maîtres
et dispensé par des séries de leçons publiques et des
séminaires privés.
La thèse de Wilamowitz a soulevé des critiques et des
objections. En particulier, on a découvert que certains
éléments qui pour Wilamowitz étaient typiques d’un θία­
σ ο ς (statues des Muses et objets de leur culte) se retrou­
vaient également dans d ’autres institutions, comme les
gymnases et les écoles, et n’étaient donc pas détermi­
nants pour identifier les écoles philosophiques à des asso­
ciations religieuses1. Les écoles philosophiques n’étaient
pas des communautés dans lesquelles le scholarque était
le seul propriétaire de l ’établissement et de tout ce qu’il
contenait2 ; il n’y a pas non plus de preuve décisive
qu’elles étaient organisées comme des θίασοι voués au
culte des Muses. On doit encore moins assumer que les
écoles philosophiques auraient adopté un tel régime afin
d’obtenir le statut de personne morale, puisque cette
notion était étrangère au monde grec. On en a donc
déduit qu’elles étaient au contraire des institutions
laïques à but éducatif, tendant à dispenser des connais­
sances utiles. Elles auraient été financées par des fonds
privés et n’auraient rien eu à voir avec l’État et, partant,

1. Th. Gomperz, « Platonische Aufsätze, II : Die angebliche plato­


nische Schulbibliothek und die Testamente der Philosophen », SAV/W
philos. hist. Kl. 141, 1899, Abh. 7.
2. H. Gottschalk, « Notes on the wills of the peripatetic scho-
larchs », Hermes 100 (1972), p. 320, 329.
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE LXV

aucun besoin d’autorisation pour leur existence et leur


activité1.
On a cherché aussi à défendre la théorie de Wilamo-
witz, au moins en ce qui concerne l ’Académie. Il semble
n’y avoir aucune raison sérieuse de ne pas reconnaître
des caractéristiques de θία σοι dans les écoles philoso­
phiques athéniennes. Le besoin de statut légal et religieux
d’une association (κ ο ινό ν) consacrée aux Muses s’est
fait sentir dans le cas de l ’Académie surtout dans la
deuxième partie de son histoire, à une époque où un phi­
losophe pauvre et métèque, comme Xénocrate, était
devenu scholarque2. Quant au Péripatos, la théorie affir­
mant que c ’était une fondation permanente tout à fait
comparable aux associations funéraires semble être la
bonne3. Le Péripatos fut créé grâce à l ’héritage d’Aris­
tote, dont le but n ’était ni de donner une éducation aux
jeunes, ni d’assurer le culte des Muses, mais plutôt de
poursuivre l ’accomplissement des idéaux de la vie théo­
rétique (βίος θεω ρητικός), ainsi que la pratique com­
mune de la philosophie (συμ φ ιλοσοφ εΐν), qui était une
des activités qu’il préconisait pour passer des moments
de loisirs (σ χ ο λ ή ) avec des amis4.
Diogène Laërce eut aussi accès à la Vie de Lycon
d’Antigone, dans laquelle il découvrit une allusion à
l’activité athlétique du scholarque et à sa passion pour la
gymnastique (V, 67). De l ’étude de ce passage, Wilamo-
witz conclut que tout le chapitre de Diogène sur Lycon
trouvait son origine dans le Bios d’Antigone, à l’excep-

1. Cf. J. P. Lynch, Aristotle’s School. A history o f a Greek educa­


tional institution, Berkeley-Los Angeles-London 1972, p. 105-134, et
F. Wehrli, Gnomon 48, 1976, p. 129-130.
2. M. Isnardi Parente, dans Ed. Zeller-R. Mondolfo, La filosofia dei
Greci nel suo sviluppo storico, Firenze 1974,1Π/2, p. 861-877 et Ead.;
« L’Accademia antica : interpretazioni recenti e problemi di metodo »,
RFIC 114, 1986, p. 350-378.
3. Cf. Natali, p. 93-120, notamment p. 113-115, à partir d’une
suggestion de P. Veyne, Le pain et le cirque, Paris 1976, p. 241-244.
4. Arist. EN I, 12, 1172al-8.
INTRODUCTION

tion de l'indication chronologique relative à la succession


au scholarcat (§68 : elle dérive d’Apollodore), de la don­
née sur la mort du philosophe (§68 : elle découle d’Her-
mippe, comme la description de l ’habillement §67), ainsi
que du testament (§§69-74)'. Wehrli a mis en évidence à
quel point il est dangereux de supposer le recours à une
source unique pour toute une série d’informations, quel­
quefois divergentes, comme celles transmises par Dio­
gène Laërce, et a proposé, pour certaines d’entre elles au
moins, d’y voir un emprunt à Ariston de Céos12.
Wilamowitz avait restitué au Carystien l ’extrait de
Diogène Laërce (V, 65 = ff. 18 Wehrli), qui rapporte un
jugement piquant et spirituel d’un Antigone sur l ’élo­
quence de Lycon ; mais il s’agit là du roi Antigone
Gonatas, et c ’est pourquoi je ne retiens pas ce fragment3.
Des doutes existent également pour les anecdotes (65-
66). En ce qui concerne le reste du récit, il n’y a pas suf­
fisamment d’éléments probants pour en attribuer ou non
la paternité à Antigone ; les indéniables différences rele­
vées par Wehrli ont un poids déterminant, et ne doivent
pas être négligées même si l ’on n’accepte pas de faire
dériver, serait-ce partiellement, le texte d’Ariston.
Voici les passages que je restituerais au Bios de Lycon
par Antigone :
Athen. XII, 547 d-548 b (καί Λύκων ... έπιδέξιος)
= fr. 23
D.L. V, 67 (άλλα και γυμναστικώτατος ...
σφαιρίσαι) = fr. 244.

1. Wilamowitz, ρ. 47, 78-79.


2. Wehrli, Lykon, ρ. 21.
3. Diogène pense sûrement à Antigone Gonatas. Cf. Wehrli, Lykon,
p. 24-25. Four Wilamowitz, p. 79, Diogène Laërce aurait confondu
Antigone de Caryste avec Antigone Gonatas. Voir aussi A. Dihie,
Hermes 85, 1957, p. 176.
4. Cf. Leo, p. 68.
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE LXVII

d. Dans le cas de la Vie de Ménédème, Wilamowitz


présuppose que tout le Bios de Diogène remonte à Anti­
gone par Γintermédiaire d’Héraclide Lembos, et publie le
chapitre de Diogène (II, 125-144) dans son intégralité,
tout en signalant par des caractères plus petits les sections
dont il considérait l ’origine via Antigone comme étant
moins certaine1. Knoepfler a récemment souligné avec
justesse que les recherches ayant suivi celles de Wilamo-
witz ont rendu discutable la thèse généralement acceptée
d’une dérivation du seul Héraclide Lembos de la Vie de
Ménédème, et qu’elles ont attiré l ’attention sur le rôle que
pourraient avoir joué Sotion et Hermippe dans la trans­
mission de cette biographie d’Antigone 2. Malgré cela, la
conclusion à laquelle Knoepfler parvient est que : « pour
ce qui est des faits et des gestes du penseur d’Érétrie,
c’est à Antigone de Caryste que l’on se trouve presque
toujours invinciblement ramené, même là où d’aucuns —
dans le sillage, du reste, de Wilamowitz — ont jugé
nécessaire de supposer des remaniements tardifs altérant
en profondeur cette source fondamentale »3.
Mon choix, fondé sur des critères plus restrictifs est, de
ce fait, plus réduit. J’ai sélectionné les morceaux dont la
dérivation par rapport à Antigone est confirmée, soit par
la présence explicite de son nom (II, 136 et 143), soit par
le témoignage parallèle d ’Athénée (X, 419 c et D.L. Π,
139-140)4. Les fr. 28 (D.L. II, 132) et 29 (D.L. II, 133)
constituent une exception. J’ai accepté le premier témoi­
gnage bien qu’il soit privé et du nom d’Antigone, et d’un
parallèle, parce que la relation qui y est faite de la consti­
tution physique de Ménédème, de même que la descrip-
1. Wilamowitz, p. 95-102. Cf. K. Döring, Historia philosopha.
Grundzüge der antiken Philosophiegeschichtsschreibung, Freiburg
i.B,-Würzburg 1987, p. 25-26.
2. Knoepfler, p. 13-14.
3. Knoepfler, p. 14.
4. Les analogies formelles entre cette Vie et celle d’Arcésilas chez
Diogène Laërce relevées par Long, p. 431-433, démontrent qu’Anti-
gone est, de toute façon, une source commune aux deux auteurs.
LXVIII INTRODUCTION

tion de sa statue ne peuvent remonter qu’à un auteur, non


seulement biographe, mais aussi historien de l’art et
sculpteur, ce qui est probablement le cas d’Antigone1.
J’ai attribué à Antigone le deuxième passage parce qu’il
développe le thème des préférences littéraires de Méné-
dème, thème commun à bien d ’autres philosophes dont
Antigone avait écrit les biographies : Polémon (fr. 9B
§20), Crantor (fr. 12*) et Arcésilas (fr. 21*)2.
Enfin, comme W ilamowitz, je rattache à la même Vie
les deux passages d ’Athénée (I, 15 c et IV, 162 e) que
Kopke croyait empruntés à un B ios de Ctésibios de Chal­
cis ; dans le premier passage, je laisse de côté, pour les
motifs déjà exposés, la citation de vers de Timon.
Voici les fragments que je restitue à la Vie de Méné-
dème d’Antigone :
Athen. (Epit.) 1, 15 c (έσ φ αίριζε ... φίλων) = ff. 313
Athen. IV. 162 e-f (Κ τη σ ίβ ιος — δ ειπ νεί v ... ήν
δ’ εϋσ τυ χος — π αρεκάλουν) = fr. 30
Athen. X, 419 e-420 c (’Α ν τίγο ν ο ς δ’ ô Καρύστιος
... κόρος) = fr. 26Α
D.L. II, 136 (φησί δ’ ’Α ν τίγο ν ο ς ... άπήει) = fr. 25
D.L. II, 139-140 (τα δέ συμ π όσια ... λόγος) =
fr. 26Β
D.L. II, 143 (φ ησί δ’ αύτόν Ή ρ α κ λείδ η ς ...
ισ τορ εί) = fr. 27
*D.L. Il, 132 (κατά, τε τή ν ε ξ ιν ... σώματος) =
fr. 28
*D.L. II, 133 (ήν δέ και φ ιλ υ π όδ οχος ... χρόνιο) =
fr. 29.

1. Knoepfler, ρ. 183 η. 35.


2. Je suis conscient qu’il s’agit de critères subjectifs, mais qui
dégagent peut-être des points de vue ou des centres d ’intérêt propres à
Antigone. Il faut cependant constater que dans la Vie de Pyrrhon (D.L.
IX, 67) le même thème est tiré explicitement d’une autre source, c ’est-
à-dire Philon d’Athènes.
3. L'attribution de ce passage à Antigone se fonde sur la comparai­
son avec IV, 162 e (fr. 30) ; voir aussi le fr. 22*.
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE I.XIX

e l. Diogène Laërce cite seulement deux fois (111, 66 et


VII, 12) Antigone parmi les sources de sa Vie de Zenon,
mais il est possible de restituer d’autres passages au
même auteur grâce à la comparaison, pas toujours
précise, avec Athénée (D.L. VII, 13-14 = Athen. XIII,
563 e, 607 c ; VII, 14 = Athen. XIII, 603 e ; VII, 19 «
Athen. VIII, 345 c. Voir aussi Athen. XIII, 565 d)1. En se
fondant sur ces rapprochements, Wilamowitz a élargi de
manière considérable la présence d’Antigone chez Dio­
gène, allant jusqu’à supposer que toute la section biogra­
phique de la Vie de Zenon (VII, 12-24) dérivait du Carys-
tien. De nouveau, nous nous trouvons en face d’une
situation ambiguë, dans laquelle les choix dépendent de
critères essentiellement subjectifs.
L’attribution à Antigone de D. L. VII, 12 est attestée
par la présence de son nom ; mais j ’ai suivi Wilamowitz
en étendant le texte du fragment jusqu’au début du §13
(ναυτικώς). Je ne trouve pas de raison convaincante pour
attribuer à Antigone les §§14-16 (au moins jusqu’à τό
πρόσωπον σ υ νεσ π α σ μ ένο ν). Dans les paragraphes qui
suivent (17-18 et 19-24) il est rapporté une série d’anec­
dotes et réparties spirituelles, rassemblées peut-être par
Diogène lui-même, pour lesqueles une origine via Anti­
gone ne peut être exclue a priori, mais auxquelles
j’appliquerai les mêmes réserves de fond que celles déjà
exprimées à propos des Vies d ’Arcésilas et Lycon2 ; le
fait que Wilamowitz lui-même renonce justement, entre
autres, dans sa reconstruction de la Vie de Ménédème,
aux sections anecdotiques3 me semble significatif.

1. En revanche, je ne trouve pas de raison valable pour reconstituer


un fragment d’Antigone à partir de la comparaison entre D.L. VII, 26
et Athen. (Epit.) II, 55 f.
2. Cf. aussi Wilamowitz, p. 121.
3. D. Knoepfler, « Tétradrachmes attiques et argent “ alexandrin ”
chez Diogène Laërce, I », MH 44, 1987, p. 241-242, 253 et « Tétra­
drachmes attiques et argent “ alexandrin ” chez Diogène Laërce, II »,
ibid., 46, 1989, p. 193-194, croit que l’attribution de Wilamowitz est
« heureusement renforcée, sinon expressément confirmée » par la pré-
LXX INTRODUCTION

Voici les passages qui ont une bonne probabilité de


dériver de la Vie de Zénon d ’Antigone :
Athen. VIII. 345 cd (Ζ ή νω ν ... όψοφαγίαν) =
fr. 38Α
Athen. XIII, 563 e (παιδοπΐπαι ... π ερί του βίου
αυτού) = fr. 33Α
Athen. ΧΙΠ, 565 d (6 δέ σ ο φ ό ς ... θρασείς) =
fr. 37'
Athen. XIII, 603 e (’Α ν τιγό ν ο υ ... βασιλεύς) =
fr. 35Α2
Athen. XIII, 607 e (μήποτε ... Π ερ σ α ίψ ) = fr. 34Α3
D.L. Ill, 66 (απερ ... κ εκ τη μ ένοις) = fr. 39
D.L. VII, 12-13 (φ ησΐ ... ναυτικώς) = fr. 32
D.L. VII, 13-14 (παιδαρίοις ... ύποδύναι) =
fr. 33Β, 34Β, 35Β
D.L. VII, 14 (έξ έ κ λ ιν ε ... π ερ ιεπ ά τει) = fr. 36
D.L. VII, 19 (πρός δέ τόν όψ οφ ά γον ... όψο­
φαγίαν) = fr. 38Β.
sence de la forme syncopée τετράχμον dans D.L, VII, 18. Les occur­
rences de cette forme sont en effet limitées à la période qui va du début
du IIIe s. av. J.-C. jusqu'aux environs de l'an 100 de notre ère. Elle doit
être par conséquent regardée comme « un emprunt (certes indirect) »
de D.L. à sa source, « c'est-à-dire, en l’occurrence aux ‘Vies’ rédigées
vers 250 av. J.-C. » par Antigone de Caryste. A mon avis, la présence
de la forme τετράχμον peut, au mieux, confirmer la paternité antigo-
néenne de VII, 18, mais pas celle de tout le morceau VII, 12-26.
1. Wilamowitz, p. 118, rapprochait ce passage de D.L. VII, 16, à
partir, probablement, d’un rapprochement entre γυμνορύπαροι chez
D.L. et Ρυπαροί chez Athénée.
2. Musso, p. 70 (ad loc.) suppose que la référence à Aristoclès
qu’on trouve dans ps.-Antigone, Mirab. 169, remonte aussi à Anti­
gone. Mais i! ne me semble pas qu’il existe des arguments suffisants
pour soutenir cette hypothèse,
3. A. Erskine, The hellenistic Stoa. Political thought and action,
London 1990, p. 81-82 — à partir de l’examen de ces deux derniers
passages chez Athénée et de VII, 345 e — suppose que toutes les
informations que nous trouvons chez Diogène Laërce (12-24) pour­
raient être parvenues à Antigone par le biais des Υ πομ νή μα τα συμ-
ποτικά ou ΣυμποτικοΙ διάλογοι du disciple de Zénon, Persée de
Citium.
A N T IG O N E DE CA R Y STE BIOGRAPHE LX XI

e2. P hilodèm e et A thénée attestent de manière expli­


cite qu’A ntigone avait égalem ent écrit un Bios du stoï­
cien dissident D en y s d ’H éraclée, dit « le Transfuge ».
Antigone n ’est jam ais cité dans la brève Vie de Denys de
D iogène Laërce. W ilam ow itz, convaincu que la Stoico­
rum historia de P hilodèm e n’était rien d ’autre qu’une
compilation de Stratoclès, qui, à son tour, se fondait sur
Antigone pour le B io s de D en ys, reconnaissait, dans cer­
tains passages de D io g èn e qui révélaient des concor­
dances avec le s récits de P hilodèm e, des restes de
l’ouvrage d ’A n tig o n e, dont D io g èn e aurait eu connais­
sance par le b iais d 'A p o llo n io s de Tyr : « Ich stehe nicht
an, diese w ie als antigonisch zu bezeich n en »'.
Je doute q u ’à partir du parallèle entre Philodème
(Stoic, hist., co l. X , 4 -8 : Δ ιο ν ύ σ ιΙο ς Θ εοφ ά ντου ,
κ α [θ ]άπ ερ I ’Α ν τ ί γ ο ν ο ς έ γ ρ α ψ ε ν , Ή ρ α Ικ λεώ τ η ς, ό
μ ε τ α θ έ μ ε ν ο ς ) et D io g èn e Laërce (VII, 166 : ή ν δ έ [scii.
Δ ιο ν ύ σ ιο ς ] π α ΐς Θ ε ο φ ά ν τ ο υ , π ό λ ε ω ς δ ’ Ή ρ α κ λ ε ία ς),
il soit p o ssib le d ’accepter les con clu sion s de W ilam o­
witz, et de d étecter d es traces d e la Vie d e D enys origi­
nale d ’A n tigon e dans P h ilod èm e, S toic, hist., col. ΧΧΧΠ ,
1-3 ; C icéron, A c a d . V , 9 4 ; D io g èn e Laërce VII, 166
(Δ ιο ν ύ σ ιο ς ... τ ό ν π ό ν ο ν ά δ ιά φ ο ρ ο ν ) et 167 (και κατ’
ά ρ χά ς ... κ α τ έ σ τ ρ ε ψ ε ). M on ch o ix est, par conséquent,
fort réduit :

Athen. X , 4 3 7 e ( ’Α ν τ ί γ ο ν ο ς ... λ α β έτ ω δ έ καί


ά λ λ ο ς ) = fr. 41
Phld., S to ic, h ist., c o l. X , 4 -8 = fr. 4 0.
f. D iogèn e Laërce, dans la V ie d e P laton (ΠΙ, 65-66),
après avoir reproduit une liste de sign es critiques
(σ η μ εία ) qui accom pagnaient certaines « éditions » de
Platon, rappelle un ren seign em en t tiré de la Vie de Xénon
d’Antigone (6 6 ), rapportant l ’u sage alors en vigueur de1

1. W i l a m o w i t z , p . 1 2 4 . C f . T . D o r a n d i , Filodem o, Storia dei filo-


sofi. La Stoà da Zenone a P anezio (PH erc. 1018), L e i d e n 1 9 9 4 , p . 3 3 -
34.
INTRODUCTION

réclamer une somme d’argent à qui voulait consulter


l ’exemplaire des dialogues de Platon déposé à l’Acadé­
mie : τα μέν σημεία ταύτα και τα βιβλία τοσαυτα·
απερ 'Α ντίγονός φ η σιν ό Κ αρύστιος έν τφ Περί
Ζήνω νος νεω στι έκδοθέντα ει τις ή θ ελ ε διαναγνώ-
ναι, μισθόν έτέλ ει τοΐς κ εκ τη μ ένοις1. Je considère
comme exacte l’hypothèse affirmant que απερ se rap­
porte seulement à τα βιβλία τοσαυτα et que νεωστι
έκδοθέντα est à interpréter dans le sens de « livres
depuis peu disponibles »12.
L’opinion générale est que ce qui provient d’Antigone
dans ce passage se limite à la donnée affirmant qu’il fal­
lait payer pour consulter l ’exemplaire des dialogues de
Platon conservé dans l'Académie. On a aussi proposé3
de faire remonter à Antigone la liste des ση μεία, ainsi
que de reconnaître un passage d’Antigone cité littérale­
ment, modèle direct de Diogène, dans un fragment de
papyrus (ne s. ap. J.-C.) de la collection de Florence4. Ce
fragment contient une liste de signes critiques fort sem­
blable à celle transmise par Diogène Laërce, mais établie
dans un ordre différent, avec plus de soin (chaque

1. Fr. 39. L’interprétation n’est pas universellement admise et la


bibliographie est considérable. Je cite seulement F. Solmsen, « The
Academie and the Alexandrian editions of Plato’s works ». ICS 6,
1981, p. 102-111 ; J. Mansfeld, Prolegomena. Questions to be settled
before the study o f an author, or a text, Leiden 1994, p. 198-199
(Complementary note to p. 63, avec références à des travaux antérieurs
et une discussion critique), et Y. Lafrance, Pour interpréter Platon. II.
La ligne en “ République " VI, 509d-55Ie. Le texte et son histoire,
Montréal et Paris 1994, p. 42-70 avec les notes, p. 96-105.
2. Cf. G. Cavallo, S<£C 8, 1984. p. 9, dont les résultats sont accep­
tés par J. Bames, Apeiron 24, 1991, p. 124-125, et Mansfeld, Prolego­
mena, h e. eit. ( supra, n. 1).
3. M. Gigante, « Biografia e dossografia in Diogene Laerzio »,
Elenchos 7, 1986, p. 67-71. Avec une nouvelle édition du texte
(ρ. 68).
4. V. Bartoletti, « Diogene Laerzio III, 65-66 e un papiro della rae-
colta fiorentina », dans Mélanges Tisserant, I, Città dei Vaticano 1964,
p. 25-30 (* Scritti 1933-1976,1 2, Pisa 1992, p. 525-530).
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE I.XXI1I

σημεΐον est dessiné), et avec l’addition d’un signe sup­


plémentaire (l’antisigma simple)1 : nous sommes sans
doute en présence de la source de Diogène, mais les
preuves concrètes qu’il s’agit d’un passage d’Antigone
font défaut2. Tarrant a supposé, ce qui est très vraisem­
blable, mais également dépourvu de preuves décisives,
que la liste remontait au platonicien Thrasylle, dont
l’intérêt pour les Dialogues de Platon est bien connu3.
Une hypothèse convaincante sur le rôle de la liste des
σημεία du papyrus de Florence a été avancée par Mme
Luzzatto4. A partir de la comparaison avec la note édito­
riale copiée aux ff. 282v-283r du Laurentianus 69.2 (Thu­
cydide : Xe s.), elle est parvenue à la conclusion que la liste
du papyrus de Florence était une introduction à un
βιβλίον de Platon, et que la note du Laurentianus, ainsi
qu’une liste semblable de σημεία aujourd’hui perdue,
accompagnaient une édition de Thucydide du IIe s. ap. J.-C.
Il faut pourtant se demander si le parallèle avec Dio­
gène Laërce n’aurait pas influencé un peu trop son iden­
tification du β ιβ λ ίο ν, en tête duquel figurait le pinax
contenu dans le papyrus de Florence. Pourquoi Platon

1. La liste est aussi partiellement conservée, dans une traduction


latine, par ce que l’on appelle VAnecdoton Cauense publié par C. W.
A. Reifferscheid, RhM 23, 1868, p. 131-132 (cf. H. Alline, « Aristo­
phane de Byzance et son édition critique de Platon », REA 17, 1915,
p. 85-97). Les textes sont réédités, avec traduction allemande et com­
mentaire, dans H. Dörrie-M. Baltes, Der Platonismus in der Antike, U,
Stuttgart-Bad Cannstatt 1990, p. 92-96 (Baustein 49, 1-3) et 347-356,
sur quoi, voir les observations de J. Bames (art. cit., p. lxii n. 2),
p. 124-125.
2. C’est ce que rappelle L. Brisson, « Diogène Laërce, ‘Vies et
doctrines des philosophes illustres’. Livre ΙΠ : Structure et contenu »
ANRW Π 36.5, Berlin u. New York 1992, p. 3719-3721 ; H. Tarrant,
Thrasyllan platonism, London & Ithaca 1993, p. 183 n. 14 ; Mansfeld,
Prolegomena (op. cit., p. lxxii n. 1), p. 198-199.
3. Tarrant, Thrasyllan platonism (op. cit., supra, n. 2), p. 183 n. 14.
Il imprime (p. 237) D.L. III, 66 comme test. 22 dans sa collection de
témoignages relatifs à Thrasylle.
4. M J. Luzzatto, MD 30, 1993, p. 195-196.
INTRODUCTION

plutôt qu'un autre auteur ? La comparaison avec la liste


transmise dans ce que l ’on appelle VAnecdoton Parisi-
m m 1 peut du moins inviter à considérer une série plus
large d ’auteurs comme susceptibles d’être concernés par
la liste de Florence, m êm e si son contenu est quelque peu
différent2 :

His solis in adnotationibus t henni lucii f et histori­


corum usi sunt f uarrus hennius haelius aeque t et
postrem o Probus, qui illas in Virgilio et Horatio et
Lucretio apposuit, ut in H om ero Aristarchus
« Voilà les seuls signes utilisés dans l’annotation
de ... et des historiens par ... et enfin par Probus, qui
les apposa à Virgile, Horace et Lucrèce, comme
Aristarque l ’avait fait pour Homère ».

Caractéristiques des Bioi d ’Antigone

Si l ’on considère les résultats obtenus jusqu’ici, on réa­


lise qu’il est quasiment im possible de tirer des déductions
de caractère général sur ce que pouvaient être la structure
et la forme d ’un Bios d ’Antigone.
L ’unique Bios dont on puisse avoir une vision
d’ensemble un peu étendue grâce aux apports de Philo­
dème, est celui de Polémon. Chercher cependant à
étendre aux autres Bioi la m ême structure formelle et les
mêmes caractéristiques ne me semble être ni légitime, ni
susceptible de donner de bons résultats. Il suffit de réflé­
chir au petit nombre de témoignages indiscutables et au
fait que nous ne savons pas avec précision quel genre de

1. Je renvoie à l’édition de Keil, GL VII, 533-536 et de Funaioli,


GRF, p. 54-56. F. Desbordes, Idées romaines sur Γ écriture, Lille 1990,
p. 245-247, en a donné une traduction française avec des notes.
2. J’utilise la traduction de F. Desbordes. Sur le problème très
débattu de 1'excerptum, voir G. D’Anna, « L’Anecdotum Parisinum
non è di Suetonio » dans Studi A. Giliselli, Bologna 1989, p. 155-161
et M. L. Delvigo, MD 24, 1990, p. 83-84.
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE LXXV

« biographies » produisait Antigone, ni quelle était sa


méthode de travail,
Je ne veux pourtant pas renoncer à présenter, dans ses
grandes lignes au moins, la Vie de Polémon. Pour les rai­
sons que l ’on vient d’exposer, je prends comme modèle
la tradition de Philodème plutôt que celle de Diogène
Laërce1.
L’extrait d ’Antigone commence par quelques détails
sur l ’origine de Polémon, natif du dème d’Oion, et sur
son père (noble athénien, éleveur de chevaux pour les
courses de chars) ; il est ensuite question de la jeunesse
dissolue et agitée de Polémon, qui s’adonnait à la bois­
son, et à l ’amour des garçons, vice qui lui valut un procès
pour mauvais traitement de la part de sa femme (IV, 38-
XIII, 10). Antigone relate ensuite l ’épisode crucial de la
vie du futur scholarque de l ’Académie : sa « conver­
sion » à la philosophie, à la suite de sa rencontre avec
Xénocrate. Brusquement, Polémon changea de mode de
vie et devint posé et sérieux, attitude qu’il conservera, par
la suite, en toutes occasions (XIII, 10-19). Son caractère
était si affirmé qu’il ne montra pas la moindre peur et
conserva une attitude imperturbable lorsqu’un chien
enragé lui attrapa le mollet. Par ailleurs, il faisait montre
de si peu d’émotion qu’il ne laissait même pas paraître
ses impressions lors de représentations théâtrales. Bien
qu’il fût de petite taille, Polémon avait en lui quelque
chose de noble et était doté d ’un sérieux qui avait son
efficacité dans la vie politique ; le peintre Mélanthos le
comparait à certains portraits dont le personnage irradie
sûreté de soi et dureté (XIII, 20-XIV, 3). Étranger à toute
subtilité dialectique, Polémon s’orientait plutôt vers les
questions pratiques et recourait à un langage approprié,
évitait les raffinements exagérés, et se déclarait enthou-

I. Cf. aussi Gigante, « Biografia e dossografïa in Diogene Laer-


zio » (art. cit., p. LXXtr n. 3), p. 69-70, avec un renvoi à Ed. Schwartz,
« Diogenes Laertios 40 », RE V 1, 1903, 747 (= Id„ Griechische Ge­
schichtsschreiber, Leipzig 1957, p. 476).
INTRODUCTION

siasmé par l’harmonie de type pindarique. Il montrait une


prédilection pour la vie retirée et fuyait la foule, était
admiré pour son respect de la parole donnée et son bon
sens. Il avait choisi de vivre dans le jardin de l’Acadé­
mie, où ses disciples édifièrent des cabanes afin de pou­
voir demeurer dans son voisinage. Il conserva toujours
son admiration pour Xénocrate, dont il chercha à imiter
le comportement. Il fit preuve d ’un goût prononcé pour
les vers de Sophocle (XIV, 4-XV, 3). Il semble qu’Anti-
gone ait achevé ce Bios par la citation du jugement favo­
rable à Polémon, Cratès et Crantor qu’avait exprimé
Arcésilas lors de son arrivée à leur école : les trois guides
de l ’Académie lui avaient semblé des dieux ou des survi­
vants de l ’antique race d ’or, parce que, tels Speusippe et
Xénocrate, ils étaient restés fidèles aux doctrines de Pla­
ton (XV, 3-27). Le chapitre final (XV, 35-46), en raison
de la lacune qui le précède, ne donne pas l'apparence
d’être relié au reste de la narration : Antigone semble
encore s ’arrêter sur l’épisode de la « conversion » de
Polémon et sur l’influence exercée par Xénocrate. La
partie la mieux conservée décrit l’amour de Polémon
pour Cratès et la difficile conquête de l ’être aimé. Je
n’exclus pas qu’après avoir fait l ’éloge des vertus de son
héros, Antigone ait voulu retourner, un peu comme pour
refermer la boucle, aux points faibles de celui-ci : en
dépit de sa « conversion » à la philosophie et de sa
constante imitation de la gravité de Xénocrate, Polémon
connut la « rechute », lorsqu’il s’éprit, justement, du
jeune Cratès et lutta contre un rival jusqu’à ce que Cratès
soit conquis par ses qualités.
Ce qui découle de cette analyse est le manque d’indi­
cations chronologiques, d’éléments concernant les suc­
cessions des philosophes (rapports maître/disciple, suc­
cessions, listes d’élèves)1, mais aussi de listes de livres,
1. Nous retrouvons, cependant, un renvoi explicite à la succession
de Cratès à Polémon dans la Vie de Cratès fPhld., Acad, ftist col Q v
I0 = fr. 13),
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE LX X V Il

d’observations sur la production littéraire du protago­


niste. Il n’y a pas non plus trace d’anecdotes (du moins
dans les parties conservées ; Gaiser avait cru en discerner
quelques-unes, mais il s’agit de passages lacunaires,
reconstruits de manière tout à fait personnelle) : cet
argumentum ex silentio n’est pas, en soi, un élément suf­
fisant pour exclure la présence d’anecdotes dans la Vie en
question, ou dans certaines autres. On ne trouve pas non
plus un intérêt pour sa pensée philosophique. Antigone se
concentre sur Polémon en tant qu’homme doté de vertus
et de vices, l ’installant dans la réalité contemporaine1. Il
se trouve isolé, en même temps, dans le monde presque
irréel d’Antigone, ce monde d’un homme qui avance en
âge et se remémore traits et faits relatifs à des personnes
connues au temps de sa jeunesse2.

Que sont les Bioi d'Antigone ?


Avec ces dernières observations, j’entre dans le vif d’un
problème vaste et compliqué : celui qui consiste à établir,
autant que nos connaissances le permettent, ce que pou­
vaient être les Bioi d’Antigone. La réponse à cette question
est rendue difficile par le petit nombre de morceaux attri­
buables avec certitude aux Biographies d’Antigone, et par
le manque d’œuvres antiques présentant des éléments évi­
dents de comparaison avec le modèle antigonéen.
On sait que les Biographies d’Antigone ont été défi­
nies comme littérature de mémorialiste, genre qui n’a eu
qu’une faible diffusion dans l’antiquité classique. Si l’on
excepte les Epidémies d’ion de Chios, trop fragmentaires,
sauf un passage (fr. 6), pour constituer un point concret
de comparaison3, l ’unique ouvrage qui montre, en cer-
1. Sur ce point, je me trouve en plein accord avec les conclusions
de Dihle.
2. Cf. G. Misch, Geschichte der Autobiographie, I, Leipzig u. Ber­
lin 1907, p. 197.
3. FGrHist 392 F 4-7 (cf. test. 2 ; fr. 9. I0-II ?, 12-16, 17 ?, 19 ?,
22) ; les fragments des Épidémies ont été réédités avec traduction ita-
LXXVIII INTRODUCTION

taines parties du moins, une similitude réelle avec ce que


nous connaissons des Bioi d’Antigone, est le recueil de
Sénèque le Père intitulé : Oratorum et rhetorum senten­
tiae diuisiones colores. le fais, en particulier, référence
aux praefationes aux Controuersiae, dans lesquelles
Sénèque décrit les orateurs et rhéteurs qu’il avait rencon­
trés durant sa jeunesse, pour les faire connaître à ses fils
Novatus, Sénèque et Mêla en tant qu’exemples construc­
tifs dont il est important de se souvenir et qu’il faut imi­
ter1. Nous nous trouvons en présence d’une série de
portraits qui, une fois dépouillés des éléments et parti­
cularités propres au monde romain, montrent dans leur
structure et leur composition de surprenants points com­
muns avec la méthode et les intentions d’Antigone. Il
semble que les auteurs aient tous deux rassemblé et écrit
leurs souvenirs à un âge avancé et, du moins en ce qui
concerne Sénèque, pour des raisons que nous pourrions
qualifier de pédagogiques3.
Wilamowitz a, le premier, perçu les points communs
entre Antigone et Sénèque ; Misch a attiré l’attention sur
le portrait de M. Porcius Latro dans Contr. I praef. 13-
24 ; Fairweather, enfin, a montré la prédilection qu'avait
Sénèque pour l’opposition entre les aspects contraires du
caractère de ses personnages, — comme Antigone dans
la description du caractère de Ménédème (D.L. II, 136 =
fr. 23) — et elle a effectué une comparaison entre la
façon dont le jeune Fabianus (Contr. II, praef. 2) avait

lienne par A, Leurini, Ionis Chii Testimonia et fragmenta, Amsterdam


1992, fr. 100-112 (trad., p. 261-264). Cf. J, Fairweather, Seneca the
Elder, Cambridge 1981, p. 61 (à propos du fr. 6).
1. Les rapports formels entre les deux œuvres ont été mis en évi­
dence, pour la première fois, par Wilamowitz, p. 82, et ont été repris
par Misch, Geschichte der Autobiographie (op. cit.. p. l x x v ii n. 2), I,
p. 179 n. 5, et par J. Fairweather, Seneca the Elder, op. cit. (p. ι,χνιΐ
π. 3), p. 61-63, 339.
2. Pour Antigone, cf. Wilamowitz, p. 127. 131 ; pour Sénèque, cf.
Contr. I, praef 1 et X, praef. 1. Pour l'œuvre de Sénèque, je suis le
texte de l’édition de L. Hâkanson, Lipsiae 1989.
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE LXX1X

triomphé de son caractère émotif et ce qu’on lit dans la


Vie de Polémon (D.L. IV, 17 ; voir aussi Phld., Acad,
hist., col. XIII, 10-19 = fr. 9AB). A mon avis, ce ne sont
pas tant les parallèles précis qui présentent de l’intérêt
que le contexte dans lesquel ils s’inscrivent, c ’est-à-dire
celui des praefationes considérées individuellement et
dans leur intégralité1. Une nouvelle lecture de ces pré­
faces m’a cependant révélé divers éléments significatifs
montrant des points communs entre les deux auteurs.
Cela ne signifie pas que je propose un rapport de dépen­
dance mutuelle, directe ou indirecte ; je voudrais plutôt
mettre en lumière des points cruciaux qui pouvaient
constituer, d’une certaine façon, quelques-uns au moins
des éléments de base du « genre » autobiographique
dans le monde antique.
Je ne relève ici que certains des cas les plus significa­
tifs pour la recherche menée jusqu’à présent : la
« conversion » de Papirius Fabianus (II, praef. 1-2), dont
Fairweather a déjà relevé la similitude avec celle de Polé­
mon ; la présence, bien que discrète, d’anecdotes2 confir­
mant partiellement la possibilité que cette rubrique ait pu
aussi trouver place dans la littérature mémorialiste ;
l’inclusion dans une seule praefatio (X, 1-16) de souve­
nirs sur divers orateurs et rhéteurs plus ou moins connus
(Aemilius Scaurus, T. Labienus, Musa, Volcacius
Moschus, Pacatus, Fulvius Sparsus, Capito, Patemus,
Moderatus, Fabius, Gaius Silius, Clodius Turrinus),
confirme une nouvelle fois la suggestion qu’à l’intérieur
d’un seul Bios, au sens large du terme, pouvaient aussi se
trouver des allusions plus ou moins détaillées à d’autres
personnages, liés au protagoniste pour des raisons qui
nous échappent aujourd’hui : c ’est le cas de Ctésibios de
Chalcis et peut-être d’Adimante d’Étolie3.

1. Sen., Conlr. I, praef. 13-24 ; U, praef. 1-5 ; III.praef. 1-7 ; IV,


praef. 1-11 l VII, praef. 1-9 ; IX, praef. 1-5 ; X, praef. 1-16.
2. Sen., Contr. 1, praef. 22 ; IV, praef. 7 ; VII, praef. 6-9.
3. Cf. p. LXVI1I et LIX.
LXXX INTRODUCTION

Ces éléments et les autres aspects relevés plus haut


confortent l'hypothèse que les B ioi d’Antigone peuvent
être rangés dans la littérature de mémoires, plutôt que
dans le genre biographique traditionnel. Ces Bioi se dis­
tinguent complètement de la biographie « alexandrine »
comme de la biographie « péripatéticienne », de quelque
façon que l’on définisse ces deux catégories. On en retire
l’impression d’une œuvre dotée d’une structure et d’une
composition vraiment à part, qui ne se retrouve dans
aucun des ouvrages parvenus jusqu’à nous, sinon par cer­
tains aspects particuliers. Cette liberté de pensée, et cette
indépendance à l ’égard du processus de réorganisation du
matériel selon des canons et des critères entièrement
propres à Antigone sont les éléments sur lesquels j’ai
basé mon choix lors de l ’identification et de la délimita­
tion des fragments des Bioi antigonéens.

Antigone n ’a-t-il écrit que des Biographies de philo­


sophes ?
Il reste, enfin, à se poser une question à laquelle il n’a
pas été donné de réponse jusqu’à présent, peut-être parce
qu’elle n’a jamais été prise en considération, du moins
explicitement : Antigone n’a-t-il écrit que des biogra­
phies de philosophes, ou bien a-t-il composé également
des biographies d’hommes de lettres, d ’artistes et
d’hommes de culture contemporains ? Il n’est pas sur­
prenant que les fragments conservés se rapportent tous à
des philosophes, si l ’on considère qu’ils proviennent
d’ouvrages au contenu philosophique (Aristoclès) ou de
textes relatifs à des philosophes et à la philosophie en
général (Athénée, Philodème, Diogène Laërce). L’indis­
cutable multiplicité des intérêts d’Antigone, telle que
mise en évidence dans les écrits qui lui sont attribués et
les circonstances mêmes de sa vie, laisse ouverte la pos­
sibilité qu’il se soit intéressé à des personnalités plus
nombreuses et d’un registre plus varié. Diogène Laërce
ANTIGONE DE CARYSTE BIOGRAPHE LXXXI

(IV, 17 = fr. 9B) et Athénée (IV, 162 e = fr. 30) donnent


à l’œuvre le titre générique de Bioi, sans autre précision :
’Αντίγονος 6 Κ αρύστιος έν τοΐς Βίοις. 11 s’agit peut-
être d’un titre de commodité et non celui qu’avait choisi
Antigone, mais en tout cas de cette façon il ne représente
pas un obstacle à mon hypothèse. En l’absence d’infor­
mations spécifiques, il est préférable de conclure par un
non liquet, honnête si peu satisfaisant.
Ill

ANTIGONE DE CARYSTE HISTORIEN DE L’ART


ET SCULPTEUR ?

La thèse de Wilamowitz
Parmi les questions les plus discutées sur la personna­
lité d’Antigone de Caryste figure celle de l’identification
du biographe et érudit avec l’historien de l’art et sculp­
teur à la cour de Pergame. La thèse de Wilamowitz, favo­
rable à l ’identification des deux personnages1, reste
dominante, mais pas inattaquée. Je commencerai donc
par un exposé des positions de Wilamowitz et par une
analyse des critiques qui lui ont été adressées2.
Wilamowitz présupposait que VAntigonus qui de
toreutice scripsit cité par Pline l’Ancien parmi les
sources des livres XXXIII et XXXIV de sa Naturalis his­
toria3 était le même que l ’auteur homonyme des livres de
sua arte mentionné également par Pline, aux côtés d’Isi-
gonos, Pyromachos et Stratonicos, parmi les artistes qui
travaillèrent aux ex-voto d’Attale et d’Eumène à l’occa­
sion de leurs victoires sur les Galates : pluies artifices
fecere Attali et Eumenis aduersus Gallos proelia, Isigo-
nus Pyromachus Stratonicus Antigonus, qui uolumina
condidit de sua arte4. Cet Antigone, sculpteur et historien
de l’art, avait exercé son activité à Pergame dans le der-

1. Wilamowitz, p. 7-15, 130-131, 337.


2. Köpke, p. 25-28, était parvenu à la conclusion qu’il y avait eu un
second Antigone, contemporain du Carystien, sculpteur en activité à
Pergame et auteur d'un Π ερί ζωγραφιάς, dans lequel on discutait
Περί πινάκων et Π ερί ζωγράφων.
3. Fr. 42.
4. Nat. hist. XXXIV, 84 = fr. 43.
1.XXX1V INTRODUCTION

nier tiers du in' s. av. J.-C. et il avait travaillé aux ex-voto


d'Attale I" vers 239 av. J.-C.
Wilamowitz1 avait aussi attiré l ’attention sur deux ins­
criptions fragmentaires du socle de ces monuments
découverts à Pergame, dans lesquelles les premiers édi­
teurs n’excluaient pas la possibilité de reconstruire
Ίσι]γόνου έργα ou bien Έ π ι]γό νο υ έργα, ou peut-être
même Ά ντι]γό νο υ έρ γα 2. Les doutes furent, toutefois,
dissipés avec l’édition définitive de la seconde inscrip­
tion, lorsque l’on eut retrouvé le dessin de la partie
gauche perdue, ce qui permit à Frankel de compléter la
souscription en : Έ (π )ιγόνου έρ γα 3.
Chez Pline, nous découvrons encore le jugement
qu’Antigone et Xénocrate d’Athènes, tous deux auteurs
de traités sur la peinture (Antigonus et Xenocrates, qui de
pictura scripsere), avaient exprimé sur Parrhasius4. La
chronologie de Xénocrate, sculpteur et élève de Lysippe,
et la position qu’il occupe, aux côtés du sculpteur Anti­
gone, rendraient certaine l’hypothèse selon laquelle il
n’aurait existé qu’un seul Antigone qui écrivit aussi bien
sur le ciselage que sur la peinture. Xénocrate et Antigone
sont, en effet, mentionnés à nouveau ensemble dans un
passage de la Vie de Chrysippe de Diogène Laërce5. Il y
est rapporté que Chrysippe, dans son Π ερί των άρχαίων
φυσιολόγων, avait décrit un tableau représentant Zeus et
Héra commettant un acte obscène. Chrysippe rapportait
que ce tableau n’avait pas été catalogué par les auteurs
d’ouvrages sur les peintures, ni cité par Polémon, Xéno­
crate ou Antigone. Le témoignage de Diogène Laërce
permettrait, selon Wilamowitz, de conclure que l’ouvrage

S. Wilamowitz, p. 7.
2. IPerg. 22 et 29 = OCIS 274 el 280.
3. M. FrSnkel, IPerg. 29. Cf. Schober, Epigonos, p. 127-128
4. Hin., Nar hist. XXXV, 68 = fr. 44.
5. D.L. VU, 187-188 = fr. 46. Il faut noter que Wilamowitz accepte
la correction Xénocrate de Köpke au lieu d’Hypsicratès des mss. (voit
p. 37 n. 23).
HISTORIEN DE L’ART ET SCULPTEUR ? LXXXV

d’Antigone n’était pas une simple histoire de la peinture,


mais aussi un catalogue de tableaux, et sûrement bien
renseigné. Il n’y aurait donc pas de doute qu'il s’agissait
bien de l’Antigone contre lequel Polémon d’Ilion avait
dirigé son oeuvre intitulée Πρός Ά δ α ΐον και Α ντίγο­
νον, Contre Adaios et Antigone. Nous ne connaissons
rien de la chronologie de cet Adaios auteur d’un Περί
άγαλματοποιών ; Polémon, lui, fut honoré en 177/6
d’une proxénie à Delphes1 ; à cette date, il devait, donc,
avoir déjà publié ses œuvres les plus importantes.
Les noms d’Antigone et de Polémon reviennent encore
dans les listes d’homonymes de Diogène Laërce2. Celui
de Polémon à propos des sculpteurs Théodore et Démé-
trios et du peintre Bion3 ; celui d’Antigone à propos des
deux sculpteurs Anaxagore et Démocrite4.
C’est un passage du parémiographe Zénobios (11e s. ap.
J.-C.) qui se révèle, cependant, d’importance fondamen­
tale pour la reconstruction de l ’identité d’Antigone5 :
Ταμνουσία Νέμεσις* έν Ταμνούντι Νεμέσεως
ϊδρυται αγαλμα δεκάπηχυ, όλόλιθον, εργον
Φειδίου, έ χ ε ι δέ έν τη χειρ! μηλέας κλάδον. Έξ
ού φησιν ’Α ντίγονος δ Καρύστιος πτύχιόν τι
μικρόν τήν έπιγραφήν έχο ν “ Άγοράκριτος
Πάριος έπ ο ίη σ εν ”. Ου θαυμαστόν δέ· καί άλλοι

1. Cf. StG* 585, 1 14. L’identification du personnage remonte à


P. Foucart, RPh 2, 1878, p. 215-216, et, en dépit des doutes exprimés
par Loewy, p. 120, elle a généralement été acceptée : cf. Ch. Marek.
Die Proxenie, Frankfurt am Main 1984, p. 212.
2. Il n’est pas certain que ces informations remontent, dans tous les
cas, aux Homonymes de Démétrios de Magnésie : cf. E. Maass, De
biographis Graecis quaestiones selectae, Berlin 1880, p. 23-47 ; Wila-
mowitz, p. 9-10.
3. D.L. II, 104 ; V, 85 et IV, 58 (= 2149, 362, 897 Overbeck). Pour
Théodore, cf. G. Lippold, « Theodoros 201 », RE VA 2, 1934,
col. 1920 ; pour Bion, cf. C. Robert, « Bion 14-15 », RE III 1, 1897,
col. 487. Pour Démétrios il manque une entrée dans la RE.
4. D.L. U, 15 = fr. 48 et IX, 49 = fr. 49.
5. Zenob. V, 82 = fr. 47.
INTRODUCTION

γάρ π ολλοί έπί των οικείω ν έργω ν έτερον έπι-


γεγράφασιν όνομα- είκ ός οΰ ν καί τόν Φειδίαν
τω Ά γορακρίτω συγκεχω ρηκέναι, ή ν γάρ αυτού
έρώμενος, καί άλλω ς έπτόη το περί τά παιδικά
« Némésis de Rhamnonte. A Rhamnonte se trouve
une statue de Némésis de dix coudées, tout en pierre,
œuvre de Phidias ; à la main elle a une branche de
pommier. Là — rapporte Antigone de Caryste —
pend un petit cartel portant l ’inscription : “ Fait par
Agoracrite de Paros Nul besoin de s’en étonner.
Beaucoup d ’autres artistes, en effet, ont inscrit sur
leurs propres œuvres un nom différent du leur. Il est
donc vraisemblable que Phidias en a cédé l’attribu­
tion à Agoracrite, qui était son aimé ; d’ailleurs, il
était fou de jeunes garçons ».
Wilamowitz soutient que nous sommes en présence
non pas d’un proverbe, car on ne le retrouve pas dans les
autres recueils, mais d'une interpolation plutôt ancienne
dans le texte de Zénobios, comme le démontrerait le fait
que, par l’intermédiaire de Zénobios. ce renseignement
serait parvenu aussi à Hésychius (vc s. ap. J.-C.)1. Il est
évident que ce passage dérive d’un dictionnaire rhéto­
rique bien qu’il ne soit pas possible d’en établir les liens
avec la notice parallèle dans le Lexique de Photios2 :
'Ραμνουσία Ν έμεσις- αϋτη πρώτον άφίδρυτο έν
’Αφροδίτης σχήματι- διό καί κλάδον είχε
μηλέας. Ίδρύσατο δ’ αύτήν Έ ρ εχθεύς μητέρα
έαυτοΰ οϋσαν, όνομαζομένην δέ Ν έμεσιν καί
βασιλεύσασαν έν τφ τόπφ. Τό δ’ άγαλμα
Φειδίας έποίησεν, où τήν έπιγραφήν έχαρίσατο
’Αγορακρίτο) τφ Παρίω έρωμένψ· δς καί
1. Hesych. ρ 100 (ΙΠ, ρ. 421 Schmidt). Cl. Ο. Crusius, Analecta ad
Paroemiograplws Graecas, Lipsiae 1883, ρ. 116 n. 3 (réimpr. dans
Corpus Paroemiographorum Graecorum : Supplementum, U, Hildes­
heim 1961).
2. 416. 13-417, 3 Poison 1= 837 Overbeck).
HISTORIEN DE L'ART ET SCULPTEUR ? LXXXVH

Ό λυμπίασι τφ δακτύλω του Διός έπέγραψε


“ Παντάρκης καλός Ή ν δέ ούτος ’Αργείος,
έρώμενος αύτοΟ
« Némésis de Rhamnonte : elle avait, à l’origine, la
forme d’Aphrodite, c ’est pourquoi elle tenait une
branche de pommier. C ’était Érechthée qui l’avait
érigée car sa mère s’appelait Némésis et régnait en
ces lieux. Phidias avait fait la statue, dont l ’inscrip­
tion accordait le crédit à son bien aimé Agoracrite de
Paros. C’est le même (Phidias) qui à Olympie écrivit
sur le doigt de Zeus : “ Pantarkès est beau ”, Celui-
ci était argien et son aimé ».
Antigone de Caryste avait donc soigneusement décrit
la Némésis de Rhamnonte et, grâce à une inscription dont
il avait reproduit le texte, il était parvenu à établir qu’elle
était attribuée à Agoracrite et non à Phidias. Le début du
lemme de Photios s’éclaire à son tour, si on le rapproche
d’un passage parallèle de Pline, tiré de Varron. Après
avoir rappelé que Phidias avait eu comme disciple l ’athé­
nien Alcamène et qu’il l ’avait aidé à finir la statue appe­
lée ’Αφροδίτη έν κήποις, Pline continue1 :
eiusdem /sc. Phidiae] discipulus fuit Agoracritus, et
aetate gratus, itaque e suis operibus pleraque nomini
eius donasse fertur. Certauere autem inter se ambo
discipuli Venere facienda, uicitque Alcamenes non
opere, sed du itatis suffragiis contra peregrinum suo
fauentis. Quare Agoracritus ea lege signum suum
uendidisse traditur ne Athenis esset, et appellasse
Nemesin. Id positum est Rhamnunte pago Atticae
« Agoracrite fut élève de Phidias, à qui sa jeunesse
aussi était chère. Aussi un grand nombre des œuvres

l. Plin., Nat. hist. XXXVI, 17 (= 834 Overbeck). Je cite la traduc­


tion de R. Bloch, in André-Bloch-Rouveret fCUF). Voir A. Corso dans
Plinio Secondo, Storia Naturale, V, Torino 1988, p. 535-541, et
A. Delivorrias, « Alkamenes », EAA, Il Suppl. 1, 1994, p. 172-179.
INTRODUCTION

du maître furent-elles mises, dit-on, par celui-ci au


nom de son disciple. Les deux élèves (Agoracrite et
Alcamène) rivalisèrent entre eux pour une statue de
Vénus, et Alcamène l'emporta, non pas grâce à son
œuvre, mais grâce aux suffrages de sa cité qui contre
un étranger favorisait son enfant. Aussi la tradition
veut-elle qu’Agarocrite ait vendu sa statue sous la
condition qu’elle ne demeurât pas à Athènes, et qu’il
l ’ait appelée “ Némésis Elle est placée dans un
bourg de l ’Attique, à Rhamnonte ».
Nous lisons une autre description détaillée de la Némé­
sis de Rhamnonte dans Pausanias, où l’oeuvre est attri­
buée à Phidias1. Pausanias avait sûrement empmnté cette
description de la statue à une source littéraire.
De tout cela, Wilamowitz tirait les conclusions sui­
vantes : ces traditions remontent au moins à l’époque
pré-chrétienne ; l ’idée que Phidias était l ’auteur de la
Némésis s ’est imposée. On la retrouve chez Pausanias
qui, en d’autres passages de son œuvre, suit pas à pas
Polémon ; Polémon a critiqué Antigone : le passage sur
la Némésis dans Zénobios est donc tiré de l’œuvre de
Polémon intitulée Π ρός Ά δ α ιο ν καί ’Αντίγονον, et
découlait d’Antigone.

Antigone dans le développement de l ’art pergamênien


Les rares objections opposées à la thèse de Wilamo­
witz furent, dans un premier temps, plutôt génériques et
dépourvues d’apports concrets et constructifs. Pour
Rohde2, Wilamowitz avait traité les sources avec une
excessive désinvolture et avait donné naissance, à partir
d’elles, à des constructions hasardeuses. Loewy-1 a émis
des doutes sur le caractère réellement probant de la com­
paraison avec Zénobios. Urlichs, tout en ne trouvant pas
1. Pausanias I, 33 (= 840 Overbeck).
2. Rohde, p. 56 (= p. 356).
3. Loewy, p. 120-121.
HISTORIEN DE L'ART ET SCULPTEUR ■; LXXX1X

d’obstacle de nature chronologique à l’identification du


biographe avec l ’historien de l’art, tenait pour invrai­
semblable qu’un même personnage ait été à la fois un
lettré polygraphe et un artiste, et supposait que Zénobios
avait confondu le nom du biographe ’Αντίγονος ό
Καρύστιος, plus renommé, avec celui de Thistorien de
l’art et sculpteur ’Α ντίγονος. Les autres sources ont
continué à distinguer les deux personnages et ont dési­
gné le biographe avec l ’ethnique « de Caryste »' . A par­
tir des considérations d’Urlichs, Nebert2 exprima à son
tour des réserves sur le témoignage de Zénobios, rappe­
lant que, lorsqu’Athénée se réfère à l’ouvrage de Pole­
mon Contre Àdaios et Antigone, il cite toujours notre
auteur comme ’Α ντίγονος, sans préciser son ethnique.
Les minces données relatives à l ’Antigone historien de
l’art et sculpteur, distinct du biographe plus connu, ont
été examinées avec prudence par Nebert, qui se montre
sceptique sur la possibilité d’en restituer le nom aussi
bien dans les deux inscriptions de Pergame que dans une
lacune d’un papyrus d ’Herculanum, comme l ’avait sug­
géré Diels’. Selon Nebert, seules les données suivantes
sont certaines : l ’Antigone historien de l’art et sculpteur,
en activité à la cour d’Attale Ier, a vécu au IIIe s. av. J.-C.
et a décrit, dans une oeuvre de caractère probablement
périégétique, la Némésis de Rhamnonte, en en discutant
l’attribution.123

1. Urlichs, p. 34.
2. Nebert II, p. 774-776. Pour une discussion des hypothèses de
Nebert, supra, p. xm-xiv.
3. Cf. H. Diels, DLZ 3, 1882, col. 605. Le passage en question est
PHerc. 207, col. Ill, 10-11 (Phld., De poem. IV), où Th. Gomperz,
ZŒG 16, 1865, p. 719 η. 1 (= Eine Auswahl herkulanischer kleiner
Schriften, hrsg. v. T. Dorandi, Leiden 1993, p. 5 n. 1) suggérait de res­
tituer Άρε[τά]Ιγονος, Diels penchait pour ’Αν[τί]Ιγονος, F. Sbordone
{Ricerche sui Papiri Ercolanesi I, Napoli 1969, p. 321) pour
Άρε[ό]Ιγονος. R. Janko, « Philodemus’ On poems and Aristotle’s on
poets », CErc 21, 1991, p. 12 (cf. p. 19-20) lit, correctement, και
πάρε[ρ1Ιγον.
xc INTRODUCTION

Le débat prit de l'ampleur à la fin des années trente de


notre siècle, lors de la polémique entre Schober et
Schweitzer à propos du développement de l’art pergame­
nten1.
Dans un article sur la carrière et l ’originalité d’Épigo-
nos, Schober avait déjà exprimé l ’opinion que ce maître
— dont l’activité doit être située à Pergame entre 265 et
225 — était l ’unique représentant de l ’art pergaménien
au m' s. av. J.-C. Autour de lui s’était rassemblée et
organisée une école, à laquelle doivent être attribués,
entre autres, les grands ex-voto pour les victoires
d’Eumène II et d’Attale II sur les Galates. On ne peut
donc pas dire qu’il y ait eu, avant le IIe s. av. J.-C., une
influence sur l’art pergaménien venant des artistes étran­
gers mentionnés par Pline. Par conséquent, il faut exclure
l’identification d’Antigone proposée par Wilamowitz et
adoptée par Schweitzer2. Dans un article ultérieur, Scho­
ber3 rappelait son désaccord avec Schweitzer en ce qui
concerne la datation au me siècle des maîtres mentionnés
par Pline. Les deux rois de Pergame ne peuvent être
qu'Eumène II et Attale II : si Pline a inversé leurs noms,
cela est dû à sa volonté de maintenir, pour les souverains
comme pour les artistes, l ’ordre alphabétique, dont il n’a
exclu qu’Antigone, pour souligner le fait qu’il ne fut pas
seulement un sculpteur, mais aussi un lettré. Nous ne
savons rien d’Isigonos ni de Stratonicos et l’identification
de Pyromachos avec l’artiste homonyme dont Pline
(XXXIV, 51) place le,/7om it en 296-292, est loin d’être
certaine. En effet, on ne peut exclure qu’aient existé deux
Pyromachos distincts, dont un contemporain de Nicéra-

1. Ch. Picard, « Bulletin archéologique ». REG 56, 1943, p. 203-


219, fournit un compte rendu critique du débat, qui est devenu com­
plètement dépassé à la lumière des nouvelles recherches sur l'histoire
de Part pergaménien. J'en donne cependant un résumé en raison de sa
valeur historique dans la reconstruction de la personnalité d'Antigone.
2. Schober. Epigonos, p. 126-149. ”
3. Schober, Geschichte, p. 142-149.
HISTORIEN DE L'ART ET SCULPTEUR 7 XCI

tos, en activité à Pergame et ayant vécu au IIe s. Quant à


cet Antigone, qu’il faut distinguer du biographe de
Caryste, c ’est l ’historien de l ’art contre lequel a écrit
Polémon et, par conséquent, un contemporain du I I ' s .
Schweitzer12 s ’opposa à cette hypothèse, soutenant, à
l’aide d’arguments nouveaux et après avoir réexaminé
soigneusement la tradition relative à Epigonos et à Pyro­
machos, la présence indubitable à Pergame d’artistes
attiques dès le IIIe siècle. Parmi eux figurait Antigone qui
serait arrivé en compagnie de Pyromachos, dont la chro­
nologie devrait être placée, par conséquent, dans la
seconde moitié du IIIe siècle. La thèse de Wilamowitz
garderait donc sa force, et les deux souverains mention­
nés dans Pline seraient Eumène 1er et Attale 1er.
La polémique se poursuivit avec une réponse de Scho­
ber3 qui, niant l’équation Antigone = Antigone de
Caryste, reprit toute la question Pyromachos-Nicératos et
chercha à confirmer, au moyen d’arguments spécieux3, sa
conviction personnelle que des maîtres attiques n’avaient
été présents à Pergame qu’à partir du h' siècle. Son inter­
prétation du lemme de Zénobios 'Ραμνουσία Νέμεσις4
est, néanmoins, intéressante : Schober soutient que la
source du parémiographe aurait été le recueil de pro­
verbes rassemblés par Didyme Chalcentéros5. En plus de
celle de Wilamowitz, il y a deux possibilités d’interpréta­
tion du passage : ou 'Ραμνουσία Ν έμ εσ ις est tout ce
qui reste d’un proverbe original, dont l’explication per­
due aurait été remplacée, peut-être déjà par Didyme lui-
même, par une interprétation parallèle, ou bien c ’est un

1. B, Schweitzer, « Zu frühpergamenischer Künstler », JDAl 54,


1939, p. 403-413.
2. Schober, Zeitbestimmung, p. 73-82.
3. Cf. Picard (art. cit., p. xc n. 1), p. 211 η. I.
4. Schober, Zeitbestimmung, p. 73-75. Cf. déjà, du même, Ge­
schichte, p. 148-149.
5. Cf. Schmidt, Didymi Chalcenteri grammatici Alexandrini frag­
menta quae supersunt omnia ( op. cit.. p. xxi n. 2), p. 396-398 et Pfeif­
fer, p. 279.
XC1I INTRODUCTION

proverbe fabriqué à partir d’un article de lexique. En tout


cas, nous sommes ramenés dans le domaine de la lexico­
graphie, et plutôt vers Antigone d ’Alexandrie le gram­
mairien. dont l’identification avec le Carystien est pos­
sible, sans qu’elle ne soit ni sûre, ni nécessaire1.
Pour terminer, des critiques d’ordre chronologique, ont
été émises par Andreae contre la thèse de Wilamowitz2,
L'Antigone biographe fut l’ami de Ménédème d’Érétrie,
mort en 278, à l ’âge de soixante-quatorze ans1 ; même en
admettant que leur amitié ait daté au plus tard des der­
nières années de la vie de Ménédème, la naissance
d’Antigone aurait dû remonter aux environs 293 av. J.-C.
pour que ce dernier ait pu travailler aux premiers ex-voto
après 223, alors qu’il avait au moins soixante-dix ans.
Mais le même artiste aurait aussi collaboré aux sculptures
commandées par Eumène pour la célébration de la vic­
toire sur les Galates ; nous serions donc obligés
d’admettre, qu’à l’époque de la commande, Antigone ait
eu plus de cent ans. En tenant compte de ses rapports
avec Ménédème, il est plus vraisemblable de supposer
que l'Antigone biographe et érudit serait né vers la fin du
IVe siècle, date qui rend impossible sa présence à Per­
game comme sculpteur et sa participation à la réalisation
des ex-voto, même si l’on considère qu’il avait écrit le
Bios de Lycon (mort en 225)4 à l ’âge de soixante-quinze
ans. Les dates du sculpteur ne permettent pas de postuler
qu’il y ait eu des rapports entre ce dernier et Ménédème,
et les seules informations certaines sur cet Antigone se
réduisent à ceci : avec Isigonos, Pyromachos/Phyroma-
chos et Stratonicos, il travailla aux ex-voto d’un Attale et

î. Sur Antigone grammairien, cf. p. 62-64.


2. B. Andreae, Der Asklepios des Phyromachos, dans B. Andreae
et alii, Phyromachos-Probleme : mi/ einem Anhang zur Datierung des
grossen Altares von Pergamon, MDAl(R), Ergänzungsheft 3{ Mainz
1990, p. 67-68.
3. D.L. II, 144.
4. Cf. Wilamowitz, p. 78-85 et 130.
HISTORIEN DE L'ART ET SCULPTEUR Ί XCUI

d’Eumène II. Il s ’agit probablement de l'Antigone contre


lequel a écrit Polémon, bien qu’il demeure possible que
la cible du périégète ait été un Antigone plus ancien,
auteur d’un ouvrage sur la peinture12.
Le raisonnement d’Andreae ne tient pas en raison d’un
faisceau d’indices que je résume ici3. Premièrement, il
faut tenir compte de la nouvelle chronologie de Méné-
dème, telle qu’elle a été récemment établie par D. Knoep-
fler. Ce savant3, à partir d’une révision soigneuse de la
tradition manuscrite de Diogène Laërce pour le Bios de
Ménédème, a démontré que la durée généralement
admise de la vie de ce dernier (soixante-quatorze ans) est
fausse ; on doit, en effet, retenir la leçon bien plus digne
de foi du ms. B et de la première main du ms. F, qui
n’avait été jusqu’alors acceptée que par Aldobrandini
dans son édition de Diogène (1594), selon laquelle Méné­
dème avait vécu quatre-vingt-quatre ans, pour mourir en
261/04. Cela permet de décaler la naissance d’Antigone,
et de la situer vers 290 av. J.-C. Deuxièmement, pourquoi
dater l'ex-voto d’Attale de 223 alors que l ’on date de 241
la victoire d’Attale 1er sur les Galates ? Troisièmement
— on le verra un peu plus loin — les artistes énumérés
par Pline n’ont pas tous travaillé en même temps aux
monuments sur les Galates. On peut parfaitement
admettre qu’Antigone a travaillé pour Attale 1er et non

1. Le débat sur l’identité et l’œuvre de Phyromachos reste ouvert.


Je cite quelques titres récents : F. Queyrel, « Phyromachos : Pro­
blèmes de style et de datation », RA, 1992, p. 367-380 ; Moreno, 1,
p. 203-205, 265-268 et B . Andreae, « Phyromachos », EAA II Suppl.
4.1996, p. 355-356.
2. Plusieurs de ces indices m ’ont été signalés par Mme A. Rouve-
ret (per Hueras) ; qu’elle soit vivement remerciée. Voir aussi, A. Rou-
verel. Histoire et imaginaire de la peinture ancienne, Paris 1989,
p. 454-460.
3. Knoepfler. p. 16-18 et passim, surtout p. 203 n. 92 et 210.
4. La conjecture τέταρτον και ένενηκοστόν de Ménage, propo­
sée indépendamment par G. Roeper, Philologus 9, 1854, p. 27-38, pour
qui Ménédème aurait vécu 94 ans, est inutile. Cf. Knoepfler, p. 104.
XCIV INTRODUCTION

pour Eumène. Quatrièment, l ’insertion de Pyromachos


dans la dernière liste des artistes qui précèdent la « mon
de l'art » en XXXIV, 51 permet à Pline (et peut-être à
ses sources, c ’est-à-dire Antigone et Xénocrate) d’établir
une filiation directe entre ces derniers, dépositaires de la
grande tradition classique, et les sculpteurs-critiques qui
entendent préserver cette tradition. Cinquièmement, on
pourrait justifier la référence aux ex-voto des Galates
chez Pline en supposant la présence des originaux perga-
méniens dans les collections du Templum Pacis de Ves-
pasien évoquées par Pline à la fin de ce même para­
graphe1.

La chronologie de l ’Antigone historien de l'art et sculp­


teur
Pour établir la chronologie de l’Antigone historien de
l’art et sculpteur, il faut revenir, un instant, sur le passage
bien connu de Pline : plures artifices fecere Attali et
Eumenis aduersus Gallos proelia, Isigomis Pyromachus
Stratonicus Antigonus, qui uohtmina condidit de sua
arte23. Les tentatives d’identification de l ’Antigone histo­
rien de l ’art et sculpteur avec l’érudit homonyme de
Caryste ont été menées jusqu’à présent — si l’on excepte
Wilamowitz — en présupposant que les quatre artistes
mentionnés par Pline avaient travaillé pour deux souve­
rains de Pergame, Attale et Eumène. Mais lesquels ?
Il y a trois thèses relatives à Eumène et Attale : Brunn-'
et Schweitzer4 pensaient à Eumène 1“ (263-241) et Attale

1. Selon l’hypothèse plausible de F. Coarelli, Da Pergamo a Roma,


I Galati netto cittä elegii Attalidi, Roma 1995, p. 15-16.
2. Fr. 43.
3. H. Brunn, Geschichte der Griechischen Künstler, I, Stuttgart
18892, p. 422.
4. B. Schweitzer, - Das Original der sogenannten Pasquino-
Gruppe », ASG philol.-hist. Kl. 43, 1936, [V et ld„ » Die Menelaos-
Patroklos-Gruppe. Ein Verlorenes Meisterwerk hellenistischer
Kunst », Die Antike 14, 1938, p. 43-72. Cf, Moreno, 1, p. 274.
HISTORIEN DE L'A RT ET SCULPTEUR ? XCV

1“ (241-197) ; Schober supposait qu’il s’agissait


d’Eumène II (197-159) et d’Attale II (159-138)1. Enfin,
depuis Urlichs2, on a soutenu généralement que les deux
rois seraient plutôt Attale 1er (241-197) et Eumène II (197-
159)3. Cette dernière solution paraît la plus probable à la
lumière des études actuelles sur la chronologie et l’histoire
politique du royaume de Pergame : Attale l or lutta victo­
rieusement contre les Galates entre 241 et 216, tandis
qu’Eumène II combattit les mêmes adversaires vers 1604.
S’il en est ainsi, il est im possible d ’admettre que
l’Antigone sculpteur à Pergame et auteur de traités sur
l’histoire de l’art soit identifiable au fameux biographe de
Caryste. Ce dernier, né vers 290 et ayant vécu au moins
jusqu’en 225, aurait été extrêmement vieux sinon même
déjà mort au m oment où Eumène II monta sur le trône
(197) ; il ne pouvait pas être encore en vie, quand
Eumène, vers 160, commanda les monuments pour célé­
brer sa victoire sur les Galates. La tentative d’établir
l’identité des deux Antigone en soutenant que les souve­
rains attalides auraient été Eumène 1er et Attale 1" ne fait
pas sens : les sources antiques n ’attestent aucune action
d’Eumène 1er contre les G alates, auxquels il continua
même de verser un tribut5.
Mais, com me l ’avait vu W ilam ow itz, on ne peut pas
tirer du passage de Pline le moindre élém ent qui fasse
supposer un lien entre les quatre artistes et les deux rois.
Rien n’empêche donc de supposer qu’A ntigone ait pour
sa part travaillé pour le seul Attale 1er (241-197)6.

1. Schober, Geschichte, p. 142-143.


Pergamenische Inschriften , W ü rz b u r g 18 8 3 ,
2. L . H . v o n U r lic h s ,
p. 23.
3. Cf. Hansen, p. 302 n. 23.
4. Cf. R. E. Allen, The Attalid kingdom. A constitutional histo/γ,
Oxford 1983, p. 8, 29-35, 136-141, 195-199 (Attale 1") et 80, 102.
115, 142-143 (Eumène H).
5. Objection déjà faite par Schober, Geschichte, p. 142, sur la base
de Tite Live XXXVIII, 16.
6. En faveur de cette hypothèse on peut citer aussi la nouvelle data-
INTRODUCTION

Bien qu elle ne repose que sur une imparfaite homony­


mie (l'artiste n’est jamais dit de Caryste, sauf si on
l ’identifie avec le personnage mentionné par Zénobios)et
sur le fait que le biographe s ’intéressait ici et là à l’his­
toire de l’art, la reconstruction de Wilamowitz n’a été
contredite, jusqu’à présent, par aucune preuve formelle,
du moins à mon avis. Cela me conduit donc à lui être
favorable.

Le Πρός Άδαΐον και ’Α ντίγονον de Polémon d ’Ilion


L’acceptation des thèses de Wilamowitz implique
deux conséquences : la nécessité d’étudier l ’œuvre de
Polémon d’Ilion Π ρος Ά δ α ΐο ν καί ’Α ντίγονον, et celle
de considerer l’opportunité d ’en insérer les restes dans
une collection des fragments d’Antigone de Caryste1.
Les fragments de l ’œuvre de Polémon ont été rassem­
blés par Preller2 et republiés par K. Muller3. Le titre de
l ’ouvrage, qui devait comprendre au moins six livres, est
transmis sous des formes diverses : Π ρος Ά δ α ΐον καί
Α ν τ ίγ ο ν ο ν , Π ρός Α ν τ ίγ ο ν ο ν καί Ά δ α ΐον, Προς
Ά δ α ΐο ν et Π ρός Α ν τ ίγ ο ν ο ν περί ζωγράφων4.
L’hypothèse de Preller5 selon laquelle le titre original
aurait été Π ολέμω νος Π ρός Ά δ α ΐο ν περί άγαλματο-
ποιών καί πρός Α ν τ ίγ ο ν ο ν π ερί ζωγράφων, demeure
fort douteuse. La forme la plus probable semble être
Π ρός Ά δ α ΐο ν καί Α ν τ ίγ ο ν ο ν . La valeur du Πρός, que

tion des deux ex-voto de Pergame, érigés sous le règne d'Attaie 1er.
Voir p. exix.
1. Sur le Πρός Ά δ α ϊο ν καί ’Α ντίγονον, cf. surtour K. Deichgrä­
ber, « Polemon 9 », RE XXI 2, 1952, col. 1304-1307.
2. Preller, p. 97-107 (fr. 56-69).
3. Müller, FHG. III, p. 132-135, qui garde la même numérotation
que Preller.
4. Le premier titre dans les fr. 56, 58. 60. 61.65 ; le deuxième dans
les fr. 59, 62 et dans le PO.xy 2176, col. I fr. I (Mcrtens-Pack' 551) :
Commentaire d ’Hipponax = fr. 135 Degani ; le troisième dans les
fr. 57 et 64 ; le tout dernier, enfin, dans le fr. 63.
5. P. 98. Cf. Wilamowitz, p. 9 n. 4.
HISTORIEN DE L'ART ET SCULPTEUR ? XCVII

Preller a interprété correctement comme Contra1, est


indiscutable.
Des deux personnages, Antigone est rhistorien de l’art
dont parle Zénobios et le sculpteur ; tandis qu’Adaios est
l’historien de l ’art, originaire de Mitylène, auteur d’un
Περί άγαλματοποιών et d’un Π ερί διαθέσεως2.
Il est extrêmement difficile de dire quoi que ce soit de
précis sur le contenu et les intentions du Πρός Άδαΐον
καί ’Α ντίγονον, à cause de la petite taille des fragments.
Pour Preller, Polémon aurait composé un ouvrage d’anti­
quaire plutôt qu’une histoire de l ’art ; le fait que la
majeure partie des fragments traite de vases ne doit pas
induire en erreur, et peut être expliqué par les intérêts
spécifiques d ’Athénée, qui nous les a transmis.
Urlichs3 envisagea des solutions nettement plus har­
dies. Le savant, qui réfutait l ’identification par Wilamo-
witz de l’Antigone biographe avec l’artiste, acceptait la
thèse de Preller selon laquelle l ’œuvre de Polémon aurait
été dirigée contre l ’Antigone sculpteur et historien de
l’art, et la supposition de Wilamowitz affirmant que dans
le proverbe de Zénobios sur la Némésis de Rhamnonte, il
fallait reconnaître un fragment de l ’ouvrage de Polémon.
Urlichs décelait encore une allusion à la même contro-

1. Preller, p. 97. Cf. Pfeiffer, p. 248 η. 1, qui rappelle des titres ana­
logues d ’ouvrages de Polémon Π ρός Τίμαιον (fr. 39-46) et Πρός
Έρατοσθένην (fr. 48-49). Sur l’emploi de πρός dans les titres,
cf. aussi B. Baldwin, « Book titles in the Suda », JHS 103, 1983,
p. 136-137 = Studies on late Roman and Byzantine history, literature
and language, Amsterdam 1984, p. 423-425.
2. Cf. Wilamowitz, p. 9 et 337 ; Susemihl, I, p. 518 n. 20 et II,
p. 544-545 n. 134 ; R. Reitzenstein, « Adaios 7 », RE I 1, 1893, col.
342. L’hypothèse qu’il aurait vécu avant Antigone, fondée sur le fait
que, dans le titre de l ’ouvrage de Polémon, son nom occupe la pre­
mière position, a été exclue, à juste titre, par Hansen, p. 401 n. 72. Sur
l’auteur homonyme d’épigrammes conservées dans VAnthologia
Graeca, cf. A. S. Gow - D. L. Page, The Greek Anthology. Hellenistic
epigrams, 11, Cambridge 1965, p. 3, et E. Degani, « Adaios 2 », NP I,
1996, col. 101-102.
3. Urlichs, p. 33-45.
INTRODUCTION

verse dans un passage de Strabon, relatif lui aussi à


l’attribution de la Némésis à Agoracrite1 (à partir de sa
correction du texte transmis : Φ ειδίου aûtoû au lieu de
Δ ιοδότου2), et dans Pline, Nat. hist. XXXVI, 17. Il y a
d’autres passages où, selon ce savant, on pourrait recon­
naître des traces du Π ρ ος Ά δ α ΐο ν καί ’Αντίγονον :
Pline, Nat. hist. XXXV, 54 et Pausanias VI, 26, 3 (à pro­
pos de l ’attribution de l ’Athéna d ’Élis à Phidias et son
disciple Colotès) ; Pline, Nat. hist. XXXIV, 68 (où Pline
ferait allusion à Antigone et à Xénocrate dans les mots ;
artifices, qui compositis uoluminibus condidere haec et à
Polémon avec alii) et XXXIV, 59 ; Diogène Laërce VIII,
47 (à propos de l ’existence d’un sculpteur et d’un peintre
appelés tous deux Pythagore : c ’est Antigone et non
Polémon3 qui aurait distingué deux artistes ; Polémon,
lui, n’en aurait vu qu'un seul4). Grâce à ces nouveaux
résultats, Urlichs croyait pouvoir mieux définir les carac­
téristiques des écrits d’Antigone et de Polémon : il y était
question d’attribution d’œuvres d ’art, d’homonymie entre
artistes, du contenu des œuvres des différentes écoles
artistiques. Cela pourrait même faire avancer le problème
des sources de Pline et de Pausanias : chez Pline, en
effet, l ’influence d’aussi bien Antigone que Polémon est
évidente ; chez Pausanias, celle de Polémon. La contro­
verse sur le nom du maître de Xénocrate rapportée par
Pline, Nat. hist. XXXIV, 83, et la discussion sur l’activité
artistique de Xénocrate dans Pline, Nat. hist. XXXVI, 32

1. Strab. IX, l, 17 (p. 396 C.>. Cf. Wilamowitz, p. 13 n. 15.


2. Cf. L. von Urlichs. RhM 10, 1856, p. 445, et Urlichs, p. 35-37.
La conjecture a trouvé l'approbation, par ex., de J.-G. Welcker, Grie­
chische Gfturtehre, I, Göttingen 1857, p. 580 n. 9, A. Vogel, Philolo­
gus 41, 1882, p. 313, et C. Robert, « Diodotos 17 », RE V I, 1903,
col. 715-716. Mais la question n’est pas réglée.
3. Maass, De biographie Graecis (op. dt„ p. Lxxxv n. 2). p. 38-39.
Cf. Stuart Jones, p. xxix-xxxtt.
4. Urlichs, p. 41 place la source de Pline dans les Hebdomaües de
Varron.
HISTORIEN DE L’ART ET SCULPTEUR ? XCIX

et Pausanias I, 22, 8' remonteraient à Antigone et Pole­


mon. Selon Uriichs, on pourrait encore chercher d’autres
fragments dans toute une série de passages de Pline,
Vitruve et Pausanias2.
Bencker3 niait que l’écrit d’Adaios attaqué par Polé-
mon fût le Π ερί άγαλματοποιών et pensait plutôt au
Περί διαθέσεως4 ; l ’œuvre d’Antigone, explicitement
citée, était en revanche, selon lui, le Π ερί ζωγράφων. A
partir de cette prémisse, le savant soutenait que Polémon
n’avait pris en considération que la peinture et non la
sculpture, et donc que Preller avait attribué par erreur à
cet ouvrage les fragments 68 et 69, qui provenaient d’une
autre œuvre, peut-être la Périégèse de l ’Acropole. Sur la
base du même critère, Bencker excluait le passage de
Zénobios sur la Némésis. La présence de nombreuses
références à des vases ne dépendait pas seulement de
choix bien précis effectués par Athénée, mais aussi de
Polémon lui-même, qui s ’intéressait aux peintures pré­
sentes sur ces vases. Le Π ρος Ά δ α ιο ν καί ’Αντίγονον
avait donc le caractère d’un ouvrage d’antiquaire et pas
celui d’une histoire de l ’art et il ne prenait pas en consi­
dération les aspects techniques et esthétiques.
Pour Deichgräber, enfin, le Π ρος Ά δ α ιον καί ’Αντί­
γονον aurait été une sorte d ’histoire de l’art, présentée à
la manière d’une périégèse5. Dans l ’état actuel de la
documentation, cela paraît la solution la plus vraisem­
blable. Par conséquent, je ne trouve pas de motif solide
pour exclure aucun des fragments rassemblés par Preller.
En revanche, on peut douter de l ’hypothèse de Wila-
mowitz, qui ajoutait la citation de Zénobios sur la Némé-
1. Cf. aussi IX, 35, 7 et D.L. Π, 19 (= 915, 911-913 Overbeck).
2. Voir ces passages dans Uriichs, p. 43-45.
3. M. Bencker, Der Anteil der Periegese an der Kunstschriftstelle­
rei der Alten, Leipzig 1890, p. 16-23.
4. Polémon lui-même ferait allusion à cette œuvre dans le fr. 58,
quand il dit : έξηγούμενος διάθεσιν.
5. Deichgräber {art. cit., p. xevi n. 1), col. 1307. Cf. F, Lasserre,
« Polemon 4 », KP IV, 1972, col. 971.
c INTRODUCTION

sis de Rhamnonte', et de celle, plus récente, de Hansen123


qui. comme Urlichs1, a pris en considération un nouveau
fragment relatif au sculpteur Pythagore de Rhégion dont
il est question chez Athénée4 et chez Pline l’Ancien5.
En ce qui concerne le passage sur Pythagore, Hansen
argumente ainsi : Athénée cite une inscription sur la sta­
tue d’un certain poète thébain appelé Cléon6 ; un fuyard,
durant le sac de Thèbes ordonné par Alexandre le Grand,
avait caché son argent dans un pli du manteau de cette
statue, et l’y avait retrouvé trente ans plus tard. La même
histoire est racontée par Pline qui ajoute que la statue
avait été sculptée par Pythagore de Rhégion et qu’il avait
un homonyme, peintre originaire de Samos, qui lui res­
semblait tellement, que souvent ils étaient pris l ’un pour
l’autre. Deux sculpteurs du nom de Pythagore, l’un de
Rhégion et l’autre de Samos, sont mentionnés aussi par
Diogène Laërce7, alors que Pausanias ne connaît qu’un
seul Pythagore, sculpteur de Rhégion8. De l’examen de
tous ces témoignages, Hansen déduit qu’il n’a existé
qu’un seul artiste du nom de Pythagore, né à Samos et
ayant émigré en Italie. On doit faire remonter la distinc­
tion entre les deux personnages à Douris de Samos. Par
son intermédiaire, cette donnée a été incorporée à
l’œuvre d’Antigone, qui a servi de source à Pline et à
Diogène Laërce. Mais il n’est pas exclu que Pline ait eu
aussi accès à Polémon et que l’allusion à la grande res­
semblance entre les deux artistes puisse être un résidu de

1. Voir p . l x x x v - l x x x v jii .
2. Hansen, p. 402-403. Correspond au fr. 25 incertae sedis Preller
et Müller.
3. Urlichs, p. 38-41.
4. Athen. I, 19 b-c (= 506 Overbeck).
5. Plin., Nat. hist. XXXIV, 59 (= 499 Overbeck).
6. 1532-1535 Page (D. L. Page. Further Greek epigrams. Cam­
bridge 1981, p. 418-419). Cf. A. S. Gow-D. L. Page. The Greek Antho­
logy. Hellenistic epigrams. Il (op. rit., p. xcvn n. 2), p. 16 (ml v. 60).
7. D.L. VIII, 47 (= 507 Overbeck).
8. Paus. VI, 6, 4-6 (= 493 Overbeck).
HISTORIEN DE L’ART F.T SCULPTEUR ? CI

la réplique de Polémon au dédoublement du personnage


de Pythagore qu’il avait lu chez Antigone1.

Antigone de Caryste source de Pline l ’Ancien


Reprendre la question controversée de la présence
d’Antigone dans la Naturalis historia de Pline l’Ancien
implique de reparcourir, ne fût-ce que dans ses grandes
lignes, la Quellenforschung qui, à cheval sur les XIXe et
XXe siècles, a marqué la plus grande partie des études sur
le naturaliste2.
Qu’un Antigone ait été source, directe ou indirecte, de
Pline se déduit des indices auctorum placés en tête des
livres XXXIII et XXXIV de la Naturalis historia, où Γοη
trouve un Antigonus qui de toreutice scripsit. On retrouve
deux autres attestations certaines de son nom en XXXIV,
84 : Plures artifices fecere Attali et Eumenis aduersus
Gallos proelia, Isigonus, Pyromachus, Stratonicus, Anti­
gonus qui uolumina condidit de sua arte, et en XXXV,
68 : Hanc ei (sc. Parrhasio) gloriam concessere Antigo­
nus et Xenocrates, qui de pictura scripsere, praedicantes
quoque, non solum confitentes. Il est probable aussi que
dans les artifices, qui compositis uohtminibus condidere
haec, cités en XXXIV, 68 à propos du sculpteur Télépha-
nès de Phocée, il faille reconnaître Xénocrate d’Athènes
et Antigone.

1. La critique moderne distingue deux artistes du nom de Pytha­


gore, un de Rhégion, sculpteur, et un de Samos, sculpteur et peintre.
Cf. A. Rumpf, « Pythagoras 14-15 », RE XXIV, 1963, col. 305-308.
P. Orlandini, « Pythagoras 1 », EAA VI, 1965, p. 573-575, se montre
enclin à identifier les deux artistes. On a conservé une subscriptio de
Pythagore de Samos : CEG 399 (= P. A. Hansen, Carmina Epigra-
phica Graeca, I, Berolini et Noui Eboraci 1983, p. 218-219).
2. Les passages de Pline sont cités d’après les éditions des livres
XXX1V-XXXVI, dues respectivement à H. Gallet de Santerre, J.-M.
Croisille et J. André-R. Bloch-A. Rouveret dont on utilise aussi la tra­
duction.
CII INTRODUCTION

Outre ces passages, la critique moderne a cru pouvoir


en désigner un nombre considérable d ’autres, où l’on
pourrait mettre en évidence des références plus ou moins
dissimulées à des idées historico-artistiques d ’Antigone.
Avant de passer à un examen de ces attributions, je pense
qu'il serait utile de retracer le développement des études
sur la critique des sources de Pline, en nous penchant
plus particulièrement sur le cas d ’Antigone.
Depuis l ’exposé de Sellers1, Ferri2 et Kroll3 ont brossé
des présentations synthétiques de la question, et la littéra­
ture parue par la suite n’ajoute que bien peu de chose à
leurs indications.
La première contribution fondamentale est due à
Jahn : le Naturaliste aurait emprunté, par l ’intermédiaire
de Varron, les jugements techniques sur les sculpteurs à
un auteur grec indéterminé et ceux sur les peintres soit à
Juba soit à Xénocrate, Antigone et Pasitélès4. En tout cas,
c ’est à partir de Brieger5 que commença à se diffuser la
thèse, devenue depuis dominante, selon laquelle pour la
peinture et en partie aussi pour la toreutique, la source de
Pline est constituée par les ouvrages d ’Antigone, de
Xénocrate et de Ménaichmos, connus par le biais de Vai­
ron.
Dans les années suivantes, bien qu’Antigone et Xéno­
crate aient continué d’être reconnus parmi les auteurs uti­
lisés de façon certaine par Pline, un débat plus animé
s’est ouvert sur le rôle joué d’un côté par Pasitélès, et de
l’autre par un intermédiaire latin (Varron ou Cornelius
Nepos), qui aurait transmis à Pline les informations

1. Sellers, p. xiii-xciv.
2. Ferri, p. 5-25.
3. W. Kroll, « Plinius der Ältere » ,/? £ XXI I, 1951, col, 396-406.
4. O. Jahn, « Über die Kunsturtheile des Plinius », DSC, phil.-hist-
K I.2 ,1850, p. 105-142.
5. A. Brieger, De fontibus librorum XXXIIl-XXXVI naturalis histo­
riae Plinianae, quatenus ad artem plasticam perlinent, Gryphiswaldiae
1857.
HISTORIEN DE L’ART ET SCULPTEUR ? cm

extraites de la littérature grecque*. Furtwängler12 visait par


dessus tout à limiter substantiellement l’originalité de
Pline, dont il regardait l ’œuvre comme une simple
« Mosaikarbeit mit Rubriken », dans laquelle on pouvait
discerner une lointaine influence de Xénocrate et d’Anti­
gone, entre autres3.
L’étude de C. Robert, qui put profiter de VAntigonos de
Wilamowitz, marque une avancée considérable4. Pour
Robert, Varron est la source principale de la section de
Pline sur les sculpteurs sur bronze, mais ses idées remon­
tent toujours à un texte original grec, qui doit être celui
d’Antigone ou de Xénocrate. Puisque l ’on observe chez
Pline une partialité évidente en faveur de l’école de
Lysippe, et peu d’intérêt pour celle de Praxitèle et pour les
Attiques, Robert penchait pour Xénocrate ; Antigone, en
effet, sous l’influence de l’école pergaménienne, aurait
accordé plus d’importance à l’Atticisme. De cette constata­
tion, le savant tirait la conclusion, qu’à côté du « canon »
xénocratéen des sculpteurs ( l ère moitié du IIIe s. : Phidias,
Polyclète, Myron, Pythagore, Lysippe), il aurait aussi existé
un canon pergaménien, datable peut-être du IIe siècle (Cal-
Ion, Hégias, Calamis, Myron, Polyclète, Phidias, Alca-
mène, Praxitèle, Lysippe), qui remonterait, en dernière ins­
tance, à Antigone. A Xénocrate, qui avait écrit une histoire
de l’art dans l ’ordre chronologique, Antigone avait opposé
la sienne, où les artistes étaient regroupés en écoles5.

1. Cf., en particulier, H. Brunn, « Cornelius Nepos und die Kunst-


urtheile bei Plinius », SBAW phil.-hist. Kl., 1875, p. 311-327 (= Kleine
Schriften, ΠΙ, Leipzig u. Berlin 1906, p. 201-210).
2. A. Furtwängler, « Plinius und seine Quellen über die Bildenden
Künste », JKPh, Suppl. IX, 1877, p. 3-78 (= Kleine Schriften, II, Mün­
chen 1913, p. 1-71).
3. Première réaction à la thèse de Furtwängler chez G. Oehmichen,
Pltnianische Studien zur geographischen und kunsthistorischen Litera­
tur, Erlangen 1880 (réimpr. Hildesheim 1972), p. 106-2] 1.
4. Robert, p. 28-82.
5. Histoire de Part que Robert, p. 90, reconstruit en ce qui concerne
la peinture.
αν INTRODUCTION

Comparés avec les résultats de Robert, ceux d'Urlichs


méritent bien peu de considération. Il admettait la pré­
sence dans Pline de trois sources grecques : Douris de
Samos (pour les anecdotes), Antigone (pour les écoles) et
Xénocrate (pour la technique)1. La tentative de Sepp pour
confirmer l ’identité de l ’Antigone cité par Pline avec le
Carystien sur la base de l ’attention consacrée par ce der­
nier au scepticisme et à l ’intérêt porté par les sceptiques
aux arts figuratifs2 ne mérite guère plus qu’une mention.
La première période de la Quellenforschung plinienne,
définie par Ferri3 comme celle de la « critique analy­
tique », s ’achève par les travaux de Münzer, Kalkmann
et Detlefsen4. Münzer5 reconnaît l ’importance de Xéno­
crate, mais suppose que ses idées ne sont pas parvenues
directement à Pline et à Vairon. La source de Varron et,
par son intermédiaire, de Pline serait plutôt Antigone, qui
avait remanié l’ouvrage de Xénocrate et l ’avait enrichi
d’éléments anecdotiques tirés de Douris. Kalkmann6
reprend les résultats de Münzer dans leurs lignes essen­
tielles : les observations techniques sur la symétrie, la
couleur, le mouvement, les vêtements, Vinuentio, l’évo­
lution, remontent à Xénocrate, tandis qu’il faut écarter
toutes les expressions rhétoriques, dont l’origine est plus
tardive. Xénocrate parvenait à Pline via Varron, qui
l’avait peut-être déjà connu par Antigone. Les anecdotes,
les données sur les compétitions artistiques et sur les
amours des artistes remonteraient, en revanche, à Douris
de Samos7. Outre ces sources indirectes, Pline a aussi

1. Urlichs, p. 21-45.
2. S. Sepp, Pyrrhonëische Studien, Freising 1893, p. 63-75. Sur les
thèses de Seep, cf. Decleva Caizzi, p. 157-158.
3. Ferri, p. 6-11.
4. D. Detlefsen, Untersuchungen über die Zusammensetzung der
Naturgeschichte des Plinius, Berlin 1899, ne s’occupe pas particulière­
ment d'Antigone.
5. Münzer, p. 519-537.
6. Kalkmann, p. 82-86.
7. Sur Douris, a p r è s Sellers, p . x l v i - l x v j i , c f . Gallet de Santerre,
HISTORIEN DE L ’ART ET SCULPTEUR ? cv
consulté directement des manuels et des encyclopédies,
et, en particulier, un catalogue d’artistes grecs, qui, tout
en se référant à Xénocrate et à Antigone, présentait des
informations tout à fait différentes de celles rapportées
par Varron. L’auteur de ce catalogue peut avoir été Pasi-
télès de Naples1.
Avec les Beiträge zur Quellenkritik der Naturge­
schichte des Plinius de Münzer2 s’ouvre une nouvelle
phase de la recherche sur Pline (celle que Ferri3 définit
comme « critique exégétique »). Münzer a bien compris
qu’avant de considérer le problème des diverses sources,
il fallait examiner la question plus générale de la
« méthode de travail de Pline ». Au cours de ses
recherches, le savant a pu démontrer que les sources
directes de Pline étaient des œuvres de compilation de
caractère général de l ’époque césaro-augustéenne ;
d’autre part, il avait consulté des écrits fondamentaux
pour les diverses branches de la science et avait souvent
élargi son champ de recherche en fonction de ses intérêts
personnels, mais sans recourir à un procédé bien défini.
Pline n’était ni un auteur à suivre une source unique, ni
quelqu’un qui travaillait en mosaïque ; il négligeait les
auteurs contemporains, pour en utiliser de plus anciens,
qu’il n’avait sans doute jamais lus directement ; dans les
indices auctorum il ne faut donc reconnaître que la
« bibliographie » connue de Pline.
La monographie consacrée par Schweitzer à Xénocrate
est également fondamentale pour la question d’Anti­
gone4. Schweitzer reprend l ’hypothèse selon laquelle

p. 56-60. il avait écrit un Π ερ ί ζω γραφιάς (D.L. 1,38 = FGrHist 76 F


31) et un Π ερ ί χορευτικής (Plin., Nat. hist. XXXIV, 61 = FGrHist 76
F 32).
1. G . Sellers, p. l x x v u - l x x x i i et H. Wedeking, « Pasiteles » , EAA
V, 1963, p. 984-985.
2. Berlin 1897.
3. Ferri, p. 11-16.
4. Schweitzer, p. 1-52 (= tr. it., p. 257-314 ; 485-490). Ses thèses
ont été accueillies avec faveur par la quasi-totalité de ia critique ; A.
CVI INTRODUCTION

Pline se serait référé à Xénocrate pour les jugements


techniques, tandis que, pour la partie anecdotique, il
aurait eu recours à Antigone. Il veut démontrer que
Xénocrate partait du concept évolutif de Démocrite,
selon lequel, dans chaque domaine, il faut identifier un
inventeur (primus, εύρετής) et un perfectionneur
(τελειωτής), et qu’il avait défini les critères techniques
de symétrie, rythme, argutiae, diligentia, composition,
contraste de couleurs, perspective et ton1. Les indications
chronologiques manquaient dans Xénocrate2. Ses écrits
avaient été complétés après quelques années par l’adjonc­
tion, justement, de dates et d’éléments anecdotiques
qu’Antigone avait tirés de Douris de Samos. Outre ces
deux sources principales, Schweitzer admettait aussi la
présence de traces de la rhétorique hellénistique et clas­
sique, laquelle aurait opposé au technicisme de Xéno­
crate des critères de jugement differents : mores, decor,
austeritas, auctoritas, ueritas, pondus, tristitia, iracun­
dia, securitas, simplicitas3. Ferri a émis des critiques jus­
tifiées à l’encontre de cette dernière thèse4.
Dans les recherches plus récentes, rien, dans
l ’ensemble, n’a changé sur ce problème. Ainsi Coulson,
après avoir passé en revue l ’histoire de la critique pli-
nienne, s’efforce de démontrer que Pline était un honnête
savant et non un compilateur sans jugement5. Pour H.
Gallet de Santerre, il est impossible de distinguer l’apport
d ’Antigone de celui de Xénocrate, dont les idées se trou-

Rumpf se montre, lui, sceptique : « Xenokrates 10 ». RE IXA 2, 1967,


col. 1531-1532.
1. Schweitzer, p. 11-16 (= tr. it., p. 267-272 ; 486-488).
2. Schweitzer, p. 19 (= tr. it., p. 275-276 ; 488).
3. Schweitzer, p. 32-46 {= tr. it„ p. 292-308 ; 489-490).
4. S. Ferri, « Note esegetiche ai giudizi d’arte di Plinio il vec-
chio », ASNP, s. U 11, 1942, p . 69-116 <cf. Id., p . 14-15).
5. W. E. Coulson, Studies in the chapters 34 and 36 o f Pliny the
Elder's natural history, Diss. Princeton 1968 {non uidi) et Id., « The
reliability of Pliny’s chapters on Greek and Roman sculpture », CIV
69, 1976, p. 361-372.
CVII

vent de façon évidente dans les livres de Pline1. A. Rou-


veret2, comme Sellers, se montre plus favorable à la pos­
sibilité de relever des références précises à Xénocrate et
Antigone, même dans le livre XXXVI de la Naturalis
historia.
Il ne reste plus qu’à aborder l ’analyse des passages des
livres de Pline où Münzer3, Kalkmann4 et Sellers5 ont cru
reconnaître des traces, directes ou indirectes, d’idées
remontant à Antigone.
Ces auteurs développent leur argumentation de la
façon suivante : s’il est évident qu’il y a, chez Pline, des
passages particuliers que l ’on peut faire remonter, pour le
contenu et la terminologie, à Xénocrate, il ne l’est pas
moins qu’il existe une contamination de ces passages
avec des motifs de type épigrammatique ou des anec­
dotes qui n’ont rien à voir avec cette source. On en déduit
que le traité de Xénocrate a été minutieusement remanié
par un auteur postérieur, de façon très personnelle. Cela
semblerait prouvé par l ’analyse de XXXIV, 68 (= 45*)
artifices, qui compositis uoluminibus condidere haec :
haec se référerait aux insignes sur lesquels Pline venait
tout juste de reproduire le jugement de Xénocrate.
L’autre artifex dont il est question ici avec Xénocrate
serait Antigone de Caryste, dont des fragments, extraits
de ses ouvrages d’histoire de l ’art sont souvent cités par
Pline, Diogène Laërce et Zénobios ; Antigone s ’intéres­
sait davantage aux détails de la vie des artistes qu’à la
présentation critique de leurs œuvres. Cependant, il est
difficile de définir les principes de ses traités et, surtout,

1. Gallet de Santerre, p. 52-54 ; p. 69-74, il cherche à mettre en


évidence, au moyen d’un schéma, l’apport de Pline à la tradition qui
remonte à Antigone et à Xénocrate. Cf. aussi p. 86-87.
2. Rouveret, dans André-Bloch-Rouveret, p. 20-25. Cf. Ead., His­
toire et imaginaire de la peinture ancienne, p. 436-437, et Pollitt,
Ancient view, p. 62-63.
3. Münzer, p. 526-537.
4. Kalkmann, p. 82-86.
5. Sellers, p . x x x v i - x l v .
CV1II INTRODUCTION

d’identifier dans Pline de véritables fragments d’Anti­


gone ; on peut y distinguer des éléments qui se rattachent
à des critères spécifiques relevant de l ’histoire de l’art ou
bien de caractère épigrammatique et anecdotique, parti­
culiers à Antigone et à ses conceptions.
Le présupposé essentiel de ces savants est donc que
Pline, via Varron, atteignait Xénocrate et Antigone, et
que ce dernier avait remanié l ’œuvre de Xénocrate avec
des apports personnels et l ’avait enrichie d ’anecdotes
provenant de Douris.
Puisqu’Antigone, dans le Bios de Polémon, cite le
Π ερί ζωγραφικής de Mélanthios1, on en a déduit que
c ’est à lui que remontent les références de Pline à des
artistes qui ont écrit sur leur art : le toreute Ménaichmos
(XXXIV, index et 80), les peintres Apelle (XXXV, index
et 79, 111), Mélanthios, Asclépiodoros, Parrhasius
(XXXV, index) et Euphranor (XXXV, index et 128).
Antigone pouvait aussi être l’auteur des quelques rares
autres passages où l’on trouve mentionnés, fût-ce de
manière purement allusive, des traités techniques compo­
sés par des artistes : XXXIV, 55 — Pline ferait allusion
au canon de Polyclète dans les mots : solusque hominum
artem ipsam fecisse artis opere indicatur, « seul entre
tous les hommes (Polyclète) passe pour avoir incarné
l’art dans une œuvre d’art » ; XXXV, 74 — allusion à
un ouvrage du peintre Timanthe dans les mots : pinxit et
heroa absolutissimi operis, artem ipsam complexus uiros
pingendi, « de son pinceau on a aussi un Héros, œuvre
d’une perfection achevée, dans laquelle il a enfermé l’art
même de peindre les figures masculines » ; XXXV, 76
— allusion à un traité du peintre Pamphilos dans les
mots : primus in pictura omnibus litteris eruditus, prae­
cipue arithmetica et geometria, sine quibus negabat
artem perfici posse, « ce fut le premier peintre à avoir
étudié toutes les sciences, surtout l’arithmétique et la

1. Fr. 9AB.
HISTORIEN DE L ’ART ET SCULPTEUR ? CIX

géométrie, sans lesquelles il affirmait qu’il ne pouvait


exister d’art achevé ».
Le passage de Zénobios où Wilamowitz avait discerné
une polémique entre Antigone et Polémon d’Ilion à pro­
pos de la paternité de la Ném ésis de Rhamnonte permet­
trait d’établir que, dans Pline XXXVI, 16-17, tant l’attri­
bution de la Ném ésis à Agoracrite, que l ’anecdote de la
querelle entre ce dernier et Alcamène, remontent à Anti­
gone. C’est encore à lui que l ’on devrait attribuer le texte
indiquant que c ’est Agoracrite et non Phidias1 qui est
l’auteur de la statue de la mère des dieux, à Athènes.
L’hypothèse selon laquelle les informations de Xéno-
crate sur les origines de la peinture à l’encaustique
(XXXV, 122) et sur la statuaire (XXXVI, 9) auraient été
contaminées avec des matériaux provenant d’un écrivain
plus tardif, qui faisait allusion à une tradition différente,
et qui pourrait être identifié à Antigone, paraît confirmée
par le recours à l ’autorité de documents épigraphiques
(XXXV, 122 et XXXVI, 11-13). Mais une influence de
Douris n’est pas exclue.
Antigone ne devait pas négliger non plus la tradition
des épigrammes littéraires. C ’est à lui que l’on pourrait
faire remonter la comparaison entre le Diadumène et le
Doryphore de Polyclète (XXXIV , 55) ; le jugement sur
les autres éléments épigrammatiques devient cependant
plus hasardeux. En ce qui concerne les anecdotes, elles
n’auraient pas été transmises de première main par Anti­
gone, mais auraient été empruntées par lui à Douris de
Samos.
Münzer2 avait reconnu la présence d ’Antigone dans au
moins deux autres passages, caractérisés par des intérêts
manifestement littéraires : XXXIV, 76 et 79 avec des
références au Commandant de cavalerie et au Banquet de
Xénophon3.

1. Cf. Overbeck, 831-833.


2. Münzer, 528-529.
3. Cf. Sellers, p. xlv n. 1.
ex INTRODUCTION

En revanche1, il faut refuser de reconnaître un vestige


d’Antigone de Caryste dans une scholie aux Oiseaux
d’Aristophane23:
’Ά ρ χ ε ρ μ ο ν γάρ φησι fKcrit τόν Βουπάλου καί
Ά θ ή νιδ ο ς πατέρα RVM9r (α) οί δέ Ά γλαο-
φώντα τόν Θ άσιον ζω γράφον, πτηνήν έργάσα-
σθαι τήν Ν ίκη ν, ώς οί περί Κ αρύστιον τόν Περ-
γαμηνόν φασιν RVM9T (β) οί περί Καρύστιον
τόν Π εργαμ ηνόν φ ασιν Ά γλα οφ ώ ντα τόν Θά-
σ ιο ν ζωγράφον, πτη νή ν έργάσασθαι τήν Νίκην
Lh
« Il parle donc d’Archermos... le père de Boupalos
et d’Athénis. — D ’autres (disent) que le peintre
Aglaophon de Thasos avait fait la Victoire avec des
ailes, comme le raconte Carystion de Pergame. —
Carystion de Pergame raconte que le peintre Aglao­
phon de Thasos avait fait la Victoire avec des
ailes ».
On doit rejeter, en effet, la proposition de M. FränkeP
et, indépendamment, celle de Münzer4 (suivis, entre
autres, par Sellers5 et White6) de corriger οί περί Καρύσ-
τιον τόν Π εργαμηνόν φασι, « comme le raconte Carys­
tion de Pergame » en οί περί ’Α ντίγονον τόν Καρύσ-
τιόν φασι, « comme le raconte Antigone de Caryste ».
En conclusion de cette revue des études sur Pline, je
crois qu’il est évident que, si l ’on exclut les rares pas­
sages où Antigone est explicitement nommé, sa présence
1. Cf. C . Robert, « Bupalos 2 », R E III l. 1897, col. 1054 et F.
Jacoby, « Karyslios », R E X. 2, 1919, col. 2255.
2. Schol. Aristoph. Aties 574 (p. 96 Holwerda = Caryst. Perg. IV. 15
MUUer, FHG IV).
3. Frankel, p. 59 n. 26.
4. Münzer, p. 524-525.
5. Sellers, p . x l iv - x l v .
6. J. W. White, The scholia on the Aves o f Aristophanes, Boston &
London 1914, p. 120 (ad loc.). Cf. aussi, à ce qu’il semble. Schweitzer,
p. 19 n. I (= tr. it., p. 275 n. 45).
CXI

est postulée plutôt que démontrée. Pline indique parmi


ses sources Xénocrate et Antigone : une fois dessinées
les conceptions historico-artistiques de Xénocrate et
déterminé qu’Antigone avait remanié et complété son
œuvre à l ’aide d’apports personnels et de dérivés de Dou-
ris de Samos, tout ce qui, dans les passages provenant
réellement ou hypothétiquement de Xénocrate, va contre
ses idées ou innove, serait dû à Antigone et, par son inter­
médiaire, en partie à Douris.
Même si l’on admet cette série de déductions, le grave
problème de la consultation effective, directe, de la part
de Pline de toutes les sources qu’il cite, reste pendant. En
tout cas, à considérer la généralité des contextes et la dif-
ficuté objective qu’il y a à définir, dans les cas particu­
liers, la présence de Xénocrate, le passage ultérieur vers
Antigone me paraît on ne peut plus hasardeux. Je limite,
par conséquent, mon choix de fragments aux seuls pas­
sages où le nom d’Antigone est mentionné. J’ai cepen­
dant ajouté Nat. hist. XXXIV, 68, où sous artifices il fau­
drait entendre Antigone et Xénocrate d ’Athènes.

Antigone de Caryste est-il une des sources de Quinti-


lien ?
Le problème de la présence d ’Antigone dans le bref
excursus sur la peinture et la sculpture au XIIe livre de
i'Institutio oratoria de Quintilien est étroitement lié au
débat sur Pline1.
La question a été discutée en détail par Austin2. Quin­
tilien écrit ses paragraphes sur la peinture et la sculpture

1. Quint., tnst. or. ΧΠ, 10, 3-9. La traduction des passages de


Quintilien est celle de J. Cousin, Paris 1980 (CUF).
2. R. G. Austin, « Quintilian on painting and statuary », CQ 38,
1944, p. 17-26. Les résultats ont été repris par le même auteur dans son
commentaire sur le livre ΧΠ de Vïnstitutio oratoria de Quintilien,
Oxford 1948, p. 138-152. G. Becatti, A n e e gusto negli scrittori latini,
Firenze 1951, p. 183-185, et Id., « Quintiliano », EAA VI, 1965,
p. 590 a émis un jugement favorable sur l’hypothèse d ’Austin. Pollitt,
CXII INTRODUCTION

en professeur de rhétorique, avec des intentions didac­


tiques. pour montrer à ses disciples le progrès de l’art
oratoire par le biais d’une comparaison avec ces deux
autres arts. Il est clair que Quintilien se réfère à une
source grecque, qu’il cite de seconde main, et qui peut
être identifiée grâce à un rapprochement avec les pas­
sages parallèles de Pline. La phrase (§4) plurimum arti
addiderunt, « contribuèrent beaucoup aux progrès de
l’art », qui se réfère à Zeuxis et Parrhasius, ainsi que le
début du même paragraphe et l ’allusion à la luminum
umbrarumque ratio, « système des ombres et des
lumières », remonteraient à Xénocrate1, ainsi que le juge­
ment sur Parrhasius (§4) examinasse suptilius lineas tra­
ditur, « il calcula plus finement la précision du trait »,
comme il est possible que le démontre la comparaison
avec Pline : primus symmetrian picturae d e d it... confes­
sione artificum in lineis extremis palmam adeptus2.
Outre ces éléments xénocraléens, ceux dérivés d’un
autre critique — déjà C. Robert3 pensait à Antigone de
Caryste — , seraient, selon Austin, beaucoup plus nom­
breux. C’est à Antigone que remonteraient, essentielle­
ment, les jugements exprimés au §6 sur les peintres du
IVe siècle. Chaque artiste y est défini au moyen d’une
« étiquette » lapidaire, qui concentrerait le jugement for­
mulé sur chacun d’eux, de manière plus détaillée, par

Ancient view, p. 62-63, regarde aussi Antigone comme la source de


Quintilien, bien qu’il ne connaisse pas, apparemment, les travaux
d’Austin. Récemment A. E. Douglas, The intellectual background of
Cicero’s rhetorica : a study in method , ANRW I 3, Berlin u. New York
1973, p. 107-115, a donné une lecture plus digne de foi du paragraphe
de Quintilien, en se fondant sur Cicéron, Brutus 70.
1. Sellers, p. xxvii-xxvm. Cf. Schweitzer, p. 50 (= tr. it., p, 313).
2. Plin., Nat. hist. XXXV. 67 (= 1724 Overbeck = fr. 44). Cf. Sei­
lers, p. xxxjv, Schweitzer, p. 50 (= tr. it., p. 313) et Croisille, p. 186.
J’ai traduit moi-même ce passage de Quintilien ; Cousin propose : « a
pesé plus spécialement la question du dessein *>.
3. Robert, p. 51 sq., 71 sq.
HISTORIEN DE L’ART ET SCULPTEUR cxm

Antigone. Quintilien commence par souligner la cura,


« soin » de Protogène et Yingenium et gratia, « génie et
grâce » d’Apelle. Le jugement sur Apelle trouverait un
parallèle dans un passage de Pline, qui dérive probable­
ment du même Antigone1, et qui est suivi par une anec­
dote dans laquelle Apelle déclare son admiration pour la
cura particulière des tableaux de Protogène23. Quintilien
peut aussi s’être reporté à des traditions remontant à
Antigone pour Pamphilos et Mélanthios, qui se distin­
guaient, eux, par leur ratio, « théorie scientifique >A
Une autre trace d ’Antigone semble se trouver de façon
certaine dans le cas de Théon, dont les φαντασίαν sont
mises en évidence. Antiphilos d’Alexandrie est cité pour
sa facilitas, « rapidité d’exécution » ; puisque Pline
prête la même qualité à Nicomaque et à son élève Phi-
loxène, et que sa source est Xénocrate, Austin en déduit
que le nom d’Antiphilos avait été ajouté à celui de Nico­
maque et de Philoxène par Antigone, qui avait remanié le
texte xénocratéen4. Pour le tout dernier peintre, Euphra­
nor, c’est un jugement plus étendu qui est rapporté :
Euphranorem admirandum fa cit quod et ceteris optimis
studiis inter praecipuos et pingendi fingendique idem
mirus artifex fuit, « quant à Euphranor, ce qui le fait
admirer, c ’est qu’il se rangea parmi les maîtres pour tous
les autres arts de premier plan, et qu’il fut admirable
artiste en peinture et en sculpture ». La comparaison
avec Pline5 : uolumina quoque composuit de symmetria
et coloribus, « il composa aussi des ouvrages sur les pro­
portions et les couleurs » pourrait en démontrer la prove-

1. Plin., Nat. hist. XXXV, 79 (= 1897 Overbeck). Cf. Selters, p. XL.


Schweitzer, p. 51 (= tr. it., p. 314) et Croisille, p. 196-197.
2. Plin., Nat. hist. XXXV, 80 (= 1895 Overbeck). Cf. Plut.,
Demetr. 22 et Ael., Var. hist. XII, 41 (= 1921-1922 Overbeck).
3. Schweitzer, p. 50 (= tr. it., p. 313) reconnaît dans la ratio de
Pamphilos un motif xénocratéen.
4. Plin., Nat. hist. XXXV, 109-110 (= 1771 Overbeck). Cf. Sellers,
p . XXXIII.
5. Plin., Nat. hist. XXXV, 129 (= 1802 Overbeck).
CXIV INTRODUCTION

nance d'Antigone. Le cas de Zeuxis et de Parrhasius est


plus complexe, aussi bien en ce qui concerne leur chro­
nologie que pour le jugement exprimé sur les deux
maîtres. Selon Austin, Pline place 1e floruit de Zeuxis en
397, tandis que Quintilien parle de la période de la
Guerre du Péloponnèse (431-421)1. Pareille divergence
permettrait d ’établir que Quintilien répète la tradition
d’Antigone, qui avait corrigé les dates choisies par Xéno-
crate/Pline2. Dans le jugement sur les deux maîtres, celui
sur Zeuxis : plus membris corporis dedit, « il a donné à
ses personnages une taille plus grande » rappellerait un
passage de Pline d’origine xénocratéenne : reprehenditur
tamen ceu grandior in capitibus articulisque, « on lui
reproche cependant d’avoir donné des proportions trop
grandes aux têtes et aux articulations »3, bien que les
intentions aient été différentes. Quintilien, en effet, fait
l’éloge de Zeuxis pour les raisons mêmes qui avaient
porté Pline à le critiquer. Déjà Robert4 et Kalkmann5
avaient reconnu dans ce paragraphe de Quintilien des
traces de la riposte d’Antigone aux critiques de Xéno-
crate, trop influencé par sa prédilection pour la symmetria
particulière de l’école de Sicyone. La référence à
Homère6 pourrait, elle aussi, remonter à Antigone et cor­
respondrait bien à ses intérêts littéraires et rhétoriques. La
situation se complique dans le cas du jugement sur Par­
rhasius. Il semblerait qu’il y ait chez Quintilien une allu­
sion à l’épigramme dans laquelle Parrhasius célébrait son

1. Mme A. Rouveret (p e r H tteras) me fait remarquer qu’on pourrait


aussi penser que la référence à la Guerre du Péloponnèse est une pré­
sentation plus « pédagogique », que l’on retrouve d’ailleurs chez
Quintilien pour les artistes du ÎV6™ s.
2. Cf, Sellers, p. 237 (ad d e n d u m à p. 106, 2).
3. Pîin., N at. hist. XXXV, 64 (= 1680-1681 Overbeck) avec les
commentaires de Sellers et de Croisille, p. 183.
4. Robert, p. 76.
5. Kalkmann, p, 111.
6. Robert, p. 76 cite Homère, Φ 424 et φ 6.
HISTORIEN DE L'ART ET SCULPTEUR 1 C XV
art1 et dont l’origine remonte peut-être à Douris pur
l’intermédiaire d’Antigone.
Austin consacre une étude plus brève aux paragraphes
sur la statuaire (§§7-9) parce que les résultats obtenus par
Robert conservent, à son avis, leur validité intrinsèque.
Les jugements exprimés par Pline sur les grands sta­
tuaires de l ’Antiquité dérivaient de Varron, par l ’intermé­
diaire2 de Xénocrate. Celui-ci avait regroupé les artistes
dans l ’ordre chronologique de leur conquête des prin­
cipes de la symétrie et de la proportion3, système qui
comportait d’évidents anachronismes dont il n’y a pas
trace chez Quintilien, qui prend aussi en considération les
primitifs, place Myron et Polyclète dans l’ordre correct,
définit la singularité de Phidias, rapproche Praxitèle et
Lysippe. Le critère qui sous-tend l’exposé de Quintilien
évite donc les difficultés liées au principe de symétrie et
introduit des éléments abstraits, comme diligentia, decor,
pondus, ueritas. Chez Quintilien, il n’est pas fait mention
de Pythagore ; on nomme Alcamène, disciple de Phidias,
et Démétrios d’Alopècé. La comparaison entre les deux
auteurs latins pourrait établir que Quintilien était
influencé plutôt par l ’école attique que par celle de
Sicyone4 ; sa position rappelle celle de Cicéron5 ou de

!. Athen. XII, 543 e = Parrhas. fr. 2 Page (Further Greek Epi­


grams, vv, 283-286) : El καί άπιστά κλύουσι, λέγω τάδε· φημί γάρ
ήδη / τέχνης εύρήσθαι τέρματα τήσδε σαφή / χειρός υφ’
ήμετέρης· άνυπέρβλητος δέ π έπ ηγεν / ούρος. Άμώμητον δ’
ούδέν έγεντο βροτοϊς, « même si je parle à ceux qui entendent et ne
croient pas, je dis quand même ceci : Je déclare que maintenant, les
limites certaines de cet art ont enfin été atteintes par ma main ; la fron­
tière que j ’ai fixée ne pourra pas être franchie. Pourtant, il n’est pas
d’œuvre d’un mortel qui soit sans reproche ». Cf. Plin., Nat. hist.
XXXV, 71 (= 1699 Overbeck) et H. Morales, The torturer's appren­
tice : Parrhasius and the limits o f art, dans J. Eisner (éd.), Art and text
in Roman culture, Cambridge 1996, 186-187.
2. Comme le déclare explicitement Plin., Nat. hist. XXXIV, 56.
3. Cf. Sellers, p. xvm.
4. C’est déjà l’opinion de Stuart Jones, p. xx et xxxiv.
5. Cic., Brut. 70.
CXVI INTRODUCTION

Denys d ’Halicamasse12 et consiste en un refus des éti­


quettes et des technicismes en faveur de critères de nature
philosophique, différents de ceux appliqués dans la clas­
sification des peintres. La source de Quintilien n’était pas
Varron, qui avait transmis à Pline les idées de Xéno-
crate ; bien qu’il manque à la fois des parallèles linguis­
tiques avec Pline et des anecdotes, l’auteur auquel Quin­
tilien se réfère ne peut être qu’Antigone. En faveur de
cette hypothèse, Austin rappelle l ’usage, dans tout le cha­
pitre, de la même terminologie et le fait que les savants
de Pergame, influencés par les théories d’Antigone,
s’étaient approprié les positions de l’école attique sur
l’art. On pourrait indiquer un exemple caractéristique de
la présence d’Antigone chez Quintilien dans le jugement
sur Phidias (§8)-. Pline3 — avec Xénocrate — avait dit
de Phidias : primus artem toreuticen aperuisse atque
demonstrasse merito iudicatur, « il passe avec raison
pour avoir le premier révélé les possibilités de la sta­
tuaire, et lui avoir fourni ses premiers modèles » ;
l ’appréciation différente de Quintilien remonte donc à
Antigone.
Il est probable, enfin, que demeurent dans Quintilien
des traces d'un « canon » des statuaires4, sans qu’il soit
nécessairement limité à dix noms. Une comparaison avec
Cicéron et Denys d’Halicamasse démontrerait que les
Pergaméniens avaient ajouté d’autres noms à ceux men­
tionnés ici. Le fait que Quintilien cite onze noms de
sculpteurs prive de tout fondement un parallélisme rigide
avec ce que l ’on appelle le « canon des dix orateurs », et
rend vaines les tentatives de Brzoska et de C. Robert
d’éliminer Euphranor ou Polygnote pour ramener la liste

1. Dion. Halic., De Isocr. 3.


2. Austin, op. eit., p. 150.
3. Plin., Nat. hist. XXXIV, 54 <= 782 Overbeck). Cf. Gallet de San-
terre, p. 49 et 217.
4. Selon 1 hypothèse de 1. Brzoska, De canone decem oratorum
atticorum quaestiones, Vraiislauiae 1883, p. 68-80.
H ISTO RIEN D E L 'A R T ET S C U L P T E U R ? CXV1I

des sculpteurs au nom bre d e d ix. O n con n aît l ’h yp oth èse


de Brzoska selo n la q u elle le « can on » d es statuaires
trouverait son o rigin e au sein de la p h ilo lo g ie pergam é-
nienne et serait né par o p p o sitio n a v ec celu i d es dix
orateurs. Sa su g g estio n a été reprise par Robert, qui
désignait m êm e A n tig o n e co m m e le créateur du
« canon »*. Si la p o ssib ilité d ’une origin e pergam é-
nienne peut constituer une h y p o th èse de travail accep ­
table12, la su g g estio n q u e le can on pourrait rem onter à
Antigone est, en rev a n ch e, b ien p lus d o u teu se et privée
de bases ob jectiv es co n crètes. L es argu m en ts de Pollitt3
en faveur de cette théorie n e d issip e n t pas le d ou te, et les
objections so u lev é es con tre R ob ert par M . Frankel4
demeurent entièrem en t v a la b le s5.
Les con clu sion s a u x q u elles A u stin parvient son t les
suivantes : A n tig o n e est la so u rce u ltim e d es paragraphes
sur l’histoire de l ’art c h e z Q u in tilien ; pour la source
immédiate, Varron d oit être e x c lu , et la so lu tio n la plus
raisonnable serait d e p en ser, n o n p as à l ’œ u vre d ’un seul
auteur, m ais à la tradition q u i circu lait d an s le s é c o le s de
rhétorique en m atière d ’h isto ire d e l ’art.
Les quelques pages consacrées par Schweitzer aux
paragraphes sur la statuaire6 ont échappé à Austin. Pour
le savant allemand, tant Quintilien que Cicéron remon-
1. Robert, p. 47-82.
2. Cf. J. C ousin, Études sur Quintilien, P aris 1936, ï, p. 565-573.
Une origine grecque de ce q u e Ton a p p e lle « c a n o n des dix orateurs »
paraît com m uném ent acceptée : cf. le status quaestionis dans la note
de mise à jo ur de G. C alb o ü à E. N o rd en , La prosa d'arte antica, ed.
it. a c. di B. H einem ann C am p an a, R o m a 1986, p. 1068-1073. V oir
aussi R. M. Sm ith, « A new look at th e ca n o n o f th e ten attic orators »,
Mnemosyne IV s. 48, 1995, p. 66-79.
3. Pollitt, Ancient view, p. 62-63.
4. Frankel, p. 55-60.
5. Cf. 0 . K roehnert, Canonesne poetarum scriptorum artificum per
antiquitatem fuerunt ?, R egim onti Pr. 1897, p. 66-67 ; C hrist-S chm id,
p. 29 n. 1, et E. Pfuhl, Malerei und Zeichnung der Griechen, M ünchen
1923, II, p. 728.
6. Schweitzer, p. 32-46 (= tr. it., p. 2 9 2-308, 489-490).
INTRODUCTION

tent à un modèle unique. Chez Pline aussi, bien qu’indi-


rectement. il y a trace de la même source, d’origine
grecque, riche de détails, dont la datation trouve dans
Cicéron un terminus ante quem, et qui est caractérisée
par un langage esthétique voisin de celui employé dans
les traités de rhétorique contemporains des écrivains
latins. Il est impossible de déterminer avec certitude
l’auteur de ces informations. Schweitzer réfute l ’identifi­
cation que propose C. Robert avec Antigone — qui
demeurerait, toutefois, la source possible pour les para­
graphes sur la peinture — parce que les conceptions artis­
tiques exprimées sur la sculpture sont trop récentes pour
êtres attribuées au Carystien. La thèse de KaUcmann1,
selon laquelle le passage entier dériverait plutôt de
1’« arsenal de la rhétorique », lui semble plus vraisem­
blable. Du texte original, on n’a conservé que la version
simplifiée des écoles de rhétorique, intéressées non par le
schéma historico-artistique original, mais seulement par
les exempta. Cela n'empêche pas d ’y trouver une
esquisse de l’évolution de l’art grec divisée en deux
grandes phases : avant et après le naturalisme (iteritas,
άλήθεια) ; la pleine période du naturalisme en art se
situe à l’époque de la perfection des oeuvres de Polyclète.
Cette vue pourrait être une théorie esthétique et histo­
rique qui remonterait sans doute à l ’hellénisme tardif
(I Ie s. av. J.-C.) : on y reconnaît, au moins extérieure­
ment, des idées xénocratéennes, en particulier le concept
d’évolution. Mais, dans sa complétude et son unité, cette
vue se place dans une direction diamétralement opposée
à celle de Xénocrate, et elle peut même être considérée
comme une « théorie de l ’idéalisme tardo-hellénis-
tique », très loin du schéma réaliste de Xénocrate. Nous
sommes en présence de jugements de profanes, d’experts
de l’art classique, d’orateurs et de poètes, qui attestent
cependant combien on s’était éloigné, en un siècle et

], Kalkmann, p. ! 17.
HISTORIEN DE L'ART ET SCULPTEUR ? C.XIX

demi, de la théorie et de la conception de l’art selon


Xénocrate.

Antigone de Caryste sculpteur


Enfin, il faut aborder le problème de l ’attribution de
certaines statues de l ’art pergaménien qui existent encore
à l’Antigone historien de l ’art et sculpteur. Je ne puis en
discuter que de manière fort succincte.
Là aussi, les savants ont cherché à donner un contenu
concret au témoignage de Pline relatif à Antigone, qui,
avec Isigonos, Pyromachos et Stratonicos, avait participé
à la préparation des ex-voto commémoratifs des victoires
des rois de Pergame sur les Galates, et que l ’on appelle
les Grand et Petit ex-voto12. Aujourd’hui, la critique est
disposée à attribuer le projet des deux anathemata à
Attale 1er2.
Une fois admise la participation d’Antigone à la réali­
sation de ces monuments, les archéologues ont proposé
d’attribuer à la main du maître Carystien certaines statues
dont l’origine pergaménienne paraît assurée.
Le cas le plus célèbre est, sans aucun doute, celui du
« Pasquino »3. Ce nom est donné depuis la Renaissance
à un groupe de marbre rongé et mutilé qui représente
Ménélas soutenant la dépouille de Patrocle. On conserve,
à ce jour, treize exemplaires de cette statue (p. ex. :
Rome, Palazzo Braschi ; Florence, Loggia dei Lanzi et
Palazzo Pitti). La reconstruction du groupe original, sa
datation au IIIe siècle et son attribution à Antigone remon-

1. Bibliographie récente chez R. R. R. Smith, Hellenistic sculpture.


A handbook, London 1991, p. 279-280, et P. Moreno, « Pergamena,
Arte », ΕΑΛ Π Suppl. 4, 1996, p. 307-319. Pour la politique culturelle
des Attalides et, en particulier d’Attale 1er, cf. Schalles, p. 51-149, et
B. Virgilio, Gli Attalidi di Pergamo. Fama, eredità, memoria, Pisa 1993.
2. Voir Moreno, « Pergamena, Arte » (art. cit., supra, n. 1), p. 310-
311, 318 et Coarelli, Da Pergamo a Roma (op. cil., p. xciv n. 1).
3. Cf. Moreno, I, p. 379-385, et Id., « Pasquino », EEA II Suppl. 4,
1996, p. 269-271.
cx x INTRODUCTION

tent à Schweitzer1. Après que Schober eut exprimé son


désaccord, des doutes sur la paternité du « Pasquino »
ont commencé à se répandre23, en particulier avec
Nitsche·'. Récemment Moreno4, en reprenant une hypo­
thèse de Künzl5, a daté la statue de « peu après 189 » et
a rejeté la paternité d’Antigone. D ’autre part, Bieber6
attribuait à Antigone l’archétype de ce que l ’on appelle le
« Groupe Ludovisi » (Rome, Palazzo Altemps)7, repré­
sentant un Galate qui, après avoir tué sa femme, se trans­
perce la poitrine de son épée. La critique plus récente y
voit plus vraisemblablement une œuvre d’Épigonos8.
Künzl pensait, enfin, à la statue d’Athéna Promachos9.

1. Schweitzer, « Das Original der sogenannten Pasquino*


Gruppe», et Id., « D ie Menelaos-Palroklos-Gruppe » (art. dl.,
p. xciv n. 4).
2. Par ex., J. J. Poilitt, Art in heflenistic age, Cambridge 1986,
p. 118.
3. A. Nitsche, « Zur Datierung des Originals des Pasquinos-
gruppe » /4A, 1981, p. 76-81.
4. Moreno, « Pasquino » {an. eil., p. cxix n. 3), p, 270.
5. E. Künzl, Frühellenisiische Gruppen, Köln 1968, p. 2-3, 33,48,
140, 148-150 etpl. 21.
6. M. Bieber, The sculpture o f the Hellenistic age. New York
1961*, p. 108.
7. Dernièrement, cf. Schalles, p. 69-100 avec de bonnes reproduc­
tions photographiques (pi. 3-5), et Moreno, I, p. 274-285.
8. Voir Moreno, « Pergamena, Arte » {an. rit., p. cxix n 2)
p. 310 et 3]β.
9. E. Künzl, Die Kellen des Epigonos von Pergamon, Würzburg
1971, p. 48 n. 83. Sur le monument, cf. Schalles, p. 53-56.
IV

SYNTHÈSE DES RÉSULTATS

Tentons maintenant d ’effectuer une synthèse des résul­


tats obtenus dans cette introduction. L ’existence de deux
Antigone originaires de la ville de Caryste dans l ’île
d’Eubée semble probable. Le premier, qui vécut au IIIe s.
av. J.-C, écrivit des biographies de philosophes, et fut
historien de l ’art et sculpteur ; il travailla à la Cour de
Pergame sous le roi Attale 1“ (241-197). Sa chronologie
est liée à celle de Ménédème d ’Érétrie qu’il fréquenta
pendant les dernières années de sa vie. Comme Méné­
dème vécut quatre-vingt-quatre ans, pour mourir vers
261/0, il est possible que cet Antigone était né vers 290.
Il écrivit, en plus des Biographies, des traités d’histoire
de l’art, et probablement un livre Π ερ ί ζώων et un livre
Περί λέξεως. On ne peut pas lui attribuer ΓΤστοριών
παραδόξων συναγω γή, un recueil d'excerpta qui
remonte à l ’époque byzantine (Xe s.).
Le deuxième Antigone vécut aux environs du Ier s. av.
J.-C., avant la compilation de la Couronne de Philippe de
Thessalonique ; il était poète, auteur d’une épigramme,
d’un poème intitulé Antipatros et, peut-être, de Transfor-
matios (’Α λλοιώ σεις).
L’identité de l ’auteur et la paternité des deux
ouvrages : Histoire d ’Italie et Périégèse de la Macédoine
demeurent incertaines. Ces deux titres sont attribués dans
les sources antiques à un même Antigone, mais il faut les
partager entre deux personnages du même nom, qui
n’étaient pas contemporains.
L’ouvrage le plus célèbre d’Antigone de Caryste était
les Biographies, portraits de certains philosophes, ses
contemporains. Les interprétations modernes des Biogra-
CXXII INTRODUCTION

phies d'Antigone ont pour point de départ le recueil des


fragments de Wilamowitz. Elles sont par conséquent
influencées par les choix du grand savant, qui avait forte­
ment élargi le nombre et l ’étendue des fragments. J’ai
analysé de nouveau tous les passages où Wilamowitz
croyait avoir aperçu des vestiges des Bioi d’Antigone ; je
les ai révisés à la lumière des résultats des études
modernes sur la biographie antique ; j ’ai aussi tenu
compte des recherches sur les sources de Diogène Laërce
et leur utilisation. Tout cela a entraîné une diminution du
nombre des fragments, mais n’a pas changé radicalement
la présentation des caractéristiques générales de
l ’ouvrage d’Antigone et de sa méthode. Antigone compo­
sait ses Bioi en s’insérant de façon originale dans la tra­
dition de la littérature mémorialiste. Il s ’intéressait sur­
tout à la description du caractère et de la personnalité de
ses héros, mais ne négligeait pas non plus de mettre en
évidence les vertus et les vices, les qualités et les défauts
de ces hommes plongés dans la réalité de leur époque.
Une définition synthétique mais efficace des Biographies
d’Antigone pourrait être : homo sum : humani nil a me
alienum puto.
En ce qui concerne l’identité de l ’Antigone auteur de
biographies avec son homonyme sculpteur et historien de
l’art, je ne trouve aucun obstacle à la reconstruction uni­
taire esquissée par le jeune Wilamowitz. La chronologie
d’Antigone de Caryste ne s’oppose pas à la possibilité
qu’il ait travaillé comme sculpteur aux anathemata
qu’Attale 1er avait commandés pour fêter sa victoire sur
les Galates vers 239 av. J.-C.
Antigone et Xénocrate d’Athènes ont servi de source,
peut-être indirecte, à la Naturalis historia de Pline
l ’Ancien. 11 est plus difficile de découvrir des traces de
leurs idées dans le livre XII de 1'Institutio oratoria de
Quintilien.
Les témoignages fiables au sujet des livres d’art
d’Antigone sont très limités. Pline cite le traité Sur la
SYNTHESE DES RÉSULTATS l'XXIll

loreutique d’Antigone parmi les sources des livres


XXXIII et XXXIV de sa Naturalis historia ; il lui attri­
bue aussi des livres de sua arte et sur la peinture. L’Anti­
gone historien de l ’art est cité aussi dans la Vie de Chry­
sippe de Diogène Laërce. Le même Diogène se réfère à
Antigone dans les Vies d’Anaxagore et de Démocrite, à
propos de deux sculpteurs homonymes.
ABRÉVIATIONS

I. Revues et périodiques

AA - Archäologischer Anzeiger. Berlin.


AAWG ~ Abhandlungen der Akademie der Wissenschaften in
Göttingen. Göttingen.
Aegyptus = Aegyptus. Rivista italiana di egittologia e papirolo-
gia. Milano.
AJA = American journal of archaeology. New York.
AncSoc = Ancient society. Katholieke Universiteit, Leuven.
ASG = Abhandlungen der phil.-hist. Klasse der sächsischen
Gesellschaft. Leipzig.
ASNP = Annali della Scuola Normale Superiore di Pisa. Classe
di iettere e filosofia. Pisa.
Augustinus = Augustinus. Revista publicada por los Padres
Agustinos recoletos. Madrid.
BCH = Bulletin de correspondance hellénique. Paris.
BfCS = Bulletin of the Institute of classical studies of the Uni­
versity of London. London.
BSG = Berichte über die Verhandlungen der kgl. sächsischen
Gesellschaft der Wissenschaften zu Leipzig. Leipzig.
ByzZ = Byzantische Zeitschrift. München.
CErc ~ Cronache Ercolanesi. Bollettino del Centro intemazio-
nale per lo studio dei papiri Ercolanesi. Napoli.
Chiron = Chiron. Mitteilungen der Kommission für alte Ge­
schichte und Epigraphik des deutschen archäologischen
Instituts. München.
CJ ~ Classical journal. Athens (Georgia).
CR ~ Classical review. Oxford.
CW = The classical world. Pittsburgh (Pennsylvania).
CXXVJ A B R ÉV IA T IO N S

Die Antike = Die Antike. Zeitschrift für Kunst und Kultur der
Altertumswissenschaft. Berlin.
DLZ - Deutsche Literaturzeitung für Kritik der internationalen
Wissenschaft. Berlin.
Elenchos = Elenchos. Rivista di studi sui pensiero antico.
Napoli.
GRBS — Greek, roman and byzantine studies. Durham (North
Carolina).
Hermes = Hermes. Zeitschrift für klassische Philologie. Wies­
baden.
ICS = Illinois classical studies. Chico (California).
Jahreshefte = Jahreshefte des österreichischen, archäologi­
schen Instituts. Wien.
JKPh - Jahrbücher fü r klassische Philologie. Leipzig.
JDAI= Jahrbuch des deutschen archäologischen Instituts.
Berlin.
JHS = Journal o f hellemc studies. London.
Laites - Actes ties sessions de linguistique et de littérature de
l'École normale supérieure. Paris.
Λ όγιος Έ ρμης = Λ ό γ ιο ς Έ ρμης. Athènes.
Lustrum = Lustrum. Internationale Forschungsberichte aus dem
Bereich des klassischen Altertums. Göttingen.
LZB = Literarisches Zentralblatt für Deutschland. Leipzig.
MD = Materiali e discussioni p er l 'analisi dei testi classici.
Pisa.
MDAI(A) = Mitteilungen des deutschen archäologischen Insti­
tuts (Athenische Abteilung). Berlin.
MDAl(R) —Mitteilungen des deutschen archäologischen Insti­
tuts {Römische Abteilung). Berlin.
Mnemosyne = Mnemosyne. Bibliotheca classica Batava. Lei­
den.
ΜΗ —Museum Helveticum. Basel.
PCPhS - Proceedings o f the Cambridge philological society.
Cambridge.
PdP = La parola del passato. Napoli.
Philologus » Philologus. Zeitschrift für klassische Philologie.
Berlin.
PhW = Philologische Wochenschrift. Leipzig u. Berlin.
Prometheus - Prometheus. Rivista quadrimesirale di studi clas­
sici. Firenze.
RA - Revue archéologique. Paris.
ABRÉVIATIONS CXXVii

RAAN ss Rendiconti deU'Accaâemia di archeologia, lettere e


belie arti di Napoli. Napoli.
RCr ~ Revue critique. Paris.
REA - Revue des études anciennes. Paris.
REG ~ Revue des études grecques. Paris.
RFIC - Rivista di filologia e di istruzione classica. Torino.
RhM - Rheinisches Museum für Philologie. Frankfurt a. Main.
RPh ~ Revue de philologie, de littérature et d ’histoire
anciennes. Paris.
S&C ~ Scrittura & civiltà. Firenze.
Sandalion - Sandalion. Quaderni di cultura classica e médié­
vale. Sassari.
SAWW ~ Sitzungsberichte der österreichischen Akademie der
Wissenschaften in Wien. Wien.
SBAW = Sitzungsberichte der bayerischen Akademie der
Wissenschaften. München.
SIFC - Studi italiani di filologia classica. Firenze.
TAPhA = Transactions and proceedings of the American philo­
logical association. Cleveland, Ohio.
ZŒG - Zeitschrift für die österreichischen Gymnasien. Wien.
ZPE = Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik. Bonn.

II. Dictionnaires, collections et ouvrages de référence

ANRW = Aufstieg und Niedergang der römischen Welt. Ge­


schichte und Kultur Roms im Spiegel der neueren For­
schung, Berlin u. New York.
CCAG ~ Catalogus codicum astrologorum Graecorum,
Bruxellis 1898-.
CML = Corpus medicorum lati norum, Lipsiae 1915-.
DPhA = R. Goulet (éd.). Dictionnaire des philosophes
antiques, Paris 1989-.
EAA ~ Encyclopedia dell'arte antica classica e orientale, Roma
1958-.
FDS - K. Hülser (éd.), Die Fragmente zur Dialektik der
Stoiker, Stuttgart-Bad Cannstatt 1987.
FGrHist ~ F. Jacoby (éd.). Die Fragmente der griechischen
Historiker, Berlin u. Leiden 1923-1958.
FHG ~ C. et Th. Muller (éd.), Fragmenta historicorum Grae­
corum, Parisiis 1841-1870.
cxxvm ABRÉVIATIONS

FVS = H. Diels — W. K ranz (éd.), Die Fragmente der Vorso-


kratiker. Griechisch und Deutsch, Berlin u. Zürich 1951-
19526.
GL = H. Keil (éd.), Grammatici Latini, Lipsiae 1857-1871.
GRF = H. Funaioli (éd.). Grammaticae Romanae fragmenta,
Lipsiae 1907.
IG2 = Inscriptiones Graecae. Editio minor, Berolini 1913-.
IPerg. - M. Fraenkel (éd.). Die Inschriften von Pergamon,
Berlin 1890-1895.
KP = K. Ziegler — W . Sontheim er (éd.), Der kleine Pauly.
Lexikon der Antike, Stuttgart 1964-1975.
LSJ = A Greek-English Lexicon, com piled by H. G. Liddell and
R. Scott, revised & augm ented throughout by H. S. Jones
with the assistance o f R. M cK enzie, w ith a Supplement
1968. O xford 1968. R evised Supplem ent edited by
P. G. W. Glare with the assistance of A. A. Thompson,
Oxford 1996.
NP = H. Cancik — H. Schneider (éd.). Der Neue Pauly. Enzy­
klopädie der Antike, Stuttgart u. W eim ar 1996
OGIS - W. D ittenberger (éd.). Orientis Graeci Inscriptiones
Selectae, Lipsiae 1903-1905.
PA = J. Kirchner (éd.). Prosopographia Attica. Berolini 1901-
1903.
PLG = Th. Bergk (éd.). Poetae lyrici Graeci. Lipsiae 18824.
PLRE = A. H. M. Jones, J. R. M artindale & J. Morris (éd.),
Prosopography of the Later Roman Empire, 1.1 (260-395),
Cambridge 1971.
PPF = H. Diels (éd.), Poetarum philosophorum fragmenta,
Berolini 1901.
RE = Paulys Realencyclopädie der classischen Altertumswis­
senschaft, Stuttgart u. M ünchen 1893-1972.
SdA = F. Wehrli (éd.). Die Schule des Aristoteles, Basel u.
Stuttgart, 1967-19692.
SH - H. Lloyd-Jones et P. Parsons (éd.). Supplementum Helle-
nisticum, Berolini et Noui Eboraci 1983.
SIG3 = W. Dittenberger (éd.), Svlloge Inscriptionum Graeca­
rum, Lipsiae 1915-!924\
SSR ~ G. Giannantoni (éd.), Socratis et Socraticorum Reli­
quiae, Napoli 1990.
SVF ~ H. von Amim (éd.), Stoicorum Veterum Fragmenta
Lipsiae 1903-1905.
ABRÉVIATIONS CXX1X

TrGF = Tragicorum Graecorum Fragmenta. I : R . K a n n ic h t


— B. Snell (éd.), Didascaliae, Catalogi, Testimonia et
Fragmenta Tragicorum Minorum, Göttingen 198I2 ; II :
R. Kannicht — B. Snell (éd.), Adespota, Göttingen 1981 ;
IV : S. Radt (éd.), Sophocles, Göttingen 1977.

III. Études et éditions citées de façon abrégée


André-Bloch-Rouveret = J. André-R. Bloch-A. Rouveret (éd.),
Pline l'Ancien, Histoire naturelle livre XXXVI, Paris 1981.
Christ-Schmid = W. v. Christs Geschichte der griechischen
Litteratur ... unter Mitwirkung v. 0 . Stählin bearb. v.
W. Schmid, Il 1, München Î9206.
Croisille = J.-M. Croisille (éd.), Pline l'Ancien, Histoire natu­
relle livre XXXV, Paris 1985.
Dal Pra = M. Dal Pra, Lo scetticismo greco, Roma-Bari 19752.
Decleva Caizzi = F. Decleva Caizzi (éd.), Pirrone. Testimo­
nialize, Napoli 1981.
Di Marco = M. Di Marco (éd.), Timone di Fliunte. Silii, Roma
1989.
Dorandi = T. Dorandi (éd.), Filodemo. Storia dei filosofi : Pla­
tone e l'Academia, Napoli 1992.
Ferrari = G. A. Ferrari, « Due fonti sullo scetticismo antico
(Diog. Lae. IX, 66-108 ; Eus., Praep. Εν., XIV, 18, 1-
20 », SIFC n.s. 40, 1968, p. 200-224.
Ferri = S. Ferri, Plinio il Vecchio. Storia delle arti antiche,
Roma 1946.
Fränkel = M. Fränkel, « Gemälde-Sammlungen und Gemälde-
Forschung in Pergamon », JDAI 6, 1891, p. 49-60.
Gaiser = K. Gaiser (éd.), Philodems Academica. Die Berichte
über Platon und die Alte Akademie in zwei herkulanensi-
schen Papyri, Stuttgart-Bad Cannstatt 1988.
Gallet de Santerre = H. Le Bonniec — H. Gallet de Santerre
(éd.), Pline l ’Ancien, Histoire naturelle livre XXXIV, Paris
1953.
Gigante = M. Gigante, Diogene Laerzio. Vite dei filosofi,
Roma-Bari 19874.
Gigante, Polemone = M. Gigante (éd.), Polemonis Academici
Fragmenta, Napoli 1977.
Glucker = J. Glucker, Antiochus and the late Academy, Göttin­
gen 1978.
cxxx ABRÉVIATIONS

Gorier = W. Gorier, dans H. Flashar (éd.), Grundriss der Ge­


schichte der Philosophie. Begründet von F. Ueberweg.
Völlig neubearbeite Ausgabe — Die Philosophie der
Antike. Band IV 1-2 : Die hellenistische Philosophie v.
M, Erler-H. Flashar-G. Gawlick-W. Görler-P. Steinmetz,
Basel 1994.
Gow-Page = A. S. F. Gow — D. L. Page (éd.), The Greek
Anthology. The Garland of Philip, Cambridge 1968.
Hansen = E. V. Hansen, The Attalids of Pergamon, Ithaca &
London 19712.
Kalkmann = A. Kalkmann, Die Quellen der Kunstgeschichte
des Plinius, Berlin 1898.
Knoepfler = D. Knoepfler, La Vie de Ménédème d ’Érêtrie de
Diogène Laërce, Basel 1991.
Kopke = R. Köpke, De Antigono Carystio, Berolini 1862.
Leo = F. Leo, Die griechisch-römische Biographie nach ihrer
litterarischen Form, Leipzig 1901 (réimpr. Hildesheim
1990).
Loewy = E. Loewy, Inschriften griechischer Bildhauer, Leip­
zig 1885 (réimpr. Osnabrück 1965).
Long = A. A. Long, « Diogenes Laertius, Life of Arcesilaus »,
Elenchos 7, 1986, p. 429-449.
Momigliano, Biography = A . Momigliano, The development of
Greek biography, Cambridge, Mass. 19932.
Moreno = P. Moreno, La scultura ellenistica, Roma 1994.
Münzer = F. Münzer, « Zur Kunstgeschichte des Plinius »,
Hermes 30, 1895, p. 499-547.
Musso = O. Musso (éd.), [Antigonus Carystius), Rerum mirabi­
lium collectio, Napoli 1985.
Musso, Struttura = O. Musso, « Sulla struttura del Cod. Pal.
Gr. 398 e deduzioni storico-letterarie », Prometheus 2,
1 9 7 6 , p . 1 -1 0 .
Natali = C. Natali, Bios theoretikos. La vita di Aristotele e
Torganizzazione della sua scuola, Bologna 1991.
Neben I e II = R. Neben, « Studien zu Antigonos von Karystos »,
JKPh 151, 1895, p. 363-375 et 153, 1896, p. 773-780.
Overbeck = J. Overbeck, Die antiken Schriftquellen zur Ge­
schichte der bildenden Künste bei den Griechen, Leipzig
1868.
Pfeiffer = R. Pfeiffer, History of classical scholarship from the
beginnings to the end of the Hellenistic age, Oxford 1968.
a b r é v ia t io n s cxxxi

Pollitt, Ancient view = J. J. Pollitt, The ancient view of Greek


ari : criticism, history, and terminology. New Haven-Lon-
don 1974.
Preller = L. Preller (éd.), Polemonis Periegetae Fragmenta.
Lipsiae 1838 (réimpr. Amsterdam 1964).
Robert = C. Robert, Archaeologische Maerchen aus alter und
neuer Zeit, Berlin 1886.
Rohde - E. Rohde, CR de Wilamowitz, LZB 1882, p. 56-59 (=
Kleine Schriften, I, Tübingen u. Leipzig 1901 ; réimpr.
Hildesheim 1969, p. 356-361).
Schalles = H.-J. Schalles, Untersuchungen zur Kulturpolitik der
pergamenischen Herrscher im dritten Jahrhundert vor
Christus, Tübingen 1985.
Schober, Epigonos = A. Schober, « Epigonos von Pergamon
und die frühpergamenische Kunst », JDAl 53, 1938,
p. 126-149.
Schober, Geschichte = A. Schober, « Zur Geschichte pergame-
nischer Künstler », Jahreshefte 31, 1939, p. 142-149.
Schober, Zeitbestimmung = A. Schober, « Zur Zeitbestimmung
pergamenischer Künstler », Jahreshefte 32, 1940, p. 73-
82.
Schweitzer = B. Schweitzer, « Xenokrates von Athen »,
Schriften der königsberger gelehrten Gesellschaft 9, 1932,
p. 1-52 (repris dans Zur Kunst der Antike, I, Tübingen
1963, p. 105-164 ; trad, italienne dans Alla ricerca di
Fidia, Milano 1967, p. 257-314 et 485-490).
Sellers = K. Jex-Blake & E. Sellers, The Elder Pliny's chapters
on history of art, London 1896 (réimpr. par R. V. Schoder,
Chicago 1968).
Stuart Jones = H. Stuart Jones (éd.). Select passages from
ancient writers illustrative of the history of Greek sculp­
ture, London 1895 (réimpr. par A. N. Oikonomides, Chi­
cago 1966).
Susemihl = F. Susemihl, Geschichte der griechische Litteratur
in der Alexandrinerzeit, I-II, Leipzig 1891-1892.
Urlichs = H. L. von Urlichs, Über griechische Kunstschriftstel­
ler, Würzburg 1887.
Wehrli, Lykon = F . Wehrli, Lykon und Ariston von Keos, SdA
VI, Basel u. Stuttgart, 19682.
Wilamowitz = U. von Wilamowitz-Moellendorff, Antigonos
von Karystos, Berlin 1881 (réimpr. Berlin u. Zürich 1965).
SIGLA

Liste des éditions suivies et des manuscrits cités.


Le texte de Diogène Laerce est celui que j ’ai reconstruit
sur la base d’une collation personnelle des principaux
manuscrits (à l ’exception de la Vie de Ménédème, où
j’utilise le texte de Knoepfler) ; celui de Zénobios est
constitué à partir des deux représentants principaux
de la recensio uulgata et de la recensio Bodleiana (cf.
W. Bühler, Zenobii Athoi Prouerbia, I, Gottingae 1987 et
J. Irigoin, Gnomon 70, 1998, p. 585-592), grâce aux
collations qui m ’ont été communiquées par le Professeur
W. Bühler. Pour la tradition manuscrite d’Étienne de
Byzance, voir A. Diller, « The Tradition of Stephanus
Byzantius », TAPhA 69, 1938, p. 333-348. Wilamowitz
(sans précision) renvoie toujours à son Antigonos von
Karystos.

Aristocl.es voir Eusebius

A then aevs
Deipnosophistae
A Venise, Biblioteca Nazionale di San Marco,
gr. 447 (s. ix)
C Paris, Bibliothèque nationale de France, gr.
841 (1482)
E Florence, Biblioteca Medicea Laurenziana,
plut. 60.2 (s. xv-xvi)
CXXXIV SIGLA

I. Casaubonus, Heidelbergiae 1597


G. Kaibel, Lipsiae 1887-1890
A, Meineke, Lipsiae 1857-1867
M. Muslims, Venetiis 1514 (editio princeps)
J. Schweighaeuser, Argentorati 1801-1807

D iogenes L aertivs
Vitae philosophorum
B Naples, Biblioteca Nazionale, III, B. 29 (s.
XII)
P Paris, Bibliothèque nationale de France, gr.
1759 (s. xi» ex.)
F Florence, Biblioteca MediceaLaure
plut. 69.13 (s. xill in.)
H Florence, Biblioteca MediceaLaure
plut. 69.35 (s. XV)
P- (P3, P4) premier correcteur (deuxième, troisième cor­
recteur du ms. P. P* = correcteur qu’on ne
peut pas déterminer)
Ω accord des manuscrits B P F = hyparchétype
Φ Cité du Vatican, Biblioteca Apostolica Vati­
cana, Vat. gr. 96 (s. xn in.) : épitomé de Dio­
gène Laërce
Cité du Vatican, Biblioteca Apostolica Vati­
cana, Vat. gr. 96 (s. xn in.) : épitomé de Dio­
gène Laërce présenté de façon erronée sous
le nom d’Hésychius de Milet
X accord Ω Φ (®h) = archétype
C. G. Cobet, Parisiis 1851
M. Gigante, Polemonis Academici fragmenta, Napoli
1977
H. Estienne [Genauae] 1570
H. Froben, Basileae 1533 (editio princeps)
H. G. Huebner, Lipsiae 1828-1833
D. Knoepfler, La Vie de Ménédème de Diogène Laërce,
Basel 1991
SIGLA CXXXV

M. Meibom (Maybaum), Amstelaedami 1692


J. C. Orelli [édition de <Dh], Lipsiae 1820

Evsebivs
Praeparatio euangelica
I Venise, Biblioteca Nazionale di San Marco,
gr. 341 (s. XV) : Ib premier correcteur
N Naples, Biblioteca Nazionale, Π. A. 16 (s.
XV)
O Bologne, Biblioteca Universitaria, 3643 (s.
X lll)
D Paris, Bibliothèque nationale de France, gr.
467 (s. XVI)
E. des Places, Paris 1987 (livres XIV-XV)
K. Mras, Berlin 19832
R. Estienne, Lutetiae 1544

Hesychivs
Lexicon
H Venise, Biblioteca Nazionale di San Marco,
gr. Z 622 = 851
J. Alberti, Lugduni Batauorum 1746
K. Latte, Hauniae 1953-1956 [A-O]

Hieronymvs
De uiris illustribus
a Bamberg, Staatsbibliothek, B IV 21 (s. vi
in.)
ß Londres, British Library, Cotton Caligula A
XV (s. vin)
* Naples, Biblioteca Nazionale, IV. A. 8 (s.
V1II-1X)
25 Vérone, Biblioteca Capitolare, XXII (20) (s.
vi)
CXXXVI SIGLA

A. Ceresa-Gastaldo, Firenze 1988


W. Herding, Lipsiae 19242

Philodemvs
Academicorum historia
P Papyrus Herculanensis 1021 (s. i av. J.-C.)
F. Buecheler, Gryphiswaldiae 1869
T. Dorandi, Napoli 1991
K. Gaiser, Stuttgart-Bad Cannstatt 1988
M. Gigante, Polemonis Academici fragmenta, Napoli
1977
Th. Gomperz, in Philosophische Aufsätze E. Zeller, Leip­
zig 1877, p. 139-149 (= Eine Auswahl herku-
lanischer kleiner Schriften, hrsg. v. T.
Dorandi, Leiden 1993, p. 151-161)
S. Mekler. Berolini 1902
H. J. Mette, Lustrum 26, 1984, p. 7-94

P hilodem vs
Stoicorum historia
P Papyrus Herculanensis 1018 (s. I av. J.-C.-i
ap. J.-C.)
T. Dorandi, Leiden 1994

Plinivs
Naturalis historia
B Bamberg, Staatsbibliothek, M.V. (s. X)
F Leyde, Bibliotheek der Rijksuniversiteit,
Lips. 7 (s. xi)
R Florence, Biblioteca Riccardiana, 488 (s. X-
XI)
T Tolède, Archivo y Bibliotheca Capitular, 47-
17 (s. XIII)
V Leyde, Bibliotheek der Rijksuniversiteit,
Voss. lat. F. 61 (s. xi)
SIGLA CXXXVII

a Vienne, Österreichische Nationaibibliothek,


lat. 10 (s. xii-xiiO
d Paris, Bibliothèque nationale de France, lat.
6797 (s. XIII)
h Paris, Bibliothèque nationale de France, lat.
6801 (s. XV)
J.-M. Croisille, Paris 1985 (livre XXXV)
H. Le Bonniec, Paris 19832 (livre XXXIV)
C. Mayhoff, Lipsiae 1897
I. Sillig, Hamburg-Gotha 1851

psevdo-A ntigonvs
Mirabilia
P Heidelberg, Universitätsbibliothek, Palat, gr.
398 (s. X)
I. Meursius, Lugduni Batauorum 1619
O. Musso, Napoli 1985
G. Xylander, Basileae 1568

Scholia in A ristophanis A ves


Lh Oxford, Bodleian Library, Holkham gr. 88 (s.
XV in.)
M, Milan, Biblioteca Ambrosiana, L 41 sup. (s.
XV)
V Venise, Biblioteca Nazionale di San Marco,
gr. 474 (s. XII ex. : alii XI)
p/3 Florence, Biblioteca Medicea Laurenziana,
plut. 31.15, et Leyde, Bibliotheek der Rijksu-
niversiteit, Voss. gr. F. 52 (s. xiv in.)
D. Holwerda, Groningen 1991

Stephanvs B yzantivs
Ethnica
R Wroclaw, Bibl. Zak. Narod. Ossolinski Paw-
likows., Rehd. gr. XXIII = S.l.3.18 (s. xv)
c x x x v iii SIGLA

V Bibliotheek der Rijksuniversiteit, Voss. gr. F,


20 (s. XV)
Aid Aldina 1502 {editio princeps)
L. Dindorf, Lipsiae 1825
A. Meineke, Berolini 1849

Z enobivs
Prouerbia
L Florence, Biblioteca Medicea Laurenziana,
plut. 59.30 (s. XIV in.) recensio Bodleiana
P Paris, Bibliothèque nationale de France, gr.
3070 (s. xii) recensio uulgata (archétype)
E. L. V. Leutsch - F. G. Schneidewin, I, Gottingae 1839
TEXTE ET TRADUCTION
VIES D E S PHILOSOPHES

1 Jérô m e, Les hommes illustres, préface 1 -2

T u m 'e x h o r t e s , m o n c h e r D e x t e r 1, à p r é s e n te r e n ordre
le s é c r i v a i n s d e l ’É g l i s e à l ’i m i t a t i o n d e T ra n q u illu s 2, et à
f a ir e p o u r n o s ( é c r i v a i n s ) c e q u ’i l a f a i t e n é n u m é ra n t les
h o m m e s i l l u s t r e s d e l a l i t t é r a t u r e p a ï e n n e . . . (2 ) O nt fait
la m ê m e c h o s e c h e z l e s G r e c s 3 : le p é r ip a té tic ie n Her-
m ip p e , A n t i g o n e d e C a r y s t e , S a t y r o s , h o m m e érudit, et,
d e lo in le p l u s s a v a n t d e t o u s , l e m u s i c i e n A ris to x è n e ; et
c h e z le s L a t i n s 4 : V a r r o n , S a n t r a , N e p o s , H y g in e t Tran­
q u i l l u s 5, d o n t t u v e u x m ’ i n c i t e r à s u i v r e l ’e x e m p le 67.

Vie de Pyrrhon1

2 A D io g è n e L a ë rc e IX , 6 2 -6 4

A n tig o n e d e C a r y s t e , d a n s s a Vie de Pyrrhon, d it de lui


c e q u i s u it8 : a u d é b u t il é t a i t u n h o m m e s a n s réputation,
p a u v r e e t e x e r ç a i t l e m é t i e r d e p e i n t r e . O n c o n s e rv e de lui,

1. Il s’agit du praefectus praetorio Italiae de 395 ap. J.-C. Num-


mius Aelianus Dexter (PURE I : 2).
2-5. Voir Notes Complémentaires, p. 43.
6. Cf. M omigliano, Biography, p. 73, 79, 81, 96, et G. Brugnoli.
Nascita e sviluppo della biografia romana : Aspettï e problcmi, dans I.
Gallo-L. Nicastri (éd.), Biografia e autobiografia degli antîchi e dei
moderni, Napoli 1995, p. 79-80.
7. Voir Notes Complémentaires, p. 44.
8. Cf. Decleva Caizzi, p. 156-162 ; 182-185.
VITAE PHILOSOPHORVM

1 H ie r o n y m u s , De uiris illustribus, praefatio, 1-2

H o rta ris , D e x te r , u t T r a n q u illu m s e q u e n s ecclesiasticos


scrip to re s in o r d in e m d ig e ra m e t q u o d ille in enum erandis
g e n tiliu m litte ra ru m u iris fe c it illu strib u s e g o in nostris
faciam . . . (2 ) F e c e r u n t q u id e m h o c id e m a p u d G raecos
H e rm ip p u s p e r ip a te tic u s , A n tig o n u s C a ry stiu s, Satyras,
d o c tu s u ir, e t, lo n g e o m n iu m d o c tis sim u s , A ristoxenus
m u sicu s ; a p u d L a tin o s a u te m V a rro , S a n tra , N e p o s, H ygi­
nus et, a d c u iu s n o s e x e m p lu m u is p ro u o c a re , Tranquillus.

1-8 Suetonius fr. 1 Reifferscheid I! 5 Hermippus fr. 1 Wehrli II


6 Aristoxenus fr. 10b Wehrli.

aße25
1 me post hortaris add. cte25 il 2 in ordine α II 8 uis prouocare αβ :
prouocas Herding.

Vita Pyrrhonis

2A D io g e n e s L a e r tiu s IX , 6 2 -6 4

Α ντ ίγ ο νο ς δε ψ η σ ιν ό Κ αρυστιος έν τω Περί Πυρρω-


νος τάδε ττερι α υτο ύ, ότι τή ν ά ρχή ν άδοξο; τε ήν καί

Pyrrho test. 10, 28, 11 Decleva Caizzi

X = Ω (BPF) ®h
1-2 t v — Π ύρρω νος BP : om. F II 2 χε BP : om F.
VIES DES PHILOSO PH ES

a É lis d a n s le g y m n a s e , d e s p o r t e u r s d e la m p e s d e facture
m o y e n n e 910*. ( 6 3 ) Il s e r e t i r a i t à l ’é c a r t e t r e c h e r c h a it la soli­
t u d e 1", s e m o n t r a n t r a r e m e n t a u x g e n s d e l a m a is o n . 11 se
c o n d u is a it a in s i p a r c e q u ’il a v a i t e n t e n d u u n In d ie n adres­
s e r d e s r e p r o c h e s à A n a x a r q u e , l u i d i s a n t q u ’il n e p o u rrait
ja m a is e n s e i g n e r à a u t r u i c o m m e n t ê t r e u n h o m m e d e bien
si lu i m ê m e f r é q u e n t a i t le s c o u r s d e s r o i s " . Il g a rd a it tou­
jo u r s la m ê m e a ttitu d e , d e s o r t e q u e , m ê m e s i q u e lq u ’un
le la is s a it- là , a u b e a u m i l i e u d ’u n d i s c o u r s , il le finissait
p o u r lu i - m ê m e , b i e n q u ’il e û t é t é a g i t é e t < . . . > d a n s sa
j e u n e s s e 12. S o u v e n t , r a c o n t e ( A n t i g o n e ) , il s ’é lo ig n a it de
s a m a is o n s a n s p r é v e n i r p e r s o n n e e t p a r t a i t v a g ab o n d e r
a v e c q u i il v o u la it. E t u n e f o is , a l o r s q u ’A n a x a r q u e était
to m b é d a n s u n m a r é c a g e , ( P y r r h o n ) p a s s a à c ô té san s lui
p o r t e r s e c o u r s . C e r t a i n s l u i r e p r o c h a i e n t c e t te c o n d u ite,
m a is A n a x a r q u e l u i - m ê m e f a i s a i t l ’é l o g e d e s o n indiffé­
r e n c e e t d e s o n a b s e n c e d ’a t t a c h e m e n t . ( 6 4 ) S u rp ris une
f o is à s e p a r l e r à lu i - m ê m e , il d i t à q u i lu i e n d e m a n d a it la
r a is o n , q u ’il s ’e x e r ç a i t à ê tre v e r tu e u x . D ans les
re c h e rc h e s p h ilo s o p h iq u e s , il n ’é t a i t m é p r is é p a r per­
s o n n e , p a r c e q u ’il p a r l a i t a u s s i b ie n d a n s u n disco u rs
c o n tin u q u ’e n r é p o n s e à d e s q u e s t i o n s 13. A u s s i N ausi-
p h a n e 14, q u i é t a it d é jà j e u n e h o m m e , f u t c a p t u r é p a r lu i15.
D e f a it il a v a i t l ’h a b itu d e d e d ir e q u ’il f a u t s u iv re la dis­
p o s itio n p y r r h o n ie n n e , m a is a v o i r d e s d o c tr in e s p erso n ­
n e lle s . Il d is a i t s o u v e n t q u ’É p i c u r e a u s s i, q u i a d m ira it le
g e n re d e v ie d e P y r r h o n , s ’i n f o r m a it c o n s ta m m e n t à son
s u je t16. Il f u t te n u e n u n te l h o n n e u r p a r s a p a tr ie , q u ’il fut
in s titu é c o m m e g ra n d p r ê tr e e t q u e , à c a u s e d e lu i, un
d é c r e t e x e m p ta to u s le s p h ilo s o p h e s d ’i m p ô t s 17.

9. Decleva Caizzi, p. 157-158.


10. Le thème de la recherche volontaire de la solitude (έκπατεΐν
τε ... καί. έρημάζειν) se retrouve chez d’autres philosophes : Épimé-
nide (D.L. I, 112), Platon (D.L. III, 40 et 76 ; Ep. Socrat. 24, p. 626
Hercher), Polémon (D.L. IV, 19 * fr. 9 B), Héraclite (D L IX 3)
Timon (D.L. IX, 113).
11*17. Voir Notes Complémentaires, p. 44-45,
VITAE PH ILOSOPHORV M

πενης καί ζ ω γ ρ ά φ ο ς . Σ ώ ζεσ θαί τε α υτού έν Ή λ ιδ ι εν τώ


γυμνασίω λ α μ π α δ ισ τ ό ς μετρίω ς έχο ντα ς. (63)
Έ κπατειν τε α υ τ ό ν καί έρ η μ ά ζειν, σ π α νίω ς ττοτ’ έπ ι- 5

φαινόμενον τ ο ις ο ίκ ο ι. Τ ο ύ τ ο δ ε π ο ιειν άκούσαντα


Ινδού τ ίνο ς ό ν ε ιδ ίζο ν τ ο ς Α ν α ξ ά ρ χ ω ώς ούκ ά ν έτερόν
τινα δ ιδά ξα ι ο υ τ ο ς α γ α θ ό ν , α υ τ ό ς α υ λ ό ς βα σιλικός
θεραπευων. Α ε ί τ ’ ε ίνα ι εν τω α υτω κα ταστή μα τι, ώστ’
ei καί τις α υ τ ό ν κα ταλίττοι μ ετα ξύ λ έ γ ο ν τ α , αυτω δια- 10
περαίνειν τ ο ν λ ό γ ο ν , κ α ίτο ι κεκινη μ ένον τε <...> όντα
εν νεότητι. Π ο λ λ ά κ ις , φ η σ ί, καί α πεδ ή μει, μηδενί
προειπώ ν, κ α ί σ υ ν ε ρ ρ έμ β ετ ο ο ισ τ ισ ιν ήθελεν. Καί ιτοτ’
Ά να ξά ρ χου εις τ έ λ μ α έμττεσόντος, π α ρ ή λ θ εν ου βοηθη-
σας' τινών δ ε α ίτιω μ ένω ν, α υ τ ό ς Α ν ά ξ α ρ χ ο ς έπη νει τό 15
αδιάφορον καί ά σ τ ο ρ γ ο ν α υ τ ο ύ . (6 4 ) Κ αταληφθείς δε
ποτέ καί α υτω λ ά λ ω ν κ α ί ερω τηθείς τη ν αιτία ν έφη
μελετάν χ ρ η σ τ ό ς είνα ι. “Ε ν τε τ α ις ζη τή σ εσ ιν υ π ’
ουδενός κ α τεφ ρ ο νειτο δ ιό τ ό < κ α ί δι>εξοδικώ ς λεγειν
καί πρ ος ε ρ ώ τ η σ ιν δθεν καί Ν α υ σ ιφ ά νη ν ήδη νεανίσκον 20
όντα θηραθήναι. “Ε φ α σ κ ε γ ο ΰ ν γ ίνε σ θ α ι δείν τή ς μέν
διαθέσεως τ ή ς ΓΙυρρωνείου, τω ν δέ λ ό γ ω ν των εαυτού.
"Ελεγε τε π ο λ λ ά κ ις καί Ε π ίκ ο υ ρ ο ν θ α υ μ ά ζο ντα τήν
Πύρρωνος α νασ τροφ ήν σ υνεχές α υτού πυνθάνεσθαι
περί α υτού. Ο υτω 8* α υ τ ό ν υ π ό τ ή ς π α τ ρ ίδ ο ς τιμηθήναι 25
ώστε καί α ρ χ ιε ρ έα κ α τ α σ τ ή σ α ι α υ τ ό ν καί δ ι’ εκείνον
π όσ ι τοις φ ιλ ο σ ό φ ο ις α τ έ λ ε ια ν φ η φ ισ α σ θ α ι.

7 Anaxarchus FVS 72 A 2 = fr. 12 Dorandi 11 20 Nausiphanes, FVS 75


A 2.

3 αδτοο FPxyp : αύτόν BP II 7 Ί ν δ ο υ BP : om. F II 10 αύτφ F<I>h :


αύτφ P αύτόν B II 11 τ ε BP : om FP4 II 11 lac. ind. Diels, FVS 72 :
t κεκ. όντα Wilamowitz II 13 ή θ ε λ ε(ν) ΡΡ4Φ1ι : εθ ελεν BP II 17 αύτφ
P4 : έαυτφ F α ύτφ BP II 19 < κα ί δι> εξοδ ικ ω ς Wilamowitz (<δι>εξ.
Kuehn, In Diog. Laert. obseruat., ap. Meibom, II, p. 541) : έξοδικώς
X II 21 εφ ασκε γο ΰ ν BP : -ε ν ο υ ν F II 26 καταστήσαι BP :
τιμηθήναι F.
VIES DES PHILOSOPHES

2B Aristoclès ap. Eusèbe, Préparation évangélique XIV


1 8 ,2 7

Donc Pyrrhon devint le disciple d’un certain


Anaxarque : il com m ença com m e peintre18, sans beau­
coup de succès ; ensuite, ayant lu les livres de Démo-
crite19, il ne découvrit ni n ’écrivit rien de bon, il parla
mal de tous, des dieux com m e des hommes ; plus tard, il
s'entoura de cet orgueil20, il se disait sans orgueil et ne
laissa rien par écrit.

3 Diogène Laërce IX, 62

(Pyrrhon) était conséquent (à sa doctrine) aussi dans sa


vie21, n’évitant rien, ne se gardant de rien, restant impas­
sible devant toute chose, qu’il s ’agisse de chars, de préci­
pices ou de chiens, bref, il ne concédait jamais rien à ses
sensations. Cependant, selon le témoignage de ceux qui
suivent Antigone de Caryste, il était sauvé par les dis­
ciples qui l’accompagnaient22. ... Il vécut jusqu’à quatre-
vingt-dix ans23.

4A Aristoclès ap. Eusèbe, Préparation évangélique


XIV, 18, 26

Antigone de Caryste24, leur contemporain et leur bio­


graphe25, raconte que Pyrrhon, poursuivi par un chien, se

18. Voir Notes Complémentaires, p. 45.


19. Cf. D.L. IX, 67.
20. Sur τύφος, cf. F. Decleva Caizzi, « Τ ύ φ ος : Contributo alla
storia di un concetto », Sanclalion 3, 1980, ρ. 53-66 (art. repr. dans M.
Billerbeck [éd.], Die Kyniker in der modernen Forschung, Amsterdam
1991, ρ. 273-285) et Ead., p. 244.
21. Α κ ό λο υ θο ς δ’ η ν και τ φ β ίφ : cf. Leo, ρ. 96 η. 4 ; Id., Aus­
gewählte kleine Schriften, hrsg. v. E. Fraenkel, Roma 1960, II, p. 370
n. 3, et Decleva Caizzi, p. 151-152. Je garde le καί des manuscrits (la
conjecture κάν de H. Richards, « Laertiana », CR 18, 1904, p. 341
n’est pas nécessaire).
22-25. Voir Notes Complémentaires, p. 45-46.
VITAE PHILOSOPHORVM

2B Aristocles ap. Euseb., Praep. euang. XIV. 18. 27

Ό μεν ο ύ ν Πύρρων Α να ξά ρ χ ο υ τίνος εγένετο μα­


θητής, ös τό μέν π ρ ώ το ν ή ν ζω γρά φ ος, ούδ’ ούτως
ευτυχής, έπ ειτα το ις Δ ημ ο κ ρ ίτο υ βιβλίοις εντυχών
χρηστόν μέν ούδεν ούτε ευρεν ούτε έγραψεν, κακώς δε
πάντας em e καί θεούς καί α νθρ ώ π ο υ ς1 αυτός δ’ ύστερον
τούτον τον τύ φ ο ν π € ρ ιβ α λ λ ό μ € νο ς καί καλών άτυφον
εαυτόν ούδεν εν γ ρ α φ ή κ α τελιπ εν.

Aristocles fr. 6 Heiland Ii 1 Pyrrho test. 23 Decleva Caizzi =


Anaxarchus fr. 10 Dorandi.
IOND
2 ούτως codd. : ουτος Wilamowitz II 4 έγραψ εν Ib : συνέγραψε D
συνεγράψατο ON.

3 D io g e n e s L a e r tiu s I X , 6 2

Α κόλουθος 8' ή ν καί τ φ βίω , μηδέν εκτρεπόμενος


μηδέ φ υ λα ττό μ € νο ς, ά π α ν τ α υφ ισ τάμ ενος, άμάξας, ει
τυχοι, καί κρ η μ νού ς καί κύνας καί δλω ς μηδέν ταις
αίσθήσεσιν επ ιτρ έπ ω ν. Σ ώ ζεσθαι μέντοι, καθά φασιν οί
περί τον Κ α ρύστιον ’Α ντ ίγ ο ν ο ν , υ π ό των γνωρίμων
παρακολουθούντω ν. ... ό 8ε π ρ ο ς τ ά ενενήκοντά έτη
κατεβίω.
Pyrrho test. 6 Decleva Caizzi.

ß = BPF
I μηδέν BF : μηδέ P 11 3 δλω ς Cobet : δσα Ω δσα <τοιαΰτα>
Stephanus II 4 έπιτρεπω ν ΒΡ : έπ ιτρ έπ ειν F II καθά ΒΡ : καθάπερ F.

4Α A ris to c le s ap. E u s e b ., Praep. euang. X IV , 18, 26

Αντίγονος γοΟν ό Κ α ρύστιος κατά τούς αυτούς γενο-


μενος χρ ό νο υ ς καί ά να γ ρ ά ψ α ς αυτώ ν τον βίον φησί τον

Aristocles fr. 6 Heiland II 2 αύτών sc. Pyrrhonis et Timonis.


VIES DES PHILOSOPHES

ré f u g ia d a n s u n a r b r e ; m o q u é p a r le s spectateurs, il
d é c la r a : « C ’e s t c h o s e d if f ic ile q u e d ’échapper à
l ’h o m m e » 26. U n j o u r q u e P h il is ta , s a s œ u r, offrait un
s a c r if ic e , e t q u ’u n d e s e s a m is lu i a v a i t p ro m is le néces­
s a ir e p o u r f a ir e le s a c r if ic e , m a is n e l ’a v a it p a s apporté,
P y r r h o n d u t e n f a ir e l ’a c h a t e t s ’e m p o r ta ; c o m m e l ’ami
lu i d is a i t q u ’il n e s e c o n d u i s a i t p a s e n a c c o rd avec ses
d is c o u r s n i d ’u n e f a ç o n d ig n e d e s o n im p a s s ib ilité , il lui
r é p o n d it : « D e v a n t u n e f e m m e , < à q u o i b o n > faire
p r e u v e d ’i m p a s s ib ili té ? » 27.

4 B D io g è n e L a ë r c e I X , 6 6

Ir rité , p o u r q u e lq u e r a is o n , p o u r le c o m p te d e sa sœur
— e lle s ’a p p e l a it P h i l i s t a — , ( P y r r h o n ) ré p o n d it à celui
q u i le r e p r e n a it q u e c e n ’e s t p a s e n p r é s e n c e d ’un bout de
f e m m e q u e l ’o n f a i t m o n tr e d e s o n in d iffé re n c e 28. Une
a u tr e fo is , tr o u b lé p a r l ’a tta q u e d ’u n c h ie n , il d it à celui
q u i lu i e n f a is a i t le r e p r o c h e : « C ’e s t c h o s e d iffic ile que
d ’é c h a p p e r e n tiè r e m e n t à l ’h o m m e ; il f a u t com battre, si
c ’e s t p o s s ib le , le s c h o s e s e n p r e m i e r lie u p a r le s actions
e t, s i c ’e s t im p o s s ib le , p a r le r a is o n n e m e n t » .

26. Χ αλεπόν εΐη τόν ά νθρω πον έκδΰναι. J’accepte l'interpréta­


tion de Decleva Caizzi, p. 166-168, qui traduit : « è cosa ardua trovar
scampo completamente dall’uomo ». On a communément traduit :
« c’est chose difficile que de se dévêtir de l’homme ».
27. La dernière phrase du texte est difficile à interpréter. Estienne
avait proposé èv γουν γυνα ικΐ <ού> δ εΐν ; Wilamowitz (p. 39 n. à b
20), plus vraisemblablement, έν γοΰν γυνα ικΐ <rt> δ ει avec un point
d’interrogation à la fin de la phrase. Diels, PPF, p. 180 garde le point
d’interrogation à la fin, mais ne considère pas nécessaire l’ajout du
<ri> (« efficacius et responsioni aptius deest particula »). J’accepte le
texte de Wilamowitz (le <ri> est demandé par γοΰν). Le texte des mss.
est astucieusement défendu par Brunschwig, « Pyrrhon et Philista »
(art. cit., p. 46 n. 24), p. 139-146, qui traduit : « devant une femme, en
tout cas, il faut faire démonstration d’insensibilité ».
28. Voir Notes Complémentaires, p. 46.
VITAE PHILOSOPHORVM

Πύρρωνα διωκόμενον υ π ό κυνός άναφυγεΐν επί τι δεν-


δρον, σκω πτομενον δ ’ ύττό των παρόντων είπειν ώς
χαλεπόν €Ϊη τον άνθρω πον εκδΟναι. Φιλίστας 6« τής 5
αδελφής αυτού θυουσης, επειτα των φίλων τίνος
ύποσχομένου τα π ρ ο ς τήν θυσίαν και μή παρασχομέ-
νου, τού μέντοι Πύρρωνος πριαμένου καί άγανακτούν-
τος, έπειδήπερ ό φ ίλ ο ς ελεγεν ώς ού μην ποιήσαι
σύμφωνα τοις λ ό γ ο ις ούδ’ άξια τής άπαθείας, είπειν 10
αυτόν" εν γ ο ύ ν γυ να ικ ί (τί) δει τήν άπόδειξιν αυτής
ποιεΐσθαι ;

3 Pyrrho test. 15Β Decleva Caizzi = Timo, PPF 9 A 2 Diels.

I0N
9 μήν ποιήσαι Mras : ποιη σ α ίμ η ν Ib ποιώ ΟΝ ποιήσαιτο
Stephanus ποιοι Wilamowitz II 11 τί δει Wilamowitz : δει ON Diels,
PPF : δεΐν Ib ού δεΐν Stephanus.

4B D io g e n e s L a e r tiu s I X , 6 6

Καί χο λ ή σ α ς τι υ π έρ τή ς α δελφ ή ς, Φ ιλίστα δ ’


εκαλείτο, π ρ ο ς τ ο ν λ α β ό μ εν ο ν είπειν ώς ούκ εν γυναίω
ή έπίδει|ις τή ς α δια φ ορ ία ς. Καί κυνός π ο τ ’ επενεχθέν-
τος διασοβηθέντα είπ ειν π ρ ο ς τον αίτιασάμενον, ώς
χαλεπόν ειη ό λ ο σ χ ερ ώ ς έκδΰναι τον άνθρωπον’ 5
διαγωνίζεσθαι δ ’ ώς ο ιό ν τε πρώ τον μεν τοίς εργοις
προς τα π ρ ά γ μ α τ α , εί δε μή , τω γ ε λόγω .

Pyrrho test. 15Α Decleva Caizzi.

X = a (BPF) Oh
1 ύπερ B : περί PFOh II δ’ FP*Oh : om. BP II 2 λαβόμενον X : έπιλ.
Christopherus Rufus (Laurent. LXX 14) II 3 ή FP* : om. BP II 4 τόν
ΒΡΦΙι : om. F.
ft VIES DES PHILOSOPHES

Vie de Timon29

5 Diogène Laërce IX, 110-111

(Timon) aimait aussi à boire30, raconte Antigone, et


lorsque ses études de philosophie lui en laissaient le loi­
sir, il composait des poèmes. De fait, il (a écrit) des
poèmes épiques, des tragédies, des drames satiriques
(trente drames satiriques et soixante tragédies)31, des
silles et des vers obscènes32. (111) On a aussi de lui des
livres en prose pour un total de vingt-mille lignes33 que
mentionne Antigone de Caryste, qui a lui aussi écrit sa
biographie.

6 Diogène Laërce IX, 112


11 mourut à près de quatre-vingt-dix ans, comme le dit
Antigone.

7 Diogène Laërce IX, 112


Le philosophe donc aimait beaucoup son jardin34 et il
s’occupait de ses propres affaires35, comme le raconte
encore Antigone.
29. Voir p. lii-uiî. T im o n de P h lio n te (vers 325-230/225 av. J.-C),
poêle satirique et disciple de Pyrrhon. Cf. Gorier, p. 760-767, Ses
œuvres les plus connues sont les Silloi (Silles) et les Indalmoi
(Images), toutes deux en vers ; il y défendait les principes de la philo­
sophie sceptique et se moquait des autres écoles philosophiques. On
conserve aussi des fragments de deux œuvres en prose : le Python et le
Banquet funèbre pour Arcésilas (Ά ρ κ εσ ιλ ά ο υ Περίδειπνον). Édi­
tions : les fragments poétiques d an s le SH, p. 3 6 8 -3 9 5 , et Di Marco
(Silloi) ; les fragments en p ro s e d an s Diels, PPF, p. 204-206.
30. La conjecture φιλοποιητής (« [Timonj aimait la poésie »} de
K. Wachsmuth, Sillographorum Graecorum reliquiae, Lipsiae 18852,
p. 19, n’est pas nécessaire.
31. Avec Di Marco, p. 7, je crois qu’il faut identifier les öpupütu
κωμικά avec les σάτυροι, « drames satiriques » donc, et non « comé­
dies ».
32-35. V oir Notes Complémentaires, p. 4 6 -4 7 .
VîTAE PHILOSOPHORVM

Vita Timonis

5 Diogenes Laertius IX, 110-111

Ή ν 6έ, φησίν 6 Α ντ ίγ ο νο ς, καί φιλοπότης καί από


των φιλοσόφων ει σ χ ο λ ά ζσ ι ποιήματα συνεγραφε* καί
γάρ καί επη καί τραγω δίας καί σατύρους (καί δράματα
κωμικά τριάκοντα, τα δε τραγικά εξήκοντα) σίλλους τε
καί κίναιδους. (111) Φ έρεται δ ’ αυτού καί καταλογάδην 5
βιβλία εις επώ ν τείνοντα μυριάδας δύο, ών καί Α ντίγο­
νος ό Καρυστιος μέμνηται, άναγεγραφώ ς αυτού καί
αίιτός τον βίον.

Timo, PPF 9 A 1 Diels = test. 1 Di Marco = S h 848 = TrGF 1112 =


PCG VII, p. 782 Kassel-Austin.

Ω * BPF
1 φιλοπότης Ω : -ποιητής Wachsimith, Sillogr., Lipsiae 18852, p. 19II
2 σχολάζοι Diels, PPF : έσχόλαζε Ω II ποιήματα συνέγραφε· καί
γάρ BP : καί γάρ π. σ. FP4 II 4 τα δέ τρ. Ρ : δέ τρ. Β τρ. δέ F.

6 Diogenes Laertius IX, 112

Έτελεύτησε δ ’ ε γ γ ύ ς ετών ένενήκοντα, ώς φησιν ό


Αντίγονος.

Timo, PPF 9 A 1 Diels = lest. 1 Di Marco.

7 Diogenes Laertius IX, 112

Ό δ’ ούν φ ιλ ό σ ο φ ο ς καί φ ιλόκη π ος ήν σφόδρα καί


ίδιοπράγμων, ώς καί Α ντ ίγ ο νό ς φησι.

Timo, PPF 9 A 1 Diels = test. 1 Di Marco.

BPF
1 δ’ BP : om. F.
VIES DES PHILOSOPHES

Vie d e Polémon16

8 Philodème, H istoire de l ’Académ ie (PHerc. 1021 et


164), col. IV, 25-26 (p. 144 Dorandi)
Antigone qui lui-m êm e...

9A Philodème, H istoire de l'Académie {PHerc. 1021 et


164), col. IV, 38-XIII-XIV-XV (p. 144-148 Dorandi)
(Polémon était A thénien...)3637 puisqu’il était originaire
du dème d’Oion, comme le dit Antigone, et fils de Phi­
lostrate38, l ’un des premiers parmi les Athéniens — on
disait qu’il était de ceux qui, pendant un certain temps,
avaient élevé des chevaux pour la course de chars39. On
raconte aussi que (Polémon), au début, était un débauché
sans frein, (XIII) au point qu’une fois il avait participé en
état d’ivresse à un cortège de fêtards qui traversait le
Céramique en plein jour. Il eut la honte de subir de la part
de sa femme un procès pour mauvais traitement : il était,

36. Voir p. LiTl-LVll. Polémon d ’Athènes ( î 270/69), troisième


scholarque de l’Académie après Xénocrate ( t 314/3) ; il s'intéressait
surtout à l’éthique. Ses fragments ont été publiés par Gigante, Pole­
mone.
37. A cause du ατ(ε) au début de la col. IV, 38, il faut supposer
dans les lignes précédentes des mots tels que Πολέμων μεν ήν
’Αθηναίος. Il est difficile de retrouver ces mots dans les lettres que
j’ai lues, mais je les traduis pour donner un sens à la phrase.
38. Le même nom est attesté par D.L. IV, 16 (= fr. 9B) et par Suda.
s.u. Πολέμων (= fr. 12 Gigante), qui retient aussi la forme alternative
Φιλοκράτης.
39. L’élevage de chevaux était une prérogative des famille riches.
U suffit de se reporter à I. G. Spence, The Cavalry o f classical Greece
Oxford 1995.
VITAE PHILOSOPHORVM 7

Vita Polemonis

8 Philodemus, Acad. hist. {PHerc. 1021 et 164), col. IV,


25-26 (p. 144 Dorandi)

25 Α ντ[ίγ]ονο1δ δ’ δς]
αυτ6[ξ ...
25 Gaiser.

9A Philodemus, Acad. hist. {PHerc. 1021 et 164), col. IV,


38-XIH-XIV-XV (p. 144-148 Dorandi)

"At’ εξ Οΐου τώ[ν δήμων ώ]ν, ως


φησιν Α ντ ίγ [ο ]νο ς , υ[ίό]ς δε Φι-
40 λοστράτου των πρώτων
Αθηναίων — ελεγετο 8’ εΐναι
των [έ]π ί τινα χ ρ ό νο ν α ρμ α-
τοτροφησάντω ν. 'Ιστορεί­
ται δε κα[ί] νεανικ[ώ ς] ά κ[όλασ ]-
45 τος γεν[έσ ]θα ι τη ν ττρώ[την,
ΧΙΠ ώστε] καί διά τ[ο ]0 Κεραμει-
[κου ττο]τε μεθύοντα κω-
[μάσ]αι μεθ’ ή'με'ραν* φ υ γειν
δίκην α ισ χ ρ ό ν κ α κ ώ {σ |-
5 σεως ύττό τή ς γυναικός* είναι
yàp φ ιλ ό π α ιδ α καί φ ιλομ ει-
ράκιον* δς γ ε περιέφερε νό ­
μισμα π α ντ ο δ α π ό ν, ΐνα τώι

Polemonis Vita Herculanensis (p. 13-15 Gigante) H IV 38-43 fr. 10


Gigante II 43-ΧΠΙ 10 fr. 13.
col. IV 38 Mekler II 39 Gaiser : δ Ά ντίγ[ο ν ο ς Mekler <δ> αύτ[δς
Gigante 1144 νεανικώ[ς Gomperz : νεανίσκ[ος Gaiser 1144-45 Gom­
perz.
col. XIII 1 Gomperz II 2 Gomperz : τό]τε Gigante II 2-4 Gomperz.
VIES DES PHILOSOPHES

en effet, amateur de garçons et d ’adolescents40. Il portait


sur lui des pièces diverses pour être en mesure d’avoir
des rapports avec le premier qui se présenterait. Capturé41
par Xénocrate et entré en contact avec lui, il changea tel­
lement dans son mode de vie qu’il ne déforma plus
jamais l ’apparence de son visage, qu’il ne changea plus
son attitude ni la tension de sa voix, mais garda tout cela
identique, même quand il était de très mauvaise humeur.
Il s ’efforçait surtout de ne pas avoir peur des chiens. On
raconte qu’un chien enragé l ’avait attaqué et qu’il lui
avait arraché le mollet ; les autres, qui avaient vu cela
par hasard, blêmirent et prirent peur, mais lui42 ... ceux
qui sont favorables ... et quand tu vis que tes adversaires

40. La femme de Polémon avait porté plainte contre son mari en


vertu de sa condition de έπ ίκ λη ρος (héritière unique que le plus
proche des parents devait épouser pour maintenir les biens dans la
famille) ce qui lui donnait le droit de le poursuivre grâce à une δίκη
κακώσεως ; Polémon était accusé de dilapider ses biens avec des
courtisanes et des jeunes garçons. L ’existence d’une δίκη κακώσεως
(cf. T. Thalheim, « κάκωσις », RE X 2, 1919, col. 1526-1528) a été
soutenue par L. Beauchet, Histoire du droit privé de la République
athénienne, Paris 1897 (réimpr., Amsterdam 1969), I, p. 463-464 (voir
déjà J. J. Thonissen, Le droit pénal de la République athénienne,
Bruxelles-Paris 1875, p. 289). Le passage d’Antigone démontrerait,
selon Beauchet, que les droits d’une femme έπίκληρος étaient proté­
gés par une δίκη κακώσεως et non par une γραφή.
41. Pour l’usage métaphorique du verbe θηράω, voir p. 3 n. 15.
42. A partir d’ici neuf lignes dont il ne reste quasiment rien (fr. 9A
col. XIII, 27-35).
VITAE PHILOSOPHORVM

συναντή[σ]αντ[ι χρήσ]θαι π ρ ο -
10 χείρως έχη ι. θηρα θείς 8’ Ci­
tro Ηενοκράτου[ς] καί συστα-
[θε]ίς αυτώι τοσοΟτο μ ετηλ-
[λ]αξε κατά τον βί[ο]ν, ώστε
μηδέποτε μήτε' την του προσώ -
Ι5 που φ α ντασ ία ν 8 ια [λϋ]σα ι
καί σ χέσ ιν ά λλοιώ σ[αι] μ[ή]-
τε τον τ[ό ]νο ν τή ς [φω νής],
ά λ λ α ταύτά διαφ υλάττε[ιν]
καν δυσκ[ο]λώ τερ[ο]ν ο[ντα.
20 Μ ά]λισ[τα δ*] εφ υλά ττε[το μή
σ κύλ]ακας 8εδίη[ι' φ α ]σ ί [8ε]
κ[ύν]α των λυττώ [ντ]ω ν
έπενεχθή να[ι καί τη ν ί]-
γ νύα ν αυτού δ[ιασπά]σαι* [τ]ού[ς]
25 μέν 'οόν' ά λ λ ο υ ς τ υ χ ό ν έω[ρα]-
κότας ώρακ[ιάσαι καί διατρα]-
πήναι, τον δ[ε . . ,]η γ[.
,[.]ν οΰτε τον [. .]ατ[. . .]τα
·[........Μ .'. . . Λ].ο. . [·]δος
30 α λλο [, . .]ειν[..................]■ ·[ · ■ ■]
νομ[
τειν κ[. .]τη[
την .ουτο[
κ]αί π α ρεκά [λει
35 μ]ενον ει[
τε τούς ε υ ν ο υ [ ς ............]τε [τούς]

XUI 20-27 Polemo fr. 107.

9 Buecheler 11 11-12 Gomperz II 15-18 Gomperz II 19 Gigante : δυσα-


[νι]ώτερον Buecheler ap. Mekler II όντα] Buecheler ap. Mekler II
20-21 Gaiser II 22 Gomperz II 23 Buecheler II 24 Mekler II τ]ού[ς Gom­
perz Il 25-26 Mekler II 26-27 Gigante : άνατρα]1πήναι Mekler
(τρα]Ιπήναι Gomperz) Il 27 δ[εδ]ηγ[μένον Mekler.
VIES DES PHILOSOPHES

l'emportaient. (Encore) dans les spectacles théâtraux, il


restait assis impassible, alors que ses voisins réagissaient
selon le texte. Il semble avoir été de taille plutôt petite,
mais il avait <quelque chose> de noble, semblable à des
tableaux qui manifestent assurance et sécheresse, comme
le dit Mélanthos43, (XIV) parce qu’il était doté de la gra­
vité séant à un citoyen. Mais il s ’emportait contre ceux
qui conduisent l ’examen des questions à des situations
impossibles, disant qu’il convient de s ’exercer dans les
faits concrets. C ’est pourquoi lorsqu’il argumentait44, il
évitait tout solécisme et s ’abstenait de tout raffinement
exagéré45, c ’était un admirateur enthousiaste de l’harmo­
nie pindarique, comme on pourrait dire46. Et bien qu’il ait
fui la vie publique et ait fait montre de timidité devant
tout rassemblement de foule et ait démandé qu’on le
laisse tranquille comme ceux qui vivent dans la retraite

43. Mélanthos (ou Mélanthios : voir fr. 9B), peintre contemporain


d’Apelle (tve s. av. J.-C.), écrivit une œuvre Π ερ ί ζωγραφικής (Sur h
peinture). Cf. G. Lippold. « Mélanthios 14 », RE XV 1, 1931, col.
431-432, et P. Moreno, EEA II Suppl. 3, 1995, p. 592-593. Ξηρόιης
au sens moral semble employé seulement dans ce passage de Philo-
dème/Antigone. Chez Diogène Laërce (fr. 9B) il y a justement une
variante plus banale : ξη ρότητα τοΐς εργοις.
44. Voir D.L. IV, 19 (fr. 9B : περίπατω ν δέ έπεχείρει). Il faut
donner à έπ ιγειρεϊν le sens de « argumenter >» ou « discuter une
thèse » (voir aussi οί έπ ιχειρ οϋντες dans le fr. 23 et p. 23 n. 114). Cf.
Wilamowitz, p. 80 et Gaiser, p. 542 (note à la col. XVIII, 8).
45. Gaiser, p. 238 et 511 donne au terme άστε'ΐσμός le sens de
« (ironische) Finesse ». Voir p. 48 n. 66.
46. Π ινδάρειος ό[ρ]Ιγ[ια]στή(ς] αρμονίας trouve son parallèle
dans ιό βάρος οίονεί τής Δωριστί άρμονίας (fr. 9Β). Pour l'inté­
gration ό(ρ]!γ1ια]στή(ς], cf. Plut., Quaest. com . VIII, 1, 2 (= Camead.
T la5 Mette) : ανδρα (sc. Carnéade) τής 'Α καδημίας εύκλεέστατον
όργιαστήν, « (Carnéade) admirateur enthousiaste très célèbre de
l’Académie ».
VITAE PHILOSOPHORVM 9

ύιτεναντίους όρώιης κρατούν­


τ α ς . Έ ν T€ t o îs θεάτροις αττα-
[θή] καθήσθαι, των άλλω ν
40 άν{σ}θυποφ ερομένω ν τοις
λεγομ ένοις. Φ αίνεται δε καί
τήν ιδέαν γεν[έ]σ[θ]αι ιτ[ως ύ]πό-
βρα χυς μέν, εχω ν δε γενναι-
όν (τι) καί Taîs αυθαδίαν καί ξη-
45 ρότητα γρ α φ α ις εμφαιν[ού]-
XIV σαις, [φη]σ[ί Μ ελ]α[ν]θός γ \ ομοιο[ν],
πολιτική [ι σ ]εμνότητι κεκοσ-
μημενος. [Έ ]δυσ (χ)έρ αινε δε κα[ί]
τοις εις [ά δύ]να τ’ ά νά γο υ -
5 σι r a s ερω τήσεις, αξιών
εν τοίς ττράγμασιν γ υ μ ν ό -
ζεσθαι. Δ ιό καί κατά τή ν ειτ[ι]-
χείρησιν ά σ ό λ ο ικ ο ς ή ν καί τταν-
τός εξω πεπτω κώ ς ά σ-
10 τεϊ[σμο]0 καί Π ινδάρειος ό[ρ]-
γ [ια ]σ τή [ς] α ρμ ονία ς, ώς αν
είποι τι[ς], Καί π€φευγώ ς τό
κοιν[όν κ]αί ττρ[ό]ς π ά [σ ]α ν ό­
χλ ο υ σ υ να γ ω γή ν ή[ιδε]σ-
15 μένο[ς κ]αί λ ειπόμ [ενο]ς
κατά το[ύς] ε[κ]π ατοΰ[ν]τα ς
τά τ <4............ ]η καί κ[ ]

38-41 Polemo fr, 109 II 41-XIV 3 fr. 98 II XIV 3-15 fr. 100.

37 Gaiser : όρώιη{ι} Mekler II 38-39 Mekler II 42 Gaiser : γε[γονέ-


ναι Gomperz Ii 42-43 Gaiser (ύ]πόΙβραχυς Gomperz) Il 44 <τι> Gom-
perz 1145-XIV 1 Wilamowitz.
col. XIV 1 Gaiser II 2-3 Gaiser : κεκοσμημένον Mekler (KEKOC-
MHMENO[C]N P) Il 3 Wilamowitz ap. Mekler II 7-8 Buecheler II
9-10 Buecheler ap. Mekler II 10-13 Gomperz II 14-15 Buecheler ap.
Mekler : ή[δυ)σΙμένο[ν Gigante II 15-16 Gomperz.
VIES DES PHILOSOPHES

... grâce à une attitude sociable et même agréable à


l'égard de la cité47. Et ... il était admiré et loué en toute
circonstance en raison de sa fidélité et de sa sagesse. Il
fut aussi apprécié parce qu’il vivait à l ’écart de toute
machination ou malhonnêteté. Même ... tribunal ou
bureau public48, jamais il n’en eut besoin. Il tenait seule­
ment à habiter en dehors de la ville, de telle sorte que la
plupart de ses disciples s ’étaient construit des cabanes
dans le jardin (de l ’école), où il restaient le plus possible.
D ’autre part dès sa jeunesse il admira Xénocrate, comme
le montre ce qu’il dit à son éloge, et en toutes choses il

47. Le sens des lignes 17-25 de la col. XIV est incertain à cause
des lacunes.
48. Le sens de κοινόν άρχεΐον est incertain à cause de la lacune :
bureau et donc, fonctionnaires travaillant dans le bureau ?
VITAE PHILOSOPHORVM 10
γ ο ς κ α ι [ .................. ]o[
. . .] π ρ α [ .................]ω .[.].[. . .
2ο ·]ρ<χησ [ ..................... 1υκ 1
,]. . η ν κ α ί θ α υ μ [. . . . .]
δ ια φ ό ρ ο υ π α ν τ [ ό ] ς επ ά ν ω
[.].[■ ■ ·1εν [.]ν σ .[. . .]ι κρ ιθείσ η ι
[8 ]ι’ ά σ τ ε ία ν κ α ν [ά ρ ]έσ κ ο υ [σ α ν]
25 σ χ ε σ ιν τ ή ι π ό λ ε ι' [κ ]α ί [. . .] ιο ιεπ [.]
λ ε ι 0 α υ μ α ζ ό [μ ε ]ν ο ς κ α [ί] επ [α ι]-
ν ο ύ μ εν ο ς ε π ί π [α ν ]τ ό ς [ π ισ ]-
τ ό τ η τ ι κ α ί σ ω φ ρ ο [σ ύ ]ν η ι. [Κ αί]
π ό σ η ς εξω κ α κ [ο ]π ρ α γ [ μ ο -
30 σ ύ ν ]η ς ά [π ε δ ]έ χ [θ ]η κ [α ί κ α -
κώ ]σ εω ς ζω ν. Ο ύ δ ’ α [.]ο ν [. . .
.]γ ο [.]ω ν ε χ [. .] δ ικ α [σ ]τή ρ ι[ο ]ν
ή [ ι | κ ο ιν ό ν ά [ρ ]χ ε ΐο ν , [€]ί μ ή [α ]-
ν ά γ κ η ς π α [ ρ ] ά [ σ ] τ α σ ι[ ς κ α τ α ]-
35 λ ά β ο ι. Τ ό δ ε π ό λ [ε ω ]ς δ [ια μ έ]-
νειν εξω [δ ιε ]ν ο [ε ΐτ ]ο μ ό ν [ο ν, ώ σ ]-
τε κ α ί τω ν [γ ]ν ω ρ ίμ [ω ν το υ ς]
π ο λ λ ο ύ ς ο ί[κ ο δ ο ]μ η σ α μ έ ν [ο υ ς ]
έν τ ώ ι κ ή π [ω ι] κ α λ ύ β ια μέ-
40 νειν α υ τ ο ύ [κ ]α τ ό τ ό π λ ε ίσ -
το ν. Δ ο κ ε ι δ ε κ α ί νε α ν ι{ σ } -
κ ώ ς ε κ θ α υ μ [ά σ ]α ι Ξ ε ν ο κ ρ ά τη ν
εξ ών α ύ τ [ό ]ν υ μ ν εί κ α ί έ-
μ ιμ εΐτο π [ά ν τ ο ]θ ε ν τ ό π ε ρ ί

25-30 Polemo fr. 52 II 32-41 fr. 44 II 41-45 fr. 41.

22 Gomperz II 24 Gaiser (άρ]έσκο[σαν Gomperz) II 26 Buecheler II


£ . ? Mekler || 27-28 Gaiser II 28 σωφρο[σύ]νηι Buecheler II [και]
Raiser II 29-30 Mekler II 30-31 Gaiser II 32 Gomperz II 33 Gomperz II
3, ii Buecheler II 34 Gomperz il 35 Mekler II 36-37 Gomperz II
4Q4 *Çnte (Υ]νωρίμ[ων Gomperz) Il 38 Buecheler II 39 Spengel II
6 Gomperz (44 ττ(άντο]θεν Mekler).
Vif-s DUS PHILOSOPHES

iniitu sd conduite. On dit aussi qu'il était devenu un


admirateur de Sophocle et qu'il appréciait surtout (XV)
chez lui ... de sa voix et ce qui . . Λ Et Arcésilas a dit
qu en passant de (l'école de) Théophraste à celle de
(I Académie). Polémon et ses disciples50 lui apparurent
comme des dieux ou des survivants des hommes de
I ancien temps, de ces hommes issus de la Race d’or51,
chose qui (à peu) ... avoir une nature si remarquable...
(ils) disaient qu’ils avaient surtout appris de Platon, Tant

49. Si on accepte l’intégration τό πα[ρ]α[κινδυνευθέν] I τής


φωνής καί παρά[φωνον] I ά ποδέχεσ θα ι de Gaiser (ρ. 241 et 516) il
faut traduire ; « l’audace du son de sa voix et ce qui sonnait dur ».
50. Crantor (?) et Cratès.
51. Wilamowitz (p. 66) avait raisonnablement supprimé le των
(col. XV. 8). défendu par Gigante et Gaiser, p, 518 (voir fr. 14 : των
έκ του χρυσού γένους). Le passage revient chez Diogène Laërce,
dans la Vie de Cratès (IV, 22 = fr. 14). On n’a pas encore trouvé une
interprétation satisfaisante de ces deux passages. Selon J. Glucker,
« Theophrastus, the Academy, and the Athenian philosophical atmos­
phere », dans J. M . van Ophuijsen-M. van Raalte (éd.), Theophrastus :
Reappraising the sources* New Brunswick 1998, p. 305-309, Arcésilas
se réfère non seulement au mythe des hommes de l’âge d’or chez
Hésiode, Op. 109-126 (où probablement il ne lisait pas les vers 124-
125), mais aussi à la variante de ce mythe chez Platon, Resp, III, 415
A 4-5 « ό θεός πλάττων, όσοι μέν υμών ικανοί ιίρχειν, χρυσόν έν
τή γενέσει συνέμιξεν αύτοις, διό τιμιώτατοί είσιν», « mais le
dieu qui vous a formés a mêlé de l’or dans la composition de ceux
d’entre vous qui sont capables de commander » (trad. E. Chambry,
CUF). 11 est vraisemblable qu’Arcésilas a mélangé des éléments hésio-
diens et platoniciens « seeing in the living members of Polemo’s Aca­
demy λείψανα of a Golden Age — that of Socrates and their friends
— who were also “ philosopher-kings ” in potentia, ικανοί άρχειν,
and at least one of them was δ θειος Πλάτων. These heroes of the
Golden Age of Athenian philosophy were all now δαίμονες έπιχθό-
νιοι, the λείψανα which are still alive in Polemo’s school » (306). Ni
cette exégèse ni, surtout, les conséquences que Glucker en a tirées,
n’ont convaincu W. Görier, « Theophrastus, the Academy, Antiochus
and Cicero : A response (to John Glucker) and an appendix » ibid
p. 318-320.
VITAE P HI LOS O PHOR VΜ

45 αύτοΟ. Λ έγ[ετ]αι δέ καί φιλο-


σοφοκλής γενέσθαι καί μά-
χΥ λίστα το ττα[.]α[............................ ]
τής φωνής καί π α ρ α [........... ]
^άποδέχεσθαι. 'Έφη 6’ Άρκεσί-
λαος δτι αύτώι π α ρά Θερφράσ-
5 του μετελ0άντι φανέρω­
σαν οί π€ρί [Π]ολέμωνα
0εοί τινες ή λ[εί]ψ ανα των
αρχαίω ν εκείνων καί {των}
Ικ τού χρυσού γένο υ ς διαπε-
10 πλασμένω ν ά[νθ]ρώπων,
δ καί ό λ ιγ [. .]ς ετ[. . . .
. .]ερεθ’ ουτω [ ........... ]ικη[. . . . τ]ηλι-
καυ[τ]ηγ [ .......................] φύ-
[σι]ν έχε[ιν . .]δεδιε.[.]
15 λέγοντ[ε]ς [ώ]ς μά0οιε[ν] μ ά ­
λιστα Πλάτωνος. Σ πευ[σι]π-
πον δέ καί Ξ€ν[ο]κρά[την]
εις τελική[ν . ,]ιγ[. . .]σα
[·].ετ[............]. τοσούτου[ς δ]έ
20 [.]νηγ[. . .] έφη δείνας [. . .
.............. ]εινπαρεν[
.............. ]ιτη εεκ π [
........... ]τ€ πως [αυ]τους [
..................................]Xeiac[. . .
............................ ]το.η<κα[

45-XV 3 Polemo fr. 115 II XV 3-10 fr. 61 II 22 fr. 50.

46'Xv 1 Buecheler.
an ^ ^ipJöffdvSuvov] Buecheler πα[ν]α[ρμόνιον Wilamowitz
' . ek^er π&[ρ]α[κινδυνευθέν Gaiser II 2 παρά[βολον] Buecheler
Der? η WV0V3 Gaiser 118 ^ών del. Wilamowitz ap. Mekler II 12-13 Gom-
23 Gaise ~15 Buecheler aP- Mekier 11 16 Gaiser 11 17 GomperZ '
VIES DES PHILOSOPHES

Speusippe que Xénocrate52 ... ayant quitté ... de Xéno-


craie53, ... les adolescents avec dignité et appliqué au tra­
vail. Après cela54 ... de Cratès ... (Polémon) étant tombé
amoureux de ..., l’un de ceux qui dirigeaient l’Acadé­
mie55, lequel apparemment se distinguait, à l’instar des
éphèbes, par la beauté de son corps quoiqu’il appartînt
déjà à ceux qui avaient atteint l’âge mûr56, voulant
s’emparer de l ’adolescent (Cratès), (Polémon) ne céda ni
ne s ’effraya, mais il lutta longuement et il « chanta »
contre lui57 jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il voulait et
mette Cratès de son côté58.

9B Diogène Laërce IV, 16-20


(16) Polémon était fils de Philostrate et un Athénien du
dème d’Oion. Dans sa jeunesse il était tellement débau­
ché et dissolu qu’il gardait sur lui de l’argent pour être
prêt à satisfaire ses désirs ; de plus, il en gardait caché

52. Suivent douze lignes trop mutilées pour que Ton puisse même
en suivre le développement (fr. 9A col. XV, 18-28).
53. A cause de la lacune, il est difficile d’établir la place de l’ajout
entre les I. 26-27, que j ’ai numéroté comme I. 26bis.
54. Suivent cinq lignes trop mutilées pour que l’on puisse même en
suivre le développement (fr. 9A col. XV, 31-35).
55. Gaiser (p. 246 et 522) suppose que le rival de Polémon était
Téléclès de Métaponte dont il croit apercevoir le nom en col. XV, 34 :
ώς ΤελεΙ(κλέου (mais il faudra écrire ΤελεΙ[κλέους) élève de Polé­
mon et d’Arcésilas (cf, Phld., Acad, hist., col. XX, il-13). Pour la
forme Τελεκλής ou lieu de Τ ηλεκλής, voir Phld., Acad, hist., col.
XX, 11.
56. Gaiser, p. 246 traduit : « der damals offenbar sowohl körper­
lich hervorragend (selbst) unter den Epheben dastand als auch schon
zu denen gehörte, die ein reifes Alter erreicht hatten ». 11 faut
entendre : Téléclès (?) en dépit de son âge gardait encore un corps
qu'on aurait pu comparer à celui d’un éphèbe. Pour l’emploi métapho­
rique du verbe έκδύω « être un éphèbe », voir LSJ, s.u. I 3 et Gaiser,
p. 522. 11 faut donner à Ικανώς βεβιωκώς le sens de « qui avait déjà
atteint l’âge mûr » (cf. Athen. VI, 266 c : έμοί μέν ουν χρόνος
Ικανός βεβίωται « j ’ai déjà atteint l’âge mûr » et Gaiser, p, 522).
57-58. Voir Notes Complémentaires, p. 47.
VITAE PHILOSOPHORVM

. . .] α παν[τ’] έδόκει ζη[


2 6 bis 'Ξενο]κράτους λιπώ[ν'
............. . ,]ανδ[. .]μ[
.........................Η · ] · · €lTTp[. .
τα] μειρά[κ]ια σ ε μ ν ό ν τε καί
30 φ ιλ[όπο]νον. Μετά ταΰτ[α δε
................ ].[. .]εν Κράτητος
[............................ ] διατεθείς [
............................ ] ως ε[. ,]ησα
[ .......................... ]σ τ η ω σ τελ ε[. . .
35 .........................]ς των αφ ηγού­
μενων τής Ά καδημείας, [δς]
εδ[ό]κει καί τώι σώματι βελ-
[τισ]τα διακεισθαι των έγδυ-
ρμένων καί των ίκανώς
40 βε[β]ιωκότων είναι, π[αρα]σπώ ν-
τος το μειράκιον μήτ’ ειξαι
μήτε κα ταπλα γήναι, μέχρι
δε τούτου πολεμή σ αι καί δι-
αντάισαι προς αυτόν, εως
45 εξηργάσατο καί μετή γογε
τον Κράτητα προς έαυ[τό]ν.

30-46 Polemo fr. 59.


26 Mekler II 27 Gaiser II 29-30 Gaiser II 36 Gaiser II 37 έδ[ό]κει Gaiser II
37-38 Gomperz II 38-39 Gigante : έγλυίομένων Buecheler ap. Mekler II
40 Buecheler II 40-41 Gigante : π[ερι]σπώνΙτος Buecheler ap. Mekler.

9B Diogenes Laertius IV, 16-20


(16) Πολέμων Φ ιλοστράτου μεν ήν υιός, Αθηναίος
των δήμων Οΐηθεν. Νέος 8 ’ ών ακόλαστός τε καί δια-
κεχυμένος ήν ούτως ώστε καί περιφέρειν άργύριον προς

X = Ω (BPF) Φ
3 ούτως ΒΡ : οδτος F.
VIES DES PHILOSOPHES

dans des recoins. Dans l ’Académie, on trouva, collée à


une colonne, une pièce de trois oboles59 lui appartenant,
destinée à une utilisation semblable à celles dont nous
venons de parler. Un jour, à la suite d’un pari avec (ses)
jeunes (amis), il arriva ivre et ceint d’une couronne dans
l’école de Xénocrate. Celui-ci, nullement déconcerté,
continua son discours sans rien changer. Il traitait de la
modération60. L ’adolescent en l ’écoutant fut peu à peu
capturé et de la sorte il devint si appliqué au travail qu’il
dépassa les autres (étudiants) et succéda (à Xénocrate) à
la tête de l ’école... (17) Antigone de Caryste, dans ses
Vies, rapporte que le père de Polémon était le premier61
des citoyens et qu’il élevait des chevaux pour la course
de chars. (Il rapporte encore) que Polémon subit de la
part de sa femme un procès pour mauvais traitement,
parce qu’il avait des relations avec des adolescents. Mais
lorsqu’il commença à philosopher, il affermit son carac­
tère au point de garder la même attitude en toute occa­
sion. Même sa voix restait immuable. C’est pourquoi
Crantor fut capturé par lui. De fait, alors qu’un chien
enragé lui arrachait le mollet, lui seul n’en devint pas
blême. Et lorsque survint de l ’agitation dans la ville,
après s’être informé de ce qui se passait, il ne participa
pas à l ’émotion collective62. (18) Dans les spectacles
théâtraux, il ne montrait aucune forme d’émotion. En tout
cas, un jour que Nicostrate, surnommé Clytemestre, lui
Usait, à lui et à Cratès, quelques vers du Poète63, Cratès se
laissa émouvoir, tandis que, lui, resta comme s’il n’avait

59. C’était donc le prix d’une prostituée à Athènes. L’obole était


une monnaie athénienne qui valait 1/6 de la drachme attique et pesait
72 centigrammes. Une drachme représentait le salaire moyen quotidien
d’un ouvrier qualifié.
60, L’épisode de la conversion de Polémon devint paradigmatique
dans la tradition antique sur le philosophe (fr. 16-33 Gigante). Cf. 0.
Gigon, « Antike Erzählungen über die Berufung zur Philosophie »,
MH 3,1946, p. 19-20, et J.-P. Dumont, « Les modèles de conversion à
la philosophie chez Diogène Laërce », Augustinus 32. 1987, p. 85-89.
61-63. Voir Notes Complémentaires, p, 47-48.
VITAE PHILOSOPHOR VM 13

τάς έτοιμους λύσεις των επιθυμιώ ν αλλά καί εν τοίς


στενωττοΐς διέκρυπτεν. Καί εν Άκαδημεία προς κίονί 5
τινι τριώβολον εύρέθη προσπεπλασμένον αυτού διά τήν
όμοίαν τη προειρημένη πρόφασιν. Καί ποτέ συνθέμενος
τοΐς νέοις μεθύων καί έστεφανωμένος εις τήν Ξενοκρά­
τους ήξε σ χολήν' ό δε ουδέν διατραπείς εΐρε τον λόγον
ομοίως* ήν δε περί σωφροσύνης. Άκούων δή τό μειρά- 10
κιον κατ’ ολ ίγο ν έθηράθη καί ούτως έγένετο φιλόπονος
ώς ύπερβαλέσθαι τούς ά λλ ο υ ς καί αυτόν διαδέξασθαι
τήν σχολήν ... (17) Φησί δε Α ντίγονος ό Καρύστιος εν
τοίς Βίοις τον πα τέρα αυτού πρώτον τε είναι τών
πολιτών καί άρματοτροφήσαι. Φυγείν δε τον Πολέμωνα 15
καί δίκην κακώσεως υπ ό τής γυναικός, ώς μειρακίοις
συνάντα. Τ οσούτον δε έπιτειναι τό ήθος άρξάμενον
φιλοσοφειν, ώστε επί ταύτού σχήματος τής μορφής
πάντοτε μένειν. Α λ λ ά καί τήν φωνήν αναλλοίωτος ή ν
διό καί θηραθήναι Κράντορα ύ π ’ αύτού. Κυνός γουν 20
λυττώντος τήν ιγνύαν διασπάσαντος μόνον μή
ώχριάσαι' καί ταρα χής γενομένης επί τής πόλεως
πυθόμενον τό γενόμενον ατρεπτον μεΐναι. (18) Εν τε
τοΐς θεάτροις άσυμπαθέστατος ήν. Νικοστράτου γοΰν
ποτέ του επικαλούμενου Κλυταιμήστρα άναγινώσ- 25
κοντός τι τού ποιητοΰ αότώ τε καί Κράτητι, τον μεν
συνδιατίθεσθαι, τον δ ’ ίσα καί μή άκουσαι. Καί άλως ήν
τοιούτος οΐόν φησι Μελάνθιος ό ζωγράφος εν τοΐς Περί
ζωγραφικής* φησί γ ά ρ δεΐν αυθάδειαν τινα καί ξηρό-

Polemonis Vita II Gigante (ρ. 15-17 Gigante). Cf. etiam fragmenta 11,
14.16, 42, 45, 53, 65, 99, 101, 103, 110, 116 1124 Nicostratus TrGF 1
252 T 2 1128 Melanthius FHG IV 445.

6 ΐήν ante όμοίαν del. Wilamowitz II 9 ήξε Ω : ήξε Φ II ειρε ΒΡΦ :


ήρε P II 10 άκούων Β : άκούον ΡΡΦII 12 ύπερβαλέσθαι ΒΡ : όπερ-
βάλλεσθαι F II 13 τήν Φ : και τήν Ω II 21 Ιγνύαν διασπ. P* : I.
τίνος διασπ. X II 23 γενόμενον Ρ : γιν- BF II 25 Κλυταιμήστρα Β :
-μνήστρα PF II 27 δλως Ρ : δλος BF H29 ξηρότητα BF : σκληρ- Ρ.
VIES DES PHILOSOPHES

pas entendu. Pour tout dire, il était tout à fait comme le


personnage que le peintre Mélanthios“ a décrit dans son
ouvrage Sur la peinture. Il dit en effet que sur les œuvres
(d'art), mais aussi sur les caractères, doit se répandre une
sorte d’assurance et de sécheresse. Polémon disait qu’il
faut s’exercer dans les faits concrets et non pas dans les
spéculations dialectiques, (pour ne pas apparaître)
comme quelqu’un qui aurait ingurgité un manuel6 465 d’har­
monie <sans> avoir pratiqué (la musique) : on admirerait
de tels hommes pour leur habileté dialectique, mais ils
seraient en contradiction avec eux-mêmes en ce qui
concerne leur comportement. Il était donc raffiné et
noble66... (19) On dit encore que ce n ’est pas assis qu’il
discutait les thèses, mais qu’il argumentait tout en mar­
chant. Ainsi donc il était honoré dans la ville à cause de
sa noblesse d’âme67 ; de plus, il vivait à part et passait
son temps dans le jardin (de l ’Académie) ; pour habiter
près de lui, (ses) disciples avaient construit de petites
cabanes à côté du sanctuaire des Muses et de l’exèdre6®.
Polémon imitait, semble-t-il, Xénocrate en tous points...,
En tout cas, Polémon ne cessait de le citer et revêtait la
sincérité, l ’austérité et la gravité de son modèle, typique
du mode dorien69. (20) C ’était un admirateur de
Sophocle.... Il disait donc qu’Homère était le Sophocle
de l’épopée et Sophocle, l ’Homère de la tragédie70.

10 Athénée (Épit.) II, 44 e


L’Académicien Polémon but de l ’eau à partir de trente
ans jusqu’à sa mort, comme l ’a rapporté Antigone de
Caryste.
64. Chez Philodème, Acad. hist. XIV, 1 (= fr. 9A), le nom du
peintre est Mélanthos (voir Gaiser, p. 509).
65. Le terme τέχνιον (ou τεχνίον) dans le sens de « manuel »
(τέχνη) est connu aussi par Antid. fr. 2, 4 Kassel-Austin ; Diph. fr. 87,
1 Kassel-Austin et M. Aur. IV, 31, î.
66-70. Voir Notes Complémentaires, p. 48.
VITAE PHILOSOPHORVM 14

τητα τοίς έργοις έπιτρέχειν, ομοίως δέ και τοίς ήθεσιν. 10


’Έφασκε δή δ Πολέμων δειν έν τοις πράγμασι γυμνά-
ζεσθαι και μή έν τοίς διαλεκτικοΐς θεωρήμασι, καθάπερ
αρμονικόν τι τέχνιον καταπιόντα και <μή> μελετή-
σαντα, ώς κατά μεν την έρώτησιν θαυμάζεσθαι, κατά δε
την διάθεσιν εαυτοίς μάχεσθαι. τΗν ουν αστείος τις καί 35
γενναίος ... (19) Ά λ λ α μην ουδέ καθίξων έλεγε προς
τάς θέσεις, φασί, περίπατω ν δέ έπεχείρει. Δ ιά δή ουν τό
φιλογενναιον έτιμάτο έν τή πόλει. Ου μην αλλά καί
έκπεπατηκώς ήν διατριβών έν τω κήπω, παρ’ ον οί μα-
θηταί μικρά καλύβια ποιησάμενοι κατωκουν πλησίον 40
τού μουσείου καί τής έξέδρας. Έφκει δή ό Πολέμων
κατά πάντα έζηλωκέναι τον Ξενοκράτην .... αεί γουν
εμέμνητο ό Πολέμων αυτού, την τ’ άκακίαν καί τον
αύχμόν ένεδέδυτο τάνδρός καί τό βάρος οίονεί τής
Δωριστί αρμονίας. (20) ’ Ην δε καί φιλοσοφοκλής ... 45
ελεγεν ουν τον μεν "Ομηρον επικόν είναι Σοφοκλέα, τον
δε Σοφοκλέα "Ομηρον τραγικόν.

45 Sophocles test. 115a et 144 Radt.

30 καί Wilamowitz : κάν Ω II 31 δή BP : δέ F II 33 μή edd. : om.


Ω II 35 ουν άστειός Ω : ουν άσόλοικός Wilamowitz ούκ άσιεΐός
Gigante II 41 έφ κει Ρ : ώς έωκε Β εως έώκει F II 42 έζηλωκέ-
ναι F : έζηλώκει BP II 44 της Δωριστί άρμονίας Christianus
ap. Menagium (Huebner, ΙΠ, ρ. 545) : Δώριός τις οίκονομία Ω
Suda.

10 A th en aeu s ( E p it .) Π, 4 4 e

Πολέμων δ’ ό Ακαδημαϊκός άρ|άμενος άπό τριά­


κοντα ετών ύδροπότησε μέχρι θανάτου, ώς έφη Αντίγο­
νος ό Καρύστιος.

Polemo fr. 49 Gigante.


VIES DES PHILOSOPHES

Vie de Crantor7172

11A Philodème, Histoire de VAcadémie (PHerc. 1021 et


164), col. XVI, î-15 ; 41-S 9 (p. 148-150 Dorandi)
Crantor, comme le dit (Antigone), tout en étant ...n
admiré des habitants de Soles, abandonna le succès et,
arrivé à Athènes, il a écouté d’abord Xénocrate, puis il a
étudié avec Polémon, bien qu’il fût très différent dans le
choix des sujets sur lesquels il s’amusait73. Il était aussi
appliqué au travail74... (Il dit) qu’il laissa (des ouvrages,
comprenant) 30 000 lignes, dont quelques-uns sont attri­
bués à Arcésilas par certains critiques ...
Lorsque celui-ci (Crantor), dit (Antigone), fut sur le
point de mourir, Arcésilas lui demanda s’ils75 devraient
l’enterrer dans les tombes communes ou dans d’autres,
(S) Mais lui (Crantor) répondit :
« Il est beau d’être enseveli dans les collines de
sa patrie ».

71. Voir p. L v ii-L v n i. Crantor ( t 276/5 av. J.-C.), académicien, dis­


ciple de Xénocrate avec Cratès et Polémon. Il naquit à Soles en Cilicie,
mais étudia à Athènes à l’Académie. Il ne fut pas élu comme scho·
larque de l’Académie, peut-être parce qu’il mourut prématurément. Ses
ouvrages les plus importants furent le Π ερ ί πένθους (« Sur le
deuil ») et le Commentaire sur le Timée de Platon. Les fragments ont
été recueillis par H. J. Mette, Lustrum 26, 1984, p. 8-40. Voir T,
Dorandi, « Crantor de Soles », DPhA II, 1994, p. 482-483.
72. Voir Notes Complémentaires, p. 48.
73. L’interprétation de la phrase καίτοι πολύ διαφέρω[ν] έν οις
επα[ιζε]ν n’est pas sûre. Je crois que le verbe παίζω a ici le sens de
« composer des poèmes » (voir D. Sider, The epigrams o f Philodenm,
Oxford 1997, p. 168-169). Il y aurait donc une allusion à l’activité de
Crantor comme poète (cf. D.L. IV, 25-27). Pour Gaiser, p. 525 le verbe
παίζω renverrait aux passages très connus du Phèdre de Platon (276
B-E et 277 E) où l’écriture est considérée comme une παιδιά par rap­
port au sérieux de l’enseignement oral de la philosophie. Gaiser
(p. 249) traduit : « obwohl er (von diesem) sehr verschieden war in
dem, womit er (als Schriftsteller) ’spielte’ ».
74. Voir Notes Complémentaires, p. 48.
75. Seil. Arcésilas et Polémon.
VITAE PHILOSOPHORVM 15

V ita C ra n to ris

11A Philodemus, A c a d . h ist. (P H ere. 1021 et 164), coi.


XVI, 1-15 ; 4 1 -S 9 (p. 148-150 Dorandi)

[Κ]ράντωρ δε Σολεϋσι, ώς
φησι, θαυμαζόμενος §€.[.]
κατελιπε τη ν ευημερ[ίαν],
καί παραγενόμ ενος Άθ[ήνα]-
5 ζε πρώ τον μέν Ξενοκρά­
τους ήκουεν, ύστερον 8ε
μετά Πολεμωνος έσ χό λ α -
£εν, καίτοι π ο λ ύ διαφέρω[ν]
έν οίς επα[ιζε]ν. [Ούτο]ς [κ]αί φι-
10 λ όπ ονος ή [ν .]υρ[
τικος ο [.]κ ..ττ..[..]ο [. πε]-
ριέπε[σ]εν εις ε π .[...]ιδ .[. στίχων δ’]
είναι τρεις μυριάδα[ς, δ σ ’ ελι]πε[ν],
ών ενια καί ‘Α [ρ]κεσίλαι τι[ν]ες τό[τ’]
15 άνετ[ί]θ[εσ]αν.

41 τούτου δε φησιν]
έγλείπ[οντο3ς ήδη πυνθά-
νεσθα[ι τό]ν [Ά ρκεσί]λαν, πότε-
ρον αυτόν εν ταις [κ]ο[ιναΐς]
45 θάψωσιν ή [έν ά λλ α ις θηκαις.
S [Ουτος 6 ’ « εν γ η ς φ ίλη ς δ χ ]-
θοισι καλάν » έφ]η « κρυφθη-

Crantor test, lb 1-6, 12-21 Mette = Arcesilaus test lb 9-15 Mette II


XVI 1-9 Polemo fr. 63 Gigante II S 1-3 TrGF II F 281.

col. XVI 1 Spengel, Fhilol. Suppl. 2, 1863, p. 539 II 2 Gaiser :


δ* έ[κεΐ] Croenert ap. Mekler II 3 Buecheler II 4 Mekler H9 Gaiser :
επα[ιξε]ν Gigante II 12-15 Gaiser II 41-43 Gaiser II 43-44 Mekler II 45-
S 2 Gaiser.
VIES DES PHILOSOPHES

Comme Polémon maintenait fermement (son propos)


et qu’il exprimait l ’opinion que Iui (Crantor)76 devait être
enterré dans la même tombe qu’ils le seraient eux-mêmes
à leur tour77, il dit : « Je ne me suis jamais opposé à lui
(Polémon) auparavant et (je ne veux pas le faire) mainte­
nant »78.

11B Diogène Laërce IV, 24-25

(24) Crantor de Soles, bien qu’il fût admiré dans sa


patrie, partit pour Athènes et devint l ’auditeur de Xéno-
crate, comme condisciple de Polémon79. Il laissa des
ouvrages, comprenant 30 000 lignes, dont quelques-uns
sont attribués à Arcésilas par certains critiques ... (25) Et
quand (Arcésilas) lui demanda où il voulait être enseveli,
il répondit80 :
« Il est beau d’être enseveli dans les collines de
de sa patrie ».

12* Diogène Laërce IV, 26


Crator admirait parmi tous (les poètes) d’abord et
avant tout Homère et Euripide ; il disait qu’il est difficile
d’écrire dans un ton tragique et en même temps de susci­
ter de la compassion au moyen du langage de tous les
jours81. Et il citait le vers du Bellerophon :
« Hélas ! Mais pourquoi hélas ? Nous avons
souffert les souffrances des mortels »82.

76. Cf. Gaiser, p. 528.


77. Scil. Polémon et Arcésilas.
78. Voir Notes Complémentaires, p. 49.
79. D.L. présente Crantor et Polémon comme des condisciples chez
Xénocrate (συσχολάζω), Philodème, Acad. hist. col. XVI, 6-8 (= fr.
11A) mentionne au contraire Crantor comme un disciple (σχολάζω)
de Polémon. Le fait a déjà été relevé par Th. Gomperz, « Die herkuia·
nische Biographie des Polemon », dans Philosophische Aufsätze E.
Zeller ... gewidmet, Leipzig 1887, p. 148, article repris dans T.
Dorandi (éd.), Theodor Gomperz. Eine Auswahl herkulanischer kleiner
Schriften, Leiden 1993, p. 160.
80-82. Voir Notes Complémentaires, p. 49.
VITAE PHILOSOPHORVM 1(1

vat »' δ[ιαβεβαιου]μένου


δε τοΰ Πο[λ]έμων[ο]ς καί νο-
5 μίζοντος αυτόν δείν ε­
ν a ls αυτοί μελλουσιν τε-
θήναι θήκαις, εΪπεν ώς « ού­
τε πρότερον άντ[έ]τ[ει]ν’ α[ύ]-
τώι π ώποτε ουτ[ε] vû[v ».

S 3-9 Polemo fr. 68 Gigante.


col. S 3 Mekler : δ[ιατεινο]μένου Arnim ap. Mekler δ[ιατιθε]μένου
Gomperz II 4 Gomperz II 8 Gomperz II 9 Gaiser : vC[v δή] Gomperz.

11B Diogenes Laertius IV, 24-25


(24) Κράντωρ Σολεύς θαυμαζόμενος έν τη εαυτού
ττατρίδι άπήρεν εις Αθήνας καί Ξενοκράτους διήκουσε
Πολέμωνι συσχολάζω ν. Καί κατέλιπεν υπομνήματα εις
μυριάδας στίχων τρεις, ών τινά τινες Άρκεσιλάω
προσάπτουσι ... (25) Καί έρωτηθέντα προς αυτού πού 5
βούλεται ταφήναι, είπειν
έν γ η ς φ ίλης οχθοισι κρυφθήναι καλόν.

Cranior test, la 1-3, 13-15 Mette II 3 Polemo fr. 64 Gigante II


4 Arcesilaus test, la 21-23 Mette II 7 TrGF Π F 281.

Ω = BPF
7 φίλης F Philodemus Teles : φίλοις BP II όχθοισι Philodemus
Teles : έχθροΐσι BP μυχοΐσι F2 (///οΐσι F) P4 II καλόν Ω: τάφω
Teles.

12* Diogenes Laertius IV, 26


Έθαύμαξε δε ό Κράντωρ πάντω ν δη μ άλλον Όμηρον
καί Εύριπίδην, λέγω ν εργώδες έν τω κυρίφ τραγικώς
άμα καί συμπαθώς γράφαι. Καί προεφερετο τον στίχον
τόν έκ τού Βελλεροφόντου*
οΐμοι' τί δ ’ οΐμοι ; θνητά τοι πεπόνθαμεν. 5
5 Eurip. fr. 300 Nauck2.
DES PHILOSOPHES

Vie de Cratès83

13 Philodème, H istoire de l ’Académie (PHerc. 1021 et


164), col. Q 5-10 fp. 151 Dorandi)

Antigone écrit : Après la mort de Polémon, Cratès, qui


avait succédé à la tête de l ’école et qui fut jugé digne de
(la) dirigér ...

14 Diogène Laërce IV, 22

Arcésilas, qui avait abandonné Théophraste pour venir


dans leur école84, disait qu’ils étaient des dieux ou des
survivants des hommes de la Race d’or85. En effet, ils
n’étaient pas avides de la faveur populaire86, mais pareils
à l’aulète Dionysodoros, dont on rapporte qu’il se vanta
un jour de ce que ses airs87, à la différence de ceux
d’Isménias, personne ne les avait entendus sur une trière
ou près d’une source88. Antigone89 rapporte que Cratès
partageait la table de Crantor et que ceux-ci vivaient en
bon accord avec Arcésilas. Arcésilas habitait avec Cran­
tor, Polémon et Cratès avec un de leurs concitoyens,
Lysiclès90.

83. Voir p. lviii-lex. Cratès de Thria (t 268-264 av. J.-C), acadé­


micien, scholarque à la suite de Polémon (270/69-268-264). Il n’existe
pas de recueil des fragments de Cratès. Voir T. Dorandi, « Cratès de
Thria », DPhA II, 1994, p. 500-501.
84. Scil. celte de Cratès et Potémon.
85. Cf. Gaiser, p. 132-133, 520-521, et Dorandi, p. 93 (et déjà fr.
9A col. XV, 3-10, dans la Vie de Polémon).
86. Le terme φιλοδημώδης est un hapax. Il a peut-être un sens un
peu dépréciatif (« la faveur de la populace »).
87. Le terme κρουμα indique l’action de frapper un instrument à
cordes avec le plectre et, par suite, un air ou une pièce instrumentale
joués sur la lyre ou la harpe ou sur un instrument à vent. Dans le texte
d’Antigone κροϋμα est utilisé à propos des airs de flûte. Voir aussi
Plut., Quaest. com. U, 4, 1 (638 C) : κρούματα <tà> αύλήμντα
καλοΰσιν, « l’on appelle kroumata les airs de flûte »,
88-90. Voir Notes Complémentaires, p. 49.
VITAE PHILOSOPHORVM 17

Vila Cratetis

13 Philodemus, Acad. hist. {PHerc. 1021 et 164), col. Q


5-10 (p. 151 Dorandi)
Α ν­
τίγονος δε γρ[ά]φ ει διότι’ ΓΙ[σ]-
λέμωνος τε[λ]ευτήσαντος
ό Κ[ράτ]ης δια [ι][δ]ε|ά μ ενό ς [τε]
τ[ήν 8ια]τριβ[ή]ν καί κριθε[ίς α-
10 ξιος εί]ναι τ[ή]ς ή γεμ ονία [ς ....

Polemo fr. 54 Gigante.

4-10 Gomperz II 8 [τε] Mekler.

14 D io g en es L a e rtiu s IV , 2 2

Αρκεσίλαον μετελθόντα πα ρά Θεοφράστου πρός


αυτούς λέγειν ώς είεν θεοί τινες ή λείψανα των έκ του
χρυσού γένους. Καί γα ρ ήστην ού φιλοδημώδει' ά λ λ ’
οίον Διονυσόδωρόν π ο τέ φασι τον αυλητήν ειπειν, σεμ-
νυνόμενον επί τω μηδένα των κρουμάτων αυτού μήτ’ 5
επί τριήρους μήτ’ επί κρήνης ακηκοέναι, καθάπερ Ίσμη-
νίου. Συσσίτιον δε φησιν αύτώ ό Α ντίγονος είναι παρά
Κράντορι, όμονόως συμβιούντω ν τούτων τε καί Άρκε-
σιλαου. Την δέ οικησιν Ά ρκεσίλαον μεν έχειν μετά
Κράντορος, ΓΙολέμωνα δε συν Κράτητι μετά Λυσι- 10
κλέους τίνος των πολιτώ ν.

Polemo fr. 62 II 1 Arcesilaus test, la 1-10 Mette II 2 αύτούς : sc. Crates


et Polemon.

X = Ω (BPF) <Dh
3 φιλοδημώδει F : φιλοδήμω δέ BP φιλοδημώδη Oh II 5 μηδένα
Suda : μηδέν X.
IK VIES DES PHILOSOPHES

15* Diogène Laërce IV, 21


(Crates et Polémon) étaient tellement épris l’un de
l’autre que, de leur vivant, non seulement ils avaient les
mêmes activités, mais ils devinrent même, presque
jusqu’à régler l’un sur l ’autre leur respiration, toujours
plus semblables l’un à l’autre ; bien plus, une fois morts,
ils partagèrent la même sépulture.

Vie d ’Adimante d'Étolie (? )91

16 Philodème, Histoire de l ’Académie (PHerc. 1021 et


164), col. R 1-11 (p. 150-151 Dorandi)
... Sous tout rapport, (Adimante)92 était non seulement
vu avec bienveillance par lui (Xénocrate) et admiré par
les Athéniens, mais aussi par les Étoliens, parce que les
foules aimaient autant l ’homme que l ’ordre de son dis­
cours comme [l’a écrit Antigone ?] ...

91. Voir supra, p. l i x . Adimante (IVe s. av. J.-C.), disciple de Xéno­


crate, mentionné ici seulement. Voir T. Dorandi, « Adimante », DPhA
1 ,1989, p. 54-55.
92. Le texte des lignes 1-2 pouvait être à peu près le suivant :
[Άδείμαντος δ’ δ ΞενοκράΙτους μαθητής λέγεται] (Gaiser, ρ. 256
el 532) : « D’Adimante, le disciple de Xénocrate, on rapporte qu’il
etc. ».
VITAE PHILOSOPHOR VΜ IX

15* Diogenes Laertius IV, 21


Και ούτως ά λλ ή λ ω εφιλειτην ώστ€ και ζώντε ου
μόνον των αυτών ή στη ν επιτηδευμάτων, αλλά καί μέχρι
σχεδόν α ναπνοής εξωμοιούσθην άλλήλοιν και θανόντε
τής αυτής ταφής εκοινωνείτην.

Polemo fr. 62 Gigante 11 1 έφ ιλείτην : sc. Crates et Polemon.

Ω (BPF), Oh
I έφιλείτην Palmerius. Exercit. in opt. fere auct. Gr., Lugd. Bat.
1668, p. 455 : φ ελειτην Ω ώ φελείτην P3 έφιλήτην Oh II 3 έξα>-
μοιούσθην F : έξομοιώτην BPF2 έξωμοιώτην Oh έξωμοιώσθην
Cobet II 4 έκοινωνείτην Christopherus Rufus (Laurent. LXX 14) :
κοινωνήτην Ω.

Vita Adimanti Aetoli ?

16 Philodemus, Acad. hist. (PHere. 1021 et 164), col. R


1-11 (p. 150-151 Dorandi)
π α [ν]τά πα σιν ού μόνον
π α ρ ’ αύτώ[ι] περιενεχθήναι
5 εύν[οίαι] κ[αί] 6αυμασ[6]ήναι
τοις Ά [θη]να[ί]οις, ά λ λ α καί
πα ρά [τ]οΐς Α ίτω λοίς, άποδε-
|αμ[έν]ω ν καί τον άνδρα
των ό χλω ν καί την του
10 λόγο υ τ ά [|ιν ώ]<τπερ Ά ντί-
ίγονος γεγρ α φ ε

1-2 P uacat II 6 Gomperz II 8 Mekler II 10-11 Gaiser.


VIES DES PHILOSOPHES

Vie d'Arcésilas93

17A Philodème, Histoire de l ’Académie (PHerc. 1021 et


164), col. XVII, 1-14 (p. 151-152 Dorandi)
... (Arcésilas était le plus jeune de cinq frères), avec
deux de la même mère et deux du même père ; et l’un de
ceux qui étaient du même père était Moiréas, qui fut aussi
son tuteur. (Arcésilas), dit-on, avait une apparence
agréable et menait une vie bien rangée et, après avoir
reçu toute sorte d’enseignements, depuis son âge
d’éphèbe déjà, il s ’était élancé vers la philosophie94, bien
que Moiréas s’y opposât à cause de la supériorité de
l ’éducation rhétorique ; il était soutenu par l’aîné de ses
frères utérins ...

17B Diogène Laërce IV, 28-29


Il devint le disciple de Crantor de la façon suivante. Il
était le dernier de quatre frères, deux étant du même père
et deux de la même mère95. L’aîné des frères utérins était
Pyladès, l ’aîné de ceux nés du même père, Moiréas, qui
était son tuteur. (29) Au tout début, avant de partir pour
Athènes, il fut l ’auditeur d’Autolycos le mathématicien96,

93. Voir p. Lix-LXin. Arcésilas (316/5-241/0 av. J.-C.), académi­


cien, fondateur de la Moyenne Académie, et scholarque après la mon
de Cratès. Les fragments ont été recueillis par H. J. Mette, Lustrum 26,
1984, p . 41-94. Voir T. Dorandi, « Arcésilas de Pitane » , DPhA I,
1989, p . 326-330, et Gorier, p . 786-824 et 825-828 (bibliographie).
94. L’expression έπί φιλοσοφίαν όρμήσαι « s’élancer vers la
philosophie » est, à ce qu’il semble, unique (chez Diogène Laërce [fr.
17B] il y a justement une variante plus banale : δ δέ φιλοσοφίας
ήρα). Mais on retrouve έπι τραγωδίαν ώρμηκε « s’élança vers la tra­
gédie » chez Alex. ff. 140, 14 Kassel-Austin.
95. Le τέταρτος a été bien expliqué par Gaiser (p . 537) : Arcésilas
avait quatre frères, il était donc (pour nous) le cinquième, le benjamin.
Le compte exclut l’aîné de sorte que le deuxième est considéré comme
le premier des frères et le cinquième comme le quatrième.
96. Voir Notes Complémentaires, p. 49.
VITAE PHILOSOPHORVM

Vita Arcesilae

17A Philodemus, Acad. hist. (PHerc. 1021 et 164), coi.


XVII, 1-14 (p. 151-152 Dorandi)
Μετ[ά] δυειν 'μέν' ομομήτριων
κα[ι ό]μοπατρίω ν, ομ οπά ­
τ ρ ιο υ δ)€ Μοιρέου τού και επι-
τροπεύσαντος αυτόν· τώι
5 8’ εϊδει γενόμενος αστείος
ευσχημόνως κεχρήσθαι
λέ[γε]ται καί π ό σ η ς αγω γής
τυ[χ]ών ευθύς εξ έ[ψή]βων
έπ[ί φ ιλ ο σ ο φ ία ν όρμήσαι, καί-
10 τοι του Μοιρέου δι[ά] το [ρ]ητο-
ρικής α γω γή ς υπε[ρέχο]ν
άντιπρά[ττο]ντο[ς, συ]γερ-
γόν λαβών τών όμ[ομητ]ρί-
14 ων τον πρεσ[β)ύτα[τον.

Arcesilaus fr. lb 18-23 Mette.

1 Mekler II 2-3 Gomperz II 7 Buecheler II 8 Gomperz II 9 Mekler II


10-11 Gaiser II 11 Gaiser II 12-13 Buecheler II 13-14 Gomperz II
14 Buecheler.

17B Diogenes Laertius IV, 28-29


Παρέβαλε δε Κρόντορι τούτον τόν τρόπον. Τέταρτος
αδελφός ήν ών είχε δύο μέν ομοπάτριους, δύο δε ομο­
μήτριους1 καί τών μέν ομομήτριων πρεσβυτερον
Πυλάδην, τών δέ όμοπατρίω ν Μοιρέαν, δς ήν αύτώ επί­
τροπος. (29) Ή κουσε δή κατ’ ό ρ χ ό ς μέν Αυτολυκου
του μαθηματικού π ο λ ίτο υ τ υ γ χ ό νο ντ ο ς, πριν απαίρειν

Arcesilaus test, la 30-37 Mette = Crantor test, la, 49-61 Mette.


VIES DES PHILOSOPHES

qui se trouvait être son concitoyen et avec lequel il fit un


voyage à Sardes97. Par la suite, (il fut l’élève) de Xanthos
d ’Athènes98, le musicien, et, après lui, il se fit l’auditeur
de Théophraste. Ensuite, il passa à l ’Académie auprès de
Crantor. Son frère Moiréas en effet, dont nous avons
parlé plus haut99, le poussait à la rhétorique, mais, lui,
était épris de (la) philosophie.

18A Philodème, Histoire de l'Académie (PHerc. 1021 et


164), col. XVII, 39-X V in, 7 (p. 152-153 Dorandi)
Après la mort de Polémon . . . l0° ensuite, lorsque Cratès
(XVIII) fut mort, (Arcésilas eut l ’Académie) sous sa res­
ponsabilité, parce qu’un certain Socratidès que les jeunes
membres (de l ’Académie), s’étant réunis, avaient mis à
leur tête car il était le plus vieux, lui céda la place101102.

18B Diogène Laërce IV, 32


A la mort de Cratès, il reçut la direction de l’école,
parce qu’un certain Socratidès lui avait cédé la place107.

97. Cf. D.L. IV, 22 el Long, p. 438-439, 449.


98. Personnage par ailleurs inconnu.
99. Cf. IV, 28.
100. La lacune au début de la 1. 41 (......... ]λω.) esi difficile à com­
bler : Mekler suggérait άλλή]λω τήν ; Gaiser αρχών δή]λος.
101. J’accepte le texte de Gaiser (p. 266 et 542). La conjecture de
Long (p. 434), αύ(τού) l καθ’ αύτόν, présuppose un renoncement
volontaire de la part de Socratidès. On ne connaît rien de ce person­
nage.
102. Sur les indications cjue l’on peut tirer de ce passage concer­
nant le fonctionnement interne de l’Académie, cf. Glucker n 214
n. 25. *
VITAE PHILOSOPHORVM 20

εις 'Αθήνας, μεθ' οδ καί εις Σάρδεις άπεδήμησεν' εττειτα


Ξάνθου τού Αθηναίου μουσικού' μεθ’ δν Θεοφράστου
διήκουσεν. Έιτειτα μετήλθεν εις Άκαδήμειαν προς
Κράντορα' Μοιρέας μεν γ ά ρ δ προειρημένος αδελφός
ήγεν αυτόν επ ί ρητορικήν* ό δε φιλοσοφίας ήρα.

BPF
9 μετηλθεν ΒΡ : διήλθεν F.

18Α Philodemus, Acad. hist. (PHerc. 1021 et 164), col.


XVII, 39-XVIII, 7 (p. 152-153 Dorandi)
T ελευ-
40 [ τ ή σ α ν ] τ ο [ ς δ ]ε Π ο λ έμ ω [ν ο ς
........... ]λω. ή ν, ε[ι]τα [Κράτητος]
Χ νΠ Ι τον βίον εγ λ ιπ ό ντ ο ς αύ[τός]
καθ' αυτόν, εκχω ρήσαντος
αυτώι τής διατριβής Σω-
κρατίδου τινός, δν δια τό ττρεσ-
5 βύτατον είναι ττροεστήσαν-
θ’ εαυτών οί νεανίσκοι συν-
ελθόντες.

Arcesilaus test, ib 39-41 Mette II 39-41 Polemo fr. 71 Gigante.

3941 Mekler Gaiser


col. XVIÏI 1 Gaiser : αύ[το\> Long, Elenchos 7, 1986, p. 434.

18B Diogenes Laertius IV, 32


Κράτητος δε εκ λιπόντος κατέσχε την σχολήν, έκ-
χωρήσαντος αύτώ Σωκρατίδου τινός.

Arcesilaus test, la 70-71 Mette.


VIES DES PHILOSOPHES

19A Philodeme, Histoire de l'Académie (PHerc. 1021 et


164), col. XV11I, 34-41 (p. 153 Dorandi)
... (Antigone) dit que (Arcésilas) eut entre les mains
les notes des leçons103 laissées par Crantor et qu’il y fit
des changements. Certains disaient que c ’est lui qui les
avait écrites ; d’autres, au contraire, qu’il avait brûlé ce
qu’il avait écrit. Il n’apporta aucune doctrine ou opinion.

19B Diogène Laërce IV, 32


Du fait qu’il suspendait son jugement en toutes choses,
selon d’aucuns, il n’écrivit aucun livre ; selon d’autres, il
avait été surpris en train de corriger certaines œuvres <de
Crantor> qu’il aurait, selon quelques-uns, publiées, selon
d’autres brûlées104.

20A Philodème, Histoire de l ’Académie (PHerc. 1021 et


164), col. XIX, 14-16 (p. 154 Dorandi)
... surtout ... de Platon105106. Et en effet il possédait,
encore jeune, ses livres105 ...

103. Voir Phld., Acad. hist. col. XVI. 13-14 (= fr. 1IA). Le terme
όπομνήματα indique les « notes qu’on avait rédigées au moment de
préparer des leçons ». Pour une histoire du terme υπόμνημα, voir
F. Borner, « Der Commentarius » Hermes 81, 1953, p. 210-250;
E. Skydsgaard, Varro the scholar, Copenhagen 1968, p. 1 0 8 Ί16.
104. Passage douteux. J ’accepte le texte de Wilamowitz. p. 62.
105. La syntaxe du passage n'est pas claire. Mette (.Lustrum 26,
1984, p. 52) a supposé, peut-être avec raison, ia présence d’une lacune
après la L 11. Le texte de Ia I. 12 (χοδαντισφησινευαρειτεν) est sûre­
ment corrompu. Comperz (ap. Mekler ad loc.) y apercevait le nom
d ’Antigone de Caryste (’Α ντίγονός φησιν ό Καρύστιος) ; dans mon
édition j ’avais accepté (avec Mekler et Mette) la conjecture τό 3’ αν
τις φήσ<ε>κε>ν εύαρεστε<Τ>ν de Bücheler. Je conserve mainte­
nant le texte du papyrus et je renonce à donner une traduction des pre­
mières lignes.
106. Scil. de Platon.
VITAE PHILOSOPHOR V Μ 21

19A Philodemus, Acad. hist. (PHerc. 1021 et 164), col.


XV11I, 34-41 (p. 153 Dorandi)
Λ€],φ[β£]ντ α υπ ό Κράν-
35 T o p o s υπ ομνή μ α τα [ψησ]ι
διά χειρός εχειν καί μετα-
τιθέναι* τινές αυτόν εψα-
σαν αυτά γεγρ αφ ένα ι, Tiv[ès]
δ’ α συνέγραψ ε κατακεκαυ-
40 [κέναι]. Δ ό γ μ α δ* ουβεν ο ύ δ ’ αΐ-
[ρεσιν συ]νετίθει.
Arcesilaus test. I b 48-50 Mette = Crantor test. 1b 30-32 Mette.
34 Mekler II 35 Mekler : [φασ]ι Mette II 38 Spengel, Philologus Suppl.
2,1863, p. 540 II 39-40 Gomperz.

19B Diogenes Laertius IV, 32

Διά δέ τό περί πάντω ν έπέχειν ουδέ βιβλίον, φασί


τινες, συνέγρα ψ εν οί δέ, δτι εφωράθη <Κράντορός>
τινα διορθών, α φασιν οί μέν έκδουναι, οί 6έ κατακαυ-
σαι.

Arcesilaus test, la 72-73 Mette.

Ω (BPF)
! περί πάντων Ω : περίπατων Suda ε 2110 II φασί τινες Froben :
φασί τι ΒΡ τι F Suda II 2 Κ ράντορος add. Wilamowitz coll.
Philodemo II 3 διορθών Cobet : κατορθών Ω II έκδουναι ΒΡ :
έκδοθήναι F.

20Α Philodemus, Acad. hist. {PHerc. 1021 et 164), col.


XIX, 11-16 (p. 154 Dorandi)

Il T O Ù s a .[...]
το δ ’ t α ν τ ισ φ η σ ιν ε υ α ρ ε ιτ ε ν

Il Ante 1, 12 lacunam statuit Mette II 12 τό δ ’ Öv τις <ρήσ<ε>κε>ν


ί:ύαρεστε<ΐ>ν Buecheler.
VIES DES PHILOSOPHES

20B Diogène Laërce IV, 32

Il semble avoir également admiré Platon et il possédait


ses livres.

21* Diogène Laërce IV, 31


Il appréciait Homère plus que tous les autres poètes et
il avait l ’habitude d’en lire quelques vers non seulement
avant d’aller dormir, mais à l’aube aussi (il faisait de
même), disant, chaque fois qu’il voulait lire, qu’il se ren­
dait chez son bien-aimé. Il prétendait que Pindare était
remarquable pour la plénitude du langage et qu’il offrait
une abondance de noms et de verbes. Dans sa jeunesse, il
chercha également à définir le style d’ion107.

22* Diogène Laërce IV, 37


Dans sa vie privée il était des plus généreux, prompt à
faire du bien et à cacher ses bienfaits avec une parfaite
modestie. En tout cas, étant venu un jour rendre visite à
Ctésibios108 qui était malade et ayant constaté qu’il était
dans le besoin, il glissa en cachette une bourse d’argent
sous son oreiller. Lorsque Ctésibios le découvrit, il

107. Cf. M. Gigante, « Poesia e critica letteraria in Arcesilao ?>.


dans Ricerche C. Barbagalto, Napoli 1970, I, p. 431-441, et Long,
p. 448-449, Pour le thème des intérêts littéraires, voir aussi les fr. 9B
§20, 21*, 29*.
108. Ctésibios, philosophe de l’entourage du roi Antigone Gonatas.
élève de Ménédème d’Érétrie. Voir R, Goulet. « Ctésibios de Chal­
cis », DPhA 11, 1994. p. 531 et fr. 30-31.
VITAE PHILOSOPHOR VM

αυτόν [μ ά]λιστα των [


γ€γον[ό]τω ν Πλάτ[ω]νος' καί γάρ
15 εκέκτητ’ έτι νέ[ος ών] τα βυ[βλί’]
αυτού.
Arcesilaus test, lb 57-58 Mette II 16 αυτού sc. Platonis.
13-14 [προ]Ιγεγον[ό]των Gaiser ap. Dorandi, CErc 17, 1987, p. 120II
15-16 Mekler.

20B Diogenes Laertius IV, 32


Έώκει δή θαυμάζειν καί τον Πλάτωνα καί τα βιβλία
εκεκτητο αυτού.
Arcesilaus test, la 74 Mette.

21* Diogenes Laertius IV, 31


Άπεδεχετο δε πάντω ν μ ά λ λ ο ν "Ομηρον, ου καί εις
ύπνον ιών πάντω ς τι άνεγινω σκεν, α λ λ ά καί όρθρου
λίγων επί τον έρώμενον άπιεναι ό π ό τ ’ αν βούλοιτο
άναγνώναι. Τ όν τε Πίνδαρον έφασκε δεινόν είναι φωνής
έμπλήσαι καί ονομάτω ν καί ρημάτων ευπορίαν παρα-
σχειν. Ίωνα δε καί έχαρακτήριζε νέος ών.

6 Ion Chius test. 20 Leurini.

22* Diogenes Laertius IV, 37


Έ ν τε τω βίω κοινωνικώτατος έγενετο καί ευεργε-
τήσαι πρόχειρος ήν καί λαθειν τήν χά ριν άτυφάτατος.
Ηίσελθών γουν ποτέ πρ ό ς Κτησίβιον νοσουντα καί ίδών
α πορία θλιβόμενον, κρυφά βαλάντιον ύπέθηκε τω

Ctesibius SSR III Η 3.


Ω(= BPF) Oh
I έγενετο Ω : ην Oh il 2 πρόχειρος ην Ω : προχειρότατος Oh II
3 γουν BF : ούν P II 4 κρύφα ΒΡ : κρύβδην F.
23 VIES DES PHILOSOPHES

s'exclama : « Voilà un tour d ’Arcésilas ». À une autre


occasion (Arcésilas) lui envoya mille (drachmes)109.

Vie de Lycon110

23 Athénée XII, 547 d - 548 b


Et le péripatéticien Lycon, comme le dit Antigone de
Caryste111, au début, (étant) venu séjourner à Athènes
pour y recevoir sa formation, s ’informa soigneusement
du prix de la participation aux banquets et combien
chaque courtisane demandait comme salaire. Plus tard,
quand il fut à la tête du Péripatos, il organisa en grande
pompe des banquets dispendieux pour ses amis. En plus
de l’accompagnement musical, de l ’argenterie112, des
divans, le reste de l ’ameublement, le raffinement des
plats, la foule des serveurs et des cuisiniers étaient tels
que beaucoup s ’effrayaient, et bien qu’ils voulussent être
admis à l ’école, ils y renonçaient, comme s’il s’agissait
d’entrer dans un groupe moralement douteux et accablé
d’obligations pour l ’organisation de chœurs et autres
liturgies. En effet, il fallait exercer cette tâche113 conve­
nue dans le Péripatos — c ’est-à-dire veiller au bon com­
portement de ceux qui fréquentaient l ’école114 — pendant
une période de trente jours115, et ensuite, lors du dernier
jour du mois, ayant reçu neuf oboles de la part de chacun
des membres, on devait offrir un repas non seulement à
ceux qui avaient payé leur part, mais encore à tous ceux
qu’invitait Lycon, sans compter ceux qui, parmi les
anciens, se donnaient la peine de visiter l’école, de telle
sorte que l’argent ainsi collecté ne suffisait même pas
pour les parfums et les couronnes ; (il fallait) aussi faire

109. Plutarque, De ad. et am. 63 D (= T le Mette) rapporte une


autre version de cette anecdote. Cf. D. Knoepfler, MH 46, 1989, p. 194
n. 2. La conjecture de Knoepfler ίχιλίας <δραχμΰς> άπέστειλεν) ne
me semble pas nécessaire.
110-115. Voir Notes Complémentaires, p. 49-50.
VITAE PHILOSOPHORVM 23

προσκεφαλαίω' καί δς ευρών, « Άρκεσιλάου » φησί 3


« τό παίγνιον ». Ά λ λ α καί ά λλ ο τε χιλίας άπέστειλεν.

5 φησί Ω : £φη ΦΗ.

Vita Lyconis

23 Athenaeus XII, 547 d - 548 b


Καί Λύκων δε 6 Περιπατητικός) ώς φησιν Αντίγονος
ο Καρύστιος, κατ' ά ρ χά ς έπιδημήσας παιδείας ενεκα
ταΐς Άθήναις περί σ υμ βολικού κώθωνος καί πόσον
έκαστη των έταιρουσών έπράττετο μίσθωμα ακριβώς
ήπίστατο. "Ύστερον δέ καί τού Περιπάτου προστάς 5
έδείπνιζε τούς φ ίλ ο υ ς α λα ζονεία καί πολυτελεία
πολλή χρώμενος. Χωρίς y à p των παραλαμβανομένων
εις αυτά ακροαμάτων καί άργυρα>μάτων καί στρωμνής
ή λοιπή παρασκευή καί ή των δείπνων περιεργία καί 6
τών τραπεζοποιών καί μαγείρω ν ό χ λ ο ς τοσοΰτος ήν 10
ώστε πολλούς όρρωδείν καί βουλομένους προσιέναι
προς την διατριβήν ά νακόπτεσθαι [καί] καθάπερ εις
πολίτευμα πονηρόν καί χορηγιώ ν καί λειτουργιών
πλήρες ευλαβούμενους π ρ οσ ά γειν. Έ δει γάρ άρ£αι τε
την νομιξομένην εν τφ Περιπάτω α ρχή ν — αΰτη δ’ ήν 15
επί τής ευκοσμίας τών έπιχειρούντω ν — τριάκονθ’
ημέρας, είτα τή ενη καί νέα λ α β ό ντα άφ’ έκαστου τών
έπιχειρούντων εννέα ο β ο λ ο ύ ς ύποδέξασθαι μή μόνον
αυτούς τούς τήν σ υμ βο λ ή ν είσενεγκόντας, α λλά καί
ους παρακαλέσειεν ό Λύκων, ετι δε καί τούς έπιμελώς 20
συναντώντας τών πρεσβυτέρω ν εις τήν σ χολή ν, ώστε

lycon fr. 7 Wehrli.

A
8 άκροαμάτων A : χρυσωμάτων Koehler, RhM 39, 1884, p. 294 II
10 τραπεζοποιών Meineke : τραπεζών A II 12 καί exp. Schweig-
haeuser Casaubonum secutus II 13 χορηγιώ ν Musurus : χορηγίαν A.
VIES DES PHILOSOPHES

un sacrifice et s’occuper de la fête des Muses116. Tout


cela paraissait étranger au savoir et à la philosophie, et
plus propre à une vie de débauche et de cérémonies"7. Et
même si on y admettait des gens qui ne contribuaient pas
aux dépenses en raison de leur pauvreté ou de leur condi­
tion précaire, la coutume était néanmoins passablement
déplacée. Platon et Speusippe, en effet, n’avaient pas ins­
titué ces réunions pour courir se rassembler afin de jouir
des plaisirs de la table jusqu’à l ’aube ou de s’enivrer,
mais pour démontrer qu’ils honoraient les dieux et pour
se réunir d’une manière digne d ’hommes cultivés118, mais
par dessus tout pour se récréer et par goût des études
(philosophiques)119. Mais chez leurs successeurs, tout
cela est passé au second plan, derrière l’élégance et le
luxe que l ’on vient de décrire. Ce n’est pas moi, en effet,
qui exempterais (de reproche) les autres120. Et Lycon, par
vanité, avait pris un appartement dans le quartier le plus
élégant de la ville, dans la maison de Conon, et là il avait
de la place pour vingt lits de banquet, qui étaient prêts
pour les réceptions. Lycon était en outre un joueur de
balle excellent et adroit.

24 Diogène Laërce V, 67
(Lycon) pratiquait beaucoup la gymnastique et avait un
corps vigoureux, montrant toute l ’allure d’un athlète, les
oreilles écrasées et le teint hâlé121, comme le rapporte

116. Voir Notes Complémentaires, p. 50.


117. Pour le sens du terme περίστασις « cérémonies » («out­
ward pomp and circumstance » LSJ), voir Plb. Ill, 98, 2 (την τού βίου
περίστασιν, « son train de vie ») et Apollodore ap. Phld., Acad. hist.
col. XXXI, 11, p. 168 Dorandi (ύπαρχων έν μεγάληι περισ(τάσει,
« il avait un grand train de vie »).
118-120. Voir Notes Complémentaires, p. 50-51.
121. Έμπινής est un hapax. LSJ traduit « soiled ». « dirty », U
faut cependant rappeler que P. Von deT Mühll (ap. Knoepfler, p, 182,
app. à la 1. 96) avait suggéré de corriger en έμπινής le πίων des
manuscrits en D.L. II, 132 (= fr. 28*).
VITAE PHtLOSOPHORVΜ

γίνεσθαι μηδε εις τον μυρισμόν καί t o u s στεφάνους


ικανόν το εκλεγόμενου ά ργύρ ιον- ιεροποιήσαί re καί
των Μουσείων επιμελητήν γενέσθαι. βΑ δή πάντα έφαί-
νετο λόγου μεν ά λλότρ ια καί φιλοσοφίας είναι, τρυφής 25
8ε καί περιστάσεως οίκειότερα, καί γ ά ρ εί παρίεντό
τινες των μή δυναμένων εις ταΟτα άναλίσκειν από
βραχείας καί τής τυχο ύ σ η ς όρμώμενοι χορηγίας, δ y
εθισμός ίκανώς ήν ά το π ο ς. Ου γά ρ ΐνα συρρυέντες επί
τό αυτό τής εως τοόρθρίου γενομένης τραπέζης ά πο- 30
λαύσωσιν ή χάριν εξοινίας έποιή σαντο τάς συνόδους
ταύτας οί περί Πλάτωνα καί Σ πεύσ ιππ ον, ά λ λ ’ ΐνα
φαίνωνται καί τό θειον τιμώντες καί μουσικώς ά λλή -
λοις συμπεριφερόμενοι, καί τό π λ εΐσ το ν ενεκεν άνέσεως
καί φιλολογίας. Ά δή π ά ντα γ εγ ο νεν δεύτερα παρά 35
τοΐς ύστερον των τε χλανίδω ν καί τής πολυτελείας τής
είρημενης1ou γ ά ρ εγω γε τους λ οιπού ς υπεξαιρούμαι, ό
δε Λύκων ύπ’ α λα ζονεία ς καί εν τώ επιφανεστάτω τής
πόλεως τόπω εν τή Κόνωνος οικία εΐχεν είκοσίκλινον
οίκον, δς ήν επιτήδειος αυτω π ρ ο ς τάς υπ οδοχάς. Ή ν 40
δε ό Λύκων καί σφαιριστής α γα θ ός καί επιδέξιος.

32 Speusippus test. 35 Tarân (deest ap. Isnardi Parente).

24 Μουσείων Wilamowitz : Μ ουσών A II 28 Ô y ' έθισμός Wila-


mowitz : ö γε μισθός A II 30 τούρθρίου Meineke (του όρθρίου
Musurus) : του Ορίου A άρθρου Kaibel του άρθρου Wehrli, Lykon II
33 μουσικώς Bergk, Fünf Abhandl. Gesch. griech. Philos, u. Astron.,
Leipzig 1883, p. 67 n. 1 : φυσικώς A II 35 παρά τοις Schweig·
haeuser : παρ’ αύτοις A.

24 Diogenes Laertius V, 67
Αλλά καί γυμναστικώ τατος εγένετο καί εύέκτης τό
σώμα την τε π ά σ α ν σ χ έσ ιν αθλητικήν έπιφαίνων, ώτο-
θλαδίας καί έμπινής ών, καθά φησιν Α ντίγονος ό

Lycon fr. 8 Wehrii.


VIES DES PHILOSOPHES

Antigone de Carysle. C ’est pourquoi l ’on dit que, dans sa


patrie122, à l'occasion des fêtes en l ’honneur d’Athéna
Ilias, il s'était présenté comme lutteur et avait joué à la
balle1“·1.

Vie de Ménédème124

25 Diogène Laërce II, 136


Antigone de Caryste rapporte que (Ménédème) n’écri-
vit rien, pas le moindre texte, de manière à ne pas rester
figé sur une quelconque opinion125. Mais au cours des
débats, dit Antigone, il était tellement batailleur qu’il ne
partait pas sans avoir les yeux pochés.

26A Athénée X, 419 e-420 c


Antigone de Caryste, décrivant dans la Vie de Méné­
dème le déroulement d’un banquet chez le philosophe,
raconte qu’il prenait un repas léger seul avec un ou deux
invités. Par conséquent, les autres invités devaient arriver
après avoir dîné. Tel était en effet le repas de Ménédème.
Ensuite, ils faisaient entrer ceux qui étaient arrivés. Cer­
tains d’entre eux, à ce qu’il semble, s ’ils arrivaient avant
le moment dit, faisaient les cent pas devant le portail,
demandant aux esclaves qui sortaient quel plat était servi
et où en était le repas par rapport au menu établi. S’ils
entendaient dire que l ’on servait les légumes ou le pois­
son salé126, ils s’en allaient ; mais quand ils entendaient

122. Lycon était originaire de Ia Troade : voir D.L. V, 65 (fr. 2


Wehrli) et Plut., De exil. 605 B (fr. 1). Plus incertain, le témoignage de
S/G3 461, 5 (fr. 14).
123-124. Voir Noies Complémentaires, p. 51.
125. En D.L. I, 36, Ménédème est cité panni ceux qui n’ont rien
écrit du tout. L’hypothèse de J. Bousquet, « L ’inscription sténogra-
phique de Delphes », BCH 80, 1956, p. 20-30, selon laquelle Méné­
dème aurait écrit un traité de sténographie est très incertaine : voir K.
Döring, Gnomon 66, 1994, p. 204.
126. Voir Notes Complémentaires, p. 51.
VITAE PHILOSOPHORVM

Καρύστιος' διά τούτο δέ καί πα λα ΐσ α ι λέγεται τά τ’ έν


ιή ιτατρίδι Ίλίεια καί σφαιρίσαι.
Ω(= BPF)
4 τά τ’ έν Ω : τα έν Rciske, Hermes 24. 1889, ρ. 312 II 5 Ίλίεια
Bentley, Opusc. philo!., Lipsiae 1871. ρ. 179 : ϊλεια Ρ ήλεία Β ήλεια
F.

Vita Menedemi

25 Diogenes Laertius II, 136


Φησί δ’ Α ντίγο νο ς ο Κ αρύστιος γράψ αι αυτόν μηδέν
μηδε συντάξαι, ώστε μ η δ ’ επ ί δό γμ α τό ς τίνος στηρι-
ζειν. Έν δε ταΐς ζη τή σεσι, φησίν, ώδε μάχιμος ήν ώσθ’
ύττώπια φέρων άπήει.

Menedemus SSR III F 14.


BPFtDh
4 ΰπώταα ΒΡΦά ; ύπόπια F II ά πή ει POhB2F2 : άπίη F (άπ// B).

26A Athenaeus X, 419 e-420 c


Αντίγονος δ* ό Καρύστιος έν τφ Μενεδήμου Βίω την
διάταξιν διηγούμενος του π α ρ ά τφ φιλοσοφώ συμ­
ποσίου φησίν οτι ή ρίστα μεν δεύτερος ή τρίτος καθ’
αυτόν’ κάτ’ εδει καί τούς λ ο ιπ ο ύ ς παρειναι δεδειπνηκό-
τας. Ή ν γάρ το τού Μ ενεδήμου τοιουτον άριστον. Μετά 5
δε ταΰτα είσεκάλουν τούς πα ρα γινομ ένους' ών, ώς
εοικεν, δτε προτερήσειαν ενιοι τή ς ώρας, άνακάμπτον-
τες παρά τάς θύρας ά νεπυνθάνοντο των έξιόντων
τταίδων τί τό παρακείμενον εϊη καί πώ ς έχο ι τής τού
χρόνου συμμετρίας τό άριστον. "Οτε μέν ούν άκούσειαν 10
λάχανον ή τάρ ιχος, άνεχώ ρουν, δτε δ’ δτι κρεάδιον,
είσήεσαν εις τον επί τούτο παρεσκευασμένον οίκον. Ή ν
ACE
4 κατ’ Wilamowitz : καί A II 12 τούτο CE : τούτψ Α.
26 VIES DES PHILOSOPHES

dire que c'était la viande, alors ils entraient dans la pièce


qui avait été préparée pour l ’occasion. En été, était pré­
parée sur chaque lit une natte de joncs, en hiver une peau
de mouton. Chacun devait apporter son oreiller. La coupe
qui circulait faisait à peine un cotyle127, comme dessert
on servait souvent des graines de lupins ou des fèves,
quelquefois un fruit de saison, en été une poire ou une
grenade, au printemps des gesses, en hiver des figues
sèches. Lycophron de Chalcis128 aussi témoigne de ces
(banquets) dans son drame satyrique intitulé Ménédème,
dans lequel Silène dit aux satyres :
Fils très détestables d’un père excellent, comme
vous voyez, je festoie avec vous ; en effet je ne
me souviens pas d’avoir connu un tel banquet,
ni en Carie, par les dieux ! ni à Rhodes, ni en
Lydie. Apollon, qu’est-ce que c ’était beau !
Et ensuite :
Mais l’esclave faisait passer une coupe de vin à
cinq oboles, coupé d’eau, légèrement tourné. Et
le néfaste lupin vulgaire dansait partout en
abondance, compagnon des pauvres et du ban­
quet129.
Et il dit qu’on avait des conversations pendant qu’on
buvait :
comme dessert enfin, discours de sagesse pour
tout le monde130.

127. Soit pas plus d’un quart de litre. Voir Knoepfler, p. 195 n. 66,
128. Il s'agit de Lycophron de Chalcis (iv'-iu's. av. J.-C), auteur
d’un poème intitulé Alexandra (conservé en entier), et de plusieurs tra­
gédies aujourd'hui perdues. Les fragments des tragédies ont été
recueillis dans les TiijF I 100.
129. Athénée avait aussi cité les deux derniers vers dans son livre
U (55 d) avec de petites variantes.
130. Le fragment est cité, d’une façon plus complète et avec
quelques variantes, par D.L. 11, 139 (= fr. 26B).
VITAE PHILOSOPHORVM :t>

δέ του μέν θέρους ήτοιμασμένη ψίαθος έφ’ έκάστης


κλίνης, του δέ χειμώ νος κφδιον' προσκεφάλαιον 6έ
αυτόν φέρειν έκαστον έδει. Τ ό δέ περιαγόμενον ποτή-
ριον ου μεΐζον ήν κοτυλιαίου, τρά γη μα δέ θέρμος μέν ή
κύαμος συνεχώς, ποτέ δέ και των ώρίων είσεφέρετό τι,
του μέν θέρους ά πιος ή ρόα, του δ’ εαρος ωχροί, κατά
δέ την χειμερινήν ώραν ίσ χά δες. Μαρτυρεί δέ καί περί
τούτων Λυκόφρων ο Χ αλκιδεύς γράψ ας σατύρους
Μενέδημον, εν οίς φησιν ό Σ ιλη νός προς τούς σατύ­
ρους·
τταιδες κρατίστου π α τρ ό ς έξω λέστατοι,
έγώ μέν υμίν, ώς ορατέ, στρηνιώ*
δειπνον γ ά ρ ο ΰτ’ έν Καρία, μα τους θεούς,
οϋτ* έν 'Ρόδ<ρ τοιούτον ο ΰτ’ εν Λυδί<^
κατέχω δεδειπνηκώς' "Α πολλον, ώς καλόν
καί ττροελθών*
ά λ λ α κυλίκιον
υδαρές ό π α ίς π εριήγε τού πεντω βόλου,
άτρέμα παρεξεστηκός* δ τ' αλιτήριος
καί δημόκοινος έπεχόρευε δαψιλής
θέρμος, πενήτω ν καί τρίκλινου συμ πότη ς.
Έξης δέ φησιν δτι ζητήσεις ή σ α ν πα ρά πότον*
τρά γη μα γ ά ρ
ό σωφρονιστής π ά σ ιν έν μέσω λ ό γ ο ς.

Menedemus SSR III F 15 II 19 περί τούτων : de Menedemi conuiuiis II


22-33 Lycophron TrGF I 100 F 2 II 35-36 Lycophron TrGF I 100
F 3.

15 αύτόν CE : αυτών A li 17 ώρίων CE Diog. Laert. : ώραίων A I!


23 πατρός G. Canter, N ou. lect. libri octo, ed. tertia, Antweipiae 1571,
VI 17 : παιδός ACE II 2 8 προελθών Musurus : προσ- ACE II
32 δημόκοινος Casaubonus : δημόνικος Ath. 4 2 0 AC (μενέδημος
E) Δημόκριτος id. 5 5 II έπεχόρευε Musurus : -χόρευσε Ath. 55 -
χώρευσε Ath. 4 2 0 A έξεχόρευε id. 4 2 0 CE II 33 τρίκλινου Ath. 55 :
-κλίνους id. 4 2 0 II 35 γάρ Ath. : δέ Diog. Laert. Il 36 πάσιν έν μέσιρ
Aih. : τοΐς φιληκόοις Diog. Laert.
VIES DES PHILOSOPHES

Et Ton raconte aussi que :


Souvent pendant qu’ils se réunissaient
plus d’une fois les surprenait le coq
qui annonce l ’aurore, mais ils n’étaient pas
encore repus131.

26B Diogène Laërce II, 139-140


Il organisait ses banquets de la façon suivante : il pre­
nait d’avance un repas léger avec deux ou trois invités
jusqu’à une heure avancée du jour. Puis on faisait entrer
ceux qui étaient arrivés, et qui avaient eux-mêmes déjà
dîné. Si quelqu’un arrivait trop tôt, il fallait donc faire les
cent pas et demander aux serviteurs qui sortaient quel
plat était servi et où l'on en était ; si on répondait « les
légumes ou le poisson salé » l32, on s’en allait ; mais si
on lui disait « la viande », on entrait. En été, il y avait
sur les lits une natte de joncs, en hiver, une peau de mou­
ton. Mais chacun devait apporter son oreiller. La coupe
qui circulait faisait à peine un cotyle. Comme dessert (on
servait) des graines de lupins ou des fèves, quelquefois
aussi un fruit de saison, poire ou grenade, ou bien des
gesses, ou, par Zeus, des figues sèches. Tout cela Lyco­
phron le dit dans son drame satyrique Ménédème, pièce à
l’éloge du philosophe133. On y trouve entre autres les vers
suivants :

131. W. Steffen, « Quaestiunculae satyricae » Eos 63, 1975, p. 12-


13 récupère du passage d’Athénée les deux trimètres suivants : συνόν-
τας αύτούς πλείσθ’ 6 την εω καλών I κατέλαβε δρννς, τοΐσι δ’
ούδέπω κόρος « souvent les surprenait réunis le coq qui annonce
l’aurore, mais ils n’étaient pas encore repus ».
132. Pour la variante λαχάνιον ή ταρίχιον : cf. Knoepfler, p. 121
n. 44.
133. Chez Athénée (Épii.) II, 55 d, la citation de Lycophron est
présentée comme extraite d'un drame satyrique ridiculisant (èîti
καταμωκήσει) Ménédème. Les intentions du Ménédème restent incer­
taines : voir essentiellement C. A. van Rooy, Studies in classical salire
and related literary theory, Leiden 1965, p. 127-134.
VITAE PHILOSOPHORVM

Ιστορείται δε καί δτι


π ο λ λ ά κ ις
συνόντας αυτούς
επί πλεΐον ό όρνις κατελάμβανε
την εω καλών
< χ _ ν _ χ > τοίσι δ ’ ούδέττω κόρος.

38-42 Lycophron TrGF I 100 F 4.

26B Diogenes Laertius Π, 139-140


Τ α δε συμπόσια τούτον «ποιείτο τον τρόπον' προ-
ηρίστα μετά δυοιν ή τριών ές Ô βαθεως ήν τής ήμέρας’
επειτά τις έκάλει τους πα ρα γενομ ένους καί αυτούς ήδη
δεδειπνηκότας* ώ στ’ εϊ τις ελθοι θάττον, άνακάμπτων
επυνθάνετο τών εξιόντων τί εΐη παρακείμενον καί πώς
Ιχοι του χρόνου' εί μεν ουν λ α χ ά νιο ν ή ταρίχιον,
άνεχώρουν' εί δε κρεφδιον, είσήεσαν. Ή ν δε τού μεν
θέρους ψίαθος επί τών κλινών, τού δέ χειμώ νος κφδιον'
π ρο σ κ εφ ά λα ιο ν δ ’ αυτώ φέρειν εδει. Τ ό τε περιαγόμε-
νονποτήριον ου μεΐζον ή ν κοτυλιαίου' τρ ό γ η μ α θερμός
ή κύαμος, εστι δ ’ δτε καί τών ώρίων α π ιο ς ή ρόα ή
άχροι ή νή Δί* ίσ χά δες. "Α π ά ντ α φ η σ ιν ό Λυκόφρων εν
τοίς πεποιημένοις σατύροις αυτώ ους Μ ενεδημον επέ-
γραψεν, έγκώμιον του φ ιλο σ ό φ ο υ π ο ιή σ α ς τό δράμα*
ών καί τινά εστι τοιαυτί'

Menedemus SSR III F 15 II 16-18 Lycophron TrGF I 100 F 3.

X = Ω (BPF) Oh
2 ές Ö BPOh : έως FP4 II βαθεως Kuehn, In Diog. Laert. obseruat.,
ap. Meibom, II, p . 518 : βραδέως X II 3 παραγενομένους X ;
παραγινομ. Ath. fort, recte II ήδη om. F II 6 λαχάνιον ή ταρίχιον
Ω : λάχανον ήν ή τάριχον Φδ II 9 αύτφ Oh : αύτφ Ω II 11 δτε
PFOh : δτι B II βόα ΒΡ : βοά Ρ4 βοιά F II 12 ωχροί Ω Ath. : δχναι
ΦΙι II δί’ ΒΡ4Φδ : δία Ρ δία F II ä πάντα PF : άπαντα B II 13 μενε­
δημον BP Ath. : -ος F II 15 τοιαυτί B'P : -τή F τοιαΰτα B2.
VIES DES PHILOSOPHES

Après un maigre repas, la petite coupe circulait


modestement entre eux ; comme dessert enfin,
discours de sagesse pour ceux qui aiment écou­
ter !

27 Diogène Laërce II, 143


Mais Héraclide134 déclare qu’il fit tout le contraire1·'5 :
devenu proboulos des Érétriens136, il libéra maintes fois
sa patrie des tyrans qui faisaient appel à Démétrios137. Il
n’aurait donc pas trahi sa cité au profit d’Antigone, mais
aurait été victime d ’une accusation mensongère. Il se ren­
dait souvent auprès d’Antigone138 pour lui demander de
libérer sa patrie. Devant le refus de celui-ci, il aurait, par
découragement, cessé de s’alimenter et serait mort sept
jours plus tard139. La même version est donnée par Anti­
gone de Caryste.

28* Diogène Laërce II, 132


Pour ce qui est de sa constitution physique, il resta
jusqu’à la vieillesse vigoureux comme un athlète et le
visage tanné par le soleil, n’ayant cessé de se huiler et de
s’exercer. C’était un homme bien proportionné, ainsi que
le montre sa statue qui est à Érétrie, dans l ’ancien stade.
Elle est, en effet, presque nue comme le veut la conven­
tion, et laisse voir la plus grande partie du corps14*’.
134. Il s’agit d’Héraclide Lembos (IIe s. av. J.-C-), une des sources
intermédiaires entre Antigone et Diogène Laërce. On rappellera ici son
Épitomé des livres Sur les législateurs, les Sept sages et Pythagore
d'Hermippe, dont quelques restes ont été conservés par le POxy. XI
1367 (éd. : I. Gallo, Corpus deî papiri filosofici greci e latini. 1.1**,
Firenze 1992, p. 249-257).
135. Cette version s’oppose à celle d'Hermippe qui précède (II,
142) : Hermippe laissait en suspens la question de savoir si Mcnédèine
avait réellement eu l’intention de trahir sa patrie.
136. Les probouloi étaient des magistrats dans plusieurs villes de
Grèce. Cette magistrature fut instaurée à Athènes en 413 av. J.-C. Hile
comptait dix membres de plus de 40 ans. Les probouloi avaient des
pouvoirs exécutifs qu’on ne peut pas déterminer.
137-140. Voir Notes Complémentaires, p. 51.
VITAE PH ILOSOPHOR V Μ

ώς έκ βραχείας δαιτός ή βαιά κύλιξ


αύτοις κυκλεΐται ττρός μέτρον, τράγημα δε
ό σωφρονιστής τοΐς φ ιληκόοις λόγος.
17 τράγημα ôè X : τρ. γαρ Ath. II 18 τοΐς φιληκόοις X : πάσιν έν
μέσφ Ath.

27 Diogenes Laertius II, 143


Φ η σ ί δ ’ α υ τ ό ν Ή ρ α κ λ ε ίδ η ς ττά ν τ ο υ ν α ν τ ίο ν , ττ ρ ό β ο υ -
λον γ ε ν ό μ ε ν ο ν τ ω ν ’Ε ρ ε τ ρ ι ώ ν τ τ ο λ λ ά κ ις έλευθερώ σ αι
την π α τ ρ ίδ α άττό τω ν τυρ ά ννω ν έττα γο μ ένω ν Δ η μ η ­
τρώ ν* ο υ κ ά ν δ ή ο ύ ν τ τ ρ ο δ ο υ ν α ι α υ τ ό ν Ά ν τ ιγ ό ν ω τ η ν
τ τ ό λ ιν , ά λ λ α δ ια β ο λ ή ν ά ν α λ α β ε ΐν ψ ευδή · φ ο ιτ ά ν τε 5
ττρος τ ό ν Α ν τ ί γ ο ν ο ν κ α ι β ο ύ λ εσ θ α ι ελευθερώ σ αι την
π α τ ρ ίδ α ’ τ ο υ δ ε μ ή ε ΐ κ ο ν τ ο ς ύττ* ά θ υ μ ί α ς ά σ ι τ ή σ α ν τ α
ε π τ α ή μ ε ρ ω ν τ ό ν β ίο ν μ ε τ α λ λ ά ξ α ι. Τ ά ό μ ο ια τ ο υ τ φ κ α ί
Α ν τ ίγ ο ν ο ς ό Κ α ρ υ σ τ ι ο ς ι σ τ ο ρ ε ί .

Menedemus SSR III F 16 II 1-8 Sotion fr. 10 Wehrli.


Ω (B P F ) H0>h
I δ ’ α υ τ ό ν Ή ρ α κ λ . B P : Ή ρ α κ λ . α ύ τ ό ν F 11 2 Ε ρ ε τ ρ ι ώ ν Ω :
Έ ρ ε τ ρ ιέ ω ν P 4 II 3 π α τ ρ ί δ α B P : π ό λ ι ν F il έ π α γ ο μ έ ν ω ν H : έ π α γ ό -
μ ε ν ο ν Ω II 4 π ρ ο δ ο υ ν α ι ΒΡ : π ρ ο δ ι δ ό ν α ι F II 8 ή μ ε ρ ω ν ΒΡΦΙι :
η μ έ ρ α ς F,

28* Diogenes Laertius II, 132


Κ α τά τ ε τ ή ν έ ξ ιν τ η ν σ ω μ α τ ικ ή ν ή δ η κ α ί π ρ ε σ β ύ τ η ς
υ π ά ρ χ ω ν ο ύ δ ε ν ή τ τ ο ν ά θ λ η τ ο ύ σ τ ε ρ ε ό ς τ ε κ α ί ε τ τ ικ ε -
καυμένος τ ό ε ίδ ο ς , π ίω ν τ ε κ α ί τ ε τ ρ ιμ μ έ ν ο ς - τ ό δ ε μ έ γ ε ­
θος σ ύ μ μ ε τ ρ ο ς , ώ ς δ ή λ ο ν έ κ τ ο υ ε ίκ ο ν ίο υ τ ο υ έ ν Ε ρ έ ­
τ ρ ια έ ν τ φ ά ρ χ α ιω σ τ α δ ί ω . ’Έ σ τ ι γ ά ρ , ώ ς ε π ί τ η δ ε ς , 5
π α ρ ά γυ μ νο ν, τ ά π λ ε ΐσ τ α μ έ ρ η φ α ίν ο ν τ ο υ σ ώ μ α τ ο ς .

M e n ed em u s SSR II I F 8.
Û ÎB P F )
3 ttitov Ω : έ μ π ι ν ή ς V o n d e r M u e h ll a p . K n o e p f le r c o li, fr , 2 4 II δ ε
BP : o m . F II 4 Έ ρ ε τ ρ ί μ έ ν P F : Έ ρ ε τ ρ ί δ ’ ê v B II 6 π λ ε ΐ σ τ α BP :
nke/m F.
VIES DES PHILOSOPHES

29* Diogène Laërce II, 133


Ménédème aimait beaucoup recevoir et, à cause du cli­
mat malsain d’Érétrie, il donnait souvent des banquets,
auxquels (il invitait) poètes et musiciens ; il y conviait
Aratos141, le poète tragique Lycophron, et Antagoras de
Rhodes142. Mais c ’est à Homère qu’il accordait le plus
d’attention ; puis venaient les Lyriques, puis Sophocle, et
enfin Achaios143, à qui il accordait le second rang dans le
drame satyrique, le premier (revenant) à Eschile144. C’est
pourquoi il récitait, dit-on, les vers suivants à l’encontre
de ses adversaires politiques :
Certes, le rapide a été pris par les faibles, et
l ’aigle par la tortue, en un rien de temps145.

30 Athénée IV, 162 e-f


Ctésibios de Chalcis146, le disciple de Ménédème,
comme le raconte Antigone de Caryste dans ses Vies, à
qui lui demandait quel avantage il avait tiré de la philo­
sophie, répondait : « Manger sans payer mon écot »...l47.
Ctésibios était sagace et il savait faire rire. C’est pour­
quoi tous l’invitaient aux banquets.

141. Il s’agit d’Aratos de Soles (vers la fin du ivc - milieu du lu*


s. av. J.-C.) : voir M. Fantuzzi, « Aratos 4 », N P I, 1996, col. 957-962
et la nouvelle édition de Martin (o p . c i t ., p. xxxn n. 1).
142. Il s’agit du poète Antagoras de Rhodes (vers la fin du iv* -
milieu du ni* s. av. J.-C.) : voir C. Selzer, « Antagoras 4 », N P 1,
1996, col. 721.
143. Poète tragique d’Érétrie, né entre 484/3 et 481/0 av. J,-C, :
voir F. Pressler, « Achaios [2, aus Eretreia] », N P I, 1996, col. 69.
144. Voir p. l x v iu n. 2.
145. Il s’agit de deux vers du drame satyrique d’Achaios intitulé
Omphale, comme l’explique, dans le paragraphe suivant (134), Dio­
gène Laërce (et pas Antigone, à mon avis), qui poursuit : « Ils font
donc erreur ceux qui prétendent qu’il (scil. Ménédème) n'avait rien lu
hormis la Médée d’Euripide (que l’on dit être rangée parmi les œuvres
de Néophron de Sicyone) » (trad. Knoepfler).
146. Voir, fr. 22*.
147. Voir Notes Complémentaires, p. 51.
VITAE PHILOSOPHOR VM 19
29* Diogenes Laertius II, 133
ΊΗν Sè καί φ ιλυπόδοχος καί διά το νοσώδες της Ερέ­
τριας ττλείω συνάγω ν συμπόσια' εν οίς καί ποιητών καί
μουσικών. Ή σπάζετο δε καί Ά ρατον καί Λυκόφρονα
τόν τής τραγωδίας ποιητήν καί τον ‘Ρόδιον Άνταγό-
ραν' μάλιστα δε πάντω ν Όμήρω προσειχεν' εΐτα καί 5
τοίς μελικοις’ επειτα Σοφοκλεΐ, καί δή καί Άχαιω φπερ
καί τό δευτερείον εν τοίς σατύροις, Αισχύλω δε τό
πρωτειον άπεδίδου. "Οθεν καί προς τούς άντιπολιτευο-
μένους ταύτα, φασί, προεφερετο*
ήλίσκετ’ άρα καί προς ασθενών ταχύς, 10
καί προς χελώ νης αίετός βραχεί χρόνω.

Menedemus SSR III F 12 il 10-11 Achaeus TrGF I 20 F 34.

X = Ω (BPF) Oh
1 και φιλυπόδοχος Ω : καί om. Oh II 2 πλείω συνάγων BPOh :
συν. πλ. F II6 δπειτα PFB2 (έπητα B u t u id .) : ειτα Oh II φπερ BP :
δπερ F φ Oh II 7 τό δευτερειον Oh : τό om. Ω II 9 προεφέρετο
BFOh : προσ- P II 10 αρα Orelli : αρα X II 11 αίετός F : άετός
BPOh II βραχεί BPOh : βραχύ F.

30 Athenaeus IV, 162 e-f


Κτησίβιος δ’ ό Χαλκιδεύς 6 Μενεδήμου γνώριμος, ώς
φησιν Α ντίγονος ό Καρύστιος εν τοΐς Βίοις, ερωτηθεις
υπό τίνος τί περιγέγονεν εκ φιλοσοφίας αότώ, εφη
« άσυμβόλω δειπνεΐν ». ... *Ην 8* ευστυχος ό Κτησι-
βιος καί χαρίεις περί τό γελοιον' διό καί πάντες αύτον 5
επί τά συμπόσια παρεκάλουν.

Ctesibius SSR III Η 1.

ACH
4 άσυμβόλψ Kaibel : άσυμβόλως ACE.
VIES DES PHILOSOPHES

31* Athénée (Épit.) I, 15 c


Ctésibios de Chalcis, le philosophe, était aussi un
joueur qui avait beaucoup de succès, et de nombreux
amis148 du roi Antigone faisaient une partie de balle avec
lui149.

Vie de Zénon150

32 Diogène Laërce VII, 12-13


Antigone de Caryste raconte qu’il (Zénon) ne niait pas
d’être natif de Citium. Comme, en effet, il figurait parmi
ceux qui avaient contribué à la restauration d’un bain
public, et était inscrit sur la stèle en tant que « Zénon le
philosophe », il demanda que soit ajouté : « de
Citium »'51. Et aussi qu’il fabriqua un couvercle creux
pour un lécythe et y garda de l ’argent afin d’être prêt à
satisfaire les besoins de son maître Cratès152. ( 13) On dit
qu’il arriva en Grèce avec plus de mille talents et qu’il les
plaça dans les prêts maritimes.

33A Athénée XIII, 563 e


Vous êtes des corrupteurs d’enfants et c’est en cela
seul que vous imitez le fondateur de votre philosophie, le

148. Il faut peut-être entendre φίλοι dans le sens de « courtisans ».


A la cour des Ptolémées, οι φίλοι του βασιλέως « les amis du roi »
(OG/S 100, 1 : in*/»* s. av. J.-C.) ou ol πρώτοι φίλοι « les premiers
amis » (P T e b t . 11, 4 : ιΓ s. av. J.-C.) ou οί φίλοι « les amis » sim­
plement (O G I S 115, 4 : IIe s. av. J.-C.) était un titre honorifique.
149. Le jeu de balle était très répandu en Grèce. Il était déjà connu
par Homère (ζ 99-100 et υ 370). Voir H. A. Harris, S p o r t in G reece
a n d R o m e , London 1972, p. 75-111.
150. Voir p. ucdc-lxx. Zénon de Citium (334/3-262/1 av. J.-C.),
fondateur du Stoïcisme. Les fragments ont été recueillis par von
Amim, S V F I.
151-152. Voir N o te s C o m p lé m e n ta ir e s , p. 52.
VITAE PHILOSOPHORVM 30

31* A th en aeu s ( Epit.) I, 15 c

Έσφαίριζε δ' ουκ άηδώς και Κτησίβιος (ό) Χαλκι-


δείις φιλόσοφος' καί π ο λ λ ο ί διά την σφαιρικήν αύτφ
συναπεδόοντο των ’Α ντιγόνου τού βασιλέως φίλων.

Ctesibius SSR HI Η 2.

CE
I ό add. Eust., In Horn. Θ 373, p. 1601, 54 II 2 πολλοί E : πολλά C.

Vita Zenonis

32 Diogenes Laertius VO, 12-13

Φησί δ ’ Α ντίγο νο ς ό Καρύστιος ουκ άρνεισΦαι αυτόν


είναι Κιτιέα. Των γ ά ρ εις τη ν επισκευήν τού λουτρώνος
συμβαλλόμενων εις ών καί αναγραφόμενος έν τη
στήλη, « Ζήνωνος τού φ ιλοσ όφ ου », ήξίωσε καί τό
Κιτιεύς προστεθήναι. Ποιήσας δε ποτέ κοίλον επίθημα
τη ληκύθω περιέφερε νόμισμα, λύσ ιν έτοιμον των αναγ­
καίων ΐν’ εχοι Κράτης ό διδάσκαλος. (13) Φασί δ*
αυτόν υπέρ χ ίλ ια τά λα ντα εχοντα έλθεΐν εις τήν
Ελλάδα καί ταύτα δανείζειν ναυτικώς.

SVFI F 3.

BPF
4 καί τό PF : καί τι B II 5 Κιτιεύς codd. : Κιττιέως Reiske, Hermes
1889, p. 314 6τι Κ ιτιεύς Diels, ibid. Il 6 έτοιμον B : έτοίμην PF II 7-
9 iV — ναυτικώς om. B II 8 έλθεΐν P : είσ- F.

33A Athenaeus XIII, 563 e


ΠαιδοπΓπαι όντες καί τούτο μόνον έζηλωκότες τόν
αρχηγόν υμών τής σοφ ία ς Ζήνωνα τόν Φοίνικα, δς

SVF 1 F 247 II 2 Ο μ ώ ν : Stoicorum obiurgatio.


VIES DES PHILOSOPHES
phénicien Zenon, lequel n’eul jamais de rapport avec une
femme, mais toujours avec des jeunes garçons, comme le
raconte Antigone de Caryste dans la Vie qu’il lui consa-

33B Diogène Laërce VII, 13


Zénon. dit (la même source)153154, avait l’habitude de
manger des petits pains et du miel et de boire un peu de
vin léger parfumé155. Il usait de temps en temps des ado­
lescents, et il n’eut de rapports avec une prostituée
qu’une ou deux fois, pour ne pas paraître haïr les
femmes.

34A Athénée XIII, 607 e


C’est probablement Persée celui qui se battit à coups
de poing pour une joueuse de flûte. Antigone de Caryste,
en effet, raconte dans sa Vie de Zénon ce qui suit :
« Zénon de Citium, une fois que Persée avait acheté les
services d’une petite joueuse de flûte lors d’un banquet,
mais hésitait à la ramener à la maison, parce qu’il habitait
dans la même maison (que Zénon), celui-ci, s’en étant
rendu compte, fit entrer la petite esclave et l’enferma
dans la maison avec Persée ».

34B Diogène Laërce VII, 13


(Zénon) habitait la même maison que Persée. Un jour
que celui-ci (Persée) avait introduit une petite joueuse de
flûte dans la maison, il l ’amena vers Persée.

153. Ce témoignage semble en contradiction avec celui de Diogène


Laërce (= fr. 33B). Köpke, p. 41 suppose que le récit de Diogène est
plus fiable que celui d’Athénée. — On se trouve dans la section du
livre Xlll des Deipnosophistes d’Athénée qui rapporte les critiques de
Myrtilos de Thessalie contre l’amour des éphèbes (ici, les Stoïciens
sont attaqués en particulier).
154. Φησί renvoie à φησί δ’ ’Αντίγονος de VO, 12 {= fr. 32).
155. Voir Notes Complémentaires, p. 52.
VITAE PHILOSOPHORVM

ούδεπώποτε γυναικί έχρήσατο, παιδικοίς δ’ αεί, ώς


’Α ντίγονο? ό Καρύστιος ιστορεί έν τω περί του βίου
αυτού.

33Β Diogenes Laertius VII, 13


Ήσθιε Sé, φησί, αρτίδια και μ έλι και ολ ίγο ν ευώδους
οίναρίου επινε. Παιδαρίοις τε έχρή το σπανίω ς, άπαξ ή
δίς που παιδισκαρίω τινί, ΐνα μή δοκοίη μισογύνης
είναι.
SVF I F 3.
Β
24 παιδαρίοις — είναι om. Β : παιδισκαρίω — είναι add. Β2.

34Α Athenaeus XIII, 607 e


Μήποτε αυτός έστιν 6 Περσαιος ό περί τής αύλητρί-
δος διαπυκτεύσας. Φ ησίν γ ό ρ Α ντίγονος ό Καρύστιος
έν τω περί Ζήνω νος γρ ά φ ω ν ώδε* Ζήνων ό Κιτιεύς
Περσαίου πα ρά π ό τ ο ν αυλητρίδιον πριαμένου καί διοκ-
νουντος είσαγαγείν π ρ ο ς α υτόν δια τό την αυτήν οικεΐν
οικίαν, αίσθόμενος είσείλκυσε τήν παιδίσκην καί συγ-
κατέκλεισε τω Περσαίω.
SVF I F 451.
A
6 αίσθόμενος Kaibel : συν- A II είσείλκυσ ε Kaibel : συν- A.

34Β Diogenes Laertius VII, 13


Σύν τε Περσαίω τή ν αύτή ν οικίαν ωκει" καί αύτοΰ
αυλητρίδιον είσ α γα γό ντο ς π ρ ο ς αυτόν, σ πάσα ς προς
τον Περσαίον αυτό ά π ή γα γ εν.
SVF I F 3.
BPF
1σύν τε ΒΡ : σ. δέ F II 3 άπήγαγεν ΒΡ : είσ- F.
VIES DES PHILOSOPHES

35A Athénée XIII, 603 e


Aristoclès le citharède était l ’aimé du roi Antigone156 ;
voici ce qu’Antigone écrit à son sujet dans sa Vie de
Zénon : « Le roi Antigone avait accoutumé de participer
aux festins chez Zénon. Une fois, en plein jour, arrivant
chez Zénon au sortir d’une beuverie, il le persuada d’aller
avec lui à un festin chez le citharède Aristoclès, dont le
roi était éperdument amoureux ».

35B Diogène Laërce VII, 13-14


On dit que (Zénon) était capable de s’adapter à toutes
les circonstances, si bien que souvent le roi Antigone fes­
toyait chez lui et qu’ils allaient ensemble aux festins du
citharède Aristoclès, mais ensuite Zénon s’esquivait157.

36 Diogène Laërce VII, 13-14


(Antigone) dit qu’il n’aimait pas la grande foule, si
bien qu’il s’asseyait à l ’extrémité du banc : de la sorte, il
évitait de l ’autre côté cet inconvénient. II ne se promenait
jamais en compagnie de plus de deux ou trois per­
sonnes158.

37 Athénée XIII, 565 d


Et Zénon, ce fameux sage, comme le dit Antigone de
Caryste, prévoyant, à ce qu’il me semble, votre159 vie et
votre profession hypocrite, dit que ceux qui écoutaient

156. Il s’agit d’Antigone Gonatas, roi de Macédoine {ca. 277-239


av. J.-C.). Voir Chr. Habicht, Athen. Die Geschichte der Stadt in helle­
nistischer Zeit, München 1995, p. 129-167.
157. Le citharède Aristoclès est cité aussi par le ps.-Antigone,
Mirab. 169. Cependant, je ne crois pas que les Biographies d’Antigone
de Caryste soient la source du ps.-Antigone, comme le suppose Musso,
p. 70 (ad loc.). Voir p. l x x n. 2.
158. Pour la possibilité que cette phrase aussi dérive d’Antigone,
cf. p. 52 n. 155.
159. Voir Noies Complémentaires, p. 52.
VITAE PHILOSOPHORVM >2

35A Athenaeus XIII, 603 e


Αντιγόνου τού βασιλέω ς έρώμενος ήν Α ριστοκλής ό
κιθαρωδός, περί οό Α ντίγονος ό Καρόστιος εν τω
Ζήνωνος βίιρ γράφει ούτως' Α ντίγονος ό βασιλεύς
έττεκώμαζε τω Ζήνωνι. Καί ποτέ καί μεθ’ ή μέραν έλθών
εκ τίνος πότου καί ά ναπη δ ή σα ς πρ ο ς τον Ζήνωνα έπει- 5
σεν αυτόν συγκω μάσαι αυτω πρ ό ς Άριστοκλέα τον
κιθαρωδόν, ου σ φ οδρά ή ρα ό βασιλεύς.

SVFI F 23.

35Β Diogenes Laertius VII, 13-14


Ήν τε, φασίν, ευσυμπερίφορος, ώς πολλάκ ις Α ντί­
γονον τόν βασιλέα έπικω μάσαι αυτω καί πρός Αρισ-
τοκλέα τόν κιθαρωδόν α μ ’ αύτφ ελθεΐν επί κώμον, εΐτα
( 14) μέντοι υποδύναι.
SVF I F 3.

36 Diogenes Laertius VII, 14


Έξέκλινε δέ, φησί, καί τό πολυδημώ δες, ώς επ'
άκρου καθίξεσθαι τού βάθρου, κερδαίνοντα τό γούν
έτερον μέρος της ένοχλήσ εω ς. Ου μην ουδέ μετά
ττλειόνων δύο ή τριών περιεπάτει.

SVF I F 3.

37 Athenaeus XIII, 565 d


Ό δε σοφός εκείνος Ζήνων, ώς φησιν Α ντίγονος ό
Καρύστιος, προμαντευόμενος υμών, ώς τό εικος, περί
τοΟ βίου καί της π ρ οσ ποιη τού έπιτηδεύσεως, εφη ώς οι

SVF I F 242 Η 2 Aristippus SSR IV A 161 II 2 ύμών : sc. Stoico­


rum.
VIES DES PHILOSOPHES

par hasard ses enseignements et ne les comprenaient pas


deviendraient sordides et avares, tout comme ceux qui se
sont écartés de l’école d ’Aristippe (sont devenus) pro­
digues et insolents160.

38A Athénée VIII, 345 c-d

Zénon de Citium, le fondateur du Portique, (se com­


porta ainsi) avec quelqu’un de vorace, avec lequel il
vivait depuis longtemps, à ce que rapporte Antigone de
Caryste dans la Vie de Zénon : alors que par hasard un
grand poisson était présenté et que rien d ’autre n ’avait été
préparé, Zénon prit du plat le poisson tout entier et fit
mine de le manger entièrement. A l ’autre, qui le regardait
avec stupeur : « Comment crois-tu que tes compagnons
de vie puissent supporter ta voracité, dit-il, si tu n’as
même pas pu souffrir un seul jour la mienne ? »

38B Diogène Laërce VII, 19


(Zénon se comporta ainsi) avec quelqu’un de vorace
qui ne laissait rien à ses compagnons de vie. Un jour
qu’un grand poisson leur était présenté, (Zénon) le saisit
comme s ’il voulait le manger à lui seul. Comme l ’autre le
regardait avec stupeur, il lui dit : « Comment crois-tu
que tes compagnons de vie supportent ta voracité jour
après jour, dit-il, si tu ne peux même pas souffrir la
mienne ? » 161

160. Voir Notes Complémentaires, p. 52.


161. « Diog. Laën. VU, 19 eadem minus eleganter narrat»,
Arnim, SVF I, p. 66 (ad loc ).
VITAE PHILOSOPHOR V Μ

παρακούσαντες α ύ τ ο υ τω ν λ ό γ ω ν καί μή σ υ νεντ ες


εσονται ρυπαροί καί α νελ εύ θ ερ ο ι' καθάπερ οί τή ς s
Αριστίππου π α ρ ε νε χ θ έ ντ ε ς α ίρ έσ εω ς άσω τοι καί
βράσεις.

A
6 παρενεχθέντες A : π α ρ ε ξ ε ν - prop. Kaibel.

38Α Athenaeus VIII, 345 c-d

Ζήνων 8’ 6 Κ ιτιεύς ό τ ή ς Σ τ ο ά ς κ τ ίσ τ η ς π ρ ο ς τ ο ν
όψοφάγον, φ συνέξη ε π ί π λ ε ίο ν α χ ρ ό ν ο ν , κα θ ά φ η σ ιν
Αντίγονος 6 Κ α ρύ στιος εν τω Ζ ή ν ω ν ο ς β ίω , μ ε γ ά λ ο υ
τίνος κατά τ ύ χ η ν ιχ θ ύ ο ς π α ρα τεθ εντος, άλλου 8’
ούδενός πα ρ εσ κ ευ α σ μ ενο υ , λ α β ώ ν δ λ ο ν ό Ζ ή νω ν α π ό 5

του πίνακος οιος ή ν κ α τ εσ θ ίειν. Τ ο ύ 8 ’ ε μ β λ έ ψ α ν τ ο ς


αυτώ* « τί ουν » , εφ η, « τους σ υζώ ντάς σοι οϊει
πάσχειν, εί συ μ ία ν η μ έρ α ν μ ή δ ε δ ύ ν η σ α ι ε ν ε γ κ ε ιν ό ψ ο -
φαγίαν ; »

SVFI F 290.

38Β Diogenes Laertius VII, 19

Προς δέ τον ό ψ ο φ ά γ ο ν μ η δ έ ν τ ο ίς σ υ μ β ιω τ α ις κ α τ α -
λιπόντα, π α ρα τεθ εντος π ο τ έ μ εγά λου Ιχθύ ος, ά ρα ς
010S τ’ ήν κατεσθίειν* ε μ β λ έ ψ α ν τ ι 8 έ , « τ ί ο υ ν » , ε φ η ,
« τούς συμβιωτάς οΐει π ά σ χ ε ιν κ α θ ’ ή μ έ ρ α ν , εί σ ύ μή
δύνασαι ενεγκειν τη ν ε μ ή ν ά ψ ο φ α γ ία ν \ » 5

SV F I F 290.

BPF
1 μηδέν ΒΡ : βραχύ F.
VIES DES PHILOSOPHES

39 Diogène Laërce III, 66

Voilà donc ce qui concerne les signes critiques et les


livres (de Platon). Si quelqu’un voulait lire ces (livres)
depuis peu disponibles, raconte Antigone de Caryste dans
la Vie de Zenon, il devait payer une somme d’argent à
leurs propriétaires162.

Vie de Denys d'H éraclée163164

40 Philodème, H istoire de la Stoa (PHerc. 1018), col. X,


4-8
Denys, fils de Théophantos, comme l ’a écrit Antigone,
d’Héraclée, (surnommé) « le Transfuge ».

41 Athénée X, 437 e
Antigone de Caryste dans sa Vie de Denys d ’Héraclée
surnommé « le Transfuge » raconte que Denys, alors
qu’il participait avec ses esclaves à la fête des Choaim
ne pouvant à cause de son âge jouir de la courtisane
qu’ils avaient fait venir, la repoussa disant à ses com­
mensaux :
« Je ne puis bander mon arc, qu’un autre s’en
saisisse » l65.

162. Voir p. LXXI-LXX1V.


163. Voir p. lxxi. — Denys d ’Héraclée, sur le Pont-Euxin (t ca.
250 av. I.-C.), philosophe stoïcien. Il fut d’abord disciple de Zénon de
Citium, puis cyrénaique ou épicurien. De là son surnom ô μεταθέμε-
νος « le Transfuge ». Les fragments ont été recueillis par von Amim,
SVF I. Voir Chr. Guérard, « Denys d ’Héraclée », DPhA II, 1994.
p. 724-725.
164. Voir Notes Complémentaires, p. 52-53.
165. Paraphrase d’Homère, φ 152 ού μέν έγώ τανύω, λαβέτω δέ
και άλλος, « ce n’est pas moi qui tendrai l’arc : à d’autres » (trad.
Bérard, CUF) : le prétendant Liodès ne peut pas bander l’arc d’Ulysse
et le passe au suivant.
VITAE PH1LOSOPHORVM

39 Diogenes Laertius III, 66

Τα μεν σημεία τα ύ τα καί τ α β ιβ λ ία τοσαύτα' απερ


Αντίγονός ψησιν ό Κ αρύστιος εν τώ Περί Ζήνωνος
νεωστί έκδοθέντα εΐ τις ή θελε διαναγνώ ναι, μισθόν ετέ-
λει τοις κεκτημενοις.

Thrasyllus test. 22 Tarrant !i 1 τα βιβλία : sc. Platonis.

BPF
1 τοσαϋτα PF : ταυτα B 11 3 έκδοθέντα B : -τι & PF II διαναγνώναι
BP : διαγνώναι FP*YP άναγνώ ναι Casaubonus, Notae ad Diog. L.
(Huebner, III, p. 69) fort, recte.

Vita D ionysii Heracieotis

40 Philodemus, Stoic, hist. (PH erc. 1018), col. X, 4-8

Δ ιο ν ύ σ ι­
ος Θ εοφ άντου, κα[θ]άπερ
’Α ντ ίγ ο νο ς εγρ αψ εν, Ή ρα-
κλεώ της, ό μ εταθεμένος.

SVF I F 39 = FDS 131.

41 Athenaeus X, 437 e

Α ντίγονος δέ 6 Κ αρυστιος έν τω περί του Διονυσίου


βίου τού Ή ρακλεώ του τού επικλη θεντος Μεταθεμενου
φησί τον Δ ιο νύ σ ιο ν τοις οίκέταις σ υνεορτάζοντα εν τη
των Χοών εορτή καί μή δυνά μενον διά γή ρ α ς χρήσθαι ή
παρειλήφεσαν εταίρα ύπ οστρ εψ αντα είττεΐν πρ ο ς τούς 5
συνδειπνουντας
ου δύναμαι τανύσ αι, λαβέτω δε καί ά λλ ο ς.

SVF I F 428.
SUR SO N ART

42 Pline l’Ancien, Histoire naturelle. Table des auteurs


des livres XXXIII-XXXIV
Antigone qui a écrit sur l ’art du ciselage.

43 Pline l’Ancien, Histoire naturelle XXXIV, 84


Plusieurs artistes ont représenté les combats d’Attale et
d’Eumène contre les Galates1 : Isigonos2, Pyromachos3,
Stratonicos4 et Antigone, qui a composé des livres sur
son art.

44 Pline l’Ancien, Histoire naturelle XXXV, 67-68


Parrhasius natif d’Éphèse, apporta, lui aussi, de nom­
breuses contributions (à la peinture)5. Le premier, il la
dota de proportions6, il fut le premier à rendre les détails
de l’expression du visage, l’élégance de la chevelure, la
grâce de la bouche, et les artistes7 admettent que c ’est à
lui que revient la palme de l ’exécution des contours8.
C’est l’aspect le plus subtil de la peinture9. Car si peindre
des corps et la surface des objets est sans aucun doute
une entreprise ardue, beaucoup, cependant, s’y sont illus­
trés ; mais dessiner les contours des corps et inclure dans
une limite les plans fuyants de l’objet peint10, cela est
rarement réussi dans l’œuvre d’un artiste. (68) En effet, la

1-10. Voir Notes Complémentaires, p. 53.


DE SV A ARTE

42 Plinius, Naturalis historia. Indices auctorum librorum


XXXIII-XXXIV

Antigonus qui de toreutice scripsit.

43 Plinius, Naturalis historia XXXIV, 84

Plures artifices fecere Attali et Eumenis aduersus Gal­


los proelia, Isigonus Pyromachus Stratonicus Antigonus,
qui uoiumina condidit de sua arte.

44 Plinius, Naturalis historia XXXV, 67-68

Parrhasius Ephesi natus et ipse multa contulit. Primus


symmetrian picturae dedit, primus argutias uoltus, ele­
gantiam capilli, uenustatem oris, confessione artificum in
liniis extremis palmam adeptus. Haec est picturae summa
suptilitas. Corpora enim pingere et media rerum est qui­
dem magni operis, sed in quo multi gloriam tulerint ;
extrema corporum facere et desinentis picturae modum
includere rarum in successo artis inuenitur. (68) Ambire
enim se ipsa debet extremitas et sic desinere, ut promittat

BVFRTadh
1 conlulit B : -stituit VRF II 3 artificum BdTa : -cium VFR II 4 liniis
B1 : lineis B2d2ha : linis VFRd'T II picturae B : in pictura VFR II
5 suptilitas Ba : sublimitas VFR II 7 desinentis BdTha : -tes VFR.
SUR SON ART

ligne de contour doit s’envelopper elle-même et se termi­


ner de façon à suggérer autre chose derrière elle et même
à révéler ce qu’elle cache11. Tel est le mérite que lui ont
reconnu Antigone et Xénocrate, qui ont écrit sur la pein­
ture12. — et même ils le proclament, ne se contentant pas
de l’admettre13.

45* Pline l’Ancien, Histoire naturelle XXXIV, 68


Les artistes14 qui ont composé des livres à ce sujet15
accordent d ’exceptionnelles louanges à Téléphanès de
Phocée16, sculpteur par ailleurs inconnu, car il habitait la
Thessalie17 où ses œuvres sont restées cachées ; pourtant
le témoignage de ces auteurs fait de lui l ’égal de Poly­
clete, de Myron, de Pythagore. Ils vantent sa Larissa, son
Spintharos, vainqueur au pentathlon, et son Apollon18.

46 Diogène Laërce VII, 187-188


Il y a des gens qui attaquent Chrysippe parce qu’il a
écrit beaucoup de choses scandaleuses et que l’on ne doit
pas dire19. Car dans son livre Sur les anciens physiciens,
il décrit de façon scandaleuse une peinture montrant les
rapports d'Héra et de Zeus20, disant vers la ligne six
cent21 des choses (188) que l ’on ne pourrait pas répéter
sans se souiller la bouche22. Il raconte, en effet, une his­
toire absolument scandaleuse, qui convient plutôt à desI

I ). Le meilleur commentaire est celui de S. Ferri, « Note esege-


tiche ai giudizi d’arte di Plinio il vecchio » (art. cil., p. cvi n. 4), p. 95-
98 (dont les résultats ont été utilisés à bon escient par Croisiile, p. 186-
187).
12. Voirp. cvn.
13. Pour une traduction élégante et un commentaire détaillé du pas­
sage entier, voir Croisiile, p. 66 et 185-187.
14. Antigone et Xenocrate (?). Voir p. cvn.
15. Avec haec Pline se réfère à ce qui a été dit depuis le §53.
16-21. Voir Notes Complémentaires, p. 54,
22. Il y a une allusion à la fellation qui était représentée dans le
tableau : cf. SVF II F 1072-1074.
DE SVA ARTE 36

alia post se ostendatque etiam quae occultat. Hanc ei glo- m


viam concessere Antigonus et Xenocrates qui de pictura
scripsere, praedicantes quoque, non solum confitentes.

10 alia BV2d2h : aliae V'FRTd1 II post se V ^ h : sponse B1 sponte


B2 II II pictura Bha : -as VF -ris dT om. R.

45* Plinius, Naturalis historia XXXIV, 68


Artifices, qui compositis uoluminibus condidere haec,
miris laudibus celebrant Telephanen Phocaeum, ignotum
alias, quoniam Thessaliae habitauerit et ibi opera eius
latuerint, alioqui suffragiis ipsorum aequatur Polyclito,
Myroni, Pythagorae. Laudant eius Larisam et Spintharum 5
pentathlum et Apollinem.
BVRTdh
2 Telephanen Siltig e B (The!.) II 3 Thessaliae B : in Thessalia cett.
lacunam ante Thess. ind. MayhoffW et ibi B : et om. VRTd II 4 alioqui
B'h : -quin B2Vd II Polyclito d II 5 Larisam BVd : -ssam h il
Spintharum B II 6 pentathlum V.

46 Diogenes Laertius VII, 187-188

Εισί Sè οΐ κατατρέχουσι του Χ ρύσιππού ώς π ο λ λ ά


αίσχρώς και αρρήτως άναγ€γρα φ ότος. Έ ν .μεν γαρ τφ
ΠβρΙ τών αρχαίων φ υσιολόγω ν σ υγγρά μ μα τι αίσχρώς
τα π€ρί την "Ηραν και τ ο ν Δ ία άναττλάττ€ΐ, λέγω ν κατά
tous έξακοσίους σ τ ίχ ο υ ς α μη0€ΐς (188) ήτυχηκώς 5
μολύν€ΐν τό στόμα €ΐποι αν. Α ίσχροτάτην γάρ, φασι,
τούτην άναπλάττ€ΐ ιστορίαν, €ΐ καί έπαινβι ώς φυσικήν,
χαμαιτύπαις μ ά λ λ ο ν π ρ έπ ο υσ α ν ή Ocoîs, eri τ€ καί

SVF II 1071 = FDS I 245.


Ω = BPF
8 και Casaubonus, Obseru. et emend, in Diog. L., ap. Huebner, III,
p. 70 : τα Ω.
SUR SON ART

prostituées qu’à des dieux bien qu’il en fasse l’éloge


comme d’une histoire toute naturelle ; en outre, elle
<n’>est <pas> cataloguée chez ceux qui ont écrit au sujet
des peintures ; en effet, on ne la trouve ni chez Polémon
ni chez Hypsicratès23, et même pas chez Antigone, car
c ’est une invention de sa part.

47 Zénobios, Proverbes V, 82
Némésis de Rhamnonte24. A Rhamnonte se trouve une
statue de Némésis de dix coudées, tout en pierre, œuvre
de Phidias ; à la main elle a une branche de pommier. Là
— rapporte Antigone de Caryste — est attaché un petit
cartel25 portant l ’inscription : « Fait par Agoracrite de
Paros »26. Nul besoin de s ’en étonner. Beaucoup d’autres
artistes, en effet, ont inscrit sur leurs propres œuvres un
nom différent du leur. Il est donc vraisemblable que Phi­
dias en a cédé l ’attribution à Agoracrite, qui était son
aimé ; d’ailleurs, il était fou des jeunes garçons27.

48 Diogène Laërce II, 15


Il y eut encore trois autres Anaxagore : ... le sculpteur,
que mentionne Antigone28.

49 Diogène Laërce IX, 49


Il y eut six Démocrite :... le troisième, le sculpteur,
que mentionne Antigone29.

23. Ύ ψικράτης est probablement une erreur de lecture de Dio­


gène ou de sa source pour Ξενοκράτης. Il est cependant arbitraire de
corriger comme Köpke, p. 25 παρ’ Ύ ψ ικράτει des manuscrits en
παρά Ξενοκράτει (Köpke est suivi par Wilamowit2, p, 8 n. 3 et par
Gigante, p. 541 n. 230). Cf. F. Jacoby, comm, à FGrHist 190 F 11 et
surtout Schofield, The stoic ideas o f city {op. tit., p. 36 n. 19), p. 7
n. 12.
24. Voir p . LXXXV-LXXXV1U.
25-29. Voir Notes Complémentaires, p. 54-55.
DE SVA ARTE

παρά τοις περί πινάκω ν γρά ψ α σ ι <ού> κατακεχωρισ-


μενην* μήτε γά ρ π α ρ ά Πολέμωνι μήτε π α ρ ’ Ύψικράτει,
αλλά μηδε π α ρ ’ Αντιγόνα» είναι, ύ π ’ αυτού δε π επ λ ά -
σθαι.
9 où add. Casaubonus, Obseru. er emend, in Diog. L., ap. Huebner, 111.
p, 70 II 10 μήτε P4 : ούτε BPF II παρά om. F II Ύ ψικράτει Ω :
Εενοκράτει Koepke.

47 Zenobios uulg., Paroem. V, 82


'Ραμνουσία Νέμεσις* εν 'Ραμνουντι Νεμέσεως ΐδρυται
άγαλμα δεκάπηχυ, ό λ ό λ ιθ ο ν, ερ γο ν Φειδίου, εχει δε εν
τή χειρι μηλέας κλάδον* I f ου φησιν Α ντίγο νο ς ό
Καρύστιος π τ ύ χ ιό ν τι μικρόν ε|η ρ τη σ θ α ι τήν επι­
γραφήν εχον « Ά γορά κρ ιτος Π άριος εποίησεν ». Ού
θαυμαστόν 6έ* καί ά λ λ ο ι γ ά ρ π ο λ λ ο ί επί των οικείων
έργων ετερον επ ιγ εγ ρ ά φ α σ ιν όνομα* είκός ουν καί τον
Φειδίαν τω Ά γορακρίτω συγκεχω ρηκεναι, ή ν γάρ
αυτού ερώμενος, καί ά λ λ ω ς έπ τό η το περί τά παιδικά.

PL
2 δεκάπηχυ Ρ : ένδεκά- L II 4 έξηρτήσθαι Ρ : άπ- L II 5 εχον L :
έχων ΡII5-7 ού θαυμαστόν — όνομα om. L II 7 τόν φειδίαν L : τώ
φειδία ΡII9 αυτού Ρ : αύτω L II καί άλλω ς — παιδικά om. L.

48 Diogenes Laertius II, 15

Γεγόνασι δε καί ά λ λ ο ι τρεις Ά να ξα γό ρα ι ... ό


δ’ άνδριαντοποιός ού μεμνηται Α ντ ίγ ο νο ς.

49 Diogenes Laertius IX, 49

Γεγόνασι δε Δ ημ όκριτοι If* ... τρίτος άνδριαντο-


ποιός ού μεμνηται Α ντ ίγ ο νο ς.
SUR LES ANIMAUX

50A Hésychius i 561 (II, p. 360 Latte)


ϊληοι : petites bêtes vivant dans le bois sec ou vers
vivant dans les chênes, dont on se sert comme appât.
Antigone de Caryste, dans Sur les animaux, l’identifie
avec ce que l ’on appelle le rongeur éleios (pûs èXciôs)1·

50B Hésychius e 1977 (vol. II, p. 64 Latte)


IXtioùs : Aristarque2 dit qu’ils naissent dans le bois
sec, comme des lézards. Callistratos3 dit que c ’est une
espèce de ver dont les pêcheurs se servent comme appât ;
ils habitent dans les chênes. A <tort>... car le rongeur
que l’on appelle rongeur éleios (pûs èXciôs) est un qua­
drupède, c ’est l’écureuil4.

51A Étienne de Byzance, s.u. Γύαρος (p. 213-214 Mei-


neke)
Gyaros, une des îles Sporades, est un nom du genre
féminin. Antigone de Caryste dit que, sur cette île, les sou-

1. Arist., Hist. an. Θ 17. 600bl2 tel. peut-être aussi. I 36, 620a21).
Cf. Aristote. Histoire des animaux, nouvelle traduction avec introduc-
lion, notes et index par J. Tricot, Paris 1957. t. II, p. 545 n. I, 640 n. 3.
et Aristote, Histoire des animaux. Texte établi et traduit par P, Louis,
Paris 1969, t. III, p. 39, 102 n. 8. Tricot et Louis acceptent l'identifica­
tion du μυς έλειός avec le « loir ».
2*4. Voir Notes Complémentaires, p. 55.
ΠΕΡΙ ΖΩΙΩΝ

50Α Hesychius ι 561 (Π, ρ. 360 Latte)

Ίληοι* θηρία δια φρύγανω ν, ή σκώληκες èv ταΐς


δρυσίν, οίς χρώνται €ΐς δέλεαρ. Α ντ ίγ ο νο ς 84 6 Καρύ-
στιος εν τώ Περί ζώων τ ο ν κα λούμ ενον μυν έλειόν.

Η
1 έν ταις αρυσιν Η, corr. Alberti.

50Β Hesychius ε 1977 (vol. II, ρ. 64 Latte)

Έλειούς* Ά ρ ίστα ρ χός φ η σι γίνεσθ α ι έν τοις φ ρ υγά -


νοις ώ$ σαύρας. Ό δέ Κ α λλίστρ ατος σκωληκοειδές τι,
ώ χρήσασθαι εις δέλεαρ τους ά λ ιείς’ είναι δε èv ταις
δρυσίν. ούκ (εύ) . .. εστι γ α ρ ζω ον τετρά πουν ό έλειος
καλούμενος μυς, ό σκίουρος.

Η
4 εύ add. Alberti il 5 σκίουργος Η, corr. Soping, Animadu. in Hesych.,
ap. Alberti.

S1A Stephanus Byzantius, s .u . Γυάρος (ρ. 213-214 Mei-


neke)
Γυάρος, νήσος μία των Σ ποραδώ ν, θηλυκώς λέγεται.
Αντίγονος δ’ ο Κ αρύστιός φ η σ ι δτι εν ταύτη οί μύες
3V SUR LES ANIMAUX

ris rongent le fer et que Je poirier sauvage y est vénéneux et


que, si on le greffe sur un autre arbre, celui-ci se dessèche5.

51B Pseudo-Antigone, Recueil d*histoires paradoxales


18
L'île appelée Gyaros est voisine de la région de
Caryste et d’Andros ; là, les souris rongent le fer. (2) Sur
cette île, le poirier sauvage est vénéneux, et si on le
greffe sur un autre arbre, celui-ci se dessèche.

52A Jean Laurent Lydus, Sur les mois II, 10 (p. 30, 17
Wünsch)
On a consacré le cinquième (jour)6 à Phaéthon, (qui est)
la plus tempérée de toutes les planètes7. Dans la théologie
grecque, il est appelé Zeus donneur de vie8. C’est pour­
quoi, les Grecs prétendent dans leurs mythes qu’il est né
en Crète, où rien de vénéneux ne pousse, où l’on ne
trouve pas non plus de loups ni de chouettes, comme le
dit Antigone9.

52B Pseudo-Antigone, Recueil d'histoires paradoxales


10,2
Même chose pour les chouettes en Crète10, où, dit-on,
la contrée ne produit aucun animal venimeux11.

53A Jean Laurent Lydus, Sur les mois III, 11 (p. 50, 11
Wünsch)
Antigone en est témoin12, quand il dit que, à la nou­
velle lune, les fourmis se reposent ; il est en effet impos-

5. Le reste du chapitre ne dérive pas, à mon avis, d’Antigone.


Musso aussi sépare les deux passages dans le pseudo-Antigone.
6. Sur l’origine astrale de la semaine, je me borne à renvoyer à F.
Boli, « Hebdomas » RE Vil 2, 1912, col. 2556-2461, et W. Gundelt-
H. Gundel, « Planeten », RE XX 2, 1950, col. 2143-2147.
7-12. VoiT Notes Complémentaires, p. 55.
DE ANIMALIBVS

διοτρώγουσι τον σίδηρον καί δτι ή άχερδος εκεί θ α ν ά -


σιμόν eon καν eis ά λ λ ο δένδρον έμττήξης, άφαυαίνει.

RV Aid
4 έμπήξης Meineke : πήξη codd. πήξης Berkel, AnimaJu. in Steph.
Byz., ap. Dindorf, V, p. 564 II άφαυαίνει RV : άπαυαίνει Aid.

51B Pseudo-Antigonus, M ir a b . 18

Τής δ« Καρυστίας καί τη ς Ά νδρίας χώ ρας εστίν


πλησίον νήσος ή καλούμενη Γύαρος* ενταύθα οι μύες
διατρώγουσιν τόν σίδηρον. (2 ) *Εν δε τή νήσω θανά­
σιμος έστιν ή άχερδος* κάν εις ά λ λ ο δένδρον έμττήξης,
άφαυαίνει. 5

52Α Ioannes Laurentius Lydus, D e m e n sib u s II, 10


(p. 30, 17 W ünsch)

Την δε ττέμπτην (scii, ήμέραν) Φαέθοντι, τω ττάντων


πλανητών εύκρατοτάτω ανέθεντο' Δ ία δε αυτόν "Ελλη­
νες ζωογόνον θ εολογού σιν. "Οθεν καί εν Κρήτη
τεχθήναι μυθικώς α υτόν β ο ύ λ ο ντ α ι, εν ή θανάσιμον
ούδεν φύεται, ά λ λ ’ ουδέ λ ύκ ο ς ή γ λ α υ ξ ευρίσκεται, ώς 5
φησιν ’Α ντίγονος.

52Β Pseudo-Antigonus, M ir a b . 10, 2

Καθάττερ αί γ λ α ύ κ ες 4ν Κρήτη, εν ή λ έγ ο υ σ ιν ουδέ


ζώον θανάσιμον ούδεν τη ν χώ ρ α ν φέρειν.

53Α Ioannes Laurentius Lydus, D e m e n s ib u s ΙΠ, 11


(p. 50, 11 W ünsch)

Καί τούτου μάρτυς Α ντ ίγ ο ν ο ς , φάσκω ν τούς μύρμη-


κας εν ταις νεομηνίαις άνατταύεσθαι' α δύνατον ουν

Archelai fragmentis addendum.


SUR LES ANIMAUX

sible de voir une fourmi au travail lors de la nouvelle


lune, comme le dit aussi Archélaos13.

53B Pseudo-Antigone, R e c u e il d 'h is to ire s paradoxales


126 (b), 2
A la nouvelle lune les fourmis se reposent14.

54A S ch o lie s à Aristoph. O is e a u x 299a (p. 54 Holwerda)


Euphronios15 dit que les Doriens disent <κηρύλο$> :
« Ah oui ! Si seulement je pouvais être un cérylos » ;
tandis que les Attiques disent κείρυλο; [...] Didyme16
dit que la forme naturelle du nom est κείρυλοξ. Anti­
gone dit que les alcyons mâles s’appellent des céryloi, et
que lorsqu’ils deviennent vieux, les femelles les transpor­
tent sur leurs ailes17.

54B Pseudo-Antigone. Recueil d'histoires paradoxales


23
Les alcyons mâles sont appelés céryloi18 ; lorsque,
sous l ’effet de la vieillesse, ils perdent leurs forces et
qu’ils ne peuvent plus voler, les femelles les transportent
sur leurs ailes19. Les vers d’Alcman s’accordent avec
cette tradition : il dit, en effet, que rendu faible par la
vieillesse et ne pouvant plus participer aux danses et aux
bals des jeunes filles20 :

13. Il s’agit du poète Archélaos de Chersonese en Égypte (ine s. av,


J,-C.), auteur d’une œuvre intitulée ’Ιδιοφυή. « (Créatures) d’une
nature particulière ». Les fragments ont été recueillis par A. Wesler-
mann, Παραδοξογράφοι. Scriptores rerum mirabilium Graeci, Brun-
suigae 1839, p. 158*160, et par D. L. Page, Further Greek epigrams,
Cambridge 1981, p. 20-24. Voir R. Reitzenstein, « Archelaos 34 ». RE
II 1, 1895, col. 453-454, et Christ-Schmid, 11 1, p. 158 n. 9.
14. Voir aussi Plin., Nal. hist. XI, 109 et XVI11, 292 ; Ael„ Nat.
an. 1, 22.
15-20- Voir Noies Complémentaires, p. 56.
DE AN1MALÎBVS 40

[&€Îv μύρμηκα εν τ α ις ν εο μ η νία ις εργαζό μ ενο ν, ώς καί


Άρχελάω εΐρηται.

53Β Pseudo-Antigonus, Mirab. 126 (b), 2


Οί μύρμηκες ταΐς νουμηνίαις αναπαύονται.

54Α Scholia in Aristoph. Aues 299a (p. 54 Holwerda)


<Κηρύλον> Ε ύφ ρόνιός φ η σ ι tous Δ ω ρ ιείς λέγειν*
« βάλε 8ή βάλε κηρύλος εΐην » , τους 8ε ’Α ττικούς κεί-
ρυλον, VM9r 3Lh ... φ η σί 8ε Δ ίδυ μ ο ς τό κατά φύσιν
όνομα κείρυλος λεγεσθα ι. V r 2Lh Α ντ ίγ ο νο ς δε φησι
τους άρσενας των αλκυόνω ν κηρύλους λεγεσθαι* ους 5
γηράσκοντας αί θήλειαι β α σ τά ζο υ σ ι τοίς τττεροις.

! Euphr. fr. 67 Slrecker Ii 3 Didym. fr. 14, 24 Schmidt.

Lh
I κηρύλον suppi. Renkema, Studia erit, in schol. Aristoph. Aues,
Traiecti ad Rhenum 1911 11 post Δ ω ριείς : κηρύλος Lh.

54B Pseudo-Antigonus, Mirab. 23

Των 8ε αλκυόνων οί άρσενες κηρύλοι καλούνται*


όταν ουν υπό τού γή ρω ς άσθενήσω σιν καί μηκετι
δυνωνται πέτεσθαι, φερουσιν αυτούς α ί θήλειαι επ ί των
πτερών λαβούσαι. (2) Καί εστι τό υ π ό του Α λκμ άνος
λεγόμενον τούτω συνωκειωμενον* φ η σί γ ό ρ ασθενής ών 5
διά τό γήρας καί τοις χ ο ρ ο ΐς ου δυνάμενος συμπεριφε-
ρεσθαι ουδέ τη των παρθένω ν όρχήσει'

8-11 Aleman fr. 26 Page = fr. 90, 2 Calame = fr. 26 Davies.

P
1 κηρύλαι P, corr. Xylander.
4] SUR LES ANIMAUX

« Mes jambes, jeunes filles à la voix mélo­


dieuse. au chant plein de charme, ne peuvent
plus me porter. Ah oui ! Si seulement je pouvais
être un cérylos qui, en compagnie des alcyons,
vole sur la crête fleurie de la vague, d’un cœur
ferme, oiseau sacré, moiré comme la mer »21.

21. La traduction de ces vers est celle de Calame, Aleman (op. eit.,
p. 56 n. 20), p. 279, modifiée à la I. I.
DE ANÏMALÎBVS

ou μ’ €τι, ΐταρσενικαί μ ελιγά ρυ ες ί<μ>€ρόφω νοι,


γυία φερην δυναται' β ά λ ε δή β ά λ ε κη ρ ύλος ειην,
os τ’ εττί κύματος άνθος α μ ’ α λκ υόνεσσ ι ττοτήται
νηλεες ήτορ εχω ν, άλιττάρφυρος ια ρ ο ς δ ρ νις. 8

8 οίι μεν τι Ρ, corr. Xylander It π α ρ σ εν ικ α ί J. Sitzler, Festschr.


Badisch. Gynm. z. 500 jähr. Jubiläums Univ. Heidelberg, Karlsruhe
1886: παρθενικαί P II 1<μ>ερόφωνοι E. F. Barker. C J 25, 1823,
p. 165 : Ιερόφωνοι Ρ Ιαρόφωνοι Page, Aleman : The Parthenion,
Oxford 1951, p. 174 II 9 φ έρ ην Bergk, PLG : φ έ ρ ε ιν P.
SUR LE STYLE'

55A Athénée III, 88 a


Antigone de Caryste, dans Sur le style, dit que cette
sorte d ’huître est appelée par les Eoliens « oreille
d ’Aphrodite »12.

S5B Hésychius o 1872 (II, p. 798 Latte)


Oreille d’Aphrodite : les Eoliens appellent ainsi une
sorte d’huître3.

56A Athénée Vil, 297 e


Il ne faut pas s ’étonner que (les Béotiens) sacrifient en
guise de victimes des anguilles, quand Antigone de
Caryste lui aussi dans Sur le style dit que les habitants du
dème Halai4, lorsqu’ils offrent un sacrifice en l’honneur
de Poseidon pendant la saison des thons, sacrifient, s’ils
font bonne pêche, au dieu le premier thon capturé ; et (il
dit) que ce sacrifice s’appelle thunnaion5.

56B Athénée VII, 303 b


Antigone de Caryste dans Sur le style dit qu’on sacri­
fie un thon à Poseidon, comme nous l’avons déjà dit6.

1. Voir Noies Complémentaires, p. 57.


2. Cf. Eust., Ad Hom. p 302 (p. 1821, 54).
3-4. Voir Notes Complémentaires, p. 57.
5. Kaibei garde avec raison θυνναϊον des mss. au lieu de la cor­
rection θυνναΐα de Meineke.
6. Athén. VII, 297 e = fr. 55A.
ΠΕΡΙ ΛΕΞΕΩΣ

55Α Athenaeus III, 88 a

’Α ντίγονος ο Καρύστιος εν τώ Περί λεξεως τό


όστρεον τούτο ύττό Α ίολέω ν καλεισθαι ους Αφροδίτης.

55Β Hesychius ο 1872 (II, ρ. 798 Latte)

0ÛS Α φροδίτης' ο ί Α ίολείς όστρεόν τι ουτω καλού-


σιν.

Η
1 Αίολείς Casaubomis ad fr. 55Α : ά λιεϊς Η.

56Α Athenaeus VII, 297 e

Où χρή θαυμάζειν εί ιερείων τρόπον εγχέλεις θύον­


ται, οπότε και Α ντ ίγ ο νο ς 6 Καρύστιος εν τώ Περί
λεξεως τούς Ά λαιέα ς λ έγ ει θυσίαν έπιτελοΰντας τω
Ποσειδώνι υπ ό την των θύννων ώραν δταν εύαγρήσωσιν
θυειν τώ θεώ τον πρώ τον α λόντα θύννον και την θυσίαν 5
ταύτην καλεισθαι θυνναίον.
ACE
3 Άλαιέας Toepffer, Au. Geneal., Berlin 1889, ρ. 305 n. 2 : άλιέας
ACE II 6 θυνναΐον ACE : θυνναϊα Meineke.

56B Athenaeus VII, 303 b


Α ντίγονος δ ’ ό Καρύστιος έν τψ Περί λέξεως τώ
Ποσειδώνι φησι θύννον θύεσθαι, καθάπερ προείπαμεν.
NOTES COMPLEMENTAIRES

Page 2
2. C. Suetonius Tranquillus (vers 70-122 ap. J.-C.). Outre son
œuvre historique {Vies des douze Césars), il avait aussi produit toute
une série d ’ouvrages savants, le plus souvent perdus aujourd’hui, par
ex. un Liber de uiris illustribus, dont on conserve seulement des frag­
ments : voir, en dernier lieu, M.-C. Vacher (éd.), Suétone, Grammai­
riens et rhéteurs, Paris 1993, p. xxiv-xxx, et R. A. Kaster (éd.), C.
Suetonius Tranquillus, De grammaticis et rhetoribus, Oxford 1995,
p. xxi-xLvm.
3. Hermippe de Smyme (me s. av. J.-C.), disciple de Callimaque et
auteur, entre autres, de Biographies (les fragments ont été recueillis
par F. Wehrli, Hermippos der Kallimacheer, SdA Suppl. I, Basel
1974). _ Satyros de Callatis (me/nc s. av. J.-C.), auteur, lui aussi, de
Biographies (on conserve de larges extraits de la Vie d'Euripide dans
le POxy. IX 1176 publiés par G. Arrighetti, Satiro, Vita di Euripide,
Pisa 1964. Les autres fragments ont été recueillis par K. Millier, FHG,
III, p. 159-164 et IV, ibid., p. 660). — Aristoxène de Tarente (2e moi­
tié du IVe s. av. J.-C.), théoricien de la musique et biographe (les frag­
ments ont été publiés par F. Wehrli, Aristoxenos, SdA II, Basel-Stutt­
gart 19672).
4. Marcus Terentius Vairon (116-27 av. J.-C.), érudit romain né à
Réate sur le territoire des Sabins. Jérôme fait allusion aux Imagines et
au De poetis. — Santra, grammairien romain, contemporain de Vairon,
composa un livre De uiris illustribus (Funaioli, GRF, I, p. 384-389).
— Cornelius Nepos (vers 100-25 av. J.-C.) ; on conserve une partie
de son recueil de brèves biographies d’hommes illustres. De uiris
illustribus. — C. Iulius Hygin, philologue et érudit de l’époque d’Au­
guste, auteur du De uita rebusque uirorum illustrium (Funaioli, GRF,
1, p. 525-537).
5. Jérôme ne connaissait directement que Suétone (il fait allusion
au Liber de uiris illustribus) ; c ’est dans son œuvre qu’il trouva les
noms des autres auteurs.
NOTES COMPLÉMENTAIRES

7. Voir p. xi viii-Lii. Pyrrhon d’ÉIis (vers 360-275/70 av. J.-Q, phi­


losophe élève d’Anaxarque d’Abdère, accompagna l'expédition
d'Alexandre jusqu’en Inde. A son retour, il fonda vers 322, à Elis, une
école philosophique qu’on appela pyrrhonienne, de son nom. Il n’écri­
vit rien. Les témoignages ont été recueillis par Decleva Caizzi. Voir M.
Conche, Pyrrhon ou Γapparence, Paris 19942, et Gorier, p. 732-759,
Page 3
11. Pyrrhon avec son maître Anaxarque avait fait partie de la suite
d’Alexandre le Grand et s’était rendu jusqu’en Inde. Voir aussi D.L.
IX, 61 (= test. 1 Decleva Caizzi). Les rapports entre Anaxarque et Pyr­
rhon sont bien connus (Anaxarque fr. 9-12 Dorandi) : cf. Decleva
Caizzi, p. 133-160, et G. Reale, « Ipotesi per una rilettura della ftloso-
fia di Pirrone di Elide », dans G. Giannantoni (éd.), Lo scetticismo
antico (op. cil., p. xux n. 1), p. 325-329.
12. Texte corrompu (lacune). Diels, FVS 72 A 2 (en apparat) sug­
gère, exempli gratia, l’intégration : καίτοι κεκινημένον τε <τφ τού
όχλου κρότψ καί φιλόδοξον> « bien qu’il eût été sensible aux
acclamations de la foule et qu’il eût été amateur de gloire » dans sa
jeunesse.
13. J ’accepte la correction <και δι>εξοδικώς de Wilamowitz,
p. 36 (<δι>εξοδικώς déjà Kühn). Le καί est demandé par le καί προς
έρώτησιν qui suit. Ma traduction de <δι>εξοδικώς se fonde sur un
passage de Diogène Laërce (Vil. 42), où διεξόδω caractérise la rhéto­
rique par opposition à la dialectique. Selon le LSJ, l’adjectif έξοδικός
est attesté seulement dans Syrian., ht Arist. metaph.. p. 24, 15 Kroll, un
passage sûrement corrompu où il faut accepter la correction διεξο-
δικώς d’Usener (dans son édition de Syrianus dans : 1. Bekker, Ari­
stotelis opera, Berolini 1870, p. 859b 13). Quelques lignes auparavant
(p. 24, 10 Krolî) on retrouve en effet la même faute dans une citation
de Platon (Phèdre 247 A) : le ms. C (Paris, Bibliothèque Nationale de
France, Coisl. gr. 161 f. 414v a.i. : s. XIV) de Syrianus a εξόδους (j/r)
au lieu de la forme correcte διεξόδους rétablie par Kroll. Decleva
Caizzi, p. 182 garde le texte des manuscrits έξοδικώς et suit la tra­
duction de L. Robin, Pyrrhon et le scepticisme grec, Paris 1944,
p. 22 : « parce que son discours se développait d’une façon continue.
à l’égard même de la question posée » et son interprétation : « c’est
peut-être que, connaissant les artifices et les pièges de pareils tournois,
il en craignait les surprises, dangereuses pour le bonheur et la paix de
ceux qui s’y livrent, de ceux qui y triomphent tout comme de ceux qui
s’y sont laissé vaincre ».
14. Cf. Decleva Caizzi,p . 182-185. Les liens entre Pyrrhon et Nau-
siphane et Nausiphane et Epicure posent plusieurs problèmes d'ordre
chronologique (Decleva Caizzi, p. 184-185). Pour les rapports entre
Nausiphane et Épicure, voir F. Longo, Nausifane net papiri ercolanesi,
NOTES COMPLÉMENTAIRES 45

dans F. Sbordone (éd.), Ricerche sut papiri ercolanesi, I. Napoli 1969.


p. 13-21 et F. Longo Auricchio - A. Tepedino Guerra. Per un riesame
della polemica epicurea contre Nausifane. dans Atti Conv. Intern. :
Democrito e l ’atomismo antico, Catania 1980, p. 467-477.
15. L’usage métaphorique du verbe θηράω est bien documenté :
voir P. Chantraine, Etudes sur le vocabulaire grec, Paris 1956, p. 70-
72.
16. Les liens entre Épicure et Pyrrhon ont été étudiés par M.
Gigante, Scetticismo e Epicureismo, Napoli 1981, p. 37-49.
17. Pausanias (VI, 24, 5 = test. 12 Decleva Caizzi) mentionne une
statue en l’honneur de Pyrrhon sur la place du marché à Élis. Le ren­
seignement que Pyrrhon fut choisi comme άρχιερεύς (« grand
prêtre ») est important. Decleva Caizzi, p. 161-162, suppose qu’il avait
été élu grand prêtre de Tychè ainsi que de Sosipolis, une divinité
bienfaisante, d’origine chthonienne, vénérée à Olympie (Pausanias VI,
20. 4-5 et 25, 4. Cf. G. Herzog-Hauser, « Tyche », RE VIIA, 1948,
col. 1643-1689, et Johanna Schmidt, « Sosipolis », RE III A, 1927,
col. 1169).

Page 4
18. La syntaxe du fragment n’est pas claire. É. des Places (éd.),
Eusèbe de Césarêe, La préparation évangélique livres XIV-XV, Paris
1987, p. 16! traduit : « donc Pyrrhon devint le disciple d’un certain
Anaxarque, qui commença comme peintre... »). Si l’on accepte son
exégèse, c ’est Anaxarque, et non son disciple Pyrrhon, qui est repré­
senté comme peintre. Ce renseignement ne trouve pas de parallèle dans
la tradition antique sur Anaxarque ; dans la suite du fragment, c’est
Pyrrhon qui a lu les livres de Démocrite et qui n’a rien écrit. Mais on
ne peut pas exclure que Eusèbe (ou Aristoclès) aient mal compris ou
transmis le texte d’Antigone.
22, La formule o't περί τό ν Κ αρύστιον ’Α ντίγονον est bizarre
concernant un biographe ; elle est courante pour dénoter un philosophe
(et son école) : cf. St. Radt, « Noch einmal Aischylos, Niobe Fr. 162N
(278M) », ZPE 38, 1980, p. 47-58, et J. Bames, « Diogene Laerzio e
il pirronismo », Elenchos 7, 1986, p. 405 n. 33. Pour Wilamowitz,
p. 36 note à b 23, la formule indique que ce qui précède est exagéré el
ne trouvait pas confirmation directe chez Antigone. Cette hypothèse
est critiquée par Decleva Caizzi, p. 150-156. Il faut lire le témoignage
d'Antigone en rapport avec ce qui suit (D.L. IX, 62 = test. 7 Decleva
Caizzi) : ΑΙνεσίδημος δέ φ η σ ι φ ιλοσ οφ εϊν μέν αύτόν κατά τόν
της έποχής λόγον, μή μέντοι γ* άπροοράτως εκαστα πράττειν
<« mais Énésidème dit que, bien qu’il [scil. Pyrrhon] philosophât selon
la théorie de la suspension [du jugement], il ne faisait cependant pas
chaque chose d’une façon inconsidérée »). Cela permet de reconstruire
les axes d ’un débat sur la figure de Pyrrhon (cf. aussi D.L. IX. 106 =
NOTES COMPLÉMENTAIRES

ICM. X Decleva Caizzi). La position des partisans d ’Antigone est oppo­


sée à celle d’Énésidème et est, en elle-même, digne de foi. Elle est
répétée de façon anonyme à la fin de la Vie de Pyrrhon (D.L. IX,
108) : τινές δέ καί τήν άπάθειαν άλλοι δέ την πραότητα τέλος
ειπείν φασι τούς σκεπτικούς (« quelques-uns affirment que les
sceptiques ont pour fin l’impassibilité, d’autres la douceur »), Selon
Mme Decleva Caizzi il faut donc identifier les τινές avec les ol περί
τόν K. ’Α ντίγονον. Mme Decleva Caizzi signale de plus que l’atti­
tude qu’Antigone attribue à Pyrrhon rappelle les critiques faites par
Aristote au principe de non-contradiction {Met. Γ 4. 1008 b 14-27). La
question des rapports entre Pyrrhon et Aristote est compliquée et diffi­
cile à trancher ; je ne peux pas l’aborder ici, même à grands trails (voir
une mise au point utile par Decleva Caizzi, p. 155-156). Dans le témoi­
gnage d’Antigone nous apercevons un Pyrrhon qui veut montrer
quelles conséquences aurait, dans la vie de chaque jour, la négation du
principe de non-contradiction, qu’il reconnaissait en théorie : cf. Aris-
toc!., ap. Euseb., Praep. eiiang. XIV, 18. 1-4 et 7 (fr. 6 Heiland = test.
53 Decleva Caizzi).
23. Dans les lignes que je n’ai pas retenues, Diogène Laërce rap­
porte le témoignage d'Énésidème, sur quoi on verra la note précédente.
24. Les deux témoignages (4AB) dérivent de la même source
(Wilamowitz, p. 28). Le récit d’Aristoclès est bien plus riche que celui
de D iogène L aë rc e e t aussi plus fidèle à la source qui leur est com­
m une. U n e fin e an a ly se d e l’épisode a été faite par J. Brunschwig.
« P yrrhon et P h ilista » , d an s Hommage à J. Pépin, Paris 1992, p. 133-
146.
25. Scil. d e P y rrh o n et d e T im o n .
Page 5
28. A vec B ru n sch w ig . « P y rrh o n et Philista » {art. cit.. n. compl.
24), p. 134-135. j ’acce p te υπέρ d u m s. B et non περί des m ss. PF et je
g ard e λαβόμενον (cf. P lat., Leg. 1, 637 C ταχύ γάρ σου λάβοιτ’ dv
τις των παρ’ ημών άμυνόμενος, οεικνύς τήν των γυναικών παρ’
ύμΐν ανεσιν, « q u e lq u ’un, en effet, de notre cité aurait tôt fait de s’en
prendre à toi en m o n tran t p o u r notre d éfen se la licence de vos
femmes », trad. É . des P laces, C U F ) et no n la conjecture έπιλαβόμε-
vov (du m s. A du p seu d o -H ésy c h iu s et d e K ühn).
Page 6
32. L ’étym ologie du term e σ ίλλοι demeure incertaine : on peut
cependant dire q u ’il s’agit de poèmes de contenu satirique. Les deux
seuls auteurs de Silles de l’antiquité sont Xenophane de Colophon et
Timon. On a supposé que l’inventeur du titre Silles était Timon, qui
aurait aussi perfectionné ce genre de poème découvert par Xénophane
(voir Di Marco, p. 15-21). Les Cinèdes étaient des vers de contenu
NOTES COMPLÉMENTAIRES 47

obscène. La Souda (σ 871, vol. IV, p. 409, 23-25 Adler) en attribue à


Sotadès de Maronée (poète du in'·' s. av. J.-C). Cf. Athen. XIV. 620 f.
Voir R. Pretagostini, Ricerche sulla poesia alessandrina, Roma 19X4.
p. 139-147.
33. Le mot que j ’ai traduit par « lignes » (επη) indique ici non les
vers d’un poème, mais les lignes d ’un texte en prose. Pour ce sens, voir
Isocr. 12, 136 ; Luc, 59, 28 et D.L. I, 112, V, 27. Cf. Th. Bin, Das
antike Buchwesen, Berlin 1882 (réimpr., Aalen 1974), p. 204-205,464,
506, et Di Marco, p. 6.
34. L'adjectif φ ιλόκηπος est un hapax. Je le traduis par « qui
aime son jardin », c ’est-à-dire qui limite ses ambitions à son jardin,
tout à fait dans la ligne du deuxième adjectif Ιδιοπράγμων « qui s’oc­
cupe de ses propres affaires ».
35. 11 faut entendre le terme ιδιοπράγμων dans le sens de « quel­
qu'un qui s’occupe de ses propres affaires » : cf. Schol. in Arist., Eq.
262a (p. 65, 14 Jones) ώς Ιδιοπραγμόνων καί Ιδιωτών δντων των
Χερρονησιτών, « parce que les habitants de la Chersonèse sont Ιδιο-
πράγμονες et Ιδιώται » (le LSJ renvoie à Ptol., Tetrab. 161 et Vettius
Valens, p. 175, 19 Pingree). Voir aussi ιδιοπραγία (= τά έαυτοΰ
πράττειν) dans Proclus, In Alcib. I, 325, 12 (vol. II, p. 358, 12
Segonds avec la note 2 à la p. 453).

Page 12
57. Le texte n’est pas sûr. Avec Gaiser (p. 522-523) et M. Beau-
douin, RCr 37, 1903, p. 325, je garde διαντάισαι du papyrus. Le
verbe διαντφδω (un hapax) est utilisé ici au sens métaphorique de la
même façon que άντςιδω. Gaiser, p. 246 traduit : « kämpfte und
‘ansang’ ... », voir Ael., Nat. an. IV, 16 et, peut-être Arist., Hist. an.
IX, 8, 614all (où άντςισας est une conjecture de I. G. Schneider,
dans son édition du 1811, au lieu de άντιάσας des manuscrits à partir
du passage parallèle d’Élien). Dans mon édition de I'Academicorum
historia, j ’avais accepté la correction διανταιραι (un hapax aussi) de
Wilamowitz (ap. Mekler) : Polémon lutta et « se révolta » contre son
rival.
58. Pour plus de détails sur l’établissement du texte, cf, Gaiser,
p. 502-523 et Dorandi, p. 234-239.
Page 13
61. Le texte de Diogène (πρώτον ... των πολιτών) diffère de celui
de Philodème (fr. 9A col. IV, 40-41 των πρώτων I ‘Αθηναίων,
« Polémon faisait partie des premiers citoyens »). Le texte de Philo­
deme est sûrement le bon ; celui de Diogène Laërce a été remanié (par
Diogène lui-même ou par sa source ?).
62, Cf, Gaiser, p. 508-510. Il ne faut pas négliger la conjecture
ποθομένων de Cobet (acceptée, p. ex., par Wilamowitz).
4H NOTES COMPLÉMENTAIRES

63. Homère, CT B. Snell, TrGF I, p. 329, et Gaiser, p. 508. Une


autre interprétation (« quelques vers de ses poèmes »). déjà envisagée
par Cobel, est acceptée par K. von Fritz, « Nikostratos 18 », RE XVII
i. 1936, col. 544, et Gigante, p. 501 n. 36.

Page N
66. J ’ai traduit en conservant la leçon des mss. : ην ουν άστεΐος
καί γενναίος (cf. Gaiser, p. 511-5I2). Gigante, p. 501 n. 37, corrige
ainsi : ήν ούκ άσ τεϊός τις καί γεννα ίος δε. Plus probable, la conjec­
ture de Wilamowitz, p. 65 : άσόλοικός τις (cf. Eubul. fr. 6, 8 Kassel-
Austin ap. Athen. [Epit.] II, 63d : κρέας βόειον έφθόν άσόλοικον
μέγα, « une viande de boeuf bouillie dans les règles, en bonne por­
tion », trad. Desrousseaux, CUF).
67. L’adjectif φ ιλογεννα ίον est un hapax.
68. Cf. Plutarque. De exilio 603 B-C (= Polémon fr. 47 Gigante) et
J. Dillon, « What happened to Plato’s garden ? », Hermathena 123,
1983, p. 57-58 (article repris dans Id., The golden chain. Studies in the
development o f Platonism and Christianity. London 1990, n° I). —
Toutes les écoles philosophiques d'Athènes réservaient un lieu de culte
aux Muses (Μ ουσεϊον), où les élèves étaient annuellement conviés
lors de la fête des Muses (Μ ουσεία). Voir Glucker, p. 125-126 :
M.-F. Billot, DPhA I, 1989, p. 781-782, et p. lxiii-lxv. Pour les consé­
quences qu’on a tirées de la présence d’un sanctuaire des Muses dans
les écoles philosophiques et dans l’Académie en particulier, voir
p. l x iii - l x v . L'exèdre était un espace ouvert ou une alcôve avec un
siège où s’installait le scholarque. Voir Glucker, p. 235-236. Selon
K. Gaiser, Das Philosophenmosaik in Neapel. Eine Darstellung der
platonischen Akademie, Heidelberg 1980, p. 65, l’exèdre de l’Acadé­
mie serait représentée dans une mosaïque du Musée National de
Naples (inv. n° 124545 : la mosaïque a été reproduite comme frontis­
pice du volume de Gaiser et du Ier tome du DPhA).
69. Cf. M, Isnardi Parente, « Per la biografia di Senocrate », RFIC
109, 1981, p. 148-149.
70. Cf. M. Gigante, « Poesia e critica letteraria nell’Academia
antica », dans Miscellanea A. Rostagni, Torino 1963, p, 237-242. Le
thème des préférences littéraires des philosophes semble un centre
d’intérêt propre à Antigone : voir aussi les fr. 12*, 21*, 29*.
Page 15
72. Je renonce à δέο[ν de Gaiser (p. 525) qui fait difficulté. Le
ô’ έ[κεϊ de Crönert ou le δέ έ[κεΐ de Mette, à ce qu’il semble, ne cor­
respondent pas à ce qu’on lit sur le papyrus.
74. La φιλοπονία est aussi une caractéristique de Speusippe
(Phld., Acad. hist. col. T 5) et de Polémon (= fr. 9A col. XV, 30). Sur
l’idéal de φιλοπονία, voir D. M. Searby, Aristotle in the Greek gno-
mological tradition. Uppsala 1998, p. 266-267.
NOTES COMPLÉMENTAIRES A)
Page 16
78. Pour plus de détails sur l'établissement du texte, cf. GaKcr.
p. 524-531, et Dorandi, p. 239-240.
80. Texte corrompu. Avec Snell-Kannicht (TrGF I F 2K1 >. j ’écris
èv γης φίλης οχθοισ ι κρυφθήναι καλόν. Le vers est transmis aussi
par Philodème, Acad, hist., col. S I -3 (= fr. 11A). et par Télés. De exil..
p. 30. 10 Hense2 (ap. Stob. Ill, 40, 8, p. 747, 3 Hense). Cf. Gaiser.
p. 528 et 530, et P. P. Fuentes Gonzalez, Les diatribes de Télés.
Introd., texte grec revu, trad, et comm. des fragments, Paris 1998,
p. 352-353.
81. Cf, M. Gigante, « Poesia e critica letteraria nell’Academia
antica », dans Miscellanea A. Rostagni, Torino 1963. p. 244-246.
82. Pour le thème des préférences littéraires des philosophes, voir
aussi les fr. 9B §20, 21*. 29*.
Page 17
88. Dionysodoros demeure inconnu (cf. E. Graf, « Dionysodoros
22 », RE V 1, 1903, col. 1006). — Isménias est peut-être l’aulète thé-
bain du ive s. av. J.-C. (Cf. E. K. Borthwick, « ’Music while you work’
in Philodemus de musica », B/CS 35, 1988, p. 91-93).
89. Voir p. lviu-u x .
90. Un Athénien (PA 9425).
Page 19
96. Il s’agit d'Autolycos de Pitane (ca. 360-290 av. J.-C.), le
mathématicien contemporain d ’Euclide. On ne sait presque rien de
lui ; il composa La sphère en mouvement (Π ερί κινούμενης σφαί­
ρας) et Levers et couchers héliaques (Π ερ ί έπιτολών καί δύσεων).
Les textes ont été publiés, avec traduction française, par G. Aujac,
Paris 1979.
Page 23
110. Voir p. lxiii-lxvï. Lycon (300/299 ou 299/8-226/5 ou 225/4
av. J.-C.), originaire de la Troade, successeur de Straton (270/69 ou
269/8) à la tête du Lycée. Il laissa quelques écrits dont on conserve
certains fragments recueillis par Wehrli, Lykon.
111. Cf. Wehrli, Lykon, p. 22 ; K. Gaiser, « La commedia sul
rilievo marmoreo di Napoli », RAAN 61, 1987/1988, p. 182 ; Natali,
p. 113-115.
112. Je traduis le texte des manuscrits (cf. aussi Kaibel, ad loc.) :
όκροαμάτων καί άργυρωμάτων (cf. Athen. IV, 142 f et S. Peppink,
Obseniationes in Athenaei Deipnosophistas, Lugduni Batauorum
1936, p. 74). La conjecture χρυσωμάτων κ. άργ. « En plus des objets
en or, de l’argenterie » de U. Köhler, RhM 39, 1884, p. 294 (cf. SIG3
1100 note 25) pourrait trouver une confirmation dans un fragment de
Lysias (fr. 56 Thalheim = xxxiii Gemet-Bizos : άργυρώματά τε και
.50 NOTES COMPLÉMENTAIRES

χρυσώματα ε π ήν οιδόναι, « on pouvaii encore donner des objets en


argent ei en or », trad, Gemet-Bizos, CUF).
113. "Λρξαι ... άρχήν « exercer une autorité, une magistrature »
(voir Hdt. III. 80 et Thuc. VI, 54). J ’ai choisi de traduire ici « exercer
celle lâche » en raison du contexte.
114. Oi έπιχειρούντες « ceux qui fréquentaient l’école ». Wüa-
mowitz. p. 80 (et Gaiser) interprètent : « die studierenden ». Voir p. 9
n. 44.
115. Le passage semble rappeler ce que D.L. V, 4 dit d’Aristote :
« Mais au sein de l’école aussi il dicta sa loi, comme faisait Xénocrate,
de manière à créer un archonte (αρχών) tous les dix jours ». M.
Isnardi Parente, Senocrate-Ermodoro. Frammenti, Napoli 1982, p. 289
(comm. à fr. 21), suggère d ’identifier Γαρχων avec Γέπιμελητής de
la fête des Muses,
Page 24
116. Μ ουσείων est une conjecture de Wilamowitz, p. 264 n. 2,
confirmée par Köhler (art. cil., p, 49 n. 112), p. 295-296 et acceptée
par Kaibel. Il s’agit de la fête en l'honneur des Muses que Wilamo-
wilz, p. 281 n. 13, croyait mentionnée aussi dans 1’Academicorum hi­
storia de Philodème (col. VII, 45, p. 137 Dorandi : τά μουσεία
θύσαι). Gaiser, p. 472, a cependant mis en évidence que, dans le pas­
sage de Philodème, τα μουσεία sont les offrandes quotidiennes aux
Muses, car il semble difficile que Xénocrate ait célébré la fête des
Muses le jour même des Mystères d’Éleusis (le vingt du mois de Boé-
dromion). L ’occupation d’Athènes par les Macédoniens à laquelle on
trouve une allusion dans le texte de Philodème s’était, en effet, passée
à cette date (voir Plut,, Phocion 28).
118. J’accepte (avec Wehrli et Natali) la conjecture μουσικώς de
Th. Bergk, Fünf Abhandlungen zur Geschichte der griechischen Philo­
sophie und Astronomie hrsg. v. G. Hinrichs, Leipzig 1883, p. 67 n. I
(pour la typologie de la corruption φυσ/μουσ, voir Arist., Poet. 1,
1447b 16). Wilamowitz, p. 80 et Gaiser, « La commedia » (art. cil.,
p. 23 n. 111), p. 182, gardent φυσικώς des manuscrits. Gaiser traduit :
« per esprimere quel la socievolezza ehe è intrinseca alla natura
umana » ; Wilamowitz donne à φυσικώς le sens de « natürlich,
ungezwungen » et rappelle la description d’Arcésilas chez D.L. IV, 36,
un passage que je ne considère pas dérivé d’Antigone.
119. "Ενεκεν ... φιλολογίας, « par goût des études (philoso­
phiques) ». J’accepte l’interprétation de H. Kuch, Φιλόλογος. Unter­
suchung eines Wortes von seinem ersten Auftreten in der Tradition bis
zur ersten überlieferten lexikalischen Feststellung, Berlin 1965, p. 28-
30. Selon Kuch ce fragment d’Antigone et un autre du poète de
phlyaques Sopater (fr. 6, 6-7 Kaibel = 6, 6-7 Olivieri : καί μην
φιλοσοφειν φιλολογεΐν τ’ άκηκοώς I ύμας έπιμελώς καρτερεΐνθ’
NOTES COMPLÉMENTAIRES

αίρουμένους, « parce que j'ai entendu que vous avez choisi de vous
consacrer à la philosophie, à la discussion et à la pratique de l’endu­
rance {stoïcienne] ») témoignent du sens philosophique du terme
φιλόλογος à partir du 111e s. av, J,-C. au moins.
120. Le personnage qui parle est le même Athénée. On est dans un
passage (tiré du livre XII des Deipnosophistes) consacré à la discus­
sion de la τρυφή et de Γήδονή avec une liste de débauchés.
Page 25
123. Cf. Leo, p. 68. Les Ίλ ίεια sont une fête et des jeux qu’on
célébrait en l’honneur d’Athéna llias à Ilion : Hesych. i 557 Latte
(Ίλίεια· έορτή έν [Ά θήναις έν] Ίλ ίφ ’Αθήνας Ίλιάδος καί πομπή
και άγών, « Iiieia : fête à Ilion en l'honneur d’Athéna Ilias et proces­
sion et compétition ») et IG II/IH2 3138, 5 (fin IVe s . av. J.-C.). Voir
aussi Eust., In Hom. Δ 46 (vol. I, p. 700, 26-701, 6 van der Valk), et In
Hom. A 686 (vol. III, p. 304, 11-14 van der Valk). Cf. M. P. Nilsson.
Griechische Feste von religiöser Bedeutung mit Ausschluss der atti­
schen, Leipzig 1906, p. 92-93, qui propose d’idéntifier les Ίλίεια avec
les fêtes appelées νέα παναθήναια, célébrées elles aussi à Ilion ;
Ίλίεια serait le nom populaire de la fête.
124, Ménédème d’Erétrie (345/4-261/0 av. J.-C.), fondateur de
l'école dite Érétriaque. Les fragments ont été recueillis par Giannan-
toni, SSR III F. La Vie de Diogène Laërce a été rééditée par Knoepfler.
Voir p. Lxvti-Lxvi.li. Pour la traduction des passages de Diogène Laërce
je me suis inspiré de Knoepfler.
126. Le menu de ce repas est simple. Le λάχανον (« légumes »)
et le τάριχος (« poisson salé ») sont deux plats successifs et l'un
n’excluait pas l’autre. Le τάριχος était un met très répandu dans l’an­
tiquité, cf. R. I. Curtis, Garum and Salsamenta, Leiden 1991, p. 6-7,
lû-li et 16-19.
Page 28
137. Cf. Knoepfler, p. 85, 91 et 201 n. 86.
138. Les visites de Ménédème chez le roi Antigone à Pella se
situent pendant le dernier séjour du philosophe en Macédoine (entre
265 et 260).
139. Pour le suicide de Ménédème, cf. Knoepfler, p. 201 n. 88.
140. Avec Knoepfler, p. 183 n, 35, je crois que « la description
remonte très certainement à Antigone de Caryste, à qui doit être
emprunté aussi le mot εΐκόνιον (dépourvu ici de toute valeur diminu­
tive) ».
Page 29
147. Le motif des avantages tirés de la philosophie est répandu :
cf. Searby, Arisiotle in the Greek gnomological tradition (op. cit., p. 15
NOTES COMPLÉMENTAIRES

η. 74). ρ. 185. — La réponse de Ctésibios avait entraîné un vers de


Timon (<S77 79Ü = fr. 16 Di Marco) imité d’Homère, A 225. Je doute
qu’Athénée ait emprunté ce vers à Antigone.
Page 30
151. Avec von Amim. je garde Κ ιτιεύς des mss, : les conjectures
Κιττιέως de Reiske (.Hermes 24, 1889, p. 314) et ότι Κιτιεύς de
Diels (ibid.) ne sont pas nécessaires.
152. Λύσιν έτοιμον των άναγκαίων ϊν ’ έχσι : voir πρός τάς
έτοιμους λύσεις των έπιθυμιών dans le fr. 9Β. — Cratès de Thèbes,
philosophe cynique (vers 360-280 av. J.-C.) : voir M.-O. Goulet-Cazé,
« Cratès de Thèbes », DPhA II, 1994, p. 496-500.
Page 31
155. Cette phrase ne trouve pas de parallèle dans le passage
d ’Athénée (= fr. 33A). mais on peut aisément supposer qu’elle dérive
aussi de la biographie de Zenon (voir le φησί) comme le fr. 36.
Page 32
159. Ce texte, qui interpelle à nouveau les stoïciens, comme déjà
plus haut, fr. 33A, dérive du même contexte des Deipnosophistes
d ’Athénée décrit supra, p. 31 n. 153.
Page 33
160. Arist. SSR IV A 161. Cf. Cic.. De nat. deor. ΠΙ, 77 : « et si
uerum est quod Aristo Chius [SVF I fr. 3481 dicere solebat, nocere
audientibus philosophos iis qui bene dicta male interpretarentur (posse
enim asotos ex Aristippi, acerbos e Zenonis (SVF I fr. 242] schola
exire) — prorsus, si qui audierant uitiosi essent discessuri, quod per-
uerse philosophorum disputationem interpretarentur, tacere praestaret
philosophis quam iis qui se audissem nocere », « et si le dire d’Aris-
ton de Chios est juste, que les philosophes font du ton aux auditeurs
qui interprètent mal les bonnes paroles (en effet des gens incongrus
peuvent sortir de l’école d ’Aristippe. des fanatiques de l’école de
Zénon), il vaudrait beaucoup mieux que les philosophes se taisent plu­
tôt que de nuire à leurs auditeurs, si les auditeurs doivent s’en retour­
ner corrompus parce qu’ils ont mal compris la discussion des philo­
sophes » (trad. M. van der Brawaene, Brussel 1981 légèrement
modifiée). Voir A. M. loppolo, Aristone di Chio e lo stoicismo antico,
Napoli 1980, p. 185 n. 36.
Page 34
164. Τοις οίκέταις συνεορτάζοντα έν τή των Χοών εορτή : cf,
R. Pfeiffer, ad Callim. fr. 178, 2. — Choai désigne le deuxième jour de
la fête des Anthesierio qui se célébrait au printemps (du Ie' au 3 du
NOTES COMPLÉMENTAIRES 5i

mois d’Anthestérion). Pendant ces jours, il y avait un concours de beu­


verie avec des conges (χόαι) d’environ trois litres de vin (cf, Aristoph.,
A c h . 1000 et 1087). Voir L. Deubner, A t t i s c h e F e s t e . Berlin 1932,
p. 96-100 ; E. Simon, F e s t i v a l s o f A t t i c a . A n a r c h a e o l o g i c a l c o m m e n ­
ta r y , Madison, Wise., 1983, p. 93-100, et C. Auffarth, « Amhesteria »,
N P I, 1996, col. 732-733.

Page 3 5
1. Il s’agit des victoires d'Attale 1er (notamment en 241) et d’Eu-
mène H (notamment en 166). Les monuments sont les e x - v o t o de Per­
game et d’Athènes.
2. Isigonos est inconnu en dehors de ce passage. D’où la correction
dlsigonus en Epigonus proposée par A. Michaelis, « Der Schöpfer der
atialischen Kampfgruppen », J D A 1 8, 1893, p. 131-132 (suivi, p, ex.,
par C. Robert, « Epigonos 8 », R E VI 1, 1907, col, 70). G. Lippold,
« Isigonos 2 » , R E IX 2, 1916, col. 2082-2083 a toutefois rappelé qu’il
est arbitraire de corriger le texte et a noté qu’on ne doit pas exclure
qu’il ail aussi existé un sculpteur Isigonos. On pourrait expliquer l’ab­
sence d'Épigonos dans ce passage de Pline en supposant une lacune
ou, plus vraisemblablement, une erreur de lecture de Pline ou de sa
source (Isigomts au lieu à'E pigonus).
3. Pour le débat sur Pyromachos/Phyromachos, voir p. xcil-xciv.
4. Notre artiste pergaménien est probablement le même personnage
que le ciseleur (c a e l a t o r ) Stratonicos cité par Pline (XXXIII, 156 :
avec l’ethnique Cyzicenus. Voir aussi XXXIV, 85 et 90), par Athénée
(XI, 782 b) et dans une inscription (IC XI, 3, 313a, 133). Cf. G. Lip­
pold, « Slratonikos 4 », R E IVA, 1927, col. 327-328. On lui attribue le
portrait du philosophe Bion de Borysthène (ou « philosophe d’Anticy-
thère ») : voir Moreno, I, p. 271-274 et fig. 336-337, 340.
5 . P a rrh a s iu s , p e in t r e , n a t i f d ’É p h è s e ; il tr a v a il l a à A th è n e s e n tre
4 4 0 e t 3 9 0 a v . J .- C . S u r s a n a i s s a n c e à É p h è s e , c f. S t r a b o n X IV , 1 , 2 5
(p . 6 4 2 C .) e t A t h é n é e X I I , 5 4 3 c . C f . A . R u m p f , « P a r r h a s i o s », A J A
5 5 , 1 9 5 1 , p. 1 - 1 2 ; M . C a g i a n o d e A z e v e d o , « P a r r a s io » , EAA V ,
1 9 6 3 , p. 9 6 3 - 9 6 5 e t V . J . B r u n o , Form and colour in greek painting,
L o n d o n 1 9 7 7 , p . 3 5 - 4 0 . O n t r o u v e r a la b ib lio g r a p h ie p lu s a n c ie n n e
d a n s C r o i s i l l e , p . 1 8 5 (η . 1 a u § 6 7 ) .
6. La symmetria indique ici les proportions, le rapport de la partie
et du tout.
7. 11 s’agit d’Antigone et de Xénocrate.
8. A r g u t i a e traduit le grec μικρολογίαι ; e l e g a n t i a traduit γλαφυ-
piu ; uenustas χάρις et lineae extremae περιγραφαί. Le passage entier
provient « vraisemblablement » (Croisille, p. 186 n. 5) de Xénocrate.
9. Suptilitas traduit le grec λεπτότης.
10. La correction de picturae en fig u ra e de Schweitzer, p. 13 n. 4
(= tr. it., p. 487 n. 29) est inutile.
NOTES COMPLÉMENTAIRES
P a g e 36

16. N° 1039 Overbeck. Téléphanès est un artiste inconnu. L’eth­


nique pose un problème : j ’accepte, avec Le Bonniec (ad loc., p. 238),
P hocaeum du ms. B, qui présuppose une transcription du grec
Φωκαιεύς (Φωκαεύς), c’est-à-dire Phocéen. Phoceum, donné par les
autres manuscrits, pourrait traduire Φωκεύς = Phocidien. Téléphanès
serait né en Ionie et serait venu se fixer en Thessalie au moment des
guerres médiques. Cf. P. Moreno, E A A VII, 1966, p. 673,
17. L’hypothèse de Mayhoff qu’il y a une lacune avant ce mot
(C, Brakman, M n e m o s y n e 58, 1930, p. 211, proposait l’intégration
<Lamiae> Thessaliae) est inutile.
18. Ces œuvres sont inconnues. Pour une traduction élégante et un
commentaire détaillé du passage entier, voir Le Bonniec, p. 131 et 238.
19. S W II 1071 = FDS I 245. Voir M. Schofield, The stoic ideas of
city, Cambridge 1991, p. 4-21 : part. 4-8, A. Angeli, CErc 23, 1993,
p. 19-20 n. 109 et Rouveret, Histoire et imaginaire d e la peinture
ancienne ( op. cit., p. cvn n. 2). p. 396-400.
20. Dans l’ouvrage en question, Chrysippe développait évidem­
ment une « exégèse allégorique » (c’est ce que veut dire « une his­
toire toute naturelle », c’est-à-dire une histoire accordée avec la nature,
quand elle est exactement interprétée), destinée à montrer l’accord
entre ces récits et les anciens physiologues, c’est-à-dire les philosophes
présocratiques (cf. A. Grilli, PdP 52, 1957. 28-29). Sur l'exégèse allé­
gorique des Stoïciens, voir J. Pépin, Mythe et allégorie. Les origines
grecques et les contestations judéo-chretiennes, Paris 19762, p. 129-
131 ; G. W . Most, « Cornutus and stoic allegoresis : A preliminary
report », dans ANRW II 36.3, Berlin - New York 1989, p. 2014-2065
et A. A. Long, Stoic reading o f Homer, in R. Lamberton & J. J. Kea-
ney (éd.), Homer’s ancient readers, Princeton 1992, p. 41-66.
21. Κατά τούς έξακοσίους στίχους « vers la ligne six cent »
(Schofield, The stoic ideas o f city [op. cit., supra, n. compl. 19], p. 6
n. 9 et 11) et non « sur six cents lignes » (Gigante, p. 311, et J. Mans­
feld, E l e n c h o s 7, 1986, p. 345-346).
Page 37

25. Les occurrences du terme π τύ χ ιο ν sont très rares (« folding


tablet » LSJ) ; il est employé dans le sens de π τυ κ τίο ν (terme lui aussi
rare).
26. La coutume de signer les œuvres était répandue. Les signatures
étaient en général gravées sur la base ; plus rarement sur la statue elle-
même (M. Donderer, « Bildhauersignaturen auf griechischer Rund­
plastik », J a h r e s h e f t e 65, 1996, p. 87-104).
27. N° 836 Overbeck. Les témoignages anciens sur la Némésis de
Rhamnonte ont été recueillis par Overbeck, n° 834 à 843. Un petit frag­
ment de la tête de la statue est conservé au British Museum et des élé-
NOTES COMPLÉMENTAIRES
ments du socle se trouvent au Musée d’Athènes. Cf. G. Despinis. Σ υ μ ­
βολή στή μελέτη του έργου του Αγορακρίτου, Αθήνα 1971, ρ. 1-108.
et, plus récemment, K. D. Shapiro Lapatin, « A family gathering at
Rhamnous ? Who’s who on the Nemesis base », Hesperia 61, 1992,
p, 107-119, P. Karanastassis, « Wer ist die Frau hinter Nemesis ? »,
MDAl(A) 109, 1994, p, 121-131 et G. Despinis, « Agorakritos », EAA,
II Suppl. 1, 1994, p. 103-106.
28. N° 435 Overbeck. Cf. C. Robert, « Anaxagoras 6 », RE I 2,
1894, col. 2077. Un Anaxagore sculpteur est également cité dans une
épigramme de VAnthologie Palatine VI, 139 (Wilamowitz, p. 10 n. 8).
29, Le passage manque dans le recueil d’Overbeck. Il n’y a pas,
non plus, de notice dans la R E .
Page 38
2 . Aristarque de Samothrace (216 ? - 144 av. J.-C), grammairien
alexandrin. Voir F . Montanari, « Aristarchos 4 , von Samothrake », NP
I, 1996, col. 1090-1094.
3. Il s’agit du grammairien Callistratos, disciple d’Aristophane de
Byzance. Cf. A. Gudeman, « Kallistratos 38 », RE X 2, 1919,
col. 1738-1748, et Pfeiffer, p. 190-191, 210-211. Le fragment est
recueilli dans R. Schmidt, Commentatio de Callistrato Aristophaneo,
en annexe à A. Nauck, Aristophanis Byzantii grammatici Alexandrini
fragmenta, Halle 1848. p. 329-330 n. 59.
4. On retrouve les mêmes renseignements chez Eust., In Horn. B
584, p. 457, 1-2 Van der Valk (= Pausan. att. ε 32 Erbse).
Page 39
7. Voir aussi Cic., De nat. deor. II, 52 : louis stella . . . . quae Φαέ-
ôo)v dicitur, « la planète de Jupiter ..., appelée Phaéthon » (avec le
comm, de Pease, ad loc., p. 673) et Manethon, fr. 5 Waddell : τόν Ôè
Διός τόν φαέθοντα « la planète brillante de Jupiter ».
8. Ζωογόνος est une épithète savante et non cultuelle de Zeus. On
la retrouve, cependant, comme épithète cultuelle d’Apollon dans une
épigramme anonyme de l’Anthologie Palatine (IX, 525, 7).
9. La naissance de Zeus en Crète est chose bien connue, mais le
reste de la notice ne trouve des parallèles que dans le Recueil d’his­
toires paradoxales 10, 2 du pseudo-Antigone (fr. 52B).
10. Comme les taupes dans la région de Coronée en Béotie (ibid.
1). Cette première partie du chapitre ne dérive pas, à mon avis, d’An­
tigone. On ne trouve pas de chouettes en Crète : Ael., Nat. an. V, 2 ;
Plin., Nat. hist. X, 76 et Isid. XII, 7, 40 (voir aussi la note ad loc. de
Musso, p. 23).
11. Ζωον θανάσιμον : il s'agit probablement de reptiles dont le
venin est mortel, comme en Polyb. I, 56, 4 (θηρία θανάσιμα).
12. C’est-à-dire du fait que la nature aussi honore la nouvelle lune.
56 NOTES COMPLÉMENTAIRES

P a g e 40

15. EuphronioK de Chersonese (inr s. av. J.-C.), grammairien


alexandrin ei poète. maître d'Aristophane de Byzance (les fragments
ont été recueillis par K. Strecker, De Lycophrone Euphronio Eratos-
thene comicorum interpretibus, Gryphiswaldiae 1884). Cf. Pfeiffer,
p. 160-161.
16. Didyme Chalcentéros (63 av. J.-C. - 10 ap. J.-C.), critique et
grammairien ; il enseigna à Alexandrie et peut-être aussi à Rome. Il fut
surnomme Chalcentéros à cause de son énorme production littéraire.
Voir J,-M. Flamand, « Didymos Chalcentéros », DPhA II, 1994,
p. 768-770, et F. Montanari. « Didymos [ 1] aus Alexandreia », NP III,
1997, col. 550-552.
17. Cf. C. Wendel, « Überlieferung und Entstehung der Theokrit-
Scholien ». AAWG phil.-hist. KI. NF XVII 2, 1920, p. 137-138. 0.
Schneider. De ueterum in Aristophanem scholiorum fontibus commen­
tatio. Sundiae 1838, p. 95, pensait que le fragment était tiré du Περί
λεςείος. Contra. Köpke, p. 16. Schmidt, Didymi Çhalcenteri gramma­
tici Alexandrini fragmenta quae supersunt omnia (op. cil., p. XXi n. 2),
p. 27 et 364 (cf. aussi F. Montanari. « Antigonos [8] aus Alexan­
dreia », NP I, 1996, col. 756) a soutenu que cet Antigone est le même
que le grammairien d’Alexandrie {infra, p. 62-64). Son identification
avec Antigone de Caryste est confirmée par les autres témoignages.
18. L’existence des céryles est pour le moins douteuse. Cf. W.
D’Arcy Thompson, A glossary o f Greek birds, Oxford 1895, p. 49,
139-140. W. K. Kraak, « De alcyonibus ». Mnemosyne S. Ill 7, 1939,
ρ. 42-47 a soutenu qu’Alcman faisait allusion à un oiseau qu’il avait
réellement vu. Il faut le distinguer de celui de la légende, mentionné
pour la première fois par Simonide (fr. 508 Page). Voir aussi H. Hom-
mel, « Alkmans Eisvogelvers (fr. 94 D.) », Gymnasium 85, 1978,
p. 387-407.
19. On retrouve les mêmes renseignements chez Hesych. κ 2013
(II, p. 453 Latte), Suda κ 1549 (UI, p. 112, 13-16 Adler), Schot, ad
Theocr. VII, 57 (p. 93, 4-6 Wendel), Tzetzes, Schol. in Aristoph. Anes
299b (p. 1137, 1-2 Koster) et Schol. in Lycophr. Alex. 387 (II, p. 146,
23-26 Scheer).
20. Le pseudo-Antigone est le seul auteur qui nous ait transmis les
quatre vers d’Alcman (une liste des autres sources a été dressée parC.
Calamc [éd.l, Alcman, Romae 1983, p. 114-116). Le fragment présente
encore des problèmes textuels : cf. O. Musso, « Citazioni poetiche
nello pseudo-Antigono », Prometheus 5, 1979, p. 85-86, Calame, Alc­
man, op. cit., p. 472-480, M. Davies, Poetarum melicorum graecorum
fragmenta, I, Oxford 1991, p. 76-78, et Chr. Kugelmeier, Reflexe frü­
her und zeitgenössischer Lyrik in der alten attischen Komödie, Stutt­
gart u. Leipzig 1996, p. 17-22.
NOTES COMPLÉMENTAIRES

Page 42
I. La traduction du titre pose des problèmes à cause de l'exiguïté
du texte conservé. J’ai choisi de le traduire par : Sur le style. A partir
du contenu des deux fragments on pourrait aussi envisager Sur la
dénomination. Cf. D.M. Schenkeveld, « Theophrastus' rhetorical
works », dans van Ophuijsen-van Raalte (éd.). Theophrastus : Reap­
praising the sources {op. cit., p. 11 n. 51). 79-80.
3. J'accepte, avec Wilamowitz (p. 174), la correction Αίολεΐς de I.
Casaubon, Animaduersionum in Athenaei Deipnosophistas libri quin­
decim, Lugduni 1600, p. 171 (la note a été réimprimée dans les Ani-
maduersiones de Schweighäuser, II, Argentorati 1802, p, 93). Latte
garde άλιεις du ms. H d’Hésychius.
4. Les mss. d’Athénée transmettent άλιέας. La conjecture certaine
Άλαιέας remonte à J. Toepffer, Attische Genealogie, Berlin 1889,
p. 305 n, 2. Elle a été acceptée par Kaibel (dans les Addenda au
volume III de son édition d ’Athénée, Lipsiae 1890, p. vm), qui renonce
à ΑΙολέας de Wilamowitz (p. 174), et par Jacoby (FGrHist Illb I,
p. 555-556 et Illb 2, p. 447, comm. à 328 F 191). On ne peut pas dire
si le dème est celui d'Halat Aixonides ou celui d 'Halat Araphenides
(cf, D. Whitehead, The demes of Attica 50817-ca. 250 B.C., Princeton
1986, p. 208 n. 188 et dans l'index des dèmes s. u.).
APPENDICE

U ST E DES HOMONYMES

Je crois utile d’ajouter une liste des autres Antigone


lettrés connus. Tous ces personnages, pour des motifs
géographiques ou chronologiques évidents, n ’ont rien à
voir avec les deux Antigone de Caryste, mais la recon­
struction de leur personnalité et un examen de leurs
œuvres peut aider, au moins, à mieux définir le problème
de la possible paternité de certains écrits, jusqu’alors
attribués à l’un ou l’autre des deux carystiens. Les pages
qui suivent résument ce que l ’on sait sur chacun de ces
auteurs1.
Antigone de Kymè. Vairon, Columelle et Pline
l’Ancien indiquent, parmi les auteurs d’œuvres grecques
sur l’agriculture, un Antigone originaire de Kymè en
Asie mineure2. Nous n’en savons rien de plus3.
Antigone médecin de Nicée. Galien rapporte trois
recettes contre les douleurs4 d’un Antigone, médecin mi-

1. A partir de Köpke, p. 28-33, et des articles respectifs dans la


Realencyclopädie. Mais cf. déjà Fabricius-Harles, Bibliotheca Graeca
{op. cit., p. XX n. 6), IV, p. 303-305.
2. Varr., De re rust. I, 8 ; Colum. I, 9 ; Plin., Nat. hist., ind. auct.
libr. VIII, XIV, XV, XVII.
3. Bibliographie : M. Wellmann, « Antigonos 21 », RE I 2, 1894,
col. 2422. E. Di Lorenzo, II catalogo degli autori greet in Columella,
dans I. Gallo (éd.), Miscellanea filologica, Salerno 1986, p. 171 n. 37.
4. Gai., De comp. med. ΧΠ, p. 557-558, 580, 773-774 Kühn.
APPENDICE

litaire renommé, sans indiquer son ethnique1. Si Ton


accepte la supposition de Wellmann l’identifiant avec le
médecin homonyme cité par Marcellus Empiricus2, cet
Antigone aurait dicté aussi trois recettes de collyre.
Aelius Promotus rapporte dans le Π ερί Ιοβόλων3 la
recette d’antidote d’un médecin, Antigone de Nicée,
mentionné en même temps qu’un certain Théodore de
Macédoine4. Rien n’empêche que ce soit le même que le
médecin connu de Galien et de Marcellus Empiricus.
Rohde proposait de l ’identifier avec l ’Antigone cité dans
les Scholia sur les Theriaka de Nicandre5, ce qui est peu
probable, tout comme l ’hypothèse de Kroll qui le rattache
à l ’Antigone de Nicée, astrologue6.
Il y a un Antigone médecin, personnage fictif des
Philopseudeis de Lucien7.
Antigone de Nicée astrologue. La reconstruction de la
personnalité de l’Antigone astrologue est plus complexe8.
Riess confirma l ’hypothèse de Wachsmuth9, contre

1. M. Wellmann, « Antigonos 22 », RE 1 2, 1894, col. 2422.


2. Marc. Emp., De med. VIII, 11, 15, 124 (CML V, p. 116, 19-23 ;
118,9-15 ; 144. 14-21).
3. S. Ihm, Der Traktat περί των Ιοβόλων θηρίων καί
δηλητηρίων φαρμάκων des sog. Aelius Promotus, Wiesbaden 1995,
p. 67, 5-13.
4. K. Deichgräber, « Theodoros 45 », RE VA 2, 1934, col. 1865-
1866. Cf. E. Rohde, « Aelius Promotus », RhM 28, 1873, p. 270 n. 2
= Kleine Schriften, 1, Tübingen u. Leipzig 1901 (réimpr. Hildesheim
1969), p. 387 n. 3.
5. Rohde, « Aelius Promotus », art. d t., p. 270 n. 4 = Kleine
Schriften (op. cil., supra n. 4), p. 387 n. 4.
6. Infra, p. 60-62.
7. Luc., Philops. 21, 25-26.
8. Bibliographie : E. Riess, « Antigonos 24 », RE I 2, 1894, col.
2422 ; F. Cumont, RE Suppl. 1, 1903, col. 90 ; W. Kroll, RE Suppl. V,
1931, col. 2 ; O. Neugebauer — H. B. van Hoesen, Greek horoscopes,
Philadelphia 1959, p. 186-187, et S. Sahir — R. Merkelbach, Katalog
der antiken Inschriften des Museums von h n ik (Nikaia) II 3 Bonn
1987, p. 81.
9. ioannis Laurentii Lydi Liber de ostentis ed. K. Wachsmuth Lip-
siae 18772,p . XXII.
APPENDICE Μ

Köpke1, affirmant que l ’astrologue Antigone mentionné


par Jean Lydus2, et dans une scholie à VIsagoge de Por-
phyre à la Teîrahiblos de Ptolémée3 attribuée à
Démophile4, devait être identifié avec Γ Α ν τ ίγ ο ν ο ς ô
Νικαεύς, disciple des astrologues égyptiens Pétosiris et
Néchepso, tous mentionnés dans un manuscrit de
Vienne5 publié par Engelbrecht6. Cumont tire d’une indi­
cation du Marcianus gr. 335, f. 111, que l ’œuvre de cet
Antigone comprenait au moins quatre livres : ’Α ντί­
γονος έν τφ δ' κεφαλαίω τού τετάρτου βιβλίου,
« Antigone dans le chapitre quatre du livre IV »7, et
attire l’attention sur les citations fréquentes de son
ouvrage dans les écrits des astrologues postérieurs8. Kroll
a réussi, enfin, à placer chronologiquement cet Antigone
dans la deuxième moitié du IIe siècle de notre ère, en
s’appuyant sur le fait que Héphestion9 cite son horoscope

1. Köpke, p. 32.
2. Lyd., De ost. 2 (p. 6, 18-22 Wachsmuth).
3. On peut lire la scholie dans Veditio princeps de VIsagoge pu­
bliée par Hieronymus Wolfius, Basileae 1559, p. 193. Cf. R. Beutler,
« Porphyrios », RE X X II 1, 1953, col. 3 0 0 . L 'Isagoge a été éditée par
E. Boer-S. Weinstock, CCAG V 4, pp. 185-228.
4. Cf. F. Boll, « Demophilos 12 », RE V 1, 1903, col. 147.
5. Vienne, Österreichische Nationalbibliothek, phil. gr. 108, f.
213r.
6. A. E n g e lb re c h t, Hephaestion von Theben und sein astrologisches
Compendium, W ie n 188 7 , p. 3 3 . D a n s le m s. d e V ie n n e o n lit le n o m
erroné Ά ν τ ί γ ω ν . L e te x te a é té ré c e m m e n t ré é d ité p a r D . P in g re e , He­
phaestio Thebanus, Apotelesmatica, II, L ip s ia e 1974, p . 2 2 3 . L e m s. de
Vienne (U , s. X V I) e s t sa n s v a le u r, c f. P in g re e , op. cit., p . X X .
7. CCAG 1 2, p. 4 4 , 7 (p a s d e te x te ). C f. CCAG 1 1, p . 107, 13 -1 4 :
τούτου του σ χ ή μ α τ ο ς μ έ μ ν η τ α ι ’Α ν τ ί γ ο ν ο ς έ ν τ η ς ' γ ε ν έ σ ε ι τ ο ύ γ '
βιβλίου, « A n tig o n e s e ra p p e lle c e tte f ig u re d a n s ie s ix iè m e s ig n e du
livre III ». Il faut ajouter aussi CCAG V IH 1, p . 2 4 2 , 16 -1 7 : ’Α ν τ ί ­
γονος έν τ ω δ' κ ε φ α λ α ίο υ τ ο υ τ ε τ ά ρ τ ο υ βιβλίου, « A n tig o n e dans le
chapitre quatre du livre IV ».
8. Voir W. Kroll, « Astrologisches », Philologus 57, 1898, p. 125,
et ld.,PhW 18, 1898, col. 741.
9. Apotel. Il, 18 (I, p. 157,26-162, 30 Pingree). Cf. Epitoma IV, 26
(II, p. 228, 29-230, 27 Pingree).
APPENDICE

de l'empereur Hadrien1. La datation trouve une confirma­


tion dans le fait que la plus ancienne mention de cet
Antigone remonte à Porphyre2, aux côtés de I’Égyptien
Phnaès, tandis que les plus récentes sont dans Palchos3 et
Rhétorios4. Sur la suggestion de Wellmann, nous l’avons
vu, Kroll5 l’a identifié, non sans hésitation, à l ’Antigone
de Nicée médecin cité par Aelius Promotus. L’attribution
à cet Antigone, toujours due à Kroll, de la quatrième ver­
sion d’un horoscope anonyme dont les trois premières
remontent à Vettius Valens6 est également improbable.
J’identifierais l ’Antigone découvert par Maass dans un
manuscrit du Vatican7 à l ’astronome, et non au poète.
Antigone d’Alexandrie, grammairien. Nous avons
des renseignements tirés de diverses sources au sujet
d’un Antigone grammairien d’Alexandrie, plus ou moins
contemporain de Didyme Chalcentéros8. En se fondant
sur un passage du lexique d’Érotien (s. u. πηρϊνα) com­
paré avec les scholies sur Nicandre, on a supposé qu’il
avait écrit après Démétrius Chlorus, mais avant Théon,
fils d’Artémidore, dont il a probablement utilisé les
œuvres9. Il fut l ’auteur d’un lexique hippocratique10 et

1. T r a d u c tio n e t c o m m e n ta ir e d e s h o r o s c o p e s d a n s N eu g eb a u er·
v a n H o e se n ( o p . c i t ., p . 6 0 n . 8 ) , p . 7 9 - 8 0 , 9 0 - 9 1 .
2 . I s a g . P t o i . T e t r ., CCAG V 4 , p . 2 2 3 , 18 .
3 . CCAG I, p . 8 0 , 2 4 = V 1 , p . 2 0 5 , 1 4 ; CCAG I, p . 1 0 7 , 4 et 13 =
V I, p . 6 4 , 14 e t 2 3 . C f. N e u g e b a u e r -v a n H o e s e n , o p . c it. (p . 6 0 n. 8),
p. 187.
4 . CCAG II, p . 1 8 8 , 2 3 ; V III 1 , p . 2 4 2 , 1 6 - 1 7 . C f. N eu g eb a u e r-v a n
H o e s e n { o p . c i t ., p . 6 0 n . 8 ) , p . 1 8 6 n . 5 3 , 1 8 7 - 1 8 8 .
5 . CCAG II, p . 1 6 8 n . 1.
6 . C f. N e u g e b a u e r -v a n H o e s e n ( o p . c i t ., p . 6 0 n . 8 ) , p . 1 1 4 -1 1 5 et
187.
7 . S u p r a , p . x x u - x x in .
8 . C f. L. C o h n , « A n tig o n o s 2 3 » , RE I 2 , 1 8 9 4 , c o l. 2 4 2 2 :
S u s e m ih l, II, p. 1 9 4 -1 9 5 e t F . M o n ta n a r i, « A n t ig o n o s [8 a u s A le x a n ­
d r i a ] » , N P I, 1 9 9 6 , c o l. 7 5 6 .
9 . C f. S u s e m ih l, II, p . 1 9 5 n . 2 6 2 .
10 . C f. E ro tia n ., P r a e f ., p . 5 , 1 9 N a c h m a n s o n e t .v. u. πηρϊνα
(p . 7 3 , 1 6 -1 9 N a c h m a n s o n ).
APPENDICE 63

peut-être d’un commentaire sur les Theriaka de Nican-


dre1. L’hypothèse de Rohde, qui reconnaissait en lui le
médecin de Nicée portant le même nom, approuvée par
Wellmann, a été mise en doute par Cohn2.
Il est plus difficile de juger de son identité avec le
grammairien Antigone, cité, via Hérodien, dans les
scholies sur Homère, Ψ 3193, et de la présence d’un
Antigone dans une scholie sur Euripide, Phoen. 1594.
Cette dernière scholie est conservée seulement dans le
Marcianus gr. 471 dans la forme : ’Αντίγονος·
’Αριστόδημος ούδαμού φη σιν έν ταΐς Θ ήβαις των
Νιοβιδών είναι τάφον, 5περ έστίν άληθές, ώς
αυτοσχέδιαζαν νΰν ε ο ικ ε ν Εύριπίδης, « Antigone.
Aristodème ne dit jamais que le tombeau des Niobides
est à Thèbes ; c ’est la vérité parce qu’il semble qu’ici
Euripide improvise ». Les autres manuscrits ne transmet­
tent, en revanche, que δ ’Α ριστόδημος, ainsi que
l’impriment Dindorf et Schwartz. Une explication
hasardeuse du texte du Marcianus a été tentée par
Barthold5 : Antigone, à qui il faudrait attribuer le contenu
de la scholie, ou au moins les mots δπερ έστίν άληθές,
ώς αύτοσχεδιάζειν νυν έ ο ικ ε ν Εδριπίδης, « c ’est la
vérité parce qu’il semble qu’ici Euripide improvise », y
citerait Aristodème. Cette hypothèse permettrait, selon

1. Scholia Nie. Ther. 94e, 215a, 377-378a, 574b, 585a, 748, 781b,
849 (éd. A. Crugnola, S c h o l i a in N i c a n d r i T h e r i a k a cum g l o s s is ,
Miluno-Varese 1971). Cf. M. Wellmann, H i p p o c r a t e s g l o s s a r e , Berlin
1931, p. 68-71. K. Strecker, « Zu Erotian », H e r m e s 26, 1891, p. 295,
suppose que la source d'Érotien, p. 34, 10-11, est l’Antigone cité dans
le S c h o l. N ie . T h e r . 94e.
2. Cf. Ihm (op. e i t ., p. 60 n. 3), p. 117 n. 67.
3. Vol. V, p. 420 Erbse. Cf. Wilamowitz, p. 177.
4. I, p. 271 Schwartz (FGrHist 383 fr. 3). Cf. Th. Stephanopoulos,
Umgestaltung des Mythos durch Euripides, Athen 1980, p. 170. Müller
(FHG III, p. 309 fr. 3) suggère de l’identifier avec Aristodème
d’Alexandrie et aperçoit dans la scholie une trace de ses Θηβαϊκά.
Cf. E. Schwartz, « Aristodemos 28 », RE II 1, 1895, col. 925.
5. Th. Barthold, De scholiorum in Euripidem ueterum fontibus,
Bonnae 1864, p. 23-25.
Μ APPENDICE

Banhold, d’altribuer à Antigone toutes les scholies sur


les Phéniciennes qui ont été transmises sous le nom
d’Aristodème. La thèse que le nom ’Α ντίγονος soit une
interpolation est cependant bien plus probable.
TABLES DE CONCORDANCE

DORANDI WILAMOWITZ DORANDI


WILAMOWITZ
42 p. 72, 11-12 20B
P-7,3 p. 74, 26-30 22*
p. 7, 9-12 43
44 p. 84, 11-85, 16 23
p. 8,1-2 24
p. 8, 20-22 46 p. 85, 21-25
48 p. 97, 24-28 28*
p. 10,4
49 p. 97, 29-37 29*
p. 10, 4
p. 10. 9-17 47 p. 98, 21-24 25
p. 16, 6-7 51A p. 99a 14-100a 13 26B
p. 25 n. 18 50A p. 99b 14-101b 23 26A
p. 35a l-37a 14 2A p. 102, 3-9 27
p. 35b 1-5 2B p. 102, 16-18, 20-21 30
p. 36b 17-26 3 p. 102, 22-24 31*
p. 39a 2-15 4B p. 116, 1-8 32
p. 39b 1-21 4A p. 116, 8-117a 4 33B
p. 42a 4-19 5 p. 117a 4-8 34B
p. 43, 1-2 6 p. 117a 9-14 35B
p. 43, 3-4 7 p. 117a 15-21 36
p. 62a 16-18 18B p. 117b 1-6 33A
p. 62a 19-24 19B p. 117b 7-16 34A
p. 62b 19-23 19A p. 117b 17-26 35A
p. 63a-66a 9B p. 118b 16-23 37
p. 63b-67b 9A p. 119a 27-120a 4 38B
p. 66, 12-14 10 p. 119b 27-120b 9 38A
p. 66a 6-67a 1 15* p. 122, 34-36 39
P- 67a 14-33 14 p. 126b 10-13 40
P- 68a 1-17 1IB p. 126b 17-27 41
P. 68b 1-8 11A p. 174, 22-23 55A
p. 69, 1-4 12* p. 174, 24-25 55B
P. 70a l-71a 13 17B p. 174, 25-29 56A
P- 70b l-7lb 7 17A p. 174, 31 56B
P- 72, 1-5 21*
DORANDI WÏLAMOWITZ DORANDI WILAMOWITZ

1 dees! 30 p. 102, 16-18,20-21


2A p. 35a I-37a 14 31* p. 102, 22-24
2B p. 35b 1-5 (part.) 32 p. 116, 1-8
3 p. 36b 17-26 33A p. 117b 1-6
4A p. 39b 1-21 33B p. 116, 8-117a 4
4B p. 39a 2-15 34A p. 117b 7-16
5 p. 42a 4-19 34B p. 117a 4-8
6 p. 43, 1-2 35A p. 117b 17-26
7 p. 43, 3-4 35B p. 117a 9-14
8 deest 36 p. 117a 15-21
9A p. 63b-67b (part.) 37 p. 118b 16-23
9B p. 63a-66a 38A p. 119b 27-120b 9
10 p. 66, 12-14 38B p. 119a 27-120a 4
11A p. 68b 1-8 (part.) 39 p. 122, 34-36
1IB p. 68a 1-17 40 p. 126b 10-13
12* p. 69, 1-4 41 p. 126b 17-27
13 deest 42 p.7,3
14 p. 67a 14-33 43 p. 7, 9-12
15* p. 66a 6-67a 1 44 p. 8, 1-2 (part.)
16 deest 45* deest
17A p. 70b l-71b 7 (part.) 46 p. 8, 20-22 (part.)
17B p. 70a 1-7la 13 47 p. 10, 9-17
18A deest 48 p. 10, 4
18B p. 62a 16-18 49 p. 10, 4
19A p. 62b 19-23 50A p. 25 n. 18
19B p. 62a 19-24 50B deest
20A deest 51A p. 16, 6-7 (part.)
20B p. 72, 11-12 51B deest
21* p. 72, 1-5 52A deest
22* p. 74, 26-30 52B deest
23 p. 84, 11-85, 16 53A deest
24 p. 85,21-25 53B deest
25 p. 98, 21-24 54A deest
26A p. 99b 14-101b 23 54B deest
p. 99a 14-100a 13 55A p . 174,22-23
26B
27 p. 102, 3-9 55B p. 24-25
28* p. 97, 24-28 56A p . 174, 25-29

29* p. 97,29-37 56B p. 174, 31 (part.)


in d e x t e s t im o n io r v m

Aristocles a p . Eusebiura, P r a e p a r a t i o e u a n g e l i c a
4A
XIV,18,26
XIV,18, 27 2B

Athenaeus ( E p it.)
I, 15 c 31*
II, 44 e
( E p it.) 10
III, 88 a 55A
IV, 162 e-f 30
VII, 297 e 56A
VII, 303 b 56B
VIII, 345 c-d 38A
X, 419e-420c 26A
X, 437 e 41
XII, 547 d - 548 b 23
XIII, 563 e 33A
XIII, 565 d 37
XIII, 603 e 35A
XIII, 607 e 34A

Diogenes Laertius
II, 15 48
II, 132 28*
II, 136 25
Π, 139-140 26B
Π, 143 27
III, 66 39
IV, 16-20 9B
IV, 21 15*
IV, 22
14
IV, 24-25 1 IB
IV, 26
12*
IV, 28-29
IV, 31 17B
21 *
INDEX TESTIMONIORVM

IV, 32 I8B
IV. 32 19B
IV, 32 20B
IV, 37 22*
V. 67 24
VII, 12-13 32
VU. 13-14 35B
VII, 13 33B
VII, 13 34B
VII, 14 36
VII, 19 38B
VII, 187-188 46
ΣΧ, 49 49
IX, 62-64 2A
IX, 62 3
IX, 66 4B
IX, 110-111 5
I X ,112 6
I X ,112 7

Hesychius
ε 1977 (vol. II, p. 64 Latte) 50B
i 561 (II, p. 360) 50A
o 1872 (II. p. 798) 55B

Hieronymus, De utris illustribus, praefatio,


1-2 1

Ioannes Laurentius Lydus, De mensibus


Π, 10 (p. 30, 17 Wünsch) 52A
III, 11 (p. 50, 11) 53A

PhilodemusAcademicorum historia (PHerc. 1021 et 164),


col. IV, 25-26 (p. 144 Dorandi) 8
col. IV, 38-XIII-XIV-XV (p. 144-148) 9A
col. XVI, 1-15 et 41-S 9 (p. 148-150) 11A
col. XVII, 1-14 (p. 151-152) 17A
col. XVII, 39-XVIII, 7 (p. 152-153) 18A
coi. XVm, 34-41 (p. 153) 19A
col. XIX, 11-16 (p. 154) 20A
col. Q 5-10 (p. 151) 13
col. R 1-11 (p. 150-151) 16

Stoicorum historia {PHerc. 1018)


col. X, 4-8 40
f l muratis historia
indices auctorum lib ro ru m
XXXili-XXXIV 42
XXXIV, 84 43
XXXV, 67-68 44

pseudo-Antigonus, M i r a b i l i a
18
S1B
23
126 (6), 2 54 B
53B
S M iä inAristophanis A u e s
299a (p, 54 Hoiwerda)
S4A
Siephanus Byzantius, s u
Γύαροςίρ, 213-214 M eineke).
51A
Zenobius uulg.,
Prouerbia V, 82
47
TABLE DES MATIERES

AVANT-PROPOS................................................... vu

INTRODUCTION................................................... xi
I. Qui est Antigone de Caryste ? ................... xi
II. Antigone de Caryste biographe................... xxxin
III. Antigone de Caryste historien de l ’art et
sculpteur ? ..................................................... lxxxiii

IV. Synthèse des résultats................................... cxxi

ABRÉVIATIONS...................................................... cxxv

SIGLA......................................................................... cxxxm

TEXTE ET TRADUCTION................................... 1
Vies des philosophes.......................................... 2
Vie de Pyrrhon ......................................... 2
Vie de T im o n ............................................. 6
Vie de P o lé m o n ......................................... 7
Vie de C ran tor........................................... 15
Vie de C r a tè s............................................. 17
Vie d’Adimante d’Étolie .......................... 18
Vie d’Arcésilas .......................................... 19
Vie de L y c o n ............................................. 23
Vie de Ménédème .................................... 25
72 TABLE DES MATIÈRES

Vie de Zénon ..................


Vie de Denys d ’Héraclée 30
34
S ur so n a r t ...................................
35
S ur l e s a n i m a u x ........................
38
S ur l e s t y l e ...................................
42
NOTES COMPLÉMENTAIRES 43
APPENDICE ................................ 59
Liste des hom onym es.............. 59
TABLES DE CONCORDANCE 65

INDEX TESTIMONIORVM . . . 67