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auteur:

Lucia BALANICI, chargée de cours


 1. Caractéristique de l’histoire externe
 2. Caractéristique de l’histoire interne.
 a) Changements dans le système phonétique
 b) Changements grammaticaux
 b1) La déclinaison en Ancien Français. La
désagrégation de la déclinaison;
 b2) L’adjectif en Ancien Français;
 b3) L’évolution de l’article en Ancien Français;
 b4) Le pronom et ses types en Ancien Français;
 c) l’évolution du vocabulaire en Ancien Français.
1. Dragan, E. Histoire de la langue française. Cours
théorique. Bălți, Tipografia USARB, 2004, p.70-118.
2. Danilova, V. Histoire de la langue française.
Volgograd, 2001, p. 13-32.
3. Picoche, J. Histoire de la langue française, Paris :
Nathan, 2004.
4. Тышкевич, Е. Grammaire historique de la langue
française. Тирасполь, 2012, p. 21-39.
5. https://www.espacefrancais.com/histoire-de-la-
langue-francaise/#Lancien-franais-IXe-XIIIesicle-
encore-proche-du-latin
6. http://www.axl.cefan.ulaval.ca/francophonie/HIST_F
R_s3_Ancien-francais.htm
 Au début du IXe siècle, l'État Franc représentait déjà un vaste Empire et
ses frontières étaient fortement consolidées. Suite à la mort du roi des
Francs, Pépin le Bref, son fils aîné Charles lui succède, étant déclaré roi
des Francs en 768, qui deviendra l'un des plus grands souverains de
France, ayant marqué toute la période du Haut Moyen Âge. Il se fera
appeler « le Grand », qui a créé la dynastie des Carolingiens.
 Le portrait de Charles le Grand ou Charlemagne devient connu grâce
à Éginhard, un historien contemporain. Grand (il mesurait 1,92 m), fort
et vigoureux, Charlemagne inspirait le respect de ses ennemis qui
craignaient davantage sa force physique que son intelligence tactique.
D'une réelle bonté, il aimait faire des aumônes aux pauvres, pouvait
éclater en sanglots à l'annonce de la mort d'un ami, et vénérait sa
mère Bertrade, qu'il consultait souvent. Très attachée à sa famille, il ne
se séparait jamais de ses enfants, et a été marié à quatre
reprises. Charlemagne s'instruit beaucoup pour prévenir ses lacunes, il
donne ainsi une éducation complète à ses enfants.
 Profondément religieux, convaincu que Dieu avait confié au
peuple franc et à son souverain la tâche de répandre et de
défendre la foi chrétienne ainsi que les coutumes qu'elle
apportait avec elle, il passe sa vie à combattre les Barbares,
du nord au sud de l'Europe. Ainsi il réussit à établir un
empire chrétien sur la majeure partie de l'Europe
Occidentale, au point que les historiens lui ont attribué, par
la suite, le titre de Pater europae, père de l'Europe moderne.
 Après avoir conquis presque tout l’Occident, Charlemagne est
sacré par le pontif romain et prend le titre inédit d'«Empereur
des Romains ou de l’Occident». La cérémonie se déroule à la
basilique Saint-Pierre de Rome le 25 décembre 800. Après
son couronnement, le centre de gravité de l'Empire se déplace
vers l'Est, formant le grand Empire Carolingien. Mais cet
énorme empire n’a pas pu survivre à la disparition de son
créateur.
La société carolingienne
Les serfs, moteur économique :
L'économie au temps des carolingiens était
fondée sur le travail des serfs. Ceux-ci
n'étaient pas des esclaves, mais des
personnes soumises à un maître, qui
devaient accomplir la tâche qu'on leur
ordonnait et qui restaient attachées à un
domaine.
Le clergé, ciment des peuples:
Charlemagne s’est appuyé tout au long de
son règne, sur l'Église. Le christianisme
formait le ciment unissant les peuples de
l'Empire, qui n'avaient en commun ni la
langue ni les mœurs. Même s'il avait
surveillé toujours de très près les affaires
religieuses, l'empereur a donné une place
de premier rang aux dignitaires de l'Église.
La Renaissance carolingienne
 La création d'écoles : Afin de former des administrateurs
compétents, Charlemagne a favorisé les études et a créé l'École du
palais. Il réussit aussi à imposer des réformes religieuses (réforme
liturgique, discipline dans les abbayes, écriture). Puisque le clergé
devait être instruit, on a créé des écoles auprès des églises et des
monastères. L'Église a passé ainsi vers l'effort d'éducation du
peuple. Dans les monastères, on recopie les Saintes Écritures, de
façon élégante (nouvelle écriture plus ronde : écriture caroline) et
dans un latin correct.
 Charlemagne, restaurateur des arts et des lettres : Sous
l'influence de l'art byzantin, les églises ont été décorées avec des
mosaïques et des fresques. Les arts et les lettres ont subi aussi une
brillante renaissance, la langue latine a été restaurée, des
personnes brillantes comme Alcuin ou Angilbert ont relancé le goût
de la culture antique. L'architecture subit également une véritable
renaissance artistique, inspirée de l'art romain. Les constructions
religieuses connaissent un véritable essor, le palais royal
témoignant également du renouveau de l'architecture civile.
 Après sa mort le trône revient à son fils Louis I le Pieux ou
Débonnaire. C’était le troisième et seul fils survivant
de Charlemagne. Il est nommé roi d'Aquitaine (781) puis associé au
trône (813). De la reine Ermengarde il a trois fils, Lothaire Premier,
qui est déclaré seul héritier et associé à l'Empire en 817, il est sacré
empereur par le pape. Les autres deux fils Pépin et Louis le
Germanique devaient obéir à Lothaire. A la mort d'Ermengarde
Louis le Pieux se remarie (818) et a encore un fils – Charles le
Chauve (823). Dans un nouveau partage, Louis veut attribuer
à Charles la plus grande partie de ses États. Alors, Lothaire avec
ses frères Pépin et Louis le Germanique se révoltent contre leur
père Louis le Pieux et le détrônent par 2 fois en 830 et 833, mais les
deux fois Lothaire se voit forcé de lui rendre la couronne. En 840
Louis Le Pieux meurt. Resté seul empereur à la mort de son père en
840, il a voulu envahir les états de ses deux frères, mais ceux-ci se
sont réunis contre lui et l’ont battu à Fontenay-en-Puisaye en 841.
 On situe la naissance du français vers le IXe siècle, mais ce
français naissant n'occupait encore au IXe siècle qu'une base
territoriale extrêmement réduite et n'était parlé que dans les
régions d'Orléans, de Paris et de Senlis par les couches
supérieures de la population. Le peuple parlait, dans le
Nord, diverses variétés de langue: le françois dans la région
de l'Île-de-France, mais ailleurs c'était le picard, l’artois, le
wallon, le normand ou l'anglo-normand, l'orléanais, le
champenois, etc. Il faut mentionner aussi le breton dans le
Nord-Ouest. Les rois de France, pour leur part, parlaient
encore le francique (une langue germanique) tout en utilisant
le latin comme langue seconde pour l'écrit.
 Le commencement de la langue française est noté par
l’an 842, au commencement du février, où les petits-fils
de Charlemagne, Louis le Germanique et Charles le
Chauve, ont conclu un pacte d’alliance contre leur frère
aîné Lothaire. Ces serments ont été prononcés à
Strasbourg, le 14 février 842, par Charles le Chauve,
qui s'adresse en teudisca lingua aux hommes de son
frère, et par Louis le Germanique, qui s'adresse
en romana lingua aux fidèles de Charles. Les deux
frères se promettent une assistance mutuelle contre les
entreprises de leur frère Lothaire.
 Ces textes ont été transmis, en roman et en
germanique, par l'historien Nithard vers l'an 1000. On
considère que Nithard était le cousin de Lothaire, de
Louis et de Charles, c’est-à-dire le fils de la fille de
Charlemagne - ou mieux dire, son petit-fils.
•Un autre document, qui date de 843, note
la naissance de la nationalité française.
C’est le traité de Verdun de 843 a marqué le
début de la dissolution de l'empire de
Charlemagne, consacrant ainsi sa division
qui s‘est avérée définitive.
•Le traité a divisé le royaume de
Charlemagne en trois États: Charles II (dit
«le Chauve») a reçu la partie ouest (en vert)
de l'Empire franc — la Francie
occidentale à l'ouest de l'Escaut, de la
Meuse, de la Saône et du Rhône (ce qui
deviendra la France) —, Louis Ier (dit «le
Germanique»), la partie est — la Francie
orientale ou Germanie (en jaune) —, et
Lothaire Ier, la partie du centre, la Francie
médiane (en orange) à l'est du Rhône, c'est-
à-dire la Lotharingie (dont le nom se
transformera plus tard en Lorraine), ainsi
que la couronne impériale;
 Le royaume de Lothaire s'étendait de la mer du Nord à l'Italie
et englobait notamment la Bourgogne, les Pays-Bas et la
Belgique actuels.
 Charles II fut le premier «roi de France» — il parlait le
francique rhénan —, mais son règne fut marqué par les
premières incursions des Normands (856-861). Pendant qu'il
guerroyait en Germanie, les Normands mettaient à feu et à
sang les plus grandes villes de France (Paris, Rouen, Nantes,
Bordeaux, etc.).
 Texte en roman de 842 :
Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun saluament, d'ist di in
auant, in quant Deus sauir et podir me dunat, si saluarai eo cist meon fradre
Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra saluar dift,
(in o quid il mi altresi fazet. Et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai qui, meon
uol, cist meon fradre Karle in damno sit).

 Texte en germanique de 842 :


In Godes minna ind in thes christânes folches ind unsêr bêdero gehaltnissî, fon
thesemo dage frammordes, sô fram sô mir Got geuuizci indi mahd furgibit, sô
haldih thesan mînan bruodher, sôso man mit rehtu sînan bruodher scal, in thiu
thaz er mig sô sama duo, indi mit Ludheren in nohheiniu thing ne gegango, the
mînan uuillon imo ce scadhen uuerdhên.

 Français contemporain :
Pour l'amour de Dieu et pour le salut commun du peuple chrétien et le nôtre, à
partir de ce jour, autant que Dieu m'en donne le savoir et le pouvoir, je
soutiendrai mon frère Charles de mon aide et en toute chose, comme on doit
justement soutenir son frère, à condition qu'il m'en fasse autant, et je ne prendrai
jamais aucun arrangement avec Lothaire, qui, à ma volonté, soit au détriment de
mon frère Charles.
 La dislocation de l’empire de Charlemagne a entraîné beaucoup
de conséquences qui ont eu une grande influence sur l’évolution
de la langue française: le règne de la féodalité qui a morcelé
l’autorité royale, les invasions des Normands; l’ère des croisades
qui a fait découvrir l’Orient; la toute puissance de l’Église de
Rome qui a fait assujettir le monde chrétien.
 Les caractéristiques principales du régime féodal ont été le
morcellement et la fidélité. Afin de s'assurer la fidélité de ses
vassaux, un suzerain (seigneur) accordait à chacun d'eux un fief
(une terre) qui leur servait de moyen de subsistance; en retour,
les vassaux s'engageaient à défendre leur seigneur en cas
d'attaque extérieure. Les conséquences politiques de ce système
ont été le morcellement du pays et la constitution de grands
fiefs, eux-mêmes divisés en une multitude de petits fiefs; les
guerres entre les seigneurs étaient très fréquentes parce qu'elles
permettaient aux vainqueurs d'agrandir leur fief.
Dans un tel système, la monarchie demeurait à peu près
sans pouvoir. Au cours du X siècle, les rois ont été obligés de mener
une vie paisible dans leur royaume morcelé et pauvre. Incapable de
repousser les envahisseurs vikings, c’étaient des « hommes du
nord », appelés Northmen ou Normands, le roi de France Charles III
leur a concédé une province entière, la Normandie, dont le suzerain
c’est avéré être plus puissant que le roi de France. C’était le duc de
Normandie qui est devenu roi d’Angleterre en 1066, après avoi
vaincu le roi de France en 1054. Le duc Guillaume II de Normandie,
appelé en Angleterre «William the Bastard» (Guillaume le Bâtard),
est devenu «William the Conqueror» (Guillaume le Conquérant). Le
jour de Noël, il fut couronné roi en l'abbaye de Westminster sous le
nom de Guillaume Ier d'Angleterre.
Les Vikings de Normandie ont perdu graduellement leur
langue scandinave, comme dans le cas des Francs. Ils ont
commencé à mener une vie sédentaire, en créant des familles avec
les femmes du pays, qui parlaient une langue romane qu’elles
devaient ensuite apprendre à leurs enfants. Par conséquent, les
Vikings ont assimilé la lange de leurs femmes, et vers la fin du XI
siècle ils ne parlaient plus la langue scandinave.
 Donc, le morcellement du pays a entraîné un grand
morcellement au niveau linguistique: d’une part on parlait
sur le territoire de la France des langues non romanes
comme le breton, le flamand, le basque, d’autre part les
parlers romans connaissaient une grande et importante
dialectalisation.
 On fait distinction entre la langue d’oil, ainsi baptisée parce
que « oui » était prononcé oil – qui deviendra le français -, et
la langue d’oc, où « oui » se prononçait oc – que certains
appellent de nos jours occitan ou franco-provençal.
 Vers le XI s. ces langues se séparent et forment de divisions
dialectales: la langue d’oil connaissait les dialectes le
françois, le picard, l'artois, le wallon, le normand, l'orléanais,
le champenois, etc.
 Les dialectes d’oc, plus proches du latin, étaient le provençal,
le gascon, le limousin, etc.
Par rapport à cette dispersion linguistique il y a 3
facteurs qui contribuent à l’unification du pays et de la
langue: la royauté, l’église et la bourgeoisie qui se
développait.
Cette unité se manifeste essentiellement dans la
littérature ou le francien, forme dialectale drivée de la langue
d’oil, parlée en Ïle de France, occupe une place privilégiée, car
Paris devient, à partir du XII s., la résidence du roi de France et
le plus grand centre universitaire du pays, le centre du pouvoir
politique, religieux et intellectuel.
La littérature qui naît est illustrée par l’écrit de la vie des
Saints, des chansons de gestes, parmi lesquelles la plus
reconnue est La Chanson de Roland (XI s.), naît la littérature
courtoise avec le roman Tristan et Iseut (XII s.), devenu chef-
d’oeuvre mondial; apparaissent la littérature bourgeoise et la
littérature didactique représentées par le Roman de Renart et le
Roman de la Rose (XIII s).
 Le francien se développe et occupe un territoire assez vaste,
connaissant une expansion vers l’étranger grâce aux diverses
conquêtes.
 En 1066 Guillaume I, le duc de Normandie, conquiert
l’Angleterre et le francien devient langue de pouvoir qui sera
longtemps parlée sur le territoire du pays, laissant des traces
visibles dans l’anglais moderne.
 Les croisades importent en France beaucoup de mots d’origine
arabe. Ex: amiral, coton, sucre, etc.
 À la fin du XIII s. la dynastie angevine fondée en Sicile est
expulsée de l’Ïle, mais ils réussissent à conserver le Royaume de
Naples où le français restera langue officielle jusqu’au XV s.
 Ainsi le français devient langue européenne en concurrence.
 On dit que Marco Polo a écrit ses premiers récits de voyage en
Asie en français; Danté a écrit la première version de la Divine
Comédie en français aussi.
 Le premier document écrit en français « Serment de
Strasbourg » date depuis 842.
 L'ancien français (AF) a transformé considérablement la
langue romane au point de la rendre méconnaissable.
 Le XIII s. Représente l’époque d’âge d’or pour la France qui a
pour effet de transformer la langue. Elle s’enrichit du point
de vue phonétique et lexical et se simplifie sur le plan
morpho-syntaxique.
 Du point de vue phonétique il y avait 33 voyelles:
 9 voyelles orales
 5 v nasales
 11 diphtongues orales
 5 diphtongues nasales
 3 triphtongues.
 Dans le système consonantique apparaissent 3 consonnes
affriquées: [ts], [dz], [tch] – tsent, dzambe, tcheval.
 En latin classique le nom avait trois catégories
grammaticales: le genre, le nombre et le cas. En latin
populaire le nom avait les mêmes catégories grammaticales,
mais elles avaient beaucoup changé.
Ainsi, en LCl le genre n’avait pas une forme spéciale de
distinction, les mêmes désinences pouvaient se rencontrer au
masculin, au féminin et au neutre:
Exemple:

Masc., sing. Fémin., sing. Fém., masc., neutre plur.


Lupus Apris Tabula
Canis Fraxinus Athleta
Frater Mater Labra
 En latin populaire on tâche déjà d’avoir pour chaque valeur
grammaticale une forme spéciale:
 la désinence – us est rencontrée déjà le plus souvent au
masculin,
 la désinence –a devient la forme du féminin.
 Les noms nurus (nora) et sucrus (socra) changent en LP de
terminaison et deviennent : nura, sucra.
 Ainsi les noms féminins finissant en –a sont classés dans la
I-ère déclinaison.
 Les noms masculin avec la terminaison – us forment la II-
ème déclinaison.
 Les noms, ayant d’autres terminaisons de genre différent,
forment la III –ème déclinaison: mater, pater, soror, apris,
etc.
 Les substantifs neutres en –um se déclinent au singulier
comme les noms du masculin et au pluriel comme les noms
du féminin. Par conséquent, les 5 déclinaisons du LCl sont
réduites à 3 en LP.
 En LP se manifeste une tendance prononcée à la réduction du
système casuel, fait expliqué par des causes phonétiques et
notamment par la chute des consonnes finales –m, -s, qui auraient
occasionné la confusion des formes.
 Au commencement disparaît le cas Ablatif, qui est confondu avec
l’Accusatif. Sa réduction s’explique par le fait qu’il devient trop
abstrait, en exprimant une quantité énorme de différents rapports.
On a recours ainsi aux prépositions ab, ad, de pour l’exprimer et
pour introduire des compléments.
 Si en LCl il y avait 6 formes casuelles, alors en LP en reste
seulement deux: Le Nominatif ou le cas sujet, qui accumule le
Vocatif, et l’Accusatif ou le cas régime (objet) qui accumule toutes
les autres formes casuelles (Génitif, Datif, Ablatif).
 Les trois déclinaisons avaient les terminaisons suivantes à ces deux
cas:
I déclinaison II déclinaison III déclinaison
(fém.) (masc.) (fém., masc.)
N. – a / N. – ae N. – us / N. – i N. – es, -is, -er / N. – i
Ac. – am /Ac. - as Ac. – um /Ac. - os Ac. – e(m) /Ac. - es
Déclinaison Latin populaire Ancien français

I-ère N. terra / N. terrae N. terre/ N. terres


Acc. terram / Acc. terras Acc. terre /Acc. terres

II-ème N. murus / N. muri N. murs / N. mur


Acc. murum / Acc. muros Acc. mur / Acc. murs

III -ème N. canis / N. canes (cani) N. chiens/ N. chien


Acc. canem / Acc. canes Acc. chien / Acc. chiens
 Le système casuel subit de grands changements à cause de l’action
des lois phonétiques, fait qui a embrouillé complétement les formes.
Ainsi, certaines consonnes finales (par ex. - m) de l’Accusatif
tombent et les voyelles atones s’assourdissent de plus en plus. Il
devient difficile de distinguer les cas pour les populations
romanisées qui connaissaient peu le latin écrit. On commence, à la
suite, à utiliser les flexions les unes pour les autres. Ferdinard
Brunot explique que ces confusions phonétiques sont plutôt une
suite de nouvelles habitudes syntaxiques et de l’usage croissant des
prépositions. D’autres linguistes expliquent le processus
d’effacement des flexions par la redondance des dernières. Il arrive,
de cette façon, que les formes analytiques supplantent celles
synthétiques:
 Ex: domus patris (G.) – domus de patre (Acc.)
En AF la structure morphologique du substantif n’était plus
homogène. On trouve dns les textes les formes flectives à côté des
formes analytiques. Ainsi, pour exprimer les catégories du nom (genre,
cas et nombre), le nom en AF possédait deux moyens essentiels:
1) La flexion comme moyen morphologique hérité du latin et
2) Les mots-outils (articles, prépositions) qui sont des moyens
syntaxiques et qui se rapportent déjà aux innovations romanes
pour exprimer les catégories grammaticales.
 L’analyse des opposition de genre et de nombre de l’époque
montre qu’elles étaient insuffisamment marquées dans les
flexions. Par exemple, la flexion – e comme marque du
féminin se rencontrait à la fin des mots féminins (mere),
aussi bien qu’à la fin des mots masculin (pere). La flexion
« s » exprimait à la fois le cas, le genre et le nombre.
 Étant déjà polysémique, la flexion –s- est renforcée en AF par
des mots-outils (articles, prépositions). La catégorie du
nombre était le mieux desservie par la flexion « s ».
 L’opposition « Ø » / « s » est constante et commune à tous les
noms féminins:
tere / teres
rose / roses
Cette opposition du singulier et du pluriel des noms masculin
est bien évidente au cas régime:
Sing. – mur
Plur. - murs
 Quant aux oppositions casuelles, elles étaient déjà bien
embrouillées par les débris de la déclinaison latine. Elles
commencent à être rendues par des moyens syntaxiques comme les
prépositions (à, de, par, etc.) et l’ordre des mots. Le français,
comme d’autres langues romanes, abandonne la différence de cas
pour rétablir la différence de nombre.
 Dans la chaîne parlée les noms ont subi les changements suivants
durant les périodes de l’AF et le MF:
1. l’amuissement du « s » final devant la consonne initial du mot
suivant;
2. l’emploi des prépositions pour marquer le cas régime du nom
dans la phrase (étant d’abord un moyen à valeur lexicale, les
prépositions deviennent la marque essentielle des rapports casuels où
les consonnes finales ne s’entendaient plus);
3. La fixation de la place du mot dans la phrase.
4. l’emploi de l’article pour marquer le genre et le nombre des noms.
Le « s » final disparaît de la prononciation vers le XVI siècle. Il n’y a
pas de date exacte du commencement de la décandence de la
déclinaison. Ce procédé évolutif commence par l’emploi des formes
synonymiques coexistantes et concurrentes et s’achève par le
remplacement total de la forme ancienne par la forme nouvelle.
 C’est à cette époque qu’on commence à employer l’article, mais
c’était encore un acte de la parole, car l’évolution de la parole
précède et conditionne l’évolution de la langue. L’article est tantôt
employé, tantôt non. Mais en MF déjà, l’extension et la fréquence
de son emploi contribuent à la grammaticalisation de l’article à
l’intérieur du syntagme nominal. AU XVII siècle les noms perdent
totalement la flexion, le genre et le nombre étant exprimés par
l’article, qui devient marque essentielle du nom.
 Les prépositions ont employées pour sauver les fonctions des cas.
 Tous ces changements se produisaient initialement dans la langue
orale et ensuite devient trait pertinent de la langue écrite.
 On explique la dsparition de la déclinaison différemment:
 1) soit comme suite de l’apparition de nouvelles habitudes
syntaxiques;
 2) soit l’usage croissant des prépositions;
 3) soit la redondance des flexions;
 4) soit les changements phonétiques;
 5) soit l’homonymie casuelle.
 À l’époque de l’apparition des premiers textes français
(VIII-IX s.), les pronoms démonstratifs commencent à
perdre en grande partie leur fonction de pronom et
s’emploient déjà dans le but de déterminer et de définir le
substantif. Ainsi, une nouvelle partie du discours apparaît
– celle de l’article. Préposé au nom, le pronom réduit la
première syllabe et on obtient : illa˂ la, illi ˂ li, etc.
 À la période du IX-XII s., l’insuffisance de l’opposition
casuelle et l’homonymie sont déjà atténuées par l’article,
qui sert à distinguer ou à marquer le cas, le nombre et le
genre du nom qu’il accompagne :
sg. plur.
Cas sujet li mur li mur
Cas régime le mur les murs
 Ainsi on a conservé dans le français moderne les formes du cas
régime le sg., les. plur. C’est notamment au cas régime que l’article
se distinguait au singulier et au pluriel. C’est une distinction de
nombre et de genre aussi. En ancien français apparaissent déjà les
formes contractées de l’article défini. Il y avait trois prépositions qui
se contractaient avec l’article : de, à, en.
 De + le → del (c’était la forme pour les noms qui commençaient par
une voyelle);
 De + le →deu (jusqu’au XVe s., mais à partir du XVII s., on
employait la forme du pour les noms qui commençaient par une
consonne);
 De +les → des (où la consonne finale « s» s’est prononcée jusqu’au
XV s.);
 À +le → al (s’employait devant un nom, commençant par une
voyelle; la forme au s’employait devant les noms commençant par
une consonne, mais cette forme sera prononcée [o] après le XV s.);
 À+les → als→aus→aux (la forme aux apparaît au Moyen
Äge). Les formes el et enl obtenues de la contraction avec la
préposition en disparaissent. La seule forme qu’on a gardée
en français moderne c’est celle du pluriel en +les = ès,
employée dans les expressions figées (docteur ès lettres,
docteur ès sciences, etc.)
 En ancien français, l’article sert à marquer un objet
concret, à l’individualiser (les noms abstraits ne reçoivent pas
encore d’article.). Il continue de remplir parfois la fonction de
pronom démonstratif. La valeur individualisante déterminée est
exprimée par l’article défini. La valeur individualisante
indéterminée est rendue déjà par l’article zéro.
 À cette époque il n’y avait pas encore d’article devant les
compléments, surtout devant ceux circonstanciels. Mais on
l’employait devant les compléments, déterminés par le contexte.
Ex : J’en ferai la justice, où en se rapporte au contexte précédent
et détermine le mot justice.
 Au Moyen Français l’article connaît déjà les formes
suivantes : li, la, le, l’, les, du, des, au, aux, ès. L’article
devient plus habituel et plus fréquent, et il commence à
s’employer devant les noms désignant des peuples, des
provinces, des habitants des villes, etc. Il s’emploie déjà devant
les noms compléments s’ils sont concrets et déterminés.
 L’article indéfini qui apparaît et se développe à la même
époque que l’article défini, est encore plus rarement employé. Il
s’enrichit d’une nouvelle forme - des, auprès de celles
existantes déjà (un, une, uns), qui est pourtant rare au Moyen
Français (MF). Au XV s., il commence à apparaître devant les
noms précédés d’un adjectif, avec les noms en fonction
d’attribut, dans les comparaisons, etc.
 En MF l’article partitif reçoit sa forme et sa spécialisation. Les
formes de l’article du, de la traduisent l’idée de partitivité.
Avec le temps, son emploi s’étend graduellement et l’article
partitif s’applique aux noms qui désignent des objets
indéterminés (manger du pain, manger des fruits, boire de
l’eau).
 Par extension syntaxique, l’article partitif atteint les
compléments directs, aussi bien que les sujets et les COI.
 L’emploi de l’article partitif devient régulier vers le XVI. Au
XVII et XVIII, se constitue définitivement le système de l’article
en français moderne.
 L’article défini se caractérise par ses deux valeurs
d’individualisation déterminée et de génération.
 L’article indéfini reçoit sa valeur d’individualisation
indéterminée et le partitif apparaît devant les noms non
nombrables (en fonction d’indétermination).
 Mais il s’emploie aussi devant le noms concrets, ce qui lui
confèrent de nouvelles nuances de sens.
 Ex. Il y a du dimanche dans l’air – pour rendre l’état d’esprit;
 Y a-t-il du lièvre? – pour marquer le collectif.

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