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Sciences éco

Sciences
économiques

SES
et sociales

T
le
SES

2020 Sous la direction


Programme
d’Isabelle Waquet

Tanguy Cornu
Professeur au lycée du Grand Nouméa, Nouvelle-Calédonie (988)
Coordination scientifique de la sociologie et de la science politique

Aomar Aoulmi
Professeur au lycée Notre-Dame de Sainte-Croix, Neuilly-sur-Seine (92)

Lucile Belda
Académie de Créteil (94)

Stéphanie Fontaine
Professeure au lycée Charles de Gaulle, Poissy (78)

Sophie Laval
Professeure au lycée Senghor, Magnanville (78)

Alice Pavie
Académie d’Aix-Marseille (13)

Miguel Sarzier
Professeur au lycée Camille Vernet, Valence (26)

Jérôme Villion
Professeur au lycée Bellepierre à Saint-Denis, La Réunion (974)

Méthodes Grand Oral (p. 99, 223 et 373) SES et cinéma


Joseph Rottner Thomas Cassigneul
Enseignant UTC, formateur pour le concours Professeur de cinéma audiovisuel
« Fleurs d’éloquence » de Sorbonne Université, au lycée Bréquigny, Rennes (29)
fondateur d’Oratoria® Paris
- Ateliers éloquence
Édition : Vanessa Colnot
Mise en page et réalisation des graphiques : Yves Tremblay
Couverture : Primo & Primo

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© Magnard – Paris, 2020 – 5 allée de la 2e D.B., 75015 Paris


ISBN : 978-2-210-11384-8
SOMMAIRE

SCIENCE ÉCONOMIQUE

1 Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ?................................................ 4


2 Quels sont les fondements du commerce international et de l’internationalisation
de la production ?.............................................................................................................................23
3 Comment lutter contre le chômage ?..............................................................................................39
4 Comment expliquer les crises financières et réguler le système financier ?................................55
5 Quelles politiques économiques dans le cadre européen ?............................................................71

SOCIOLOGIE ET SCIENCE POLITIQUE

6 Comment est structurée la société française actuelle ?..............................................................102


7 Quelle est l’action de l’École sur les destins individuels et sur l’évolution de la société ?..........118
8 Quels sont les caractéristiques contemporaines et les facteurs de la mobilité sociale ?...........133
9 Quelles mutations du travail et de l’emploi ?................................................................................150
10 Comment expliquer l’engagement politique dans les sociétés démocratiques ?........................165

REGARDS CROISÉS

11 Quelles inégalités sont compatibles avec les différentes conceptions de la justice sociale ?.....180
12 Quelle action publique pour l’environnement ? ...........................................................................196

Savoir-faire.................................................................................................................................................. 211

Épreuve composée
Sujet 1 ..................................................................................................................................................225
Sujet 2 ..................................................................................................................................................227

SES et cinéma - Fiches d’activité photocopiables...............................................................................229

SOMMAIRE. 3
CHAPITRE 1 Quels sont les sources et les défis
de la croissance économique ?  Manuel p. 10-39

I. Présentation du chapitre naturelles, la pollution ou le réchauffement climatique. Il


s’agira alors de montrer en quoi le progrès technique peut
Ce chapitre est le premier chapitre de science écono­ constituer un moyen de repousser ces limites.
mique du manuel. Il précède des chapitres respectivement
consacrés à l’étude des fondements du commerce inter­
national, des moyens pour lutter contre le chômage, des II. La mise en œuvre du programme
dysfonctionnements du système financier et des disposi­
tifs pour le réguler.
dans le chapitre
Il est structuré en trois axes, qui constituent chacun un La page de sensibilisation permet d’introduire le progrès
des dossiers du chapitre. technique qui est la source essentielle de croissance sur
le long terme tout en exposant les limites environne­
→→1er AXE mentales de la croissance.
Le premier axe invite à comprendre le processus de Le premier dossier rappelle comment les économistes
croissance économique et à identifier ses sources. définissent et mesurent la croissance économique. Il
Il s’agira de mettre en évidence que la croissance écono­ souligne ensuite que le processus de croissance est
mique est un phénomène récent à l’échelle de l’histoire un phénomène cumulatif qui a permis une formidable
de l’humanité ; elle apparaît au début du XIXe siècle avec la progression du niveau de vie depuis la Première révolu­
Première révolution industrielle. Du fait de son caractère tion industrielle au XIXe siècle. Enfin, les sources de la
cumulatif, elle a permis une progression considérable du croissance économique sont analysées à travers la contri­
niveau de vie mondial. bution des facteurs de production (travail et capital) à la
croissance. Une partie de la croissance économique reste
L’étude des sources de la croissance s’inscrit résolument
inexpliquée par la contribution de ces facteurs : c’est la
dans une approche orientée « fonction de production ».
PGF qui est largement alimentée par le progrès technique.
La  mesure des contributions respectives des facteurs
travail et capital n’épuise pas l’explication de la croissance. Le deuxième dossier s’intéresse aux décisions écono­
Il reste un résidu que les économistes dénomment produc­ miques des agents à l’origine du progrès technique.
tivité globale des facteurs (PGF). La croissance de la PGF Il s’intéresse au rôle fondamental des entrepreneurs
est en grande partie alimentée par le progrès technique. innovateurs mais aussi à celui des pouvoirs publics.
Il souligne ensuite que l’innovation est à l’origine d’un
→→2e AXE phénomène de « destruction créatrice » favorable à la
Dans le deuxième axe, le propos passe d’une approche croissance mais générateur de résistances et de conflits
exogène du progrès technique à une approche endo­ car le progrès technique fait à la fois des gagnants et des
gène. Il s’agit de déterminer quelles sont les décisions perdants. Le dossier se termine sur l’analyse du cadre
économiques privées et publiques favorisant le progrès institutionnel favorable à la croissance. Ce cadre doit,
technique. d’une part, inciter les agents économiques à investir
et à innover et, d’autre part, empêcher l’édification
Ces décisions se prennent dans un cadre institutionnel
de barrières à l’entrée qui, en préservant les rentes,
définissant les incitations auxquelles sont confrontés
compromettent la destruction créatrice.
les agents. Il conviendra donc de réfléchir aux carac­
téristiques que doivent revêtir les institutions pour être Le troisième dossier permet de présenter les deux
favorables à la croissance économique. grandes limites de la croissance contemporaine : le
Parce que la croissance économique fondée sur l’inno­ développement des inégalités et la dégradation de l’en­
vation repose sur la destruction créatrice, elle génère de vironnement. Le progrès technique contemporain est
ce fait des perdants et des gagnants. Il s’agira alors de biaisé, c’est-à-dire qu’il ne fait pas varier de manière
souligner que de bonnes institutions doivent empêcher uniforme les rémunérations des différents agents
que les perdants fassent obstacle, de quelque manière économiques et creuse de ce fait les inégalités. Par
que ce soit, au progrès technique. ailleurs la soutenabilité de la croissance est remise en
cause par les dégâts environnementaux qu’elle occa­
→→3e AXE sionne : épuisement des ressources naturelles, pollution
et réchauffement climatique. Ces limites écologiques
Le dernier axe analyse les grands défis contemporains
de la croissance sont la conséquence de défaillances du
auxquels est confrontée la croissance contemporaine.
marché (externalités et biens communs notamment).
D’une part, la croissance contemporaine alimente la Pour conclure, il s’agira de montrer que les innovations
dynamique des inégalités parce que le progrès technique vertes peuvent contribuer à la soutenabilité de la crois­
est biaisé en faveur des plus qualifiés, du talent et des sance. Pour inciter les agents économiques à investir
tâches non routinières. dans ces technologies vertes, il est toutefois nécessaire
D’autre part, la croissance se heurte à des limites environ­ que les pouvoirs publics interviennent sur les marchés
nementales sérieuses comme l’épuisement des ressources pour corriger leurs défaillances.

4
BIBLIOGRAPHIE ET SITOGRAPHIE
Voici quelques ressources susceptibles de compléter et enrichir les informations présentes dans les
documents du chapitre :
-- A. Bergeaud, G. Cette, R. Lecat, Le Bel avenir de la croissance, Odile Jacob, 2018.
-- Ph. Aghion, Repenser la croissance économique, Collège de France / Fayard, 2016.
-- D. Acemoglu, J. A. Robinson, Prospérité, puissance et pauvreté. Pourquoi certains pays réussissent-ils
mieux que d’autres ?, Éditions Markus Heller, 2015.
-- E. Brynjolfsson, A. MacAfee, Le Deuxième âge de la machine, Odile Jacob, 2016
-- Les cours de Philippe Aghion au Collège de France dans le cadre de la chaire Économie des institutions,
de l’innovation et de la croissance : https://www.college-de-france.fr/site/philippe-aghion/index.htm
-- Une base de données statistiques sur la productivité par Antonin Bergeaud, Gilbert Cette et Rémy
Lecat : http://www.longtermproductivity.com

III. Corrigés
PAGES D’OUVERTURE p. 10-11 (valeur de la production – valeur des consommations
intermédiaires) réalisée par chaque agent économique
1. La croissance économique correspond à l’augmenta­ résident.
tion de la production de richesse dans un pays sur une 2. Le PIB est un agrégat macroéconomique corres­
période donnée. Elle est mesurée à travers la variation pondant à la somme des valeurs ajoutées réalisés
de l’indicateur de richesse PIB. par l’ensemble des agents économiques résidents.
2. En utilisant des robots, l’industrie peut produire plus Le PIB réel se distingue du PIB nominal parce qu’il
efficacement, c’est-à-dire produire une plus grande est déflaté : les statisticiens retranchent de la crois­
quantité de biens et augmenter leur qualité, ce qui est sance économique ce qui relève de la hausse du niveau
facteur de croissance économique. général des prix. Le PIB par habitant correspond au
niveau de vie.
3. Le développement de certaines activités productives
comme l’agriculture ou l’exploitation de ressources 3. Le niveau de vie augmente lorsque la croissance du
forestières ou minérales engendre de la déforestation PIB excède la croissance de la population.
en Amazonie. 4. La croissance économique est un phénomène de
long terme qui se distingue d’un phénomène conjonc­
DOSSIER 1 turel comme l’expansion. La croissance économique
se distingue aussi du développement qui intègre des
Qu’est-ce que la croissance économique dimensions plus qualitatives comme l’accès à la santé
et quelles sont ses sources ? p. 12-17 ou à l’éducation par exemple.

A. Comprendre le processus de croissance Doc. 2 La croissance : un processus


économique cumulatif
Doc. 1 La croissance économique : définition 5. La règle des 70 indique combien d’années il faudra
et mesure pour que le PIB double. Pour un taux de croissance de
1 %, il faut 70 ans pour doubler le PIB ; pour un taux de
1. Les économistes mesurent la production de richesse croissance de 2 %, il faut 35 ans, pour un taux de crois­
sur une période donnée à travers la valeur ajoutée sance de 3 %, il faut 23,3 ans, etc.

6. PIB dans 70 ans en appliquant PIB dans 70 ans en utilisant


la règle des 70 le taux de croissance annuel moyen
Économie avec un TCAM de 2 % Le PIB double tous les 35 ans soit deux fois
100 x 1,0270 = 399,96
(PIB initial = 100) en 70 ans : PIB = 100 x 2 x 2 = 400
Économie avec un TCAM de 3 % Le PIB double tous les 23,33 ans soit trois
100 x 1,0370 = 791,78
(PIB initial = 100) fois en 70 ans : PIB = 100 x 2 x 2 x 2 = 800

7. Les résultats obtenus avec la règle des 70 sont très 8. Une différence de taux de croissance qui peut paraître
proches de ceux obtenus en mobilisant les TCAM. La règle modeste (1 point d’écart) débouche sur un écart de
des 70 approxime donc plutôt bien le temps nécessaire production très conséquent au bout de 70 ans parce que
pour que le PIB double pour un taux de croissance donné. la croissance est un processus cumulatif.

CHAPITRE 1 Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ? 5


Doc. 3 La croissance économique : B. Les sources de la croissance : travail,
un phénomène récent à l’échelle de l’histoire capital et productivité
de l’humanité
Doc. 1 Les différentes contributions
9. Entre l’an 1 et 1820, le niveau de vie mondial a été multi­ à la croissance
plié par 1,3 (615/467 = 1,3). Entre 1820 et 2010, le niveau
de vie mondial a été multiplié par 12,7 (7814/615 = 12,7). 1. Le facteur capital désigne l’ensemble des biens de
production qui sont utilisés sur plusieurs cycles de
10. Avant 1820, le niveau de vie mondial stagne parce que
production (plus d’un an) : ce sont par exemple les bâti­
l’économie est prise dans la trappe malthusienne. Quand
ments, les machines, les automobiles, les ordinateurs. Le
l’économie connaît une phase de croissance économique,
facteur travail correspond au nombre d’heures de travail
le niveau de vie augmente dans un premier temps mais,
que la population met à disposition de l’économie.
très vite, cette hausse du PIB par habitant stimule la nata­
lité et réduit dans le même temps la mortalité si bien que la 2. La quantité de travail disponible dans une économie
population augmente et ramène le PIB par tête à un niveau dépend de variables sociodémographiques : l’effectif de
de subsistance qui constitue l’équilibre de long terme. la population, la part de la population en âge de travailler,
les comportements d’activité, le niveau de chômage et
11. Après 1820, certaines économies sortent de la trappe la durée annuelle moyenne du travail. La quantité de
malthusienne. Le progrès technique rend possible une capital disponible dépend des investissements qui ont
croissance économique forte et durable qui dépasse la été réalisés.
croissance démographique et rend donc possible l’amé­
lioration continue du niveau de vie. 3. L’accumulation des facteurs travail et capital
contribue à la croissance économique mais, une fois
leurs contributions respectives déduites, il reste une
Doc. 4 Les caractéristiques de la « croissance partie de la croissance qui ne s’explique pas par l’ac­
économique moderne » cumulation des facteurs. Les économistes dénomment
productivité globale des facteurs (PGF) cette partie de la
12. Le progrès technique permet aux économies de croissance économique non expliquée par la croissance
proposer une diversité croissante de biens. Par exemple, des facteurs de production.
les technologies de l’information et de la communica­
tion ont donné accès à la population aux ordinateurs, à 4. Taux de croissance économique = contribution du
Internet, au GPS, au smartphone, etc. facteur travail à la croissance + contribution du facteur
capital à la croissance + variation de la PGF. Si le taux
13. La croissance économique engendre des modi­ de croissance économique est de 5 %, la contribution du
fications des structures de l’économie : modification facteur travail de 2 % et la contribution du facteur capital
démographique avec la transition démographique et le de 1 %, le résidu s’élève alors à 2 %. Il représente la varia­
vieillissement démographique ; modification sectorielle tion de la productivité globale des facteurs.
de l’activité avec l’industrialisation puis la tertiarisation ;
modification de l’organisation des entreprises avec le Doc. 2 Distinguer croissance extensive
développement des grandes entreprises intégrées
verticalement puis de la firme réseau ; urbanisation ; et croissance intensive
modification des structures de consommation avec la 5. La croissance extensive est une croissance fondée
hausse de la part des biens supérieurs (loisirs, santé, sur l’accumulation de facteurs de production alors que
culture) dans le budget, etc. la croissance intensive est une croissance fondée sur
l’amélioration de la productivité globale des facteurs.
FAIRE LE POINT 6. La productivité du travail met en rapport la production
réalisée avec la quantité de travail qui a été mobilisée. Les
Somme des valeurs ajoutées réalisées économistes la qualifient de productivité apparente parce
par les agents économiques = PIB nominal que l’indicateur fait comme si la production était intégra­
lement permise par le facteur travail. Comme la hausse
de la quantité de capital fait augmenter la production, elle
PIB nominal / indice des prix
fait logiquement augmenter la productivité du travail.
à la consommation = PIB réel
7. Il ne faut pas définir la croissance intensive comme
une croissance fondée sur les gains de productivité du
PIB réel / population = niveau de vie travail parce que ces derniers peuvent provenir de l’ac­
cumulation de facteur capital, ce qui correspond à de la
croissance extensive. La croissance intensive est donc la
Croissance Croissance croissance qui se fonde sur l’amélioration de la produc­
démographique < démographique > tivité globale des facteurs.
croissance économique croissance économique
= hausse du niveau = baisse du niveau 8. a. La croissance est stimulée parce que la quantité
de vie de vie d’heures travaillées dans l’économie augmente ; b. La
croissance est stimulée parce que la quantité de capital

6
augmente ; c. La croissance est diminuée parce que la 2. Faux. La hausse de la productivité du travail peut
quantité d’heures travaillées dans l’économie diminue ; provenir d’une hausse de l’intensité capitalistique qui
d. La croissance est stimulée parce que la PGF est procède de l’accumulation de capital.
améliorée ; e. La croissance est stimulée parce que la 3. Oui. Elle est passée de plus de 3 000 heures au XIXe siècle
quantité d’heures travaillées dans l’économie ainsi que à 1 600 heures aujourd’hui dans les pays de l’OCDE.
la PGF sont augmentées.
4. Vrai. Elle se calcule comme un résidu.
Doc. 3 La décomposition comptable
de la croissance C. Progrès technique et productivité
9. Il faut distinguer la croissance des différents facteurs
globale des facteurs de production
de croissance de leur contribution à la croissance du
PIB. Chaque contribution explique x points du taux de Doc. 1 Le progrès technique accroît la PGF
croissance du PIB et la croissance de chaque facteur de 1. On qualifie la PGF de résidu parce qu’elle est calculée
croissance est plus forte que sa contribution. Par exemple, de manière résiduelle en retranchant au taux de crois­
la croissance de la PGF explique 1,6 point des 3,3 % de sance observé les contributions respectives du facteur
croissance annuelle moyenne du PIB américain entre 1890 travail et du facteur capital.
et 2017 mais sa croissance n’est pas de 1,6 %. La crois­
sance de la PGF explique donc près de 50 % du taux de 2. Le progrès technique est défini par les économistes
croissance annuel moyen du PIB américain sur la période. comme l’accroissement de la connaissance que les
hommes ont des lois de la nature appliquée à la produc­
10. et 11. Entre 1890 et 2017, le PIB de la zone euro a tion se traduisant par des innovations et un accroissement
augmenté en moyenne chaque année de 2 %. Cette crois­ de la PGF. Il se concrétise dans de nouvelles techniques
sance s’explique à hauteur de 1,4 point par la croissance de production, de nouvelles manières d’organiser le
de la PGF, à hauteur de 0,8 point par l’augmentation processus de production ou de nouveaux produits.
de l’intensité capitalistique, à hauteur de 0,3  point par
l’augmentation de la population et à hauteur de 0,1 point 3. Le progrès technique permet d’augmenter la quan­
par l’augmentation du taux d’emploi. Sur la période, la tité mais aussi la qualité de la production sans qu’il soit
durée travaillée par employé a contribué négativement à nécessaire d’accumuler des facteurs de production.
la croissance à hauteur de 0,6 point. Cela signifie que la La partie de la croissance économique non expliquée
durée annuelle moyenne du travail s’est fortement réduite par l’accumulation de facteurs, autrement dit la PGF,
entre 1890 et 2017. devient plus importante. L’exemple des technologies de
l’information et de la communication (TIC) permet d’il­
12. La PGF explique près de 50 % de la croissance écono­ lustrer ce phénomène. La croissance exponentielle de la
mique aux États-Unis, plus de 60 % en Allemagne et en performance des microprocesseurs que décrit la loi de
France. Ces statistiques indiquent que la croissance de Moore permet à l’économie de bénéficier de nouveaux
la PGF est la source essentielle de la croissance écono­ biens plus performants (smartphone par exemple) mais
mique depuis 1890 dans les pays développés. dont le prix ne cesse de baisser. Ces TIC ont également
permis de modifier en profondeur l’organisation des
Doc. 4 La croissance extensive n’est pas firmes qui ont ainsi pu devenir plus productives. Ce sont
durable en effet les TIC qui ont, par exemple, rendu possible
l’émergence de la firme réseau.
13. L’intensité capitalistique désigne la quantité de
capital qui est disponible pour chaque travailleur.
Doc. 2 La technologie, un facteur de produc-
14. La loi des rendements factoriels décroissants stipule
tion aux propriétés étonnantes
qu’au fur et à mesure que la quantité d’un facteur
augmente alors que l’autre facteur reste stable, la 4. Les économistes parlent de rendements d’échelle
productivité marginale de ce facteur décroît. croissants lorsque la variation des facteurs de produc­
15. Il découle de cette loi que la croissance économique tion engendre une variation plus que proportionnelle de
extensive n’est pas durable. L’augmentation de l’inten­ la valeur de la production. Il est par exemple possible
sité capitalistique se traduit par des gains de productivité de parler de rendements d’échelle croissants lors­
de plus en plus faibles, donc une hausse du niveau de vie qu’une multiplication par deux de la quantité de facteurs
de moins en moins rapide et une hausse de l’épargne engendre une multiplication par plus de deux de la valeur
de plus en plus restreinte qui, à un certain point, est de la production.
totalement absorbée par l’amortissement si bien que 5. La technologie est tout d’abord un bien non rival : son
l’accumulation de capital et la croissance s’épuisent. utilisation par un agent économique n’empêche pas un
autre agent de l’utiliser lui aussi. De ce fait, une fois que
FAIRE LE POINT la technologie est produite, tous les agents économiques
voient potentiellement leur productivité augmenter.
1. Faux. C’est la croissance de la PGF qui est la princi­ C’est aussi un bien cumulatif : les nouvelles connais­
pale contribution à la croissance économique des pays sances ont été établies à partir de plus anciennes et
développés depuis 1890. permettrons d’en établir de nouvelles. Les technologies,

CHAPITRE 1 Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ? 7


par leur effet cumulatif, sont donc facteur d’énormes résiduelle, la PGF est le réceptacle de l’influence sur la
gains potentiels de production. croissance d’un ensemble de phénomènes qu’il est diffi­
6. Le progrès technique se traduit en de nouvelles cile d’identifier et de quantifier.
connaissances appliquées à la production ou à la
commercialisation que tous les agents économiques FAIRE LE POINT
peuvent utiliser. Par conséquent, leur production
augmente alors que la quantité de facteur n’a pas 1. Vrai. Les périodes de diffusion d’innovation à portée
changé. On observe donc une croissance de la PGF et générale s’accompagnent d’une hausse du taux de crois­
des rendements d’échelle croissants. sance de la PGF.
Le progrès technique est également un processus cumu­ 2. Vrai. Parce que la technologie est un bien non rival et
latif dans le sens où les technologies vont permettre cumulatif.
l’émergence de nouvelles connaissances qui pourront 3. Faux. Il faut aussi prendre en compte la qualité des
donner naissance à de nouvelles technologies. Ces facteurs de production, la qualité de l’allocation des
dernières permettent l’apparition de nouveaux produits facteurs de production, le niveau de confiance réciproque
mais aussi de nouvelles techniques de production, de entre les agents économiques, etc.
nouvelles techniques commerciales, de nouvelles tech­
niques organisationnelles qui augmentent la valeur de 4. Vrai. Elle est obtenue de manière résiduelle et
la production sans qu’il soit nécessaire d’accumuler des concentre l’influence sur la croissance de nombreux
facteurs. On observe donc une croissance de la PGF et phénomènes.
des rendements d’échelle croissants.
DOSSIER 2
Doc. 3 Progrès technique et vagues Quel rôle pour le progrès technique,
de croissance de la productivité
l’innovation et les institutions
7. Au XXe siècle, deux révolutions industrielles ont eu lieu : dans la croissance ? p. 18-23
– celle fondée sur les innovations à portée générale que
sont l’électricité, la chimie et le moteur à explosion ; A. Le progrès technique est endogène
– celle fondée sur les technologies de l’information et de
la communication (TIC). Doc. 1 Qu’est-ce que le progrès technique ?
8. Ces révolutions technologiques s’accompagnent d’une 1. La recherche fondamentale produit des connais­
accélération de la croissance de la PGF. Aux États-Unis, sances. Si elle peut mener à des découvertes et des
le taux de croissance de la PGF passe de 1 % en 1910 à inventions (nouveau produit, nouveau procédé… totale­
3,8 % en 1940 (vague de productivité associée à l’électri­ ment inconnu jusqu’alors), la perspective d’applications
cité) puis de 1 % en 1980 à 1,5 % à la fin des années 1990 industrielles et commerciales (innovations) éventuelles
(vague de productivité associée aux TIC). ne guide pas la démarche du chercheur. Ainsi, lorsque
9. La vague de l’électricité est qualifiée par l’économiste le physicien et chimiste Faraday mène ses travaux sur
américain techno-pessimiste Robert Gordon de « One big l’électromagnétisme, il n’imagine sans doute pas qu’ils
Wave » parce que la révolution de l’électricité, en compa­ déboucheront sur le moteur électrique. En revanche,
raison de la révolution des TIC, a engendré des gains de les inventions de l’équipe d’Edison qui permettront
productivité beaucoup plus intenses (3,8 % contre 1,5 %) de mettre au point l’ampoule à filament laissent déjà
et sur une période beaucoup plus longue (70 ans contre présager les innovations industrielles et commerciales
40 ans). qui conduiront au développement de l’éclairage élec­
trique, telles que celles réalisées par Westinghouse
Doc. 4 Le progrès technique n’est pas (courant alternatif et infrastructures permettant la
distribution de l’électricité aux États-Unis).
la seule source de croissance de la PGF
2. Le succès de l’électricité tient à la succession et à la
10. L’accroissement de la PGF ne s’explique pas unique­ complémentarité des progrès scientifiques, techniques et
ment par le progrès technique. L’âge du capital, le niveau commerciaux réalisés grâce à l’inventivité et l’ingéniosité
d’éducation, la confiance réciproque, la qualité de l’allo­ de chercheurs et d’entrepreneurs qui ont permis que se
cation des facteurs de production impactent également mette en place la séquence : recherche fondamentale →
la PGF. invention → innovations industrielles et commerciales.
11. Des travailleurs plus formés deviennent plus produc­
3. Dans une lettre au Président de la République publiée
tifs. La production augmente alors que la quantité de
sur le site du journal Le Monde (03/11/2007) sous le titre
facteurs n’a pas augmenté : la qualité du facteur travail « Sans théorie de la relativité, pas de GPS » , l’astronome
stimule donc la PGF. Il en va de même pour le capital. Cédric Foellmi explique que la théorie de la relativité,
Sa qualité, c’est-à-dire la technologie qu’il intègre, peut découverte grâce aux travaux de recherche fondamen­
être estimée à travers l’âge du capital. tale d’Albert Einstein, est au fondement des innovations
12. Moses Abramowitz qualifie le résidu qu’est la PGF industrielles et commerciales qui ont débouché sur la
de « mesure de notre ignorance ». Obtenue de manière mise au point et la diffusion des GPS.

8
Doc. 2 Le rôle fondamental des entrepreneurs­ capital public : école, université, laboratoire de recherche,
innovateurs hôpitaux, infrastructures de communication.

4. Innovation de produit : l’automobile électrique ; inno­ Doc. 4 L’État incitateur de la recherche


vation de procédé : la production assistée par ordinateur ; privée en France
innovation organisationnelle : la firme fordiste intégrée
verticalement, la firme-réseau, les différentes formes 11. On constate un moindre effort de R&D en France que
d’organisation du travail ; nouvelle source de matière dans les autres pays développés. C’est vrai à la fois pour
première : les énergies renouvelables ; innovation de l’effort global de R&D mais aussi pour l’effort de R&D
marché : vente par correspondance sur catalogue, vente des entreprises.
en ligne. 12. L’effort de R&D des entreprises est très impor­
5. Pour J. Schumpeter, l’entrepreneur est l’agent tant parce que ce sont des dépenses qui ont le plus de
économique qui casse les routines en introduisant des chances de se traduire rapidement et directement en
innovations dans l’économie. Elon Musk est un bon innovation. Toutefois, cet effort est insuffisant et ceci
exemple d’entrepreneur qui a contribué à introduire dans pour deux raisons. Tout d’abord, les firmes ne prennent
l’économie des innovations comme les paiements en ligne pas en compte les externalités positives de ces dépenses
(Paypal), la voiture électrique (Tesla) ou encore le trans­ et ont donc tendance à sous-investir par rapport à ce
port spatial (SpaceX). qui serait optimal pour la société. Ensuite, les résultats
des dépenses de R&D étant très incertaines, les banques
6. En innovant, l’entrepreneur se trouve en situation de
rechignent souvent à les financer.
monopole. Il acquiert donc un pouvoir de marché qui lui
permet de tarifer ses produits à un prix supérieur au prix 13. L’État, garant de l’intérêt général, doit donc inciter les
de marché. C’est cette rente de monopole qui incite les firmes à réaliser des dépenses de R&D en leur faisant
entrepreneurs à prendre des risques pour introduire des internaliser les externalités positives de la R&D à travers
innovations. Cette rente est toutefois provisoire parce par exemple le Crédit d’impôt recherche.
que progressivement d’autres entreprises imitent l’in­
novation, ce qui renforce la concurrence et affaiblit les FAIRE LE POINT
revenus que l’entrepreneur tire de son innovation.
Découverte des gênes = recherche fondamentale
7. Parce que la rente est provisoire, menacée en perma­
nence par l’entrée de nouveaux concurrents qui imitent ou Moteur à explosion = invention
innovent, les entrepreneurs sont en permanence incités à Téléphone portable = innovation
innover pour survivre et échapper à la concurrence.
B. Innovation et processus de destruction
Doc. 3 Le progrès technique : conséquence
créatrice
des investissements dans différentes
formes de capital Doc. 1 Comprendre le processus
8. Les investissements en capital physique contribuent de destruction créatrice
au progrès technique lorsque l’utilisation de ces biens 1. L’innovation est à l’origine d’un processus de
de production débouche sur de nouvelles connaissances destruction créatrice parce qu’elle crée de nouvelles
qui pourront être appliquées à des fins industrielles ou activités mais, dans le même temps, déclasse et rend
commerciales. Par exemple, Henri Ford a tiré profit de obsolète d’anciennes activités ce qui les fait disparaître.
l’énergie électrique pour mettre en œuvre une nouvelle Ce mouvement de destruction créatrice permis par l’in­
organisation du travail et de la production : le travail à novation renouvelle en permanence le tissu productif.
la chaîne.
2. Jusqu’à présent, les créations d’activité et donc d’em­
9. Lorsque les agents économiques sont mieux formés, ils ploi l’ont toujours emporté sur les destructions et ceci
sont plus à même de produire de nouvelles connaissances pour trois raisons : 1) les secteurs qui se développent
qui pourront être appliquées à des fins industrielles ou créent directement de l’activité et de l’emploi ; 2) ils
commerciales. en créent aussi indirectement en amont et en aval de
10. Les investissements privés dans les différentes leur activité ; 3) les gains de productivité augmentent le
formes de capital (technologique, humain et physique) pouvoir d’achat et permettent le développement d’une
génèrent des externalités positives favorables à la crois­ demande qui s’adresse à de nouveaux secteurs.
sance économique. Le marché ne produit toutefois pas 3. Le développement du commerce en ligne permet
des incitations suffisantes pour que les agents privés à la d’illustrer ces trois points. Le commerce en ligne
recherche de leur intérêt personnel investissent autant embauche du personnel pour son activité (mettre en
qu’il le faudrait dans ces différentes formes de capital ligne les produits, réaliser le service après-vente, suivre
parce que les externalités positives ne sont pas valori­ les commandes, préparer les commandes et les expédi­
sées par le système de prix. Il est donc nécessaire que les tions, etc.), génère de l’activité chez ses fournisseurs en
pouvoirs publics, garants de l’intérêt général, investissent amont (les offreurs de logiciel, le BTP, la maintenance
dans ces différentes formes de capital en accumulant du informatique et réseau, le référencement, etc.) et en

CHAPITRE 1 Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ? 9


aval (la livraison), permet une baisse des prix des biens la main-d’œuvre (construction de logements dans les
qui libère du pouvoir d’achat qui se dirige vers d’autres métropoles qui créent beaucoup d’emploi, amélioration
secteurs, notamment les services. des transports en commun, etc.).
4. L’innovation d’un appareil photo numérique détruit
un certain nombre d’activités comme la fabrication des Doc. 4 La destruction créatrice : un processus
appareils photos argentiques, des pellicules photos, conflictuel
l’impression des photos mais elle en crée aussi de
nouvelles comme les sites de partage des photos en 11. La machine à tisser fait à la fois des gagnants et
ligne, la fabrication des appareils photos numériques, de des perdants. D’une part, elle fait perdre aux ouvriers
cartes mémoires, d’ordinateurs, de logiciels de retouche qualifiés du textile leur emploi qui est remplacé par
des photos, etc. la machine. D’autre part, elle permet aux entreprises
d’être plus efficaces et à la population de bénéficier
Doc. 2 Destruction créatrice et gains d’une amélioration de son pouvoir d’achat à travers la
baisse du prix des produits textiles.
de productivité
12. La destruction créatrice contribue à l’intérêt général
5. Les firmes qui innovent conquièrent un avantage (amélioration des performances de l’industrie, baisse
concurrentiel en proposant des produits qui leur coûtent du prix des biens, hausse des revenus) mais fait aussi
moins cher à produire et/ou qui ont des caractéristiques des perdants qui peuvent se mobiliser pour empê­
que les autres n’ont pas. De ce fait, les consommateurs cher la diffusion de l’innovation. Le mouvement luddite
privilégient l’offre des firmes innovantes qui proposent au XIXe siècle contre la machine à tisser ou encore le
des produits de meilleure qualité et/ou à des prix plus mouvement des chauffeurs de taxis contre les VTC Uber
faibles. Les firmes innovantes gagnent donc des parts illustrent ces résistances à l’innovation.
de marché tandis que celles qui n’innovent pas en
perdent.
FAIRE LE POINT
6. La destruction créatrice fait augmenter la taille des
entreprises innovantes, à savoir les plus productives, et 1. Faux. Elle détruit aussi certaines activités.
fait disparaître ou baisser la taille des entreprises non
2. Vrai. À travers la réallocation des facteurs et l’incita­
innovantes, c’est-à-dire moins productives. La destruc­
tion à innover.
tion créatrice est donc à l’origine d’une réallocation
des facteurs de production des entreprises les moins 3. Faux. Elles peuvent elles aussi innover.
productives vers les entreprises qui sont plus produc­
tives. Il en découle une augmentation de la productivité 4. Faux. Quand la mobilité géographique ou les compé­
moyenne parce que la part des facteurs utilisés dans tences font défaut.
les activités les plus productives augmente.
7. La destruction créatrice peut favoriser les gains de C. Institutions et croissance
productivité par un autre canal que celui de la réalloca­
tion des facteurs. Elle incite aussi les entreprises déjà Doc. 1 Institutions inclusives et institutions
en place à innover pour ne pas disparaître. Les grandes extractives
surfaces confrontées à la concurrence des firmes inno­
vantes du commerce en ligne, Amazon par exemple, ont 1. Les institutions correspondent à l’ensemble des
développé un nouveau mode de commercialisation de règles formelles et informelles qui encadrent les inte­
leurs produits : le « Drive ». ractions humaines. En définissant les incitations, elles
orientent les décisions économiques à l’origine de la
Doc. 3 La destruction créatrice : un processus croissance.
nécessaire mais douloureux 2. La protection de la propriété privée est une institution
indispensable pour assurer la croissance économique.
8. Les auteurs préconisent de ne pas protéger les
En effet sans droits de propriété bien définis et protégés,
industries en déclin parce que cela limiterait les gains
aucun agent économique ne sera incité à investir ou à
de productivité en réduisant la réallocation des facteurs
innover parce que rien ne lui garantira qu’il pourra
ainsi que l’incitation à innover.
retirer les gains permis par ses efforts.
9. La réallocation des facteurs d’une activité à une autre
3. Les institutions sont qualifiées d’inclusives lors­
nécessite une certaine mobilité géographique mais aussi
qu’elles favorisent la participation de tous les citoyens
de nouvelles compétences. Si les travailleurs ne sont pas
aux activités économiques en tirant le meilleur parti de
suffisamment mobiles et ne peuvent pas acquérir les
leurs talents et de leurs compétences. Offrir à toute la
compétences demandées dans les nouveaux secteurs,
population l’accès à la santé et à l’éducation constitue
il peut se développer un important chômage structurel.
un exemple d’institution inclusive. Par opposition, les
10. Il est donc nécessaire d’accompagner la destruction institutions sont extractives si elles favorisent certaines
créatrice avec des politiques publiques de formation couches de la société au détriment de toutes les autres.
continue et des mesures pour favoriser la mobilité de Par exemple, si le pouvoir politique n’est pas suffisam­

10
ment contrôlé, il peut accorder des avantages sous la 11. Les pays pauvres doivent investir dans des institu­
forme de monopole légaux à ses proches ou à ceux qui tions favorables à la croissance.
le soudoient.
4. Offrir à tous les enfants un accès à l’éducation est une Doc. 4 Les institutions favorables
institution inclusive qui contribue à la croissance parce à la croissance diffèrent selon le degré
qu’elle permet à chacun de réaliser son potentiel. Dans de développement
les sociétés qui n’assurent pas une éducation à tous, il
y a certainement des « Bill Gates » ou bien des « Albert 12. Un pays à la frontière technologique est un pays dont
Einstein » qui ne pourront jamais développer des idées l’économie intègre dans sa combinaison productive les
qui amélioreraient la productivité de tous. technologies les plus avancées. Sa croissance repose
essentiellement sur l’innovation. Un pays en rattrapage
est un pays dont l’économie n’a pas diffusé dans son
Doc. 2 La protection de la propriété tissu productif les technologies les plus avancées. Sa
intellectuelle croissance repose essentiellement sur l’imitation tech­
nologique et l’accumulation de capital.
5. La connaissance est un bien non excluable. Une fois
qu’elle est produite, il est impossible pour le produc­ 13. Dans un pays proche de la frontière technologique,
teur d’obliger les agents économiques qui l’utilisent à le la concurrence stimule l’innovation parce que les
payer. De ce fait, l’offreur n’est pas incité à produire des entreprises sont incitées à innover pour échapper à la
connaissances parce qu’il peinera à obtenir des revenus concurrence et obtenir une rente de monopole. Ce n’est
lui permettant de couvrir les dépenses qu’il a réalisées. pas le cas dans les pays éloignés de la frontière techno­
Il est donc absolument nécessaire de rendre la connais­ logique. Dans ces pays, la concurrence a plutôt tendance
sance excluable en établissant des droits de propriété à décourager les entreprises parce qu’elle réduit la
intellectuelle comme les brevets, les marques ou les rentabilité qu’elles pourront obtenir.
droits d’auteur pour inciter à l’innovation. 14. Dans un pays éloigné de la frontière technologique,
6. La protection de la propriété intellectuelle est toute­ la politique éducative doit mettre l’accent sur le secon­
fois problématique parce que la connaissance n’est pas daire et le supérieur court afin de mettre à la disposition
seulement un bien non excluable mais aussi un bien de l’économie des techniciens qui permettront la diffu­
non-rival. En rendant la connaissance artificiellement sion dans l’économie nationale des technologies déjà
excluable, la société limite sa diffusion et donc la crois­ créées ailleurs. Par ailleurs, l’innovation/imitation sera
sance économique. stimulée si les entreprises sont protégées de la concur­
rence, ce qui peut passer par la promotion de champions
7. Il existe donc un dilemme de la protection de la propriété nationaux bénéficiant d’aides de l’État et/ou du protec­
intellectuelle. Sans protection, il n’y a pas d’incitation à tionnisme.
créer de nouvelles connaissances et la croissance écono­
mique est donc limitée. Mais, en protégeant, la croissance Dans les pays à la frontière technologique, il en va tout
est également limitée parce que la protection limite la autrement. La politique de la concurrence doit garantir
diffusion d’une connaissance que tout le monde pourrait une concurrence intense et loyale pour favoriser l’innova­
théoriquement utiliser pour devenir plus productif ou pour tion. Cela passe par la lutte contre les cartels ou les abus
créer de nouvelles connaissances. Il faut donc trouver un de positions, le contrôle des opérations de concentration,
équilibre incitation/diffusion qui passe aujourd’hui par l’interdiction des aides d’État à certaines entreprises. Le
une protection de la propriété intellectuelle qui est limitée protectionnisme doit aussi être banni. En ce qui concerne
dans le temps (20 ans pour les brevets). la politique éducative, ses efforts doivent être concentrés
sur le supérieur long parce que la croissance repose sur
8. Les brevets peuvent être qualifiés d’institutions inclu­ l’introduction d’innovations de rupture qui nécessitent
sives lorsqu’ils garantissent un bon équilibre incitation/ pour émerger des travailleurs très qualifiés.
diffusion.
15. Un pays qui se rapproche de la frontière technolo­
gique doit être capable de transformer ses institutions
Doc. 3 Une corrélation forte entre État pour continuer à croître. Philippe Aghion considère que
de droit et croissance le ralentissement de la croissance française depuis les
années 1980 s’explique en grande partie par l’incapacité
9. Plus l’État de droit est respecté dans un pays, plus le
de l’économie française à faire évoluer ses institutions.
niveau de vie est important. On constate donc une corréla­
Bien adaptées à une situation de rattrapage, elles se
tion positive entre respect de l’État de droit et croissance.
révèlent dysfonctionnelles dans une économie à la fron­
10. Les deux à la fois. D’une part, une économie plus tière technologique.
riche a des capacités financières plus importantes pour
faire respecter l’État de droit. D’autre part, un meilleur FAIRE LE POINT
respect de l’État de droit génère de meilleures inci­
tations à investir et à innover ainsi qu’une meilleure a. institution extractive ; b. institution inclusive ; c. insti­
allocation des ressources (les ressources sont utilisées tution inclusive ; d. institution inclusive ; e. institution
dans les firmes les plus performantes et pas celles qui extractive ; f. institution extractive ; g. institution extrac­
sont simplement proches du pouvoir politique). tive ; h. institution inclusive ; i. institution inclusive

CHAPITRE 1 Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ? 11


DOSSIER 3 3. En parlant de progrès technique biaisé en faveur des
hautes qualifications, les économistes soulignent le
Quels sont les défis fait que le progrès technique n’affecte pas de manière
de la croissance ? p. 24-29 uniforme les revenus de tous les agents économiques.
Le progrès technique est bénéfique pour les plus quali­
A. Progrès technique et inégalités fiés qui voient leurs revenus augmenter alors qu’il est
défavorable pour ceux qui sont moins qualifiés qui
de revenus voient leurs revenus baisser.
Doc. 1 Un progrès technique biaisé en faveur 4. Le progrès technique biaisé en faveur des plus quali­
des hautes qualifications fiés accroît donc les inégalités de revenus.

1. Le progrès technique augmente la demande de travail Doc. 2 Un progrès technique biaisé en faveur
très qualifié parce que la transition numérique crée beau­ du talent : l’effet superstar
coup de postes nécessitant de recourir au raisonnement
abstrait (ingénieur, data scientist, community manager, 5. Si deux biens sont proposés à un prix similaire mais que
infographiste, etc.). Cette hausse de la demande de l’un des deux biens a une qualité supérieure, ce bien de
travail qualifié fait augmenter les salaires des plus quali­ meilleure qualité raflera la totalité de la demande.
fiés. Dans le même temps, la transition numérique fait 6. Le progrès technique, à travers la numérisation,
disparaître des métiers non qualifiés ou à qualification permet de reproduire à l’infini et à un coût quasiment
moyenne comme les secrétaires, les contremaîtres, les nul un certain nombre de biens (des films, des ouvrages,
ouvriers industriels… Cette baisse de la demande travail un spectacle musical ou sportif, etc.). Il en découle que
non qualifié ou moyennement qualifié fait baisser les l’offreur qui est le plus performant s’accapare une
salaires de ceux qui n’ont pas de hautes qualifications. très grande partie de la demande mondiale dans une
2. économie où les biens et les services circulent libre­
ment. Les exemples des stars du foot, comme Lionel
Taux de Messi et Christiano Ronaldo, ou de J. K. Rowling, auteure
salaire
Offre d’Harry Potter, permettent d’illustrer ce progrès tech­
de travail nique biaisé en faveur du talent.
7. Ce progrès technique biaisé en faveur du talent
alimente les inégalités de revenus en concentrant une
grande partie de la demande dans les mains des plus
talentueux et en ne laissant que quelques miettes à
Demande de travail
après progrès technique ceux qui le sont un tout petit peu moins.

Demande de travail Doc. 3 Un progrès technique biaisé en faveur


avant progrès technique
des tâches non routinières
Travail 8. Une tâche routinière est une tâche répétitive qui se
réalise toujours de la même manière et qui ne nécessite
Effet du progrès technique sur le marché pas pour celui qui la réalise de prendre des responsa­
du travail qualifié = choc de demande positif bilités.
= hausse du taux de salaire
9. Les emplois à tâches routinières sont des emplois
Taux de comme ceux de secrétaires, d’opérateurs sur machines,
salaire d’ouvriers de l’industrie qualifiés ou non qualifiés. Ce
Offre sont donc majoritairement des emplois intermédiaires
de travail
situés au cœur de la hiérarchie des salaires. Les emplois
à tâches non routinières sont situés dans le haut de la
hiérarchie des salaires chez les très qualifiés mais aussi
dans le bas de la hiérarchie des salaires (services aux
personnes, construction, livraison).
Demande de travail
avant progrès technique 10. Les emplois à tâches routinières sont automatisés et
Demande de travail donc en diminution alors que les emplois à tâches non
après progrès technique routinières sont en expansion.
11. Les inégalités de revenus sont renforcées par le
Travail progrès technique parce qu’il polarise le marché du
travail en diminuant le poids dans l’emploi total des
Effet du progrès technique sur le marché métiers à rémunération intermédiaire et en faisant
du travail peu ou moyennement qualifié = choc de augmenter à la fois le poids des métiers à faible rému­
demande négatif = baisse du taux de salaire nération et ceux à forte rémunération.

12
Doc. 4 Le progrès technique polarise le marché Doc. 2 L’épuisement des ressources
du travail naturelles
12. La part des cadres administratifs dans l’emploi total 4. Les ressources naturelles renouvelables sont
a augmenté de 1,5 point entre 1994 et 2007. des ressources qui se régénèrent (par exemple, les
13. Cadres administratifs + ingénieurs et cadres tech­ ressources halieutiques ou forestières) alors que les
niques = emplois très qualifiés à tâches non routinières. ressources naturelles non renouvelables correspondent
Contremaître et agents de maîtrise + professions inter­ à des stocks finis de matière qui ne se régénèrent pas
médiaires administratives et commerciales + ouvriers comme le pétrole, les minerais, le gaz.
qualifiés de type industriel + ouvriers non qualifiés de
5. En 1975, 10 % des stocks mondiaux de poissons de
type industriel + employés administratifs d’entreprise +
mer étaient surexploités. En 2015, c’est 3,5 fois plus.
ouvriers qualifiés de type artisanal = emplois moyenne­
ment qualifiés ou peu qualifiés ou pas qualifié mais à 6. Une ressources naturelle renouvelable est surexploitée
tâches routinières. à partir du moment où les prélèvements dans ce stock
Ouvriers non qualifiés de type artisanal + employés du sont tellement importants qu’ils empêchent la ressource
commerce + personnels des services directs aux parti­ de se régénérer. Cette surexploitation s’explique par
culiers = emplois non qualifiés à tâches non routinières. les caractéristiques économiques des ressources non
14. Ces statistiques confirment la conclusion de pola­ renouvelables qui sont des biens communs, c’est-à-dire
risation du marché du travail sur laquelle débouche le des biens non excluables mais rivaux. Comme il n’est
modèle du progrès technique biaisé en faveur des tâches pas possible de modérer l’accès à la ressource par la
non routinières. fixation d’un prix, les agents économiques qui cherchent
à maximiser leur intérêt personnel prélèvent massive­
FAIRE LE POINT ment dans le stock. Mais cette ressource étant rivale, la
ressource devient de moins en moins disponible jusqu’à
Le progrès technique biaisé en faveur des talents ce qu’elle disparaisse. Le marché est défaillant pour
renforce les inégalités en augmentant considérablement gérer ce type de ressource.
les revenus d’une minorité de gens très compétents ou 7. La production nécessite d’utiliser un certain nombre
très populaires.
de ressources non renouvelables comme le pétrole,
Le progrès technique biaisé en faveur des hautes quali- les minerais, le gaz. Chaque prélèvement dans ses
fications renforce les inégalités en faisant augmenter le ressources diminue la quantité disponible puisque le
revenu des catégories supérieures et baisser celui des stock est fini.
catégories inférieures.
Le progrès technique biaisé en faveur des tâches non Doc. 3 Émissions de CO2 et réchauffement
routinières renforce les inégalités en polarisant le
climatique
marché du travail.
8. Le document fait apparaître une corrélation positive
entre les émissions de CO2 et le réchauffement clima­
B. Les limites écologiques de la croissance
tique.
Doc. 1 La pollution comme externalité 9. La hausse de la concentration atmosphérique de CO2
négative s’explique par la croissance économique.
1. On parle d’externalité négative de pollution lorsqu’une 10. Selon les experts du GIEC, la croissance économique
activité économique, en dégradant l’environnement, depuis le xixe siècle s’est traduite par une augmentation
diminue le bien-être d’un autre agent économique sans de la concentration atmosphérique de CO2 à l’origine du
que le marché ne tarifie cet effet. Le marché est ici réchauffement climatique.
défaillant parce qu’il n’incite pas l’agent économique à
limiter la pollution.
Doc. 4 Les conséquences économiques
2. La pollution aux particules fines est la conséquence du réchauffement climatique
de décisions économiques comme prendre sa voiture ou
produire. Elle diminue le bien-être de la population mais 11. En 2060, le PIB chinois sera inférieur de 2,6 % au
le marché ne tarifie pas cet effet négatif sur le bien-être niveau que le pays aurait atteint sans réchauffement
d’autrui. climatique. Cela s’explique par la baisse de la produc­
3. La pollution aux particules fines, en altérant la santé tivité agricole qui diminue le PIB chinois de 0,6 %, la
des travailleurs, impacte négativement la croissance détérioration de la santé des populations à hauteur de
économique parce que : 1,6 %, la baisse de la demande touristique à hauteur de
– la quantité d’heures travaillées dans l’année est réduite 0,3 %, l’élévation du niveau des mers affectant les zones
par les décès et les arrêts maladies ; côtières à hauteur de 0,1 %.
– la productivité des travailleurs en mauvaise santé 12. Les coûts du réchauffement climatique sont inéga­
diminue. lement répartis entre pays. Pour certains pays comme

CHAPITRE 1 Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ? 13


la Russie ou le Canada, le réchauffement climatique Doc. 2 L’innovation permet de faire face
améliore le PIB. Pour les autres pays ou groupes de pays, à l’épuisement des ressources naturelles
le réchauffement climatique est coûteux en termes de
croissance mais ce coût varie énormément d’un pays à 5. Les craintes d’épuisement rapide du pétrole expri­
l’autre : 4,4 % de PIB en moins par rapport à un scénario mées dans les années 1970 ne se sont pas réalisées
sans réchauffement climatique pour l’Inde contre 0,5 % parce que la hausse du prix du pétrole a incité les agents
de PIB en moins pour l’UE. économiques à développer de nouvelles techniques
13. Si le réchauffement climatique affecte la croissance d’extraction du pétrole qui ont permis de découvrir et
des pays, c’est parce que : d’exploiter de nouveaux gisements (par exemple le
pétrole off-shore dans la mer du Nord).
– il exerce des effets sur la santé des populations et donc
sur le capital humain ; 6. La hausse du prix du pétrole renchérit le coût d’uti­
– il peut augmenter ou, dans la majorité des cas, baisser lisation de l’automobile. Les consommateurs sont
la productivité dans l’agriculture ; donc fortement demandeurs de moteurs plus sobres,
– il peut favoriser ou diminuer le tourisme. demande à laquelle les constructeurs automobiles
essaient de répondre.

FAIRE LE POINT 7. Parce que la hausse du prix des ressources non renou­
velables peut rendre rentables les énergies alternatives
La croissance économique génère de la pollution. Parce que sont par exemple les énergies renouvelables. A titre
d’illustration, la hausse du prix du pétrole peut inciter
que le marché ne tarifie pas les effets négatifs sur l’en­
un ménage à substituer un chauffe-eau solaire à un
vironnement induits par les décisions économiques des
chauffe-eau alimenté par une chaudière au fuel.
agents, le réchauffement climatique est également un
problème lié aux externalités négatives. La croissance
économique est aussi à l’origine de l’épuisement des Doc. 3 Les innovations vertes
ressources naturelles renouvelables comme les forêts
ou les ressources halieutiques mais aussi des ressources 8. La fracturation hydraulique ne peut pas être consi­
naturelles non renouvelables comme le pétrole. dérée comme une innovation verte pour au moins deux
raisons :
– l’extraction de pétrole et de gaz de schiste risque de
C. Innovation et soutenabilité polluer les nappes phréatiques ;
de la croissance – c’est une énergie fossile fortement émettrice de gaz à
effet de serre.
Doc. 1 Les obstacles à la soutenabilité 9. Ces deux technologies, à travers la baisse de
consommation énergétique, permettent de diminuer
de la croissance
l’impact de l’activité économique sur l’environnement.
1. La croissance économique contemporaine est largement
fondée sur des ressources épuisables comme le pétrole, le Doc. 4 L’action publique en faveur
gaz ou les minerais. Leur raréfaction pourrait déboucher
sur un manque de matières premières et d’énergie qui
de l’innovation verte
pourrait stopper la dynamique de croissance. 10. Le marché ne fait pas supporter aux agents écono­
2. Toutefois les économistes sont assez confiants dans miques à l’origine du réchauffement climatique et de
la capacité des économies à faire face à l’épuisement la pollution les coûts occasionnés par leurs compor­
des ressources non renouvelables parce que le marché tements. De ce fait, la demande de technologies pour
tarifie cette raréfaction. Il incite donc les agents écono­ réduire la pollution ou diminuer les émissions de gaz
miques à innover pour mettre en valeur des ressources à effet de serre est peu importante. Par voie de consé­
substituables ou développer des technologies amélio­ quence, le prix de ces technologies sur le marché est
rant la productivité des ressources. faible : les firmes ne sont donc pas incitées à réaliser
des innovations vertes. Puisque le marché est défaillant
3. Le réchauffement climatique constitue un obstacle à pour orienter les comportements vers l’intérêt général,
la croissance de long terme à plusieurs titres : il est nécessaire que l’État intervienne pour générer
– il diminue la productivité agricole ; des incitations à réaliser des innovations vertes. Cela
– il altère le capital humain ; passe notamment par la stimulation de la demande de
– les évènements climatiques extrêmes ainsi que technologies vertes à travers les outils que sont la régle­
la montée du niveau de la mer détruisent du capital mentation, la fiscalité et les subventions
physique. 11. L’action publique fondée sur la fiscalité est une poli­
4. La pollution et le réchauffement climatique constitue tique incitative qui laisse le choix aux agents alors que
des externalités négatives. N’étant pas tarifés par le l’action réglementaire est une politique contraignante
marché, les agents économiques ne sont pas incités à qui ne laisse pas le choix aux agents.
réduire leur pollution et leurs émissions de gaz à effet 12. La fiscalité environnementale génère un double divi­
de serre. dende. Le premier dividende est la baisse de la pollution

14
ou des émissions de gaz à effet de serre ; le deuxième 3. Faux. Elle repose sur l’accroissement de la PGF.
dividende correspond à la ressource fiscale qu’elle
engendre. 4. Vrai. Elle est calculée de manière résiduelle en retran­
chant aux taux de croissance économique observé les
contributions respectives du travail et du capital.
FAIRE LE POINT
5. Faux. Il dépend aussi des décisions de l’État qui
1. Faux. Elle encourage la demande de technologie verte contribue directement et indirectement au progrès tech­
et incite les firmes à innover dans ce secteur. nique en accumulant du capital public.
2. Vrai. La raréfaction des ressources énergétiques fait 6. Vrai. Elle permet une réallocation des facteurs de
augmenter leur prix. production dans les firmes productives et induit de ce
3. Vrai. Parce que le marché ne tarifie pas les externa­ fait une augmentation de la productivité moyenne.
lités positives.
7. Faux. Elles n’incitent pas les agents économiques à
4. Vrai. Une énergie qui devient coûteuse incite les firmes investir et à innover.
à développer des énergies alternatives.
8. Faux. Le progrès technique contemporain est biaisé
en faveur des plus qualifiés, en faveur des talents et en
EXERCICES p. 33 faveur des tâches non routinières.
9. Vrai. Le marché n’incite pas assez les agents écono­
Exercice 1 miques à investir dans ce type d’activité.
1. Vrai.
10. Faux pour les ressources naturelles renouvelables
2. Faux. La croissance économique passe par de (tragédie des biens communs) mais Vrai pour les
nouveaux biens de meilleure qualité et engendre des ressources naturelles non-renouvelables (la raréfaction
transformations structurelles des économies. de la ressource se traduit par une hausse de son prix).

Exercice 2
Taux de croissance de la productivité horaire du travail pour quelques pays
de 2005 à 2018 (en %)
4

0
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018

–1

–2

–3

–4
France Allemagne Japon États-Unis

Exercice 3
1.
2012 2013 2014 2015 2016 2017
PIB 2 088,8 2 117,2 2 149,8 2 198,4 2 228,6 2 291,7

Évolution en % – 1,36 1,54 2,26 1,37 2,83

Coefficient multiplicateur – 1,0136 1,0154 1,0226 1,0137 1,0283

CHAPITRE 1 Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ? 15


2. Taux de variation cumulé du PIB français entre 2012 et Or, ces connaissances, grâce à la numérisation et à la
2017 = ((1,0136 x 1,0154 x 1,0226 x 1,0137 x 1,0283) – 1) puissance des réseaux, sont désormais disponibles
x 100 = 9,71 % massivement et gratuitement, ou du moins à un coût très
modique. L’humanité n’aurait jamais connu de conditions
3. Taux de variation du PIB français entre 2012 et 2017 =
aussi propices à l’innovation.
((2291,7/2088,8) – 1) x 100 = 9,71 %
Cette thèse, séduisante, n’est cependant pas vérifiée
4. Taux de croissance annuel moyen du PIB français empiriquement : les gains de productivité depuis 2005
entre 2012 et 2017 = (2291,7/2088,8) (1/5) – 1 = 1,87 % ont fortement ralenti dans tous les pays développés
Entre 2012 et 2017, le PIB français a augmenté en (voir graphique de l’infographie). Toutefois, les écono­
moyenne chaque année de 1,87 %. mistes techno-pessimistes ne considèrent pas que cela
remette en cause leur théorie parce qu’ils estiment
que la réalisation des gains de productivité associés
L’INFOGRAPHIE DU CHAPITRE p. 34 à une innovation à portée générale prend du temps.
Les entreprises doivent en effet se réorganiser pour
Mise en activité exploiter le potentiel des nouvelles technologies. Le
1. La stagnation séculaire correspond à une dynamique précédent de l’électricité, analysé par Paul A. David,
donne du crédit à cette thèse. Il a fallu en effet attendre
de croissance économique de long terme durablement
une quarantaine d’années après son invention pour que
affaiblie. Pour expliquer cette faiblesse durable de la
l’électricité se traduise par des gains de productivité
croissance économique, deux types d’explication sont
significatifs (dynamo créée par Siemens en 1866 et
proposées par les économistes :
ampoule inventée par Edison en 1879) dans l’économie
1) une approche par l’offre, fondée sur la fonction de américaine.
production, qui explique la stagnation séculaire par la
forte diminution de la croissance potentielle ; Les gains de productivité permis par les TIC sont mal
mesurés par le système de comptabilité nationale parce
2) une approche par la demande qui explique la stagna­
que ce sont essentiellement des gains de qualité que ces
tion séculaire par un écart de production négatif (PIB
technologies permettent.
constaté < PIB potentiel) qui ne se résorbe pas.
Dans cette infographie, l’approche de la stagnation sécu­ 4. Le réchauffement climatique affectera négative­
laire est clairement fondée sur l’offre puisqu’elle analyse ment la croissance parce que, dans la plupart des pays
l’impact des nouvelles technologies sur la productivité. du monde (document 4 p.27), il va se traduire par des
chocs d’offre négatifs (détérioration du capital humain,
2. Les économistes techno-pessimistes considèrent destruction de capital physique, réduction de la produc­
que les nouvelles technologies de l’information et de tivité des terres, etc.) et des chocs de demande négatifs
la communication ont un impact sur la productivité qui (baisse du tourisme, crise économique induite par les
est beaucoup plus faible que les innovations de la révo­ évènements extrêmes, etc.). Le rapport Stern, publié en
lution industrielle précédente, à savoir l’électricité, le 2006, prévoit ainsi des pertes de revenu par tête mondial
moteur thermique et la chimie. Ils font le constat que comprise entre 5,3 et 35 % à l’horizon 2200.
l’accélération des gains de productivité permise par
les TIC a été à la fois beaucoup moins durable (30 ans 5. Thèse des techno-pessimistes : Les gains de producti­
contre 80 ans aux États-Unis – Document 3 page 17) et vité associés aux nouvelles technologies de l’information
moins intense (une croissance de la PGF de 1,5 % contre et de la communication sont déjà quasiment tous réalisés.
3,8 % aux États-Unis – Document 3 page 17) que celle C’est la raison pour laquelle, les économies développées
permise par l’électricité. Ils en déduisent que le potentiel sont confrontées à un ralentissement marqué des gains
de croissance des nouvelles technologies est beaucoup de productivité depuis les années 2000. La croissance
moins important que celui de l’électricité parce que le économique future sera donc limitée.
potentiel de la technologie a été quasiment entièrement Thèse des techno-optimistes : Les nouvelles tech­
exploité. Leurs prévisions de croissance future sont donc nologies doivent permettre de formidables gains de
très pessimistes. productivité en augmentant la puissance intellectuelle
de l’humanité. Si le potentiel des nouvelles technologies
3. Les économistes techno-optimistes ne sont pas d’ac­
ne se traduit pas aujourd’hui dans les gains de produc­
cord avec la thèse des techno-pessimistes. Ils affirment
tivité, c’est parce que :
que les nouvelles technologies ont un énorme potentiel
d’amélioration de la productivité. Pour Brynjolfsson et – il est nécessaire de réorganiser les organisations
McAffe, le premier âge de la machine, c’est-à-dire les productives pour que les gains de productivités se
innovations de la première et de la seconde révolution matérialisent. Or, cette réorganisation prend du temps
industrielle, a énormément fait croître la force physique et serait actuellement en cours. Il faut donc s’attendre à
de l’humanité. Avec le deuxième âge de la machine, à une accélération dans les prochaines années de la crois­
savoir les innovations dans le secteur de l’information et sance de la productivité. (Thèse du délai) ;
de la communication, c’est la force intellectuelle de l’hu­ – les gains permis par les nouvelles technologies sont
manité qui est considérablement renforcée. Ces auteurs essentiellement des gains de qualité que la comptabi­
considèrent que l’innovation consiste essentiellement lité nationale peine à mesurer (thèse de la mauvaise
en la recombinaison de connaissances déjà existantes. mesure).

16
MÉTHODE BAC
Mobiliser ses connaissances p. 35

Types de question :
Notions illustrer, caractériser,
Question Définitions
du programme comparer, analyser,
expliquer
PGF = partie de la croissance économique observée
qui ne s’explique pas par l’accumulation de facteurs
Productivité globale des de production.
1 Analyser
facteurs, progrès technique Progrès technique = accroissement de la
connaissance qu’ont les hommes des lois de la
nature appliquées à la production.
Progrès technique : voir supra.
Progrès technique,
2 Endogène : qui dépend des décisions économiques Caractériser
endogène
des agents.
PGF = voir supra.
PGF, croissance
3 Croissance économique = hausse soutenue et Expliquer
économique
durable de la production.
Progrès technique = voir supra.
Progrès technique, Inégalités de revenus = accès différenciés aux
4 Expliquer
inégalités de revenus revenus entre les catégories sociales à l’origine
d’une hiérarchie entre ces catégories.
5 Progrès technique Progrès technique = voir supra. Caractériser
Croissance économique = voir supra.
Institutions = ensemble des règles formelles et
Institutions, croissance
6 informelles qui encadrent les interactions humaines. Analyser
économique
En agissant sur les incitations, elles orientent les
décisions économiques à l’origine de la croissance.
Croissance économique = voir supra.
Limites écologiques de la croissance = épuisement
des ressources, pollution et réchauffement
Croissance économique,
climatique.
7 limites économiques de la Analyser
croissance, soutenabilité Soutenabilité = la croissance est soutenable si elle
répond aux besoins des générations présentes sans
compromettre la capacité des générations futures à
répondre à leurs propres besoins.
Destruction créatrice : mouvement par lequel
l’innovation régénère le tissu productif en faisant
8 Destruction créatrice Illustrer
apparaître de nouvelles activités qui font disparaître
les plus anciennes.
Croissance extensive : croissance fondée sur
Croissance intensive, l’accumulation de facteurs de production.
9 Distinguer
croissance extensive Croissance intensive : croissance fondée sur
l’amélioration de la PGF.
Innovation = application à des fins industrielles ou
Innovation, limites commerciales d’une invention.
10 écologiques de la Limites écologiques de la croissance = épuisement Expliquer
croissance des ressources, pollution et réchauffement
climatique.

Exemple de rédaction : « Comment le progrès technique progrès technique n’affecte pas de manière uniforme les
peut-il engendrer des inégalités de revenus ? » revenus des travailleurs. Certains voient leurs revenus
Le progrès technique se définit comme l’accroissement augmenter, d’autres leurs revenus stagner ou baisser :
de la connaissance qu’ont les hommes des lois de la les économistes parlent de progrès technique biaisé.
nature appliquées à la production. Le développement Le progrès technique contemporain est biaisé en faveur
des technologies de l’information et de la communi­ des hautes qualifications : il augmente la demande de
cation constitue un exemple de progrès technique. Le travail très qualifié et donc sa rémunération, ce qui

CHAPITRE 1 Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ? 17


creuse les inégalités de revenus entre les plus qualifiés secrétaires, d’ouvriers qualifiés, de contremaîtres, etc.
et ceux qui le sont moins. La représentation graphique Les emplois à tâches non routinières qui se trouvent
du choc de demande positif sur le marché du travail dans le haut de la hiérarchie salariale (ingénieurs,
qualifié et du choc de demande négatif sur le marché du communicants, etc.) mais aussi dans le bas de la
travail moins qualifié fait clairement apparaître que le hiérarchie salariale (service aux personnes, livraison,
progrès technique contemporain accentue les inégalités etc.) sont plus difficilement automatisables. La struc­
entre les plus qualifiés et ceux qui le sont moins : ture sociale a donc tendance à se polariser avec l’essor
des emplois peu qualifiés non routiniers faiblement
Taux de
salaire rémunérés, le déclin des emplois routiniers moyenne­
ment qualifiés mais relativement bien rémunérés et le
développement des emplois très qualifiés non routi­
niers fortement rémunérés.

SUJET BAC
Demande de travail
après progrès technique Épreuve composée  p. 36-37

Demande de travail
avant progrès technique PARTIE 1. Mobilisation de connaissances
Quelles sont les caractéristiques des institutions qui
Travail favorisent la croissance ?

Effet du progrès technique sur le marché La croissance économique correspond à la hausse


du travail qualifié = choc de demande positif soutenue et durable de la production estimée à travers
= hausse du taux de salaire l’agrégat comptable qu’est le PIB en volume. Sur le long
terme, ce sont les conditions d’offre qui dictent le rythme
Taux de de croissance qui dépend de l’évolution de la quantité
salaire d’heures qui sont travaillées dans une année, de l’évo­
lution de l’intensité capitalistique (capital par travailleur)
et de l’évolution de la PGF qui dépend grandement du
progrès technique.
Les sources de la croissance, c’est-à-dire l’accumula­
tion de facteurs de production (travail et capital) ainsi
Demande de travail que le progrès technique, sont la conséquence des déci­
avant progrès technique sions économiques des agents : comportement de l’offre
de travail, décision d’investissement dans le capital
Demande de travail
après progrès technique physique, décision d’investissement dans le capital
humain ou dans de nouvelles technologies.
Travail L’environnement institutionnel se définit comme l’en­
semble des règles formelles et informelles qui encadrent
Effet du progrès technique sur le marché les interactions humaines. Parce que les institutions
du travail peu ou moyennement qualifié = choc de définissent les incitations à offrir son travail, à investir
demande négatif = baisse du taux de salaire ou à innover, elles constituent un facteur essentiel pour
comprendre le processus de croissance. Quelles carac­
Il faut toutefois noter que le progrès technique n’a téristiques doivent dont revêtir ces règles pour favoriser
pas toujours été favorable aux travailleurs qualifiés. la croissance économique ?
La machine à tisser introduite dans l’économie au
Les travaux de Daron Acemoglu et James A. Robinson
XIXème siècle a par exemple concurrencé l’emploi qualifié
sont utiles pour répondre à cette question. Ils
du secteur textile et, par conséquent, fait baisser sa
distinguent les institutions inclusives et les institutions
rémunération.
extractives. Les institutions inclusives favorisent la
Le progrès technique est aussi biaisé en faveur des participation de tous les citoyens aux activités écono­
talents. Les technologies numériques permettent miques en tirant le meilleur parti de leurs talents et
de reproduire à un coût marginal presque nul de de leurs compétences. Ces institutions inclusives sont
nombreuses œuvres musicales, des films, des jeux favorables à la croissance. Elles prennent la forme de
vidéo, etc. De ce fait, les producteurs les plus talentueux droits de propriété bien définis et protégés qui incitent
captent une immense majorité des parts de marché. les agents économiques à investir et à innover. Elles
Enfin, le progrès technique est également biaisé en prennent aussi la forme de services publics essen­
faveur des tâches non routinières. Les emplois à quali­ tiels comme l’éducation ou la santé qui renforcent le
fications moyennes se composent essentiellement de capital humain de la population. Elles peuvent égale­
tâches répétitives qui peuvent être remplacées par les ment se traduire en une politique de la concurrence
nouvelles technologies. C’est le cas des emplois de qui surveille et sanctionne les abus des entreprises en

18
position dominante car ces dernières peuvent ériger PARTIE 3. Raisonnement s’appuyant sur
des barrières à l’entrée défavorables à l’émergence de
nouveaux acteurs et donc d’innovations.
un dossier documentaire
Par opposition, les institutions sont extractives si elles Sujet : À l’aide de vos connaissances et du dossier
favorisent certaines couches de la société au détriment documentaire, vous montrerez que la croissance éco-
de toutes les autres. Par exemple, si le pouvoir poli­ nomique contemporaine se heurte à des limites envi-
tique n’est pas suffisamment contrôlé, il peut accorder ronnementales et sociales.
des avantages sous la forme de monopole légaux à ces
proches ou ceux qui le soudoient. Les ressources ne sont Analyse des documents
donc pas allouées de manière optimale et l’incitation à
innover et investir est réduite. Doc. 1. Texte issu d’un ouvrage de vulgarisation qui
présente le concept de progrès technique biaisé en
faveur des plus qualifiés. Le travail est un facteur de
PARTIE 2. Étude d’un document production hétérogène : certains travailleurs sont très
qualifiés, d’autres le sont moins et certains ne le sont
Ce document est un tableau statistique qui s’intitule pas du tout. Le progrès technique ne produit pas les
« Contribution des facteurs de production et de la mêmes effets sur les revenus de ces différentes catégo­
productivité globale des facteurs (PGF) à la croissance ries de travailleurs. En stimulant fortement la demande
économique ». Les données sont des données OCDE. de travail très qualifié, il faut augmenter le revenu des
Le document renseigne les taux de croissance écono­ plus qualifiés. Au contraire, il a tendance à diminuer la
mique observés dans les six grands pays développés demande de travail des moins qualifiés, ce qui se traduit
(France, États-Unis, Allemagne, Espagne, Royaume-Uni, par une diminution de la rémunération de ceux qui sont
Japon) et les contributions respectives à la croissance du moins qualifiés. Le progrès technique contemporain
facteur travail, du facteur capital et de la PGF en 2017. renforce donc les inégalités de revenus.
Doc. 2. Graphique dans lequel les valeurs sont cumu­
Question 1 lées, ce qui peut déboucher sur des erreurs de lecture
chez les élèves. Il permet d’illustrer la pression sur
Le tableau statistique proposé renseigne la croissance
les ressources naturelles qu’engendre la croissance
économique observée dans six grands pays développés
économique. Entre 1980 et 2013, l’extraction mondiale
en 2017 et les sources de cette croissance économique.
annuelle de ressources naturelles a été multipliée
La croissance de la production s’explique par l’accu­
par plus de deux. La pression est particulièrement
mulation de facteur travail, l’accumulation de facteur
croissante pour les ressources non renouvelables (les
capital et la croissance de la PGF, soit l’amélioration de
minéraux, l’énergie fossile et les métaux) sur lesquelles
la qualité de la combinaison productive. Le PIB français
s’appuie beaucoup la croissance économique contem­
a augmenté en 2017 de 2,2 %. L’évolution des heures
poraine.
travaillées a contribué de manière négative à la crois­
sance économique à hauteur de 0,1 point de croissance, Doc. 3. Tableau statistique qui présente l’évolution de
la croissance du facteur capital explique 0,6 point du la population mondiale, de la production mondiale, des
taux de croissance français et la croissance de la PGF prélèvements de ressources naturelles et des rejets
1,6 point. On constate alors que la somme des contri­ entre 1890 et 1990 à travers des coefficients multi­
butions des facteurs et de la PGF est égale au taux de plicateurs. Il permet de montrer que la croissance
croissance économique (0,7 + 1,6 – 0,1 = 2,2). économique a engendré des augmentations plus que
proportionnelles des émissions de gaz à effet de serre,
de la consommation d’énergie ou de la prise de pois­
Question 2 sons marins. Ce document sera également utile pour
Selon les pays, les sources de la croissance écono­ illustrer la tragédie des biens communs en se référant
mique diffèrent. En 2017, la croissance économique de aux données concernant les prélèvements de poissons
la France et de l’Allemagne est en grande partie permise (multipliés par 13 entre 1890 et 1990) et la superficie
par la croissance de la PGF, 50 % du taux de croissance des forêts (baisse de 20 % entre 1890 et 1990).
en Allemagne et 73 % en France. La croissance dans ces
deux pays est donc très intensive, c’est-à-dire permise 3 Introduction
par la croissance de la PGF.
La croissance économique désigne l’accroissement
Dans d’autres pays, la croissance est davantage soutenu et durable de la production. Elle est particulière­
extensive, c’est-à-dire portée par l’accumulation de ment vive depuis le début du XIXe siècle puisque le niveau
facteurs de production. C’est le cas des États-Unis de vie mondial a été multiplié par 12 alors que, dans le
et du Royaume-Uni, pays dans lesquels les 2/3 de la même temps, la population mondiale était multipliée par
croissance observée s’expliquent par la croissance des 7. Si la croissance économique rendue possible par les
facteurs de production, ou encore de manière bien plus différentes révolutions industrielles a permis à une large
extrême au Japon où la croissance économique de 2017 partie de l’humanité de sortir de la trappe malthusienne,
s’explique à 100 % par l’accumulation des facteurs de elle présente aussi des limites écologiques et sociales
production. particulièrement visibles aujourd’hui.

CHAPITRE 1 Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ? 19


3 Proposition de plan détaillé de livraison dans le bas de la hiérarchie) se développent
fortement. Le marché du travail se polarise et les inéga­
I/ Les limites écologiques de la croissance économique lités de revenus sont renforcées.
contemporaine
– Trois grands types de limites écologiques de la 3 Conclusion
croissance : l’épuisement des ressources naturelles
renouvelables et non renouvelables, la pollution, le La croissance économique actuelle est confrontée à deux
réchauffement climatique. limites principales. La première limite est écologique :
la pollution, l’épuisement des ressources naturelles
– La croissance repose sur l’utilisation de ressources et le réchauffement climatique compromettent la
naturelles épuisables (pétrole, gaz, minerais…). À soutenabilité de la croissance. La deuxième limite est
terme, la croissance économique pourrait cesser faute sociale parce que la croissance contemporaine est à
d’énergie ou de matières premières. À illustrer avec le l’origine de grandes inégalités.
document 2.
– L’activité économique débouche sur une surexploi­
tation de nombreuses ressources renouvelables parce
SUJET BAC
que le marché est défaillant pour gérer efficacement les Dissertation p. 38-39
biens communs. Ces biens qui sont non excluables mais
rivaux sont menacés de disparition. À illustrer avec le Sujet : L’augmentation des facteurs de production, tra-
document 2, notamment les données sur la biomasse. vail et capital, est-elle la seule source de croissance
économique ?
– L’activité économique engendre de la pollution et
un réchauffement climatique. Il faut illustrer avec le Analyse des documents
document 3 en citant le coefficient multiplicateur des
émissions de gaz à effet de serre entre 1890 et 1990. Ces Doc. 1. Il renseigne sur la croissance annuelle moyenne
effets négatifs de l’activité économique sont des externa­ du PIB dans quelques pays développés et les contri­
lités négatives. Le marché ne donnant pas de prix à ses butions respectives à la croissance des facteurs de
effets externes, les agents économiques qui sont à l’ori­ production (travail et capital réunis) et de la PGF sur
gine de ces coûts ne les prennent pas en compte dans différentes périodes. Le taux de croissance économique
leurs décisions et ont donc tendance à les surproduire. est égal à la somme des contributions des facteurs de
production réunis et de la PGF. Ces données permettent
II/ Les limites sociales de la croissance économique de chiffrer le poids de chacune des sources de la crois­
La croissance économique contemporaine repose sur sance (facteurs de production et PGF).
un progrès technique vecteur de fortes inégalités parce La lecture des données peut être délicate pour les
que : élèves pour deux raisons : les taux de croissance écono­
mique sont des taux de croissance annuel moyen et
– Le progrès technique est biaisé en faveur des plus
les contributions à la croissance se lisent en points de
qualifiés. Le document 1 doit être ici mobilisé pour
pourcentage. À titre d’illustration, entre 1990 et 1995,
montrer que le progrès technique engendre un choc
le PIB américain augmentait chaque année en moyenne
de demande positif sur le marché du travail qualifié et
de 2,5 %. Cela s’expliquait à hauteur de 1,8 point par
fait donc augmenter les salaires de cette catégorie de
l’accumulation de facteurs et à hauteur de 0,7 point par
travailleurs alors que, dans le même temps, il induit un
la croissance de la PGF. La croissance était alors plutôt
choc de demande négatif sur le marché du travail moins
extensive puisque l’accumulation des facteurs expliquait
qualifié qui fait baisser les salaires des moins qualifiés.
72 % du taux de croissance annuel moyen sur la période.
– Le progrès technique est biaisé en faveur du talent : Sur la période 2000-2005, la croissance américaine était
les technologies numériques et les technologies de plus intensive puisque la croissance de la PGF expliquait
la communication permettent de reproduire à un coût 70 % du taux de croissance observé.
marginal presque nul les biens numériques. L’offreur le
Doc. 2. Il présente l’effort d’innovation en 2005 et en 2017
plus talentueux capte par conséquent la majeure partie
dans différents pays développés. Différents indicateurs
de la demande : les revenus des superstars s’envolent
permettent d’apprécier l’effort d’investissement dans
alors que la rémunération de ceux qui sont un tout petit
les différentes formes de capital qui favorisent le progrès
peu moins talentueux diminue fortement.
technique : le capital technologique pour les dépenses
– Le progrès technique est biaisé en faveur des tâches de recherche et développement, le nombre de brevets
non routinières. Les emplois à tâche routinières, essen­ par millions d’habitants et le nombre de chercheurs pour
tiellement des métiers de classes moyennes (secrétaire, 1 000 emplois dans l’industrie ; le capital humain avec
contremaître, agents administratifs, ouvriers qualifiés, la part des 25-64 ans diplômés du supérieur ; le capital
etc.), sont automatisés et ont donc tendance à dispa­ physique avec la part de l’investissement TIC dans la
raître. Au contraire, les emplois à tâches non routinières FBCF et, enfin, le capital public avec les dépenses de
qui se situent aux deux extrêmes de la distribution des recherche et développement assurées par la puissance
revenus (ingénieurs ou communicants dans le haut de publique (on obtient cette dernière en retranchant des
la hiérarchie et emplois de services aux personnes ou dépenses intérieures de recherche et développement

20
celles qui sont réalisées par les entreprises). Il est alors le capital physique. Elle permet d’augmenter l’inten­
possible de comparer l’effort d’innovation des différents sité capitalistique (quantité de capital par travailleur) et
pays et d’analyser la corrélation avec la colonne PGF du accroît donc la productivité apparente du travail, ce qui
document 1 pour la période 2005-2011. est facteur, toutes choses égales par ailleurs, de crois­
sance économique.
Doc. 3. Il présente l’évolution du nombre d’entreprises
françaises qui perçoivent le crédit impôt-recherche – Le facteur travail s’évalue par le nombre d’heures
(25 597 entreprises en 2015 contre 5 833 en 2005, soit travaillées dans une économie une année. L’évolution
une multiplication par plus de 4) et l’évolution de l’en­ de la quantité d’heures travaillées dépend de variables
cours de ce dispositif (6,2 milliards d’euros en 2015 démographiques (croissance démographique, évolution
contre 1,2 milliard en 2005, soit une multiplication par 5). de la part de la population en âge de travailler), du taux
Le crédit impôt-recherche est une incitation pécuniaire d’emploi (part de la population en âge de travailler qui
qui vise à faire internaliser aux firmes qui font des occupe effectivement un emploi) et de la durée annuelle
dépenses de recherche et développement les externa­ moyenne du travail.
lités positives que ces investissements génèrent. L’État
B. Toutefois, l’accumulation de facteurs de production
français, en tant que garant de l’intérêt général, agit ici
n’épuise pas l’explication de la croissance économique : le
pour corriger une défaillance de marché : l’insuffisante
rôle du progrès technique.
incitation marchande à investir dans les activités à fortes
externalités positives. – La croissance extensive, c’est-à-dire la croissance
fondée sur l’accumulation de facteurs, ne permet pas
Doc. 4. C’est un texte juridique qui présente la légis­
d’augmenter durablement le niveau de vie parce qu’elle
lation sur la propriété industrielle. La protection de la
se heurte aux rendements factoriels décroissants.
propriété intellectuelle un préalable institutionnel indis­
pensable pour inciter les agents économiques à engager – Seule une croissance intensive, c’est-à-dire une crois­
des dépenses de recherche et développement pouvant sance économique fondée sur l’accroissement de la PGF,
déboucher sur des innovations. C’est en effet la seule peut être durable. La PGF correspond à la partie de la
manière de garantir à l’innovateur qu’il bénéficiera des croissance économique qui ne s’explique pas par l’ac­
gains permis par sa découverte. Toutefois, le texte de loi cumulation des facteurs de production. De nombreuses
stipule que cette protection est seulement provisoire. La données dans le document 1 permettent de montrer
connaissance étant cumulative, il ne faut pas entraver le poids important de la croissance de la PGF comme
durablement la possibilité pour les autres agents d’uti­ source de croissance économique.
liser la connaissance pour en faire émerger de nouvelles.
– Les économistes, comme Robert Solow, considèrent
que la PGF est principalement alimentée par le progrès
3 Introduction technique.
Produire nécessite de combiner deux facteurs de produc­ II/ Quelle est l’origine du progrès technique ?
tion, le facteur travail et le facteur capital. La croissance
économique, soit la hausse soutenue et durable de A. Le progrès technique est endogène.
la production, s’explique donc par l’accumulation de – Le progrès technique n’est pas exogène ; il ne tombe
facteurs de production. Les travaux économétriques pas du ciel mais résulte de décisions économiques moti­
sur la croissance menés à partir des années 1950 ont vées par la recherche du profit.
toutefois démontré que la contribution des facteurs de
production ne suffit pas à expliquer la croissance. – Les entreprises réalisent des dépenses de recherche
et développement et accumulent de la sorte du capital
technologique pour échapper à la concurrence et béné­
3 Proposition de plan détaillé ficier ainsi d’une rente de monopole. À illustrer avec
I/ L’explication de la croissance économique ne se les statistiques indiquant les dépenses intérieures de
résume pas à l’accumulation des facteurs de produc- recherche et développement financées par les entre­
tion, travail et capital : le rôle essentiel du progrès prises et le nombre de chercheurs pour 1 000 emplois
technique. dans l’industrie dans le document 2.
– Les travailleurs investissent dans le capital humain ;
A. L’accumulation de facteurs de production, travail et
ils deviennent ainsi plus productifs et deviennent
capital, est un facteur explicatif de la croissance écono-
capables de produire de nouvelles connaissances,
mique.
etc. À illustrer avec les statistiques indiquant la part
– Produire implique de combiner du facteur travail et des 25-64 ans diplômés du supérieur ou le nombre de
du facteur capital. Mobiliser davantage de facteurs chercheurs pour 1 000 emplois dans l’industrie dans le
de production permet de produire davantage. Le document.
document 1 permet d’illustrer les contributions à la
– Les entreprises investissent dans du capital physique
croissance économique de l’accumulation de facteurs
et l’usage qu’elles en font peut donner lieu à des inno­
de production.
vations incrémentales. À illustrer avec les statistiques
– L’accumulation du facteur capital dépend des déci­ indiquant la part que représentent les investissements
sions d’investissement des agents économiques dans TIC dans la FBCF dans le document 2.

CHAPITRE 1 Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ? 21


– Les pouvoirs publics contribuent directement à l’accu­ tement au progrès technique à travers des externalités
mulation de capital technologique en investissant dans positives de connaissance. Ces externalités ne sont
la recherche publique (à illustrer avec le document 2 en toutefois pas tarifées par le marché si bien que les
retranchant aux dépenses intérieures de recherche et agents privés sous-investissent par rapport à ce qui
développement celles financées par les entreprises), en serait désirable. Pour faire face à cette défaillance du
fournissant des infrastructures de communication et de marché, les pouvoirs publics doivent soit investir à la
télécommunication mais aussi en favorisant l’accumu­ place des agents privés en accumulant du capital public,
lation de capital humain à travers des services publics soit faire internaliser l’externalité positive aux agents
d’éducation et de santé. économiques à travers des subventions (à illustrer avec
le crédit d’impôt-recherche).
B. Le progrès technique nécessite un contexte institution-
nel favorable.
3 Conclusion
– Pour inciter les entrepreneurs à innover, il faut un
cadre légal qui leur assure qu’ils retireront les béné­ L’accumulation de facteurs de production n’épuise pas
fices de leurs investissements. Cela passe par une l’explication de la croissance économique. C’est une
bonne définition et une protection efficace des droits de bonne nouvelle parce que la croissance extensive se
propriété intellectuelle (à illustrer avec le document 4). heurte au problème des rendements factoriels décrois­
La connaissance étant cumulative, il est nécessaire que sants et n’est donc pas durable. Seule une croissance
la protection soit seulement temporaire pour ne pas intensive reposant sur l’accroissement de la PGF
entraver de manière trop importante l’émergence de permet une croissance qui ne s’épuise pas, une crois­
nouvelles idées. sance autoentretenue. C’est principalement le progrès
technique qui est à l’origine de la croissance de la PGF.
– Les entreprises leaders sur un marché peuvent abuser
Le progrès technique est lui-même la conséquence de
de leur position dominante et ériger des barrières à l’en­
décisions économiques d’investissement dans le capital
trée. Protégées de la concurrence, elles ne cherchent
technologique, le capital humain, le capital physique et le
plus autant à innover. C’est la raison pour laquelle, les
capital public. Ces investissements permettant le progrès
pouvoirs publics, en charge de l’intérêt général, doivent
technique nécessitent un contexte institutionnel adapté,
lutter contre les barrières à l’entrée à travers la politique
notamment une bonne protection des droits de propriété,
de la concurrence.
une politique de la concurrence qui lutte contre les abus
– Les investissements dans le capital technologique, de position dominante, et des interventions publiques
humain et physique contribuent directement ou indirec­ pour faire face aux défaillances du marché.

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