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CLÔTURE DE L’INSTRUCTION

Procédure écrite devant le


Tribunal judiciaire: la clôture de
l’instruction
17 JANVIER 2020 / AURÉLIEN BAMDÉ   / 1 COMMENTAIRE

La clôture de l’instruction intervient lorsque le Juge de la mise en état rend ce que l’on
appelle une ordonnance de clôture. Cette ordonnance est issue de la réforme engagée
en 1975 par le décret n°75-1123 du 5 décembre 1975 instituant un nouveau Code de
procédure civile, entré en vigueur le 1er janvier 1976.

L’ordonnance de clôture a été institué afin de mettre fin aux abus des plaideurs qui
consistaient à communiquer à l’adversaire ses pièces à la dernière heure avant
l’audience, ce qui n’était pas sans contrevenir au principe du contradictoire.

À cet égard, dans son article « La réforme du code de procédure civile par le décret
du 13 octobre 1965 et les principes directeurs du procès », Henri Motulsky rappelant
la pratique des prétoires sous le régime du juge chargé de suivre la procédure,
déplorait que l’affaire ne fût instruite qu’in extremis, quelques jours avant l’audience
des plaidoiries sinon la veille et stigmatisait « l’usage des communications de pièces
de dernière heure », « la grave altération consécutive de la loyauté du débat
judiciaire », ainsi que « l’irritant appel des causes à l’audience sans être en état
d’être plaidées » et même parfois, « le regrettable spectacle des audiences blanches
comme des déplacements inutiles ».
Il achevait de brosser ce tableau affligeant en affirmant qu’il n’« est pas concevable
qu’on impose la plaidoirie à une partie qui vient seulement d’avoir connaissance, tant
du véritable système d’argumentation de son adversaire que des documents essentiels
destinés à l’appuyer ».
L’institution de la procédure de la mise en état dans sa conception actuelle a donc eu
pour objet de remédier à cette situation. On ne saurait prétendre qu’elle n’y a pas
apporté de remède.
Toutefois, la tentation des parties de recourir à ces pratiques dénoncées par le
professeur Motulsky subsiste, tentation qui doit être contenue par l’autorité
effectivement exercée par le juge, sous peine de revenir auxdites pratiques.

De toute évidence, l’instauration d’une ordonnance de clôture s’inscrit dans cette


volonté de mettre un terme à des pratiques abusives des plaideurs qui étaient devenues
trop fréquences.

Parce qu’elle marque la fin de l’instruction à la date fixée par le juge, l’ordonnance de
clôture a pour effet d’interdire, à compter de la date où elle est prononcée, le dépôt de
toutes conclusions et la production de toutes pièces à peine d’irrecevabilité prononcée
d’office (article 802 CPC).
Pour cette raison, elle est une pierre angulaire de l’instance. Ajouté à cela,
l’ordonnance de clôture annonce le passage de la phase écrite de la procédure à la
phase orale.

À l’exception de la procédure d’urgence à jour fixe, elle est une étape incontournable
pour les plaideurs qui vont être directement touchés par ses effets. Leur situation ne
sera néanmoins pas figée puisqu’ils disposeront toujours, lorsque les conditions seront
réunies, de la faculté de solliciter sa révocation.

I) Le prononcé de l’ordonnance de clôture


A) Les causes justifiant le prononcé de l’ordonnance de clôture
Trois situations sont susceptibles de justifier le prononcé de l’ordonnance de clôture :

 En cas de renvoi à l’audience sans que l’affaire ne fasse l’objet d’une mise en
état (circuit court)
 Dans l’hypothèse où le Juge de la mise en état estime que l’instruction de
l’affaire est achevée
 Dans l’hypothèse où le Juge de la mise en état souhaite sanctionner une partie
négligente parce que ne concluant pas dans les délais impartis
==> Le renvoi de l’affaire à l’audience sans qu’elle fasse l’objet d’une mise en
état
L’article 778 du CPC prévoit que, lors de l’audience d’orientation, l’affaire peut être
renvoyée immédiatement à l’audience aux fins de jugement. C’est ce que l’on appelle
le circuit court.

Il peut être opté pour ce circuit court dans plusieurs cas :


 Premier cas : l’affaire est en état d’être jugée
 L’article 778, al. 1er du CPC prévoit en ce sens que « le président renvoie
à l’audience les affaires qui, d’après les explications des avocats et au vu
des conclusions échangées et des pièces communiquées, lui paraissent
prêtes à être jugées sur le fond. »
 La question qui alors se pose est de savoir à partir de quand peut-on
estimer qu’une affaire est en état d’être jugée.
 À l’évidence, tel sera le cas lorsque les parties auront pu valablement
débattre sur la base de conclusions échangées et de pièces communiquées.
 Le Président devra s’assurer, avant de renvoyer l’affaire à l’audience, que
le débat est épuisé et que le principe du contradictoire a été respecté.
 Aussi, le renvoi ne pourra être prononcé qu’à la condition que le
défendeur ait eu la faculté de conclure, soit de répondre à l’assignation dont
il a fait l’objet.
 C’est là une exigence expressément posée par l’article 778 qui précise
que le renvoi ne peut avoir lieu qu’« au vu des conclusions échangées et des
pièces communiquées».
 Deuxième cas : le défendeur ne comparaît pas
 L’article 778, al. 2 prévoit que le Président « renvoie également à
l’audience les affaires dans lesquelles le défendeur ne comparaît pas si
elles sont en état d’être jugées sur le fond, à moins qu’il n’ordonne la
réassignation du défendeur.»
 Il s’infère de cette disposition que deux conditions doivent être remplies
pour que le renvoi soit acquis de plein droit :
 Le défendeur ne doit pas comparaître
 L’affaire doit être en état d’être jugée
 Ainsi, le Président devra s’assurer que toutes les mesures ont été prises
pour que le défendeur soit prévenu de la procédure dont il fait l’objet et
qu’il ait été en mesure de constituer avocat.
 Plus précisément, il doit veiller :
 D’une part, à ce que le principe du contradictoire ait bien été
respecté
 D’autre part, à ce que les éléments produits et les prétentions
présentées par le défendeur soient suffisamment sérieux
 Si le Président s’aperçoit que l’affaire n’est pas en état d’être jugée, il
peut imposer au demandeur de réassigner le défendeur.
 Troisième cas : l’instance a été introduite au moyen d’une requête
conjointe
 Ce troisième cas n’est certes pas visé par l’article 758 du CPC qui traite
de l’orientation de l’affaire lorsqu’elle procède du dépôt d’une requête
conjointe.
 Toutefois, elle est admise par la jurisprudence qui considère que dans la
mesure où les parties sont d’accord sur les termes du litige, il n’y a pas lieu
à procéder à une instruction de l’affaire.
 Il est, en effet, fort probable qu’elles se soient entendues sur le dispositif
de la décision sollicitée qui se traduira, la plupart du temps, par
l’homologation d’un accord.
Dans tous les cas, en application des articles 778 et 779 du CPC lorsque le Président
constate que toutes les conditions sont réunies pour que l’affaire soit jugée sans qu’il y
ait lieu de la renvoyer devant le Juge de la mise en état, il doit déclarer l’instruction
close et fixer la date de l’audience, étant précisé que celle-ci peut être tenue le jour
même.

Le dernier alinéa de l’article 778 du CPC précise, et c’est une innovation du décret du
11 décembre 2019, que « lorsque les parties ont donné leur accord pour que la
procédure se déroule sans audience conformément aux dispositions de l’article L.
212-5-1 du code de l’organisation judiciaire, le président déclare l’instruction close
et fixe la date pour le dépôt des dossiers au greffe de la chambre. Le greffier en avise
les parties et, le cas échéant, le ministère public et les informe du nom des juges de la
chambre qui seront amenés à délibérer et de la date à laquelle le jugement sera
rendu. »
En toute hypothèse, cette clôture de l’instruction se matérialise par le prononcé d’une
ordonnance de clôture qui donc annonce l’ouverture de la phase des débats oraux.

==> Le juge de la mise en état estime que l’instruction de l’affaire est achevée

L’article 799 du CPC prévoit que « sauf dans le cas où il est fait application des
dispositions du deuxième alinéa de l’article 781, le juge de la mise en état déclare
l’instruction close dès que l’état de celle-ci le permet et renvoie l’affaire devant le
tribunal pour être plaidée à la date fixée par le président ou par lui-même s’il a reçu
délégation à cet effet. »
Il ressort de cette disposition que dès lors que le Juge de la mise en état constate que
l’instruction est achevée, il doit rendre une ordonnance de clôture aux termes de
laquelle il met un terme à la mise en état et renvoi l’affaire devant la formation de
jugement du Tribunal pour être plaidée.

À cet égard, l’article 779 précise que la date de la clôture arrêtée par le Juge de la mise
en état doit être aussi proche que possible de celle fixée pour les plaidoiries.
Cette obligation qui échoit au juge n’est toutefois assortie d’aucune sanction. Reste
que plus le délai entre le prononcé de l’ordonnance de clôture et l’audience de
plaidoirie sera long et plus il est un risque que des faits nouveaux interviennent entre-
temps et donc justifient la révocation de l’ordonnance. Le magistrat a, dans ces
conditions, tout intérêt à choisir une date rapprochée.

À ce stade de la procédure, les parties peuvent toujours demander à ce que l’affaire


soit jugée sans qu’elle soit plaidée, au préalable, dans le cadre d’une audience.

L’article 799, al. 3 du CPC prévoit en ce sens que « lorsque les parties ont donné leur
accord pour que la procédure se déroule sans audience conformément aux
dispositions de l’article L. 212-5-1 du code de l’organisation judiciaire, le juge de la
mise en état déclare l’instruction close dès que l’état de celle-ci le permet et fixe la
date pour le dépôt des dossiers au greffe de la chambre. Le greffier en avise les
parties et, le cas échéant, le ministère public. »
==> Le Juge de la mise en état souhaite sanctionner une partie négligente

En cas de non-respect des délais fixés par le juge de la mise en état, l’article 800 du
CPC autorise le Juge de la mise en état à prononcer la clôture partielle à l’égard de la
partie négligente.

Plus précisément cette disposition prévoit que « si l’un des avocats n’a pas accompli
les actes de la procédure dans le délai imparti, le juge peut ordonner la clôture à son
égard, d’office ou à la demande d’une autre partie, sauf, en ce dernier cas, la
possibilité pour le juge de refuser par ordonnance motivée non susceptible de
recours ».
On parlera alors de clôture partielle, car prononcée à l’encontre de la partie qui aura
été négligente. Cette clôture partielle est seulement subordonnée au non-respect d’un
délai fixé par le juge.

Le juge n’est pas contraint, pour prononcer cette sanction, de constater l’inobservation
d’une injonction, ni de provoquer l’avis des avocats : une simple défaillance suffit à
fonder la clôture

La copie de l’ordonnance de clôture partielle est adressée à la partie défaillante, à son


domicile réel ou à sa résidence. La partie sanctionnée sera dès lors privée du droit de
communiquer de nouvelles pièces et de produire de nouvelles conclusions.
Reste que lorsque des demandes ou des moyens nouveaux sont présentés au Juge de la
mise ou en cas de cause grave et dûment justifié, ce dernier peut toujours, d’office ou
lorsqu’il est saisi de conclusions à cette fin, rétracter l’ordonnance de clôture partielle
afin de permettre à la partie contre laquelle la clôture partielle a été prononcée de
répliquer.

B) Le formalisme attaché au prononcé de l’ordonnance de clôture


L’article 798 du CPC prévoit que « la clôture de l’instruction est prononcée par une
ordonnance non motivée qui ne peut être frappée d’aucun recours. Copie de cette
ordonnance est délivrée aux avocats. »
Plusieurs enseignements peuvent être tirés de cette disposition :

 Un acte d’administration judiciaire


 Il résulte de l’article 798 du CPC que l’ordonnance de clôture
s’apparente à un acte d’administration judiciaire
 C’est la raison pour laquelle elle est insusceptible de faire l’objet d’une
voie de recours.
 Motivation de l’ordonnance de clôture
 Principe
 Parce qu’il s’agit d’un acte d’administration judiciaire,
l’ordonnance de clôture n’a pas à être motivée
 Exception
 Le seul cas où le Juge de la mise en l’état a l’obligation de motiver
l’ordonnance de clôture, c’est lorsqu’elle est rendue sur le fondement
de l’article 800 du CPC
 C’est l’hypothèse où, souhaitant sanctionner une partie négligence,
le Juge de la mise en état prononce la clôture partielle
 L’article 800 prévoit en ce sens que « si l’un des avocats n’a pas
accompli les actes de la procédure dans le délai imparti, le juge peut
ordonner la clôture à son égard, d’office ou à la demande d’une autre
partie, sauf, en ce dernier cas, la possibilité pour le juge de refuser par
ordonnance motivée non susceptible de recours.»
 Notification de l’ordonnance
 Une copie de l’ordonnance de clôture doit être délivrée aux avocats
 Lorsque la clôture n’est que partielle, l’article 800 du CPC précise que
copie de l’ordonnance est adressée à la partie défaillante, à son domicile réel
ou à sa résidence.
 Tenue du dossier
 En application de l’article 727 du CPC, une copie de l’ordonnance de
clôture doit être versée au dossier constitué par le greffe
 Conformément à l’article 771, al. 2 du CPC, la mention de la clôture doit,
en outre, figurer sur la fiche permettant de connaître l’état de l’affaire
II) Les effets de l’ordonnance de clôture
Lorsqu’elle est rendue par le Juge de la mise en état, l’ordonnance de clôture produit
deux effets :

 Elle opère le renvoi de l’affaire devant la formation de jugement du Tribunal


 Elle rend irrecevable le dépôt de conclusions et de pièces
A) Le renvoi de l’affaire devant la formation de jugement du Tribunal
En application de l’article 799 du CPC l’ordonnance de clôture a pour effet de
renvoyer l’affaire devant le tribunal pour être plaidée.

À cet égard, il doit s’en suivre la fixation de la date de l’audience.

==> La fixation de la date de l’audience

Il s’évince de l’article 799 du CPC seul le Président dispose de cette prérogative, de


sorte que deux hypothèses doivent être distinguées :

 L’ordonnance de clôture est rendue par le Président de la juridiction ou de la


chambre à laquelle l’affaire a été attribuée (circuit court)
 Dans cette hypothèse, l’ordonnance fixe la date de l’audience
 L’ordonnance de clôture est rendue par le Juge de la mise en état
 Dans cette hypothèse, deux situations peuvent être envisagées :
 Le juge de la mise en état a reçu délégation  du Président pour fixer
la date de l’audience auquel cas il peut l’arrêter dans l’ordonnance de
clôture
 Le juge de la mise en état n’a pas reçu délégation  du Président
pour fixer la date de l’audience auquel cas il ne peut que renvoyer
l’affaire sans fixer de date, charge au Président de la fixer lui-même
==> La détermination de la date de l’audience
Quant à la date de l’audience, l’article 799 du CPC prévoit que « la date de la clôture
doit être aussi proche que possible de celle fixée pour les plaidoiries. »
Le délai entre ces deux dates doit être raisonnable, en ce sens qu’il doit se compter en
jours et, en cas de circonstances exceptionnelles en mois.

La règle énoncée par l’article 799 CPC n’est toutefois assortie d’aucune sanction, de


sorte que les parties ne sauraient se prévaloir de la nullité de l’ordonnance.
==> Le dépôt du dossier au greffe

Lorsque l’affaire est renvoyée à l’audience, le dépôt du dossier de l’avocat peut être
requis dans deux cas énoncés par l’article 799 du CPC pris en ses alinéas 2 et 3.

 Demande du Juge de la mise en état en vue de l’élaboration de son rapport


 L’article 799, al. 2 prévoit que « s’il l’estime nécessaire pour
l’établissement de son rapport à l’audience, le juge de la mise en état peut
demander aux avocats de déposer au greffe leur dossier, comprenant
notamment les pièces produites, à la date qu’il détermine.»
 L’établissement de ce rapport a été rendu obligatoire par le décret du 28
décembre 2005, le législateur considérant que l’audience ne devait plus être
le lieu des seules plaidoiries, mais également le moment d’un dialogue entre
les avocats et le juge sur les questions essentielles à la résolution du litige.
 Aussi, cela implique-t-il une meilleure préparation de l’affaire par les
juges, avant l’audience, et par voie de conséquence la généralisation du
rapport fait par un juge à l’audience.
 La demande de dépôt du dossier par le Juge est une simple faculté qu’il
n’est pas tenu d’exercer systématiquement.
 En pratique, les avocats devanceront sa demande en lui déposant leurs
dossiers de plaidoiries respectifs.
 Demande des avocats de ne pas plaider l’affaire à l’audience
 Dans la pratique, de nombreux dossiers sont déposés sans être plaidés.
 Cette pratique des dépôts de dossier par les avocats a, elle aussi, été
officialisée par le décret du 28 décembre 2005 afin de limiter la durée des
audiences.
 À cet égard, le troisième alinéa de l’ancien article 779 du CPC prévoyait
que « le président ou le juge de la mise en état, s’il a reçu délégation à cet
effet, peut également, à la demande des avocats, et après accord, le cas
échéant, du ministère public, autoriser le dépôt des dossiers au greffe de la
chambre à une date qu’il fixe, quand il lui apparaît que l’affaire ne requiert
pas de plaidoiries. »
 Cette faculté des parties à solliciter une dispense d’audience a été
généralisée à tous les stades de l’instance
 Cette demande peut être formulée dès l’acte introductif d’instance, ce qui
se traduit par l’insertion d’une mention dans l’assignation ou la requête
conjointe.
 Au stade de l’achèvement de l’instruction de l’affaire, l’article 799, al.
3 prévoit que « lorsque les parties ont donné leur accord pour que la
procédure se déroule sans audience conformément aux dispositions de
l’article L. 212-5-1 du code de l’organisation judiciaire, le juge de la mise
en état déclare l’instruction close dès que l’état de celle-ci le permet et fixe
la date pour le dépôt des dossiers au greffe de la chambre. »
 Le greffier en avise les parties et, le cas échéant, le ministère public. »
 Par ailleurs, à la date annoncée, les parties devront être informées du nom
des juges et de la date à laquelle le jugement sera rendu.
 Ces informations sont impératives, tout justiciable devant savoir par qui
il est jugé et quand il le sera.
B) L’irrecevabilité des conclusions et des pièces tardives
==> Principe

L’article 802 du CPC dispose que « après l’ordonnance de clôture, aucune conclusion
ne peut être déposée ni aucune pièce produite aux débats, à peine d’irrecevabilité
prononcée d’office. »
Il résulte de cette règle que, postérieurement à la date de l’ordonnance de clôture, les
parties sont irrecevables à produire des conclusions et des pièces.

Il est indifférent que la production tardive soit fautif, le seul critère d’irrecevabilité
devant être apprécié par le Juge étant la date de l’ordonnance de clôture.

À cet égard, en application de l’article 802 du CPC, il appartient au Juge de relever


d’office l’irrecevabilité.

La conséquence en est que ce dernier ne pourra rendre sa décision qu’en se rapportant


aux dernières conclusions déposées avant le prononcé de l’ordonnance de clôture.

Dans un arrêt du 11 mars 1992, la Cour de cassation a précisé que « le juge, qui relève
d’office le moyen tiré de l’irrecevabilité de conclusions déposées après l’ordonnance
de clôture, n’a pas à inviter au préalable les parties à présenter leurs observations sur
ce moyen » (Cass. 2e  civ. 11 mars 1992, n°90-19699).
Reste que pour écarter les conclusions et pièces hors délai, le Juge devra s’assurer que
le concluant ait bien eu connaissance de l’ordonnance de clôture (Cass. 2e  civ., 18 nov.
2010, n°09-17159).
==> Le sort des conclusions et pièces de dernière heure

L’ordonnance de clôture, qui marque la fin de l’instruction à la date fixée par le juge, a
pour effet d’interdire, à compter de la date où elle est prononcée, le dépôt de toutes
conclusions et la production de toutes pièces à peine d’irrecevabilité prononcée
d’office.
Si les conclusions déposées et les pièces produites après l’ordonnance de clôture sont
irrecevables, a contrario, elles sont recevables si elles l’ont été avant l’ordonnance. Le
sont-elles dans tous les cas ?

À l’analyse, l’article 802 du CPC n’interdit pas de façon littérale le dépôt de pièces à


la veille du prononcé de l’ordonnance de clôture.

Cependant l’article 15 du même code dispose que « les parties doivent se faire
connaître mutuellement en temps utile les moyens de fait sur lesquels elles fondent
leurs prétentions, les éléments de preuve qu’elles produisent et les moyens de droit
qu’elles invoquent, afin que chacune soit à même d’organiser sa défense ».
Quant au contrôle de la mise en oeuvre du principe fondamental de la contradiction
ainsi exprimé, il est assuré par le juge auquel l’article 16 du CPC fait obligation
d’observer et de faire observer lui-même le respect de ce principe.

Lorsque les conclusions sont déposées et les pièces produites en dernière heure, c’est-
à-dire à une date très proche de la date de clôture, laquelle aura été portée à l’avance à
la connaissance des parties par le juge de la mise en état, le principe de la
contradiction ne peut pas être respecté dès lors que la partie adverse ne dispose pas
d’un délai suffisant dans le temps restant pour prendre connaissance des pièces et
conclusions et y répliquer.

L’article 135 du CPC permet, dans ces conditions, au juge d’écarter des débats les
pièces qui n’ont pas été communiquées « en temps utile ».
Cette notion de temps utile, qui fait référence à la même notion visée à l’article 15 du
même code, ne s’applique qu’aux productions de pièces et non aux conclusions, pour
lesquelles n’existe pas de disposition correspondante.

Ce concept de « temps utile » crée, selon le rapport annuel de la Cour de cassation


publié en 1995, une sorte de « période suspecte » antérieure à l’ordonnance de clôture,
durant laquelle les productions et communications de pièces sont exposées à un rejet.

À cet égard, le professeur Perrot a fait observer que « la notion de temps utile est
malaisée à définir. C’est essentiellement une question de fait appréciée par le juge
dans chaque cas d’espèce. Pour déterminer si les communications et notifications à
l’adversaire ont eu lieu en temps utile, le juge doit procéder à une sorte de compte à
rebours très aléatoire, en partant de la date à laquelle tout débat doit être arrêté et en
se demandant si le temps dont l’adversaire a disposé peut être considéré comme
suffisant pour organiser utilement sa défense. On devine la marge d’incertitude que
comporte une telle appréciation ».
Lorsque l’on se tourne vers la jurisprudence, il apparaît que la décision d’irrecevabilité
des pièces ou conclusions, prononcée d’office ou à la demande d’une partie, fait
l’objet d’un contrôle très strict de la Cour de cassation qui s’explique par le fait qu’elle
constitue une mesure radicale.

La jurisprudence exige que les conclusions aient été déposées de manière que la partie
adverse ait été mise dans l’impossibilité de répliquer avant la clôture, ce qui suppose,
d’une part, que les conclusions ou pièces nécessitaient une réponse, d’autre part, que le
délai encore disponible pour y répondre était insuffisant.

Une jurisprudence abondante des trois chambres civiles et de la chambre commerciale


exprime cette exigence : « le juge ne peut écarter des conclusions déposées avant
l’ordonnance de clôture sans préciser les circonstances particulières qui ont empêché
de respecter le principe de la contradiction » (Cass. 3e  civ., 21 février 2001 ; Cass.
1ère  civ., 7 février 2004 ; Cass. com., 28 septembre 2004 ; Cass. 2e  civ., 10 juillet 1996)
Il s’agit donc de savoir selon Antoine Bolze si, au cas par cas, le dépôt tardif a été
déloyal dans la mesure où « son contenu fait entrer dans la phase préparatoire qui
s’achève des éléments dont la nouveauté désorganise la défense de l’adversaire ».
Dans un arrêt du 5 décembre 2012 la Cour de cassation a réitéré sa position en
considérant que des conclusions ou pièces tardives ne pouvaient être déclarées
irrecevables qu’à la condition qu’il soit établi l’existence de circonstances particulières
ayant empêché le respect de la contradiction (Cass. 1ère  civ. 5 déc. 2012, n°11-20552).
==> Exceptions

Le principe d’irrecevabilité des conclusions et pièces tardives est assorti de quatre


exceptions énoncées aux alinéas 2 et 3 de l’article 802 du CPC.

Ces exceptions se justifient par l’impossibilité pour le concluant, dans certains cas, de
présenter ses demandes.

Aussi, des conclusions et pièces pourront toujours être produites dans les cas suivants :

 Dépôt de demandes en intervention volontaire


 Dans cette hypothèse, il s’agit d’autoriser les tiers à intervenir à
l’instance, ces derniers ne pouvant pas connaître, par hypothèse, la date de
clôture de l’instruction.
 L’article 803, al. 2e du CPC précise que « si une demande en intervention
volontaire est formée après la clôture de l’instruction, l’ordonnance de
clôture n’est révoquée que si le tribunal ne peut immédiatement statuer sur
le tout. »
 Ainsi, c’est au juge de déterminer s’il y a lieu de révoquer l’ordonnance
de clôture, ce qu’il sera contraint de faire si, compte tenu de l’objet de la
demande en intervention volontaire, il n’est pas en mesure de statuer sur
l’ensemble de l’affaire.
 Reste que la Cour de cassation a néanmoins admis que le juge puisse
choisir de statuer d’abord sur la cause principale, si la demande en
intervention volontaire risque de retarder à l’excès le jugement sur le fond
(V. en ce sens com. 20 févr. 2001, n°97-16019)
 Dépôt de conclusions relatives aux loyers, arrérages, intérêts et autres
accessoires échus et aux débours faits jusqu’à l’ouverture des débats
 Cette hypothèse se justifie par la nécessité d’actualiser les montant
évoqués dans les conclusions prises par les parties.
 La clôture de l’instruction n’interrompt nullement le cours des intérêts, ni
l’exigibilité des loyers, raison pour laquelle il est nécessaire de permettre
aux parties de mettre à jour leurs écritures, mais seulement sur ces éléments
pécuniaires.
 Formulation de demandes de révocation de l’ordonnance de clôture
 Cette hypothèse se justifie par la reconnaissance même d’un droit de
révoquer l’ordonnance de clôture.
 Par hypothèse, la demande de révocation de l’ordonnance de clôture ne
peut être formulée que postérieurement à la décision du Juge, d’où cette
dérogation au principe d’irrecevabilité des conclusions tardives posé
par l’article 802 du CPC.
 Dépôt de conclusions qui tendent à la reprise de l’instance en l’état où celle-
ci se trouvait au moment de son interruption
 Cette hypothèse se rencontrera lorsqu’une cause d’interruption de
l’instance interviendra postérieurement au prononcé de l’ordonnance de
clôture.
 Afin de mettre en terme à l’interruption de l’instance et de solliciter sa
reprise, il est nécessaire que les parties disposent de la faculté de déposer
des conclusions.
 Or dans la mesure où l’ordonnance de clôture a déjà été rendu, le
principe d’irrecevabilité des écritures tardives y fait obstacle ; d’où
l’exception posée par l’article 802 du CPC.
 De nouvelles conclusions pourront ainsi être prises, mais uniquement aux
fins de discuter de la reprise de l’instance.
Si la liste des exceptions au principe d’irrecevabilité des conclusions tardives est
limitative, la Cour de cassation a, dans un arrêt du 20 juin 2012 admis un cinquième
cas justifiant qu’il soit dérogé à ce principe : la demande de rejet de conclusions ou de
pièces déposées à la dernière heure.

Dans cette décision, la première chambre civile a considéré que « si les juges du fond
disposent d’un pouvoir souverain pour apprécier si des conclusions et/ ou des pièces
ont été déposées en temps utile au sens de l’article 15 du code de procédure civile, ils
se doivent de répondre à des conclusions qui en sollicitent le rejet, que ces dernières
soient déposées avant ou après le prononcé de l’ordonnance de clôture »
III) La révocation de l’ordonnance de clôture ou le rabat de clôture
A) Les causes de révocation de l’ordonnance de clôture
Il ressort des termes de l’article 784 du CPC que la révocation de l’ordonnance de
clôture peut être prononcée dans deux cas : la cause grave et la demande en
intervention volontaire

==> Premier cas : la cause grave


L’article 803, al. 1er du CPC dispose que « l’ordonnance de clôture ne peut être
révoquée que s’il se révèle une cause grave depuis qu’elle a été rendue »
Bien que la cause grave ne soit pas définie par les textes, l’article 803 du CPC exclut
d’emblée la constitution d’avocat postérieurement à la clôture.

À l’examen, par cause grave, il ne peut s’agir que d’une circonstance indépendante de
la volonté du demandeur, qui s’est révélée à lui postérieurement à l’ordonnance de
clôture et qui est de nature à avoir une incidence sur la solution du litige.

La combinaison de ces deux éléments réunis à conduit la jurisprudence :

 À admettre la cause grave


 En cas de communication d’une pièce dont dépend la solution du litige
 En cas de retard dans l’octroi de l’aide juridictionnel auquel était
subordonnée l’intervention de l’avocat
 À exclure la cause grave
 En cas de délai suffisant pour répondre à des conclusions déposées à une
date proche de la clôture
 En cas de succession d’avocat
==> Second cas : la demande en intervention volontaire
L’article 803, al. 2 du CPC prévoit que la demande en intervention volontaire peut
justifier la révocation de l’ordonnance de clôture, à la condition néanmoins que le
Tribunal ne soit pas en mesure de statuer sur le tout de l’affaire, sans que cette
nouvelle demande ne soit instruite.

Reste que la révocation de l’ordonnance de clôture par le juge dans cette circonstance
n’est qu’une simple faculté.

B) La demande de révocation de l’ordonnance de clôture


L’article 803, al. 3 du CPC dispose que « l’ordonnance de clôture peut être révoquée,
d’office ou à la demande des parties ».
Dans le premier cas de figure, la Cour de cassation considère « qu’en application de
l’article 783 [803 nouveau] du Code de procédure civile, les demandes de révocation
de l’ordonnance de clôture doivent être formées par conclusions » (Cass. 2e  civ.
1er  avr. 2004, n°02-13996).
C) La décision de révocation de l’ordonnance de clôture
==> Pouvoirs du juge

L’article 803, al. 3 du CPC prévoit que « l’ordonnance de clôture peut être révoquée,
d’office ou à la demande des parties, soit par ordonnance motivée du juge de la mise
en état, soit, après l’ouverture des débats, par décision du tribunal. »
Il ressort de cette disposition que la décision de révocation de l’ordonnance de clôture
peut intervenir dans trois cas :

 La juge peut révoquer d’office l’ordonnance de clôture sans que cette


révocation ait été sollicitée par les parties
 Le juge peut révoquer l’ordonnance de clôture à la demande des parties, à la
condition qu’elles justifient d’une cause grave
 L’ordonnance est révoquée par décision du Tribunal réuni dans sa formation de
jugement, d’où il s’ensuit une réouverture les débats
Ainsi, l’ordonnance de clôture peut être révoquée :

 Soit par le Juge de la mise en état, lequel demeure saisi jusqu’à la date de
l’audience
 Soit par le Tribunal lui-même même qui est saisi à compter de la date de
l’audience
Dans cette dernière hypothèse, soit lorsque c’est le Tribunal qui est saisi, il convient de
distinguer deux hypothèses :

 Le Tribunal prononce la réouverture des débats avec révocation de


l’ordonnance de clôture
 Dans cette hypothèse, les parties disposent de la faculté de conclure sur
tous les points du litige pendant devant la juridiction, y compris formuler de
nouvelles demandes (V. en ce sens 3e  civ. 13 nov. 1997).
 L’affaire est alors renvoyée devant le Juge de la mise en état
 La Cour de cassation a eu l’occasion de préciser que la réouverture des
débats n’emportait pas révocation de l’ordonnance de clôture, de sorte qu’il
appartient au Tribunal de le spécifier dans le dispositif de sa décision
(  2e  civ. 14 mai 1997)
 Seul le renvoi de l’affaire devant le Juge de la mise en état vaut
révocation de l’ordonnance de clôture (  2e  civ. 19 févr. 2009).
 Le Tribunal prononce la réouverture des débats sans révocation de
l’ordonnance de clôture
 Dans cette hypothèse, la réouverture des débats intervient sur le
fondement de l’article 444 du CPC
 Cette disposition prévoit que « le président peut ordonner la réouverture
des débats. Il doit le faire chaque fois que les parties n’ont pas été à même
de s’expliquer contradictoirement sur les éclaircissements de droit ou de
fait qui leur avaient été demandés.»
 La réouverture des débats n’est ici pas subordonnée à la révocation de
l’ordonnance de clôture.
 La conséquence est que les parties ne pourront conclure que sur le point
de droit ou de fait soulevé par le juge
==> Motivation de la décision de révocation
Bien que l’article 803 du CPC ne prévoit pas que l’ordonnance de révocation doive
être motivée, la Cour de cassation l’exige, en particulier s’agissant de la caractérisation
de la cause grave justifiant la décision prise.

D) Les effets de la révocation de l’ordonnance de clôture


La révocation de l’ordonnance de clôture a pour effet de rouvrir la phase d’instruction
de l’affaire, de sorte que les parties sont autorisées à déposer de nouvelles conclusions
et pièces.

La révocation de l’ordonnance est nécessairement totale, en ce sens que le Tribunal ne


saurait limiter la réouverture des débats à la production de certaines conclusions ou
pièces.

Les parties sont libres de conclure sur tous les points du litige qui leur sied, ce qui
implique qu’ils soient autorisés à formuler de nouvelles demandes.
 

[1] M. Kebir, « Réforme de la procédure civile : promotion de la mise en état


conventionnelle et extension des pouvoirs du JME », Dalloz actualité, 23 déc. 2019
[2] V. en ce sens Y. Buffelan-Lanore, Essai sur la notion de caducité des actes
juridiques en droit civil, LGDJ, 1963; N. Fricero-Goujon, La caducité en droit
judiciaire privé : thèse Nice, 1979 ; C. Pelletier, La caducité des actes juridiques en
droit privé, L’Harmattan, coll. « logiques juridiques », 2004 ; R. Chaaban, La caducité
des actes juridiques, LGDJ, 2006.
[3] R. Perrot, « Titre exécutoire : caducité d’une ordonnance d’homologation sur la
pension alimentaire », RTD Civ., 2004, p. 559.
[4] M.-C. Aubry, « Retour sur la caducité en matière contractuelle », RTD Civ., 2012,
p. 625.
[5] H. roland et L. Boyer, Introduction au droit, Litec, coll. « Traités », 2002, n°102,
p. 38.
[6] Article 1089 du Code civil.
[7] Article 1043 du Code civil.
[8] Article 1042, alinéa 1er du Code civil.
[9] V. Wester-Ouisse, « La caducité en matière contractuelle : une notion à réinventer
», JCP G, n°4, Janv. 2001, I 290.
[10] V. en ce sens F. Garron, La caducité du contrat : étude de droit privé, PU Aix-
Marseille, 2000.
[11] Pour Caroline Pelletier la caducité envisagée par les civilistes et la caducité que
l’on rencontre en droit judiciaire privé forment une seule et même notion (C.
Pelletier, op. cit., n°402, p.494-495). A l’inverse, Rana Chaaban estime qu’il s’agit là
de caducités différentes (R. Chaaban, op. cit., n°29, p. 20). Elle estime en ce sens que,
« contrairement à la caducité judiciaire, la caducité de droit civil éteint un droit
substantiel, et non un élément processuel ».
[12] V. en ce sens S. Guinchard, «Le temps dans la procédure civile », in XVe
Colloque des instituts d’études judiciaires, Clermont-Ferrand, 13-14-15 octobre 1983,
Annales de la faculté de droit et de science politique de Clermont-Ferrand, 1983, p.
65-76.
[13] R. Chaaban, op. cit., n°371, p. 333.
[14] Pierre Hébraud affirme en ce sens que les effets de l’acte caduc « se concentrent
dans cette chute, sans rayonner au-delà, sans s’accompagner, notamment de
rétroactivité » (P. Hébraud, Préface de la thèse de Y. Buffelan-Lanore, Essai sur la
notion de caducité des actes juridiques en droit civil, LGDJ, 1963, p. VI).
[15] Dès 1971 la notion de caducité fait son apparition en droit des contrats. Dans trois
arrêts remarqués, la Cour de cassation juge, par exemple, caduque une stipulation
contractuelle qui ne satisfaisait plus, en cours d’exécution d’un contrat, à l’exigence de
déterminabilité du prix (Cass. com., 27 avr. 1971, n° 69-10.843, n° 70-10.752 et n° 69-
12.329 : Gaz. Pal. 1971, 2, p. 706, [3 arrêts] ; JCP G 1972, II, 16975 note J. Boré ; D.
1972, p. 353, note J. Ghestin, W. Rabinovitch).
[16] Caroline Pelletier note que le cantonnement de la caducité aux actes juridiques
non entrés en vigueur « ne reflète plus l’état du droit positif et [qu’elle] peut, aussi,
sans inconvénient, résulter d’un fait générateur intervenant après le début de
l’exécution de l’acte juridique » (C. Pelletier, op. cit., n°3, p. 17).
[17] R. Houin, « Le problème des fictions en droit civil », Travaux de l’association H.
Capitant, 1947, p. 247.
[18] J. Deprez, La rétroactivité dans les actes juridiques : Thèse, Rennes, 1953, n°1.
[19] Ibid., n°61.
[20] Cass. 2e civ., 2 déc. 1982 : Bull. civ. 1982, II, n° 158 ; RTD civ. 1983, p. 593,
obs. R. Perrot; Cass. 2e civ., 13 févr. 1985 : JCP G 1985, IV, 15.
[21] Cass. ass. plén., 3 avr. 1987 : JCP G 1987, II, 20792, concl. M. Cabannes ; Gaz.
Pal. 1987, 2, somm. p. 173, note H. Croze et Ch. Morel ; RTD civ. 1987, p. 401, obs.
R. Perrot ; D. 1988, Somm. p. 122, obs. P. Julien.
[22] Cass. soc., 21 mai 1996 : D. 1996, inf. rap. p. 154 ; Civ. 2e, 3 mai 2001, n° 99-
13.592, D. 2001. 1671; RTD civ. 2001. 667, obs. R. Perrot, Bull. civ. II, n° 89 ; Cass.
2e civ., 11 oct. 2001, n° 99-16.269: Bull. civ. 2001, II, n° 153; Com. 14 mars 2006, n°
03-10.945.
[23] V. en ce sens L. Miniato, « La loi du 17 juin 2008 rend-elle caduque la
jurisprudence de l’assemblée plénière de la Cour de cassation ? », Dalloz, 2008, p.
2592.

La révocation de l’ordonnance de
clôture ou le rabat de clôture
11 JUIN 2019 / AURÉLIEN BAMDÉ   / POSTER UN COMMENTAIRE

A jour de la réforme opérée par le décret n° 2019-1333 du 11 décembre


2019 réformant la procédure civile, pris en application de la loi n° 2019-222 du 23
mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice.
 

La clôture de l’instruction intervient lorsque le Juge de la mise en état rend ce que l’on
appelle une ordonnance de clôture. Cette ordonnance est issue de la réforme engagée
en 1975 par le décret n°75-1123 du 5 décembre 1975 instituant un nouveau Code de
procédure civile, entré en vigueur le 1er janvier 1976.
L’ordonnance de clôture a été institué afin de mettre fin aux abus des plaideurs qui
consistaient à communiquer à l’adversaire ses pièces à la dernière heure avant
l’audience, ce qui n’était pas sans contrevenir au principe du contradictoire.

À cet égard, dans son article « La réforme du code de procédure civile par le décret
du 13 octobre 1965 et les principes directeurs du procès », Henri Motulsky rappelant
la pratique des prétoires sous le régime du juge chargé de suivre la procédure,
déplorait que l’affaire ne fût instruite qu’in extremis, quelques jours avant l’audience
des plaidoiries sinon la veille et stigmatisait « l’usage des communications de pièces
de dernière heure », « la grave altération consécutive de la loyauté du débat
judiciaire », ainsi que « l’irritant appel des causes à l’audience sans être en état
d’être plaidées » et même parfois, « le regrettable spectacle des audiences blanches
comme des déplacements inutiles ».
Il achevait de brosser ce tableau affligeant en affirmant qu’il n’« est pas concevable
qu’on impose la plaidoirie à une partie qui vient seulement d’avoir connaissance, tant
du véritable système d’argumentation de son adversaire que des documents essentiels
destinés à l’appuyer ».
L’institution de la procédure de la mise en état dans sa conception actuelle a donc eu
pour objet de remédier à cette situation. On ne saurait prétendre qu’elle n’y a pas
apporté de remède.

Toutefois, la tentation des parties de recourir à ces pratiques dénoncées par le


professeur Motulsky subsiste, tentation qui doit être contenue par l’autorité
effectivement exercée par le juge, sous peine de revenir auxdites pratiques.

De toute évidence, l’instauration d’une ordonnance de clôture s’inscrit dans cette


volonté de mettre un terme à des pratiques abusives des plaideurs qui étaient devenues
trop fréquences.

Parce qu’elle marque la fin de l’instruction à la date fixée par le juge, l’ordonnance de
clôture a pour effet d’interdire, à compter de la date où elle est prononcée, le dépôt de
toutes conclusions et la production de toutes pièces à peine d’irrecevabilité prononcée
d’office (article 802 CPC).
Pour cette raison, elle est une pierre angulaire de l’instance. Ajouté à cela,
l’ordonnance de clôture annonce le passage de la phase écrite de la procédure à la
phase orale.

À l’exception de la procédure d’urgence à jour fixe, elle est une étape incontournable
pour les plaideurs qui vont être directement touchés par ses effets. Leur situation ne
sera néanmoins pas figée puisqu’ils disposeront toujours, lorsque les conditions seront
réunies, de la faculté de solliciter sa révocation.

I) Les causes de révocation de l’ordonnance de clôture


Il ressort des termes de l’article 784 du CPC que la révocation de l’ordonnance de
clôture peut être prononcée dans deux cas : la cause grave et la demande en
intervention volontaire

==> Premier cas : la cause grave


L’article 803, al. 1er du CPC dispose que « l’ordonnance de clôture ne peut être
révoquée que s’il se révèle une cause grave depuis qu’elle a été rendue »
Bien que la cause grave ne soit pas définie par les textes, l’article 803 du CPC exclut
d’emblée la constitution d’avocat postérieurement à la clôture.

À l’examen, par cause grave, il ne peut s’agir que d’une circonstance indépendante de
la volonté du demandeur, qui s’est révélée à lui postérieurement à l’ordonnance de
clôture et qui est de nature à avoir une incidence sur la solution du litige.

La combinaison de ces deux éléments réunis à conduit la jurisprudence :

 À admettre la cause grave


 En cas de communication d’une pièce dont dépend la solution du litige
 En cas de retard dans l’octroi de l’aide juridictionnel auquel était
subordonnée l’intervention de l’avocat
 À exclure la cause grave
 En cas de délai suffisant pour répondre à des conclusions déposées à une
date proche de la clôture
 En cas de succession d’avocat
==> Second cas : la demande en intervention volontaire
L’article 803, al. 2 du CPC prévoit que la demande en intervention volontaire peut
justifier la révocation de l’ordonnance de clôture, à la condition néanmoins que le
Tribunal ne soit pas en mesure de statuer sur le tout de l’affaire, sans que cette
nouvelle demande ne soit instruite.

Reste que la révocation de l’ordonnance de clôture par le juge dans cette circonstance
n’est qu’une simple faculté.

II) La demande de révocation de l’ordonnance de clôture


L’article 803, al. 3 du CPC dispose que « l’ordonnance de clôture peut être révoquée,
d’office ou à la demande des parties ».
Dans le premier cas de figure, la Cour de cassation considère « qu’en application de
l’article 783 [803 nouveau] du Code de procédure civile, les demandes de révocation
de l’ordonnance de clôture doivent être formées par conclusions » (Cass. 2e  civ.
1er  avr. 2004, n°02-13996).
III) La décision de révocation de l’ordonnance de clôture
==> Pouvoirs du juge

L’article 803, al. 3 du CPC prévoit que « l’ordonnance de clôture peut être révoquée,
d’office ou à la demande des parties, soit par ordonnance motivée du juge de la mise
en état, soit, après l’ouverture des débats, par décision du tribunal. »
Il ressort de cette disposition que la décision de révocation de l’ordonnance de clôture
peut intervenir dans trois cas :

 La juge peut révoquer d’office l’ordonnance de clôture sans que cette


révocation ait été sollicitée par les parties
 Le juge peut révoquer l’ordonnance de clôture à la demande des parties, à la
condition qu’elles justifient d’une cause grave
 L’ordonnance est révoquée par décision du Tribunal réuni dans sa formation de
jugement, d’où il s’ensuit une réouverture les débats
Ainsi, l’ordonnance de clôture peut être révoquée :

 Soit par le Juge de la mise en état, lequel demeure saisi jusqu’à la date de
l’audience
 Soit par le Tribunal lui-même même qui est saisi à compter de la date de
l’audience
Dans cette dernière hypothèse, soit lorsque c’est le Tribunal qui est saisi, il convient de
distinguer deux hypothèses :

 Le Tribunal prononce la réouverture des débats avec révocation de


l’ordonnance de clôture
 Dans cette hypothèse, les parties disposent de la faculté de conclure sur
tous les points du litige pendant devant la juridiction, y compris formuler de
nouvelles demandes (V. en ce sens 3e  civ. 13 nov. 1997).
 L’affaire est alors renvoyée devant le Juge de la mise en état
 La Cour de cassation a eu l’occasion de préciser que la réouverture des
débats n’emportait pas révocation de l’ordonnance de clôture, de sorte qu’il
appartient au Tribunal de le spécifier dans le dispositif de sa décision
(  2e  civ. 14 mai 1997)
 Seul le renvoi de l’affaire devant le Juge de la mise en état vaut
révocation de l’ordonnance de clôture (  2e  civ. 19 févr. 2009).
 Le Tribunal prononce la réouverture des débats sans révocation de
l’ordonnance de clôture
 Dans cette hypothèse, la réouverture des débats intervient sur le
fondement de l’article 444 du CPC
 Cette disposition prévoit que « le président peut ordonner la réouverture
des débats. Il doit le faire chaque fois que les parties n’ont pas été à même
de s’expliquer contradictoirement sur les éclaircissements de droit ou de
fait qui leur avaient été demandés.»
 La réouverture des débats n’est ici pas subordonnée à la révocation de
l’ordonnance de clôture.
 La conséquence est que les parties ne pourront conclure que sur le point
de droit ou de fait soulevé par le juge
==> Motivation de la décision de révocation
Bien que l’article 803 du CPC ne prévoit pas que l’ordonnance de révocation doive
être motivée, la Cour de cassation l’exige, en particulier s’agissant de la caractérisation
de la cause grave justifiant la décision prise.

IV) Les effets de la révocation de l’ordonnance de clôture


La révocation de l’ordonnance de clôture a pour effet de rouvrir la phase d’instruction
de l’affaire, de sorte que les parties sont autorisées à déposer de nouvelles conclusions
et pièces.

La révocation de l’ordonnance est nécessairement totale, en ce sens que le Tribunal ne


saurait limiter la réouverture des débats à la production de certaines conclusions ou
pièces.

Les parties sont libres de conclure sur tous les points du litige qui leur sied, ce qui
implique qu’ils soient autorisés à formuler de nouvelles demandes.

Ordonnance de clôture:
l’irrecevabilité des conclusions et
pièces tardives
6 JUIN 2019 / AURÉLIEN BAMDÉ   / POSTER UN COMMENTAIRE

Lorsqu’elle est rendue par le Juge de la mise en état, l’ordonnance de clôture produit
deux effets :

 Elle opère le renvoi de l’affaire devant la formation de jugement du Tribunal


 Elle rend irrecevable le dépôt de conclusions et de pièces
Nous nous focaliserons sur le second effet de l’ordonnance de clôture qui n’est pas
sans être à l’origine d’un contentieux fourni.

==> Principe

L’article 802 du CPC dispose que « après l’ordonnance de clôture, aucune conclusion
ne peut être déposée ni aucune pièce produite aux débats, à peine d’irrecevabilité
prononcée d’office. »
Il résulte de cette règle que, postérieurement à la date de l’ordonnance de clôture, les
parties sont irrecevables à produire des conclusions et des pièces.

Il est indifférent que la production tardive soit fautif, le seul critère d’irrecevabilité
devant être apprécié par le Juge étant la date de l’ordonnance de clôture.

À cet égard, en application de l’article 802 du CPC, il appartient au Juge de relever


d’office l’irrecevabilité.

La conséquence en est que ce dernier ne pourra rendre sa décision qu’en se rapportant


aux dernières conclusions déposées avant le prononcé de l’ordonnance de clôture.

Dans un arrêt du 11 mars 1992, la Cour de cassation a précisé que « le juge, qui relève
d’office le moyen tiré de l’irrecevabilité de conclusions déposées après l’ordonnance
de clôture, n’a pas à inviter au préalable les parties à présenter leurs observations sur
ce moyen » (Cass. 2e  civ. 11 mars 1992, n°90-19699).
Reste que pour écarter les conclusions et pièces hors délai, le Juge devra s’assurer que
le concluant ait bien eu connaissance de l’ordonnance de clôture (Cass. 2e  civ., 18 nov.
2010, n°09-17159).
==> Le sort des conclusions et pièces de dernière heure

L’ordonnance de clôture, qui marque la fin de l’instruction à la date fixée par le juge, a
pour effet d’interdire, à compter de la date où elle est prononcée, le dépôt de toutes
conclusions et la production de toutes pièces à peine d’irrecevabilité prononcée
d’office.

Si les conclusions déposées et les pièces produites après l’ordonnance de clôture sont
irrecevables, a contrario, elles sont recevables si elles l’ont été avant l’ordonnance. Le
sont-elles dans tous les cas ?

À l’analyse, l’article 802 du CPC n’interdit pas de façon littérale le dépôt de pièces à


la veille du prononcé de l’ordonnance de clôture.

Cependant l’article 15 du même code dispose que « les parties doivent se faire
connaître mutuellement en temps utile les moyens de fait sur lesquels elles fondent
leurs prétentions, les éléments de preuve qu’elles produisent et les moyens de droit
qu’elles invoquent, afin que chacune soit à même d’organiser sa défense ».
Quant au contrôle de la mise en oeuvre du principe fondamental de la contradiction
ainsi exprimé, il est assuré par le juge auquel l’article 16 du CPC fait obligation
d’observer et de faire observer lui-même le respect de ce principe.

Lorsque les conclusions sont déposées et les pièces produites en dernière heure, c’est-
à-dire à une date très proche de la date de clôture, laquelle aura été portée à l’avance à
la connaissance des parties par le juge de la mise en état, le principe de la
contradiction ne peut pas être respecté dès lors que la partie adverse ne dispose pas
d’un délai suffisant dans le temps restant pour prendre connaissance des pièces et
conclusions et y répliquer.

L’article 135 du CPC permet, dans ces conditions, au juge d’écarter des débats les
pièces qui n’ont pas été communiquées « en temps utile ».
Cette notion de temps utile, qui fait référence à la même notion visée à l’article 15 du
même code, ne s’applique qu’aux productions de pièces et non aux conclusions, pour
lesquelles n’existe pas de disposition correspondante.

Ce concept de « temps utile » crée, selon le rapport annuel de la Cour de cassation


publié en 1995, une sorte de « période suspecte » antérieure à l’ordonnance de clôture,
durant laquelle les productions et communications de pièces sont exposées à un rejet.

À cet égard, le professeur Perrot a fait observer que « la notion de temps utile est
malaisée à définir. C’est essentiellement une question de fait appréciée par le juge
dans chaque cas d’espèce. Pour déterminer si les communications et notifications à
l’adversaire ont eu lieu en temps utile, le juge doit procéder à une sorte de compte à
rebours très aléatoire, en partant de la date à laquelle tout débat doit être arrêté et en
se demandant si le temps dont l’adversaire a disposé peut être considéré comme
suffisant pour organiser utilement sa défense. On devine la marge d’incertitude que
comporte une telle appréciation ».
Lorsque l’on se tourne vers la jurisprudence, il apparaît que la décision d’irrecevabilité
des pièces ou conclusions, prononcée d’office ou à la demande d’une partie, fait
l’objet d’un contrôle très strict de la Cour de cassation qui s’explique par le fait qu’elle
constitue une mesure radicale.

La jurisprudence exige que les conclusions aient été déposées de manière que la partie
adverse ait été mise dans l’impossibilité de répliquer avant la clôture, ce qui suppose,
d’une part, que les conclusions ou pièces nécessitaient une réponse, d’autre part, que le
délai encore disponible pour y répondre était insuffisant.

Une jurisprudence abondante des trois chambres civiles et de la chambre commerciale


exprime cette exigence : « le juge ne peut écarter des conclusions déposées avant
l’ordonnance de clôture sans préciser les circonstances particulières qui ont empêché
de respecter le principe de la contradiction » (Cass. 3e  civ., 21 février 2001 ; Cass.
1ère  civ., 7 février 2004 ; Cass. com., 28 septembre 2004 ; Cass. 2e  civ., 10 juillet 1996)
Il s’agit donc de savoir selon Antoine Bolze si, au cas par cas, le dépôt tardif a été
déloyal dans la mesure où « son contenu fait entrer dans la phase préparatoire qui
s’achève des éléments dont la nouveauté désorganise la défense de l’adversaire ».
Dans un arrêt du 5 décembre 2012 la Cour de cassation a réitéré sa position en
considérant que des conclusions ou pièces tardives ne pouvaient être déclarées
irrecevables qu’à la condition qu’il soit établi l’existence de circonstances particulières
ayant empêché le respect de la contradiction (Cass. 1ère  civ. 5 déc. 2012, n°11-20552).
==> Exceptions

Le principe d’irrecevabilité des conclusions et pièces tardives est assorti de quatre


exceptions énoncées aux alinéas 2 et 3 de l’article 802 du CPC.

Ces exceptions se justifient par l’impossibilité pour le concluant, dans certains cas, de
présenter ses demandes.

Aussi, des conclusions et pièces pourront toujours être produites dans les cas suivants :

 Dépôt de demandes en intervention volontaire


 Dans cette hypothèse, il s’agit d’autoriser les tiers à intervenir à
l’instance, ces derniers ne pouvant pas connaître, par hypothèse, la date de
clôture de l’instruction.
 L’article 803, al. 2e du CPC précise que « si une demande en intervention
volontaire est formée après la clôture de l’instruction, l’ordonnance de
clôture n’est révoquée que si le tribunal ne peut immédiatement statuer sur
le tout. »
 Ainsi, c’est au juge de déterminer s’il y a lieu de révoquer l’ordonnance
de clôture, ce qu’il sera contraint de faire si, compte tenu de l’objet de la
demande en intervention volontaire, il n’est pas en mesure de statuer sur
l’ensemble de l’affaire.
 Reste que la Cour de cassation a néanmoins admis que le juge puisse
choisir de statuer d’abord sur la cause principale, si la demande en
intervention volontaire risque de retarder à l’excès le jugement sur le fond
(V. en ce sens com. 20 févr. 2001, n°97-16019)
 Dépôt de conclusions relatives aux loyers, arrérages, intérêts et autres
accessoires échus et aux débours faits jusqu’à l’ouverture des débats
 Cette hypothèse se justifie par la nécessité d’actualiser les montant
évoqués dans les conclusions prises par les parties.
 La clôture de l’instruction n’interrompt nullement le cours des intérêts, ni
l’exigibilité des loyers, raison pour laquelle il est nécessaire de permettre
aux parties de mettre à jour leurs écritures, mais seulement sur ces éléments
pécuniaires.
 Formulation de demandes de révocation de l’ordonnance de clôture
 Cette hypothèse se justifie par la reconnaissance même d’un droit de
révoquer l’ordonnance de clôture.
 Par hypothèse, la demande de révocation de l’ordonnance de clôture ne
peut être formulée que postérieurement à la décision du Juge, d’où cette
dérogation au principe d’irrecevabilité des conclusions tardives posé
par l’article 802 du CPC.
 Dépôt de conclusions qui tendent à la reprise de l’instance en l’état où celle-
ci se trouvait au moment de son interruption
 Cette hypothèse se rencontrera lorsqu’une cause d’interruption de
l’instance interviendra postérieurement au prononcé de l’ordonnance de
clôture.
 Afin de mettre en terme à l’interruption de l’instance et de solliciter sa
reprise, il est nécessaire que les parties disposent de la faculté de déposer
des conclusions.
 Or dans la mesure où l’ordonnance de clôture a déjà été rendu, le
principe d’irrecevabilité des écritures tardives y fait obstacle ; d’où
l’exception posée par l’article 802 du CPC.
 De nouvelles conclusions pourront ainsi être prises, mais uniquement aux
fins de discuter de la reprise de l’instance.
Si la liste des exceptions au principe d’irrecevabilité des conclusions tardives est
limitative, la Cour de cassation a, dans un arrêt du 20 juin 2012 admis un cinquième
cas justifiant qu’il soit dérogé à ce principe : la demande de rejet de conclusions ou de
pièces déposées à la dernière heure.

Dans cette décision, la première chambre civile a considéré que « si les juges du fond
disposent d’un pouvoir souverain pour apprécier si des conclusions et/ ou des pièces
ont été déposées en temps utile au sens de l’article 15 du code de procédure civile, ils
se doivent de répondre à des conclusions qui en sollicitent le rejet, que ces dernières
soient déposées avant ou après le prononcé de l’ordonnance de clôture »

Ordonnance de clôture de
l’instruction: causes du prononcé
et formalisme
5 JUIN 2019 / AURÉLIEN BAMDÉ   / POSTER UN COMMENTAIRE

La clôture de l’instruction intervient lorsque le Juge de la mise en état rend ce que l’on
appelle une ordonnance de clôture. Cette ordonnance est issue de la réforme engagée
en 1975 par le décret n°75-1123 du 5 décembre 1975 instituant un nouveau Code de
procédure civile, entré en vigueur le 1er janvier 1976.

L’ordonnance de clôture a été institué afin de mettre fin aux abus des plaideurs qui
consistaient à communiquer à l’adversaire ses pièces à la dernière heure avant
l’audience, ce qui n’était pas sans contrevenir au principe du contradictoire.

À cet égard, dans son article « La réforme du code de procédure civile par le décret
du 13 octobre 1965 et les principes directeurs du procès », Henri Motulsky rappelant
la pratique des prétoires sous le régime du juge chargé de suivre la procédure,
déplorait que l’affaire ne fût instruite qu’in extremis, quelques jours avant l’audience
des plaidoiries sinon la veille et stigmatisait « l’usage des communications de pièces
de dernière heure », « la grave altération consécutive de la loyauté du débat
judiciaire », ainsi que « l’irritant appel des causes à l’audience sans être en état
d’être plaidées » et même parfois, « le regrettable spectacle des audiences blanches
comme des déplacements inutiles ».
Il achevait de brosser ce tableau affligeant en affirmant qu’il n’« est pas concevable
qu’on impose la plaidoirie à une partie qui vient seulement d’avoir connaissance, tant
du véritable système d’argumentation de son adversaire que des documents essentiels
destinés à l’appuyer ».
L’institution de la procédure de la mise en état dans sa conception actuelle a donc eu
pour objet de remédier à cette situation. On ne saurait prétendre qu’elle n’y a pas
apporté de remède.

Toutefois, la tentation des parties de recourir à ces pratiques dénoncées par le


professeur Motulsky subsiste, tentation qui doit être contenue par l’autorité
effectivement exercée par le juge, sous peine de revenir auxdites pratiques.

De toute évidence, l’instauration d’une ordonnance de clôture s’inscrit dans cette


volonté de mettre un terme à des pratiques abusives des plaideurs qui étaient devenues
trop fréquences.

Parce qu’elle marque la fin de l’instruction à la date fixée par le juge, l’ordonnance de
clôture a pour effet d’interdire, à compter de la date où elle est prononcée, le dépôt de
toutes conclusions et la production de toutes pièces à peine d’irrecevabilité prononcée
d’office (article 802 CPC).
Pour cette raison, elle est une pierre angulaire de l’instance. Ajouté à cela,
l’ordonnance de clôture annonce le passage de la phase écrite de la procédure à la
phase orale.

À l’exception de la procédure d’urgence à jour fixe, elle est une étape incontournable
pour les plaideurs qui vont être directement touchés par ses effets. Leur situation ne
sera néanmoins pas figée puisqu’ils disposeront toujours, lorsque les conditions seront
réunies, de la faculté de solliciter sa révocation.

I) Les causes justifiant le prononcé de l’ordonnance de clôture


Trois situations sont susceptibles de justifier le prononcé de l’ordonnance de clôture :

 En cas de renvoi à l’audience sans que l’affaire ne fasse l’objet d’une mise en
état (circuit court)
 Dans l’hypothèse où le Juge de la mise en état estime que l’instruction de
l’affaire est achevée
 Dans l’hypothèse où le Juge de la mise en état souhaite sanctionner une partie
négligente parce que ne concluant pas dans les délais impartis
==> Le renvoi de l’affaire à l’audience sans qu’elle fasse l’objet d’une mise en
état
L’article 778 du CPC prévoit que, lors de l’audience d’orientation, l’affaire peut être
renvoyée immédiatement à l’audience aux fins de jugement. C’est ce que l’on appelle
le circuit court.

Il peut être opté pour ce circuit court dans plusieurs cas :

 Premier cas : l’affaire est en état d’être jugée


 L’article 778, al. 1er du CPC prévoit en ce sens que « le président renvoie
à l’audience les affaires qui, d’après les explications des avocats et au vu
des conclusions échangées et des pièces communiquées, lui paraissent
prêtes à être jugées sur le fond. »
 La question qui alors se pose est de savoir à partir de quand peut-on
estimer qu’une affaire est en état d’être jugée.
 À l’évidence, tel sera le cas lorsque les parties auront pu valablement
débattre sur la base de conclusions échangées et de pièces communiquées.
 Le Président devra s’assurer, avant de renvoyer l’affaire à l’audience, que
le débat est épuisé et que le principe du contradictoire a été respecté.
 Aussi, le renvoi ne pourra être prononcé qu’à la condition que le
défendeur ait eu la faculté de conclure, soit de répondre à l’assignation dont
il a fait l’objet.
 C’est là une exigence expressément posée par l’article 778 qui précise
que le renvoi ne peut avoir lieu qu’« au vu des conclusions échangées et des
pièces communiquées».
 Deuxième cas : le défendeur ne comparaît pas
 L’article 778, al. 2 prévoit que le Président « renvoie également à
l’audience les affaires dans lesquelles le défendeur ne comparaît pas si
elles sont en état d’être jugées sur le fond, à moins qu’il n’ordonne la
réassignation du défendeur.»
 Il s’infère de cette disposition que deux conditions doivent être remplies
pour que le renvoi soit acquis de plein droit :
 Le défendeur ne doit pas comparaître
 L’affaire doit être en état d’être jugée
 Ainsi, le Président devra s’assurer que toutes les mesures ont été prises
pour que le défendeur soit prévenu de la procédure dont il fait l’objet et
qu’il ait été en mesure de constituer avocat.
 Plus précisément, il doit veiller :
 D’une part, à ce que le principe du contradictoire ait bien été
respecté
 D’autre part, à ce que les éléments produits et les prétentions
présentées par le défendeur soient suffisamment sérieux
 Si le Président s’aperçoit que l’affaire n’est pas en état d’être jugée, il
peut imposer au demandeur de réassigner le défendeur.
 Troisième cas : l’instance a été introduite au moyen d’une requête
conjointe
 Ce troisième cas n’est certes pas visé par l’article 758 du CPC qui traite
de l’orientation de l’affaire lorsqu’elle procède du dépôt d’une requête
conjointe.
 Toutefois, elle est admise par la jurisprudence qui considère que dans la
mesure où les parties sont d’accord sur les termes du litige, il n’y a pas lieu
à procéder à une instruction de l’affaire.
 Il est, en effet, fort probable qu’elles se soient entendues sur le dispositif
de la décision sollicitée qui se traduira, la plupart du temps, par
l’homologation d’un accord.
Dans tous les cas, en application des articles 778 et 779 du CPC lorsque le Président
constate que toutes les conditions sont réunies pour que l’affaire soit jugée sans qu’il y
ait lieu de la renvoyer devant le Juge de la mise en état, il doit déclarer l’instruction
close et fixer la date de l’audience, étant précisé que celle-ci peut être tenue le jour
même.

Le dernier alinéa de l’article 778 du CPC précise, et c’est une innovation du décret du
11 décembre 2019, que « lorsque les parties ont donné leur accord pour que la
procédure se déroule sans audience conformément aux dispositions de l’article L.
212-5-1 du code de l’organisation judiciaire, le président déclare l’instruction close
et fixe la date pour le dépôt des dossiers au greffe de la chambre. Le greffier en avise
les parties et, le cas échéant, le ministère public et les informe du nom des juges de la
chambre qui seront amenés à délibérer et de la date à laquelle le jugement sera
rendu. »
En toute hypothèse, cette clôture de l’instruction se matérialise par le prononcé d’une
ordonnance de clôture qui donc annonce l’ouverture de la phase des débats oraux.

==> Le juge de la mise en état estime que l’instruction de l’affaire est achevée

L’article 799 du CPC prévoit que « sauf dans le cas où il est fait application des
dispositions du deuxième alinéa de l’article 781, le juge de la mise en état déclare
l’instruction close dès que l’état de celle-ci le permet et renvoie l’affaire devant le
tribunal pour être plaidée à la date fixée par le président ou par lui-même s’il a reçu
délégation à cet effet. »
Il ressort de cette disposition que dès lors que le Juge de la mise en état constate que
l’instruction est achevée, il doit rendre une ordonnance de clôture aux termes de
laquelle il met un terme à la mise en état et renvoi l’affaire devant la formation de
jugement du Tribunal pour être plaidée.

À cet égard, l’article 779 précise que la date de la clôture arrêtée par le Juge de la mise
en état doit être aussi proche que possible de celle fixée pour les plaidoiries.

Cette obligation qui échoit au juge n’est toutefois assortie d’aucune sanction. Reste
que plus le délai entre le prononcé de l’ordonnance de clôture et l’audience de
plaidoirie sera long et plus il est un risque que des faits nouveaux interviennent entre-
temps et donc justifient la révocation de l’ordonnance. Le magistrat a, dans ces
conditions, tout intérêt à choisir une date rapprochée.

À ce stade de la procédure, les parties peuvent toujours demander à ce que l’affaire


soit jugée sans qu’elle soit plaidée, au préalable, dans le cadre d’une audience.

L’article 799, al. 3 du CPC prévoit en ce sens que « lorsque les parties ont donné leur
accord pour que la procédure se déroule sans audience conformément aux
dispositions de l’article L. 212-5-1 du code de l’organisation judiciaire, le juge de la
mise en état déclare l’instruction close dès que l’état de celle-ci le permet et fixe la
date pour le dépôt des dossiers au greffe de la chambre. Le greffier en avise les
parties et, le cas échéant, le ministère public. »
==> Le Juge de la mise en état souhaite sanctionner une partie négligente

En cas de non-respect des délais fixés par le juge de la mise en état, l’article 800 du
CPC autorise le Juge de la mise en état à prononcer la clôture partielle à l’égard de la
partie négligente.

Plus précisément cette disposition prévoit que « si l’un des avocats n’a pas accompli
les actes de la procédure dans le délai imparti, le juge peut ordonner la clôture à son
égard, d’office ou à la demande d’une autre partie, sauf, en ce dernier cas, la
possibilité pour le juge de refuser par ordonnance motivée non susceptible de
recours ».
On parlera alors de clôture partielle, car prononcée à l’encontre de la partie qui aura
été négligente. Cette clôture partielle est seulement subordonnée au non-respect d’un
délai fixé par le juge.
Le juge n’est pas contraint, pour prononcer cette sanction, de constater l’inobservation
d’une injonction, ni de provoquer l’avis des avocats : une simple défaillance suffit à
fonder la clôture

La copie de l’ordonnance de clôture partielle est adressée à la partie défaillante, à son


domicile réel ou à sa résidence. La partie sanctionnée sera dès lors privée du droit de
communiquer de nouvelles pièces et de produire de nouvelles conclusions.

Reste que lorsque des demandes ou des moyens nouveaux sont présentés au Juge de la
mise ou en cas de cause grave et dûment justifié, ce dernier peut toujours, d’office ou
lorsqu’il est saisi de conclusions à cette fin, rétracter l’ordonnance de clôture partielle
afin de permettre à la partie contre laquelle la clôture partielle a été prononcée de
répliquer.

II) Le formalisme attaché au prononcé de l’ordonnance de clôture


L’article 798 du CPC prévoit que « la clôture de l’instruction est prononcée par une
ordonnance non motivée qui ne peut être frappée d’aucun recours. Copie de cette
ordonnance est délivrée aux avocats. »
Plusieurs enseignements peuvent être tirés de cette disposition :

 Un acte d’administration judiciaire


 Il résulte de l’article 798 du CPC que l’ordonnance de clôture
s’apparente à un acte d’administration judiciaire
 C’est la raison pour laquelle elle est insusceptible de faire l’objet d’une
voie de recours.
 Motivation de l’ordonnance de clôture
 Principe
 Parce qu’il s’agit d’un acte d’administration judiciaire,
l’ordonnance de clôture n’a pas à être motivée
 Exception
 Le seul cas où le Juge de la mise en l’état a l’obligation de motiver
l’ordonnance de clôture, c’est lorsqu’elle est rendue sur le fondement
de l’article 800 du CPC
 C’est l’hypothèse où, souhaitant sanctionner une partie négligence,
le Juge de la mise en état prononce la clôture partielle
 L’article 800 prévoit en ce sens que « si l’un des avocats n’a pas
accompli les actes de la procédure dans le délai imparti, le juge peut
ordonner la clôture à son égard, d’office ou à la demande d’une autre
partie, sauf, en ce dernier cas, la possibilité pour le juge de refuser par
ordonnance motivée non susceptible de recours.»
 Notification de l’ordonnance
 Une copie de l’ordonnance de clôture doit être délivrée aux avocats
 Lorsque la clôture n’est que partielle, l’article 800 du CPC précise que
copie de l’ordonnance est adressée à la partie défaillante, à son domicile réel
ou à sa résidence.
 Tenue du dossier
 En application de l’article 727 du CPC, une copie de l’ordonnance de
clôture doit être versée au dossier constitué par le greffe
 Conformément à l’article 771, al. 2 du CPC, la mention de la clôture doit,
en outre, figurer sur la fiche permettant de connaître l’état de l’affaire