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Isabel Gonzalez Rey, La Phraséologie du français.

Toulouse Cedex 1 : Presses Universitaires


du Mirail, 2002.
Gaston Gross, Les Expressions figées en français, noms composés et autres locutions. Paris :
Ophrys, 1996.
Monika Sułkowska, Séquences figées. Étude lexicographique et contrastive. Question
d’équivalence. Katowice : Wydawnictwo Uniwersytetu Śląskiego, 2003.
Teresa Giermak-Zielińska, Les Expressions figées, propositions pour un traitement contrastif.
Varsovie : Publikacje Instytutu Romanistyki Uniwersytetu Warszawskiego, 2000.

I. Les séquences figées


Le terme phraséologie est apparu au XVIe siècle, mais sa signification était différente ;
il désignait le style ou le vocabulaire. Puis, il indiquait l’ensemble des groupements des mots
vides de sens. Or, la phraséologie comme domaine linguistique autonome a été constituée au
XXe siècle1. Parmi les chercheurs attirés par ce phénomène il faut mentionner en outre A.
Dermester qui comparait le figement avec la composition consistante en une ellipse, tandis
que les séquences figées se fondent sur la juxtaposition donc sur la soudure d’éléments sans
ellipse, mis les uns à côté des autres d’après les règles de la syntaxe. Par contre Ferdinand de
Saussure évoque le processus d’agglutination : deux ou plusieurs termes distincts se soudent
en une unité absolue ou difficilement analysable. Son disciple A. Sechehaye divise toutes les
formations lexicales en : locutions (ensemble des parties significatives est considéré dans sa
signification totale et devient un signe simple), composés (la synthèse est constructive, elle
respecte les individualités des éléments qu’elle rapproche). Par contre, un autre disciple de
Saussure, Charles Bally, nommé le père de la phraséologie, classifie les sentences figées en
unités (groupement complètement figées) et séries (groupement figés à degrés variés). Bally
est également le fondateur de la notion du degré de figement. D’après lui, en unité
phraséologique les mots perdent toute signification et n’équivalent pas à la somme des
significations des éléments2. Quant à H. Frei, il parle du phénomène de brachysémie qui
signifie un agencement de deux ou plusieurs signes en une unité simple consistant à remplacer
plusieurs significations par une seule. J. Damourette et E. Pichon introduisent la notion de
coalescence, donc une opération mentale qui résulte d’un nouveau sémième complexe. A.
Martinet emploie le terme du synthème : la combinaison de deux ou plusieurs monèmes,
révélés par la commutation qui est le même syntaxiquement parlant que les monèmes d’une
classe déterminée. Selon A. Rey, la phraséologie englobe les locutions, les expressions, les
proverbes et les slogans. Il souligne aussi l’aspect sémantique des séquences figées où il y a

1
Monika Sułkowska, Séquences figées. Étude lexicographique et contrastive. Question d’équivalence.
Katowice : Wydawnictwo Uniwersytetu Śląskiego, 2003, pp. 15- 16.
.2 Ibidem, pp. 16-17.
un jeu subtil entre le signifié analytique et le signifié global, fonctionnel. Un autre linguiste,
D. Gaatone définit le terme de locution comme toute séquence lexicale située entre le
syntagme libre et la suite entièrement figée qui équivaut aux mots uniques3 Or, dans les
années soixante L. J. Wittgenstein conseille de ne pas chercher le sens d’un mot, mais
d’observer plutôt l’usage qu’on en fait4.
En ce qui concerne la notion de séquence figée, dans une vision la plus large, c’est une
combinaison de mots associés sur l’axe syntagmatique dans l’acte concret de
communication5. Pourtant, Teresa Giermak-Zielinska la limite à toutes les expressions dont
les composants manifestent des contraintes de substitution plus détaillées que d’habitude. Elle
y comprend : les structures avec les composés nominaux, verbaux et adjectivaux ; les
structures dont la lecture est globale avec tous les clichés ; des dictons, proverbes,
aphorismes ; les locutions grammaticales et des formules toutes faites avec une fonction
pragmatique comme salutations, remerciement etc.6 Or, S. Mejri partage les expressions
figées en des unités simples (par. ex. bonjour, merci) ; des unités de plus en plus complexes
(des noms composés, des joncteurs, des locutions verbales, adverbiales, adjectivales) et des
phrases entières (des proverbes)7. Néanmoins, on tente de séparer des phraséologismes des
mots composés. Sulkowska, en citant M. Gross, indique deux différences entre proverbe et
phrase figée, à savoir : les proverbes sont difficilement compatibles avec les adverbes
temporaux et en ce qui concerne les phrases figées, elles peuvent matérialiser leur caractère au
moyen d’un pronom8. Pour autant, il existe aussi un point de vue opposé quant à l’exclusion
au domaine des expressions figées tout ce qui a le statut de citation, donc dictons, proverbes,
maximes etc. Un autre trait spécifique des expressions figées lié avec leur structure
syntaxique est le figement. Selon Giermak-Zielinska, en décrivant les limites du figement on
touche au problème des restrictions de combinabilité – entre expression libre et figée il n’y a
pas d’opposition mais une différence quantitative9. Il en résulte qu’entre une expression
entièrement figée et libre, on a affaire à un taux de restrictions graduable, un continuum10.
Giermak-Zielinska énumère les propriétés du phraséologisme donc d’une combinaison de
mots partiellement ou entièrement figée : l’un de ses composants au moins n’est pas

3
Ibidem, p. 18-19.
4
Ibidem, p. 20.
5
Ibidem, p. 21.
6
Teresa Giermak-Zielińska, Les Expressions figées, propositions pour un traitement contrastif. Varsovie :
Publikacje Instytutu Romanistyki Uniwersytetu Warszawskiego, 2000, p. 5.
7
Ibidem, p. 22.
8
Ibidem, p. 23.
9
Teresa Giermak- Zielińska, op. cit., p. 6.
10
Ibidem, pp. 6-7.
substituable ; l’un des composants, sinon plusieurs, a un sens spécifique, ce qui donne à
l’expression entière un sens également spécifique, ne relevant pas du sens des composants ;
souvent aucune modification de la structure syntaxique du phrséologisme n’est acceptable du
point de vue de la norme phrasélogique11. Néanmoins, comme le souligne Giermak-Zielinska,
les phraséologismes dont la structure n’est pas entièrement figée admettent certaines
opérations syntaxiques, lexématique et l’insertion des composants facultatifs. Tous ces
changements obscurcissent la différence entre un phraséologisme et une expression libre12. De
point de vue normatif, il existe des phraséologismes entièrement figée ou bien figée en partie,
ces derniers admettent des variables mais qui n’apportent pas de modification sémantique.
Quant à les locutions entièrement figée, dictons, maximes proverbes, leur lecture est
uniquement globale.
Cependant, ce qui est important c’est un fait qu’un phraséologisme se caractérise non
seulement par un figement syntaxique, mais aussi par un sens spécifique, invitant à une
lecture globale. (13)
Il serait donc utile, comme le note Giermak-Zielinska, de distinguer une expression figée avec
ses propriétés syntaxiques d’une expression idiomatique avec ses propriétés sémantiques. (13)
Pourtant, le problème des limites de l’expression figée reste très délicat. Un autre problème
des linguistes consite à systématiser la description. D’après Giermak-Zielinska, une structure
est figée lorsque les possibilités de combinaison entre éléments qui la composent sont
restreintes par rapport à structure libre qui obéit aux règles de catégorisation syntaxique et de
souscatégorisation lexicale. (14) M. Gross partage les verbes en trois groupes sellon leur
fonction sémantique :
1. verbes ordianiares ou usuels dont le sens des expressions est compositionnel; il est
constitué d’une somme des contenus sémantiques des composants,
2. verbes dans les expressions figées. Elles ne sont pas compositionnelles comme des
figures de style (métaphore ou métonymie) ou des expressions spécialisées techniques;
3. verbes supports qui ne sont pratiquement pas porteurs de sens.
En se fondant sur l’examen de différentes expressions, Gross conclût que les phrases figées
possèdent un certain degré de liberté; la syntaxe de telles phrases obéit aux même règles que
celles des phrases avec des verbes usuels et enfin que les phrases figées sont plus nombreuses
que les phrases libres. (Gross, p. 22) Giermak-Zielinska, en basant sur l’article de Federica
Casadei consacré aux expressions idiomatiques de l’italien, énumère les traits de ceux

11
Ibidem, p. 10.
12
Ibidem, p. 11.
expressions. Elle souligne leur non-compositionnalité, non-littéralité et la propriété d’être
sémantiquement non-prédicitible. (15). D’après Casadei, le caractère conventionnel des
expressions est graduel. Parmi les expressions conventionnelles, on distingue des groupes des
expressions : d’un côté, toutes les formules des actes de parole (requête d’information,
formules de politesse etc.) et de l’autre côté, les proverbes, citations, clichés et expressions
toutes faites. Casadei n’investige pas les morphèmes singuliers ni les actes de parole indirects
conventionnels. (16)