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R E P O R TA G E

Tests antigéniques :
dans les pharmacies, le
long ballet des anxieux
Par Juliette Delage(https://www.liberation.fr/auteur/18757-juliette-
delage) — 10 décembre 2020 à 16:17

Devant une pharmacie effectuant des dépistages Covid-19 près de la gare de Lyon, à Paris
début novembre. Photo Benoit Tessier. Reuters
A Paris, c'est la ruée vers les tests antigéniques. Pour
se rassurer quand on a enfreint les règles de
distanciation sociale ou pour pouvoir envisager les
fêtes de fin d'année en famille plus sereinement.

Depuis quelques jours, le téléphone n’arrête pas de sonner dans la


pharmacie parisienne Fabre-d’Eglantine, à l’angle de la rue du même nom et
de la place de la Nation, dans l’est de Paris. «Les gens n’ont qu’une idée en
tête : ils veulent savoir s’ils pourront venir se faire tester chez nous à la
veille de Noël», raconte Stéphanie, mi-compréhensive, mi-exaspérée. La
préparatrice de 42 ans a été formée pour pouvoir réaliser des tests
antigéniques nasopharyngés. Toute la journée, sous la petite tente blanche
portative installée devant l’établissement, dans sa blouse bleue jetable et son
masque FFP2, elle accueille les patients et réalise les prélèvements. Prenant
le relais des laboratoires où s’effectuent les tests PCR, les officines sont
autorisées depuis la fin du mois d’octobre à réaliser ces dépistages, qui
permettent de détecter en moins de trente minutes la présence du Covid-19.

Les dernières données sanitaires ne sont pas rassurantes : le nombre de


contaminations ne baisse plus depuis quelques jours. Au téléphone,
Stéphanie se fait la plus pédagogue possible devant l’anxiété grandissante
des familles qui voudraient sauver les fêtes de fin d’année après une
année 2020 confinée : «On explique que les tests antigéniques ne servent à
rien si on n’a pas de symptôme et qu’on n’est pas cas contact.» Il y a des
messages que les gens n’ont pas du tout envie d’entendre mais sur lesquels
les pharmaciens insistent. «On leur rappelle qu’il y a 40 à 50% de faux
négatifs, souligne la préparatrice. Mais nos mises en garde ne servent à
rien, ils viendront quand même et commencent d’ailleurs déjà à venir.» Ce
jeudi matin, ils ont défilé dans un flot continu sous le cabanon dédié installé
sur le trottoir. Attendant leur tour pour se faire tester ou discutant le temps
d’avoir leurs résultats.

«Au moins on sera plus sereins»


«C’est mon cinquième ou sixième test. Je ne sais plus trop», essaye de se
remémorer Paul, 29 ans, un grand blond au look de dandy. Tests
sérologiques, antigéniques, PCR… Il les a tous essayés. «Toujours
négatif !» s’exclame-t-il, victorieux. Directeur artistique, il a été contraint de
retourner régulièrement travailler dans son agence et reconnaît continuer
de sortir régulièrement. «Je vois mes amis, je vais à quelques fêtes, on en a
besoin», dit le trentenaire. S’il est là cette fois, c’est qu’un de ses collègues a
contracté le virus : «Mais je sais déjà que je reviendrai avant Noël. Je vais
en Champagne dans ma famille. Il y aura ma grand-mère qui a 85 ans. On
va tous se faire tester. Même si on sait que ce n’est pas forcément très
fiable, au moins on sera plus sereins et on pourra mieux profiter.»

A LIRE AUSSI
Tests antigéniques au lycée : «Je sens que je vais faire un
malaise»(https://www.liberation.fr/france/2020/12/03/tests-antigeniques-au-lycee-je-
sens-que-je-vais-faire-un-malaise_1807409)

Alick Marie-Joseph, lui, n’a pas vraiment eu le choix. «Je rentre en


Guadeloupe retrouver ma famille pour les fêtes. J’ai besoin d’un test
négatif pour pouvoir prendre l’avion», explique ce data-analyste de 32 ans.
Emmitouflé dans sa parka, il attend le verdict de son test sur le trottoir, plus
perturbé par le froid que par la crainte du résultat. «Je ne sors pas du tout,
à peine pour faire quelques courses ! Si je suis positif, c’est vraiment que ce
test ne vaut rien», s’esclaffe-t-il. Il n’a pas vu ses proches depuis plus d’un
an et sait déjà qu’il aura du mal à respecter toutes les règles de distanciation
sociale pendant les vacances : «Je ferai très attention avec les plus fragiles
mais il y aura forcément du lâcher-prise avec les plus jeunes qui sont en
bonne santé.»

A LIRE AUSSI
Covid-19 : l’embûche de Noël(https://www.liberation.fr/france/2020/12/07/covid-19-l-
embuche-de-noel_1807988)

Benjamin s’apprête à repartir rassuré : la préparatrice vient de lui remettre


le papier attestant qu’il est négatif. «Je sais qu’il faut malgré tout continuer
d’être prudent mais j’avais très peur d’avoir attrapé la maladie sur mon
lieu de travail», affirme cet agent hospitalier de 51 ans. Les tests
antigéniques ont beau ne pas être la solution parfaite, ils ont à ses yeux le
mérite de réconforter les plus anxieux. D’ailleurs, il se refera dépister avant
Noël: «Ça me semble important quand on travaille dans le milieu de la
santé. C’est un moyen simple de protéger un minimum nos proches.»

Juliette Delage (https://www.liberation.fr/auteur/18757-juliette-delage)

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