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Inv3rsion :

La

démonstration
I. Introduction

Dans le cadre de la semaine des mathématiques, nous vous proposons une démonstration de la routine
de Bob Hummer : Mathematical three card monte suivie d’une démonstration des principes d’Inv3rsion. Il
nous a semblé pertinent de vous présenter ce travail : il vous permettra de comprendre en profondeur les
mécanismes mis en jeu. Nous sommes certains qu’il vous ouvrira des perspectives d’études dans des
situations ne se limitant pas à trois objets. Les concepts mathématiques reposent sur des notions étudiées
au niveau MP. Nous avons bien conscience que le contenu de cet exposé peut paraître austère et peu
accessible. Cependant, nous précédons les deux démonstrations d’un préambule rappelant les
définitions et propriétés des objets mathématiques présents dans les deux démonstrations. Enfin, tout
lecteur ayant suivi un cursus scientifique sera en mesure de suivre la première démonstration. La seconde,
d’un niveau plus élevée, vous donnera quant a elle, des clés pour explorer des situations plus complexes
qui nous paraissent inaccessibles par des expériences de type essai-erreur. Concluons cette introduction
sur l’axe retenu dans les lignes que vous allez lire : si certains passages peuvent sembler évidents voir
tautologique, nous prenons en compte la diversité de nos lecteurs. Ainsi, ceux qui on fait des études à
dominante mathématique et qui par la suite se sont éloignés de l’algèbre (dites générale) pourrons suivre
l’ensemble du texte qui suit. Bon voyage.

II. Préambule

- Groupe

Soit G un ensemble non vide muni d’une loi de composition interne (noté *). On dit que (G,*) est un
groupe lorsque l’opération * :
a. est associative
b. admet un élément neutre
c. tout élément admet un symétrique

- Point fixe

Soit f une application d’un ensemble E dans lui même. On dit que x est un point fixe de f lorsque f(x) = x
- Sn

Soit n un entier naturel non nul. On note S n l’ensemble constitué des bijections de l’ensemble des entiers
naturel strictement positifs et inférieurs à n, dans lui même.

- Propriété

Sn , muni de la loi de composition, est un groupe. On note ° cette loi.

Démonstration :

Associativité :
Soit σ1 σ2 et σ3. Puisque (σ1° σ2)° σ3 =σ1° (σ2° σ3), la loi ° est associative.

Recherche du neutre :
Soit n un entier naturel non nul. On considère l’application de {1 ; ….;n} dans lui même qui fixe tous les
points. Il est immédiat de constater qu’une telle application est un élément de S n. Cette application est
notée Id.
Soit σ un élément de Sn. Puisque Id° σ = σ ° Id = σ, Id est l’élément neutre de Sn

Symétrie des éléments de Sn :


Soit σ une bijection de Sn et σ-1 sa bijection réciproque. Puisque σ ° σ-1 = σ-1 ° σ = Id, tout élément de S n est
symétrisable.

Conclusion : (Sn ,°) est un groupe.

-Définition : permutation

Les éléments de Sn sont appelés permutations

-Définition : Transposition

Une transposition de Sn est une permutation qui fixe tous les entiers sauf deux.
-Remarques :

i. Cela sous entend que, pour parler de transposition, n doit-être strictement supérieur à 1.
ii. Une transposition échange simplement deux entiers.

-Notation :

Soit i et j deux entiers distincts de {1 ;…;n}. La transposition de Sn qui fixe tous les points sauf i et j se
note : τi,j.

-Remarques :

i. Avec cette notation, τi,j(i) = j, τi,j(j) = i et τi,j(k) = k (lorsque k est différent de i et de j)


ii. τi,j = τj;i

-Propriété :

Dans S3 , il y a exactement 3 transpositions.

Démonstration :

Une transposition de S3 ne fixe qu’un seul point. En conséquence, il y a trois types de transpositions :
celles qui fixent 1, celles qui fixent 2 et celles qui fixent 3 et τ2 ;3 τ1 ;3 et τ1 ;2 traduisent les 3 situations. Il y a
donc au moins trois transpositions dans S3.
Soit i,j et k trois entiers distincts de {1;2;3}, ainsi τi;j(k) = k.
Soit l et m, deux entiers distincts de {1;2.3} tel que τl;m(k) = k.
On en déduit que card {i;j} ∩ {l;m} = 2.
Ainsi, chaque transposition qui fixe k est uniquement déterminée.
Il y a au plus 3 transpositions dans S3. ainsi S3 a exactement 3 transpositions.

-Définition

Un dérangement de Sn est une permutation qui ne fixe aucun point.


-Remarques :

i. Lorsque n = 1, il n’y a pas de dérangement.


ii. Lorsque n est strictement supérieur à 1, Sn contient au moins un dérangement. La permutation σ tel que
σ(i) = i+1 lorsque i < n et σ(n) = 1 est un exemple de dérangement.

-Propriété :

Dans S3 , il n’y a que 2 dérangements.

Démonstration :

Soit σ un dérangement (d’après la remarque précédente, lorsque n>1, il existe toujours un dérangement).
σ(1) = 2 ou σ(1) = 3. Il existe au moins deux dérangements. Dénombrons de tels dérangements.
Soit σ une permutation de S3 tel que σ(1) = 2, pour que σ soit un dérangement σ(2) = 3 et σ(3) = 1
Soit σ’ une permutation de S3 tel que σ’(1) = 3, pour que σ’ soit un dérangement σ’(2) = 1 et
σ’(3) =2.
σ et σ’ sont deux permutations différentes.
Conclusion : le nombre de dérangements de S3 est 2

III. Démonstration de Mathematical three card monte

Le groupe S3 modélise parfaitement la situation : on dispose de 3 objets, le spectateur inverse la position


de 2 objets. En associant l’entier 1 à l’objet le plus à gauche, l’entier 2 à celui du milieu et l’entier 3 à celui
le plus à droite, toute inversion s’assimile à une transposition et, puiqu’il y a trois objets, il s’agit de
transpositions de S3. Nous savons que dans S3 il n’y a que 3 transpositions. Chaque mouvement
correspond soit à τ2 ;3 soit à τ1 ;3 soit à τ1 ;2.

Pendant l’expérience, le mentaliste a le dos tourné. Le spectateur pense à un objet et inverse la position
deux autres. Ensuite, le spectateur inverse, à sa guise, deux autres objets. Il doit juste nommer la position
des objets inversés.
Modélisons cette expérience. Le mentaliste peut identifier toutes les transpositions sauf la première.
Notons τi ;j la première transposition. Par définition, i et j sont différents et sont des entiers de l’ensemble
{1;2;3}.
Les transpositions suivantes sont connus par le mentaliste : en effet, les objets sont nommés par le
spectateur. Notons ταk;βk la k-ième transposition proposée par le spectateur et identifiée par le mentaliste.

Si le spectateur propose p transpositions, cela s’écrit :

ταp ;βp ° ταp-1 ;βp-1°…….. τα1;β1° τi ;j

Pour connaître l’objet pensé, le mentaliste se contente de suivre le voyage d’un seul objet. Cet objet est
repéré au début de l’expérience, avant que le mentaliste se retourne. Nous pouvons modéliser ce
repérage par l’entier 1, 2 ou 3.

Compte tenu de la symétrie du problème, on peut se contenter de regarder la situation en considérant


que l’objet repéré par le mentaliste est associé au nombre 1. La position de l’objet repéré est la suivante :
ταp ;βp ° ταp-1 ;βp-1°…….. τα1;β1° τi ;j(1)

Intervient ensuite une simple déduction :


Puisque nous connaisons toutes les transpositions ταk;βk, nous connaisons la valeur de

ταp ;βp ° ταp-1 ;βp-1°…….. τα1;β1(1).

- Cas numéro 1 :

ταp ;βp ° ταp-1 ;βp-1°…….. τα1;β1(1) = ταp ;βp ° ταp-1 ;βp-1°…….. τα1;β1° τi ;j(1).

Cela veut dire que τi ;j(1) = 1 et que la premiere transposition fixe 1. Ainsi l’objet 1 est l’objet pensé.

- Cas numéro 2 :

ταp ;βp ° ταp-1 ;βp-1°…….. τα1;β1(1) ≠ ταp ;βp ° ταp-1 ;βp-1°…….. τα1;β1° τi ;j(1).

Cela veut dire que τi ;j(1) ≠ 1 et que la premiere transposition ne fixe pas 1 donc que 1 n’est pas l’objet
pensé. Cela veut dire aussi que la valeur de ταp ;βp ° ταp-1 ;βp-1°…….. τα1;β1° τi ;j(1) n’est pas l’objet pensé. L’objet

pensé est donc {1;2;3}\{1 ; τi ;j(1)}.


III. Démonstration d’ Inv3rsion :

- Propriété :

La composition de deux transposotions de S3 est soit Id soit un dérangement.

Démonstration :

Soit (i ;j) et (k;l) quatre entiers de {1;2;3} tel que i ≠ j et k ≠ l


Considérons τi;j ° τk;l

Puisque {i,j} ∩ {k;l} ≠ ∅ deux situations sont à étudier :

- Cas numéro 1 :

Card {i,j} ∩ {k;l} = 2 et les deux transpositions sont les mêmes. Donc τi;j ° τk;l = Id

- Cas numéro 2 :

Card {i,j} ∩ {k;l} = 1 sans perte de généralité, on peut supposer que i = k.


Soit p tel que {k;l;p} = {1;2;3}. Donc j = p
τi;j ° τk;l(l)= τk;p (k) = p
τi;j ° τk;l(k) = τk;p (l) = l
τi;j ° τk;l(p) = τk;p(p) = k
Conclusion : τi;j ° τk;l est un dérangement car elle ne fixe aucun point.
Ceci démontre le premier principe d’inversion.

- Propriété :

Soit p; q; r trois entiers distincts de l’ensemble {1;2;3}


Soit i ; j et k trois entiers distincts de l’ensemble {1;2;3}
Alors ττi;j(p) ;τi;j(q)°τi,j(k) = r
Démonstration :

τi,j(k) = k car les entiers i,j et k sont distincts.


Puisque {i,j} ∩ {p;q} ≠ ∅ , deux situations sont à étudier.

- Cas numéro 1 :

Card {i,j} ∩ {p;q} = 2. Sans perte de généralité, on peut supposer i = p ; j = q et ainsi k = r.


Donc ττi;j(p) ;τi;j(q)°τi,j(k) = ττp ;q(p) ;τp;q(q)°τp;q(r) = ττp ;q(p) ;τp;q(q)(r) = τq ;p(r) = r

- Cas numéro 2 :

Card {i,j} ∩ {p;q} = 1


Sans perte de généralité, on peut supposer i = p ; j ≠ q et ainsi j = r et k = q.
Donc ττi;j(p) ;τi;j(q)°τi,j(k) = ττp ;r(p) ;τp;r(q)°τp;r(q) = ττp ;r(p) ;τp;r(q)(q) = τ r;q(q) = r

Conclusion : ττi;j(p) ;τi;j(q)°τi,j(k) = r et ceci montre le second principe d’inversion.

Post Scriptum :

Nous vous invitons à utiliser ces modélisations dans des groupes symétriques d’ordre supérieur à 3. Vous
serez en mesure d’inventer de nouvelles procédures. Nous vous souhaitons de belles inv3rsions.

La rédaction proposée est aussi une garantie du secret du principe de Bob Hummer et d’inv3rsion. Un
lecteur averti dans le domaine des mathématiques ne pourra vraissemblablement pas faire de suite les
routines associées.

Pierre Boc, Yves Meret le 31 decembre 2016.

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