Vous êtes sur la page 1sur 52

REPUBLIQUE DU SENEGAL

UN PEUPLE-UN BUT-UNE FOI

MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE


DIRECTION GENERALE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR
INSTITUT SUPERIEUR D’INFORMATIQUE

MEMOIRE DE FIN DE PARCOURS


LICENCE PROFESSIONNELLE EN FINANCE COMPTABILITE (LPFC)

SUJET :
L’ACCES AUX SERVICES FINANCIERS DECENTRALISES
PEUT-IL ETRE LE SOCLE DE LA LUTTE CONTRE LA
PAUVRETE ? (CAS DU SENEGAL)

Présenté et soutenu par  : Encadré par  :


Alassane DIEME M. ALIOU SY

ANNEE ACADEMIQUE  : 2017  / 2018


RESUME
La situation de la pauvreté est devenue un phénomène de masse généralisé en Afrique et en
particulier au Sénégal, a ainsi mobilisé notre énergie intellectuelle jusqu’à nous engager à la
réalisation de cette étude.
Sans être considérée comme une panacée, l’accès aux services financiers décentralisés
(SFD) plus précisément la micro finance se présente aujourd’hui comme une alternative
sérieuse aux diverses politiques de développement expérimentées jusqu’ici le secteur de
la micro finance sénégalaise mérite qu’on lui accorde une attention particulière, en raison de
son potentiel de développement remarquable. L’ampleur du phénomène est telle qu’on ne
peut plus se permettre de continuer à l’ignorer notamment dans la formulation des politiques
économiques.
Le constat est que l’offre sur le marché financier sénégalais est encore insuffisante par
rapport aux besoins exprimés et on relève une opinion généralement négative sur la façon
dont la micro finance a fonctionné jusqu’ici la petitesse de crédit octroyé et le délai de
remboursement jugé trop court sont les deux raisons évoquées pour justifier ce manque de
satisfaction.
Notre étude consistera d’une part à comprendre le phénomène de la pauvreté et à montrer que
la micro finance peut être un outil efficace de la lutte contre la pauvreté. Et d’autre part
l’étude portera sur les difficultés rencontrés par les responsables de la micro finance seraient
entre autres le problème de remboursement de prêts à échéance, signe du manque
d’amélioration de la situation financière des bénéficiaires, ou du coté ceux-ci, il y aura les
problèmes de faible volume du montant octroyé, des conditions d’obtention de microcrédit et
de délai de remboursement.
Mots clés : Services, financiers, décentralisés, lutte, pauvreté,Socle.

i
Je dédie ce mémoire à tous ceux qui sont pauvres, afin de les encourager à considérer que la
pauvreté n’est pas un vice. Qu’ils se rendent compte que c’est un état qui, parfois, ne
dépend pas d’eux, mais dont on peut sortir.

Ce qui aide pour éliminer la pauvreté n'est pas d'avoir à l'esprit des images de pauvreté,
mais de faire entrer des images de richesse dans l'esprit des pauvres .

ii
REMERCIEMENTS

Je remercie très sincèrement :

 à Dieu le Tout Puissant, Le Clément, Le Miséricordieux,

 à mon père et ma mère, qui m'ont comblé de leur soutien et m'ont voué un amour
inconditionnel. Vous êtes pour moi un exemple de courage et de sacrifice continu.

 à mon Directeur de Mémoire, M. ALIOU SY, qui m’a encouragé à réfléchir sur mon
sujet de mémoire ; merci à lui de s’être dégagé de ses lourdes responsabilités pour
m’encadrer ;

 à l'ensemble du corps professoral et administratif d’ISI. C'est grâce à leur accueil,


soutien et leur formation efficace que je suis arrivé à ce stade ;

Mes remerciements vont aussi à tous ceux qui, financièrement, moralement ou d'une autre
manière, ont contribué à la réalisation de ce travail, et dont je n’ai pas mentionné les noms.
Qu'ils trouvent ici l'expression de ma sincère gratitude.

iii
SOMMAIRE
RESUME………………………………………………………………………………………i
DEDICACE………………......……………………………………………………………….ii
REMERCIEMENT……………...…………………………………………………………iii
LISTE DES TABLEAUX…………………………...…..…………………………………vi
LISTE DES ETUDES DE CAS……………………………………………………………vi
LISTE DES GRAPHIQUES…………………...………………………………………….vi
LISTE DES ABREVIATIONS…………………………......…….……………………..vii
INTRODUCTION GENERALE…..……………….. ……………..………………………1
PREMIER PARTIE : CADRE THEORIE…..…………………………………………....5
CHAPITRE1 : REVUE DE LA LITTERATURE……………………………………..5
1. Définition de la micro finance………..…………….…………………………….…7
2. Système financier décentralisé…………………..……………………………….…7
3. Le microcrédit………………………….……………………………………………8
4. L’épargne…………………………………………………………………………….8
5. La micro finance dans le monde……………………………………………………8
6. La micro finance en Afrique de l’Ouest……………………………………………9
7. La micro finance au Sénégal………………………………………………………..10
7.1. L’historique de la micro finance au
Sénégal……………………………………....10
7.2. L’évolution du secteur de la micro finance au Sénégal………………….….
…….11
7.3. Classification par région à l’accès des SFD au Sénégal entre 2014 et
2015……...12
7.4. L’enjeu du secteur de la micro finance au
Sénégal………………………………..13
7.5. Cadre réglementaire régissant les SFD au Sénégal…………………………..
……14

CHAPITRE2 : L’état des lieux de la pauvreté au Sénégal…………………………...15


1. Notion de la pauvreté………………………………………………………………...15
2. Types de pauvreté………………………………………………………….…………15
2.1. Pauvreté relative……………………………………………………………...………
15
2.2. Pauvreté absolue…………………………………………………………………...…
15
3. Situation de la pauvreté au Sénégal…………………………………………………16
4. Disparités régionales de la pauvreté au Sénégal…………..………………………..16
iv
5. Pauvreté selon le sexe……………………………………………………….………..16
6. Disparités de la pauvreté des ménages au Sénégal…………………..……….…….16

DEUXIEME PARTIE : CADRE PRATIQUE…………………………………………17


CHAPITRE1 : METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE………………………….17
1. Le choix du thème de recherche……………………………………………………..17
2. Revues documentaire………………………… …………………..………………..18
3. Le choix de la méthode et du type d’évaluation…………………………………....18
4. Les cibles d’enquêtes…………………………………………………………………19
5. L’échantillonnage…...……………………..…………………………………………20
6. La stratégie collecte de données……………………………………….…………..21
7. Traitement et analyse des donnés………………………………………..………….21
8. Les difficultés et limites rencontrées………………………………………………..22
CHAPITRE 2
LA PRESENTATION DES RESULTATS ET LES RECOMMANDATIONS……...23
SECTION1 : La microfinance au service de la population locale et ses limites et
difficultés rencontrées dans la lutte contre la pauvreté………………………………. 23
1. La contribution de la microfinance dans la lutte contre la pauvreté……….…….23
2. Les limites de la microfinance dans la lutte contre la pauvreté……………….…..29
3. Les difficultés rencontrées par la microfinance au Sénégal……………...………..32
4. L’appréciation de la clientèle des différentes prestations faites par les IMF…….33
4.1. Age et situation matrimoniale des répondants………………………………….
….33
4.2. Les raisons d’adhésion des personnes
interrogées………………………………....34
4.3. Montant moyen des crédits reçus et appréciation du taux d’intérêt et de la
garantie……………………………………………………………………………….34
4.4. Appréciation de la qualité des services des IMF……………………………….
…..36
SECTION2 : Les Recommandations………………………………..………………….37
1. Pour les Institutions de la micro finance…………………………………….……...37
2. L’ETAT……………………………………………………………………………….38
3. Faire de la micro-finance un outil de lutte contre la pauvreté….…………………39
CONCLUSION GENERALE………………………………….………………………41
BIBLIOGRAPHIE……………………………….………………………………………43
WEBOGRAPHIQUE…………………………………………………………………...44

v
LISTE DES TABLEAUX
Tableau 1 : Evolution des SFD agréés de 2012/2013
Tableau 2 : Quelques chiffres clés du secteur
Tableau 3 : Indicateurs clés par région et par zone de résidence
Tableau 4 : évolution de la productivité de crédit en millions de F CFA

LISTES DES GRAPHIQUES


GRAPHIQUE 1 : Evolution de l’encours des dépôts par pays de l’Afrique de l’Ouest
GRAPHIQUE 2 : Classe d’âge du répondant
GRAPHIQUE 3 : Situation matrimoniale
GRAPHIQUE 4 : Raisons adhésion
GRAPHIQUE 5 : Montant moyen de crédit octroyé aux clientes
GRAPHIQUE 6 : Appréciation du taux d’intérêt par les clientes
GRAPHIQUE 7 : Garanties exigées pour l’obtention de crédit
GRAPHIQUE 8 : Appréciation de la qualité des services des IMF

LISTE DES ETUDES DE CAS


ETUDE DE CAS 1 : Une commerçante renforce ses activités avec la microfinance
(marché central de Kaolack)

ETUDE DE CAS 2 : Menuisier


ETUDE DE CAS 3 : Femme patronne de magasin de couture
ETUDE DE CAS 4 : Le vendeur de chaussure en cuir de fabrication locale sénégalaise
ETUDE DE CAS 5 : Menuisier mixte de menuiserie et de tapisserie
ETUDE DE CAS 6 : Tailleur

vi
LISTE DES ABREVIATIONS
ACDI : Agence Canadienne de Développement International
ACEP: Alliance de Crédit et d’Épargne pour la Production
AFD : Agence Française de Développement
AFSSEF: Accès des Femmes Sénégalaises à des Services Financiers
APSFD: Association Professionnelle des Systèmes financiers décentralisés
ANSD : Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie
BCEAO : Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest
BOAD : Banque Ouest Africaine de Développement
CAURIE : Caisse Autonome pour le Renforcement des Initiatives Economiques
CLEC : Caisses Locales d’Epargne et de Crédit
CMS : Crédit mutuel du Sénégal
DID : Développement International Desjardins
DMF : Direction de la Micro-Finance
DSRP: Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté
EDS : Enquête Démographique et de Santé
F CFA : Franc Communauté Financière Africaine
FIDA : Fonds International de Développement
FIDES : Facturation Individuelle des Etablissements de Santé
IFM : Institut Financier de la Microfinance
IMCEC : Institutions Mutualistes Communautaires d’Epargne et de Crédit
IMCEC : Institutions Mutualistes Communautaires d’Epargne et de Crédit
MECAP : Mutuelle d’Epargne et de Crédit des Agents du secteur Public et
Parapublique
OMD : Objectifs du Millénaire pour le Développement
ONG : Organisation Non-Gouvernemental
ONU : Organisation des Nations Unies
PAMECAS: Partenariat pour la Mobilisation de l'Épargne et le Crédit Au Sénégal
PAR : Portefeuille à Risque
PARMEC : Programme d’Appui à la Réforme des Mutuelles d’Epargne et de Crédit
PLCP : Programme de lutte contre la pauvreté
PME : Petite et Moyenne Entreprise
PNUD : Programme des nations unies pour le développement
SFD : Système Financier Décentralisé
TPE : Très Petites Entreprises
UEMOA : Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine
U-IMCEC : Union des Institutions Mutualiste et Coopératives d'Épargne et de Crédit
URMECS : Union Rurale des Mutuelles d’Epargne et de Crédit du Sénégal

vii
INTRODUCTION GENERALE

L’accès au financement des ménages et des entreprises (PME) est l’une des conditions
nécessaires au développement économique d’une nation. Pour Desai et Mellor (1993) et la
Banque Mondiale (2000), le développement est impossible sans un système financier efficace
et accessible. La finance facilite l’intermédiation financière entre unités de production
excédentaires et déficitaires, entre saisons, entre années, entre régions et entre sous-systèmes
économiques (Khandker, 1998). Pour Stiglitz (2000), le système financier est en plus de la
propriété privée et du système juridique, l’une des trois institutions du noyau d’institutions qui
permettent au libéralisme de fonctionner. C’est pourquoi la première littérature sur les
systèmes financiers considère qu’une politique monétaire et financière, modérément
expansionniste, mais régulée stimule la croissance économique et un niveau d’emploi plus
élevé et plus stable. L’importance qu’accordent les économistes à l’accès au financement
explique en partie le fait que la micro finance soit devenue l’un des principaux palliatifs à
l’échec social des programmes d’ajustement structurel dans les pays en voie de
développement. Ainsi, parmi les mesures incitatives en vue de remédier à cet échec, on note
depuis le début des années 90, l’émergence d’expériences de projets et programmes à volet
microcrédits visant à atténuer la pauvreté. Ces programmes se sont assignés pour mission de
fournir des services financiers de proximité aux populations démunies qui n’ont pas accès au
financement bancaire et de promouvoir les activités génératrices de revenus au sein de ces
populations. De ce fait, depuis quelques années, la micro finance est l'une des rares politiques
clairement identifiée dans les DSRP pour réduire la pauvreté.
Pourtant, l'idée de faciliter l'accès au crédit des populations pauvres n'est pas nouvelle.
Comme le souligne Morduch (1999), elle était même l'un des éléments centraux des stratégies
de développement mises en œuvre par de nombreux pays en développement dès les années
1950 et jusque dans les années 1980. Or, la plupart des expériences de programmes de micro-
finance menées au cours de cette période se sont soldées par des échecs soit pour raison de
taux de remboursement très faibles, ou d'une forte dépendance aux financements extérieurs ou
pour raison de mauvaise gestion.
Au Sénégal, certains SFD offrent des produits spécifiques aux petites et moyennes
entreprises et aux salariés. Pourtant la vocation de ces institutions c’est le financement des
populations pauvres qui n’ont pas accès aux services financiers bancaires. Cela pose la
problématique du choix de la cible idéal, de la qualité des services et du risque de dérive de
mission. Alors, au regard de ce qui précède, la micro finance contribue-t-elle à l’amélioration
des conditions de vie des membres ? Atteint-elle les plus pauvres ?
De façon spécifique, il s’agira de répondre aux questions suivantes : Que signifie la micro
finance ? Contribue-t-elle à faire sortir durablement ses bénéficiaires de la pauvreté ? Que
revêt la notion de pauvreté ?

3
Quel est l’impact de la qualité des services dans la vie sociale et économique de la
population ?
Généralement les pauvres n’ont pas accès aux services bancaires classiques. La micro finance
apparait comme un levier de développement en leur accordant des microcrédits, leur
permettant de créer des activités créatrices de revenus. D’où notre thème « l’accès aux
services financiers décentralisés peut-il être le socle de la lutte contre la pauvreté ? ». Selon
notre première hypothèse, la micro finance contribue à lutter contre la pauvreté à travers les
services financiers adaptés aux personnes exclues des services bancaires classiques.
L’envahissement des SFD par des gros clients les contraint à reléguer les personnes
vulnérables en dernier plan. Le caractère social disparait au profit de la recherche du
maximum de profit. De ce fait, notre deuxième hypothèse soutient que la micro finance n’est
pas un outil idéal de lutte contre la pauvreté. Notre travail est ainsi structuré. Dans la première
partie de l’étude, il sera question de présenter le cadre théorique qui comporte deux chapitres :
définir au chapitre 1, les concepts liés à la micro finance ainsi que la pauvreté au Sénégal en
chapitre 2. La seconde partie portera sur le cadre pratique. Comprenant aussi deux chapitres :
la méthodologie de la recherche en chapitre 1 et le chapitre 2 qui présentera les résultats et les
recommandations pour améliorer la qualité des SFD en matière de réduction de la pauvreté.

3
 PROBLÉMATIQUE
L’une des contraintes à l’atteinte de cet objectif est certainement l’absence des services
financiers inclusifs et donc la capacité de susciter une autopromotion par les activités
génératrices de revenus. Le secteur financier inclusif pouvant permettre l’accès d’une majorité
de la population aux services financiers, la micro finance est apparue comme un support
essentiel à la réduction de la pauvreté dans les pays en voie de développement. Par contre, ces
microcrédits n’ont pas encore permis d’améliorer la scolarisation des enfants ; la
problématique de l’accès à l’eau potable et à l’électricité reste non résolue ; la capacité
d’épargne et d’investissement ainsi que l’indépendance des débiteurs vis-à-vis du créancier
n’ont pas été assurées. Or, la problématique de la pauvreté s’apparente au manque de moyens
financiers. La population dispose d’immenses atouts et pleine d’initiatives dont la mise en
œuvre est handicapée par le manque de capital et le manque d’accès au marché financier.
L’insuffisance d’institutions bancaires ou leur inexistence pure et simple dans plusieurs
localités du pays, le dysfonctionnement de ce circuit et l’impossibilité d’y accéder pour la
majorité de la population sénégalaise est une réalité qui aggrave l’état de la pauvreté.
A la recherche de solution pour la survie, la population du Sénégal, surtout de la campagne se
livre à des activités du secteur informel (artisanat, petit commerce, agriculture,…) presque
sans encadrement ni soutien de l’Etat, ou de tout autre organisme. La micro finance surgit sur
ce terrain fertile comme une alternative apparemment salvatrice. Les hommes et les femmes
s’y livrent, parfois sans réflexion, comme poussés par cette croyance populaire selon laquelle
«  qui ne risque rien n’a rien ». Mais, malheureusement la mesure du risque n’est pas toujours
prise de manière suffisante. Et l’Etat revient à la charge, tente d’organiser et de réglementer ce
secteur de la micro finance qui octroie de petits crédits à la population de manière plus facile
et plus inclusive que les banques traditionnelles. En outre, notre constat est également que
malgré la présence d’un certain nombre d’instituts de micro finance, la pauvreté semble
toujours présente.

 OBJECTIF
L’objectif général de notre étude est de montrer l’impact réel de la micro finance à travers la
qualité des services dans la vie des Sénégalais sur le plan économique et social. De façon
spécifique, montrer le rôle de la micro finance, montrer la situation réelle de la pauvreté au
Sénégal. Cette étude est d’une grande importance pour le public et les acteurs du secteur de la
micro finance, car elle permet de mieux apprécier l’efficacité de la micro finance dans la
réduction de la pauvreté. Quant aux bénéficiaires des services et produits des SFD, cela leur
servira de source d’information afin de mieux appréhender la situation et de revendiquer au
mieux les meilleurs qualités de prestations de services.
 INTERET ET JUSTIFICATION DU THEME
Le choix de ce sujet nous a été dicté par la situation économique du Sénégal avec comme
corollaire la pauvreté entrainant la difficulté des conditions de vie, la vulnérabilité, le manque
d’accès aux services sociaux de base, etc.
L’intérêt scientifique de notre travail est de contribuer à la compréhension du phénomène de
la pauvreté et du mécanisme de sa réduction par l’accès aux services financiers décentralisés
comme outil privilégié à la portée de l’Etat et des populations les plus démunies sur le plan
social, il pourra aider :
3
 Les IMF à améliorer leurs méthodes de travail et bénéficier davantage du capital de
confiance populaire en apportant le plus de services à leurs clients ou membres et en
exploitant pleinement le potentiel du marché.
 Et les bénéficiaires des microcrédits à comprendre le bien fondé du crédit et le
meilleur moyen de son bénéfice qui passe par une orientation par objectif de crédits
obtenus et par une gestion efficiente de ceux-ci.

3
PREMIER PARTIE : CADRE
THEORIQUE

CHAPITRE 1 : REVUE DE LA LITTERATURE


Dans cette présentation de la littérature existante sur la microfinance, nous avons classé les
résultats des recherches sur les répercussions de la microfinance en deux catégories : la
première catégorie concerne la tendance qui postule les effets positifs du microcrédit sur les
populations bénéficiaires. Cette vision est celle que l’on retrouve dans les résultats des
travaux de recherche sur les études indépendantes qu’on peut classer dans cette tendance (Pitt
et Khandker, 1998; Hulme et Mosley, 1996). Selon ces travaux, la participation aux
programmes de microcrédit aurait divers effets positifs sur les bénéficiaires. La deuxième
catégorie regroupe les tenants de la tendance négative, pour qui les effets de la microfinance
seraient plutôt désavantageux pour les bénéficiaires.

 La tendance positive
La tendance positive des incidences des programmes de microcrédit renvoie aux observations
et aux résultats d’études qui concluent que les IMF sont bénéfiques pour les participantes et
les participants. Les études d’impact de cette catégorie se sont le plus souvent employées à
collecter des données quantitatives telles que le nombre de bénéficiaires, l’augmentation des
revenus des bénéficiaires, les taux de remboursement, le nombre et les montants de prêts
octroyés par le programme de microcrédit.
À l’issue d’une série d’études d’impacts des actions de programmes de microcrédit établis
dans sept pays (Bangladesh, Bolivia, India, Indonesia, Kenya, Malawi and Sri Lanka), Hulme
et Mosley (1996) ont constaté que l’intervention des IMF a eu des incidences positives sur la
vie des bénéficiaires. L’analyse des chercheurs s’est basée sur deux enquêtes menées en 1989
et 1993 sur un échantillon aléatoire de 150 emprunteurs qui ont été comparés à un groupe de
non-emprunteurs ayant les mêmes caractéristiques en termes de conditions de vie (niveau de
revenu, nombre d’actifs, accès aux infrastructures). Les résultats ont révélé que le revenu des
emprunteurs avait évolué plus que ceux des non emprunteurs. Cette augmentation tournait
autour de 10 à 12 % en Indonésie et de 30 % au Bangladesh et en Inde. Les chercheurs
constatent aussi que les revenus des emprunteurs non pauvres avaient cru plus que le revenu
des emprunteurs qui sont en dessous du seuil de pauvreté (Hulme et Mosley, 1996). Selon
Mahammed AMINE BENJELLOUN le microcrédit est à lui tout seul, une stratégie de lutte
contre la pauvreté solide et fiable, malgré les difficultés qu’affrontent différentes associations
et fondations dans les initiatives (de la lutte contre la pauvreté) au Maroc.
Agathe KALINDE MAKETA confirme dans son travail de fin de cycle sur le microcrédit et
la lutte contre la pauvreté, cas des communes Tshopo et Kabondo à Kisangani que les
microcrédits accordés par le bureau Diocésain de Développement aux femmes maraîchères de
Kisangani ont produit des effets rentables pour leurs bénéficiaires qui arrivent à nourrir,
scolariser et soigner leurs familles.
3
Les enquêtes de la seconde période (1998-99) consolident les observations des enquêtes de
1991-92. Deux observations principales se dégagent de l’analyse des données de cette
dernière enquête. En effet, les données révèlent que lorsque les femmes accèdent aux crédits,
on observe une augmentation de la consommation du ménage ce qui n’est pas le cas lorsque
ce sont les hommes. Deuxièmement, une diminution de la pauvreté chez les récipiendaires de
crédits de l’ordre de 8,5% a été enregistrée chez les emprunteurs entre 1991-92 et 1998-99.
L’extrême pauvreté aurait quant à elle diminué de 18 % pour la même période (Khandker,
2003)
L’analyse effectuée par Pitt et Khandkher (1998) sur les mêmes données établit des liens
positifs entre la participation aux IMF et l’amélioration des indicateurs en éducation. En effet,
les auteurs notent une incidence positive de la microfinance sur la scolarisation des filles et
des garçons (Pitt et Kandkher, 1998 : 986).

 La tendance négative
La tendance négative regroupe les recherches dont les résultats ont plutôt mis en avant les
effets négatifs tant du point de vue économique, social et politique des microcrédits sur les
bénéficiaires.
La pratique de la micro finance est officiellement liée à la lutte contre la pauvreté. Toutefois,
des chercheuses et chercheurs mettent en doute la prétendue capacité des programmes de
microcrédit à réduire de manière significative la pauvreté des populations bénéficiaires de
microprêts. Parmi eux, certains remettent en cause la capacité des programmes de microcrédit
à résoudre, à eux seuls, les problèmes de pauvreté des pays du Sud. Servet par exemple,
estime que, si la microfinance avait les vertus qui lui sont prêtées, le Bangladesh, qui compte
environ 12 millions de clients d’IMF, serait sorti du groupe des pays les « moins avancés »
(Servet, 2006b : 3). À son avis, « pour éradiquer la pauvreté, il faudrait une volonté bien plus
forte que de petits prêts, il faudrait une microfinance qui échappe aux préceptes néo-libéraux
et des interventions considérables notamment dans les domaines de la santé, de la formation et
des communications » (Servet, 2006 : 1).
Les conclusions auxquelles est parvenue la recherche menée par Amin et al. au Bangladesh,
portant sur la comparaison de deux villages desservis par des IMF fut à l’effet que le
microcrédit pouvait potentiellement aider les pauvres, mais pouvait aussi avoir des effets
négatifs sur les plus vulnérables, c’est-à-dire les individus qui éprouvent plus de difficultés à
faire face à la variation de leur revenu. (Amin et al. 2003 : 59).
Joujou MENNIKO NDIBO a constaté pour sa part, que les institutions de microfinance n’ont
pas permis la croissance des PME par une augmentation de capital de base de microcrédits
octroyés. Au contraire, ces crédits ont une allure croissante tandis que les remboursements ont
baissé pendant la même période, signe que l’obtention de crédit n’a pas favorisé
l’accroissement de capital, encore moins le pouvoir d’investissement de leurs bénéficiaires.
Notre point de convergence avec ces auteurs se situe au niveau de notre thème
qu'est « l’accès aux services financiers peut-il être le socle de la lutte contre la pauvreté ».
Autrement dit, la question commune qui nous préoccupe consiste à examiner si la
décentralisation des services financiers peut être le levier de la lutte contre la pauvreté.

3
1. Définition de la micro finance :
Mot composé de deux termes clés, la micro finance pourrait être entendue dans l’esprit du
Dictionnaire le Petit Robert selon le sens de chacune de ses composantes. D’abord Micro
dérivé du grec MIKROS qui signifie petit. Et Finance qui signifie ressources pécuniaires, de
l’argent.
La micro finance est un phénomène au plan historique. Si l’on se réfère à son expérience la
plus médiatique, ses débuts remontent en 1976, l’année de création de la Grameen Bank est
venue de Muhammad Yunus, lorsqu’il prêta de sa poche l’équivalent de 26 dollars à 42
femmes exploitées rempailleuses des chaises. Face à leur enthousiasme et au fait qu’elles
remboursent toutes leur prêt au délai prévu, il décida d’étendre son système à plusieurs
villages du Bangladesh. En 1983, l’institution devient une banque. Sous l’effet d’une
médiatisation croissante, la micro finance est entrée dans le domaine public, diffusant un
certain enthousiasme auprès des intervenants du développement international.
Selon (SINE.NDE.2008 :4) « La micro finance est ainsi vue comme un outil transversal qui,
par effet d'entraînement, peut avoir des impacts sur différents aspects du développement et
pas seulement sur les activités économiques. En effet, les créations d'activités et de revenus
peuvent induire des changements dans les comportements de ceux qui en bénéficient ».
Pour beaucoup de personnes et pour le grand public en particulier, la micro finance se
confond avec le microcrédit. Elle désigne les dispositifs permettant d'offrir de très petits
crédits (microcrédit) à des familles très pauvres pour les aider à conduire des activités
productives ou génératrices de revenus leur permettant ainsi de développer leurs très petites
entreprises.
Avec le temps et le développement de ce secteur particulier de la finance partout dans le
monde, y compris dans les pays développés, la micro finance s'est élargie pour inclure
désormais une gamme de services plus large (crédit, épargne, assurance, transfert d'argent
etc.) et une clientèle plus étendue également. Dans ce sens, la micro finance ne se limite plus
aujourd'hui qu'à l'octroi de microcrédit aux pauvres mais bien à la fourniture d'un ensemble de
produits financiers à tous ceux qui sont exclus du système financier classique ou formel.
L'expérience montre que la micro finance peut aider les pauvres à augmenter leurs revenus,
créer des entreprises viables et sortir ainsi de la pauvreté.
Elle peut également constituer un puissant instrument d'émancipation en permettant aux
pauvres, et en particulier aux femmes, de devenir des agents économiques du changement. En
effet, en donnant accès à des services financiers, la micro finance joue un rôle important dans
la lutte contre les nombreuses dimensions de la pauvreté. Par exemple, les revenus générés
par une activité non seulement permettent à cette activité à se développer mais ils contribuent
également au revenu du ménage, et par là même à la sécurité alimentaire, à l'éducation des
enfants, à la prise en charge des soins de santé, à l'amélioration de l'habitat, etc.

2. Système Financier Décentralisé (SFD)


L’Association Professionnelle des Systèmes Financiers Décentralisés du Sénégal (AP/SFD-
SENEGAL) dans son document intitulé « Banques-Micro finance » définit les SFD comme
étant des institutions dont l’objet principal est d’offrir des services financiers (collecte de
dépôt, prêt d’argent ; engagement par signature) à des personnes qui n’ont généralement pas
accès aux opérations des banques et établissement tels que définis par la loi portant
réglementation bancaire. Sébastien BOY, dans « Le Guide de la Micro finance » désigne par
3
Systèmes Financiers Décentralisés, des structures de financement de proximité qui mobilisent
l’épargne et / ou octroient des crédits à leurs membres. Ils regroupent une variété
d’expériences d’épargne et/ou de crédit divers par la taille, l’objectif, les moyens techniques,
financières et humains mis en œuvre pour la population à la base, avec ou sans soutien des
bailleurs en vue d’assurer l’auto promotion économique et sociale de ces populations.

3. Le microcrédit
Selon Guérin, « Le microcrédit est une composante de la micro finance, défini comme
l’ensemble des services financiers (crédit, épargne, assurance, transferts de fonds pour les
migrants), généralement de faible montant, destinés aux populations exclues des institutions
financières classiques »

4. L’épargne
L’épargne est considérée comme la part du revenu non consommé autrement dit, il est gardé
sous réserve dans des établissements financiers (moyennant des intérêts) en général telles que
les institutions de micro-finance. Ces dernières distribuent une partie de ces fonds sous forme
de crédit permettant ainsi aux individus en besoins de financement de mener leurs activités
économiques.

5. La micro finance dans le monde


« La révolution de la micro-finance doit son succès aux précurseurs de modèles, tels que
Frédéric Guillaume RAIFFEISEN, Alphonse Desjardins, et Muhammad Yunus. Dans les
années 1849, bourgmestre prussien, Frédéric Guillaume RAIFFEISEN, fonde en Rhénanie la
première société coopérative d’épargne aux populations ouvrières pauvres et exclues des
banques classiques. Progressivement en s’appuyant sur l’épargne collectée, elle octroie des
crédits à ses clients » (BOYE, 2009 : 20). Maire à 27 ans d’une petite ville, se heurtant dans
ses fonctions à l’usure dans le monde rural, il a développé un type d’organisation œuvrant
principalement dans le monde rural. Il souhaitait par le biais des caisses, rendre accessible le
crédit aux agriculteurs. Son projet était essentiellement basé sur la morale chrétienne. La
participation des riches permettait d’aider les pauvres. Il ne s’agissait pas d’un projet
strictement économique mais aussi école d’entre aide.
Selon (SAVADOGO.2014) en ce qui concerne Alphonse Desjardins, il développera au début
du XXème siècle son projet de caisse d’épargne et de crédit pour combattre l’usure dont
étaient victimes les classes populaires. Entant que journaliste, il y consacre un dossier
personnel : un manuscrit intitulé « Notes pour servir à une étude sur l’assurance-vie ».
L’épargne accumulée dans les caisses permettait de répondre aux besoins de crédit de couches
de la population ignorée par les banques classiques ou exploitées par les pratiques des
usuriers.
L’expérience de Muhammad Yunus est plus récente (1970), économètre de formation, il fut
professeur à l’université de Chittagong du Bangladesh. Pour trouver une solution aux ravages
produits par les usuriers, il lance en 1976 un programme de recherche-action sur les
possibilités de développer le système bancaire en milieu rural adapté. Il transforme son projet
en une véritable banque en 1983 avec l’appui de la Banque Nationale de Bangladesh. Les
ressources viennent principalement de l’extérieur. Son modèle est reproduit dans beaucoup de
pays d’Afrique sous le nom de crédit solidaire.
3
Mais tous ces modèles ont pour objectifs communs de lutter contre l’usure ; l’accès aux
services financiers (épargne et crédit) ; la solidarité et l’entraide entre les membres ; le
bénévolat. Selon De Corte (2010 : 26), « en 2010 le savoir-faire et l’expertise du Mouvement
Desjardins sont exportés dans quelque vingt-sept pays en voie de développement et en
émergence partout dans le monde, en Afrique, en Amérique latine, aux Antilles, en Asie, en
Europe Centrale et de l’Est, grâce à sa filiale Développement International Desjardins
(DID) ». DID est une composante du mouvement Desjardins spécialisée en gestion de projets
liés à la finance communautaire, qui offre des services d’appui technique et d’investissement
dans ce secteur, sur les cinq continents du monde.

6. La micro finance en Afrique de l’ouest 


La micro-finance en Afrique de l’Ouest Francophone s’est développée davantage par les
coopératives d’épargnes et de crédits à partir de la fin des années 1960 et 1970, notamment au
Togo et au Burkina-Faso. Dès le début des années 1990, la BCEAO a contribué à la
diversification des intermédiaires financiers dans le but notamment : d’accroitre l’offre des
services financiers en permettant à des intervenants autres que les établissements de crédit
traditionnels (banques et établissements financiers) d’effectuer en légalité certaines
opérations jusqu’alors réservés aux banques ( NDIAYE.2012 : 137). Cette action de la banque
centrale a permis de mettre en place un cadre réglementaire du secteur. C’est ainsi que dans
les pays de l’UMOA, ce fut une période de boom pour les SFD. Les bailleurs de fonds ont
influencé et ont accordé leur soutien à ce secteur dans tous les pays de l’Afrique de l’Ouest.
Les principaux acteurs actifs dans le secteur sont entre autre l’Agence Française de
Développement (AFD), l’Agence Canadienne de Développement International (ACDI), La
Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), le Programme des Nations Unies pour
le Développement (PNUD), et le Fonds International de Développement Agricole (FIDA).
Cette liste n’est pas exhaustive (SAVADOGO.soum.2014 : 13).
Depuis la fin des années 1990 et le début des années 2000, Le secteur de la microfinance dans
l’UMOA est marqué par une nouvelle approche tendant à développer des politiques et des
stratégies nationales de micro finance (NDIAYE.2012. 139). Ces Politiques ont montré leur
preuve dans la Zone de l’UEMOA. Ainsi, selon le rapport de professionnalisation des SFD et
le développement d’une offre innovante des financiers (NDIAYE.2012 : 15).
Aujourd’hui à fin juin 2018, le nombre de SFD dans l'UMOA s'est stabilisé à environ cinq-
cent-quatre-vingt-treize. En outre, l'accès des populations aux services financiers fournis par
les institutions de micro finance a augmenté de 10,7% en glissement annuel. En effet, le
nombre de bénéficiaires de ces services est ressorti à 15.017.666 à fin juin 2018 contre
13.565.535 un an plus tôt.
L'analyse des indicateurs d'intermédiation des SFD de l'Union laisse apparaître une évolution
relativement favorable à l'inclusion financière, en dépit d'un taux brut de dégradation du
portefeuille qui s'est inscrit en hausse, ressortant à 8,9% contre 6,3% à fin juin 2017, pour une
norme généralement admise de 3% dans le secteur.
Sur la période sous revue, le montant des dépôts recueillis s'est fixé à 1.307,0 milliards de
FCFA contre 1.216,1 milliards de FCFA une année plus tôt, soit une progression de 7,5%.
Cette hausse est observée en Côte d'Ivoire (+13,5%), au Togo (+9,0%), au Burkina (+7,9%),
au Mali (+7,9%) et au Sénégal (+6,4%). En revanche, une baisse a été observée en Guinée-
Bissau (-30,4%), au Bénin (-3,7%) et au Niger (-2,6%).
3
Le montant moyen des dépôts, par client, s'est établi à 87.031 FCFA à fin juin 2018 contre
89.647 FCFA à fin juin 2017.
Pour l'ensemble des SFD de l'UMOA, l'épargne collectée représente 5,6% de l'ensemble des
dépôts détenus par les établissements de crédit de l'Union contre 6,9% un an plus tôt.

 Source : BCEAO (2018)

7. LA MICROFINANCE AU SENEGAL
La micro finance au Sénégal est marquée essentiellement par trois périodes. Elle marque
l’apparition de la micro finance, sa croissance fulgurante, et sa phase de consolidation. Mais
quelle place occupe-t-elle actuellement au Sénégal ? La réponse à cette question nous
amènera à montrer l’évolution du secteur de la micro finance au Sénégal.

7.1. L’historique DE LA MICROFINANCE AU SENEGAL


Une première période caractérisée par la crise bancaire des années 80. Elle a permis la mise
en œuvre des réformes importantes pour assainir le secteur bancaire et l’apparition des
premières structures d’épargne et de crédit. La deuxième période est caractérisée par la mise
en place d’un cadre juridique régissant les SFD. Elle se situe en 1993-2003 et est marquée par
l’émergence du secteur et la mise en place du cadre juridique régissant les institutions. La
troisième période est caractérisée par la consolidation et la professionnalisation du secteur à
partir de 2003. Elle a permis de maîtriser d’avantages les risques avec le renforcement de la
surveillance du secteur. On assiste à : une gestion professionnalisée des institutions, des

3
contrôles efficaces du personnel des réseaux, la recherche d’un meilleur équilibre
institutionnel et financier (SAVADOGO.soum.2014 : 15).

7.2. L’EVOLUTION DU SECTEUR DE LA MICROFINANCE AU SENEGAL


Le secteur de la micro finance au Sénégal est rentré dans une phase de consolidation, après la
forte croissance enregistrée entre 1997 et 2003. Contribuant pour près de 10,25% au
financement de l’économie en 2008, les institutions de micro finance totalisaient un actif
d’environ 255 milliards FCFA au 31 décembre 2010 (DOLIGEZ et al, 2012 : 16).
Après les années 1990, la micro finance a connu une mutation. Cette croissance fulgurante au
niveau du Sénégal se justifie par l’adoption de la loi-cadre dite « PARMEC ». Elle vise la
protection des clients des SFD, la sécurisation des opérations et la recherche de l’autonomie
financière des institutions. Ainsi selon DOLGEZ et al, (2012 : 16 à 19) le taux de pénétration
des SFD se situe à 12,1% à la fin du premier semestre de 2011, soit près de 1 500 000
personnes bancarisées. Au 31 décembre 2011, on compte 238 SFD répartis comme suit : 13
réseaux, 3 sociétés commerciales (MICROCRED, Saint-Louis France et MICROSEN) et 222
MEC.
Selon l’APSFD-SENEGAL durant la période d’analyse 2012-2013, la microfinance au
Sénégal est dotée de trois grands réseaux (CMS, PAMECAS ACEP) qui dominent le secteur,
de SFD émergents qui s’imposent de plus en plus dans le marché de la microfinance
(CAURIE, UIMCEC, MICROCED, MICROCRED, FIDES, URMECS) parmi lesquels les
Sociétés Anonymes tel que MICROCRED occupe une place importante et de plusieurs SFD
autonomes plus ou moins jeunes qui ne sont affiliés à aucun réseau. Malgré cette diversité, le
secteur de la Microfinance reste particulièrement dynamique et suffisamment porteur de
croissance à travers une offre de services diversifiés et segmentés. Selon le rapport de la DRS
de l’année 2013, le secteur a enregistré un encours d’épargne de 177 milliards, un encours de
crédit de 229 milliards de francs CFA avec une proportion de femmes qui font 56% des 422
600 emprunteurs actifs au 31 décembre 2013. Nous pouvons ainsi noter que la microfinance
est un secteur en pleine évolution. Il a permis à 1,9 millions de Sénégalais d’avoir accès aux
services financiers en 2013. La microfinance contribue au financement de l’économie
nationale à hauteur de 10,25%. Le taux de bancarisation est de 8% pour les banques, ce taux
est porté à 19% avec le concours des SFD. En effet, le secteur bancaire Sénégalais n’arrive
toujours pas à répondre aux nombreuses sollicitations, surtout des petites et moyennes
entreprises (PME).

Tableau1 : Evolution des SFD agréés de 2012/2013


Nature SFD/Année 2012 2013 Evolution
Sociétés privées (SA) (a) 4 4 -
IMCEC (1+2+3) (b) 401 379 -5%
Réseaux (1) 9 9 -
Affiliées (2) 160 160 -
Non affiliées (3) 232 210 -9%
Total SFD (a+b) 405 383 -5%
Source : Rapport d’activités annuel DRS/SFD 2012/2013
Cette baisse du nombre de SFD entre ces deux années s’explique par le fait que le secteur a
connu des réaménagements avec le plan d’assainissement mis en œuvre par la DRS/SFD.
Selon les rapports annuels de la DRS/SFD portant sur la période d’analyse (2012-2013), il
3
apparait nettement une croissance de la plupart des indicateurs de portée. L’effectif des clients
membres passe de 1 753 919 à 1 949 240 soit une progression de11% ; l’encours de crédit et
l’encours de dépôts connaissent respectivement des tendances haussières de 3% et 12%. Le
taux de créance en souffrance a augmenté également durant cette période avec une variation
de 1,7 point.

Tableau 2 : Quelques chiffres clés du secteur


Indicateurs de portée 2012 2013 Taux de croissance
Membres/ clients 1 753 919 1 949 240 11%
Encours de crédits (en 235,521
milliards de FCFA) 227,561 3%
Encours de dépôts (en 195,777
milliards de FCFA) 175,153 12%
Taux de créance au
souffrance 4,05% 5,75% 42%
Source : DRS/SFD Rapport consolidé de 2012 et 2013
Vu les statistiques publiées par la DRS/SFD nous pouvons affirmer que le secteur continue
d’évoluer positivement durant ces deux années

7.3. Classification par région à l’accès des SFD au Sénégal entre 2014 et 2015
Selon la DRS des SFD le secteur de la microfinance reste dominé par la région de Dakar qui
totalise, en 2015, 44,8% du sociétariat national, 49,3% de l’épargne totale et 42,3% du
montant total de l’encours de crédit. Cette région est également le siège de cent vingt-quatre
(124 SFD dont, cinq (05) faitières, cinquante (50) IMCEC affiliées, soixante-quatre (64)
IMCEC non affiliées et cinq (05) sociétés commerciales.
La région de Thiès avec 18,8% du sociétariat, 17,0% de l’épargne et 16,7% de l’encours de
crédit, vient en deuxième position en accueillant les sièges de cinquante-six (56) SFD et
faitières.
Le reste des régions enregistrent des parts inférieures à 10% du sociétariat, de l’épargne et de
l’encours de crédit au niveau national. Parmi elles, seules les régions de Kaolack, Saint-Louis,
Louga et Ziguinchor font ressortir des contributions dépassant 5% pour au moins un des
principaux indicateurs.
Selon le milieu de résidence, 90% du sociétariat est urbain sur la période 2014-2015. Quant
aux encours de crédit et d’épargne, ils tournent, en moyenne, autour de 95% des montants
globaux (voir le classement pour toutes les régions ci-dessous).

Tableau 3 : Indicateurs clés par région et par zone de résidence


Région Encours de crédit Encours d’épargne
Sociétariat en millions F CFA
2014 2015 2014 2015 2014 2015
Dakar 1 010 946 1 099 457 113 043 124 286 109 928 125 320
3
Thiès 416 484 461 671 47 181 49 168 39 059 43 276
Kaolack 102 080 120 934 17 200 18 367 9 853 11 191
Saint-Louis 121 754 101 957 14 374 13 285 9 334 8 685
Ziguinchor 111 860 133 308 13 517 15 628 14 876 16 605
Tambacound 56 097 74 651 8 485 12 100 6 404 8 116
a
Diourbel 84 607 92 644 14 513 14 895 9 129 9 672
Kolda 66 886 80 729 8 862 11 436 5 032 6 082
Louga 1 226 882 128 102 10 199 10 335 6 415 7 067
Fatick 42 936 53 003 5 804 6 570 5 167 6 402
Sédhiou 30 388 35 971 5 097 5 436 2 855 3 499
Kaffrine 26 911 29 188 5 830 6 243 3 564 4 082
Matam 20 668 28 347 2 869 4 023 1 984 2 302
Kédougou 11 985 14 740 2 011 2 381 1 597 1 873
Total 2 230 484 2 454 701 268 985 294 153 225 197 254 173
Urbain 2 003 451 2 209 956 248 744 272 464 210 022 237 313
Rural 227 033 244 745 20 241 21 689 15 175 16 859
%Urbain 89,8% 90,0% 92,5% 92,6% 93,3% 93,4%
%Rural 10,2% 10,0% 7,5% 77,4% 6,7% 6,6%
SOURCES : DRS/SFD

7.4. Enjeux du secteur de la Microfinance au Sénégal


Selon l’APSFD-SENEGAL l’octroi de crédit au sein de la population en majorité vulnérable
permet de lutter contre la pauvreté et le chômage. En effet le Sénégal se trouve dans une
perspective de croissance incluse avec une volonté de l'Etat de réduire le chômage et la
pauvreté. La microfinance devient un secteur propice pour booster l’économie à travers de
petits financements d’activités économiques et sociales telles que l’agriculture l’élevage, etc.
C’est pourquoi depuis quelques années le secteur de la microfinance occupe une place
importante dans la sphère financière du Sénégal. De nouveaux SFD voient le jour avec des
statuts juridiques distincts permettant ainsi à la population défavorisée d’avoir un accès facile
sur les produits et services financiers. Mais ces institutions sont confrontées à des risques de
recouvrement de la part des clients qui sont souvent dans l’incapacité de rembourser les
crédits. Cette situation peut être accentuée par la crise économique qui sévit depuis ces
dernières années. Actuellement, il s’avère nécessaire d’assainir davantage l’environnement
social des usagers des IMF pour une meilleure rentabilité des SFD et la satisfaction de la
clientèle en vue d’une meilleure inclusion financière.
Le secteur de la Microfinance veut ainsi relever les défis à sa professionnalisation et de sa
consolidation en vue de répondre à une meilleure inclusion financière.

7.5. Cadre réglementaire régissant les SFD au Sénégal


Depuis l’adoption en 1993 d’une réglementation spécifique, le secteur de la finance
décentralisée dans l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA) a connu une évolution
marquée en termes d’accès aux services financiers, de flux financiers et de création d’emplois.
En 1997, dans le cadre de l’harmonisation du Droit des Affaires en Afrique, des Actes
Uniformes adoptés au niveau des Etats membres de la zone Franc, sont venus compléter le
cadre juridique en instaurant de nouvelles dispositions relatives notamment aux formes
3
juridiques requises pour effectuer des activités commerciales, les prises de garantie et les
voies d’exécution. Au Sénégal la loi régissant les SFD est la loi n° 2008-47 du 03 septembre
2008.
En son article 2, la présente loi s’applique aux institutions, structures ou organisations
exerçant leur activité sur le territoire, quel que soient leur statut juridique, le lieu de leur siège
social ou de leur principal établissement et la nationalité des propriétaires de leur capital
social, s’il y’a lieu, ou de leurs dirigeants. Ces institutions, structures ou organisations sont
désignés sous l’appellation « Systèmes financiers décentralisés ». Toute infraction aux
dispositions de la présente loi est passible de sanctions disciplinaires, pécuniaires ou pénales,
selon les cas. Les institutions mutualistes ou coopératives d’épargne et de crédit sont régies
par les principes de la mutualité ou de la coopération. Elles sont tenues de respecter les règles
d’action mutualiste ou coopérative. Au sens de la présente loi, l’agrément confère aux
institutions mutualistes ou d’épargne et de crédit de la personnalité morale.
Sous réserve des dispositions prévues aux articles 104 et 106, les politiques de crédit de
l’institution sont définies par l’assemblée générale ou les organes de gestion agissant par
délégation de celle-ci. La loi précise que les SFD sont constitués sous forme mutualiste ou
coopérative demeurent soumis aux législations spécifiques qui régissent leur constitution,
organisation et fonctionnement. Le cadre réglementaire a été complété par les instructions de
la BCEAO relatives aux contenus et aux modalités de collecte et d’organisation de
l’information financière concernant les SFD.

CHAPITRE2 : L’état des lieux de la pauvreté au Sénégal

1. Notion de la pauvreté

Selon l'usage le plus courant, la pauvreté caractérise la situation d'un individu qui ne dispose
pas des ressources réputées suffisantes pour vivre dignement dans une société et dans un
contexte qui caractérise cette société. La société peut lui fournir une assistance, ou devrait lui
3
fournir une assistance, pour tenir son rang. C’est donc une personne qui souffre d’une
insuffisance de ressources financières, matérielles affectant la nourriture, l’accès à l'eau
potable, les vêtements, le logement, ou les conditions de vie en général, mais également une
insuffisance de ressources intangibles telles que l’accès à l’éducation, l’exercice d’une activité
valorisante, le respect reçu des autres citoyens ou encore le développement personnel. Cette
situation non-désirable et génératrice de souffrances touche des personnes isolées ou des
groupes, des segments de population dans les pays développés, une proportion importante de
la population dans certains pays en développement, et la majorité de la population des pays
les moins avancés, en Afrique notamment. Des analyses économiques et des débats portent
sur la mesure de la pauvreté, ses causes, et les moyens à mettre en œuvre pour la réduire :
économie du développement, aide sociale, contrôle des naissances, etc. Les termes misère,
précarité sont généralement des termes voisins ou connexes de la notion de pauvreté. La
pauvreté, prend un sens différent, voire vertueux, dans un contexte religieux ou spirituel :
Ainsi le vœu de pauvreté dans des ordres catholiques, défini la pauvreté comme : « la volonté
d'être plus libre par la renonciation aux « biens matériels », afin d'être en position optimale
d'écoute et de rencontre avec Dieu et le prochain ».

2. Types de pauvreté
On distingue deux types de pauvretés : la pauvreté relative et la pauvreté absolue.

2.1. Pauvreté relative


La pauvreté relative, c'est lorsque les personnes ont moins de ressources que les autres et n'ont
pas suffisamment d'argent pour vivre normalement dans une société.
Cette pauvreté relative est utilisée pour mesurer la pauvreté dans les économies du Nord. Par
convention au sein d’une société un individu est considérée comme pauvre si son revenu est
inférieur à 50% (ou 60%) du revenu médian (le revenu associé à l’individu qui, lorsque l’on
classe les individus par ordre croissant de revenu, est en position médiane, il y’a autant de
personnes dont le revenu est supérieur). (SAVADOGO, soum,2014 : 25)

2.2. Pauvreté absolue


La pauvreté absolue, c'est celle où les personnes n'ont pas assez de moyens pour survivre
physiquement, par exemple pas assez de nourriture pour s'alimenter.
Sur cette base un individu est considéré comme pauvre s’il dispose de moins de 1 $, moins de
1,2$ ou de moins de 2$ par jour pour vivre. Cette pauvreté est plus adaptée à la situation des
pays émergents ou en voie de développement. Les estimations de Chen et Ravallion font
ressortir qu’en Asie de l’Est et du Pacifique la part des individus vivant avec moins de 1,25$
dollar par jour est passée de près de 80% en 1981 à moins de 20% en 2005. En Asie du sud la
mondialisation s’est aussi accompagnée d’une réduction de la pauvreté. Par contre dans
d’autres régions notamment l’Afrique subsaharienne un haut niveau de pauvreté a persisté
(BLANCHETON, 2012 : 17). Cela laisse percevoir la situation de pauvreté, qui reste toujours
un virus social à vaincre.
3. Situation de la pauvreté au Sénégal
Selon GAYE (2008 : 315) la pauvreté au Sénégal est définie comme « une absence d’avoir, de
savoir et de pouvoir » cette définition est essentiellement basée sur le revenu. Puisque selon
3
celle-ci la variable pertinente retenue est le budget du ménage consacré à l’alimentation. Elle
donne son sens à la dimension monétaire. La pauvreté au Sénégal relève des disparités surtout
au niveau des régions.

4. Disparités régionales de la pauvreté au Sénégal


Dans la partie nord du pays (Saint-Louis, Louga, Matam), 17,% des ménages sont dans le
quintile3 le plus pauvre alors que 15,7% sont dans celui plus riche. Dans la partie ouest
(Dakar, Thiès), suivant le même ordre de quintile de pauvreté, on enregistre 39,7% contre
2,2%. Dans la partie centre (Diourbel, Fatick, Kaolack, Kaffrine) et sud (Ziguinchor, Sédhiou,
Kolda, Tambacounda, Kédougou), le quintile le plus pauvre représente respectivement 3,3%
et 39,9% tandis que pour le quintile le plus riche on enregistre 7% contre 1,7%.

5. Pauvreté selon le sexe


L’EDS 2014 montre que la pauvreté affecte plus les femmes. Pour le quintile le plus pauvre,
on note qu’il concerne 16,5% des femmes tandis que chez les hommes 13,9% se retrouvent
dans ce groupe. Dans le second groupe moins pauvre, 17,3% des femmes s’y retrouvent
contre 13,2% chez les hommes. Au niveau du groupe moyennement pauvre, les femmes et les
hommes représentent environ les mêmes pourcentages, 19,8% contre 20,5%. Pour les classes
riches, les pourcentages d’hommes restent plus importants. En effet, 27,6% des hommes
contre 25,3% des femmes appartiennent à la classe la plus riche. Pour la classe moins riche,
21,0% des femmes contre 25% des hommes sont concernés.
6. Disparités de la pauvreté des ménages au Sénégal
En 2014 selon l’EDS la pauvreté des ménages connait des disparités. En effet, 1,8% des
ménages urbains se retrouvent dans le quintile le plus pauvre alors qu’en milieu rural, ce
pourcentage est de 38,9%. Cette situation s’inverse pour le quintile le plus riche. En milieu
rural, 4,5% des ménages sont concernés contre 36,5 % des ménages urbains.

DEUXIEME PARTIE : CADRE


PRATIQUE

3
CHAPITRE1 : METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE
Toute recherche en sciences sociales fait nécessairement appel à une méthode scientifique en
vue de produire des informations valides et fiables. Cependant, la rigueur et la fiabilité des
résultats obtenus exigent une démarche fondamentale constituée de différentes. Ainsi, dans le
cadre de notre travail, nous avons opté pour les étapes suivantes :
 le choix du thème
 la revue documentaire
 le choix de la méthode et du type d’évaluation
 les cibles d’enquêtes
 l’échantillonnage
 la collecte de données
 le traitement et l’analyse de données
 les difficultés et limites rencontrées
1. LE CHOIX DU THEME DE RECHERCHE
La réduction de l’extrême pauvreté et de la faim faisant partie des Objectifs du Millénaire
pour le Développement (OMD), elle devient de ce fait une préoccupation majeure pour les
organismes de développement. La micro finance qui est un outil parmi tant d’autres
permettant d’atteindre cet objectif visé devient un secteur sur lequel se tournent les aspirations
des autorités publiques soucieuses d’améliorer la situation socio-économique des couches les
plus vulnérables, et ceci, particulièrement dans les pays en développement. Ainsi, diverses
structures qui mettent en avant l’accès aux services financiers naissent de part et d’autre.
Cependant, l’offre de ce type de services nécessite le respect de certaines normes à l’exemple
des normes déontologiques et des normes de gestion, surtout en matière d’épargne et de
crédit.
Au regard du nombre à croissance exponentielle des structures qui œuvrent dans cette lancée
d’après les statistiques données, il s’y impose une organisation et structuration et surtout des
appuis venant premièrement de l’Etat et éventuellement des partenaires extérieurs dans le but
de les rendre plus performants et de répondre aux besoins des populations qui en sont les
ultimes bénéficiaires. A cet effet, au Sénégal, il a été érigé un Ministère de l’Entreprenariat
Féminin et de la Micro finance avec une forte Direction (Direction de la Micro finance) dont
la vocation principale est d’assainir, de promouvoir et de restructurer le secteur de la micro
finance. Celle-ci s’est engagée dans cette dynamique à travers l’érection de la Lettre de
Politique Sectorielle qui renferme les lignes directrices du secteur. La promotion et la
restructuration de ce secteur passe par un encadrement et un accompagnement des Mutuelles
d’Epargne et de Crédit encore fragiles qui sont surtout les mutuelles isolées et dont on compte
un grand nombre dans la région de Kaolack plus précisément dans la commune, ville
économique très dynamique.
C’est pour cela que nous avons jugé utile de porter notre réflexion sur les apports de la DMF
dans le renforcement de la viabilité des Institutions de la Microfinance.
2. Revue Documentaire
Cette partie a consisté à consulter les différents ouvrages et documents étant en rapport avec
notre sujet d’étude. Ces écrits ont servi de guide, de moyens de clarification et de
compréhension du sujet. Ils ont également servi d’orientation dans la composition et la
3
structuration du travail à aborder. A cet effet, divers centres de documentation ont été visités,
à savoir : le Centre de Ressources et de Documentation en Micro finance où nous avons pu
consulter les ouvrages qui ont porté sur le thème de la micro finance en général et en
particulier sur la genèse de la micro finance, sa situation actuelle, ses perspectives. Entre
autres ouvrages consultés, nous pouvons citer les suivants : «  microfinance et lutte contre des
services et amélioration des conditions de vie des bénéficiaires » de SAVADOGO, « Micro
finance en Afrique de l’Ouest : quelle viabilité ? » de Fodé NDIAYE », «  le guide de la
microfinance : microcredit et épargne pour le développement » de Sébastien BOYE,
« microfinance et création de richesses : entre logiques et performances »de Ndeye SINE etc.
N’oublions pas la Direction de la Micro finance qui nous a fourni un certain nombre de
documents (Rapports et études réalisées) sur le secteur de la Micro finance au Sénégal. Ils ont
généralement porté sur les principales innovations, à savoir : la loi portant réglementation des
SFD au Sénégal, les règlements et principes de la micro finance, Lettre de Politique
Sectorielle etc. Ces documents ont été une bonne source d’informations pour notre travail car
nous permettant d’avoir une connaissance générale du secteur.
Nous avons également usé de certains sites internet comme Wikipédia, Google et le portail de
Micro finance qui sont venus renforcer nos informations concernant le secteur de la micro
finance au Sénégal.

3. Le choix de la méthode et du type d’évaluation


La démarche adoptée pour réaliser cette étude repose d’une part sur la synthèse des
connaissances sur l’environnement de la microfinance et sur les questions de pauvreté, au
Sénégal et, d’autre part, sur la définition des méthodes et du choix des critères d’analyse des
informations recueillies.
La démarche adoptée est participative et a impliqué tous les acteurs concernés. C’est une
démarche qui nous a permis d’avoir une connaissance approfondie du contexte global de la
pauvreté au Sénégal, du secteur de la microfinance et de l’environnement socio-économique
et institutionnel des institutions de microfinance.
Notre démarche a été axée d’abord sur la lecture de la documentation existante sur la pauvreté
au Sénégal et sur l’environnement de la microfinance au Sénégal. Il s’agissait essentiellement
de :
• rapports d’étude sur la pauvreté au Sénégal ;
• de documents de projets de lutte contre la pauvreté ;
• de documents relatifs à la situation des institutions de microfinance et de leur environnement
• de documents de programmes de microfinance pour la lutte contre la pauvreté.
Sur la base des informations obtenues à partir de la documentation, des guides d’entretien ont
été élaborés aussi bien pour les programmes, fonds et projets de microfinance de lutte contre
la pauvreté que pour les institutions de microfinance visitées.
Plusieurs structures impliquées dans le cadre de cette étude ont été visitées. Il s’agit des IMF
et services du gouvernement impliqués dans la microfinance, des partenaires techniques, des
structures d’appui, etc.
Le choix des IMF visitées a tenu compte de leur partenariat avec la direction de la
microfinance. À ce niveau, notre démarche était participative et nous avons impliqué tous les
responsables concernés à travers des entretiens. Nous avons analysé tous les documents et
rapports qui pouvaient nous édifier sur la situation de ces IMF.
3
4. Les cibles d’enquêtes
La constitution de l'échantillon s'est faite sur une base aléatoire. Plus que la taille de
l'échantillon, c'est sur sa structure et sa composition qui ont été privilégiée dans ce contexte.
Les enquêtes de terrains ont été orientées vers les individus exerçant une activité génératrice
de revenu et pouvant faire recours aux services des structures financières en place. A cet effet,
nous avons privilégié la qualité des enquêtés plutôt que le nombre. Les informations qui ont
fait l'objet de la présente analyse ont été recueillies auprès des personnes suivantes :
agriculteurs, artisans, commerçants, conducteurs de taxi, les groupes de tontines
traditionnelles, les tontiniers ambulants, et les responsables des institutions de micro finance.
Toutes ces personnes et structures accessibles à divers niveaux ont été rapprochées en tenant
compte de la nature des informations recherchées. C'est donc sur la base de ces critères que
les enquêtes ont été menées sur le terrain en vue de la collecte de données.
 Biais d’enquêtes :
Nous avons accordé une attention particulière à la fiabilité des données, même si toutes les
précautions prises n’éliminent pas les biais, qui sont inévitables. Dans notre étude, plusieurs
éléments peuvent affecter la qualité des données recueillies, mais deux semblent
déterminants : le cadre de l’enquête et la distance entre chercheur et enquêté.
 Le cadre de l’enquête :
Durant nos enquêtes préliminaires, le constat majeur était que la liberté de parole variait
suivant le lieu d’administration des entretiens. Les bénéficiaires se prêtaient plus au
développement de leurs idées chez elles que lorsque la présidente de groupement ou la
responsable de l’institution de microfinance était présente. Les salariés des institutions de
microfinance se livrent davantage et donnent beaucoup plus de détails lorsque l’entretien est «
informel » au sens où celui-ci n’était pas programmé par la hiérarchie. La stratégie adoptée
par la suite de nos recherches est de privilégier les lieux neutres et le domiciles des personnes
bénéficiaires.
 Distance entre chercheur et enquêté :
La distance sociale entre enquêteur et enquêté joue un rôle majeur dans la qualité des
entretiens. Une distance sociale forte ne favorise pas une relation de confiance entre
l’enquêteur et l’enquêté ; ce dernier jugeant nécessaire de ne pas donner toutes les
informations sur sa situation, ou encore les considérant intimes et compromettantes par
rapport à sa situation ou son statut. Si par contre cette distance sociale est faible, l’enquêté
peut être complaisant ou peu généreux dans le développement de ses propos. L’expérience et
l’habitude permet d’échapper à cette difficulté de biais en faisant attention à la manière
d’entrer en contact avec l’enquêté. Le statut d’étudiant procure un avantage considérable ; la
capacité et l’habileté à se fondre dans cette masse de personnes facilitent la construction de
relations de confiance, l’expression de détails souvent difficile à obtenir avec une population
vivant dans des conditions de grande précarité et habituées à des pratiques courante de « mise
en scène » visant à magnifier leur participation à des projets de développement. Il est
également fondamental de tenir compte des différentes catégories d’acteurs et d’adapter les
méthodes d’approche. Le rapport qu’entretient chaque type d’acteur avec notre objet d’étude
est bien particulier. Les pauvres bénéficiaires des IMF, les salariés et les cadres n’ont pas
toujours les mêmes visions. Ils n’ont pas les mêmes niveaux et profondeurs d’analyse de la

3
situation ou de la problématique des potentialités et limites de la microfinance. Ils n’ont pas
non plus la même expérience, le même vécu, les mêmes informations, ni les mêmes
contraintes. Mais cette diversité de point de vue est une richesse pour l’analyse. C’est
précisément la confrontation des points de vue qui permet de mener à bien l’analyse et
d’avancer, non pas une vérité universelle

5. L’échantillonnage
L’échantillonnage est la sélection d’une partie dans un tout. Il s’agit d’une notion importante
en métrologie : lorsqu’on ne peut pas saisir un événement dans son ensemble, il faut effectuer
des mesures en nombre fini, afin de représenter l’événement.
 La méthode
La technique de sondage, utilisée en particulier en sciences sociales mais pas seulement,
consiste à établir des mesures statistiques sur un échantillon seulement de la population
étudiée et à en étendre l'interprétation à la population elle-même. Les conditions de validité de
cette extension sont établies par la discipline mathématique des statistiques et des probabilités
L'incapacité à interroger toute la population pauvre nous a amené à choisir entre méthode
probabiliste et méthode non probabiliste. Du fait de l'avantage reconnu de la première
méthode (produire des échantillons représentatifs), nous avons arbitré en faveur de la méthode
qui nous éloigne le plus possible des risques plus élevés de biais et d' «erreurs
d'échantillonnage ».
De plus, l'avantage de la méthode probabiliste c'est qu'elle permet d'apprécier la marge
d'erreur si l'on est tenté par l'interprétation des résultats et la généralisation.
 La technique d’échantillonnage
Ainsi donc la méthode choisie et la taille retenue, notre préoccupation a été également de
recourir à une technique qui donne à chaque élément de la population une chance égale d'être
inclus dans l'échantillon, et, en conséquence chaque combinaison possible ou nombre voulu a
le même degré de probabilité d'être choisi. Cette exigence est dictée, moins par la cible elle-
même qu'à l'intérêt qu'elle porte sur les services de la caisse. A partir de ce moment, il nous
été plus opportun de nous orienter vers l'échantillon de hasard simple. La technique du hasard
simple a consisté à mener les opérations suivantes :
1. Nous attribuons à chaque unité de la population pauvre un numéro. (Ceci a été rendu facile
par la taille de la population pauvre mais aussi grâce à l'outil informatique).
2. Les unités numérotées sont ensuite mises dans une caisse.
3. nous tirons enfin au hasard 150 unités qui vont constituer notre échantillon.
6. La Stratégie de collecte de donnés
Cette étape du travail nécessite des descentes sur le terrain en vue d’obtenir des informations
fiables. Elle a été réalisée grâce aux outils de collecte de données tels que l’entretien et le
guide d’entretien.
 Le guide d’entretien
Les guides d’entretien qui sont au nombre de 2 ont été élaborés non seulement pour les
responsables des mutuelles enquêtées mais aussi pour les responsables de la DMF. Celui
destiné aux responsables des mutuelles nous renseigne sur l’identification des répondants
mais en grande partie sur le dynamisme économique et financier des dites structures et de leur
organisation même. Quant au guide des responsables de la DMF, il nous édifie en grande

3
partie sur la nature de l’encadrement qu’offre la DMF à travers son programme dédié aux
institutions de Microfinance.
 Les entretiens
Ce fut le moment des rencontres et de larges discussions avec les personnes ciblées. Ces
dernières nous ont permis d’avoir des opinions diverses par rapport à l’encadrement de la
DMF surtout au niveau des mutuelles d’épargne et de crédit. Chaque personne avec laquelle
nous nous sommes entretenus a pu donner sa position. Quelques responsables de la Direction
de la Micro finance ainsi que les membres du programme mis en place nous ont édifiés sur la
nature de cet accompagnement ainsi que les activités réalisées surtout en termes de
renforcement des capacités. Ce qui a été vérifié et apprécié au niveau des responsables des
différentes mutuelles enquêtées. L’ensemble des idées recueillies a été très important pour
l’analyse des données.
 L’observation directe
Cette dernière nous permet d’avoir des informations en plus de celles obtenues à travers le
questionnaire et le guide d’entretien. Grâce à notre présence sur les lieux, nous avons pu avoir
les informations par nous-mêmes, surtout en ce qui concerne la durée d’attente des clients
avant de se rendre à la caisse pour effectuer leurs opérations, le niveau d’équipement des
mutuelles , l’état des bâtiment, le nombre de caisses disponibles et bien évidemment l’effectif
du personnel.
7. Traitement et analyse des donnés
Le traitement et l'analyse des données ont suivi aussitôt l'étape de la collecte. L'élément ayant
servi de support pour le traitement et l'analyse des données est l'outil informatique. Les
données obtenues ont été classées, dénombrées puis ont servi de base dans la construction des
graphiques d'analyse des données recueillies.
Quant aux outils d'analyse statistique utilisés, il s'agit des graphiques et tableaux
confectionnés à partir des informations recueillies à l'issu des enquêtes d'une part, les résultats
de la recherche documentaire d'autre part.
 Le traitement des données
Le traitement des données a consisté d'abord à faire le dépouillement des questionnaires.
L'opération a permis d'extraire les données et les regrouper par centre d'intérêts. Les données
recueillies ont permis de confectionner les tableaux et graphiques à partir du Logiciel Excel.

 L’analyse des donnés


L'analyse des données s'est faite sur la base des résultats obtenus du traitement des données.
Elle a permis de faire ressortir les liens entre les différentes données pour servir de base à la
vérification des hypothèses de recherche.
L'analyse qualitative a consisté à interpréter les données collectées au regard de la théorie et
les normes en vigueur dans le secteur de la micro finance.
L'analyse des données a permis d'apprécier les aspects tels que l'évolution de l'encours de
crédits, du portefeuille à risque, de l'efficacité du personnel et autres.
8. Les difficultés et limites rencontrées

3
Les limites et les difficultés de la recherche n’ont pas manqué du fait des caractéristiques
inhérentes à toute œuvre humaine et particulièrement de l’activité de recherche.
 Les difficultés
La première difficulté à laquelle on se heurte quand nous avons porté notre choix sur un sujet
aussi passionnant que le secteur de la microfinance c’était de savoir par où commencer, tant le
champ est vaste et peu familier pour nous.
Cependant, notre vif intérêt pour la recherche sur notre sujet« l’accès aux services financiers
décentralisés peut-il être le socle de la lutte contre la pauvreté ? » a eu raison de ces obstacles.
Passé cela, il nous fallait passer par une procédure administrative longue et non fructueuse
pour avoir l’aval de la première structure que nous avions ciblée pour y mener notre étude.
Cette impossibilité de mener le travail dans la première structure initialement ciblée nous a
même porté un grand préjudice quant à l’avancée de nos travaux, nous obligeant alors à nous
rabattre sur une autre.
Mais ces difficultés n’ont pas en réalité constitué de réelles limites pour la recherche que l’on
a entreprise.
 Les limites
La seule limite a été vraiment le facteur temps. En effet, l’immensité de la question et son
importance nous ont confortées à l’idée que si on disposait de plus de temps, le travail en
serait davantage bonifié, ceci d’autant plus que nous étions obligé d’annuler de nombreux
rendez-vous avec des spécialistes de la microfinance, faute de temps.

CHAPITRE 2 : LA PRESANTATION DES RESULTATS ET LES


RECOMMANDATIONS
Dans ce chapitre nous étudierons en section1 les avantages à l’accès des services financiers et
les problèmes rencontrés par les responsables et les bénéficiaires de la microfinance par
secteur d’activité des populations pauvres. La section2 portera sur les recommandations.
SECTION1 : La microfinace au service de la population locale et ses limites et difficultés
rencontrées dans la lutte contre la pauvreté
1. La contribution de la microfinance dans la lutte contre la pauvreté
Les mécanismes de la lutte contre la pauvreté s’accompagnent souvent de services financiers
qui ont un effet d’émancipation sur les pauvres. En dehors de la fourniture de crédits aux

3
micros entreprises et aux personnes bénéficiaires ou d’une assistance financière pour couvrir
les besoins essentiels, les dispositifs de microcrédit et de micro finance facilitent l’échange de
données d’expérience et de connaissances au sein du groupe. On peut ajouter aussi
l’établissement de l’histoire de la solvabilité d’une personne et de ses rapports avec le secteur
financier, et l’acquisition de compétences de survie et même d’une information sanitaire.
Certaines institutions intègrent cette acquisition des compétences et de connaissances dans les
programmes de microfinance, pour résoudre ainsi les problèmes de pauvreté qui ne sont pas
liés directement au revenu et faire acquérir aux pauvres des compétences leur permettant de
montrer avec succès une entreprise.
Selon le rapport de l’ONU de 2010, dans de bonnes conditions, la microfinance peut
accroitre les revenus, améliorer le logement et promouvoir une meilleures pratiques sanitaires
et nutritionnelles, et même abaisser le taux de natalité et de mortalité. Cela ne peut se réaliser
qu’à travers des services de base répondant aux attentes des clients des SFD généralement
pauvres.
Si la microfinance répond à un besoin évident pour les personnes qui sont exclues du marché
du crédit, ses objectifs vont au-delà du développement de la seule activité économique. Elle
vise aussi à améliorer les conditions de vie de ses clients. Alors qu’il existe finalement peu de
preuves empiriques rigoureuses fautes d’évaluations vraiment convaincantes, le principe
même d’évaluation d’impact a suscité un nombre important de débats, aussi bien chez les
praticiens qu’auprès des universitaires.
Certains remettent, en effet, fondamentalement en cause l’intérêt même de l’évaluation
spécifique: la microfinance serait un marché comme un autre en ce sens, pas plus légitime à
être évalué. D’autres questionnent l’utilité des évaluations puisque l’impact du microcrédit ne
ferait aucun doute étant donné le nombre important de personnes qui utilisent les microcrédits
et restent dans le cycle d’emprunt. Certains, enfin, estiment qu’il est méthodologiquement très
difficile d’évaluer l’impact de la microfinance et qu’il est préférable d’utiliser des approches
de types Second Best, en se concentrant sur l’analyse de la clientèle, sur les performances
sociales des IMF et sur l’analyse des processus plutôt que sur l’impact lui-même.
Ces différents arguments comportent des limites. La microfinance contrairement à d’autres
marchés reste fortement alimentée par les fonds publics, notamment parce que les bailleurs
estiment qu’elle impacte fortement les conditions de vies en favorisant par exemple la sécurité
alimentaire, l’autonomie des femmes, l’éducation ou la santé. L’évaluation de cet impact
comporte donc de réels enjeux. Par ailleurs, il semble naïf de mesurer positivement l’impact
de la microfinance en se basant sur la présence durable des clients dans le cycle de crédit,
puisqu’on ne prend pas en compte la situation de ces clients s’ils n’y étaient pas entrés. La
microfinance peut avoir des, effets pervers, tels que le surendettement croisés ; enfin, si un
grand nombre de clients restent dans le processus de crédit, une forte proportion en sort. Ce
n’est pas sans doute pas sans raisons.
Compte tenu de la faiblesse de nos moyens et du temps imparti à l’étude, ce mémoire se
focalisera sur les personnes touchées par les Institutions de microfinance, le volume de crédit
consenti, l’épargne mobilisée et des témoignages recueillis auprès de la clientèle des
Institutions de Microfinance.
Les populations ciblées par les SFD sont assez diversifiées. Quelques expériences mettent
l’accent sur un groupe cible précis (femmes par exemple). Dans l’étendue du pays, les
activités financées couvrent une large gamme. Ces financements concernent davantage les
3
activités du secteur informel que celle du secteur dit moderne. Un intérêt particulier est porté
sur les activités génératrices de revenus des femmes.
Selon l’APSFD-SENEGAL durant la période d’analyse 2012-2013, la microfinance au
Sénégal est dotée de trois grands réseaux (CMS, PAMECAS ACEP) qui dominent le secteur,
de SFD émergents qui s’imposent de plus en plus dans le marché de la microfinance
(CAURIE, UIMCEC, MICROCED, MICROCRED, FIDES, URMECS) parmi lesquels les
Sociétés Anonymes tel que MICROCRED occupe une place importante et de plusieurs SFD
autonomes plus ou moins jeunes qui ne sont affiliés à aucun réseau. Malgré cette diversité, le
secteur de la Microfinance reste particulièrement dynamique et suffisamment porteur de
croissance à travers une offre de services diversifiés et segmentés. Selon le rapport de la DRS
de l’année 2013, le secteur a enregistré un encours d’épargne de 177 milliards, un encours de
crédit de 229 milliards de francs CFA avec une proportion de femmes qui font 56% des 422
600 emprunteurs actifs au 31 décembre 2013. Nous pouvons ainsi noter que la microfinance
est un secteur en pleine évolution. Il a permis à 1,9 millions de Sénégalais d’avoir accès aux
services financiers en 2013. La microfinance contribue au financement de l’économie
nationale à hauteur de 10,25%. Le taux de bancarisation est de 8% pour les banques, ce taux
est porté à 19% avec le concours des SFD.
Le secteur de la microfinance a beaucoup contribué à la lutte contre l’usure dont beaucoup de
gens notamment les fonctionnaires étaient victimes. La mise en place de la MECAP (Mutuelle
d’épargne et de Crédit des Agents du secteur Public et Parapublic) a été une tentative de
réponse réussie pour lutter contre ce phénomène.
Certaines structures de financement décentralisé incluent la lutte contre la pauvreté parmi
leurs objectifs principaux et d’autres n’ayant pas principalement cet objectif, contribuent à la
lutte contre la pauvreté en développant des programmes ou des produits spécifiques destinés à
toucher les populations les plus pauvres. Le programme AFSSEF (Accès des Femmes
Sénégalaises aux Services Financiers), initié par PAMECAS, les CLEC (Caisses locales
d’épargne et de Crédit), initiées par le PLCP, le Projet Jeunesse du CMS et les bancs
villageois de CAURIE IMF.
Les micro-finances visent à satisfaire les besoins des ménages et le financement des activités
économiques et professionnelles de ces derniers. Cependant, l’obtention d’un prêt de ces
institutions est soumise à des conditions quasi identiques à celles des banques commerciales.
Non seulement le client doit s’armer de patience, mais également surmonter l’obstacle des
garanties-hypothèques.  Et se résigner finalement à honorer un taux d’intérêt quelque peu
démotivant.
Dans le cadre de notre mémoire, nous avons recueilli les témoignages des clients qui
affirment que les crédits octroyés par les SFD leur ont permis d’améliorer leur situation
financière.

Etude de cas 1: Une commerçante renforce ses activités avec la microfinance (marché
central de Kaolack)
Nous présentons ici une jeune commerçante qui tient une boutique de prêt à porter dans le
marché central de Kaolack. Elle vend des habits divers mais ceux des enfants sont plus
importants dans le magasin. Elle a une longue expérience de dix ans avec les mutuelles
d’épargne et de crédit. Elle était cliente du Crédit Mutuel du Sénégal (CMS) depuis 2003 et
elle n’a jamais eu de crédit, elle ne faisait que de l’épargne.
3
En 2014, Microcred l’a démarché au niveau de son magasin au marché et lui a proposé de la
financer. Elle n’avait de garantie que le titre de propriété du magasin de son mari. « Au CMS,
je voulais du crédit mais on me demandait des garanties réelles notamment un titre de
propriété, une voiture … » nous dit la jeune commerçante. Avec cette garantie (papiers du
magasin), Microcred lui a octroyé un premier crédit de 500 000 F CFA, remboursable sur 11
mois.
Le montant des remboursements mensuels est de 55 000 F CFA dont 2 700 F vont à l’épargne
individuelle. Le microcrédit est associé à la constitution d’une épargne obligatoire à chaque
échéance de remboursement.
En faisant le calcul, notre jeune commerçante emprunte avec un taux de 5%.
Cette épargne calculée sur le remboursement sert de garantie en cas de difficulté de paiement,
mais même lorsque le client respecte les échéances, l’épargne servira de garantie pour le prêt
suivant.
L’épargne imposée constitue également une sorte d’éducation financière pour le client qui
doit apprendre à épargner en cas de besoin. Seulement, celle-ci n’est pas volontaire.
Avant d’être démarché par Microcred, la jeune commerçante utilisait le crédit familial ; « mon
mari me donnait de l’argent et je me débrouille pour faire du commerce » nous dit la jeune
commerçante.
Après avoir remboursé ce premier crédit, Microcred lui octroie un deuxième crédit plus
important de 600 000 F CFA, remboursable en 12 mois au lieu de 11. Les échéances de
remboursement mensuelles sont cette fois-ci de 60 000 F CFA. L’épargne obligatoire
mensuelle est de 3200 F/mois cette fois ci et le taux d’intérêt a nettement augmenté, il est
passé de 5% à 13.6% plus proche des taux pratiqués dans le milieu de la microfinance au
Sénégal.
On entrevoit dans cette approche une fidélisation du client et la constitution de liens avec ce
dernier. Pour la commerçante, le premier crédit était immédiatement octroyé, l’instruction du
dossier n’a duré qu’une journée après vérification de la garantie offerte (papiers du magasin)
et pour le deuxième crédit, le délai d’attente était de trois jours. Ce qui apparait très court
comme délai d’attente pour la cliente. « Dans les autres mutuelles de crédit, ce délai peut aller
jusqu’à un mois, là je trouve que ce n’est pas long », nous dit-elle.
Pour elle, le crédit a servi à développer son activité, à renouveler son stock de marchandises,
mais aussi à s’autonomiser. « Je pars tous les mois à Dakar, et je ne peux pas demander tous
les mois à mon mari de me financer, j’épargne au Microcred, je me sers de cette épargne et du
crédit pour travailler et développer mon activité » nous dit la commerçante. Elle
s’approvisionne auprès de commerçants grossistes à Dakar et achète au comptant avec le prêt
de Microcred.
La cliente de Microcred nous assure qu’elle regarde le taux d’intérêt débiteur qui est certes
élevé mais nous dit que c’est le plus cher du marché. « Je regarde le taux d’intérêt des autres,
mais je n’ai pas le choix, j’ai besoin d’argent pour bien travailler, renouveler le stock à un
rythme régulier », argue la commerçante, visiblement séduite par l’offre de Microcred.
Mais pour la commerçante, il faut surtout mesurer sa capacité d’endettement ou de
remboursement, « c’est très important dans le contexte actuel de la microfinance où le crédit
est plus facile qu’avant, où on voit tous les jours des agents des mutuelles de crédit qui
viennent jusqu’au marché pour démarcher des clients y compris ceux qui n’ont jamais pensé
prendre un crédit » dit-elle.
3
Le microcrédit a connu une véritable révolution au Sénégal avec l’arrivée des structures de
microfinance commerciales qui semblent plus agressives sur la conquête de part de marché.
Quelques jours avant notre passage, notre commerçante a reçu la visite des agents d’une autre
institution de microfinance (PAMECAS) et très réputée dans le démarchage de client pour
l’octroi de crédit. Les agents de PAMECAS, après une brève discussion avec la commerçante
et s’apercevant qu’elle a une expérience dans la microfinance, lui propose un prêt. Après une
brève réflexion et mesurant la charge des deux prêts à rembourser, la commerçante a
immédiatement refusé l’offre de prêt de cette mutuelle. « J’ai réfléchi, je connais ma capacité
financière et j’ai tout de suite vu que rembourser les deux prêts serait difficile, et j’ai dit non »
nous di-telle.
Visiblement, notre commerçante a une grande expérience dans le microcrédit et semble
raisonnable sur les offres de crédit. Pour elle, il y a beaucoup de femmes qui se constituent en
groupement et demandent du crédit. Mais ici, c’est la responsable du groupement qui est
responsable du respect des délais de remboursement et suit de très près tous les membres pour
le respect des délais de remboursement.
Elle affirme donner une grande importance au respect des délais de remboursement, car «
c’est un gage de confiance » nous dit-elle, avant de poursuivre, « moi, j’ai jusqu’au 13 du
mois pour rembourser mais j’arrive à rembourser toujours vers le 7 du mois ; dans la
microfinance, l’essentiel c’est de connaitre sa capacité d’endettement, c’est ce qui détermine
le montant du crédit ».
Elle nous raconte l’histoire d’une collègue commerçante qui a reçu un prêt à Microcred avec
elle, qui, par la suite est partie prendre un autre crédit à PAMECAS. Cinq mois plus tard, elle
a eu des difficultés pour faire face aux deux échéances de remboursement. « Elle a beaucoup
regretté car elle n’a pas fait attention à sa capacité de remboursement, elle a oublié que le
commerce pourrait être parfois aléatoire, on n’a pas toujours la recette espérée » nous
souligne la commerçante.
L’accès au crédit facilite le renouvellement rapide des stocks et enclenche un cercle vertueux.
Plus le stock est renouvelé rapidement, plus il y a de clientèle et plus les marchandises sont
écoulées rapidement. Le fait de disposer régulièrement de nouveautés contribue à la
réputation de la boutique.

Etude de cas 2: Menuisier


Nous présentons ici un menuisier que nous avons rencontré au Crédit Mutuel du Sénégal
(CMS). Il a la trentaine et est client au CMS depuis 2006. Avant d’ouvrir un compte, il
épargnait chez lui. « Lorsque j’ai ouvert le compte, la mutuelle m’a demandé d’épargner
pendant six mois ; j’épargnais des sommes variables et à des rythmes irréguliers, je pouvais
mettre 10 000, 15 000 jusqu’à même 50 000 FCFA, ça dépend des rentrées d’argent et des
besoins. Après, j’ai reçu un crédit de 300 000 FCFA de CMS» nous dit le menuisier. Le crédit
était consenti pour une durée de dix mois mais le menuisier l’a payé en six mois.
La garantie du crédit était constituée par son atelier, sa motocyclette et sa boite à outils
laquelle était évaluée à 300 000 FCFA.
Pour lui, l’approvisionnement en bois constitue un problème car les scieries ne sont pas
nombreuses et le bois coûte cher. L’approvisionnement en bois dans les zones excédentaires à
l’intérieur du pays suppose avoir des relations avec les services des eaux et forêts car il y a
énormément de contrôle sur le bois et beaucoup de taxes à payer.
3
« Dans la majorité des cas, les commandes clients sont préfinancées par leurs avances. Dans
les mentalités, l’avance constitue une garantie de rapidité du travail demandé. Elle permet au
menuisier de s’approvisionner en matière première (bois) et autres accessoires » nous dit-il.
Après ce prêt, d’autres crédits se sont suivis mais selon notre interlocuteur, les
remboursements sont accélérés. Le dernier de 400 000 FCFA consenti sur 6 mois a été
remboursé en trois mois. Cette stratégie de notre interlocuteur lui permet de développer son
activité en achetant du bois de qualité et en quantité auprès des magasins. Mais également,
d’exposer les produits pour mieux attirer la clientèle. Les produits fabriqués sont des lits, des
armoires, des bibliothèques de différents types.
Le menuisier nous confie qu’il a six apprentis qu’il fait manger au petit déjeuner et au
déjeuner. Il dépense quotidiennement environ 15 000 F pour sa famille et ses apprentis. Il
paye par ailleurs des factures d’électricité variant de 40 000 à 70 000 FCFA.
Il continue toujours d’épargner chez lui pour faire face à des besoins urgents car ne pouvant
tout avoir le temps d’aller au CMS. Il dit connaitre d’autres mutuelles mais n’y va pas.
Ce menuisier utilise la microfinance et s’en sort très bien, puisqu’il parvient même à
rembourser par anticipation. Pour ce cas précis, l’anticipation des échéances peut avoir
plusieurs significations. Une première signification est que le client peut vouloir accélérer les
rythmes d’obtention du crédit et l’accroissement des montants reçus, ce qui suppose d’être un
membre fidèle et irréprochable. Une deuxième signification est que le client utilise la
microfinance pour son activité dans le cadre de ses approvisionnements en bois, ce qui laisse
croire que son activité marche bien pour pouvoir réunir en trois mois les montants
correspondant à l’emprunt et au taux d’intérêt, tout en faisant face à d’autres dépenses
(famille, atelier, charges de structure, etc. ).
Le financement par la microfinance sert à renforcer son activité et constitue la principale
source de financement de ce menuisier qui permet l’approvisionnement en dehors des
commandes.

Etude de cas 3: Femme patronne de magasin de couture


Ce cas présente une femme, patronne d’un magasin de couture, employant des tailleurs, avec
un salaire de base évoluant en fonction des ventes.
C’est une nouvelle tendance au Sénégal. Beaucoup de femmes investissent dans l’habillement
et la mode. Juste à côté du local occupé par les machines, il y a une salle d’exposition des
produits sous des vitrines.
Nous présentons ici une femme d’une cinquantaine d’années. Elle parle français et tient un
grand atelier de couture avec quatre machines dont deux particulièrement sophistiquées. Les
tailleurs sont spécialisés aussi bien en mode africaine qu’occidentale. La femme nous
explique qu’elle a un diplôme de menuiserie/ébénisterie et qu’elle a travaillé dans le privé
pendant une dizaine d’années avant que leur entreprise ferme, suite au décès du patron
propriétaire. Après la fermeture de son ancienne entreprise, elle s’est investie dans la
couture/confection. Elle a financé son activité avec ses épargnes personnelles, un financement
de son mari et ses tontines. Elle n’avait que deux machines, une bas de gamme et une machine
très pointue qui fait des motifs spéciaux très appréciés des clients. Elle a démarré avec un
tailleur sénior, payé en fin de chaque mois. Au démarrage de ses activités, elle achetait ses
tissus au comptant chez les marchands de tissus. Elle travaillait sur commande et vendait
également des habits déjà confectionnés par son tailleur. En cas de commande, le client
3
apporte généralement son tissu à coudre mais certains clients peuvent lui laisser le choix de
l’achat du tissu. Ce dernier cas n’est pas fréquent. On le rencontre souvent dans la famille ou
les proches. Ses clients sont composés d’hommes et de femmes mais la clientèle masculine
domine légèrement.
Ses activités se développant, elle a recruté un apprenti tailleur pour aider le tailleur sénior.
L’entrepreneure fait face à toutes les dépenses liées à l’activité et fournit le petit déjeuner et le
déjeuner à ces employés.
Habituée à s’approvisionner auprès des marchands de tissus, elle a commencé à acheter à
crédit ses tissus. Ce qui lui permet d’augmenter le volume de ces approvisionnements en
tissus. Elle est liée à beaucoup de commerçants et semble bien connaitre le marché du tissu à
Dakar.
La nécessité de renforcer son business l’a poussée à se renseigner auprès des IMF sur les
modalités de crédit. Après avoir ouvert un compte et épargné pendant près de 6 mois, elle a
constitué un dossier de crédit au PAMECAS. Elle obtient un crédit d’un million et demi de
franc CFA avec un délai de remboursement de 12 mois. Les garanties offertes sont les deux
machines préalablement achetées. Le crédit lui a permis de se doter d’une autre machine qui
fait des coutures haute de gamme, destinées à une clientèle riche. Le taux d’intérêt pour ce
prêt était de 13% mais une épargne mensuelle de 25 000 F était une condition pour le crédit.
Pour instruire son dossier de crédit, elle a reçu deux visites surprises d’agents de crédit au
niveau de son atelier de couture. « Ils sont venus deux fois, mais sans avertir pour voir le
magasin et peut être le niveau de l’activité » nous dit la femme. Après avoir remboursé ce
crédit, elle a monté un autre dossier de crédit pour l’acquisition d’une nouvelle machine. Elle
emprunte la même somme. Le taux d’intérêt est resté le même. Mais cette fois-ci, les agents
de crédit ne sont pas venus voir les garanties.
A la question de savoir pourquoi elle a besoin de crédit alors qu’elle peut s’approvisionner à
crédit sans intérêt, notre interlocutrice nous dit qu’elle cherche à avoir une bonne réputation
avec la mutuelle de crédit au cas où elle doit investir sur une affaire plus importante. Mais
également, que son métier lui impose d’avoir du liquide tous les jours pour faire face aux
nouveautés et aux rabais occasionnels de commerçants ou même d’étrangers (Maliens,
Burkinabés, Mauritaniens…). Elle nous dit par la suite qu’elle peut ne pas avoir besoin de la
microfinance mais qu’il est bien selon elle de travailler avec de l’argent emprunté. « On est
plus compétitif quand on sait qu’on doit respecter les échéances mensuelles de
remboursement » nous dit la dame. A la question du coût (nous lui faisons remarquer que
dans son cas, les taux sont nuls chez les commerçants et relativement élevés chez les IMFs-
13% dans notre cas), elle dit qu’elle n’a pas le choix. Elle explique que l’argent et les tissus
sont des biens ou produits différents et que les commerçants avec qui elle traite, n’ont pas
toujours les tissus recherchés ou les accessoires. Il faut aller les chercher chez d’autres
commerçants qui la connaissent peu pour lui vendre à crédit. En plus, elle nous explique
qu’elle fait d’autres activités, notamment la livraison de produits divers (qui n’ont rien à voir
avec la couture) auprès d’établissements publics ou privés, suite à l’attribution de marché
d’appel d’offre. Elle gagne des marchés qui impliquent d’avoir de la liquidité. «Je préfinance,
en cas de sous-traitance de vente, chez des commerçants pour avoir les produits à livrer, je ne
paye pas tout, je fais une avance et je signe une reconnaissance de dette auprès du
commerçant. Certains commerçants exigent la notification d’attribution de marché, d’autres
ont des relations et peuvent vérifier à distance. Je paye le reste lorsque j’aurai mon chèque
3
avec les établissements clients passeurs de commandes. C’est comme ça que marchent les
choses, l’économie » nous dit la dame, avant de rajouter, en requérant notre attention, « je sais
que les taux d’intérêt sont chers mais c’est pour moi la seule alternative de financement pour
ce volume de prêt, je peux recourir au crédit des amis ou de la famille mais je n’aurai pas ce
niveau de financement d’un seul coup».
Selon la dame, elle n’a jamais eu de problèmes d’impayés, elle a quelques fois eu des retards
de paiement qui se justifient par des absences, mais elle prévient l’agent de crédit pour
l’informer.
Ce cas que nous venons de décrire, utilise des sources de financement variées. Le fait de
s’endetter auprès des IMF obéit à des logiques particulières. Cela permet de pouvoir changer
de fournisseur et saisir des opportunités, comme on l’on a déjà vu plus haut. Cela permet aussi
d’anticiper des opportunités futures (comme pour l’artisan d’objets en bois, infra). Cela
permet enfin de « s’obliger » à travailler plus régulièrement.

2. Les limites de la microfinance dans la lutte contre la pauvreté


Toutefois, malgré l’utilité et la contribution de la microfinance dans la lutte contre la
pauvreté, l’accès aux services financiers décentralisés reste inutile aux yeux de beaucoup de
personne pauvres au Sénégal. Parce que la microfinance ne parvient pas à satisfaire tous les
besoins de la population locale.
D’après nos enquêtes menées sur terrain auprès des clients des IMF, la microfinance ne règle
pas les problèmes de la population et PME locales, mais elle augmente plutôt beaucoup de
problèmes comme par exemple le problème de remboursement à l’échéance.
Face à ces problèmes, beaucoup de personnes évitent la microfinance à la faveur de leur
propre argent ou de l’épargne familiale ou de groupe d’association.
Dans le cadre de notre mémoire, nous avons recueilli les témoignages des personnes qui
affirment que la microfinance est inutile.

Etude de cas 4: Le vendeur de chaussure en cuir de fabrication locale sénégalaise


Ici nous présentons un homme avec une vingtaine d’années d’expérience sur la vente de
chaussures de fabrication locale sénégalaise. La marchandise est étalée sur une bâche en
plastique au marché Médina Baye de Kaolack. On y dénombre une centaine de paires
exposées. Il s’approvisionne auprès de grossistes, vendeurs de chaussures locales au marché
central de Kaolack. Le rythme d’approvisionnement dépend de son niveau d’épargne. « Je ne
dépense que lorsque mon niveau d’épargne atteint 100 à 150 000 FCFA » nous confie-t-il. La
constitution de cette épargne dépend de ses ventes. On peut voir que ce commerçant n’achète
pas à crédit. Il paie au comptant à partir de son épargne.

Selon ce commerçant, il y a quelques dizaines d’années, le commerce de chaussures en cuir


profite au moment du Grand GAMOU de MEDINA BAYE. Il vend aux personnes qui
viennent au Grand GAMOU de Médina baye, constituant majoritairement sa clientèle. Avec
le programme du GAMOU par an, les ventes sont trop aléatoires et ont beaucoup diminué,
tout comme les prix. Ce qui constitue déjà un risque pour un crédit auprès des IMFS qui doit
se rembourser suivant des échéances classiques (mensuelles).
Il affirme ne pas prendre de crédit dans les IMF car estime-t-il « les taux d’intérêt sont élevés
et le crédit n’est pas adapté à mon activité qui reste aléatoire ».
3
Le principal enseignement tiré de ce cas est que la vente aux clients du GAMOU comme
principale cible de clientèle. Son approvisionnement en marchandises dépend exclusivement
de ses ventes. L’activité de ce commerçant se révèle trop aléatoire pour être financée à crédit.

Etude de cas 5: Menuisier mixte de menuiserie et de tapisserie


Nous présentons ici un autre menuisier, la cinquantaine, qui fait aussi de la tapisserie. Son
atelier, grand de taille (environ 50 m2), se trouve sur une avenue très fréquentée. A côté de la
salle servant d’atelier, on aperçoit la salle d’exposition des produits. De magnifiques meubles
sont exposés. Le travail semble plus élaboré que celui des autres artisans déjà rencontrés. Le
patron parle un français sommaire, « j’ai arrêté l’école en primaire mais je me débrouille ». Il
raconte que son activité se porte bien, surtout en période de fêtes. Il a toujours des
commandes et il lui arrive d’être submergé de travail. Une demi-douzaine d’apprentis l’assiste
dans son travail. En plus de produits classiques de la menuiserie, il produit des fauteuils, des
chaises tapissées et divers autres meubles. Il s’approvisionne principalement auprès des
vendeurs de bois et de cuir pour son activité. Du fait de son ancienneté dans le métier et de sa
réputation, il s’approvisionne à crédit chez les marchands de bois et de cuir. « Je noue des
relations de confiance avec mes fournisseurs, je m’approvisionne chez eux depuis presque 20
ans, on se connait très bien, nous n’avons jamais eu de problèmes » nous dit-il avant de
continuer ; « si j’ai de l’argent, j’achète, dans le cas contraire, je prends à crédit jusqu’à ce que
j’ai de l’argent pour payer. Ils ne me fixent pas d’échéances de remboursement mais il faut
être raisonnable, dès que j’ai des commandes de livrées, je rembourse » nous précise le
menuisier. Il explique par la suite qu’il dépose lui aussi son épargne chez ces fournisseurs
pour plusieurs raisons. D’abord pour nourrir cette confiance et ensuite pour, lorsqu’il y a des
nouveautés, qu’il fasse parti des premiers qui seront servis.
Il ne fait pas recours aux institutions de microfinance, ni aux banques classiques, « j’en ai pas
besoin, j’ai des commandes avec des avances conséquentes, des apprentis qui sont assez
responsables et qui livrent les produits à temps, j’ai des fournisseurs chez qui je peux
m’approvisionner au comptant ou à crédit, donc je n’ai pas besoin de la microfinance » nous
dit le menuisier-tapissier.
Selon lui, les mutuelles sont chères et inadaptées à leur métier. Ils ne connaissent pas les
spécificités de leur métier et sont intéressés par le gain. De ces explications, nous avons senti
qu’il connait bien la microfinance et nous lui posons la question de savoir s’il n’a pas été
membre d’une mutuelle d’épargne et de crédit. Le menuisier, revient à la charge en nous
précisant qu’il n’a pas besoin d’eux et qu’il prie pour ne jamais avoir besoin d’eux. Selon lui,
beaucoup de personnes y compris des membres de sa famille ont été victimes des dérives de
la microfinance : « ils ont eu des crédits et après ils n’ont pas pu payer car leur activité ne
marchait pas. Ils ont demandé un rééchelonnement, leur mutuelle a refusé et les a menacés. Ils
avaient peur de la police et du regard des autres. Finalement, ils ont soldé le crédit en une seul
fois avec des prêts familiaux, mais étaient très affectés par l’attitude des agents de crédit qui
venaient les harceler…ils sont là que pour leur intérêt mais pas pour aider les gens à monter
des projets productifs. Ils ne connaissent pas notre métier, ce ne sont que des bureaucrates
ignorant la vie des artisans et les risques du métier » nous livre le menuisier, visiblement très
intéressé par cette question.

3
Il nous explique que les marchands de bois et de cuir lui recommandent des clients qui sont
satisfaits de son travail. Les clients viennent avec des modèles copiés des produits étrangers et
adaptés au contexte africain.
Le menuisier conclut en nous disant que « dans la microfinance, les taux mêmes sont énormes
et ne sont pas inclusifs, si on réfléchit un peu, on s’en aperçoit. Je m’amuse des fois à lire les
propositions des mutuelles mais les phrases ne sont pas claires et les chiffres cachent des
mystérieuses réalités ».
Pour ce menuisier-tapissier, la microfinance n’a pas d’utilité. Ce type d’artisan utilise
exclusivement les financements informels pour son activité. Il s’appuie beaucoup sur les
relations de confiance et extra-commerciales. On est en présence de quelqu’un qui connait la
microfinance à travers ses dérives et apprends de cela. Il a développé des stratégies de
financement qui excluent la microfinance et semblent bien marcher pour son activité. Par
ailleurs, il renforce ses liens de confiance et financiers avec ses fournisseurs en épargnant
auprès d’eux et en retour ces derniers lui font bénéficier des nouveautés avant les autres. Ceci
lui permet d’avoir des matières premières de qualité.
En considérant ce cas de menuisiers, on peut dire que le menuisier a une très mauvaise vision
des IMF, de par son expérience ou celle de son entourage. On voit bien que l’adhésion au
microcrédit est à la fois liée aux contraintes spécifiques de chaque filière, à la situation
personnelle des entrepreneurs (position plus ou moins forte, régularité des commandes, etc.
mais aussi aux relations avec les fournisseurs et les clients) et enfin à la sensibilité
personnelle.

Etude de cas 6 : Tailleur


Nous présentons ici le cas d’un tailleur, la quarantaine. Il nous a raconté sa douloureuse
expérience d’apprenti. Il y a passé cinq années avec son patron. L’homme s’en plaint
beaucoup. « Nous ne sommes pas payés…nous avions de l’argent uniquement lorsqu’on avait
nos propres commandes, mais nous devions le faire en cachette lorsque le patron était
absent » nous dit le quadragénaire. Il semblait très affecté par son passé d’apprenti. Il était
difficile pour lui de quitter son patron ; ce dernier ne voulait pas le laisser partir. Son grand
père a dû intercéder plusieurs fois. Ce dernier a fini par céder mais sans lui payer de machine
à coudre, alors que d’habitude c’est d’usage.
Mais notre interlocuteur a « travaillé et économisé petit à petit de toutes petites sommes –
parfois 500, 1000 F– dans un condané » nous dit-t-il, avant de continuer « je me suis serré la
ceinture ». Il a réussi à réunir la somme de 53 000 FCFA, son père l’a complété à 60 000 F
CFA. Avec cet argent, il a investi sur une machine à coudre et a lancé sa propre affaire. Il a
monté son atelier il y a douze ans. Aujourd’hui, il possède quatre machines à coudre et
emploie quatre apprentis.
Il travaille principalement sur commande ; accompagne ses clients chez les marchands de
tissu afin de les conseiller sur la qualité et les prix. Lorsqu’il a des liquidités, achète lui-même
du tissu, confectionne et expose dans sa boutique.
Le tailleur nous affirme que le microcrédit n’est pas adapté à leur activité ; «ce n’est pas pour
nous ; mon activité est trop irrégulière, même quand tu es malade il faut payer ; ils prennent
les machines en garantie, si tu ne paies pas, ils les saisissent, c’est trop risqué », nous dit-il en
résumant la situation.

3
Le tailleur épargne toujours chez lui, avant il avait un « condané », maintenant il a un coffre-
fort et c’est par ce biais qu’il a développé son activité, ainsi que grâce à des avances
fournisseurs.
L’achat de tissu à crédit ne constitue pas un problème pour le tailleur, il peut s’approvisionner
à crédit chez les commerçants avec qui, il a de très bonnes relations. En revanche, « tout le
monde ne peut pas le faire », nous dit-il ;
Sa perspective de développement est d’avoir la possibilité de vendre ses produits en Europe
mais il est confronté à la difficulté de décrocher un visa, ce qui constitue sa principale
contrainte.
Ici on voit nettement à travers ce cas, que le tailleur a la possibilité de s’approvisionner au
comptant avec son argent épargné dans son « condané » ou coffre-fort auprès des marchands
de tissu, et qui n’a pas besoin de microcrédit qu’il juge inutile.
Pour développer leur activité, les artisans peuvent s’associer avec des entrepreneurs qui
peuvent exposer, développer des marchés avec l’export. Dès lors, le financement n’est
qu’une contrainte parmi d’autres : le développement du marché est aussi une préoccupation
forte, et suppose surtout l’obtention de nouvelle clientèle, plus que l’accès au financement.
Dans le cas de notre enquête auprès des tailleurs, nous n’avons pas rencontré de cas qui ait
utilisé la microfinance. Ils estiment que la microfinance est trop risquée.

3. Les difficultés rencontrées par la microfinance au Sénégal


Cependant, malgré son développement et son importance reconnue, le secteur de la
microfinance au Sénégal rencontre des difficultés parmi lesquelles les aspects liés à la
maitrise de la croissance, à la gouvernance, au contrôle de la qualité du portefeuille, à
l’amélioration quantitative et qualitative de l’offre de produits et services financiers, à la
nature de la clientèle et au marché, à l’insuffisance en nombre de ressources humaines
compétentes, à la faiblesse de la capacité institutionnelle intrinsèque des IMF et aux aspects
de la politique de développement, notamment la lutte contre la pauvreté et la promotion des
Systèmes financiers et de la microfinance

Une productivité en baisse entre 2016 et 2017


Le montant des crédits accordés au cours du 1 er trimestre 2017 a été de 92,4 milliards contre
113,5 milliards au 4ème trimestre 2016. Les personnes physiques ont reçu 78,3 milliards dont
49,8 milliards pour les hommes. Cette situation est imputable, simultanément, à la forte baisse
(18%) de la production de crédit au bénéfice des hommes et à la diminution 4% chez les
femmes. Néanmoins, il est noté, en glissement annuel, une hausse de 25% du volume de
crédit octroyé.
Tableau4 : évolution de la productivité de crédit en millions de F CFA
Trimestres Personnes Homme Femme Personne Total
Physiques Morale
T1-2016 63 040 37 464 25 575 10 948 73 988
T4-2016 90 395 60 810 29 585 23 125 113 521
T1-2017 78 354 49 842 28 512 14 069 92 423
T1-2017/T4-2016 -13% -18% -4% -39% -19%
T1-2017/T1-2016 24% 33% 11% 29% 25%
SOURCE : DRS/SFD SITUATION 2017
3
4. L’appréciation de la clientèle des différentes prestations faites par les IMF
Nous présentons ici les résultats de notre propre enquête, réalisée à partir d’un questionnaire
mené auprès de 150 personnes membres de 4 IMF (CMS, PAMECAS, ACEP, Microcred).
4.1. Age et situation matrimoniale des répondants
Les personnes ayant un compte au niveau des IMF sont généralement de jeunes adultes (25-
35 ans) dans 53,33% des cas. Les clientes de plus de 35 ans représentent 33,33% des
enquêtées et le reste entre (18-25 ans). Les graphiques 2 et 3 suivants donnent la classe d’âge
et la situation matrimoniale des répondants.

Graphique 2 : Classe d’âge du répondant


3.5
33.33%
3

2.5
53.33%
2

1.5 3

1 13.33% 2

0.5 1

0
Entre 18 et 25 ans De 25 à 35 ans De 35 ans et plus

SOURCE : nos propres enquêtes auprès des clients

80% d’entre eux sont mariés, les veuves 8%, les célibataires 7,33% et les 4,7% de divorcées.

Graphique 3 : Situation matrimoniale

3
90%
80%
70%
60%
50%
40% 80%
30%
20%
10%
8% 7% 5%
0%
Marié Veuve Célibataire Divorcée

SOURCE : nos propres enquêtes auprès des clients

4.2 Les raisons d’adhésion des personnes interrogées


Les principales raisons pour l’adhésion aux IMF sont soit l’épargne (40%), soit l’obtention de
crédit (30%) et les clientes qui épargnent pour sécuriser leur revenu sont très peu nombreuses
(8%).

Graphique 4 : Raisons adhésion

4.5
4 0.08
3.5
3 0.22
2.5
2 0.3 4
1.5 3
1 0.4 2
0.5 1
0
ne it it s
rg r éd r éd enu
a c c v
ép u et re
ra e es
de gn m
cé ar er
ac ép ris
cu

SOURCE : nos propres enquêtes auprès des clients

4.3. Montant moyen des crédits reçus et appréciation du taux d’intérêt et de la


garantie
Le montant de crédit dépasse rarement 500 000 FCFA (seules 6% dans ce cas). La plupart
(64%) des crédits sont d’un montant entre 70 000 et 100 000 FCFA (Voir graphique 9) et
certaines peuvent disposer jusqu’à 70 000 FCFA (26%). Ces montants octroyés par les
IMF sont jugés insuffisants par les clientes pour le financement de leurs activités de petits
commerces et autres activités.

Graphique 5 : Montant moyen de crédit octroyé aux clientes


3
4.5
4 0.04
3.5
3 0.26
2.5 0.64
2 4
1.5 3
1 0.06 2
0.5 1
0
0 0 0 0
00 00 00 00
50
0
5 00 00 à7
0
de et à1
0 0 00
l us 00 00 3 0
P 70
10
0 De
De
tre
En

SOURCE : nos propres enquêtes auprès des clients


Concernant le taux d’intérêt, 66% des personnes interrogées jugent très élevées, 20%
élevées, 12% assez élevées et certaines pensent que c’est abordables.

Graphique 6 : Appréciation du taux d’intérêt par les clientes

70%

60%

50%

40%
66%
30%

20%

10% 20%
12%
0% 2%
Très élevé élevé assez élévé abordable

SOURCE : nos propres enquêtes auprès des clients

Par rapport aux garanties, elles sont systématiques, soit sous forme d’apport avant crédit
(8%), garanties réelles (78%) et caution (14%). La caution est soit solidaire, soit
individuelle ou soit donnée par un tiers. Notons qu’en théorie, l’épargne est rarement
considérée comme une garantie formelle, mais qu’en pratique les femmes sont fortement
incitées à épargner pour obtenir leur crédit (ce qui explique qu’elles envisagent l’épargne
principalement comme une condition d’obtention du crédit).

Graphique 7 : Garanties exigées pour l’obtention de crédit


3
3.5

3 0.08

2.5

2 0.14

1.5 3
0.78
1 2

0.5 1

0
Garanties réelles Caution Apport

SOURCE : nos propres enquêtes auprès des clients

4.4. Appréciation de la qualité des services des IMF


Une partie du questionnaire portait sur la perception de la qualité des services. Notons bien
toutes les limites de ce type de question : il est probable que dans certains cas, peut-être de
nombreux cas, les personnes expriment surtout ce qu’elles pensent utile que l’enquêteur (en
l’occurrence moi-même) entende. Même si je n’avais aucune étiquette IMF, il est probable
que certaines d’entre elles aient imaginé que mes résultats allaient être utilisés par les IMF, et
qu’il valait mieux exprimer une forte satisfaction pour s’assurer que les services se
poursuivent. Ces réserves étant faites, voyons à présent les résultats obtenus. Par rapport à la
qualité des services, elle est très variable selon les produits. Cependant, elle est considérée
comme acceptable à bonne pour la plupart des produits.

Graphique8 : Appréciation de la qualité des services des IMF

60%

50%

40%

30%
52%
20%
28%
10% 20%

0%
Bonne Acceptable Mauvaise

SOURCE : nos propres enquêtes auprès des clients

3
En somme, dans cette section pour certaines personnes la microfinance est la solution pour
lutter contre la pauvreté, parce qu’elle satisfait leurs besoins. Par contre, d’autres personnes la
voient inutile car elle ne satisfait pas leurs besoins comme prévu.

SECTION2 : Les Recommandations 

1. Pour les Institutions de la Micro finance :


Les IMF ont à leur disposition quelques leviers qu’elles peuvent actionner pour améliorer leur
rentabilité et assurer leur pérennité. L’analyse peut tout d’abord s’attacher à identifier et à
isoler les facteurs sur lesquels l’IMF n’a aucune prise.
L’environnement macroéconomique impacte par exemple directement la structure financière
d’une IMF sans qu’elle puisse s’en abstraire ; ainsi, le cout des ressources humaines aligné sur
des niveaux de vie locaux, le cout du refinancement ou encore le statut et la fiscalité
applicables aux IMF sous forme de société anonyme, sont des facteurs qu’elle ne maitrise pas.
Ces éléments exogènes ayant un impact direct sur sa performance financière, l’IMF sera alors
amenée à facturer des taux suffisamment importants pour couvrir ces couts, liés aux
contraintes structurelles. Une fois, ces facteurs exogènes identifiés et isolés, seule une analyse
financière permettra d’identifier les véritables leviers dont dispose l’IMF pour améliorer sa
performance.
Une approche financière possible consiste à concentrer l’analyse sur quatre éléments clés qui
permettent d’évaluer rapidement la performance d’une IMF, quel que soit son statut.
Simplifiée, cette approche permet de dégager les points essentiels l’analyse devant par
ailleurs, bien entendu, approfondir son étude. Pour assurer une fourniture continue des
services financiers, L’IMF doit respecter les critères suivants :
• La part de portefeuille de crédits (rapportée à l’ensemble des actifs) consacrée au
financement d’activités génératrices de revenus aux micro entreprises et éventuellement au
TPE et PME doit être supérieure à 70% du total du bilan. Ce ratio indique que l’IMF se
concentre sur son cœur de métier, qui est son activité la plus rentable.
• La qualité de son portefeuille doit être suffisante, avec un PAR à 30 inférieur à 3% en
général et de 5% au maximum. En effet, le PAR des IMF ayant un statut bancaire est de 2%
et celui des 45 premières IMF dans le monde est de 3.7% à la fin de l’année 2010. La bonne
connaissance de ses clients reste le savoir-faire premier de l’IMF ; lorsqu’elle s’en écarte, elle
prend un risque et fait peser le poids des provisions sur sa rentabilité.
• Le cout des ressources financières (capital, dette, dépôts) doit être optimisé en essayant de
privilégier les dépôts, qui représente souvent la ressource la moins chère. En cas
d’impossibilité, l’IMF devra optimiser l’effet levier dette/capital pour éviter un financement
de la croissance uniquement au prix exorbitant des résultats accumulés. Dans ce dernier cas en
effet, seuls des taux élevés vont permettre d’atteindre un résultat net suffisant, qui viendra à
son tour augmenter la taille du capital de manière à alimenter la croissance ou du moins à ne
pas trop la freiner. Une attention particulière doit être apportée au poids de la rémunération du
captal, les dividendes qui sera potentiellement plus lourd à supporter si le ratio dette/ capital
n’est pas optimisé.

3
• Les couts d’exploitation, élevés par nature, doivent être maitrisés. Il ne s’agit pas de se
rapprocher à tout prix des ratios d’exploitation bancaires ce qui pourrait facilement générer
des dérives (nombre trop important de clients par agent de crédit, augmentation du montant
unitaire des prêts sans vérification de l’affectation des fonds, etc.) mais simplement de
rationnaliser certains couts, quand cela a du sens. Il convient de signaler que les charges
d’exploitation ne doivent pas 60% des produits d’exploitation
Outre ces mesures, pour relever le défi de la viabilité, les IMF doivent aussi prendre les
dispositions suivantes :
 Une meilleure organisation et structuration permettant une bonne gouvernance et une
vie associative dynamique. Cette dernière sera facilitée par une appropriation, une
participation et un fonctionnement démocratique des IMF.

 Des produits financiers et non financiers adaptés aux besoins de la clientèle cible ;

 La construction d’une infrastructure financière adaptée et favorisant le contrôle


interne, la capitalisation et la gestion des risques ;

 Une adéquation des outils technologiques et du système d’information.

 Renforcer la formation de leurs personnels en vue d’accroître leurs capacités


professionnelles.

 Développer des innovations technologiques comme le Mobile Banking et la


Warrantage pour toucher les populations vivant dans des zones rurales.

2. L’Etat :
Il devra renforcer les capacités de la Directions en charge de la promotion et de la supervision.
Ces dernières doivent :
effectuer régulièrement des missions de contrôle et d’information dans tous les
réseaux de SFD et dans l’essentiel des caisses de base, au moins une fois par an

mettre en œuvre des programmes de formation pour renforcer la capacité du personnel


des SFD.

renforcer sa concertation avec les SFD ;

améliorer les liens de partenariat entre les SFD et les Banques en instituant des
rencontres périodiques entre l’APBF et l’APSFD ;

favoriser l’accès des SFD aux couches les plus défavorisées en renforçant les
ressources de ceux qui interviennent en faveur de ces groupes et en créant des
programmes spécifiques pour ces groupes au sein des autres SFD ;

3
améliorer la couverture géographique du pays en services de microfinance en
subventionnant l’extension des SFD existants aux zones défavorisées ;

aider les petites institutions de base à se regrouper en réseaux ou les appuyer à intégrer
les grands réseaux existants ;

augmenter les ressources destinées au refinancement des SFD par la mise en place
d’un fonds national pour la microfinance ;

aider les IMF à mettre en place une centrale de risques pour prévenir le
surendettement;

3. Faire de la Micro finance, un outil de lutte contre la pauvreté :

 Intégrer le système dans le paysage financier local


Ceci implique une bonne connaissance de l’offre et de la demande financière, formelle et
informelle dans le milieu, les expériences (bonnes ou mauvaises) et les savoir-faire locaux en
la matière, ainsi qu’une bonne compréhension des stratégies économiques des individus, des
familles et des groupes. Elles sont à la base d’une définition, avec les clients concernés, du
système et des produits financiers à mettre en place, susceptibles de compléter, d’élargir et
d’améliorer l’offre globale, sans détruire les organisations et les solidarités préexistantes.
Dans une zone reculée, un système financier pour être pérenne, doit être proche des gens
culturellement, trouver sa place parmi les institutions et les organisations de la localité et
apporter des services supplémentaires qui justifient son utilité.
 Encourager l’appropriation et la participation
En milieu défavorisé, un système de microfinance ne peut réussir que s’il parvient à mobiliser
une participation forte, un sentiment fort d’appropriation ou d’identification, se traduisant par
une prise en charge de fonctions et de tâches, à un niveau significatif et à titre non salarial.
Cette participation est une condition incontournable de réductions de coûts, dans un contexte
où les salaires sont souvent élevés. Des mécanismes d’intéressement et de rémunérations, liés
aux résultats, se révèlent à la fois incitatifs et dynamiques, permettant d’éviter des charges
fixes élevées et coupant court aux revendications de type salarial. Ils préservent l’esprit de
participation tout en motivant les intéressés à la réussite et aux performances de l’entreprise.
Au-delà des réductions de coûts, la participation et l’appropriation (ou l’identification des
clients sont des éléments essentiels de fidélisation, qui dans une situation de concurrence
forte, jouent un rôle déterminant tant pour préserver un niveau élevé de remboursement que
pour stabiliser et consolider le portefeuille.
 Avoir un accès durable au refinancement à un niveau suffisant
Les pauvres épargnent et même proportionnellement davantage que les plus riches.
Cependant, ce constat ne doit pas amener à penser que le volume d’épargne mobilisable en
zone défavorisée pourrait être élevé et à la hauteur des besoins en crédits pour le
développement économique de la zone.
L’épargne est faible et difficilement mobilisable dans ces zones où il y a une longue tradition
d’épargne en nature et de thésaurisation. Ainsi, il n’est pas possible de s’appuyer uniquement
sur l’épargne pour les crédits. Des ressources externes à des taux concessionnels sont
3
nécessaires et très rapidement. Ces ressources complémentaires peuvent provenir de dotations
en capital ou de prêts, provenant de bailleurs de fonds ou de programmes étatiques.
 Introduire des innovations
Comme on le voit, les contraintes liées aux zones reculées engendrent des coûts
supplémentaires aux programmes de microfinance qui s’y implantent. C’est donc pour
minimiser ces coûts, liés aux contraintes de ces zones, que des innovations sont impératives si
les Institutions de Microfinance, qui ont décidé de relever le défi, veulent parvenir à la
pérennité.
Dans ces zones, on peut s’inspirer de la façon de s’organiser des populations, pour mettre en
place des institutions financières, certes plus modernes dans le sens des outils et plus fiables,
avec les règles clairement écrites et connues de tous, mais suffisamment endogènes pour
s’insérer naturellement dans le paysage. C’est ainsi qu’elles apporteront à leurs clients une
perception de permanence, élément clé de sa pérennité.
L’innovation est vitale. Elle peut s’appliquer dans tous les domaines : gestion, organisation,
produits, institutionnalisation, mode d’appui, ciblage d’une clientèle particulière comme les
pauvres, etc.

3
CONCLUSION GENERALE

Au Sénégal, la microfinance a connu une expansion remarquable qui se traduit par


l’augmentation du nombre de structures financières et la diversification des services et
produits offerts aux populations pauvres. Elle cherche à offrir un accès aux ressources
financières à des populations exclues des circuits bancaires classiques aux fins d’appuyer
leurs efforts pour améliorer leurs revenus et leurs conditions de vie.
Il convient de souligner que, outre l’engouement des populations, l’essor de la microfinance
découle également de l’engagement des pouvoirs publics et des partenaires à appuyer le
développement et la promotion de la microfinance considérée comme un moyen qui contribue
à la croissance économique et à la lutte contre la pauvreté.
La croissance qu’a connue ce secteur ces dernières années, a rendu plus nécessaire et
certainement moins aisé pour les IMF, le pari de toucher le maximum de population pauvre
tout en gardant leur pérennité. Autrement dit, offrir et maintenir de façon durable, des services
financiers de qualité à des populations démunies, selon les modalités différentes des banques
et établissements financiers classiques est devenu plus problématique.
Par la double vocation sociale et financière dont se réclame le secteur de la microfinance, il
apparaît de plus en plus indispensable de s’intéresser à la façon dont ses institutions
définissent leur mission sociale et la mettent en pratique dans leur mode de gouvernance
(actions spécifiques, système d’information et de gestion, etc.). En effet, le contexte général
suscite de nombreuses interrogations sur l’évolution du secteur de la microfinance
(développement des approches « commerciales », renforcement de l’investissement privé et
émergence de partenariats bancaires, etc., alors que sa contribution « réelle » à un ensemble
d’objectifs sociétaux tels que la lutte contre la pauvreté, le développement local ou la
réduction des inégalités sociales fait toujours débat.
Le secteur a connu des performances qui sont entre autres favorisées par la mise en place de
nombreux projets de microfinance qui ont permis de créer ou d’appuyer la multiplication des
réseaux de microfinance.
Le secteur de la microfinance est à la croisée des chemins. Les institutions de microfinance
(IMF) ont montré leur capacité à offrir de façon durable aux exclus des systèmes bancaires
classiques des services financiers diversifiés et adaptés (petites sommes, remboursements
réguliers, ciblage des activités des ménages pauvres, contacts directs avec des agents de
crédits locaux, etc.). Elles ont su innover dans les garanties non traditionnelles et ont
développé des systèmes basés sur la solidarité, la proximité et la participation pour accroître la
confiance et pour atténuer les barrières sociales et informationnelles entre les clients et
l’institution. Les bénéficiaires apprécient ces services et remboursent généralement bien les
prêts. Si les défis techniques ont été relevés, c’est en premier lieu grâce aux innovations
développées en particulier par les ONG depuis une trentaine d’années, pour renforcer les liens
sociaux et repousser les frontières des services financiers avec des produits adaptés aux
contraintes économiques et sociales des populations cibles.
3
Des études d’évaluation des IMF ont montré qu’elles ont des impacts tangibles sur la
communauté, sur les entreprises, sur les individus et leurs familles. L’amélioration des
revenus et des conditions de vie, la sécurité et le développement économique tous les
principaux effets positifs. Les IMF ont contribué également par le biais de formations et des
mobilisations à une élévation de la prise de conscience des populations des enjeux de
développement.

Et pourtant aujourd’hui, c’est au sein de ces IMF que le rôle de microfinance par rapport à la
lutte contre la pauvreté semble être remis en cause. La plupart d’entre elles prétendent
dépasser ce stade de financement de la survie pour soutenir l’entreprenariat. Le souci de
pérennité est à la base des évolutions notées dans la conception de leur rôle par rapport à la
pauvreté.
Le constat est que l’offre sur le marché financier sénégalais est encore insuffisante par
rapport aux besoins exprimés et on relève une opinion généralement négative sur la façon
dont la micro finance a fonctionné jusqu’ici la petitesse de crédit octroyé et le délai de
remboursement jugé trop court.

Face à leurs difficultés de contribuer dans la lutte contre la pauvreté, certaines institutions ont
choisi d’élargir leur sociétariat à des cibles considérées comme moins pauvres ou en se
comportant comme des banques classiques.
Les IMF sont confrontées à un dilemme de rester autonome financièrement tout en offrant des
services financiers de proximité adaptés à leur clientèle. La question est sans état d’âme,
d’aucuns estiment qu’aujourd’hui "si les IMF veulent continuer d’exister et de rendre les
services qui sont attendus d’eux, elles ne peuvent le faire qu’avec des populations capables
d’épargner et de rembourser un crédit. Le risque est en effet grand à force de mettre l’accent
sur les pauvres, de ne plus exister, ni pour les pauvres, ni pour les moins pauvres".
Cette difficulté pour les IMF à réaliser ce double objectif est due en partie aux difficultés du
secteur qui, selon certains spécialistes, sont liées d’une part à l’insuffisance de ressources
financières adaptées pour la promotion du secteur, la faiblesse de certains crédits qui ne
contribuent pas à un impact significatif sur les populations et l’inadaptation du cadre
réglementaire dans le contexte actuel, et, d’autre part par la propension à créer de nouvelles
institutions peu viables au détriment des choix pouvant favoriser la synergie souhaitable avec
les réseaux existants pour le renforcement et la viabilité du secteur.
En vue de mieux garantir la viabilité des institutions de microfinance et leur permettre de
jouer un rôle important dans la stratégie de lutte contre la pauvreté, il s’avère nécessaire de
tenir compte des recommandations formulées.

3
BIBLIOGRAPHIE
 BLANCHETON Bertrand (2012), Maxi fiches de Sciences économiques, édition2,
Dunod, Paris,285pages
 BOYE Sébastien et al, (2009), le guide de la microfinance : microcredit et épargne
pour le développement, édition Groupe Fyrolles, Paris, 370 pages.
 De Corte chantal (2010), Développement international Desjardins 2010 : pionnier
québécois de la microfinance, édition Presses de l’université du Québec, 196 pages.
 Dessai, M et Mellor, J. (1993) Institutional finance for agricultural development»,
Washington D.C, 162 p
 DOLIGEZ François et al, (2012), Expérience de la microfinance au Sénégal, édition,
KARTHALA, 208 pages.
 Gaye Dafé et DIAGNE Abdoulaye (2008), le Sénégal face aux défis de la pauvreté,
édition KARTHALA, Paris, 384 pages.
 GUERIN. I, MORVANT-ROUX. S, MOURJI. F, Les crises de la microfinance, TDF
n°106, 2012
 HULME D., MOSLEY P. (1996) "Finance Against Poverty", Volumes I & II,
London,Routledge.
 Khandker, S. R., 1998, Fighting Poverty with Microcredit: experience in Bangladesh
(Oxford University Press).
 KALINDE MAKETA, A., Microcrédits et lutte contre la pauvreté : Cas des
communes Tshopo et Kabondo à Kisangani, TFC, ISDR, Kisangani, 2007 – 2008
 MENIKO NDIBO, J., Le financement des petites et moyennes entreprises par le
mécanisme de micro finance, Cas de la COPEMECO / province Orientale, de 1999 à
2004, mémoire de licence, ISC, Kisangani, 2007 – 2008
 MORDUCH J. (1999) "The Microfinance Promise", Journal of Economic Literature,
December, Volume XXXVII, 4, 1569-1614.
 NDEYE SINE, microfinance et création de richesses : entre logiques et
performances, Mai 2008 :4 UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL
 NDIAYE M. M. (2012), « La gouvernance des organisations de microfinance rurales
au Sénégal. Analyse historique et institutionnelle des MEC et COOPEC du Remec
Niayes », Thèse de doctorat en Sciences Economiques et de Gestion, Université
Bordeaux 4.
 SAVADOGO.S .2014, Microfinance et lutte contre des services et amélioration des
conditions de vie des bénéficiaires, CESAG. Pages 12 et 13.
 SERVET J-M. (2006), Banquiers aux pieds nus: La microfinance, Paris, Odile Jacob,
512 p.
 Stiglitz J. E., 2000, "Quis custodiet ipsos custodes ? Les défaillances du gouvernement
d’entreprise dans la transition. Corporate governance failures in the transition" Revue
d’Economie du Développement. N° 1-2 juin. 33-70

3
WEBOGRAPHIE

www.ansd.sn: Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie


www.microfinance.sn: Direction de la micro-finance
www.rewmi.com : situation secteur de la microfinance Sénégal- cote d’Ivoire.
https://drs-sfd.gov.sn : situation des SFD premier trimestre 2017
https : //www.dakaractu.com : Sénégal-Enjeux-autour-de-la-micro-finance