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Le cognitivisme

1. Le cognitivisme est un courant de la recherche scientifique concernant le domaine des


capacités à connaître, agir, parler, qui s’est amorcé au milieu du XXe siècle et se poursuit
activement de nos jours. Le cognitivisme utilise et synthétise en un corpus original des
disciplines diverses qui vont de la logique algébrique à la neurobiologie en passant par la
linguistique et la psychologie ou encore la cybernétique et l’informatique.

2. s’agissait de créer une « science de l'esprit » valable pour la « machine » comme pour le
« cerveau ». Nous mettons ces termes entre guillemets, car leur signification n’est pas
clairement définie et a été sujette à des variations. Cette démarche est empreinte d’une
forte tendance réductionniste, car fondée sur l'affirmation d'Alan Turing (1936) selon
laquelle tout ce que fait l’esprit humain peut être effectué par une machine. Le
présupposé matérialiste se traduit par l’idée de chercher « comment les phénomènes
mentaux peuvent être matériellement réalisés » (Dan Sperber, 1992).

3. Selon Francisco Varela, l'hypothèse cognitiviste fondamentale fut formellement posée en


1956 : la cognition peut être définie par la « computation de représentations
symboliques » et ceci peut être fait aussi bien par le cerveau que par une machine. Cette
hypothèse a été rendue plausible par l’algèbre de Boole qui permet de réaliser
concrètement tout calcul. Elle peut être appelée, du terme anglais qui s’est imposé, le «
computationnisme », puisque dans ce cas l’esprit est considéré comme un traitement
syntaxique, un calcul portant sur des représentations symboliques, qui sont elles-mêmes
des traces, des marques matérielles. On retrouve, en 1989, le même projet exprimé par
John Haugeland. « La pensée est une manipulation de symboles » et « la science
cognitive repose sur l’hypothèse … que toute intelligence, humaine ou non, est
concrètement une manipulation de symboles quasi linguistiques ».

4. Il y a au fondement du cognitivisme un postulat : la cognition serait fondamentalement


du calcul. Cette manière computationniste de concevoir l’intelligence est centrale pour le
cognitivisme, car c’est elle qui a permis de supposer que l'activité cognitive puisse être
effectuée par un dispositif matériel. Il y a un parallélisme et une réduction possible entre
cognition et traitement matériel électronique (ou neurologique), puisqu’un calcul peut
être effectué par un machine. Citons Dan Sperber qui résume très bien la généralisation
de la conception computationniste : si l'on considère une opération cognitive complexe, "
il s'agit de décomposer le processus en opérations élémentaires et de ramener les
représentations à des structures formelles dont la réalisation matérielle est concevable".

5. Une définition du cognitivisme

Nous allons tenter une définition générale qui puisse s’appliquer à la plupart des
courants de recherche cognitivistes en nous servant de la distinction entre référent (la
partie du monde désignée pour être étudiée) et objet de connaissance (le construit
spécifique à une science). Le référent du cognitivisme porte sur la manière dont les
capacités cognitives des entités organisées peuvent être réalisées par des dispositifs
matériels quels qu’ils soient. À partir de ce référent central, des objets de recherche
divergents ont vu le jour. Les divergences portent sur ce qu’est la cognition et sur son
autonomisation possible vis-à-vis du dispositif matériel. Elles entraînent des différences
de méthode.

6. Le rebondissement connexionniste

Vers les années 1980, le cognitivisme a subi un profond remaniement avec une nouvelle
doctrine dite « connexionniste ».

Une nouvelle théorisation a vu le jour

La théorie connexionniste traite des ensembles constitués d’éléments en interaction


dynamique. Elle s'appuie sur les modèles physiques des systèmes de particules en interaction
qui datent des années 1970. Trois points sont spécifiques de ces nouvelles théorisations :

- Elles concernent des ensembles d’éléments en interaction en très grand nombre.

- Ces ensembles sont dynamiques, c’est-à-dire évolutifs dans le temps.

- Elles se rattachent à la théorie générale des systèmes (qui étudie des ensembles sans
chercher à les dissocier).

7. Du point de vue mathématique, les notions nouvelles d’attracteur et le chaos sont venus
modifier profondément la manière de théoriser les systèmes dynamiques. La dynamique
signalétique des réseaux est, à notre avis, l’une des théories parmi les plus prometteuse.
Globalement, nous dirons qu’il s’agit d’une approche systémique et statistique des
grands ensembles en interactions dont on peut donner une modélisation mathématique.

8. Une définition

Plusieurs approches complémentaires caractérisent le connexionnisme :

- La recherche sur la manière dont les processus locaux peuvent s’auto-organiser en processus
globaux (sans qu’il y ait de commande centrale), c’est la recherche de régularités au niveau
global à partir du chaos des interactions locales.

- L’étude des systèmes signalétiques dynamiques visant à montrer comment, par les
bifurcations successives, des routes sont empruntées par les signaux, et comment il se produit
une complexification croissante de leurs interactions.

- L’étude des effets de la règle de Hebb (renforcement de la connexion mise en jeu) et des
possibilités d’apprentissage que cela donne (propriétés nouvelles après mises en jeu
successives).
- La recherche de nouveaux critères de définition de la connaissance comme interaction
efficace avec l’environnement se mettant en place grâce à l’expérience. L’intégration de
travaux traditionnels sur la psychologie de la connaissance comme ceux de l’école piagétienne.

9. Le moment novateur et le cœur du changement

Dans les années quatre-vingt, avec le connexionnisme, on a vu apparaître des dispositifs


capables d’entretenir une activité dynamique, c’est-à-dire de produire un signal de façon
autonome. Il y a là un vrai changement par rapport à ce qui précède. Au lieu d’une commande
programmant intégralement la machine (ce qui ruine l’analogie possible avec le cerveau), on
invente des dispositifs générant de manière autonome des signaux. Au lieu d’une logique, la
cognition est conçue comme un processus constructif se produisant grâce à l’interaction entre
la dynamique interne et les signaux provenant de l’environnement. C’est un fonctionnement
cognitif qui n’a pas besoin de symboles ni de syntaxe.

10. Conclusion

Le cognitivisme offre une alternative à l'esprit substance, et aborde l'étude des processus
cognitifs sous un angle scientifique. À partir de la base commune du traitement de
l'information, il s'est créé une nébuleuse très diversifiée. Il existe bien des processus de
traitement de l’information, au sens du traitement des signaux. Mais, cette thèse est
réductrice et l'hypothèse d'un niveau de complexité supérieure à celui du traitement de
l’information, niveau proprement cognitif et représentationnel, semble plus heuristique.