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Ramdane Boukherrouf : Linguistique textuelle, Cours de 3ème année licence, 6ème semestre (2019-2020)

2. Essai de définition de la notion du texte : ambiguïtés et difficultés :

Caractérisé par une forte hétérogénéité et objet de plusieurs disciplines, toute tentative
définition de la notion du texte rencontre plusieurs difficultés.

Dans le domaine de la linguistique, sa définition diverge les linguistiques selon la place


qu’occupe la phrase le texte. Ainsi, certains linguistes soutiennent l’idée de l’existence de la
phrase comme unité textuelle de base et d’autres nient son existence dès lors qu’on passe au
texte.

 Pour les défenseurs de la continuité phrastique dans le texte, nous pouvons citer :
- Wilmet, Marc, 1997 : Grammaire critique du français, Paris-Bruxelles : Hachette.
Selon lui, le texte se présente comme une extrapolation de la phrase (1997 :52).
- Riegel,, Martin 2006 : «Cohérence textuelle et grammaire phrastique », in
Cohérence et discours, Frédéric Calas (dir.), Paris, Presses de l’Université Paris
Sorbonne, pp.53-64. Définit le texte comme un ensemble organisé de phrases
(2006 :53).
- Le Goffic, Pierre, 2011 : « Phrase et intégration textuelle », Langue française 2011
/ 2 (n°170), pp. Selon lui, le texte est fait d’une suite de phrases syntaxiquement
bien formées, clairement identifiables (2011 :21). Il ajoute que la phrase est le
point clé de la construction textuelle (2011 :22).

 Depuis la vision des linguistes classiques, d’autres considèrent que le texte est organisé à
l’aide d’autres systèmes de connexion au-delà de la phrase.

- Jakobson, Roman, 1963 : Essai de linguistique générale, vol I, Paris, Minuit.


considère que dès que le locuteur dépasse le seuil de la phrase, les contraintes
syntaxiques s’arrêtent (1963 : PP.47-48) ;

- Benveniste, Emile 1974 : Problèmes de linguistique générale II, Paris, Gallimard.


En s’écartant de la vision saussurienne qui limite le fonctionnement et la structure
de la langue au signe linguistique, il propose deux domaines de la langue avec des
appareils conceptuels différents :

 Dans l’analyse intralinguistique, par l’ouverture d’une nouvelle dimension de


signifiance, celle du discours, que nous appelons sémantique, désormais distincte
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de celle qui est liée au signe, et qui sera sémiotique ;

 Dans l’analyse translinguistique des textes, des œuvres, par l’élaboration d’une
métasémantique qui se constituera sur la sémantique de l’énonciation. […](1974:
66)

- Soutet, Olivier, 2005 : Linguistique, Paris, PUF-Quadrige. qui s’inscrit dans la


même perspective en faisant la différence entre les rapports existant entre la
totalité du texte et les constituants de chacune des unités subphrastiques et leurs
constituants immédiats. (2005 : 325).

 La perspective de la proposition d’un système nouveau de l’organisation textuelle :

Cette vision défend l’idée selon laquelle dès qu’on quitte le niveau phrastique, d’autres
systèmes de connexions apparaissent pour assurer des relations différentes des critères
morphosyntaxiques.

- Combettes, Bernard, 1992 : « Questions de méthode et de contenu en linguistique du


texte », Études de linguistique appliquée 87, Paris, Didier, pp. 107-116.

[…] Même si des relations, des interactions, peuvent être observées entre les deux
domaines (phrase et texte), des catégories fondées sur des caractéristiques purement
grammaticales ne peuvent être considérées comme des notions fondamentales
pertinentes en ce qui concerne la cohérence du texte. (1992 : 114).

Pour illustrer sa vision, Combettes donne l’exemple des propositions relatives. Ainsi, i l
considère que l’analyse morphosyntaxique des propositions relatives relève de la
grammaire de la phrase, c’est leur rôle discursif qui sera pris en charge par le contexte.

Les propriétés morphosyntaxiques s’analysent dans une grammaire de phrase ; en


revanche, le rôle discursif - répartition des posés et des présupposés, du premier plan
et du second plan - ne peut se trouver réellement « justifié » que par la prise en compte
du contexte. Dans cette perspective, l’opposition phrase/texte ne fait pas le tri entre
des phénomènes linguistiques qui relèveraient de la phrase et ceux qui relèveraient du
texte, mais elle s’attache à distinguer des propriétés diverses - les unes phrastiques,
les autres textuelles - d’une même structure de langue. (1993 : 47)

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Ramdane Boukherrouf : Linguistique textuelle, Cours de 3ème année licence, 6ème semestre (2019-2020)

- Adam, Jean-Michel, 2008 : «Note de cadrage sur la linguistique textuelle»,


Congrès Mondial de la Linguistique Française, Paris, pp. 1483-1489.

Dès qu’on passe le seuil du syntagme et du noyau de la phrase de base pour entrer
dans les domaines de la phrase périodique et du transphrastique, d’autres systèmes
de connexions apparaissent, qui ne reposent pas sur des critères morphosyntaxiques,
mais sur des marques et des instructions relationnelles ascendantes et descendantes
de portée plus ou moins lointaine. (2008 : 6).

En guise de conclusion : la linguistique textuelle est une discipline autonome

- Charolles, Michel ,1993 : « Les plans d’organisation du discours et leurs interactions


», Parcours linguistique de discours spécialisés, S. Moirand et alii (éd.), Peter Lang,
Berne, pp.301-314 ;

- Combettes, Bernard, 1993 : « Grammaire de phrase, grammaire de texte : le cas des


progressions thématiques », Pratiques77, Metz, pp. 43-57,

Insistent sur la définition des classes d’unités et de connexions dans le cadre de la


linguistique textuelle
- Adam, Jean-Michel, 2005 : La linguistique textuelle, introduction à l’analyse
textuelle des discours, Paris, Armand Colin, « Cursus », considère que la
linguistique textuelle est une discipline autonome qui s’occupera des grandes
catégories avec un nouveau système de connexion qui ne se recoupe que
partiellement avec les catégories morphosyntaxiques définies dans le cadre de la
linguistique de la langue. Ainsi, il propose de :

 Opposer les conjonctions de coordination à la classe des connecteurs ;


 Reclasser la classe morphologique des pronoms personnels dans le cas du
texte. Les pronoms de troisième personne doivent être rangés dans le
domaine des reprises, avec les démonstratifs, certains indéfinis et certains
groupes nominaux définis. Les deux premières personnes doivent être
classées avec les possessifs et les modalisateurs, les déictiques et l’ensemble
du domaine énonciatif ;
 Proposer de nouveaux concepts qui prendront en charge la dimension
textuelle (objet du prochain cours).

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