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République algérienne démocratique populaire

CHU BENI-MESSOUS
Service de parodontologie
Module : Hygiène et prévention

Fluor. Sources et utilisation en prévention communautaire


Fluor. Mécanisme préventif/ Reminéralisation

Présenté par:
DR. S. Zebiche

Année universitaire:2019-2020
PLAN

Introduction

1-Rappel sur la physiopathologie de la carie dentaire

2- Définition du fluor

3- Les mécanismes d’action du fluor : mécanisme préventif et Reminéralisation

4- Les sources du fluor et efficacité

5- Evaluation du risque carieux individuel

6- Utilisation des fluorures dans la prévention (conduite à tenir)

7- Risques liés à un apport excessif


7-1- la fluorose dentaire
7-2- la toxicité du fluor

8- Recommandations

Conclusion
Introduction
Actuellement, les recommandations internationales prônent une dentisterie plus préventive
que curative.

L’utilisation du fluor est un élément clé de notre arsenal prophylactique et thérapeutique


visant à prévenir la carie.

Au fil des années, cet arsenal s’est diversifié au point qu’il fallait aider les professionnels à
adopter des règles de conduite, de prescription et d’utilisation plus sûres.

1-Rappel sur la physiopathologie de la carie dentaire


La carie dentaire est un processus infectieux, lié à l’adhésion et à la croissance à la surface de
l’émail de bactéries cariogènes appartenant à la flore buccale.

Ce processus se décrit en trois phases:

1 ère phase : déminéralisation : les bactéries cariogènes produisent des acides organiques
par le métabolisme des glucides amenés par l’alimentation. Ces acides seront responsables
d’une baisse du pH salivaire en dessous d’un seuil critique pH= 5,5

Résultat: dissolution des cristaux d’hydroxyapatite

2ème phase: passivation : la salive grâce à des systèmes tampons neutralise les acides
organiques arrêt du phénomène de déminéralisation

3ème phase : trois situations peuvent se présenter:

1ère : La production d’acide se répète et le phénomène de déminéralisation l’emporte

Formation d’une cavité carieuse

2ème : La production d’acide cesse Reminéralisation par précipitation des cristaux de


phosphate de calcium

3ème : Présence d’ions fluorures dans la cavité buccale Limitation de la


déminéralisation et Reminéralisation de l’émail

2- Définition du fluor
Le fluor est un membre de la famille des oligo-éléments. Il est désigné par le symbole
chimique F.

Le fluor est le plus réactif des éléments chimiques, il est d'ailleurs généralement lié à d'autres
éléments.
3- Mécanismes d’action du fluor : mécanisme préventif et Reminéralisation
(modes d’action du fluor)
Il importe de distinguer les effets des fluorures qui surviennent sur les tissus dentaires lors de
la formation de ces tissus en phase pré- éruptive et de ceux qui s’exercent sur les tissus
dentaires exposés en milieu buccal en phase post-éruptive

3-1-Effet du fluor pendant la phase de formation et de maturation pré- éruptive

Les fluorures agissent essentiellement sur le métabolisme cellulaire des améloblastes.Les


fluorures interviennent successivement sur les phases de sécrétion de la matrice amélaire et de
minéralisation aboutissant à la formation d’une forme stable d’hydroxyapatite carbonatée ou
l’en présume que le fluor s’est intégré à la maille cristalline.

3-2- Effet du fluor après éruption de la dent

L’émail post- éruptif est exposé au milieu buccal donc à la salive, aux aliments et au biofilm
dentaire.

Les fluorures interviennent lors des différentes phases du processus cariogénique.

3-2-1- Les fluorures limitent la déminéralisation

-L'interaction du fluorure avec le composant minéral de la dent produit une fluoro-


hydroxyapatite, le réseau cristallin se resserre et la solubilité dans les acides diminue
globalement.

- Plus la quantité de fluorure incorporée est importante, plus la baisse de la solubilité s'accroît
(émail plus résistant à la déminéralisation)

-Une dose de 0,5 mg/l dans des solutions acides suffit pour entraîner une baisse du taux de
dissolution.

3-2-2- les fuorures favorisent la reminéralisation

Le processus de reminéralisation est contrôlé par la sursaturation en minéraux des fluides de


la cavité buccale (le fluide gingival et la salive)

Une sursaturation trop forte en minéraux entraînera une formation et une réparation rapides de
phosphates de calcium et bloquera les pores de la surface de l'émail.

L'utilisation de produits à faible concentration en fluorures, comme l'usage quotidien de


dentifrice, permettra de conserver cette saturation favorable.

Lorsque des fluorures sont présents, la formation de fluoroapatites, ou au moins de fluoro-


hydroxy-apatite (FHAP), crée un minéral présentant une résistance encore plus grande à
l'acide.
Ainsi, la reminéralisation de la lésion pourra entraîner sa réparation avec des minéraux moins
solubles et rendre cette portion de la dent moins sensible à de futurs épisodes de
déminéralisation.

3-2-3- Les fluorures inhibent le métabolisme des bactéries cariogènes

Les fluorures, à une concentration relativement faible, pourraient aussi inhiber le métabolisme
des bactéries buccales donc réduire la production acide.

Plusieurs mécanismes ont été considérés comme:

-Une action sur l’adhésion bactérienne à la surface dentaire: celle-ci est diminuée.

-l'interaction entre le fluorure et l'enzyme énolase (métalloenzyme responsable de la


conversion des glucides en acides dans la voie de la glycolyse) : L’inhibition de l’énolase
réduit directement la production acide par interruption de la glycolyse.

-Un effet indirect sur la voie du système phosphotransférase (PTS) qui fait baisser le niveau
de sucre qui entre dans la bactérie.

-Le fluorure pourrait également affecter la capacité de la cellule à éliminer l'excès de H+ et


donc une moindre production d'acide pourrait en résulter.

L'effet global aboutit à un environnement moins acide qui devrait diminuer la dissolution.

4- Les sources du fluor


De nombreuses sources de fluor sont disponibles

4-1-La fluoration de l’eau de boisson

4-1-1-Eau de distribution courante

Les fluorures sont présents dans l’eau, leur concentration est en général inférieur à 1 mg/ l
pour les eaux superficielles mais peut atteindre 10mg/l pour les eaux profondes qui se sont
lentement chargés en éléments minéraux.

L’eau fluorée est au demeurant préconisée par l’OMS.

Dans le cadre de programmes communautaires, les eaux de distribution doivent être traitées et
distribuées à la concentration de 0,5 à 1 mg/l.

4-1-2-Eau en bouteille

Les eaux minérales embouteillées disponibles contiennent de 0,1 à 9 mg/l de fluor.

Une valeur limite en fluor dans les eaux minérales embouteillées en dessous de laquelle les
nourrissons et les enfants peuvent boire ces eaux sans risque de fluorose a été fixée.

Cette limite est fixée à 0,5 mg/l lorsqu’il n’y a pas de supplémentation médicamenteuse
fluorée, et à 0,3 mg/l dans le cas contraire.
4-2- Alimentation

L’apport alimentaire en fluor est considéré comme faible d’autant que ce dernier est peu
métabolisé, du fait de sa liaison avec d’autres éléments tels que le calcium.

La quantité de fluor apportée par l’alimentation peut être estimée en moyenne à 0.2mg/J chez
l’adulte.

4-2-1- le thé

Le thé peut représenter un apport non négligeable de fluor puisque la teneur moyenne de
feuilles sèches est de l’ordre de 97 mg /kg.

Sa concentration dépend non seulement du type de thé mais aussi de l’eau utilisée pour sa
confection et du temps d’infusion soit 0,2 à 0,4 mg de fluor par tasse.

La moyenne d’ingestion familière chez les grands buveurs peut atteindre 1mg/j

4-2-2-Biberon

A l’encontre des enfants bénéficiant d’un allaitement maternel qui ne procure qu’un apport de
fluor de 5 à 10 mg /l.

L’apport pour l’allaitement artificiel avec des laits maternisés en poudre varie en fonction de
l’eau utilisée pour la préparation de biberon.

4-2-3-Sel de table fluoré

La fluoration du sel de table (250mg/Kg de sel) permet d’obtenir le même pourcentage de


réduction des caries que la fluoration de l’eau.

4-3- Apport médicamenteux

Ces préparations médicamenteuses sont administrées sous forme orale (comprimés/gouttes


buvables)

La supplémentation médicamenteuse n’est pas recommandée chez les enfants et les


adolescents à faible risque carieux par la majorité des associations ou organismes.

Elle est envisagée en cas de risque carieux élevé après bilan des apports en fluorures mais elle
doit être considérée comme un complément à la prévention par des topiques fluorés.

La prise de suppléments fluorés est contre-indiquée avant l’éruption de la première dent


permanente (risque de fluorose dentaire)

La posologie est alors fonction du poids corporel : l’ingestion quotidienne totale de fluorure
de toutes sources confondues ne doit pas dépasser 0,05 à 0,07 mg/kg/j afin de minimiser les
risques de fluorose dentaire.
4-4- Dentifrices fluorés

La recommandation de dentifrices fluorés est indépendante du risque carieux.

Leur utilisation est recommandée dès l’apparition des premières dents temporaires, sous
réserve que la concentration n’excède pas 250 ppm.

Elle devient de règle avec l’apparition des molaires temporaires, à 2 ans ou à 3 ans et jusqu’à
6 ans. Pendant cette période, la concentration ne doit pas excéder 500 ppm ou 600 ppm.

Il n’y pas de contrôle parfait de la déglutition et tout fluorure administré par voie topique peut
devenir un apport systémique, d’où l’importance de limiter la quantité de dentifrice mise sur
la brosse à dents, et uniquement déposée dans le sens de la largeur de la brosse à dents (une
quantité n’excédant pas la grosseur d’un pois)

Dès que l’enfant sait recracher, l’utilisation de dentifrice dosé entre 1000 et 1500 ppm est
recommandée, soit à partir de l’âge de 6 ans.

Le brossage biquotidien apparaît la meilleure forme d’application à recommander.

4-5-Les bains de bouche fluorés

Les études ont démontré l’intérêt de l’utilisation régulière et supervisée de bains de bouche
aux fluorures. Il est beaucoup plus efficace de réaliser des bains de bouche fréquents et peu
fluorés qu’un seul rinçage buccal très fortement chargé en fluor ( bain de bouche
hebdomadaire avec une solution à 0,2%)

4-6-gels fluorés

Les revues ont souligné l’efficacité carioprotectrice des gels aux fluorures.

L’efficacité était d’autant plus importante que les gels étaient appliqués plus souvent et plus
longtemps.

Les gels à 1,25% sont indiqués dès l'âge de 6ans.

Utilisés à l’aide d’un applicateur de gel tous les 6 mois Ou de gouttières fluorées 2 à 4 fois /an

4-7- vernis fluorés

La préparation fluor/silane est un mélange d’un vernis liquide avec une forme soluble de
fluor/silane. Après brossage et séchage des dents, le vernis est appliqué environ 2fois par an.

4-8-Les chewing-gums fluorés

Peuvent représenter un apport systémique non négligeable s’ils sont utilisés plusieurs fois par
jour et de façon régulière.
5-Evaluation du risque carieux individuel
En référence aux recommandations de la Haute autorité de santé, l’évaluation du RCI peut
être facilement réalisée à partir d’un interrogatoire et d’un examen clinique :

Les facteurs de risque collectifs ne suffisent pas à classer un individu en RCI élevé.

La mise en évidence d’un seul facteur de risque individuel indiqué dans le Tableau 1 suffit à
définir le sujet comme à RCI et le seul réel marqueur de risque est le diagnostic d’au moins
une lésion carieuse active

Les personnes ou les groupes présentant un risque élevé de carie dentaire pouvaient
comprendre les personnes qui ne se brossent pas les dents avec un dentifrice fluoré deux fois
par jour et celles qui sont prédisposées à une forte activité carieuse, etc.

6-utilisation des produits fluorés dans la prévention (conduite à tenir)


Ces recommandations cliniques doivent être pondérées par l’expérience professionnelle du
praticien et les préférences individuelles du patient.

En dessous de 6 ans

• Les enfants présentant un faible risque carieux ne doivent pas bénéficier d’applications
topiques professionnelles de fluorures

• Les enfants à risque élevé doivent bénéficier d’applications de fluor à des intervalles de 3 à
6 mois.
Le vernis fluoré contient une quantité moindre de fluor comparativement aux gels fluorés et,
de ce fait, réduit le risque d’ingestion de fluor par les enfants de moins de 6 ans.

Entre 6 et 18 ans

• Les patients présentant un faible risque ne doivent pas bénéficier d’applications topiques
professionnelles de fluorures

• Les patients à risque élevé doivent bénéficier d’applications de vernis ou de gel fluorés tous
les 6 mois.

Au-delà de 18 ans

• Les patients présentant un faible risque ne doivent pas bénéficier d’applications topiques
professionnelles de fluorures

• Les patients à risque élevé doivent bénéficier d’applications de vernis ou de gel fluorés tous
les 3 à 6 mois.

À tous les âges

• Le temps d’application du gel fluoré doit être de 4 minutes

7- les risques liés à un apport excessif en fluor


7-1-la fluorose dentaire

Le risque principal et le plus fréquent est : la fluorose dentaire

Elle est due à un surdosage en fluor pendant plusieurs mois et années, survenant lors de la
période de minéralisation des dents.

Le développement complet des cristaux de l’émail est perturbé par l’excès de fluor conduisant
à un tissu fluorotique poreux.

Elle se manifeste par des taches opaques blanches plus ou moins étendues sur l’émail.

Il s’agit de zones d’hypo minéralisation ou de porosités diffuses surmontées d’une petite


couche d’émail hypermineralisé.

Il en résulte une grande vulnérabilité de l’émail avec perte de substance et coloration dans le
temps pour les stades les plus avancés.

La dose à ne pas dépasser pour éviter tout risque de fluorose est de 0 ,05mg/j par kg de poids
corporel (données OMS)

7-2- toxicité du fluor

Pour l’homme, la dose létale du fluor est à 14.3 mg/Kg


Le risque d’intoxication chronique ne semble significatif que lors d’un surdosage d’au moins
un an et en période de croissance (enfance)

8-Recommandations
Un consensus au sein de la communauté scientifique (OMS) permet d’établir les
recommandations suivantes :

-Utilisation fréquente de petites quantités de fluorures : une exposition quotidienne et


fréquente à de faibles taux de fluorures aura une meilleure action dans la réduction des caries
dentaires à tous les âges.

-Promouvoir et diffuser la fluoration de l’eau de boisson : la fluoration de l’eau de


boisson, en respectant des taux précis (0,7 à 1,2 ppm), a été considérée comme sûre, efficace
et est une méthode peu onéreuse de prévention de la carie dentaire.

- Conseils hygiéno-diététiques (alimentation fibreuse, riche en protéines et vitamines, pauvre


en glucides) et visites régulières chez le médecin dentiste

- Apports : les apports doivent être réguliers, en particulier sous forme de dentifrices dont
l’efficacité a été unanimement reconnue.

Il est recommandé que tous les groupes d’âges, quel que soit le risque carieux présenté,
utilisent un dentifrice correctement dosé lors d’un brossage dentaire biquotidien.

Auprès des patients à haut risque carieux, il est suggéré de procéder à des actes
supplémentaires de prévention, comme l’utilisation de produits fluorés par le patient, le
scellement des puits et fissures et les thérapeutiques antibactériennes.

CONCLUSION
La prescription fluorée est indissociable des conseils d’hygiène orale et alimentaire.

Dans le cadre d’un véritable contrat de santé, le rôle du praticien est non seulement d’assurer
la prise en charge préventive du patient mais d’amener ce dernier à sa propre
responsabilisation.