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C O U R D E C A S S AT I O N

DR OIT DU T R AVAI L

E T U D E S – C O M M U N I C AT I O N S – J U R I S P R U D E N C E – D O C T R I N E
Avant-propos

Ce numéro 70 se présente avec les différentes diverses institutions représentatives, leur protec-
modifications de présentation annoncées et réali- tion particulière (salariés dits protégés), l’unité
sées dans le précédent N° 69, destinées à rendre sa économique et sociale (UES) et les établissements
lecture plus aisée et son contenu plus dense. distincts.
Quelques modifications de forme : La sixième rubrique « Rupture du contrat de
– les sommaires d’arrêts sont classés désormais travail » regroupe toutes les questions relatives à
selon sept rubriques, elles-mêmes subdivisées afin la rupture amiable du contrat de travail, à la prise
d’opérer un regroupement par thèmes et non plus d’acte de la rupture, à la démission, aux licen-
par référence à leurs titrages qui ne sont plus repris ciements disciplinaires, pour motifs personnels
mais que l’on pourra retrouver dans le bulletin ou économiques (avec les questions des plans de
mensuel de la Cour de cassation ; sauvegarde de l’emploi, ex-plans sociaux, et le
– les grandes rubriques sont celles retenues dans reclassement..) ainsi que les licenciements liés à une
le rapport annuel de la Cour de cassation 2004 et procédure collective.
sont les suivantes : Enfin la septième rubrique « Actions en justice »
La première rubrique, à savoir « Contrat de concerne la saisine des juridictions (conseils de
travail, organisation et exécution du travail », prud’hommes, cours d’appel, Cour de cassation),
comporte tout ce qui concerne sa nature et sa les règles de procédure, la prescription, la règle de
définition au sens large (apprentissage, contrats et l’unicité de l’instance, l’exigence d’impartialité.
statuts particuliers, tels, par exemple, les VRP), les Modifications sur le fond :
prérogatives et devoirs des parties au contrat de – sont intégrés dans les sommaires ceux relatifs au
travail (pouvoirs de l’employeur quant aux modifi- droit pénal du travail afférents aux arrêts rendus par
cations des conditions de travail et du contrat de la chambre criminelle dans des matières relatives
travail et pouvoir disciplinaire, sanctions, mise à au droit du travail (délit d’entrave, infraction à la
pied..., engagement unilatéral), ainsi que les droits réglementation sur les contrats de travail à durée
et obligations du salarié. Y figurent aussi les diffi- déterminée, etc.) ;
cultés afférentes aux modifications de la situation
juridique de l’employeur et au transfert du contrat – les sommaires sont parfois suivis de notes desti-
de travail (art. L. 122-12 du Code du travail). nées à éclairer la solution et à faire le point sur
certaines jurisprudences ;
La deuxième rubrique, à savoir « Durée du
travail et rémunérations », concerne les questions – les sommaires des cours et tribunaux ainsi que
afférentes à la notion de travail effectif, aux heures les articles de doctrine cités sont classés suivant
d’équivalence, aux congés divers, aux accords de les mêmes rubriques que celles adoptées pour les
réduction du temps de travail, aux rémunérations, sommaires des arrêts de Cour de cassation, et sont
ce qui inclut notamment l’intéressement et les le cas échéant suivis de courts résumés et notes ;
« stocks options ». La protection particulière des – une partie « communications » donne le cas
rémunérations (AGS, procédures collectives) relève échéant des informations sur les statistiques de la
aussi de cette rubrique. chambre sociale, et les audiences thématiques de la
La troisième rubrique s’intitule « Santé et chambre, voire toute autre information utile.
sécurité au travail » et englobe la protection parti- Nous tenons à remercier Monsieur le Président
culière des salariés malades ou accidentés par le fait Pierre Sargos et les magistrats de la chambre sociale
ou hors le fait du travail, et la maternité. Le statut qui ont accepté de participer à la préparation de
des salariés handicapés (Cotorep), la médecine du ce numéro, et notamment, Mme Anne Leprieur,
travail, les examens médicaux et le reclassement Mme Bénédicte Farthouat-Danon, Mme Agnès
entrent aussi dans cette rubrique. Martinel, conseillers référendaires de la chambre
La quatrième rubrique « Accords collectifs et sociale.
conflits collectifs du travail » est relative pour Ce deuxième numéro rénové a été élaboré par
l’essentiel à la négociation, à la conclusion, à la la cellule sociale du Service de Documentation et
révision, et à la dénonciation des accords, ainsi d’Etudes, composée de :
qu’aux usages, à la grève et à l’application et l’inter- – Valérie Amand, responsable de la cellule sociale,
prétation de conventions collectives. magistrat, auditeur à la Cour de cassation ;
La cinquième rubrique « Représentation du
– Sylvie Bénichou, greffier en chef ;
personnel et élections professionnelles » concerne
les élections professionnelles et le processus – Stéphane Thévenard, greffier en chef ;
électoral, les représentants syndicaux, les élus des – Juliette Buschaert, assistante de justice.
Table des matières

ÉTUDES
Page

Contrats précaires : actualité jurisprudentielle sur l’action en requalification


en contrat de travail à durée indéterminée ........................................................... 3
par Agnès Martinel, conseiller référendaire à la chambre sociale
et Valérie Amand, magistrat, auditeur à la Cour de cassation

COMMUNICATIONS
Pages

1. Statistiques de la chambre sociale de la Cour de cassation ............................ 13

2. Prochaine audience de la chambre sociale en formation de sections réunies 13

JURISPRUDENCE
Page
COURS EUROPÉENNES
I. – COUR EUROPÉENNE DES DROITS DE L’HOMME .......................................................... 17

Numéros
A. – Contrat de travail, organisation et exécution du travail
2. Droits et obligations des parties au contrat du travail
* Mesures discriminatoires........................................................................................... 125
G. – Actions en justice
* Délai raisonnable ........................................................................................................ 126

Page
II. – COUR DE JUSTICE ET TRIBUNAL DE PREMIÈRE INSTANCE
DES COMMUNAUTÉS EUROPÉENNES .................................................................................. 18
II.1. – Cour de justice des communautés européennes
Numéro
A. – Contrat de travail, organisation et exécution du travail
2. Droits et obligations des parties au contrat du travail
* Mesures discriminatoires........................................................................................... 127

I
Numéro
5. Statuts particuliers
* Travailleurs détachés .................................................................................................. 128

Page

TRIBUNAL DES CONFLITS 21

Numéros
G. – Actions en justice
* Compétence judiciaire................................................................................................ 129

Page

COUR DE C A S S AT I O N (*)
I. – SOMMAIRES D’ARRÊTS ET NOTES ............................................................................... 23

Numéros
A. – Contrat de travail, organisation et exécution du travail
1. Emploi et formation
* Contrats à durée déterminée 130-131-132-
133-134
* Contrats à durée déterminée dits d’usage .............................................................. 135
2. Droits et obligations des parties au contrat de travail
* Clause de domiciliation ............................................................................................. 136
* Clause de non-concurrence ....................................................................................... 137-138
* Clause de période d’essai et période probatoire .................................................... 139-140
* Modification du contrat de travail ........................................................................... 141-142
* Pouvoir de direction de l’employeur ....................................................................... 143
* Responsabilité du salarié ........................................................................................... 144
* Transaction ................................................................................................................... 145
* Travail dissimulé ......................................................................................................... 146-147
3. Modification dans la situation juridique de l’employeur
* Cession d’une unité de production .......................................................................... 148
* Transfert à une entreprise publique ......................................................................... 149
4. Contrats particuliers
* Travail temporaire ...................................................................................................... 150-151-152
5. Statuts particuliers
* Employés de maison .................................................................................................. 153
* Voyageur, représentant, placier (VRP) 154-155-156-
157
B. – Durée du travail et rémunérations
1. Durée du travail, repos et congés
* Congés payés ............................................................................................................... 158
* Infraction à la durée du travail ................................................................................. 159
* Temps partiel - temps complet.................................................................................. 160

(*) Les sommaires des arrêts publiés dans le présent numéro paraissent, avec le texte de l’arrêt,
dans leur rédaction définitive, au Bulletin des arrêts de la Cour de cassation du mois correspondant à la
date du prononcé des décisions.

II
2. Rémunérations
* Heures supplémentaires ............................................................................................ 161
* Intéressement .............................................................................................................. 162
* Salaire (à travail égal, salaire égal) ........................................................................... 163-164-165
* Salaire (salaire minimum).......................................................................................... 166
* Solidarité entre époux ................................................................................................ 167
* Garantie AGS ............................................................................................................... 168-169
C. – Santé et sécurité au travail
* Obligation de sécurité pesant sur l’employeur ...................................................... 170
* Protection du salarié malade ou victime d’un accident du travail...................... 171-172-173

D. – Accords collectifs et conflits collectifs du travail


1. Accords et conventions collectifs
* Accords collectifs et conventions collectives divers 174-175-176
177-178-179
* Dénonciation d’un accord collectif........................................................................... 180-181-182
E. – Représentation du personnel et élections professionnelles
1. Elections professionnelles ..................................................................................................... 183
2. Représentation du personnel
2.2. Institutions représentatives du personnel
* Délégué syndical ......................................................................................................... 184
3. Protection des représentants du personnel
* Protection contre le licenciement 185-186-187
188-189
F. – Rupture du contrat de travail
1. Prise d’acte de la rupture ...................................................................................................... 190-191
2. Licenciements
2.1. Mise en œuvre
* Formalités conventionnelles préalables .................................................................. 192
* Entretien préalable ...................................................................................................... 193
2.4. Licenciement économique ............................................................................................. 194
2.5. Indemnité compensatrice de préavis ........................................................................... 195
3. Résiliation judiciaire ............................................................................................................. 196-197-198
3. Démission ............................................................................................................................. 199
3. Retraite ................................................................................................................................. 200
G. – Actions en justice
* Action en diffamation (immunité des écrits produits devant les tribunaux) .... 201
* Appel (acte d’appel) ................................................................................................... 202
* Astreinte ....................................................................................................................... 203
* Cassation (pourvoi) .................................................................................................... 204-205
* Cassation partiellement sans renvoi - applications diverses 206-207-208-
209-210-211
212
* Compétence matérielle du conseil de prud’hommes ............................................ 213-214-215
* Excès de pouvoir ......................................................................................................... 216
* Instance prud’homale (interruption) ....................................................................... 217
* Instance prud’homale (péremption) ........................................................................ 218

III
* Office du juge (moyen soulevé d’office) .................................................................. 219-220
* Pouvoir du juge des référés ....................................................................................... 221
* Prescription .................................................................................................................. 222
* Preuve-moyens de preuve (licéité ou non) ............................................................. 223-224
* Protection du conseiller prud’homme ..................................................................... 225-226

Page

COURS ET TRIBUNAUX 67

Numéros
A. – Contrat de travail, organisation et exécution
1. Emploi et formation
* Caractérisation du contrat de travail ....................................................................... 227
* Contrats à durée déterminée ..................................................................................... 228
2. Droits et obligations des parties au contrat de travail
* Clause de non-concurrence ....................................................................................... 229
* Harcèlement moral ..................................................................................................... 230
5. Statuts particuliers
* Artiste de spectacle ..................................................................................................... 231
B. – Durée du travail et rémunérations
2. Rémunérations
* Heures supplémentaires ............................................................................................ 232
C. – Santé et sécurité au travail
* Protection du salarié malade ou victime d’un accident du travail...................... 233
D. – Accords collectifs et conflits collectifs du travail
1. Accords et conventions collectifs
* Accords collectifs et conventions collectives divers .............................................. 234
E. – Représentation du personnel et élections professionnelles
2. Représentation du personnel
2.2. Institutions représentatives du personnel
* Comité d’entreprise et d’établissement-réunion .................................................... 235
F. – Rupture du contrat de travail
2. Licenciements
2.3. Licenciements disciplinaires
* Faute grave .................................................................................................................. 236
2.4. Licenciement économique ............................................................................................. 237
G. – Actions en justice
* Appel (acte d’appel) ................................................................................................... 238
* Appel (décisions susceptibles) .................................................................................. 239
* Compétence matérielle du conseil de prud’hommes ............................................ 240
* Référé ............................................................................................................................ 241

DOCTRINE
Page 73

IV
ÉTUDES
2e TRIMESTRE 2005 ETUDES

Contrats précaires : actualité jurisprudentielle


sur l’action en requalification en contrat de travail à durée indéterminée
par Agnès Martinel, conseiller référendaire à la chambre sociale
et Valérie Amand, magistrat, auditeur à la Cour de cassation

Construction originale du droit du travail, l’action le contrat de travail à durée déterminée ». Ce texte,
en requalification du contrat de travail à durée remanié par la loi n° 2002-73 du 17 janvier 2002 dite
déterminée en contrat de travail à durée indéter- loi de modernisation sociale, constitue le dernier
minée a été consacrée par l’ordonnance n° 82-130 état de la législation en la matière.
du 5 février 1982. Ce texte a introduit dans le Code Cette étude a pour objet de dresser un état de la
du travail un article L. 122-3-14, disposant que jurisprudence récente en se référant aux arrêts les
« tout contrat conclu en méconnaissance des disposi- plus importants rendus dans le domaine de ces
tions des articles L. 122-1 à L. 122-3, L. 122-3-12 à contrats dits atypiques, en l’occurrence, contrats
L. 122-3-13 est réputé à durée indéterminée ». de travail à durée déterminée et contrats de travail
Le même jour, une seconde ordonnance portant temporaire.
réforme du contrat de travail temporaire a instauré
l’action en requalification pour cet autre contrat I. – L’ACTION EN REQUALIFICATION DES
atypique, dont la connexité économique apparais- CONTRATS DE TRAVAIL À DURÉE DÉTERMI-
sait évidente. NÉE
Issues des préconisations formées dans le rapport Les conditions de l’exercice de l’action en requali-
Auroux au titre de la « reconstitution de la collec- fication du contrat de travail à durée déterminée en
tivité de travail », ces deux ordonnances n’ont fait contrat de travail à durée indéterminée sont définies
en réalité que consacrer une solution jurispruden- actuellement dans l’article L. 122-3-13 du Code du
tielle fort ancienne. En effet, à partir d’un arrêt du travail dans les termes suivants : « lorsqu’un conseil
31 mars 1924(1), dans lequel la Cour de cassation a de prud’hommes est saisi d’une demande de requali-
affirmé qu’un contrat de travail à durée déterminée, fication d’un contrat à durée déterminée en contrat
prorogé par le fait de la continuation des relations à durée indéterminée, l’affaire est portée directe-
contractuelles, se transforme en contrat de travail ment devant le bureau de jugement qui doit statuer
à durée indéterminée, l’action en requalification au fond dans le délai d’un mois suivant sa saisine.
va s’imposer comme technique de référence s’agis- La décision du conseil de prud’hommes est exécu-
sant de sanctions civiles en matière de contrats toire de droit à titre provisoire. Si le tribunal fait
précaires. droit à la demande du salarié, il doit lui accorder, à
Or, depuis sa consécration, l’action en requalifi- la charge de l’employeur, une indemnité qui ne peut
cation n’a jamais fait l’objet d’une remise en cause. être inférieure à un mois de salaire sans préjudice
Et, bien au-delà d’une simple continuité, elle s’est de l’application des dispositions de la section II du
largement développée dans la réglementation des chapitre II du titre II du livre Ier du présent Code. »
contrats de type particulier (contrat de travail à A ce texte, il convient d’ajouter l’ensemble des
temps partiel, contrat de travail intermittent, contrat dispositions du Code du travail relatives au contrat
de formation en alternance...). de travail à durée déterminée. La chambre sociale
La loi du 12 juillet 1990 est venue renforcer son a depuis longtemps défini les conditions de cette
régime juridique, accroissant ainsi l’automaticité action en requalification. Cependant, certains
de son application par la création d’une présomp- points restaient encore à préciser. La législation
tion irréfragable et l’efficacité de sa mise en œuvre sur les contrats à durée déterminée se caractérise
par l’institution d’une procédure spécifique, faisant en effet par une suite de textes successifs, résul-
l’économie de la phase de conciliation. Cette tats des interventions législatives et réglementaires
évolution a été analysée par de nombreux auteurs consécutives, reflétant les divers infléchissements
comme le résultat du « puissant tropisme exercé des politiques conjoncturelles de l’emploi, les unes
par le contrat de travail à durée indéterminée sur insistant sur la nécessité d’une certaine flexibilité,
les autres s’appuyant sur un objectif de réduction de
la précarisation de l’emploi. La loi du 12 juillet 1990,
(1) Cité par Claude Roy-Loustaunau in « Réflexions sur le rôle du qui a repris les dispositions de l’accord interprofes-
juge dans la requalification-sanction du contrat de travail à durée déter-
minée après la loi du 12 juillet 1990 », Semaine Juridique, Edition entre- sionnel du 24 mars 1990, s’est efforcée d’arriver à un
prise, 1991, Etudes et chroniques n° 50. point d’équilibre. Mais les dispositions de ce texte,

3
2e TRIMESTRE 2005 ETUDES

largement inspirées des législations antérieures, a) Le terme du contrat de remplacement


apparaissent comme une synthèse des stratifica-
En effet, si le contrat de travail à durée déterminée
tions législatives successives, ce qui induit nécessai-
doit en principe comporter un terme précis, l’article
rement une certaine complexité.
L. 122-1-2, III, permet d’échapper à cette règle : le
Une telle configuration normative se traduit par contrat de remplacement peut être conclu pour un
un contentieux abondant, au sein duquel émergent terme incertain. Certains auteurs se sont interrogés
sans cesse des problématiques nouvelles. Ces sur le fondement de cette règle dérogatoire. Selon
questions nouvelles ont essentiellement concerné Jean Savatier(1), c’est pour tenir compte de l’incerti-
les problématiques posées par la succession des tude sur la durée du remplacement nécessaire que
contrats de travail à durée déterminée tant du point le législateur a autorisé des contrats de remplace-
de vue des conditions de l’action en requalification(1) ment sans terme précis, malgré la doctrine civiliste
que de ses conséquences(2). qui soulignait « l’allergie du droit du travail à la
notion civiliste de dies incertus (G.H. Camerlynck,
1. Les conditions de l’action en requalification
Mélanges Brun, p.101) ». Ainsi, l’employeur a donc
Le recours au contrat à durée déterminée a un le choix entre, soit la stipulation d’un terme précis,
caractère subsidiaire(3), le contrat de travail à durée soit la mention selon laquelle le contrat aura pour
indéterminée constituant le droit commun des terme la fin de l’absence du salarié remplacé. Cela
relations contractuelles en droit du travail. En appli- étant, dans cette dernière hypothèse, le contrat devra
cation de l’article L. 122-1 du Code du travail, le obligatoirement comporter une durée minimale.
contrat de travail à durée déterminée ne peut avoir Cependant, cette exception ne va pas sans poser
pour objet ni pour effet de pourvoir durablement difficulté lorsqu’il s’agit pour le juge de déterminer
un emploi lié à l’activité normale et permanente la date précise constituant le terme du contrat. Sur
de l’entreprise. Sur ce cadre général, la loi de 1990 ce point, la chambre a posé le principe selon lequel
a superposé une liste limitative de cas de recours. lorsqu’un contrat de travail à durée déterminée a été
Ceux-ci peuvent être regroupés en quatre catégo- conclu, sans terme précis, pour remplacer un salarié
ries : remplacement de salariés absents, variations absent, il incombe à l’employeur de rapporter la
d’activité liées à un accroissement temporaire, varia- preuve de l’événement constitutif du terme et de
tions d’activité inhérentes à la nature de l’entreprise sa date (Soc., 13 mai 2003, Bull., V, n° 158, p. 154).
(contrats saisonniers et contrats d’usage) et enfin En l’espèce, l’employeur soutenait que la salariée
contrats destinés à favoriser l’embauche de certaines remplacée avait été licenciée et la cour d’appel avait
catégories de personnes sans emploi ou en difficulté considéré qu’en l’absence de preuve par la salariée
d’insertion. sous contrat à durée déterminée du licenciement
La chambre sociale a dégagé, au fil du temps, des du salarié remplacé avant la fin de son propre
solutions adaptées à chaque type de contrats. Les contrat, celui-ci avait cessé de plein droit du fait de
arrêts récents s’inscrivent dans cette logique, qui la cessation du contrat de la personne remplacée.
vise à prendre en considération la nature de chaque La chambre sociale a censuré la cour d’appel qui
type de contrat de travail à durée déterminée. Ces avait fait peser à tort la preuve sur le salarié. Cette
décisions nouvelles concernent les contrats de solution s’explique par le fait que seul l’employeur
remplacement (A), les contrats saisonniers (B) et les détient les éléments susceptibles de rapporter la
contrats d’usage (C). preuve du licenciement du salarié remplacé.
Dans un arrêt en date du 9 mars 2005 (pourvoi
A. – Les contrats de remplacement n° 02-44.927, en cours de publication, et commenté
Le contrat de remplacement a été conçu par le dans cette revue, n° 69, janv-fév-mars 2005, p. 58,
législateur de manière souple afin de permettre à n° 8), la chambre sociale s’est prononcée sur la
l’employeur une gestion rationnelle de ses effectifs. détermination du terme du contrat de travail à
Ainsi a-t-il prévu des aménagements spécifiques sur durée déterminée dans l’hypothèse d’un rempla-
le terme, la durée et les renouvellements (a). Mais cement d’une salariée pour congé de maternité,
cette souplesse ne saurait autoriser l’employeur, cette absence ayant été par la suite prolongée par
par le biais d’une succession de contrats de rempla- un congé parental. La chambre sociale a considéré
cements, à pourvoir des emplois permanents de qu’en application de l’article L. 122-1-2, III, du Code
l’entreprise (b). du travail, le contrat a pour terme la fin de l’absence
de la salariée remplacée, en l’occurrence la date de
fin du congé parental.
Dans un arrêt du 20 avril 2005 (pourvoi n° 03-
(1) Cité par Claude Roy-Loustaunau in « Réflexions sur le rôle du 41.490 en cours de publication au bulletin mensuel,
juge dans la requalification-sanction du contrat de travail à durée et commenté dans cette revue, infra, page 23 , n° 130),
déterminée après la loi du 12 juillet 1990 », Semaine Juridique, Edi- la chambre sociale est venue préciser que lorsque
tion entreprise, 1991, Etudes et chroniques n° 50
le contrat à durée déterminée a été conclu pour
(2) Cette étude ne pouvant être exhaustive, le choix subjectif a été
fait de pas examiner ici la requalification des contrats aidés (contrat remplacer un salarié absent, le licenciement pour
initiative-emploi, contrat emploi-solidarité notamment) ni celle des
contrats à temps partiel, qui pourront faire l’objet de notes ultérieures.
(3) Guy Poulain, in « Les contrats de travail à durée déterminée », (1) Jean Savatier « Le terme du contrat conclu pour remplacer un salarié
ed. Litec. absent », in Droit social n° 2, février 1996.

4
2e TRIMESTRE 2005 ETUDES

motif économique du salarié remplacé, qui emporte 2005, p. 58, n° 9), la chambre sociale a été amenée à
sa cessation définitive d’activité, entraîne de plein se prononcer sur les dispositions de l’article L. 122-
droit la fin du contrat de travail à durée déter- 1-1, 1° du Code du travail qui permettent d’engager
minée. un salarié par contrat à durée déterminée pour
remplacer un salarié ayant définitivement quitté
b) Les successions de contrats de remplace- l’entreprise en cas d’attente de l’entrée en service
ment effective du salarié recruté par contrat à durée
En application des articles L. 122-3-10, alinéa 2, et indéterminée appelé à le remplacer. Quelles sont
L. 122-3-1, alinéa 2, du Code du travail, le contrat de les situations qui correspondent à ce cas particu-
remplacement n’est pas soumis au principe général lier ? Dans ce cas spécifique de recours au contrat
qui interdit la conclusion de contrats successifs avec de travail à durée déterminée, faut-il considérer que
le même salarié de manière illimitée et sans avoir à le poste doit être déjà pourvu ? Ou doit-on estimer
respecter le délai de carence. Ces exigences ont été au contraire que l’employeur peut avoir recours à
estimées peu compatibles avec la flexibilité néces- un contrat de travail à durée déterminée pendant la
saire à la gestion de l’absentéisme. C’est ce qui a période de recrutement du salarié titulaire du poste
également amené la chambre sociale à admettre permanent ?
la validité de la pratique des remplacements en L’accord interprofessionnel du 24 mars 1990 avait
cascade : les dispositions du Code du travail n’impo- prévu l’hypothèse du candidat pressenti pour
sent pas à l’employeur d’affecter le salarié rempla- occuper le poste à pourvoir. La loi du 12 juillet 1990
çant au même poste que le salarié remplacé (Soc., n’avait pas repris cette disposition. Appelée à se
22 novembre 1995, Bull., 1995, V, n° 308, p. 221). prononcer pour la première fois à notre connaissance,
Cela étant, cet assouplissement connaît des limites la Cour de cassation a posé le principe selon lequel le
lorsque le remplacement en cascade est doublé poste considéré doit être pourvu par un titulaire déjà
d’une succession de contrats. Cette pratique ne doit recruté mais momentanément indisponible. Le texte
pas permettre, au sein de l’entreprise, l’institution n’autorise en aucun cas l’employeur à recourir à un
de salariés remplaçants « qui perdent toute notion contrat de travail à durée déterminée dans l’attente
du caractère limité de leur engagement et se voient du recrutement du titulaire du poste. Ainsi la Haute
après plusieurs années de service remerciés sans juridiction a censuré les juges du fond qui n’avaient
autre motif que l’arrivée du terme de leur contrat, pas recherché si un salarié avait été effectivement
ni indemnités que celle de précarité(1) ». Se fondant recruté par contrat de travail à durée indéterminée
sur le principe général posé par l’article L. 122-1 pour remplacer le salarié démissionnaire et si le
du Code du travail, la chambre sociale a considéré contrat de travail à durée déterminée était justifié
que la salariée, ayant travaillé pendant quatre ans par l’attente de l’entrée en service de l’intéressé.
en vertu de 94 contrats à durée déterminée succes-
sifs, a occupé durablement un emploi lié à l’acti- B. – Les contrats saisonniers
vité normale et permanente de l’entreprise, dès
lors qu’elle avait conservé la même qualification De façon générale, l’emploi saisonnier se carac-
et le même salaire durant ces quatre années (Soc., térise par son caractère répétitif dépendant du
4 décembre 1996, Bull., 1996, V, n° 414, p. 297). rythme des saisons. La chambre sociale a défini
la notion d’emploi saisonnier à l’occasion d’un
La chambre sociale vient récemment de préciser pourvoi formé par la Société d’exploitation de la
cette jurisprudence dans deux arrêts concernant des Tour Eiffel pour des contrats à durée déterminée
salariés des Autoroutes du Sud de la France (Soc., saisonniers pendant les vacances scolaires (Soc.,
29 septembre 2004, Bull., 2004, V, n° 232, p. 216 et 12 octobre 1999, Bull., 1999, V, n° 373, p. 274). « Le
Soc., 26 janvier 2005, Bull., 2005, V, n° 21, p. 17, et caractère saisonnier d’un emploi concerne des tâches
sa note dans cette revue, n° 69, janv-fév-mars 2005,
normalement appelées à se répéter chaque année à des
p. 57, n° 6). Elle a clairement affirmé qu’il résulte de
dates à peu près fixes, en fonction du rythme des saisons
l’article L. 122-1 du Code du travail que l’employeur
ou des modes de vie collectifs. »
ne peut recourir de façon systématique aux contrats
à durée déterminée de remplacement pour faire Cette définition a été réitérée dans les mêmes
face aux besoins structurels de main-d’œuvre. Il est termes dans un arrêt récent (Soc., 9 mars 2005,
donc exigé, conformément au texte, que le contrat pourvoi n° 02-44.706, en cours de publication) dans
de travail à durée déterminée ne soit pas érigé en lequel la chambre sociale rappelle qu’« il appartient
mode normal de gestion. Il s’agissait en l’espèce de aux juges du fond de vérifier que les missions confiées au
salariées engagées comme receveuses de péage dans travailleur intérimaire présentent un caractère saisonnier
un périmètre géographique dans lequel la régularité en précisant la nature et la date des emplois ayant donné
des absences entraînait un renouvellement systéma- lieu à la conclusion des contrats saisonniers » ; dans
tique des engagements de chaque salarié. cette espèce, les juges du fond avaient cru pouvoir
Par ailleurs, dans un arrêt en date du 9 mars 2005 rejeter la demande de requalification de contrats
(pourvoi n° 03-40.386, en cours de publication, saisonniers conclus dans le secteur de la brasserie,
commenté dans cette revue, n° 69, janv-fév-mars sans avoir constaté quelle était la nature des emplois
pourvus ni à quelle date ils avaient été pourvus,
(1) N. Trassoudaine-Verger, « Le contrôle de la chambre sociale sur les empêchant ainsi tout contrôle de la Cour de cassa-
contrats à durée déterminée », Rapport de la Cour de cassation 1997. tion sur la qualification de contrats saisonniers.

5
2e TRIMESTRE 2005 ETUDES

La question de la validité de la succession des Rappelons au préalable que le recours au contrat


contrats saisonniers a toujours fait l’objet d’un à durée déterminée dit d’usage est réglementé par
contentieux abondant. Appelée à se prononcer l’article L. 121-1-1, 3° du Code du travail, qui dispose
notamment sur les contrats saisonniers assortis que ce type de contrat peut être conclu pour des
d’une clause de reconduction, la chambre sociale emplois pour lesquels, dans certains secteurs d’acti-
a considéré que « la faculté pour un employeur de vité définis par décret ou par voie de convention
conclure des contrats à durée déterminée successifs avec le collective, il est d’usage constant de ne pas recourir
même salarié afin de pourvoir un emploi saisonnier n’est
au contrat de travail à durée indéterminée en raison
assortie d’aucune limite au-delà de laquelle s’instaurerait
de la nature de l’activité exercée et du caractère par
entre les parties une relation de travail globale à durée
indéterminée. » Ainsi, elle a censuré l’arrêt d’une cour nature temporaire de ces emplois.
d’appel qui, sans avoir constaté que le salarié était Jusqu’à présent, la jurisprudence soumettait la
employé chaque année pendant toute la période validité du contrat à durée déterminée d’usage à
d’ouverture ou de fonctionnement de l’entreprise ou trois conditions cumulatives :
que les contrats saisonniers comportaient une clause – le rattachement de l’activité principale de
de reconduction pour la saison suivante, retient, l’entreprise à l’un des secteurs d’activité visés par
pour requalifier en contrat à durée indéterminée les
l’article D. 121-2 du Code du travail complété par
contrats saisonniers successifs conclus entre 1974
et 1996, que le renouvellement systématique de ces accord ou convention collective étendue ;
contrats en a fait disparaître le caractère temporaire – l’existence d’un usage professionnel ;
en développant chez le salarié le sentiment d’appar- – la nature temporaire de l’emploi occupé.
tenir au personnel permanent de l’entreprise (Soc.,
15 octobre 2002, Bull., 2002, V, n° 307, p. 294). Cette solution était fondée sur l’idée de l’existence
d’une structure minimale permanente de l’entreprise
Cette solution a été réaffirmée dans un arrêt récent en dépit de son appartenance à un secteur considéré.
du 16 novembre 2004 (Soc., 16 novembre 2004, Bull.,
2004, V, n° 285, p. 259) qui précise que « dès lors Les difficultés posées par cette jurisprudence
qu’un salarié n’a pas été engagé pour toutes les saisons avaient été soulignées par certains auteurs et
ni pendant la durée totale de chaque saison et que les notamment par Mme Claude Roy-Loustanau, selon
contrats saisonniers ne sont pas assortis d’une clause de laquelle la notion d’emploi permanent était devenue
reconduction pour la saison suivante, il n’y a pas lieu en matière de contrat d’usage « une nébuleuse incon-
de requalifier les contrats en un contrat à durée indéter- trôlable ». En effet, cette notion était appréciée le
minée. » plus souvent par les juges du fond au regard de
Par ailleurs, dans un arrêt très récent (Soc., la durée du contrat. Or, ce raisonnement juridique
17 juin 2005, pourvoi n° 03-43.167 en cours de se trouvait en contradiction avec les dispositions
publication, cf. sa note dans cette revue, infra, p. 24 de l’article L. 122-3-10 du Code du travail autori-
n° 134), la chambre sociale a précisé, à propos de sant la succession de contrats d’usage de manière
contrats à durée déterminée conclus par une société illimitée.
de remontées mécaniques avec un agent d’entre-
tien à l’occasion de saisons touristiques successives Par quatre arrêts rendus en formation plénière
qu’« il résulte de la combinaison des articles L. 122-3-1 le 26 novembre 2003 (Bull., 2003, V, n° 298, p. 299,
et L. 122-3-13 du Code du travail que le contrat de travail Rapport annuel de la Cour de cassation 2003,
à durée déterminée doit être transmis au salarié au plus p. 327), la chambre sociale a adopté une nouvelle
tard dans les deux jours de son embauche, et que sa trans- approche du contrat à durée déterminée d’usage.
mission tardive pour signature équivaut à une absence Saisie dans le cadre d’actions en requalification de
d’écrit qui entraîne la requalification de la relation de contrats d’usage conclus avec un réalisateur d’une
travail en contrat à durée indéterminée. » émission télévisée, une animatrice-directrice d’un
centre de vacances, un joueur de volley-ball, un
C. – Les contrats à durée déterminée d’usage : formateur d’une association assurant de la forma-
une nouvelle approche tion professionnelle, elle a redéfini l’office du juge
dans le contrôle de la validité du contrat à durée
Saisie de cette question par plusieurs pourvois,
la chambre sociale a adopté une nouvelle approche déterminée d’usage.
qui l’a conduite à singulariser ce type de contrat à Le juge saisi d’une demande de requalification
durée déterminée, notamment en raison de l’essence en contrat à durée indéterminée devra donc recher-
même dudit contrat (G. Poulain l’a ainsi qualifié de cher :
contrat à durée déterminée « par nature ») et de son – d’une part, si l’on se trouve dans l’un des
histoire législative (ce contrat est né de la pratique secteurs d’activité visé par l’article D. 121-2, par un
de certains secteurs, comme par exemple celui du
accord ou une convention collective étendue,
spectacle, où le contrat à durée déterminée corres-
pondait à la forme normale du lien contractuel pour – d’autre part, s’il est établi qu’un usage constant
certains types d’emplois : certains auteurs comme autorise l’employeur à ne pas recourir à un contrat
B. Teyssié ont parlé de contrat à durée déterminée de travail à durée indéterminée pour l’emploi
« coutumier »). concerné dans le secteur de l’activité de l’entreprise.

6
2e TRIMESTRE 2005 ETUDES

La notion d’existence d’un usage constant étant L’indemnité de requalification procède elle même
une question de fait, elle relève de l’apprécia- de la nature spécifique de l’action en requalifica-
tion souveraine des juges du fond. Ces derniers tion. Elle doit être allouée au salarié par le juge qui
devront s’entourer de toutes les précautions néces- accueille l’action en requalification. Ainsi la chambre
saires « en incitant les parties à réunir les éléments de sociale a cassé un certain nombre de décisions qui
preuve nécessaires et à faire référence s’il y a lieu aux avaient refusé d’octroyer au salarié une indem-
dispositions conventionnelles. » Ainsi que l’a souligné nité de requalification (Soc., 13 mars 2001, pourvoi
M. le conseiller Bailly(1), la solution dégagée par la n° 99-40.861), allant même jusqu’à affirmer dans
chambre sociale dans ses arrêts du 26 novembre 2003 un attendu de principe que « lorsqu’elle fait droit à
constitue une véritable incitation à la négociation la demande de requalification d’un contrat à durée déter-
collective et à la constitution d’un droit conven- minée en contrat à durée indéterminée, la juridiction
tionnel du contrat d’usage. La Cour de cassation saisie doit d’office, en application de l’article L. 122-3-
pourrait, dans le cadre de l’interprétation de ces 13 du Code du travail, condamner l’employeur à payer
dispositions conventionnelles, assurer une harmo- au salarié une indemnité qui ne peut être inférieure à
nisation souhaitable en ce domaine. un mois de salaire sans préjudice de l’application des
Ainsi, la chambre consacre-t-elle l’autonomie dispositions de la section II du chapitre II du livre Ier du
juridique du contrat de travail à durée déterminée Code du travail » (Soc., 19 janvier 1999, Bull., 1999,
d’usage, qui devient un contrat d’exception dans le V, n° 27, p. 19 et Soc., 11 juillet 2000, Bull., 2000, V,
domaine d’exception des contrats de travail à durée n° 270, p. 213).
déterminée. Cette question serait demeurée fort simple si la
Faisant application de ces nouvelles règles sur pratique de la succession de plusieurs contrats de
l’office du juge du fond, la chambre sociale vient de travail à durée déterminée n’avait pas engendré une
décider qu’« encourt dès lors la cassation l’arrêt qui, problématique nouvelle posée devant les juridic-
pour accueillir une demande de requalification de contrat tions du fond.
à durée déterminée en contrat à durée indéterminée, Lorsque le juge requalifie en contrat de travail
retient que le salarié occupait un emploi lié à l’activité à durée indéterminée plusieurs contrats de travail à
normale et permanente de l’entreprise, alors que ce salarié durée déterminée conclus entre les mêmes parties,
travaillait dans le secteur d’activité de l’hôtellerie et de la doit-il allouer une seule indemnité de requalifica-
restauration, où il est d’usage constant de ne pas recourir tion ou autant d’indemnités que de contrats de
à des contrats à durée indéterminée » (Soc., 25 mai 2005, travail à durée déterminée requalifiés ?
pourvoi n° 04-40.169, en cours de publication).
C’est la cour d’appel d’Aix-en-Provence qui, la
2. Les conséquences de la requalification première, s’est posée la question et qui a sollicité
L’article L. 122-3-13 du Code du travail dispose in l’avis de la Cour de cassation. Dans un avis en date
fine que « si le tribunal fait droit à la demande du salarié, du 24 janvier 2005 (Bull., Avis, n° 2, p. 1), la Haute
il doit lui accorder, à la charge de l’employeur, une indem- juridiction a donné la réponse suivante : « lorsque le
nité qui ne peut être inférieure à un mois de salaire sans juge requalifie une succession de contrats de travail
préjudice de l’application des dispositions de la section à durée déterminée conclus avec le même salarié en
II du chapitre II du titre II du livre Ier du présent Code ». contrat de travail à durée indéterminée, il ne doit
accorder qu’une indemnité de requalification dont le
Cette indemnité, dénommée indemnité de requa-
montant ne peut être inférieur à un mois de salaire. »
lification, a été instaurée par le législateur de 1990,
qui a consacré l’existence d’une action en requali- Par arrêt du 25 mai 2005, (pourvoi n° 03-44.942,
fication autonome dotée d’un régime spécifique. en cours de publication, et sa note dans cette revue,
L’intention du législateur, telle qu’elle ressort des infra, p. 23, n° 131), la chambre sociale, suivant
travaux préparatoires de la loi, a été de soumettre cet avis, a approuvé les juges du fond de n’avoir
cette action à un régime juridique exorbitant du accordé qu’une seule indemnité de requalification
droit commun des actions prud’homales. Cette au salarié titulaire de contrats à durée déterminée
particularité n’était d’ailleurs pas prévue dans le successifs requalifiés en contrat de travail à durée
projet gouvernemental initial mais dans la proposi- indéterminée.
tion de loi présentée par le groupe socialiste. Elle a
Cette solution s’inscrit dans la continuité de la
finalement été adoptée sous la forme d’un amende-
ment, en dépit d’une opposition du Sénat hostile à construction jurisprudentielle mise en œuvre par la
la suppression de la phase de conciliation. chambre sociale depuis 1990. Tous les arrêts rendus
vont dans le sens de l’unicité de l’indemnité de
Cette action en requalification a donc été dispensée requalification.
du préalable de conciliation. Elle peut donc être
exercée directement devant le bureau de jugement Elle se fonde tant sur la nature même de l’indem-
qui dispose du délai d’un mois pour rendre sa nité de requalification que sur les caractéristiques
décision. propres de l’action en requalification.
Si la nature de l’indemnité de requalification a,
durant quelques temps, été entourée d’incertitudes,
(1) P. Bailly, « A propos du contrat à durée déterminée d’usage », in le législateur n’ayant pas pris parti, la question
RJS janvier 2004, chronique page 7. a été résolue par la circulaire DRT n° 92-14 du

7
2e TRIMESTRE 2005 ETUDES

29 août 1992. En vertu de ce texte, cette indemnité a tions des articles L. 124-2 à L. 124-2-4 du Code du
le caractère de dommages-intérêts et n’est donc pas travail, le salarié peut faire valoir auprès de l’utili-
soumise aux charges sociales et fiscales. sateur les droits afférents à un contrat de travail à
Par ailleurs, on peut considérer que cette indemnité durée indéterminée. Les textes visés dans cet alinéa
de requalification constitue la conséquence indem- concernent les conditions générales de recours au
nitaire de la sanction civile infligée à l’employeur contrat de travail temporaire, les cas particuliers de
qu’est la requalification. Il s’ensuit que l’indem- recours, le respect du terme du contrat de travail
nité de requalification, liée à la sanction civile de temporaire, les interdictions générales de recours
la requalification, va nécessairement suivre son au travail temporaire et les hypothèses de report du
régime juridique. Or, la requalification de plusieurs terme du contrat de travail.
contrats à durée déterminée successifs ne peut être Les trois derniers alinéas de ce texte instaurent un
envisagée que sous la forme d’une transformation délai de carence pour la conclusion de contrats de
de ces contrats en un seul contrat de travail à durée travail temporaires successifs. Ce délai est égal au
indéterminée. tiers de la durée du contrat de travail temporaire
Cette analyse découle de la nature même de venu à expiration.
l’action en requalification, qui opère globalement
dès la date de conclusion du contrat. Ainsi selon A. – Travail intérimaire et accroissement
J. Savatier, « la sanction de la requalification s’appa- temporaire d’activité
rente à une nullité, mais à une nullité limitée à cette
dérogation au droit commun que constitue la stipu- Par une série d’arrêts rendus le 21 janvier 2004
lation du terme. La clause sur la durée déterminée (Soc., 21 janvier 2004, Bull., 2004, V, n° 27, p. 25), la
du contrat étant considérée comme non écrite, on chambre sociale s’est prononcée sur la question des
revient aux règles du contrat de travail à durée conditions de recours au travail intérimaire, plus
indéterminée ». Pour d’autres auteurs, l’action en spécifiquement dans l’hypothèse d’un accroisse-
requalification est un cas de substitution légale du
ment temporaire de l’activité de l’entreprise. Elle a
contrat imposé par l’ordre public social et laissée à
ainsi décidé que « le recours à des salariés intérimaires
la discrétion du salarié.
ne peut être autorisé que pour les besoins d’une ou
Par ailleurs, dans un arrêt du 17 juin 2005 (pourvoi plusieurs tâches résultant de cet accroissement, notam-
n° 03-44.900, en cours de publication, et sa note ment en cas de variations cycliques de production, sans
dans cette revue, infra, n° 133), la chambre sociale
qu’il soit nécessaire ni que l’accroissement présente un
est venue préciser que « l’indemnité de requalification
caractère exceptionnel ni que le salarié recruté soit affecté
du contrat de travail à durée déterminée en contrat à
durée indéterminée, prévue par l’article L. 122-3-13 du à la réalisation même de ces tâches. »
Code du travail, ne peut être inférieure au dernier salaire Les affaires soumises à la chambre concernaient
mensuel perçu par le salarié avant la saisine de la juridic- des salariés intérimaires mis à la disposition de
tion prud’homale. Dès lors encourt la cassation l’arrêt deux entreprises relevant de deux secteurs parti-
qui a retenu comme salaire de référence celui perçu lors de culiers de l’économie : la construction automo-
l’exécution du contrat à durée déterminée initial requa- bile et l’aéronautique. Les deux sociétés, Sovab et
lifié ». Latécoère, avaient formé des pourvois à l’encontre
d’arrêts rendus par les cours d’appel de Nancy et
II. – L’ACTION EN REQUALIFICATION DU de Toulouse, qui avaient requalifié les contrats de
CONTRAT DE TRAVAIL TEMPORAIRE travail temporaire en contrats de travail à durée
La chambre sociale a été amenée à préciser sa indéterminée. La chambre a rejeté les pourvois
jurisprudence tant en qui concerne les conditions de formés à l’encontre de ces arrêts.
fond (1), les conditions de forme (2) que les consé- Cette solution a été réaffirmée dans un arrêt en
quences (3) de cette action en requalification. date du 23 février 2005 (Soc., 23 février 2005, pourvoi
n° 02-40.336, en cours de publication et sa note dans
1. Les conditions de fond cette revue, n° 69, janv-fév-mars 2005, p. 66, n° 27).
L’article L. 124-7 du Code du travail définit les En l’espèce, l’activité de l’entreprise, en l’occurrence
conditions d’exercice de l’action en requalifica- la vente de machines agricoles, se caractérisait par
tion du contrat de travail temporaire en contrat de des cycles correspondant aux saisons agricoles et
travail à durée indéterminée. dépendant d’année en année des conditions clima-
Le premier alinéa de ce texte prévoit la requalifi- tiques et de leur incidence financière sur la capacité
cation du contrat de travail temporaire lorsque l’uti- d’investissement des agriculteurs. Les salariés
lisateur continue à faire travailler le salarié intéri- intérimaires n’étaient recrutés que pour la durée de
maire après la fin de sa mission sans avoir conclu ces cycles. Le recours au travail intérimaire étant
avec lui de contrat de travail ou de nouveau contrat possible, depuis la loi du 12 juillet 1990 en cas de
de mise à disposition. variation des cycles de production, la Cour de cassa-
Le deuxième alinéa dispose que lorsque l’utilisa- tion a rejeté le pourvoi formé contre l’arrêt de la cour
teur a recours à un salarié d’une entreprise de travail d’appel de Metz, laquelle avait rejeté la demande de
temporaire en violation caractérisée des disposi- requalification formée par le salarié intérimaire.

8
2e TRIMESTRE 2005 ETUDES

Enfin, elle a décidé que les effets de la requalifi- Une telle interprétation de l’article L. 124-7,
cation doivent remonter à la date de la première alinéa 2, n’est pas nouvelle. En effet, c’est en se
mission irrégulière effectuée par le salarié auprès fondant sur le caractère limitatif de la liste des
de l’entreprise utilisatrice. Cette analyse est fondée violations de ce texte que, dans un arrêt en date
sur le concept d’une action en requalification- du 19 juin 2002 (Soc., 19 juin 2002, Bull., 2002, V,
sanction. Elle prend également en considération la n° 208, p. 201), la Haute juridiction a affirmé que le
nature même du travail temporaire, une relation salarié ne pouvait pas obtenir la requalification de
triangulaire entre le salarié intérimaire, l’entreprise son contrat de travail temporaire en invoquant la
de travail temporaire et l’entreprise utilisatrice. En violation de l’article L. 124-3 du Code du travail. En
effet, il convenait d’éviter de créer au détriment du l’espèce, le contrat de mise à disposition ne mention-
premier employeur un contrat à durée indéterminée nait pas la qualification du salarié remplacé.
incluant des périodes consacrées par le salarié intéri-
maire à d’autres entreprises. 2. Les conditions de forme

B. – Travail intérimaire et respect du délai A l’instar de l’action en requalification du contrat


de carence de travail à durée déterminée, l’action en requalifi-
cation du contrat de travail temporaire a été conçue
En dépit de la particularité du contrat de travail comme une action autonome soumise à un régime
temporaire, et notamment de l’existence d’un spécifique. Les conditions de forme, posées par
employeur bicéphale, les conditions de recours à ce l’article L. 124-7-1 du Code du travail sont identi-
contrat atypique présentent d’importantes simili- ques à celles prévues pour les contrats de travail
tudes avec les conditions applicables au contrat à à durée déterminée. L’action en requalification est
durée déterminée. dispensée de la phase de conciliation. Elle est portée
Cela étant, le législateur de 1990 a prévu, dans devant le bureau de jugement qui doit statuer au
certaines hypothèses, des différences de régime fond dans le délai d’un mois suivant sa saisine.
juridique. Amenée à se prononcer sur la portée de cette
Amenée à se prononcer sur la question de savoir disposition, la chambre sociale a affirmé que
si la violation des dispositions relatives au délai l’inobservation de ce délai ne constitue pas une
de carence pouvait entraîner la requalification des fin de non-recevoir et n’entraîne pas la nullité du
contrats de travail temporaires en contrat de travail jugement (Soc., 8 décembre 2004, Bull., 2004, V,
à durée indéterminée, la chambre sociale a pris en n° 323, p. 290). Elle a également précisé que « l’action
considération ces différences. engagée par un salarié exerçant une mission de travail
Dans trois arrêts en date du 23 février 2005, la temporaire dans une société utilisatrice et tendant à ce
chambre sociale a jugé que « les dispositions de l’article que, dans ses rapports avec cette dernière, son contrat de
L. 124-7, alinéa 2, du Code du travail, qui sanctionnent travail temporaire soit, en application de l’article L. 124-
l’inobservation par l’entreprise utilisatrice des dispo- 7, alinéa 1er, du Code du travail, requalifié en contrat à
sitions des articles L. 124-2 à L. 124-2-4 du Code du durée indéterminée, est de la compétence du conseil de
travail par la requalification du contrat de travail tempo- prud’hommes dans le ressort duquel se trouve le siège de
raire en contrat de travail à durée indéterminée, ne sont la société » (Soc., 14 décembre 2004, Bull., V, n° 333,
pas applicables à la méconnaissance de l’article L. 124-7, p. 299).
alinéa 3, relatif au délai de carence. » Ces arrêts, rendus
en formation ordinaire, et ayant fait l’objet – notam- 3. Les conséquences de l’action en requalifica-
ment pour l’un d’entre eux (pourvoi n° 02-44.098) tion
– d’une publication très large (PBRI), reviennent
L’article L. 124-7-1 du Code du travail dispose
sur la solution qui avait été retenue antérieure-
que « lorsqu’un conseil de prud’hommes est saisi d’une
ment. Dans une décision du 10 juillet 2001 (Soc.,
10 juillet 2001, pourvoi n° 99-44.058), il avait été demande de requalification d’une mission d’intérim en
jugé que le défaut de respect du délai de carence contrat à durée indéterminée, l’affaire est portée direc-
ouvrait droit à l’action en requalification. Mais cet tement devant le bureau de jugement qui doit statuer
arrêt, rendu en formation restreinte, n’avait pas été au fond dans le délai d’un mois suivant sa saisine. La
publié. décision du conseil de prud’hommes est exécutoire de
plein droit, à titre provisoire. Si le tribunal fait droit à
Il faut donc considérer désormais que l’action en
la demande du salarié, il doit lui accorder, à la charge de
requalification ne peut être exercée en application
l’utilisateur, une indemnité qui ne peut être inférieure
de l’article L. 124-7, alinéa 2, du Code du travail
pour violation des règles relatives au respect du à un mois de salaire, sans préjudice de l’application des
délai de carence prévues par l’alinéa 3 de ce texte. dispositions de la section II du chapitre II du titre II du
Cette solution est fondée sur le caractère limitatif de livre I du présent Code. »
la liste des violations énoncées par ce texte. L’alinéa Cette disposition quasiment analogue à celle
3 de l’article L. 124-7 ne figurant pas parmi cette applicable à la requalification des contrats à durée
liste, la chambre en a déduit que l’action en requali- déterminée a fait l’objet de la part de la chambre
fication ne pouvait être envisagée. sociale de la même analyse s’agissant de l’unicité

9
2e TRIMESTRE 2005 ETUDES

de l’indemnité de requalification due en cas de Par ailleurs, la chambre sociale est venue préciser
requalification en un contrat à durée indéterminée que « l’indemnité de précarité qui est destinée à
de plusieurs contrats de mission successifs. compenser la précarité de la situation du salarié
Ainsi dans un arrêt du 30 mars 2005 (pourvoi intérimaire lui reste acquise nonobstant la requalifi-
n° 02-45.410, en cours de publication), la chambre cation du contrat de travail temporaire en contrat de
sociale affirme, au visa de l’article précité, que travail à durée indéterminée » (Soc., 13 avril 2005,
lorsque le juge requalifie une succession de contrats pourvoi n° 03-41.967, en cours de publication, et sa
de travail temporaires conclus avec le même salarié note dans cette revue, infra, n° 151).
en contrat de travail à durée indéterminée, il ne doit
La requalification de plusieurs contrats de travail
accorder qu’une seule indemnité de requalification
dont le montant ne peut être inférieur à un mois temporaire en une relation contractuelle à durée
de salaire. Doit donc être rejeté le pourvoi formé à indéterminée n’entraîne le versement d’indem-
l’encontre de l’arrêt d’une cour d’appel qui, ayant nités qu’au titre de la rupture du contrat à durée
requalifié plusieurs contrats de travail temporaire indéterminée (Soc., 13 avril 2005, pourvoi n° 03-
en un contrat de travail à durée indéterminée, a 44.996, en cours de publication et sa note dans cette
accordé au salarié à titre d’indemnité de requali- revue, infra, n° 150) ; le salarié peut ainsi prétendre
fication une somme correspondant à un mois de notamment à une indemnité de préavis qui s’ajoute
salaire. à l’indemnité de précarité (Soc., 30 mars 2005,
Cette solution a été confirmée dans l’arrêt du pourvoi n° 02-45.410, en cours de publication et sa
13 avril 2005 (pourvoi n° 03-44.996, en cours de note dans cette revue, infra, n° 69, janv.-fév.-mars
publication). 2005, n° 29, p. 67).

10
C O M M U N I C AT I O N S
2e TRIMESTRE 2005 COURS EUROPÉENNES

C O M M U N I C AT I O N S

1. Statistiques de la chambre sociale 2. Prochaine audience de la chambre sociale


de la Cour de cassation en formation de sections réunies :
L’état détaillé des affaires prud’homales en cours au
1er juillet 2005 traduit une importante évolution de la * Audience du 28 septembre 2005,
situation de la chambre par rapport, à la même époque,
aux années précédentes, et notamment à la situation il y
à 14 heures :
a un an.
Les trois affaires suivantes seront examinées :
Le stock total était ainsi de 13 527 le 30 juin 2004. Il
est tombé à 10 495 le 30 juin 2005, soit une diminution – pourvoi n° 03-44.751. – Rapporteur : Mme Morin.
de 3 032, dont 2 941 pour les affaires prud’homales. Et, – Avocat général : M. Duplat ;
chiffre encore plus significatif, le stock distribuable – qui – pourvoi n° 03-44.585. – Rapporteur : Mme Farthouat-
représente toutes les affaires dont les délais de dépôt des
Danon. – Avocat général : M. Duplat ;
mémoires sont terminés - est tombé à 2 263 le 30 juin 2005,
contre 4 889 le 30 juin 2004, soit une diminution de 2 226. – pourvoi n° 03-45.781. – Rapporteur : Mme Quenson
Au cours du premier semestre 2005, le nombre d’affai- – Avocat général : M. Allix.
res terminées par la chambre est de 5 755 (dont 5 434 pour Les deux premiers pourvois posent la question de
la matière prud’homale), ce qui représente une progres-
sion de 1 086 par rapport au premier semestre 2004 au savoir s’il convient d’appliquer la procédure de licencie-
cours duquel furent terminées 4 669 affaires. ment d’un salarié protégé à la rupture d’un contrat de tra-
Parallèlement – et c’est évidemment l’effet de l’entrée vail pendant la période d’essai ;
en vigueur de la représentation obligatoire – le nombre Le dernier pourvoi pose la question de savoir si les
d’affaires nouvelles a sensiblement diminué. Il est ainsi salariés peuvent réclamer le bénéfice d’un accord non
de 3 401 au cours du premier semestre de 2005, contre
agréé modifiant un régime de retraite en tant qu’enga-
5 525 au cours du premier semestre 2004, soit une dimi-
nution de 2 124. gement unilatéral de l’employeur et si la dénonciation
La durée moyenne des affaires s’est aussi améliorée d’un tel engagement est soumis ou non au délai mini-
puisqu’elle était de 1 an, 9 mois et 6 jours, au 30 juin 2004, mum de préavis applicable à la dénonciation d’accords
et est passée à : 1 an, 8 mois et 2 jours, le 30 juin 2005. collectifs.

13
JURISPRUDENCE
2e TRIMESTRE 2005 COURS EUROPÉENNES

COURS EUROPÉENNES

I. – COUR EUROPÉENNE DES DROITS DE L’HOMME

A. – Contrat de travail, organisation La Cour conclut à une violation de l’article 8 combiné


avec l’article 14. Elle ne constate en revanche aucune vio-
et exécution du travail
lation au regard de l’article 10.

2. Droits et obligations des parties


G. – Actions en justice
au contrat de travail
* Délai raisonnable
* Mesures discriminatoires
N° 126
N° 125
Guez c. France, 17 mai 2005
Rainys et Gasparavicius c. Lituanie, 7 avril 2004
Violation de l’article 6§1 :
Violation de l’article 14 combiné avec l’article 8 : Le requérant, salarié de l’OPHLM d’une ville de la
Les deux requérants, ressortissants lituaniens et anciens banlieue parisienne, fut licencié en mars 1994 puis en
agents du KGB récemment «découverts», se virent licen- juillet 1996, après avoir été réintégré. A l’issue de des
ciés et interdire de travailler dans certains domaines du
deux procédures qu’il intenta, les juridictions nationales
secteur privé. Ils invoquaient la violation des articles 8
combiné à l’article 14 (pour atteinte discriminée à leur vie ordonnèrent sa réintégration et lui allouèrent des indem-
privée) et de l’article 10 (violation de leur droit à la liberté nités.
d’expression). La Cour estime que les restrictions impo- Invoquant les articles 6 § 1 et 13 de la Convention, il
sées par l’Etat aux « perspectives d’emploi d’une per- dénonçait l’inexécution des décisions de justice rendues
sonne dans une société du secteur privé » ne peuvent se en sa faveur et la durée des procédures. Il estimait par
justifier de la même manière que les restrictions à l’accès à ailleurs que l’insuffisance du remboursement de ses frais
la fonction publique, et que l’adoption « fort tardive » de avait porté atteinte à l’équité de la procédure. La Cour,
la loi lituanienne établissant de telles restrictions à l’en-
qui n’avait déclaré la requête recevable uniquement
contre des anciens agents du KGB plus de dix ans après
l’accession de la Lituanie à l’indépendance et alors que quant au grief tiré de la durée de la procédure, relève
les personnes visées avaient quitté leurs fonctions depuis que la procédure a duré près de 11 ans. Estimant qu’une
autant de temps « constitue un élément de poids amenant telle durée est excessive et ne répond pas à l’exigence de
à conclure que l’application qui a été faite de la loi aux « délai raisonnable », la Cour conclut à la violation 6 § 1
requérants s’analyse en une mesure discriminatoire ». de la Convention.

17
2e TRIMESTRE 2005 COURS EUROPÉENNES

II. – COUR DE JUSTICE ET TRIBUNAL DE PREMIÈRE INSTANCE


DES COMMUNAUTÉS EUROPÉENNES

II.1. – Cour de justice des communautés européennes

A. – Contrat de travail, organisation minatoire édictée par la Fédération espagnole est donc
contraire à l’accord de partenariat entre la Communauté
et exécution du travail européenne et la Russie.
Arrêt de la Cour du 12 avril 2005, affaire C-265/03
2. Droits et obligations des parties (Igor Simutenkov / Ministerio de Educacion y Cultura et real
Federacion española de futbol)
au contrat de travail

* Mesures discriminatoires 5. Statuts particuliers

N° 127 * Travailleurs détachés

Faits et procédure : N° 128


Titulaire d’un titre de séjour et d’un permis de travail
en Espagne, M. Simutenkov, footballeur professionnel, Faits et procédure :
est engagé en vertu d’un contrat de travail par un club Recours en manquement introduit par la Commission
espagnol. Il détenait une licence de joueur non commu- des Communautés européennes portant sur une partie
nautaire délivrée par la fédération de football espagnole de la législation allemande concernant le détachement de
selon laquelle les clubs ne peuvent présenter qu’un nom- travailleurs prestataires de services dans un pays membre
bre limité de joueurs ressortissants de pays tiers à l’Espa- de l’Union européenne.
ce économique européen (E.E.E.). Il demanda qu’en vertu Le problème soulevé est celui de la compatibilité, avec
de l’accord de partenariat entre la Fédération de Russie la directive, de la méthode employée par l’Allemagne
et la Communauté européenne, sa licence soit transfor- pour comparer le salaire minimal, fixé par les disposi-
mée en licence pour joueur communautaire. Sa requête tions nationales allemande avec la rémunération versée
fut rejetée. par l’employeur établi dans un autre Etat à ses salariés
détachés. L’Allemagne a adopté, bien que tardivement, de
Droit communautaire en cause : nouvelles dispositions tendant à éliminer les incohérences
Accord de partenariat et de coopération entre la Com- avec la directive, notamment, elle prend en considération
munauté européenne, ses Etats membres et la Fédération dans le calcul du salaire minimal les suppléments versés
de Russie du 24 juin 1994. qui ne modifient pas le rapport entre la prestation et la
compensation reçue.
La juridiction espagnole pose une question préjudi-
cielle à la Cour de justice des communautés européennes Droit communautaire en cause :
pour savoir si la réglementation espagnole est compatible Directive 96/71 du Parlement européen et du Conseil
avec l’accord de partenariat. du 16 décembre 1996 concernant le détachement des tra-
vailleurs effectué dans le cadre d’une prestation de servi-
Dispositif : ces. Cette directive s’applique à toute entreprise établie
La Cour rappelle que le principe de non-discrimination dans un Etat membre agissant en tant que prestataire de
énoncé par l’accord peut être invoqué par un particulier services. Elle est alors tenue de respecter un certain nom-
devant les juridictions d’un Etat membre. bre de règles impératives en vigueur dans le pays d’ac-
Cet accord institue un droit à l’égalité de traitement cueil.
dans les conditions de travail de même portée que celui Dispositif :
reconnu aux ressortissants des Etats membres en vertu
La Cour rappelle que les parties sont d’accord pour ne
du Traité sur les Communautés européennes auquel est
pas prendre en compte, dans le calcul du salaire mini-
contraire toute limitation fondée sur la discrimination du mum, les heures supplémentaires, les cotisations aux
fait de la nationalité. régimes de retraite complémentaire, les remboursements
En l’espèce, la limitation fondée sur la nationalité s’ap- de dépenses encourues à cause du détachement et les
plique à l’essentiel de l’activité des joueurs et n’est pas sommes forfaitaires calculées sur une autre base que la
justifiée par des considérations sportives. La règle discri- base horaire.

18
2e TRIMESTRE 2005 COURS EUROPÉENNES

L’enjeu réside dans le fait que la différence dans le Arrêt de la Cour du 14 avril 2005, affaire C-341/02
mode de calcul aboutit à des coûts salariaux plus élevés (Commission des Communautés européennes / République
pour les employeurs établis dans d’autres Etats membres
qui se voient ainsi empêchés d’offrir leurs services en fédérale d’Allemagne)
Allemagne. Ces résumés d’arrêts sont extraits du document de
La Cour répond en deux temps : veille élaboré par l’Observatoire du droit européen,
La Cour constate, dans un premier temps, un manque- composé de Mme Françoise Calvez, magistrat, auditeur
ment de l’Allemagne qui a opéré des modifications dans à la Cour de cassation, responsable de cet observatoire et
sa réglementation après expiration du délai fixé dans de Jenny Monnin, Emilie Cuq et Charlotte Perdrix, assis-
l’avis motivé rendu précédemment par la Cour. tantes de justice.
Rejetant le recours de la Commission, la Cour considère Vous pouvez contacter cet observatoire pour obtenir
que si l’employeur requiert de son salarié un surplus de
l’intégralité de l’arrêt cité, sur simple demande par mail :
travail dans des conditions particulières, la compensation
qui en découle ne doit pas être prise en compte pour le obs.europe.sde.courdecassation@justice.fr ou par
calcul du salaire minimal si elle modifie le rapport entre téléphone : Françoise Calvez, 01 44 32 67 23, Jenny Mon-
prestation et contrepartie. nin : 01 44 32 66 91.

19
2e TRIMESTRE 2005 TRIBUNAL DES CONFLITS

TRIBUNAL DES CONFLITS

G. – Actions en justice maladie des travailleurs salariés à un praticien-


conseil du service de contrôle médical, ressortit à la
* Compétence judiciaire compétence judiciaire.

N° 129 18 avril 2005.

S’il résulte des articles L. 221-1 et L. 221-2 du N° 3448. – C.A. Basse-Terre, 18 août et 4 octo-
Code de la sécurité sociale que la Caisse nationale bre 2004.
de l’assurance maladie des travailleurs salariés Mme Mazars, Pt. – Mme Guirimand, Rap. –
est un établissement public national à caractère M. Bachelier, Com. du Gouv.
administratif chargé de l’exécution d’une mission Dans le même sens que :
de service public, les praticiens-conseils du service
de contrôle médical dépendant de cette caisse sont, Tribunal des conflits, 8 novembre 1982, n° 2266,
ainsi que le prévoit l’article L. 224-7 du même Code, publié au Recueil Lebon.
dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2004-810 Sur le statut des praticiens-conseils du service
du 13 août 2004, soumis à un statut de droit privé de contrôle médical de la Caisse nationale de
et régis, sauf dispositions statutaires plus favora- l’assurance-maladie des travailleurs salariés, dans
bles, par le Code du travail, en sorte que le litige le même sens que :
individuel qui oppose, à propos d’une décision Soc., 7 décembre 1999, Bull., 1999, V, n° 476, p. 354
de mutation, la Caisse nationale de l’assurance- (cassation partielle).

21
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

COUR D E C A S S AT I O N

I. – SOMMAIRES D’ARRÊTS ET NOTES

A. – Contrat de travail, organisation N° 131


et exécution du travail Lorsque le juge requalifie une succession de
contrats de travail à durée déterminée conclus
avec le même salarié en contrat de travail à durée
1. Emploi et formation indéterminée, il ne doit accorder qu’une indem-
nité de requalification dont le montant ne peut être
* Contrats à durée déterminée inférieur à un mois de salaire.
N° 130 Soc. – 25 mai 2005. Rejet
Lorsqu’un contrat à durée déterminée a été conclu N° 03-44.942. - C.A. Versailles, 24 avril 2003.
pour remplacer un salarié absent, le licenciement
M. Sargos, Pt. - M. Barthélemy, Rap. - M. Collomp,
pour motif économique du salarié remplacé, qui
Av. Gén.
emporte sa cessation définitive d’activité, entraîne
de plein droit la fin du contrat à durée déterminée. Soc. – 25 mai 2005. Cassation partielle
partiellement sans renvoi
Soc., 20 avril 2005. Rejet
N° 03-43.214. - C.A. Versailles, 6 mars 2003
N° 03-41.490. - C.A. Paris, 20 décembre 2002
M. Sargos, Pt. - Mme Auroy, Rap. - M. Collomp,
M. Sargos, Pt. - Mme Auroy, Rap. - M. Duplat,
Av. Gén. Av. Gén.

Note N° 132
Par le présent arrêt, la chambre sociale fait application Lorsque le juge requalifie plusieurs contrats de
du principe selon lequel lorsque le contrat de travail à travail à durée déterminée en un contrat de travail
durée déterminée conclu pour remplacer un salarié absent à durée indéterminée, il ne doit accorder qu’une
ne comporte pas un terme précis, il a pour terme la fin de seule indemnité de requalification, dont le montant
l’absence du salarié remplacé (article L. 122-1-2, III, du ne peut être inférieur à un mois de salaire. En consé-
Code du travail). quence doit être cassé l’arrêt d’une cour d’appel qui
Ainsi, le contrat de travail à durée déterminée prend après avoir requalifié la relation de travail en contrat
fin de plein droit : de travail à durée indéterminée alloue au salarié une
indemnité de requalification pour chaque contrat
– au moment du départ en retraite du salarié remplacé de travail à durée déterminée requalifié.
(Soc., 17 décembre 1997, Bull., 1997, V, n° 447, p. 319) ;
– au moment du licenciement du salarié remplacé Soc. – 25 mai 2005. Cassation partielle
(présente espèce). N° 03-43.146. - C.A. Versailles, 7 février 2003
La chambre sociale a par ailleurs précisé à qui incombe
la charge de la preuve de la fin du contrat à durée déter- M. Sargos, Pt. - Mme Martinel, Rap. - M. Collomp,
minée ne comportant pas de terme. Il a été jugé que Av. Gén.
« lorsqu’un contrat à durée déterminée a été conclu, Note commune aux nos 131 et 132 ci-dessus
sans terme précis, pour remplacer un salarié absent, il
incombe à l’employeur de rapporter la preuve de l’événe- La Cour de cassation confirme que, dans l’hypo-
ment constitutif du terme et de sa date ». Il s’ensuit que thèse d’une succession de contrats à durée déterminée,
lorsqu’un employeur invoque le licenciement du salarié la requalification de la relation contractuelle entre les
remplacé pour mettre un terme au contrat à durée déter- parties en un contrat à durée indéterminée ouvre droit
minée de son remplaçant, il lui incombe de prouver la à une seule indemnité de requalification d’un montant
date du licenciement (Soc., 13 mai 2003, Bull., 2003, V, minimum d’un mois (Avis, 24 janvier 2005, Bull., 2005,
n° 158, p. 154). Avis n° 2, p. 1) ; elle a fait application de ce principe

23
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

également en cas de requalification de contrats de travail N° 134


temporaires successifs (cette revue, n° 69, janv- fév-mars Il résulte de la combinaison des articles
2005, n° 29, p. 67). L. 122-3-1 et L. 122-3-13 du Code du travail que
le contrat de travail à durée déterminée doit être
N° 133 transmis au salarié au plus tard dans les deux jours
L’indemnité de requalification du contrat de de son embauche, et que sa transmission tardive
travail à durée déterminée en contrat à durée pour signature équivaut à une absence d’écrit qui
indéterminée, prévue par l’article L. 122-3-13 du entraîne la requalification de la relation de travail
Code du travail, ne peut être inférieure au dernier en contrat à durée indéterminée.
salaire mensuel perçu par le salarié avant la saisine Soc., 17 juin 2005. Cassation partielle
de la juridiction prud’homale. sans renvoi
Dès lors encourt la cassation l’arrêt qui a retenu
Nos 03-42.596 et 03-43.167. – C.A. Chambéry, 6 mars
comme salaire de référence celui perçu lors de
2003
l’exécution du contrat à durée déterminée initial
requalifié. M. Sargos, Pt. – M. Barthélemy, Rap. – M. Maynial,
Av. Gén.
Soc. – 17 juin 2005. Cassation partielle
sans renvoi Note
N° 03-44.900. – C.A. Nancy, 20 mai 2003 L’article L. 122-3-1 du Code du travail édicte des règles
M. Sargos, Pt. – Mme Bouvier, Rap. – M. Maynial, impératives relatives à la conclusion d’un contrat à durée
Av. Gén. déterminée, lequel a un caractère dérogatoire par rapport
au contrat à durée indéterminée qui constitue la règle.
Note Cet article prévoit en effet que le contrat de travail à
durée déterminée doit être établi par écrit et comporter
L’article L. 122-3-13 du Code du travail prévoit qu’en la définition précise de son motif ; à défaut, il est réputé
cas de requalification d’un contrat à durée déterminée conclu pour une durée indéterminée. Parallèlement, ce
en contrat à durée indéterminée, le juge doit accorder au même texte fait obligation à l’employeur de transmettre
salarié, à la charge de l’employeur, une indemnité qui ne le contrat de travail au salarié dans les deux jours suivant
peut être inférieure à un mois de salaire. l’embauche, sans néanmoins que le non-respect de cette
Le salaire de référence permettant de déterminer le obligation soit expressément sanctionné.
montant de l’indemnité de requalification correspond- Après avoir décidé qu’il n’y avait pas lieu de requalifier
il au salaire perçu par le salarié lors de l’événement qui le contrat à durée déterminée non revêtu de la signature
justifie la requalification ou, comme le soutenait le salarié, de l’employeur mais conforme aux exigences de l’article
le dernier salaire perçu avant la saisine de la juridiction L. 122-3-1 et transmis dans les deux jours suivant
prud’homale ? l’embauche au salarié (Soc., 11 octobre 1995, pourvoi
n° 91-43 970), la chambre sociale affirme aujourd’hui
Telle était la question posée par le pourvoi dont la Cour que la tardiveté dans la transmission du contrat à durée
de cassation était saisie dans cette espèce. déterminée équivaut à une absence d’écrit et doit être
Si la chambre sociale, dans un arrêt du 10 juin 2003 sanctionnée, comme l’omission des mentions obligatoires,
(Soc., 10 juin 2003, Bull., 2003, V, n° 190 (3), p. 186) a par la requalification en contrat à durée indéterminée.
précisé que devaient être prises en compte dans le calcul
de l’indemnité de requalification les heures supplémen- * Contrats à durée déterminée
taires accomplies par le salarié, elle n’avait pas à cette
dits d’usage
occasion défini le salaire de référence pour le calcul de
l’indemnité. N° 135
L’intérêt de l’arrêt du 17 juin 2005 est de répondre
pour la première fois à la question du salaire de référence, Il résulte de la combinaison des articles L. 122-1,
en affirmant clairement que l’indemnité de requalifica- L. 122-1-1, 3°, L. 122-3-10 et D. 121-2 du Code du
tion ne peut être inférieure au dernier salaire mensuel travail, d'abord, que dans les secteurs d'activité
perçu par le salarié avant la saisine de la juridiction définis par décret ou par voie de convention ou
prud’homale. d’accord collectif étendu, certains des emplois en
relevant peuvent être pourvus par des contrats à
Le choix opéré par la chambre sociale s’explique avant durée déterminée lorsqu’il est d’usage constant de
tout par le souci de mettre en œuvre une solution claire et ne pas recourir au contrat à durée indéterminée,
se rapprochant du calcul de l’indemnité de licenciement en raison du caractère par nature temporaire de
sans cause réelle et sérieuse égale aux salaires des six ces emplois, ensuite, que des contrats à durée
derniers mois aux termes de l’article L. 122-14-4 du Code déterminée successifs peuvent être conclus avec
du travail. En cas de salaire comportant des variations le même salarié, enfin, que l’office du juge, saisi
mensuelles, il y aura lieu de faire une moyenne sur les six d’une demande en requalification d’un contrat à
derniers mois pour déterminer le salaire de référence. durée déterminée en contrat à durée indéterminée,

24
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

est seulement de rechercher, par une appréciation vité expressément visés à l’article D. 121-2 (hôtellerie et
souveraine, si, pour l’emploi concerné, et sauf si une restauration) où il est d’usage constant de ne pas recourir
convention collective prévoit en ce cas le recours à un contrat à durée indéterminée, la cassation de l’arrêt
au contrat à durée indéterminée, il est effective- a été prononcée.
ment d’usage constant de ne pas recourir à un tel
contrat, l’existence de cet usage devant être vérifiée
au niveau du secteur d’activité défini par l’article 2. Droits et obligations des parties
D. 121-2 du Code du travail ou par une convention au contrat de travail
ou un accord collectif étendu.
Encourt dès lors la cassation l’arrêt qui, pour * Clause de domiciliation
accueillir une demande de requalification de contrat
à durée déterminée en contrat à durée indéterminée, N° 136
retient que le salarié occupait un emploi lié à l’acti-
vité normale et permanente de l’entreprise, alors Doit être déclarée nulle la clause imposant à des
que ce salarié travaillait dans le secteur d’activité salariés engagés en qualité d’employés d’immeu-
de l’hôtellerie et de la restauration, où il est d’usage bles de résider obligatoirement sur place dans
constant de ne pas recourir à des contrats à durée l’ensemble immobilier, dès lors que les juges du
indéterminée. fond constatent qu’ils peuvent exécuter les tâches
Soc., 25 mai 2005. Cassation partielle qui leur sont confiées tout en résidant à l’extérieur
des lieux de travail.
N° 04-40.169. – C.A. Paris, 25 novembre 2003
Soc. – 13 avril 2005. Rejet
M. Sargos, Pt. – Mme Martinel, Rap. – M. Collomp,
Av. Gén. N° 03-42.965. – C.A. Versailles, 27 mars 2003

Note M. Sargos, Pt. – M. Trédez, Rap. – M. Legoux,


Av. Gén.
Dans cette espèce, l’arrêt confirme sa jurisprudence Note
posée par les arrêts de principe du 26 novembre 2003
(Bull., 2003, V, n° 298, p. 299 et suivantes, quatre La chambre sociale a déjà eu l’occasion d’affirmer
arrêts ; Rapport annuel de la Cour de cassation 2003, que « l’employeur ne peut, sans porter atteinte à la vie
p. 327) précisant à quelles conditions le contrat à durée privée du salarié, imposer à ce dernier de travailler à son
déterminée dit d’usage prévu par l’article L. 122-1-1, 3°, domicile » (Soc., 2 octobre 2001, Bull., 2001, V, n° 292,
peut être requalifié en contrat à durée indéterminée et p. 234).
quel doit être l’office du juge du fond pour procéder ou La chambre a aussi jugé que « selon l’article 8 de la
non à cette requalification. Convention européenne de sauvegarde des droits de
On rappellera que depuis ces arrêts de novembre 2003, l’homme et des libertés fondamentales, toute personne
il suffit à la validité du contrat à durée déterminée dit a droit au respect de son domicile et le libre choix du
d’usage, d’une part qu’il intervienne dans l’un des domicile personnel et familial est l’un des attributs de ce
secteurs d’activité définis par décret ou par voie d’accord droit ». Une restriction à cette liberté n’est valable qu’à la
ou de convention collective étendu, d’autre part, que soit condition d’être indispensable à la protection des intérêts
constatée l’existence dans ce secteur d’un usage constant légitimes de l’entreprise et proportionnée, compte tenu de
permettant de ne pas recourir au contrat à durée indéter- l’emploi occupé et du travail demandé, au but recherché
minée ; à cet égard, l’appréciation sur ce second point
(Soc., 12 janvier 1999, Bull., 1999, V, n° 7, p. 4).
relève du pouvoir souverain des juges du fond, le contrôle
de la Cour de cassation ne s’étendant pas à la vérification L’intérêt de l’arrêt du 13 avril 2005 est d’affirmer
de l’usage sectoriel. qu’une clause d’obligation de résidence, en l’espèce
C’est pour avoir méconnu ces principes que l’arrêt insérée dans le contrat de travail d’employés d’immeu-
du 25 mai 2005 casse la décision des juges du fond, bles, doit être déclarée nulle, si elle n’est pas indispen-
qui avaient cru pouvoir requalifier en contrat à durée sable à la protection des intérêts légitimes de l’employeur,
indéterminée les contrats à durée déterminée conclus ni proportionnée au but recherché, et que tel est le cas
sur le fondement de l’article L. 122-1-1, 3° du Code du lorsque les salariés peuvent exécuter les tâches confiées
travail avec une salariée employée comme « extra » en aux heures fixées, tout en résidant à l’extérieur de leur
qualité de femme de chambre dans un grand hôtel, au lieu de travail.
motif qu’elle avait travaillé régulièrement hors saison et
en saison pendant plusieurs années, ce dont ils avaient
déduit que la salariée occupait un emploi lié à l’activité * Clause de non-concurrence
normale et permanente de l’entreprise.
N° 137
Depuis les arrêts de 2003, ce motif est inopérant. En
réalité, il appartenait aux juges du fond de faire les deux 1°) Dès lors qu’une clause de non-concurrence
vérifications précisées plus haut et d’en tirer les consé- n’est assortie d’aucune contrepartie financière, son
quences ; faute d’y avoir procédé et dans la mesure où le exécution est de nature à caractériser un trouble
contrat d’usage en cause relevait d’un des secteurs d’acti- manifestement illicite.

25
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

2°) Constitue une mesure destinée à faire cesser Note


un trouble manifestement illicite, au sens de l’article En décidant que la cessation volontaire d’activité de
R. 516-31 du Code du travail, la décision d’une l’entreprise ne décharge pas de plein droit le salarié de
cour d’appel, statuant en référé, qui, sans annuler son obligation de non-concurrence, la chambre sociale
cette clause, la déclare inopposable au salarié. affirme expressément une règle que de précédents arrêts
Soc., 25 mai 2005. Rejet avaient annoncée.
En l’espèce, en vertu de la convention collective appli-
N° 04-45.794. – C.A. Poitiers, 25 mai 2004 cable, l’indemnité de non-concurrence était due sauf
renonciation par l’employeur dans les huit jours à l’inter-
M. Sargos, Pt. – M. Barthélemy, Rap. – M. Maynial,
diction de concurrence. C’est dire que la convention ne
Av. Gén. prévoyait aucun autre mode de décharge de l’obligation
Note de non-concurrence et de l’indemnité correspondante,
notamment fondé sur la cessation d’activité de l’entre-
Depuis les arrêts de principe du 10 juillet 2002 (Bull.,
prise.
2002, V, n° 239, p. 234), en l’absence de contrepartie
financière, une clause de non-concurrence est nulle. La cessation d’activité de l’entreprise pouvait-elle
néanmoins fonder une décharge de l’obligation de non-
Cette exigence de contrepartie financière est d’appli- concurrence, comme n’ayant plus d’objet ?
cation immédiate et est donc applicable à une clause
La cour d’appel avait répondu par l’affirmative à cette
convenue antérieurement à ces arrêts de principe (Soc.,
question. En cassant cet arrêt la chambre sociale confirme
17 décembre 2004, Bull., 2004, V, n° 346, p. 310 ; la solution dégagée dans de précédentes décisions, selon
Rapport annuel de la Cour de cassation 2004, p. 213). laquelle la cessation d’activité n’a pas d’incidence sur
Par cet arrêt du 25 mai 2005, la chambre sociale vient l’obligation de non-concurrence. Ainsi, un conseil de
préciser que l’exécution d’une clause de non-concur- prud’hommes statuant en référé avait déclaré irrecevable
rence non assortie de contrepartie financière constitue une demande tendant à la cessation de l’activité concur-
un trouble manifestement illicite auquel le juge des rente exercée par son ancienne employée, la demanderesse
référés peut mettre fin en déclarant la clause inopposable étant en liquidation judiciaire et n’ayant donc à craindre
au salarié ; le juge des référés n’aurait pu en effet, sans aucun préjudice. La chambre sociale cassa l’arrêt au
excéder ses pouvoirs, annuler ladite clause et devait se motif que les juges n’avaient pas recherché, comme ils y
borner à décider de son inopposabilité. avaient été invités, si la circonstance de l’exercice d’une
activité en violation d’une clause de non-concurrence
La protection du salarié est ainsi parfaitement assurée. ne suffisait pas à caractériser le trouble manifestement
illicite (Soc., 10 décembre 1996, Bull., 1996, V, n° 436,
N° 138 p. 315). D’autres arrêts non publiés affirmaient aussi que
Il résulte de l’article 37 de la Convention collec- la cessation d’activité ne rendait pas non avenue la clause
tive de la métallurgie du Finistère que le salarié de non-concurrence (Soc., 11 juin 2003, pourvoi n° 01-
bénéficie de la contrepartie financière à l’interdiction 43 092 ; Soc., 22 septembre 1993, pourvoi n° 92-40.416 ;
de concurrence qui lui est faite par son contrat de Soc., 8 juillet 1992, pourvoi n° 89-43.378).
travail en l’absence de renonciation de l’employeur
dans le délai de huit jours. *Clause de période d’essai
La cessation volontaire d’activité de l’entreprise et période probatoire
n’a pas pour effet de décharger de plein droit le
salarié de son obligation de non-concurrence. N° 139
Dès lors, viole le texte précité ainsi que l’article 1134 Il résulte des dispositions des articles 11 et 20 de
du Code civil, la cour d’appel, qui, pour débouter le la Convention collective nationale du personnel
salarié de sa demande en paiement de l’indemnité sédentaire des entreprises de navigation libres du
compensatrice de l’obligation de non-concurrence 20 février 1951, étendue par arrêté du 21 mai 1982,
dont il n’avait pas été délié dans le délai de huit qui réservent aux parties une faculté réciproque de
jours, relève qu’à partir du moment où l’activité de résiliation au cours du stage prévu par l’article 11,
l’employeur qui a cessé n’a pu faire l’objet d’une que celui-ci constitue une période d’essai pendant
laquelle les règles régissant le licenciement ne sont
reprise et où la société a cessé d’avoir une existence
pas applicables.
légale du fait de sa dissolution, l’interdiction de
faire concurrence s’est trouvée dépourvue d’objet et Justifie dès lors légalement sa décision la cour
est tombée d’elle-même. d’appel qui, ayant relevé qu’il n’y avait ni contra-
riété ni désaccord entre les termes du contrat de
Soc., 5 avril 2005. Cassation partielle travail, dont la clause précisant les conditions de la
partiellement sans renvoi période d’essai se référait expressément à la conven-
tion collective, et les dispositions de cette dernière,
N° 02-45.540. – C.A. Rennes, 6 juin 2002 décide que l’employeur était en droit de renouveler
M. Sargos, Pt. – M. Chagny, Rap. – M. Foerst, la période d’essai.
Av. Gén. Soc., 11 mai 2005. Rejet

26
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

N° 03-40.651. – C.A. Douai, 29 novembre 2002 cas. Lorsque le contrat ne comporte pas de terme précis,
la période d’essai est calculée par rapport à la durée
M. Sargos, Pt. – M. Blatman, Rap. – M. Allix, minimale du contrat ».
Av. Gén. Dans l’espèce soumise à la Cour de cassation, la conven-
tion collective applicable prévoyait une période d’essai de
Note
trente jours. Cette période d’essai devait-elle se calculer
L’affaire en cause posait la question de la nature en jours ouvrés, c’est-à-dire effectivement travaillés, ou
juridique de la période probatoire de stage prévue par la en jours calendaires ?
Convention collective nationale du personnel sédentaire Telle était la question posée par le pourvoi à la Cour de
des entreprises de navigation libres du 20 février 1951, cassation.
faisant suite à une période d’essai. Si la chambre sociale avait par plusieurs arrêts retenu
Cette convention prévoit en son article 11 que « toute que la période d’essai prévue en jours devait se décompter
personne entrant au service de l’entreprise est recrutée, en jours travaillés (Soc., 18 juin 2002, pourvoi n° 00-
44.553 ; Soc., 13 juillet 1999, pourvoi n° 97-41.646 ;
d’abord, à titre d’essai pendant une période de trois mois »,
Soc., 25 janvier 1989, Bull., 1989, V, n° 74, p. 44),
période au cours de laquelle les parties au contrat ont l’application de cette jurisprudence aurait conduit ici à
chacune la faculté réciproque de se délier à tout moment. permettre qu’un délai exprimé en jours dans la conven-
Au terme de la même convention, « l’employé maintenu tion collective aboutisse à une période d’essai supérieure
dans son emploi après la période d’essai est admis à titre à un mois, en contradiction avec les dispositions de
de stagiaire pour trois mois », avant sa titularisation. l’article L. 122-3-2 du Code du travail.
Durant le stage, chaque partie a la faculté réciproque de L’intérêt de l’arrêt du 29 juin 2005 est d’affirmer très
se délier à tout moment. clairement – ce qui lui confère sa particulière importance
Quant aux contrats de travail en litige, ils prévoyaient – la règle générale selon laquelle toute période d’essai
une période d’essai de trois mois renouvelable. exprimée en jours se décompte en jours calendaires, sauf
La chambre sociale considère la période probatoire évidemment disposition légale, conventionnelle, contrac-
instituée par la convention collective en cause comme tuelle particulière.
une période d’essai, puisque cette convention prévoit une
faculté réciproque de se délier du contrat, faculté identique * Modification du contrat de travail
à celle de la première période d’essai. Elle avait déjà jugé en
ce sens au sujet de périodes de stage prévues par d’autres N° 141
conventions collectives (Soc., 27 novembre 2002, pourvoi Dès lors qu’un salarié a été autorisé lors de son
n° 00-46453 ; Soc., 8 janvier 1997, Bull., 1997, V, n° 9, embauche à effectuer une partie de son travail à
p. 5). son domicile deux jours par semaine, le fait de lui
Par conséquent, d’une part, l’employeur n’avait pas imposer de se rendre désormais au siège de l’entre-
à respecter les règles relatives au licenciement, qui ne prise, situé à une grande distance, pour exécuter ce
s’appliquent pas durant la période d’essai. D’autre part, travail constitue une modification de son contrat de
sans contredire la convention collective, le contrat de travail qu’il est en droit de refuser.
travail pouvait prévoir une faculté de renouvellement de Encourt dès lors la cassation l’arrêt qui décide que
la période d’essai. ce refus était constitutif d’une faute grave.
Soc., 13 avril 2005. Cassation partielle
N° 140
Toute période d’essai exprimée en jours se N° 02-47.621. – C.A. Amiens, 27 novembre 2002
décompte en jours calendaires. M. Sargos, Pt. – Mme Auroy, Rap. – M. Legoux,
Av. Gén.
Soc. 29 juin 2005. Rejet
Note
N° 02-45.701. – C.A. Douai, 28 juin 2002
M. Sargos, Pt. – Mme Nicolétis, Rap. – M. Duplat, Par son arrêt du 13 avril 2005, la chambre sociale
Av. Gén. précise sa jurisprudence sur la portée d’un changement de
lieu de travail imposé par l’employeur au salarié en affir-
Note mant qu’en cas d’autorisation donnée par l’employeur
lors de l’embauche pour l’exécution de la tâche à domicile,
L’article L. 122-3-2 du Code du travail prévoit que imposer ensuite au salarié de travailler au siège de l’entre-
« Le contrat à durée déterminée peut comporter une prise, se situant très loin de ce même domicile, constitue
période d’essai et qu’à défaut d’usages ou de disposi- une modification de son contrat de travail.
tions conventionnelles prévoyant des durées moindres, En l’occurrence, le salarié était amené à se déplacer
cette période d’essai ne peut excéder une durée calculée sur tout le territoire pour son travail auprès de la clien-
à raison d’un jour par semaine, dans la limite de deux tèle. Néanmoins son employeur l’avait autorisé, lors de
semaines lorsque la durée initialement prévue du contrat l’embauche, à effectuer les tâches administratives à son
est au plus égale à six mois et d’un mois dans les autres domicile à raison de deux jours par semaine. Par la suite,

27
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

l’employeur lui a demandé de réaliser ces tâches au siège cation ne pouvait constituer une cause de licenciement
social de l’entreprise, situé à plus de 200 kilomètres de son (Soc., 7 juillet 1998, Bull., 1998, V, n° 367, p. 278 ; Soc.,
domicile. Le salarié ayant refusé, l’employeur a décidé de 16 décembre 1998, Bull., 1998, V, n° 557, p. 416).
le licencier pour faute grave. Dans la lignée de cette jurisprudence, l’arrêt du
Il convient de rappeler que la chambre sociale juge 7 juin 2005 affirme que l’insertion d’une clause d’exclusi-
classiquement que le changement du lieu de travail ne vité, s’analysant en une restriction à la liberté du travail,
constitue pas une modification du contrat de travail, constitue une modification du contrat de travail et que le
mais un changement des conditions de travail, dès lors refus du salarié d’accepter cette modification ne constitue
que le nouveau lieu de travail se situe dans le même pas une cause réelle et sérieuse de licenciement.
secteur géographique que le précédent (par exemple :
Soc., 16 décembre 1998, Bull., 1998, V, n° 558, p. 417).
Même lorsque le lieu de travail est mentionné dans le *Pouvoir de direction de l’employeur
contrat de travail, le changement du lieu d’exécution de
la prestation de travail n’en constitue pas pour autant N° 143
une modification du contrat de travail : cette mention n’a Le refus par un salarié d’un changement de ses
que valeur d’information à moins qu’il ne soit stipulé par conditions de travail, s’il rend le licenciement fondé
une clause claire et précise que le salarié exécutera son sur une cause réelle et sérieuse, ne constitue pas à
travail dans ce lieu (Soc., 21 janvier 2004, Bull., 2004, lui seul une faute grave.
V, n° 26, p. 23 ; Soc., 3 juin 2003, Bull., 2003, V, n° 185,
p. 181). Soc. – 11 mai 2005. Rejet
Mais dès lors que l’employeur autorise expressément, N° 03-42.018. – C.A. Amiens, 8 janvier 2003
lors de l’embauche, le travail à domicile, le changement de
lieu de travail constitue bien une modification du contrat M. Sargos, Pt. – M. Rovinsky, Rap. – M. Allix,
de travail, sachant qu’en l’espèce le siège de l’entreprise Av. Gén.
se trouvait très éloigné du domicile. Note
La Cour avait déjà jugé que d’une part, en imposant
au salarié d’exécuter son travail au siège de l’entreprise Par cet arrêt du 11 mai 2005, la chambre sociale
alors que les parties étaient convenues, lors de la conclu- confirme sa jurisprudence du 23 février 2005 (Soc.,
sion du contrat, de l’exécution de la prestation de travail 23 février 2005, pourvoi n° 03-42.018, Bull., 2005,
à domicile, et, d’autre part, en remplaçant un horaire n° 64, p. 56 ; cf. également note dans cette revue n° 69,
libre par un horaire fixe, l’employeur modifie le contrat de janv-fév-mars 2005, p. 62, n° 19).
travail (Soc., 12 décembre 2000, Bull., 2000, V, n° 417,
p. 319). * Responsabilité du salarié
En conséquence, le refus de cette modification ne peut
constituer une faute grave justifiant un licenciement. N° 144
N° 142 La responsabilité pécuniaire d’un salarié à l’égard
de son employeur ne peut résulter que de sa faute
Constitue une modification du contrat de travail lourde même en ce qui concerne le droit à compen-
l’adjonction à celui-ci d’une clause d’exclusivité. Un sation prévu à l’article L. 144-1 du Code du travail.
salarié n’est dès lors pas tenu d’accepter une telle
modification et le licenciement motivé par son refus Encourt dès lors la cassation le jugement qui admet
est dépourvu de cause réelle et sérieuse. qu’un employeur pouvait compenser sur le salaire
le coût d’un outil nécessaire au travail détérioré par
Soc. – 7 juin 2005. Cassation sans renvoi un salarié sans relever que ce dernier avait commis
N° 03-42.080. – C.A. Montpellier, 22 janvier 2003 une faute lourde.
M. Sargos, Pt. – Mme Bobin-Bertrand, Rap. – Soc., 20 avril 2005. Cassation
M. Allix, Av. Gén.
N° 03-40.069. – C.P.H. Epinal, 14 octobre 2002
Note M. Sargos, Pt. – Mme Bouvier, Rap. – M. Allix,
La chambre sociale a déjà affirmé que le refus par le Av. Gén.
salarié d’une modification de son contrat de travail Note
n’était pas fautif (Soc., 16 décembre 1998, Bull., 1998,
V, n° 557, p. 416) et que ce refus ne constituait pas en L’employeur peut-il retenir sur le salaire de son salarié
soi une cause réelle et sérieuse de licenciement (Soc., le coût de renouvellement du badge mis à la disposition
24 novembre 1999, Bull., 1999, V, n° 456, p.338 ; de ce dernier pour accéder à son lieu de travail et dont la
Soc., 9 avril 2002, Bull., 2002, V, n° 121, p.128 ; Soc., détérioration avait nécessité le remplacement ?
5 mai 2004, Bull., 2004, V, n° 120, p. 109). Pour donner une réponse positive à cette question, les
En outre, la chambre a posé comme principe que l’inser- juges du fond avaient considéré qu’en vertu de l’article
tion d’une clause de non-concurrence dans un contrat de L. 144-1 du Code du travail, une compensation avait pu
travail n’en comportant pas constituait une modification être opérée entre le salaire dû et le coût du badge dans la
de ce contrat et que le refus du salarié d’une telle modifi- mesure où celui-ci était un outil nécessaire au travail.

28
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

De fait, l’article L. 144-1 du Code du travail prévoit Nos 04-44.626 à 04-44.634, 04-44.636 à 04-44.648,
que : « Aucune compensation ne s’opère au profit des 04-44.650 à 04-44.658, 04-44.660 à 04-44.674. – C.A.
employeurs entre le montant des salaires dus par eux Dijon, 8 avril 2004
à leurs salariés et les sommes qui leur seraient dues à
eux-mêmes pour fournitures diverses, quelle qu’en soit la M. Sargos, Pt. – M. Bailly, Rap. – M. Foerst,
nature, à l’exception toutefois : Av. Gén.
1. Des outils et instruments nécessaires au travail ; Note
2. Des matières ou matériaux dont le salarié a la charge
et l’usage ; Envisageant de réorganiser plusieurs de ses établis-
3. Des sommes avancées pour l’acquisition de ces sements pour faire face à une dégradation du marché,
mêmes objets. » une société a engagé une procédure d’information et de
consultation du comité central d’entreprise et des comités
La décision des juges du fond est censurée par la
chambre sociale qui, dans son arrêt de principe du d’établissement concernés.
20 avril 2005, précise que, même en ce qui concerne le Au cours de cette procédure, un protocole d’accord a
droit à compensation prévu par l’article L. 144-1 du Code été conclu entre d’une part, l’employeur et d’autre part,
du travail, la responsabilité pécuniaire du salarié envers plusieurs syndicats, pour traiter les conséquences sur
son employeur ne peut résulter que de sa faute lourde. l’emploi de la réorganisation envisagée. Améliorant le
Laisser à la charge du salarié le coût de remplacement plan social présenté par l’employeur, le nouveau plan
d’un outil, instrument, matière ou matériau revient en résultant de cet accord collectif comprenait diverses
effet à lui faire supporter les conséquences de leur détério- mesures et notamment le versement, outre les indem-
ration, c’est-à-dire se placer sur le terrain de la responsa- nités de rupture légalement dues, d’indemnités globales
bilité du salarié envers son employeur. Or un salarié ne transactionnelles forfaitaires et définitives aux salariés
peut engager sa responsabilité envers son employeur que licenciés pour motif économique.
s’il a commis une faute lourde (Soc., 5 décembre 1996, A la suite de leur licenciement pour motif économique,
Bull., 1996, V, n° 424, p. 306 ; Soc., 11 mars 1998, Bull., les salariés concernés par l’accord collectif ont signé un
1998, V, n° 135, p. 100). protocole d’accord transactionnel au terme duquel ils
La seule exception à l’exigence de la faute lourde déclaraient renoncer à contester leur licenciement en
concerne les sommes encaissées par le salarié pour le contrepartie de l’indemnité transactionnelle prévue à
compte de son employeur, et plus généralement les choses l’accord collectif.
mises à sa disposition pour les besoins de son activité Certains salariés mettant en cause la validité de cet
professionnelle, comme par exemple une voiture de accord transactionnel ont reproché à la cour d’appel
fonction, un téléphone portable ou un équipement infor- d’avoir fait produire effet à une transaction qui ne conte-
matique ; le salarié est tenu de les restituer à l’employeur nait aucune concession de la part de l’employeur, dès lors
et, en cas de refus, engage sa responsabilité même sans que les sommes allouées aux salariés résultaient de la
faute lourde (Soc., 19 novembre 2002, Bull., 2002, V, seule exécution de l’accord collectif conclu pour améliorer
n° 344, p. 337 ; Rapport annuel de la Cour de cassation le plan social.
2002, p. 360).
La question posée par le pourvoi était donc de savoir
si un accord collectif s’intégrant au plan social peut
* Transaction faire dépendre l’attribution d’une indemnité, qualifiée de
forfaitaire, de la conclusion avec le salarié d’une transac-
N° 145 tion comportant de sa part une renonciation à contester le
La mise en œuvre d’un accord collectif dont les licenciement, autrement dit, si l’exigibilité d’une indem-
salariés tiennent leurs droits ne peut être subor- nité peut dépendre d’une telle condition.
donnée à la conclusion de contrats individuels de La chambre sociale répond par la négative à cette
transaction. question ; en effet, la solution contraire revenait à consi-
Encourt dès lors la cassation l’arrêt d’une cour dérer qu’en acceptant de bénéficier de l’indemnité transac-
d’appel qui, interprétant faussement un tel accord, tionnelle prévue dans un accord collectif, en faveur des
en ce qu’il ne faisait pas dépendre l’attribution salariés licenciés pour motif économique, chaque salarié
d’indemnités aux salariés pour motif économique avait reconnu qu’il obtenait ainsi un avantage auquel il
de la conclusion de transactions individuelles, ne pouvait légalement prétendre, en contrepartie d’une
retient qu’en reconnaissant à l’indemnité mise à renonciation à contester la rupture.
la charge de l’employeur la nature d’indemnité Une telle solution aurait présenté divers inconvé-
transactionnelle, les parties à un accord collectif nients : celui de méconnaître la force obligatoire, pour
destiné à améliorer un plan social ont nécessaire- l’employeur, des stipulations de l’accord collectif destiné
ment convenu d’en subordonner l’attribution à à améliorer le plan social et de placer le salarié licencié
la conclusion entre l’employeur et chaque salarié devant une dilemme, en lui imposant soit de signer une
licencié d’une transaction emportant obligation de transaction pour percevoir l’indemnisation prévue dans
payer cette indemnité en contrepartie de conces-
le plan et dans l’accord, soit de s’y refuser, en perdant
sions consenties par le salarié.
alors cette réparation forfaitaire, pour se réserver le droit
Soc., 5 avril 2005. Cassation de discuter la régularité du licenciement.

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2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

Prenant en compte ces divers facteurs, la chambre considéré qu’elle ne pouvait pas se cumuler avec l’indem-
sociale retient en définitive que la mise en œuvre d’un nité due pour rupture anticipée du contrat de travail à
accord collectif dont les salariés tiennent leurs droits ne durée déterminée (Soc., 15 octobre 2002, Bull., 2002,
peut être subordonnée à la conclusion de contrats indivi- V, n° 312 (2), p. 300) et pas davantage avec l’indemnité
duels de transaction. pour licenciement sans cause réelle et sérieuse (Soc.,
Cet arrêt se situe dans le courant jurisprudentiel selon 6 juillet 2004, Bull., 2004, V, n° 192, p. 181).
lequel une fin de non-recevoir tirée de l’existence d’une Dans son arrêt du 25 mai 2005, la chambre sociale
transaction ne peut donc être opposée qu’à la condition vient affirmer le principe selon lequel l’indemnité forfai-
que l’accord contienne des concessions réciproques de taire peut en revanche se cumuler avec les indemnités
l’employeur et du salarié. Il est par conséquent nécessaire de licenciement, de congés payés et compensatrice de
que cette convention procure au salarié des avantages préavis.
autres que ceux qu’il tient de la loi ou d’un accord Revenant sur la formule générale employée dans l’arrêt
collectif ou encore d’un usage. Ainsi, un arrêt a retenu du 15 octobre 2002 interdisant le cumul de l’indemnité
qu’une transaction n’était pas valable, bien que conclue forfaitaire avec « les autres indemnités auxquelles le
après la notification d’un licenciement pour motif écono- salarié pourrait prétendre au titre de la rupture de son
mique, parce que les avantages accordés au salarié avaient contrat de travail », la chambre sociale admet aujourd’hui
déjà été convenus dans un accord antérieur, conclu très clairement le cumul de cette indemnité spécifique
avant la rupture, entre l’employeur et son salarié (Soc., avec les indemnités de licenciement, de congés payés et
9 juillet 2003, pourvoi n° 01-41.202 ; la motivation de compensatrice de préavis.
cet arrêt repose toutefois sur la constatation que cette
Cette solution nouvelle tient compte du fondement
transaction procédait en réalité d’un échange des consen-
différent de chaque indemnité, l’indemnité spécifique
tements antérieur à la rupture, autrement dit, qu’elle
pour travail dissimulé ayant pour seul objet de réparer le
était en fait intervenue avant la rupture du contrat).
préjudice subi du fait de la dissimulation de l’emploi et les
indemnités compensatrices de préavis et de licenciement
* Travail dissimulé réparant pour la première le préjudice résultant de l’inob-
servation du préavis et la seconde constituant la contre-
N° 146 partie du droit de résiliation unilatérale de l’employeur.
L’indemnité forfaitaire égale à six mois de salaire Toutefois, cet arrêt du 25 mai 2005 ne concerne pas la
prévue par l’article L. 324-11-1 du Code du travail question du cumul de l’indemnité spécifique de l’article
en cas de travail dissimulé peut se cumuler avec L. 324-11-1 du Code du travail avec les dommages-
l’indemnité compensatrice de préavis, l’indemnité intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse
de congés payés sur préavis et l’indemnité conven- et la solution du non-cumul adoptée par arrêt du
tionnelle de licenciement. 6 juillet 2004 reste inchangée.
En conséquence doit être cassé l’arrêt d’une cour
d’appel qui, pour limiter la somme due au titre N° 147
de l’indemnité forfaitaire instituée par ce texte, Le caractère intentionnel du travail dissimulé ne
retient que cette indemnité se confond avec les peut se déduire de la seule absence de mention des
autres sommes allouées en application des disposi- heures supplémentaires sur les bulletins de paie.
tions légales ou conventionnelles, ce qui comprend
Encourt dès lors la cassation l’arrêt qui alloue à un
l’indemnité compensatrice de préavis, l’indemnité
salarié l’indemnité forfaitaire pour travail dissimulé
de congés payés sur préavis et l’indemnité conven-
prévue par l’article L. 324-11-1 du Code du travail
tionnelle de licenciement.
au seul motif que des heures supplémentaires
Soc., 25 mai 2005. Cassation partielle n’étaient pas mentionnées sur les bulletins de paie,
un tel motif inopérant équivalant à une absence de
N° 02-44.468. – C.A. Versailles, 9 avril 2002 motif.
M. Sargos, Pt. – Mme Martinel, Rap. – M. Collomp, Soc. – 29 juin 2005. Cassation partielle
Av. Gén.
N° 04-40.758. – C.A. Metz, 12 novembre 2002 et
Note 22 octobre 2003
L’article L. 324-11-1 du Code du travail prévoit que M. Sargos, Pt. – Mme Grivel, Rap. – M. Allix,
« le salarié auquel un employeur a eu recours en viola- Av. Gén.
tion des dispositions de l’article L. 324-10 du Code du Note
travail a droit en cas de rupture de la relation de travail
à une indemnité forfaitaire égale à six mois de salaire, Il ressort d’une jurisprudence bien établie que l’exis-
à moins que l’application d’autres règles légales ou de tence d’une dissimulation d’emploi salarié suppose que
stipulations conventionnelles ne conduise à une solution soit prouvée l’intention de l’employeur de mentionner sur
plus favorable ». le bulletin de paie un nombre d’heures de travail inférieur
S’agissant de savoir si cette indemnité spécifique à celui réellement effectué (Soc., 19 janvier 2005, Bull.,
pouvait ou non se cumuler avec les indemnités éventuel- 2005, V, n° 21, p.12 ; Soc., 29 octobre 2003, Bull., 2003,
lement dues en cas de rupture, la chambre sociale avait V, n° 268, p. 272 ; Soc., 4 mars 2003, Bull., 2003, V,

30
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

n° 80, p. 77 ; Soc., 21 mai 2002, Bull., 2002, V, n° 170, économique autonome conservant son identité (Soc.,
p. 178). S’il relève du pouvoir souverain des juges du 3 avril 2001, Bull., 2001, V, n° 119, p. 93 et l’arrêt cité ;
fond d’apprécier l’existence d’une telle intention (Soc., Soc., 27 avril 2000, Bull., 2000, V, n° 156, p. 120 ; Soc.,
19 janvier 2005, Bull., 2005, n° 14, p. 12), ceux-ci ne 27 octobre 1999, Bull., 1999, V, n° 415, p. 305).
sont pas pour autant dispensés de motiver leur décision Dès lors que l’article L. 122-12 du Code du travail
conformément aux dispositions de l’article 455 du s’applique, la chambre sociale en déduit logiquement
nouveau Code de procédure civile. Or, le caractère inten- que les licenciements prononcés par le mandataire-liqui-
tionnel de la dissimulation ne peut se déduire du seul fait dateur sont sans effet (Soc., 27 novembre 2001, Bull.,
de l’absence de mention sur le bulletin de paie des heures 2001, V, n° 358, p. 286 ; Soc., 3 avril 2001, Bull., 2001,
supplémentaires effectuées, un tel motif étant inopérant V, n° 119, p. 93), comme l’interruption de courte durée
et équivalent dès lors à un défaut de motifs. C’est ce que de l’activité avant la cession (Soc., 3 avril 2001, Bull.,
rappelle la chambre sociale par cet arrêt. 2001, n° 113, p. 89).

3. Modification dans la situation juridique * Transfert à une entreprise publique


de l’employeur
N° 149
* Cession d’une unité de production 1°) La directive n° 77/187/CEE du 14 février 1977,
qui ne vise qu’à une harmonisation partielle des
N° 148 droits des travailleurs en cas de transfert d’entre-
prise, n’impose pas au nouvel employeur de
Selon l’article L. 622-17 du Code de commerce, la maintenir les droits que les salariés tenaient, avant
cession globale des unités de production composées le transfert, d’un accord collectif, lorsque, selon la loi
de tout ou partie de l’actif mobilier ou immobilier nationale dont relève le contrat de travail, cet accord
de l’entreprise en liquidation judiciaire peut être cesse de produire ses effets juridiques à l’égard du
autorisée par le juge-commissaire. Pour choisir personnel repris. La saisine de la Cour de justice des
l’offre de reprise qui lui paraît la plus sérieuse, le Communautés européennes d’une question préju-
juge-commissaire doit vérifier, outre que cette offre dicielle est dès lors sans objet.
permet dans les meilleures conditions d’assurer
durablement l’emploi, que l’unité de produc- 2°) A compter de la fusion-absorption intervenue
tion dont la cession est envisagée correspond à entre des entreprises publiques ou établissements
un ensemble d’éléments corporels ou incorporels publics industriels et commerciaux, les salariés de
permettant l’exercice d’une activité qui poursuit un l’entreprise absorbée sont soumis de plein droit
objectif propre. au statut du personnel de l’entreprise absorbante,
dérogatoire au droit commun, qui leur est immédia-
Il en résulte que la cession réalisée en vertu de tement applicable.
cette autorisation entraîne de plein droit le transfert
3°) En application de l’article L. 134-1 du Code
d’une entité économique autonome et, par voie de
du travail, des conventions ou accords collectifs de
conséquence, la poursuite avec le cessionnaire des
travail négociés au sein des entreprises publiques
contrats de travail des salariés des unités transfé-
ou établissements publics à caractère industriel et
rées, peu important qu’ils aient été licenciés par
commercial peuvent seulement compléter les dispo-
le mandataire-liquidateur avant la cession et que
sitions statutaires ; dès lors les dispositions du statut
l’interruption de l’activité cédée ait été de courte
ne peuvent être contredites par des accords collec-
durée. tifs et les dispositions de l’article L. 132-8, alinéas 6
Soc., 19 avril 2005. Cassation partiellement et 7, du Code du travail ne s’appliquent pas.
sans renvoi Soc., 17 mai 2005. Rejet
N° 03-43.240. – C.A. Versailles, 19 avril 2005 N° 03-13.582. – C.A. Paris, 20 janvier 2003
M. Sargos, Pt. – Mme Manes-Roussel, Rap. – M. Sargos, Pt. – Mme Manes-Roussel, Rap. – M. Du-
M. Maynial, Av. Gén. plat, Av. Gén.
Note Note

C’est une jurisprudence bien établie que la chambre L’arrêt concerne le statut des salariés du secteur privé
sociale de la Cour de cassation confirme dans son arrêt du repris par une entreprise publique.
19 avril 2005 relatif à l’application de l’article L. 122-12 La directive n° 77/187/CEE du 14 février 1977, en son
du Code du travail à la cession d’une unité de production article 3 paragraphe 2, prévoit qu’après le transfert, le
décidée dans le cadre d’une liquidation judiciaire. cessionnaire « maintient les conditions de travail conve-
En effet, une jurisprudence constante admet le trans- nues par une convention collective dans la même mesure
fert de plein droit des contrats de travail conformément que celle-ci les a prévues pour le cédant, jusqu’à la date de
à l’article L. 122-12 du Code de travail, en constatant la résiliation ou de l’expiration de la convention collective
que l’unité de production cédée, envisagée à l’article ou de l’entrée en vigueur ou de l’application d’une autre
L. 622-17 du Code de commerce, constitue une entité convention collective ». Ce principe du maintien tempo-

31
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

raire des droits des travailleurs résultant de la conven- la société absorbée, dès lors que des dispositions de la
tion collective a été transposé à l’article L. 132-8 du Code convention ou de l’accord collectifs contredisent celles du
du travail. S’applique-t-il lorsque le cessionnaire est une statut, ce qui était le cas en l’espèce.
entreprise publique soumise à un statut réglementaire ?
Quel est le sort d’un accord collectif en cas de trans-
fert d’entreprise à un cessionnaire, entreprise publique, 4. Contrats particuliers
soumis à un statut réglementaire particulier ?
En l’espèce, à la suite d’une fusion-absorption, les
* Travail temporaire
salariés de la société absorbée ont été soumis aux dispo-
sitions statutaires et réglementaires en vigueur dans la N° 150
société absorbante. Une partie de ces salariés a contesté 1°) Une cour d’appel, qui a requalifié un premier
l’application de ces dispositions statutaires et réglemen- contrat d’intérim en un contrat à durée indéter-
taires et exigé celle des textes conventionnels en vigueur minée, peut décider que les contrats successifs
au sein de la société absorbée. ultérieurs relevaient de la même relation de travail
La chambre sociale affirme tout d’abord que la direc- à durée indéterminée.
tive n° 77/187/CEE du 14 février 1977 ne vise qu’une 2°) Lorsqu’il requalifie en contrat à durée indéter-
harmonisation partielle des droits des travailleurs en minée une succession de missions d’intérim, le
cas de transfert d’entreprise et n’impose pas au nouvel juge doit accorder au salarié une seule indemnité
employeur de maintenir les droits que les salariés tenaient, de requalification dont le montant ne peut être
avant le transfert, d’un accord collectif, dès lors que la loi inférieur à un mois de salaire.
nationale dont relève le contrat de travail prévoit que cet 3°) La requalification de plusieurs contrats de
accord collectif cessera de produire ses effets juridiques à travail temporaire en une relation contractuelle
l’égard du personnel repris. à durée indéterminée n’entraîne le versement
Ce faisant, elle se conforme à l’interprétation de la d’indemnités qu’au titre de la rupture du contrat à
directive faite par la Cour de justice des Communautés durée indéterminée.
européennes : la directive ne vise qu’à une harmonisation
partielle et « ne s’oppose pas, en cas de transfert d’une Soc., 13 avril 2005. Cassation partielle
activité à une personne morale de droit public, à l’appli-
N° 03-44.996. – C.A. Versailles, 24 avril 2003
cation du droit national prescrivant la résiliation des
contrats de travail de droit privé » et à ce que le nouvel M. Sargos, Pt. – M. Barthélemy, Rap. – M. Foerst,
employeur « procède à une réduction du montant de la Av. Gén.
rémunération des travailleurs concernés aux fins de se
conformer aux règles nationales en vigueur relatives Note
aux employés publics » (CJCE, 11 novembre 2004,
C-425/02, Delahaye). Antérieurement, la Cour de justice Dans l’espèce soumise à la chambre sociale, le salarié
avait affirmé que les salariés perdaient le bénéfice des mis à la disposition de la même entreprise utilisatrice par
droits qu’ils tenaient, avant le transfert, d’une conven- quatre contrats de mission prétendait voir requalifier ces
tion collective lorsque la disposition conventionnelle en quatre contrats en autant de contrats à durée indéter-
question a légalement perdu ses effets juridiques en vertu minée et sollicitait des indemnités de rupture pour
de la loi nationale (CJCE, 6 novembre 2003, C-4/01, chacun d’entre eux.
Martin). Par cet arrêt du 13 avril 2005, la chambre sociale
C’est dire que, pour ce qui concerne les dispositions réaffirme et précise la solution retenue à propos de la
du statut collectif de la société absorbée, la directive requalification d’une succession de contrats à durée
n’empêche pas le législateur national de prévoir des déterminée (Cour de cassation – Avis n° 005 0003 du
limites au principe énoncé à l’article 3 paragraphe 2. 24 janvier 2005, Bull., 2005, Avis, n° 2, p. 1) et celle
Dès lors, le fait qu’en cas de fusion-absorption inter- adoptée le 30 mars 2005 (pourvoi n° 02-45.410) en cas
venue entre des entreprises publiques ou établissements de requalification de contrats de travail temporaire (cf.
publics industriels et commerciaux, les salariés de l’entre- cette revue, n° 69, janv-fév-mars 2005, p. 67, n° 29 et la
prise absorbée soient soumis immédiatement et de plein note).
droit au statut du personnel de l’entreprise absorbante Le contrat à durée déterminée et le contrat de travail
n’est pas contraire à la directive. temporaire ont la particularité commune d’être des
Ensuite, l’article L. 134-1 du Code du travail prévoit contrats d’exception.
que, dans les entreprises publiques notamment, des Pour les contrats de travail temporaire, la date d’effet de
conventions ou accords collectifs peuvent compléter les la requalification est clairement indiquée par la loi (article
dispositions statutaires. Mais, comme la chambre sociale L. 124-7 du Code du travail) et part du premier jour de
a déjà eu l’occasion de le rappeler (Soc., 12 juillet 1999, la mission. Interprétant cet article, la chambre décide que
Bull., 1999, V, n° 349, p. 254, rejet), les dispositions du la requalification d’un contrat de travail temporaire en
statut ne peuvent être contredites par ces conventions contrat de travail à durée indéterminée donne naissance à
ou accords. L’article L. 134-1 s’oppose en conséquence à une relation de travail à durée indéterminée englobant les
l’application de l’article L. 132-8, alinéas 6 et 7, du Code contrats successifs ultérieurs. Ainsi, cette requalification
du travail, c’est-à-dire au maintien temporaire des droits ouvre droit à une seule indemnité de requalification et ne
des travailleurs résultant de la convention collective de génère qu’une seule rupture non causée.

32
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

N° 151 l’article L. 124-4 du Code du travail, qui énonce les


obligations de l’entreprise de travail temporaire. Ce
1°) L’indemnité de précarité, qui est destinée à
texte pose, d’une part, les conditions d’établissement
compenser la précarité de la situation du salarié
du contrat de mission (dans les deux jours ouvrables
intérimaire, lui reste acquise nonobstant la requali-
fication du contrat de travail temporaire en contrat suivant la mise à disposition), et énonce, d’autre part, les
de travail à durée indéterminée. différentes mentions qui doivent figurer obligatoirement
dans ce contrat de mission.
2°) Les dispositions de l’article L. 124-7 du Code
du travail, qui sanctionnent l’inobservation par Cette jurisprudence se situe dans le droit fil de la
l’entreprise utilisatrice des dispositions des articles jurisprudence résultant des arrêts du 7 mars 2000 et du
L. 124-2 à L. 124-2-4 du même Code, n’excluent pas 19 juin 2002.
la possibilité pour le salarié d’agir contre l’entre- Dans l’arrêt rendu le 7 mars 2000 (Soc., 7 mars 2000,
prise de travail temporaire lorsque les conditions à Bull., 2000, V, n° 90, p. 71), la chambre a affirmé que,
défaut desquelles toute opération de prêt de main- faute de comporter la signature de l’intéressé, un contrat
d’œuvre est interdite n’ont pas été respectées. Il en de mission ne pouvait être considéré comme ayant été
résulte que l’entreprise de travail temporaire ne établi par écrit et que l’employeur, ne respectant pas les
peut être condamnée si elle n’a manqué à aucune dispositions de l’article L. 124-4 du Code du travail,
des obligations que l’article L. 124-4 du Code du s’était placé hors du champ d’application du contrat de
travail met à sa charge. travail temporaire et s’était trouvé lié au salarié par un
Encourt dès lors la cassation l’arrêt qui condamne contrat de droit commun à durée indéterminée.
in solidum une entreprise utilisatrice et une entre- Par ailleurs, dans l’arrêt en date du 19 juin 2002 (Soc.,
prise de travail temporaire sans relever que cette 19 juin 2002, Bull., 2002, V, n° 208, p. 201), il a été jugé
dernière avait failli à ces obligations. que les dispositions de l’article L. 124-7 alinéa 2 du Code
Soc., 13 avril 2005. Cassation partielle du travail sanctionnant l’inobservation par l’entre-
prise utilisatrice des dispositions des articles L. 124-3 et
N° 03-41.967. – C.A. Versailles,14 janvier 2003 L. 124-4 du même Code n’excluaient pas la possibilité
M. Sargos, Pt. – Mme Martinel, Rap. – M. Foerst, pour le salarié d’agir contre l’entreprise de travail tempo-
Av. Gén. raire lorsque les conditions à défaut desquelles toute
opération de prêt de main-d’œuvre est interdite n’avaient
Note pas été respectées.

Par cet arrêt du 13 avril 2005, la chambre sociale N° 152


vient préciser la solution dégagée par un arrêt du Constitue une opération de prêt illicite de
19 janvier 1999 (Bull., 1999, V, n° 36, p. 27) selon lequel main-d’œuvre à but lucratif interdite par l’article
le salarié d’une entreprise de travail temporaire ayant L. 125-3 du Code du travail, le fait par une entre-
choisi de faire valoir ses droits afférents à un contrat à prise de mettre à disposition d’une autre entre-
durée indéterminée uniquement auprès de la société prise, moyennant rémunération, le salarié qu’elle
utilisant ses services, la société de travail temporaire, peu a engagé, à cet effet, pour la durée d’un chantier,
important qu’elle ait versé ou non à la société utilisatrice lequel a été placé sous l’autorité d’une autre entre-
une somme représentant le montant des indemnités de prise, la société prêteuse n’ayant conservé aucun
précarité, ne peut obtenir la restitution de ces indemnités pouvoir de contrôle et de direction sur le salarié.
qu’elle a versées en application de contrats qui n’ont
fait l’objet à son égard d’aucune décision prononçant Soc. – 17 juin 2005. Rejet
leur nullité ou leur requalification en un contrat à durée
indéterminée. N° 03-13.707. – C.A. Colmar, 11 février 2003
Dans la présente espèce, la salariée avait sollicité la M. Sargos, Pt. – Mme Mazars, Rap. – M. Maynial,
requalification des contrats de travail temporaire tant à Av. Gén.
l’encontre de l’entreprise utilisatrice que de l’entreprise
de travail temporaire. La chambre décide que, dans ce cas Note
également, l’indemnité de précarité, compte tenu de sa
finalité qui est de compenser la précarité de la situation Le principe posé par l’article L. 125-3 du Code du
du salarié intérimaire, reste acquise à ce dernier, nonobs- travail est l’interdiction du prêt de main-d’œuvre à but
tant la requalification. lucratif. La violation de ce principe constitue le délit de
Par ailleurs, la chambre confirme sa jurisprudence marchandage. Cependant, le prêt de main-d’œuvre n’est
définissant les conditions d’exercice de l’action en pas prohibé lorsqu’il n’est que la conséquence néces-
requalification en contrat à durée indéterminée de saire de la transmission d’un savoir-faire ou de la mise
contrats de mission conclus par une entreprise de travail en œuvre d’une technicité propre à l’entreprise prêteuse
temporaire. (Soc., 9 juin 1993, Bull., 1993, V, n° 164, p. 11).
Elle limite cette action en requalification formée à En l’espèce, une entreprise d’assistance technique avait
l’encontre de l’entreprise de travail temporaire aux seuls mis à disposition d’une autre société cocontractante un
cas dans lesquels il a été constaté un manquement par salarié qu’elle avait embauché à cet effet, pour la durée
cette entreprise aux obligations mises à sa charge par d’un chantier exécuté au bénéfice d’une troisième société.

33
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

La société prêteuse prétendait obtenir la condamnation de – L’article L. 772-3 renvoie à un décret pour la détermi-
sa cocontractante au paiement des factures relatives à la nation des congés annuels (articles R. 771-1 et suivants
« sous-traitance » du salarié. du Code du travail).
Pour approuver les juges d’appel d’avoir débouté la Hormis ces dispositions, le statut des employés de
société prêteuse de sa demande, la chambre sociale retient maison est défini par la Convention collective nationale des
que le contrat passé entre les deux sociétés caractérisait salariés du particulier employeur du 24 novembre 1999,
un prêt illicite de main-d’œuvre à but lucratif, dès lors, étendue par arrêté du 2 mars 2000.
d’une part, que le prix facturé par la société prêteuse était La Cour de cassation, considérant que la liste des textes
fonction des jours de présence du salarié sur le chantier mentionnés à l’article L. 772-2 du Code du travail n’est
et lui permettait de dégager une marge bénéficiaire et , pas limitative (Soc., 19 novembre 2003, Bull., 2003, V,
d’autre part, que la société prêteuse, absente et non repré- n° 291, p. 293), détermine, au cas par cas, quelles sont
sentée sur le chantier, n’avait aucun pouvoir de contrôle les dispositions du Code du travail qui s’appliquent aux
ni de direction sur le salarié embauché et immédiatement employés de maison. La chambre sociale a ainsi jugé
mis à disposition. que :
Cette solution se situe dans la lignée de précédents – les dispositions du Code du travail relatives à la durée
arrêts de la chambre sociale, qui retient l’existence d’un du travail et à la définition du travail effectif ne sont pas
prêt de main-d’œuvre illicite en cas de mise à disposition applicables aux employés de maison qui travaillent au
par une société prêteuse dès lors que celle-ci a transféré domicile privé de leur employeur et qui sont soumis à la
à l’utilisatrice le lien de subordination avec le salarié Convention collective nationale de travail des employés
(Soc., 25 septembre 1990, Bull., 1990, V, n° 382, p. 230 de maison (Soc., 13 juillet 2004, Bull., 2004, V, n° 221,
et l’arrêt cité). p. 203 ; Soc., 17 octobre 2000, Bull., 2000, V, n° 335,
p. 258) ;
– les dispositions de l’article L. 122-28-1 du Code du
5. Statuts particuliers travail selon lesquelles tout salarié qui justifie d’une
ancienneté minimale d’une année à la date de naissance
* Employés de maison de son enfant a le droit de bénéficier d’un congé parental
d’éducation durant lequel le contrat de travail est
N° 153 suspendu, s’appliquent à tous les salariés y compris les
employés de maison (Soc., 19 novembre 2003, précité) ;
Il résulte des dispositions combinées de l’article
12 de la Convention collective nationale des salariés – les dispositions de l’article L. 212-1-1 du Code du
du particulier employeur du 24 novembre 1999 travail relatives à la preuve de l’existence ou du nombre
étendue par arrêté du 2 mars 2000, et des articles d’heures de travail effectuées sont applicables aux
L. 120-1 et L. 772-2 du Code du travail que le licen- employés de maison (Soc., 19 mars 2003, Bull., 2003, V,
ciement du salarié inapte n’est soumis qu’aux n° 103, p. 99) ;
dispositions de la convention collective. – l’article L. 122-14 du Code du travail, qui ne prévoit
l’assistance du salarié par un conseiller de son choix lors
Soc., 13 avril 2005. Rejet de l’entretien préalable au licenciement qu’en l’absence
d’institutions représentatives du personnel dans l’entre-
N° 03-42.004. – C.P.H. Châteauroux, 23 janvier 2003 prise, ne s’applique pas au personnel employé de maison
M. Sargos, Pt. – Mme Quenson, Rap. – M. Legoux, au sens de l’article L. 772-1 du Code du travail (Soc.,
Av. Gén. 4 juin 1998, Bull., 1998, V, n° 302 (2), p. 229).
Dans la présente espèce, la chambre sociale a rejeté le
Note pourvoi formé par la salariée qui avait été déboutée de
sa demande tendant au paiement d’une indemnité de
La chambre sociale contribue par le présent arrêt à la préavis de deux mois par application des dispositions
définition du statut spécifique auquel le Code du travail des articles L. 122-32-6 et L. 323-7 du Code du travail
soumet les employés de maison. et d’une indemnité doublée de licenciement en vertu de
Les dispositions du Code du travail réglementant le l’article 122-32-6 du même Code. La chambre sociale a
statut des employés de maison sont peu nombreuses : ainsi jugé que le licenciement de l’employé de maison
– L’article L. 772-1 pose une définition de l’employé de inapte n’est soumis qu’aux dispositions de la convention
maison : « sont considérés comme employés de maison collective et elle a en conséquence écarté l’application des
articles L. 122-32-6 et L. 323-7 du Code du travail.
les salariés employés par des particuliers à des travaux
domestiques ».
– L’article L. 772-2 précise ensuite expressément les * Voyageur, représentant, placier (VRP)
dispositions du Code du travail qui leur sont applica-
bles. Il s’agit des articles L. 122-46, L. 122-49, L. 122-53 N° 154
(relatifs au harcèlement), L. 222-5 à L. 222-7 (relatifs à L’article 17 de l’Accord national interprofes-
la journée du 1er mai), L. 226-1 (relatif aux congés pour sionnel des voyageurs représentants placiers du
événements familiaux), L. 771-8 et L. 771-9 (relatifs aux 3 octobre 1975 se réfère, pour le calcul de la contre-
examens médicaux). partie pécuniaire mensuelle spéciale, à la rémuné-

34
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

ration moyenne des douze derniers mois, ce qui Note


doit s’entendre des mois normalement travaillés, à
l’exclusion des périodes au cours desquelles le salarié Par cet arrêt du 11 mai 2005, la chambre sociale
s’est trouvé en arrêt de travail pour maladie. confirme sa jurisprudence bien établie en rappelant qu’un
voyageur représentant placier engagé à titre exclusif ne
Soc. – 11 mai 2005. Rejet peut se voir imposer de travailler à temps partiel et a
droit à une rémunération minimale forfaitaire prévue
N° 03-43.181. – C.A. Paris, 5 mars 2003 par l’article 5 de l’Accord national interprofessionnel des
M. Sargos, Pt. – M. Rovinsky, Rap. – M. Allix, voyageurs représentants placiers (Soc., 11 juillet 2000,
Av. Gén. Bull., 2000, V, n° 277, p. 219, cassation).

Note N° 156
A droit à l’indemnité de clientèle en application
Aux termes de l’article 17 de l’Accord national inter- de l’article L. 751-9 du Code du travail le salarié
professionnel des voyageurs représentants placiers, la licencié par son employeur, sans qu’une faute grave
contrepartie pécuniaire mensuelle spéciale à la clause lui soit reprochée, peu important que l’inaptitude
de non-concurrence est calculée sur la rémunération au travail de ce salarié ait été totale ou partielle.
mensuelle moyenne des douze derniers mois.
Faut-il prendre comme période de référence les douze Soc. – 8 juin 2005. Rejet
derniers mois précédant le départ, pendant lesquels le N° 03-43.398. – C.A. Rennes, 20 mars 2003
salarié n’a pas perçu des salaires mais des indemnités
journalières, ou les douze mois pendant lesquels il a effec- M. Sargos, Pt. – Mme Quenson, Rap. – M. Foerst,
tivement travaillé et perçu des salaires ? Av. Gén.
Telle était la question qui était posée par le pourvoi. Note
La chambre sociale avait jugé, pour le calcul d’une L’article L. 751-9 du Code du travail permet le verse-
indemnité de départ à la retraite calculée à partir de ment au salarié, voyageur représentant placier, d’une
la rémunération des douze derniers mois précédant le indemnité de clientèle dans le cas, sauf faute grave, d’une
licenciement, que le salaire de référence correspondait à résiliation de son contrat de travail à durée indéterminée
un salaire habituel et non à des rémunérations perçues par le fait de l’employeur et dans le cas de cessation de
pendant la période où l’intéressé était en arrêt de travail son contrat par suite d’accident ou de maladie entraînant
pour maladie (Soc., 3 décembre 1996, pourvoi n° 93- une incapacité permanente totale de travail.
43.976). La chambre sociale avait estimé que le voyageur repré-
L’arrêt du 11 mai 2005 s’inscrit dans cette lignée juris- sentant placier, en arrêt de travail, n’avait pas droit à
prudentielle en retenant que la rémunération moyenne l’indemnité de clientèle par l’employeur qui met fin à
des douze derniers mois doit s’entendre des mois norma- son contrat, faute d’avoir fait l’objet d’une déclaration
lement travaillés, à l’exclusion des périodes au cours d’inaptitude permanente totale de travail ; une incapa-
desquelles le salarié s’est trouvé en arrêt de travail pour cité partielle déclarée par le médecin du travail ne suffi-
maladie. sant pas à justifier le versement de l’indemnité par
l’employeur (Soc., 10 mars 1977, Bull., 1977, V, n° 192,
N° 155 p.151 ; Soc., 7 juin 1979, Bull., 1979, V, n° 498, p. 367 ;
Soc., 20 octobre 1998, Bull., 1998, V, n° 439, p. 329).
La clause par laquelle un salarié s’engage à consa-
crer l’exclusivité de son activité à un employeur L’importance de l’arrêt du 8 juin 2005 est de revenir
porte atteinte à la liberté du travail ; il en résulte sur cette jurisprudence, en décidant que dès lors que le
que la clause d’un contrat de travail par laquelle salarié voyageur représentant placier a été l’objet d’un
un salarié s’engage à travailler pour un employeur licenciement par son employeur, cela suffit à lui ouvrir
à titre exclusif et à temps partiel ne peut lui être droit au principe d’une indemnité de clientèle, peu
opposée et lui interdire de se consacrer à temps important la déclaration d’inaptitude partielle ou totale
complet à son activité professionnelle. du médecin du travail.
Dès lors, un voyageur représentant placier N° 157
engagé à titre exclusif pour exercer une activité de
Le délai de quinze jours, prévu par l’article 17 de
vente par réunion à domicile a droit à la rémuné-
l’Accord national interprofessionnel des voyageurs
ration minimale forfaitaire prévue par l’article 5 de
représentants placiers du 3 octobre 1975 pendant
l’Accord national interprofessionnel des voyageurs lequel l’employeur peut dispenser le salarié de
représentants placiers. l’exécution de la clause de non-concurrence, court,
Soc. – 11 mai 2005. Cassation partielle lorsque le salarié a pris acte de la rupture de son
partiellement sans renvoi contrat de travail en raison de faits qu’il reproche
à son employeur, de la date de réception par ce
N° 03-40.837. – C.A. Besançon, 13 décembre 2002 dernier de la lettre de prise d’acte.
M. Sargos, Pt. – Mme Martinel, Rap. – M. Allix, Soc. – 8 juin 2005. Cassation partielle
Av. Gén. sans renvoi

35
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

N° 03-43.321. – C.A. Montpellier, 18 mars 2003 puisse excéder trente jours ouvrables » , étant précisé que
l’année de référence est en principe fixée du 1er juin (de
M. Sargos, Pt. – Mme Quenson, Rap. – M. Foerst,
l’année précédente) au 31 mai (de l’année en cours).
Av. Gén.
L’article L. 223-4 du Code du travail a pour objet de
Note préciser une fois le droit à congé ouvert quelle période
La chambre sociale a décidé le 9 mars 2005 (Bull., de temps de travail effectif il faut prendre en compte pour
2005, V, n° 84, p. 73, pourvoi n° 02-46.149 ; cette revue calculer la durée du congé.
janv-fév-mars 2005, p. 67, n° 30), que le point de départ Cet article prévoit ainsi que :
du délai de quinze jours prévu par l’article 17 de l’accord
« Sont assimilées à un mois de travail effectif
national interprofessionnel des voyageurs représentants
pour la détermination de la durée du congé les
placiers du 3 octobre 1975 pendant lequel l’employeur
périodes équivalentes à quatre semaines ou vingt-quatre
peut dispenser le salarié de l’exécution de la clause de
jours de travail », et que « les périodes limitées à une
non-concurrence était la date de réception de la lettre de
durée ininterrompue d’un an pendant lesquelles
licenciement.
l’exécution du contrat de travail est suspendue
Mais en l’espèce, le contrat de travail ayant été rompu pour cause d’accident du travail ou de maladie
par la prise d’acte, le délai dans lequel l’employeur professionnelle, sont considérées comme périodes
pouvait dispenser le salarié de l’exécution de la clause de travail effectif ».
a couru à compter de la date de réception de la lettre de
Dans l’espèce soumise à la chambre sociale, le salarié
prise d’acte, non de celle de la lettre de licenciement,
réclamait le versement d’une indemnité de congés payés
postérieure. La réception de la lettre de prise d’acte par
pour une période durant laquelle il s’était trouvé sans
l’employeur marque en effet, pour lui, la fin du contrat
interruption en arrêt de travail pour cause de maladie
de travail, seule restant en litige la qualification de cette
d’origine professionnelle, en se prévalant des dispositions
rupture (licenciement sans cause réelle et sérieuse ou
de l’article L. 223-4 du Code du travail.
démission).
Le conseil de prud’hommes qui a fait droit à sa demande
voit son jugement soumis à une censure inévitable.
B. – Durée du travail En effet, il résulte d’une lecture littérale de l’article
et rémunérations L. 223-4 précité que les périodes d’absence ne sont
assimilées à du travail effectif que pour la détermination
de la durée du congé, mais ne doivent pas être prises en
1. Durée du travail, repos et congés compte dans l’appréciation du mois de travail effectif
exigé pour l’ouverture du droit à congé, l’article L. 223-2
* Congés payés ne prévoyant pas, à la différence de l’article L. 223-4, que
certaines périodes d’absence sont assimilées à du travail
N° 158 effectif.
Il résulte de l’article L. 223-4 du Code du travail Ainsi, avant de calculer la durée des congés payés et
que les périodes limitées à une durée ininter- fixer l’indemnité due à ce titre au salarié, les juges du
rompue d’un an pendant lesquelles l’exécution du fond doivent vérifier que le droit est ouvert et pour cela,
contrat de travail est suspendue pour cause d’acci- examiner si, pendant la période de référence, l’intéressé
dent du travail ou maladie professionnelle ne sont a accompli un travail effectif d’une durée d’un mois
considérées comme périodes de travail effectif minimum ; tel n’est pas le cas si pendant cette période il
que pour la détermination de la durée du congé et a été en arrêt de travail pour cause de maladie profession-
n’entrent pas en ligne de compte pour l’ouverture nelle de façon ininterrompue.
du droit à congé régi par l’article L. 223-2 du Code Cette solution n’est pas nouvelle, la Cour de cassa-
du travail. tion rappelant régulièrement qu’il résulte de l’article
Soc., 11 mai 2005. Cassation partielle L. 223-4 du Code du travail que les périodes limitées
sans renvoi à une durée ininterrompue d’un an pendant lesquelles
l’exécution du contrat de travail est suspendue pour
N° 04-44.065. – C.P.H. Bordeaux, 2 avril 2004 cause d’accident du travail ou de maladie professionnelle
M. Sargos, Pt. – M. Rovinski, Rap. – M. Allix, ne sont considérées comme périodes de travail effectif que
Av. Gén. pour la détermination de la durée du congé et n’entrent
pas en ligne de compte pour l’ouverture du droit à congé
Note régi par l’article L. 223-2 du Code du travail, et affirmant
de manière constante qu’un salarié en arrêt de travail pour
L’ouverture du droit à congé payé est régie par l’article cause de maladie professionnelle ou d’accident du travail
L. 223-2 du Code du travail : pendant toute la période de référence n’a pas droit à congé
« Le travailleur qui, au cours de l’année de référence, payé pour cette période, faute de pouvoir justifier d’un
justifie avoir été occupé chez le même employeur pendant mois minimum de travail effectif (Soc., 28 octobre 1998,
un temps équivalent à un minimum d’un mois de pourvoi n° 96-44.302 ; Soc., 21 juin 2000, pourvoi
travail effectif, a droit à un congé dont la durée est n° 98-40 250 ; Soc., 10 mai 2001, pourvoi n° 99-41.952
déterminée à raison de deux jours et demi ouvrables par ; Soc., 18 juin 2002, pourvoi n° 00-43 756 ; Soc.,
mois de travail sans que la durée totale du congé exigible 28 mai 2003, pourvoi n° 01-42 674).

36
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

* Infraction à la durée du travail pouvant concerner le salarié qui avait manifesté le désir
de reprendre un temps plein et demandé à bénéficier de la
N° 159 priorité d’emploi.
Aucun délai n’étant imparti par l’article L. 611-10 En rejetant le pourvoi de l’employeur condamné en
du Code du travail pour que soit effectuée la remise appel pour violation de l’article L. 212-4-9 du Code du
au contrevenant du procès-verbal constatant une travail à réparer le préjudice subi par le salarié, la chambre
infraction relative à la durée du travail, la nullité sociale précise que c’est à une information personnalisée
résultant du défaut de cette formalité ne peut être que l’employeur est astreint : certes l’information peut
invoquée en cours d’information. être diffusée par voie de communication électronique,
procédé moderne et accessible aux salariés de l’entre-
Crim., 21 juin 2005. Irrecevabilité prise, mais elle doit en tout cas porter sur les emplois
N° 04-87.797. – C.A. Papeete, 7 décembre 2004 disponibles ressortissant de la catégorie professionnelle
du salarié demandeur ou sur les emplois équivalents.
M. Cotte, Pt. – Mme Anzani, Rap. – M. Di Guardia, Il s’agit en effet de permettre au salarié bénéficiaire de
Av. Gén.
la priorité d’emploi de savoir sur quels postes utiles il
peut se porter candidat ; une diffusion indifférenciée de
* Temps partiel – temps complet l’ensemble des emplois disponibles ne satisfait donc pas
à l’exigence légale.
N° 160
Si l’employeur peut porter à la connaissance de 2. Rémunérations
ses salariés les emplois disponibles par voie de
communication électronique, notamment sur le * Heures supplémentaires
réseau intranet de l’entreprise, il est tenu, en appli-
cation de l’article L. 212-4-9 du Code du travail, de N° 161
procéder à une diffusion spécifique concernant les
emplois pouvant correspondre à la catégorie profes- Fait une exacte application des dispositions de
sionnelle, ou à un emploi équivalent, des salariés à l’article L. 212-5-1, alinéa 3, du Code du travail
temps partiel souhaitant occuper un emploi à temps l’arrêt qui retient que les heures supplémentaires
complet, ou des salariés à temps complet souhaitant effectuées par le salarié n’ouvrent droit au repos
occuper un emploi à temps partiel. compensateur qu’autant qu’elles excèdent le contin-
Soc., 20 avril 2005. Rejet gent annuel de 130 heures et que ne sont prises en
compte, pour le calcul dudit contingent, que les
N° 03-41.802. – C.A. Orléans, 9 janvier 2003 heures effectuées au-delà de la 37e puis de la 36e
heure respectivement pour les années 2000 et 2001.
M. Sargos, Pt. – Mme Bouvier, Rap. – M. Allix,
Av. Gén. Soc. – 20 avril 2005. Cassation partielle

Note N° 04-45.683. – C.A. Versailles, 1er juillet 2004


M. Sargos, Pt. – M. Finance, Rap. – M. Allix,
L’article L. 212-4-9 (ancien article L. 212-4-5) du
Av. Gén.
Code du travail prévoit que « les salariés à temps partiel
qui souhaitent occuper ou reprendre un emploi à temps Note
complet et les salariés à temps complet qui souhaitent
occuper ou reprendre un emploi à temps partiel dans le Chaque heure supplémentaire effectuée au-delà du
même établissement ou à défaut, dans la même entreprise, contingent annuel fixé par décret ouvre droit à un repos
ont priorité pour l’attribution d’un emploi ressortissant compensateur dont la durée varie en fonction des effectifs
à leur catégorie professionnelle ou d’un emploi équiva- de l’entreprise.
lent ». L’article L. 212-6, alinéa 3, du Code du travail précise
Pour garantir un exercice effectif de cette priorité que pour le calcul du contingent fixé par décret, doivent
d’embauche, le législateur fait peser sur l’employeur être prises en compte les heures effectuées au-delà de trente-
l’obligation de « porter à la connaissance de ces salariés cinq heures par semaine. Mais la loi du 19 janvier 2000
la liste des emplois disponibles correspondants » et en cas prévoyait des règles transitoires d’imputation des heures
de carence, l’employeur est condamné à réparer le préju- supplémentaires sur le contingent. Ainsi le seuil défini
dice en résultant pour le salarié. au troisième alinéa de l’article L. 212-6 était fixé à trente-
Le texte ne précise cependant pas les modalités de diffu- sept heures pour l’année 2000 et à trente-six heures pour
sion de l’information qui doit être donnée au salarié ni le l’année 2001 pour les entreprises de plus de 20 salariés.
degré de précision de son contenu. La chambre sociale, dans son arrêt du 20 avril 2005,
Dans l’espèce soumise à la Cour de cassation, l’entre- se fonde sur ces dispositions légales pour réaffirmer que
prise avait cru avoir satisfait à son obligation légale en le droit au repos compensateur obligatoire prévu par
diffusant sur le réseau intranet de l’entreprise l’ensemble l’article L. 212-5-1, alinéa 3, du Code du travail alors en
des emplois disponibles dans l’entreprise sans aucune vigueur s’exerce toujours au-delà du contingent d’heures
individualisation et en particulier sans isoler ceux fixé par décret.

37
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

*Intéressement tériser une inégalité de rémunération, il incombe


à l’employeur de rapporter la preuve d’éléments
N° 162 objectifs justifiant cette différence.
L’accord d’intéressement conclu par un groupe- Justifie dès lors légalement sa décision la cour
ment d’intérêt économique, qui n’est pas exclu des d’appel qui, ayant constaté que l’employeur ne
entreprises visées par l’article 1er de l’ordonnance rapportait pas la preuve d’éléments objectifs perti-
nents, accueille l’action d’un salarié fondée sur le
n° 86-1134 du 21 octobre 1986 devenu l’article
manquement de son employeur à ce principe.
L. 441-1 du Code du travail, peut, pour le calcul de
l’intéressement, prendre en compte les résultats des Soc., 25 mai 2005. Cassation partielle
entreprises, membres du groupement.
N° 04-40.169. – C.A. Paris, 25 novembre 2003
Soc. – 1er juin 2005. Rejet M. Sargos, Pt. – Mme Martinel, Rap. – M. Collomp,
N° 03-30.295. – C.A. Douai, 28 février 2003 Av. Gén.

M. Boubli, Pt. (f.f.) – Mme Slove, Rap. – M. Legoux, Note


Av. Gén.
Depuis l’arrêt du 29 octobre 1996 (Bull., 1996, V,
Note n° 359, p. 255), la chambre sociale réaffirme régulière-
ment la règle impérative « à travail égal, salaire égal »
Cet arrêt soulève la question de savoir d’une part si un fondée, en droit interne, sur les articles 133-5, 4°) et
groupement d’intérêt économique constitue une entre- L. 136-2, 8°) du Code du travail.
prise visée à l’article L. 441-1 du Code du travail admise Cette règle signifie que les salariés placés dans une
à conclure un accord d’intéressement et, d’autre part, situation identique ne peuvent faire l’objet d’un traite-
quels résultats sont à prendre en compte, le cas échéant, ment différent ; ainsi, le principe de libre fixation des
pour le calcul de l’intéressement. salaires se trouve limité par la règle de non discrimina-
Le groupement d’intérêt économique permet à des tion salariale.
personnes, physiques ou morales, de mettre en œuvre Le régime de la preuve de l’atteinte au principe d’éga-
tous les moyens propres à développer leur activité écono- lité est aujourd’hui bien établi par la chambre sociale : le
mique. Son but n’est donc pas de réaliser des bénéfices salarié qui invoque une telle atteinte est tenu de soumettre
pour lui-même, mais d’améliorer les résultats de chacun au juge les éléments de fait susceptibles de caractériser
de ses membres. Le groupement d’intérêt économique une inégalité de rémunération, tandis qu’il incombe à
jouit néanmoins, pour la réalisation de cette fonction, l’employeur de rapporter la preuve d’éléments objectifs
de la personnalité morale qui lui confère une certaine justifiant cette différence (Soc., 13 janvier 2004, Bull.,
autonomie par rapport à ses membres. 2004, V, n° 1(2), p. 1 ; Soc., 28 septembre 2004, Bull.,
2004, V, n° 228, p. 210).
La chambre sociale décide que le groupement d’intérêt
A défaut pour l’employeur de rapporter cette preuve, le
économique est une entreprise au sens de l’article
salarié est fondé à obtenir les rappels de salaires dont il a
L. 441-1 du Code du travail posant les conditions de
été privé du fait de l’inégalité dont il a été victime.
conclusion d’un accord d’intéressement. Il convient
de rappeler que la seule limite posée par cet article est C’est ce que rappelle ici l’arrêt du 25 mai 2005.
relative aux obligations incombant en matière de repré-
N° 164
sentation du personnel que doit satisfaire l’entreprise
en question, sans que soit définie la notion d’entreprise. Pour l’application du principe « à travail égal,
Ainsi, le groupement d’intérêt économique peut, à son salaire égal » il ne peut y avoir comparaison valable
niveau, conclure un accord d’intéressement. des conditions de travail des salariés appartenant à
S’agissant des résultats à prendre en compte pour le l’une des personnes juridiques comprises dans une
unité économique et sociale que si ces conditions
calcul de l’intéressement, si le groupement est effecti-
sont fixées par la loi, une convention ou un accord
vement une personne morale distincte de ses membres,
collectif communs, ainsi que dans le cas où le travail
il n’empêche que les résultats de ces derniers doivent
de ces salariés est accompli dans un même établis-
être pris en compte pour le calcul de l’intéressement. sement.
Cette solution est conforme à la finalité du groupement
d’intérêt économique dont le but n’est pas de réaliser des Soc., 1er juin 2005. Cassation
bénéfices propres. Nos 04-42.143 à 04-42.149. – C.A. Versailles, 9 dé-
cembre 2003
*Salaire (à travail égal, salaire égal) M. Boubli, Pt. (f.f.) – M. Bouret, Rap. – M. Legoux,
Av. Gén.
N° 163
Note
En application de l’article 1315 du Code civil, s’il
appartient au salarié qui invoque une atteinte au Dans l’espèce soumise à la chambre sociale, un salarié
principe « à travail égal, salaire égal » de soumettre employé par une société faisant partie, avec deux autres
au juge les éléments de fait susceptibles de carac sociétés juridiquement distinctes, d’une unité écono-

38
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

mique et sociale reconnue judiciairement, prétendait peut résulter de la nécessité de recruter d’urgence
obtenir les mêmes avantages salariaux que ceux accordés un responsable qualifié pour éviter la fermeture
par l’une des autres sociétés. d’un établissement.
La question était ainsi posée de savoir si la reconnais- Soc., 21 juin 2005. Rejet
sance d’une Unité économique et sociale (UES), impli-
quait nécessairement l’égalité de traitement entre les N° 04-42.658. – C.A. Montpellier, 12 février 2002
salariés compris dans le périmètre de l’UES, quelles que M. Sargos, Pt. – Mme Lebée, Rap. – M. Maynial,
soient les différences propres à chacune des sociétés d’ori- Av. Gén.
gine, juridiquement distinctes la composant.
La chambre sociale répond par la négative à la question Note
posée et précise que pour l’application du principe d’éga-
lité des salaires il ne peut y avoir comparaison valable des L’association gestionnaire d’une crèche avait dû
conditions de travail des salariés appartenant à l’une des pourvoir en urgence, compte tenu du risque de fermeture
personnes juridiques comprises dans une Unité écono- de l’établissement par l’autorité de tutelle, au rempla-
mique et sociale que si ces conditions sont fixées par la cement de sa directrice. Mais la personne recrutée par
loi, une convention ou un accord collectif communs, ainsi contrat de travail à durée déterminée avait obtenu un
que dans le cas où le travail de ces salariés est accompli salaire supérieur à celui de la titulaire du poste. A son
dans un même établissement. retour, cette dernière avait demandé à bénéficier du même
salaire en invoquant le principe « à travail égal, salaire
Cette solution est conforme à la jurisprudence commu- égal ». La cour d’appel l’avait déboutée de sa demande
nautaire selon laquelle le principe d’égalité ne joue que et la Cour de cassation a rejeté le pourvoi en énonçant le
lorsque les différences observées dans les conditions de principe rappelé dans le sommaire ci-dessus, qui reprend
rémunération des travailleurs effectuant un même travail pour l’essentiel des précédents (Soc., 13 janvier 2004,
peuvent être attribuées à une « source unique » (CJCE Bull., 2004, V, n° 1 (2), p. 1 ; Soc., 28 septembre 2004,
du 17 septembre 2002, aff. n° 320.00). Bull., 2004, V, n° 228, p. 210 ; Soc., 25 mai 2005
Selon cet arrêt, le principe posé par l’article 141 du (n° 1168) commenté supra).
Traité n’est pas limité aux situations dans lesquelles les La solution s’inspire d’un arrêt rendu le 27 octobre 1993
hommes et les femmes effectuent un travail pour un même par la Cour de justice des Communautés Européennes
employeur, mais en l’absence d’une « source unique », il (Aff. C 127/92, Rec., 1993, p. I-05535) concernant l’éga-
manque une entité qui est responsable de l’inégalité et lité de rémunérations entre travailleurs masculins et
qui pourrait rétablir l’égalité. féminins, arrêt qui énonce « qu’il appartient à la juridic-
Comme le rappelle cet arrêt, l’article 141 « est suscep- tion nationale qui est seule compétente pour apprécier les
tible d’être invoqué devant les juridictions nationales faits de déterminer, en appliquant si nécessaire le principe
notamment dans le cas de discriminations qui ont direc- de proportionnalité, si et dans quelle mesure la pénurie de
tement leur source dans des dispositions législatives ou candidats à une fonction et la nécessité de les attirer par
des conventions collectives, ainsi que dans le cas où le des salaires plus élevés constitue une raison économique
travail est accompli dans un même établissement ou objectivement justifiée de la différence de rémunération
service, privé ou public ». entre deux fonctions de valeur égale... »
Ainsi le principe d’égalité n’a pas pour objet d’assurer En l’espèce, la cour d’appel avait constaté, outre
l’égalité de traitement entre des entreprises, mais il peut l’urgence, qu’eu égard à la qualification requise pour
s’appliquer dans un groupe d’employeurs si ceux-ci sont exercer les fonctions de directrice de crèche dans le cadre
soumis à une source unique, loi ou convention collective, associatif, à la spécificité de ces fonctions et à la rareté des
qui constituera une base de comparaison en matière de candidats à une embauche provisoire, il était nécessaire
salaire. d’attribuer un salaire plus élevé que celui du titulaire
en contrat de travail à durée indéterminée remplacé. Ces
Déjà dans un arrêt du 2 décembre 2003 (Bull., 2003, éléments caractérisaient une situation objective justifiant
V, n° 310, p. 312), la chambre sociale avait précisé les la différence de rémunération pour le même poste.
limites de l’unité économique et sociale et décidé que,
sauf accord collectif commun aux sociétés composant
l’UES, les accords propres couvrent leur champ d’appli- *Salaire (salaire minimum)
cation respectif. La chambre sociale confirme ici que toute
comparaison est interdite entre les salariés de l’UES N° 166
relevant de statuts collectifs différents. Sauf dans les cas où la loi en dispose autrement et
quel que soit le mode de rémunération pratiqué, un
N° 165 salarié a droit à une rémunération au moins égale
Ne méconnaît pas le principe « à travail égal, au salaire minimum de croissance pour le nombre
salaire égal » dont s’inspirent les articles L. 122-3- d’heures qu’il a effectué.
3, L. 133-5, 4°), L. 136-2, 8°), L. 140-2 du Code du Soc., 25 mai 2005. Cassation partielle
travail, l’employeur qui justifie par des raisons
N° 03-44.301. – C.A. Rennes, 17 avril 2003
objectives et matériellement vérifiables la différence
de rémunération des salariés effectuant un même M. Sargos, Pt. – Mme Leprieur, Rap. – M. Collomp,
travail ou un travail de valeur égale ; une telle raison Av. Gén.

39
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

Note par cette dernière, avait saisi la juridiction prud’homale


de demandes en paiement d’indemnités de rupture, de
Dans l’espèce soumise à la chambre sociale, le salarié dommages-intérêts pour licenciement abusif et de rappels
distributeur de documents publicitaires et rémunéré au de salaire. L’épouse sollicitait la garantie de son mari.
rendement en fonction du nombre de documents distri- La question posée à la Cour de cassation était la
bués prétendait obtenir un rappel de salaires correspon- suivante : les époux séparés étaient-ils tenus solidaire-
dant au produit des heures réellement effectuées par le ment s’agissant des dettes de salaires et indemnités dues
taux horaire du SMIC. à l’employée de maison au service de la seule épouse
Pour refuser d’accueillir cette demande, les juges du depuis la séparation de fait alors que le divorce n’était
fond ont considéré que l’activité de l’intéressé ne s’ins- pas encore prononcé ?
crivait pas dans un horaire de travail contrôlable et que La chambre sociale a jugé dans un précédent arrêt du
par suite, il ne pouvait pas prétendre à une rémunération 12 mai 1977 (Bull., 1977, V, n° 316 (2), p. 251), sur le
égale au SMIC. fondement de l’article 220 du Code civil, qu’une épouse
Leur décision est censurée, la chambre sociale réaffir- était tenue solidairement au paiement des cotisations de
mant le principe selon lequel tout salarié entrant dans sécurité sociale afférentes aux salaires d’une employée de
le champ d’application des articles L. 141-1 et L. 141-10 maison engagée par le mari pour le service du ménage.
du Code du travail, a droit, quelles que soient les stipu- Par ailleurs, la troisième chambre civile décide que le
lations de son contrat de travail, à une rémunération conjoint co-titulaire du bail, qui a quitté les lieux ou a
au moins égale au SMIC (Soc., 11 avril 1996, Bull., été autorisé à résider séparément, reste tenu solidaire-
1996, V, n° 152, p. 107 ; 13 octobre 2004, Bull., 2004, ment envers le bailleur du paiement des loyers et charges
V, n° 255, p. 233 ; 10 novembre 2004 , Bull., 2004, V, concernant la période antérieure à la date de transcrip-
n° 282, p. 256). tion du jugement de divorce en marge des registres de
l’état civil (3e Civ., 27 mai 1998, Bull., 1998, III, n° 109,
* Solidarité entre époux p. 73 ; 3e Civ., 2 février 2000, Bull., 2000, III, n° 18, p.13).
Se situant dans cette lignée jurisprudentielle, la
N° 167 chambre sociale, dans l’arrêt du 8 juin 2005, rappelle que
Il résulte de l’article 220 du Code civil que toute le juge se doit de rechercher, avant d’exclure la solida-
dette contractée par l’un des époux pour l’entretien rité entre époux dans le paiement d’une dette, si celle-ci a
du ménage ou l’éducation des enfants oblige l’autre été contractée pour l’entretien du ménage ou l’éducation
solidairement quel que soit le régime matrimonial. des enfants et entre ainsi dans le champ des dépenses de
consommation familiale, peu important que les époux ne
Ne donne pas de base légale à sa décision la cour soient pas co-employeurs.
d’appel qui, pour condamner la seule épouse en
instance de divorce au paiement des salaires et
indemnités dus à l’employée de maison occupée au * Garantie AGS
domicile où elle vit séparément, et exclure la solida-
rité entre les époux, retient que les époux sont sous N° 168
le régime de la séparation des biens, que la date Les créances qui résultent d’une rupture du contrat
d’embauche n’est pas certaine, et qu’il n’est pas de travail postérieure au jugement d’ouverture
démontré que le mari est l’employeur, ces motifs d’une procédure collective à l’égard de l’employeur
étant inopérants, alors qu’il appartenait à la cour ne relèvent de la garantie de l’AGS, au titre du 2°
d’appel de rechercher si le contrat de travail conclu de l’article L. 143-11-1 du Code du travail, qu’à la
avec l’employée de maison n’avait pas pour objet condition que le contrat ait été rompu par l’admi-
l’entretien du ménage ou l’éducation des enfants nistrateur, l’employeur ou le liquidateur judiciaire,
communs.
selon le cas, au cours de l’une de périodes prévues
Soc. – 8 juin 2005. Cassation partielle par ce texte.
N° 02-47.689 – C.A. Bordeaux, 5 novembre 2002 En conséquence, le salarié qui ne justifie pas avoir
informé son employeur de son intention de prendre
M. Sargos, Pt. – Mme Mazars, Rap. – M. Foerst, sa retraite avant que celui-ci ne soit placé en redres-
Av. Gén. sement judiciaire, en sorte que la garantie de l’AGS
n’est pas due au titre du 1° de l’article précité, ne
Note bénéficie pas de cette garantie, au titre du 2° de ce
texte, du seul fait que son départ à la retraite s’est
L’article 220 du Code civil dispose que « chacun des produit au cours de la période d’observation, dès
époux a pouvoir pour passer seul les contrats qui ont pour lors que le contrat de travail n’a pas été rompu par
objet l’entretien du ménage ou l’éducation des enfants: les organes de la procédure collective.
toute dette ainsi contractée par l’un oblige l’autre solidai-
rement ». La solidarité instituée entre époux reçoit effet Soc., 20 avril 2005. Rejet
tant que dure le mariage et ne cesse que lorsque le divorce
prononcé est opposable aux tiers. N° 02-47.063. – C.P.H. Paris, 15 mai 2002
Dans l’espèce soumise à la Cour de cassation, l’employée M. Bailly, Pt. (f.f) – Mme Bobin-Bertrand, Rap. –
de maison travaillant au domicile de l’épouse, licenciée M. Maynial, Av. Gén.

40
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

Note La question posée par le pourvoi était de savoir si la


somme contractuellement convenue entre un producteur
Selon les dispositions de l’article L. 143-11-1, alinéa 2, et un comédien de cinéma et consistant en un pourcentage
2°, sont garanties par l’AGS « les créances résultant de des sommes encaissées à titre d’avances sur recettes par
la rupture des contrats de travail intervenant pendant la le producteur en liquidation judiciaire étaient couvertes
période d’observation, dans le mois suivant le jugement par l’AGS.
qui arrête le plan de redressement, dans les quinze jours Pour décider que ces sommes dues au comédien
suivant le jugement de liquidation et pendant le maintien relevaient de la garantie, la chambre sociale rappelle
provisoire de l’activité autorisé par le jugement de liqui- qu’en vertu de l’article L. 762-1 du Code du travail, le
dation judiciaire ». comédien est présumé lié au producteur par un contrat de
Un salarié, qui n’a pas informé son employeur de son travail et en déduit que les sommes dues en exécution de
intention de prendre sa retraite avant la date d’ouverture sa prestation sont des rémunérations, quel que soit leur
de la procédure de redressement, peut-il bénéficier de la montant ou mode de versement. Ainsi, le pourcentage de
garantie de l’AGS au titre du 2° de l’article L. 143-11- recettes encaissées avant amortissement du film consti-
1, du seul fait de son départ à la retraite au cours de la tuait une rémunération de la prestation artistique du
période d’observation ? comédien et, étant due en exécution du contrat de travail,
Telle était la question posée par le pourvoi dont la Cour elle relevait de ce fait de l’AGS en application de l’article
de cassation était saisie. L. 143-11-1 précité.
La chambre sociale a déjà décidé en matière de liquida- Dans un arrêt ancien (Soc., 13 mai 1980, Bull.,
tion judiciaire, que « la liquidation judiciaire n’entraîne 1980, V, n° 421, p. 320), la chambre sociale avait déjà
pas en soi la rupture des contrats de travail au sens de retenu que le solde de la rémunération restant due à une
l’article L. 143-11-1, alinéa 2, 2° du Code du travail » : comédienne de cinéma pour le tournage d’un film relevait
la garantie de l’AGS ne peut être retenue, si le contrat de la garantie AGS, seul le montant du plafond étant en
de travail du salarié n’a pas été rompu par le liquida- cause dans cette espèce.
teur dans ce délai (Soc., 3 avril 2002, Bull., 2002, V,
n° 116, p.124 ; Soc., 3 avril 2002, Bull., 2002, V, n° 117,
p. 125). C. – Santé et sécurité au travail
L’intérêt de l’arrêt du 20 avril 2005 est d’affirmer
* Obligation de sécurité
clairement que les créances qui résultent de la rupture
du contrat de travail ne peuvent être prises en charge pesant sur l’employeur
par l’AGS au titre du 2° de l’article L. 143-11-1 du Code
du travail, qu’à la condition que le contrat ait été rompu N° 170
par les organes de la procédure collective, et d’étendre la L’employeur est tenu d’une obligation de sécurité
solution à l’hypothèse d’une mise à la retraite du salarié. de résultat vis-à-vis de ses salariés en ce qui
concerne leur protection contre le tabagisme dans
N° 169
l’entreprise.
D’une part, selon l’article L. 143-11-1 du Code du Manque à cette obligation et ne satisfait pas
travail, en cas de procédure de redressement ou de aux exigences des articles R. 3511- 1, R. 3511-4 et
liquidation judiciaire, l’AGS garantit le paiement R. 3511-5 du Code de la santé publique, l’employeur
des sommes dues en exécution du contrat de qui se borne à interdire à ses salariés de fumer en
travail. D’autre part, il résulte de l’article L. 762-1 présence de l’un d’eux et à apposer des panneaux
du même Code que le contrat par lequel un produc- d’interdiction de fumer dans le bureau collectif que
teur s’assure le concours d’un artiste en vue de sa ce dernier occupait.
production est présumé être un contrat de travail
quels que soient le mode ou le montant de sa Dès lors qu’il est établi que l’employeur a manqué
rémunération. Il s’ensuit qu’une cour d’appel a pu à son obligation de protection d’un salarié contre
décider que la rémunération avant amortissement le tabagisme dans l’entreprise, la prise d’acte par
du film, qui restait due à un comédien avant la mise celui-ci de la rupture du contrat de travail en raison
en liquidation judiciaire de la société de production, de ce manquement produit les effets d’un licencie-
entrait dans le champ de la garantie de l’AGS. ment sans cause réelle et sérieuse.
Soc., 17 mai 2005. Rejet Soc., 29 juin 2005. Rejet
N° 02-47.541. – C.A. Paris, 15 octobre 2002 N° 03-44.412. – C.A. Versailles, 24 avril 2003
M. Sargos, Pt. – Mme Mazars, Rap. – M. Duplat, M. Sargos, Pt. – Mme Auroy, Rap. – M. Legoux,
Av. Gén. Av. Gén.

Note Note

L’article L. 143-11-1 du Code du travail soumet à la Par cet arrêt de principe, la chambre sociale vient mettre
garantie de l’AGS les « sommes dues aux salariés à la à la charge de l’employeur une obligation de sécurité de
date du jugement d’ouverture de toute procédure de résultat concernant la protection des salariés contre le
redressement ou de liquidation judiciaire ». tabagisme sur les lieux de travail.

41
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

Cette solution s’inscrit dans le cadre de l’approche N° 03-44.313. – C.A. Paris, 21 novembre 2002.
globalisante de la sécurité qui fait peser sur l’employeur
Mme Mazars, Pt. (f.f.) – Mme Auroy, Rap. –
une obligation de résultat ainsi que la chambre sociale l’a
M. Foerst, Av. Gén.
énoncé dans les arrêts du 28 février 2002 (Bull., 2002,
V, n° 81, p. 74 ; Rapport annuel de la Cour de cassation Note
2002, p. 311 et s.) relatifs aux maladies provoquées par
l’amiante. Il résulte des dispositions de l’article L. 122-32-6 du
Dans l’espèce soumise à la Cour de cassation, une Code du travail que le licenciement pour inaptitude
salariée victime du tabagisme de ses collègues reprochait physique et impossibilité de reclassement ouvre droit,
à son employeur de ne pas l’avoir protégée en considérant pour le salarié, à une indemnité spéciale de licenciement
que les seules mesures prises suite à ses réclamations, à qui, sauf dispositions conventionnelles plus favorables,
savoir la pose de panneaux d’interdiction de fumer dans est égale au double de l’indemnité prévue par l’article
le bureau collectif qu’elle occupait et le rappel de l’inter- L. 122-9 du Code du travail.
diction de fumer en sa présence, avaient été insuffisantes La chambre sociale avait déjà décidé que la règle du
et inefficaces. Cette salariée avait pris acte de la rupture doublement de l’indemnité de licenciement prévue à
du contrat de travail aux torts de l’employeur du fait de l’article L. 122-32-6 du Code du travail ne visait, selon
ce manquement. ce texte, et à défaut de dispositions conventionnelles plus
La chambre sociale considère que l’employeur avait favorables, que l’indemnité légale prévue par l’article
manqué à son obligation de résultat. En effet, l’inter- L. 122-9 du même Code, et non l’indemnité conven-
diction de fumer sur les lieux de travail doit être effec- tionnelle de licenciement (Soc., 22 février 2000, pourvoi
tive et, conformément aux articles R. 3511-1, R. 3511-4 n° 98-40.137).
et R. 3111-5 du Code de la santé publique, l’employeur Dans l’arrêt du 10 mai 2005, le salarié qui avait reçu
qui entend déroger à cette interdiction dans les locaux une indemnité conventionnelle de licenciement préten-
de travail autres que ceux affectés à l’ensemble des dait ne pas avoir été rempli de ses droits au titre de
salariés, tels les bureaux à usage collectif, doit établir, l’indemnité spéciale (doublement de l’indemnité légale
après consultation du médecin du travail, du comité de licenciement). Pour casser l’arrêt qui l’avait débouté
d’hygiène et de sécurité et des conditions de travail ou, de sa demande en complément d’indemnité, la chambre
à défaut, des délégués du personnel, un plan d’organi- sociale retient qu’il appartenait au juge de rechercher si
sation ou d’aménagement destiné à assurer la protection l’indemnité conventionnelle de licenciement versée au
des non-fumeurs. En l’espèce, un tel plan n’avait pas été salarié était d’un montant supérieur à celui de l’indem-
établi, et à supposer qu’il l’eût été, il aurait dû permettre nité légale doublée.
la protection effective de la salariée contre les émanations
de fumée du tabac. N° 172
Le manquement de l’employeur à cette obligation de La seule mention, dans l’avis d’inaptitude du
sécurité autorise le salarié dont la santé et la sécurité médecin du travail, de l’article R. 241-51-1 du Code
n’ont pas été protégées à prendre acte de la rupture du du travail ne suffit pas caractériser la situation de
contrat de travail, cette prise d’acte produisant les effets danger immédiat qui permet au médecin du travail
d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse, en appli- de constater l’inaptitude du salarié au terme d’un
cation d’une jurisprudence désormais bien établie sur les seul examen médical.
effets de la prise d’acte (Soc., 25 juin 2003, Bull., 2003, Cette inaptitude ne peut être déclarée après un
V, n° 209, p. 213). seul examen que si l’avis du médecin du travail
le précise ou mentionne, outre le visa de l’article
* Protection du salarié malade ou victime précité, qu’une seule visite est effectuée.
d’un accident du travail Soc.-11 mai 2005. Rejet
N° 03-45.174. – C.A. Toulouse, 28 mai 2003
N° 171
M. Sargos, Pt. – M. Liffran, Rap. – M. Allix,
Aux termes de l’article L. 122-32-6 du Code du Av. Gén.
travail, la rupture du contrat de travail dans les cas
prévus au quatrième alinéa de l’article L. 122-32-5 Note
ouvre droit, pour le salarié, à une indemnité spéciale
de licenciement qui, sauf dispositions conven- La chambre sociale a décidé dans un précédent arrêt du
tionnelles plus favorables, est égale au double de 19 janvier 2005 qu’en se référant expressément dans son
l’indemnité prévue par l’article L. 122-9. certificat à l’article R. 241-51-1 du Code du travail et en
A privé sa décision de base légale au regard de mentionnant « une seule visite », le médecin du travail a
l’article L. 122-32-6 du Code du travail, la cour nécessairement retenu l’existence d’un danger immédiat
d’appel qui n’a pas recherché si l’indemnité conven- (Soc., 19 janvier 2005, Bull., 2005, V, n° 7, p. 6).
tionnelle versée au salarié était d’un montant Renonçant à un formalisme excessif, la chambre n’a pas
exigé l’écriture en toutes lettres de la formule « danger
supérieur et donc plus favorable à celui de l’indem-
immédiat » (Pour un commentaire de l’arrêt précité du
nité légale doublée.
19 janvier 2005, se reporter à cette revue, n° 69, janv-
Soc. – 10 mai 2005. Cassation partielle fév-mars, n° 39, p. 70).

42
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

Par cet arrêt du 11 mai 2005, la chambre sociale précise La chambre sociale avait décidé en application de
sa jurisprudence en décidant que la seule mention de l’article L. 122-3-8 du Code du travail que « lorsque un
l’article R. 241-51-1 dans l’avis du médecin du travail salarié n’est pas en mesure de fournir la prestation de
ne suffit pas. La mention d’une seule visite, ou bien celle travail inhérente à son contrat de travail, son employeur
de l’existence d’un danger immédiat, doivent apparaître ne peut être tenu de lui verser un salaire, sauf disposition
expressément pour que l’inaptitude du salarié soit légale, conventionnelle ou contractuelle particulière . Si
régulièrement constatée. l’inaptitude physique du salarié ne constitue pas un cas de
force majeure autorisant la rupture anticipée du contrat
N° 173 à durée déterminée, une telle inaptitude et l’impossibi-
Les dispositions de l’article L. 122-24-4, alinéa 1er, lité du reclassement de l’intéressé n’ouvrent pas droit au
du Code du travail relatives à l’obligation de reclas- paiement des salaires restant à courir jusqu’au terme du
sement (mise à la charge de l’employeur) d’un salarié contrat, ni à l’attribution de dommages-intérêts compen-
déclaré inapte consécutivement à une maladie ou à sant la perte de ceux-ci ». (Soc., 18 novembre 2003, Bull.,
un accident d’origine non professionnelle s’appli- 2003, V, n° 285, p. 288).
quent au contrat à durée déterminée. L’intérêt de l’arrêt du 8 juin 2005 est double.
En revanche, celles de l’article L. 122-24-4, D’une part, il affirme explicitement que les dispo-
alinéa 2 du même Code instituant l’obligation pour sitions de l’article L. 122-24-4, alinéa 1er, du Code du
l’employeur de reprendre le paiement du salaire du travail relatives à l’obligation de reclassement s’appli-
salarié ni reclassé, ni licencié, à l’expiration d’un quent au contrat à durée déterminée , ce qui jusqu’alors
délai d’un mois à compter de l’examen médical de ne résultait qu’implicitement de la jurisprudence de la
reprise du travail, ne sont pas applicables au contrat chambre. On peut noter néanmoins que l’obligation de
à durée déterminée, lequel ne peut pas être rompu reclassement s’appréciera nécessairement d’une manière
par l’employeur en raison de l’inaptitude physique particulière eu égard à la limitation des cas de recours au
et de l’impossibilité d’un reclassement. contrat à durée déterminée.
Soc. – 8 juin 2005. Cassation partielle D’autre part, l’arrêt précise que les dispositions de
l’alinéa 2 du même article instituant l’obligation pour
N° 03-44.913 – C.A. Dijon, 28 novembre 2002 l’employeur de reprendre le paiement du salaire du salarié
M. Sargos, Pt. – Mme Leprieur, Rap. – M. Foerst, déclaré inapte suite à une maladie ou à un accident et ni
Av. Gén. reclassé, ni licencié, ne sont pas applicables au contrat
à durée déterminée, lequel ne peut pas être rompu par
Note l’employeur en raison de l’inaptitude physique et de
l’impossibilité du reclassement. Il tire ainsi les consé-
La question qui se posait à la Cour concernait l’appli- quences de l’arrêt du 18 novembre 2003 précité.
cation des dispositions de l’article L. 122-24-4, alinéa 2,
du Code du travail à un salarié engagé sous contrat à
durée déterminée ; cet article oblige l’employeur, faute de D. – Accords collectifs et conflits
reclassement ou de licenciement du salarié déclaré inapte collectifs du travail
à son emploi suite à une maladie ou à un accident non
professionnel, à reprendre le paiement des salaires dans 1. Accords et conventions collectifs
le délai d’un mois à compter de la visite de reprise du
médecin du travail.
* Accords collectifs
Selon les dispositions de l’article L. 122-3-8 du Code
du travail, « sauf accord des parties, le contrat à durée
et conventions collectives divers
déterminée ne peut être rompu avant l’échéance du
terme qu’en cas de faute grave et de force majeure » N° 174
et la chambre sociale énonce de manière constante que 1. Il résulte des dispositions des articles 11 et 20
l’inaptitude définitive d’un salarié ne constitue pas un de la Convention collective nationale du personnel
cas de force majeure (Soc., 12 juillet 1999, Bull., 1999, sédentaire des entreprises de navigation libre du
V, n° 344, p. 251 ; Soc., 12 février 2003, Bull., 2003, V, 20 février 1951, étendue par arrêté du 21 mai 1982,
n° 50, p. 45). qui réservent aux parties une faculté réciproque de
En outre les dispositions de l’article L. 122-32-9 du résiliation au cours du stage prévu par l’article 11
Code du travail qui permettent à l’employeur d’un salarié que celui-ci constitue une période d’essai pendant
sous contrat à durée déterminée d’exercer une action en laquelle les règles régissant le licenciement ne sont
« résolution » judiciaire, n’étant pas applicables à une pas applicables.
inaptitude consécutive à une maladie ou un accident non Justifie dès lors légalement sa décision la cour
professionnels (Avis du 29 avril 2002, Bull., 2002, Avis d’appel qui, ayant relevé qu’il n’y avait ni contra-
n° 3, p. 3), il en résultait, en l’espèce, que l’employeur ne riété ni désaccord entre les termes du contrat de
pouvait ni rompre le contrat à durée déterminée, ni saisir travail, dont la clause précisant les conditions de la
le juge d’une demande de résiliation judiciaire. Faute de période d’essai se référait expressément à la conven-
reclassement, devait-il pour autant être tenu à la reprise tion collective, et les dispositions de cette dernière,
du paiement des salaires en application de l’article décide que l’employeur était en droit de renouveler
L. 122-24-4, alinéa 2, du Code du travail ? la période d’essai.

43
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

2. La rupture du contrat de travail se situe à la Par ailleurs, la CJCE, dans sa décision du


date où l’employeur a manifesté sa volonté d’y 27 janvier 2005, après avoir rappelé que la notion de
mettre fin, c’est-à-dire au jour de l’envoi de la lettre « licenciement » visée aux articles 2 à 4 de la directive
recommandée avec demande d’avis de réception 98/59/CE du Conseil du 20 juillet 1998, concernant
notifiant la rupture. le rapprochement des législations des Etats membres
Justifie dès lors légalement sa décision la cour relatives aux licenciements collectifs (J.O. L. 225, p. 16)
d’appel qui, pour dire qu’il a été mis fin à la doit recevoir une interprétation autonome et uniforme
relation contractuelle au cours de la période d’essai, dans l’ordre juridique communautaire, a dit pour droit
constate, par une appréciation souveraine des faits, que ces deux articles doivent être interprétés en ce sens
que la rupture a été notifiée au salarié au moyen que l’événement valant licenciement est constitué par la
d’une lettre recommandée envoyée avant la date manifestation de la volonté de l’employeur de résilier le
d’expiration de cette période. contrat de travail.
Soc., 11 mai 2005. Rejet N° 175
N° 03-40.651. – C.A. Douai, 29 novembre 2002 Dans les établissements privés gérant un service
social ou sanitaire à but non lucratif et dont les
M. Sargos, Pt. – M. Blatman, Rap. – M. Allix, dépenses de fonctionnement sont supportées direc-
Av. Gén. tement ou indirectement par une personne morale
Note de droit public ou un organisme de sécurité sociale,
un accord collectif à caractère salarial ne peut légale-
En jugeant que la rupture du contrat de travail se situe ment prendre effet qu’après accord ministériel ; et,
à la date où l’employeur a manifesté sa volonté d’y mettre dans un tel système, un engagement unilatéral de
fin, c’est-à-dire au jour de l’envoi de la lettre recommandée l’employeur doit être soumis aux mêmes condi-
avec demande d’avis de réception notifiant la rupture, la tions.
chambre sociale adapte à la rupture du contrat de travail
en cours d’essai la solution retenue par l’Assemblée Soc., 8 juin 2005. Rejet
plénière de la Cour de cassation le 28 janvier 2005 (Ass. N° 02-46.465. – C.A. Angers, 9 septembre 2002
plén., 28 janvier 2005, Bull., Ass. plén., 2005, n° 1,
p. 1) relativement à la date d’effet du licenciement. Cet M. Sargos, Pt. – M. Texier, Rap. – M. Foerst,
arrêt doit également être rapproché de la décision prise Av. Gén.
par la Cour de Justice des Communautés Européennes le Note
27 janvier 2005 (C-188/03, Irmtraud Junk c/ Wolfgang
Kühnel). L’article 16 de la loi n° 75-535 du 30 juin 1975 relative
aux institutions sociales et médico-sociales (remplacé
Il était précédemment jugé par la chambre sociale de
désormais par l’article L. 314-6 du Code de l’action
la Cour de cassation que si la rupture par l’employeur
sociale et des familles), prévoyait que :
du contrat de travail d’un salarié pendant la période
d’essai n’était pas assujettie aux règles du licenciement, « Les conventions collectives de travail et accords de
la volonté de l’employeur ne pouvait cependant produire retraite applicables aux salariés des établissements et
effet qu’à partir du moment où elle avait été portée à la services à caractère social ou sanitaire à but non lucratif,
connaissance du salarié (théorie des actes dits « récep- dont les dépenses de fonctionnement sont, en vertu de
tices »). Dès lors, c’était la date de première présentation dispositions législatives ou réglementaires, suppor-
de la lettre recommandée au salarié qui permettait de tées, en tout ou partie, directement ou indirectement,
déterminer si la rupture s’était produite avant ou après soit par des personnes morales de droit public, soit par
l’expiration de la période d’essai (Soc., 14 mars 1995, des organismes de sécurité sociale, ne prennent effet
pourvoi n° 91-43.658). qu’après agrément ».
Or, par son arrêt précité du 28 janvier 2005, l’Assem- L’exigence de cette procédure d’agrément ministériel
blée plénière a consacré, dans le domaine du licenciement s’explique par la nécessité pour l’organisme de tutelle
des salariés victimes d’accident de travail ou de maladie d’exercer un contrôle a priori sur les dépenses de fonction-
professionnelle, une solution opposée en retenant la date nement et de vérifier que les dispositions conventionnelles
d’expédition de la lettre de licenciement. Elle énonce, en adoptées par les partenaires sociaux n’engendrent pas des
effet, qu’il résulte de la combinaison des articles L. 122- charges financières inconsidérées pour les collectivités
14-1 et L. 122-32-2 du Code du travail que lorsque la assurant le financement de ces établissements.
lettre de licenciement a été envoyée au salarié avant qu’il Dans l’espèce soumise à la Cour de cassation, des salariés
ne soit victime d’un accident du travail, la circonstance d’une union départementale des associations familiales
que cette lettre ne lui soit parvenue qu’au cours de la prétendaient obtenir des rappels de salaires sur la base
période de suspension de son contrat de travail consécu- d’un avenant à la convention collective applicable, soit en
tive à l’accident n’a pas pour conséquence de rendre nul l’occurrence, celle de l’Union nationale des associations
le licenciement précédemment prononcé dont l’effet est familiales du 16 novembre 1971, avenant que le minis-
reporté à l’expiration de la période de suspension. Fondée tère de tutelle avait refusé d’agréer. Ces salariés préten-
sur l’idée que le jour de la rupture est celui de la manifes- daient que cet accord salarial, bien que non agréé, valait
tation de la volonté de rompre le contrat de travail, cette engagement unilatéral de l’employeur et invoquaient à
décision fait ainsi produire ses effets au licenciement en l’appui de leur thèse d’un arrêt du 4 janvier 2000 (Bull.,
tant qu’acte juridique unilatéral. 2000, V, n° 5, p. 4).

44
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

La chambre sociale, n’a pas suivi cette interprétation N° 177


qui revenait à méconnaître le principe même du préalable
Si, en l’absence d’une disposition expresse la
de l’agrément administratif et a décidé que l’engage-
prévoyant ou de violation d’une liberté fonda-
ment unilatéral de l’employeur ne pouvait prendre effet
mentale, la nullité d’un licenciement ne peut être
qu’après agrément.
prononcée, doit être toutefois déclaré sans cause
N° 176 réelle et sérieuse un licenciement notifié pendant
une période de vacances d’une salariée, en viola-
Il résulte de l’article 7 de l’avenant du tion de l’article 19 de la Convention collective natio-
3 février 1950 concernant le personnel des Caisses nale du 20 février 1979 réglant les rapports entre les
des départements d’outre-mer, modifié par l’ave- avocats et leur personnel.
nant du 27 mai 1958 à la Convention collective
nationale du travail du personnel des organismes Soc., 29 juin 2005 Cassation partielle
de sécurité sociale du 8 février 1957, que tout agent N° 03-42.099. – C.A. Montpellier, 22 janvier 2003
d’un organisme de sécurité sociale qui rejoint pour
la première fois un poste d’affectation dans un des M. Sargos, Pt. – M. Texier, Rap. – M. Duplat,
départements d’outre-mer, reçoit une indemnité de Av. Gén.
départ et une indemnité d’installation majorées. Note
Ajoute à ce texte une condition qu’il ne prévoit
pas, l’arrêt qui, pour débouter un salarié originaire La chambre sociale rappelle ici qu’en l’absence de
d’un département d’outre-mer, de sa demande disposition le prévoyant, ou de la violation d’une liberté
d’indemnité de départ et d’installation énonce fondamentale, le juge ne peut prononcer la nullité d’un
que ces indemnités étant destinées à compenser licenciement (Soc., 31 mars 2004, Bull., 2004, V, n° 101,
l’abandon d’un mode de vie, les difficultés d’adap- p. 91).
tation à de nouvelles conditions d’existence, ainsi En l’espèce, la convention collective prévoyait
qu’à favoriser le recrutement des organismes qu’« aucun licenciement ne peut être valablement signifié
d’outre-mer, leur versement est exclu aux agents qui pendant que le salarié est en vacances », mais ne préci-
retournent à leurs conditions d’existence originaires. sait pas quelle sanction était attachée à un licenciement
signifié pendant la période de vacances.
Soc., 21 juin 2005. Cassation partiellement
sans renvoi En l’absence de nullité expressément stipulée par la
convention collective applicable, la chambre sociale en
N° 02-45.853. – C.A. Basse-terre, 10 juin 2002 déduit que le licenciement d’un salarié pendant la période
de vacances devait être considéré comme dépourvu de
M. Sargos, Pt. – M. Liffran, Rap. – M. Maynial, cause réelle et sérieuse.
Av. Gén.
Note N° 178

Par cet arrêt du 21 juin 2005, la chambre sociale vient Une cour d’appel qui constate qu’un salarié
compléter sa jurisprudence sur les conditions d’octroi avait bénéficié d’un nouveau coefficient de carrière
des primes et indemnités de départ et d’installation dont le 1er février 1993 par application du protocole
bénéficient les agents des organismes de sécurité sociale d’accord du 14 mai 1992 portant modification de
qui exercent en outre-mer. la classification des emplois des personnels des
organismes de sécurité sociale, que l’employeur
L’on rappellera que l’agent qui rejoint pour la première avait déclenché le mécanisme de validation prévu
fois une caisse de sécurité sociale située dans un dépar- à l’article 4-1-2 dudit accord le 1er avril 1997 pour
tement d’outre-mer se voit attribuer par des dispositions l’achever le 28 juillet 1997 a décidé à bon droit qu’en
conventionnelles une indemnité de départ et une indem- application de la convention collective la mise en
nité d’installation, et ce quelles que soient les circons- validation était régulièrement intervenue.
tances de cette affectation (mutation, permutation ou
première installation), ainsi que l’a jugé récemment Soc., 25 mai 2005. Cassation partielle
la chambre sociale à propos d’une permutation (Soc., sans renvoi
27 octobre 2003, Bull., 2003, V, n° 272, p. 274).
N° 03-43.373. – C.A. Paris, 14 mars 2003
La question posée ici à la chambre sociale était de savoir
si ces indemnités étaient également dues au salarié origi- M. Sargos, Pt. – Mme Quenson, Rap. – M. Collomp,
naire d’un département d’outre-mer, ayant exercé en Av. Gén.
métropole, et muté pour la première fois dans ce dépar- Note
tement d’outre-mer.
La réponse donnée par la chambre sociale est parfaite- C’est l’interprétation d’un protocole d’accord relatif à
ment claire : ces salariés bénéficient de ces indemnités de la classification des emplois dans une caisse d’allocations
départ et d’installation. Cette solution est justifiée par familiales qui a été tranchée par l’arrêt du 25 mai 2005.
l’application pure et simple des termes de la convention Le protocole d’accord imposait à l’employeur l’obliga-
collective qui ne permettent pas d’en limiter l’application tion de déclencher le processus de validation, au plus tard
à ceux qui ne sont pas originaires de ces départements dès le début de la 5e année, suivant l’attribution du coeffi-
d’outre-mer. cient de carrière.

45
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

La salariée s’étant vue attribuer un nouveau coefficient Pour censurer la cour d’appel ayant débouté le salarié
de carrière le 1er février 1993, l’employeur l’avait mise en de sa demande tendant au paiement d’un complément
validation le 1er avril 1997, phase s’achevant le 28 juillet d’indemnité de frais de transport, la chambre sociale
1997. Etait-ce tardif ? La salariée considérait que la rappelle qu’au terme de la convention collective concernée,
validation aurait dû avoir lieu dès le 1er février 1997. cette indemnité, prévue dans le cadre du régime des petits
La chambre sociale réfute cette interprétation et retient déplacements, a pour objet d’indemniser forfaitairement
que la « mise en validation », intervenue avant l’expi- l’ouvrier pour les frais de transport qu’il a engagés quoti-
ration de la période quinquennale, avait été régulière, le diennement pour se rendre sur le chantier et en revenir
texte ne prévoyant pas que la procédure de validation doit et que cette indemnité, étant un remboursement de frais,
être déclenchée le premier jour de la cinquième année, n’est pas due lorsque l’ouvrier n’engage pas de frais de
mais au début de la cinquième année. transport .
Cette solution confirme un précédent arrêt diffusé Dès lors, en utilisant son véhicule personnel avec
(Soc., 21 novembre 2001, pourvoi n° 99-45.069). l’accord de son employeur pour se rendre directement
depuis son domicile sur les chantiers, le salarié a engagé
N° 179 des frais de transport lui donnant droit à l’indemnité
conventionnelle.
Selon l’article 8.11 de la Convention collective
étendue du bâtiment des ouvriers des entreprises
occupant jusqu’à dix salariés du 8 octobre 1990, * Dénonciation d’un accord collectif
le régime des petits déplacements a pour objet
d’indemniser forfaitairement les ouvriers des frais N° 180
supplémentaires qu’entraîne pour eux la fréquence En l’état de la dénonciation d’un accord collectif
des déplacements inhérents à la mobilité de leur relatif à un régime de retraite complémentaire à
lieu de travail et s’étend à l’indemnité de frais de prestations définies prévoyant certaines modalités
transport. Et selon l’article 8-16 de ladite convention de révision annuelle de la pension, puis d’un accord
collective, l’indemnité de frais de transport, d’une collectif de substitution modifiant ces modalités de
part, a pour objet d’indemniser forfaitairement révision, les salariés mis à la retraite avant la dénon-
l’ouvrier pour les frais de transport qu’il a engagés ciation de l’accord collectif ont droit au maintien du
quotidiennement pour se rendre sur le chantier niveau de la pension atteint au jour de la dénoncia-
avant le début de la journée de travail et pour en tion ainsi qu’au maintien des modalités de revalori-
revenir à la fin de la journée de travail, quel que soit sation initiales jusqu’à la date de l’accord de substi-
le moyen de transport utilisé, d’autre part, étant tution, mais au-delà de cette date, ils ne peuvent se
un remboursement de frais, n’est pas due lorsque prévaloir des modalités de revalorisation résultant
l’ouvrier n’engage pas de frais de transport. de l’accord collectif dénoncé, qui constituent un
Il en résulte qu’un salarié qui pour se rendre, dans avantage collectif et non un avantage individuel.
le cadre de petits déplacements, de son domicile
Soc., 17 mai 2005. Rejet
sur des chantiers et en revenir, utilise son véhicule
personnel avec l’accord de son employeur, engage N° 02-46.581. – C.A. Versailles, 12 septembre 2002.
de ce fait des frais de transport et est, dès lors, en
droit de bénéficier de l’indemnité forfaitaire prévue M. Sargos, Pt. – M. Chauviré, Rap. – M. Duplat,
par l’article 8-16 de la convention collective. Av. Gén.
Soc., 25 mai 2005. Cassation partielle Note
N° 02-45.423. – C.A. Amiens, 18 juin 2002
La question qui se présentait à la Cour concernait les
M. Sargos, Pt. – M. Liffran, Rap. – M. Collomp, effets à l’égard de salariés retraités de l’abandon d’un
Av. Gén. mécanisme de revalorisation de pensions de retraite
supplémentaires à prestations définies en raison de la
Note
dénonciation de l’accord collectif qui le prévoyait et de
Le salarié qui utilise son véhicule personnel, avec l’adoption d’un accord de substitution.
l’accord de son employeur, pour se rendre sur des La chambre sociale avait jugé, dans le cas des régimes
chantiers et en revenir, a-t-il droit à l’indemnité de frais complémentaires de retraite, que les dispositions révisées
de transport prévue par la Convention collective natio- de l’accord collectif créant ces régimes se substituaient aux
nale du bâtiment applicable aux ouvriers des entreprises dispositions antérieures et qu’il n’existait pas d’intangi-
occupant jusqu’à dix salariés (Convention collective bilité du droit aux prestations en faveur des salariés. Ne
nationale étendue n° 3193 du 8 octobre 1990)? pouvait toutefois être remis en cause le nombre de points
En l’espèce, le salarié avait demandé à son employeur acquis par les participants dont la retraite avait été
à se rendre directement de son domicile sur les chantiers liquidée avant l’entrée en vigueur de l’accord de révision
avec son véhicule personnel plutôt que de se rendre au (Soc., 23 novembre 1999, Bull., 1999, V, n° 453 (1 et 3),
préalable au siège social, d’où était organisé un transport p. 333).
gratuit pour les salariés jusqu’aux chantiers. L’employeur Par ailleurs dans un arrêt du 26 janvier 2005, la
ne lui a pas remboursé les frais engagés lors de ces dépla- chambre sociale a décidé que des salariés dont la rémuné-
cements. ration résultait d’un accord collectif dénoncé avaient

46
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

droit au maintien du niveau de rémunération atteint services auxquels appartenaient certains salariés,
au jour de la dénonciation, mais sans pouvoir prétendre ces derniers, en l’absence de signature d’un accord
pour l’avenir à la réévaluation de leur salaire selon les propre à cette activité dans le délai prévu par
dispositions de cet accord, celle-ci ne constituant pas un l’article L. 132-8 du Code du travail, conservent le
avantage individuel acquis au sens de l’article L. 132-8 bénéfice des avantages individuels acquis en vertu
du Code du travail (Soc., 26 janvier 2005, Bull., 2005, de la convention dénoncée, avantages qui s’étaient
V, n° 32, p. 28). incorporés à leur contrat de travail.
La nouveauté et l’importance de l’arrêt du 17 mai 2005
est d’affirmer que les salariés, mis à la retraite avant la Soc., 7 juin 2005. Rejet
dénonciation de l’accord collectif, ont droit au maintien os
N 04-43.652 à 04-43.659. – C.A. Riom, 16 mars 2004
du niveau de pension atteint au jour de la dénonciation
M. Sargos, Pt. – Mme Morin, Rap. – M. Allix,
avec les modalités de revalorisation initiales jusqu’à
l’accord collectif de substitution, sans pouvoir cepen- Av. Gén.
dant se prévaloir, au-delà de cette date, des modalités de
revalorisation instituées par l’accord collectif dénoncé Note
qui constituent un accord collectif et non un avantage
On a précisé supra la définition d’un avantage indivi-
individuel.
duel acquis (Soc., 13 mars 2001, Bull., 2001, V, n° 90,
N° 181 p. 69 ; Soc., 26 janvier 2005, Bull., 2005, V, n° 32,
p. 28).
Dès lors qu’elle se rapporte aux conditions de
travail de l’ensemble des agents de sécurité, la dispo- Il ressort par ailleurs d’une jurisprudence bien établie
sition d’un accord collectif dénoncé leur accordant que dans l’hypothèse où un avantage résulte d’une
le bénéfice d’une heure d’entraînement physique convention ou d’un accord collectif, la dénonciation
quotidien a une nature collective ; il s’ensuit qu’elle régulière de cette convention ou accord collectif, s’ils
ne constitue pas un avantage individuel acquis. ne sont pas suivis d’une convention ou d’un accord de
substitution dans le délai de l’article L. 132-8 du Code
Soc., 1er juin 2005. Cassation partielle
du travail, entraîne le maintien de l’avantage consenti
sans renvoi
par la convention dénoncée par intégration dans le
N° 04-16.994 – C.A. Paris, 30 juin 2004 contrat de travail de l’avantage individuel acquis (Soc.,
M. Boubli, Pt. (f.f.) – Mme Bobin-Bertrand, 20 octobre 1998, Bull., 1998, V, n° 435, p. 326).
Rap. – M. Legoux, Av. Gén. La chambre sociale étend cette dernière solution à l’hypo-
thèse d’une convention de substitution faite dans le délai
Note légal après dénonciation, mais dont le champ d’applica-
tion est restreint et exclut une partie des salariés à raison
Le présent arrêt comme le précédent contribue à préciser de leur activité. Pour ces salariés exclus de l’application
la notion d’avantage individuel acquis (voir sur ce point : de la nouvelle convention, tout se passe comme si aucune
Soc., 26 janvier 2005, Bull., 2005, V, n° 32, p. 28, et les convention de substitution n’avait été conclue après la
arrêts cités, et le commentaire paru au Bulletin de droit dénonciation de la convention initiale, avec les consé-
du travail, n° 69, p. 76).
quences déjà précisées par la jurisprudence.
En l’espèce, la chambre sociale a cassé l’arrêt d’une cour
d’appel qui a considéré que l’heure quotidienne d’entraî-
nement accordée aux agents de sécurité d’une entre- E. – Représentation du personnel
prise de transports en commun par un accord d’entre- et élections professionnelles
prise ensuite dénoncé constituait un avantage acquis,
« alors qu’elle avait constaté que la disposition en cause
se rapportait aux conditions de travail de l’ensemble des
1. Elections professionnelles
agents du service de sécurité, ce dont il résultait qu’elle
avait une nature collective ». N° 183
La chambre sociale applique à nouveau la définition Le juge d’instance peut, dès lors qu’il estime
posée dans son arrêt du 15 mai 2001, selon lequel « un nécessaire le dispositif de contrôle mis en place
avantage individuel acquis au sens de l’article L. 132-8 par l’accord conclu entre le chef d’entreprise et les
du Code du travail est celui qui, au jour de la dénoncia- organisations syndicales représentatives, mettre à
tion de la convention ou de l’accord collectif, procurait au la charge de l’employeur les frais de déplacement
salarié une rémunération ou un droit dont il bénéficiait à exposés par les délégués de liste désignés par ces
titre personnel et qui correspondait à un droit déjà ouvert
organisations pour contrôler les opérations électo-
et non simplement éventuel » (Soc., 15 mai 2001, Bull.,
rales.
2001, V, n° 170, p. 134).
Soc., 29 juin 2005. Rejet
N° 182
N° 04-60.488. – T.I. Paris (1er), 4 novembre 2004
Lorsqu’à la suite de la dénonciation d’une
convention collective, la convention de substitution M. Sargos, Pt. – Mme Perony, Rap. – M. Foerst,
exclut de son champ d’application les activités de Av. Gén.

47
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

Note qui, pour débouter l’OPAC de sa demande d’annu-


lation de la désignation de son secrétaire général
Selon la jurisprudence de la chambre sociale (Soc., en qualité de délégué syndical et de représentant
1er avril 1992, Bull., 1992, V, n° 232, p. 143), le tribunal syndical au comité d’entreprise, relève que l’inté-
d'instance, saisi préalablement aux élections des délégués ressé avait reçu une délégation globale de signature
du personnel, ou celles des membres du comité d’entre- du directeur général, lequel n’est pas chef d’entre-
prise, a le pouvoir, en vertu respectivement des disposi- prise et a excédé ses pouvoirs par cette délégation,
tions des articles L. 423-3 et L. 433-3 du Code du travail, alors que l’exercice effectif par le secrétaire général
de mettre en place un dispositif de contrôle de la régula- des pouvoirs du directeur général en vertu d’une
rité, de la liberté et de la sincérité du scrutin, même s’il délégation écrite était établi.
existe un accord préélectoral comportant des mesures en
ce sens (notamment en raison d’un climat particulière- Soc., 29 juin 2005. Cassation sans renvoi
ment tendu dans l’entreprise).
Nos 04-60.093 et 04-60.262. – T.I. Arras, 13 février 2004
Il appartient au juge d’apprécier le caractère indispen-
sable ou non de ce dispositif (Soc., 8 juin 1999, Bull., M. Sargos, Pt. – M. Chagny, Rap. – M. Foerst,
1999, V, n° 270, p. 195, Rejet). Av. Gén.
Une fois le caractère indispensable retenu, et le dispo-
sitif mis en place par le juge, les frais de déplacement des Note
délégués désignés par les organisations syndicales pour
contrôler dans le bureau de vote les opérations électorales Un avis en assemblée générale du Conseil d’Etat,
sont-ils à la charge de l’employeur ou de ces organisa- n° 356245 du 27 octobre 1994, a défini le statut d’un
tions syndicales ? directeur général d’un office public d’aménagement et de
Telle était la question posée par le pourvoi. construction : celui-ci est reconnu comme le chef d’entre-
prise pour présider le comité d’entreprise en application
En principe, il résulte des dispositions expresses des de l’article L. 434-2 du Code du travail, compte tenu de
dispositions des articles L. 423-3 et L. 433-3 du Code du la généralité des compétences qui lui sont dévolues, à
travail que « au cas où le juge décide la mise en place savoir la direction de l’activité de l’office, l’autorité sur
du dispositif du contrôle, les frais sont à la charge de les services et le recrutement du personnel.
l’employeur ».
La chambre sociale a déjà décidé dans plusieurs arrêts
L’employeur soutenait cependant qu’en l’espèce, la que le salarié titulaire d’une délégation particulière
mise en place du dispositif de contrôle avait fait l’objet d’autorité établie par écrit permettant de l’assimiler au
d’un accord préélectoral négocié entre l’employeur et chef d’entreprise, ne peut exercer un mandat de représen-
les organisations syndicales, en sorte que le dispositif de tant syndical (Soc., 21 mai 2003, Bull., 2003, V, n° 171,
contrôle n’avait pas été mis en place par le juge au sens p. 165 ; Soc., 24 juin 1998, Bull., 1998, V, n° 345,
des dispositions précitées, et qu’au surplus seuls les frais p. 260 ; p. 165 ; Soc., 7 mai 1987, Bull., 1987, V, n° 292,
entraînés par l’organisation matérielle étaient visés par p. 187).
ces dispositions, à l’exclusion des frais de déplacement
des délégués. Appliquant ces principes, l’arrêt du 29 juin 2005
tire comme conséquences que le secrétaire général d’un
La chambre sociale, en rejetant le pourvoi de l’employeur,
office public d’aménagement et de construction qui a
décide clairement que le juge d’instance peut, dès lors
reçu délégation d’autorité établie par écrit du directeur
qu’il estime nécessaire le dispositif de contrôle mis en
général reconnu comme chef d’entreprise ne peut être
place par l’accord conclu entre le chef d’entreprise et
valablement désigné comme délégué syndical et représen-
les organisations syndicales représentatives, mettre à la
tant syndical au comité d’entreprise, peu important qu’il
charge de l’employeur les frais de déplacement exposés
n’en ait pas pris l’initiative.
par les délégués de liste désignés par ces organisations
pour contrôler les opérations électorales.
3. Protection des représentants du personnel
2. Représentation du personnel * Protection contre le licenciement
2. 2. Institutions représentatives du personnel N° 185
* Délégué syndical L’obtention de l’autorisation administrative de
licenciement pour motif économique d’un salarié
N° 184 protégé ne dispense pas l’employeur d’adresser à ce
dernier une lettre de licenciement motivée soit par
Le directeur général d’un Office public d’aména- la mention de l’autorisation administrative, soit par
gement et de construction (OPAC), qui dirige l’acti- celle du motif économique ; à défaut le licenciement
vité de celui-ci, a autorité sur les services et recrute est dépourvu de cause réelle et sérieuse.
le personnel, est chef d’entreprise pour l’application
des articles L. 412-11 et L. 433-1 du Code du travail. Soc., 5 avril 2005. Rejet
Dès lors, viole lesdits textes, ainsi que l’article N° 02-47.518. – C.A. Aix-en-Provence, 17 septem-
L. 412-14 du même Code, le tribunal d’instance bre 2002

48
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

M. Sargos, Pt. – Mme Andrich, Rap. – M. Foerst, Note


Av. Gén.
La Cour de cassation confirme sa jurisprudence bien
N° 186 établie selon laquelle, si le salarié protégé ne demande
pas sa réintégration suite à l’annulation de l’autori-
Lorsque le licenciement d’un salarié protégé est
sation administrative de licenciement, il a le droit à
intervenu après autorisation administrative contre une indemnité correspondant à la totalité du préjudice
laquelle aucun recours n’a été formé, la lettre de subi depuis son licenciement, outre les indemnités de
licenciement est suffisamment motivée si elle fait rupture normalement dues en cas de licenciement (Soc.,
référence soit à l’autorisation administrative, soit 30 avril 2002, Bull., 2002, V, n° 138 (2), p.143 ; Soc.,
au motif économique du licenciement. 17 septembre 2003, Bull., 2003, V, n° 238, p. 246 ; Soc.,
Soc., 5 avril 2005. Cassation partielle 30 novembre 2004, Bull., 2004, V, n° 238, p. 246).
Faisant application des termes de la loi n° 82-684 du
N° 03-44.994. – C.A. Paris, 23 mai 2003 4 août 1982 et du décret n° 82-835 du 30 septembre 1982,
M. Sargos, Pt. – Mme Morin, Rap. – M. Maynial, relatifs à la prise en charge par les employeurs des trajets
Av. Gén. domicile-travail dans la région parisienne, la chambre
sociale décide que la prise en charge est subordonnée à la
Note commune aux nos 185 et 186 ci-dessus remise, ou à défaut à la présentation, du ou des titres de
transport par le salarié bénéficiaire.
La chambre sociale a déjà décidé qu’une lettre de
licenciement pour motif économique notifiée au salarié N° 188
protégé et qui ne vise que l’autorisation administrative Les dispositions pénales de l’article L. 263-2-2 du
de licenciement répond aux exigences de motivation Code du travail relatives aux entraves au fonction-
(Soc., 10 janvier 1995, Bull., 1995, V, n° 21 (3), p.15 ; nement régulier des comités d’hygiène, de sécurité
Soc., 30 avril 1997, Bull., 1997, V, n° 149 (2), p.108 ; et des conditions de travail, qui sont d’interpré-
Soc., 28 octobre 2003, Bull., 2003, V, n° 264, p. 269). tation stricte, ne s’appliquent qu’aux organismes
Il en est de même pour une lettre de licenciement qui ne énumérés par ce texte.
vise que le motif économique d’un licenciement dûment
autorisé par l’inspecteur du travail (Soc., 25 mai 2004, Crim., 12 avril 2005. Cassation partielle
Bull., 2004, V, n° 137, p.125). N° 04-83.101. – C.A. Aix-en-Provence, 5 avril 2004
L’intérêt des arrêts du 5 avril 2005 est de rappeler
l’exigence de motivation de la lettre de licenciement et M. Cotte, Pt. – Mme Guirimand, Rap. –
de préciser que le licenciement est sans cause réelle et Mme Commaret, Av. Gén.
sérieuse si, après obtention de l’autorisation administra- N° 189
tive de licenciement pour motif économique du salarié
protégé, l’employeur adresse une lettre de licenciement Un salarié désigné comme secrétaire du comité
qui ne comporte ni la mention de l’autorisation adminis- d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail
trative ni celle du motif économique. alors qu’il ne fait pas partie des membres de la
délégation du personnel siégeant à ce comité ne
N° 187 bénéficie pas de la procédure spéciale protectrice
instituée par l’article L. 236-11 du Code du travail.
Le salarié protégé qui ne demande pas sa réinté-
gration après annulation de l’autorisation adminis- Soc., 18 mai 2005 Rejet
trative de licenciement peut prétendre, outre les
N° 02-47.335. – C.A. Nancy, 16 octobre 2002
indemnités de rupture, à une indemnité distincte
correspondant au préjudice subi à la suite de l’annu- Mme Morin, Pt. (f.f.) – Mme Morin, Rap. –
lation du licenciement. M. Duplat, Av. Gén.
La prise en charge par les employeurs du trajet Note
domicile-travail prévue par la loi n° 82-684 du La rupture du contrat de travail des représentants du
4 août 1982 est subordonnée en application de personnel élus obéit à une procédure spécifique afin de
l’article 3 du décret n° 82-835 du 30 septembre 1982 leur garantir une protection exceptionnelle et exorbitante
à la remise ou, à défaut, à la présentation par le de droit commun.
bénéficiaire du ou des titres. Cette protection spéciale s’applique notamment aux
Justifie légalement sa décision, la cour d’appel qui délégués du personnel (article L. 425-1 du Code du
limite le montant de l’indemnité due au titre des travail), membres du comité d’entreprise (L. 436-1), et
frais de trajet domicile-travail à celui correspondant aux « salariés qui siègent ou ont siégé en qualité de repré-
aux titres versés aux débats. sentants du personnel au comité d’hygiène, de sécurité et
des conditions de travail » (L. 436-11 du même Code).
Soc., 18 mai 2005. Rejet
S’agissant de ce dernier mandat, la protection spéciale
N° 02-40.370. – C.A. Paris, 9 janvier 2001 ne s’applique que dans les hypothèses où le personnel
Mme Morin, Pt. (f.f). – Mme Andrich, Rap. – siégeant au comité d’hygiène, de sécurité et des condi-
M. Duplat, Av. Gén. tions de travail a été désigné conformément à la loi ; tel

49
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

n’est pas le cas du salarié qui siège à ce comité sans être Note
membre de la délégation salariale désignée par le collège
prévu par l’article L. 236-5 du Code du travail et composé La chambre sociale vient ici apporter une précision
des membres élus du comité d’entreprise et des délégués importante sur le régime des prises d’actes de la rupture
du personnel. d’un contrat de travail par le salarié pour manquements
La chambre sociale réitère ici la solution déjà retenue de l’employeur.
dans son arrêt du 25 janvier 1994 (Bull., 1994, V, n° 23, Au terme des arrêts de principe sur la prise d’acte
p. 16). rendus par la chambre sociale le 25 juin 2003 (Bull.,
2003, n° 209, p. 213 (3 arrêts) ; Rapport annuel 2003 de
la Cour de cassation, p. 323), lorsque le salarié prend acte
F. – Rupture du contrat de travail de la rupture de son contrat de travail en raison de faits
qu’il reproche à son employeur, cette rupture produit les
1. Prise d’acte de la rupture effets soit d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse si
les faits invoqués la justifiaient, soit, dans le cas contraire,
N° 190 d’une démission. Et les juges du fond ne peuvent plus, en
présence de reproches faits à l’employeur par le salarié
Lorsque le salarié prend acte de la rupture de son qui prend acte de la rupture de ce fait, considérer que la
contrat de travail en raison de faits qu’il reproche démission du salarié est équivoque et en déduire que la
à son employeur, cette rupture produit les effets rupture s’analyse en un licenciement sans cause réelle et
soit d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse sérieuse, faute pour l’employeur d’avoir mis en œuvre la
si les faits invoqués la justifiaient, soit, dans le procédure de licenciement (Soc., 19 octobre 2004, Bull.,
cas contraire, d’une démission ; et le contrat étant 2004, V, n° 263 ; p. 239).
rompu par la prise d’acte du salarié, l’initiative Il appartient donc au juge, dans l'exercice des pouvoirs
prise ensuite par l’employeur de licencier le salarié qu'il tient des articles L. 122-13 et L. 122-14-3 du Code
est non avenue. du travail, d’apprécier si les faits invoqués par un salarié
Soc., 8 juin 2005. Cassation partielle à l’appui de sa prise d’acte de la rupture du contrat de
sans renvoi travail la justifiaient ou non.
Dès lors que les manquements invoqués par le salarié
N° 03-43.321. – C.A. Montpellier, 18 mars 2003 sont considérés comme insuffisamment graves pour
M. Sargos, Pt. – Mme Quenson, Rap. – M. Foerst, justifier la rupture aux torts de l’employeur, la rupture
Av. Gén. produit les effets d’une démission (Soc., 19 janvier 2005,
Bull., 2005, V, n° 12, p. 10) et ce même si l’employeur
Note a lui-même pris acte de la démission du salarié sans
mettre en œuvre la procédure de licenciement (Soc.,
Cet arrêt s’inscrit dans le cadre de l’évolution de la prise 19 janvier 2005, Bull., 2005, V, n° 11, p. 9).
d’acte par le salarié de la rupture de son contrat de travail Le mérite de l’arrêt du 29 juin 2005 est de préciser que
depuis les décisions du 25 juin 2003 (Bull., 2003, V, le juge est tenu d’examiner l’ensemble des manquements
n° 209 et Rapport annuel 2003, p. 323) et vient confirmer invoqués devant lui par le salarié, et pas seulement les
la solution retenue par l’arrêt du 19 janvier 2005 (Bull., griefs énoncés dans la lettre de prise d’acte ; le principe
2005, V, n° 12, p. 10 ; cette revue janv-fév-mars 2005, classique, découlant des exigences légales concernant
n° 73 et 74, p. 80 et 81) : dès la prise d’acte le contrat la motivation du licenciement, selon lequel les griefs de
de travail est rompu et le juge doit seulement rechercher l’employeur tels qu’énoncés dans la lettre de licenciement
si les faits invoqués par le salarié la justifiaient, de sorte fixent les limites du litige ne trouve pas à s’appliquer
qu’il importe peu que l’employeur ait ensuite imputé la pour la lettre de prise d’acte du salarié, qui ne fait l’objet
rupture au salarié, voire notifié un licenciement qui est d’aucune réglementation particulière.
non avenu. Cette solution avait déjà été retenue dans un précédent
arrêt diffusé (Soc., 24 juin 1998, pourvoi n° 96-40.539)
N° 191 et le principe est ainsi clairement affirmé par le présent
L’écrit par lequel le salarié prend acte de la rupture arrêt.
du contrat de travail en raison de faits qu’il reproche
à son employeur ne fixe pas les limites du litige ; dès 2. Licenciements
lors, le juge est tenu d’examiner les manquements
de l’employeur invoqués devant lui par le salarié
même si celui-ci ne les a pas mentionnés dans cet 2.1. Mise en œuvre
écrit.
Soc., 29 juin 2005. Rejet
* Formalités conventionnelles préalables

N° 03-42.804. – C.A. Aix-en-Provence, 20 février N° 192


2003
La consultation d’un organisme chargé en vertu
M. Sargos, Pt. – Mme Nicolétis, Rap. – M. Duplat, d’une convention collective de donner son avis sur
Av. Gén. un licenciement envisagé par l’employeur constitue

50
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

une garantie de fond de sorte que le licenciement Cette disposition a déjà été interprétée par la Cour
prononcé sans que cet organisme ait été consulté et de cassation de façon à rendre effective la protection du
ait rendu son avis selon une procédure conforme à salarié voulue par le législateur :
cette convention n’a pas de cause réelle et sérieuse. – il a été ainsi jugé que le non-respect du délai de cinq
Dès lors qu’une convention collective prévoit que jours ouvrables entre la présentation au salarié de la
le procès verbal de la réunion d’un tel organisme lettre de convocation à l’entretien préalable et l’entretien
doit être établi selon une certaine forme et transmis lui-même constituait une irrégularité qui ne pouvait
au salarié, l’inobservation de ces exigences rend le être couverte par le fait que le salarié était assisté lors de
licenciement sans cause réelle et sérieuse. cette phase de la procédure (Soc., 7 octobre 1998, pourvoi
Soc., 29 juin 2005. Cassation partielle n° 96-43.276).
partiellement sans renvoi La question s’est ici posée de savoir si le salarié pouvait
refuser le bénéfice du délai de cinq jours entre la convo-
N° 03-44.376. – C.A. Angers, 12 mai 2003 cation et l’entretien préalable au licenciement, instauré à
M. Sargos, Pt. – Mme Quenson, Rap. – M. Duplat, son profit par l’article L. 122-14 du Code du travail.
Av. Gén. L’intérêt de l’arrêt du 28 juin 2005 est d’affirmer avec
Note la plus grande netteté que le salarié ne peut renoncer
au délai de cinq jours, destiné à préserver ses droits. La
La jurisprudence de la chambre sociale a eu l’occasion chambre sociale considère ainsi les dispositions de l’article
de rappeler à plusieurs reprises que la consultation d’un L. 122-14 du Code du travail comme étant d’ordre public,
organisme chargé, en vertu d’une disposition conven- et les parties ne peuvent, conformément à l’article 6 du
tionnelle, de donner un avis sur la mesure disciplinaire Code civil, y déroger par leur seule volonté. Le non-
envisagée par l’employeur constitue pour le salarié une respect de ce délai cause donc nécessairement un préju-
garantie de fond et le licenciement prononcé sans que dice au salarié, fût-il de principe (Soc., 20 octobre 1994,
l’organisme ait été au préalable consulté ne peut avoir de pourvoi n° 93-42.635), mais n’a pas pour effet de rendre
cause réelle et sérieuse (Soc., 11 juillet 2000, Bull., 2000, le licenciement sans cause réelle et sérieuse).
V, n° 272, p. 215 ; Soc.,16 janvier 2001, Bull., 2001, V,
n° 9, p. 6).
L’intérêt de l’arrêt du 29 juin 2005 est d’appliquer ce 2.4. Licenciement économique
principe dans une espèce où l’organisme avait bien été N° 194
consulté, mais avait rendu son avis selon une procédure qui
n’était pas conforme aux dispositions conventionnelles. 1. L’insuffisance du plan social entraîne la nullité
de la procédure collective de licenciement et celle
* Entretien préalable des licenciements économiques prononcés par
l’employeur.
N° 193 2. Une cour d’appel qui constate qu’après des
Le salarié ne peut renoncer au délai de cinq jours licenciements économiques nuls en raison de
institué par l’article L. 122-14 du Code du travail, l’insuffisance du plan social, l’employeur a cessé son
entre la convocation à un entretien préalable à un activité et que ses actifs industriels ont été vendus,
éventuel licenciement et la date prévue pour ledit faisant ainsi ressortir que l’entreprise a disparu,
entretien ; dès lors, encourt la cassation l’arrêt qui peut en déduire que la réintégration des salariés
décide qu’il est loisible au salarié de renoncer à s’en licenciés, qui n’était demandée que dans les seuls
prévaloir. emplois occupés dans l’entreprise avant leur licen-
ciement, était devenu matériellement impossible et
Soc., 28 juin 2005. Cassation partielle ne pouvait en conséquence être ordonnée.
partiellement sans renvoi
Soc., 15 juin 2005. Rejet
N° 02-47.128. – C.A. Bordeaux, 3 avril 2002
N° 03-48.094. – C.A. Amiens, 7 octobre 2003.
M. Sargos, Pt. – Mme Divialle, Rap. – M. Collomp,
Av. Gén. M. Sargos, Pt. – M. Bailly, Rap. – M. Collomp,
Note Av. Gén.

L’article L.122-14 du Code du travail dispose qu’« en Note


l’absence d’institutions représentatives du personnel
dans l’entreprise, le salarié a la faculté de se faire assister Selon les dispositions de l’article L. 321-4-1 du Code
par un conseiller de son choix et l’entretien préalable du travail, la procédure de licenciement économique est
ne peut avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après nulle et de nul effet tant qu’un plan visant au reclas-
la présentation au salarié de la lettre recommandée de sement de salariés s’intégrant au plan de sauvegarde de
convocation ou sa remise en mains propres », sans que ne l’emploi n’est pas présenté par l‘employeur aux représen-
soit expressément prévue la sanction de l’inobservation tants du personnel, qui doivent être réunis, informés et
de ce délai. consultés.

51
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

La jurisprudence de la chambre sociale a eu l’occasion Soc., 20 avril 2005. Cassation partielle


de rappeler à plusieurs reprises que l’insuffisance d’un
N° 04-45.683. – C.A. Versailles, 1er juillet 2004.
plan social, par exemple faute de reclassement, équivaut
nécessairement à sa nullité, puisque ne répondant pas M. Sargos, Pt. – M. Finance, Rap. – M. Allix,
aux conditions de validité exigées par le Code du travail Av. Gén.
(Soc., 13 février 1997, Bull., 1997, V, n° 63 (2), p. 43 ;
Soc., 13 février 1997, Bull., 1997, V, n° 64, p. 45 ; Soc., Note
30 mars 1999, Bull., 1999, V, n° 144, p. 103 ; Soc.,
28 mars 2000, Bull., 2000, V, n° 132 (1), p. 99). La Cet arrêt fournit également à la chambre sociale l’occa-
chambre sociale déduit classiquement de la nullité de ce sion de rappeler un principe déjà affirmé dans de précé-
plan social (aujourd’hui plan de sauvegarde de l’emploi), dents arrêts selon lequel il n’est pas possible de diminuer
la nullité de la procédure collective de licenciement les salaires et avantages du salarié en cas de dispense par
et celle des licenciements économiques prononcés par l’employeur de l’exécution du travail pendant le délai-
l’employeur. congé (Soc., 29 janvier 2003, Bull., 2003, V, n° 27 (2),
Si l’arrêt du 15 juin 2005 confirme cette jurispru- p. 24 ; Soc.,8 mars 2000, Bull., 2000, V, n° 92, p. 72 ;
dence aujourd’hui bien établie, il apporte une précision Soc., 4 mars 1998, Bull., 1998, V, n° 117, p. 87 ; Soc.,
importante, qui en fait l’intérêt majeur, sur l’obligation 5 juillet 1995, Bull., 1995, V, n° 234, p. 170).
de réintégration.
Il a toujours été admis par la chambre sociale et spécia- 3. Résiliation judiciaire
lement pour les salariés protégés, que la nullité du licen-
ciement n’entraînait pas une obligation de réintégration N° 196
à la charge de l’employeur, si cette réintégration était
matériellement impossible, notamment en cas de dispa- Lorsque la résiliation judiciaire du contrat de
rition de l’entreprise (Soc., 9 juillet 1986, Bull., 1986, travail demandée par le salarié a été prononcée
V, n° 368, p. 282 ; Soc., 24 juin 1998, Bull., 1998, V, aux torts de l’employeur, le licenciement postérieur
n° 340, p. 287 ; Soc., 25 juin 2003, Bull., 2003, V, n° 207 notifié par ce dernier est sans effet ; si le licencie-
(2), p. 208). ment est notifié après le jugement de résiliation,
Appliquant cette jurisprudence à une hypothèse de mais avant la décision de la cour d’appel saisie d’un
fermeture de l’entreprise et de vente de ses actifs indus- recours, celle-ci doit d’abord se prononcer sur le
triels, la chambre décide dans son arrêt du 15 juin 2005 bien-fondé de la demande de résiliation du salarié.
que la réintégration des salariés licenciés était devenue Soc., 5 avril 2005. Rejet
matériellement impossible.
N° 02-46.634. – C.A. Nîmes, 19 septembre 2002
On rappellera que le législateur, dans la loi de
programmation pour la cohésion sociale n° 2005-32 M. Sargos, Pt. – M. Gillet, Rap. – M. Foerst,
du 18 janvier 2005, a modifié l’article L. 122-14-4 du Av. Gén.
Code du travail. Cet article dispose désormais, dans son
premier alinéa, que lorsque le licenciement est intervenu Note
alors que la procédure est nulle et de nul effet, conformé-
ment aux dispositions de l’article L. 321-4-1 du Code du Dans l’espèce soumise à la Cour de cassation, une
travail, le tribunal peut prononcer la nullité du licencie- salariée en arrêt de travail suite à des faits de harcèlement
ment et ordonner, à la demande du salarié, la poursuite de moral et sexuel qu’elle imputait à son employeur avait
son contrat de travail, sauf si la réintégration est devenue saisi le conseil de prud’hommes d’une action en résilia-
impossible, notamment du fait de la fermeture de l’éta- tion judiciaire de son contrat de travail aux torts de ce
blissement ou du site ou de l’absence d’emploi disponible dernier.
de nature à permettre la réintégration du salarié. Le conseil de prud’hommes ayant accueilli l’action de la
salariée, l’employeur a interjeté appel de la décision ayant
2.5. Indemnité compensatrice de préavis prononcé la rupture du contrat de travail à ses torts et
au cours de l’instance d’appel a licencié la salariée pour
N° 195 inaptitude.
Il résulte des articles L. 122-6 et L. 122-8 du L’employeur se prévalant de ce licenciement concluait à
Code du travail que la dispense par l’employeur l’irrecevabilité de la demande de résiliation de la salariée.
de l’exécution du travail pendant le délai-congé Pour rejeter le pourvoi de l’employeur et approuver
ne doit entraîner jusqu’à l’expiration de celui-ci les juges d’appel d’avoir déclaré recevable la demande
aucune diminution des salaires et avantages que le de résiliation judiciaire, la chambre sociale a retenu que
salarié aurait perçus s’il avait accompli son travail. lorsque la résiliation judiciaire du contrat de travail a
Viole les textes susvisés l’arrêt qui écarte du été prononcée aux torts de l’employeur, le licenciement
montant de l’indemnité compensatrice de préavis postérieur notifié par ce dernier est sans effet ; si le licen-
les heures supplémentaires effectuées par le salarié ciement est notifié après le jugement de résiliation, mais
alors que celles-ci constituaient un élément stable avant la décision de la cour d’appel saisie d’un recours,
et constant de la rémunération sur lequel il était en celle-ci doit d’abord se prononcer sur le bien-fondé de la
droit de compter. résiliation.

52
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

En effet, une demande de résiliation amène évidem- Toutefois, lorsqu’un salarié demande la résiliation de
ment à analyser des éléments relatifs à une inexécution son contrat de travail en raison de faits qu’il reproche à son
alléguée des obligations de l’employeur et elle a, si elle est employeur, tout en continuant à travailler à son service,
accueillie, les effets d’un licenciement sans cause réelle et que ce dernier le licencie ultérieurement pour d’autres
et sérieuse. faits survenus au cours de la poursuite du contrat, le
Elle peut emporter, si elle est accueillie, rupture du juge doit d’abord rechercher si la demande de résiliation
contrat de travail à sa date, en sorte qu’un licenciement du contrat de travail était justifiée ; c’est seulement dans
postérieur est sans effet (cf. Soc., 22 mars 2000, pourvoi le cas contraire qu’il doit se prononcer sur le licenciement
n° 98-40.445 et Soc., 29 avril 2003, pourvoi n° 01- notifié par l’employeur (Soc., 16 février 2005, Bull.,
41.824). 2005, V, n° 54, p. 48, pourvoi n° 02-46.649).
Cette solution est à rapprocher d’un précédent arrêt Cette dernière solution était-elle transposable, et dans
(Soc., 16 février 2005, pourvoi n° 02-46.649, commenté quelle mesure, au cas de départ ou mise à la retraite du
dans cette revue, n° 69 – premier trimestre 2005, salarié avant le prononcé de la résiliation judiciaire solli-
p. 85, n° 87) dans lequel la chambre sociale avait jugé citée ?
que « lorsqu’un salarié demande la résiliation de son La chambre sociale a considéré que la situation était
contrat de travail en raison de faits qu’il reproche à son différente dans la mesure où la mise à la retraite, dès lors
employeur, tout en continuant à travailler à son service, que toutes les conditions légales en sont réunies, relève
et que ce dernier le licencie ultérieurement pour d’autres d’une rupture en quelque sorte « objective » du contrat
faits survenus au cours de la poursuite du contrat, le de travail. Une telle rupture ne peut être remise en cause
juge doit d’abord rechercher si la demande de résilia- par le juge, qui peut seulement allouer au salarié des
tion du contrat était justifiée. C’est seulement dans le dommages-intérêts si les griefs contre son employeur
cas contraire qu’il doit se prononcer sur le licenciement étaient fondés.
notifié par l’employeur. »
N° 198
N° 197
Il appartient à l’employeur, s’il estime que le
1. L’arrêt qui, par l’effet d’une décision rectifica- salarié ne respecte pas ses obligations, d’user de
tive complétant son dispositif, rejette une demande son pouvoir disciplinaire et de licencier l’intéressé.
de résiliation judiciaire du contrat de travail, tranche Il est dès lors irrecevable, fût-ce par voie reconven-
une partie du principal et est ainsi susceptible de tionnelle, à demander la résiliation du contrat de
pourvoi immédiat en application des articles 606 et travail.
608 du nouveau Code de procédure civile.
2. Lorsque, au moment où le juge statue sur une Soc., 29 juin 2005. Rejet
action du salarié tendant à la résiliation judiciaire N° 03-41.966. – C.A. Montpellier, 18 février 2003
du contrat de travail aux torts de l’employeur, le
contrat de travail a pris fin par la mise à la retraite M. Sargos, Pt. – Mme Grivel, Rap. – M. Maynial,
du salarié, sa demande de résiliation devient sans Av. Gén.
objet. Le salarié a seulement la faculté, si les griefs
Note
qu’il faisait valoir à l’encontre de l’employeur sont
justifiés, de demander la réparation du préjudice en
La chambre sociale confirme ici sa jurisprudence
résultant.
obligeant l’employeur à user de la procédure de licen-
Soc., 12 avril 2005. Rejet ciement lorsqu’il considère que le contrat ne peut être
maintenu en raison de griefs établis à l’encontre du salarié
N° 02-45.923. – C.A. Aix-en-Provence, 25 juin 2002 (Soc., 9 mars 1999, Bull., 1999, V, n° 108, p. 80). C’est
M. Sargos, Pt. – M. Blatman, Rap. – M. Allix, ce mode de rupture spécifique, protectrice des droits du
Av. Gén. salarié, que doit choisir l’employeur à l’exclusion d’une
demande de résiliation judiciaire, laquelle est irrece-
Note vable, même formulée reconventionnellement comme en
l’espèce.
La question à laquelle avait à répondre la chambre
sociale porte sur la détermination de la date de rupture
du contrat de travail lorsqu’il est mis fin à celui-ci par 4. Démission
un événement qui, telle la retraite du salarié, intervient
avant qu’il n’ait été statué sur la demande de résiliation N° 199
judiciaire introduite par le salarié.
Ne manifeste pas une volonté claire et non
Lorsqu’un salarié prend acte de la rupture de son équivoque de démissionner un salarié qui, ayant
contrat de travail en raison de faits qu’il reproche à recherché un autre emploi lorsque l’entreprise
l’employeur, cette rupture étant acquise à la date de la qui l’employait avait été mise en liquidation, a été
prise d’acte, les juges du fond n’ont pas à examiner les embauché avant de recevoir une lettre de licencie-
griefs énoncés dans une lettre de licenciement posté-
ment du liquidateur.
rieure (Soc., 7 avril 2004, pourvoi n° 02-42.917). Ce
licenciement doit être considéré comme non avenu (Soc., Soc., 13 avril 2005. Cassation partielle
19 janvier 2005, Bull., 2005, V, n° 12, p. 10). partiellement sans renvoi

53
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

N° 03-42.467. – C.A. Colmar, 15 mai 2002 ne s’ouvre pas avant l’âge de soixante-cinq ans,
à ce que les périodes accomplies dans ce dernier
M. Sargos, Pt. – M. Texier, Rap. – M. Legoux,
Av. Gén. Etat soient prises en compte pour déterminer
tant les conditions d’ouverture du droit aux
Note prestations susceptibles de lui être versées que
le taux de la pension susceptible d’être liquidée
De manière constante, la jurisprudence de la chambre immédiatement par l’institution du premier Etat.
sociale de la Cour de cassation affirme que la démis- Soc., 17 mai 2005. Rejet
sion ne peut résulter que de l’expression d’une volonté
claire et non équivoque de démissionner du salarié N° 03-44.856. – C.A. Orléans, 15 mai 2003
(Soc., 21 mai 1980, Bull., 1980, V, n° 452, p. 343 ; Soc.
26 septembre 2002, Bull., 2002, V, n° 284, p. 273). M. Sargos, Pt. – Mme Manes-Roussel, Rap. – M. Du-
plat, Av. Gén.
La chambre sociale juge ainsi dans son arrêt du
13 avril 2005 que le fait pour le salarié apprenant que son
Note
entreprise est mise en liquidation judiciaire, de recher-
cher un autre emploi par précaution et d’être embauché
En l’espèce, un salarié de nationalité hollandaise,
par un nouvel employeur avant de recevoir une lettre de
licenciement du liquidateur, n’est pas la manifestation a travaillé en France et au Pays-Bas. Son dernier
d’une volonté claire et non équivoque de démissionner. employeur, français, le met à la retraite au double motif
qu’il a soixante ans, âge requis par la convention appli-
La chambre sociale avait déjà refusé de reconnaître cable, et qu’il justifie du nombre de trimestres nécessaires,
l’existence d’une démission à propos d’autres compor-
en prenant en compte les périodes d’activité effectuées en
tements équivoques de salariés. Ainsi a-t-elle jugé que
France et aux Pays-Bas.
l’absence prolongée d’un salarié ne peut constituer de
sa part une manifestation de volonté non équivoque de La caisse régionale d’assurance maladie, de son côté,
démissionner (Soc., 24 janvier 1996, Bull., 1996, V, décide que le taux applicable en matière de retraite doit
n° 26, p. 17 : non reprise du travail à la fin des congés être déterminé en prenant en compte toutes les périodes
payés ; Soc., 24 juin 1992, pourvoi n° 89-42.967 : non de cotisation, en France et à l’étranger. En revanche, le
reprise du travail à l’issue d’un arrêt maladie, malgré montant de la retraite liquidée se calcule au prorata du
la notification du médecin conseil et du médecin expert nombre de trimestres effectué dans chaque pays, soit pour
fixant la fin de son indisponibilité et malgré des lettres la France, les trimestres effectués en France, la caisse
de l’employeur demandant au salarié de s’y conformer ; appliquant ici la règle de la proratisation des prestations.
Soc., 2 février 1994, pourvoi n° 90-42.879 : départ en Il ne peut alors pas percevoir de retraite correspondant
congés sans l’accord de l’employeur). aux périodes de travail aux Pays-Bas, où le droit à retraite
A défaut de constituer une démission, ces comporte- n’est ouvert qu’à partir de 65 ans.
ments peuvent néanmoins caractériser un motif de licen- Le salarié contestait dès lors la validité de sa mise à la
ciement. Il appartient alors à l’employeur de procéder retraite dont il demandait la requalification en licencie-
au licenciement du salarié intéressé (par exemple : ment sans cause réelle et sérieuse.
Soc., 10 juillet 2002, Bull., 2002, V, n° 240, p. 236 : en
l’absence de volonté claire et non équivoque du salarié Les dispositions du règlement CEE n° 1408/71 du
de démissionner, il appartient à l’employeur qui lui Conseil du 14 juin 1971 tel que modifié et mis à jour
reproche un abandon de poste de le licencier). On rappel- par le règlement CE n° 118/97 du 2 décembre 1996
lera enfin, cf. supra n° 191, que bien qu’intitulée démis- permettent de prendre en compte les périodes d’activités
sion, une lettre du salarié expliquant sa décision par des effectuées hors de l’Etat membre auquel le travailleur
griefs qu’il formule à contre son employeur s’analyse en appartient, pour déterminer s’il a droit à une pension de
réalité comme une prise d’acte de la rupture aux torts de retraite ainsi que pour le calcul du taux de cette même
l’employeur et qu’il incombe au juge du fond de recher- pension susceptible d’être liquidée. Il s’agit de la règle
cher si ces griefs étaient ou non fondés. communautaire de la totalisation. Le règlement prévoit
aussi la règle de proratisation.
5. Retraite Mais ces dispositions communautaires permettent-elles
encore l’application de la règle de la totalisation lorsque
N° 200 celle-ci conduit à désavantager le salarié ?
Les articles 3, paragraphes 1, 45 et 49 du règle- La chambre sociale de la Cour de cassation décide que
ment CEE nº 1408-71 du Conseil, du 14 juin 1971, le règlement modifié ne s’oppose pas à ce que les périodes
tel que modifié et mis à jour par le règlement CE accomplies dans les deux Etats soient prises en compte
n° 118/97 du 2 décembre 1996, ne s’opposent pas, pour déterminer tant les conditions d’ouverture du droit
lorsque le droit à une pension de vieillesse est aux prestations susceptibles de lui être versées, que le
ouvert à partir de soixante ans dans le régime légal taux de la pension susceptible d’être liquidée immédiate-
de base d’un premier Etat membre à un travailleur ment par l’institution du premier Etat, lorsque le droit à
d’un âge inférieur à soixante-cinq ans, ayant une pension de vieillesse est ouvert à partir de soixante
accompli des périodes d’activité dans cet Etat et ans alors que dans le second Etat le droit à pension ne
dans un autre Etat membre où le droit à pension s’ouvre pas avant l’âge de soixante-cinq ans.

54
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

Cette position n’est pas nouvelle (Soc., 24 mai 1995, – La deuxième chambre civile a jugé que viole l’article
Bull., 1995, V, n° 167 p. 122). Elle rejoint d’ailleurs celle 41 de la loi du 29 juillet 1881 une cour d’appel qui réserve
de la CJCE (CJCE, 7 juillet 1994, Mac Lachlan, Rec. l’action civile en retenant que le passage des conclusions
p. I-3229). L’idée est que les inconvénients résultant du insinuant qu’un avocat aurait obtenu, dans une procé-
fractionnement des prestations sont inhérents au fait que dure de divorce, un témoignage de complaisance à la suite
le règlement communautaire ne tend pas à organiser un des relations qu’il entretenait avec un témoin étaient
régime commun de sécurité sociale, mais seulement à étrangers à la cause, alors que les imputations diffama-
établir des règles de coordination des systèmes de sécurité toires visaient à contester la crédibilité et la sincérité des
sociale des Etats membres. attestations produites (2e Civ., 8 avril 2004, Bull., 2004,
II, n° 183 (2), p. 154).
– Par le présent arrêt, la chambre sociale rappelle le
G. – Actions en justice principe selon lequel une juridiction ne peut réserver
l’action prévue à l’article 41 de la loi du 29 juillet 1881 que si
* Action en diffamation (immunité les écrits incriminés présentent un caractère d’extranéité.
des écrits produits devant les tribunaux) En l’espèce, la Haute juridiction a considéré que les
écrits produits par le salarié dans une instance prud’ho-
N° 201 male, accusant l’employeur de faux et usage de faux
concernant des comptes rendus d’évaluation, ne sont pas
Une cour d’appel ne peut réserver l’action prévue étrangers à la cause.
à l’article 41 de la loi du 29 juillet 1881 que si les
écrits incriminés présentent un caractère d’extra- La Cour de cassation a également précisé les conditions
néité. d’application de l’exception prévue à l’alinéa 5 de l’article
41 de la loi du 29 juillet 1881 :
Soc., 19 avril 2005. Cassation partielle – La chambre criminelle a rappelé que lorsque les parties
sans renvoi ou leurs conseils sont visés par la diffamation, l’action
N° 02-44.866. – C.A. Paris, 21 mai 2002 publique ou civile doit leur être expressément réservée
par la juridiction (Crim., 28 mai 1991, Bull. crim.,
M. Sargos, Pt. – Mme Divialle, Rap. – M. Maynial, n° 225, p. 574).
Av. Gén.
– La deuxième chambre civile a jugé que la disposition
Note précitée présente un caractère d’ordre public et que si
l’action n’a pas été réservée par la juridiction, il existe une
L’article 41, alinéas 3 à 5, de la loi du 29 juillet 1881 fin de non-recevoir qui doit être opposée au demandeur
dispose que : (2e Civ., 19 mai 1976, Bull., 1976, II, n° 160, p. 124).
« Ne donneront lieu à aucune action en diffamation,
injure ou outrage, ni le compte rendu fidèle fait de bonne
* Appel (acte d’appel)
foi des débats judiciaires, ni les discours prononcés ou les
écrits produits devant les tribunaux.
N° 202
Pourront néanmoins les juges, saisis de la cause
et statuant sur le fond, prononcer la suppression des Les dispositions de l’article R. 517-7 du Code du
discours injurieux, outrageants ou diffamatoires, et travail, selon lesquelles l’acte d’appel mentionne le
condamner qui il appartiendra à des dommages-intérêts. jugement dont il est fait appel, n’étant pas prescrites
à peine de nullité, encourt la cassation l’arrêt qui se
Pourront toutefois les faits diffamatoires étrangers à la déclare non saisi par la déclaration d’appel portant
cause donner ouverture, soit à l’action publique, soit à sur un jugement dont la date est erronée, alors qu’il
l’action civile des parties, lorsque ces actions leur auront résulte des pièces de la procédure que toutes les
été réservées par les tribunaux, et, dans tous les cas, à parties ont reçu un récépissé ou avis de déclaration
l’action civile des tiers. » d’appel mentionnant la date exacte du jugement
L’immunité judiciaire instaurée par ce texte est frappé d’appel et sur lequel elles ont conclu au fond
destinée à garantir le libre exercice du droit d’agir et le devant la cour d’appel en sorte qu’elles ne pouvaient
libre exercice des droits de la défense et s’applique aux se méprendre sur le jugement déféré.
écrits produits ou aux propos tenus devant toutes les
juridictions judiciaires et administratives. Le législateur Soc., 17 mai 2005 Cassation partielle
a prévu une exception dans le cas où les faits diffama- partiellement sans renvoi
toires sont étrangers à la cause. N° 03-42.646. – C.A. Orléans, 13 février 2003
La Cour de cassation exerce un contrôle sur ce qu’il est M. Sargos, Pt. – Mme Slove, Rap. – M. Duplat,
convenu d’appeler l’extranéité des faits : Av. Gén.
– La chambre criminelle a considéré que les propos Note
outrageants, adressés par une personne mise en examen
au magistrat instruisant l’affaire et dénonçant le harcèle- L’article R. 517-7 du Code du travail précise les
ment judiciaire dont elle ferait l’objet, ne sont pas étran- mentions que doit comporter la déclaration d’appel et
gers à la cause et ne peuvent pas faire l’objet de poursuites prévoit notamment que celle-ci « désigne le jugement
(Crim., 8 juin 1999, Bull. crim., n° 127, p. 347). dont il est fait appel ».

55
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

Dans l’espèce soumise à la Cour de cassation, la teur l’emploi illicite de salariés en infraction aux dispo-
déclaration d’appel visait un jugement du conseil de sitions des articles L. 221-5 et L. 221-16 ou en infraction
prud’hommes dont la date était erronée. Considérant que aux articles 41 (a et b) et 105 (i) du Code des profes-
la déclaration visait un jugement inexistant, les juges sions applicable dans les départements de la Moselle, du
d’appel en avaient déduit qu’ils n’étaient saisis d’aucun Bas-Rhin et du Haut-Rhin.
appel.
Le président du tribunal peut notamment ordonner
La chambre sociale a cassé cet arrêt ; elle rappelle en
la fermeture le dimanche du ou des établissements
effet que les mentions visées à l’article R. 517-7 ne sont
concernés. Il peut assortir sa décision d’une astreinte qui
pas prescrites à peine de nullité, ainsi qu’elle l’avait
déjà jugé dans son arrêt du 4 décembre 2001 (pourvoi sera liquidée au profit du Trésor. »
n° 99-43.865). Ce qui importe c’est que le jugement La faculté pour l’inspecteur du travail de demander le
entrepris soit suffisamment identifiable et que la partie prononcé d’une astreinte au profit du Trésor constitue
intimée ne puisse se méprendre sur la décision frappée une exception au principe, posé par l’article 38 de la loi
d’appel (Soc., 4 décembre 2001, pourvoi n° 99-43.865 ; n° 55-366 du 3 avril 1955, selon lequel « Toute action
2e Civ., 7 novembre 1994, pourvoi n° 93-10.996 ; 2e Civ., portée devant les tribunaux de l’ordre judiciaire et
17 juillet 1974, Bull., 1974, II, n° 232, p.194). En tendant à faire déclarer l’Etat créancier ou débiteur pour
l’espèce, la chambre sociale a considéré que l’intimé des causes étrangères à l’impôt et au domaine doit, sauf
n’avait pu se méprendre sur le jugement entrepris dès
exception prévue par la loi, être intentée à peine de nullité
lors que les références exactes étaient mentionnées sur
l’avis de réception de l’acte d’appel et qu’en outre l’intimé par ou contre l’agent judiciaire du Trésor public. »
avait conclu au fond sur le mérite dudit jugement. La chambre sociale précise que le pouvoir de demander
On observera que c’est la même solution qui est adoptée le prononcé d’une astreinte a pour corollaire le pouvoir
relativement à la mention de la partie appelante (Soc., de demander sa liquidation, l’instance en liquidation de
19 mars 2002, pourvoi n° 00-40.410) ; le seul fait que l’astreinte n’étant que la suite de celle ayant conduit à
l’acte d’appel se borne à préciser le nom du salarié suivi son prononcé. L’Assemblée plénière de la Cour de cassa-
du terme licenciement ne suffit pas à rendre nulle cette tion avait déjà posé en 1966 le principe semblable selon
déclaration d’appel, dès lors qu’y était jointe la décision lequel une demande en liquidation d’astreinte n’est
entreprise permettant d’identifier les parties, en sorte que que la continuation et le développement de l’instance
l’intimé n’avait pu se méprendre sur l’identité de l’appe- ayant abouti au prononcé de cette astreinte (Ass. Plén.,
lant. 13 mai 1966, Bull., Ass. Plén., 1966, n° 3 (1), p. 3 ; voir
également : 2e Civ., 22 octobre 1969, Bull., 1969, II,
* Astreinte n° 281 (1), p. 204 ; Soc., 5 juillet 1984, Bull., 1984, V,
n° 296, p. 223).
N° 203
La chambre sociale a donc cassé l’arrêt d’une cour
L’instance en liquidation de l’astreinte n’étant que d’appel qui a considéré que seul le créancier, c’est-à-dire
la suite de celle ayant conduit à son prononcé, l’ins- le Trésor public, a qualité pour demander la liquidation
pecteur du travail à qui la loi donne qualité pour de l’astreinte prononcée à son profit.
demander en référé, en vue de la garantie du repos
dominical, une mesure que le juge peut assortir
d’une astreinte au profit du Trésor, a qualité pour * Cassation (pourvoi)
demander la liquidation de l’astreinte prononcée.
Soc., 1er juin 2005. Cassation partiellement N° 204
sans renvoi Aux termes des articles 407 du nouveau Code de
N° 03-18.897. – C.A. Lyon, 9 avril 2003 procédure civile et R. 516-16 du Code du travail, la
M. Boubli, Pt. (f.f.). – M. Gillet, Rap. – M. Legoux, décision qui constate la caducité de la citation peut
Av. Gén. être rapportée, en cas d’erreur, par le juge qui l’a
rendue.
Note En conséquence, le pourvoi en cassation n’est
ouvert qu’à l’encontre de la décision du bureau de
La Cour de cassation précise pour la première fois conciliation du conseil de prud’hommes qui refuse
l’étendue des pouvoirs de l’inspecteur du travail sur le de rétracter une décision constatant la caducité de
fondement de l’article L. 221-16-1 du Code du travail.
sa saisine et non contre la décision constatant la
La loi n° 2000-37 du 19 janvier 2000 (article 10) caducité.
a inséré dans le Code du travail un nouvel article
L. 221-16-1 qui dispose que : Soc., 18 mai 2005. Irrecevabilité
« L’inspecteur du travail peut, nonobstant toutes
Nos 02-46.947 et 02-46.948. – C.P.H. Evry,
poursuites pénales, saisir en référé le président du
tribunal de grande instance pour voir ordonner toutes 7 novembre 2002
mesures propres à faire cesser dans les établissements de M. Chagny, Pt. (f.f.) – Mme Slove, Rap. –
vente au détail et de prestations de services au consomma- M. Duplat, Av. Gén.

56
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

Note peuvent être frappés de pourvoi en cassation indépen-


damment des jugements sur le fond que s’ils tranchent
Le présent arrêt fait une application du principe dans leur dispositif tout ou partie du principal.
classique selon lequel la voie de la cassation n’est ouverte
Ce principe a été rappelé à de nombreuses reprises par
que lorsque toutes les autres voies de recours sont fermées
(v. pour un rappel du principe 1re Civ., 8 février 2005, la Cour de cassation (v. notamment : Soc., 12 avril 2005,
diffusé, pourvoi n° 02-13.134 ; Soc., 18 février 2004, à paraître au Bull. (pourvoi n° 02-45.923) ; 2e Civ.,
diffusé, pourvoi n° 02-60.014). Ce principe d’origine 16 décembre 2004, Bull., 2004, II, n° 529 (1), p. 452 ;
ancienne est repris à l’article 605 du nouveau Code de 3e Civ., 10 décembre 2003, Bull., 2003, III, n° 226,
procédure civile, qui dispose que « le pourvoi en cassa- p. 201 ; Soc., 30 avril 2003, Bull., 2003, V, n° 148,
tion n’est ouvert qu’à l’encontre de jugements rendus en p. 146 ; Soc., 13 novembre 1996, Bull., 1996, V, n° 378,
dernier ressort ». p. 271 ; 2e Civ., 9 octobre 1996, Bull., 1996, II, n° 219,
La chambre sociale, saisie d’un pourvoi à l’encontre p. 135 ; Soc., 23 février 1994, Bull., 1994, V, n° 63,
d’une décision du bureau de conciliation d’un conseil p. 45).
de prud’hommes constatant la caducité de sa saisine, a
En l’espèce, le pourvoi formé contre l’arrêt, statuant
déclaré ce pourvoi irrecevable aux motifs qu’en applica-
tion des articles 407 du nouveau Code de procédure civile sur appel d’une ordonnance du juge de la mise en état, ne
et R. 516-16 du Code du travail, la décision qui constate mettant pas fin à l’instance en se bornant à dire que les
la caducité de la citation peut être rapportée, en cas contrats liant les parties sont des contrats de mandat et à
d’erreur, par le juge qui l’a rendue et qu’en conséquence, renvoyer les parties devant le tribunal de grande instance
le pourvoi en cassation n’est ouvert qu’à l’encontre estimé compétent, a été déclaré irrecevable.
de la décision du bureau de conciliation du conseil de
prud’hommes qui refuse de rétracter une décision consta-
tant la caducité de sa saisine. * Cassation partiellement sans renvoi
Cette jurisprudence est conforme à celle de la deuxième applications diverses
chambre civile en matière de contestation de caducité
d’une déclaration d’appel prononcée par un premier N° 206
président (2e Civ., 26 juin 2003, Bull., 2003, II, n° 207, Il y a lieu à cassation partiellement sans renvoi
p. 174). d’un arrêt ayant décidé à tort qu’un salarié n’avait
En pratique, le demandeur dont la citation a été pas droit à l’indemnité compensatrice de l’obligation
déclarée caduque doit, dans un premier temps, demander de non-concurrence, la Cour de cassation pouvant,
au bureau de conciliation la rétractation de sa décision et,
par application de l’article 627 du nouveau Code de
dans un deuxième temps, si la rétractation a été refusée,
former un pourvoi à l’encontre de la décision de refus. procédure civile, mettre fin au litige de ce chef en
décidant que la salariée a droit à cette indemnité, le
N° 205 renvoi étant limité à la détermination de la somme
Sauf dans les cas spécifiés par la loi, les jugements devant lui revenir.
en dernier ressort qui ne mettent pas fin à l’instance Soc., 5 avril 2005. Cassation partielle
ne peuvent être frappés de pourvoi en cassation partiellement sans renvoi
indépendamment des jugements sur le fond que
s’ils tranchent dans leur dispositif tout ou partie du N° 02-45.540. – C.A. Rennes, 6 juin 2002
principal.
M. Sargos, Pt. – M. Chagny, Rap. – M. Foerst,
Est irrecevable le pourvoi formé contre un arrêt, Av. Gén.
statuant sur appel d’une ordonnance du juge de la
mise en état, ne mettant pas fin à l’instance en se N° 207
bornant à dire que les contrats liant les parties sont
des contrats de mandat et à renvoyer les parties Il y a lieu à cassation partiellement sans renvoi
devant le tribunal de grande instance estimé compé- d’un arrêt ayant décidé à tort qu’un salarié avait
tent. commis une faute grave, la Cour de cassation
Soc., 29 juin 2005. Irrecevabilité pouvant, par application de l’article 627 du nouveau
Code de procédure civile, mettre fin au litige de ce
N° 03-16.311. – C.A. Nîmes, 13 février 2003 chef en décidant que la salariée n’avait pas commis
M. Sargos, Pt. – M. Chollet, Rap. – M. Duplat, de faute grave, le renvoi étant limité aux points
Av. Gén. restant en litige.

Note Soc., 13 avril 2005. Cassation partielle


partiellement sans renvoi
Par le présent arrêt, la chambre sociale fait une nouvelle N° 02-47.621. – C.A., Amiens, 27 novembre 2002
application des articles 606, 607 et 608 du nouveau
Code de procédure civile, selon lesquels les jugements M. Sargos, Pt. – Mme Auroy, Rap. – M. Legoux,
en dernier ressort qui ne mettent pas fin à l’instance ne Av. Gén.

57
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

N° 208 litige de ce chef en décidant que la rémunération doit


être calculée sur la base de la rémunération brute, le
Il y a lieu à cassation partiellement sans renvoi
d’un arrêt ayant décidé à tort qu’un salarié avait renvoi étant limité au calcul de l’indemnité.
démissionné de façon claire et non équivoque, Soc., 7 juin 2005. Cassation partielle
la Cour de cassation pouvant, par application partiellement sans renvoi
de l’article 627 du nouveau Code de procédure
civile, mettre fin au litige de ce chef en décidant Nos 03-44.969 et 03-45.290. – C.A. Amiens,
que la salariée n’avait pas démissionné, le renvoi 26 mai 2003
étant limité à l’appréciation des conséquences M. Sargos, Pt. – M. Bouret, Rap. – M. Allix, Av. Gén.
financières de la rupture du contrat de travail.
Soc., 13 avril 2005. Cassation partielle N° 212
partiellement sans renvoi Il y a lieu à cassation partiellement sans renvoi
N° 03-42.467. – C.A. Colmar, 15 mai 2002 d’un arrêt ayant décidé à tort que le non-respect
d’exigences prévues par une convention collective
M. Sargos, Pt. – M. Texier, Rap. – M. Legoux, en matière de licenciement n’avait pas pour effet de
Av. Gén. le rendre sans cause réelle et sérieuse, la Cour de
cassation pouvant, par application de l’article 627
N° 209
du nouveau Code de procédure civile, mettre fin au
Il y a lieu à cassation partiellement sans renvoi litige de ce chef en décidant que l’absence de respect
d’un arrêt ayant décidé à tort que le contrat de travail de ces exigences rendait le licenciement sans cause
d’un salarié ne s’était pas poursuivi avec un repre- réelle et sérieuse, le renvoi étant limité aux points
neur, la Cour de cassation pouvant, par application restant en litige.
de l’article 627 du nouveau Code de procédure
civile, mettre fin au litige de ce chef en décidant que Soc., 29 juin 2005. Cassation partielle
ledit contrat s’était poursuivi, le renvoi étant limité partiellement sans renvoi
aux points restant en litige. N° 03-44.376 – C.A. Angers, 12 mai 2003
Soc., 19 avril 2005. Cassation partiellement M. Sargos, Pt. – Mme Quenson, Rap. – M. Duplat,
sans renvoi Av. Gén.
N° 03-43.240. – C.A. Versailles, 19 avril 2005
Note commune aux nos 206 à 212 ci-dessus
M. Sargos, Pt. – Mme Manes-Roussel, Rap.- M. May-
nial, Av. Gén.
La chambre sociale, soucieuse de ne pas retarder l’issue
N° 210 des litiges, exerce utilement le droit qui lui est ouvert
par l’article 627 du nouveau Code de procédure civile
Il y a lieu à cassation partiellement sans renvoi de mettre fin au litige en donnant la solution appropriée
d’un arrêt ayant décidé à tort qu’un salarié engagé et en ne renvoyant à la juridiction de renvoi, en cas de
à titre exclusif et à temps partiel n’avait pas droit cassation, que les seuls points restant en litige. Les diffé-
à la rémunération minimale forfaitaire prévue par
rents arrêts illustrent les nombreuses hypothèses dans
l’article 5 de l’Accord national interprofessionnel
lesquelles la Cour de cassation use de cette pratique de
des voyageurs représentants placiers, la Cour de
cassation partiellement sans renvoi.
cassation pouvant, par application de l’article 627
du nouveau Code de procédure civile, mettre fin
au litige de ce chef en décidant que le salarié avait * Compétence matérielle
droit à cette rémunération, le renvoi étant limité aux du conseil de prud’hommes
questions restant en litige.
Soc., 11 mai 2005. Cassation partielle N° 213
partiellement sans renvoi Est relatif à la formation d’un contrat de travail,
N° 03-40.837. – C.A. Besançon, 13 décembre 2002. et relève donc de la compétence du conseil de
prud’hommes le litige relatif à une promesse
M. Sargos, Pt. – Mme Martinel, Rap. – M. Allix, d’embauche stipulée dans une « convention de
Av. Gén.
stage d’accès à l’entreprise » prévue par l’article
N° 211 L. 322-4-1, 1°, du Code du travail.
La réalisation de la condition à laquelle est
Il y a lieu à cassation partiellement sans renvoi d’un
arrêt ayant décidé à tort que l’indemnité forfaitaire subordonné un engagement d’embauche relève de
due au salarié licencié en méconnaissance de son l’appréciation souveraine des juges du fond.
statut protecteur de conseiller prud’homme devait Soc., 5 avril 2005. Rejet
être calculée sur sa rémunération nette, la Cour de
cassation pouvant, par application de l’article 627 N° 02-45.636 – C.A. Lyon, 25 juin 2002
du nouveau Code de procédure civile, mettre fin au M. Bouret, Pt. (f.f.) et Rap. – M. Foerst, Av. Gén.

58
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

Note constituait une promesse ferme d’emploi sous la condi-


tion qui s’est accomplie d’obtention d’un marché » (Soc.,
1. En vue de faciliter l’insertion professionnelle des 13 mai 2003, diffusé, pourvoi n° 01-42.729).
demandeurs d’emploi, le législateur a adopté divers
dispositifs parmi lesquels figurent les conventions de N° 214
stage « d’accès à l’entreprise » (SAE). Ces conventions, 1. La clause compromissoire insérée dans un
prévues à l’article L. 322-4-1 du Code du travail, permet-
contrat de travail international pour tout litige
tent aux demandeurs d’emploi de bénéficier de formations
en entreprise ou dans un organisme de formation en vue concernant ce contrat n’est pas opposable au salarié
de leur embauche, l’Etat prenant totalement ou partielle- qui a saisi régulièrement la juridiction compétente
ment en charge les frais de formation, de rémunération et en vertu des règles applicables, peu important la loi
de protection sociale. La rémunération des stagiaires est régissant le contrat de travail.
fixée dans les conditions prévues par l’article L. 961-5 du 2. Le Code du travail maritime qui, aux termes de
Code du travail. son article 5, s’applique « aux engagements conclus
La question s’est posée de savoir quel ordre de juridic- pour tout service à accomplir à bord d’un navire
tions est compétent pour connaître des litiges relatifs français » n’est pas applicable aux marins engagés
à ces conventions. La chambre sociale tranche pour la pour servir sur un navire étranger.
première fois la question en considérant que le litige 3. Le litige qui oppose le capitaine d’un navire
relatif à une promesse d’embauche stipulée dans une immatriculé à l’étranger, lequel, étant placé sous la
« convention de stage d’accès à l’entreprise » prévue par subordination de la société qui l’a engagé, est lié à
l’article L. 322-4-1, 1° du Code du travail est relatif à celle-ci par un contrat de travail, relève de la com-
la formation d’un contrat de travail, et relève donc de pétence de la juridiction prud’homale.
la compétence du conseil de prud’hommes. La chambre
sociale avait déjà écarté la compétence du juge adminis- Soc., 28 juin 2005. Rejet
tratif pour connaître des litiges relatifs à la rémunéra-
tion des stagiaires de formation professionnelle, en appli- N° 03-45.042 – C.A. Paris, 6 mars 2003
cation de l’article L. 961-11 du Code du travail (Soc., Mme Mazars, Pt. (f.f.) et Rap. – M. Maynial,
24 avril 2001, diffusé, pourvoi n° 99-45.843). Av. Gén.
Le dispositif des conventions de stage d’accès à
l’entreprise a été supprimé par la loi n° 2005-32 du Note
18 janvier 2005 de programmation pour la cohésion
sociale, dite loi Borloo, dont l’article 43 a abrogé l’article Cet arrêt du 28 juin 2005 fournit l’occasion à la
L. 322-4-1 du Code du travaiL. La priorité du législa- chambre sociale de rappeler sa jurisprudence constante
teur étant le retour à l’activité, il a retenu les dispositifs sur l’inopposabilité au salarié de clauses compromis-
reposant sur un contrat de travail (notamment le contrat soires insérées dans un contrat de travail international
initiative-emploi) et a supprimé les simples stages. Le (Soc., 16 février 1999, Bull., 1999, V, n° 78, p. 57 ;
contrat initiative-emploi a ainsi été modifié afin d’y Soc., 9 octobre 2001, Bull., 2001, n° 312, V, p. 250) et
intégrer les actions de formation (article L. 322-4-8 de préciser la réglementation applicable au marin engagé
du Code du travail, modifié par l’article 45 de la loi du sur un navire étranger.
18 janvier 2005).
Le Code du travail maritime, issu de la loi du
2. Le présent arrêt donne également à la chambre sociale 13 décembre 1926, édicte la réglementation applicable à
l’occasion de préciser que la réalisation de la condition tout engagement maritime, au sens dudit Code, conclu
à laquelle est subordonné un engagement d’embauche entre un armateur ou son représentant et un marin et
relève de l’appréciation souveraine des juges du fond. précise que ces règles spécifiques s’appliquent « aux
En revanche, la Cour de cassation exerce un contrôle engagements conclus pour tout service à accomplir à bord
sur la qualification de promesse d’embauche : d’un navire français », à l’exclusion des marins engagés
– Elle a ainsi jugé que le conseil des prud’hommes qui a en France pour servir un navire étranger (article 5 du
constaté, d’une part, que l’attestation délivrée au salarié Code du travail maritime).
précisait la nature de l’emploi, à savoir responsable du Faisant application de ces dispositions, la chambre
salon de coiffure, d’autre part que l’embauche devait se
sociale approuve les juges du fond d’avoir jugé que les
faire à compter de l’ouverture du salon, a par ces seuls
dispositions du Code du travail maritime n’avaient pas
motifs excluant l’existence de toute condition pu décider
que cet écrit constituait une promesse d’embauche (Soc., à s’appliquer au litige opposant une société de droit
10 mars 2004, diffusé, pourvoi n° 01-45.518). de Guernesey à un capitaine de yacht immatriculé à
Guernesey, ce dernier ayant été engagé pour servir un
– Elle a cassé la décision d’une cour d’appel ayant navire étranger.
débouté le bénéficiaire d’une promesse d’embauche de
sa demande de dommages-intérêts pour non-respect de Par suite, c’étaient les dispositions de droit commun
cette promesse, en considérant que la lettre litigieuse qui étaient applicables et, en présence d’un lien de subor-
ne permettait pas de constater l’accord intervenu sur dination caractéristique d’un contrat de travail entre le
la rémunération et la date d’entrée en fonction et ne capitaine et la société employeur, la juridiction prud’ho-
faisait aucune mention des autres éléments essentiels du male était compétente conformément à l’article R. 517-1
contrat de travail, « alors que l’engagement de la société du Code du travail.

59
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

N° 215 Note
L’octroi par l’employeur à un salarié d’une option
Par le présent arrêt, la chambre sociale précise la notion
donnant droit à une souscription d’actions dite d’excès de pouvoir, donnant ouverture à cassation. Elle a
« stock options » constitue un accessoire du contrat jugé en l’espèce que n’est pas entaché d’excès de pouvoir
de travail dont la connaissance relève de la compé- l’arrêt ne tranchant pas le principal et ne mettant pas
tence du conseil de prud’hommes fin à l’instance auquel il est reproché d’avoir, d’une part,
Soc., 21 juin 2005. Rejet méconnu la condition d’évolution du litige assortissant
l’intervention forcée en cause d’appel et, d’autre part,
N° 02-45.479. – C.A. Paris, 27 juin 2002 ordonné une mesure d’instruction palliant la carence
d’une partie dans l’administration de la preuve et
M. Sargos, Pt. – Mme Divialle, Rap. – M. Collomp,
déléguant au technicien commis un pouvoir d’apprécia-
Av. Gén.
tion.
Note Cette décision doit être rapprochée de la jurisprudence
récente des autres formations de la Cour de cassation :
Le dispositif des « stock options » issu de la loi – la deuxième chambre civile a jugé que l’ordonnance
n° 70-1322 du 31 décembre 1970 permet à une société du premier président d’une cour d’appel, statuant sur
d’offrir à ses salariés le droit de souscrire ou d’acheter la contestation du montant et du recouvrement des
ses propres actions à un prix déterminé ; les bénéficiaires honoraires d’un avocat, dont il est allégué qu’elle a été
de cette option disposent alors d’un certain délai pour la rendue en violation des dispositions de l’article 176 du
lever et exercer leur droit de souscription ou d’achat ; en décret du 27 novembre 1991 relatives aux formes et délais
cas d’augmentation de la valeur des titres entre le moment du recours ouvert devant le premier président, n’est pas
où l’option a été consentie et la date où elle est levée, son entachée d’excès de pouvoir (2e Civ., 12 mai 2005, à
bénéficiaire réalise une plus-value d’acquisition. paraître au Bull., pourvoi n° 03-18.538).
Le litige qui s’élève entre l’employeur et le salarié sur – la Chambre mixte a décidé que la décision rendue
l’exercice de la levée d’option relève-t-il de la compétence en violation du principe de la contradiction n’est pas
du Conseil de prud’hommes ou de celle de la juridiction entachée d’excès de pouvoir (Ch. mixte, 28 janvier 2005,
de droit commun ? Telle était la question posée à la Cour Bull., 2005, Ch. mixte, n° 1, p. 1).
de cassation.
La chambre sociale approuve les juges d’appel d’avoir * Instance prud’homale (interruption)
retenu la compétence du conseil de prud’hommes dont
relèvent « les différends qui peuvent s’élever à l’occasion N° 217
de tout contrat de travail » (article L. 511-1 du Code du Les instances prud’homales ne sont ni suspendues
travail). ni interrompues par l’ouverture de la procédure
En fondant sa solution sur la nature d’accessoire du collective. Il appartient au représentant des créan-
contrat de travail de l’octroi par l’employeur à un salarié ciers d’en informer la juridiction saisie et l’AGS.
d’une option donnant droit à une souscription d’actions,
la chambre sociale ne limite pas la compétence au conten- Soc., 12 avril 2005. Cassation partiellement
sans renvoi
tieux relatif à la levée de l’option, mais donne compé-
tence à la juridiction prud’homale pour tout contentieux N° 03-40.573 – C.A. Montpellier, 30 avril 2002
relatif aux stock-options s’élevant entre l’employeur et le
M. Chagny, Pt. (f.f.) – Mme Lebée, Rap. – M. Foerst,
salarié.
Av. Gén.

* Excès de pouvoir Note

N° 216 La chambre sociale applique ici l’article L. 621-126 du


Code de commerce qui dispose que les instances en cours
Ne caractérisent pas un excès de pouvoir rendant
devant la juridiction prud’homale, à la date du jugement
recevable un pourvoi immédiat les griefs faits à un
d’ouverture du redressement judiciaire, sont poursuivies
arrêt ne tranchant pas le principal et ne mettant pas
en présence notamment du représentant des créanciers.
fin à l’instance d’avoir, d’une part, méconnu la condi-
tion d’évolution du litige assortissant l’intervention Concernant la poursuite de l’instance prud’homale,
forcée en cause d’appel et, d’autre part, ordonné une la disposition de l’article L. 621-126 est une déroga-
mesure d’instruction palliant la carence d’une partie tion à l’article 369 du nouveau Code de procédure
dans l’administration de la preuve et déléguant au civile prévoyant au contraire que l’instance est notam-
technicien commis un pouvoir d’appréciation. ment interrompue par l’effet du jugement qui prononce
le règlement judiciaire ou de la liquidation des biens
Soc., 14 juin 2005. Irrecevabilité dans les causes où il emporte assistance ou dessaisisse-
ment du débiteur, ainsi qu’à l’article L. 621-41 du Code
Nos 03-42.311, 03-42.361, 03-42.362. – C.A. Versailles, de commerce imposant une suspension des instances
28 janvier 2003 en cours jusqu’à la déclaration des créances (l’article
M. Bouret, Pt. (f.f.) et Rap. – M. Allix, Av. Gén. réservant l’hypothèse de l’article L. 621-126 du même

60
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

Code). L’interruption des instances n’est d’ailleurs, dans La chambre sociale a récemment rappelé que « la suspen-
l’esprit de la loi du 25 janvier 1985, que la conséquence sion de l’instance emporte celle du délai de péremption
de l’obligation pour les créanciers autres que salariés de lorsqu’elle est la conséquence d’une décision de sursis
déclarer leurs créances. Or aucune obligation de cette à statuer jusqu’à la survenance d’un événement déter-
sorte n’incombe aux salariés, qui ne sont pas tenus à cette miné » et qu’« un nouveau délai court à compter de la
formalité de déclaration. réalisation de cet événement » (Soc., 18 décembre 2002,
La Cour avait déjà eu l’occasion de rappeler la Bull., 2002, V, n° 399, p. 393). En l’espèce, elle a jugé
règle de la poursuite de l’instance prud’homale (Soc., que « le délai de péremption n’a pas commencé à courir
17 septembre 2003, Bull., 2003, V, n° 235, p. 244 (cassa- dès lors que l’instance prud’homale se trouvait suspendue
tion), et l’arrêt cité). par l’effet d’un jugement de sursis à statuer jusqu’à
Quant à la présence du représentant des créanciers l’issue d’une procédure pénale qui se trouvait toujours
à l’instance prud’homale, elle ne se conçoit que si la en cours ».
juridiction prud’homale a été informée de l’ouverture Dans la présente affaire, la chambre sociale apporte une
d’une procédure collective. La chambre sociale de la Cour précision sur les conditions d’application de l’article 392
de cassation rappelle que c’est au représentant des créan- du nouveau Code de procédure civile : la simple existence
ciers d’informer la juridiction prud’homale de l’ouver- d’une instance présentant un lien avec une instance
ture de la procédure collective, comme le prévoit l’article prud’homale n’a pas pour effet d’interrompre le délai de
L. 621-126 alinéa 2, du Code de commerce et comme péremption de cette dernière et ne dispense pas la partie
la Cour l’avait déjà affirmé (Soc., 17 septembre 2003, demanderesse d’effectuer les diligences mises à sa charge
Bull., 2003, V, n° 235, p. 244 (cassation), et l’arrêt cité). par la juridiction. Seule une décision de sursis à statuer
Elle ajoute ici que c’est aussi à lui d’informer l’AGS de
jusqu’à l’issue de cette procédure produit cet effet inter-
l’ouverture de la procédure collective.
ruptif.
Il convient de rappeler qu’à défaut de cette informa-
tion, le représentant des créanciers et l’AGS non appelés Cette solution est conforme à la jurisprudence de la
à l’instance prud’homale ne pourront se prévaloir de deuxième chambre civile qui exige, pour que la péremp-
l’inopposabilité du jugement rendu dans le cadre de tion soit interrompue, la constatation d’une décision de
cette instance (Soc., 17 septembre 2003, Bull., 2003, V, sursis à statuer, une telle décision ne pouvant résulter
n° 235, p. 244 (cassation), et l’arrêt cité). d’une simple mention au dossier (2e Civ., 23 février 1994,
Bull., 1994, II, n° 72, p. 40), de l’accord des parties et du
conseiller de la mise en état sur les renvois de l’affaire
* Instance prud’homale (péremption) (2e Civ., 17 juin 1998, Bull., 1998, II, n° 198, p. 116),
ni d’un simple « renvoi informel de l’affaire sur un rôle
N° 218 d’attente » décidé par un tribunal (2e Civ., 27 mai 2004,
L’existence d’une instance sur la régularité de Bull., 2004, II, n° 251, p. 212).
la candidature d’un salarié à un mandat repré-
sentatif ne fait pas obstacle à l’accomplissement * Office du juge (moyen soulevé d’office)
des diligences mises à sa charge dans l’instance
prud’homale relative à son licenciement qui n’a pas
N° 219
donné lieu à une décision de sursis à statuer l’ayant
interrompue valablement. Dès lors qu’il n’a pas été soutenu devant les juges
Soc., 19 avril 2005. Rejet du fond que les formalités prévues par l’article
L. 122-41 du Code du travail en matière de sanction
N° 02-46.507 – C.A. Limoges, 9 septembre 2002 infligée à un salarié n’ont pas été respectées, celui-ci
M. Sargos, Pt. – Mme Divialle, Rap. – M. Maynial, est irrecevable à soutenir pour la première fois devant
Av. Gén. la Cour de cassation que ces formalités n’avaient
pas été observées, un tel moyen, mélangé de fait et
Note
de droit, étant irrecevable comme nouveau.
L’article R. 516-3 du Code du travail dispose qu’« En Soc., 11 mai 2005. Rejet
matière prud’homale, l’instance n’est périmée que lorsque
les parties s’abstiennent d’accomplir, pendant le délai de N° 02-47.450 – C.P.H. Arras, 21 octobre 2002
deux ans mentionné à l’article 386 du nouveau Code de
procédure civile, les diligences qui ont été expressément M. Sargos, Pt. – Mme Martinel, Rap. – M. Allix,
mises à leur charge par la juridiction. » Av. Gén.
Le délai de péremption de l’instance peut faire l’objet Note
d’une interruption ou d’une suspension. Ainsi, l’article
392, alinéa 2, du nouveau Code de procédure civile prévoit La chambre sociale rappelle par le présent arrêt la règle
que « ce délai continue à courir en cas de suspension de selon laquelle les moyens nouveaux, mélangés de fait et
l’instance sauf si celle-ci n’a lieu que pour un temps ou de droit, sont irrecevables devant la Cour de cassation.
jusqu’à la survenance d’un événement déterminés ; dans L’article 619 du nouveau Code de procédure civile dispose
ces derniers cas, un nouveau délai court à compter de en effet que « les moyens nouveaux ne sont pas recevables
l’expiration de ce temps ou de la survenance de cet événe- devant la Cour de cassation », à l’exception des moyens
ment ». de pur droit et des moyens nés de la décision attaquée.

61
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

Cette règle est fondée sur le rôle spécifique de la Cour En l’espèce, la Cour de cassation casse l’arrêt d’une
de cassation, qui n’est pas un troisième degré de juridic- cour d’appel, qui pour accueillir la demande en requa-
tion : la Cour de cassation ne contrôle que la conformité lification du contrat de travail à durée déterminée en un
des jugements et des arrêts aux règles de droit, sans porter contrat de travail à durée indéterminée, relève d’office
d’appréciation sur les circonstances de fait. un moyen tiré du caractère insuffisant d’une mention
Le moyen nouveau mélangé de fait et de droit s’entend concernant le motif pour lequel le contrat à durée déter-
du moyen de droit dont l’examen nécessite de porter minée avait été conclu, sans inviter les parties à s’expli-
une appréciation sur des faits qui n’ont pas été invoqués quer sur ce point.
devant les juges du fond. Par un arrêt du 23 mai 1995, la chambre sociale avait
Ainsi, la chambre sociale a jugé qu’est irrecevable, cassé l’arrêt d’une cour d’appel qui avait relevé d’office
comme étant nouveau et mélangé de fait et de droit, le que la lettre de licenciement n’exprimait aucun motif
moyen qui, pour contester que le licenciement du salarié et, de ce fait, n’obéissait pas à l’obligation de motivation
repose sur une faute grave, soutient pour la première d’ordre public de l’article L. 122-14-2 du Code du travail,
fois devant la Cour de cassation que l’employeur n’a sans inviter les parties à s’expliquer sur ce moyen (Soc.,
pas mis en œuvre la procédure de licenciement dans un 23 mai 1995, diffusé, pourvoi n° 93-43.967).
délai restreint après qu’il a eu connaissance du fait fautif
invoqué (Soc., 7 avril 2004, Bull., 2004, V, n° 105, p. 94 ; La chambre sociale a néanmoins posé une présomption
Soc., 14 janvier 2003, Bull., 2003, V, n° 2, p. 2). selon laquelle « en matière prud’homale la procédure
étant orale, les moyens sont présumés avoir été débattus
Elle a également jugé qu’« Est irrecevable devant la
contradictoirement par les parties » ou qu’« en matière
Cour de cassation, comme nouveau et mélangé de fait et
de droit, le moyen pris du défaut de pouvoir de l’attaché de procédure sans représentation obligatoire, les moyens
de direction ayant signé, pour le compte d’une société, retenus par le juge sont présumés, jusqu’à preuve
une déclaration d’appel, dès lors que ce moyen n’a pas contraire, avoir été débattus contradictoirement devant les
été soulevé devant la cour d’appel » (Soc., 16 mars 1989, juges du fond » (v. notamment : Soc., 2 décembre 2003,
Bull., 1989, V, n° 218, p. 128). diffusé, pourvoi n° 01-44.753 ; Soc., 22 octobre 2003,
diffusé, pourvoi n° 01-42.613 ; Soc., 15 octobre 2003,
N° 220 diffusé, pourvoi n° 01-43.815 ; Soc., 5 décembre 2001,
diffusé, pourvoi n° 99-45.419 ; Soc., 4 avril 1990, Bull.,
Il résulte de l’article 16 du nouveau Code de 1990, V, n° 167 (1), p. 100 ; Soc., 26 mars 1985, Bull.,
procédure civile que lorsqu’une juridiction décide 1985, V, n° 215 (2), p. 155)
de relever d’office un moyen, elle est tenue en toute
circonstance de respecter le principe de la contra-
diction en invitant les parties à s’expliquer sur celui- *Pouvoir du juge des référés
ci. Doit être cassé l’arrêt d’une cour d’appel, qui,
pour accueillir la demande en requalification du N° 221
contrat de travail à durée déterminée en un contrat
Une cour d’appel, statuant sur l’appel d’une
de travail à durée indéterminée, relève d’office un
moyen tiré du caractère insuffisant d’une mention ordonnance du juge des référés prud’homal concer-
concernant le motif pour lequel le contrat à durée nant une demande de provision, n’a pas le pouvoir
déterminée avait été conclu et estime que ce moyen de se prononcer sur l’imputabilité de la rupture
étant nécessairement dans la cause il n’y a pas lieu d’un contrat de travail.
de recueillir les observations des parties. Encourt dès lors la cassation l’arrêt qui, dans
son dispositif, décide que la rupture du contrat de
Soc., 11 mai 2005. Cassation
travail est imputable à l’une des parties.
N° 03-40.916 – C.A. Aix-en-Provence, 28 novembre 2002 Soc., 11 mai 2005. Cassation
M. Sargos, Pt. – Mme Martinel, Rap. – M. Allix,
Av. Gén. N° 03-45.228 – C.A. Montpellier, 14 mai 2003

Note M. Sargos, Pt. – M. Liffran, Rap. – M. Allix, Av. Gén.


Note
La chambre sociale rappelle par le présent arrêt le
principe posé par l’article 16, alinéa 3, du nouveau Code La chambre sociale rappelle par le présent arrêt la règle
de procédure civile selon lequel le juge ne peut relever selon laquelle le juge des référés n’a pas le pouvoir de
un moyen d’office sans inviter les parties à présenter statuer sur le fond du litige.
leurs observations sur celui-ci (pour des applications
jurisprudentielles de ce principe, v. notamment : 2e Civ., En l’espèce, un salarié a saisi un conseil de prud’hommes
23 septembre 2004, Bull., 2004, II, n° 425 (2), p. 359 ; en référé afin d’obtenir le paiement de dommages-intérêts,
2e Civ., 20 novembre 2003, Bull., 2003, II, n° 349, estimant que son contrat de travail avait été rompu de
p. 284 ; 2e Civ., 7 mai 2003, Bull., 2003, II, n° 136, manière abusive par son employeur. Sur l’appel formé
p. 117 ; 2e Civ., 11 avril 2002, Bull., 2002, II, n° 74, par le salarié, la cour d’appel a augmenté le montant de
p. 61 ; 3e Civ., 11 mai 2000, Bull., 2000, III, n° 105, la provision allouée en première instance, après avoir
p. 71 ; 1re Civ., 24 février 1998, Bull., 1998, I, n° 74 (1), dit que la rupture du contrat de travail était imputable
p. 50). à l’employeur.

62
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

La Cour de cassation, saisie d’un pourvoi fondé sur aucune activité, une cour d’appel a pu décider que
une violation de l’article L. 122-3-8 du Code du travail, les enregistrements vidéo litigieux constituaient un
relève d’office le moyen selon lequel le juge des référés moyen de preuve licite.
n’a pas le pouvoir de se prononcer sur l’imputabilité de
Soc., 19 avril 2005. Rejet
la rupture du contrat de travail. Cette question relève de
la seule compétence du juge du fond. N° 02-46.295. – C.A. Versailles, 18 juin 2002
M. Sargos, Pt. – M. Leblanc, Rap. – M. Maynial,
* Prescription Av. Gén.
Note
N° 222
Cet arrêt complète la construction jurisprudentielle
Les juges ne peuvent suppléer d’office le moyen
cohérente élaborée par la chambre sociale relativement à
tiré de la prescription ; il ne peut être reproché à
l’obligation de loyauté dans la collecte des preuves (cf.
une cour d’appel d’avoir condamné un employeur
cette revue, n° 69, janv-fév-mars 2005, Etudes, p. 3,
à payer un rappel de salaires remontant à plus de
« L’obligation de loyauté dans la collecte des preuves en
cinq ans dès lors que ce dernier n’avait pas invoqué
droit du travail »).
l’application de la prescription quinquennale.
La chambre sociale a déjà jugé que l’obligation légale
Soc., 29 juin 2005. Rejet (fondée sur l’article L. 432-2-1 du Code du travail) faite à
l’employeur d’informer et de consulter le comité d’entre-
N° 03-41.966 – C.A. Montpellier, 18 février 2003 prise préalablement à la décision de mettre dans l’entre-
M. Sargos, Pt. – Mme Grivel, Rap.- M. Maynial, prise des moyens et techniques permettant un contrôle
Av. Gén. de l’activité des salariés ne s’imposait pas, lorsqu’il
s’agissait de surveiller des entrepôts ou d’autres lieux de
Note rangement dans lesquels les salariés ne travaillent pas
(Soc., 31 janvier 2001, Bull., 2001, V, n° 28, p. 20).
Faisant application des dispositions de l’article 2223 du C’est dans cette lignée jurisprudentielle que se situe
Code civil qui prévoit que les juges ne peuvent suppléer assurément le présent arrêt du 19 avril 2005.
d’office le moyen tiré de la prescription, la chambre sociale
en déduit que l’employeur qui n’avait pas soulevé cette N° 224
fin de non-recevoir devant les juges du fond ne peut leur Sauf risque ou événement particulier, l’employeur
reprocher de l’avoir condamné à des paiements atteints ne peut ouvrir les fichiers identifiés par le salarié
par la prescription quinquennale. comme personnels contenus sur le disque dur de
La Cour de cassation a déjà eu l’occasion de juger que l’ordinateur mis à sa disposition qu’en présence de
les dispositions de l’article 2223 du Code civil s’appli- ce dernier ou celui-ci dûment appelé.
quaient y compris pour des prescriptions d’ordre public
Soc., 17 mai 2005. Cassation
et qu’était ainsi irrecevable le moyen tiré de la prescrip-
tion des dettes sociales d’un dirigeant en liquidation N° 03-40.017- C.A. Paris, 6 novembre 2002
judiciaire (Com., 19 décembre 2000, Bull., 2000, IV,
n° 197(2), p. 172, rejet ; cf. encore sur d’autres appli- M. Sargos, Pt. – Mme Slove, Rap. – M. Duplat,
cations de l’interdiction du juge de suppléer d’office le Av. Gén.
moyen tiré de la prescription : 1re Civ., 11 janvier 1983, Note
Bull., 1983, I, n° 14 ( 2), p. 12, cassation partielle ;
1re Civ., 16 juin 1987, Bull., 1987, I, n° 200 (2), p. 148, Par cet arrêt du 17 mai 2005, la chambre sociale vient
cassation). compléter sa construction jurisprudentielle sur la licéité
des modes de preuve (cf. cette revue, n° 69, jan-fév-mars
2005, Etude, « l’obligation de loyauté dans la collecte des
* Preuve-moyens de preuve (licéité ou non) preuves en droit du travail »).
Dans cette espèce, à la suite de la découverte de
N° 223 photos érotiques dans un tiroir de bureau d’un salarié,
Si un employeur ne peut mettre en œuvre un l’employeur avait procédé à une recherche sur le disque
dispositif de contrôle de l’activité professionnelle dur de l’ordinateur mis à sa disposition sur le lieu de
qui n’a pas été porté préalablement à la connais- travail, qui avait permis de trouver un ensemble de
sance des salariés, il peut leur opposer les preuves dossiers totalement étrangers à ses fonctions figurant
recueillies par les systèmes de surveillance des notamment sous un fichier intitulé «perso» ; se fondant
locaux auxquels ils n’ont pas accès et n’est pas sur ces faits, l’employeur avait licencié ce salarié pour
tenu de divulguer l’existence de procédés installés faute grave.
par les clients de l’entreprise ; qu’ayant constaté Faisant droit au moyen du pourvoi qui reprochait à la
que la mise en place d’une caméra décidée par un cour d’appel de s’être fondée sur des éléments de preuve
client n’avait pas pour but de contrôler le travail illicites, pour avoir été puisés dans un dossier identifié
des salariés mais uniquement de surveiller la porte par le salarié comme étant personnel, la chambre sociale
d’accès d’un local dans lequel ils ne devaient avoir vient préciser les conditions dans lesquelles l’employeur

63
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

peut ouvrir les fichiers identifiés par le salarié comme compétences prévue par un accord national applicable
personnels contenus sur le disque dur de l’ordinateur au salarié (Soc., 8 janvier 2002, Bull., 2002, V, n° 7,
mis à sa disposition : ce ne peut être qu’en présence du p. 6).
salarié ou celui-ci dûment appelé ; à défaut, la preuve est Elle a également jugé, au visa de l’article L. 514-1 du
illicite. Code du travail qu’un salarié, ayant droit en tant que
Ce n’est qu’en cas de risque ou événement parti- travailleur posté, à une demi-heure de travail payée, peut
culier (l’on peut penser à l’urgence de récupérer prétendre à ce temps de pause pour le temps passé hors de
des dossiers indispensables au fonctionnement de l’entreprise pour l’exercice de ses fonctions de conseiller
l’entreprise ou à sa sécurité ou au risque imminent prud’homme pendant les heures de travail posté (Soc.,
de perdre des éléments de preuve), que l’ouver- 7 avril 1994 , Bull., 1994, V, n° 140, p. 94).
ture de fichiers personnels peut se faire en l’absence C’est à une nouvelle application du principe selon
du salarié. lequel les absences de l’entreprise des conseillers
Cet arrêt est à rapprocher d’une solution précédente prud’hommes du collège salarié, justifiées par l’exer-
(Soc., 11 décembre 2001, Bull., 2001, V, n° 377, p. 303) cice de leurs fonctions, n’entraînent aucune diminution
selon laquelle l’employeur ne peut procéder à l’ouverture de leur rémunération et des avantages y afférents que
de l’armoire individuelle d’un salarié qu’en présence de procède l’arrêt du 25 mai 2005.
l’intéressé ou celui-ci prévenu sauf risque ou événement Dans la mesure où à la suite d’un accord de réduction de
particulier et qu’à défaut, l’employeur ne peut se fonder travail, l’ensemble des salariés était rémunéré sur la base
sur la preuve de l’existence de trois canettes de bière de 35 heures par semaine avec une bonification pour les
trouvées dans l’armoire personnelle du salarié pour lui 4 heures supplémentaires travaillées, le salarié conseiller
reprocher une faute grave. prud’homme devait être rémunéré de la même manière et
non sur la seule base de 35 heures par semaine.
* Protection du conseiller prud’homme N° 226
N° 225 Il résulte de l’article L. 514-1 du Code du travail
que le conseiller prud’homme ne doit subir aucune
L’exercice du mandat d’un conseiller prud’hommes diminution de sa rémunération et des avantages y
ne peut entraîner aucune diminution de la rémuné- afférents du fait de l’exercice de ses fonctions ; c’est
ration de son travail salarié. Il ne peut donc être dès lors à bon droit qu’une cour d’appel inclut dans
rémunéré sur la base de trente-cinq heures par le calcul de l’indemnité forfaitaire due au conseiller
semaine alors que l’horaire collectif de son entre- prud’homme dont le contrat de travail a été rompu
prise est de trente-neuf heures, les autres salariés sans autorisation administrative, des primes liées à
étant rémunérés sur la base de trente-cinq heures, l’exercice du travail et aux sujétions de l’activité.
augmentées de quatre heures au taux majoré de
L’indemnité forfaitaire due à un salarié, conseiller
10 %.
prud’homme, dont le contrat de travail a été rompu
Soc., 25 mai 2005. Cassation partielle sans autorisation administrative en violation du
sans renvoi statut protecteur, est calculée sur la base de la
rémunération avant précompte des contributions
N° 03-43.373. – C.A. Paris, 14 mars 2003
sociales et des impositions de toute nature que la
M. Sargos, Pt. – Mme Quenson, Rap. – M. Collomp, loi met à la charge du salarié, c’est-à-dire sur sa
Av. Gén. rémunération brute.
Soc., 7 juin 2005. Cassation partielle
Note
partiellement sans renvoi
Selon l’article L. 514-1 du Code du travail, « le temps Nos 03-44.969 et 03-45.290. – C.A. Amiens, 26 mai
passé hors de l’entreprise pendant les heures de travail 2003
par les conseillers prud’hommes du collège salarié pour
M. Sargos, Pt. – M. Bouret, Rap. – M. Allix, Av. Gén.
l’exercice de leurs fonctions est assimilé à une durée
de travail effectif pour la détermination de la durée des
Note
congés payés, du droit aux prestations d’assurances
sociales et aux prestations familiales ainsi qu’au regard
La chambre sociale réaffirme ici classiquement que les
de tous les droits que le salarié tient du fait de son ancien-
absences de l’entreprise des conseillers prud’hommes
neté dans l’entreprise ».
justifiées par leurs fonctions ne peuvent entraîner aucune
« Les absences de l’entreprise des conseillers diminution de leurs rémunérations ou des avantages y
prud’hommes du collège salarié, justifiées par l’exercice afférents. Après avoir appliqué ce principe à la percep-
de leurs fonctions, n’entraînent aucune diminution de tion d’une prime destinée à compenser le temps consacré
leurs rémunérations et des avantages y afférents ». à l’habillage et au déshabillage (Soc., 13 octobre 2004,
Faisant application de ces dispositions, la chambre Bull., 2004, V, n° 259, p. 236), à une prime dite de
sociale a déjà jugé que le temps passé pour exercer les « casse-croûte » (Soc., 7 avril 1994, Bull., 1994, V,
fonctions de conseiller prud’homme devait être pris en n° 140, p. 94), et à une gratification dite de « présence de
compte pour déterminer la période de validation des travail » (Soc., 26 novembre 1987, Bull., 1987, V, n° 691,

64
2e TRIMESTRE 2005 COUR DE CASSATION

p. 438), la chambre sociale l’applique dans son arrêt du salarié protégé dont le contrat de travail a été rompu en
7 juin 2005 au calcul de l’indemnité forfaitaire due à méconnaissance de son statut protecteur. Pour la chambre
un conseiller prud’homme mis à la retraite en mécon- sociale, le salarié a droit à une indemnité calculée non
naissance de son statut protecteur ; le calcul de cette pas sur la base de la rémunération nette, à savoir celle
indemnité doit comprendre les primes liées à l’exercice qu’il aurait effectivement perçue s’il était demeuré dans
du travail et aux sujétions de l’activité. l’entreprise, mais sur la base de la rémunération brute :
Par ailleurs l’arrêt du 7 juin 2005 vient préciser quelle la pénalité forfaitaire étant indépendante du préjudice
est la base de calcul de l’indemnité forfaitaire due au subi par le salarié résultant de la perte de son salaire.

65
2e TRIMESTRE 2005 COURS ET TRIBUNAUX

COURS ET TRIBUNAUX

A. Contrat de travail, organisation Dans le même sens que :


et exécution – Soc., 24 juin 2003, Bull., 2003, V, n° 203 (4),
p. 202.
1. Emploi et formation – Soc., 9 mai 2001, Bull., 2001, V, n° 153, p. 121.
05-163.
* Caractérisation du contrat de travail
2. Droits et obligations des parties
N° 227
au contrat de travail
L’existence d’un contrat de travail suppose la
réunion cumulative de trois éléments : l’exercice * Clause de non-concurrence
d’une activité professionnelle, un lien de subordi-
nation et une rémunération.
N° 229
L’adhésion en toute connaissance de cause à une
communauté qui assure, dans un cadre de solida- Le salarié qui a respecté une clause de non-con-
rité humaine, la prise en charge de ses adhérents currence illicite en l'absence de contrepartie finan-
en qualité de « compagnons solidaires », en ayant cière peut prétendre à des dommages et intérêts
pour objet leur insertion sociale et professionnelle en réparation du préjudice qu'il a subi du fait que
par la participation à un travail moyennant le verse- l'employeur lui a imposé une clause nulle portant
ment d’un pécule et de cotisations sociales spécifi- atteinte à sa liberté d'exercer une activité profes-
ques prévues par l’article L. 241-12 du Code de la sionnelle. En l'espèce, une contrepartie financière
sécurité sociale, ne caractérise pas un contrat de n'étant prévue qu'en cas de licenciement pour un
travail dès lors que le travail accompli dans le cadre motif autre que la faute grave ou lourde, l'absence
de l’adhésion à un tel statut est exclusif de tout lien de contrepartie financière en cas de démission rend
de subordination. une telle clause nulle.
C.A. Versailles (17e Ch.), 21 avril 2005. – R.G. C.A. Lyon (Ch. Soc. A), 2 mai 2005 – R.G.
n° 03/04429. n° 02/02730.
M. Limoujoux, Pt. – Mmes Minini et Deroubaix, Mme Fouquet, Pte – Mmes Morin et Durand,
conseillères. conseillères.
Dans le même sens que : 05-251.
– Soc., 9 mai 2001, Bull., 2001, V, n° 155 (2), p. 124
(cassation). * Harcèlement moral
05-203.
N° 230
* Contrats à durée déterminée Ne constitue pas un harcèlement moral, le fait pour
un employeur de demander à l’une de ses salariées
N° 228 des explications écrites sur une absence injustifiée et
de faire procéder à une visite du contrôleur médical
La requalification d’une relation de travail en un
contrat à durée indéterminée ne peut avoir pour à son domicile, quand bien même l’état de santé de
conséquence la restitution par le salarié de l’indem- la salariée avait été affecté par un changement de
nité de précarité versée à celui-ci lors de son départ fonction à durée non précisée et ne respectant pas
de l’entreprise ; cette indemnité lui reste pareille- l’ordre des départs prévu par le statut du personnel,
ment acquise en cas de licenciement pour faute et pour lequel elle avait obtenu réparation.
grave. C.A. Paris (18e Ch. D), 1er mars 2005 – R.G.
C.A. Versailles (6e Ch.), 8 février 2005 – R.G. n° 04/35762.
n° 04/03753. M. Linden, Pt. – Mmes Schmeitzky et Martinez,
M. Ballouhey, Pt. – MM. Boilevin et Poirotte, conseillères.
conseillers. 05-180.

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2e TRIMESTRE 2005 COURS ET TRIBUNAUX

5. Statuts particuliers M. Bothorel, Pt. – M. Jegouic, Mme André,


conseillers.
* Artiste de spectacle Sur la nécessité pour le salarié de fournir au
juge des éléments de nature à étayer sa demande
N° 231 en paiement d’heures supplémentaires, dans le
Il résulte des articles L. 762-2 du Code du travail même sens que :
et L. 212-3 du Code de la propriété intellectuelle – Soc., 25 février 2004, Bull., 2004, V, n° 62, p. 57
que l’objet du contrat entre un artiste-interprète et (rejet).
un producteur conclu pour la fixation d’une inter- 05-250.
prétation, notamment phonographique, dépasse
l’exécution de la prestation de l’artiste, l’exploita-
tion de la fixation ayant une durée distincte de celle C. – Santé et sécurité au travail
de cette prestation. Par suite, l’expiration du contrat
d’enregistrement est sans effet sur la cession des * Protection du salarié malade
droits d’exploitation.
ou victime d’un accident du travail
En conséquence, les parties à un contrat d’enregis-
trement restent tenues, en cas de résiliation amiable, N° 233
de leurs engagements prenant effet ou destinés à
se poursuivre après l’expiration du contrat si elles Selon les dispositions de l’article R. 241-51, alinéa
n’ont pas exprimé leur volonté d’y mettre fin. Ainsi, 1er, du Code du travail, les salariés doivent bénéfi-
en l’absence de résiliation de la cession des droits cier d’un examen par le médecin du travail après
d’artiste-interprète, le producteur peut valablement certaines absences pour raisons médicales ; le
exploiter l’ensemble des enregistrements réalisés classement en invalidité deuxième catégorie par la
par l’artiste et demeure propriétaire des matrices sécurité sociale ne dispense pas de cette obligation.
d’enregistrement. Il en résulte que si, en cas de carence de l’employeur,
C.A. Paris (18e Ch. D), 12 avril 2005 – R.G. le salarié peut solliciter lui-même la visite de reprise
n° 04/37225. à condition d’en aviser au préalable l’employeur,
M. Linden, Pt. – Mmes Schmeitzky et Martinez, l’initiative de la saisine du médecin du travail appar-
conseillères. tient normalement à l’employeur dès que le salarié
qui remplit les conditions pour en bénéficier, en fait
Sur les effets de la résolution d’un contrat de la demande ; le refus de l’employeur constitue un
cession exclusive des droits d’enregistrement manquement à ses obligations légales susceptibles de
conclu par un artiste-interprète, à rapprocher : justifier la résiliation judiciaire du contrat à ses torts.
– Soc., 21 juin 2004, Bull., 2004, V, n° 172 (2), p. 162 C.A. Paris (18e Ch. D), 15 février 2005 – R.G.
(rejet). n° 04/32880.
05-228. M. Linden, Pt. – Mmes Schmeitzky et Martinez,
conseillères.
B. – Durée de travail 05-169.
et rémunérations
D. – Accords collectifs
2. Rémunérations
et conflits collectifs du travail
* Heures supplémentaires
1. Accords et conventions collectifs
N° 232
S’il résulte de l’article L. 212-1-1 du Code du * Accords collectifs
travail que la preuve des heures de travail effectuées et conventions collectives divers
n’incombe spécialement à aucune des parties et que
l’employeur doit fournir au juge des éléments de N° 234
nature à justifier des horaires effectivement réalisés Selon les dispositions de l’article 6 de la Conven-
par le salarié, il n’en reste pas moins qu’il appartient tion collective nationale du travail du personnel
à ce dernier de fournir préalablement à ce juge des employé de maison alors en vigueur, le contrat de
éléments, même fragmentaires, mais a priori crédi- travail doit préciser, s’il y a lieu, la répartition de
bles, de nature à étayer sa demande. l’horaire de travail entre temps de travail effectif et
Doit être rejetée la demande du salarié fondée sur temps de présence responsable, la durée du travail
un seul document, rédigé sur papier libre, ne conte- effectif étant de quarante heures hebdomadaires
nant aucune référence précise et entaché de contra- pour un salarié à temps plein. Par conséquent,
dictions majeures. lorsqu’il résulte des énonciations du contrat de
C.A. Angers (Ch. sociale), 15 mars 2005 – R.G. travail que les attributions du salarié ne relèvent
n° 04/01386. pas uniquement de la catégorie des emplois à carac-

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2e TRIMESTRE 2005 COURS ET TRIBUNAUX

tère familial, s’agissant de la garde d’un enfant et de fera plus partie des effectifs à une date déterminée,
l’accomplissement d’activités ménagères, l’absence il s’en déduit que le licenciement a été prononcé
d’indication sur la répartition des horaires respecti- pour faute grave.
vement consacrés à chacune de ces deux activités, 2. Il est de règle que, si la juridiction appelée à
ne permet pas à l’employeur de se prévaloir du statuer sur la validité d’une transaction réglant
mécanisme des heures d’équivalence et les heures les conséquences d’un licenciement ne peut, sans
effectuées au-delà du seuil de quarante heures heurter l’autorité de la chose jugée attachée à la
constituent nécessairement des heures supplémen- transaction, se prononcer sur la réalité et le sérieux
taires payables comme telles. des motifs de licenciement ou la réalité et la gravité
C.A.Versailles (6e Ch. soc.), 1er mars 2005. – R.G. des fautes alléguées, il lui appartient, pour appré-
n° 04/03578. cier si des concessions réciproques ont été faites,
M. Ballouhey, Pt. – MM. Boilevin et Poirotte, de vérifier que la lettre de licenciement est motivée
conseillers. conformément aux exigences légales et de restituer
05-164. éventuellement aux faits tels qu’ils ont été énoncés
par l’employeur dans la lettre de licenciement
leur véritable qualification. Ne consent aucune
E. – Représentation du personnel concession, l’employeur qui, avant de s’engager
et élections professionnelles au paiement d’une somme à titre transactionnel,
a licencié un salarié pour faute grave en énonçant
dans la lettre de licenciement que le licenciement
2. Représentation du personnel était prononcé pour incompatibilité d’humeur avec
l’encadrement et la direction, et refus de rejoindre
2.2. Institutions représentatives du personnel sa nouvelle affectation, alors que l’incompatibi-
lité d’humeur n’est pas un grief matériellement
* Comité d’entreprise vérifiable et que le refus par un salarié d’une modifi-
et d’établissement-réunion cation de son contrat de travail n’a pas un caractère
fautif, ce dont il résultait que le licenciement était
N° 235 nécessairement sans cause réelle et sérieuse.
C.A. Poitiers (Ch. soc.), 15 mars 2005 – R.G.
Il n’y a pas lieu d’ordonner en référé la suspen- n° 03/03130.
sion des mesures de sécurisation d’un site industriel
prises par l’employeur et tendant à contrôler par un M. Dubois, Pt. – Mme Grandbarbe et M. Frouin,
système de badges l’accès au local de réunion du conseillers.
comité d’entreprise, dès lors que ce local dispose N° 2 : Sur l’office du juge dans l’appréciation des
d’un second accès libre depuis l’extérieur du site concessions réciproques, dans le même sens que :
et que la mesure de contrôle envisagée est propor- – Soc., 23 janvier 2001, Bull., 2001,V, n° 21, p.14.
tionnée au but recherché. 05-170.
T.G.I. Nîmes (Ch. des référés), 4 mai 2005 – R.G.
n° 05/00437. 2.4. Licenciement économique
M. Kriegk, Pt. N° 237
05-181.
Ne constitue pas une cause réelle et sérieuse de
licenciement économique, la réorganisation consis-
F. – Rupture du contrat de travail tant en un transfert ou un regroupement d'une
partie de l'activité de la dernière agence de province
2. Licenciements sur un site unique à Paris aux fins de constituer
une équipe commerciale homogène, de s'adapter
2.3. Licenciements disciplinaires à la concentration du marché de la distribution
cinématographique française, et ainsi d'anticiper
* Faute grave sur la disparition prochaine d'une agence isolée
dont l'existence ne trouverait plus de légitimité,
N° 236 par une société ne connaissant pas de difficultés
économiques au niveau de l'entreprise comme au
1. Quand la lettre de licenciement mentionne que niveau du groupe, ni de menaces concurrentielles
le licenciement est prononcé pour faute, sans quali- avérées, la simple concentration des entreprises
fier expressément cette faute, il n’en résulte pas concurrentes sur Paris ne suffisant pas à établir
que le licenciement n’a pas été prononcé pour faute de telles menaces ou risques de pertes de marché.
grave si cela se déduit implicitement mais néces-
sairement des termes de la lettre de licenciement, C.A. Lyon (Ch. soc.), 15 avril 2005 – R.G.
notamment si la lettre de licenciement prononce n° 03/02635.
la rupture immédiate du contrat de travail. Mme Panthou-Renard, Pte – Mme Devalette et
Par conséquent, si la lettre de notification du licen- M. Cathelin, conseillers.
ciement d’un salarié précise expressément qu’il ne 05-260.

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2e TRIMESTRE 2005 COURS ET TRIBUNAUX

G. – Actions en justice *Compétence matérielle du conseil


de prud’hommes
* Appel (acte d’appel)
N° 240
N° 238
Il résulte des dispositions combinées des Il résulte de la combinaison des dispositions
articles R. 516-5 du Code du travail et 931 et 932 du des articles L. 511-1 et L. 762-1 du Code du travail
nouveau Code de procédure civile que le délégué, que la juridiction prud’homale a compétence pour
permanent ou non, d’une organisation syndi- connaître de tout litige entre un employeur et un
cale ouvrière ne peut former appel d’une décision salarié qui résulte, même après sa cessation, d’un
de première instance au nom d’un salarié qu’à la contrat de travail par nature ou par présomption,
condition impérative de justifier d’un pouvoir tel le contrat par lequel une personne, physique ou
spécial pour ce faire. S’il est admis que, dans les morale, s’assure contre rémunération le concours
matières où la représentation n’est pas obligatoire, d’un artiste du spectacle en vue de sa production
le mandat donné par une partie à son mandataire Dans le litige opposant un artiste à un producteur
de la représenter devant la cour d’appel, postérieu- sur la poursuite de l’exploitation d’un enregistre-
rement au jugement de première instance, implique ment au mépris des droits de l’interprète, la nature
le pouvoir pour ce mandataire de relever appel en des droits revendiqués ne saurait faire échec aux
son nom, encore faut-il que ce mandat soit donné dispositions précitées du Code du travail dès lors
avant l’expiration du délai d’appel.
que les droits litigieux dérivent d’un contrat de
C.A. Angers (Ch. soc.), 24 mai 2005 – R.G. travail, ce dont atteste la feuille de présence à l’enre-
n° 03/00316. gistrement signée par l’artiste.
M. Bothorel, Pt. – M. Jegouic et Mme André, C.A.Versailles (1re Ch., 1re sect.), 10 février 2005
Conseillers. – R.G. n° 04/04227.
Sur le principe selon lequel le mandat donné au
Mme Bardy, Pte – Mmes Liauzun et Simonnot,
délégué syndical, postérieurement au jugement,
conseillères.
de représenter en appel le salarié implique le
pouvoir de relever appel, à rapprocher : 05-160.
– Soc., 30 avril 2002, Bull., 2003, V, n° 137, p. 143 *Référé
(cassation) et l’arrêt cité.
05-259. N° 241
* Appel (décisions susceptibles) Il résulte des dispositions de l’article 145 du
nouveau Code de procédure civile, auxquelles les
N° 239 articles R. 516-30 et R. 516-31 du Code du travail
Aux termes de l’article 40 du nouveau Code ne dérogent pas, que le juge des référés ne peut
de procédure civile, le jugement qui statue sur ordonner une mesure d’instruction utile à la solution
une demande indéterminée, est, sauf disposition d’un litige que si le procès en vue duquel la mesure
contraire, susceptible d’appel. est sollicitée n’a pas été engagé.
Il est de règle qu’en cas de prise d’acte de la Cette disposition ne porte pas atteinte au principe
rupture par le salarié, cette rupture produit soit les du droit d’accès à un tribunal dans un délai
effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse raisonnable posé par l’article 6.1 de la Convention
si les faits invoqués la justifiaient, soit, dans le cas européenne de sauvegarde des droits de l’homme
contraire, ceux d’une démission. et des libertés fondamentales, dès lors qu’en vertu
Il s’ensuit que la détermination de la qualification des dispositions de l’article R. 516-18 du Code
juridique de la rupture, nécessaire à l’appréciation du travail, le bureau de conciliation du conseil
des demandes chiffrées présentées par un salarié, de prud’hommes, c’est-à-dire le juge du fond, a
constitue, compte tenu de cette alternative, non pas le pouvoir d’ordonner toutes mesures d’instruction
seulement le fondement juridique des demandes et toutes mesures nécessaires à la conservation de
chiffrées, mais bien une demande autonome et la preuve.
préalable qui a un caractère indéterminé, en sorte C.A. Versailles (6e Ch.), 19 avril 2005 – R.G.
que le jugement qui statue sur une telle demande et n° 04/05017.
sur les demandes en paiement d’indemnités liées à
la rupture qui s’y ajoutent est susceptible d’appel. M. Ballouhey, Pt. – MM. Boilevin et Poirotte,
Conseillers.
C.A. Poitiers (Ch. sociale), 22 mars 2005 – R.G.
n° 03/03299. Dans le même sens que :
M. Dubois, Pt. – Mme Grandbarbe, M. Frouin, – 2e Civ., 23 septembre 2004, Bull., 2004, II, n° 421,
Conseillers. p. 356 (cassation sans renvoi) et l’arrêt cité.
05-178. 05-205.

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DOCTRINE
2e TRIMESTRE 2005 DOCTRINE

DOCTRINE

A. – Contrat de travail, organisation B. – Durée du travail


et exécution du travail et rémunérations

2. Droits et obligations des parties D. Asquinazi-Bailleux : Le temps de déplacement


au contrat de travail professionnel in JCP (Ed. E), n° 24, p. 1031.

* Clause de non-concurrence F. – Rupture du contrat de travail


A. Teissier : « La clause de non-concurrence en
droit du travail : loyauté renforcée ou forcée » ? JCP 3. Résiliation judiciaire
(Ed. G) du 26 juillet 2005, n° 5-10, étude n° 1085.
D. Boulmier : « Illustrations du recours à la résilia-
* Clause de période d’essai tion judiciaire du contrat de travail. » Note sous
et de période probatoire Soc., 16 mars 2005 et 16 février 2005 – JCP (Ed. E),
n° 24, p. 1035.
Jean-Yves Frouin : « Période d’essai, période proba-
toire et changement d’emploi », in RJS juin 2005, P. Waquet : « Coup de vent sur la jurisprudence
chronique, p. 423. Perrier », in RJS, juin 2005, chronique, p. 419.
Jean Mouly : « La résiliation de l’essai fondée sur
un motif étranger à ses résultats ; pour une autre G. – Actions en justice
logique », in Droit social, juin 2005, p. 614.

4. Contrats particuliers *Impartialité


J.P. Marguenaud et Jean Mouly : « L’impartialité
* Travail temporaire des juridictions du travail devant la CEDH (arrêt AB
Jacques Duplat : « Travail temporaire – consé- Kurt Kellermann c/ Suède du 26 octobre 2004) », in
quences de la requalification », in RJS, juin 2005, Droit social, juillet- août 2005, p. 803.
chronique, p. 427 (avis sur Soc., 30 mars 2005,
pourvoi n° 02-45.410, Bull., 2005, V, n° 116, p. 99) * Unicité de l’instance
Agnès Martinel : « L’action en requalification
des contrats de travail précaires », in RJS, août- Pierre Bailly : « Vertus et périls de l’unicité de
septembre 2005, chronique, p. 575. l’instance », in RJS, mai 2005, chronique, p. 327.

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