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Colloque sur les logiques de compétences et les

stratégies d'entreprises dans les pays en développement

Contribution proposée par :


Thaddée YOSSA, Economiste de projets –Doctorant à l'UFR de Grenoble II – DEA en politiques
économiques et sociales - Expert comptable stagiaire - Diplômé de l'ESSEC de Douala

BP 8.777 Douala Tél : (237) 974 05 84 E-mail : yossathaddee@yahoo.fr

Sur le thème :

Expériences de vie quotidienne et développement des compétences


utiles à la création et à la gestion des petites entreprises au Cameroun.

Douala, Mars 2004

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Résumé

Face à un environnement rempli de prédateurs, tandis que le dirigeant de moyennes et grandes


entreprises dispose d'experts et d'états majors hautement qualifiés qui l'aident à affronter les
vicissitudes des affaires, le promoteur de petite entreprise est désespérément seul face à l'adversité.
Il doit puiser en lui-même des forces pour gérer la prédation familiale et sociale, affronter la
prédation administrative et fiscale, tempérer la prédation bancaire et celle de ses aides et employés.
Il ne peut compter que sur ses compétences. Il lui faut gérer des conflits de valeur face à la
corruption des agents, motiver sérieusement ses aides à lui témoigner loyauté, négocier et
convaincre ses fournisseurs et ses clients à lui faire confiance, distinguer les opportunités des
leurres, calculer et prendre des risques en mettant en avant sa capacité d'anticipation.
Si ses compétences sont au point, elles lui permettront de bien exploiter et de tirer le meilleur parti
des ressources matérielles, mais surtout relationnelles et informationnelles, aux fins de s'assurer
l'accès aux moyens de production tels les autorisations d'exercer, les patentes et les licences, les
fonds, le matériel de production, les marchandises, etc. Malheureusement les écoles, les centres de
formation et les institutions spécialisées dans l'appui à la petite entreprise continuent d'enseigner
en priorité les techniques et outils de gestion, qui dans ce contexte s'avèrent d'une utilité secondaire
: tenue des comptes, gestion des stocks, calcul des coûts et prix de revient, techniques de ventes,
méthode de production, techniques d'ordonnancement, etc. Les institutions qui préparent aux
métiers enseignent pour leur part, les techniques d'amélioration du rendement, d'exploitation
efficace de la technologie.
Les individus "formés à l'école de la vie" ont pourtant su faire ce qu'il fallait pour devenir de
redoutables hommes et femmes d'affaires. Si leurs entreprises restent petites, ils se distinguent par
leurs capacités à vaincre les péripéties de la vie d'entrepreneur et à assurer la pérennité de leur
affaire. Les récits de vie sont édifiants, de même que les itinéraires de développement de
compétences. Ces individus ont réussi à capitaliser dans les affaires des compétences développées
dans des activités quotidiennes de la vie, parfois loin de la sphère marchande.
Les programmes d'appui aux promoteurs de petites entreprises qui ont actuellement quelques
succès sont ceux qui basent les contenus de formation sur les expériences et le vécu des
apprenants. Ils trouvent un écho favorable auprès des tenants de la pédagogie active, de
l'apprentissage par l'action et l'expérience, des méthodes et techniques interactives. Ils travaillent
avec des mises en situation. La tentation devient alors forte de s'interroger sur les possibilités de
déplacer le champ de la formation pour le situer dans les activités quotidiennes.
A l'école de la vie, l'accumulation des compétences se fait à certaines conditions comme la
motivation de l'apprenant, la compétence du coach, la répétition du processus et la durée des
activités, la valorisation des acquisitions. Toute activité est une situation d'apprentissage, avec un
ensemble d'ingrédients à contrôler pour dégager des externalités positives et avoir un
multiplicateur d'impact, dans la voie de l'avènement de la société entreprenante.
L'école de la vie doit venir au secours de la formation formelle des entrepreneurs, malgré la
difficile formalisation des contenus d'enseignements pertinents et malgré les problèmes rencontrés

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actuellement par les programmes d'introduction des compétences entrepreneuriales dans les
systèmes éducatifs.

Mots clés : activités quotidiennes, compétences, école, entrepreunariat, petite entreprise, gestion.

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Sommaire

Résumé

Introduction

1 CADRE CONCEPTUEL ET ETAT DES LIEUX ............................................................................................. 7

1.1 MISE AU POINT TERMINOLOGIQUE ...................................................................................................................... 7

1.2 L'ENVIRONNEMENT ET LE CONTEXTE CAMEROUNAIS DE LA PETITE ENTREPRISE ................................................. 9

1.3 LES BESOINS DE COMPETENCES POUR REUSSIR SA PETITE AFFAIRE AU CAMEROUN .......................................... 13

1.4 LES REPONSES AUX BESOINS DE COMPETENCES DES PROMOTEURS DE PETITES ENTREPRISES ............................ 15

2 LES COMPETENCES ENTREPRENEURIALES ET L'ECOLE DE LA VIE AU CAMEROUN ............ 17

2.1 LES ACTIVITES DE LA VIE : UN CHAMP FERTILE D'APPRENTISSAGE EXPERIENTIEL. ............................................ 17

2.2 LES LOGIQUES SOUS-JACENTES A LA RECONNAISSANCE DE L'ECOLE DE LA VIE ................................................. 20

2.3 L'ECOLE DE LA VIE AU SECOURS DE LA FORMATION FORMELLE DES ENTREPRENEURS ...................................... 22

2.4 COMMENT RENFORCER LES PERFORMANCES ET L'EFFICACITE DE L'ECOLE DE LA VIE ? ..................................... 25

Conclusion

Bibliographie

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Introduction

La pauvreté est considérée comme un des visages tristes de l’Afrique contemporaine. Une des
options de base des politiques de lutte contre la pauvreté est le soutien au développement des
petites et très petites entreprises. Depuis les années 90, de nombreux pays d'Afrique accordent une
place importante et de moyens substantiels à ces programmes. L'ACDI, la GTZ, le PNUD, la
BAD, et d'autres institutions appuient ce mouvement sous différents labels : renforcement du
pouvoir économique des pauvres, appui à l'auto-emploi, soutien aux activités génératrices de
revenus, formation à la création d'entreprises, appui à l'entreprenariat informel. Il est maintenant
acquis que les programmes qui créent un impact significatif sont ceux qui contribuent à bâtir le
capital humain, notamment par le développement et le renforcement des compétences utiles à la
création et à la gestion des micro et petites entreprises. Plus que d'argent et de machines, les
promoteurs ont besoin de compétences d'affaires.
Les compétences utiles pour créer et gérer une petite affaire sont particulières. Dans la petite
entreprise, l'entrepreneur doit avoir la maîtrise de tout. Il assure quasiment la totalité de
l'exploitation. Il n'a pas à sa disposition les services administratifs, comptables et financiers et ne
peut payer les honoraires de cabinets d'experts en stratégie ou en planification. Il doit être capable,
face à des situations comportant des degrés divers de risques et d'incertitudes, de choisir des
options bénéfiques, à travers une prédiction ingénieuse des événements futurs, l'utilisation de son
intuition, l'apprentissage des expériences passées, et la prise en compte de ses ressources et
moyens d'action, de ses limites individuelles et de ses caractéristiques personnelles.
De nombreuses réformes éducatives sont en cours dans la plupart des pays du globe et visent
l’intégration des compétences entrepreneuriales dans les curricula des écoles de formation de
managers et d’entrepreneurs. Mais les " self made men et women " sont les plus nombreux dans
les rangs des promoteurs de petites et micro entreprises au Cameroun. Ils n’ont jamais été dans les
facultés et grandes écoles. Ils n’ont parfois jamais suivi une formation formelle en entreprenariat.
Ils ont surtout été à l’école de la vie. Mais dans quelle mesure les expériences de vie quotidienne
qui contribuent au développement des compétences et savoirs spécifiques utiles à la création et à la
gestion des très petites entreprises peuvent-elles être mises au profit de la massification de
l'entreprenariat, dans la perspective de la réduction de la pauvreté au Cameroun ?
Le présent texte est un extrait d’un document en préparation portant sur "Les opportunités et les
limites des politiques de soutien au développement des petites entreprises comme stratégie de lutte
contre la pauvreté : le cas du Cameroun". La recherche mère interroge plus spécifiquement les
innovations positives, les lacunes et insuffisances dans les réformes des systèmes éducatifs pour
préparer les diplômés aux emplois indépendants, les politiques de crédit et d’assistance technique
aux promoteurs de petites et micro entreprises, la réforme de la sécurité sociale et la problématique
de la protection sociale des travailleurs non salariés, les incitations financières, fiscales et
administratives à la création des petites et micro entreprises.
La réflexion se propose de déterminer les champs propices et les logiques de développement de
compétences nécessaires à la création et gestion des petites et très petites entreprises. Elle

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représente la capitalisation d’expériences riches et fructueuses entre 1991 et 2002, en qualité de
consultant auprès des programmes de coopération technique internationale. La méthodologie de
collecte et d’analyse des informations qui a permis la production du présent document est en
conséquence extrêmement variée. L’exploitation des rapports et notes accumulées à l’occasion des
diverses missions a été complétée par des entretiens semi structurés avec des accompagnateurs de
promoteurs de petites entreprises. Des récits de vie (ou histoires de vie) d’entrepreneurs ont été
élaborés et exploités en abondance, dans un répertoire d'une cinquantaine de fiches.
La première partie de la réflexion est un état des lieux. Les compétences étant finalisées et
contextualisées, il est utile de s'interroger sur le contexte camerounais des petites entreprises, puis
analyser les besoins en compétences transversales des entrepreneurs, ainsi que les réponses qui
sont proposées. La seconde partie porte sur la mise en évidence de la pertinence de l'école de la
vie et les possibilités d'amélioration des logiques de développement des compétences
entrepreneuriales transversales.

1 Cadre conceptuel et état des lieux


Quelles sont les compétences essentielles dont un promoteur de petite entreprise a besoin au
Cameroun et comment ces compétences sont-elles actuellement construites ? Une mise au point
terminologique précède l'analyse du contexte camerounais de la petite entreprise. Les besoins en
compétences entrepreneuriales sont ensuite explorés et les réponses actuelles analysées.

1.1 Mise au point terminologique

Dans cette réflexion et sauf indication contraire, l’entreprise sera toute organisation autonome de
production de biens ou de services marchands dans la perspective d’en ajouter à la fortune des
propriétaires (donc essentiellement l’entreprise privée). La petite entreprise sera celle dont les
moyens sont jugés faibles. Les auteurs ont tendance à considérer que le vocable PME est un trop
vaste ensemble d’entreprises hétérogènes. Ils procèdent à la construction d’une typologie plus fine
des entreprises ne pouvant être considérées comme grandes.
Ainsi par exemple, Jacques COSSART distingue les activités génératrices de revenus à logique de
subsistance, les micro ou très petites entreprise qui s’inscrivent dans la logique de reproduction, les
petites entreprises à logique de production, mais à faible potentiel d’accumulation, de croissance et
de pérennité et la moyenne entreprise où le potentiel d’accumulation est réel. Il faudrait sans doute
ajouter à cette typologie les petites entreprises pérennes, qui sont très nombreuses au Cameroun.
Leurs promoteurs n’ont pas la croissance de l’entreprise comme objectif. Ils se satisfont de la taille
restreinte et se préoccupent avant tout des avantages que procure l’entreprise à court terme à la
satisfaction de leurs besoins et ceux de leur famille. Dans les petites entreprises pérennes, les
promoteurs ont atteint " une taille d’équilibre " et s’y maintiennent pendant des décennies. Avec
plus de moyens et plus de compétences, ils feraient de meilleures affaires. Mais pour diverses
raisons, ils n’osent avancer et leurs partenaires (banquiers, fournisseurs, …) n’osent aller plus loin.
L’expression petite entreprise aura un sens générique dans le présent document. Elle intégrera
toutes les initiatives entrepreneuriales qui ont une taille modeste pour être jugées de moyenne. Ce

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sont toutes les entreprises dont aucun paramètre de taille n’est suffisamment grand pour qu’on
puisse la qualifier d’entreprise moyenne : effectif inférieur à 5 personnes dont des aides familiales,
chiffre d’affaires annuel de moins de 10 millions de FCFA, investissements bruts ne dépassant pas
25 millions de FCFA, un seul point de production et de vente. Au Cameroun, les petites
entreprises sont initiées par des individus, mais parfois par des groupements. Les femmes sont
fortement présentes dans le secteur informel, ce qui explique que les programmes de coopération
internationale appuient généralement les entreprises féminines et que la plupart des études portant
sur l'entreprenariat au Cameroun a pour cible l'entreprenariat féminin.
L’entrepreneur c’est toute personne dont l’activité professionnelle habituelle consiste à investir en
prenant des risques, dans la création et la gestion d’une entreprise. L’entrepreneur identifie une
opportunité et crée une entreprise pour l’exploiter. Dans le cadre du présent document,
l’entrepreneur sera appelé parfois le promoteur.
Le mot compétence sera constamment utilisé. Ce n’est pas la définition du vocable qui pose
problème, mais les implications opérationnelles du contenu qu’on lui donne. Ainsi Guy le Boterf
indique que la " compétence est la mobilisation ou l’activation de plusieurs savoirs, dans une
situation et un contexte données ". Cette définition ne contredit pas celle de Sandra Bélier pour qui
"la compétence permet d'agir et/ou de résoudre des problèmes professionnels de manière
satisfaisante dans un contexte particulier, en mobilisant diverses capacités de manière intégrée".
Pour Montmollin, "la compétence est un ensemble stabilisé de savoirs et de savoirs faire, de
conduites types, de procédures standards, de types de raisonnement que l'on peut mettre en œuvre
sans apprentissage nouveau, et qui sédimentent et structurent les acquis de l'histoire
professionnelle. Elles permettent l'anticipation des phénomènes, l'implicite dans les instructions, la
variabilité dans la tâche". Samurcay complète l'analyse en indiquant que les compétences sont
finalisées, opérationnelles, apprises soit à travers des formations explicites, soit par l'exercice d'une
activité. Elles sont explicites ou tacites.
Philippe Perrenoud (1995) relève que les habiletés ou savoir-faire de bas niveau mobilisent des
savoirs limités, souvent de type procédural, permettant pour une classe restreinte de problèmes de
guider l'action. Il les distingue des compétences ou savoir-faire de haut niveau qui "s'appuient sur
des savoirs étendus et explicites, et restent pertinentes pour une large classe de problèmes, car elles
incluent des possibilités d'abstraction, de généralisation, de transfert. Pour cet auteur, une
compétence permet de faire face à une situation singulière et complexe, à "inventer", à construire
une réponse adaptée sans la puiser dans un répertoire de réponses préprogrammées".
La classification des compétences semble être un enjeu majeur des réformes éducatives. Dans la
présente réflexion, nous admettrons deux grandes catégories de compétences : les compétences
techniques (méthodes, processus, procédures) généralement propres à un métier ou à une spécialité
et les compétences transversales (relations intra ou interpersonnelles, savoir décider, anticiper, …).
Les compétences transversales correspondent à ce que Philippe Perrenoud (1995) appelle des
savoir-faire de haut niveau. Ceux-ci sont traduits par des verbes et expressions comme "s'informer,
communiquer, anticiper, inventer, s'adapter, négocier, décider, transposer, imaginer, coopérer,
improviser, accepter les différences, apprendre, analyser les besoins, conclure des contrats, évaluer
et prendre des risques, concevoir et conduire des projets, affronter la complexité, gérer le conflit,

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gérer l'incertitude, inventorier et répartir des ressources, élaborer des stratégies, etc.1 Les
compétences techniques sont celles liées à un métier spécifique. Savoir scier, raboter, assembler
les pièces et faire la finition d'un meuble sont des compétences techniques de menuisier.
Diagnostiquer la panne d'un véhicule, déposer et poser un moteur, remplacer les pistons sont des
compétences techniques de mécanicien. Dans la présente réflexion, c'est surtout les compétences
transversales qui retiendront notre attention. De quelles compétences les promoteurs camerounais
de petites entreprises ont-ils besoin ?

1.2 L'environnement et le contexte camerounais de la petite entreprise

Un environnement doté d'une capacité extraordinaire de prédation est couplé à une auto-perception
problématique de l'entrepreneur. En dépit d'un potentiel considérable et de nombreuses
opportunités de croissance et développement qu'offre l'économie camerounaise, la petite entreprise
n'arrive pas véritablement à donner la pleine mesure de ses potentialités. La transition de la petite
vers la moyenne entreprise ne s'observe que très rarement. C'est que le promoteur de petite
entreprise évolue au sein d'un environnement prédateur. Quatre systèmes de prédation sont
particulièrement meurtriers pour les petites entreprises : la prédation familiale, la prédation fiscale,
la prédation bancaire et celle des employés et aides.
1.2.1.1 La prédation familiale
La prédation familiale des frères, sœurs mais surtout mère, père, belle-mère et conjoint laisse des
séquelles graves dans les comptes et la santé financière de l'entreprise. Les phénomènes qui
accentuent la prédation familiale et sociale sont multiples. L'entrepreneur se soumet aux pressions
de la famille, parfois par crainte révérencielle. A ce propos, il faut dire qu'en dépit des phénomènes
d'urbanisation qui engendrent des poussés modernistes, le poids des traditions et des religions reste
fort. La peur des malédictions et des mauvais sorts que pourraient jeter les aïeux en colère ou les
parents déboutés est tenace. Mais est encore plus forte la crainte de la marginalisation familiale.
C'est à un véritable conflit de valeurs que fait face le promoteur, tiraillé entre les valeurs
traditionnelles de solidarité inter clanique et les valeurs modernes et libérales du monde des
affaires. Le rôle social de l'entreprise est très particulier ici. C'est d'abord une vache nourricière,
ensuite un tremplin familial.
En sa qualité de vache nourricière entre les mains d'un "représentant de la famille", elle est censée
fournir des revenus de subsistance et les possibilités d'investissement pour ceux qui veulent se
lancer en affaire. En effet, tous les problèmes familiaux doivent être réglés par le promoteur, qui
est généralement le plus riche ou le plus liquide de la famille. Les membres de la famille, du neveu
à l'oncle le sollicitent pour la santé, la nutrition, l'éducation et toutes les dépenses courantes de leur
cellule familiale. Le conjoint est généralement considéré comme la source d'ennuis la plus nocive
particulièrement pour les promotrices. Il est d'autant plus nuisible qu'il a perdu son emploi ou que
ses revenus ont diminué, ce qui est arrivé à une bonne partie des salariés camerounais entre 1990
et 2000. Les activités sociales comme le deuil, les funérailles, les mariages, les baptêmes et autres
associations d'élites, de quartier ou de villages sont autant d'occasion de dépenses.

1
Adapté de Philippe Perrenoud, 1995, page 4

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En sa qualité de tremplin, elle fournit des stages aux fils de la famille et des emplois aux membres
de la famille, sans exiger qualifications, expérience encore moins compétences. La culture de
l'immédiateté est favorisée par la précarité due à la pauvreté massive ambiante. Chaque membre de
la famille sollicite un emplois "même de balayeur", activité qui ne demande selon la croyance
locale aucune qualification ou compétence. Chacun veut donc tirer sur le lait de l'entreprise à court
terme. L'entreprise sert une famille à un horizon temporel réduit. On ne lègue pas une petite
entreprise à ses descendants. Les expériences de reprise réussie de petites affaires par des héritiers
sont rares au Cameroun. La perception de la possibilité de transmission intergénérationnelle de
richesses par le biais d'une petite entreprise est absente. C'est la culture du court terme. Même le
promoteur considère son affaire comme un tremplin, lui permettant de subsister en attendant de
trouver du travail ou une situation meilleure.
1.2.1.2 La prédation fiscalo administrative
L'Etat exerce une forte prédation, notamment par le biais du fisc. La prédation administrative et
fiscale est essentiellement liée à l'impunité des agents indélicats, à un cadre juridique,
administratif, réglementaire et judiciaire complexe et archaïque, ayant permis la capture de la
réglementation par les agents de l'Etat. Une petite entreprise formée en SARL est soumise au
régime de l'impôt sur les sociétés au même titre que les grandes entreprises multinationales.
L'existence d'un régime fiscal simplifié et d'un impôt libératoire ne suffisent pas à alléger ses
contraintes.

Font partie de son lot quotidien des taxes de toutes sortes, dans un cadre législatif et réglementaire
inextricable, avec des impôts et taxes créés au gré des difficultés de trésorerie du budget de l'Etat
ou de ses démembrements. Ainsi par exemple, la taxe sur l'occupation temporaire de la voie
publique (OTVP) a été instaurée pour donner des ressources aux communes, sans correspondre à
une contrepartie de prestations de services.
Un sévère contrôle de prix se fait malgré tous les textes de loi qui consacrent le principe de la
libéralisation des activités économiques. Les patentes et licences d'exploitation sont difficiles à
obtenir. L'administration fiscale qui délivre les patentes contre paiement traîne les pieds pour
encaisser l'argent des contribuables et vient sceller ceux qui n'ont pas été persévérants lors de la
période de déclaration et paiement. La pénalité pour non affichage des prix est de 5% du chiffre
d'affaires annuel ou 50% des bénéfices de l'exercice. Quelle entreprise pourrait survivre après
avoir subi cette pénalité ? Les entreprises de quincaillerie et de pièces de rechange qui ont parfois
des dizaines de milliers d'articles distinct en stock ne peuvent afficher leur prix. Ces quincailliers
constituent donc des rentes pour les agents du contrôle des prix qui viennent périodiquement
récolter les montants fixés d'accord parties pour compenser l'impossibilité matérielle de respecter
la loi. D'ailleurs, la loi ne demande pas de vérifier l'exactitude ou la non exagération du prix de
vente. Elle se limite à en exiger l'affichage.
Les agents de l'Etat jouissent donc d'une situation privilégiée accentuée par l'asymétrie
d'information entre l'agent et le contribuable. Le promoteur ne dispose généralement d'aucun
recours, d'aucune possibilité de réclamation sauf à suivre les interminables et lourdes procédures
administratives ou le chemin judicieux de la "négociation avec l'agent". A la question "vous êtes-

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vous déjà rendu coupable de corruption active ?" 99% des promoteurs répondraient "a-t-on le
moyen de faire autrement ?".
Une étude sur les besoins en appui au développement des capacités entrepreneuriales des femmes
camerounaises, menée dans le cadre d'une initiative de l'OIT, avec le concours financier du Haut
Commissariat du Canada en République du Cameroun a été réalisée en 2003. Elle établit que les
promotrices de petites entreprises estiment la pression fiscale asphyxiante, se plaignent de la
multiplicité de différentes impositions et prélèvements, des procédures administratives lourdes et
complexes, de l'application abusive des textes, du calcul fantaisiste des taxes, de la prédominance
de l’esprit de fraude, des tracasseries policières et douanières, de l'insuffisance des lois et
règlements favorables au développement de l’entrepreneuriat. Ces promotrices estiment que
"l’impôt libératoire devrait être la seule contribution payable par les microentreprises contre
quittance et à un seul endroit". Pour le moment, on en est vraiment éloigné.
1.2.1.3 La prédation bancaire et des systèmes de financement décentralisés
La prédation par les systèmes bancaire formels, semi formels et informels est plus subtile. Les
banquiers ont des montants de frais fixes comme la commission de tenue de compte dont le
rapport au chiffre d'affaires est au moins 100 fois plus fort chez la petite entreprise par rapport à la
grande entreprise. Les dates de valeur et les jours de caisse sont fixés par le banquier, dans un
cadre légal. Mais les grandes entreprises négocient et obtiennent une application stricte de la loi.
Les petites entreprises subissent les contrats d'adhésion que leur imposent les banquiers.
Les taux d'intérêts sur prêts bancaires sont d'environ 18%. Mais aucune banque ne veut prêter aux
petites entreprises. Elles n'ont donc d'autres choix que de se retourner vers des systèmes plus
compréhensifs comme les systèmes informels de crédits (tontines ou clubs de finances) qui prêtent
essentiellement à très court terme entre des personnes qui se connaissent de longue date ou les
systèmes semi-formels qui sont des systèmes de financements décentralisés qui prêtent à court et
moyen terme à des taux souvent doubles des taux bancaires, soit de 24 à 48 % l'an. Ces taux
n'intègrent pas les frais de suivi du crédit, les frais de formation obligatoire, les frais d'assurance
exagérés, …
Lorsqu'un promoteur ne peut obtenir de crédits ni de sa tontine, ni de sa coopérative d'épargne et
crédit, il se tourne vers les usuriers professionnels qui sont plus souples dans les exigences
administratives et les interrogations sur le projet envisagé. Les usuriers s'assurent seulement
d'avoir une garantie fiable, facilement saisissable. Ils prêtent à un taux situé entre 20 et 30% par
mois, soit environ 240 à 360% par an. Pour des affaires à court terme comme le paiement des
droits de sortie d'un container de la douane ou l'achat de marchandises locales urgentes à livrer à
un client à terme, le promoteur de petite entreprise fait souvent recours aux usuriers pour 1 ou 2
mois. Les ratios de frais financiers sur l'excédent brut d'exploitation sont du simple au quintuple
dans les grandes entreprises et les petites. Les garanties sont coûteuses et hors de portée des petites
entreprises. Pour un crédit de 1.000.000 de FCFA couvert par une hypothèque, les frais
d'engagement et de mobilisation de la garantie peuvent coûter jusqu'à 500.000 FCFA à la charge
de l'emprunteur.
Les petites entreprises initiées par des groupes semblent être à l'abri de la prédation administrative
et fiscale et la prédation familiale. A la faveur des lois sur les groupements d'initiatives communes

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de 1992, les GICs se sont multipliés au Cameroun. Leur statut fiscal est des plus flous. Ils ne
paient pas les impôts sur les résultats, mais sont assujettis aux taxes sur les activités. En milieu
rural, de nombreuses formes associatives et coopératives prennent le statut de GIC. Le
foisonnement des GICs a engendré de nouveaux besoins de compétences. Les multiples conflits
qui y ont cours traduisent diverses lacunes de savoir-faire. Les problèmes humains sont
permanents ; ils tiennent de nombreux malentendus et confusion entre les logiques sociales et
communautaires et les logiques égoïstes des affaires.
Les efforts des programmes de développement pour renforcer l'entreprenariat communautaire ont
donné des résultats décevants. Il n'y a pas de législation opérationnelle sur le statut de la
copropriété, les logiques communautaires se sont avérés aux antipodes des logiques libérales. Les
besoins de compétences sont alors immenses et aucune institution formelle n'y répond de manière
satisfaisante.
1.2.1.4 La prédation des employés et aides
Les promoteurs de petites entreprises citent parmi leurs principaux problèmes la difficulté de
trouver des aides et employés loyaux. Le contexte social encourage les indélicatesses des
employés, mettant les fraudes et malversations aux rangs de comportements normaux. Des adages
de justification de ces délits sont nombreux : "on ne peut nourrir l'enfant sans sucer son doigt", " la
chèvre broute là où elle est attachée". La prédation des aides et employés est si féroce que la
présence effective du promoteur sur les lieux d'achat, de production et de vente est presque
toujours requise.
Dans la petite entreprise, les moyens de contrôle en l'absence du promoteur sont peu efficaces.
L'impossibilité de mettre en œuvre les principes comme la séparation des fonctions du fait de la
taille des effectifs induit la faiblesse du contrôle interne. Les opérations se faisant normalement
sans trace écrite, la détection de la fraude est une gageure. Ainsi par exemple, pour une cabine
téléphonique qui achète et revend des cartes téléphoniques, comment détecter que l'employé
remplace par son stock personnel les cartes vendues et retient les marges des ventes ? Pour une
revendeuse de vivres qui achète par sac et revend par tas (manioc, patate, piment, …) ou par
régime (plantain, banane), comment savoir que l'employé n'a pas dissimulé une vente ou une
fraction du prix de vente réel ? A moins de se contenter d'approximations parfois trompeuses,
comment savoir le chiffre d'affaires exact d'une matinée dans une gargote lorsque le promoteur est
absent ?
Et surtout, il est inutile de recruter un agent pour contrôler le vendeur. Ils concluent rapidement
des ententes frauduleuses et organisent efficacement la collusion avec les clients et les
fournisseurs. C'est une des raisons principales du refus de croissance des promoteurs de petites
entreprises. Pour une gargotière ou une revendeuse de vivres, l'ajout d'un point de vente
supplémentaire est un risque que beaucoup n'acceptent pas de prendre, n'ayant pas la faculté
d'ubiquité.
Les excellents cours de management dispensés dans les meilleures écoles du Cameroun
relativement à la gestion du personnel, à la gestion administrative et fiscale, à l'audit ou à la
gestion financière et bancaire ne préparent pas les apprenants à faire face à cet environnement,
dans le cadre de la création et gestion d'une petite entreprise. Les études menées par différents

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experts recommandent d'assainir l'environnement institutionnel des affaires pour le rendre propice
à la compétitivité des petites et moyennes entreprises. Dans les discours politiques, les
Gouvernements successifs promettent généralement de le faire. En attendant, sur le terrain, il n'en
est rien et ça n'en prend pas le chemin. Donc il reste la solution de développer des compétences
pour gérer efficacement cette situation.

1.3 Les besoins de compétences pour réussir sa petite affaire au Cameroun

Les besoins de compétences entrepreneuriales sont différents d'une région du Cameroun à l'autre,
mais les éléments de la trame restent à peu près identiques. En fait, quatre grandes catégories de
promoteurs de petites entreprises sont actuellement en activité au Cameroun :
 Les jeunes diplômés, bardés de titres académiques, qui désirent créer ou qui ont créé une petite
entreprise ; ils sont titulaires de diplôme en gestion ou dans des domaines techniques. Ils n'ont
jamais travaillé dans une entreprise, hormis à l'occasion des stages académiques ou de
vacances. Ils sont arrivés dans l'entreprenariat presque par dépit, fatigués d'attendre un emploi
devenu hypothétique au fil des années de crise.
 Des ex-salariés ayant l'expérience du monde des affaires, qui ont décidé de se mettre à leur
propre compte ; leur capital de départ est souvent constitué de leurs droits et primes de
séparation d'avec les entreprises qui les employaient. Ils sont généralement à l'aise dans un
domaine de la gestion d'entreprise (finance et comptabilité, marketing et activités de ventes,
gestion administrative, technique de production), où ils ont parfois une longue expérience. Ils
sont parfois encore en activité dans l'entreprise au titre d'un emploi à temps partiel ou alors, ils
ont conclu des contrats d'objectifs avec l'entreprise qui leur donne la possibilité de livrer leurs
services à d'autres clients tout en étant à son service.
 Des chômeurs déguisés de longue date, débrouillards, qui ont longtemps vécu dans la pauvreté
ou en situation de "pris en charge" et qui ont décidé de se prendre en charge et prendre en main
leur devenir et qui ont ou non suivi des formations d'appoint auprès de projets et programmes
d'appui à la création d'entreprises. Ils sont généralement faiblement lettrés.
 Les promoteurs qui ont démarré les affaires sans qualification de base formelle et sans
expérience professionnelle avérée. Ils dirigent leur petite entreprise avec une gestion souvent
mentale, sans tenue de comptes et sans planification formelle. Ils savent comment devenir
"amis-amis" avec les douaniers, agents du fisc et autres. Ils ont à leur actif une riche expérience
de vie.
Ces quatre groupes de promoteurs manifestent des besoins de compétences multiples. L'étude OIT
suscitée relève ce qui suit s'agissant des femmes entrepreneures de micro entreprises :
 Elles se lancent en affaires sans aucune expérience préalable pour la majorité d’entre elles
(79% des enquêtées) ; Elles ont un faible niveau d’organisation en filière de production, et de
maîtrise des circuits de commercialisation ; Elles ont un faible niveau de professionnalisme ;
Elles manquent de confiance en soi ;

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 Elles ont en majorité un faible pouvoir économique. 42% ont un capital social de départ assez
faible moins d’un million de FCFA ; Elles ont une faible capacité de mobilisation de
financement ;

 Elles exercent en majorité dans le domaine artisanal et des petits métiers et dans d’autres
domaines tels que le commerce général et import, agriculture, élevage et pisciculture. Très peu
opère dans la transformation industrielle ou artisanale, domaine pourtant générateur de valeur
ajoutée ;

 Elles se lancent peu dans des activités à forte intensité de main d’œuvre : 75% ont moins de
cinq employés ; Elles n’ont pas souvent des partenaires d’affaires ; Elles ont un faible accès à
la technologie ; une faible propension à créer, à innover ou à réhabiliter

 Elles ont le goût des affaires et du changement ; Elles ont le goût des risques calculés malgré la
très forte propension à limiter et la faible capacité à assumer les risques pris chez beaucoup de
femmes ;

 Beaucoup n’ont pas la conviction de réussir dans l’affaire choisie ce qui n’implique pas
toujours la persévérance mais plutôt l’instabilité dans l’affaire choisie. C’est ainsi qu’il n’est
pas exclu de voir en moins de cinq ans une femme passer de la couture à la coiffure et de la
coiffure au commerce, et du commerce à la restauration ;

 Le faible goût du travail bien fait ou le faible souci de l’excellence : un peu de bricolage,
contrairement à leurs consœurs de l’Afrique de l’Ouest qui s’appliquent mieux, par exemple le
cas de la coiffure, la couture, etc.

 La conscience de la nécessité de connaître le secteur choisi et l’environnement de l’affaire ;


Les aptitudes limitées en organisation des ressources et en prise de décisions ; La faible
capacité de consentir des sacrifices pour l’affaire à mettre en œuvre ; La difficulté d’accepter
l’échec comme étape du processus d’apprentissage des affaires.
En réalité, ces traits sont caractéristiques des promoteurs de petites entreprises sans distinction de
sexe. Cette longue liste d'insuffisance constitue des manifestations de manque de compétences.
Pour commencer par un bout, il est important de se demander quelle est la contribution relative de
divers types de compétences au succès d'un entrepreneur ?

Les promoteurs interrogés à l'occasion de séminaires de développement de compétences


entrepreneuriales estiment ainsi qu'il suit le degré de contribution relative des compétences
spécifiques suivantes au succès des promoteurs de petites et micro entreprises : Les connaissances
générales (10 %), la maîtrise des techniques et outils de gestion (10%), la maîtrise des techniques
et de la technologie de production des biens et services (30%), les réflexes, attitudes,
comportements et modes de relations (50%). Ces dernières sont des compétences transversales.
Selon les participants interrogés lors des séminaires, les quatre compétences transversales de base
utiles pour le succès d'un entrepreneur au Cameroun sont :

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 L'exploitation judicieuse des ressources incluant les informations, les relations personnelles,
les situations privilégiées ;

 La planification et le suivi systématique des activités ;


 Le respect des engagements pris et la franchise dans la collaboration ;
 La demande de qualité à quelque niveau que ce soit.
Quelles sont les réponses qui ont été données à ces besoins de compétences par les institutions et
programmes spécialisés ?

1.4 Les réponses aux besoins de compétences des promoteurs de petites


entreprises
Les premières réponses sont venues de la rue. Après les indépendances et jusqu'aux années 1990,
les entrepreneurs étaient des self made men qui ont roulé leur bosse dans la vie, vendant à la
sauvette, exerçant des petits métiers comme cireurs de chaussures, pousseurs, gardiens et autres
domestiques ou manœuvres. Ils avaient créé leur entreprise à force de persévérance et d'abnégation
et n'avaient jamais été dans un collège ou une faculté. Avec la crise et la baisse des volumes
d'affaires, ils ne pouvaient plus se permettre de laisser "les miettes tomber", expression locale pour
traduire une certaine tolérance vis-à-vis des petites indélicatesses des employés. On se prit à
vouloir former ces entrepreneurs, en leur enseignant le calcul commercial, la tenue de registres
d'affaires, le contrôle interne, le remplissage d'une Déclaration Statistique et Fiscale, etc. L'idée
était de les rendre plus performants dans le contrôle de leurs affaires.

Mais ces tentatives de formation à la gestion moderne ont échoué. L'école de la rue avait rendu les
entrepreneurs inaptes à comprendre la nécessité de la formalisation de l'organisation, l'instauration
d'un manuel de procédures, le recrutement de cadres, la formation du personnel, la délégation de
responsabilités, l'institution de la double signature pour exercer un contrôle sur le propriétaire, etc.
Cette race aujourd'hui en voie d'extinction a fait de merveilleuses affaires en s'appuyant sur la
force de la mémoire (gestion mentale et informelle) et sur l'intuition acquise des expériences de
vie.

La première école de formation des managers et entrepreneurs est née seulement en 1979
(l'ESSEC de Douala) et a sorti sa première promotion de cadres d'entreprises privées en 1982. Dès
1984, une spécialisation "création d'entreprises" a été lancée, mais a dû fermer ses portes en 1986.
En effet, pourquoi investir des efforts à créer des entreprises lorsque des emplois bien rémunérés et
stables sont offerts ? Mais cette situation ne durera que jusqu'au début des années 1990, lorsque
des diplômés ESSEC commencent à connaître le chômage.

Entre 1990 et 2000, les petites entreprises initiées par des jeunes diplômés bien formés dans les
écoles et les facultés n'ont pas eu beaucoup de succès. Les taux de réussite du FNE sont inférieurs
à 29 %, ce qui représente un taux de mortalité avant 5 ans d'environ 70%. Excessivement élevé, ce
taux n'a pas manqué d'alarmer et susciter des interrogations.

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La formation des entrepreneurs, ruraux notamment, a toujours été au centre des préoccupations
des pouvoirs publics au Cameroun. Celle-ci est conduite par exemple à travers certains
ministères techniques (Agriculture, Elevage, Enseignement Supérieur, Recherche Scientifique et
Technique), souvent avec la collaboration des agences du système des Nations Unies, des ONG et
des bureaux d'études conseils.

Depuis la fin des années quatre-vingt, la plupart des programmes et projets de développement
engagés dans l'appui aux populations défavorisées au Cameroun prévoient un volet formation
des encadreurs et des bénéficiaires visant le renforcement de leur compétences entrepreneuriales.
Toutes ces institutions et ces programmes ont voulu renforcer les compétences entrepreneuriales
par des formations en gestion et des formations en maîtrise technique et technologique.

Des institutions universitaires comme l'ESSEC, l'IPD, l'ENAAS, l'ISMP et bien d'autres offrent
aux entrepreneurs les possibilités d'améliorer leurs compétences en gestion des organisations.
Malheureusement les écoles, les centres de formation et les institutions spécialisées dans l'appui à
la petite entreprise continuent d'enseigner en priorité les techniques et outils de gestion, qui dans ce
contexte s'avèrent d'une utilité secondaire : tenue des comptes, gestion des stocks, calcul des coûts
et prix de revient, techniques de ventes, méthode de production, techniques d'ordonnancement, etc.
Les institutions qui préparent aux métiers enseignent pour leur part les techniques d'amélioration
du rendement, d'exploitation efficace de la technologie lors de l'enseignement des métiers ou à
l'occasion des formations continues.

Les critiques suivantes sont avancées relativement à ces programmes de formation (Tchamanbé,
2003) :
 Ils mettent l'accent sur la gestion et permet la formation non d'entrepreneurs, mais de
gestionnaires et de managers. Ils peuvent gérer sans prendre de risques personnels des
entreprises crées par d'autres. Les curricula ont accordé trop d'importance aux compétences
techniques et pas assez aux compétences transversales.
 Les programmes de formation ont permis les transferts de savoirs et de qualifications sans
rapport avec leur vécu, de telle sorte qu'ils se sont retrouvés étrangers au corpus qu'ils avaient
assimilé. Les formations étaient ainsi théoriques et sans prise avec l'activité exacte à exercer ou
exercée.
 Les méthodes de formation utilisées n'ont pas souvent permis aux apprenants de s'approprier
les savoirs, savoir-faire et savoir être transmis. Elles ne sont adaptées ni à la qualité d'adultes
des entrepreneurs, ni à leurs milieux culturels.

Même si elles peuvent se développer à l'occasion de formations visant des compétences techniques
ou de gestion, les compétences transversales ont été moins visées, alors qu'elles représentent 50%
des besoins en compétence des entrepreneurs. En fait, les compétences qu'il faut développer chez
le futur entrepreneur sont particulières : comment tirer le meilleur parti d'un environnement
juridique, judiciaire, administratif et réglementaire inextricable ? Comment faire face à la capture
de la réglementation faite par les agents de l'Etat ? Comment gérer les conflits de valeurs, par

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exemple comment réagir devant la nécessité de pratiquer la corruption lorsqu'on y est
farouchement opposé ? Ces compétences sont bien difficiles à enseigner. Elles ne correspondent
pas à un corps de théories et de techniques structurées. Elles sont mieux enseignées à l'école de la
vie, dans la réalisation des expériences personnelles.

Pourquoi donc les centres de formation aux métiers continuent-ils à insister sur la maîtrise des
techniques et technologies ? Pourquoi les écoles de gestion continuent-elles à passer la majeure
partie du temps à enseigner les techniques et outils de gestion ? Pourquoi l'enseignement des
savoirs est-il si prépondérant dans les curricula de formation ? Certainement en raison de la
difficulté à enseigner les réflexes et comportements, c'est-à-dire les compétences transversales. La
mémorisation ou même la compréhension des théories et préceptes de gestion des conflits, des
règles de calcul d'optimisation, des théories de la décision ne donne pas la capacité de "poser le
geste qu'il faut au moment opportun", seul signe de compétence. Aucun projet n'a développé un
corps "complet" de compétences à développer, ni une méthodologie fiable d'évaluation du niveau
de compétences entrepreneuriales des promoteurs de petites entreprises, pas plus qu'une approche
satisfaisante d'évaluation des besoins en formation des promoteurs.

Les programmes pratiquent la politique d'offre, organisent des séances de formation dans les
domaines où ils pensent que les promoteurs peuvent tirer profit : tenue des registres de gestion,
techniques de commercialisation, leadership et motivation, etc. Les cours de gestion sont très
souvent conçus et dispensés par des enseignants des écoles de gestion et des experts conseils en
management. D'un autre point de vue, les écoles comme l'ESSEC de Douala, Polytechnique de
Yaoundé et bien d'autres ont essayé de créer des filières de formation à la création d'entreprises.
Mais les croyances locales à la génération spontanée d'entrepreneurs sont tenaces. Les
entrepreneurs formés à l'école de la vie ont mieux réussi que ceux formés dans les écoles de
management. Les croyances sont encore trop fortes que c'est à l'école de la vie qu'on apprend à
faire du business. Comment les compétences entrepreneuriales sont-elles actuellement construites?

2 Les compétences entrepreneuriales et l'école de la vie au Cameroun


Les activités de vie quotidienne permettent-elles le développement de compétences
entrepreneuriales ? Quelles sont les formes d'accumulation de compétences et de savoirs utiles à la
petite entreprise et acquis hors des canaux classiques de formation initiale ou continue ? Quelles
sont les logiques sous-jacentes ? Quelles en sont les implications au regard de l'introduction des
compétences entrepreneuriales dans les curricula, de la massification de l'esprit entrepreneurial ?
Quelles sont les possibilités de renforcer les performances de l'école de la vie ?

2.1 Les activités de la vie : un champ fertile d'apprentissage expérientiel.

Quelle est l'importance des compétences développées dans les expériences de vie et des pratiques
sociales et comment sont-elles mises au service de l'entreprenariat ? On peut penser de manière
intuitive qu'un entrepreneur bénéficie des expériences acquises dans ses activités antérieures, à
l'école, dans le monde professionnel, dans la communauté, en gros de ses activités de vie, et qu'il
met les compétences construites dans ces activités au service de la gestion de son affaire. Que nous

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enseignent les récits de vie relativement à la pratique de sports, à la réalisation d'activités
commerciales juvéniles, aux activités sociales extra professionnelles ?

Pratique de Sports

Les récits de vie indiquent que les activités sportives ont occupé les champs ludiques de la plupart
des promoteurs pendant leur scolarité primaire et/ou secondaire. Après l'étude d'une dizaine de
récits de vie de promoteurs ayant pratiqué le football dans leur jeunesse, il n'a pas été possible de
déduire que certaines des compétences manifestées aujourd'hui dans la gestion de leur affaire a été
construite sur des stades de football.

Certes, les entrepreneurs relèvent certains traits de leur caractère qu'ils avaient déjà à cette époque-
là. "J’étais déjà très bagarreur", "j'étais toujours très nonchalant comme à mon habitude". Ils
signalent des comportements variés en fonction des rôles joués à l'occasion de ces activités.
"J'étais le butteur et l'équipe comptait sur moi", "j'étais un milieu distributeur et je ne sais plus
combien de passes décisives j'ai effectuées". Les entrepreneurs mentionnent également des leçons
apprises à l'occasion des matchs. "J’ai compris qu'en tant que capitaine, je devais mobiliser mes
troupes". "C'est ce jour-là que j'ai su à quel point l'union fait la force". "Notre président nous a
longtemps entretenu sur le fair-play". "J'ai compris que nous ne pouvions pas gagner tous les jours
et que les échecs sont parfois salutaires".

Ces comportements et enseignements se sont-ils transformés en compétences sur le terrain de


football ? Les entrepreneurs pensent que oui. Ont-ils donné lieu à compétences mobilisées
aujourd'hui ? On ne saurait le dire. Ceci pose le problème de la transposition des compétences
développées à l'occasion d'activités et de situation dans des circonstances différentes. Milieu de
terrain, il distribuait les balles à ses partenaires et imprimait le rythme au jeu. Dans l'entreprise,
fera-t-il de même ? Ses décisions entrepreneuriales d'aujourd'hui intègrent-elles efficacement
l'acceptation que " certains échecs sont salutaires" ? Il n'a pas été possible d'établir de lien direct de
cause à effet entre les pratiques sportives et les compétences entrepreneuriales mobilisées par les
entrepreneurs dans la pratique des affaires.

Activités commerciales juvéniles

Au Cameroun, les enfants se livrent très tôt à des petites activités commerciales, soit pendant les
vacances, soit les week-ends, soit encore tous les jours. Il s'agit par exemple de l'achat et revente
de manuels scolaires usagés, de l'achat et vente des bonbons et produits de confiserie. Parfois, c'est
la petite production ou transformation (gâteaux d'anniversaires, draps brodés, jus de fruits naturels
produits de façon artisanale, etc.). Certains récits de vie font état de ces activités dès l'âge de 7 ans.
"J’ai commencé à 7 ans avec la vente de bananes mûres que je prélevais dans le stock de ma mère
qui elle même vendait la banane mûre, puis j'ai vendu le koki (sorte de gâteau local), ensuite j'ai
concassé les palmistes que j'ai vendues". "J’ai commencé par la vente des emballages vides de
ciment ; j'achetai un sac auprès des maçons dans les chantiers à 25 F, je les nettoyais et les
revendais à des vendeuses de beignets à 50 F".

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C'est souvent par nécessité que les activités étaient menées. "Je n'avais pas le choix, si je ne
vendais pas les livres pendant les vacances, comment aurai-je pu payer ma scolarité ? " Il s'agit
généralement d'activités accomplies par les enfants pour leur propre compte, ou de façon annexe à
l'activité commerciale des parents.

Les récits de vie indiquent clairement que les personnes qui ont effectué des petites activités
commerciales pour leur propre compte pendant leur scolarité ont accumulé des expériences
d'affaires significatives, utiles pour la création et la gestion des petites entreprises. Ils ont appris à
se battre dans l'adversité, à exploiter judicieusement des ressources, à planifier et suivre la
réalisation d'activités. De nombreuses compétences entrepreneuriales développées jadis continuent
d'être mises en œuvre aujourd'hui. Les personnes qui ont exercé des activités commerciales
juvéniles ont expérimenté les joies et les douleurs propres aux affaires.

Activités sociales extra académiques et extra professionnelles


Beaucoup de promoteurs exercent ou ont exercé des activités sociales extra-académiques et extra-
professionnelles. Les activités extra académiques qui s'exercent à l'école ont trait à la vie des clubs
et associations dont les objets sont divers : club théâtre, musique, journal, défense des droits des
étudiants, etc. A l'occasion de ces activités, diverses fonctions sont assumées. Les plus remarquées
sont : Président, Secrétaire général, Commissaire aux comptes, Chargé des relations publiques,
Directeur du journal, etc. Ces fonctions donnent l'occasion d'expérimenter véritablement les tâches
liées aux postes. Ainsi par exemple, un commissaire aux comptes se livre à un contrôle permanent
des activités du bureau directeur, vérifie l'effectivité et l'efficacité des dépenses, établit des
rapports à l'assemblée générale. Il est interpellé par cette assemblée sur des questions diverses liées
à l'association.
Les activités sociales extraprofessionnelles sont identiques et se réalisent à travers des rencontres
et associations de partis politiques, des comités de développement, des clubs d'amis, des tontines,
des groupes de danse, des activités religieuses, etc. Les fonctions assumées ont les mêmes
identifications que pour les activités extra académiques, même si leurs contenus et les niveaux
d'exigences associés sont parfois différents.

Les récits de vie traduisent clairement que les titulaires de postes sur de longues années ont
développé des compétences spécifiques liées au leadership, à la conduite de réunion, à la capacité
de communication, à la gestion des ressources et des activités. Ils continuent à mettre ces
compétences au service de leur petite affaire : "j'avais déjà l'expérience de négociation avec les
autorités pour obtenir rapidement la légalisation d'un statut d'association. Je sais comment parler à
ces gens-là". "Ce n'est pas vérifier la situation des comptes de quelques trente clients qui peut être
compliqué. J'ai été commissaires aux comptes de notre amicale des femmes dynamiques pendant 5
ans et jamais personne n'a eu à déplorer la moindre fuite". "Quand je portais les demandes d'aides
de l'amicale des jeunes à l'occasion de nos congrès de fin d'année, je récoltais toujours plus d'aides
que tous les autres. Je savais comment toucher les gens. Cette capacité de persuasion reste présente
aujourd'hui. Quand je veux quelque chose de quelqu'un, je l'étudie bien pour savoir sur quoi je
dois jouer quand je lui parle".

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L'analyse des récits de vie des promoteurs de petites entreprises permet de conclure à la
contribution des activités quotidiennes à la construction d'un profil de compétences.
Malheureusement, cette étude ne permet pas de tirer une loi sur la manière dont la réalisation des
activités de vie façonne le profil de compétence. Elle ne permet pas d'établir un lien normatif de
cause à effet entre le succès et les expériences antérieures, personnelles ou professionnelles. Elle
oblige tout de même à la reconnaissance de l'école de la vie comme lieu par excellence de
développement de compétences multiples. La question de base devient donc comment s'assurer
que les individus développent tout au long de leur vie des compétences utiles à la création et
gestion des entreprises.

2.2 Les logiques sous-jacentes à la reconnaissance de l'école de la vie

La reconnaissance de la pertinence de l'école de la vie impose d'analyser et comprendre les


mécanismes d'accumulation de compétences, dans la perspective de la valorisation des acquis
personnels et professionnels.
2.2.1 Les déterminants de l'accumulation des compétences dans les activités de la vie

Dans les projets, programmes et institutions d'appui aux promoteurs de petites entreprises, il est
coutume de tenir compte du diplôme le plus élevé du promoteur et de son nombre d'années
d'expérience dans les affaires. Il convient désormais de tenir compte de toutes les expériences
significatives de la vie des entrepreneurs. Mais quelles sont les expériences de vie significatives ?
Comment leur attribuer une valeur ? Il est nécessaire d'analyser les déterminants et paramètres de
base des mécanismes d'apprentissage dans les activités quotidiennes. On peut ainsi déterminer des
paramètres et conditions dans lesquelles l'accumulation de compétences se fait. Ces paramètres
sont : la durée de l'activité, le caractère répétitif de l'activité, le niveau d'implication dans l'activité,
la capacité de transposition, la capacité d'apprentissage, la qualité du coaching, la force de l'onde
de choc, la motivation de l'apprenant, etc.

L'onde de choc est l'événement qui pousse l'individu à entreprendre, à accepter une fonction ou
une responsabilité. Parfois c'est par pure nécessité et c'est donc l'état de besoin qui est l'onde de
choc. Mais il peut aussi s'agir du décès d'un parent nourricier, d'ambitions personnelles légitimes.
L'onde de choc détermine la motivation à réussir, et donc le type et le niveau d'effort que l'individu
va mettre au service de l'entreprise. Le caractère répétitif et la durée de l'activité permettent d'être
meilleur au fil des exercices, par l'effet d'expérience ou l'effet d'apprentissage. La répétition d'une
activité dans des situations diverses induit la richesse de l'expérience. Le processus de
transposition permet d'appliquer à une situation des compétences développées dans une situation
différente. Il est important que les individus soient conscients qu'ils développent des compétences,
et qu'ils soient aptes à transposer ces compétences dans toutes les situations de la vie. L'école de la
vie doit permettre de développer des compétences pour la vie.

La capacité d'apprentissage est essentielle. Elle s'observe par la manière dont l'individu met sa
créativité et sa flexibilité au service de la résolution d'un problème, en s'appuyant sur ses

20
connaissances antérieures. C'est un facteur multiplicateur de l'expérience. Finalement, il faut
massivement aider les individus à développer deux compétences de base : le savoir apprendre et le
savoir faire apprendre. Dans toutes les situations de la vie, l'une et/ou l'autre de ces deux
compétences sont sollicitées. Le savoir apprendre permet à un individu de tirer les compétences de
la réalisation d'activités de vie et de leur application dans toute autre situation nouvelle ou
différente. Le savoir faire apprendre permet à un individu placé en situation de leader ou coach
d'obtenir de meilleures performances de ses compagnons, en termes d'apprentissage pour la vie.
2.2.2 La nécessaire valorisation des acquis des circuits non classiques
Pourtant, il n'y a au Cameroun aucune reconnaissance et valorisation des acquis en dehors des
systèmes éducatifs formels et du monde professionnel. L'expérience professionnelle est d'ailleurs
comprise par le grand public et même par certains recruteurs comme le temps passé au service
d'une entreprise structurée. La réalisation d'activités socio-économiques hors de la sphère
marchande n'est pas bonifiée. Rien de surprenant donc si les diplômés sont aux commandes, mais
n'ont pas les compétences. Normal aussi que leurs décisions soient souvent contestées par l'homme
de la rue, parfois à bon escient. Le non diplômé qui a exercé des activités sociales comme diriger
des associations d'élites ou des comités de développement de quartiers ou de villages pendant de
nombreuses années a tout de même développé une expertise. Celle-ci doit être reconnue.
Même la valorisation des acquis professionnels est limité au sein des métiers ou tout au plus, dans
le milieu professionnel. Pourtant il est nécessaire de multiplier les transitions entre les systèmes
éducatifs, les occupations professionnelles et les activités quotidiennes. Il faut nécessairement
replacer l'emploi traditionnel à sa juste place au coin du cadre général du travail, auprès d'autres
formes d'activité, y compris ceux qui sont accomplis hors du cadre marchand. Peut-être la
valorisation du travail invisible incluant les activités non marchandes d'utilité sociale telles les
activités culturelles, sportives, relationnelles ou civiques permettrait-elle d'apporter un début de
solution aux crises des institutions sociales contemporaines, les itinéraires individuels déterminant
les cartes personnelles de compétences (Yossa T., 2003).
L'exercice consistant à effectuer le bilan personnel de compétences du promoteur n'en est que plus
pertinent. Il prend en compte les savoirs, les comportements, les qualités, les attitudes, les talents
individuels, les dons, le professionnalisme et autres caractéristiques personnelles qui jouent un rôle
important dans le succès de l'affaire, y compris les compétences relationnelles. L'analyse du bilan
personnel de compétences du promoteur devrait donc scruter toute sa vie à la recherche d'activités
pertinentes accomplies.
Les programmes d'accompagnement à la création de petites entreprises devraient élaborer des
grilles d'évaluation et de valorisation des compétences des entrepreneurs, pour mieux les aider
dans le mariage projet-promoteur. Les entrepreneurs qui commencent devraient pouvoir compter
sur ces experts pour les aider à établir leur bilan individuel de compétences entrepreneuriales. Les
programmes de formation en renforcement de compétences entrepreneuriales devraient tenir
compte de ces bilans pour l'élaboration des curricula performants.
Dans un contexte de globalisation économique, peut-on continuer à se satisfaire des modes
informels d'accumulation des savoirs et compétences ? La capitalisation (valeur marchande réelle)
de ces compétences dans un environnement de pauvreté ne peut être reconnue que si des

21
référentiels et outils sont élaborés pour l'évaluation, le diagnostic, le suivi et la traçabilité des
parcours. Par ce que non reconnues par le marché et la société, ces modes d'accumulation de
compétences s'articulent actuellement mal avec les nouvelles exigences liées à l'émergence de la
société de l’innovation et de la connaissance, à l'obsolescence rapide des savoirs, à l'évolution
permanente des structures des métiers et aux modifications drastiques dans les modes
d'organisation de la production.
Cette faible valorisation des compétences de terrain perpétue le manque de confiance en soi des
promoteurs. Se sachant non diplômé dans un environnement qui ne valorise que les diplômes, le
promoteur pourtant expérimenté est fragile face à ses partenaires (banques, clients, fournisseurs)
qui ne reconnaissent que les modèles formels de gestion enseignés dans les écoles et universités.
Mais comment apprendre aux promoteurs en formation à se sortir de situations informelles, non
conventionnelles et parfois inavouables ou inavouées ?

2.3 L'école de la vie au secours de la formation formelle des entrepreneurs

Les succès de l'école de la vie sont certainement à la base de l'utilisation des méthodes
pédagogiques faisant l'apologie de l'apprentissage par l'action et l'expérimentation. Même s'il est
difficile de formaliser des contenus de formation pertinents, des expériences de prise en compte
d'activités extra-académiques dans les cursus des systèmes éducatifs sont en cours au Cameroun.

2.3.1 La difficile formalisation des enseignements pertinents


Il n'est pas aisé de formaliser les contenus de formation pertinents en direction des promoteurs de
petites entreprises au Cameroun. Il faut rappeler que ceux-ci ont moins besoin de connaissances
sur comment remplir une déclaration statistique et fiscale que comment négocier avec son
inspecteur des impôts. Or comment négocier avec son inspecteur peut être approché par un cours
sur les techniques et stratégies de négociation (qui apporterait peu de choses au problème de
l'entrepreneur), ou bien explorer le comportement de l'inspecteur et de l'administration et
déterminer les voies de recours, ce qui reste théorique et peu pertinent.
En définitive, l'enseignant ne sait pas ce qu'il faut faire à coup sûr. Il ne peut prescrire de
corrompre ou de refuser de corrompre (ce n'est pas un cours de morale). Il ne peut prescrire un
bras de fer à l'entrepreneur qui est dans ses droits (une journée sous scellés emporte un manque à
gagner insoupçonnable). L'enseignant placé dans cette situation est réduit à donner des armes
générales à l'entrepreneur. C'est par exemple la flexibilité, la créativité, l'autonomie d'action, la
capacité d'initiative et d'anticipation. Pour avoir du succès dans la formation des entrepreneurs, il
faut transporter dans les salles de classe les ingrédients de l'école de la vie. Il faut mettre les
entrepreneurs en situation, les laisser décider, investir, gagner ou perdre en prenant des risques et
construire eux-mêmes les leçons qu'ils en tirent, à appliquer dans des situations similaires dans la
vie des affaires, dans la vie de tous les jours.
Les formations qui réussissent actuellement sont celles qui privilégient les méthodes
expérientielles. Elles sont basées sur des exercices structurés d’apprentissage par l’action, conçus
pour que le participant expérimente diverses situations de la vie en simulation quasi-réelle ; Ainsi,
il se découvre dans ses actions et réactions, analyse les comportements et interactions qui

22
répondent à ses actes, reçoit le feed-back des co-apprenants, décide lui-même de nouveaux
comportements à adopter dans des cas similaires et surtout dans la vie réelle, applique les
nouvelles valeurs et les nouveaux principes ainsi élaborés dans la suite du séminaire et évalue lui-
même son évolution. L’évaluation de la réussite de la formation s’appuie sur l’observation des
changements de comportement notés au fil des exercices. Le coaching joue à cet égard un rôle
essentiel : celui de créer les conditions favorables à l’apprentissage et d’accompagner l’individu
pour l’aider à devenir autonome dans la réalisation des tâches.
Diverses expériences sont menées par des chercheurs qui tentent d'introduire dans les systèmes
éducatifs le développement des compétences entrepreneuriales utiles à la création et gestion de la
petite entreprise. La tentative avortée du programme CEFE au Cameroun en 1994 visait entre
autres cet objectif. Les caractéristiques personnelles d'entrepreneurs, sortes de composition
intelligente de compétences privilégiant le réflexe et le comportement plutôt que la maîtrise des
techniques et outils constituent la base de ces programmes. Il s'agit de la recherche d'opportunités,
la persistance (ou la persévérance), le respect des engagements, la demande de qualité et
d'efficacité, le goût du risque, la fixation des objectifs, la planification et le suivi systématiques, la
recherche d'informations, la persuasion et le réseau de contacts et finalement la confiance en soi.
Au regard de l'approche CEFE, les pays africains qui ont réussi cette introduction sont la Tunisie,
l'Afrique du Sud et la Tanzanie. L'expérience d'introduction des compétences entrepreneuriales
dans les curricula des écoles techniques officielles au Rwanda est également intéressante. Le
gouvernement a décidé d'inclure dans les curricula des écoles techniques officielles (ETO) des
modules visant le développement des compétences entrepreneuriales. Ainsi, l'élève maçon,
menuisier ou mécanicien est préparé à devenir entrepreneur et non plus seulement employé ou
tâcheron. Ses premiers résultats peuvent orienter les recherches relatives à l'efficacité de la
formation par l'action et l'expérience comme mode de valorisation des expériences de vie dans le
développement des compétences de création et gestion de la petite entreprise en Afrique noire
francophone.
Les principales difficultés rencontrées ont trait à la pérennisation de l'approche, aux coûts élevés
liés notamment à la présence simultanée dans une salle de classe de plusieurs facilitateurs, au
surcroît de travail imposé aux enseignants, aux effectifs qui ne doivent pas dépasser une trentaine
par classe. Une faible compréhension de la pertinence et du bien fondé de l'approche par les
décideurs politiques, les dirigeants des institutions de formation et les autorités techniques des
ministères de l'éducation est relevée.
Divers autres programmes de formation à l'entreprenariat existent et se proposent d'aider les
entrepreneurs à développer ces caractéristiques rares qui font la différence sur le marché. Il existe
sur Internet des portails qui recensent une série de liens portant sur des ressources éducatives, des
programmes et des organismes utiles à l'enseignement de l'entrepreneurship et à la promotion des
valeurs entrepreneuriales au sein du système éducatif. Ces sites peuvent aider les enseignants
intéressés à trouver des informations sur les outils pédagogiques, les programmes de cours, les
programmes de sensibilisation à l'entrepreneuriat, les centres de recherche en entrepreneuriat, les
revues et magazines traitant des valeurs entrepreneuriales.

23
2.3.2 La formalisation des expériences extra-académiques dans les programmes scolaires
La présence des petites unités de production dans les collèges a montré son utilité pédagogique,
tout comme la formation par alternance. Un projet financé avec l'appui de la coopération française
expérimente la formation par alternance dans la province du Centre, avec plus ou moins de
bonheur. L'expérience du Collège Baba Simon de Maroua (Cameroun) est plus que de la formation
par alternance. Elle permet de replacer l'influence de la vie sociale et affective et des travaux
manuels dans les logiques d'accumulation de savoirs et des compétences. Elle va plus loin que le
concept d'entreprise école.
Le collège Baba Simon, du nom d'un prêtre catholique venu du Sud vers les années 1959 et installé
dans le petit village de Tokombéré près de Maroua au Nord du Cameroun a une vocation
d'enseignement général et prépare les élèves au BEPC (après 4 ans) et au Baccalauréat (3 ans après
le BEPC). En plus du programme officiel obligatoire que suivent tous les autres collèges du
Cameroun, les élèves de Baba Simon travaillent sur des "passerelles" qui sont "des liens tenaces
entre le collège et le village", afin que l'enseignement suivi ne fracture pas les relations entre les
familles et les traditions. Tous les après-midi sont en effet consacrés aux activités des différentes
passerelles.
La passerelle artisanat est la plus significative, en raison de l'importance de l'artisanat dans les
activités socio-économiques des populations de la région. Apprendre un métier en 3 heures par
semaine, cela n'y suffirait pas, mais cette passerelle permet aux élèves d'améliorer leurs conditions
de vie et modifier leurs rapports aux objets. Fabriquer un banc en bois, une porte métallique,
construire une case solide, coudre des vêtements, … permet aux élèves de développer de solides
habiletés techniques et des compétences transversales insoupçonnées au rang desquelles la
stimulation de la créativité. Les passerelles agriculture et agro-alimentaire permettent aux élèves
de réaliser des plantations d'arbres, des pépinières, la culture de mil, de haricots, le maraîchage,
l'élevage des moutons, de chèvres, de poules et d'apprendre des techniques de traitement, de
transformation et de conservation des produits agricoles de la région.
Le collège est fier d'avoir les taux de succès les plus élevé dans les examens nationaux, en misant
sur la force du tritype Manuel-Intellectuel-Spirituel. Des systèmes d'accompagnement aux élèves
déperdus du système éducatif fonctionnent (maison du Paysan, Projet Jeunes, …). De même, une
amicale des anciens du collège est très active sur le terrain.
L'expérience du Collège Baba Simon est un essai réussi de s'intéresser au développement intégral
de l'individu. Les méthodes pédagogiques développent un rapport aux choses bien différent (il faut
écouter un élève parler de son jardin botanique). Les travaux se réalisant souvent en groupes ou en
équipes, les élèves développent de grandes qualités de discussion positive, d'exploitation de la
dynamique de groupes, etc. toutes les activités de la vie de l'élève du collège Baba Simon
contribuent de manière déterminante, volontaire et consciente à la construction de ses compétences
pour la vie.
En définitive, l'école de la vie a un rôle pertinent dans la formation des promoteurs de petites
entreprises au Cameroun. En raison des difficultés de toutes sortes, la mise en œuvre des réformes
pédagogiques pertinentes dans tous les sous-systèmes éducatifs intéressés prendra du temps.
Actuellement, des écoles pilotes en bénéficient. En attendant la généralisation, il faut s'attendre à

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continuer à voir les entrepreneurs à succès venir de l'école de la vie. D’où la nécessité de renforcer
ses performances et son efficacité.

2.4 Comment renforcer les performances et l'efficacité de l'école de la vie ?

Aujourd'hui, les compétences acquises à l'école de la vie le sont de manière quasi-inconsciente. La


capacité de transposition est faible. Les processus et schémas d'éducation de base dans les familles
et communautés n'insistent pas suffisamment sur la créativité, la prise d'initiatives, la flexibilité et
l'autonomie, aussi bien des enfants que des adultes placés en situation d'apprentissage à l'école de
la vie. La flexibilité de l'individu, son autonomie et sa créativité doivent être recherchés en priorité.
La première orientation à décider consiste à transformer la société en une vaste salle de classe.
Dans les activités de la vie, toute situation est un apprentissage, et il y a un apprenant et un coach
ou facilitateur. Il faudrait transformer tous les individus en apprenant et en coaches. Dans tous les
systèmes éducatifs et ce dès les premières classes de même que dans l'éducation familiale et
sociale, on devrait focaliser les efforts sur le développement de ces deux compétences. Leurs
externalités positives sont impressionnantes. La question importante devient comment apprendre
aux individus à apprendre et à faire apprendre ?
Il faut développer chez l'enfant l'aptitude à la persévérance et renforcer progressivement sa
confiance en lui, le rendre plus autonome en développant son sentiment d'auto-efficacité. Il faut
encourager de sa part des prises d'initiatives et l'aider à être lui-même, à construire une identité
personnelle, même si différente des modèles socialement adulés. L'identité se construit aussi sur
des ressources et des potentialités personnelles qui peuvent être développées pour aider l'individu à
se trouver une place dans la société. C'est aussi la confiance dans ses propres compétences et sa
capacité à maîtriser les réalités sociales. L'autonomie de l'enfant et plus tard de l'adulte est un
objectif essentiel qui appelle des stratégies cohérentes et inévitablement complexes.
La deuxième chose serait d'aider les individus à réussir les transpositions de compétences. Les
approches de formation par l'action indiquent les étapes du processus d'apprentissage :
expérimentation, publication des résultats, analyse des leçons tirées, compréhension des logiques
internes, synthèse, généralisation et application dans les situations similaires. Les gens apprennent
pour faire face à des situations précises, comme ces élèves qui apprennent leurs leçons pour avoir
de bonnes notes et réussir à leur examen et non pour en appliquer la quintessence. Il faut à chaque
fois amener les apprenants à intégrer les conditions de généralisation d'un acquis expérientiel. C'est
la responsabilité des coaches de faire en sorte que les gens apprennent pour la vie et non pour la
situation.
Il faudrait également considérer que la société entreprenante n'est ni un luxe, ni une utopie. Il
convient de mettre en avant l'aspect transversal de l'entreprenariat, faisant ainsi l'apologie du
développement d'une société entreprenante au sein de laquelle chaque individu (ou chaque
institution) se comporte comme un entrepreneur. En effet, les réflexes et comportements
d'entrepreneur sont nécessaires dans tous les domaines: micro crédit, micro infrastructures,
technologies appropriées, gestion du budget familial, la gestion des services publics, la gestion du
pays, …

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Il faut enfin faire accepter aux promoteurs camerounais la création des petites entreprises comme
un choix professionnel conscient et non contraint. Comme un projet professionnel durable. La
perception de l'entreprise comme un tremplin vers un meilleur emploi est un des freins à la
croissance. Les promoteurs peuvent adapter la qualité de leur gestion à l'évolution du monde. A
condition de croire véritablement à leur projet, comme un projet pour la vie.
La lutte contre la pauvreté passe inévitablement par la multiplication des champs formels et
informels d'accumulation de compétences et savoir-faire utiles à la création des richesses. Encore
faut-il que ces champs soient économiquement et socialement pertinents, efficaces et efficients.

Conclusion

Face à un environnement rempli de prédateurs, le promoteur de petite entreprise doit développer


des compétences spécifiques lui permettant de gérer des conflits de valeur multiples, motiver
sérieusement ses aides à lui témoigner loyauté, négocier et convaincre ses fournisseurs et ses
clients à lui faire confiance, distinguer les opportunités des leurres, calculer et prendre des risques
en mettant en avant sa capacité d'anticipation. Les compétences qui semblent les plus utiles pour y
parvenir au Cameroun sont 'exploitation judicieuse des ressources, la planification et le suivi
systématique des activités, le respect des engagements pris, la demande de qualité à quelque
niveau que ce soit.

Malheureusement les écoles, les centres de formation et les institutions spécialisées dans l'appui à
la petite entreprise continuent d'enseigner en priorité les techniques et outils de gestion, qui dans ce
contexte s'avèrent d'une utilité secondaire : tenue des comptes, gestion des stocks, calcul des coûts
et prix de revient, techniques de ventes, méthode de production, techniques d'ordonnancement, etc.
Les individus "formés à l'école de la vie" ont pourtant su faire ce qu'il fallait pour devenir de
redoutables hommes et femmes d'affaires. Si leurs entreprises restent petites, ils se distinguent par
leurs capacités à vaincre les péripéties de la vie d'entrepreneur et à assurer la pérennité de leur
affaire. Ces individus ont réussi à capitaliser dans les affaires des compétences développées dans
des activités quotidiennes de la vie, parfois loin de la sphère marchande.
Les programmes d'appui aux promoteurs de petites entreprises qui ont actuellement quelques
succès sont ceux qui basent les contenus de formation sur les expériences et le vécu des
apprenants. La tentation devient alors forte de s'interroger sur les possibilités de déplacer le champ
de la formation pour le situer dans les activités quotidiennes. A l'école de la vie, l'accumulation des
compétences se fait à certaines conditions comme la motivation de l'apprenant, la compétence du
coach, la répétition du processus et la durée des activités, la valorisation des acquisitions. Toute
activité est ainsi une situation d'apprentissage, avec un ensemble d'ingrédients à contrôler pour
dégager des externalités positives et avoir un multiplicateur d'impact, dans la voie de l'avènement
de la société entreprenante.

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