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Cours 2 

/ 3 sémantique L3
F. Somai Baya
F.S.H.S. Tunis
La sémantique

I. Rappel : L’analyse sémique :


1. Définitions sème et sémème :

La substance sémantique d’un mot est comparable à la substance phonologique d’un


phonème. Elle est constituée d’un faisceau de traits distinctifs de signification appelés sèmes.

NB : Dans la continuité du courant structuraliste, on a emprunté la même méthode d’analyse.

- Sémème : c’est l’ensemble de sèmes caractérisant un mot.


Sémème= sème 1 / sème 2/ sème n….

II. Les relations lexicales : le cas de la polysémie


- La polysémie est un trait constitutif de toute langue naturelle. Elle répond au principe
d’économie linguistique : un même mot servant à plusieurs usages. Elle permet ainsi à
la langue de s’exprimer.
- la polysémie permet de faire face aux besoins de nouvelles désignations.

III. Polysémie, homonymie, monosémie

L’homonymie rend compte à la fois de plusieurs signifiants identiques dont les signifiés sont
différents : il n’y a pas de trait (sème) commun entre eux. Ex : son (déterminant), son (bruit),
son (objet). leur fonctionnement n’est pas le même car ils n’ont même car ils font partie de
classes grammaticales différentes (catégories). On trouve la justification dans l’évolution
diachronique du mot.

La polysémie s’oppose à la monosémie. Elle rend compte d’un seul mot (signe) qui a la
caractéristique de posséder des signifiés différents ayant au moins un sème en commun. Un
seul signifiant sert de support à plusieurs signifiés.

1. Expression polysémique et cotexte :

La reconnaissance du sens est une reconnaissance de l’opération d’inclusion/exclusion : on


inclut un sème et on exclut un autre pour saisir la signification d’un mot en usage (dans un
énoncé).

On observe les occurrences du mot dans des énoncés différents :

Ex : il prend le train

Il prend une décision

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Il prend le livre

*le sens du verbe prendre est différent selon les modes de son apparition. Ce qui permet
de reconnaitre sa signification est l’identification du sème commun.

Sème dominant : saisir. Le sème dominant délimite les conditions d’extension avec le mot
en question : il y a toujours adéquation avec le sens premier.

A chaque occurrence, on va inclure un sème en plus et exclure un autre pour identifier la


signification dans l’énoncé. C’est l’opération de discrimination co-textuelle.

- Quand on étudie le comportement sémantique d’une expression polysémique dans un


ensemble d’énoncés, on doit considérer le sens de l’expression conditionnée par son
cotexte.
- Si cette expression prend plusieurs sens, il faut que ce sens dépende de qq ch de plus
que l’unité elle-même : il faut explorer deux espaces : l’espace sémantique associé à
l’expression et l’espace relatif aux éléments cotextuels.

Lorsqu’il s’agit d’une polysémie due à une figure (métonymie, métaphore), la validation
du sens se fait : a- à partir de la discrimination concret/ abstrait.

b- la représentation du sens inclut l’utilisateur de la langue et sa conception du mot dans


un cadre particulier : c’est l’opérateur axiologique qui détermine le sens, avec
reconnaissance du sème dominant premier/ figuré.

IV. Les collocations et expressions figées


1. Définition sémantique des EF :

On voit que même si on comprend tous les mots constitutifs d’une EF, son sens nous
échappe (tomber dans les pommes).

 Le sens des EF ne résulte donc pas de l’addition du sens de leurs éléments constitutifs
(M. Gross 1982). Autrement dit, leur sens n’est pas compositionnel. Il y a opacité
sémantique (Gross 1982, Gross 1996).
 EF imprévisibles et prévisibles : On distinguera ici entre EF imprévisibles et
prévisibles.
 Quand le verbe garde son sens, l’EF est prévisible, sinon elle devient
imprévisible.

L’EF casser sa pipe signifiant « mourir » est sémantiquement imprévisible parce que le verbe
casser ne signifie pas casser. Inversement, dormir comme un loir est une phrase relativement
prévisible parce que le verbe dormir y garde son sens et que l’adverbial comme un loir,
comme tout adverbial introduit par comme, exprime l’intensité (comme un loir = beaucoup).

2. Problèmes de l’apparition du sens dans le cadre de la collocation

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La notion de collocation est liée à celles de cooccurrence d’une part et d’expression
idiomatique d’autre part.

 La collocation est une expression idiomatique : la reconnaissance du sens ne se fait


pas à partir du mot seul mais à partir de l’ensemble de la construction. Il y a donc
figement.

Le sens du mot dépend du cotexte et du contexte

Les expressions idiomatiques se caractérisent par la non-compositionnalité : leur sens ne peut


être calculé comme la somme des sens de leurs constituants. Il faut recourir à la paraphrase
qui permet d’assigner le même sens mais les mots de la collocation disparaissent.

 Une collocation est une cooccurrence privilégiée. On parle de collocation pour


exprimer le fait qu’un nom commun s’utilise avec un verbe ou un adjectif particulier,
et que cette association a un sens différent de l’addition des sens des deux termes.
C’est pourquoi on recourt à la paraphrase qui permet d’assigner le même sens mais
les mots de la 1ere expression disparaissent.

- Ce n’est pas le sens du mot mais le mode selon lequel il apparait qui détermine le sens
de l’expression ;
- La réalisation du mot ne provient pas du mot lui-même mais de la distribution : il y a
un mode de sélection sur cette base ;
Ex : souci/ problème : la continuité sémantique est résoudre
- Son mode de fonctionnement de la collocation : le sens apparait dans l’ensemble des
mots composants dans un cadre ;
- Les collocations réagissent différemment aux tests de : la nominalisation/ la
passivisation/ l’insertion syntaxique Exemple l’expression « une addition salée ».

c’est une image, on ne peut pas comprendre cette expression si on additionne la signification
des deux termes pris séparément. De plus, il faut constater que cette association de mots n’est
pas fortuite, et n’est pas fixe non plus puisqu’on peut dire « une addition très élevée » par
exemple. C’est sur la familiarité avec des séquences mémorisées et sur la complicité
sociolinguistique que reposent les effets de style consistant à donner des collocations.

Il faut distinguer cooccurrence/ expression idiomatique/ collocation

3. Expressions idiomatiques/ collocations / cooccurrence

Expression idiomatique : Expression particulière à une langue, qui n’a pas forcément
d’équivalent littéral dans d’autres langues
Ensemble des locutions figées dans les usages d’une langue dont la compréhension nécessite
une mémorisation préalable.

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Caractéristiques : c’est une forme figée sans possibilités de variations. Exemple : découvrir le
pot au rose (découvrir la vérité) devoir une fière chandelle (avoir une dette envers qq’un)
donner sa langue au chat (ne pas connaître la réponse)

 Collocation : Position d’un mot par rapport à un autre le long de la chaîne parlée
Cooccurrence privilégiée : 
 rapprochement de termes qui n’est ni fixe ni fortuit
- Séquence de mots consécutifs caractérisés par une unité syntaxique et sémantique et
dont la signification ou la connotation ne peut pas être dérivée de la signification de
chacune de ses composantes individuelles.

Caractéristiques :

- Le rapprochement des mots A et B apparaît plus fréquemment que les mots A et B


individuellement
- Pas de traduction mot-à-mot possible
- Connues seulement des locuteurs natifs
On ne peut ni remplacer un mot par un synonyme ni ajouter un mot à l’expression ni opérer
une transformation grammaticale sur l’expression.

Exemple : « mettre l’accent sur », mais pas « poser l’accent sur »


« donner son accord » mais pas offrir son accord
« apprendre sur le tas » = apprendre en pratiquant
« un accent à couper au couteau » = un accent très fort

Cooccurrence : Présence simultanée de deux ou plusieurs mots dans le même énoncé


Il n’y a pas forcément de relation syntaxique (expressions, syntagmes figés, collocations)
mais un lien linguistique.
- Mots utilisés dans un même contexte
- Quand la présence d’un mot dans un texte donne une indication sur la présence d’un autre
mot.

Caractéristiques : Les mots ne doivent pas forcément apparaître dans une unité grammaticale
commune, ni dans un ordre particulier.

Exemples :

La la nuit noire »
« un train express, bondé, luxueux, etc. »
« un train à vapeur »
« rater le train »
« le train quitte la gare »

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Exercices :

1. identifiez le sens des expressions figées suivantes :


a. Donner sa langue au chat : Abandonner une réflexion, renoncer à...

Parler avec difficulté./ Refuser de parler

b. Cirer les bottes de quelqu'un : Avoir la manie de la propreté/ Rendre quelque


chose lisse et brillant/ Flatter servilement autrui pour en tirer avantage.
c. Ne pas savoir sur quel pied danser : Ne pas savoir en bonne humeur/ Ne pas
pouvoir bouger/ Ne pas savoir que décider.

2. Etudiez la polysémie des mots suivants dans les énoncés suivants


a. Il a pris rendez-vous chez le dentiste.
b. Il a pris la poudre d’escampette.
c. Il n’a pas le cœur à rigoler.
d. Il a le cœur dans la main.
e. Les patates sont crues.
f. Il en a gros sur la patate.