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Travaux Dirigés Droit des Obligations

Sujet : commentaire de décision


Problème de droit : La caractérisation de la garde par la seule détention matérielle suffit-elle à
exclure toute responsabilité du propriétaire et donc à engager celle du gardien (détenteur) au
moment du dommage ?

Plan :

I- La responsabilité du fait des choses rattachée à l’exercice de la garde


de la chose
A- Les conditions indispensables à l’exercice de la garde
B- La possiblité d’un transfert de la garde

II- La remise en cause du transfert total de la garde de la chose


A- La garde limitée du detenteur de la chose au moment des faits
B- La responsabilité du gardien de la structure à savoir le propriétaire

Introduction :
La garde de la structure se distingue de la garde du comportement pour les choses dotées d’un
dynamisme propre et dangereux. De ce fait, le gardien du comportement c’est celui qui détient la
chose pour effectuer sa mission (le préposé) et le gardien de la structure est le propriétaire de la
chose.

Une société “l’Oxygène Liquide” a expédié par voie ferrée des bouteilles métalliques remplies
d’oxygène comprimé. Une fois arrivées à la gare, les bouteilles ont été prises en charge par un
transporteur. Au cours de la livraison, une des bouteilles a éclaté, et certains employés du
transporteur ont été blessés par les éclats de bouteille. Une expertise a ensuite eu lieu, mais la cause
de l’explosion n’a pas pu être déterminée.

Les victimes ont alors assigné en réparation la société Oxygène Liquide sur la base de l’article 1384
alinéas 1ers du Code civil. La Cour d’appel les déboute de leur demande. Elle fait valoir que seul celui
qui a la garde matérielle de la chose inanimée peut en être responsable. Ce qui en l’espèce, n’était
pas le cas pour la société, puisque qu’au moment de l’explosion elle n’en avait pas la garde
matérielle. Les victimes se pourvoient alors en cassation.

Le juge de cassation était amené à répondre à la question de savoir si la détention matérielle de la


chose suffit-elle à caractériser la garde ?
La Cour de cassation répond par la négative et casse l’arrêt rendu en appel. Elle reproche à la Cour
d’appel de s’être bornée à caractériser la garde par la seule détention matérielle de la chose. Elle
dispose que les juges du fond auraient dû rechercher si le détenteur avait l’usage de l’objet qui a
causé le préjudice ainsi que le pouvoir d’en surveiller et d’en contrôler tous les éléments.

De ce fait pour bien apréhender notre sujet, il conviendra de voir en premier temps, les conditions du
principe général de responsabilité du fait des choses (I), et en second temps, le moyen de défense du
gardien (II).

I- La responsabilité du fait des choses rattachée à l’exercice de la garde de la chose


A- Les conditions indispensables à l’exercice de la garde

La notion de garde de la chose se rattache à la responsabilité du fait des choses. Au XIXe siècle, avec
l'entrée des machines dans la vie quotidienne, la responsabilité du fait des choses est devenue une
partie prépondérante du droit de la responsabilité. Cette dernière notion peut se définir comme
l'engagement de la responsabilité délictuelle d'un individu suite à un dommage qu'il a causé à autrui
par son propre fait, ou par le biais d'une personne ou d'une chose.

La jurisprudence, qui jusqu'à la fin du XIXe siècle n'avait légiféré que sur la responsabilité du gardien
des animaux et des propriétaires de bâtiments (articles 1385 et 1386 du Code civil), a fait de l'article
1384 du Code civil le texte de référence, un principe général de la responsabilité du fait des choses.

C'est donc pour simplifier cette notion de garde et réduire les ambigüités que la jurisprudence a
évolué. L'arrêt Jand'Heur (Cour de cassation, assemblée plénière février 1930) pose une base
majeure à la notion de garde : l'article 1384 alinéa premier désigne la responsabilité comme relevant
de la garde de la chose et non de la chose elle-même. C'est surtout par un arrêt du 2 décembre 1941,
arrêt Franck, que la cour de cassation adopte une conception matérielle de la garde, en considérant
qu'une personne privée de l'usage, de la direction et du contrôle d'un véhicule du fait d'un vol en
perdait la garde.

La détermination du gardien se caractérise par un transfert involontaire de la garde ou par un


transfert volontaire de la garde Le transfert involontaire de la garde. Par principe, la qualité de
gardien doit être fixée in concreto en déterminant qui exerçait les pouvoirs d'usage, de contrôle et
de direction sur la chose au moment du dommage. La jurisprudence présume cependant que le
propriétaire est le gardien. Cela reste une présomption simple, qui peut être renversée par une
preuve contraire. Lorsque le propriétaire de la chose est privé de son usage contre son gré, un
transfert de garde s'opère au détriment de l'utilisateur de la chose.

L'arrêt Oxygène retient implicitement que la garde implique l'exercice d'un pouvoir indépendant. Or,
depuis un arrêt d'assemblée plénière du 9 mai 1984, la cour de cassation affirme en effet qu'un
enfant peut être déclaré gardien d'une chose, sans qu'il soit nécessaire de caractériser sa capacité de
discernement. Cette position semble en contradiction avec la notion même de garde définie par
l'arrêt Franck. L'exercice d'un réel pouvoir de contrôle et de direction sur la chose semble en effet
impliquer une capacité de discernement de son gardien.

B- La possibilité d’un transfert de garde


L'article 1384, en effet, dispose, dans son premier alinéa : On est responsable non seulement du
dommage que l'on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des
personnes dont on doit répondre, ou des choses que l'on a sous sa garde Or, la notion de garde de la
chose est ici une condition centrale de l'application, un élément incontournable de la mise en œuvre
de la responsabilité du fait des choses. En effet, une chose sans gardien est exclue du champ de
l'article 1384. La garde de la chose est conférée au gardien.

Le transfert volontaire de la garde. Le transfert de garde peut résulter d'un acte volontaire de son
propriétaire, qui confie l'usage, le contrôle et la direction de la chose à un tiers. Ce dernier en devient
ainsi le gardien, et doit désormais répondre, à l'égard des victimes, des faits dommageables causés
par cette chose. La jurisprudence apprécie le transfert de garde dans un arrêt de la première
chambre civile de la cour de cassation, du 9 juin 1993 : le propriétaire de la chose, bien que le
confiant à un tiers, ne cesse d'en être responsable que s'il est établi que ce tiers a reçu
corrélativement toute possibilité de prévenir lui-même le préjudice qu'elle peut causer Le
propriétaire doit donc confier à autrui, lors d'un transfert volontaire, l'usage mais aussi la direction et
le contrôle sur la chose.

II- La remise en cause du transfert total de la garde de la chose


A- La garde limité du détenteur de la chose au moment des faits

En cas de dommage, la personne désignée comme responsable sera le gardien de la chose. La garde
de la chose a été définie comme le fait de disposer sur la chose d’un pouvoir d’usage, de direction et
de contrôle. La garde est donc comprise comme le fait de détenir un pouvoir matériel sur la chose. Le
gardien est celui qui a une maitrise effective de la chose, et qui par conséquent est le seul à pouvoir
empêcher le dommage.

L’auteur du dommage doit avoir la volonté d’être le gardien de la chose, la garde doit de ce fait être
volontaire. Généralement, le propriétaire de la chose est présumé en être le gardien, puisque c’est
lui qui jouit des pouvoirs d’usage, de direction et de contrôle. Toutefois, il ne s’agit que d’une
présomption simple, ce qui signifie que le propriétaire pourra, pour se dégager de toute
responsabilité, prouver qu’au moment où le dommage s’est réalisé, la garde de la chose avait été
transférée à une autre personne. Lorsqu’il est impossible de déterminer qui est le propriétaire de la
chose, la présomption de garde pèse sur l’utilisateur de la chose. Pour établir qu’il y a eu un transfert
de la garde il faudra prouver qu’une autre personne que le propriétaire détenait l’usage, le contrôle
et la direction de la chose. Ce transfert peut avoir eu lieu par contrat. Il est important de noter que le
transfert peut être volontaire ou non. Ce qui signifie qu’en cas de dommage à la suite d’un vol, le
propriétaire de la chose pourra se dégager de toute responsabilité en établissant simplement que la
chose lui ayant été volée, il a perdu tout pouvoir sur celle-ci. Cependant, les juges n’admettent le
transfert de la garde que si la personne qui a reçu la chose a reçu en même temps la possibilité de
prévenir elle-même le dommage qui pouvait être causé. En cas de dommage, c’est donc au cas par
cas que les juges se prononceront en examinant qu’elle était la personne qui, au moment où la chose
est intervenue dans le processus dommageable, en avait la maîtrise.

Lorsque plusieurs personnes exercent sur la chose une certaine maîtrise, c’est-à-dire lorsqu’ils se
partagent l’usage, la direction et le contrôle de la chose on les considère comme cogardiennes. En
cas de dommage, ces personnes seront toutes responsables et chacune pour la totalité du dommage.
C’est ce que l’on qualifie juridiquement de responsabilité in solidum. La victime peut, dans une telle
situation, choisir n’importe lequel des cogardiens et exiger de lui réparation. Ce dernier aura
toutefois la possibilité de se retourner contre les autres une fois la victime dédommagée.
B- La reponsabilité engagée du gardien de la structure à savoir le propriétaire de la chose

En soi, sur ces faits, le proprietaire de la chose qui est a causé le dommage à savoir la société
oxygène, voit sa responsabilité en engagé dans la mesure des règles de transfert de garde d’une
chose.

La responsabilité du fait des choses concerne la situation dans laquelle un individu engage sa
responsabilité délictuelle à la suite d'un préjudice qu'il aurait causé à autrui par le biais d'une chose
dont il aurait eu l'usage, la direction et le contrôle au moment du dommage. Ce type de
responsabilité est régi à l'article 1242 nouveau du code civil, qui dispose en son alinéa premier que :

« On est responsable non seulement du dommage que l'on cause par son propre fait, mais encore de
celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre, ou des choses que l'on a sous sa
garde. » Outre la loi, la jurisprudence a également rendu des arrêts définissant des règles concernant
la responsabilité du fait des choses. Notamment, l'arrêt Teffaine (Cass. Civ., 16 juin 1896) affirme que
la chose devient source de responsabilité si elle est manipulée par la main de l'homme et si elle
présente un caractère dangereux, et l'arrêt Jand'heur (Cass., Ch. Réunies, 13 février 1930) permet à
la Cour de cassation de structurer un système cohérent de responsabilité avec deux règles majeures :
l'article 1242 nouveau (1384 ancien), alinéa 1er, attache la responsabilité à la garde de la chose et
non à la chose elle-même, et pose à l'encontre du gardien une présomption de responsabilité. Dès
lors celui-ci ne peut plus s'exonérer en prouvant qu'il n'a pas commis de faute personnelle et seule la
cause étrangère peut l'en exonérer.