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INTRODUCTION GÉNÉRALE

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Bienvenue dans ce MOOC de renforcement des compétences orthographiques.

Une maîtrise correcte de l’orthographe ouvre les portes du monde professionnel et


peut vous éviter des situations gênantes ou problématiques dans bien des domaines
du quotidien.

L’orthographe française est si riche qu’il est parfois difficile de s’y retrouver.

Elle peut parfois apparaître arbitraire, capricieuse.

Mais nous allons voir que tout a bel et bien une fonction et des pans de règles qui, plus
que des contraintes, sont de véritables appuis.

Nous laisserons ici délibérément de côté les subtilités qui délectent les puristes et les
champions en orthographe, pour se concentrer sur les questions que l’on se pose tous
les jours.

En rappelant les règles, bien sûr, en dressant des listes de mots qui offrent les mêmes
particularités, les mêmes structures ou terminaisons, nous irons à l’essentiel, afin de
fixer dans l’esprit de chacun les points fondamentaux à mémoriser.

Ce MOOC est organisé en quatre semaines de cours :

Les signes orthographiques, pour commencer.


On a parfois tendance à les négliger, mais les accents, les traits d’union,
trémas et autres majuscules sont pourtant indispensables.

L’orthographe lexicale, ensuite : doublement des consonnes ou orthographe


finale des mots.

Puis, nous rappellerons les règles d’accord dans la phrase et comment


distinguer des homonymes, des mots de différente nature.

Enfin, nous nous attaquerons à la maîtrise de la conjugaison : groupes verbaux,


conditionnel, subjonctif et, pour finir, les fameuses règles d’accord du participe
passé.

Chaque semaine sera composée de cinq à six vidéos de cours, de fiches mémo, d’exercices
autoformatifs sous forme de QCM et d’une évaluation.

Particularité de ce MOOC, une semaine blanche s’intercalera entre chaque semaine de


cours. Elle permet de faciliter et de renforcer les apprentissages.

Rendez-vous sur l’onglet « Révisions ».

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 3


INTRODUCTION GÉNÉRALE

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Tout au long de ce MOOC, vous aurez besoin d’utiliser et de bien comprendre un certain
nombre de mots propres à l’orthographe et à la conjugaison.

Je vous incite à contribuer à un glossaire participatif, que vous trouverez sous l’onglet
« Wiki ».

De plus, vous avez à votre disposition un forum, qui est un lieu privilégié pour échanger
entre pairs et poser des questions à l’équipe.

N’hésitez surtout pas à l’utiliser.

Un animateur vous accompagnera tout au long du MOOC.

Il se fera un plaisir de vous répondre ou de vous orienter.

Si vous souhaitez obtenir une attestation de suivi de ce MOOC, vous devrez avoir réalisé
l’ensemble des épreuves d’évaluation, c’est-à-dire les QCM d’évaluation de chaque
semaine et la dictée finale, évaluée par vos pairs.

Votre score devra être de 70 % minimum.

Avec ce MOOC, vous consoliderez, je l’espère, vos connaissances des principes qui
régissent orthographe et conjugaison, et votre maîtrise de la langue française en sortira
réellement renforcée.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 4


LA RÉFORME DE L’ORTHOGRAPHE

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Dans ce MOOC, il sera tenu compte de certaines recommandations du Conseil supérieur


de la langue française, propositions sur lesquelles j’aimerais dire quelques mots.

Le Conseil supérieur de la langue française et l’Académie française, assistés par des


linguistes et des experts en histoire de la langue, ont proposé en 1990 un certain
nombre d’aménagements visant à corriger certaines complexités, parfois inexplicables,
dans l’orthographe de notre langue.

Ces tolérances touchent notamment un certain nombre de signes graphiques soulevant


d’évidentes difficultés d’emploi, tels que le trait d’union, l’accent circonflexe, le tréma.

Dans le domaine de l’orthographe grammaticale, elles neutralisent quelques règles


régissant l’accord du participe passé dans certains contextes, ou le pluriel des mots
composés. Ce qui signifie concrètement que lorsqu’une graphie est autorisée dans le
cadre de ces recommandations, elle ne donne lieu à aucune pénalisation.

Il en résulte que deux graphies, l’ancienne et la nouvelle, d’un même mot sont correctes.

Le but de cette réforme de l’orthographe est, bien sûr, pédagogique. Il s’agit de faciliter
l’assimilation par les enfants des règles et des normes en éliminant autant que possible
les fameuses exceptions et en harmonisant la graphie et la prononciation.

Pourquoi, par exemple, écrire « événement » avec deux accents aigus et prononcer
« évènement » avec un accent aigu et grave ?

Pour couper court à toute polémique, on verra que ces aménagements orthographiques
sont marginaux et ne remettent pas en question la cohérence systémique de
l’orthographe française.

Contrairement aux rumeurs idiotes qui circulent, il n’est évidemment pas question de
supprimer l’accent circonflexe quand il permet de distinguer des homonymes.

Ainsi, l’accent circonflexe de « jeûne » est évidemment maintenu pour le distinguer de


son homonyme « jeune ».

Toutefois, en dépit du nombre de mots très limité affectés par ces propositions de
simplification, cette réforme peine à s’imposer dans les différentes institutions, écoles,
enseignement supérieur, édition, presse écrite, et cætera.

Cela explique pourquoi peu de locuteurs francophones la connaissent.

Au cours de ce MOOC, nous aborderons régulièrement les notions concernées par ces
aménagements.

Bonnes révisions à toutes et à tous.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 5


CHAPITRE 1
LES SIGNES ORTHOGRAPHIQUES

Les accents
L’accent circonflexe
Le tréma
Le trait d’union
La majuscule
LES SIGNES ORTHOGRAPHIQUES
INTRODUCTION

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La langue française abonde en petits signes qui passent souvent inaperçus. Il est vrai
qu’ils peuvent paraître parfois superflus ou régis par des conventions arbitraires. Nous
allons voir qu’ils permettent d’éviter des confusions de sens et de rendre l’écrit plus
intelligible. Pour cela, il nous faut voir plus clair dans les normes d’emploi des signes
orthographiques.

Nous commencerons ce cours avec les accents, qui servent notamment à distinguer
le son fermé du son ouvert. La langue française est caractérisée par la présence du E
muet, ce qui les rend si importants. Mais nous verrons que les fonctions des accents
sont bien plus étendues et qu’en les connaissant mieux, on parvient à orthographier
correctement l’expression « à coup sûr », par exemple.

Ensuite, nous nous concentrerons sur le cas du signe qui a donné lieu à des polémiques
récentes. Il s’agit de l’accent circonflexe, dont quelques cassandres ont imprudemment
prophétisé la disparition. Nous verrons ce qu’il en est réellement.

Nous examinerons également le dernier des signes suscrits : le tréma. Quoique plus
rare que les autres signes, avec des fonctions plus limitées, il n’en demeure pas moins
indispensable.

Puis, nous en viendrons à la délicate question du trait d’union, qui fait hésiter bon
nombre d’entre nous, notamment dans l’écriture des expressions composées ou des
numéros. Par exemple, comment écrit-on 274 ?

Enfin, nous terminerons la semaine par la majuscule, un signe orthographique à ne pas


utiliser au gré de nos caprices. Début de phrase, nom de pays ou de lieu, titre d’œuvre,
des règles précises en régissent l’emploi.

C’est par la répétition et la lecture qu’on améliore son orthographe.

En prolongement des cours vidéo, testez vos connaissances avec les exercices en ligne
de chaque section.

Vous pouvez également utiliser le module de révision, afin de mieux mémoriser vos
apprentissages.

Enfin, vous disposez de fiches mémo en annexe. L’évaluation prend la forme d’un QCM
d’une vingtaine d’exercices.

N’oubliez pas d’échanger avec vos pairs dans le forum de la semaine et de compléter le
glossaire participatif avec les termes que vous apprendrez cette semaine.

Bonne semaine à tous et à toutes.

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LES SIGNES ORTHOGRAPHIQUES
LES ACCENTS

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Cette vidéo sera consacrée aux accents.

Avant de revoir le fonctionnement de l’accent, il est utile de rappeler la définition d’une


notion dont il sera question dans la suite du cours, c’est-à-dire la syllabe. Une syllabe
est une séquence sonore constitutive du mot. Elle se termine soit par une voyelle ; soit
par une consonne. Dans le cas où deux consonnes se suivent, la coupure syllabique les
sépare.

Prenons l’exemple du mot « université » qui comporte 5 syllabes : u/ni/ver/si/té. La coupure


des syllabes 3 et 4 sépare les deux consonnes R et S.

Cette définition rappelée, examinons maintenant les règles de distribution des accents.

La première règle bien connue des locuteurs francophones est que l’accent aigu marque
le son \e\ fermé ; tandis que l’accent grave marque le son \ε\ ouvert. On prononce « été »
avec deux « é » fermés, mais « crème » avec un « è » ouvert.

La seconde règle générale est que l’accent ne frappe que la lettre « e » qui termine une
syllabe, c’est-à-dire que la barre de coupure de la syllabe se place juste après le « e ».
C’est le cas dans « é/tudier » mais pas dans « es/tudiantin ». Même chose dans « mè/che »
mais pas dans « mes/quin ». Enfin, le cas de « é/nerver » par différence avec « en/nui » illustre
également cette règle.

Cette règle connaît néanmoins une exception : celle de mots récents formés avec des
préfixes savants d’origine grecque ou latine.

Dans les mots dés/ta/bi/li/ser – té/lés/pec/ta/teur – té/lés/crip/teur, il y a en effet un « e » frappé


d’un accent aigu alors qu’il ne termine pas la syllabe. Notons l’exception de « télescope »
et de « télescopage ».

Avant de poursuivre, il est important de préciser une autre définition en rapport avec la
notion de syllabe.

On appelle syllabe féminine une syllabe qui contient un « e » muet. À l’inverse, une syllabe
masculine n’a pas de « e » muet. Il s’agit là d’une particularité de la langue française qui
est la seule langue latine à posséder ce « e » dit muet.

Ainsi, dans le mot « bouleversement », il y a 2 syllabes féminines, et 3 masculines. Notons


une autre particularité de ce mot : la première syllabe féminine « le » s’écrit, mais ne se
prononce pas. On dit \bul.vɛʁ.sə.mɑ̃ \ mais on écrit « bouleversement ».

Cette distinction entre syllabe féminine et masculine permet de comprendre la


distribution de l’accent grave. Il frappe en effet la syllabe masculine qui précède une
syllabe féminine à la fin du mot.

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LES SIGNES ORTHOGRAPHIQUES
LES ACCENTS

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Regardons pour mieux comprendre le mot « collège » : l’accent grave frappe la syllabe
masculine « lè » qui précède la syllabe féminine « ge », par différence avec le mot
« collégien » qui n’a pas de syllabe féminine. Même observation pour « fidèle » et « oxygène »
par différence avec « fidélité » et  « oxygéner » qui sont dépourvus de syllabe féminine.

Notons de plus que l’accent grave frappe également le « e » des syllabes finales terminées
par « s » qui, lui, ne se prononce pas.

Autre particularité : l’accent grave se prononce dans ce cas comme un accent aigu.

On dit « accès » avec un « é » fermé, et non « acc\è\ » avec un « è » ouvert.

Même remarque pour congrès, décès, procès, progrès, succès, abcès, excès, exprès, cyprès. On
retrouve la même orthographe pour les finales de certains mots invariables : après,
auprès, près, très.

Attention, certains mots font exception et se prononcent « esse » : faciès, cacatoès, palmarès,
herpès.

Une autre fonction très importante des accents consiste dans la distinction des
homonymes, c’est-à-dire des mots qui s’écrivent et se prononcent de la même façon.

C’est ainsi que « à » avec accent grave est une préposition qui se différencie de « a » sans
accent, lequel correspond à la 3e personne de l’auxiliaire « avoir » au présent de l’indicatif.

Même chose pour « où » avec accent qui est un pronom relatif, tandis que « ou » sans
accent est une conjonction de coordination. La confusion entre ces deux graphies
occasionne une faute grammaticale qui peut rendre la phrase incompréhensible.

Il arrive également que les deux accents jouent un rôle comparable pour distinguer des
homonymes. C’est le cas de « gré » avec accent aigu qui est de la famille de « agrément »,
« agréer » et qu’on trouve dans des expressions comme « au gré de », ou « bon gré, mal gré »,
et « grès » avec accent grave qui désigne une pierre. Même chose pour « dé » avec accent
aigu désignant le petit cube du jeu de dés, et « dès » avec accent grave qui est une
préposition, ou encore avec « près » qui est un adverbe et le nom « pré » qui désigne une
prairie.

Il faut du reste noter que la prononciation distingue de moins en moins pour ce genre de
mots la différence entre aigu et grave. D’où l’importance de l’accent à l’écrit.

Il arrive que certains mots présentent une différence entre la graphie et la prononciation.
Pour corriger cette anomalie, les propositions d’aménagement de l’orthographe de
1990 suggèrent d’accepter deux graphies pour un même mot.

C’est le cas du mot « événement » qui s’écrit avec deux accents aigus dans l’orthographe
traditionnelle, alors que le second « é » se prononce \ɛ\ et non \e\. Il peut désormais
s’écrire avec un accent grave sur le second « e ».

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LES SIGNES ORTHOGRAPHIQUES
LES ACCENTS

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Terminons ce chapitre consacré aux accents en signalant des irrégularités dans les
antonymes, c’est-à-dire les mots qui expriment le contraire d’un autre mot. Comme dans
« responsable/irresponsable ». On constate en effet qu’il n’y a pas d’accent dans « religieux »
mais qu’il y en a un dans son contraire « irréligieux ».

Concluons sur l’importance de ces deux signes. Il arrive que par précipitation,
notamment dans l’écriture manuscrite, on oublie de les placer, voire qu’on les tienne
pour négligeables. Or, le français étant la seule langue à posséder un \e\ muet, ils sont
bel et bien indispensables à l’écriture du mot et à sa prononciation. Il suffit pour s’en
apercevoir de les supprimer. On constatera alors que le message pose des problèmes
de lisibilité.

Par conséquent, retenons la consigne bien connue des professeurs de français : relisez-
vous et n’oubliez pas les accents.

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LES SIGNES ORTHOGRAPHIQUES
L’ACCENT CIRCONFLEXE

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Cette vidéo est consacrée à l’accent circonflexe, qu’on appelle plaisamment « petit cha-
peau ».

Bien qu’il soit fréquemment négligé, il n’en a pas moins un rôle essentiel. Il signale sou-
vent la disparition d’une lettre qui existait dans l’ancienne langue. Notamment, la pré-
sence d’un accent circonflexe correspond très souvent à la disparition d’un « s » qui était
dans le mot latin à l’origine du mot français.

Les exemples abondent : « bâtir » (autrefois bastir) - « tête » (teste) – « hôpital » (hospital). Ce
« s » a parfois été conservé dans certains mots de la famille : « hospitalier », « testonner »,
pour s’en tenir à nos exemples.

L’accent circonflexe signale également la disparition d’un « e » dans « âge » (éage) ou « sû-
reté » (seureté) et « piqûre » (piqueure).

Même si la prononciation ne le fait pas toujours entendre, l’accent circonflexe indique


également dans certains mots qu’une voyelle ouverte ou fermée est plus longue.

C’est le cas dans « diplôme », dans « extrême ».

Notons le contraste de prononciation entre « infâme » où le « a » est long et « infamie »


avec un « a » bref.

On le trouve également sur le « i » après « a » dans les verbes en « -aître » : naître (naistre),
paraître (paraistre), croître (croistre). Attention, il n’apparaît qu’à l’infinitif , au futur simple,
et à la 3e personne du singulier au présent de l’indicatif des verbes « naître » et « paraître ».
D’où « je paraîtrai », « il paraît ». Quant au cas du verbe « plaire », il est difficilement expli-
cable puisqu’il ne prend l’accent circonflexe qu’à la 3e personne du singulier du présent
de l’indicatif.

N’oublions pas qu’il est obligatoire sur certaines désinences du passé simple (1re et
2e personnes du pluriel) et du subjonctif imparfait (3e personne du singulier). Attention :
jamais d’accent circonflexe sur la 3e personne du singulier du passé simple, car c’est pré-
cisément l’accent sur le subjonctif imparfait « il chantât » qui permet de le distinguer du
passé simple « il chanta », qui n’en a pas.

On retrouve la même fonction qu’avec les accents aigus et graves, c’est-à-dire la distinc-
tion des homonymes.

Contrairement à ce qu’a prétendu une rumeur mal informée, il n’est pas question de
supprimer l’accent circonflexe sur « jeûne », qui signifie privation de nourriture, puisque
c’est la seule façon de le distinguer de l’adjectif « jeune », le contraire de « vieux ».

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LES SIGNES ORTHOGRAPHIQUES
L’ACCENT CIRCONFLEXE

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Cela vaut pour les autres cas d’homonymie. Une « tache » de saleté, sans accent, se
distingue d’une « tâche », avec accent, autrement dit d’un travail. Même chose pour la
distinction entre le « mur » du maçon et les fruits « mûrs », ou entre l’adjectif « sûr » qui
exprime la certitude et la préposition « sur », contraire de « sous ».

Il arrive que l’accent se maintienne dans les mots dérivés, c’est le cas de « jeûne » et « jeû-
ner » par exemple.

En revanche, il disparaît dans d’autres mots : « suprême » mais « suprématie », « extrême »


mais « extrémité », « fantôme » mais « fantomatique ».

Le cas de la famille du mot latin « fama » qui veut dire réputation est exemplaire : seul
« infâme » prend l’accent, « infamie », « diffamation », « fameux », « mal famé » s’écrivent sans
accent.

Les propositions de tolérance orthographique de 1990 proposent d’orthographier cer-


tains mots avec ou sans accent circonflexe, dès lors qu’on ne parvient pas à expliquer la
présence de cet accent.

Ainsi, il n’est plus obligatoire sur le « i » et le « u » de certains mots. Le cas du verbe
« plaire » est en effet particulier. Contrairement aux autres comme « paraître », « naître »,
qui prenaient un S dans l’ancienne orthographe, celui-ci n’en a pas. Le cas de « traître »
est apparenté car il semble que l’accent circonflexe ait pris la place d’un tréma (on disait
« traïtour »). Peut-être l’analogie avec « maître » a-t-elle joué un rôle. Pour ces deux mots,
les suggestions d’aménagement orthographique acceptent les deux graphies : avec ou
sans accent circonflexe.

Le cas des adverbes terminés par « –ument » est tout aussi problématique : certains
prennent l’accent circonflexe, d’autres non. « Dûment » prend un accent mais pas « ingé-
nument ».

En réalité, les adverbes en « –ment » étant dérivés de la forme féminine de l’adjectif


(« heureux » / « heureuse » / « heureusement »), ils s’écrivaient tous avec accent, car celui-ci
signalait la chute du « e » féminin de l’adjectif.

Voilà pourquoi les deux orthographes sont désormais tolérées avec ou sans accent pour
« assidûment », « continûment », « crûment », « dûment », « indûment », « goulûment », pour les
plus fréquents.

Les autres « congrûment », « drûment », « incongrûment », « nûment » (de « nue ») étant nette-


ment plus rares.

Ces suggestions ne s’appliquent évidemment pas aux désinences de conjugaison du


passé simple et du subjonctif imparfait.

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LES SIGNES ORTHOGRAPHIQUES
L’ACCENT CIRCONFLEXE

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En revanche, quand il permet de distinguer des homonymes, l’accent circonflexe est
obligatoire sur le « i » et le « u ».

C’est le cas pour « dû » avec accent qui est le participe du verbe devoir au masculin (le
féminin ne prend pas d’accent) et « du » sans accent qui est un article (« Je veux du pain »).

Placé sur le « i », l’accent permet de distinguer deux verbes : « croître » et « croire », notam-
ment à la 3e personne du singulier au présent de l’indicatif : « il croît » / « il croit ».

En conclusion, contrairement à ce que véhiculent des rumeurs, l’accent circonflexe n’est


nullement menacé. En effet, sa présence, qu’elle marque la trace de l’évolution histo-
rique de notre langue avec la disparition de certaines lettres, ou qu’elle permette de dis-
tinguer les mots entre eux, est indispensable. Quant aux propositions d’aménagement
de 1990, elles ne suggèrent que quelques ajustements à la marge, qui ne remettent
nullement en question l’intégrité de notre langue.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 15


LES SIGNES ORTHOGRAPHIQUES
LE TRÉMA

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Commençons cette nouvelle vidéo consacrée au tréma par un mot qui n’existe pas :
« naif » : \nɛf\. Il est pour cette raison précédé d’un astérisque. Il existe bien en effet un
mot prononcé \nɛf\ mais il s’écrit « nef » et désigne un navire.

Le seul mot français correspondant à cette graphie est « naïf » avec un tréma sur le « i ».

Qu’est-ce donc qu’un tréma ?

Le tréma : c’est un signe formé de deux points placés au-dessus des voyelles « e », « i »,
« u ». Il indique la séparation entre deux voyelles permettant ainsi leur prononciation
séparée. Il se place sur le second élément du groupe de voyelles et indique que la voyelle
qui précède doit être prononcée séparément.

L’ajout du tréma sur le « i » dans « naïf » indique que la lettre « a » doit se prononcer \a\.
Pareillement pour la voyelle « i ». Il en va de même pour les mots « haïr », « héroïque »,
« laïc » dans lesquels le « i » se prononce \i\.

On désigne par semi-voyelle les sons \j\ dans « veille », ou \ɥ\ dans « nuit », ou \w\ dans
« voix ». Or, dans certains mots, le tréma sur le « i » indique que cette voyelle se prononce
\j\ : d’où « glaïeul », « aïeul ». Même chose dans « faïence ».

Plus rarement, le tréma marque le « e » fermé ou ouvert. Il s’agit d’une survivance d’une
graphie ancienne (le mot « poëme » s’écrivait avec tréma au siècle dernier). C’est pourquoi
« Canoë », « Noël » ou « Israël » sont des cas rares.

Plus fréquente, en revanche, est la présence du tréma sur le « e » après « gu » dans les
adjectifs féminins. Dans ce cas, il indique que le « u » qui suit le « g » se prononce \y\ (« u »)
et non \g\. On ne dit pas « ambigue » mais « ambiguë ». De même pour « aiguë ».

Les erreurs sur le placement du tréma étant fréquentes, les propositions d’aménagement
de l’orthographe proposent d’accepter deux graphies : ambiguë ou ambigüe. En effet, si le
tréma sur le « i » dans « naïf » indique que le « i » se prononce \i\, il est normal qu’on puisse
placer le tréma sur le « u » pour indiquer qu’il se prononce \y\.

De même, pour éviter une faute de prononciation dans un mot terminé par « -eure »
comme « gageure », ou –guer comme « arguer », on peut placer un tréma sur le « u » pour
indiquer que la voyelle « u » se prononce \y\ : « gageüre » (\ɡa.ʒyʁ\), « argüer » (\aʁ.ɡɥe\). Bien
entendu, cette suggestion n’a rien d’une obligation.

En conclusion, on se souviendra qu’à l’instar des accents, le tréma permet de distinguer


ces deux mots homophones que sont l’interjection « aïe ! » qui signale une douleur et
« ail » qui désigne un condiment culinaire bien connu.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 16


LES SIGNES ORTHOGRAPHIQUES
LE TRAIT D’UNION

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Avec le trait d’union nous abordons un domaine problématique de l’orthographe


française, car sa présence semble échapper à toute règle précise dans le cas des mots
composés.

On écrit « Porte-monnaie » avec trait d’union mais « portefeuille » attaché sans trait d’union,
« eau-de-vie » / « eau de toilette », « maître-chien » / « maître chanteur ». On pourrait multiplier
les exemples.

Néanmoins son emploi est régi par des règles dans certains contextes :

C’est le cas lorsque le pronom personnel est inversé. Le trait d’union montre qu’il est
soudé au verbe : « dit-il », « prends-le », « crois-moi », « allons-y », « laisse-le-moi », « y a-t-il ? ».

Attention pas de trait d’union après « y » dans cette expression. Seul « il » est un pronom
personnel. En outre, le « t » est une consonne de liaison qui sert à éviter la rencontre
entre les deux voyelles « a » et « i » de « il ».

On le trouve obligatoirement après « semi », « demi », « mi », « nu ». Attention ces termes
demeurent invariables lorsqu’ils sont suivis du trait d’union. On écrit « nu-pieds » ou « nu-
tête » ; « nu » dans les deux cas. Même chose pour « demi » ou « mi » : « mi-jambe, « mi-cuisse »,
« demi-feuille », « demi-heure ». En revanche, « demi » s’accorde dans « une heure et demie » ou
« une feuille et demie »

L’adjectif « même », quant à lui, s’accorde avec le pronom dans « lui-même »,« eux-mêmes ».

En outre, les adverbes de lieu « ci » et « là » sont reliés à d’autres mots par le trait d’union :
« ci-joint », « ci-contre », « là-haut », « là-bas », « par-là », « de-ci », « de-là », « ci-inclus ».

En français les prépositions associées à d’autres prépositions ou à d’autres mots


permettent de construire des expressions composées. Avec la série des prépositions
par, au, sans, sous, après, avant, arrière, le trait d’union est obligatoire.

D’où « par-dessus », « au-dessous », « au-dehors », « sous-préfet », « sans-gêne », « après-midi »,


« arrière-plan », « avant-coureur » avec trait d’union. On écrit également « entre-deux », « entre-
voie » avec trait d’union. Il faut noter que les verbes « s’entre-déchirer », « s’entre-tuer » et les
autres de même formation prennent un trait d’union. Mais dans le cas où le mot débute
par une voyelle, soit le « e » final de « entre » est élidé comme dans « entraide » ; soit il est
remplacé par une apostrophe comme dans « s’entr’aimer ».

En revanche pas de trait d’union avec « en » dans « en dehors », ni avec « à » dans « à propos »,
par exemple.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 17


LES SIGNES ORTHOGRAPHIQUES
LE TRAIT D’UNION

Script
Le cas de la préposition « contre » est plus aléatoire : on écrit avec trait d’union « contre-
chant » dans le vocabulaire de la musique, mais « contrechamp » tout attaché pour désigner
le procédé cinématographique. On écrit « contre-emploi », « contre-exemple » avec trait
d’union mais « contresens » tout attaché.

Enfin, quand « non » et « quasi » sont suivis d’un nom, il y a un trait d’union. On écrit « non-
sens », « non-violence » (mais « non violent »), « quasi-certitude ».

Il faut se souvenir que les expressions formées avec l’indéfini « tout » ne prennent jamais
de trait d’union.

Donc : « tout à l’heure », « tout de suite », « tout à fait », « tout de même ».

De même ni point, ni espace, ni trait d’union dans les acronymes : « OTAN », « UNESCO »,
« CEE », « USA ».

Le recours aux mots ou aux préfixes savants est de plus en plus fréquent : « anti », « archi »,
« auto », « bi », « bio », « co », « ex », « hyper », « hypo », « infra », « inter », « intra », « juxta », « micro »,
« macro », « mono », « multi », « para », « post », « pluri », « pré », « radio », « sub », « super », « télé »,
« ultra ». Tous ces préfixes d’origine latine ou grecque sont directement soudés au mot
sans trait d’union.

Exemples : « anticlérical », « autobiographie », « bicentenaire », « biochimie », « exfiltrer »,


« hypertension », « infrastructure », « intercommunal », « macroéconomique », « monoparental »,
« multiculturel », « pluridisciplinaire », « supermarché » s’écrivent tout attaché, même lorsqu’il
y a rencontre de deux voyelles, comme dans « coéquipier » ou « macroéconomique ».

On notera néanmoins qu’il y a un trait d’union dans « micro-ordinateur » ou « micro-


organisme » pour éviter le télescopage de deux « o ». Même chose pour une série de mots
parmi lesquels « micro-informatique », « intra-utérin », « ludo-éducatif ».

Nombreux sont nos contemporains qui au moment de remplir un chèque hésitent sur le
placement du trait d’union dans le chiffre.

La règle traditionnelle dit que seuls les nombres inférieurs à cent s’écrivent avec trait
d’union, lequel se substitue à la conjonction « et ». C’est le cas de « quatre-vingt-dix ». Quant
à « vingt et un », il a conservé le « et » de liaison, et n’a pas besoin de trait d’union.

Mais cette règle traditionnelle semble oubliée par beaucoup. C’est pourquoi les
propositions d’aménagement suggèrent de généraliser l’emploi du trait d’union à tous
les nombres. On peut donc écrire désormais « deux-mille-deux-cent-quatre-vingt-dix » avec
trait d’union généralisé. Là encore, cette suggestion n’a bien sûr rien d’obligatoire.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 18


LES SIGNES ORTHOGRAPHIQUES
LE TRAIT D’UNION

Script
Dans une société de l’urgence comme la nôtre, les raccourcis verbaux ne cessent de se
multiplier. Il faut aller vite en toute chose, y compris dans la communication.

Par conséquent, on ne dira pas « un film qui fait l’objet d’un culte » car la phrase paraît trop
longue. On lui substitue une expression raccourcie qui soude le sujet et le prédicat :
« film culte ». Bon nombre de nouveaux mots composés sont construits ainsi aujourd’hui :
« recette minceur », « vente record », « effet papillon ».

Certains acceptent deux graphies : « mot-clé » avec trait d’union ou « mot clé » sans trait
d’union. Même chose pour « cas-limite » ou « cas limite », « mesure-choc » ou « mesure choc » et
« enfant-roi » ou « enfant roi ».

En conclusion, on insistera sur le fait que cette présence aléatoire du trait d’union est
surtout sensible dans les mots composés. Car, dans tous les autres contextes, il y a des
règles.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 19


LES SIGNES ORTHOGRAPHIQUES
LA MAJUSCULE

Script

Le placement de la majuscule obéit à des règles assez précises qu’il convient de respecter.

La première est assez générale : les noms génériques de lieux, d’espaces géographiques,
d’institutions prennent une minuscule. Par exemple : « rue », « océan », « pont », etc.

Seuls les noms qui spécifient l’identité du lieu, de l’espace ou de l’institution prennent
une majuscule. Donc : « la rue Lepic ». Même chose s’il s’agit d’un nom commun : « la rue des
Boutiques », « l’océan Pacifique » ou « l’océan Atlantique », « le pont Neuf » ou « le pont des Soupirs »,
« la mer Rouge », « le mont Blanc », « le ministère de l’Agriculture ».

Une négligence s’est répandue, notamment dans l’écriture manuscrite, consistant à


écrire les prénoms et les patronymes sans majuscule : c’est une faute. Tous les noms
propres prennent obligatoirement une majuscule.

La majuscule est obligatoire pour les noms de nationalité : « les Allemands ».

Même chose pour les habitants d’une ville, d’un village, d’un département : « les Caennais »,
« les Bourguignons ».

Il en va de même des noms d’institutions : « le Conseil constitutionnel », « les Allocations


familiales », « le Sénat », « la Police nationale », « la Chancellerie », « l’État » (lorsque le mot
renvoie au siège du pouvoir politique).

Enfin, ne pas oublier la majuscule sur les mots désignant des périodes ou des événements
de l’histoire : « L’Antiquité », « le Moyen Âge », « la guerre de Trente Ans », « la Révolution » (c’est-à-
dire la révolution française), « la Seconde Guerre mondiale ».

Dans les titres d’œuvre, la première règle qui prescrit de mettre une majuscule au
premier mot du titre ou à l’adjectif et au nom qui suit (« Un cœur simple », « Du côté de chez
Swann », « Haute Mer »), la seconde règle relative à la présence de l’article défini (« le »,
« la », « les ») fait l’objet d’une divergence : certains mettent une majuscule à l’article en
considérant qu’il fait partie du titre ; d’autres, non. Cela étant, le nom et l’adjectif qui le
précède prennent la majuscule. Donc : « Le Guépard » / « le Guépard », « Le Grand Bleu » / « le
Grand Bleu ».

En revanche l’adjectif qui suit un nom s’écrit en minuscule : comme dans « L’Éducation
sentimentale ». Il arrive que le titre corresponde à une phrase verbale complète : dans ce
cas, seul le premier mot prend une majuscule : « Les dieux ont soif ».

Enfin, les mots coordonnés dans un titre prennent tous deux la majuscule : « Le Rouge et
le Noir », « Surveiller et Punir ».

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 20


LES SIGNES ORTHOGRAPHIQUES
LA MAJUSCULE

Script
Quand il indique une région, le point cardinal prend une majuscule : « la Corée du Nord »,
« les pays de l’Est ».

Les noms de lieux ou de bâtiments officiels prennent une majuscule : « le Louvre », « le
Panthéon », « le Mémorial ».

Quant au mot « saint » il est très fréquent dans la désignation des noms de lieux ou
de fêtes. Dans ce cas, il s’écrit avec majuscule : « Saint-Emilion », « Saint-Tropez », « la Saint-
Valentin », « la Saint-Médard ».

En revanche il s’écrit avec minuscule lorsqu’il désigne un produit alimentaire ou viticole :


« un saint-émilion », « un saint-nectaire ».

Rappelons que les noms de langue s’écrivent en minuscule : « parler espagnol », « apprendre
le chinois », « étudier le finnois ».

Attention les noms de nationalité prennent une majuscule, mais les adjectifs eux
s’écrivent en minuscule : « le drapeau allemand », « le gouvernement suédois », « l’hymne
français ».

Enfin les point cardinaux d’orientation s’écrivent avec minuscule : « se diriger vers l’ouest ».

Concluons avec la fonction symbolique : la majuscule est une marque de déférence.

Elle n’est pas requise lorsque le titre ou la position hiérarchique sont simplement
mentionnés comme marque d’identité. Par exemple : « La présidente de la République est en
voyage officiel ».

En revanche, elle est obligatoire dans une formule de déférence : « Je vous prie d’agréer,
Madame la Présidente, l’expression de ma plus haute considération », « Je vous prie de croire, Monsieur
le Directeur, en l’assurance de mon sincère dévouement. »

Retenons pour finir qu’il faut éviter deux écueils : mettre des majuscules partout ou n’en
mettre nulle part. Comme toute convention, le placement de la majuscule obéit à des
règles et il est bon de s’en souvenir.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 21


CHAPITRE 2
L’ORTHOGRAPHE LEXICALE

Redoublement des consonnes : principes généraux


Redoublement des consonnes : en début de mots
Redoublement des consonnes : à l’intérieur des mots
L’orthographe finale régulée des mots
L’orthographe finale non régulée des mots
ORTHOGRAPHE LEXICALE
INTRODUCTION

Script

La langue française nous réserve quelques surprises, soit parce qu’un même son peut
s’orthographier de manière différente, soit parce que certaines lettres sont écrites mais
ne se prononcent pas.

Dans ce cours, nous aborderons tout ce qui concerne la graphie des mots, c’est-à-dire
l’orthographe lexicale.

Nous débuterons en rappelant des grands principes sur le doublement de certaines


lettres ou syllabes, systématique parfois, mais exclu dans d’autres configurations.

Nous observerons des comportements différents en début ou en fin de mot.

Nous listerons les exceptions et insisterons sur des difficultés fréquemment rencontrées.

Le cours s’achèvera sur l’orthographe finale des noms et adjectifs.

Il sera notamment question des exceptions plus ou moins connues et du problème des
finales muettes.

Les séries d’exercices proposées à la suite du cours vous permettront de tester votre
maîtrise des règles et de fixer un certain nombre de principes clés dans votre esprit.

Il vous faudra regrouper les mots par familles, classer des séries de mots en fonction
du doublement de consonne, repérer des intrus dans une liste, identifier des formes
fautives ou encore, choisir une orthographe correcte.

La plupart des exemples sont empruntés aux cours, mais il peut arriver que d’autres
mots figurent dans les questions afin de mieux exercer votre vigilance.

Et, cerise sur le gâteau, nous vous proposons des dictées de mots dont l’orthographe a
été rappelée dans le cours.

N’hésitez pas à consulter les fiches mémo récapitulant les règles essentielles, le forum
de la semaine pour échanger avec vos pairs et le glossaire participatif qui définit les
concepts abordés dans le cours.

Et n’oubliez pas de lancer vos révisions dans l’onglet dédié.

Bonne semaine à tous et à toutes.

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 25


ORTHOGRAPHE LEXICALE
REDOUBLEMENT DES CONSONNES
PRINCIPES GÉNÉRAUX

Script

Cette semaine est dédiée à l’orthographe lexicale, c’est-à-dire la graphie des mots, noms,
adjectifs, verbes, etc. dont nous nous servons couramment pour formuler des énoncés.

Commençons par le doublement des consonnes qui est souvent une source d’hésitation
pour chacun de nous. Il est bon de rappeler, avant de commencer, que seuls des mots
d’emploi plus ou moins usuel serviront d’exemples ou seront mentionnés comme des
exceptions. On laissera volontairement de côté le vocabulaire technique, les mots d’un
emploi peu usuel ou le jargon très spécialisé.

Retenons d’abord quelques principes généraux…

Il faut savoir que seules les consonnes « c », « f », « l », « m », « n », « p », « r », « s », « t » peuvent
être doublées : « accommoder », « affreux », « allusion », « flamme », « pérenne », « apparence »,
« erroné », « trépasser », « flatter ».

Il faut également savoir que certaines consonnes ne doublent que très rarement après
certaines voyelles : après la voyelle « e », la consonne « c » double seulement dans les
mots « ecclésiastique », « ecchymose » et les mots de la même famille ; même remarque
pour « l » qui double uniquement dans « ellipse » et le pronom « elle ».

En revanche, d’autres doublent tout le temps. Après un « i », la consonne « m » double
systématiquement. Qu’il ait valeur négative comme dans « immodeste », « immaturité », ou
non, comme dans « immense ». Seuls deux mots font exception : « image » et « imiter », ainsi
que les mots de la même famille. 

De même, « l » double systématiquement après « i » : « illuminer », « illustrer », « illico ».


Attention, il ne double pas dans deux mots seulement : « île » et « ilote ».

Enfin, les consonnes « b », « d », « g », elles, ne doublent que de façon exceptionnelle.
C’est le cas dans « abbé », « addition », « aggraver », « agglutiner », « agglomérer » (et les mots de
même famille).

Il est également utile de se rappeler qu’une consonne ne double pas après la voyelle
« u » (sauf dans un mot d’origine anglaise « uppercut »).

On se souviendra en outre que dans le cas où la voyelle « e » est suivie d’un seul « n »
ou d’un seul « m », elle se prononce  \e\, comme dans « émerveiller » ou « énervé ». Une
exception : « enivrer » qui se prononce \ɑ̃ \ mais avec un seul n.

En revanche, lorsqu’elle est suivie de 2 « m » ou 2 « n », elle se prononce \ɑ̃ \, comme dans
« emmener » ou « ennui ». Notons une exception : « ennemi » qui se prononce \ɛ\.

Enfin, seules les consonnes intervocaliques (placées entre 2 voyelles) peuvent doubler :
« apparence », « attirer », etc.

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 26


ORTHOGRAPHE LEXICALE
REDOUBLEMENT DES CONSONNES
EN DÉBUT DE MOT

Script

Après avoir vu les principes généraux du doublement des consonnes, concentrons-nous


sur le doublement en début de mot.

La lettre « b » ne doublant que dans « abbé » et les mots de la même famille comme
« abbaye », « abbatiale », on commencera par la consonne « c ».

En début de mot, « c » double régulièrement après la voyelle « a » : « accabler », « accalmie »,
« accouplement », etc.

: « acacia », « académie », « acajou », « acariâtre »,


On dénombre quelques exceptions 
« acompte », « acoustique », « acuité », entre autres.

Il en va de même après la voyelle « o » : « occasion », « occlusion », « occuper », etc.

En revanche après « e » et « i », pas de doublement de « c » : « écarter », « écorner », « icône ».
Attention tout de même au doublement dans « ecchymose » ou « ecclésiastique ».

Vient ensuite la lettre « d ».

Il n’y a pas de doublement du « d », comme dans « adopter », « édile », « odorat ».


Deux exceptions : « addition » et « addiction ».

Il en va différemment de la consonne « f » qui double systématiquement : « affreux »,


« efficience », « offrande », etc. Sauf bien sûr dans « afin (de ou que) » ou les dérivés de « Afrique ».

En ce qui concerne la consonne « g », elle ne double en début de mot que lorsque qu’elle
est suivie des liquides « l » et « r ». D’où : « aggraver », « agglomérer », « agglutiner » et les mots
de la même famille.

La consonne « l » offre un cas de figure assez simple. Elle double régulièrement après la
voyelle « i » : « illuminer », « illogique », etc., sauf dans « île ».

En revanche elle ne double pas après « e » et « o », comme dans « élection », « élément »,
« olivier ». Deux exceptions : « ellipse » et « elle ».

Qu’en est-il maintenant de « m » ?

La consonne « m » double régulièrement après la voyelle « i » dans les antonymes qui
désignent un contraire : « imminent », « immoral », « immature », « immonde », etc. Notons
deux exceptions : « image », « imiter ».

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 27


ORTHOGRAPHE LEXICALE
REDOUBLEMENT DES CONSONNES
EN DÉBUT DE MOT
Script
En revanche, pas de doublement du « m » après « o ».

Derrière le « e », le « m » est doublé. Donc : « emmagasiner », « emmancher », « emmener »,


« emmitoufler », etc. Rappelons que derrière « e » prononcé \e\, il n’y a qu’un seul « m » :
« émerveillé ». 

Venons en maintenant à la consonne « n » qui ne double généralement pas : « anémie »,


« énerver », « onirique ».

Les seuls mots qui voient la consonne « n » doubler après « a » sont : « année », « anneau »,
« annexe », « annihiler », « annoncer », « annoter », « annulaire » (et les mots de la même famille).

Après « e », on trouve généralement un seul « n » à l’exception de « ennemi »,  « ennui »,


« ennoblir », « enneiger » ainsi que les mots de la même famille.

Après la voyelle « i », on a affaire à des mots construits avec le préfixe négatif « in- ».

Dans ce cas, il y a un seul « n » pour les adjectifs débutant par une voyelle : « inavouable »,
« inapplicable », « inadapté », « inéluctable », « inexorable », etc.

En revanche, il y a doublement dans les mots commençant par « n » ou « m » comme « in-
nommable », « innombrable », « innocuité », « immobile », « immature », « immobile », « immuable »,
etc. Auxquels s’ajoutent « inné » ou « innocent ».

Il faut simplement noter que dans les mots commençant par « m », cette consonne
assimile le « n » qui devient « m », de sorte que « in- » ajouté à « mobile » donne « immobile ».

Passons à la consonne « p ».

Après « a », la consonne « p » double régulièrement comme dans « apparaître », « apprivoiser »
ou « apparenter ».

Notons toutefois les exceptions dans la liste de mots courants suivante : « apaiser »,
« apanage », « apercevoir », « apéritif », « apeurer », « apitoyer », « aplanir », « aplatir », « aplomb »,
« apocalypse », « apogée », « apologie », « apostrophe », « apothéose », « apôtre ». À cela s’ajoute le
préfixe privatif « a- » comme dans « apathie », « apatride », « apolitique », etc.

Après les autres voyelles, il n’y a pas de doublement du « p » : « opinion », « opale », « opéra-
tion »… sauf dans « opportun », « opposer », « oppresser », « opprimer », « opprobre » et les mots
de la même famille.

Venons-en à la consonne « r ».

Après « a », pas de doublement du « r », comme dans « arête », « aride », « aromate ».

Sauf dans les mots suivants : « arracher », « arranger », « arrêt », « arrière », « arriver », « arrogant »,
« arrondir », « arroser ».

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 28


ORTHOGRAPHE LEXICALE
REDOUBLEMENT DES CONSONNES
EN DÉBUT DE MOT
Script
En revanche, le doublement est fréquent après « i », notamment lorsque la voyelle « i »
correspond à un préfixe négatif comme dans « irréel », « irremplaçable », « irrationnel », etc.
On le trouve également dans d’autres mots : « irriter », « irriguer », « irruption ». On notera
les exceptions de « irascible », « ironie ».

Terminons par le doublement du « t ».

Statistiquement, les cas de doublement de la consonne « t » après « a » sont fréquents :
par exemple dans « attirer », « attrister », « attraper », « attention ». Retenons quelques ex-
ceptions courantes : « atavisme », « atelier », « athée », « atlas », « atome », « atone », « atout »,
« atroce ».

Mais pas de doublement du « t » après les autres voyelles. 

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 29


ORTHOGRAPHE LEXICALE
REDOUBLEMENT DES CONSONNES
À L’INTÉRIEUR DU MOT

Script

Cette vidéo est consacrée au doublement de consonnes à l’intérieur du mot.

La consonne « f » est une de celles qui doublent fréquemment : « souffler », « siffler »,
« buffet », « bouffon », « raffiner », etc.

Mais le non redoublement est tout aussi fréquent : « rafistoler », « cafard », « blafard, » etc.

Avec la consonne « m » on constate des distributions assez régulières : pas de double-
ment derrière la syllabe « ca » : « came », « camembert », « camomille », « camus ».

En revanche, il y a doublement systématique derrière la syllabe « co » : « commun »,


« commère », « commettre », « commémorer ».

Mais il n’y a bien sûr rien de régulier : on écrit « gamin » avec un seul « m » et « gamme » avec
deux « m ».

En outre, il arrive qu’un mot prenne deux « m » mais pas ses dérivés : on écrit « bon-
homme » comme « homme » mais « bonhomie » avec un seul m.

Même chose pour « nommer » et « nomination ».

Les adverbes en « –ment » ou « –mment » soulèvent un cas de doublement du « m ».

Rappelons la règle : seuls les adverbes formés à partir d’adjectifs terminés en « –ant » ou
« –ent » doublent le « m ».

Exemples : « intelligent » / « intelligemment », « galant » / « galamment », « décent » / « décemment »,


« courant » / « couramment », « récent » / « récemment », etc.

Doublent également le « m » : « notamment », « sciemment ». Dans tous les cas, la


prononciation est \a.mɑ̃ \.

Tous les autres adverbes s’écrivent avec un seul « m » : « docilement », « heureusement »,
« follement », « tristement », etc.

Le cas du « n » est tout aussi complexe et aléatoire.

Au féminin, seuls les mots terminés par « on » et « en » doublent la consonne : « chien » /
« chienne », « lycéen » / « lycéenne », « ancien » / « ancienne », « dragon » / « dragonne », « mignon »
/ « mignonne ».

Au féminin toujours, pas de doublement du « n » en fin de mot après « a », « i » et « u » :
« félin » / « féline », « voisin » / « voisine », « plein » / « pleine », « brun » / « brune », « médian » /
« médiane », etc.

Une exception : « paysan » / « paysanne ».

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 30


ORTHOGRAPHE LEXICALE
REDOUBLEMENT DES CONSONNES
À L’INTÉRIEUR DU MOT
Script
Dans les mots terminés par « –ion »  , il y a doublement du « n » dans les dérivés :
« abstention » / « abstentionnisme », « espion » / « espionnage », « exception » / « exceptionnel », etc.

Attention : la présence du morphème adjectival « al »  bloque parfois le doublement.


« traditionnel », le dérivé de « tradition »,  prend deux « n », mais « traditionaliste » n’en prend
qu’un.

Même remarque pour le dérivé de « raison », « rationnel » avec deux « n » mais « rationaliste »
ou « rationalité » avec un seul « n ».

À l’inverse, les dérivés de « fonction » et « intention » prennent deux « n » : « fonctionnel » /


« fonctionnalité », « intentionnel » / « intentionnalité ».

Attention au doublement du « n » dans la famille du mot « profession » : « professionnel » /


« professionnalisation » / « professionnalisme ».

Terminons par des mots tels que « honneur » et « sonner » pour lesquels il n’y a pas de
doublement du « n » dans les dérivés : « honorer », « résonance », « assonance », « consonance »
avec un « n ».

Finissons l’examen de ces quelques cas de doublement de consonne par la consonne


« r ».

Statistiquement le doublement est moins fréquent, mais là encore le phénomène


se laisse observer par syllabes. Par exemple derrière la syllabe « de » le doublement
n’existe que dans « derrière » et jamais après « di ». En revanche, après la syllabe « co » le
doublement est systématique sauf pour « coriace », « coriandre » dans les mots courants.

En revanche, après la syllabe « ca » la distribution est beaucoup plus partagée : « carré »,
« carrière », « carrosse » avec deux « r » mais « caritatif », « carence », « caresse », « carotte » avec
un seul.

En observant les fréquences, on constate que par exemple, derrière la syllabe « se »,
seule la famille de « serrer » prend deux « r » dans « serrure », « serrement ».

Sans aller jusqu’à dire que le doublement du « r » est régulier, certaines régularités de
distribution facilitent le choix de la bonne orthographe.

Souvenons-nous de ces exemples fréquents de doublement du « r » : « amarre », « bagarre »,


« barre », « jarre », « tintamarre », « beurre », « leurre », « horreur », « terreur ».

Attention certaines familles lexicales se signalent par un doublement du « r » :

« Terreur » donne « terrifier », « terrible », « terrifiant », « terroriser ».

« Terre » donne « territoire », « terrier », « méditerranéen », « terrine », « enterrer », « terrasse ».

« Charrette » donne « charrier », « charretée », mais « chariot ».

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 31


ORTHOGRAPHE LEXICALE
REDOUBLEMENT DES CONSONNES
À L’INTÉRIEUR DU MOT
Script
En conclusion, il faut se souvenir que certains mots d’usage fréquent qui présentent ou
non un redoublement de consonnes sont régulièrement mal orthographiés.

Retenons notamment l’orthographe de « occurrence », « parallèle », « ballottage », « erroné »,


« hémorragie », « appeler », « corollaire », « développer », « dilemme », « enivré », « reddition ».

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 32


ORTHOGRAPHE LEXICALE
L’ORTHOGRAPHE FINALE DES NOMS
ET DES ADJECTIFS

Script

Nous allons aborder quelques règles relatives à l’orthographe finale des noms et des
adjectifs. Dans cette vidéo, nous allons voir qu’elle est régie par des règles avec quelques
exceptions qu’il conviendra de mémoriser. Nous verrons dans la vidéo suivante qu’elle
peut échapper à toute régularité. D’où la nécessité de se montrer vigilant.

Commençons par quelques règles sur les adjectifs…

Les adjectifs terminés par le son \ik\ s’écrivent « –ique » au masculin singulier. C’est
le cas de « magnifique », « colérique », « unique », etc. On note trois exceptions : « pu-
blic », « laïc », « chic ».

Les adjectifs terminés par le son \waʁ\ s’écrivent « –oire » au masculin singulier
comme dans « dérisoire », « provisoire », « ostentatoire ». Une seule exception : l’adjec-
tif de couleur « noir ».

Les adjectifs terminés par le son \il\ s’écrivent « –ile » au masculin singulier. C’est le
cas de « débile », « utile », « stérile », mais il y a quelques exceptions : « civil », « subtil »,
« puéril », « vil », « viril », « volatil ». Notons que dans « gentil » le « l » ne se prononce
pas.

Les adjectifs dérivés de noms en « –ence » comme « démence », « essence », « exis-


tence », « pestilence », « présence », « prudence », « providence » se terminent par « –tiel ».
On a ainsi « démentiel », « essentiel », « existentiel », « pestilentiel », « prudentiel », « provi-
dentiel » et « présentiel ». Attention : ce dernier mot est un néologisme.

Enfin, ceux issus de noms en « –ance » comme « assurance », « circonstance », « ten-


dance » s’écrivent « –ciel » : « assuranciel », « circonstanciel », « tendanciel » à l’exception
notable de « substantiel » avec un « t ».

Venons-en maintenant aux noms.

Les substantifs féminins terminés par le son \te\ ou \tje\ s’écrivent « –té » ou « –tié ».
C’est le cas de « qualité », « gaieté », « promiscuité », « beauté », « amitié », « pitié ». Rap-
pelons la liste d’exceptions bien connues qui s’écrivent « ée » : « dictée », « jetée »,
« portée », « montée », « butée », « pâtée » et les noms indiquant un contenu : « pelletée »,
« assiettée », « brouettée », etc.

En revanche, les noms féminins en \e\ prennent un « e » : « mêlée », « curée »,


« poupée », « idée », « année », « pensée ». Les exceptions notables sont : « acné »,
« psyché » et « clé » qui accepte une autre graphie : « clef ».

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 33


ORTHOGRAPHE LEXICALE
L’ORTHOGRAPHE FINALE DES NOMS
ET DES ADJECTIFS
Script
Les noms masculins terminés par le son \waʁ\ s’écrivent « –oir » : « dortoir », « cou-
loir », « grattoir », « trottoir », « tiroir », sauf parmi les mots fréquents : « laboratoire »,
« observatoire », « territoire », « auditoire », « réfectoire », « accessoire », « interrogatoire »,
« pourboire », « conservatoire », « ivoire », « prétoire », « promontoire », « répertoire », « réqui-
sitoire », « déboire ».

Enfin, les noms terminés par le son \œʁ\ s’écrivent « –eur » comme dans « am-
pleur », « ardeur », « douleur », « acteur », « docteur » sauf « beurre, », « demeure », « heure »,
« leurre », « heurt ».

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 34


ORTHOGRAPHE LEXICALE
L’ORTHOGRAPHE FINALE DES NOMS
ET DES ADJECTIFS

Script

Nous avons vu auparavant quelques règles relatives à l’orthographe finale des mots.
Nous allons maintenant constater que l’orthographe de certaines finales de noms
féminins peut être beaucoup plus aléatoire.

On retiendra en particulier que les mots féminins terminés par le son \ɔt\ s’écrivent
souvent avec deux « t ». Par exemple « biscotte », « hotte », « grotte », « cagnotte », « cocotte ».

Mais il en existe un bon nombre qui s’écrivent avec un seul « t » : « belote », « pelote »,
« compote », « échalote », « gargote », « litote », « redingote » pour ne citer que quelques mots
connus.

La terminaison des noms féminins en \ɛt\ pose un problème apparenté.

La graphie « –ette » est la plus fréquente. On la trouve dans « chouette », « crevette »,


« moquette », « raquette », etc.

Mais on trouve également plus rarement la graphie « ­–ète » dans « arbalète », « cacahuète »,
« diète », « épithète » ou la graphie« –ête » dans « bête », « arête », « fête », « tête », « tempête »,
« enquête », « conquête ».

S’agissant des noms masculins terminés par \u\ on trouve également plusieurs graphies.
La graphie « ou » dans « acajou », « bijou », « cou », « hibou », « chou », « clou », « coucou »,
« genou » mais on trouve également « out » : « ajout », « bout », « coût », « goût », « égout », le
mot « caoutchouc » constituant un cas unique.

Au nombre des finales les plus fréquentes en français, on trouve la syllabe \sjɔ̃ \ qui
présente trois graphies distinctes : « –tion », « –sion », « –ssion ».

Il faut savoir que la très grande majorité des noms se termine par « –tion ». Citons par
exemple « caution », « relation », « ration », « aviation », « radiation » etc.

En outre, derrière « l », « n » ou « r », le son \sjɔ̃ \ s’écrit avec un seul « s » comme dans les
mots « pension », « émulsion », « version », « excursion », etc.

Enfin, la graphie « –ssion » concerne environ une quinzaine de mots à mémoriser, dont
quatre séries de mots terminés en « –cession », « –gression », « –mission », « –pression » :

« Cession », « accession », « concession », « intercession », « récession », « succession » ;

« Agression », « digression », « progression », « régression », « transgression » ;

« Mission », « admission », « compromission », « démission », « soumission », « transmission » ;

« Pression », « compression », « dépression », « expression », « impression », « répression »,


« suppression ».

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 35


ORTHOGRAPHE LEXICALE
L’ORTHOGRAPHE FINALE DES NOMS
ET DES ADJECTIFS
Script
Il existe en outre une série limitée de mots qui s’écrivent avec deux « s » : « confession »,
« concussion », « discussion », « obsession », « passion », « percussion », « possession », « profession »,
« cission », « session ».

N’oublions pas une faute régulièrement commise. Elle concerne les finales en \œj\.

Rappelons la règle : le son \œj\ est orthographié « e-u-i-l ». Par exemple : « deuil », « feuille »,
« seuil ». Attention ! Après les sons \kø\ et \ɡø\, il s’écrit « u-e-i-l ». C’est le cas dans : « cer-
cueil », « accueil », « recueil », « orgueil ».

Terminons par un problème général de l’orthographe française : celui de la lettre


finale muette c’est-à-dire non prononcée. On vient d’en voir un exemple avec le mot
« caoutchouc ».

Il faut savoir que beaucoup de consonnes en finale de mots s’écrivent mais ne se


prononcent pas :

« b » dans « plomb »,

« c » dans « banc », « blanc », « franc »,

« d » dans « nid », « pied »,

« f » dans « clef »,

« g » dans « sang », « rang »,

« p » dans « loup », « drap »,

« s » dans « talus », « tas », « souris »,

« t » dans « bruit », « nuit »,

« z » dans « riz ».

Cette discordance entre graphie et prononciation ne pose pas de problèmes aux


francophones, soit parce qu’ils emploient et lisent très fréquemment les mots
concernés, soit parce qu’ils se réfèrent aux dérivés quand c’est possible (pour « blanc »,
on a « blancheur », pour « nid », « nidification », pour « drap », « drapé »).

Les choses se compliquent lorsque c’est un digramme, c’est-à-dire une suite de deux
lettres, qui est muet.

Ainsi, dans « aspect », « respect », « prompt », « corps », « temps », « doigt », « vingt », « gars », le
digramme final n’est pas prononcé. Bien sûr, pour des mots aussi usuels, les fautes
d’orthographe sont rares. En revanche, elles deviennent fréquentes pour des mots
comme « succinct » ou « exempt ».

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 36


ORTHOGRAPHE LEXICALE
L’ORTHOGRAPHE FINALE DES NOMS
ET DES ADJECTIFS
Script
S’agissant du « s » final muet, ne l’oublions pas dans « puits », « poids », « relais », « remords ».

Bien entendu, il n’existe pas vraiment de règle permettant de lever la difficulté : on écrit
avec la même prononciation « bazar » ou « cauchemar » sans « d » et « hasard » ou « fard » avec
un « d ». Pourtant les dérivés sont semblables : « bazarder », « cauchemarder », « hasarder »,
« farder ».

La présence de finales muettes invite enfin à une grande vigilance dans l’orthographe
des homonymes : « cours » / « cour » / « court » / « courre ». Citons également « foi » / « foie » /
« fois », « sans » / « sang » / « cent » ou « pois » / « poids » / « poix ».

Concluons sur tous ces problèmes d’orthographe lexicale en rappelant la consigne : en


cas de doute, consulter son dictionnaire, qu’il soit en format papier ou numérique.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 37


CHAPITRE 3
L’ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE

Les règles d’accord en genre


Les règles d’accord en nombre
Les règles d’accord des indéfinis
Les homonymes grammaticaux : a/à, ou/où, se/ce
Les homonymes grammaticaux : quoique ou quoi que
ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE
INTRODUCTION

Script

L’orthographe est un marqueur social. C’est particulièrement vrai dans le monde


professionnel. Une mauvaise orthographe peut ternir notre image au sein de l’entreprise,
surtout lorsque les fautes commises sont grossières et correspondent à des règles bien
connues.

Penchons-nous sur l’orthographe grammaticale.

S’il est vrai que l’orthographe lexicale peut échapper à toute régularité, ce n’est pas le
cas, en général, des accords.

Nous savons, par exemple, que le verbe s’accorde, en général, avec son sujet.

Il en va de même de l’adjectif, avec le nom auquel il se rapporte.

Le début de ce cours sera donc dédié aux accords en genre et en nombre.

Ensuite, nous nous attaquerons aux mots grammaticaux indéfinis, « tout », « quelque »,
« même », afin de mieux comprendre leur fonctionnement, très différent selon leur
nature et leur position.

Enfin, au nombre des fautes les plus fréquentes, il y a la confusion entre des mots
homonymes, comme « à » avec accent et « a » sans accent.

Ils sont plus nombreux qu’on ne le pense.

On rappellera les recettes bien connues pour ne pas les confondre.

On ne le dit jamais assez, c’est par la répétition et la lecture qu’on améliore son
orthographe.

En prolongement des cours vidéo, testez vos connaissances avec les exercices en ligne
de chaque section.

Vous pouvez également utiliser le module de révision afin de mieux ancrer en mémoire
vos apprentissages.

Enfin, vous disposez de fiches mémo en annexe.

L’évaluation est un QCM comportant une vingtaine d’exercices.

N’oubliez pas d’échanger avec vos pairs dans le forum de la semaine et de compléter le
glossaire participatif avec les termes que vous apprendrez cette semaine.

Bonne semaine à toutes et à tous.

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 41


ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE
LES RÈGLES D’ACCORD EN GENRE

Script

Dans ce nouveau cours, nous allons aborder les différents problèmes d’orthographe
grammaticale. À la différence de l’orthographe lexicale qui concerne la graphie des
mots telle qu’elle figure dans le dictionnaire, l’orthographe grammaticale s’occupe de
tous les problèmes d’accord en genre et en nombre. Comme dans toute langue, les
règles d’accord sont régies par des principes généraux qu’il convient de rappeler dans
un premier temps.

Il faut savoir que ces règles s’appliquent à la classe grammaticale des mots variables non
verbaux : le nom, l’adjectif, le pronom et le déterminant.

Dans la phrase : « elle porte un pantalon neuf », « elle » est un pronom, « un » est un
déterminant, « pantalon » est un nom, « neuf » est un adjectif.

Tous ces mots sont susceptibles de varier en genre, c’est-à-dire de passer du féminin au
masculin ou l’inverse. Par exemple : « il porte une chemise neuve ». Et en nombre, c’est-à-
dire de s’accorder au pluriel : « elles portent des pantalons neufs ».

Dans la classe des noms, certains, qu’ils désignent des réalités concrètes ou abstraites,
ont un genre unique qui est donné par le dictionnaire : « chaise » est féminin (n.f.),
« tableau » masculin (n.m.), « qualité » (n.f.) ou « désespoir » (n.m.) ; d’autres possèdent
les deux genres dans la même entrée de dictionnaire : « ouvrier » / « ouvrière » ; « chat » /
« chatte » ou dans deux entrées différentes : « canard » / « cane ». Précisons que certaines
formes féminines ont été introduites récemment : « auteure » est le féminin de « auteur »
dans le français du Québec.

Pour finir, certains homonymes se distinguent uniquement par le genre : « un manche »
c’est la partie qui permet de saisir un instrument ; « une manche » c’est la pièce de
vêtement qui recouvre le bras. On distingue ainsi « un moule » et « une moule », « un poêle »
et « une poêle », et tant d’autres. Dans ce cas, au changement de genre correspond un
changement de signification.

La classe des adjectifs présente également des différences de fonctionnement. Certains


ont la même forme au masculin et au féminin : « habile », « dérisoire », « magnifique » (on
dit qu’ils sont épicènes) ; d’autres sont invariables en genre et en nombre, comme les
adjectifs de couleur, ainsi que nous le verrons par la suite.

Bien que la règle soit aujourd’hui contestée par des partisans de l’écriture dite inclusive,
rappelons que dans la coordination des deux noms de genre différent l’accord de
l’adjectif se fait au masculin : « une robe et un veston neufs », avec « neufs » écrit au masculin
pluriel.

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 42


ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE
LES RÈGLES D’ACCORD EN GENRE

Script
Quant à la classe des déterminants, elle recouvre les articles « le », « la », « les », « un »,
« une » mais aussi les possessifs « mon », « ma », « ton », « ta », « son », « sa », « ses » et les
démonstratifs « ce », « cet », « cette », « ces ».

Cette mise au point concernant les mots variables étant faite, on peut maintenant
aborder les problèmes d’accord en genre.

C’est le \e\ muet, issu d’un \a\ latin, qui marque le féminin : « un ami », « une amie », « un
député », « une députée », « un marchand », « une marchande ». Mais pour bon nombre de noms,
le féminin est dérivé par un suffixe spécifique comme dans « docteur », « doctoresse »,
« inspecteur », « inspectrice », « boulanger », « boulangère ». La demande sociale de féminisation
de certaines professions fait légitimement hésiter sur la forme féminine : doit-on dire
« rectrice » ou « recteure », « autrice » ou « auteure » ? Peut-on dire « professeure », « ingénieure »,
« procureure » ? L’Académie française blâme ces emplois, mais ils finissent par s’imposer
dans l’usage.

Il faut se souvenir que certains mots se déclinent indifféremment au masculin ou au


féminin : c’est le cas bien connu de « un » ou « une » « après-midi ». Il en va de même de
« alvéole », « effluve », « enzyme », « météorite » , « palabre », ou « pamplemousse ».

Attention au mot « gens » qui est féminin lorsque l’adjectif est avant le nom : « les bonnes
gens » ; et masculin lorsqu’il est après « les gens sont déçus ».

Enfin, il est fréquent qu’on hésite sur le genre de certains mots. Parmi les plus connus, on
retiendra que les mots suivants sont féminins : « une acné », « une alcôve », « une apothéose »,
« une autoroute », « la gent », « une octave », « une orbite », « une scolopendre ». En revanche on dit
« un antre », « un apogée », « un armistice », « un astérisque », « un augure », « un hémisphère », « un
ouvrage », « un planisphère », « un tentacule ».

Concluons en rappelant qu’en cas de doute sur le genre d’un mot, seul le dictionnaire
est un auxiliaire précieux.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 43


ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE
LES RÈGLES D’ACCORD EN NOMBRE

Script

L’accord au pluriel marqué en français par la consonne « s » soulève certaines difficultés.

D’abord parce que la formation du pluriel est irrégulière dans certaines séries :

Celle des noms en « –ou » est la plus connue : ils prennent tous un « s » au pluriel,
sauf « bijou », « caillou », « chou », « genou », « hibou », « joujou », « pou » qui forment le
pluriel avec un « x ».

Mais il ne faut pas oublier la série des mots en « –ail » : « bail », « corail », « émail »,
« soupirail », « travail », « vantail » et « vitrail », qui forment le pluriel en « –aux » et non
en « s ». D’où « des détails », « des éventails », mais « des baux », « des travaux ». Le mot
« ail » admet deux pluriels : « ails » et « aulx » qui est une forme désuète. Exemple :
« des ails de variétés différentes ».

En revanche, la série régulière « cheval » / « chevaux », « journal » / « journaux » connaît


quelques exceptions : « bal », « carnaval », « chacal », « festival », « récital », « régal » for-
ment leur pluriel avec un « s ».

Autre difficulté, il faut savoir que certains noms sont toujours au pluriel. Citons parmi
les plus courants :

dans les noms masculins « alentours », « arrérages », « bestiaux », « environs », « gravats »,


« honoraires », « pourparlers » ;

dans les noms féminins « affres », « arrhes », « condoléances », « félicitations », « funé-


railles », « mœurs », « obsèques », «  ténèbres ».

Mais la liste n’est pas exhaustive.

Enfin, la règle d’accord la plus délicate est celle des mots composés. Lorsqu’ils sont for-
més avec le nom et l’adjectif, qui sont variables, les deux mots s’accordent : « des coffres-
forts », « des choux-fleurs », « des belles-soeurs », « des ronds-points ». En revanche, lorsque le
nom composé comporte un verbe, celui-ci reste invariable : « des pèse-personnes », « des
tire-bouchons ». Il en va de même lorsqu’il y a un mot invariable, adverbe ou préposition :
« des avant-goûts », « des à-côtés ». Enfin lorsque les deux noms sont séparés par une prépo-
sition, le premier s’accorde : « des chefs-d’œuvre », « des arcs-en-ciel ».

Mais on relève bon nombre d’exceptions : « des après-midi » est en principe invariable,
de même des « pur-sang », c’est-à-dire des chevaux qui ont le sang pur. Les suggestions
d’aménagement de l’orthographe de 1990 proposent de généraliser l’accord au pluriel
à tous les mots variables pour en finir avec ces exceptions. D’où la possibilité d’écrire
« après-midis », « purs-sangs », mais là encore ce n’est nullement une obligation.

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 44


ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE
LES RÈGLES D’ACCORD EN NOMBRE

Script
Enfin, il arrive souvent que le sens commande l’accord : « des chasse-neige » c’est-à-dire qui
chassent la neige, « des compte-gouttes » c’est-à-dire qui comptent les gouttes, « des porte-
bonheur » qui apportent le bonheur.

On observe également des irrégularités dans les pluriels d’adjectifs.

Les adjectifs en \al\ forment leur pluriel en « –aux » : « égal », « égaux », « brutal », « brutaux »,
« normal », « normaux » à l’exception de la série suivante : « bancal », « banal », « fatal », « final »,
« natal », « naval » sont des mots qui prennent un « s ». Donc : « Des propos banals » et des
« combats navals ».

Ajoutons que les adjectifs composés formés de deux adjectifs s’accordent : « des hommes
ivres-morts », « des personnes sourdes-muettes », « des saveurs aigres-douces ». En revanche, lors-
qu’il est associé à un préfixe d’origine savante, ce préfixe est invariable : « des voisins fran-
co-marocains », « des ruines gallo-romaines », « des haricots extra-fins ».

Il arrive que l’adjectif soit pris adverbialement. Dans ce cas, il a la signification d’un ad-
verbe. Par exemple dans « des enfants nouveau-nés », « nouveau » signifie « nouvellement ». On
peut également observer cette règle dans « des relations haut placées », « haut » signifiant
« hautement ». Mais elle n’est pas respectée avec l’adjectif « grand » qui signifie « grande-
ment » dans des « fenêtres grandes ouvertes ». Même chose avec « des fleurs fraîches cueillies »
où l’adjectif adverbialisé s’accorde.

Venons-en aux adjectifs de couleur. Quand ils sont formés à partir d’un nom, ils sont
invariables. C’est le cas de « orange », « marron », « cerise », « carmin », « ocre », « isabelle »,
« noisette », « aubergine », « bronze » et de tant d’autres. On écrira donc « des juments isabelle »
ou « des yeux noisette ». Attention aux exceptions : « rose(s) », « fauve(s) », « mauve(s) »,
« pourpre(s) », « écarlate(s) » s’accordent en nombre.

N’oublions pas que les adjectifs de couleur composés sont également invariables : « une
veste bleu marine », « des chemises vert clair », « des yeux gris-bleu », « des cravates jaune citron ».

« Nu » et « demi » devant un nom sont invariables et sont séparés par un trait d’union : « ils
vont nu-pieds », « des demi-heures ». En revanche, ils s’accordent lorsqu’ils sont placés après
le nom : « ils marchent pieds nus », « une heure et demie ».

Nous avons vu que l’accord des mots composés était parfois conditionné à la signification
de l’expression. C’est également le cas des groupes dans lesquels les prépositions « à »,
« de », « en » relient deux noms.

Exemples : « un panier de fraises ». Le second nom s’accorde au pluriel lorsque l’idée de
pluralité est en quelque sorte impliquée par la construction elle-même. On distingue
donc « un sac de billes » qui contient plusieurs billes et « une barre de fer » qui est fabriqué avec
du fer. C’est également cette nuance qui distingue « un instrument à cordes » qui possède
plusieurs cordes et « un instrument à vent » qui fonctionne avec le souffle, autrement dit
avec le vent, « un collier de perles » au pluriel et « un collier de chien » au singulier, « un panier
de cerises » et « un panier en osier ».

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 45


ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE
LES RÈGLES D’ACCORD EN NOMBRE

Script
C’est également le sens qui est impliqué dans le choix de l’accord de certains noms
construits avec des substantifs à valeur collective. On se pose en effet souvent la question
de l’accord au pluriel dans des expressions du type « un nombre de », « une foule de », « une
troupe de ». Dans ce cas, il est d’usage de considérer le déterminant du nom collectif. Si
le déterminant est défini on accorde au singulier. Exemple : « La foule des visiteurs se dirigea
vers la sortie. » (et non « se dirigèrent »). En revanche, lorsque le déterminant est indéfini,
l’accord se fait au singulier ou au pluriel : « Une nuée d’oiseaux s’envola » ou « Une nuée
d’oiseaux s’envolèrent ». Là encore, tout dépend du contexte, car on dit plus naturellement
« un tas de gens ont protesté » que « un tas de gens a protesté ».

Il semble néanmoins que l’accord au singulier soit plus en usage dans d’autres
expressions : « un groupe d’enfants traversa la cour » semble plus usité que « un groupe d’enfants
traversèrent la cour », même si cette dernière forme n’est pas incorrecte. Notons que
certains mots collectifs imposent l’accord au singulier : « Un essaim d’abeilles tourbillonne »
au singulier et non « tourbillonnent » au pluriel.

C’est à nouveau le sens qui conditionne l’accord de l’adjectif lorsqu’il y a coordination


de noms. Lorsque l’adjectif s’applique aux deux noms il s’accorde au pluriel : « Il porte
un veston et une cravate bleus ». Lorsqu’il s’applique au second substantif, il s’accorde au
singulier : on peut donc écrire « Il porte un veston et une cravate bleue ».

On se souviendra également que c’est le sens distributif qui régit l’accord d’expressions
du type : « les codes civil et pénal » ou « les dix-huitième et dix-neuvième siècles ». Dans le premier
cas le singulier de chaque adjectif marque qu’il n’y a qu’un code civil et un code pénal ;
dans le second cas, le pluriel de « siècles » marque qu’il y a deux siècles.

Certaines expressions dépendent également de l’interprétation donnée à l’énoncé.


Exemple : « ni l’argent ni la puissance ne nous apportent le bonheur » car les deux noms
« argent » et « puissance » sont sujets du verbe pour le sens. Mais on écrira : « ni le candidat
conservateur ni le candidat progressiste ne sera président de la République » car seul un des deux
pourrait l’être. En revanche, avec « ni l’un ni l’autre » le choix de l’accord est libre, même si
le singulier est plus usité : « Ni l’un ni l’autre n’ira/n’iront à l’étranger ».

Concluons sur cette question de l’accord en nombre en rappelant que beaucoup


d’expressions tolèrent le singulier ou le pluriel.

C’est le cas de « il n’y a pas de problème/problèmes » ou « C’est une des histoires qui plaît/plaisent
le plus aux enfants ».

Là encore tout est affaire de signification !

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 46


ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE
LES RÈGLES D’ACCORD DES INDÉFINIS

Script

Les mots indéfinis forment une classe grammaticale qui regroupe un nombre important
de déterminants et de pronoms.

Parmi les plus connus on peut citer « tout », « chaque », « plusieurs », « quelques », « certain »,
« même », etc. Or, il arrive qu’on hésite sur l’accord en nombre qui s’applique à ce type de
mot.

Commençons pas les déterminants indéfinis.

Certains sont invariables : « chaque » est toujours singulier, « plusieurs » toujours pluriel.

Mais le plus grand nombre d’entre eux est variable :

« Tout » est un déterminant indéfini singulier qui s’accorde en genre lorsqu’il


précède immédiatement le nom. On dit : « tout individu », « toute femme ».

En revanche, « tout » s’accorde avec l’article qu’il précède et prend la forme


plurielle « tous » ou « toutes » devant « les » : « tout le monde », « tous les élèves », « toutes
les filles ».

« Quelque » est un déterminant pluriel lorsqu’il est devant un nom qui désigne une
réalité comptable et qu’il a le sens de « plusieurs », « un certain nombre » : « quelques
fruits », « quelques tomates ». En revanche quand il marque une grande indétermi-
nation, il est au singulier et peut s’appliquer à des noms compacts ou abstraits :
« quelque peine », « quelque difficulté », « quelque repos », ou dans des expressions figées :
« quelque part », « en quelque endroit ».

« Tel » s’accorde avec le nom qu’il détermine : « telle impression », « tel chemin ».
Lorsqu’il établit une relation comparative, il s’accorde systématiquement avec le
nom qui suit : « des oiseaux communs, telle la mésange, sont de plus en plus rares ». Mais
attention : « tel », dans l’expression comparative « tel que », s’accorde avec le nom
qui précède : « des oiseaux communs, tels que la mésange, sont de plus en plus rares » ;
« tels », ici, s’accorde avec « oiseaux ».

Le mot « tout » est également un pronom variable en fonction des contextes.

Au masculin singulier, il se prononce \tu\ devant consonne et \tut\ avec la liaison devant
voyelle quand il est sujet du verbe : « tout va pour le mieux », mais « tout est (\tu.te\) bien » avec
liaison. La prononciation permet de guider l’orthographe.

Le pronom « tout » varie bien sûr en genre et en nombre et se déplace dans la phrase :
« toutes ne sont pas venues », « elles ne sont pas toutes venues ».

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 47


ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE
LES RÈGLES D’ACCORD DES INDÉFINIS

Script
Il peut être complément, comme dans « je n’ai pas tout compris ».

Souvenons-nous qu’au masculin pluriel, le pronom « tous » se prononce avec son « s »
final : « je les ai tous vus », par opposition à « j’ai tout vu ».

« Tout » est adverbe invariable lorsqu’il signifie « tout à fait » : « un bâtiment tout rénové » ;
« tout » signifie « entièrement ».

Devant un adjectif féminin débutant par une voyelle ou un « h » muet, « tout » est donc
invariable : « une jambe tout écorchée », « une famille tout heureuse ».

Attention : cette règle ne s’applique pas aux adjectifs féminins commençant par une
consonne ou un « h » aspiré : « des voitures toutes neuves », « Elle est toute honteuse ».

Dans ce cas, « tout » adverbe s’accorde en genre et en nombre.

Pour en finir avec le mot « tout », souvenons-nous de l’orthographe de certaines


expressions courantes :

Peuvent s’écrire au singulier ou au pluriel : « de tout côté » / « de tous côtés  », « en tout
sens » / « en tous sens  », « à tout moment » / « à tous moments  », « de toute part » / « de toutes
parts  », « de toute sorte » / « de toutes sortes  », « en tout temps » / « en tous temps ».

S’écrivent au singulier : « à tout hasard », « en tout cas », « en tout genre », « en tout lieu »,
« à tout propos », etc.

Quant au mot « même », il est à la fois adjectif, pronom et adverbe.

Adjectif indéfini, il est placé entre le déterminant et le nom, il s’accorde avec eux et
marque la ressemblance : « les mêmes causes produisent les mêmes effets ».

Il s’accorde également avec le nom ou le pronom qui le précèdent : « eux-mêmes », « elle-


même ».

« Ce sont ses paroles mêmes », « mêmes » signifiant « précisément ».

Dans l’exemple « elle est la sincérité même », c’est-à-dire la sincérité en personne,


incarnée, par excellence.

Dans l’autre exemple « elles sont la sincérité et la probité mêmes », il y a accord au pluriel
si « même » s’applique aux deux noms « sincérité » et « probité ».

La difficulté apparaît avec « même » adverbe. Il est toujours invariable et signifie « aussi »,
« de plus », « encore plus » : « les innocents même furent châtiés ». Quand « même » est adverbe, il
peut être déplacé. On aura donc : « même les innocents furent châtiés ».

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 48


ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE
LES RÈGLES D’ACCORD DES INDÉFINIS

Script
Mais un exemple de Grevisse dans « Le Bon Usage » nous montre que certaines
constructions nous font hésiter : « ces murs même(s) ont des oreilles. » Doit-on comprendre
« ces murs-eux-mêmes » ou « ces murs aussi » ? Dans le premier cas, il y a accord ; dans le
second, « même » est adverbe. Seul le test du déplacement pourra lever l’ambiguïté de
cette phrase.

Concluons en insistant sur le statut particulier de ces mots indéfinis qui sont à la
fois adjectifs, pronoms et adverbes. Ils demandent pour cette raison une vigilance
particulière.

Souvenons-nous qu’il existe au moins deux recettes permettant de dissiper le doute :

1. Quand il n’est pas construit avec « les » dans « tous les », « tous » se prononce \tus\
(à l’exception des expressions citées précédemment : « en tous sens », « en tous
temps », etc.) ;

2. Quand « même » est un adverbe, le test du déplacement est également efficace.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 49


ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE
LES HOMONYMES GRAMMATICAUX :
A/À, SE/CE, OU/OÙ

Script

Cette vidéo est consacrée à la confusion de mots homonymes n’ayant ni la même


graphie, ni la même fonction grammaticale.

Rappelons tout d’abord que les homonymes sont des mots qui se prononcent de la
même façon mais qui s’écrivent différemment. On dit aussi qu’ils sont homophones mais
pas homographes. Ainsi le mot qui se prononce \vɛ̃\ offre plusieurs graphies en français :
« vin », « vingt », « vain », c’est-à-dire le breuvage, le chiffre et le dérivé de « vanité ». Le mot
prononcé \tɛ̃\ de même : « thym », « tint », « teint », « tain », c’est-à-dire la plante aromatique,
le verbe « tenir » au passé simple, la couleur de la peau, et le composé d’étain et de mer-
cure qui sert dans la miroiterie.

Dans la séquence qui suit, nous allons parler de mots grammaticaux homonymes.
Ce sont bien sûr des mots différents, mais également des fonctions grammaticales
différentes. Or, la confusion de ces homonymes est une source importante de fautes
et d’incorrections.

Commençons par des homonymes distingués par un accent grave. La faute la plus
fréquente est la confusion entre « a » sans accent et « à » avec accent grave.

Le premier correspond à la 3e personne du singulier du verbe ou de l’auxiliaire « avoir »


au présent de l’indicatif : « elle » ou « il a ». Pour vérifier qu’il n’y a pas d’accent, on peut
remplacer « a » par « avait » ou « aura ». « Il a la grippe » / « Il avait la grippe » / « Il aura la
grippe ». Attention à la forme : « on a ». La liaison étant obligatoire \ɔ̃ na\, il est impossible
de distinguer à l’oral la tournure affirmative et la tournure négative « on n’a ». Seul
le contexte, le sens de l’énoncé et la syntaxe de la négation permettent de ne pas
confondre « on a faim » et « on n’a pas faim ».

« A » sans accent étant un verbe, il est normalement précédé d’un sujet et suivi d’un
complément (« on a une maison ») ou d’un participe passé (« on a chanté »).

« À » avec accent est une préposition, donc invariable par nature. Elle est suivie d’un
nom, comme dans « une tasse à café » ou « je vais à l’école », d’un pronom « parler à quelqu’un »
ou d’un verbe : « je commence à comprendre ». Elle-même est substituable à « de » ou à une
autre préposition selon les contextes : « une tasse de café », « je vais vers l’école », « parler de
quelqu’un », « je commence de comprendre ».

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 50


ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE
LES HOMONYMES GRAMMATICAUX :
A/À, SE/CE, OU/OÙ
Script
La confusion entre « ou » sans accent et « où »  avec accent n’est pas moins grave.

Le premier appartient à la fameuse série des conjonctions de coordination : « mais »,


« ou », « et », « donc », « or », « ni », « car ». Il relie donc deux mots ou deux énoncés de même
nature : « noir ou blanc », « pile ou face », « Tu viens ou tu ne viens pas ? ». Pour l’identifier, on
peut le remplacer par « ou bien » : « noir ou bien blanc ».

Quant à « où » avec accent, il a deux natures grammaticales. C’est un pronom relatif
qui marque l’idée du lieu ou du temps : « Le village où j’habite », « la saison où il pleut ». Mais
c’est aussi un adverbe interrogatif qui questionne sur le lieu : « Où habitez-vous ? ». Il est
équivalent à « dans quel endroit, dans quel lieu ? ». C’est fondamentalement cette idée de
lieu qui permet de le reconnaître dans un énoncé.

Passons à la confusion entre « se » et « ce ».

« Se » est un pronom personnel réfléchi. Il se construit avec la troisième personne de


la conjugaison au singulier et au pluriel (il, elle, on, ils, elles) ou un nom sujet singulier
ou pluriel. « Se » sert à former la voix pronominale du verbe. Par conséquent, il précède
toujours un verbe et suit les noms et les pronoms sujets. Il figure à l’infinitif des verbes
essentiellement pronominaux comme « se souvenir ». Devant voyelle, le « e » s’élide :
« s’enfuir ». On le trouvera donc dans les formes verbales conjuguées des verbes qui se
construisent à la voix pronominale : « il se bat », « ils se détestent », « la déesse se lève », « elles
se sauvent ».

« Ce » est un pronom ou un déterminant démonstratif. Soit il précède certaines formes


de l’auxiliaire « être » (« ce sera », « ce sont », « ce serait ») ; soit il détermine un nom : « ce chien »,
« ce jour », « ce changement, » etc. Lorsque le nom commence par une voyelle, « ce » devient
« cet » : « cet événement », « cet accident », etc. Dans cette fonction, on peut le remplacer par
n’importe quel déterminant : « le », « un », « son ». « Ce chien » peut être remplacé par « le
chien » ou « son chien ».

La confusion entre ces deux catégories grammaticales est susceptible d’en occasionner
une autre, mais cette fois entre « s’est » et « c’est ».

« C’est » est composé du pronom démonstratif « c’ » avec élision du « e » de « ce » (« cela »)
et de l’auxiliaire « être » à la 3e personne du singulier au présent. Cette forme s’appelle
un présentatif en grammaire. Elle est obligatoirement suivie d’un nom, d’un pronom ou
d’un adjectif  : « c’est ma mère », « c’est moi », « c’est admirable ». « C’est » est parfois relié à « qui »
ou « que » et permet de souligner l’importance d’un mot : « c’est lui qui m’a frappé », « c’est
volontairement que je l’ai fait ». On peut le remplacer par « ce sont » : « c’est mes amis » « ce sont
mes amis ».

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 51


ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE
LES HOMONYMES GRAMMATICAUX :
A/À, SE/CE, OU/OÙ
Script
« S’est » est composé du pronom réfléchi « se » avec élision du « e » et de l’auxiliaire « être »
à la 3e personne du singulier au présent. Cette forme sert à construire le passé composé
des verbes réfléchis : « il se souvient », « il s’est souvenu », « il se bat », « il s’est battu ». Il est donc
obligatoirement suivi d’un verbe au participe passé : « elle s’est perdue », « il s’est regardé ». On
peut le remplacer par « se sont » : « elles se sont perdues », « ils se sont regardés ».

Concluons en rappelant que de telles confusions, dans la mesure où elles affectent des
mots grammaticaux, peuvent compromettre l’intelligibilité même de l’énoncé.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 52


ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE
LES HOMONYMES GRAMMATICAUX :
QUOIQUE OU QUOI QUE ?

Script

Au nombre des fautes très fréquemment commises dans tous les domaines de la
pratique rédactionnelle, de la copie d’élève ou d’étudiant aux écrits de journalistes ou
de publicistes, il y a la confusion entre « quoique » en un seul mot et « quoi que » en deux
mots.

Une telle fréquence est du reste d’autant plus surprenante qu’il existe une recette
infaillible permettant d’éviter cette incorrection.

La voici : « quoique » en un seul mot peut toujours être remplacé par « bien que ». Si le
remplacement est impossible, alors cette conjonction s’écrit en deux mots.

On peut tester des exemples pour le vérifier :

« [Quoique] / [quoi que] les magasins soient fermés, il sort faire des courses. »

« Bien que les magasins soient fermés. »

Le remplacement fonctionne, donc « Quoique les magasins » en un seul mot.

« [Quoiqu’]il dise / [quoi qu’]il dise, on ne l’écoute pas. »

« Bien qu’il dise. »

Le remplacement ne fonctionne pas, donc : « Quoi qu’il dise » en deux mots.

« [Quoique] / [quoi que] je sois inexpérimenté, la direction m’a confié cette responsabilité. »

« Bien que je sois inexpérimenté. »

Donc : « Quoique je sois inexpérimenté » en un seul mot.

« [Quoiqu’]il / [quoi qu’]il arrive, je me battrai pour obtenir gain de cause. »

« Bien qu’il arrive. »

Donc : « Quoi qu’il arrive » en deux mots.

Contrairement aux autres cas d’homonymie examinés précédemment, ces deux


conjonctions « quoique » et « quoi que » ont rigoureusement la même fonction grammati-
cale : elles introduisent une proposition subordonnée concessive au subjonctif, comme
« bien que ».

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 53


ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE
LES HOMONYMES GRAMMATICAUX :
QUOIQUE OU QUOI QUE ?
Script
C’est également le cas de « quel que » qui est souvent confondu avec « quelque », voire
avec « quelque... que ».

Nous avons vu que « quelque » est un déterminant indéfini variable. Au pluriel, il signale
une quantité multiple imprécise : « quelques étudiants », « quelques ordinateurs ». Au singulier,
il s’applique à des réalités non matérielles : « prenez quelque repos », « j’éprouve quelque
difficulté ».

On ne doit pas le confondre avec la tournure concessive disjointe « quel que ». Celle-
ci est composée de l’adjectif indéfini « quel » variable (« quelle », « quelles », « quels »).
Dans cette tournure, cet adjectif s’accorde avec le sujet de l’auxiliaire « être » qui suit.
Exemple : « Quels que soient vos sentiments, vous devez vous ressaisir », « quels » s’accorde avec
« sentiments ». « Quelle que soit ton opinion, tu dois te soumettre à la majorité », « quelle » s’accorde
avec « opinion ».

Quant à la tournure « quelque... que », elle est d’un registre moins familier et d’un
fonctionnement plus complexe.

Lorsque « quelque » est suivi d’un adjectif ou d’un adverbe il est invariable : « Quelque
intelligents que soient ces élèves, ils ne sont pas dispensés de travailler ». Dans ce cas, « intelligents »
s’accorde avec élèves.

Notons qu’aujourd’hui on utilise plus volontiers la tournure concessive avec « si » : « Si
intelligents que soient ces élèves ». Le sens est le même que « Bien que ces élèves soient intelligents
ou très intelligents ».

En revanche, lorsque « quelque » est suivi d’un nom il s’accorde avec ce dernier : « Quelques
raisons que vous invoquiez, vous êtes tenu pour responsable de cet incident. ». Cette tournure est
aujourd’hui d’un registre élevé, donc d’un emploi rare.

Concluons sur ces cas d’homonymie entraînant des incorrections grammaticales : si il


est vrai que la confusion entre « quoique » et « quoi que » ne compromet pas nécessaire-
ment le sens de l’énoncé écrit, la confusion entre « se » et « ce » ou encore entre « à » et
« a » posent clairement un problème d’intelligibilité. Ce sont donc des fautes graves qui
appellent toute notre vigilance. Pour celles et ceux qui sont quelque peu réfractaires à
l’analyse grammaticale, le mieux est de s’en tenir aux recettes de substitution. Elles sont
généralement infaillibles.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 54


CHAPITRE 4
LA CONJUGAISON

Les trois groupes verbaux


Les verbes du 3e groupe
Le conditionnel
Le subjonctif
Les terminaisons du participe passé
LA CONJUGAISON
INTRODUCTION

Script

Le système verbal du français est complexe et présente toutes sortes d’irrégularités.

Qui n’a pas hésité sur la terminaison d’un verbe au passé simple ou au subjonctif ?

Non seulement les terminaisons changent d’un groupe verbal à l’autre, mais le radical
du verbe peut aussi être modifié d’une personne à l’autre.

Dans ce cours, nous aurons pour objectif d’améliorer votre maîtrise de la conjugaison.

Nous commencerons par les verbes du 3e groupe, réputés pour leur difficulté.

On rappellera les sous-groupes, afin d’en faciliter la mémorisation.

On terminera par une faute récurrente, consistant à confondre les différentes formes
de conjugaison.

On apprendra à distinguer les emplois usuels et les modes de formation du condition-


nel et du futur, « je pourrai », avec ou sans S, et cœtera, du subjonctif présent et de l’in-
dicatif présent, mais aussi du participe passé et de l’infinitif des verbes du 1er groupe
en « er ».

L’évaluation est composée d’un QCM d’une vingtaine de questions.

N’oubliez pas de consulter les fiches mémo, de vous exercer avant l’évaluation, mais
aussi d’échanger sur le forum de la semaine et de contribuer au glossaire participatif.

À la suite de cette semaine, nous avons rendez-vous ensemble pour le défi tant attendu
de la dictée, qui comptera pour l’évaluation finale, nécessaire à l’obtention de l’attesta-
tion de suivi de ce MOOC.

Soyez vigilants.

Consultez attentivement les consignes dans la rubrique « Évaluation finale ».

J’ai eu plaisir à concevoir cette dictée.

J’espère que vous en aurez autant à relever le défi du sans-faute et à corriger les copies
de vos pairs.

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 57


LA CONJUGAISON
INTRODUCTION

Script

Le système verbal du français est complexe et présente toutes sortes d’irrégularités.

Qui n’a pas hésité sur la terminaison d’un verbe au passé simple ou au subjonctif ?

Non seulement les terminaisons changent d’un groupe verbal à l’autre, mais le radical
du verbe peut aussi être modifié d’une personne à l’autre.

Dans ce cours, nous aurons pour objectif d’améliorer votre maîtrise de la conjugaison.

Nous commencerons par les verbes du 3e groupe, réputés pour leur difficulté.

On rappellera les sous-groupes, afin d’en faciliter la mémorisation.

On terminera par une faute récurrente, consistant à confondre les différentes formes
de conjugaison.

On apprendra à distinguer les emplois usuels et les modes de formation du condition-


nel et du futur, « je pourrai », avec ou sans S, et cœtera, du subjonctif présent et de l’in-
dicatif présent, mais aussi du participe passé et de l’infinitif des verbes du 1er groupe
en « er ».

L’évaluation est composée d’un QCM d’une vingtaine de questions.

N’oubliez pas de consulter les fiches mémo, de vous exercer avant l’évaluation, mais
aussi d’échanger sur le forum de la semaine et de contribuer au glossaire participatif.

À la suite de cette semaine, nous avons rendez-vous ensemble pour le défi tant attendu
de la dictée, qui comptera pour l’évaluation finale, nécessaire à l’obtention de l’attesta-
tion de suivi de ce MOOC.

Soyez vigilants.

Consultez attentivement les consignes dans la rubrique « Évaluation finale ».

J’ai eu plaisir à concevoir cette dictée.

J’espère que vous en aurez autant à relever le défi du sans-faute et à corriger les copies
de vos pairs.

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 58


LA CONJUGAISON
LES VERBES DU TROISIÈME GROUPE

Script

Eu égard aux difficultés que soulève le troisième groupe, cette vidéo lui sera entièrement
consacrée.

Certains verbes partagent les désinences des trois premières personnes du présent
avec les verbes du 2e groupe, de sorte que « dormir » se conjugue comme « finir » :
« je dor-s, tu dor-s, il dor-t ». Tandis que d’autres ont les mêmes terminaisons que les verbes
du 1er groupe, de sorte que « couvrir » se conjugue comme « chanter » : « je couvr-e, tu
couvr-es, il couvr-e ». L’irrégularité est encore accentuée par les altérations qui affectent
les terminaisons de certains verbes : c’est le cas de ceux qui forment leur terminaison en
« –x » et non en « –s » : « je/tu peu-x », « je/tu veu-x », « je/tu vau-x ».

Certaines de ces altérations des désinences du présent sont à la source de confusions.

La plus fréquente concerne les verbes en « –indre » comme « peindre », « joindre » et les
verbes en « –dre » comme « rendre », « pondre ». La première série se conjugue comme
« dormir », « voir », « faire », etc : « je pein-s, tu pein-s, il pein-t ». La seconde fait apparaître la
consonne « d » : « je ren-ds, tu ren-ds, il ren-d. » C’est la confusion entre les deux séries qui
occasionne la graphie fautive : « il pein-d » ou plus rarement « il ren=t ».

Rappelons que cette présence de la consonne finale du radical s’étend à d’autres verbes
du 3e groupe comme « répondre » (« je/tu répon-ds, il répon-d »), comme « répandre » (« je/tu
répan-ds, il répan-d »), « mordre » (« je/tu mor-ds, il mor-d).

Notons également les cas apparentés de « vaincre » et « convaincre » : « je/tu convain-cs,


il convain-c » et de « rompre » : « je/tu rom-ps » avec un cumul des marques de 3e personne :
« il rom-pt », le « p » et le « t ». Cette présence de la consonne dentale sonore « d » ou
sourde « t » est une caractéristique de verbes aussi fréquent que « mettre » ou « battre » :
« je/tu me-ts, il me-t », « je/tu ba-ts, il ba-t ».

On rencontre la même difficulté avec les deux séries que forment les verbes en
« –soudre » comme « résoudre » et les verbes en « –oudre » comme « coudre » : « je résou-s, tu
résou-s, il résou-t » par différence avec « je cou-ds, tu cou-ds, il cou-d ».

Quant au verbe « asseoir » ou « s’asseoir », il présente la particularité d’avoir deux


désinences : l’une avec un « d » étymologique (« je m’ass-ieds, tu t’ass-ieds, il s’ass-ied ») ; l’autre
sans ce « d » : (« je m’ass-ois, tu t’ass-ois, il s’ass-oit »). On retrouve cette alternance à l’imparfait
« je m’ass-eyais » / « je m’ass-oyais » et au subjonctif présent « Permettez que je m’asseye »,
ou « que je m’assoie ».

C’est un changement comparable qu’on observe avec « pouvoir » : « je peux » pour la
tournure affirmative ou négative, et « je puis » pour la tournure interrogative « puis-je ? »
et négative sans adverbe de négation : « je ne puis ».

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 59


LA CONJUGAISON
LES VERBES DU TROISIÈME GROUPE

Script
Poursuivons dans ce 3e groupe avec une autre complexité dans la formation de ces
verbes. Beaucoup d’entre eux en effet changent de radical en passant du singulier
au pluriel. Cette alternance de radical affecte des séries de verbes comme « pouvoir »,
« vouloir », « mouvoir » qui comportent le digramme « eu » aux trois premières personnes
(« je peux », « je veux », « je meus ») et « ou » aux trois dernières (« nous pouvons », « nous
voulons », « nous mouvons »). De même le verbe « résoudre » alterne « résou– » (« je résous ») et
« résolv– » (« nous résolvons »). Le plus irrégulier dans le 3e groupe étant « aller » qui alterne
trois formes : « vais », « allons » pour le présent et « irai » pour le futur.

On ne peut achever cette présentation des difficultés de la conjugaison sans parler des
deux auxiliaires « être » et « avoir » qui n’appartiennent à aucun groupe tant ils présentent
de particularités. Ils sont les seuls à présenter quatre formes différentes aux quatre
temps simples de l’indicatif : « j’ai », « j’avais », « j’eus », « j’aurai » ; et pour être : « je suis »,
« j’étais », « je fus », « je serai ». La connaissance de la conjugaison intégrale de ces deux
auxiliaires est évidemment un préalable à toute maîtrise du système verbal français
puisqu’ils servent à former les temps composés de tous les autres verbes.

Que retenir en conclusion de cette séquence consacrée au troisième groupe ?

En premier lieu que certaines incorrections sont dues à des confusions qu’il est facile
de dissiper ; en second lieu que la grande majorité des verbes du 3e groupe présente les
désinences « s », « s », « t » aux trois premières personnes du présent ; en dernier lieu que
la complexité de ce groupe est telle qu’il n’y a souvent que la consultation du fameux
Bescherelle qui parvienne à lever nos hésitations.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 60


LA CONJUGAISON
LE CONDITIONNEL

Script

Dans cette vidéo, il sera question du conditionnel. Ce choix s’explique par sa fréquence
d’emploi, mais aussi par le nombre d’incorrections engendré par la confusion entre
les formes (notamment le futur et le conditionnel) ou la simple méconnaissance des
désinences appropriées.

Nous bornerons en outre nos remarques au seul conditionnel présent qui est le plus
employé dans l’usage quotidien et que les grammairiens d’aujourd’hui appellent la
forme en « –rais ».

Du point de vue du mode de formation de ce temps verbal, il faut savoir que le


conditionnel présent emprunte ses désinences à la fois au futur et à l’imparfait. Il suffit
par conséquent de connaître le morphème du futur qui s’ajoute au radical du verbe
(« -er- », « -ir- », « -r- »). Ce qui donne par exemple : « je chant-er-ai », « je part-ir-ai », « je cour-r-
ai ». Le conditionnel présent remplace simplement les terminaisons du futur par celles
de l’imparfait : « –ais », « –ais », « –ait », « –ions », « –iez », « –aient ». D’où : « je chant-er-ais », « je
part-ir-ais », « je cour-r-ais », etc.

Mais le problème soulevé par le conditionnel tient moins à sa conjugaison qui est
totalement régulière qu’aux règles d’emploi qui commandent sa présence. Au nombre
de différentes fonctions assumées par la forme en « -rais », les deux plus fréquentes sont
l’expression de l’hypothèse et celle de l’atténuation. La première est bien connue : « Si
j’étais plus courageux, je réviserais mon Bescherelle ». La condition formulée à l’imparfait n’est
pas réalisée (on parle d’irréel dans ce cas), tandis que la proposition au conditionnel
présent (« je réviserais mon Bescherelle ») formule la conséquence, qui ne se réalisera pas,
de cette condition.

La fonction d’atténuation, plus fréquente encore, est paradoxalement celle qui


occasionne le plus de fautes. Il faut se souvenir que pour atténuer la brutalité d’un
souhait, d’une demande, on utilise le conditionnel de politesse ou de déférence à la
place du présent. Les règles de civilité nous invitent par conséquent à faire preuve de
respect vis-à-vis de nos contemporains. Voilà pourquoi lorsqu’on sollicite un rendez-
vous, on ne dit pas « Je souhaite vous voir » qui est formulé comme une injonction, une
demande pressante voire agressive, mais on dit « Je souhaiterais vous voir » qui atténue la
brutalité de la formule précédente.

La langue française dispose ainsi de formules de politesse qui requièrent l’emploi


du conditionnel présent. C’est le cas de « j’aimerais vous rencontrer », « je désirerais vous
connaître », « auriez-vous l’amabilité de m’indiquer les dates d’examen ? », « pourriez-vous me donner
l’heure ? », etc.

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 61


LA CONJUGAISON
LE CONDITIONNEL

Script
Or, depuis plusieurs années, on constate qu’une confusion entre le futur (« je chanterai »)
et le conditionnel présent (« je chanterais ») s’est généralisée. De sorte que dans tous les
messages écrits (mails, devoirs scolaires ou universitaires, notes d’information, messages
professionnels, lettres de motivation, etc.), on trouve trop fréquemment la formule
fautive « je souhaiterai », « je voudrai », « j’aimerai » au lieu de « je souhaiterais », « je voudrais »,
« j’aimerais », avec un « s » final. Une telle faute est d’autant plus impardonnable qu’il n’y
a dans cette convention de politesse aucune complexité d’accord ou de conjugaison.

Peut-être alors faut-il adopter une recette de mémorisation et se répéter très souvent
« je souhaiterais [A-I-S] », « je voudrais [A-I-S] », afin d’en finir une bonne fois pour toute avec
cette faute.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 62


LA CONJUGAISON
LE SUBJONCTIF

Script

Contrairement au conditionnel, le subjonctif est un mode spécifique qui soulève des


problèmes de conjugaison. Indiquons tout d’abord qu’il ne sera question ici que du
subjonctif présent, tout simplement parce que sa présence est obligatoire derrière
certains verbes ou certaines tournures verbales.

Les désinences du subjonctif présent sont les mêmes que celles de l’indicatif présent et
de l’indicatif imparfait :

Au 1er et 3e groupes : « –e », « –es », « –e », « –ions », « –iez », « –ent ».

Au 2e groupe : « –isse », « –isses », « –isse », « –issions », « –issiez », « –issent ».

Dans la mesure où il apparaît le plus souvent dans une proposition complétive introduite
par « que », il est précédé de « que » par convention :

que je chant-e
que tu chant-es
qu’il chant-e
que nous chant-ions
que vous chant-iez
qu’ils chant-ent

Il faut savoir que le subjonctif est obligatoire derrière « douter que », « ordonner que »,
« vouloir que », « souhaiter que », « craindre que », « vouloir que », « désirer que », « refuser que »,
« exiger que », « être ravi que », « être triste que », « avoir peur que » et tant d’autres.

D’où : « je doute qu’il ait compris quoi que ce soit au subjonctif », « je veux que tu fasses le nécessaire »,
« nous sommes tristes que vous partiez ».

Il est également obligatoire après certains verbes impersonnels : « il est important que »,
« il est nécessaire que », « il est préférable que », « il est essentiel que », « il est impossible que », « il est
probable que », « il est juste que », « il est urgent que », « il convient que », etc.

Exemples : « il est important que tu prennes conscience de tes problèmes », « il est nécessaire que vous
fassiez un effort », « il est préférable que tu partes maintenant ».

N’oublions pas qu’il est imposé par certaines tournures verbales négatives : « ne pas penser
que », « ne pas croire que », « n’être pas certain que », etc. D’où le contraste suivant : « je pense
qu’il est malhonnête [présent indicatif ] » / « je ne pense qu’il soit malhonnête [présent subjonctif ] ».

Enfin le subjonctif est imposé dans certaines propositions subordonnées. C’est le cas
dans les propositions qui expriment le but : « je fais tout afin que tu ailles mieux ».

C’est aussi le cas des propositions introduites par « bien que » , « quoique » ou « quoi que » :
« Quoi que je fasse, les problèmes demeurent ».

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 63


LA CONJUGAISON
LE SUBJONCTIF

Script
Ces emplois sont normalement bien connus des locuteurs francophones. Il n’y a guère
qu’en situation d’initiation au français qu’un non francophone pourrait dire « quoi que
je fais » ou « afin que tu vas mieux ». Ne serait-ce que parce qu’il l’entend tous les jours, un
locuteur francophone utilise spontanément le subjonctif.

Mais la situation se complique à l’écrit (voire à l’oral) lorsque la désinence verbale se


termine par une voyelle. Autrement dit, nous n’hésitons pas avec les verbes « faire » ou
« mettre » : « il faut que je fasse vite », « il faut que tu mettes un manteau », mais il nous faut réfléchir
avec des verbes comme « conclure » ou « rire » : « il faut que tu conclues », « il faut que je rie
spontanément ». On s’interroge sur la conjugaison de ces verbes. Dans ce cas, la confusion
avec le présent est fréquente ; soit parce qu’on hésite sur le temps verbal ; soit parce
qu’on a oublié la terminaison du subjonctif. Il faut dire que la parenté entre indicatif
et subjonctif présent est telle qu’elle ne facilite pas les choses. Il arrive également que
cette différence soit uniquement graphique et non sonore. On ne le distingue pas pour
le son : « j’acquiers [présent de l’indicatif] » / « il faut que j’acquière [subjonctif] ». D’où la nécessité
de rappeler les règles d’emploi.

Voilà pourquoi il est essentiel de réviser la conjugaison de ce mode pour un certain


nombre de verbes. Certains posent d’autant moins de difficulté qu’il y a un changement
de radical dans le passage de l’indicatif au subjonctif : « je veux » / « que je veuille », « je peux »
/ « que je puisse », « je sais » / « que je sache », « je hais » / « que je haïsse », « je vais » / « que j’aille »,
« je vaux » / « que je vaille». En revanche, d’autres verbes, en raison de leur terminaison,
doivent être révisés. C’est le cas en tout premier des auxiliaires « être » et « avoir », mais
aussi de verbes fréquents comme « conclure », « créer », « croire », « fuir », « fier », « se méfier »,
« résoudre », « rire », « vaincre », « convaincre », « voir », mais également de séries des verbes
en « –ueillir » (« cueillir », « accueillir », « recueillir »), des verbes en « –aillir » (« défaillir »,
« tréssaillir »), en « –cevoir » (« apercevoir », « recevoir », « concevoir », etc.), en « –yer » (« envoyer »,
« essuyer », etc.), sans oublier les verbes en « –indre » (« peindre », « joindre », « craindre ») et en
« –dre » (« rendre », « répondre », etc.).

L’oubli le plus fréquent est celui du « i » des désinences de 1re et 2e personnes du pluriel :
« –ions » et « –iez ».

Il est présent même lorsqu’il n’est pas prononcé : « que vous vous méfiiez », « que nous
payions », « que vous appréciiez », « que nous envoyions », « que vous cueilliez », « que nous
assaillions », « que nous fuyions », « que nous voyions ».

Rappelons les deux uniques exceptions : le « i » est exclu des terminaisons de « avoir »
(« que nous ayons », « que vous ayez ») et « être » (« que nous soyons », « que vous soyez »).

Pour conclure, rappelons-nous qu’il faut que nous soyons lucides et que nous vainquions
les difficultés, et surtout que nous ne les fuyions pas. À cet effet, la consultation du
Bescherelle nous sera d’une aide précieuse.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 64


LA CONJUGAISON
LES TERMINAISONS DU PARTICIPE PASSÉ

Script

Cette vidéo sera consacrée au participe passé. Il peut être considéré, nous dit Grevisse,
« tantôt comme une forme verbale, tantôt comme un pur adjectif. »

Comme verbe, il permet en effet de construire les différents temps composés associés
aux temps simples correspondants. C’est ainsi que dans le mode indicatif, le passé
composé correspond au présent, le plus-que-parfait à l’imparfait, le futur antérieur
au futur, le passé antérieur au passé simple. Il en va de même pour le subjonctif, le
conditionnel et l’infinitif, mode qui distingue « chanter », forme simple, et « avoir chanté »,
forme composée.

Comme adjectif, le participe passé a une fonction de caractérisation comme une


épithète. Autrement dit, il s’accorde et il se comporte comme un adjectif. En effet, il n’y
a peu de différences entre « c’est un joueur accompli » et « c’est un joueur parfait », sinon que
« accompli » est un participe passé.

On s’intéressera prioritairement ici à la formation des participes passés et aux problèmes


d’accord grammatical.

Rappelons d’abord quelques règles relatives à la terminaison des participes passés.

Les verbes du 1er groupe forment leur participe passé en « é » : « chanté », « parlé »,
« envoyé », « essuyé », etc.

Les verbes du 2e groupe forment leur participe passé en « i » : « fini », « grandi »,
« pâli », etc.

Les verbes du 3e groupe présentent, comme on peut s’y attendre, une grande
irrégularité.

On pourrait distinguer ceux qui présentent une terminaison vocalique, c’est-à-dire avec
une voyelle, de ceux qui s’achèvent par une consonne.

D’un côté, nous avons la terminaison en « i ». C’est le cas de « sentir » / « senti », « cueillir »
/ « cueilli », « faillir » / « failli », « dormir » / « dormi », « rire » / « ri », « servir » / « servi », « suivre » /
« suivi ».

Cette série est à distinguer des participes en « u » : « battre » / « battu », « boire » / « bu »,
« courir » / « couru », « conclure » / « conclu », « connaître » / « connu », « croire » / « cru », « devoir »
/ « dû » avec un accent circonflexe au participe passé, « lire » / « lu », « plaire » / « plu »,
« pouvoir » / « pu », « recevoir » / « reçu », « rendre » / « rendu », « savoir » / « su », « tenir » / « tenu »,
« voir » / « vu », « valoir » / « valu », « vivre » / « vécu », « vouloir » / « voulu ».

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 65


LA CONJUGAISON
LES TERMINAISONS DU PARTICIPE PASSÉ

Script
La série consonantique, elle, regroupe des terminaisons en « –s » (« acquérir » / « acquis »,
« asseoir » / « assis », « mettre » / « mis », « prendre » / « pris », « clore » / « clos ») et des terminai-
sons en « –t ». C’est le cas des verbes en « –indre » : « craindre » / « craint », « joindre » / « joint »,
« peindre » / « peint » mais aussi de « écrire » / « écrit », « cuire » / « cuit », « dire » / « dit », « faire »
/ « fait ». Tous ces participes se terminent par un « t ».

Enfin, d’autres verbes présentent un digramme consonantique comme « couvrir » / « cou-


vert », « ouvrir » / « ouvert », « mourir » / « mort ».

Quant au verbe « naître » il forme son participe comme un verbe du premier groupe :
« né ».

Notons que deux verbes en « –dre » peuvent avoir deux participes différents : « rendre » /
« rendu », « prendre » / « pris ».

Bref, les situations sont si déroutantes qu’il est préférable de recourir à une recette
pour être sûr de l’orthographe finale du participe passé.

C’est pourquoi, pour orthographier correctement la forme du participe passé dans un


temps composé (passé composé, passé antérieur, futur antérieur, etc.), il faut établir un
rapprochement avec la forme féminine de ce participe passé. En effet, seule la forme
féminine permet la prononciation de la consonne finale quand il y en a une. Ainsi :

J’ai craint (« « une épreuve qui est crainte »)


J’ai peint (« une toile peinte »)
J’ai su (« une nouvelle sue »)
J’ai voulu (« une chose voulue »)
J’ai joint (« jointe »)
J’ai battu (« battue »)
J’ai pris (« prise »)
J’ai vu (« vue »)
J’ai servi (« servie »)
J’ai découvert (« découverte »), nous savons qu’il y a un digramme consonnantique « rt »
J’ai senti (« sentie »)
J’ai acquis (« acquise »)

On a vu que la terminaison des participes passés du 1er groupe est régulière. Mais
nombreux sont celles et ceux qui confondent encore le participe passé et l’infinitif pour
ces verbes du 1er groupe terminés par le son \e\. Aujourd’hui, en effet, le « r » de l’infinitif
n’étant plus prononcé, il se confond avec le \e\ du participe. Pour celles et ceux qui
peinent à comprendre la différence grammaticale entre le mode participe et le mode
infinitif, il existe une recette infaillible qui rend service à des générations d’élèves.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 66


LA CONJUGAISON
LES TERMINAISONS DU PARTICIPE PASSÉ

Script
La voici : pour déterminer l’orthographe de la terminaison d’un verbe du 1er groupe, on
substitue ce verbe à un verbe du 3e groupe.

Exemples :

« J’ai tout lieu de redouter sa venue. »


Au 3e groupe : « J’ai tout lieu de craindre sa venue. »

« Redoutée de tous les élèves, l’épreuve de philo dure quatre heures. »


Au 3e groupe : « Crainte de tous les élèves, l’épreuve de philo dure quatre heures. »

« Je voudrais placer ce fauteuil devant la fenêtre. »


Au 3e groupe : « Je voudrais mettre ce fauteuil devant la fenêtre. »

« J’ai placé ce fauteuil devant la fenêtre. »


Au 3e groupe : « J’ai mis ce fauteuil devant la fenêtre. »

Autrement dit, quand le verbe du 3e groupe est à l’infinitif, alors celui du 1er l’est aussi.
Et inversement.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 67


LA CONJUGAISON
L’ACCORD DU PARTICIPE PASSÉ

Script

Cette séquence sera consacrée aux fameuses règles qui régissent l’accord du participe
passé.

Il faut envisager plusieurs situations :

1 - Quand le participe passé est construit avec l’auxiliaire « être », il s’accorde


obligatoirement avec le sujet de celui-ci : « elle est née à Bordeaux », « elle est partie en
voiture », « ils sont morts au combat ».

2 - Quand le participe passé est construit avec l’auxiliaire « avoir ».

Il est invariable lorsqu’il est placé après l’auxiliaire « avoir » : « Elle a chanté »,
« elles ont chanté », « elles ont pris », « ils ont lu », « elle a peint ».

En revanche, il s’accorde lorsque le complément direct du verbe est placé


avant « avoir ».

« Il a chanté des chansons » (le complément direct « chansons » est placé après
« avoir », donc pas d’accord).
Mais « Les chansons qu’il a chantées » : le participe passé de « chanter » s’accorde
avec « qu’ » qui représente « chansons » et qui est placé avant « avoir », donc il
y a accord féminin pluriel avec le complément « chansons ».

« Elle a séduit les garçons. »


Mais « Les garçons qu’elle a séduits » : le participe passé de « séduire » s’accorde
avec « qu’ » qui représente « garçons » et qui est placé avant « avoir », donc
accord masculin pluriel avec « garçons ».

« Il a conduit ces voitures. »


Mais « Ces voitures, ils les ont conduites » : il s’accorde avec « les » qui représente
« voitures », donc accord féminin pluriel avec « voitures ».

Attention, pas d’accord lorsque le complément placé avant « avoir »


est indirect : « J’ai pensé à des solutions », « les solutions auxquelles j’ai pensé » le
participe passé demeure invariable car « des solutions » est un complément
indirect.

JF Castille, Maître de conférence \ Université de Caen Normandie 68


LA CONJUGAISON
L’ACCORD DU PARTICIPE PASSÉ

Script
Retenons trois grands principes :

1. Le participe passé construit avec « avoir » ne s’accorde JAMAIS avec le sujet de


« avoir ».

2. Le participe passé construit avec « avoir » s’accorde avec le complément direct


lorsque celui-ci est placé avant « avoir ».

3. Le participe passé construit avec « avoir » ne s’accorde JAMAIS avec le


complément indirect.

Il faut savoir que le viol de la règle 1 est le plus grave car il est inexcusable (sauf à ignorer
ce qu’est le sujet d’un verbe, ce qui paraît inconcevable). Le respect des règles 2 et 3
suppose l’identification grammaticale des compléments d’objet direct et indirect. En
cas de doute, il est vivement recommandé de consulter une grammaire française.

Les autres règles concernent le participe passé des verbes pronominaux.

Le participe passé des verbes essentiellement pronominaux (c’est-à-dire qui se


construisent obligatoirement avec le pronom réfléchi « se ») s’accorde avec le sujet de
l’auxiliaire « être » : « ils se sont souvenus de tout cela », « elles se sont enfuies en criant ».

Il en va de même du participe passé des verbes pronominaux de sens passif : il s’accorde


avec le sujet de l’auxiliaire « être » (« des milliers d’exemplaires de cet ouvrage se sont vendus cette
année »).

La situation se complique avec le participe passé des verbes employés à la forme


pronominale, qu’elle ait un sens réfléchi ou un sens réciproque : il s’accorde avec le
pronom « se » quand il a la fonction COD.

« Ils se [COD] sont vus dans la glace » (ils ont vu qui ? Eux : « se », donc accord du participe
passé de « voir » au masculin pluriel).

« Les chats se [COD] sont battus toute la nuit » (ils ont battu qui ? Eux : « se », donc accord
du participe passé de « battre » au masculin pluriel).

En revanche, quand le pronom « se » a la fonction COI et que le COD est placé après le
verbe, le participe passé demeure invariable.

« Elle s’est lavé les mains ». Développons la structure : elle a lavé quoi ? « Les mains »
(COD placé après le verbe) ; elle a lavé les mains à qui ? « À elle » c’est-à-dire « s’ » qui
est COI, donc le participe passé demeure invariable).

« Les mains qu’elles se sont lavées ». Le COD « les mains » est placé avant le verbe, donc
accord du participe passé avec le COD.

En revanche, dans « les jours se sont succédé », le participe reste invariable car « se
succéder » se construit avec un COI. On dit : « succéder à ».

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 69


LA CONJUGAISON
L’ACCORD DU PARTICIPE PASSÉ

Script
Nous achevons ce cours consacré aux problèmes d’accord et de conjugaison par des
règles qui supposent une bonne maîtrise de la grammaire du français.

Soyons rassurés : les constructions pronominales dont il vient d’être question sont
rares et la méconnaissance des règles d’accord est dans ce cas plus excusable que pour
des tournures très courantes. Autrement dit, l’accord fautif « Les jours se sont succédés »
est moins grave que celui-ci « Ils ont parlés ». Il pourrait donc être excusé par un lecteur
indulgent.

On objectera sans doute que toute incorrection est fautive, quelle qu’elle soit : c’est
vrai, mais la situation de dysorthographie endémique que nous connaissons aujourd’hui
invite à relativiser la gravité de certaines fautes. C’est du moins le sentiment de votre
serviteur.

Retenons de toutes ces règles qui régissent les accords grammaticaux qu’elle requièrent
le plus souvent une connaissance minimale des fonctions primaires, telles que le sujet,
le complément ou l’attribut. En somme, nul besoin d’être un expert en grammaire
française pour commencer à améliorer son orthographe grammaticale et sa conjugaison.

JF Castille, Maître de conférence / Université de Caen Normandie 70


RÉALISATION
UNICAEN · CEMU

AVEC LA PARTICIPATION
EIFFELA · ECRI+

UNICAEN est membre de la Communauté d’universités


et établissements Normandie Université