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L’Arbitrabilité 

des Conflits du Travail

BEL-AMIN SAMIR

Docteur en droit des affaires,


Enseignant chercheur
Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales,
Ain Sebaa,
Université Hassan II, Casablanca.
Maroc
samirbelamin27@gmail.com
Et
MOHAMED YAZID MAZOUZI
Doctorant-chercheur en droit privé
Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales,
Ain Sebaa,
Université Hassan II, Casablanca.
Maroc
m.yazidmazouzi@gmail.com

Résumé :

Le sujet de l’arbitrabilité des conflits du travail, a fait couler beaucoup d’encre, suite
d’une part aux réformes législatives successives et aux différentes positions adoptées par
la doctrine et d’autre part à l’importance de la consécration de la voie arbitrale, étant
réservée pendant longtemps au domaine commercial, comme moyen efficace pour le
règlement amiable des conflits du travail.
L’objectif de cette étude est donc de prendre part à l’élaboration du travail doctrinal en
proposant une autre approche à la problématique relative à la susceptibilité des conflits
naissant de l’activité de l’homme au travail, d’être tranchés par la voie d’arbitrage et ce
en droit marocain de travail et en droit comparé.

Mots clés : L’arbitrabilité - conflits individuels – conflits collectifs- l’ordre public-


Protection- partie faible

16
Introduction

A l’instar de tous les rapports humains, les relations du travail, mettant en présence les
salariés et les employeurs, sont susceptibles de créer des conflits entravant la pérennité de
l’entreprise et menaçant ainsi la paix sociale. D’où la nécessité d’en rechercher un règlement
prompt, discret et moins couteux. Ces qualités, n’étant plus remplies par la justice étatique
étant donné les contraintes qu’elle continue à confronter, font aujourd’hui, l’apanage de
moyens alternatifs de résolution des litiges et notamment l’arbitrage.
Si l’arbitrage constitue une justice privée, assurée par des personnes désignées par les
parties en tant qu’arbitres investis, en vertu d’une convention dite d’arbitrage, de la mission
juridictionnelle de trancher les litiges qui les opposent et ce conformément à l’article 306 de la
loi 08.051 relative à l’arbitrage, la notion de l’arbitrabilité du litige n’a pas été définie par la
même loi. La doctrine s’en est employée en revanche, en avançant qu’elle désigne l’aptitude
d’un litige à faire l’objet d’un arbitrage 2 , ou encore que « l’arbitrabilité est le fait d’être
arbitrable ; or est arbitrable ce qui est susceptible d’être arbitré »3.
De même, la notion du conflit du travail et son aptitude à être réglée par l’arbitrage n’a
été ni définie, ni traitée de façon générale, par le droit de travail marocain4. Celui-ci s’est
spécifié, ainsi, à prévoir expressément et uniquement le règlement des conflits collectifs au
livre VI du code du travail et particulièrement par voie d’arbitrage à son chapitre III aux
articles de 567 à 585 du code du travail.

1
La loi n° 08-05 abrogeant et remplaçant le chapitre VIII du titre V du code de procédure civile, Dahir
n° 1-07-169 du 19 kaada 1428 (30 novembre 2007) portant promulgation de la loi n° 08-05, Bulletin
Officiel n° 5584 du jeudi 6 décembre 2007, pp.3894-3905.
2
Bénédicte FAUVARQUE-COSSON, «Libre disposition des droits et conflit de lois », préfacede Y ;
Lequette, LGDJ, coll. Bibl.De droit privé, T.272, 1996, p.267.
3
Charles JARROSON, « Arbitrabilité : Présentation méthodologique », RJ. Com. 1996, n°2 et 4, pp.1et
2.
4
Loi n°65-99 relative au code du travail, Dahir n°1-03-194 du 14 rejeb (11 septembre 2003) portant
promulgation de la loi n°65-99 relative au Code du Travail, bulletin officiel n°5210 du jeudi 6 mai 2004,
pp.600-658.

16
Pour sa part, l’organisation internationale du travail (OIT)5, en proposant une
définition du conflit du travail, elle n’a prévu réellement que la dimension collective du
conflit du travail. Ainsi, un conflit du travail est « un désaccord qui porte sur un problème ou
un groupe de problèmes à propos duquel ou desquels il existe un différend entre des
travailleurs et des employeurs, ou à propos duquel ou desquels une revendication a été
formulée par des travailleurs ou des employeurs, ou à propos duquel ou desquels des
travailleurs ou des employeurs soutiennent les revendications ou les doléances d'autres
travailleurs ou employeurs»6.
Or, les conflits du travail peuvent être collectifs ou individuels. Quand il existe un
désaccord entre l'employeur et un groupe de salariés, c'est un conflit collectif. En revanche, si
les parties du conflit du travail sont l'employeur et un seul salarié, c'est un conflit individuel.
Certes, le législateur marocain a reconnu expressément, au code du travail,
l’arbitrabilité des conflits collectifs du travail (I), à travers une procédure particulière
différente de celle prévue au code de procédure civile en vertu de la loi 08.05.
Toutefois, la question de soumettre le conflit individuel du travail à la voie arbitrale
est restée sous silence législatif au niveau du code du travail, ce qui a suscité des controverses
doctrinales, quant à la faculté de son arbitrabilité conformément aux règles générales prévues
par la loi sur l’arbitrage (II).

I- Reconnaissance législative spéciale de l’arbitrabilité des conflits collectifs du travail

Le législateur marocain du code du travail, a défini, à l’alinéa 1 de l’article 549, le


conflit du travail collectif7 comme étant « tout différend qui survient à l'occasion du travail et

5
Fondée en 1919, l’OIT est une agence de l'ONU, réunissant des représentants des gouvernements,
employeurs et travailleurs de 187 Etats Membres afin d’établir des normes internationales, élaborer
des politiques et concevoir des programmes visant à promouvoir le travail décent pour tous les
hommes et femmes dans le monde.
Voir à ce sujet le site internet suivant : https://www.ilo.org/global/about-the-ilo/lang--fr/index.htm,
(consulté le 31/5/2020).
6
« Résolution concernant les statistiques des conflits du travail : grèves, lock-out et autres actions de
revendication», adoptée par la quinzième conférence internationale des statisticiens du travail (janvier
1993), site internet : www.ilo.org, (consulté le 30/5/ 2020).
7
En revanche, en droit français, aucune définition ni légale ni règlementaire n'a été donnée du concept
de conflits collectifs du travail.

16
dont l'une des parties est une organisation syndicale de salariés ou un groupe de salariés, ayant
pour objet la défense des intérêts collectifs et professionnels desdits salariés ».
L’alinéa 2 du même article a élargi le domaine de définition du conflit collectif en
comportant également « tous différends qui naissent à l'occasion du travail et dont l'une des
parties est un ou plusieurs employeurs ou une organisation professionnelle des employeurs,
ayant pour objet la défense des intérêts du ou des employeurs ou de l'organisation
professionnelle des employeurs intéressés ».
Ceci étant, les conflits collectifs du travail peuvent naitre dans le cadre de deux types
de rapports. Le premier est celui qui concerne une relation entre parties signataires d’une
convention collective de travail stipulant elle-même les mécanismes alternatifs pour le
règlement des conflits susceptibles de se produire. Le second, quant à lui, est relatif à une
relation entre parties non signataires d’une convention collective de travail, et les conflits lui
étant relatifs seraient réglés, en vertu des dispositions du titre VI du code du travail instituant
la voie arbitrale8.
En se positionnant dans le cadre de cette deuxième situation, on remarque que le code
du travail a préconisé, de manière claire et sans équivoque, la procédure d’arbitrage comme
moyen de règlement des conflits collectifs du travail en disposant à l’article 550 que : « Les
conflits collectifs du travail sont réglés conformément à la procédure de conciliation et
d'arbitrage prévue à cet effet ».
Toutefois, la faculté de recourir à l’arbitrage en matière des conflits collectifs du
travail n’est pas automatique. Elle est subordonnée à certaines conditions ayant trait,
conformément aux articles de 551 à 567, à l’échec de la tentative de conciliation préalable (a),
puis à la manifestation des volontés des parties (b).

Voir : le code du travail français, version consolidée du 12 mai 2020, sur le site internet :
https://books.openedition.org/pusl/14877?lang=fr#tocfrom2n1, (consulté le 8/6/2020).
8
L’intérêt de cette distinction établie par le législateur marocain du code du travail entre les conflits
collectifs étant nés entre parties signataires d’une convention collective du travail et ceux naissant
entre parties non signataires d’aucune convention collective, demeure dans le fait de permettre aux
parties de pouvoir exprimer leur propre volonté. C’est-à-dire que les parties ne font recours aux
dispositions du code du travail, qu’en l’absence de dispositions spéciales de résolution de conflits en
vertu d’une convention collective du travail, ou lorsque les dispositions de la convention sont moins
bénéfiques pour les salariés.

16
a- Arbitrabilité tributaire à l’échec des tentatives de conciliation

En se référant à l’article 550 du code du travail, il s’avère, certes, que les conflits
collectifs du travail sont réglés conformément à la procédure de conciliation et d’arbitrage9.
En revanche, la lecture des dispositions du livre VI du code du travail, laisse comprendre qu’il
ne s’agissait pas de deux procédures distinctes, mais de deux procédures en corrélation : la
première à savoir la conciliation est obligatoire, la deuxième en l’occurrence l’arbitrage est
facultative qui ne peut être enclenchée qu’après le passage par la première.
Cependant, la procédure de conciliation ne peut être considérée comme préliminaire à
la procédure d’arbitrage que lorsqu’elle n’aboutit pas à la résolution du conflit collectif et ce
conformément à l’alinéa 2 de l’article 567 du code du travail10.
Etant préliminaire à l’arbitrage, la procédure de conciliation est soumise, en vertu de
l’article 551 du code du travail11, à un ordre hiérarchique de trois niveaux. Le premier se
rapporte à l’inspection du travail (1), le second est relatif à la commission provinciale
d'enquête et de conciliation (2), or le dernier est celui inhérent à la commission nationale
d’enquête et de conciliation (3).
9
Outre la conciliation et l’arbitrage, le code du travail français prévoit un autre mode amiable de
règlement des conflits collectifs. Il s’agit de la procédure de médiation pouvant être engagée après
l’échec de la procédure de conciliation. Mais ces procédures ne sont pas obligatoires pour les parties.
Elles sont facultatives. Les parties peuvent bénéficier d'une ou de toutes ces procédures par un accord
entre elles ».
Voir à ce sujet : Orkhan MAMMADOV, « Les conflits individuels et collectifs du travail : une étude
comparative sur la France et l’Azerbaïdjan », mémoire de master en droit privé, université de
Strasbourg, faculté de droit, de sciences politiques et de gestion, (2018-2019), p. 29.
10
En effet, l’article 567 du code du travail dispose à son alinéa 2 que : « Le président de la commission
provinciale d’enquête et de conciliation ou, le cas échéant, le président de la commission nationale
d’enquête et de conciliation soumet le dossier relatif au conflit collectif du travail avec le procès-verbal
dressé par ladite commission, à l’arbitre dans les quarante-huit heures suivant la rédaction du procès-
verbal. »
11
Ainsi l’article 551 du code du travail dispose que : « Tout différend de travail susceptible d'entraîner
un conflit collectif fait l'objet d'une tentative de conciliation devant le délégué chargé du travail auprès
de la préfecture ou de la province, de l'agent chargé de l'inspection du travail, de la commission
provinciale d'enquête et de conciliation ou devant la commission nationale d'enquête et de
conciliation, selon la nature du conflit collectif »

16
1- Tentative de conciliation au niveau de l’inspection du travail

Avant l’entrée en vigueur du code du travail, le législateur marocain a prévu les


procédures de conciliation et d’arbitrage en vertu du dahir du 19 janvier 1946. Mais cette loi
n’avait pas été bien accueillie par tant les syndicats des salariés que les employeurs et leurs
organisations ce qui a conduit à son échec du fait de la restriction de la légitimité du droit de
la grève, dont l’exercice était subordonné à l’ouverture de la procédure d’arbitrage12.

En dépit de l’échec de cette initiative législative, l’organe de l’inspection du travail a


gardé, son rôle d’acteur réel pour le rapprochement des opinions des parties en conflit, de
manière amiable. Ce rôle va être consacré comme la première étape du processus de
règlement amiable des conflits du travail en vertu du code du travail aux articles 551 et 552 13.

Le législateur par l’adoption de cette position, a élargi le domaine de compétence de


l’inspection du travail qui s’était limitée au contrôle de l’application des dispositions du code
du travail par les parties du contrat du travail. Cette extension de pouvoirs avait pour
conséquence que la résolution des conflits tant collectifs qu’individuels, reconnue à
l’inspection du travail, est désormais obligatoire.

Ce faisant, sont réputées impératives, les règles régissant le renvoi de tout différend à
l’occasion du travail susceptible d’entrainer un conflit collectif, au délégué du travail auprès
de la préfecture ou province, lorsque le conflit concerne un groupe de salariés à l’égard de
plus qu’une entreprise, ou à l’agent chargé de l’inspection du travail, lorsque le conflit
concerne une seule entreprise.

12
،‫ وجدة‬،‫ جامعة محمد األول‬،‫ أطروحة لنيل الدكتوراه في القانون الخاص‬،‫ دراسة مقارنة‬،‫ موقع التحكيم ضمن نزاعات الشغل‬،‫نبيل بوحميدي‬
‫ أطروحة‬،‫ مفتشية الشغل ودورها في ضمان الحماية العمالية‬،‫؛ صباح كوثر‬194‫ ص‬،2015.2014 ،‫كلية العلوم القانونية واالقتصادية واالجتماعية‬
194 ‫ ص‬،2005.2004 ،‫ السنة الجامعية‬،‫ الدار البيضاء‬،‫ عين الشق‬،‫ جامعة الحسن الثاني‬،‫ لنيل الدكتوراه في الحقوق‬.
13
Ainsi l’article 551 dispose que : « Lorsque le conflit collectif concerne plus d'une entreprise, la
tentative de conciliation a lieu devant le délégué chargé du travail auprès de la préfecture ou province.
Si le conflit collectif ne concerne qu'une seule entreprise, la tentative de conciliation a lieu devant
l'agent chargé de l'inspection du travail ».
Or l’article 552 prévoit que : « Lorsque le conflit collectif concerne plus d'une entreprise, la tentative de
conciliation a lieu devant le délégué chargé du travail auprès de la préfecture ou province. Si le conflit
collectif ne concerne qu'une seule entreprise, la tentative de conciliation a lieu devant l'agent chargé de
l'inspection du travail ».

16
En effet, au terme de cette étape, le procès-verbal de la conciliation doit être signé par
l’agent chargé de l’inspection du travail ou le délégué chargé du travail, et une copie doit être
remise aux parties concernées et le cas échéant notifiée. Si aucun accord n’intervient, le
conflit est soumis, dans un délai ne dépassant pas les trois jours, directement à la commission
préfectorale d’enquête et de conciliation, en application des dispositions des articles 555 et
55614.

2- Tentative de conciliation au niveau de la commission provinciale/préfectorale


d’enquête et de conciliation

Consacrant le principe de stabilité des relations du travail, et adoptant une logique de


coopération et de concertation entre les différents partenaires sociaux sous la supervision de
l’Etat, le code du travail a impliqué, à l’article 557, tous les acteurs concernés, dans la
constitution des commissions, provinciales. Il en est ainsi de l’autorité locale, des
organisations syndicales des salariés, des organisations professionnelles des employeurs.

S’agissant de la présidence de cette commission, elle a été confiée par la loi au


gouverneur de la province ou de la préfecture ; ce qui a suscité des opinions controversées au
sein de la doctrine.

Pour une opinion doctrinale15, l’attribution de la présidence de cette commission au


gouverneur, s’accommode largement avec le nouveau concept d’autorité, et l’objectif de la
réalisation de la paix sociale.

14
L’article 555 du code du travail dispose que : « À l'issue des séances de conciliation, le délégué
chargé du travail auprès de la préfecture ou province ou l'agent chargé de l'inspection du travail,
selon le cas, dresse immédiatement un procès-verbal où sont consignes l'accord total ou partiel, la
non- conciliation et, le cas échéant, la non-comparution des parties. Le procès-verbal est signé, selon le
cas, par le délégué chargé du travail auprès de la préfecture ou province ou par l'agent chargé de
l'inspection du travail ainsi que par les parties. Copie en est remise aux parties intéressées ou leur est
notifiée le cas échéant ».
L’article 556 du code du travail dispose que : « Si la tentative de conciliation n'aboutit à aucun accord,
le délégué provincial chargé du travail auprès de la préfecture ou province ou l'agent chargé de
l'inspection du travail ou encore l'une des parties prend l'initiative, dans un délai de trois jours, de
soumettre le conflit collectif du travail à la commission provinciale d'enquête et de conciliation ».
15
Abdellah BOUDAHRAIN, le droit du travail au Maroc, Tome I, société d’édition et de diffusion, al
madariss, Casablanca, 2005, p. 592-593.

16
En revanche, une partie de la doctrine16, a estimé que la présidence du gouverneur à cette
commission, ne va pas de pair avec la philosophie même de conciliation, réputée comme un
mode tendant, à éviter les conflits collectifs beaucoup plus que leur résolution.

Cet objectif ne pourrait être atteint que par le rapprochement des attitudes des parties au
conflit collectif à travers l’audition des différentes opinons. Et ce rôle suppose que la personne
chargée de cette mission jouisse de certaines qualités telles que, la relation personnelle et
directe avec les parties du litige collectif, la connaissance minutieuse du milieu professionnel
concerné par le conflit, ainsi que des domaines économiques, financiers et sociaux.

De telles qualités, ne pouvant être remplies totalement ou du moins partiellement par le


gouverneur, d’autant plus que celui-ci, souvent débordé, ne peut pas se pencher de la manière
la plus prompte au règlement des désaccords collectifs du travail nécessitant un traitement
rapide. C’est le délégué provincial ou le président de la cour d’appel qui doit présider cette
commission. Cette opinion s’avère soutenable dans la mesure où le délégué provincial connait
très bien le contexte du conflit, et le président de la cour d’appel, car, il détient l’expérience et
l’expertise nécessaires pour la résolution de leurs conflits.

3- Tentative de conciliation au niveau de la commission nationale d’enquête et de


conciliation

De prime abord, il convient de déterminer le positionnement de cette commission au


sein du processus de conciliation portant sur un conflit collectif. En effet, ladite commission
peut être saisie soit comme la troisième étape de la procédure de conciliation soit en tant que
le point de départ du règlement amiable.

Le premier cas correspond à l’hypothèse où la commission provinciale/préfectorale


d’enquête et de conciliation n’a pas su aboutir à une résolution du conflit collectif. Le
deuxième cas, quant à lui, se réalise lorsque le conflit collectif du travail s'étend à plusieurs
préfectures ou provinces ou à l'ensemble du territoire national17.

16
‫ ص‬،2004 ،‫ الطبعة األولى‬،‫ مراكش‬،‫ المطبعة والوراقة الوطنية‬،‫ الكتاب الثاني‬،‫ الجزء الثاني‬،‫ الوسيط في مدونة الشغل‬،‫عبد اللطيف خالفي‬
201‫ و‬200 ‫ ص‬،‫س‬.‫ م‬،‫ موقع التحكيم ضمن نزاعات الشغل‬،‫؛ نبيل بوحميدي‬215‫ و‬214.
17
L’article 565 du code du travail dispose que : « Le conflit est soumis à la commission nationale
d'enquête et de conciliation dans les deux cas suivants :
- lorsque le conflit collectif du travail s'étend à plusieurs préfectures ou provinces ou à l'ensemble du
territoire national ;

16
En ce qui concerne des parties intervenant dans le cadre de cette étape, il s’agit du
ministre chargé du travail en tant que président, de manière paritaire de représentants de
l’administration, des organisations professionnelles des employeurs et des organisations
syndicales des salariés les plus représentatives. Le secrétariat de la commission est assuré par
le chef de service de l’inspection du travail ; et ce conformément à l’article 564 du code du
travail.

Il faut noter, par ailleurs, qu’à la différence de la présidence de la commission


provinciale/préfectorale d’enquête et de conciliation, à laquelle le législateur n’a pas prévu, la
faculté de sa délégation, la présidence de la commission nationale d’enquête et de
conciliation, pourrait être attribuée, en vertu de l’article 564 du code du travail, à un vice-
président désigné par le président lui-même.

De surcroît, il est lieu de saluer le législateur du code du travail qui a, en vertu du


renvoi prévu à l’article 56618 aux dispositions des articles 558, exigé la convocation des
parties au conflit collectif, dans la mesure où leur présence permettrait d’une part, à la
commission de cerner les causes du conflit ainsi que toutes les données y afférentes, et d’autre
part aux parties du conflit de manifester des attitudes plus souples, allant jusqu’à présenter des
concessions. Et ce contrairement au mécanisme de la représentation, du moment où le
représentant se trouve toujours limité par les consignes qui lui ont été fixées et la concertation
de la partie qui la représente pour toute question imprévue. Cette situation qui provoquerait la
dilatation de la résolution du conflit et irait, ainsi, à l’encontre de la nature des conflits
collectifs du travail nécessitant la célérité de leur règlement pour préserver l’intérêt tant des
salariés que des employeurs et par conséquent de l’économie nationale19.

- si les parties au conflit ne parviennent à aucun accord devant la commission provinciale d'enquête et
de conciliation ».
18
C’est ainsi que L’article 566 du code du travail dispose que : « Le conflit est soumis à la commission
nationale d'enquête et de conciliation par le président de la commission provinciale d'enquête et de
conciliation ou par les parties concernées. Ladite commission remplit ses fonctions conformément à la
procédure arrêtée pour le fonctionnement de la commission provinciale d'enquête et de conciliation
prévue aux articles 558, 559,560 et 561 ci-dessus ».
19
L’article 558 du même code dispose que : « Le président de la commission provinciale d'enquête et
de conciliation convoque les parties au conflit par télégramme dans un délai ne dépassant pas
quarante-huit heures à compter de la date de sa saisine. Les parties doivent comparaître en personne
devant la commission ou se faire représenter par une personne habilitée à conclure l'accord de
conciliation si un cas de force majeure les empêche de comparaître. Toute personne morale, partie au

16
L’insuccès aussi bien intégral que partiel des différentes étapes préliminaires basées
sur le principe de la conviction, afin de trouver un sort positif, le conflit collectif serait soumis
à l’arbitrage si les parties ont convenu d’y recourir.

b- Arbitrabilité subordonnée à la volonté des parties au conflit collectif

En matière des conflits, notamment collectifs, du travail, il convient de préciser que le


recours à l’arbitrage peut être soit volontaire, lorsque les parties expriment librement leur
volonté, d’y recourir ou saisir la justice étatique, c’est d’ailleurs le principe, soit forcé,
lorsqu’il est imposé aux parties, par une disposition spéciale, ou une convention bilatérale. Et
partant, la volonté des parties est inopérante dans ce dernier type d’arbitrage.

Dans le cadre du système juridique marocain20, le règlement des conflits collectifs du


travail est opéré conformément au mode volontaire. Ceci dit, en cas d’échec de la procédure
de conciliation, la commission provincial/préfectorale, de l’enquête et de conciliation ou la
commission nationale de l’enquête et de conciliation, ne peut renvoyer l’affaire à l’arbitrage,
qu’après accord des parties concernées. C’est ce qui découle de l’alinéa 1 de l’article 567 du
code du travail21.

En revanche, l’arbitrage en matière du conflit collectif du travail pourrait être réputé


forcé, s’il a été stipulé au sein d’une convention collective. La force obligatoire de cet
arbitrage ne s’applique qu’à concurrence des conflits s’élevant entre les parties liées par cette
convention.

conflit, doit déléguer un représentant légal habilité à conclure l'accord de conciliation. Toute partie
peut se faire assister par un membre du syndicat ou de l'organisation professionnelle à laquelle elle
appartient ou par un délégué des salariés ».
20
Sachant que l’arbitrage dans le cadre des conflits collectifs du travail était obligatoire, sous le règne
du dahir du 19/1/1946, relatif à la conciliation et l’arbitrage des conflits collectifs du travail, mais il a
été abrogé par l’article 586 du code du travail.
21
Ainsi l’article 567 dispose que : « Si les parties ne parviennent à' aucun accord devant la commission
provinciale d'enquête et de conciliation et devant la commission nationale d'enquête et de conciliation
ou si des désaccords subsistent sur certains points ou encore en cas de non comparution de toutes ou
de l'une des parties, la commission concernée peut soumettre le conflit collectif du travail à l'arbitrage
après accord des parties concernées ».

16
Et si une opinion doctrinale considère, en faisant valoir l’article 550 du code du
travail, que l’arbitrage en matière des conflits collectifs du travail est obligatoire22, nous
estimons, tout en soutenant une autre position doctrinale23, que l’article 550 ne contient
aucune expression exigeant le recours à l’arbitrage dès lors qu’il s’agisse d’un conflit collectif
du travail, mais uniquement une présentation des modes permis pour le règlement amiable des
conflits collectifs24.

Ce qui renforce cette conception ce sont les dispositions postérieures dans lesquelles,
le législateur a prévu, de manière explicite, aux articles 551 et 553 cités ci-dessus, le caractère
obligatoire de la procédure de conciliation, chose qu’il n’a pas fait dans le cadre de l’article
567 ou il a utilisé l’expression « après accord des parties ». Cet accord qui ne peut être valable
que s’il résulte de la rencontre des volontés des parties au conflit et non pas de la volonté de
l’une d’elles.

En ce sens, le droit français du travail, adopte également, lorsqu’il s’agit d’un conflit
collectif du travail, l’arbitrage volontaire. Ainsi, l’article (L 2522-6) du code du travail
français, accorde aux parties la possibilité de soumettre le conflit qui les oppose à l’arbitrage
après échec de la procédure de conciliation25.

Ceci étant, si l’arbitrabilité des conflits collectifs du travail est expressément prévue
par le droit du travail marocain, conformément à un régime spécifique, qu’en est-il de
l’arbitrabilité dans le cadre des conflits individuels du travail ?

II- Reconnaissance controversée de l’arbitrabilité des conflits individuels du travail selon la


loi 08.05

22
‫ الندوة الجهوية الحادية عشرة المنعقدة‬،‫ التصالح والتحكيم كوسيلة لتسوية نزاعات الشغل الجماعية في ظل مدونة الشغل‬،‫محمد سعيد جراندي‬
171 ‫ ص‬،2007 ،‫بمناسبة الذكرى الخمسينية لتأسيس المجلس األعلى‬.
23
247 ‫ ص‬،‫س‬.‫ م‬،‫ الكتاب الثاني‬،‫ الجزء الثاني‬،‫ الوسيط في مدونة الشغل‬،‫ عبد اللطيف خالفي‬.
24
L’article 550 du code du travail dispose que : « Les conflits collectifs du travail sont réglés
conformément à la procédure de conciliation et d'arbitrage prévue à cet effet. Les conflits collectifs du
travail sont réglés conformément à la procédure de conciliation et d'arbitrage prévue à cet effet ».
25
L’article L 2522- 6 du code du travail français dispose que : « En cas d'échec de la procédure de
conciliation, le conflit est soumis soit à la procédure de médiation dans les conditions prévues au
chapitre III, soit à la procédure d'arbitrage prévue au chapitre IV si les deux parties en conviennent.

16
A la différence de l’arbitrabilité des conflits collectifs, que le législateur marocain a
reconnue à travers une règlementation propre en vertu du code du code du travail, celui-ci, n’a
prévu aucune disposition qui accorde ou interdit le règlement des conflits individuels du
travail par voie d’arbitrage.

Il s’est contenté, cependant, de prévoir la conciliation comme moyen de règlement


amiable des conflits individuels, qu’il s’agisse de la conciliation préliminaire effectuée par
l’inspecteur du travail en vertu de l’alinéa 3 de l’article 41 du code du travail, ou de la
conciliation judiciaire devant être accomplie par le juge comme une procédure obligatoire
avant de trancher le conflit individuel, conformément à l’article 277 du code de procédure
civile.

Ce silence du code du travail a ouvert la voie à des controverses doctrinales quant à


l’aptitude ou non du conflit individuel du travail à être soumis à l’arbitrage conformément aux
règles générales prévues au code de procédure civile en vertu de la loi 08.05 sur l’arbitrage
(a). Ce qui nous amène à faire recours à la jurisprudence afin d’examiner son rôle dans la
consécration de l’arbitrage en matière des conflits individuels du travail (b).

a- L’arbitrabilité des conflits individuels du travail entre la permission et


l’interdiction

Il s’avère plus utile d’analyser la position antagoniste à la susceptibilité des conflits


individuels du travail à être soumis à l’arbitrage (1), avant d’envisager celle lui étant partisane
(2).

1- La tendance partisane de l’inarbitrabilité des conflits individuels du travail

Les opinions doctrinales défendant l’inarbitrabilité des conflits individuels du travail,


divergent, toutefois, quant au fondement de leurs positions.

Pour certains, les conflits auxquels le législateur a instauré un équilibre minutieux


entre des intérêts opposés, ne peuvent être soumis à l’arbitrage. Il en est ainsi du conflit qui
oppose le salarié et l’employeur, dans la mesure où le recours à l’arbitrage serait susceptible
de compromettre aux garanties accordées à la partie faible26.

26
‫ سلسلة الندوات واللقاءات واأليام‬،‫ الندوة الثالثة للقضاء االجتماعي‬،‫ الصلح والتحكيم االختياري لحل نزاعات الشغل الفردية‬،‫مليكة بنزاهير‬
151 ‫ ص‬،2004 ‫ مارس‬،‫الدراسية‬.

16
D’autres opinions prônant l’interdiction de l’arbitrage en matière des conflits
individuels fondent leur position sur le fait que les questions relatives au travail sont
étroitement liées à l’ordre public27 ce qui constitue un motif d’écarter ces conflits du champ de
mise en œuvre de l’arbitrage28.

Ceci se justifie par le fait que l’ordre public social est la principale source de
protection du travailleur, il empêche en effet l’adaptation des normes à la pratique. De ce fait,
l’ordre public de protection rend indisponibles les droits d’un contractant considéré comme
partie faible. Il se caractérise généralement par un très grand formalisme. Ce qui fait que
l’arbitrabilité des conflits individuels du travail est difficilement envisageable29.

On trouve également une partie de la même tendance doctrinale qui considère que la
loi 08.05 sur l’arbitrage ne concerne que les transactions commerciales sans celles civiles dont
le contrat du travail constitue l’une d’elles. Selon cette opinion, si le premier alinéa de l’article
308 de la loi susmentionnée, permet aux parties la souscription d’une convention d’arbitrage
sur les droits dont elles ont la libre disposition, Dans le respect des dispositions de l’article 62
du D.O.C, le deuxième alinéa du même article, affirme que « peuvent notamment faire l'objet
d'une convention d'arbitrage les litiges relevant de la compétence des tribunaux de commerce
la convention d’arbitrage ».

Les tenants de cette attitude ajoutent que le législateur a exclu, expressément, les
litiges purement civils de toute possibilité d’en conclure une convention d’arbitrage, dans la
mesure où le législateur leur a consacré un autre moyen pour les régler à savoir la procédure
de conciliation prévue aux articles 41 et 532 du code du travail30.

27
L’ordre public est en soi difficile à définir, c’est l’une des notions juridiques les plus délicates à
cerner. Il peut tout de même être caractérisé comme une norme impérative dont les individus ne
peuvent s’écarter ni dans leur comportement ni dans leurs conventions et qui correspond à̀ des
exigences fondamentales considérées comme essentielles, en particulier la sauvegarde de certains
intérêts particuliers primordiaux tels l’ordre public de protection individuelle.
Voir : Association Henri CAPITANT, Vocabulaire juridique, sous la dir.de G.Cornu, PUF, v.ordre
public ; Florence CANUT, «L’ordre public en droit du travail », LGDJ, 2004.p.500.
28
23 ‫ ص‬،2002 ،4 ‫ عدد‬،‫ مجلة القضاء والتشريع‬،‫ المصالحة والوساطة والتحكيم في النزاعات الشغلية‬،‫ فاطمة الزهراء بن محمود‬.
29
Alexis FORGE, «Les modes alternatifs de règlement des litiges en droit du travail », mémoire de
master en droit et pratique des relations de travail, Université Panthéon-Assas Laboratoire de droit
social, Paris II, 2016, p.113

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2- La doctrine prônant l’arbitrabilité des conflits individuels du travail

Les défendeurs de la mise en œuvre de l’arbitrage dans le cadre des conflits individuels du
travail, estiment que ces conflits ne s’opposent pas avec l’arbitrage du moment que le conflit
du travail et la compétence d’en connaitre ne dépendent pas de l’ordre public, jusqu’à
interdire de soumettre le conflit individuel à l’arbitrage31. D’autant plus que le législateur n’a
prévu aucune disposition interdisant la possibilité de souscrire une convention d’arbitrage
dans les questions relatives à l’ordre public, car celui-ci ne doit pas représenter une entrave à
l’arbitrage.

De surcroit, il ne faut pas confondre les règles impératives et l’ordre public considéré
comme étant l’atteinte aux principes et fondements religieux, économiques et politiques de
l’Etat, en d’autres termes l’interdiction de toute atteinte aux intérêts suprêmes de l’Etat.

De même, ils avancent un argument qui s’avère pertinemment soutenable, selon lequel
l’article 309 de la loi 08.05 a énuméré à titre limitatif les matières inarbitrables dont les droits
résultant du contrat du travail ne figurent pas. Il s’agit, ainsi, des « litiges relatifs à l'état et à la
capacité des personnes ou aux droits personnels qui ne font pas l'objet de commerce ».

Et si le législateur a doté, les conflits collectifs du travail, d’un régime propre d’arbitrage,
cela ne signifie pas l’exclusion des conflits individuels du travail du champ d’application de
l’arbitrage32.

30
L’article 41 du code du travail dispose dans son alinéa 3, que « le salarié licencié pour un motif qu'il
juge abusif peut avoir recours à la procédure de conciliation préliminaire prévue au 4e alinéa de
l'article 532 ci-dessous aux fins de réintégrer son poste ou d'obtenir des dommages-intérêts ». De son
côté, l’article 532 alinéa 4 prévoit que : « les agents de l'inspection du travail sont chargés : de procéder
à̀ des tentatives de conciliation en matière de conflits individuels travail ».
31
95‫ و‬94‫ ص‬،‫س‬.‫ م‬،‫ موقع التحكيم ضمن نزاعات الشغل‬،‫نبيل بوحميدي‬.
32
Or, le droit français a adopté l’arbitrabilité des conflits individuels dans une seule situation. Il en est
ainsi des conflits survenant après la cessation du contrat du travail. C'est le Conseil de Prud’hommes
qui est compétent pour tous les conflits individuels du travail. Les juges du CPH que l’on appelle
«conseillers prud’homaux » sont élus par leurs pairs par le principe du paritarisme. La durée de leur
mission est de cinq ans.
Voir à ce sujet : MAMMADOV, O. (2018-2019), « Les conflits individuels et collectifs du travail : une
étude comparative sur la France et l’Azerbaïdjan », op.cit., p. 38.

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Mais, il a laissé la voie ouverte devant tout autre mode de règlement y compris l’arbitrage,
et ce en application des dispositions de l’alinéa 2 de l’article 127 du code du travail qui
dispose que : « Les conflits individuels de travail entre les parties liées par la convention
collective de travail, dans le cas où celle-ci ne prévoit pas de dispositions relatives à leur
règlement, sont réglés conformément aux dispositions législatives applicables en la
matière »33.

C’est cette position qui a été consacrée par la jurisprudence marocaine dans le cadre de
plusieurs décisions que nous aurons l’opportunité d’analyser ci-dessous.

b- Consécration jurisprudentielle de l’arbitrabilité des conflits individuels du travail

En présence de cette controverse doctrinale autour de la question de l’arbitrabilité ou


l’inarbitrabilité des conflits individuels du travail, il nous est avéré plus utile de nous recourir
à la jurisprudence.

En ce sens, la cour de cassation marocaine a rendu le 12 septembre 201334, un arrêt


énonçant qu’ : « aucune interdiction ne peut priver les parties d’un contrat du travail, de
mettre fin à leur rapport contractuel, par voie d’arbitrage en tant que mode alternatif de
résolution des conflits individuels du travail, en raison que le lien de subordination n’existe
plus, et partant il ne peut porter recours à l’encontre de la sentence arbitrale ».

33
Il est lieu de souligner que le législateur américain accorde un domaine très large à la volonté des
parties de régler leurs conflits de la manière qui leur convient. C’est ce qui explique le succès de
l’arbitrage dans les conflits du travail.
Voir à ce sujet :
‫ منشورات‬،2003 ‫ أبريل‬5‫و‬4 ‫ الندوة المنعقدة بكلية الحقوق بفاس يومي‬،‫ الطرق البديلة لحل النزاعات التجربة األمريكية نموذجا‬،‫محمد سالم‬
84 ‫ ص‬،2004 ،2 ‫ العدد‬،‫جمعية نشر المعلومات القانونية سلسلة الندوات واأليام الدراسية‬.

34
C.cass, Arrêt n° 1172, Dossier social n° 1163/5/2/2012, (inédit).

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Il en ressort que la jurisprudence marocaine a surmonté la problématique relative à la
validité du recours à l’arbitrage en matière des conflits individuels du travail. Désormais, il est
possible de soumettre un conflit individuel du travail à l’arbitrage avec tous les effets qui en
découlent. De même ledit arrêt a montré que le caractère protectionniste du droit du travail
n’est pas hostile à l’arbitrage dans le cadre des conflits individuels du travail.

Cette attitude a été adoptée précédemment par la même cours à l’occasion d’un arrêt
rendu le 15 décembre 200435, qui a considéré le recours à l’arbitrage pour régler les conflits
opposant l’employeur et le salarié ne comporte rien qui puisse atteindre la politique
économique de l’Etat comme il n’engendre aucune atteinte aux règles protectrices du salarié.

De même, d’autres décisions rendues de juridictions de degré inférieur, ont d’ores et déjà
affirmé que le caractère obligatoire de la convention d’arbitrage conclu entre parties au
contrat du travail, après la naissance du conflit en raison qu’elle constitue une convention
soumise au principe de la liberté de la volonté. Ce qui signifie implicitement l’approbation de
la mise en œuvre de l’arbitrage en matière des conflits individuels du travail36.

Conclusion 

Au terme de cette étude, il est lieu de constater que le régime juridique de l’arbitrabilité
des conflits du travail revêt un caractère tant hybride qu’incomplet. En effet, l’arbitrabilité des
conflits collectifs du travail, tout en jouissant d’une réglementation particulière au niveau du
code du travail, elle reste encore lacunaire. Il en est ainsi du caractère facultatif de la
procédure d’arbitrage. Les parties peuvent, ainsi, manifester leur volonté de ne pas soumettre
leur conflit à la voie arbitrale et saisir, en revanche, la juridiction étatique compétente.
L’absence du caractère obligatoire de l’arbitrage en matière des conflits collectifs du travail
vide cette réglementation de sa substance et de son efficacité.

De surcroît, l’arbitrabilité des conflits individuels du travail n’est pas encore prévue par
le code du travail, ce qui a provoqué des problèmes inhérents à la multitude des controverses
35
C.cass, Arrêt n° 1304, Dossier social n° 829/1/5, (inédit).
36
Parmi ces jugements, il est lieu de citer :
- TPI, Casablanca, n° 793, Dossier n° 9950/05, rendu le 25/1/2006, (inédit).
- TPI, Casablanca, n° 792, Dossier n° 9877/05, rendu le 25/1/2006, (inédit).
- TPI, Oujda, n° 821, Dossier n° 440/05/21, rendu le 10/05/2006, (inédit).

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doctrinales, avec toutes les conséquences juridiques qui en découlent en termes des pertes
économiques et sociales.

Le législateur est sollicité à prévoir un régime juridique propre et cohérent qui regroupe le
règlement par voie d’arbitrage des conflits tant individuels que collectifs du travail afin
d’assurer à la fois la pérennité de l’entreprise et une protection efficace des droits des salariés.

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