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XLII-­2016

ÉTUDES
C E LT I Q U E S
FONDÉES PAR

J. Vendryes

CNRS EDITIONS
15 rue Malebranche – 75005 Paris

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ÉTUDES CELTIQUES
Fondées par J. Vendryes

Revue soutenue par l’Institut des sciences humaines et sociales du CNRS

COMITÉ DE RÉDACTION

Président :
Pierre-­Yves Lambert
Président d’honneur :
Venceslas K ruta
Secrétaire :
Jean-­Jacques Charpy
Membres :
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Emmanuel Dupraz
Stéphane Fichtl
Brigitte Fischer
Patrick Galliou
Hervé L e Bihan
Jean L e Dû
Thierry L ejars
Secrétaire de rédaction :
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La rédaction remercie chaleureusement Christophe Bailly (AOROC, CNRS-­ENS)
pour sa contribution à l’iconographie de ce volume.
Pour tout ce qui concerne la rédaction de la revue et en particulier la soumission d’un article,
s’adresser à
Pierre-­Yves Lambert
212 rue de Vaugirard
75015 Paris
lambert.pierre.yves@gmail.com
et
Marie-­José Leroy
Laboratoire Archéologie et Philologie d’Orient et d’Occident (CNRS-­ENS)
marie-­jose.leroy@ens.fr
(Voir aussi « Recommandations aux auteurs » en fin de volume.)
Renseignements :
CNRS ÉDITIONS
15 rue Malebranche
75005 Paris
Tél. : 01 53 10 27 00
Fax : 01 53 10 27 27

© CNRS ÉDITIONS, Paris, 2016


ISSN 0373‑1928
ISBN 978‑2-­271-09359-2

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LE CELTIQUE *DUBNO-­ET *ALBIO-­
DANS UN ENSEMBLE DE NOMS DE PEUPLES,
DE DIEUX, DE PERSONNES ET DE LIEUX

par
Jacques LACROIX

En 1990, dans un article devenu célèbre, Wolfgang Meid, de l’université d’Innsbruck,


établissait une opposition dialectique entre Albiorix, le « Roi-­du-­Monde-­Clair  », «  du-­
Monde-­Céleste  », et Dumnorix, le «  Roi-­du-­Monde-­Obscur  », «  du-­Monde-­d’En-­Bas  »1.
Il y aurait eu pour les Celtes un monde supérieur, céleste et lumineux, et un
monde inférieur, profond, sombre et infernal (les humains vivant sur terre dans un
monde intermédiaire)2.
Vingt-­cinq ans après la publication du linguiste autrichien, nous voudrions revenir
sur la question, pour examiner si cette analyse pourrait être appliquée à des ethno-
nymes, des anthroponymes et théonymes, ainsi qu’à des toponymes celtiques ou d’ori-
gine celtique ; pour réfléchir aussi sur le sens de ces appellations et sur les conceptions
qu’elles véhiculaient.

1.  Le thème *dubno-­

Le thème celtique *dubno-­/*dumno-­ signifiait « bas », « profond » (sens de base


de l’indo-­européen *dheub-­ sur lequel il est formé)3 ; mais il devait avoir aussi le
sens de « monde ». Cette double acception se montre dans l’irlandais ancien, où
l’on trouve domun, « monde », « terre », à côté de domain, « profond » ; les autres
langues celtiques ont privilégié le second sens : gallois dwfn, cornique down, breton
ancien dumn et breton moderne don, « profond »4. À partir de là, on traduit le nom
de Dom(h)nall (anthroponyme fréquent en Irlande, qui a servi à nommer plusieurs
rois) par «  Celui-­qui-­règne-­sur-­le-­Monde-­Profond  »  ; Dumnacus (chef des Andes,
cité dans La Guerre des Gaules) devient « Celui-­du-­Monde-­Profond » ou du « Monde-­
Sombre » ; et Dubnorix ou Dumnorix (notable éduen évoqué dans la même œuvre)
se comprend comme le « Roi-­du-­Monde-­d’En-­Bas », voire le « Roi-­Ténébreux »,
car certains linguistes suspectent le thème *dubno-­ d’avoir été apparenté au thème

1. Meid, 1990.
2.  Ibid. Voir aussi Delamarre, 1999.
3. Pokorny, 1959, p. 267.
4.  LEIA, Lettre D, 1996, D-­163, 164, 168 ; Delamarre, 2003, p. 152.

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*dubu-­, qui signifiait en celtique « sombre », « noir » (le sens principal n’aurait pas
été affecté, mais des connotations ont dû jouer)5.

Ethnonymes de Bretagne insulaire

Plusieurs noms de peuples celtiques se montrent construits sur un radical dumno-­


(forme issue de dubno-­ par assimilation de nasale). En Bretagne insulaire, Ptolémée
cite les Δουμνόνιοι (Dumnonii)6. Leur ethnonyme a fait naître l’appellation du Devon,
en cornique Dewnens, en gallois Dyfnaint7. Après la chute de l’Empire romain, la
Dumnonia désignera le royaume des Brittones, formé à partir des Dumnonii et de
leurs voisins les Durotriges. Aux ve et vie siècles, une partie du peuple, ayant franchi la
Manche pour échapper à l’arrivée des envahisseurs saxons, s’installera sur les terres
d’Armorique. La contrée au nord de la Petite Bretagne prendra le nom de Domnonia :
la « Domnonée »8.
Un deuxième peuple de Grande-­Bretagne, qui vivait au sud de l’Écosse, devait
porter le même nom de *Dumnonii ; il est cité par Ptolémée sous la forme Δαμνόνιοι
(Damnonii)9, le -­α-­utilisé ayant été introduit par erreur, selon A.  L.  F.  Rivet et
C. Smith (certains manuscrits de Ptolémée et de l’Anonyme de Ravenne font du reste
paraître, pour les Δουμνόνιοι/Dumnonii précédemment évoqués, la même altération :
Δαμνόνιοι/Damnonii)10.
Il est possible, même si les faits restent incertains, qu’un troisième peuple de la
Bretagne antique soit à joindre aux deux précédents : les Dobunni, connus par une
inscription aux alentours de 105 de notre ère puis cités par Ptolémée11. Leur nom peut
être la déformation d’un ancien *Dubnŏniıˉ transformé par métathèse en *Dubŏnniıˉ
puis Dobunni.
Un quatrième peuple des îles Britanniques, cette fois mythique, tirait son appel-
lation du même thème : les Fir Domnann, évoqués dans le Lebor Gabála Érenn (Le
Livre des conquêtes de l’Irlande) comme une des trois composantes des Fir Bolg qui
débarquèrent en Irlande12. La baie de Malahide, proche de Dublin, portait autrefois
l’appellation d’Inber Domnann, l’« Embouchure des Fir Domnann »13. Dans la baron-
nie d’Erris (au nord-­ouest de l’Irlande), on rencontre aussi les microtoponymes Iorrais
Domnann, Mag Domnann et Dún Domnann14.

5. Meid, 1990, p. 436 ; Delamarre, 2003, p. 151‑152.


6.  Géographie, II, 3, 13.
7. Rivet et Smith, 1979, p. 343 ; Deroy et Mulon, 1992, p. 136‑137 ; Mills, 2011, p. 152.
8. K ruta, 2000, p. 586‑587.
9.  Géographie, II, 3, 7 et 8.
10. Rivet et Smith, 1979, p. 342‑343. On pourrait aussi envisager un thème *damniio-­, « maté-
riau », « matière », attesté en celtique insulaire : irl. damnae, gall. defnydd, bret. danvez (LEIA,
Lettre D, 1996, D-­21) ; mais quel sens aurait eu un ethnonyme pourvu d’un tel thème ?
11.  Géographie, II, 3, 12 et 13 ; Rivet et Smith, 1979, p. 339.
12. Rivet et Smith, 1979, p. 343 ; Jouët, 2012, p. 460‑461, 807.
13. Guyonvarc’h, 1980, p. 11 ; Koch, 2006, II, p. 750.
14. Koch, 2006, II, p. 750.

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LE CELTIQUE *DUBNO-­ET *ALBIO-­ 67

Quelle signification avaient les ethnonymes formés sur le celtique *dumno-­ ? On


a voulu y voir un nom emphatique : les « Maîtres-­du-­Monde », les « Dominateurs ».
Mais (si l’on tient compte de l’analyse de W. Meid) pourquoi les peuples concernés
se seraient-­ils dénommés «  Ceux-­du-­Monde-­Profond  », «  Ceux-­du-­Monde-­Sombre  »  ?
Ces traductions paraissent renvoyer à des conceptions mythiques, qui restent mysté-
rieuses. Même en intégrant l’idée indo-­européenne de trois mondes opposés (monde
d’en-­haut, monde d’en-­bas, monde médian)15, on ne comprend guère sur quel critère
la dénomination de « Monde-­Profond » a été appliquée à tel peuple plutôt qu’à tel
autre.
Il y a un autre sens que l’on n’a pas considéré16 et que nous voudrions ici explo-
rer. Xavier Delamarre a avancé que le préfixe *ēr-­ ou *ēri-­ avait pu servir à nom-
mer l’« ouest » chez les Celtes17. Nous envisagerons que l’appellatif *dubno-­ ait été
employé dans les langues celtiques pour désigner la notion voisine de « soleil cou-
chant », d’« occident ». Au sens étymologique du terme, l’occident désigne ce qui
tombe, ce qui se couche : occidens. Pour l’œil humain, l’astre s’incline au soir dans
cette direction du ciel, allant toujours plus bas, finissant par disparaître de l’horizon
terrestre ou des rivages de la mer dans la profondeur invisible. Le celtique *dumno-­a
précisément le sens de « bas », de « profond » ; en irlandais ancien, domain désigne
la « profondeur » ; l’expression inna fudumnai in moro signifie « dans les profondeurs
de la mer »18. Comme, d’autre part, domun désigne dans la même langue le « monde »,
la « terre », nous sommes amené à voir dans le celtique *dumno-­ une allusion à des
terres situées du côté où le soleil s’abaisse « profondément » et disparaît dans le
monde invisible pour laisser place à la nuit noire : des pays, des contrées placés à
l’ouest. Vérifions ces hypothèses sur les ethnonymes que nous avons rencontrés.
Les Dumnonii étaient installés à l’extrême sud-­ouest de la Bretagne insulaire,
dans la péninsule correspondant aux terres les plus occidentales (actuel Devonshire et
Cornouailles, plus une partie du Somerset). On a tenté de faire d’eux les « Habitants-­
des-­profondes-­Vallées », solution manquant de crédibilité. On a envisagé qu’ils se
soient placés sous la protection d’un dieu *Dumnū ou *Dumnōnū19 ; mais cette divi-
nité n’est pas attestée. Pour d’autres analystes, dont W. Meid, nous avons vu qu’ils se
seraient déclarés les « Maîtres-­du-­Monde », mais pourquoi du monde profond ? Nous
proposerons de comprendre leur nom comme ayant désigné le « Peuple-­établi-­du-­côté-­
du-­Soleil-­Couchant », là où l’astre vient plonger dans la « profondeur » des ondes.
Les Damnonii cités par Ptolémée étaient également orientés à l’occident. Ils
étaient installés dans la région de Glasgow et d’Ayr, sur un territoire largement tourné
vers la façade maritime ouest de l’estuaire de la Clyde : comprenant en particulier les
actuels comtés de Dunbartonshire, Renfrewshire et Ayrshire20.

15. Delamarre, 1999, p. 32‑33.


16.  À l’exception de Jullian, 1909, p. 322, n. 2, et p. 418, n. 4, dans deux notes de bas de page
de son Histoire de la Gaule, et de Taverdet, 2012, dans une recherche à la base de laquelle nous
avions été associé pour l’analyse des noms propres en *dubno-­, ébauche de cet article.
17. Delamarre, 2008 et 2009.
18.  LEIA, Lettre D, 1996, D-­164.
19. Jackson, cité dans Rivet et Smith, 1979, p. 343.
20. Rivet et Smith, 1979, p. 343‑344.

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Les Dobunni se trouvaient aussi établis au ponant (terme qui désigne étymolo-
giquement « ce qui se pose, se couche ») : essentiellement dans la région de Bristol
et de Gloucester, qui s’ouvre sur l’estuaire de la Severn donnant accès aux côtes de
l’Angleterre, en direction du soleil du soir.
Le peuple légendaire des Fir Domnann aurait-­ il désigné des «  Hommes-­
Sombres  »  ? Des «  Hommes-­qui-­viennent-­du-­Monde-­d’En-­Bas  »  ? On pressent de
nouveau un domaine mythique, difficile à interpréter. Une déesse *Domnū a été
envisagée21 ; elle n’est nulle part attestée. Le Livre des conquêtes de l’Irlande donne
une explication fondée sur la condition servile passée des Fir Domnann : ils étaient
employés aux travaux forcés de la mine, devant creuser la terre toujours plus profon-
dément22. La même interprétation a été avancée pour les Dumnonii, installés dans un
pays riche en gisements stannifères23. Faute d’explication satisfaisante, une majo-
rité d’analystes a tenté d’éclairer la ressemblance des noms entre les Fir Domnann
et les trois peuples des Damnonii, des Dobunni et des Dumnonii par l’existence
de liens ethniques : n­ ’aurait-­on pas affaire à de mêmes populations originaires de
Cornouailles, dispersées pour échapper à la conquête romaine ? En réalité, l’appel-
lation des Fir Domnann se justifie par le fait qu’ils étaient des « Hommes-­du-­Pays-­
du-­Soleil-­Couchant » : venus habiter l’Irlande, à l’occident du monde celtique. Cette
étymologie serait d’autant moins étonnante que les noms du pays : Ériu > Éire et
Iraland > Irlande, ont été suspectés d’être en rapport étymologique avec un thème
linguistique ayant désigné l’« ouest »24. L. Deroy et M. Mulon évoquent à ce propos
une racine *ier25, qu’on pourrait rapporter au celtique *ēri-­ à l’origine de l’irlandais
ancien íar, de *eiro-­< *epi-­pro, « derrière », « à l’ouest », évoqué par X. Delamarre.

Toponymes de Bretagne insulaire

Appliquée à des appellations de peuples, notre analyse peut-­elle trouver confir-


mation dans des noms de lieux de Bretagne insulaire correspondant à des emplace-
ments du côté du soleil couchant ?
La ville d’Exeter, dans le Devonshire, avait pour appellation ancienne Isca
Dumnoniorum (attestée dans l’Itinéraire d’Antonin)26. C’était la cité sur les rives du
« fleuve Exe »  : oppidum celte puis bastide et ville romaine, en bordure de la Manche,
dans la pointe sud-­ouest de l’Angleterre. Cependant, elle ne devait son qualificatif de
Dumnoniorum qu’au fait qu’elle était la capitale des Dumnonii.
À l’extrémité de la péninsule de Cornouailles, s’avance dans la mer le cap Lizard.
Ptolémée l’appelle Δαμνόνιον ἄκρον (promontorium Damnonium)27, forme altérée de

21. Rhys, cité dans Rivet et Smith, 1979, p. 343.


22. Guyonvarc’h, 1980, p. 11.
23. Rivet et Smith, 1979, p. 343 ; K ruta, 2000, p. 586.
24. Fick et al., 1894, p. 45 ; L osique, 1971, p. 123 ; Deroy et Mulon, 1992, p. 232.
25. Deroy et Mulon, 1992, p. 232.
26. Rivet et Smith, 1979, p. 342‑343, 378.
27.  Géographie, II, 3, 2.

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LE CELTIQUE *DUBNO-­ET *ALBIO-­ 69

Dumnonium28. Nous voyons que ces terres sont parmi celles qui sont le plus à l’ouest
de toute la Grande-­Bretagne. Leur dénomination celtique ancienne devait souligner
cette situation, même si l’on note l’appartenance aux Dumnonii, comme dans le cas
précédent.
À l’autre extrémité de la Grande-­Bretagne, dans le nord-­ouest de l’Écosse, il est
plus étonnant de constater qu’il existait dans l’Antiquité une Dumna insula, citée par
Pline29 puis par Ptolémée30. Elle a été identifiée à Lewis et Harris, île des Hébrides
extérieures31. On a fait de cette Dumna insula une terre « profonde » : jugée secrète,
mystérieuse. Ou une île de la mer « profonde » : terre excentrée, lointaine. Certains
y ont vu le nom d’une divinité, à laquelle on avait déjà recouru sans qu’elle soit
attestée32. D’autres ont évoqué la présence de tourbières dans la partie nord de l’île,
le toponyme étant censé s’expliquer par un gaélique Dubh Moine ou Dubh Monadh,
« tourbe noire ». Toutes ces hypothèses nous semblent à écarter. La Dumna insula
était simplement l’«  Île-­
du-­
Soleil-­
Couchant  ». Confirmation de ce sémantisme :
aujourd’hui, l’archipel des Hébrides est parfois appelé Western Isles, les « Îles de
l’Ouest ». Cette dénomination n’est que la traduction, l’adaptation moderne du nom et
du sens celtiques anciens.
Remarquons, pour les différents ethnonymes et toponymes cités, le lien des
territoires concernés avec la mer : les populations voyaient le soleil à l’ouest s’en-
foncer « profondément » dans les eaux où il disparaissait. Issus du même radical
indo-­européen *dheub-­ à l’origine des noms cités, le grec βυϑός et l’ionien βυσσός
désignaient la « profondeur de la mer »33. Comme il a dû avoir des rapports avec le
celtique *dubus, « noir », le celtique *dubnos a eu sans doute des connexions avec le
thème voisin *dubron, « eau », et en a reçu des connotations, même si l’apparente-
ment reste incertain34.

Ethnonymes gaulois

Examinons maintenant si nous pouvons trouver confirmation de ces analyses dans


d’autres terres celtiques. Retrouvait-­on en Gaule des noms de peuples ou des noms
de lieux issus du thème *dubno-­ ?
César note que les Nerviens avaient comme clients les Geidumni35. À l’élément
-­dumni se montre joint un autre composant, difficile à déterminer. C. W. von Glück
restituait un celtique *geio-­, « ardent », « impétueux », qu’il reliait au gallois gai,
« écume », faisant des Geidumni des « Fougueux »36. On peut envisager que le celtique

28. Rivet et Smith, 1979, p. 344.


29.  Histoire Naturelle, IV, 104.
30.  Géographie, II, 3, 14 et VIII, 3, 10.
31. Rivet et Smith, 1979, p. 342.
32.  Ibid.
33. Pokorny, 1959, p. 267.
34.  LEIA, Lettre D, 1996, D-­123 ; Delamarre, 2003, p. 152.
35.  Bellum Gallicum, V, 39.
36. Holder, 1896, col. 1993.

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gai, « écume », se soit appliqué aux eaux « agitées » de la mer, la peuplade étant dési-
gnée comme « Ceux-­des-­Flots-­du-­Couchant » : établie près des rivages de la mer du
Nord. Une explication différente n’est pas à exclure. Un thème celtique *geso-­/*gaiso-­
nommait un « fer de javeline » (lat. gaesum), mais vraisemblablement aussi, par méta-
phore toponymique, une « pointe de terre », un « cap », une « île à la forme étirée »37. La
peuplade pouvait être installée dans les îles ou presqu’îles de Zélande, vers la limite
des actuels Pays-­Bas. Dans les deux hypothèses, elle se trouvait sur la frange occiden-
tale des Nerviens (thème *dumno-­), à l’extrémité nord-­ouest du peuplement celtique
belge, par rapport à la plaine d’outre-­Rhin d’où venaient les migrations.
Dans la Bretagne armoricaine, Strabon, reprenant les indications de Pythéas et
d’Ératosthène, mentionne le peuple des Ὠστιμίοι (Ostimii)38. Or, certains manuscrits
de la Géographie les appellent Ὠστιδάμνιοι (Ostidamni)39. Pour de nombreux celti-
sants, ces Ostidamni ou Ostimii sont l’appellation ancienne des Ὀσίσμιοι (Os[s]ismi),
ethnonyme utilisé par le même Strabon au livre IV40. Au radical -­damn-­ (qu’on trouve
chez l’auteur grec à la place de -­dumn-­) s’est ajouté un élément Osti-­, présent sous la
forme Ossi-­ dans le nom des Osismes. Il provient d’un celtique *ostimos, « ultime »,
« extrême », comparable au latin postumus41. Les Ostidamni étaient donc le « Peuple-­
de-­l’Extrémité-­des-­Terres-­du-­Couchant  », les «  Ultimes-­de-­l’Ouest  »  : dernier terri-
toire établi à la pointe occidentale de l’Armorique (Finistère nord et Ouessant).
Parmi les petites peuplades de la Gaule Aquitaine, Pline cite les Pinpedunni42.
Les variantes Pinpedumni et Pindedunni révèlent comme second composant l’élément
-­dumn-­, devenu -­dunn-­ par assimilation. Il suggère une implantation à l’extrémité
occidentale des Pyrénées, près de la bordure maritime (ce qui concorde avec l’exposé
du naturaliste, citant des peuplades périphériques). Le premier élément est identi-
fiable au celtique pempe, « cinq » ; mais on peut aussi y voir une variante du thème
penno-­, « extrémité », « tête », « pointe »43. On songera en ce cas à une avancée des
terres dans la mer, près de laquelle la peuplade aurait été établie : cap d’Hendaye ou
cap du Figuier.

Toponymes gaulois

Après des ethnonymes, peut-­on trouver trace de toponymes gaulois formés sur le
thème *dubno-­ ?
Grâce à la correspondance d’Ausone, poète aquitain du ive  siècle, nous savons
que son ami Théon possédait sur l’ancien territoire médulle une propriété nommée

37. Lacroix, 2012, p. 73‑74, avec traces toponymiques ; également Lepelley, 1999, p. 18.
38.  Géographie, I, 4, 3.
39. Fleuriot, 1980, p. 311 ; Billy, 1993, p. 117.
40. Jullian, 1909, p. 418 ; Fleuriot, 1980, p. 311‑312 ; Abalain, 1989, p. 13‑14.
41. Fleuriot, 1980, p. 312.
42.  Histoire naturelle, IV, 108.
43.  *Penne-­a pu se dissimiler en Pinde-­ comme Gobann-­/Gobenn-­s’est mué en Gobe(n)d-­sur
l’inscription gauloise d’Alise-­Sainte-­Reine (L-­13).

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LE CELTIQUE *DUBNO-­ET *ALBIO-­ 71

Dumnotonus44. Ce toponyme est resté inexpliqué. Cependant, le premier élément du


nom est à rapporter sans conteste au thème *dubno-­. Cette appellation correspondait
parfaitement au lieu d’implantation de la villa. Ausone écrit en effet au sujet de son
ami, chasseur, pêcheur et gentleman farmer45 :
« Je veux saluer Théon, paysan libre en Médoc.
Que fais-­tu donc là-­bas [à Dumnotonus], aux dernières rives du monde ?
Poète fermier des sables, qui laboures la grève,
Aux bords où l’océan se meurt et le soleil se noie. »
Comprenons que Théon habitait à l’extrémité ouest des terres. De fait, les his-
toriens situent sa demeure dans la pointe du Médoc, sans doute à proximité de
Soulac-­sur-­Mer, peut-­être sur l’actuel territoire du Verdon-­sur-­Mer (Gironde)46.
Nous reconnaîtrons dans la seconde partie du toponyme Dumno-­tonus un terme
celtique attesté dans plusieurs langues des pays celtes : ancien irlandais tonn, « jet
de liquide », « vague », employé en poésie pour désigner la « mer », gallois et cor-
nique ton, « vague », breton tonn, « vague », « flot »47. La propriété de Théon était
donc baptisée la villa des « Flots-­du-­Soleil-­Couchant » (il y a encore aujourd’hui
des « Villa des Flots bleus » et des « Villa Soleil Couchant » sur la même côte
Atlantique).
Entre l’embouchure de la Vilaine et l’estuaire de la Loire, on trouve, à 7 km au
large des côtes, l’île Dumet (la seule île en mer de Loire-­Atlantique). Son nom ancien,
Adumeta insula au xie siècle, peut remonter à une formation *Dumn-­eto-­/*Dumn-­eta,
l’élément Dumn-­ayant évolué en Dum(m)-­par assimilation consonantique. La posi-
tion de l’île, à l’extrême ouest des Pictaves et à l’extrême ouest de la Gaule, justifierait
son nom de « Terre-­au-­Couchant ».
Dans le département de la Loire, l’appellation de la ville de Roanne provient d’un
antique Rodumna (‘Ρόδουμνα, ‘Ρουδούμα chez Ptolémée48, Roidomna dans la Table
de Peutinger49). Roanne a été un village gaulois au iie siècle avant notre ère, comme
l’ont montré les fouilles effectuées dans la localité50. Elle aurait été dénommée la
« Très-­Profonde », sens qui ne peut convenir car le site d’établissement n’était pas
encaissé. Roanne tire sans doute son appellation de sa rivière (cas assez fréquent dans
les noms de villes) : en l’occurrence le Renaison, encore appelé Roenna au Moyen
Âge51. Ce cours d’eau, qui jette ses ondes dans la Loire à Roanne, arrive directement
de l’ouest. Il naît à une trentaine de kilomètres dans les monts de la Madeleine, juste
à la limite occidentale du territoire ségusiave. L’hydronyme doit s’expliquer par cette
localisation : pour le peuple ségusiave, le Renaison représentait la rivière venant du
« plein-­couchant ».

44.  Epistulae, II, 4, Ausonius Theoni, in Ausone, 2010, p. 440.


45.  Ausone, 2010, p. 441.
46. Nicolaï, 1938, p. 72 ; Étienne, 1962, p. 354 ; Sion, 1994, p. 298.
47.  LEIA, Lettres T-­U, 1978, T-­109.
48.  Géographie, CCXVII, 4.
49.  Section I, C, 1.
50. Lavendhomme et Guichard, 1997.
51. Billy, 2011, p. 466.

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72 Jacques LACROIX

2.  Le thème *albio-­

Changeons à présent d’horizon. De l’occident, passons à l’orient ; du soleil cou-


chant, tournons-­nous vers le soleil levant. Ce sera le deuxième volet de l’enquête.
Symétriquement au thème *dubno-­, « profond », suspecté d’avoir été connoté
par l’idée de noir (*dubu-­), il a existé chez les Celtes un thème *albo-­ ou *albio-­,
issu d’une racine indo-­européenne *albho-­, « blanc »52. On le retrouve à l’origine de
toute une série de mots et de noms celtiques, où il a dû signifier « lumineux », mais
aussi « haut », « céleste »53. Cependant, il existait en gallois médiéval un terme appa-
renté, elfydd, ayant le sens avéré de « monde », « pays »54. Aussi, parallèlement à
Dubnorix, le nom d’’Aλβιοριξ (Albiorix), prince galate ayant vécu au ier siècle de notre
ère, a-­t‑il été traduit comme le « Roi-­du-­Monde-­d’En-­Haut » ou le « Roi-­du-­Monde-­
Lumineux »55. À ces acceptions du thème *alb(i)o-­, nous ajouterons celle de « soleil
levant », d’« orient » (qui peut se combiner aux précédentes) : Albiorix aurait été le
« Prince-­de-­l’Est ». L’orient désigne étymologiquement ce qui sort, ce qui se lève,
ce qui s’élève : oriens ; or le celtique *alb(i)o-­ nommait à la fois la blancheur de la
lumière naissante et le mouvement d’ascension de l’astre dans le ciel. En opposition
symétrique à *dubno-­, nous verrons donc dans le thème *alb(i)o-­une allusion à des
zones géographiques situées du côté où le soleil rayonnant monte vers le domaine
céleste : des pays, des terres, placés à l’est ou au sud-­est. Remarquons que le latin
alba, « blanche », « claire », issu du même radical indo-­européen, est à l’origine du
nom français de l’aube, qui désigne la première clarté blanche du matin dans la direc-
tion du levant.

Ethnonymes gaulois

Comme pour le thème *dubno-­, nous trouvons des noms de peuples formés sur le
thème *albio-­.
Cités par César et par Pline, les Albici (distingués par Strabon entre ’Αλβιεĩς et
’Αλβίοιχοι, Albiens et Albièques) avaient un ethnonyme fait sur ce thème56. C’était le
« Peuple-­du-­Pays-­Lumineux », peut-­être une fédération de peuplades gauloises. Leur
centre principal d’établissement se situait sur des terres entre le Vaucluse actuel
et les Alpes-­de-­Haute-­Provence, dans la région d’Apt57. Leur souvenir se retrouve
dans l’appellation du pays d’Albion, de la montagne d’Albion, du plateau d’Albion,
ainsi que des villages de Saint-­Christol-­d’Albion (Vaucluse) et de Revest-­du-­Bion
(Alpes-­de-­Haute-­Provence)58. À une soixantaine de kilomètres plus à l’est, est établie

52. Pokorny, 1959, p. 30‑31 ; Delamarre, 2003, p. 37‑38.


53. Delamarre, ibid.
54. Schmidt, 1957, p. 120 ; Pokorny, op. cit., p. 30 ; Rivet et Smith, 1979, p. 248.
55. Meid, 1990, p. 436‑437 ; Delamarre, 2003, p. 38.
56. Barruol , 1958, et 1969, p. 273‑277.
57.  Ibid.
58. Barruol , 1958, p. 239‑240, et 1969, p. 275 ; Lacroix, 2012, p. 28, 57.

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LE CELTIQUE *DUBNO-­ET *ALBIO-­ 73

la localité de Riez, dont l’ancien nom était Alebaece59, ce qui laisse supposer une
présence albique en ces lieux ; à quelques kilomètres, le village d’Albiosc garde vrai-
semblablement trace de ce groupe d’Albici60.
Dans les différents lieux attachés aux noms cités, on a souligné l’idée d’éléva-
tion (contraire à celle de « profondeur » présente dans le thème *dubno-­) : ils cor-
respondent à des zones de préalpes. On y a perçu aussi la notion de blancheur (en
opposition aux noms en *dubno-­, influencés par l’idée de « noir ») : ce serait une
allusion à la neige recouvrant l’hiver les hauteurs, ou au soleil dont l’éclat se reflète
l’été sur les pierres calcaires61. Ces connotations étaient sans doute agissantes, mais
on avait affaire surtout à des territoires « du-­Soleil-­Levant » : situés à l’est de la Gaule,
baignés des rayons ascendants de la lumière, comme le couchant était accompagné
des ombres de la nuit.
Albi, dans le Tarn, est appelé Albigensium civitas au ve siècle, ce qui apparenterait
son nom à celui des Albici. La localité ne se montre pas implantée à l’est. Mais on fait
l’hypothèse qu’une fraction des Albiques, jusque-­là établis en Haute-­Provence, était
partie s’installer chez les Rutènes, dans le secteur d’Albi62.

Territoires d’Espagne
et de Grande-­Bretagne celtiques
En dehors de la Gaule, deux appellations de territoires issues du thème *albio-­
semblent poser problème, car on les trouve à l’ouest des terres celtiques.
En premier lieu, la peuplade celtique des Albiones, établis dans le nord-­ouest
de la péninsule Ibérique63, ce qui semble contredire nos analyses. En fait, comme
nous l’avons vu pour le nom de Roanne et du Renaison, les notions d’ouest et d’est
peuvent s’être appliquées non pas à l’ensemble des peuples d’une nation, mais à
un seul de ses composants. Si, au lieu de toute l’Espagne celtique, on prend en
compte seulement la Galice romaine et la Callaecia qui l’a précédée, force est de
reconnaître que les Albiones se trouvaient sur la côte orientale de ce territoire,
juste contre la frontière est avec les Astures (la rivière Navia ayant dû marquer la
limite)64. Pour les différentes populations galiciennes, les Albiones étaient donc les
«  Gens-­établis-­au-­Soleil-­Levant  ».
La Grande-­ Bretagne s’appelait jadis Albion : terme attesté chez le Pseudo-­
Aristote, Pline l’Ancien, Marcian, chez Avienus, etc.65. Ce nom, rapporté au cel-
tique *albio-­, « lumineux », a été expliqué par les falaises crayeuses du Kent, vues
du continent. Plusieurs commentateurs jugent l’étymologie de la « Blanche » Albion

59. Pline, Histoire naturelle, III, 36.


60. Billy, 2011, p. 56, 463‑464.
61. Barruol , 1963, p. 359.
62. Billy, 2011, p. 56.
63. K ruta, 2000, p. 398.
64. Tranoy, 1981, p. 157 et carte III.
65. Rivet et Smith, 1979, p. 247‑248.

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74 Jacques LACROIX

assez improbable : les falaises blanches sont limitées à des zones bien précises ; elles
ne sauraient avoir caractérisé toute l’île de Bretagne ; et on a du mal à croire que tant
de peuples insulaires se soient nommés sur une particularité purement physique66.
W. Meid a proposé de comprendre le nom d’Albion comme ayant signifié le « Monde-­
Lumineux », le « Monde-­d’En-­Haut »67 ; mais quel sens a eu cette désignation ? Si
nous suivons notre interprétation du thème *albio-­, nous aboutissons à un résultat
pire encore : comment la Bretagne insulaire aurait-­elle été nommée le « Monde-­de-­
l’Est », alors qu’elle se situe parmi les terres les plus occidentales des Celtes ? En
réalité, il faut prendre comme repère l’Irlande, qui est la dernière terre à l’ouest. On
a vu que cette position pourrait expliquer, pour certains, les noms d’Éire et d’Irlande,
qui seraient à relier à une racine celtique ayant désigné l’« ouest ». Pour les anciens
habitants de l’Irlande, l’île de Bretagne aura été perçue comme une terre placée à
l’est : du côté du soleil levant ; pour les mêmes raisons, l’Écosse a pu être désignée
ensuite par le même nom. Ce n’est sans doute pas un hasard si l’appellation d’Albion,
délaissée au fil des siècles, est restée longtemps ancrée dans la tradition irlandaise :
il avait dû émaner d’elle.

Toponymes d’Espagne celtique

Outre des noms de peuples, des noms de localités antiques se montrent formés sur
le thème *albio-­(exactement comme pour le thème *dubno-­).
La localité d’Albacete (jadis Alba Cita) est placée très à l’est dans la péninsule
Ibérique, sa province étant située dans le « Levant espagnol » ; elle devait en outre
se trouver à l’extrémité orientale des Oretani. Un toponyme antique Albonica, noté
dans l’Itinéraire d’Antonin, correspondait à un relais sur la voie de Laminium à
Caesarea Augusta ; on l’identifie à la petite localité d’Alba, à 35 km de Teruel, jadis
chez les Turbolétiens, peuple celtibère complètement à l’orient de la péninsule68.
D’autres établissements ont été implantés à l’ouest de l’Espagne, mais ils semblent
bien avoir été situés à l’est du territoire d’un peuple. Albocela, à Villalazán, près
de Zamora, est citée par Ptolémée (’Aλβόκελα)69 puis dans l’Itinéraire d’Antonin ;
elle pouvait se trouver vers l’extrémité nord-­est des Vettones, près des Vaccéens.
*Albucrarum, évoquée chez Pline par ses habitants les Albucrarenses70, correspondait
sans doute à la localité de Tresminas, au nord du Portugal71 ; on était chez les Callaeci
Bracari, vers le sud-­est de leurs terres.

66.  Doutes exprimés en particulier par Guyonvarc’h, 1962, p. 625, et 1963, p. 371 ; Rivet et
Smith, 1979, p. 248 ; Delamarre, 2003, p. 37‑38.
67. Meid, 1990, p. 435‑436.
68. Roldan, 1975, p. 211 ; Erkoreka, 1997.
69.  Géographie, II, 6, 50.
70.  Histoire naturelle, XXXIII, 80.
71. Lacroix, 2010, p. 128.

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LE CELTIQUE *DUBNO-­ET *ALBIO-­ 75

Toponymes gaulois ou d’origine gauloise

Sur le territoire de l’ancienne Gaule, nous repérons une concentration impor-


tante de toponymes issus d’un radical alb-­dans le Centre-­Est et le Sud-­Est, ce qui
s’accorde bien avec le sémantisme du thème. Dans le Doubs, est établie la petite
commune d’Aubonne (Albonna en 1028), sur des terres jadis à l’est des Séquanes.
En Savoie, nous trouvons Albiez-­Montrond (Albiadis en 739, forme altérée d’Albiacis
cité en 1184), dans la vallée des Arves ; Montricher-­Albanne (Albana au xie siècle),
dans la vallée de la Maurienne ; aussi Albens (Albinno, Albenno sur des monnaies
mérovingiennes), ancien vicus gallo-­romain, implanté dans une petite région à la
limite du Genevois, appelée Albanais ou pays de l’Albanais (pago Albanense vers
l’an mil). Ces différents villages offrent, certes, de vastes panoramas sur les mon-
tagnes ; mais, surtout, leur lieu d’établissement se montre à l’extrémité centre-­est
de la France, jadis zone est de la Gaule. On ajoutera le nom de la commune de
L’Albenc, en Isère (Albenc au xive siècle), installée en bordure de la plaine alluviale
de l’Isère, mais qui se situait à l’est des territoires gaulois, tournée vers les sommets
alpins.
À 12  km de Montélimar, on atteint la localité d’Alba-­la-­Romaine (Ardèche),
ancienne capitale des Helviens. Le qualificatif de Romaine ne date que de 1986.
Le nom d’Alba a été restitué par décret en 1903 ; il avait évolué en Albs (1275)
puis Aps (1464)72. Le toponyme antique d’Alba est cité pour la première fois par
Pline l’Ancien73. Il correspond à une création de ville sous le règne d’Auguste.
Cependant, le site montre des traces d’occupation dès le vie siècle avant notre ère,
au premier puis au deuxième âge du Fer, avec l’installation d’un habitat aggloméré
au milieu du ier siècle avant notre ère74. Son appellation est d’origine celtique et
non latine. Elle ne renvoie pas à une implantation sur une hauteur ou à un envi-
ronnement de roches blanches (on est dans une petite plaine), mais désigne un
établissement deux fois à l’est : à l’est de la Gaule et à l’est des Helviens (Alba était
très excentrée par rapport à son territoire). À 20 km, est établi le bourg d’Aubenas,
jadis agglomération gallo-­romaine, et vraisemblablement ancien établissement
gaulois75. Son nom (Albanense en 945 ; Albenate en 950) provient du même thème
celtique avec double suffixe -­an-­ate. Dans le Vaucluse, à 30 km du plateau d’Al-
bion et de la montagne d’Albion, est installé le village du Barroux (Albarusso en
1113, la première syllabe ayant été prise ensuite pour un déterminant). À 70 km
à l’est, nous trouvons, près de Sisteron, la petite commune d’Aubignosc (Albinosco
en 1040).
Plus loin au sud-­est, deux localités portaient un nom issu du même thème *albio-­,
selon le témoignage de Strabon76 : ’Aλβιον ’Iντεμέλιον (Albium Intemelium) deve-
nue Vintimille, juste après la frontière française, et ’Aλβίγγαυνόν (Albingaunum),

72. Billy, 2011, p. 54.


73.  Histoire naturelle, III, 36 et XIV, 43.
74. Dupraz et Fraisse, 2001, p. 109‑111.
75.  Ibid., p. 202‑206.
76.  Géographie, IV, 6, 1.

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76 Jacques LACROIX

à ­l’origine de l’appellation de la ville d’Albenga77. On a relié ces toponymes à la


proximité des hauteurs alpines. Il faut aussi prendre en considération leur position
orientale par rapport aux territoires gaulois.

Oronymes

Situé dans une zone géographique où étaient établis une série de peuplades
et de peuples gaulois, le massif des Alpes pourrait avoir un nom à rattacher au
thème celtique *albo-­. Il est cité par Polybe sous la forme grecque ’Aλπεις, au
iie  siècle avant notre ère78. Son appellation était jugée celtique dans l’Antiquité :
Servius79 affirme que le terme désignait de « hautes montagnes dans la langue des
Gaulois » (de Alpibus quae Gallorum lingua alti montes vocantur). Comme l’a envi-
sagé R. Thurneysen, il est tout à fait possible que le nom latin d’Alpes soit l’adap-
tation d’un celtique *Albos, formé sur le thème *albo-­, « haut », « céleste »80. Du
reste, Strabon, dans sa Géographie, rapporte qu’« Alpia ou Alpina se disait autrefois
Albia »81. Le passage du celtique -­b-­ au latin -­p-­ se retrouve dans une série de noms,
comme le gaulois Carbanto-­ devenu chez les Romains carpentum (à l’origine de
notre « charpente »)82. On a souligné que le sémantisme de « blancheur », superposé
à la notion de « hauteur », s’appliquait on ne peut mieux aux sommets alpins. Mais
les habitants de la Gaule devaient aussi associer ces notions à la lumière du soleil
naissant sur les crêtes rocheuses. « Les ardeurs de Phébus frappent [la montagne
des Alpes] dès son lever », souligne Silius Italicus83. Les Alpes représentaient pour
les peuples gaulois des hauteurs éclatantes établies au levant. À 300 km à l’ouest,
ils pouvaient déjà apercevoir leurs cimes ; à Lyon, on voit de façon très distincte le
mont Blanc.
Nous retrouvons le même thème *alb(i)o-­ dans d’autres noms de hauteurs
situées à l’est du monde gaulois. Entre les Alpes juliennes et les Alpes dinariques,
une montagne formant un chaînon intermédiaire portait, selon Strabon, l’appellation
d’Albius mons (’Aλβιον), « monts Albiens » ; on l’identifie au massif du Karst84. Le
Jura souabe est une chaîne de montagnes de l’Allemagne, comprise entre Rhin et
Danube. Elle porte le nom allemand de Schwäbische Alb, qui conserve sa dénomina-
tion antique. Ptolémée l’appelle ’Aλπείοις / ’Aλπείων (Alpeion)85 ; Flavius Vopiscus
la nomme Alba86. On y a vu un homonyme du nom des Alpes. Nous y lirons un radical

77. K ruta, 2000, p. 398.


78.  Histoire, III.
79.  Commentaires à l’Énéide, IV, 442 ; Jourdain-­Annequin, 2011, p. 28‑29.
80. Thurneysen, 1884, p. 9.
81. « ’Aλπεια καλεȋσθαι πρότερον ’Aλβια, καθάπερ καì ’Aλπεινά », Géographie,
IV, 6, 1.
82. T hurneysen, 1884, p. 9 ; Delamarre, 2003, p. 38.
83.  Punica, III, 480‑482 : Silius Italicus, éd. Miniconi et Devallet, Paris 1979.
84.  Strabon, Géographie, IV, 6, 1 ; VII, 5, 2 ; K ruta, 2000, p. 398.
85.  Géographie, II, 11, 5 et 6.
86.  Probus, XIII, 7.

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LE CELTIQUE *DUBNO-­ET *ALBIO-­ 77

celtique *alb-­ ayant désigné un haut massif situé vers l’orient : du côté du soleil
levant.
Dans les Pyrénées, enfin, entre le Languedoc-­Roussillon et la Catalogne, s’étend
le massif des Albères. Son nom ancien (monte Albaria en 844) fait remonter à un cel-
tique *Alb-­aria. Comment expliquer cette appellation alors qu’on n’était pas à l’est de
la Gaule ? C’est que le massif forme la partie la plus orientale des Pyrénées. Pour les
géographes, il constitue le dernier maillon à l’extrémité est de la chaîne montagneuse ;
pour les historiens, il marquait la limite est du territoire de Ruscino, ancienne terre
des Sordes ou Sordones.

Hydronymes

Comme le thème *dubno-­ a été lié aux ondes et à la profondeur sombre, le


thème *albio-­ paraît avoir été en rapport privilégié avec la hauteur et avec le soleil.
Cependant, ce lien n’est pas exclusif : outre les montagnes et les monts évoqués, il
faut ajouter des rivières. On doit s’interroger sur la raison de leur dénomination. Elle
ne se justifie pas par la couleur de leurs ondes, qui ne paraissent pas plus blanches
que celles d’autres cours d’eau voisins, mais par le fait qu’elles coulaient dans des
zones situées à l’est.
Les linguistes se sont questionnés sur l’origine du nom de l’Elbe, grand fleuve
de l’Europe centrale, cité sous la forme ’Aλβιος/Albis par plusieurs auteurs grecs et
latins87. « D’aucuns ont proposé de le rattacher à une famille lexicale indo-­européenne
représentée notamment par le latin albus “blanc”, mais sans trouver de justification
sémantique valable88 ». L’Elbe passe en majeure partie en Allemagne pour se jeter
dans la mer du Nord, sur des terres qui étaient hors de la zone de peuplement celte ;
aussi a-­t‑on suspecté une origine germanique à l’hydronyme. Cependant, sa source et
son premier parcours se situent en République tchèque, dans une zone anciennement
à l’extrémité nord-­est de l’Europe celtique : la région de Bohême, placée au soleil
levant des terres celtes. Cette position orientale pourrait justifier le nom du cours
d’eau, à rattacher en ce cas au celtique.
En France, l’Aube, affluent de la Seine, a une appellation de même origine
(Albis au début du viiie  siècle). La rivière ne se trouvait pas à l’extrémité orien-
tale de la Gaule, mais elle naissait chez les Lingons, peuple du Centre-­Est de la
Gaule. En outre, ses eaux coulaient depuis l’est (comme les ondes du Renaison
arrivaient de l’ouest des Ségusiaves). La localité d’Aujeurres (Algyorre en 1186),
en Haute-­Marne, a reçu son nom d’un composé gaulois *Albio-­duro-­89 : elle s’est
implantée à proximité des sources de l’Aube. D’autres hydronymes à radical alb-­
sont repérables dans le secteur est de l’ancienne Gaule : l’Albe (Alba en 1200),
affluent de la Sarre, en Moselle (d’où le nom de la commune de Sarralbe, Albe au

87. Velleius Paterculus, Histoire Romaine, II, 106, 2 ; Tacite, La Germanie, 41 ; Strabon,
Géographie, I, 14, VII, 292 ; Ptolémée, Géographie, II, 11.
88. Deroy et Mulon, 1992, p. 155.
89. Nègre, 1990, no 2756.

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78 Jacques LACROIX

xiie siècle) ;le Ruisseau d’Aube (Alba au xiiie siècle), affluent de la Nied, qui coule


dans la localité d’Aube, également en Moselle ; le ruisseau de l’Étang d’Albe (Albes
en 1363), affluent de la Vezouze, en Meurthe-­et-­Moselle ; l’Arve (Arva en 1315, l
passant facilement à r devant une consonne labiale en franco-­provençal), affluent
du Rhône à Genève ; l’Albenche (*Albinca), affluent du lac du Bourget, qui passe à
Albens, en Savoie ; l’Albanne (Albana en 1232), affluent de la Leysse, à Chambéry,
en Savoie ; l’Albarine (Albarona en 1096), affluent de l’Ain, dans le département
du même nom.
D’autres territoires celtes ont connu des « Rivières-­du-­Soleil-­Levant ». En Allemagne,
sur d’anciennes terres celtiques, on trouve l’Albe (*Alba), sous-­affluent de la Bigge ;
l’Alf (Alba en 817), affluent de la Prüm ; l’Alb (Alpa-­gowe en 890), affluent du Rhin à
Karlsruhe ; l’Alb (Alba en 983), affluent du Rhin à Waldshut-­Tiengen ; l’Elbe (Albene
en 1048), affluent de la Lahn à Limburg ; l’Elbe, affluent de l’Eder à Elben. On a
en Suisse l’Alp (Alba en 1095), affluent de la Sihl ; et l’Albula, dans le canton des
Grisons. En Autriche, coule l’Alm (Albina en 777), affluent de la Traun, à 35 km au
nord-­est de Hallstatt ; la Lavant (Labanta en 860), affluent de la Drave, en Carinthie ;
la Lafnitz (Labenza en 864), affluent de la Raab, en Styrie. En Espagne, on repère la
riviera de la Albuera, affluent du rio Guadiana près de Badajoz, jadis à l’est du terri-
toire lusitanien.
L’appellation de certaines de ces rivières « de-­l’Est » peut poser problème, au
vu de leur position occidentale. On trouve ainsi plusieurs cours d’eau à l’appella-
tion issue du radical alb-­ dans des secteurs ouest ou centre de l’ancienne Gaule :
l’Aubance, dans le Maine-­et-­Loire ; l’Aubette, en Haute-­Marne, mais aussi dans le
Calvados, l’Orne, la Seine-­Maritime, le Val-­d’Oise, les Yvelines. Il peut s’agir de
ruisseaux ou de rivières qui coulaient à l’est du territoire d’un peuple ou d’une tribu,
ou dont les eaux provenaient de l’est de ce territoire. L’Aubetin (fluvius Alba au
viie siècle) avait son cours aux confins nord-­est des Sénons ; la localité d’Augers-­en-­
Brie (Albioderus au viie siècle, issu d’un modèle *Albio-­duro-­), établie près de l’Au-
betin, montrait la même position limitrophe  ; l’Aubois (Albeta au viie siècle), dans
le Cher, se situait à la démarcation est des Bituriges ; l’Albane (Albanna en 1278),
en Côte-­d’Or, roulait ses eaux près de la limite sud-­est des Lingons, etc. La preuve
manque dans certains cas, il est vrai que les frontières gauloises sont souvent mal
connues. Cependant, on peut se demander s’il n’y a pas eu parfois – pour le thème
*albio-­aussi bien que pour le thème *dubno-­ – des motivations autres que spatiales
à ces appellations.

3. Sens géographique et sens mythique

Un troisième et dernier volet de l’enquête sera consacré à étudier la valeur des dif-
férentes dénominations rencontrées. Pour tous les noms de peuples, d’établissements,
de hauteurs, de cours d’eau venant d’être évoqués, doit-­on penser qu’ils exprimaient
uniquement une orientation dans l’espace ? (Fig. 1)

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LE CELTIQUE *DUBNO-­ET *ALBIO-­ 79

Fig. 1. Statère véliocasse en or des années 100‑50 av. J.-­C.


Revers représentant un cheval galopant entre soleil levant
et soleil couchant. (Dessin de Vincent Rio.)

Anthroponymes

Les deux thèmes *albio-­et *dubno-­se reconnaissent à l’origine de noms de per-


sonnes celtiques attestés à la période antique. Faits sur *dubno-­, on trouve Dubnus,
Dubna, Domnus, Dumnia, Domnissus, Dubnacus, Dumnacos, Dubnatius, Dubnissus,
Dubnocus, Dubnotalus, Dumnedorix, Dumnocoveros, Dumnogenus, Dumnomotus,
Dumnonius, Dumnorix, Dumnovellaunus, Veldumnianus, Dagodubnus, Eridubnos,
Segodumnus, Solidumnia, etc.90. Formés sur *albio-­, on rencontre Albus, Albanus,
Albarenius, Albialus, Albiccianus, Albic(c)us, Albic(c)ius, Albiccia, Albilla, Albillus,
Albinianus, Albinus, Αλβιοριξ, Albisia, Albiunus, Albucius, Albucianus, etc.91.
Quelques autres seront évoqués plus loin.
Les lieux où les inscriptions ont été trouvées sont loin de correspondre toujours à
une orientation à l’est. L’anthroponyme Albilla est attesté à Bordeaux ; Dubnatius et
Dubnotalus sont connus à Lyon et à Monthureux-­sur-­Saône (Vosges). Ce qui n’exclut
pas, parfois, des rapports géographiques. Albanus, nom gravé sur une stèle à Chalon-­
sur-­Saône, était un cavalier auxiliaire germain de la nation ubienne, à l’extrême est
de la Gaule92. Le nom de potier Eridubnos, connu dans l’Ouest (entre autres à Rezé,
près de Nantes), vers l’extrémité occidentale de la Gaule, comporte un préfixe *ēri-­  ;
l’homme paraît s’être appelé « Celui-­du-­Monde-­Bas-­de-­l’Ouest » (les notions de pro-
fondeur et d’ouest étant bien normalement associées).

90. Delamarre, 2003, p. 151, 269, et 2007, p. 90, 91, 97, 170.


91. Delamarre, 2003, p. 37, et 2007, p. 16‑17.
92. Inscription Albanus Excingi f(ilius) eques ala Asturum natione Ubius…, CIL, XIII, 2613 ;
Espérandieu, 1910, no 2150, avec photo.

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80 Jacques LACROIX

Certains des anthroponymes répertoriés ont pu générer des noms de localités,


comme Deuxnouds (Meuse), « Domaine-­de-­Dubnos », Doingt (Somme), « Résidence-­
de-­Dumnios », Kirckberg-­Denzen (Rhénanie-­Palatinat), «  Domaine-­de-­Dumnissos »,
Denain (Nord), « Résidence-­de-­Dumnonios »93 ; ou bien différents Albiac, Aubiac,
Aubiat, Albignac, Albigny, Aubigny, Aubilly, Albussac…, anciens «  Domaines-­
d’Albios », « -­d’Albinios » ou « -­d’Albucios », qu’on rencontre dans de nombreuses
régions de France94. Là encore, les lieux désignés à partir de ces noms propres ne
coïncidaient pas nécessairement avec des habitants résidant à l’ouest ou à l’est d’un
territoire. Il devait donc y avoir d’autres raisons de nomination.
Par ailleurs, nous remarquons que se trouvent parmi les anthroponymes évo-
qués une série de notables. Aλβιοριξ était un prince galate ; Albucius, un magis-
trat à Aime, en Savoie. Cogidumnus est connu comme roi des Regnenses, à
Chichester ; Dubnovellaunus dénomma au moins un, peut-­être plusieurs rois de
l’île de Bretagne ; Vercondaridubnus fut un notable éduen, premier grand prêtre du
sanctuaire du confluent à Lyon. La Guerre des Gaules cite d’autres personnalités :
Conconnetodumnus (VII, 3, 1), chef des Carnutes ; Dumnacus, chef des Andes (VIII,
26, 2) ; Dubnorix ou Dumnorix, chef éduen (I, 35, V, 6…). On connaît le carac-
tère flatteur que les anthroponymes avaient chez les Celtes ; on doit penser que
les «  Rois  » ou les «  Chefs  » «  -­du-­Monde-­du-­Couchant  », les «  Rois-­du-­Monde-­du-­
Levant », portaient des noms dépassant une simple acception spatiale (gens établis
à l’Est ou gens de l’Ouest).

Théonymes

Une seconde raison, déterminante, conduit à envisager une dimension qui ne soit
pas uniquement géographique : des appellations de divinités celtiques ont été for-
mées sur les deux thèmes linguistiques.
Le radical -­dumn-­ se reconnaît dans le nom divin de Veriugodumnus, attesté
à Amiens sur une pierre en remploi de l’église de Saint-­Acheul95. Samarobriva
se situait à 60 km de la côte maritime, directement accessible par le cours d’eau
la Somme ; on parvenait par cette voie fluviale à la limite nord-­ouest des terres
ambiennes.
À Champoulet, dans le Loiret, vers 1933, on a découvert dans une cache
un ensemble d’objets en bronze du début du iie  siècle de notre ère, qui appar-
tenaient très vraisemblablement à un sanctuaire. Sur des socles de statuettes et
sur une patère, ont été révélées trois dédicaces à Mercure Dubnocaratiacus et
Apollon Dunocaratiacus, plus une quatrième à Rosmerta Dubnocaratiaca, parèdre
de Mercure96. Champoulet se situait à l’extrémité nord-­ouest du territoire éduen
(on repère à 11 km, sur la même ligne frontière, la localité de Feins-­en-­Gâtinais,

93. Delamarre, 2012, p. 143‑144.


94. Delamarre, 2007, p. 16‑17, et 2012, p. 44‑45.
95.  CIL, XIII, 3487 ; Bayard et Massy, 1983, p. 191 ; Pichon, 2009, p. 242.
96.  AE, 1980, nos 641, 642, 643, 644 ; Joffroy, 1978 ; Lejeune, 1978.

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LE CELTIQUE *DUBNO-­ET *ALBIO-­ 81

dont le nom provient du latin fines, « limite de territoire »). On avait sans doute
affaire à un surnom divin d’emploi topique (muni du suffixe -­iacus) et non à une
épithète toponymique tirée d’un anthroponyme. Anvalonnacu, à Autun (L-­ 10),
est reconnu comme le « Sanctuaire-­d’Anvalo », dieu gaulois, non comme le lieu
appartenant à un dénommé Anvalo97 ; Dubnocaratiaco, de composition similaire, a
dû correspondre aussi à un surnom divin (muni du même suffixe -­iacus) : lieu du
sanctuaire du dieu *Dubnocaratius, d’où provenaient les statuettes et les dédicaces
divines. Le théonyme a pu s’inspirer de la situation territoriale extrême : le symbole
prend fréquemment appui sur un élément de la réalité qu’il transcende. *Dubno-­
caratius désignait en celtique l’« Ami-­du-­Couchant », comme Iovantu-­carus était
l’«  Ami-­de-­la-­Jeunesse  »98.
À Berne, dans une presqu’île formée par l’Aar, se trouve l’ancien site d’oppidum
de Berne-­Engelhalbinsel99. En 1984, une petite tablette de zinc, datée du ier siècle
avant ou après notre ère, y a été exhumée, avec un texte de quatre lignes comportant
le nom Dobnoredos :
ΔΟΒΝΟΡΗΔΟ
ΓΟΒΑΝΟ
ΒΡΕΝΟΔΩΡ
ΝΑΝΤΑRΩR100.
Certains analystes y ont vu un anthroponyme101 ; un avis différent peut être
défendu. Au cœur de l’oppidum, existait dès une époque ancienne une grande zone
sacrée. Les archéologues ont exhumé à La Tiefenau un dépôt d’offrandes de plus
de mille objets, avec exposition de trophées guerriers, témoignant de l’existence
d’un sanctuaire au iiie  siècle avant notre ère. Quand la place forte se muera en
vicus, seront élevés, sur une zone voisine, plusieurs temples gallo-­romains102. C’est
dans ce secteur où l’on priait les dieux que l’inscription a été trouvée103. La voca-
tion sacrée des lieux renforce la probabilité d’une tablette votive, offerte à un dieu
Dobnoredos.
Le texte comporte à la deuxième ligne le nom ΓΟΒΑΝΟ (Gobano), qui dési-
gnait en celtique un « forgeron ». Nous y verrons non pas la profession d’un qui-
dam dénommé Dobnoredos, dont on aurait ici en quelque sorte la carte de visite,

97.  RIG, II. 1, p. 132 ; Lambert, 2003, p. 98, juge cette proposition « à bon droit ».
98. Lambert, 2003, p. 126 ; Delamarre, 2003, p. 107, 191.
99. Pierrevelcin, 2012, p. 13.
100. Lavagne, 1999, p. 700‑701 ; Fellmann, 2001, p. 164‑165, 174 ; Meid, 2007, p. 288.
101.  Ainsi, pour Delamarre, 2003, p. 256, 332, on a affaire à « Dubnoredos forgeron, (origi-
naire de) Brennodurum (dans la) vallée de l’Aar ». Zimmer, 2014, p. 387, plaide également pour un
nom de personne, faisant de ΔΟΒΝΟΡHΔΟ un nominatif ; cependant, l’inscription gallo-­grecque
de Saint-­Chamas (G-­28) porte sans conteste un datif dédicatoire ΒΕΛΕΙΝΟ (« datif thématique à
finale gallo-­grecque -­ο »), sans qu’on puisse alléguer d’abrègement forcé : il y avait la place pour
inscrire à droite d’autres lettres (RIG, I, p. 56‑59 et photo 6).
102. Kaenel , 2012, p. 71‑72, 106.
103. Fellmann, 2001, p. 164. Selon des témoignages oraux, rapportés par P.-­Y. Lambert (RIG,
II. 2, p. 301), l’objet aurait été découvert à proximité d’un bâtiment à portique ou galerie paraissant
avoir eu une fonction religieuse.

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mais l’appellation d’un second dieu ou un second nom donné au même dieu. Cette
hypothèse est confortée par l’existence de cinq inscriptions à un deo Cobanno,
variante possible de *Goban(n)o, découvertes dans l’Yonne et la Saône-­et-­Loire104.
L’inscription de l’Yonne a été trouvée en bordure d’un vaste site antique de métal-
lurgie105, ce qui ne doit pas être un hasard pour un dieu forgeron. La mytholo-
gie irlandaise met en scène un divin forgeron Goibniu, au nom issu du même
radical celtique ; au Pays de Galles, les textes anciens évoquent pareillement un
dieu Gofannon106. Mais pourquoi avoir associé sur l’inscription de Berne les deux
divinités ou les deux appellations divines Dobnoredos et Goban(n)os ? Quel est
le lien entre elles ? – Ce doit être le crépuscule rougeoyant : quand le soleil bas
se couche, quand l’obscurité commence à gagner (thème *dubno-­ connoté par le
thème *dubu-­), l’astre embrase parfois le ciel comme le métal rougi au feu de la
forge (thème *goban(n)o-­)107. Dans le récit mythologique de La Seconde Bataille de
Mag Tured, on voit le jeune Lugh affronter le vieux géant Balor. Le forgeron divin
Goibniu fabrique pour Lugh une énorme boule de métal incandescente. Lugh en
frappe l’œil de Balor, qu’il aveugle avant de le tuer d’un coup de lance108. Pour
certains mythologues, la boule incandescente qui frappe l’œil pourrait représenter
symboliquement le soleil âgé du soir, à la fin de sa course, le vieux soleil occiden-
tal qui finit par disparaître dans son sang. Un soleil jeune et clair le remplacera à
l’est le lendemain matin109. Berne, où on révérait Dobnoredos, se situait au cœur
du territoire helvète. César nous précise qu’il comportait quatre pagi. Les Tigurins
habitaient au début de l’époque romaine dans la partie occidentale du plateau
suisse. Berne était peut-­être proche de la frontière ouest d’un pagus contigu aux
Tigurins. La présence d’un oppidum en ces lieux serait justifiée par la défense du
territoire ; elle expliquerait l’existence d’un sanctuaire comportant des trophées
guerriers.
Parallèlement au thème *dubno-­, le thème *albio-­ se reconnaît dans une série
de théonymes. À Arnay-­le-­Duc, où a été découvert un sanctuaire gallo-­romain, une
aiguière de bronze porte la dédicace deo Albio et Damonae : « Au dieu Albius et à
Damona »110 ; on était près de la limite nord-­est du territoire éduen.
En Provence, terre du Sud-­Est, se remarque une concentration de noms divins
issus du radical alb-­ dans le secteur où étaient établis les Albici. Au Barroux,
commune du Vaucluse, une stèle porte la mention Marti Albarino : « Au dieu
Mars Albarinus »111, le nom de la localité (Albaros en 1064) étant, nous l’avons

104. Fellmann, 2001 ; Lavagne, 1999 ; Rolley, 1993.


105. Delor, 2002, p. 370‑373.
106. Duval , 1976, p. 26, 34 ; Fellmann, 2001, p. 165.
107. Les mêmes images liées se retrouvent peut-­être dans le nom du roi des Regnenses,
Cogidumnus, qui pourrait avoir été le souverain du « Couchant-­Rouge », *coc(c)os ayant dû signifier
« rouge » en celtique, d’après une indication de Pline (Histoire naturelle, IX, 65).
108.  Cath Maige Turedh (La Seconde Bataille de Mag Tured), in Guyonvarc’h, 1980, p. 67‑69 ;
Sergent, 2004, p. 54‑55.
109. Christinger et Borgeaud, 1963, p. 104‑105 ; Sergent, 2004, p. 307‑309.
110.  CIL, XIII, 2840 ; L oydreau, 1895‑1900 ; Provost et al., 2009, p. 29.
111.  CIL, XII, 1157 ; Espérandieu, 1929, no 173 ; Lacroix, 2007, p. 15.

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LE CELTIQUE *DUBNO-­ET *ALBIO-­ 83

vu, issu du même radical. À Sablet, aussi dans le Vaucluse, on connaît une autre
stèle dédiée à Marti Albiorigi, « À Mars Albiorix »112. À Saint-­Saturnin-­lès-­Apt,
dans le même département, un troisième petit autel porte à nouveau une dédi-
cace Albioric(i)113. Dans les Alpes-­de-­Haute-­Provence, à Montsalier, le nom divin
d’Albiorix se lisait peut-­être sur un bloc de calcaire retaillé114. Plus au nord-­est,
à 25  km de Briançon, sur le versant italien du mont Genèvre, on a découvert
en 1933, à Sauze d’Oulx, l’emplacement d’un sanctuaire gallo-­romain et exhumé
de nombreux vases d’offrande, dont 62 portent une dédicace au dieu Albiorix
(Albiorigi, Deo Albiorigi)115. Albiorix était bien un dieu « de-­la-­Lumière-­de-­l’Est »,
un dieu «  du-­Soleil-­Levant  ».
Dans d’autres pays anciennement celtes, le même thème se retrouve dans des
noms divins. En Allemagne, dans le Bade-­Wurtemberg, à Osterburken –  placé
vers 160 près de la frontière est avancée de l’Empire romain –, on connaît par un
autel un Mars Exalbiovix116, le préfixe ex-­ à l’initiale du théonyme ayant dû sou-
ligner le caractère limitrophe117. À Zülpich, à 35 km de Cologne, on a mention de
Matronae Albiahenae, « Mères Albiennes » : théonyme fait sur le radical celtique
albia-­avec un suffixe germanique -­a-­henae118 ; ces déesses étaient honorées chez
les Ubiens, peuple s’étant installé à l’extrême est de la Gaule. Au Portugal, on a
trace d’un dieu Alboc(elus)119, à Vilar de Maçada, qui devait se trouver au sud-­est
du territoire des Callaeci Bracari. Dans le même pays, à Viseu, jadis chez les
Lusitaniens, on connaît un dieu Albucelaincus (Albucelainco Efficaci)120 ; cette
fois il ne correspond pas à un lieu situé au Levant (on était en plein cœur du
territoire lusitanien ; mais peut-­être comportait-­il des pagi dont nous n’avons pas
connaissance).
Concluons : les différents anthroponymes et théonymes étudiés nous montrent
qu’il y avait dans les appellatifs *dubno-­ et *albio-­ une forte résonance religieuse,
un arrière-­plan mythique important que les peuples et les habitants des établisse-
ments dénommés sur les mêmes thèmes devaient avoir présents à l’esprit.

*Albio-­, *dubno-­et les divins conducteurs

Le rapport des noms en *albio-­ et *dubno-­ avec la course du soleil, et avec


les deux moments majeurs de la journée que représentent son lever à l’est et son
coucher à l’ouest, accompagnés de la montée du jour clair et de la venue de la nuit

112.  CIL, XII, 1300 ; Barruol , 1963, p. 356, pl. 73/6.


113.  CIL, XII, 1060 ; Gascou et al., 1997, no 95 ; Tallah, 2004, p. 342.
114.  AE, 1990, no 710 ; Bérard, 1997, p. 312‑313.
115.  AE, 1945, no  106 ; Barruol , 1963, p.  358‑362 ; Prieur, 1968, p.  173‑174, 186‑187,
pl. IX, X. Ces inscriptions sont conservées au musée des Antiquités de Turin.
116.  AE, 1985, no 692 ; Delamarre, 2007, p. 99.
117. Reddé, 2014, p. 60‑61.
118.  CIL, XIII, 7933 ; Bernardo Stempel , 2005, p. 142.
119.  CIL, II, 2394b.
120.  AE, 1990, n o 502 ; Olivares Pedreño, 2002, p. 49, 134.

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84 Jacques LACROIX

noire, se retrouve dans trois cas de dédicaces religieuses. Des théonymes indi-
gènes, faits sur ces thèmes, s’y montrent associés à Apollon, dieu maître de la
lumière, qui a été de plus en plus assimilé à Hélios121 et sans doute relié à Lug122.
On a vu qu’à Champoulet, un des socles de statue marque une offrande au deo
Appolino Dunocaratiaco : « Au dieu Apollon, du lieu consacré à Dumnocaratius »123.
À Amiens, on lit aussi sur la pierre de dédicace Apollini et Veriugodumno  : « À
Apollon et à Veriugodumnus »124. Enfin, à Sauze d’Oulx, à côté des 62 vases d’of-
frande à Albiorix, ont été découverts 21 autres vases avec graffite mentionnant un
don au Deo Apollini125.
Dans de nombreuses mythologies indo-­européennes, un étalon divin, attelé
­parfois à un char céleste, était censé conduire le soleil dans son périple quotidien. Il
en est allé de même pour les pays celtes. Des monnaies gauloises montrent un che-
val monté par un cavalier céleste ou bien un char dirigé par un conducteur rayon-
nant126. Ces conceptions mythiques pourraient rejaillir au plan linguistique. Le
nom de Conconnetodumnos (chef chez les Carnutes, cité dans La Guerre des Gaules)
faisait peut-­être allusion au coursier qui menait l’astre au bas de l’horizon, vers le
monde profond : selon H. Birkhan, le gaulois conconn­eto-­ se relie à un celtique
*konkos/*kankos, « cheval »127 ; Conconnetodumnos aurait été nommé « Celui-­au-­
Cheval-­du-­Monde-­Profond  », «  des-­Terres-­Basses-­du-­Couchant  ». Epadumnaca (au
Vieil-­Évreux)128 a dû porter un nom de même sémantisme et aussi Eppuduno (pour
*Epo-­dumno  ?), chez les Aulerques Éburoviques129. Caliodubnus (nom attesté à
Molsheim, Bas-­Rhin) était surnommé « Sabot-­du-­Couchant » ou « Sabot-­Sombre » :
métonymie pour «  Cheval-­galopant-­vers-­le-­Ponant  »130. Le théonyme Dobnoredos,
à Berne, fait très vraisemblablement allusion au même divin cavalier ou divin
conducteur du monde sombre : la seconde partie du nom comprend le thème redo-­,
« chevaucher », « conduire », qui a été utilisé en celtique pour un cheval comme
pour un char (d’où le nom d’Eporedorix, chef éduen, le « Roi-­des-­Cavaliers », et
l’appellation des Redones, les «  Conducteurs-­de-­Chars  »)131. On aurait donc affaire
au divin « Conducteur-­du-­Char-­du-­Couchant » ou au divin « Chevaucheur-­qui-­
mène-­le-­Soleil-­dans-­la-­Profondeur ». H. d’Arbois de Jubainville pense que le dieu
Veriugodumnus, attesté à Amiens, a désigné « Celui-­au-­Très-­Grand-­Joug132 »  : dans
ce théonyme se reconnaît le celtique *iugo-­, « joug », attesté dans le gallois ancien

121. Arbois de Jubainville, 1891, p. 61 ; Sergent, 2004, p. 257.


122.  Sur ce sujet, voir Sergent, 2004, en particulier p. 23‑36.
123.  AE, 1980, no 644 ; Lejeune, 1978, p. 810‑811.
124.  CIL, XIII, 3487 ; Bayard et Massy, 1983, p. 191 ; Pichon, 2009, p. 242.
125. Barruol , 1963, p. 358 ; Prieur, 1968, p. 177‑178, 187, pl. X.
126. Gricourt et Hollard, 2002, p. 128‑130 ; Depeyrot, 2012.
127. Birkhan, 1970, p. 426‑430 ; Rivet et Smith, 1979, p. 314.
128.  RIG, IV, no 162. La forme en -­a doit ici renvoyer à un masculin, comme les noms gaulois
Sulla et Galba (Lambert, 2003, p. 56).
129.  RIG, IV, no 334.
130.  AE, 1969‑1970, no 435.
131. Delamarre, 2003, p. 256 ; Lacroix, 2012, p. 23, 189, 192.
132. Arbois de Jubainville , 1891, p. 60‑61, 146.

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LE CELTIQUE *DUBNO-­ET *ALBIO-­ 85

iou133. Il s’agirait, selon l’auteur, du « dieu remarquable par le “très grand joug” où
sont attachés les chevaux qui traînent son char134 » ; nous y verrons une allusion à
l’attelage céleste qui conduit le soleil dans les profondeurs (-­dumnus). En oppo-
sition, l’anthroponyme Alboinus, attesté dans le Sud-­Est, à Apt, pourrait être issu,
suivant l’analyse de X. Delamarre, d’une formation *albo-­vinno-­ < *albo-­wegno-­,
« Char-­céleste »135. Ainsi, d’un côté, il y aurait eu un « Char-­du-­Monde-­Bas », « du-­
Monde-­Sombre  » (Dobnoredos ou Veriugodumnus), et, de l’autre, symétriquement,
un « Char-­du-­Monde-­Haut », « du-­Monde-­Clair », allusion aux deux moments clés
du lever et du coucher de l’astre dans le ciel (Fig. 1).
Ces différents théonymes et noms théophores en albio-­ ou dumno-­, qui se
trouvaient liés aux chevaux, évoquaient sans doute les deux figures divines que
les peuples antiques liaient à l’apparition et à la disparition de l’astre du jour :
les dieux jumeaux cavaliers appelés selon les pays Aśvins, Dioscures, Castor et
Pollux ou Alci136, divins jumeaux guidant des coursiers ou tirant un char étince-
lant, qui accompagnaient le lever et le coucher du soleil137. L’historien Timée,
aux ive-­iiie siècles avant notre ère, atteste que les peuples celtes de l’Ouest – les
Gaulois  – les honoraient : « Les Celtes riverains de l’Océan ont une vénération
toute particulière pour les Dioscures138 ». À Paris, ils sont représentés parmi les
divinités sur le pilier des Nautes. La tradition galloise évoque les jumeaux Lleu et
Dylan, le premier surnommé le « lumineux », lié à l’astre du matin ; le second, dit
le « Fils-­de-­la-­Vague », à l’aspect sombre et chtonien, rejoignant rapidement les
flots de l’océan, comme le soleil du soir disparaît dans les eaux139. Lug, l’équiva-
lent irlandais de Lleu, était en rapport privilégié avec l’astre du jour140. Dans La
Fondation du domaine de Tara, il déclare : « C’est moi qui suis la cause du lever du
soleil et de son coucher141 ». Dans La Mort tragique des enfants de Tuireann, on dit
à son sujet : « Venant tout droit vers eux de l’est, il y avait un jeune homme en tête
de la troupe, avec une grande autorité sur chacun. Semblable au coucher du soleil
était l’éclat de son visage et de son front142 ». Or Lugus a été parfois prié sous la
forme plurielle Lugoves (en Helvétie, en Espagne celtique)143. Ce seraient les divins
jumeaux évoqués dans les thèmes *albio-­ et *dubno-­. Non seulement ils réglaient

133. Delamarre, 2003, p. 193.


134. Arbois de Jubainville, 1891, p. 61. Cependant, d’autres interprétations ont été proposées
pour ce théonyme.
135. Delamarre, 2007, p. 17.
136. Albert, 1883 ; Renel , 1896 ; Lacroix, 2011.
137.  L acroix, 2011, p. 44‑45.
138. Propos de Timée rapportés par Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 56, in
Cougny, 1986, p. 393.
139. Lambert, 1993, p. 107 ; Gricourt et Hollard, 2010, p. 28‑30.
140. Sergent, 2004, p. 23‑30 ; Lacroix, 2013, p. 69.
141.  Suidigud tellaig Temra (La Fondation du domaine de Tara), in Guyonvarc’h, 1980,
p. 161.
142.  Oidhe chloinne Tuireann (La Mort tragique des enfants de Tuireann), in Guyonvarc’h,
1980, p. 106.
143. Gricourt et Hollard, 2002, p. 122‑124 ; Lambert, 2003, p. 62 ; Sergent, 2004, p. 43 ;
Lacroix, 2007, p. 156.

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86 Jacques LACROIX

le rythme des journées, avec les deux moments majeurs du soleil montant dans
le ciel lumineux, puis de l’astre descendant et disparaissant dans la profondeur
et la nuit, mais ils réglaient aussi la succession des saisons claires et des saisons
sombres, et la suite des existences qui apparaissent, disparaissent, pour reparaître
encore (Fig. 2).

Fig.  2.  Scène gravée du fourreau en bronze de la tombe 994 du site de Hallstatt,
daté de 450‑400  av. J.-­ C. (Naturhistorisches Museum de Vienne, Autriche).
Deux personnages tiennent une roue : peut-­être les Dioscures dirigeant le lever et le
coucher du soleil. (Dessin de Vincent Rio.)

Ce rôle de régulateur, d’organisateur s’exprime dans les théonymes et les


noms théophores que nous avons étudiés. Albiorix, Dubnorix, Dumnedor[ix]
étaient des « rois », étymologiquement « ceux qui fixent la règle ». De même,
le thème -­valo-­ présent dans l’anthroponyme *Dumno-­valo-­ (à l’origine du nom
de Domnall devenu Donald et Macdonald) désignait celui « qui règne »144 : le
« souverain » qui mène au monde sombre de la nuit. Vercondaridubnus, notable
éduen, évoqué par Tite-­Live145, devait être appelé, plutôt que le « Sombre-­à-­
la-­Grande-­Fureur146 » –  quel nom pour un personnage de l’élite devenu grand
prêtre  ! –, le «  Grand-­Chef-­Guide-­du-­Couchant  », du celtique *cond-­, « chef », et

144.  LEIA, Lettre D, 1996, D-­167.


145.  Histoire romaine, Periochae, 139.
146. Delamarre, 2003, p. 136.

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LE CELTIQUE *DUBNO-­ET *ALBIO-­ 87

*-­ari-­, « maître », « meneur »147. Semblablement, Dubnovellaunos était surnommé


le « chef » : le « commandant » faisant baisser puis disparaître le soleil de la vie
dans le monde profond. Ces rois, ces princes, ces chefs, dirigeaient le passage
du jour à la nuit. Ce n’étaient pas des maîtres de l’Au-­delà, mais ils savaient en
ouvrir l’accès.
Si les thèmes *albio-­ et *dubno-­ se rapportaient au levant et au couchant, ils
ne désignaient directement ni un paradis céleste ni un enfer souterrain148 ; mais ils
pouvaient y faire allusion. La vie terrestre des humains, commandée par les dieux,
était perçue, dans ses dimensions spatiale et temporelle, entre est et ouest, entre
début et fin du jour, entre saison claire et saison sombre, entre naissance et fin des
existences, le retour du soleil représentant un gage de vie après la mort.
L’Autre Monde était sans doute évoqué en celtique par un terme *ande-­dubno-­, à
l’origine du gallois annwfn, littéralement le lieu « en-­bas-­du-­soleil-­profond », « sous-­
les-­terres-­du-­couchant ». La même appellation paraît se retrouver dans le texte gau-
lois du Plomb magique du Larzac sous la forme antumnos (le -­t‑ représentant peut-­être
la géminée -­d(e)d-­ d’*andedubnos)149.
On remarque qu’en bien des traditions celtiques, l’Au-­delà était accessible à
partir et au-­delà de l’ouest. En Irlande, le séjour des morts était situé au large de
la côte occidentale du Munster. Selon La Navigation du Coracle de Maoldúin, le
lieu où travaillait le forgeron géant lançant une masse de métal incandescent était
l’île d’Aran, à l’extrême ouest de l’Irlande. La résidence de la déesse Aranrhod
était censée être au large de la côte nord-­ouest du Pays de Galles. L’île de Man,
à l’ouest de la Bretagne insulaire, était appelée « l’île de l’Autre-­Monde », etc.
Pour la Gaule, à l’extrémité ouest du pays des Osismi ou Ostidamni, on trouvait
l’île de Sein où vivaient, comme dans un Autre Monde, neuf vierges aux pouvoirs
surnaturels150.

Conclusion

L’examen des appellatifs *albio-­ et *dubno-­ montre qu’ils ont été liés par les
Celtes à l’orientation solaire : lieux au levant, lieux au couchant ; lieux de l’est, lieux
de l’ouest. Un sens symbolique ajoutant ses valeurs au premier sens géographique,
d’autres valeurs cosmogoniques, mythiques, religieuses se sont exprimées à travers
les deux thèmes, portés ou connotés par les idées de haut et de bas, de clair et de
sombre. La vie terrestre se trouvait face à deux domaines inaccessibles aux humains :
la profondeur impénétrable sous la terre et les eaux, où le soleil s’enfonçait à l’ouest ;
la hauteur inconnaissable de l’azur infini, où s’élançait l’astre du jour à l’est. Ces
deux mondes dépassant l’homme organisaient son cadre temporel : la succession des

147.  LEIA, Lettre C, 1987, C-­196, et Lettre A, 1959, A-­42 ; Delamarre, 2003, p. 55.
148. Sterckx, 2009, p. 145‑146.
149. Lambert, 1985, p. 175 ; Delamarre, 2003, p. 50.
150. Sterckx, 2009, p. 152‑153, 161.

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nuits et des jours, l’alternance des saisons, la suite des existences qui apparaissent
et disparaissent pour apparaître à nouveau. Les noms de peuples, d’établissements,
de hauteurs, de rivières, que les Celtes se sont donnés à partir des thèmes *albio-­et
*dubno-­, comme les théonymes correspondants qu’ils ont employés, ont dû célébrer
le mystère divin de cet ordonnancement.

Jacques LACROIX
jacques.lacroix.sens@neuf.fr

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