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Princeton University Library

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Princeton Unibersity,

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AUX ASS conten dans l'Ouvr


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du R. F. L. A FASCI , Præ . * Loth ,et Viſ. Prus
A . Ausiz .,
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ayant pour titre

DE CONVENTU GENERALI LATOMORUM

apud Aquas Wilhelminas , etc :

OU

NOUVEAU COMPTE rendu à la II. Province , dite D'AUVERGNE ,

des Opérations du Convent Général de Wilhelmsbad de l'année

1782 , en redressement des faits présentés dans le susdit Ouyrage.

char Wenn Milano's

DU

Did.in or " su
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comne. Du drenoble .

po e' quatuor fel!

l'am . Magdi"
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Imprimé à Lyon ſur la Minute dépoſée

aux Archives du *

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CARITAT & BENEFIC

R É P O N S E

AUX ASSERTIONS contenues dans l'Ouvrage du R. F. L.

A FASCIA , Præ . * Loth . et Viſ. Pr. “ Aus.ie , ayant pour titre :

DE CONVENTU GENERALI LATOMORUM

apud Aquas Wilhelminas , etc.*

O U

NOUVEAU COMPTE rendu à la II . Province , dite D'AUVERGNE , des


Opérations du Convent Général de Wilhelmsbad de l'année 1782 , en
redressement des faits présentés dans le susdit Ouvrage .

Dans la Séance du Directoire général de la II. Province , dite D'AUVERGNE ,


le 29 Juin 1783 , et en présence des RR . FF. Dignitaires et Officiers
composant le R. * de la Préfecture de Lyon , exiraordinairement con

voquée à la requiſition du I. R. F. AB Eremo, Chancelier général


de ladite Province , et son Député au Conyent général de Wilhelmsbad
tenu en 1782 , le T. R. F. AB EREMO ' a dit :

TT . : , RR . : . et BB . : . AA . : . FF . : .

LORSQU'UN Citoyen se trouve compromis dans un écrit public, il a recours à l'autorité des
loix pour obtenir la satisfaction qu'il a droit d'attendre de la justice : s'il est attaché à une Com
pagnie , son intérêt personnel se joint à celui du Corps auquel il appartient; l'honneur de tous
deux exige qu'il se lave des imputations qui lui sont faites ; c'est à ce prix seul qu'il peut conti
nuer d'appartenir au Corps dont il est membre.
- Le Maçon perdroit- il ce droit précieux à tout homme ; et seroit- il donc permis , parce qu'on
n'a rien à redouter des loix civiles , de le compromettre dans sa conduite M., aux yeux d'une
Société nombreuse et respectable ; de le vouer en quelque sorte , dans le secret , à un mépris
d'autant plus cruel qu'il peut en éprouver les funestes effets dans la Société civile , sans qu'on
en connoisse la véritable cause , sans qu'il lui soit permis , si possible de se justifier ?
La Société M. . ne toléra jamais de semblables abus, et quoiqu'elle ait d'autres principes que
ceux des Sociétés ordinaires, elle a aussi son code . Plus ses loix sont modérées , moins le
Maçon doit craindre de les oppoſer au F. qui les auroit violées pour lui faire outrage ; et il y a
des circonstances où il n'est pas permis de dédaigner d'y avoir recours.
Je suis dans cette cruelle position , mes RR . FF .,mon honneur , et j'ose dire le vôtre , m’impo
sent la loi rigoureuse de me dénoncer moi-même, de me justifier en même -temps sur les faits
que je viens vous déférer, et de vous demander ensuite d'étre jugé par vous avec la plus grande
sévérité. Je dis me dénoncer moi-même, parce que je ne le suis pas légalement, quoiqu'accusé
publiquement dans l'Ordre d'avoir bouleverse le système de la Société pour en introduire un nouveau
qui n'appartiendroit qu'à moi. Je pourrois, je devrois peut-être prendre la voie de la plainte , et
après m'étre justifié auprès de vous demander à la Province de Bourgogne la justice qui m'est
due ; mais mon cæur y répugneroit; ſi j'étois.coupable du délit qu'on m'impute, ce ne seroit qu'en
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vers vous,puisque je me serois écarté des bornes demes pouvoirs : c'est donc auprès de vous seuls
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que je veux réclamer la justice que j'ai droit d'attendre de votre équité. Me justifier , obtenir
un jugement qu'il n'appartient qu'à vous de prononcer , et qui me lave aux yeux de l'O . ,
c'est le seul but auquel je borne mes deſirs.
L'Ouvrage dont je me plains , est celui du R. F. à Fascia , Prefet du de Lorraine , Ouvrage
qu'il a destiné à censurer les opérations du Convent de Wilhelmsbad , où j'ai eu l'honneur de pa
roitre , tant en ma propre qualité de grand Officier Prov. que comme Représentant du
Provincial et du Directoire Provincial de cette seconde Province de l'O . J'ai eu soin de le
remettre entre vos mains , et indépendamment de la lecture qui en a été faite en à ma réqui
sition , chacun de vous a eu la liberté depuis , d'en faire une lecture plus réfléchie ; ainsi il doit
vous ètre bien connu , et je crois pouvoir me dispenser d'en faire aujourd'hui l'analyse en
votre présence.
Je pourrois me regarder comme suffisaminent lavé des imputations cruelles que' cet écrit
renferme contre moi , en me rappellant que vous avez daigné applaudir à la conduite que j'ai
tenue dans les ſéances du Convent ; et au compte que je vous ai rendu des opérations de cette
respectable Assemblée. Ce compte rendu vous a été confirmé par le R. F. à Solibus , Visiteur
général de la Province et Préfei de Lyon , qui y avoit assisté comme moi , ainsi que par le R. F.
å Circulis, qui y avoit représenté le T. I. et T. R. F. à Portu optato , notre digne M. Provincial,
et èe qui a été fait , a obtenu votre approbation ; mais encore que je sois convaincu que c'est en
grande connoissance de cause que vous avez accordé votre suffrage aux opérations du Convent
je vous sollicite en ce moment de charger de nouveau l'un des susdits FF . de vous en rendre
comple , et d'oublier en quelque sorte l'opinion que vous en avez déja prise .
Je ne veux point plaider la cause du Convent; mais je suis accusé , et je viens me dénoncer ;
je ne dois donc songer qu'à me justifier , et si je parle des opérations de cette Ilt. Assemblée , ce
ne peut être que pour repousser les traits qui ont été lancés contre moi. Oui , mes FF , je
suis accusé , et je le suis par un F. qui sait mieux qu'un autre , combien on doit être réservé
pour se porter à cet excès ; je suis accusé de la maniere la plus grave, car il m'impute d'avoir
bouleversé l'Ordre , et d'avoir machine pour en détruire l'ancien système, dans la vue d'en faire
dominer un tout nouveau , qui me seroit particulier.
Je suis..ce Novateur hardi à qui s'adressent les traits révoltans que le F. à Fascia a ras
semblés dans son ouvrage ; c'est de inoi qu'il a dit : Que je suis un esprit turbulent , inquiet ,
novateur , embrasé par le feu de la domination ,dont la dent despotique déchire tout ; que je suis
un Agent qui ignore les principes du juste , de l'honnête et de l'utile ..... ; qui doit s'attirer lá mali
diction des gens honnétes , qui ont eu la bonhommie de lier commerce avec moi ; dont les pas ont
souillé les parvis du Temple, à qui l'on diroit , n'entre pas : et s'il y étoit entré , on li applique
ces paroles : Et intravit Jejus in Templum Dei , et ejiciebat omnes vendentes & ementes in Templo ,
et dicit eis : scriptum est : Domus mea , domus orationis, vos autèm fecistis illam speluncam latro
num : et on suivroit l'exemple de l'Homme- Dieu. ( Pag. 35.237. )
.. Je pourrois ajouter d'autres traits à ce tableau , mais c'est sans doute assez de ceux-ci pour
vous rappeller l'affreux portrait que la main du F. á Fascia a tracé. J'ai voulu d'abord
me perſuader qu'il n'avoit voulu ni peindre ni offenser personne , et que celui qui auroit la tenta
tion de le croire , prouveroit que la méchanceté siège dans son cæur ( Pag. 148. 255. ). Si
en méditant son ouvrage , je n'avois enfin été convaincu que si quelquefois l'éloge s'y trou
voit à côté de mon nom , c'étoit une adresse de l'Auteur , une maniere de rendre plus acéré le
trait dont il vouloit me percer , afin que la plaie fût incurable . En effet , il n'est pasbeſoin d'une
grande pénétration pour appercevoir que c'est de moi qu'il a parlé , ou il faudroit convenir qu'il
auroit dit des choses perpétuellement étrangeres à la matiere qu'il entreprenoit de traiter . Tout est
tellement lié dans cet ouvrage, que là où je ne suis pas nommé , je suis désigné par les faits ; et
c'est alors que le F. à Fascia broie sansménagement les plus noires couleurs ; aussi n'est- il aucun
Lecteur instruit des faits du Convent , qui ait douté de ſon intention : cet accord général
dans l'interprétation , et les faits que je serai dans le cas de réfuter , vous prouveront
qu'on ne s'est pas mépris ; il ne m'est donc plus permis de garder le silence , l'honneur
m'impose la loi de le rompre . Si je ressemble au portrait que le F. à Fascia a tracé de moi,
vous ne pouvez plus décemment me conserver parmi vous , et je devrois moi-même craindre
de m'y voir plus long-temps ; mais si je ne lui ressemble point , si dans toutes mes démarches ,
j'ai rempli vos intentions ,'conformément aux pouvoirs que vous m'aviez confiés , j'ai le droit
sans doute de demander que vous le déclariez aussi publiquement que j'ai été accusé ; votre
justice m'est un sûr garant que je l'obtiendrai ; en douter, ce seroit vous faire injure .
Le principal chef d'accusation contre moi est d'avoir proposé un nouveau système quelconque,
et d'avoir toujours agi pour tendre à cette fin ; c'est donc le point essentiel à éclaircir : et si
ge n'ai point proposé de système , que devra-t-on penser du F. à Fascia qui ose m'en accuser ?
si au.contraire j'ai voulu en établir un , et que j'aie employé votre nom pour y parvenir , alors
ou ce doit être votre propre système , ou j'ai irahi vos intérêts et votre confiance. Dans le premier
cas , je n'ai été que Porgane de vos décisions réfléchies, et alors c'est à vous-même que le F.
à Fascia fait injure, c'est la Province toute entiere qu'il ose insulter ; dans le second cas , tous
Jes törts sont à moi , et vous devez les punir.
Je viens donc aujourd'hui vous prier instamment , et exiger même , mes RR . FF . , que vous
vouliez vérifier les faits ; vous en avez les moyens såns sortir de cette enceinte . Loin de réclamer
les droits de l'amitié qui nous lie , et cette indulgence dont tout homme a besoin , je ne vous
demande qu'une justice exacte . Si je me suis écarté au Convent , de l'esprit de vos délibérations',
je me soumets dès à présent à la rigueur du jugement le plus sévere que l'Ordre puisse prononcer;
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mais si vous reconnoissez que j'y aie été fidele , seroit-ce un crime d'avoir rempli ma mission avec
exactitude , et souffrirez -vous que je reste percé des traits de la méchanceté et de la calomnie ?
ce mot si dur à prononcer peut m'être permis , et c'est en gémissant que je vois que le F. &
Fascia ne m'a pas laissé la liberté de choisir.
En ſollicitant la vérification des faits que je soumets à votre examen , je crois vous prou
ver tout à la fois , et mon innocence , & la confiance que j'ai dans l'équité de mes FF. ; mais
vous n'êtes pas moins intéressés que moi à cette vérification ,et j'ose dire même l'Ordre entier ,
puisque sa prospérité future dépend de l'impression qui restera de l'ouvrage du F. à Fascia ,
& des progrès qu'elle pourra faire , ou de l'efficacité des moyens qui seront employéspaur la
détruire ; c'està votre sagesse à y pourvoir , il ne m'est pas même permis de les indiquer.
Parmi les faits qui sont à éclaircir , il en est qui me sont absolument personnels , et quine
peuvent être redressés que par moi . Le F. à Fascia, en se donnant la licence de juger mon in
tention , d'établir ensuite toutes les suppositions qui convenoient à son plan , ne m'a pas en
levé le droit , qui n'appartient qu'à moi d'expliquer quelle intention m'a véritablement dirigé
dans tous les actes dont il s'agit ; et si je parviens à vous prouver par les faits mêmes , et au
besoin par les témoignages les plus respectables , la vérité de mon explication , que deviendrong
les odieuses interprétations et les suppositions du F. à Fascia ? C'est donc ces développemens et
ces preuves que je vous dois essentiellement.
Mais il est aussi d'autres faits cités dans cet ouvrage , qui me deviennent personnels, à cause
de leur liaison avec les opérations générales du Convent, auxquelles j'ai dû prendre part ; sur
ceux-là je vous dois aussi des éclaircissemens , qui vous mettront à portée d'acquérir les
preuves que vous jugerez nécessaires , et qui vous feront connoître , combien le F. à Fascią
a altéré ces faits ; peut être alors partagerez -vous ma juste sensibilité , et si vous ne pouvez
vous défendre d'une forte indignation, la vérité seule l'aura excitée.
Je ne suivrai point le F. à . Fascia , dans tout le détail des faits dont il a entrepris ta dis
cussion ; je dois me borner à ceux qui intéressent ma justification , et laisser à d'autres le
soin de réfuter ses erreurs sur les vues et les opérations du Convent .
Si je n'avois pour appui la vérité qui se soutient d'elle- même , et qui triomphe toujours du
déguisement de l'art , je craindrois d'entrer en lice avec le F. à Fascia , dont l'érudition sem
ble devoir m'en imposer ; mais je puis lui opposer la simplicité et la bonne foi ; en me fami,
liarisant avec son style , j'ai appris à ne pas craindre de lui parler avec la fermeté d'un homme
honnète , qui est plus rapproché de lui qu'il ne l'étoit des deux Princes dont il a parlé si
indécemment. Je démontrerai ses méprises sur certains faits , sa prévention intéressée sur d'au
tres ; enfin l'art avec lequel pluſieurs ont été dénaturés.

Sous quels prétextes le F. à Fascia m'a -t- il attaqué personnellement, lorsqu'il paroissoit nę
vouloir que discuter ou fronder les Actes de l'Assemblée de Wilhelmsbad ? C'est ce que je dois
d'abord soumettre à votre examen ,
1. On avoit annonce des connoissances M. ., qui ne sont pas le systême du T , on avoit promis
1 de les développer au Convent , l'E . G. M.ne l'a pas fait , et c'est par mon insinuation . " T
2 °. Les Maçons de tous les Régimes étoient invités au Convent, et c'est moi qui, commerédacteur
des articles préliminaires , leur en ai interdit l'entrée .
3º. La question sur la filiation de l'O . des T. a été mal discutée , et c'est encore à moi qu'il
faut l'imputer , parce que j'ai voulu faire adopter un système Theosophique faux , dangereux ,
et absolument étranger à la constitution de la Société M ...
4º. Les Rituels des Grades sont mon ouvrage, ils sont relatifs à mon systême, énigma
tiques pour les Maçons les plus instruits , et il falloit les expliquer au Convent, ne rien cacher
à ceux qui ont acheté pondere metalli le droit de tout voir ,de tout entendre ; j'ai plus qu'aucun
autre , et presque seul privé le Convent des lumieres qu'il devoit espérer , si l'on se fût conduit
par d'autres Regles ; ignorant les principes du juste , de l'honnête ,, et de l'utile , j'ai élevé sous
un air modeſte le trồne du despotisme dans l'assemblée du Convent; et, des loix que j'ai dictées ,
auxquelles se sont soumis deux Princes éclairés , des FF . du plus grand mérite , il en est résulté
une Société de corruption , de mauvaise foi , de trahison , une Société dangereuse , abominable , qu'il
faut dissoudre , qu'il faut anéantir , annihiler ; une Société horriblement mal ordonnée ; qui ne peut
être sauvée que par l'assemblée d'un nouveau Convent des Maçons généralement quelconque, dans
lequel, sans aucune réserve , on divulguera les connoissances les plus secretes de la M. Or tout
cet éclat a pour cause la renonciation au système du T. proprement dit, et à la restau
ration de cet 0. éteint ; l'heureux effet que se promet le F. à Fascia de ses diatribes est d'ouvrir
des bouches , que la prudence a ferméesen faveur de choses qu'ailleurs il tourne lui -même en ridi
'cule , et qu'il peint sous d'affreuses couleurs .
Telle est l'opinion que s'est formée le F. à Fascia des opérations du Convent de W.., 12:59 Vous

si absurdes ? Comment persuader qu'un homme qu'il a représenté , comme un Protagoras,


qui n'est qu'un esprit dur , entété , opinidire , vain jusqu'au ridicule , ignorant , qu, n'ayant
qu'une teinture légere de la science , de la bouche duquel il ne sort que, des mots entrecoupés qui ?
réunis , forment la solution t r
men souvent la plus.entortiſlée
uade , et plus
qu'un tel hom
mesouvent encore
soit parven oser
u la plus pinepte
. ( Pag. 145. 146. ) Com , dis - je , pers à en im
une nombreuse etrespectable Assemblée ? et n'est-ce pas encore faire plus injare à ces RR. FF .,
-qu'à moi-même? Si tous les Lecteurs faisoient cette réflexion , ils n'acheveroient pas assurément la
lecture de cet ouvrage ; mais le poison subtil y est tellement divisé , qu'on ne peut en tonnoltre
A2
4

le danger qu'en l'analyfant : l’Auteur a eu l'art d'intéresser l'amour -propre à s'enivrer de ce


cruel breuvage : a-t- il lui-même apperçu quel venin il a porté dans le cæur de ses FF. ; et
a - t-il prévu les ravages qu'il peut y faire ; et le mal , qui doit en résulter pour lui-même
Quelles qu'aient été ſes vues , les moyens qu'il a employés ſont odieux , tant envers moi ;
qu'envers le Convent et l'Ordre entier , & je dois prouver qu'ils n'ont pour base que des
faits faux ou mal interprétés.
Quel droit avoit donc ce F. qui n'a rien respecté dans son ouvrage ; qui s'y est porté aux
plus grands excès ; quel droit avoit -il pour semer les doutes , exciter le trouble , préparer la
division dans les Provinces & troubler ' ma tranquillité personnelle ? Un Préfet , Visiteur
d'un Prieuré , est -il donc chargé seul d'éclairer l’O. entier ? Qui l'a chargé de prêcher cette
cruelle mission ? De quel droit ose -t il me dénoncer à l’O . comme un F.qui a dérangé l'ordre
qui régnoit parmi nous ? Suis- je donc soumis à son inspection , a-t-il pu oublier qu'en tout et
par-tout ma personne devoit être à l'abri de ses traits , et qu'il n'a pu sans témérité , sans
blesser toutes les Loix , se permettre de me juger ?
Ah ! qu'il ne dise point qu'il a voulu éclairer ses FF .; si ce motif l'eût fait agir , c'étoit auprès
de vous , et dans le secret , qu'il devoit s'assurer de la vérité des faits qu'il m'impute ; alors il
auroit pu.se plaindre à vous-mêmes ; et si vous eussiez gardé le silence , il vous auroit dénoncés
avec moi à l'O .; mais c'est le cœur d'un F. dont la droiture et le zele lui sont connus , qu'il
a trouvé plaisir à déchirer publiquement, et le plus foible prétexte a été saisi pour servir son
amour propre irrité.
Je suis vivement blessé , mes RR . FF . , on a voulu me ravir votre estime ; un autre à ma
place peut -être ne se borneroit pas à une juftification bien facile ; muni de cette approbation
honorable que j'attends de vous , il iroit ſe plaindre à la Province à laquelle le F. à Fascia
appartient ; car , en approuvant son ouvrage , son a perdu le droit de le juger ; un autre ,
dis -je, invoqueroit le témoignage de tous ces RR . FF . qu'on l'accuse d'avoir leurré , il deman
deroit une justice éclatante , et il l'obtiendroit ; mais je sais faire grace , et je la fais au F.
à Fascią ; en vous portant mes plaintes contre lui , je vous sollicite de vous borner à me ren
dre la justice qu'il est indispensable que j'obtienne ; et si ses Supérieurs prenoient jamais votre
jugement pour une dénonciation , je prouverois à ce F. qui a brisé tous les liens qui nous
uniſſent, que je sais respecter les Loix de la fraternité ..
Je me hate , mes RR . FF. de vous présenter les faits sur lesquels je demande à être jugé
Je ne puis me prescrire une marche dans cet objet , je les chercherai dans l'ouvrage du F.
à Fascia ; et s'il est possible d'en réunir plusieurs qui soient analogues , je serai plutôt arrivé au 1
terme que je me suis proposé ; j'écris sans prétention , et je n'ai d'autre objet que ma justifi
cation. J'ai besoin de votre attention , accordez -la à un F. qui vient vous prouver que votre
estime est le bien dont il est le plus jaloux.

PREMIER FAIT .

LE F. à Fascia avance avec une assurance faite pour en imposer , sans cependant qu'il en aie
la moindre preuve', que plusieurs FF , ( et je suis désigné par-tout pour le plus intéressé de
1
ceux-là ) ont anticipé l'époque du 16 Juillet au moins de huit jours , et on nous assure , dit- il ,
que ce n'a pas été sans dessein , et que ce temps a été employé à plus d'un objet , et entr'autres à
étudier et à rédiger les articles préliminaires qui ont été acceptés et signés dans la journée du 14.
Combien de faux calculs n'a-t-il pas faits d'après cette supposition , que ne s'est -il pas permis
de dire sur tout cela ! C'est ainsi , ajoute- t-il , que le despotisme preparoit son tróne dans l’As
semblée future ( Pag . 70.98 . 101. ).
Selon les calculs du F. à Fascia', j'ai dû arriver à Wilhelmsbad au moins le 7 Juillet . Je ne
devois pas m'attendre que le Préfet de Lorraine fixeroit ainsi l'époque de mon arrivée ; mais
puisqu'il a cru devoir faire observer tous mes pas , je dois dire que ses Agens l'ont mal servi.
J'affirme que je n'ai abordé à Wil.... que dans la journée du 11 : voilà donc qu'ilfaut retrancher
La moitié de ce temps , suivant lui , si mal einployé. Je me serois hâté , dit-il , pour étudier
et rédiger les articles préliminaires ; eh bien ! j'atteste avec vérité que ce n'a été que le 13 au
soir , que j'ai entendu parler pour la premiere fois des propositions relatives aux articles
préliminaires ; à cette époque il ne manquoit qu'un très-petit nombre des FF . qui devoient
assister au Convent. Je le demande , si j'avois eu autant d'intérêt à la rédaction de ces pré
liminaires que l'insinue le F. à Fascia , aurois-je donc perdu deux jours sur quatre ?
Mais puisque de cette circonstance indifférente en elle -même, il a tant argumenté , je dois entrer
dans quelques détails , et me justifier sur des choses qui ne devroient pas en être susceptibles.
A la forme de la circulaire de convocation , tous les Députés et Représentans du Régime
devoient être connus du S. G. S. , au moins quatre semaines avant le 16 Juillet , et être rendus
à Wilhelmsbad le 14. Ce jour -là , le $. G. S. a donc pu présenter à l'Assemblée des articles
préliminaires qu'il s'étoit réservé , dans sa circulaire de convocation , d'y proposer avant l'ouverture
du Convent. Dès ce jour-là , les Députés étant censés former réguliérement le corps du Régime
convoqué qu'ils représentoient, ils ont légalement pu adjoindre aux articles préliminaires pro
posés par le S.G.S., après les avoir discutés etagréés , tels autres articles qu'ils ont jugé nécessaires
pour l'assemblée qu'ils venoient composer j sans que personne puisse valablement les taxer d'irré
gularité.
Il y a plus, ces articles réunis ont été'agréés et signés unanimement le 14 , sans aucune con
5

tradiction ni opposition , par tous ceux qui étoient présens et par tous ceux qui ont assiste
le 16 ' , à l'ouverture du Convent , il y avoit donc unanimité , et du moment que l'Assemblée
en a ordonné l'enregistrement , ces articles ne sont- ils pas devenus une loi du Convent ? Que
pouvoit -on faire de plus , et le fait ne prouve- t- il pas que ce qu'on avoit pensé le 14 , on
I'a pensé le 16 ? Il ne faut que lire ces articles, pour en reconnoître la nécessité et la sagesse , et
les Actes du Convent, pour se convaincre que ce qu'exigeoit le F. à Fascia a été fait.
Cependant il se permet , tantôt d'atténuer la force de l'unanimité donnée à cette Loi qu'il
appelle l'erreur d'un honnête homme , l'écart de l'esprit humain ‫ز‬, en disant qu'on l'a fait signer par
force à ceux qui se sont ensuite présentés au Convent. ( Pag . 81.90 . ) Mais on doit rejeter cette
odieuse assertion , jusqu'à ce qu'il fournisse la preuve , par écrit ou par témoignage authentique,
qu'aucun F. ait été soumis à cette prétendue violence. Tantôt aussi il atténue cette unanimité , en
attribuant ces signatures à la légèreté de ceux qui les ont accordées ; ( Pag: 98. ) peut- on être si fort
en contradiction avec ſoi-même! Il falloit opter et faire de ceux qui présentoient les articles
préliminaires ,, des hommes injustes , ou de ceux qui les signoient, des imbécilles ; mais supposer
f'un et l'autre étoit plus agréable au F. à Fascia , parce que l'injure étoit plus grave & devenoi
plus générale .
Mais quels hommes étoient donc ces Députés ? Quoi, ils auroient signé forcément , et au
cuns d'eux n'auroit réclamé le bénéfice de l'article 31 , que le F. à Fascia a eu l'infidélité de taire
à ses Lecteurs , parce qu'il renverse son échafaudage ; en effet , cet article déclare que les précé
dens ont été rédigés pour ſervir de regle provisoirement , jusqu'à ce qu'il ait été statue'autrementsut
ces divers objets par le Convent régulièrement vuvert et assemblé. Au lieu de réclamation d'au
cuns de ces hommes violentés qui devoient être indignés , on ne trouve au protocolle des actes
qu’une approbation générale ; et voilà , mes FF . par quel homme je suis accusé ; voilà l'exac
titude avec laquelle il rapporte les faits ; c'est en scindant les Actes qu'il parvient à les déna
turer , et à faire croire à ses Lecteurs , que les motifs les plus odieux ont guidé la plume de
ceux qui les ont rédigés .
* Je ne suis arrivé que le 11 à Wilhelmsbad , il m'y suppose dès le 7. Ne soyez plus étonnés de
cette infidélité , relisez son ouvrage , vous y reconnoîtrez le motif de cette erreur volontaire , et
de ce silence sur l'article 31 des Préliminaires .
Je suis arrivé à Wilhelmsbad le și , et pour cela , dois-je étre suspecté et accablé d'injures
seroit - il donc besoin de faire connoître mes motifs ? Oui , il le faut, puisque je suis accusé ; je dirai
donc ce qui me porta à devancer l'époque fixée. .
10. Peu de jours avant mon départ de Lyon , j'étois si incertain de pouvoir aller au Convent,
que je n'avois pu ni dû songer à m'y procurer un logement; et si un R. et Illustre F. n'eût
daigné y pourvoir , ce que j'ignorois , j'étois exposé , ainsi que les FF.qui devoient s'y rendre
au nom de cette Province, a nesavoir ou reposer ma tête , dans un lieu qui m'étoit tout -à-fait
inconnu , et où une foule de FF. devoit arriver le 14 ; ainsi n'en déplaise au F. , Fascia, qui croit
sans doute que je ne valois pas la peine d'être logé , il pouvoit m'être permis de penser autrement,
et de hâter mon arrivée pour prendre mes arrangements à cet égard . Mais j'ai honte pour
lui d'entrer dans des détails si puérils.
2°. La correspondance que par les devoirs de ma charge , j'avois été dans le cas d'entre
tenir avec le S. Chef de fo. et les Chefs des Provinces ,m'avoit été l'occasion de recevoir
quelquefois des témoignages précieux et bien honorables de leur bienveillance. Il étoit connu
que le S.G.S. et le S. F. a Leone resurgente , devoient être rendus à Hanau à la fin de Juin ; j'es
pere que ces deux SS . FF. que je n'avois point encore l'honneur de connoître personnellement ,
excuseront l'aveu que je fais ici que le desir empressé de leur présenter mon respectueux
hommage , avoit eu part à l'accélération de mon voyage , et personne ne sauroit blåmer cet
empressement ; je me trompe , le F. à Fascia , qui veut guider mes démarches et interpréter
celles que je fais sans son aveu , ne me voit pas en aussi bonne compagnie sans inquiétude ;
je lui aurois pardonné d'envier mon bonheur ; mais soupçonner ma conduite , me prêter
des intentions pernicieuses , supposer que c'est dans le sein de la vertu que j'ai été les dé
poser et qu'elles ont pu y étre écoutées et favorisées ; c'est un outrage que je ne puis dévorer
en silence ; et quand je vois que pour avoir abordé, quelques instans plutôt que d'autres , les
deux SS . FF . , ç'a été l'occasion et le motif des choses indécentes que le É . à Fascia s'est
permis , je ne dis plus contre moi , mais envers deux Princes qui devoient être sacrés pour
ſui , je ne puis retenir mon indignation . Ah ! si je pouvois regretter ce qui fait mon bonheur ,
sans doute je souhaiterois aujourd'hui de ne les avoir point connus ; mais pouvois -je soupçonner
alors qu'il existoit un F. à Fascia , qui auroit l'art de rendre mon approche contagieuse et
suspecte ?
3. A ces motifs qui me sont personnels , il s'en joignit un autre qui intéressoit l'O . entier.
J'avois vivement desiré de voir paroître à Wilhelmsbad des FF. dont les lumieres auroient été
du plus grand secours au Convent ; depuis long-temps j'avoissollicité leur présence par lettres
ou par amis communs , et j'avois lieu de croire qu'ils seroient rendus à Wilhelmsbad avant
moi ; j'étois donc empressé de faire leur connoissance personnelle quelques jours avant celui
qui étoit destiné au commencement des travaux.
Si cet aveu ne plaisoit pas au F. à Fascia , et qu'il voulůt en argumenter encore contre
moi , je dois vous dire que ma peine fut perdue , car on avoit pris soin de les repousser de
Wilhelmsbad par des écrits injurieux ; ceux -là furent traités avant le Convent , avec la même
indécence que le F. à Fascia a traité ensuite tous ceux qui , indépendamment du zele qui étoit
commun à tous les membres de cette Assemblée , fayorisoient plus ouvertement la direction de
A 3
ses travaux au but essentiel que le S. G. S. avoit annoncé devoir en être l'objet le plus important .
Ainsi , tandis que le F à Fascia sollicitoit la présence d'une multitude de Maçons curieux , celle
des Supérieurs cachés et ignorés d'un système que la raison autant que la prudence condain
noient, Supérieurs qui peut-être mêmen’existent point ; d'autres FF . dans l'espérance de faire
prédominer les principes de la Philosophie moderne , se chargeoient du soin d'écarter par des
injures , les hommes les plus respectables , qui auroient été essentiellement utiles à l'Ordre dans
cette Assemblée générale . Quiconque aura l'idée du respect qui est dû à la lumiere de la vérité,
ne s'étonnera point que ceux qui la connoissent n'aient pas voulu l'exposer à la profanation
qui étoit méditée et concertée contre elle .
Quant à moi , mes RR. FF. , je regretterai toute ma vie pour les Maçons en général ,
et pour vous en particulier qui avez gémi de cette ligue cruelle contre la vérité , qu'on ait
repoussé ces RR . FF . par des procédés indécens ; et je reste bien convaincu qu'une Assemblée
dont les membres n'auront pas été choisis , de maniere à établir une confiance entiere et réci
proque , devra plutôt s'occuper de la Police et de l'Administration de l'O . que de son essence.
J'ai même lieu de présumer que la présence de ceux dont je parle , auroit aidé à expliquer ce
passage de la circulaire de convocation , qui a fait porter tant de jugemens téméraires au F.
à Fascia , dans lequel le S. G. S dit : Et j'espere que ceux qui peuvent guider vos recherches
avec sûreté ,ne manqueront pas de le faire.
Sur ce fait , j'aurois encore une multitude de choses à dire ; mais c'est déja avoir donné
irop d'importance aux raisonnemens du F. à Fascia ; et si vous desirez d'autres éclaircisse
mens , pour détruire les fausses conséquences qu'il en a déduites , je serai toujours prêt à ré 1
pondre aux questions qui vous jugerez convenable de me faire à cet égard.

SECOND FAIT .

Je passe à un second Fait qui a été , pour le F. à Fascia , un prétexte d'envenimer des
circonstances que j'ai le plus grand intérêt de présenter dans leur véritable jour. Il s'étonne
que dès la seconde séance du Convent , on ait prononcé la séparation des deux grands Prieurés
d'Italie et d'Allemagne , qui composoient la VIII. Province , et que l'Italie ait été érigée en
neuvieme Province , en y joignant la Grece et l'Archipel , etc. Il se plaint de ce qu'on n'a
pas eu égard à l'érection que le S. F. M. Prov. de la VII. avoit faite de la Suede en neuvieme
Province par l'effet de sa propre et seule autorité ; il s'étonne aussi que le M. Prov. actuel
de la VIII , entiere , ait été de suite , en vertu de cette séparation et translation , reconnu
M. Prov. de la IX . , et sur ce texte que ne se permet - il pas de dire ! 1
Vous , mes RR . FF . qui connoissez les droits des Provinces respectives ; qui savez les récla
mations que l'érection de la Suede en neuvieme Province avoit excitées ; qui n'avez point oublié
ce qui s'est passé à cet égard au Convent national des Gaules, où le F. à Fascia a voté en per
sonne pour solliciter auprès du S. G.S., qu'à un premier Convent général de l’O . , on s'y occupåt
de cet objet, vous n'exigerez pas sans doute que je me justifie d'avoir eu part à cette décision
du Convent , et je dois me référer à la XII . seance du Convent national , le seul avis que je
devois avoir y est écrit . 1
Le F. à Fascia n'ignore pas que l'opinion qu'il a avancée blesse tous les principes ; mais
il vouloit dire en me désignant , que certaines personnes qui vouloient faire dominer leur sys
tême particulier , avoient intérêt d'augmenter les suffrages de l'Italie dont ils se tenoient pour assurés.
(pag . 116.) Quand on ose juger les autres par cette regle de Ciceron , que l'honnete, le juste et l'utile
ne sont qu'une seule et même chose , peut- on se permettre de l'enfreindre aussi ouvertement ?

TROISI E ME F A I T.

Est -il plus honnête d'avoir ajouté , que c'est par la même raison
la même qu'on a attendu jusqu'à la
raison qu'on
XIII. séance pour faire droit sur la demande des FF. de Septimanie ( de Montpellier ) , qui
avoient réclamé dès la III., le triple suffrage dont jouissoient les autres Provinces. Parce que ,
sans doute , ces certaines personnes n'étoient pas assurées de leur suffrage.
Or c'est encore moi personnellement qui suis ici désigné par le F. à Fascia, car il n'y a
que moi qui sois dans l'ignorance des principes, et qui sois capable d'une manæuvre indecente
et ridicule. Or il eſt à remarquer que je ne mis pas une opposition formelle à cette prétention ,
qui n'étoit point celle des FF. de Septimanie , mais seulement celle de leur Député; et que
je me bornai , dans la XIII.séance seulement , à motiver des raisons contraires à son desir ; mais
comme elles furent sans succès , puisqu'il obtint l'effet de sa demande qu'iln'avoit point faite dans
la troisieme Séance , je ne devrois plus être exposé au reproche de manauvrer d'une maniere
indécente et ridicule pour accapparer des suffrages favorables , ou réduire ceux qui pouvoient
être contraires au systeme que je voulois faire predominer.
Il est vrai , que j'étois , ainsi que mes Collegues de la Province d'Auvergne , plus assuré
de la conformité des suffrages des FF. de Septimanie avec les nôtres , et que le R. F. à Capite
Galeato leur Député avoit trompé notre attente à cet égard ; mais des motifs plus imporians
nous déterminoient à mettre obstacle à sa demande ; les voici , vous les jugerez.
La Province d'Occitanie est composée de deux grands Prieurés, l'un existant à Bordeaux , 1
l'autre à Montpellier , ce sont les deux seuls de ceite Province ; mais la Province
même n'ayant point encore de M. Prov. j'ai dù penser et dire qu'elle ne pouvoit pas jouir .
du troisieme suffrage qui eſt attribué personnellement aux Maitres Provinciaux. e
D'un autre côté les de B. et de M. avoient été également convoqués au Convent géné
ral ; le second y avoit député pour ce qui le concernoit le R. F. à Capite Galeato , et lui avoit
donné les pouvoirs nécessaires pour le représenter légalement ; mais le de B. qui comprend
la moitié de la Province , en refusant de comparoître au Convent , n'avoit pas droit d'y vorer .
Le Député du de M.pouvoit-il donc être admis à voter par un second suffrage pour le
de B. quine le vouloit pas , et je le demande , comment ce Député auroit- il pu voter pour
le de B. , puisqu'il n'en avoit reçu , ni les pouvoirs , ni les instructions ? C'étoit donc une
voix absolument personnelle et arbitraire qu'il réclamoit ; lui étoit - elle due ?
Cependant le F. à Fascia , qui condamne si fortement, la voix personnelle accordée aux
Maîtres Provinciaux , blâme avec la même aigreur le retard qu'on a mis à accorder un double
suffrage au F. à Capite Galeato : n'eſt -ce pas là une inconséquence !
Je dois ajouter que par une suite de la mésintelligence qui subsistoit depuis plusieurs an .
nées entre les de M. et de B. , leurs opinions et leurs intérêts devoient être souvent en
contradiction ; et comment le Député qui n'avoit les pouvoirs et les instructions que d'un seul de
ces , pouvoit - il deviner les intentions du second ? N'étois -je donc pas fondé à dire que sa
réclamation ne pouvoit légalement avoir son effet , sans renverser l'ordre qui avoit été adopté
pour toutes les autres Provinces ? On opposoit à ces raisons qu'il devoit jouir du double suffrage
de toute la Province , jusqu'à ce qu'il comparût un Député du de B. , et ce motif peu appro
fondi l'emporta. Voilà à quel point j'étois maître du Convent ; c'étoit cependant l'instant
essentiel où l'on alloit prononcer sur la question principale. Puisqu'on veut m'inculper , quoique le
Protocole soit muet à cet égard , je dirai que ce qu'on opposoit eût été fondé , si le de B.
n'eût pas existé , parce qu'alors celui de M. auroit pu et dû représenter la Province entiere ;
mais dans le cas présent cela ne pouvoit être.
Si vous voulez vous convaincre encore mieux jusqu'à quel point j'étois fondé dans
mon opinion , ouvrez le Protocole , et à la XXVII. séance , vous y verrez que lorsqu'on re
cueilloit les suffrages définitifs sur une affaire majeure , qui devoit intéresser fortement le
de M. , son Député a déclaré que , conformément aux intérêts de celui-ci , il devroit opiner
par l'affirmative de la question proposée ; mais qu'il pensoit qu'il seroit de l'intérêt du reste de la
Province d'opiner pour la negative , et qu'à cause de cette contrariété d'intérêt , il ne donneroit
aucun suffrage. Mais qu'il me soit permis de le dire , s'agissoit -il ici de l'opinion particuliere
de ce F. ou du væu du qui l'avoit spécialement député , et pouvoit-il croire qu'il rein
plissoit son devoir , en refusant de porter le suffrage , auquel l'unique députation dont il étoit,
chargé l'astreignoit ? Ce fut cependant cette 'singuliere façon de voter qui décida la ques
tion pour la négative ; or il est à remarquer que tous les Représentans des Provinces qui
avoient opiné pour la négative , se sont accordés à demander ensuite des exceptions locales
qui se rapportoient à l'affirmative ; de sorte que les exceptions ont 'infirmé la loi méme qui
avoit été prononcée. Que le F. à Fascia blâme tant qu'il lui plaira l'opinion que j'avancai dans
la XIII . séance , contre la prétention du Député du de Septimanie , je pense qu'il seroit
de mon devoir d'opiner toujours de même en pareil cas.

QUATR 1 EM E F AI T.

Le F. à Fascia a eu un secret plaisir de me montrer en opposition avec le Député du de


Septimanie ; aussi le voit- on fortement occupé de m'inculper à cet égard , et sur un autre objet,
de la maniere la plus grave ; fix pages ne lui ont pas suffi ; il y est revenu en terminant son
ouvrage , et par-tout avec la même amertume ( Pag. 122. et seq. 252. )
Il est question de Lettres que je déclarai au Convent avoir reçues depuis peu " , et que le
F. à Fascia , toujours prompt à interpréter , présumer ou supposer , selon l'intérêt qui le dirige ;
prétend n'avoir pas été communiquées à tout le Convent , parce qu'elles contenoient des instruc
tions qui dérogeoient à l'illimitation de mes pouvoirs , ou qui étoient relatives au système particulier
que je voulois établir' ; il fonde cette supposition sur le refus que je fis de communiquer ces
Lettres à d'autres qu'au S. G. S. et au S. F. à Leone resurgente . Il est difficile de ne pas s'indigner
des efforts que fait le F. à Fascia pour me noircir dans les circonstances les plus indifférentes ;
il faut donc encore me justifier sur ce fait ; j'aurois beaucoup de choses à dire , mais j'en
tairai une partie par modération , l'injustice du F. à Fascia ne me fera jamais changer de
principes.
D'abord , quoique le Protocole se soit exprimé au pluriel , la vérité est que je ne montrai aux
deux SS . Princes qu'une seule Lettre ; je la remets entre vos mains , mais permettez , mes RR. FF.
que j'exige qu'elle ne soit lue que par un comité composé de quatre d'entre vous au plus, lesquels
je vous laisse la liberté de choisir ; mais afin qu'aucun ne me soupçonne d'avoir eu quelque in
térêt à cacher le contenu de cette Lettre , je vous déclare que loin de mettre des bornes à mes
pouvoirs, elle démontre les limites de ceux da F. Capite Galeato qui vouloit infirmer les
miens ; je vous atteste qu'il n'y est point question du prétendu système dont parle si légérement
le F. à Fascia ; et comment en effet , cette Lettre auroit -elle pu limiter mes pouvoirs selle
ne venoit d'aucun membre de la Province dont j'étois l'un des Députés ; elle m'avoir été écrite
le 7 Juin 1782 , par les Chefs du de Septimanie ; elle étoit donies relative au Food Capije
Galeato , et pouvoit apprendre s'it lui étoit permis de faire :unei moripn: qu'il:n'auroisi pro souscrire.
- En désignant ainsi cette Leitre " j'ai essentiellement pour objer d'assurer l'identité de celle
que j'ai présentée ; et il vous sera facile d'acquérir auprès du S. G. S. et du F .. Leene
93 116991 din B1 d .
8 k

Resurgente , la preuve que c'est bien celle -là que j'ai mise sous leurs yeux , et j'espere que
ces deux SS. FF. et ceux à qui vous donnerez votre confiance pour en prendre lecture , vous
diront si ma réserve dans ceite circonstance , si les ménagemens que j'ai eu pour le Député de
Septimanie, en ne la publiant point dans le Convent , devoient m'attirer les indignes soupçons
du F. à Fascia .
Le F. à Capite Galeato avoit été informé de cette Lettre aussi -tôt que moi par ses commettans
et par conséquent il en connoissoit le contenu en ce qui nous concernoit tous les deux ensemble ;
mais j'eus la délicatesse à son égard pendant toute la durée du Convent , de ne donner lieu
à aucune explication sur la nature de : es pouvoirs , je me bornai à lui dire des choses générales et
même satisfaisantes pour lui , et je ne me repens point d'avoir eu cette discrétion. Pour bien com
prendre la motion du F. à Capite Galeato , qui a donné lieu à la communication de cette Lettre ,
il faut savoir que dans une des conversations qui avoient eu lieu avant l'ouverture du Convent ,
le F. à Serpenie chargé des pouvoirs de tous les d'Italie et du M. Prov . dela VIII . , dit con
fidemment devant le F. à Capite Galeato que ses pouvoirs étoient illimités , mais qu'il ne sauroit
consentir à la perpetuation du système de restauration qui répugnoit à tous les FF. d'Italie. Je dis
à mon tour , que quoique j'eusse des pouvoirs illimités , je ne pourrois pas mieux consentir à cette
perpétuation qui répugnoit extrêmement à presque tous les de l'Ordre , et que les réponses
faites par eux à la circulaire préliminaire faisoienı bien présager ce qui en resulteroit dans le Convent.
Nous étions loin de nous attendre que cette franchise dût devenir un sujet de délation et un
prétexte d'infirmer l’illimitation de nos pouvoirs. Cependant dès la premiere séance , le F. d
Capite Galeato établit une motion tendant à exiger que tous les Députés de pouvoirs illimités signe
roient une déclaration par laquelle ils se soutiendroient autorise's à souscrire tant pour eux que
pour leurs commettans , à tous les arrêtés qui seroient prononcés à la pluralité des voix , et no
tamment à la conservation complette et formelle de l'O. des T.
Ce F. ne désigna alors aucun porteur de pouvoirs , mais le F. , Serpente et moi , nous ne pumes
douter de ceux qu'il vouloit auaquer; nous restames étonnés , et gardames le silence. Le Convent
renvoya à délibérer sur cette motion dans des temps postérieurs ; mais le F. à Capite Galeato ne
comprit pas ce que signifioit ce renvoi , puisque dans la seconde séance du lendemain , il remit sa
motion sur le tapis , et voulut ce jour-là faire connoître quels étoient les Députés qu'il avoit
en vue.
Il s'énonça ainsi , car étant placé immédiatement à côté de lui , il me fut aisé de prendre litté
ralement note de sa motion : « C'est à regret , dit-il , que je me vois obligé de paroitre manquer à
» la confiance et à l'amit é de quelques FF. que j'aime et que j'estime sincérement; mais le bien de
» l'O . en général, et ma conscience me font un devoir de passer sur ces considérations particulie
vres . » Ensuite il déclara avoir des preuves que les pouvoirs de la II et IX Provinces n'étoient
point illimités ; sur ce il produisit par écrit une formule de la déclaration qu'il avoit proposée
la veille , telle qu'elle avoit été insérée dans le Protocole de la premiere Séance , et il demanda
que les Députés de ces deux Provinces fussent assujettis à la signer.
J'avois été étonné de sa premiere proposition ; mais j'avoue que l'entendant la réitérer ,
me désigner , et convenir qu'il manquoit à la confiance & à l'amitié , je ressentis intérieurement
quelque chose de plus que l'étonnement. J'aurois pu , sans manquer à la confiance, et à l'amitié ,
demander que le F. à Capite Galeato me donnåt l'exemple, et à l'instant qu'il auroit apposé sa
signature, produire en plein Convent, la Lettre dont j'ai parlé ;car c'est par ménagement pour
ce F. qui manquoit à la confiance et à l'amitié, que je ne le fis pas ; mais je remportai certe
victoire sur moi-même; je me bornai à demander d'être admis à communiquer au S. G. S. &
au S. F. Vice- President, une Lettre particuliere que j'avois reçue récemment , laquelle répandroit un
jour plus lumineux fur cette affaire , et prouveroit , j'espere , que le F. député du de M. étoit bien
loin d'être autorisé à infirmer mes pouvoirs.
Je communiquai en effet cette Lettre dans la même journée aux deux SS. FF. qui partage
rent ma surprise , et firent le lendemain , en Convent , une déclaration à ma décharge , insérée
au Protocole , et le F. à Capite Galeato qui dans le fond de son cæur me rendoit justice , me sue
gré de cette réserve , et l'exprima autant qu'il le pouvoit en retirant sa motion , et en priant le
Convent de la regarder comme non avenue.

CINQUI E.ME FAIT.

Si j'avois à expliquer ce qui porta le F. à Capite Galeato à faire cette motion déplacée, j'ajouterois
des circonstances vraies qui sont connues du S. F. à Leone Resurgente , parce que , dans un autre
cas , je fus forcé de les confier à ce S. F .; mais je ne dois dire que ce qui est indispensable pour
1 prouver combien le F. à Fascia est injuste , lorsqu'il ose me faire un crime d'une réserve qui a
peut-être quelque mérite , et dont je ne veux pas perdre le fruit aujourd'hui lorsqu'il prend
si inconsidérément l'occasion de ce fait qu'il ne connoissoit pas et qu'il ne pouvoit connoître ,
pour me supposer les plus noirs desseins ; c'est de- là cependant qu'il a tiré ses preuves , c'est -là
Punique base de son accusation capitale.
En effet ; on voit qu'il ne s'est donné tant de peine dansles six pages employées pour envenimer
le fait donc je viens de parler , que pour ajouter : « Je voulois borner à ces observations la discus
» sion de cette matiere si importante ; mais on desire que j'apprenne à mes FF. que les SS. FF.
» à Višoria et à Leone Resurgente , étoient initiés dans le secret du système du F. ab Eremo , et
» que c'est par cette raison qu'il les a choisis pour juges , et que conséquemment les Lettres du
y F. ab Eremo avoient rapport à ce système. ☺ ( Pag . 125. )
* 9 min

Je détruis par le fait cette imputation , puisque je rapporte la preuve écrite que cette Lettre
n'a pas le moindre rapport à aucun système, et ne contenoit que des choses relatives à la conduite que
venoit de tenir le Député du de Montpellier à mon égard , que je ne la produisis que pour cela ;
que si je ne la confiai qu'aux deux SS. FF . , ce fut par délicatesse , et non parce que ce mystere
devenoit nécessaire à mes vues. Mais soit que j'aie un système de connoissances particulieres , ou
non , ce donc je ne dois aucun compte au F. d Fascia , je puis affirmer sans crainte d'être
démenti , que soit avant l'ouverture du Convent, soit pendant toute sa durée , je n'ai initié
à mes connoissances particulieres et personnelles , ni le S. F. à Vi& oria , ni le S. F. à Leone
Resurgente , ni qui que ce soit . J'ai reconnu que ces deux $S. FF. étoient assez riches par
leurs propres connoissances , pour n'en avoir pas beaucoup à desirer ; cette déclaration répond
à toutes les fausses conséquences relatives aux opérations du Convent , qu'il a plu au F. à Fascia
de tirer de l'assertion qu'il a témérairement hazardée; car , sans doute , ce n'est pas à ces con
versations particulieres , qui ont souvent lieu entre des Personnes qu’une conformité de goût et
de connoissances rapproche , que le F. à Fascia entend donner le nom d'initiation. Car , dans
ce cas , j'aurois initié tous ceux qui m'ont honoré de leur confiance et de leur amitié , ou je
l'aurois été par eux mille et mille fois. C'est par l'ensemble des circonstances , et par les opérations
même du Convent , qu'il est prouvé que le systême, si s'en est un , qui a prévalu ne m'est pas
personnel , et , c'est à vous , à dire si je me suis conformé à l'esprit de vos déliberations , ou si je
m'en suis écarté . Je continue à examiner les imputations qui sont faites contre moi , et je choisis
dans ce moment ce qui a rapport à ce prétendu système ; en y répondant je détruirai toujours
mieux les assertions du F. à Fascia. 1

SIXIE ME FA I T.

S'il étoit utile de rappeller les éloges que mon Censeur a prodigués au F. ab Orno , relative
ment à une motion très-déplacée de ce Ė .; mais que le F. à Fascia trouve très-judicieuse , je
les transcrirois ici ; mais il suffit de dire que le F. ab Orno , Préfet de Wetzlar , arrivé depuis
deux jours seulement , porta dans la VII Séance une motion tendante à exiger qu'il fút mis
au fait des connoissances précieuses , et des vérités consolantes annoncées dans la circulaire du
S. G. S. , il y conclut que les notions qui venoient d'être communiquies sur des objets particuliers par le
S. F. à Leone Resurgente , au comité nomméad hoc , dans la Séance précédente , pour les rece
voir ; comité composé des Deputés particuliers de chaque Province ; il vouloit , dis-je, que ces
nətions fussent communiquées en plein Convent, composé, disoit-il , de FF . qui avoient la con
fiance de leurs commettans, etc. etc. ( Pag. 159. )
Cette motion fut discutée , le F. ab Orno y persista en partie , c'est-à -dire , à exiger la commu
nication ; le F. à Fascia , qui ne voit que moi dans le Convent , qui ne veutpas qu'on doute
que le portrait de Protagoras a été fait pour moi , se hâte de dire : " Le F. ab Eremo a dévoyé
y de cette motion pour demander si un F. ayant communiqué un fait, pouvoit être autorisé à
» demander un comité pour en administrer la preuve , c'est-à -dire, ajoute le F. à Fascia ,
» se dispenser d'apporter les preuves du fait à ceux auxquels il a cru devoir communiquer le
» fait. Maréponse eût été celle du R. F. ab Orno , mais le Convent a décidé contre toute idée de
» juftice , & contre tous les principes ,per unanimia , à l'exception du F. ab Orno. » ( Pug. 164. )
C'est -à-dire, qu'il n'y auroit eu de raisonnable et d'équitable dans tout le Convent que le
F. ab Orno , et encore leF . à Fascia, s'il avoit pu s'y trouver. Il faut convenir que cela n'est pas plus
modeste qu'honnête. Ne pourrois- je pas demander ici au F. à Fascia , pourquoi il a tronquéma
motion , pourquoi il en a altéré le sens , en la démembrant ? Mais il a altéré tant de choses , il
a si souvent ailleurs tronqué le sens de mes propositions consignées dans les Actes mêmes , que je
ne lui demande rien . C'est en éclaircissant le fait dont il sagit , en transcrivant ma motion telle
qu'elle est au Protocole , qu'on pourra en juger , et en même temps déterminer s'il est vrai que
le Convent ait décidé contre tous principes , et contre toute idée de justice.
On m'avoit communiqué et confié personnellement depuis quelques mois la connoissance d'un
fait qui établissoit irrésistiblement des rapports réels entre la Science M., et l'Ordre des T.
long-iemps avant sa destruction . Ce fait avoit été vérifié par plusieurs personnes , et entr'autres
par un Ė . d'un grand mérite , doué d'un discernement rare , qui avoit lui-même , sur les lieux et
de ses propres yeux , reconnu toutes les circonstances, ainsi que tous les documens et monu
mens authentiques qui pouvoient l'attester ; ce digne F. m'en avoit confié les détails dans
une Lettre que j'avois portée en original à W -bad. La connoissance de ce fait devoit répandre
une grande lumiere sur la question importante qu'on agitoit alors ; je pouvois donc communiquer
au Convent le fait , afin qu'il pût le constater par d'autres voies; mais je ne pouvois lui com
muniquer la lettre même qui en contenoit les détails , parce qu'elle renfermoit d'autres choses qu'il ne
m'étoit pas permis de produire , le F. à Fascia n'est pas assez puissant pour me donner cette
liberté ; il est loin d'avoir prouvé qu'il est supérieur à tout le monde ; et cependant la Lettre ,
sa signature formoient les seules preuves que je pouvois produire. A défaut de pouvoir admi
nistrer celles -là , devois-je laisser ignorer le fait même à l'Assemblée , ou ne l'avancer que sur
ma seule assertion ? Le F. à Fascia décide comme le F. ab Orno , que je devois communiquer le
fait , et administrer la preuve que j'en avois , à l'Assemblée entiere ; mais cette opinion ne mérite
aucune réponse.
Après avoir donné à l'Assemblée entiere l'explication précédente, je la terminai par la
motion suivante , que je vous prie de comparer avec celle qui a été rapportée par le F.
à Fascia : Voici comment s'exprime le Protocole de la VII Séance :
B 2
10

" La difficulté que le F. ab Orno fit naître , en exigeant que l'ouverture faite dans le comité au
» S. F. à Leone Resurgente , fût donnée au Convent général, porta le F. ab Eremo à faire la morion
» suivante ; il demanda, si un F. qui auroit la connoissance d'un fait particulier , intéressant
» pour le Convent , après avoir communiqué le fait seulement à l'Assemblée , sans y joindre
» les preuves de noms et de lieux qui seroient plus propres à en confirmer la vérité, peut
demander la nomination d'un comité au choix du S. G. S. auquel il confieroit les preuves par
» ticulieres qu'il en a , et qu'il nepeut publier dans l'Assemblée; en arrêtant qu'aucun membre du
» Convent qui n'auroit pas été membre du comité , n'auroit pas droit d'exiger de participer à
» la connoissance de ces preuves . Le Convent à décidé per unanimia , l'affirmative de cette
» motion à l'exception du F. ab Orno , qui a donné aux Actes un Mémoire contenant son avis
» particulier. »
Et le F. à Fascia appelle cela avoir dévoyé la motion du F. ab Orno. Quand on parle de ce
que l'on n'a pas yu , et qu'on veut absolument parler ; quand on ne veut consulter personne,
et qu'on s'avise de raisonner d'après un Protocole qui ne peut contenir tout ce qui a été
dit , on s'expose à tomber dans de cruelles erreurs ; et comment s'excuser , lorsqu'il étoit
permis de ne pas écrire , et prudent de se taire ?
Je communiquai au S. G.S. et au S. F. à Leone Resurgente , ainsi qu'à un troisieme F. , toutes
les parties de la Lettre originale , relatives au fait et à toutes ses circonstances ; je leur en fis
connoître la signature ; mais ils me permirent , sans hésiter , d'en supprimer tout ce qui s'y irou
voit de personnel. Le F. à Fascia m'en auroit fait un crime , sans doute , car il ne veut pas
qu'on lui cache rien , quoiqu'il croie savoir beaucoup ; quelle énorme différence ; les SS. FF .
n'étoient donc pas initiés dans le secret de mon système, puisque j'usois de réticence à leur
égard ; eux , pour qui dès-lors je n'aurois plus då en avoir ; eux , qui m'inspiroient une entiere
confiance ; or si jamais Lettre pouvoit être relative à un système particulier , c'étoit sans doute
celle- là. En me conduisant ainsi , ai-je donc montré que je voulois faire prévaloir mon opinion ?
n'étoit -ce pas éloigner mes deux plus fermes appuis ? Je doute quele F. à Fascia , avec les ressour
ces de son géniepuisse répondre à cet argument , à moins qu'il n'aille en acheter de Protagoras.
C'est du F. ab Orno qu'il s'est étayé dans sa censure sur cet article , de ce F. qui avoit avancé que
le Convent étant composé de FF. qui avoient la confiance de leurs commettans , il devoit y avoir une
communication absolue et sans réserve de tout , même des connoissances précieuses et des vérités
consolantes annoncées dans la circulaire du S. G. S. Permettez , mes RR . FF. , que je vous offre
quelques réflexions sur cette proposition qui , présentée d'une maniere spécieuse , peut avoir
des Partisans.
J'admets que les Députés avoient la confiance de leurs commettans ; mais il est évident que
cette confiance étoit limitée pour quelques -uns , puisque leurs Pouvoirs l'éroient. Cependant lors
même que cette confiance auroit été aussi illimitée qu'elle paroissoit ne l'étre pas , s'agissoit - il
dans l'Assemblée générale de la confiance particuliere des commettans pour leurs Représen
tans , ou d'une confiance respective entre tous ceux qui composoient l'Assemblée , seul motif qui
dût étendre ou resserrer les ouvertures confidentielles et particulieres ? Mais , je le demande ,
comment cette confiance auroit -elle pu être établie entre des hommes qui rassemblés par un
titre commun pour traiter d'objets généraux , s'étoient vus pour la premiere fois depuis huit
jours ; qui par conséquent ne pouvoient point encore assez se connoître pour se livrer à des
ouvertures confidentielles et particulieres ? Mais combien la réserve dont se plaignoit le F.
ab Orno, ne devenoit- elle pas nécessaire , et n'a - t - elle pas été justifiée par une circonstance
que je dois vous faire connoître.
Lé F. ab Orno savoit , tout aussi bien que moi , et même avant moi , qu'il y auroit au
Convent tel Membre, qui se joueroit de l'engagement de discrétion après l'avoir signé , et qui
de temps en temps iroit répéter dans sa Société particuliere hors de W -bad, tout ce qui auroit
été agité au Convent. Ilsavoit tout aussi bien que moi, et même avant moi , que tel y rejer
teroit par un long discours toute recherche du but fondamental de l'Institution M., que le
même auroit la hardiesse d'entreprendre dans une Assemblée de Chrétiens , d'attaquer , de la
maniere la plus scandaleuse , tout principe de Religion ; de ridiculiser amérement ce qui
s'y rapporte ; de rabaisser au niveau de tous les états de la Société civile , les rangs et les titres
des Princes ; enfin d'y proposer de fonder une nouvelle Maçonnerie sur ces principes destruc
teurs de tout ce qui existe encore de vrais liens entre les hommes , laquelle n'auroit pour base
que la nouvelle Philosophie de ce siecle. Il sait tout aussi bien que moi , puisqu'il y a été
présent, que ce qui devoit être fait et dit , la été sans pudeur ; et quoique la charité frater
nelle ait interdit au Protocole de faire aucune mention du discours scandaleux et désho
norant qui y fut lu , il est trop bon observateur pour ne s'être pas apperçu combien la
hardiesse naturelle de l'Auteur de cet écrit fut déconcertée et anéantie à l'aspect de la récla
mation générale qu'elle excita dans l'Assemblée , lorsqu'il vit l'indignation peinte sur tous les
visages , et le dessein qui se formoit par acclamation de chasser ignominieusement de son
sein , celui qui venoit de souiller le Convent par un Mémoire si scandaleux . Le F. à Fascia
a ignoré cette circonstance , car encore qu'il ait ridiculisé les recherches qui peuvent avoir
pour objet les vérités religieuses , on voit qu'il les respecte et qu'il les aime ; et certai
nement ce trait de lumiere l'eût éclairé , et il n'auroit pas tant déclamé contre la réserve qui a
régné au Convent ; le F. à Cruce cærulea auroit pu le lui dire ; mais loin de lui faire un crime
de son silence , j'y applaudis , et je l'aurois imité , si m'a justification n'eût exigé ce détail , qui
reste couvert du voile qui doit vous cacher l'Auteur de cette scene scandaleuse . Dira-t-on après
cela que tous ceux qui avoient la confiance de leurs commettans , devoiers avoir aussi celle
II

de l'Assemblée ? La présence d'un homme de cette classe ne suffisoit-elle pas pour forcer à des
réserves et pour demander , dans l'occasion , des comités confidentiels ? Mais comment ne peut-il
que le F. ab Orno , qui est si estimable d'ailleurs, qui a acquis et mérité la réputation d'un
Magistrat integre et éclairé , qui étoit instruit de tout ce que je viens de dire , ait pu se per
mettre de favoriser une si mauvaise cause ? cause fatale encore aujourd'hui puisqu'elle a fait
naître sans doute l'opinion du F. à Fascia contre le Convent ; et quel mal n'a pas fait celle -ci ?
C'est ainsi que le mal va toujours en croissant, et qui sait le terme où il s'arrètera ?

SEPTIEMB FAIT.
1

Le F. à Fascia s'est servi d'une autre arme pour triompher de moi ; il m'a montré comme
ayant fait une motion contraire à tous les principes , à toute idée de justice : il falloit me présen
ter commeinconséquent , et en opposition avec moi-même.
Rappellant la motion sur laquelle je viens de m'expliquer, le F.à Fascia fait cette réflexion:
« Le F. ab Eremo a opiné en faveur de l'affirmative, lui qui avoit dit la veille, qu'il étoitimpor
» tant de connoitre les systemes particuliers de chacun , comme étant le premier moyen de se réunir.
y Motion approuvée.
» Le F. ab Eremo ( c'est toujours le F. à Fascia qui parle ) qui le 23 Juillet vouloit une con
» fidence sans réserve , qui le 24 ne vouloit qu'une demi-confidence , vouloit encore le 36 une
» confidence sans réserve , lorsqu'il disoit : On n'a pas satisfait sur ma motion du 23 , il y manque
» quelque chose. Tous les Maçons qui se réunissent en Convent doivent communiquer librement les
» cahiers des différens Grades. » Ce que le F. à Fascia interprete ainſi. » C'est-à- dire , toutes leur
» connoissances et tout ce qui a rapport à un systême quelconque ; et il avoit raison .» Non ,
j'aurois eu tort , fi j'avois eu cette intention ; mais continuons à entendre le F. à Fascia.
» Comment arrive-t- il qu'un homme sage comme le F. ab Eremo , voie un jour d'une façon &
y le lendemain d'une autre , & le surlendemain comme la premiere fois ? cherchons-en la rai
» son dans notre triste constitution ; hélas ! le jugement le plus sain est dérangé par si peu de
» choſe ; un mal -être physique influe sur le moral.
» Le Convent , qui avoit , le 23 Juillet, approuvé la motion du F. ab Eremo , comment a - t -il pu
» le 24 , approuver la motion contraire du même F.? ( Pag. 164. 165.166 . )
Cette prétendue contradiction , sur laquelle le F. à Fascia fait tant de bruit , n'existe que dans
son ouvrage, mais point au Protocole ; or voici comment , pour avoir raison , ce cher F. me fait
parler : ta
« Le F. ab Eremo , qui a toujours témoigné le plus grand desir de connoître la vérité , a ouvert
» cet avis sage : Le but étant de réunir toutes les branches de l'Ordre M .. en une ſeule association ,
» il paroissoit important de connoître les systèmes particuliers de chacun , comme étant le premier
» moyen de se réunir. Cette motion du F. ab Eremo est bien précieuse, et quoiqu'il se soit trompé
» en disant que le but étoit de réunir toutes les branches de l'Ordre M :. puisque le vrai but
» étoit de connoître le vrai système de la M .. , et sa véritable origine ; et que le but dont parle
» le F. ab Eremo, n'étoit qu'un plan secondaire , etc. etc .... Cette motion est , comme je le
» disois , bien précieuse ; elle pose sur la base la plus respectable , sur l'utilité , l'honnêteté , la
» justice , et les principes d'une saine logique , etc. etc .... ( Pag. 157. 158. )
Les éloges donnés à l'auteur de cette motion sont les fleurs sous lesquelles le F. à Fascia a caché
l'épine dont il alloit bientôt le percer.
J'ai dû rapprocher cette motion des réflexions auxquelles elle a donné lieu , pour me confor
mer à l'intention de l'Auteur ; parce qu'ainsi réunie , elle peint comme il a voulu peindre si - sou
vent ce R. et sage F. ab Eremo , non comme un homme inconséquent , le F. à Fascia ne s'en tient
pas à si peu , mais comme un homme qui a intérêt à vouloir aujourd'hui, et à ne pas vouloir demain ce
qu'il voudra de nouveau le lendemain au gré des motifs secrets et personnels qui détermineront ses
résolutions. Voilà , mes FF., l'idée qu'il a présenté de moi à tous ses Lecteurs pour justifier les
sombres tableaux qu'il leur a tracés de mon caractere et de ma conduite.
Mais en lisant les différentesparties du Protocole qui se rapportent à cet objet , vous appren
drez si les extraits faits par le F. à Fascia sont fideles ou tronqués , et s'il en fait résulter des con
séquences juftes ou fausses.
Je trouve à la sixieme Séance que j'ai dit : L'intention , et non le but , du Convent, &c. et
j'ai ajouté après les termes rapportés ci-devant : « la branche qui suit le système nommé com
ý munémeni Zinnendorffien, étant fort considérable et fort répandue , paroit celle qui doit pria
cipalement fixer l'attention du Convent. Je propose donc qu'il soit fait les enquêtes pour con
» noître autant qu'il se pourra ce système particulier , son origine et la partie historique qui la
» concerne, avec toutes les circonstances qui doivent intéresser le Convent et les commettans , et
» qu'il soit fait acte du résultat. »
Si le F. à Fascia avoit voulu voir que j'avois dit l'intention , et non le but , il se seroit épargné
bien des réflexions envenimées , et au moins inutiles ; mais elles étoient avantageuses à ses vues ,
et il falloit les fonder et les produire.
Dans la Séance suivante du 24 , on lit la motion que j'ai déja rapportée , pour demander un co
mité particulier.
Dans la neuvieme Séance du 26 , il y est dit « qu'après la lecture de la traduction françoise
« d'un mémoire présenté dans la huitieme,par le F. à Lapide cubico , sur l'origine , la progres
ysion historique du système de Zinnendorff, et les détails relatifs à défunt Zinnendorff, G. M.
- des Loges nariznales de Berlin , depuis que le F. à Lapida cubico avoit reçu les Cahiers des
B3
I 2

» Rituels de la Suede , le F. ab Eremo requit que sa motion du 23. Juillet qui avoit occasionné
» le travail du F. à Lapide cubico , fût relue , pour qu'il soit avéré que l'objet essentiel étoit de
» connoître le but du système de la grande Loge nationale de Berlin i que le Mémoire , qui avoit
» été lu , ne traçoit que le Tableau historique , et qu'il seroit essentiel d'avoir les Cahiers des
» Grades de ce système, autant ceux des Grades inférieurs que ceux d'Ecossois et autres Supé
» rieurs , étant persuadés que tous les Maçons qui se réunissent en Convent , communiqueront
» librement les Cahiers de leurs Grades . »
Il me semble que ces FF . d'Autriche qui étoient venus au Convent dans l'intention d'une
réunion , ayant été admis à la communication de notre Régime, il étoit naturel d'attendre de
leur part la même chose sur le système Zinnendorffien , aussi ne s'y sont- ils pas refusés. J'ai donc
pu sans indiscrétion proposer qu'on leur demandât la communication de tous les Rituels de leurs
Grades M .. relatifs à ce systeme. Mais il a plû au F. à Fascia d'inférer de -là que tandis que
j'avois la mauvaise foi de me tenir toujours dans la réserve sur le système secret qu'il me
suppose , je poursuivois avec une ténacité incroyable les Députés des Etats d'Autriche , pour
savoir tout ce qu'il y avoit de plus secret dans leur système . Si le F. à Fascia avoit pris la
peine de lire sans prévention , il auroit vu que je n'ai jamais demandé la communication des
choses secretes et particulieres; je n'avois pas attendu jusqu'à cet instant pour savoir que le
moyen certain de ne pas l'obtenir , seroit de demander cette communication pour 40 ou so
Freres qui se connoissoient à peine ; il auroit vu que je ne demandois que la communica
tion des Rituels, parce que les Rituels d’un Régime général ne sont pas une proprieté individuelle,
et qu'ils pouvoient être communiqués aux FF . d’un Régime qui avoit commencé par commu
niquer les siens , et avec lequel on venoit former union ; et s'il faut une preuve que je ne
demandois rien à cet égard qui gênåt la liberté individuelle de ces FF. , je la trouve con
signée dans la suite du Protocole de la même Séance : on y lit en effet :
« Le F. ab Eremo ayant remarqué que le F. à Lapide cubico avoit parlé d'un Grade de
>> Confident de S. Jean , il seroit à desirer que le Convent eût connoissance de ce Grade , les
» RR . FF . à Thymalo et ab Urna crurent que ce Grade étoit le même que celui du grand
» Officier de l'Ordre, ( en Suede, ) Grade que le S. G. S. a déclaré posséder aussi", ainsi que
» les RR . FF . ab Urna et à Thymato. » J'ai lieu de croire que tous ceux qui le possédoient
de mème, ne crurent pas devoir le déclarer dans cette occasion .
Le Protocole continue ainsi : « le S. F. à Leone Resurgente a dit qu'il croyoit que le Grade
, de Confident ou Elu de S. Jean ne pouvoit gueres avoir été conféré que sous des réserves
yet des sermens. » Ce que j'ai dit alors devient ici bien précieux , répand bien du jour sur
toutes ces différentes motions, et répond à tout ce que le F. à Fascia m'a fait prétendre et pen
ser ; lisons : « le F. ab Eremo a déclaré sur le champ qu'au cas que le F. à Lapide cubico eût
» pris un engagement de discrétion , il retiroit sa motion , ne voulant l'étendre à d'autres communi
cations qu'à celles qu'il seroit permis de donner. »
Et voilà comment le F. à Fascia a dénaturé les motions que j'ai faites , tronqué les discours
que j'ai tenus ; en prenant ce qu'il lui a plu , il les a reduits au point qui pouvoit favoriser les
conséquences qu'il vouloit présenter ; il a gardé le silence sur cette déclaration , qui est certi
fiée littéralement par le Protocole du jour , parce qu'elle expliquoit le sens de toutes les pré
cédentes , et ne laissoit plus de doutes sur mes motifs : cela est-il honnete et juste ? pour utile ,
oui , dans l'intention du F. à Fascia; mais cela est si étonnant, que pour ne rien dire de trop ,
je puis répéter avec lui : attribuons cela au hazard , il seroit trop affligeant d'avoir à croire qu'un
F. a eu des vues en tronquant ou supprimant par-tout les articles qui éclaircissoientceux qu'il cen
sure ; il faudroit qualifier cette conduite , cela seroit plus douloureux encore . ( Pag. 69. 70. )

HUITI E ME FA I T.

Je ne devrois pas être tenu de justifier le fait relatif au Député de Ratisbonne , dénaturé
par le F. à Fascia ; mais comme , dans son sens ,tout le mal roule sur moi , par les basses mancu
vres et les machinations qu'il m'attribue , je dois en parler ; on verra que le F. à Fascia ne se
dément point, et que dans son injustice il est toujours le même ; il n'a pas changé de verre
pour considérer les objets .
Lorsque le F. à Fascia parle de la dixieme Séance , où il est fait mention du F. de Bel. de
la mere Loge de la Croissante aux trois Clefs de Ratisbonne , il dit : « On oublie pour ce
» Mandataire la Loi XI des articles préliminaires. On n'a point fait en sa faveur ce qu'on avoit
» fait pour les Comtes de S... de K ... de W ... et B ... Deputés des Loges nationales des États d'Au
» triche ; on ne l'a pas reçu dans l'O . intérieur , et on n'a pas nommé de comité, ainsi qu'il étoit
» voulu par l'article XI. Le S. G. S. fit donner la réponse verbale : que si cette Loge fera connoitre
» de plus près les principes qui la dirigent, et reconnoitra avec nous un Chef commun en sa personne ,
il lui soit donné communication des Actes du Convent. »
« Cette réponse bien seche n'étoit pas concordante avec ce qui avoit été annoncé dans les
» circulaires. Voilà donc un Député qui arrive avec confiance , et qui doit partir bien humilié ,
» emportant avec lui une opinion bien peu favorable des opérations du Convent ! Voilà peut
y être un grand rayon de lumiere écarte! Enfin à quoi bon s'ètre donné la peine de faire les Articles
» préliminaires , les avoir fait signer , puisqu'on ne vouloit pas les observer . » ( Pag. 137. 242. )
Qui ne croiroit sur cet exposé, que le Convent a effectivement contrevenu à l'Article XI des
Préliminaires ? qui douteroit que le Député de la mere Loge de Ratisbonne a été renvoyé et
même d'une maniere offensante ? Eh bien ! rien n'est plus faux, et cela est écrit au Protocole
-

13

que le F. à Fascia avoit sous les yeux ; je vous laisse à penser quelle confiance on peut avoir
dans un écrit où les faits sont travestis à ce point ; il a sans doute pense que ses Lecteurs n'i
roient pas voir le Protocole et y lire ces mots :
« Le S.G.S. fit lire par les RR . FF . Secretaires généraux dans les deux Langues , une Lettre
» en date du 23 Juillet , qui lui a été adressée par les Présidens M. en Chaire du et mere
» Loge de la Croissante aux trois Clefs de Ratisbonne, qui desire d'ètre instruite des arrêtés dy
น » Convent , et a député le F. de B ... VERS LE S. G. S. POUR APPUYER CETTE DEMANDE , »
Que demandoit cette Loge ? à être instruite du résultat des opérations du Convent , et cela ne pou
voit avoir lieu que lorsqu'elles serolent terminées . Mais cette demande n'annonçoit pas l'intention
de participer au travail même de ces opérations. Quel étoit l'objet de la députation , et à qui étoit
elle' faite ? au S, G. S. pour appuyer seulement cette demande , et non auprès du Convent , pour
lequel ce Député n'étoit muni d'aucun pouvoir . Par cela seul il est demontré qu'on n'a pas du le re
cevoir dans l'Ordre , il ne le demandoit pas ; il n'y avoit pas lieu à nommer un Comité, puisqu'il
n'avoit rien à y dire. Il y a plus, quand même le Convent auroit voulu retenir ce F. à W -bad ,
il ne lui étoit pas possible d'y séjourner ; c'eșt de lui-même que je l'appris dès le jour de son
arrivée. Comme ce F. n'avoit d'autre objet que de remettre la Lettre, et qu'il eut quelques
entretiens avec moi pour des éclaircissemens nécessaires dans un voyage qu'il alloit enire
prendre et qu'il me confia , je puis vous certifier qu'il remporța du Convent une idée bien
différente de celle que lui suppose le F. à Fascia , et que très- pressé de continuer sa route , il
ne partit , ni humilié, ni offense , ni mécontent , et il ne pouvoit l'être .

NEUV I E ME FAIT. 2

Le F. à Fascia a parlé , avec affectation , dans un autre endroit de son Ouvrage, d'un Livre
en Langue Françoise , intitulé : Tableau naturel des Rapports qui existent entre Dieu , l'Homme
et l'Univers , donc il prétend qu’un F. avoit porté beaucoup d'exemplaires à W - bad. ( Pag . 190. )
C'est le F. de B ... Député de Ratisbonne qui me rappelle ce nouveau trait de l'imagination
du F. à Fascia. J'ignore absolument quel étoit le F. fortuné quiétoit si bien approvisionné d'un
4 Livre utile et recherché ; tout ce que je sais , c'est que j'ai connu à W-bad trois ou quatre
FF. qui en avoient chacun un exemplaire , un autre F. ( et ce n'est pas moi , ) qui en avoit deux
en arrivant , parce qu'il devoit en remettre un exemplaire: mais à ces exemplaires près , j'affir
merois qu'il n'y en avoit pas davantage . Quoi qu'il en soit ,le F. Député de Ratisbonne peut cer .
rifier qu'ils étoient bien rares le 29 Juillet à W - bad , puisqu'il fut témoin des démarches infruc
tueuses qui furent faites pour lui procurer l'Exemplaire qu'il desiroit avec beaucoup d'empresse
ment , et qu'il ne parvint à se procurer que le lendemain matin , à l'instant même de son départ
par le sacrifice que lui fit un F. logé près de lui , du seul Exemplaire qu'il avoit. Si le F. á
Fascia avoit su cette circonstance , peut-être n'auroit- il pas insisté sur le mauvais accueil qu'il
prétend avoir été fait à un F. qui avoit la bonhomie de desirer uo pareil Ouvrage ; car que
peut-on espérer de bon de ceux qui s'appliquent à une semblable lecture ; quand on reçoit dans
sa maison le F. à Fascia , il faut vite fermer sa bibliotheque ; car il juge de ses FF . par le Livre
qu'il trouve entre leurs mains , et du Livre par l'opinion qu'il a des Lecteurs , et des opérations
du Convent par le titre des Livres qui sont dans la malle du Député. N'en estimons pas moins
l'Ouvrage dont il est question ; la censure du F. à Fascia ne doit pas empêcher de le lire ;
mais on peut s'en passer pour savoir ce qu'on a fait au Convent .
Puisque j'ai parlé du fait relatif au Député de Ratisbonne , c'est le moment d'en rappeller
un autre relatif à la L. des Amis Réunis de Paris , car je ne saurois me méprendre sur
l'intention du F. à Fascia .
En lisant la seconde partie de son Ouvrage , j'ai vu avec plaisir l'éloge le plus complet et
le plus honorable de la très R. L. des Amis Réunis. En y applaudissant , je me permets de pré

sumer que ce n'étoit pas sans dessein que le Ford Fascia , qui peu d'instansauparavant vous
loit classer tous les systèmes , affectoit de ne parler que de cette L., comme , si sans rien ôter à
celle -ci , on n'auroit pas pu en distinguer d'autres ; mais j'étois loin de m'attendre que le F.
à Fascia se chargeroit d'exprimer les plaintes du F. à Capite Galegto , .qui n'a pas dié admis ,
dit- il , à représenter la L. des Amis Réunis , cette L. sirespectable, et par les principes qui la diri
gent, ' et par les membres qui la composent ; enfin qu'il présenteroit sans cesse cette non -admis
sion , sous les couleurs les plus odieuses . ( Pag . 49. 238.)
J'ai été accusé personnellement sous tant de formes de la non - admission de cette L. au - Con
vent , que je dois expliquer la part que j'y ai eu , et vous en rappeller les motifs, parce que
dans l'o . vous êtes seuls compétens pour en juger.
Je suis bien éloigné de vouloir atténuer en aucune maniere les justes éloges que le F.
Fascia a donnés à cette R. L. ; j'y ajoutero s plutôt , car je connois la composition distinguée
de ses membres. Mais ce sentiment que j'avois au Convent , qui ne s'est point effacé , n'a pu
m'empêcher de voir si la démarche qu'on faisoit faire à cette L. , s'accordoit ou non avec les
principes qui devoient diriger le Convent.
D'abord , à quel titre se présentoit -elle par un Député au Convent ? Le S. G. S. lui avoit-il
adressé une lettre d'invitation pour s'y rendre , ce qui seul pouvoit être un titre valable pour
autoriser cette prétention ? Non , elle s'y présentoit sans autre citre que celui de la com
-munication qui lui avoit été donnée de la circulaire du S. G. S, par quelque F.outindiscret,
qui se trouvois compris dans le nombre de ceux à la prudence desquels le s. G.S. avoit
abandonné l'usage à faire de sa proposition. Cette démarche était donc inconsidérée , faute
14

de s'être assuré si la puissance législative de l'O . qui réside dans la pluralité des Pro
vinces et des * , approuveroit ou non , ce vau particulier : elle étoit inconsidérée par
l'imprudence qu'avoit eu ce F. ou ce , de décider seul , que tous Régimes indifféremment
deveient être invités au Convent général convoqué pour le nôtre en particulier. Mais au moins
ce F. ou ce imprudent , en donnant communication de cette circulaire à la L. des Amis
Reunis , auroit du lui faire connoître en même temps que pour pouvoir être admise au Convent
aux termes mêmes de la circulaire , elle devoit faire connoitre préalablement ses motifs, intentions
ou propositions au S. G. S. qui les auroit appréciés , et auroit déterminé si elle étoit dans le
cas de recevoir de lui-même une invitation particuliere pour coopérer à l'æuvre du Convent.
L'a-t-elle fait ? Non , mes FF . , il est constaté qu'elle ne l'a pas fait ; elle ne pouvoit donc pas
être admise au Convent .
On a objecté , et le F. à Fascia le prétend aussi , que cette Loge, formant un Régime parti
culier , devoit aussi- bien être accueillie au Convent, que l'avoient été les Députés d'Autriche ;
mais la comparaison est-elle juste ? peut- on en effet assimiler une L. qui forme par elle seule
un Régime particulier , Régime qu'elle a créé elle-même récemment , et qu'elle ne cherche
point à étendre , avec un Régime qui a des bases essentielles et anciennes , un Régime qui étoit
fort répandu dans les Etats d'Autriche, et les autres parties de l'Allemagne , et qui comptoit par
centaines les Loges attachées à son système ? Comment comparer à ce Régime la L.. des Amis
Reunis , qui ne se faisoit connoître au Convent que par un diplômeenvoyé à un Député
chargé de produire ses propositions ; elle qui existoit dans le ressort d'un Directoire Provin
cial , dontelle devoit dépendre jusqu'au nouvel ordre des choses ; comment, dis -je , la comparer
avec les Députés du Régime d'une Nation entiere' , recommandée d'avance au Convent en vue
d'union par le G. M. national lui- même , une Nation qui n'étant point encore reconnue Pro
vince de l’O . ne pouvoit s'adresser qu'au Convent pour connoître son Directoire légitime ?
La L. des Amis Réunis n'étoit pas dans cette position ; depuis plusieurs années, elle étoit par
son Chef en relation de correspondance avec le Directoire Provincial, duquel elle devoit natu
rellement dépendre , en cas d'union à son Régime ; vous n'avez point oublié que dès l'année
1778 , loin de vous y refuser , vous l'avez invitée par son Chef , à venir le connoître , si la
chose n'a pu avoir lieu , lui seul ou ses affaires personnelles y ont mis obstacle .
Il n'y avoit donc aucun motif valable pour admettre au Convent le Député de cette L. ;
mais comme il annonçoit avoir des propositions particulieres à faire , on dut nommer un comité
à la forme de l'art . XI . pour les entendre ; les Députés de cette Province opinerent pour sa for
mation , et il le fut en effet ; mais il étoit aussi de mon devoir , commeChancelier Provincial ,
et je ne pouvois y manquer sans trahir les intérêts que vous m'avez confiés , de veiller aux
droits de cette Province ; je demandai donc , et je dus même l'exiger' , que les propositions
qui auroient été faites au comité au nom de cette L. fussent communiquées aux trois Repré
sentans de la II Province , avant que d'être portées à la délibération du Convent , parce qu'elle
avoit non seulement droit , mais un intérêt spécial à les connoître. Je dis plus aujourd'hui,
il étoit peu décent que le F. à Capite Galeato , qui avoit déja fait connoître privement à divers
Députés des autres Provinces ses propositions à cet égard , n'eût p s prévenu par ses offres
cette motion juste et nécessaire . Quoi qu'il en soit , ce F. aima mieux retirer ses propositions ,
et en manquer l'effet , que de les communiquer aux Représentans de la Province , de sorte que
nous avons toujours ignoré, et nous ignorons encore en quoi elles consistoient.
Voilà , mes RR . FF ., quelles ont été notre conduite et nos motifs dans cette affaires car ma
voix se confondit avec celle de mes collegues ; c'est à vous seuls en corps à les juger ; ce sont vos
propres droits que j'ai défendus; droits inviolables , qu'aucune Puissance de l'Ordre ne peut
anéantir , tant que vous en suivrez les loix , sans anéantir votre propre existence ; et si j'avois
pu , sans les blesser , ne pas les réclamer dans une Assemblée chargée de les maintenir , sans
doute c'eût été lorsqu'il s'agissoit de la R. L. des Amis Réunis . Si cependant j'ai excédé les
bornes convenables , j'ose vous prier de le déclarer , votre décision fixera ce que je dois penser
de ma conduite à cet égard .
Je dois peut-être vous dire encore que ce qui s'étoit passé à Wilhelmsbad au sujet de
la L. des A. R. donna lieu à quelques personnes de répandre sourdement que les FF. d'Auvergne
se réfusoient à l'admission de la L. de Paris , parce que leur Directoire vouloit tenir autant qu'il
pourroit sous le joug et dans sa dépendance tout ce qui avoit rapport avec l'O . à Paris, et j'ai
lieu de croire que cette erreur subsiste encore ; mais comment a -t-on pu tenir ce langage
après les déclarations et protestations expresses , qu'en qualité de vos Représentans ,
nom de la Province d'Auvergne , nous avons faites dans la 27 " e Séance , lorsque l'on agitoit
une question importante relative à cet objet ?
Il est bon de remarquer que la discussion concernant les propositions de la L. de Paris
n'eut lieu , que dans la 32 " Séance qui est la seconde de prorogation , époque à laquelle ces
soupçons deplacés se manifesterent ; cependant dès la 27. séance il n'étoit pas possible de les
concevoir. En effet , le Convent ayant mis en délibération si les Provinces seroient subdivisées
en plusieurs Prieurés , qui , sous la dénomination ostensible de Directoires Ecossois , auroient
l'administration absolue des Loges de leur district particulier, et le droit d'y constituer des
Loges; la pluralité se dirigeant vers la négative ; les trois Representans de la Province d'Auvergne
· réclamerent unanimement , en son nom , le benefice de l'affirmative pour elle , quelle que fût la dé
cision qui alloit survenir ; mes collegues , ainsi que moi , avons formellement déclaré , et plu
sieurs fois , ne pouvoir aucunement nous départir de cet arrangement , et voiciele motif donné:
par la raison spéciale, que Paris étant destiné par la matricule de la Province d'Auvergne à être
un

ya
15

un siege Prioral , et le chef-lieu d'un Directoire Ecossois , abſolument indépendant en cette qualité
de celui de Lyon , nous ne pouvions consentir aucune disposition qui dérogeat à celle- là , que la
Province avoit extrêmement'à cæur de maintenir , et le Convent y a fait droit. Pouvoit -on après
une déclaration aussi formelle , et si réitérée , non seulement dire , mais même soupçonner que
le Directoire de Lyon vouloit tenir Paris sous le joug et la dépendance ? Combien il seroit
à souhaiter que la L. des Amis Réunis fût connoître cette circonstance ! peut -être alors
rendroit-elle justice à vos sentimens , si l'exposé du F. à Fascia avoit pu faire quelqu'impression
sur elle ; car son ouvrage lui est vraisemblablement connu ; Paris ne douteroit pas que notre væu
est de voir s'y former des établissemens , tels , qu'ils pussent agir dans leur district avec l'indépen
dance qui nous appartient ; peut - être qu'alors les mécontentemens venant à cesser , ce qui a
langui prospéreroit dans la même proportion.

ONZI E ME FAIT.

Je ne me suis engagé qu'à éclaircir les faits les plus importans , et j'ai dit qu'il en est qui ne me
sont pas personnels , sur lesquels je dois néanmoins vous donner des détails . Il en est un , que le
F. à Fascia a relevé, qui peut avoir trompé ses Lecteurs par la tournure qu'il y a donnée ;
comme il n'y a qu'un témoin oculaire et auriculaire qui puisse en parler pertinemment, vous me
saurez peut-être gré de m'y arrêter: il sembloit que j'avois prévu que je serois dans ce cas , lorsque
ne me reposant passur mamémoire , j'avois soin dans ce temps-là d'en faire des notes , et j'ai
bien à m'en applaudir aujourd'hui. A mon retour du Convent, je m'étois contenté de vous en
rendre un compte sommaire ; je vais en parler aujourd'hui avec plus d'étendue . Ces détails tien
nent si essentiellement au fond des opérations du Convent, qu'ils peuvent devenir bien précieux.
Voici le fait : la mere L. Ecossoise de Fréderic au Lion d'or de Berlin , adressa au S. G. S.
une lettre accompagnée d'une autre lettre du S. Prince , le F. Fréderic , Duc de Brunswic ,
Chef des Loges établies dans les Etats de S. M. Prussienne . Le F. à Fascia en a fait mention
dans son ouvrage ( Pag. 217 : 251. ) d'après les extraits de ces deux Lettres qui sont dans les
Actes de la 28 ** Séance. Mais indépendamment de l'inexactitude avec laquelle il les rap
porte , c'est qu'il ose présenter , comme un enlévement , la retraite légitime que le S. G. S. a faite
de ces deux pieces , cottées nº . 161 et 162 ; le F. d Fascia avance mêmequ'elles ont été en .
levées le 30 Août , quoique le Protocole n'en fasse aucune mention ; or il ne pourroit en avoir.
été instruit que par des rapports ; mais comme on lui en a sans doute laissé ignorer les motifs ,
je dois les expliquer , afin qu'on ne regarde plus , comme une soustraction illégale , la remise
qui fut faite de ces papiers au S. G. S. après qu'on en eut pris les extraits .
Dans la 28 " e Séance , le S. G. S. avoit fait donner lecture entiere de ces lettres qu'il venoit de
recevoir de Berlin , afin de se conformer au desir de ceux qui les avoient écrites ; il les confia
ensuite au Convent , pour enregistrer les articles qui concernoient cette Assemblée, et dont les
extraits devoient être longs à faire ; il ne les déposa pas aux Actes pour y rester, mais il les
confia seulement , ainsi que sa réponse , qu'il communiqua le lendemain , jusqu'à ce que les extraits
en fussent faits et vérifiés. Si ces lettres ont été cottées, ç'a été par une précipitation , que la
multitude des affaires doit excuser.
Or il faut savoir qu'indépendamment des objets relatifs au Convent , ces lettres adressées per
sonnellement au S.G. S. traitoient de choses qui le concernoient lui seul , et dont il pouvoit , sans
que personne pût s’en plaindre , supprimer la connoissance à l'Assemblée ; il ne le fit pas cepen
dant ; mais , parce que montrant une confiance sans bornes , il a communiqué au Convent tout le
contenu de ces lettres ; parce qu'il en a confié même pendant deux jours les originaux, pour
prendre les extraits nécessaires , pourra -t -on lui disputer le droit qu'il avoit de les retirer ? mais
il faut examiner le fond de cette affaire, afin de vous mettre à portée de mieux apprécier ces
indécentes objections contre le S. G. S.
Les FF . de Berlin avoient été invités , comme tous les autres de l'Ordre , au Convent
général qui étoit convoqué pour le 16 Juillet 1782 , et ils n'y avoient pas comparu . Environ
un mois après l'ouverture du Convent , ils répondirent à l'invitation du S. G. S. par une lettre qui
arriva presque au moment de la clôture. Quel effet pouvoient-ils en attendre pour les opérations
+
projetées ? Le Convent étoit assemblé entr'autres objets pour épurer les Rituels des Grades symbo
liques , et les rapprocher , d'après de vraies connoissances M : . , de leur source primitive et de leur but
fondamental. Les FF . de Berlin déclaroient qu'ils ne pouvoient rester unis au corps , qu’autant
que le Convent conserveroit les anciens Rituels des trois Grades symboliques. S'étoit-on assemblé pour
cela, et falloit- il , pour faire une telle proposition , attendre le moment où ces opérations seroient
presque consommées ? Mais étoit- ce parce que les FF.de Berlin croyoient que ces anciens Rituels
étoient meilleurs que ceux qui venoient d'être rédigés, qu'ils faisoient cette proposition ? non ,
puisqu'ils ne connoissoient pas encore ceux - ci ; mais c'étoit parce que leurs Supérieurs particuliers
leur faisoient espérer de leur envoyer bientôt le vrai Rituel de ces trois Grades , conservé et écrit sur
le Rituel original des Fondateurs de la Maçonnerie. Pouroit-on raisonnablement , dans les cir- ,
constances où l'on se trouvoit , sur une promesse aussi vague , annihiler l'ouvrage du Convent
qui étoit le fruit de six semaines d'un travail assidu , et renvoyer tous les Membres de cette
Assemblée avec l'extrême mécontentement d'être venus à grands frais de toutes les parties de
l'Europe pour ne rien terminer , tandis qu’on avoit lieu d'être assuré que les FF. de Berlin ,
lorsqu'ils connoîtroient les nouveaux Rituels, les trouveroient bien plus rapprochés de leur vrai
but , qu'ils ne le pensoient alors ? Tout le contenu de leur lettre confirmoit cette présomption.
Disons mieux , toute leur lettre étoit fondée sur l'erreur où ils étoient , que les nouveaux
с
16

Rituels , ainsi que les opérations générales du Convent avoient été résumées par des prin
cipes différens de ceux qui en ont été la base. Pour être d'accord avec ces dignes FF., il
ne s'agissoit donc que de les détromper.
Mais comme le F. à Fascia se réveille dès qu'il entend parler de Supérieurs cachés et inconnus , et
que , dans ces Supérieurs , il ne voit que ceux de l'O. des T. parce qu'il n'en desire pas d'autres , et
parce qu'il les suppose toujours cachés et existans, il jette les hauts cris quand il s'apperçoit que
i'on met ceux -là de côté ; aussi a -t- il condainné le Convent de n'avoir pas donné son attention à
ceux qui étoient cités par les FF . de Berlin . Il faudroit donc lui apprendre , puisqu'il l'ignore ,
que ces FF . ne parloient point des Supérieurs d'un Ordre aboli, mais des Supérieurs d'un Ordre
existant depuis le commencement des siecles ; et certes ceux -là , quelque part qu'ils se trouvent ,
méritent par- tout un profond respect; mais il est permis de ne pas reconnoître pour tels tous
ceux qui pourroient prendre cette qualité ; ils ont des preuves à fournir, et on doit les attendre. Un 11
fragment de la réponse que le. S. G. S. fit aux FF. de Berlin , et qui fut communiquée dès
1
lors au Convent , expliquera bientôt la différence qu'il faut faire entre ces divers genres de Supé
rieurs ; en attendant, voici un extrait de la lettre de ces RR . FF ., qui fera connoître au F. à Fascia
ce qu'ils pe.isent des Amateurs du système de restauration de l’O. des T. , et de la puérilité de ce but.
« Parmi ces différentes Sociétés , disoient- ils , les T. occuperent autrefois un des principaux
» rangs ; leurs FF . du Clergé posséderent les facultes actives des sciences du haut Ordre. Leur
» grande puissance, ainsi que leurs richesses , leur firent commettre des fautes bien graves , et
la fin tragique de cet Ordre , ci- devant si célebre , est connue de tout le monde .
» C'est en vain que les FF . MM . T. de nos jours cherchent à retrouver dans des fragmens
» de vieux documens , ces connoissances profondes ; ce n'est pas qu'elles soient péries également
dans les flammes bien loin de-là , elles se trouvent toutes en bonnes mains ; et tout pourra étre
» retrouvé , mais jamais dans le FATRAS DES VIEUX PARCHEMINS QUE L'ON CONSERVE ENCORE ,
» PAR CI, PAR LA , DES TEMPS PASSÉS ; quiconque desire de retrouver ces secrets , doit les
» chercher à leur source primitive , et doit commencer par trouver le HAUT ORDRE mème qui s'est caché.
Je reprends le récit que j'avois commencé. Le Convent desira , comme il le devoit , d'établir
une union fraternelle avec les RR. FF . de Berlin ; mais quant aux opérations qui avoient été
faites , et presque terminées, comme elles n'étoient point en contradiction avec leurs vues , le
Convent dut aussi les maintenir , et il le fit , s'en rapportant à la sagesse , à la prudence du
S. G. S. , pour les moyens conciliatoires de l'union desirée avec de si dignes FF. il voulut bien
les exposer dans le projet de sa réponse qu'il communiqua dans la Séance du lendemain .
En voici un fragment, qui mérite une attention particuliere ; j'en ai conservé l'extrait ,
et je le crois fidele .
· Le S. G. S. dit à ces RR: FF ...... « Ce n'est point par l'ignorance de mes instructeurs ,ni
» par la mienne , sur l'origine , la filiation et la dénomination du vrai Ordre , et de son essence ,
» que j'ai proposé préliminairement dans l'une de mes circulaires , l'examen des questions que
» vous me rappellez ; mais j'ai dû m'expliquer ainsi pour être au moins entendu de ceux qui
» ne connoissent que l'ORDRE CONVENTIONNEL , et non LE VRAI ORDRE PAR EXCELLENCE ,
» et pour être aussi entendu dans le vrai sens de ceux qui connoissent celui- ci ;je suis étonné,
y que des F. si éclairés n'aient vu que la lettre dans ces expressions; je suis bien plus étonné
» encore , que de tels FF . n'aient pas remarqué la différence très- considérable qui se trouve
dans mes expressions à ce sujet , entre ma toute premiere circulaire de 1779 , et ma derniere
» du 18 Juin , puisque la premiere annonce des connoissances qui n'ont aucun rapport direct
y avec la Mi. , mais qui étoient susceptibles d'y être adaptées ; la seconde annonce des connois
sances M. Vu cette différence annoncée par moi volontairement , vous auriez dù conclure
» que j'avois eu plus d'un instructeur ; or je ne sais auquel de ceux- là vous appliquez votre
A » ainere et injuste censure ; je sais , quant à moi , que je n'ai qu'à me louer de tous ceux qui
“ m'ont confié leurs connoissances, et que leur édifiante doctrine fait toute la consolation de ina
» vie , quel que soit le jugement que la prévention en fasse porter ailleurs. -- Il est vrai
Ý que je n'ai offert pour ces dernieres d'autres preuves que celle de ma propre conviction , et
» vous conviendrez que j'ai dû agir ainsi , parce que mon intention n'étant point de n’exposer
» aux prétentions générales d'un Convent , qui ne manque jamais d'en avoir en pareil cas , j'ai voulu
» rester maitre de mon propre choix , et ne pas donner droit à une totalité de Députés , que je ne
♡ connoissois point, de rien exiger , ni attendre de moi ..... J'espere ( ajoute le S. G. S. aux Ff . de
» Berlin ) que le résultat des opérations du Convent général vous sera agréable , quoiqu'il
» ne soit pas en tout conforme aux quatre points que vous avez établis dans votre lettre pour
conditions de votre réunion à l'ensemble ; mais j'espere, que les différences pourront se con
cilier à la commune satisfaction. » Le S. G. S. leur rend compte ensuite de la division de
l'Ordre ostensible des Maçons en deux classes distinctes , savoir l'Ordre M .. , composé des Grades
symboliques, et l'Ordre intérieur , ce dernier formant un Ordre de Chevalerie , sous le nom de
Chevaliers bienfaisans , auquel les François se sont réservés d'ajouter ces mots , de la Cité sainte ,
qu'ils avoient déja adoptés.
Après quelques détails sur cet objet , le S. G. S. continue à peu près dans ces termes ::
« Ces nouveaux Chevaliers succedent à d'autres plus anciens , mais bien plutôt au vrai but
» primitif de l'institution de ceux- ci , qu'à aucune de leurs prétentions temporelles , auxquelles on
o a formellement renoncé. Ce plan , qui étoit déja en grande partie adopié et suivi avec succès
y depuis quatre ans par nos FF . François er Italiens , ayant été goûté , sera suivi avec quelques
» nouvelles modifications. ..... Quant aux grades symboliques , il a paru convenable qu'ils ne
» portent plus aucune dénomination nationale, comme d’Anglois, François ou Allemands ; mais
17 $

y on les a rectifiés sous la dénomination générale de Maçons réunis. La rédaction en a été faite
» par un Comité de FF. convenablement éclaires pour cela ; elle a été ensuite discutée et adoptée
» en Assemblée générale : l'un des Membres du Comité a été chargé de les reviser dans le courant
» de l'année . Si vous pouviez ( ces expressions sont précieuses ) si vous pouviez d'ici là , me faire
» parvenir les anciennes formules ou rituels que vous m'annoncez , on pourroit encore s'en servir
» utilement pour completter cette rédaction .
Je termine par un autre fragment de la même réponse aux FF . de Berlin ; si les termes n'en
sont pas exactement les mêmes , je puis vous en garantir le sens et le fonds.
« Vous voyez par ces dispositions , mes TT . CC. FF., que les arrangemens généraux qui
» ont été pris , réservant pour les premiers temps de la réunion quelques libertés natio
» nales , jusqu'à ce que les circonstances permettent d’établir en tout une parfaite unifor
» mité , j'ai lieu de me flatter qu'ils pourront vous convenir. Je ne me trouverai en aucune
» contradiction avec vos Supérieurs invisibles , vu que ma dignité n'embrasse que les parties
> ostensibles du Régime rectifie; mais aussi il sera de mon devoir de défendre de toute inno
» vation , et de système particulier scientifique ou autre , et de tout mon pouvoir , le troupeau
» qui m'est confié , tant que je ne serai pas mis en état d'apprécier avec une parfaite connoissance
». de cause les avantages ou les inconveniens qui pourroient en resulter pour les parties de l'Ordre
» qui seront sous mon maillet. Ce n'est point à moi à déterminer le degré de confiance que
» devront avoir en ma personne vos Supérieurs cachés ; c'est à vous , mes chers FF . à leur faire
v sentir ce qui est convenable en pareille circonstance , etc. etc.
Je regrette infiniment, mes RR . FF. , de ne pouvoir vous citer que ces extraits d'une réponse
si intéressante ; mais je ne prévoyois pas alors la censure du F. à Fascia ; et lorsque le S. G.S.
confia sa lettre au Secretariat pour en faire extrait abrégé sur le Protocole du jour , la multitude
des autres écritures nécessaires ne permit pas de se livrer uniquement à celle- là , vu que
le S. G. S. quittoit Wilhelmsbad le lendemain 30 Août , et qu'il einportoit avec lui les originaux.
Mais ceux-là me paroissent néanmoins suffisans pour développer les principes qui ont dirigé
le S. G. S. dans la rédaction de ses circulaires , et le Convent dans toutes ses opérations , atin
d'apprendre aux M..à distinguer ces prétendus Supérieurs cachés de l'O. des T. que le F.
à Fascia voit et cherche par- tout , d'avec ces autres Supérieurs , auxquels le système favori
de ce F. est tout au moins indifférent : ces extraits sont , dis - je , suffisans pour faire voir
que l’E . G. M. du Régime rectifié , qui doit , selon le veu du Convent et de sa capitula
tion , repousser fortement les uns, ne repousse pas de même les autres, mais qu'il use de
toute sa sagesse , de toute sa circonspection pour les connoître et les discerner. Ce que je
viens de rapporter de cette lettre , prouve que les RR . FF . de Berlin n'ont été ni repoussés
ni négligés ; que l'offre de leurs Grades M .:. originaux , toute incertaine qu'elle étoit , n'a pas
'été rejetée ; qu'ils ont été au contraire priés par l'E . G. M. de la réaliser ; cette lettre prouve
et fait connoître la différence extrême qu'il y a entre l’O . ostensible qui est le seul possible
pour le F. à Fascia , et le HAUT ORDRE ESSENTIEL , plus ancien que les T. et qui pourroit
avoir été le but primitif de la fondation du leur ; cette lettre fait voir enfin pourquoi le Con
vent , en renonçant authentiquement au système chimérique et dangereux de restauration de l'O .
des T. a néanmoins conservé des rapports historiques et de formeavec cet ancien 0. relativement à son
but primitif d'institution ; pourquoi relativement à ce même but , les quatre lettres du Nov...
H.G. P. O. y ont été conservées ;pourquoi les couleurs blanches et rouges ont été aussi conservées
dans l'habillement ; couleurs consacrées dès la plus haute antiquité aux initiés dans les mysteres :
car pour cela il faut sans doute que la pluralité des membres du Convent ait reconnu , comme
la plupart de vous , mes RR . FF . l'avoient déja pensé long-temps auparavant , que quand
même l'O. des T. n'auroit pas adopté cette couleur , le Chevalier M. , ne pouvoit pas en quiriant
la couleur verte , en préférer ou choisir d'autres. Enfin , pour peu qu'on réfléchisse sur tout
ce qui a été écrit dans la circonstance qui nous occupe , par le $ . G M. , on voit pourquoi
les FF. François n'ont pas voulu se départir au Convent général de la dénomination de Chevaliers
bienfaisans de la Cité sainte , qu'ils avoient adoptée dans leur Convent national , non pas , parce
qu'elle pouvoit se rapporter à l'O .des T., mais parce qu'ils avoient senti que le Chevalier M. : . ne
devoit pas perdre de vue le Temple, qui avoit servi de base à ses premiers travaux , comme il doit
servir de type à ceux qui lui restent à faire. Car il faut convenir , que la simple dénomination
génériqụe et indéfinie de Chevaliers bienfaisans, que quelques Provinces ont préférée au Con
vent , ēst vuide de sens , et annihile par l'expression son but essentiel ; de sorte que je ne
serois point éronné que les Provinces au nom desquelles cette simple dénomination a été adoptée,
y fissent par la suite quelque changement.
Je remarquerai,en passant ,qu’une légere erreur , glissée dans le Protocole , a fourni matiere à
la critique et aux plaisanteries du F. à Fascia sur le double emploi des mots de reconnoissance
qu'il a trouvé pour le grade du Nov ... D'une part , on proposoit à cet égard les quatre lettres
H.G.P. O. , de l'autre , les noms des quatre vertus mentionnées dans le Protocole : le Con
vent qui vouloit quatre mots , et non pas huit , en préférant les quatre lettres , a supprimé les
noms des quatre vertus. M. et quoiqu'on ait oublié de les rayer au Protocole , il n'a pas moins
été reconnu qu'ils devoient l'ètre.
Je ne me permettrai pas de parler ici de ce double acte de renonciation , qui a été unanimement
desiré et accepté par le Convent; je n'imiterai pas en cela l'excessive imprudence du F. à Fascia,
pour ne rien dire de plus ; je suis persuadé que côt ou tard il aura des remords d'avoir osé
imprimer ce qu'il a pensé là-dessus , Ce double acte se justifiera par lui-même aux yeux de tous
les FF. scnsés , s'il ne l'étoit pas déja par toutes les opérations du Conyent qui s'y rapportent.
Ca
18

· Le F. à Fascia prend occasion de ces actes pour censurer la nomination qui a été faite en Con
vent d'un G. M. Ġ . du Régime rectifié. Mais a -t-il donc oublié , ou veut-il donc ignorer qu'aux
termes de la circulaire de convocation de Juin 1781 , tous les devoient avoir délibéré ,
s'il étoit convenable de confier la direction du total (conformément aux loix ) . un seul F. pour
faire aboutir en un seul point la machine de l'O. entier , et que tous les Députés de ces
envoyés en leur nom à Wilhelmsbad devoient , en conséquence de cette proposition ,dire oui
ou non sur cette question importante; et qu'aucun ne disantnon , on devoit procéder à l'élection
de ce seul F. qui auroit la direction du total . A -t- il oublié , ou veut - il ignorer que depuis
plusieurs années, la plupart des Provinces de l'O . , lassées d'un système qui éclipsoit presque
totalement le vrai but de la M . :: primitive ; plus lassées encore de ces annonces intéressées
qui se faisoient de temps en temps et sourdement de certains Supérieurs dans ce système ,
toujours prêts à se montrer , mais restant toujours cachés , à défaut sans doute d'existence ; que
ces Provinces , dis -je , demandoient à grands cris , pour mettre fin à ces menées , que le S. F.
à Victoria voulůt bien enfin accepter le titre de G. M. G. de l'O . qu'il avoit gouverné avec 1
tant de zele et de sagesse depuis 1772 , en qualité de G. S. de l'o . , et que ce titre , rendu
plus nécessaire que jamais par les circonstances, lui fut authentiquement décerné ? Falloit -il
donc que le Convent général , assemblé en partie pour cela , se séparât sans consommer un acte
si essentiel et si desiré ? Mais pourquoi le F. à Fascia veut- il oublier ou ignorer tout cela ?
Pourquoi ? parce qu'il ne lui faut que des Supérieurs cachés d'un 0. éteint ; plein de respect
et de vénération pour ceux - là , il s'en est cru dispensé pour les légitimes Supérieurs que l'o .
lui a unanimement donnés , en les lui montrant.
Mais , jusqu'à un certain point, le F. à Fascia peut être excusé ; car s'il avoit vu d'aussi près
que nous et admiré les grandes vertus réunies qui caractérisent l'E . G. M. G. à Victorja ; s'il avoit
été témoin comme nous de la ferme résolution qu'il avoit prise , et qu'il avoit fait pressentir dans
ses circulaires de 1779 et 1781 , d'abdiquer le gouvernement général de l'O . ; s'il avoit connu
les inotifs qui lui avoient inspiré cette résolution , puisés dans les principes du plus pur Chris
tianisme , et les efforts qu'il a fallu faire pour la détruire ; s'il avoit vu enfin ce qu'il n'a pu
voir , ce qu'il ignorera sans doute long -icmps , et ce que je n'ose répérer par respect pour la
modestie d'un si digne et si illustre Chet ; alı ! sans doute il n'auroit pas hésité de joindre sa
voix à l'acclamation unanime qui l'a nommé G. M. G. du Régime rectifié . Mais avoit- on besoin
d'être témoin de la modération extrême dont ce S. F. donna des preuves si dignes de lui ,
lorsqu'on fit la lecture de ce discours scandaleux dont j'ai parlé ailleurs , lecture qui l'of
fensoit comme Maçon et comme Prince , et que cependant il n'interrompit point , pour
ne pas laisser présumer qu'il voulůt gêner la liberté des opinions d'aucuns membres du
Convent ? avoit- on besoin de cette preure de modération pour sentir combien il est injuste
et indécent d'oser dire que la conduite d'un tel Chef tendoit à établir le despotisme dans
l'Assemblée.

DOU ZI E ME FAIT

J'AUROIS pu ne pas m'attacher au fait ci - dessus , qui ne m'a attiré aucun reproche direct
de la part du' F. à Fascia ; mais j'en ai pris occasion de présenter un apperçu des opérations
importantes du ,Gonvent, et d'indiquer les principes qui les ont dirigées et le but qu'on s'est
proposé : or ce tableau , qui mériteroit plus d'étendue , suffit presque pour démontrer que je
ne devois pas ètre accusé d'avoir guidé le Convent vers un système qui est le mien ; aussi
j'abuserois ,mes RR. FF ., de votre patience à m'écouter , si j'entreprenois de discuter le pré
tendu système que le F. à Fascia m'a attribué , et de repousser les traits sarcasmatiques qu'il
a pris de-là occasion de lancer sur moi avec tant de profusion ; j'ai été sensible , il est vrai,
au mal qu'ils ont pu faire ailleurs , mais je n'en ai jamais été trop affecté en ce qui me
concerne ; car il a visé trop loin de son but pour m'atteindre ; il n'a réuni tous ses moyens
que pour faire preuve d'esprit , de science et d'érudition , dans les définitions qu'il a cru
donner de ce système et de la Théosophie en général : quelque facile qu'il me fùt de ré
pondre à cette érudition , qui ne m'en impose point, je ne prétends pas à une gloire sem
blable ; elle ne sauroit avoir aucun attrait pour moi ; d'ailleurs si j'avois adopté un système
particulier , fondé sur des connoissances personnelles , je n'en devrois rendre compte pour
f'usage que j'en ferois , qu'à Dieu , à moi-même, et à ceux de qui je les aurois reçues ;
mais jamais au F. à Fascia , qui prouve , par son écrit , n'avoir en ce genre aucun titre
pour m'interroger ; car s'il en avoit , il sauroit que ce n'est point par les sarcasmes et les
injures que l'on parvient à ouvrir les bouches que la prudence retient closes ; c'est donc unc
digression très-déplacée de l'éloquence du F. à Fascia , à laquelle je ne répondrai poiot,
parce qu'il ne s'agit pas de savoir quel est mon système , au cas que j'en aie un ; mais
bien de savoir si au Convent général j'ai agi , opiné conformément à votre propre système,
mes CC. FF . , et à l'opinion que vous aviez manifestée long -temps auparavant ; ou si au con
traire j'ai agi d'après mes idées particulieres ; c'est à quoi se réduitmaintenant toute la question.
Je crois vous en avoir dit assez pour l'éclaircir dans plusieurs points ; mais comme votre
décision ne doit point être fondée sur mon seul témoignage , je suis le premier à vous inviter ,
à vous prier même de la suspendre , jusqu'à ce que vous ayiez pu vous procurer tous les
autres éclaircissemens propres à prononcer avec plus de justesse ; à cet effet je ne crains pes
les enquêtes que vous pourriez faire , si les preuves écrites que je mets sous vos yeux ne vous
paroissoient pas suffisantes.
* 19 .

TRE I ZI E ME FAIT .

Je pourrois sans doute m'arrêter ; mais relativement aux Rituels , j'entrerai dans des
détails, que le F. à Fascia à rendus nécessaires , en affectant d'oublier que je n'ai tenu la
plume pour la rédaction des Grades symboliques , que sous la dictée d'un Comité nombreux
qui avoit été nommé le 3. Août pour déterminer cette rédaction , et que lorsque j'en ai donné
lecture au Convent , ç'a été au nom et en présence de tous les membres de ce Comité , qui
s'en reconnoissoient en commun pour les vrais Rédacteurs . Néanmoins le F. à Fascia , fidele à
son plan , veut persuader à tous ses Lecteurs qu'ils sont mon ouvrage personnel , le résultat de
mon système particulier , et , pour me servir de sa noble expression , que c'est moi qui les
ai patricoté. ( Pag. 82.)
- Si j'étois plus atfecté que je ne le suis de cette téméraire insinuation , je pourrois être tenté
de sommer les RR . FF. qui ont composé ce Comité , de déclarer si c'est leur ouvrage en commun ,
ou le mien seul et personnel; on apprendroit peut- être par cette voie , que chargé d'écrire les
résultats des décisions , et de m'y conformer pour la rédaction , j'ai été réduit plus d'une fois ,
soit par ma confiance aux lumieres de mes Collegues , soit par l'espoir de rendre plus facilë
la réunion projetée ; j'ai été réduit , dis - je , à coucher des arrêtés auxquels ma propre opinion ,
auroit voulu moins ou plus de modifications ; peut-on après cela appeller miers.ces Rituels ?
Le F. à Fascia prétend prouver qu'ayant été rédigés', ou plutôt patricotés par moi , ils sont le
résultat de mon système personnel; et cela parce qu'il trouve au Protocole de la 175€:Séance, que
deux ou trois FF ont dit : que quoique deja fort anciens Maçons , ils ne comprenaient pas l'instruc
tion historique du grade d'apprentif ; que dans celui de la 15 " , deux auires FF . avoient dit :
qu'ils adoptoient le Rituel proposé, par une suite de la confiance qu'ils avoient dans les lumieres di S. F.
à Leone Resurgente , et de quelques autres FF. éclairés , et dans l'espérance que ceux des FF. de
leur Province qui par leurs mæurs sont dignes de participer à la solution des emblinies , y par
viendroient.

Le langage de ceux- ci étoit fort raisonnable , quoiqu'on eût pu leur objecter que si les bonnes,
meurs sont indispensables pour acquérir des connoissances positives dans la M .:., cependant
elles ne sont pas toujours un titre suffisant ; parce que quelquefois , avec de bonnes mæurs ,
on peut avoir des défauts bien essentiels quimettent obstacle aux progrès , ou manquer des
qualités qui y sont nécessaires .
Le langage des premiers prouvoit leur bonne foi dans leur aveu , et rien de plus ; car ma
propre expérience m'a appris qu'on peut être ancien Maçon sans connoitre beaucoup la M .. ,
puisque j'avois été Maçon pendant 18 ans, j'avois présidé une Loge nombreuse et très -réguliere
dans ses travaux , et j'avois accumulé au moins 60 Grades Maçonniques , même assez rares et
précieux dans différens systèmes , avant de connoître le premier mot de la Maçonnerie essen
tielle , et c'est sous ce voile épais , accablant , désolant pour un boinme qui aimoit le bien ,
qui cherchoit avec sincérité à le connoître , que j'ai passé près de la moitié de ma carriere
Maçonnique Ce qui m'est arrivé , peut aussi arriver à beaucoup d'autres ; ainsi pouvoir dire
que l'on est Maçon depuis long-temps , ne prouve pas toujours que l'on soit instruit et éclairé
sur ce qu'il y a de plus essentiel, dans la Maçonnerie , ni qu'on doive l'être. La découverte est
souvent l'effet de quelques circonstances heureuses, qui ont récompensé l'espece et l'intensité
du desir , ainsi que la nature des études et des recherches auxquelles on s'est livré ; car toute pro
duction manifeste l'espece du germe qui l'a produite . Le témoignage d'anciens Maçons , qui
ne comprenoient pas le sens de l'instruction des nouveaux Rituels , ne prouvoit donc rien
contre la vérité essentielle de ces instructions, et de leur explication.
Mais allons plus loin : que prouveroit en faveur de la critique du F. à Fascia , le témoignage
de ces FF . , sinon que sur environ 40 Membres qui composoient alors le Convent , il y en avoit
trois ou cinq qui déclaroient ne pas comprendre le sens des instructions du nouveau Riruel , et
que les trente-cinq autres le comprenoient ; ou si l'on veut , que dans ce nombre il y en avoit
d'assez éclairés pour se contenter des motifs qui avoient dirigé le Comité dans sa
rédaction , et qui n'ignoroient pas que pour que la lumiere puisse frapper sur un corps , il
faut auparavant que ce corps soit placé convenablement pour la recevoir.
Quoi qu'il en soit , les trois Rituels ensemble furent acceptés librement dans la 27 " Séance par la
très-grande pluralité ; ce qui répond à toute la censure du F. à Fascia. Je dis librement, parce
qu'effectivement, dans cette Séance , il y avoit eu pour l'acceptation quelques voix conditionnelles ;
et le Comité desiroit pour sa propre satisfaction , que la décision définitive sur cet objet importani
se rapprochât autant qu'il seroitpossible de l'unanimité . C'est ici que je réclame la bonne foi et
le témoignage de tous les Membres du Convent qui auront conserve la mémoire du fair, puisque
le Protocole de la 28me Séance n'en fait aucune mention . Quant à moi , j'avance et j'affirme que
dans cette Séance , après avoir présenté de la part du Comité , l'esquisse du quatrieme Grade qui
y fut approuvé , j'observai à l'Assemblée , que quoique les Rituels eussent reçu deux jours aupa
ravant une sanction légitime par la très grande pluralité, néanmoins l'objet étoit de telle im
portance , qu'il ne falloit point trop précipiter la décision définitive qui s'y rapportoit . Je
fis plus , je remis de nouveau en question plusieurs articles ; je proposai ei mème j'insistai
sur la radiation de celui qui avoit occasionné le plus de réclamation , savoir , le mystere,
de l'union ternaire , qui étoit dit étre , dans l'homme , composé d'esprit, d'ame, et de corps ;
je demandois que l'on revînt à une décision , non par la voie ordinaire des conclaves
provinciaux , mais que chaque individu présent fùc interpellé de donner son suffragę per .
1
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sonnel sur cet objet : tous le furent , et tous unanimement , c'est-à -dire , sans aucune objec
tion , ni opposition , accepterent définitivement les trois Rituels tels qu'ils étoient rédigés , sauf
la révision qui étoit convenue , et tous unanimement refuserent la radiation que je proposois
et que je souhaitois , par la raison , dit-on , que l'article se trouvoit inséré , quoiqu'en termes
plus obscurs , dans un ancien Rituel , dont le Comité avoit fait grand cas. Voilà des circonstances
vraies , et encore une fois , j'invoque la mémoire de tous ceux qui étoient présens à l'Assemblée ;
et parce que les Rédacteurs ne pouvant suffire à tous les détails, il se trouve que le Protocole n'en
a pas fait mention , ainsi que de plusieurs points qui contribueroient à ma justification sur d'autres
faits , il a plu au F. à Fascia d'abuser de ce silence , et de l'interpréter par -tout à son gré
pour me présenter sous de fausses couleurs ; comme si quelque Puissance irrésistible l'eût
forcé d'écrire avec précipitation sur ce qu'il ne connoissoit pas , pour lui donner le triste
mérite d'avoir fait son chef - d'æuvre en is jours. Ah ! mes RR. FF . , l'amour propre , cet
ennemi si dangereux , voilà celui qu'il faut accuser ; funeste amour de la célébrité , quels maux
n'as-tu pas faits , et que de maux ne feras-tu pas encore !
Examinons à présent de plus près le fond de la question ; c'est ici de toutes les Opérations
du Convent la plus importante ; permettez que je m'y arrête quelques instans .
Les Rituels des Grades symboliques étoient reconnus ètre d'une telle importance , que tous
les de l'Ordre avoient été invités à s'en occuper d'avance , ainsi que ceux des FF. qui
auroient des lumieres particulieres sur cette partie .
Comment a-t -on procédé ? Un Comité de sept FF. fut nommé par le S. G.S. le 30 Août , et
le S. F. à Leone resurgente , dont le zele et les lumieres connues depuis long -temps dans l'Ordre,
venoient de se manifester au Convent, fut choisi pour présider ce Comité. Tous les Membres
de l'Assemblée furent priés de communiquer les Rituels , qui étoient en leur pouvoir , et qui
pouvoient faciliter le travail ; le plus grand nombre satistit sur le champ à cette invitation ,
et chacun s'empressa de déposer les Rituels sur le bureau ; d'autres ne voulurent confier les leurs
qu'au Comité même ; de plus tous les Membres de l'Assemblée furent invités à communiquer au
Comité leurs observations ; ainsi ce Comité put réunir aux lumieres des sept Membres qui le
composoient , celles qui résultoient des divers Rituels en tous Grades déposés ou confiés pri
patim , et encore les connoissances des FF . du Convent les plus éclairés.
Le Comité se livra au travail le plus assidu depuis le 3 Août jusqu'au 14. qu'il mit au jour ses
premieres productions , dont la suite ne fut terminée que le 26 Août ; l'intention de l’E.G.M .
et du Convent étoit de réunir autant qu'il seroit possible" les différens Régimes par les Rituels et
les loix des divers systèmes M :. ou pour mieux dire de préparer de loin par les meilleurs Rituels
possibles cette réunion ; car les loix auxquelles le F. à Fascia donne le premier pas , ne devoient
être qu'un objet secondaire ; les circulaires du S.G. S. l'avoient assez fait entendre. Le Comité
des Rituels dut donc entrer dans les vues du Convent relativement à ce projet de réunion
future , sans néanmoins oublier l'objet et le but primitif plus essentiel encore ; ce qui doubla
son travail , rendit sa tâche beaucoup plus pénible , par les discussions et les sacritices d'opi
pions , qui devinrent quelquefois respectivement nécessaires. Mais je dois ce témoignage à
la vérité , que cette discussion importante fut faite constamment sans aucune complaisance
individuelle', sans obstination , sans le moindre nuage de mésintelligence ; tous paroissoient
animés d'un seul et même desir ; celui de réunir pour la M :. en général, les avantages des
meilleurs Rits épars dans les divers systèmes.
Le Comité s'attacha essentiellement à remonter aux plus anciens Rituels de l'O. Cette marche
lui paroissant la plus propre à remplir le double objet de réunion des systêmes et de rapprochement
du but primitif de l'institution M :. On présumera aisément qu'un Comité ainsi formé, et favorisé
d'autant de secours, réunissoit un certain degré de lumieres propres à diriger son discernement.
Les Rituels François réformés au Convent national des Gaules présentoient une morale plus
développée que les autres , et plus analogue aux objets essentiels ; elle fut unanimement adoptée;
mais on reconnut qu'il avoit été supprimé, dans ceux-ci , nombre de choses importantes qui se
trouvoient dans d'autres Rituels , lesquels avoient un caractere d'ancienneté remarquable , et
par conséquent de rapprochement du but primitif : on s'accorda à penser que ces choses devoient
ètre rétablies à l'époque d'un Convent général , parce que de n'avoir pas été comprises de ceux
qui les avoient supprimées , cela ne paroissoit pas un titre suffisantpour les rejeter ; parce qu'enfin
on espéra qu'une fois rétablies , ið ou tard il paroitroit quelques Maîtres pour les expliquer.
Ce fut ce mélange qui occasionna en Convent les discussions , qui se terminerent enfin dans
les 26 et 28 Séances.

Quelques FF . François , contens de retrouver dans les nouveaux Rituels que le Comité pro
duisoit, la partie morale qu'ils avoient adoptée, répugnoient à admettre sans explication les arti
cles rétablis et non innoves qu'ils ne connoissoient pas; tandis que quelques FF .Allemands , accou
tumes à ces derniers , mais non à la partie morale, et aux explications instructives des Rituels
François, la regardoient comme une innovation , contre laquelle ils se tenoient en garde ; mais
cependant la majeure partie des Députés Allemands l'accueilloient et la demandoient avec le plus
vif empressement
Le F. à Fascia , accablé du poids de sa prévention , que le soupçon précede ou accompagne
toujours , se plaint de ce que le Comité n'a pas expliqué en Convent les motifs qui ont déterminé
sa rédaction ; mais il les a donnés plusieurs fois , et il n'en pouvoit pas donner d'autres ; le
Protocole en fait foi par - tout où la question a été agitée ; d'ailleurs étoit-il possible que le
Comité pût répérer en détail au Convent tous les motifs qui l'avoient déterminé , article par
article , pendant un travail de 11 jours sans relâche ? est-il possible qu’un Protocole rende tout
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ce qu'on a dit verbalement dans une discussion ? De plus , s'il étoit arrivé que le Comité et
reçu quelques lumieres particulieres pour son travail , sous la foi de quelque engagement indi
viduel , quelle Puissance auroit pu forcer ses Membres à rompre un engageinent qui n'auroit été
contracté que pour préparer le bien général des Maçons présens ou à venir ? Le F. à Fascia
pense-t-il donc séduire long- temps les FF . de l’O . par la fausse application qu'il leur présente
des principes du juste , de l'honnéte et de l'utile !
Il faudroit pouvoir lui apprendre , puisqu'il l'ignore, que s'il existe des connoissances po
sitives et secretes dans l'o . , il seroit injuste , mal- honnête , et inutile de les accorder à ceux
qui croient avoir acquis , pondere metalli , le droit de les obrenir ; il faudroit pouvoir lui ap
prendre , puisqu'il l'ignore , et on lui rendroit un service dont il sauroit gré peut-être quelque
jour, que tous ceux qui se rallient à ce cri mercenaire , elevent par -là chaque fois de nouvelles
barrieres entr'eux et le temple de la vérité ; qu'ils peuvent faire illusion jusqu'à un certain point
à ceux qui les conduisent jusqu'à la porte du sanctuaire ; mais qu'il faut bien changer de con
et de langage pour la faire ouvrir. Le F. à Fascia parviendra sans doute à empêcher pour
un temps , un certain nombre de Maçons et de Loges , d'adopter ces Rituels qu'il a critiqués
si amérement ; mais il n'empêchera pas qu'ils ne soient adoptés quelque part , ni que quelques-uns
recueillent le fruit de leur adhésion ; & il aura toujours à s'imputer , si ces Rituels font le bien
de cent , d'avoir empêché qu'ils ne fassent celui de mille.
Sa critique, si souvent répétée sur l'union ternaire d'esprit, d'ame et de corps dans l'homme ,
n'est pas mieux fondée. ( Pag. 184. 187. 188. 204.) Il a prétendu insinuer que l'applica
tion qui en a été faite dans l'instruction du nouveau Rituel d'Appr. étoit une innovation de ma
part , et faisoit partie de mon prétendu système ; mais il n'a pasfait attention que tous les soins
qu'il s'est donnés pour prouver l'ancienneté et l'universalité des opinions humaines relativement
à ce ternaire , confirmoient le principe établi dans le Rituel . Quoi ! il voudroit que l'empreinte de
ce ternaire se trouvât non seulement sur la Nature entiere, mais sur toutes les parties de la Nature
élémentaire ; car aucun Etre pensant et observateur ne peut la nier , et il ne voudroit pas qu'elle
se trouvât essentiellement sur l'homme que le Créateur a établi , pour ainsi dire , Roi de
cette même Nature ? Quoi ! Ce nombre ternaire universel se trouveroit à chaque pas dans la M :.
instituée pour l'homme, puisqu'elle est fondée sur trois colonnes, sur trois grades primitifs, qui
donnent trois ages differens , et il n'auroit aucun rapport avec l'homme , et il pourroit paroître ridi
cule de dire devant des Maçons que la Maçonnerie a conduit de tout temps par le mystere du ternaire
à un développement des plus grandes lumieres ? Non ! Tout le ridicule resteroit sur ceux qui ,
selon l'expression de Swedemborg , cité si souventpar le F. à Fascia , auroient leur sens intérieur
si gâté et si obstrué qu'ils ne pourroient appercevoir cette vérité , ni avoir aucune idée du terine
heureux auquel elle peut conduire. Qu'ils imitent au moins la bonne foi du F. respectable
et loyal qui donna lieu à vérifier en Convent le passage de S. Paul e , t qui se rendit à l'évi
dence . ( İ. Thessalon. 5. 23. ) Il ne faut pas s'en rapporter au F. à Fascia , qui avoit trop à
faire pour vérifier ce passage dans ces quinze jours si rapideinent & si utilementem
ployés à son gros ouvrage ; mais que ses Lecteurs cherchent dans la Bible ; qu'ils cherchent
avec moins de précipitation que lui , ils y trouveront ce qui s'est trouvé dans toutes les Bibles
Allemandes, Latines et Françoises qui furent produites alors à Wilhelmsbad, Qu'on y cherche
donc, on y trouvera , dis -je , littéralement ces mots : Ipse autem Deus pacis sancrificet vos per
omnia : ut integer spiritus vester, et anima , et corpus sine querela in adventu Domini nostri jesu
Christi servetur : et en les lisant , on se convaincra encore unefois qu'il ne faut adopter aveu
glément , ni les assertions , ni les négations du F. à Fascia.
Ce qui m'arriva au Convent le jour qu'au nom du Comité j'avancai cette proposition , qui
se trouvoit insérée en d'autres termes dans différens Rituels dont elle avoit été extraite , me prouve
que j'avois quelque raison de dire , d'après l'expérience que venoit de faire le Comité , que je
ne croyois pas que des hommes vraiment instruits et éclairés pussent jamais choisir une Assemblée
générale de Maçons, formée en quelque sorte , au hazard , pour y répandre la lumiere M. ' . ',
puisque le premier rayon avant-coureur qui se présenroit , étoit repoussé avec tant d'éclat , et
avec toute la force des préjugés contraires. L'ouvrage du F. à Fascia en fournit une preuve
encore plus irrésistible . En effet, tous les hommes paroissent desirer la lumiere et la vérité ; mais
ils n'accueillent que celle qui leur plait ; et celle-là seule leur plaît , qui flatte ou n'humilie pas
leur amour propre , ou qui confirme leurs préjugés ; c'est -à- dire , qu'ils prennent l'erreur s'ils sont
dans l'erreur, pour vérité , et la vérité ne leur paroit plus qu'erreur ;aussi ceux qui osent la montrer
ne doivent attendre que des persécutions ; l'expérience de tous les siecles en est une preuve con +
vaincante ; dès que des hommes sages et éclairés ont voulu faire quelque bien à leurs sembla
bles , les retirer de l'erreur , attaquer leurs préjugés , ils ont toujours été plus ou moins persécu
tés , et par une faralité constante , on a presque toujours vu à la tête de leurs persécuteurs ceux
qui avoient ou usurpoient le titre de Savans et de Docteurs , ou qui abusoient de l'influence et du
crédit que leur donnoit , dans les écoles , le rang distingué qu'ils avoient obtenu. Il a fallu şou
vent un long periode d'années , quelquefois des siecles entiers, pour reconnoître que ces prétendus
Savans n'étoient que des hommes vains & opiniâtres dans leurs préjugés , et que ces Chefs aveu
gles avoient honteusement abusé de leur pouvoir et de leur ascendant sur les Peuples de leur
siecle ; il a fallu beaucoup de temps , dis -je , pour connoître enfin que ce qui avoit paru jusques
là n'être qu'erreur et tenebres , étoit véritablement vérité et lumiere.
Aucun des Membres du comité des Rituels n'avoit la présomption de se croire en état d'éclairer
le Convent par des connoissances suffisantes ; mais ils étoient tous persuadés qu'il y a une Vérité
M :: , que cette Vérité étoit consignée dans les Rituels sous le voile des symboles et des hiéroglyphes ;
1

que plus les divers Rituels dont on leur avoit confié l'examen , annonçoient d'ancienneté , plus
aussi cette Vérité primitive devoit s'y trouver : ils penserent donc qu'il étoit de leur devoir de
réunir tous les rayons de lumieres qu'ils pourroient trouver , et de les communiquer à l'Assem
blée , sans qu'il fût encore en leur pouvoir de lui montrer le centre d'où ils partoient, ni le terme où
ils alloient aboutir. Cela méritoit-il les déclamations du F. à Fascia , ni le ridicule dont il pré
tend couvrir celui qui ayant partagé leur travail , l'a produit en leur nom , et en leur présence ?
1 Falloit - il éteindre ces rayons dans le moment de leur renaissance , parce qu'on n'appercevoit
pas encore leur terme , ou parce qu'on ne voyoit pas quel en étoit le foyer, et jusqu'où ils
pouvoient s'étendre ? Falloit- il enfin pour cela les empêcher de parvenir à la postérité M . : .
à laquelle peut- être il étoit réservé de mieux voir & de mieux comprendre ce qui est encore
obscur aujourd'hui ? !
Me serois -je trompé avec le Comité , et ensuite avec le Convent ? C'est ce que je soumets ,
mes CC . FF . , à votre jugement.

R É S U M É.

Je viens d'exposer devant vous , mes RR. FF . tout ce que j'ai fait et cru devoir
faire en votre nom au Convent général ; je ne puis me résoudre à penser que ma conduite
envers vous , dans cette Assemblée , ait été répréhensible ; vous l'aviez approuvée hautement
au retour de vos Députés ; et cependant le F. à Fascia m'attribuant personnellement, etsans
motifs ni preuves , le projet de faire tomber le systême des T. ( Pag. 247. ) pour en substituer
un autre de mon invention , s'est permis demenoircir aux yeux de mes FF. et de me décrier ,
non seulemeni dans tout l'Ordre en général , mais devant les Maçons des autres Régimes , et
même devant les Profanes. Il a seme , il a fait vendre avec profusion son libelle contre le Con
vent , contre ses SS . Chefs et leurs zélés coopérateurs , dans lequel il me montre sur la scene de
Wilhelmsbad sous toutes les formes possibles , et sous les traits les plus affreux pour des Maçons.
Tantôt , c'est avec le voile de l'hypocrisie , de la finesse et du mensonge , que je suis allé à mon
but , par de basses manauvres , de sourdes machinations, en faisant des initiations clandestines pour
obtenir un certain nombre de suffrages , et en leurrant par de fausses promesses ceux que je n'initiois
pas . ( Pag. 245. )
Tantôt , plus hardi , dirigé par l'orgueil et l'ambition , j'ai défié tous ces braves Chevaliers
qui étoient venus au tournoi de Wilhelmsbad , et au lieu de les combattre à armes égales , je
les ai tous subjugués par la violence et l'emportement de mon caractere ; enfin , nouveau Protagoras,
j'ai rassemblé en moi tous les vices qui infestent l'humanité , et il n'est point de rôle odieux
que je n'aie joué pour élever le trône du despotisme où je voulois m'asseoir. ( Pag. 145. ) Voilà
une_légere esquisse du portrait que le F.' à Fascia a présenté de moi dans son écrit à tous
les et Loges ; et c'est par ce même F. qui a si bien décrit ailleurs les devoirs du Maçon ,
que ce révoltant tableau a été tracé. ( Pag. 10. )
Comment donc , nouveau caméléon , ai-je pu échapper à l'eilpénétrant de ceux que j'ai trompés
ou dont j'ai violenté les opinions?Il faut convenir que cela est un peu embarrassant a expliquer ;
mais , fertile en moyens , le F. à Fascia a su donner à tous les Députés une double maniere d'ètre
dont il tire parti dans l'occasion . Là , il dit qu'on avoit assemblé l'Ordre le plus respectable , que
les Députés étoient censés les plus instruits , et les plus integres, et que l'Assemblée étoit com
posée de l'élite de la M. : . réunie. ( Pag. 252. ) C'est sans doute ceux -là que j'ai subjugués par le
despotisme et la violence ; car ils étoient trop instruits , trop integres pour se laisser corrompre
par des initiations ou par des promesses. Ici ,les n'avoient pas été maitres de choisir les
Mandataires qu'ils auroient préferés ; il avoit fallu accepter les offres de ceux dont le zele et le
loisir suppléerent aux connoissances nécessaires. ( Pag. 13. ) Le Convent n'a donc pas été com
posé de FF. éclaires et instruits ; et voilà sans doute ceux que j'ai séduits et leurrés par mes
basses manæuvres et mes sourdes machinations ; mais ailleurs ( Pag: 72. ) tous ceux qui ont eu la
bonhommie de signer les Articles prélimina'res, sans voir le piege qui étoit caché sous ce voile , et
qui n'ont pas eu la fermeté de réclamer contre leur signature ainsi surprise , sont à leur tour traités
comme des imbécilles ; or comme tous les Députės sans exception, ont signé ces Articles pré
liminaires , et qu'aucun n'a réclamé contre sa signature , voilà , certes , l'éloge complet de tout le
Convent , de tous ces Hommes éclairés , instruits et integres , les voilà peints d'un seul trait ; heureu
sement je me retrouve en bonne , très- bonne et nombreuse compagnie , avec laquelle je me con
solerai de ma disgrace , en partageant celle que tous ces FF . ont encourue par rapport à moi;
ne ferois-je pasmieux d'attendre pour savoir lequel de tous ces portraits , tracés par la main
fraternelle du F. à Fascia , appartient réellement aux SS. Chefs du Convent, aux FF . qui ont
composé cette Assemblée , et à moi en particulier. Que le F. à Fascia cesse d'être en contradic
tion avec lui-même sur un objet si important , et qu'il nous dise hautement , quel est le caractere
qu'il veut bien assigner devant la postérité M . :: à ceux qui ont composé l'Assemblée générale
de W -bad ? Je sais , quant à moi, et quoi qu'en puisse penser le Ė, à Fascia , que c'étoient
des Hommes bien respectables , et lorsque je veux me consoler des écarts de sa critique incon
sidérée , je rappelle à mon souvenir leurs vertus , et mon Censeur est bientôt oublié ?
Sars chercher à pénétrer les sublimes et profondes combinaisons du F. à Fascia , j'observerai
qu'il a voulu persuader à ses Lecteurs , dont je n'ai pas l'avantage d'être connu , que j'avois
dominé de maniere ou d'autre le Convent , et que j'avois fait réussir ses opérations , à force d'in
trigues , au gré de mes desirs ; cependant s'il eût voulu juger les choses sans prévention , la
simple lecture du Protocole lui auroit prouvé le contraire. Car il y auroit vu que dans des
affaires
² 23 &

affaires majeures et particulièrementpour la Province d'Auvergne , mon suffrage personnel, celui de


mes Collegues , Députés de cette Province, ont été réduits plusieurs fois à la minorité : comment
donc concilier cette minorité , dans les affaires que nous avions le plus à cæur , avec cette pré
pondérance étonnante qu'il a voulu m'attribuer, et qui n'a existe que dans son imagination ,
puisqu'il n'a pu rien irouver dans le Protocole qui ait pu fonder cette assertion . Il y a plus
j'ose en ce moment défier qu'on puisse trouver aucun Membre du Convent qui ait affirmé
ou dit avec vérité que j'eus tenté de captiver par adresse son suffrage sur aucun objet ; j'ai
prononcé tout haut mon avis dans les Assemblées générales , dans les Comités et dans les
Assemblées particulieres, et je l'ai prononcé avec la tranquillité et la confiance que donne
une conscience irréprochable; j'ai soutenu mon opinion avec fermeté tant que je l'ai crue la
meilleure ; et lorsque pendant la tenue du Convent, il s'est trouvé des FF. inconsidérés ,
qui fàchés de n'avoir pu faire prévaloir leur opinion , ont insinué que j'avois sollicité les
suffrages , j'ai défié hautement qu'on prouvât cette accusation ; et j'agissois ainsi en présence
de ceux -mêmes qui n'auroient pu faire ce défi impunément ; c'étoit donc le moment alors
de me convaincre , quand je provoquois moi- même les accusateurs ; quand j'étois au milieu des
témoins qui auroient pu fournir les preuves. Il est donc évidemment faux que la liberté du
suffrage d'aucun des membres de l'Assemblée ait reçu par moi la moindre atteinte.
+ Il faut aussi conclure que si le système du T. a été aboli, où pour parler plus exactement ,
s'il a été modifié et réduit à sa juste valeur , relativement à ses rapports avec la Mi. , c'est parce
qu'on a presque unanimement reconnu qu'il seroit inutile , absurde et dangereux de lui en
conserver d'autres , et que la dénomination de Chev. B. de la C. S. que les FF. François ont
réclamée , conserve tous ceux qu'il étoit utile de maintenir , avec le but primitif et fondamental
de son institution .
Je n'en dois pas dire plus, mais je ne pouvois en dire moins pour vousdémontrer com
bien le F. à Fascia m'a calomnié , et combien il m'importoit de me justifier; si je le suis à vos
yeux , c'est déja beaucoup pour mon cæur ; cependant j'ose dire que ce ne seroit point assez , et
il n'y a que vous qui puissiez me laver de ces soupçons qui m'accablent, qui me poursuivent
de en X ; c'est un acte de justice que je vous demande , et ma confiance en vous est
telle que je m'en rapporte entiérement à ce que vous déciderez sur les moyens de constater
encore mieux les faits , s'ils ne vous paroissent pas suffisamment éclaircis par toutes les Pieces
que je dépose sur le Bureau ; je m'en remets pareillement à vous , MM . RR. FF. sur la forme
que vous croirez devoir adopter , pour me rendre la tranquillité dont j'ai besoin , et sans
laquelle je ne serois plus qu'un membre inutile dans l'Ordre , puisque je n'oserois plus compter
ni sur votre confiance , ni sur celle des autres X.
Je demande donc qu'acte mesoit donné de la lecture du présent Exposé , et de la remise
que j'en fais pour être par le Directoire Provincial, représentant le Chapitre Provincial, et à
lui joint le Directoire Prioral et le Préfectural, pris tel parti que sa sagesse avisera , et
prononcer sur les faits y contenus : et afin de mettre les RR. FF . en état de statuer avec con
noissance de cause , je demande pareillement acte de la remise des Pieces justificatives qui
consistent dans celles ci-après indiquées ; savoir ,
1 ° . La Circulaire du S. G S. adressée en Octobre 1779 , à tous les Préfets et Maîtres en
Chaires des grandes Loges Ecossoises.
2 °. La Circulaire du S. G. S. contenant les Questions préliminaires adressées en Septembre
1780 , aux différens
zº . La réponse faite à cette Circulaire par le Provincial de cette II Province , à la date
du 21 Janvier 1781 .
4 °. La Circulaire de Convocation du S. G. S. en date du 18 Juin 1781 .
50. La Circulaire de Prorogation du Convent du 18 Août 1781 .
6º. Le Protocole du ConventNational des Gaules , tenu à Lyon en 1778.
7º. Le Protocole du Convent Généralde W -bad de 1782 , les discours du S. G. S. et du S. F.
à Leone Resurgente , la Regle M.. et les Rituels arrêtés au Convent.
8° . L'Ouvrage du R. F. à Fascia.
Toutes lesquelles Pieces ont été retirées des Archives , offrant de remettre telles autres qu'on
pourroit desirer , et de donner de plus amples éclaircissemens aux où à leurs Délégués ,
si on l'exige. Signė à la Minute , F. J. B. AB EREMO.

Dans ladite Séance du 29 Juin 1783 , où se trouvoient réunis lle Direc


toire Provincial représentant le * Provincial d'Auvergne , le Directoire Prio
ral représentant le grand Prieuré d'Auvergne, et les ÅR . FF. Dignitaires, et
Officiers composant le R. * de la Préfecture de Lyon , après avoir ouï le R. F.

ab Eremo , dans son susdit énoncé'relativement à l'Ouvrage ayant pour titre.


R.F. L. à Fas... Præ * Loth. et Vis. Pr. " Aus.ie ' De Conventu generali La
tomorum apud Aquas Wilhelminas , propè Hanauviam , Oratio . Avec cette

Epigraphe de Ciceron : Cujusvis hominis est errare , nullius , nisi insipientis , in


errore perseverare.Jussu et sumptibus * Lothar . in 8." , sans date ; tous les
RR . FF. composent les susditsi** , ayant deja connoissance dudit Ouvrage
actuellement sur le Bureau , par l'envoi
l'envoi qui
qui leur
leur en
en a
a été fait au nom du *
D
24

Prefectural de Nancy , ont senti vivement combien il est malheureux que


le zele du R.F. à Fascia , qu'ils aimeroient à croire pur, l’ait porté à écrire
sur les opérations du Convent de Wilhelmsbad dans la formeet avec les principes
qu'il a adoptés ; et adhérant à la réquisition du R. F. ab Eremo , acte lui est
donné de la lecture de son écri: servant de redressement aux faits qui le con
cernent directement ou indirectement dans l'Ouvrage dont il s'agit ; acte lui
est pareillement donné de la remise qu'il en a présentement faite , ainsi que
des pieces y énoncées ; et les RR . FF. composant l'Assemblée ont déclaré au

R. F. ab Ěremo qu'ils prendroient en considération sa demande, après quoi ,


.
ce R. F.s'est retire:
Le Directoire Provincial , le Directoire Prioral et le * Prefectural étant
réunis , et délibérant , ont unanimement pensé qu'il n'étoit pas possible de pro
noncer à l'instant sur un objet de cette importance qui intéresse à la fois un
Officier principal de la Province, la Province elle -même, et le succès des opé
rations du Convent ; opérations qu'on seroit tenté d'abandonner après la lec
ture de l'Ouvrage du F.à Fascia qui les a présentées sous les couleurs les plus
désavantageuses ; d'un autre côté on a reconnu qu'il étoit difficile et même
impossible que les FF . pussent se rassembler aussi souvent et aussi long-temps
qu'il le faudroit pour faire cette discussion en commun , ce qui necessitoit.
de confier le rapport decette grande affaire à un F. , qui pourroit plus aisément
mettre sous un seul point de vue tout ce qui a trait aux opérations dudit
Convent général; considérant encore que quelle que fût l'exactitude du F.qui
en seroit chargé , et la confiance qu'on auroit en lui, il faudroit nécessairement
vérifier une multitude de faits dans une foule de pieces ; peut- être même avoir
recours à d'autres éclaircissemens , ce qui deviendroit impossible dans une As
.

semblée générale. Toutes ces considérations mûrement examinées, il a été' arrêté


unanimement
-

1 ° : Que le F. N*** qui par sa position civile peut donner plus de temps à un
pareil travail, seroit invité' de vouloir bien se charger du rapport de cette affaire,
et d'y donner l'étendue qu'elle exige, sans cependant lui assigner aucune forme;
mais desirant essentiellement qu'il s'attache à présenter le tableau des opé
rations du Convent , en les comparant avec les principes qui ont dicté les Arrêté's
Préliminaires de cette Province , et avec ceux qui ont dirigé lesdites opérations.
2 °. Que leComité ci -devant nominé pour suivre et préparer tout ce qui
seroit relatif aux opérations dudit.Conveni, formera le bureau où cette affaire
sera préalablement discutée et examinée, pour ensuite du rapport qui en sera fait
* Préfectural, et à lui joint les Directoires Provincial et Prioral, et
après avoir oui l'avis du Comité', étre statué ce qu'il appartiendra ; et attendu
que cette discussion intéresse personnellement le R.F, ab Eremo , il ne sero point
appellé aux Assemblées dudit Comité relatives à cet objet, quoiqu'il en soit
Meinbre.
Le F. N *** ayant à l'instant déclaré qu'il acceptoit la commission dont
on venoit de le charger , on lui a fait remise du Mémoire du R. F. ab Eremo ,
de l'Ouvrage du R. F. à Fascia , et de toutes les pieces déposées sur le Bureau
par le F. ab Eremo. Mais ce travail devant être considérable, le F. N *** a prié
déterminé pour le temps
les FF. de permettre qu'il ne prít pas un engagement
où il seroit tenu d'en rendre compte , assurant que jaloux de répondre à la con
fiance dont les ** réunis veulent bien l'honorer , son zele le portera à ac
célérer ce rapport autant qu'il lui sera possible.
Arrêté en outre qu'il sera fait Minute de la présente Délibération , tant
sur le Protocole du Directoire Provincial, que sur celui du Directoire Prioral
et du * de la Préfecture. Fait à Lyon le 29 Juin 1783 , et ont signé à la
minute tous les RR . FF. Dignitaires et Officiers pré'sens , tant ceux du Direc
toire Provincial , et du Directoire Prioral que ceux du R. * de la Préfecture
de Lyon .
Extrait pris e: collarionné sur le Regitre des Délibérations du R. + de la Préfecture
de Lyon, par Nous, Chancelier de la Prefecture. Signé F. ANDREAS A TRIBUS LUNIS.
* 25 mm

NOUVEAU COMPTE RENDU A LA II . PROVINCE ,

dite D'AUVERGNE , des Opérations du Convent général de

Wilhelmsbad de l'année 1782 , pour servir à fixer l'opinion des FF .

de cette Province sur les faits présentés dans l'Ouvrage du R. F.

A FASCIA , dénoncé par le R. F. AB EREMO .


Qui cognoscit in judicio faciem , non bene facit :
iste et pro buccella panis deserit veritatem ,
( Proverb . 28. 21. )

Dans les Séances du R. * de la Préfecture de Lyon des 11 , 12 et 14


Décembre 1783 , et en présence des RR. FF . Dignitaires et Officiers compo
sant le Directoire général de la II. Province dite D'AUVERGNB et des RR . FF.
Dignitaires et Officiers composant le Directoire Prioral, extraordinairement
convoqué's en exécution de la délibération du 29 Juin 1783 ; le R. F. A SOLI
***
BUS , Préfet , a dit : Que le F. N. ayant été chargé de rendre compte
de l'Ouvrage du R. F. A FASCIA , et d'examiner de nouveau les operations
du Conveni général de Wilhelmsbad , afin de mettre lesdits ** en état de
prononcer avec connoissance de cause sur les plaintes du R. F. AB EREMO
fortement inculpé par le F. A FASCIA ; ledit É . N *** avoit fait un Rapport
préliminaire au Comité nommé pour l'entendre ; que le Comité ayant employé

plusieurs Séances pour examiner ce travail, vérifier les faits , discuter les
principes , étoit prêt à donner son avis , lorsque le R. * de la Préfecture ,
le Directoire général, et le Directoire Prioral auroient
entendu la lecture de
l'Ouvrage du F. N *** . En conséquence et du consentement des RR. FF. com
posant ? Assemblée, le R. F. Préfet a requis ledie F. N *** d'en donner
communication ; lequel prenant la parole a dit :

TT . RR . et BB . AA . FF .

Le R. F. à Fascia , a - t - il entrepris l'ouvrage que nous avons sous les yeux et dont vous avez
cru devoir confier l'examen à mon zele , dans l'intention de faciliter l'examen des opérations du
Convent à ses FF.qui ont quelque confiance en l étude qu'il a faite de l'ordre et des loix ? ( pag. 256.)
Il paroît difficile de croire que ce motif seul l'ait déterminé à écrire , quand on voit qu'il a fait
délibérer par la grande L. Ec. de Lorraine , dont il est le Président , que cet ouvrage seroit im
primé et envoyé aux différentes Provinces de l'O. ( : ) et lorsque dans vingt endroits de cet écrit ,
on apperçoit que le F. à Fuscia est l'écho complaisant de plusieurs , l'on est convaincu qu'il ne
vouloit pas parler uniquement au troupeau dont il est le Pasteur .
C'est donc bien plutôt pour prévenir toutes les Provinces contre ces opérations ;,et l'on n'en
doute plus , quand on apprend de l'Auteur même , que cet ouvrage a été écrit à la hâte ; comme
si l'on avoit craint que quelqu'un ne prît les devans pour se déclarer l'apologiste du Convent. En
effet , ce n'est que le 19 Octobre 1782 , que le F. à Fascia a eu la possession des arrêtés de
Wilhelmsbad , trois jours après il a pris la plume ; ce temps pouvoit suffire à peine pour les lire ,
et cependant le 5 Novembre il avoit déjamis fin à un ouvrage qui forme un volume in- 8 ° . de
256 pages . (2) Il étoit difficile , il faut en convenir , de mettre une précipitation plus grande et
plus affectée : la question méritoit bien d'être un peu mieux méditée , et certainement l'instant
de la traiter n'étoit pas encore arrivé pour le F. à Fascia ( 3 ) .

( 1) Voyez la Déliberation du + Préf. de Lorraine du 18 un tribut qu'il a offert de l'amitié ; mais par leur amertume
Novembre 1782 , & la Lettre circulaire du 1a Avril 1783, er le ridicule qu'il y a joini , elles ressemblent trop au sar
qui annonce le motif de cer Ouvrage, dont on a fait casme , et le F. d Fascia nous a dit lui -même que les es
tirer 400 exemplaires , indépendamment de ceux deftinés pries sarcasmariques, ne sont pas faits pourprétendre aux
pour les grandes Loges Ec. des différentes Prov . de l'O. connoissances secretes de l'Ordre : certe remarque est un
tribut de l'amitié dont il aura le bon esprit de ne pas se
(2) Ouv. du F. a Fascia pag. 4 , & la Note 4. Une plaindre.
fi grande facilité fait honneur à la plume de l'Auteur ;
elle éconne , c'eſt un don précieux , mais il a bien ſes dan ( 3 ) Pourquoi ne pas attendre le moment où l'on doit
gers. Nous n'avons pas cherché dans cet ouvrage des prononcer sur les opérations du Convent ? Pourquoi présu
Tableaux et des Sarcasmes , et nous aurions bien voulu mer que d'autres ne verront pas le bien ou le mal? Pourquoi
n'en pas trouver comme l'Auteur nous l'avoit promis semer des doutes pour faire germer la division , et troubler
encore moins des portraits que le F. à Fascia a tirés de la la tranquillité de ceux qui sont satisfaits ! Cette conduite
collection de ceux qu'il copie depuis 20 ans, peut -être de est-elle bien honnête , bjen juste et bien urile ? est-ce ainsi
celle de M. Lawater. Les censures qu'il s'est permises sont que se conduiç up bomme dépouillé de prévention !

1
1

26

Que penser d'un F. qui s'expose à écrire à la hâte sur des opérations dont il n'a pas été le te
moin , qui n'a sous les yeux que des résultats très- sommaires , qui ne s'est pas donné le temps
d'éclaircir les faits , et qui, sur des assertions sans preuves , se permet d'inculper de la maniere la
plus grave , des FF . qui méritent ou son respect ou son estime ? Que penser d'un F. , qui n'ayant
pas encore dans ce moment lesdifférens Rituels, ni les Codes , hazardeune censure amere sur ce
qu'il ne connoît pas , sur ce qu'il est fait pour goûter et sentir , et qu'il finira tôt ou tard par ap
prouver ; quand il se sera donné le temps d'en saisir l'ensemble et les détails; 'quand il appellera de
son jugement prononcé avec l'agitation de ses sens , à lui-même rendu au calme qui permet de con
šidérer les objets sous leur véritable aspect ? Quelle confiance , je ne crains pas dele dire , peut
on avoir dans un ouvrage dont le but est de détruire jusques dans ses fondemens un édifice élevé
sur un plan dont les dimensions ont été déterminées par des Artistes habiles, dont le modele
exiscoit à quelques égards depuis plutieurs années; ( 1 ) lorsque sur-tout l’Artistedestructeur ne pro
pose pas un plan qui présente des proportions plus justes , et qu'il semble vouloir nous condamner
à n'habiter que parmi les ruines du temple que ses mains voudroient renverser sur ses fondemens?
Semblables à ces Philosophes modernes dont la gloire consiste à fronder tout ce qui existe ,
qui attaquent les Souverains jusques sur leurs trồnes ,détruisent toutes les idées reçues , ne tracent
pas le plan du meilleur gouvernement, et ne remplacent par rien les vérités qu'ils rejettent ;
ne verrons -nous dans, nos temples que ces génies qui nient tout, qui s'attachent à l'ombre et re
fusent d'avouer l'existence du corps qui la produit , parce qu'il est encore couvert d'un voile
qu'il leur eût été facile de lever , s'ils avoient voulu abandonner les chimeres pour la réalité ?
Le F. à Fascia nous l'a dit lui-même : il n'est pas infaillible , il est homme , les hommes sont su
jets à se tromper , et il ne faut pas jurer sur leur parole. ( pag.2.255.) Mais comment la R.grande
L. Eç . a -t-elle juré sur la parole de ce F.en applaudissant unanimement à son ouvrage , lorsqu'il paroît
ávoir gardé in petto son opinion sur le but de la M . : . lequel il croit sans doute mieuxconnoitre
que personne , et que vraisemblablement il a découvert par le fruit de ses méditations sur les
douce systèmes qu'il connoit , et dont il nous fait un mystere comme pour se venger de celui dont
il se plaint ?
Si le F. à Fascia avoit comme moi à répondre à cette question , il diroit avec Ciceron : « Ne
» savez-vous pas que la plupart des hommes se trouvent liés à un sentiment avant d'avoir pu
» »- discerner par eux -mêmes ce qu'il est le mieux de croire. Accoutumés dans l'âge, le plus ten
» dre à se soumettre à la voix d'un ami , ou gagnés par les discours du premier qui s'est empare
de leur intelligence , ils sont jetés par la tempête contre une opinion et ils y restent 'attachés
» comme à un écưeil. »s (2 ) Ne vous étonnez donc pas si pleins de confiance en l'étude que ce F.
a faite de l'Ordre et des loix , ses FF . se sont liés à son sentiment. Accoutumés dès leur entrée
dans l'O . à se soumettre à la voix d'un ami , ils ne se sont pas donné le temps de discerner
mêmes ce qu'il est le mieux de croire ; il s'est le premier emparé de leur intelligence par un discours
qui a réveillé leur amour propre , et il será difficile de les détacher d'une opinión qui , loin de
leur paroître un écueil, leur semble être un port assuré contre la tempête . »
Pour nous , mes RR . FF. , n'imitons pas ces personnes indolentes qui préferent la facilité de
céder et de croire, à la peine d'examiner et de se convaincre , afin qu'on ne nous dise point :
Salmaci , da spolia , sine sudore et sanguine: ( 3 ) Examinons sans prévention , ne résistons pas sans
raison ; mais ne cédons pas par des considérations humaines , et n'oublions pas qu'un Philosophę
plus grand que Ciceron a dit : Qui cognoscit in judicio faciem , non bene facit : iste et pro buccella
panis deserit veritatem . ( Prov. 28. 21. ) Ne nous affectons pas des censures les plus ameres : c'est
le tribut de l'amitié ; mais ne craignons point de prouver qu'elles ne sont pas justes, et disons au
Censeưr avec le plus sage des Rois : Viro qui corripientem durá cervice contemnit , repentinus
ei superveniet interitus , et eum sanitas non sequetur. ( Ibid. 29. 1. )
C'est'avec une douleur difficile à exprimer que je viens vous parler de l'ouvrage du F. à
Fascia. La prudence et le bien de l'O . exigeroient la suppression de cet Ecrit, vraiment dange
reux pour la Société M.'. en général, et pour chacun desMembres en particulier. Mais c'est
de l'Auteur lui-même qu'il faudroit l'obtenir ; ( 4 ) ce sacrifice seroit digne d'un Maçon tel que
lui , il nous rappelleroit l'exemple de cet homme immortel , de Fénélon , qui monta dans la
chaire de vérité , et son livre à la main , evt le courage sublime de le condamner en mêlant
ses sanglots à ceux de ses auditeurs. ( 5 ) Ah ! c'est bien alors que les bouches que la prudence
(1) Le Convent national des Gaules , tenu à Lyon en placé quelque part dans son Livre cer adage : Qui potest
11778, qui fut éclairé par le Fond Fascia , avoir en quelque capere capiat, et nous avons eu ce bonheur ; mais son ,
sorte modélé en petit l'édifice que le Convent de W. a Epigraphe ne ressemble-t-elle pas un peu au sarcasme?
élevé ; et quand on verra sans prévention les opérations ( 4) Qu'on ne me prête point l'intention d'exciter l'Ordre
de ce dernier , on se convaincra qu'il n'a fait qu'embellir a en prononcer la suppression légale , cela ne remédia ja
l'édifice , sans rien ôter à ce qui existoit essentiellement... mais à rien , l'Ouvrage n'en existe pas moins, et c'est
( a) Il n'est que trop vrai que la voix d'un ami qu’on esii toujours ainsi qu'on donne de la célébrité au Livre er à
me, qui, par ses connoissances et ses vertus a pris un ascen l'Auteur. La suppression dont je parle est celle que feroii
dant sur nous , peut nous entraîner souvent à embrasser une le F. a Fascia lui-même, enretirant les Exemplaires que
opinion que nous aurions rejetée si elle nous edt eré présen personne ne lui refuseroit; il seroit le Fenelon des Mar
tée par tout autre. C'est pourquoi je pense que celui qui çons ; forcé de monter comme lui dans la chaire de vé!
écrit sur nos mysteres , doit , autant que cela se peut , taire rité , il y substitueroit un Ouvrage qui immorraliseroit à
son nom , alors le jugement qu'on en porte est impartial , jamais' son nom dans l’O. et personne n'auroit fait plus
parce qu'il est plus libre. de bien que lui au Régime rectifié : on diroit avec véricé ;
(3 ) Duv . du F.d Fascia,pag. 2. et Cic.de Of. l. 1. c. 18. O felix culpa !
Ce vers d'Ennius , dont notre Auteur a fait choix pour l'E (s) Tout le monde sait que Fénélon avoit publié son
pigraphe de sa premiere partie , est une allusion au lieu Livre de l’Explication des Maximes des Saints 'sur la Vir
ou s'est tenu le Convent; il a voulu attribuer aux bains interieure , contre lequel Bossuet s'eleva dans des écrirs
de .W.la 'même propriété qu'a la fontaine Salmacis , réiterés ; mais si sa victoire sur l'Arch . de Cambrai lui fut
dont les eaux énecyoient les hommes qui s'y baignoient. glorieuse , celle que Fenelon remporta sur lui -même le
Le F. d Fascia nous saura gré de l'avoir compris ; il a fut bien davantage.
* .27

force de rester closes ( pag. 6. ) s'ouvriroient pour ce R. F. qui auroit prouvé qu'il a toutes les vertus
d'un vrai Maçon : ( i ) cet effort dont je me sentirois capable , parce que tout inférieur que je
sois à ce grand homme par les talens , j'oserois du moins aspirer à l'honneur de l'imiter dans
sa conduite ; cet effort , dis-je , j'ai été tenté de le proposer secrétement au F. à Fascia , en
lui démontrant la source de ses erreurs et les conséquences funestes de son ouvrage ; ( 2 )
mais ce que j'aurois pu lui dire , il a pu et dû l'apprendre , lorsqu'il voyageoit utilement en Alsace:
( 3 ) A cette é , oque son Livre n'étoit pas publié, et puisqu'il n'en a pas arrêté la distri- .
bution , n'espérons point qu'il répare le mal que son zele à servir ses FF. devroit produire.
Je voudrois m'être exagéré les conséquences ; mais puisque vous m'avez imposé la loi rigou
reuse de vous dire l'opinion que je me suis formée de cet ouvrage , je dois vous montrer les
dangers que j'ai cru entrevoir , et dire avec franchise et liberté de quels sentimens j'ai été
affecté.

Il est impossible de présenter un tableau plus révoltant de la Société M . : . ou plutôt du


Régime rectifié après la tenue du Convent de Wilhelmsbad , que celui qu'en a tracé le F. à Fascia .
Vous en avez été affecté, vous l'êtes encore , vous le serez long -temps ; d'autres en seront peut
être alarmés et séparés pour toujours du troupeau chéri qui sembloit devoir s'accroître au
lieu de se disperser : tel est l'effet qu’a produit et que doit produire cet ouvrage , et ce n'est
là , mes RR . FF., qu’une partie des maux qu'il nous faut prévoir.
Le F. à Fascia a - t- il pu se dissimuler qu'en imprimant des choses secretes de notre Régime il
violoit tous les engagemens qu'il a contractés lors de son entrée dans l'O . ? Avoit- il besoin que la
Regle M. : . arrêtée au Convent lui eût appris qu'il est une loi dont il a promis à la face des cieux la
scrupuleuse observance ? celle du secret le plus inviolable sur nos Rituelset cérémonies , et sur LA FORME
DE NOTRE ASSOCIATION. Il n'est point d'acte dans la vie qui soit scellé par un serment
plus redoutable et plus imposant ; aussi la premiere leçon qu'on donne aujourd'hui à l'AP
prentif, est sur l'importance de ce serment , et on lui apprend à quel point le Maçon doit le
respecter .
« Tu fus libre en le prononçant » lisons-nous dans cette Regle qu'on n'entend point sans atten .
drissement et qui fait honneur au ceur et à l'esprit du Rédacteur ; « tu fus libre , mais tu
» ne l'es plus de rompre le serment qui te lie . L'Eternel que tu invoquas comme témoin , l'a
» ratifié : crains les peines attachées au parjuré : tu n'échapperois jamais au supplice de ton
» cæur , et tu perdrois l'estime et la confiance d'une Société nombreuse qui auroit droit de
» te déclarer sans foi et sans honneur. (4)
Et qu'on ne nous dise pas que le Fvà Fascia n'a rien révélé sur nos sacrés mysteres, ni sur la forme
de notre association essentiellement,etqu'ilparoît d'ailleurs avoir pris des précautionspour s'assurer
que cet écrit ne parviendroit qu'aux FF. de notre Régime.Elles ont été insuffisantes ces précau
tions , mes RR . FF . , car j'ai la certitude personnelle qu'il est entre les mains de plusieurs Maçons
d'un Rit différent , et que des Maçons de notre Régime, encore dans la carriere symbolique, en
ont eu connoissance . Le F. à Fascia a - t - il donc été maître de donner à un écrit de cette importance
une si grande publicité sans le consentement de l'O . entier ? Non , sans doute , et la grande L. Ec.
de Lorraine n'avoit pas qualité pour autoriser cette publication sans réserve. Si on se fût borné à
l'adresser aux établissemens de l'O . on auroit évité les maux extérieurs ; aux maux intérieurs on
peut porter quelques remedes ; mais les autres sont des plaies que le serment qui nous lie ne nous
permet pas de guérir ; elles seront d'autant plus incurables que le silence fera présumer qu'on
ne peut rien répondre de satisfaisant. Voilà ce qui résultera de ces 400 Exemplaires qui
circulent dans tous les Royaumes; ils ne sont pas même renfermés dans des dépôts secrets à
l'abri de l'ail curieux et indiscret des Profanes; il y en a peut être au pouvoir de ces esprits
légers et superficiels qui s'en amusent , de ces esprits sarcasmatiques quipeuvent en abuser ; de ces
esprits faux et dangereux qui peuvent en faire un usage repréhensible. (5) Ils sont placés dans 400
bibliotheques , ils y sont sans mystere, et bientôt cet ouvrage peut acquérir la même publicité (6 )
que tous ces écrits qui existent sur la F. M .:. Mais celui-ci porte un caractere plus imposant :
c'est un F. regardé comme initié qui parle , il traite d'une Assemblée, qui a existé, il annonce

(1 ) Voy. l'Ouv. du F. d Fascia , p. 236. Car ce n'est une telle Regle peut -on craindre de s'égarer , et peut - on
point assez d'avoir les qualités er le desir de ces, verrus. dire que la Société qui l'a adoptée est une Société de cores
tuprion , de mauvaise foi, de trahison , dangereuse, abo
(2) On ne doit point rougir d'avouer son erreur , le F. minable , qu'il faut dissoudre., Annihiler : Une Société horri
d Fascia l'a dit lui-même: Cujusvis hominis est errare :nul blement mal ordonnée? ( pag. 38. n. 5. ) Vous nous avez
lius , nisiinsipientis, in erroré perseverare. ( Voyez l’Epi vengés d'avance, R. F., des outrages que nous devions re
graphe de son Ouv.). Et cela est plus vrai encore dans les cevoir ; votre belle -ame est peinté dans cer Ecrit, et
choses mystérieuses , autant vaudroit rougir de n'avoir pas lorsque mon coeur étoit froissé et acristé par les Tableaux
deviné àla premiere lecture le mot d'une énigme ou d'un dégoûtans que j'ai trop souvent rencontrés dans l'Ouvrage
logogriphe, et y a -t-il rien qui soit plus énigmatique que du F.i Fascia , j'ai lu vos préceptes, et le calme est sem
la F ... M .:. L'amour propre y est toujours ménage; on peut venu dans mon ame.
dire : on avoit mal énoncé les choses ; par de nouvelles lu
mieres j'ai appris depuis à me convaincre. ( 5) Le F. d Fascia l'a dit lui-même, pag 33. ceux-là ne
meritent pas la confiance de l'O. , et c'est entre leurs mains
( 3 ) Le F. d Fascia étoit en Alsace dans les premiers mois
que cet Ouvrage peut parvenir par des indiscrétions dont
de l'année 1783 , il y a vu des Maçons très-instruits ; on ne peut accuser personne. Et pourquoi faciliter la
j'ai lieu de croire qu'il ne les aura pas vus sans en retirer possession de cet Egrit, si l'on n'avoit pas voulu favoriser
quelque fruit: voila pourquoi je dis qu'il a voyagé utile les indiscrétions ? Ah ! quand son projet auroit, éré de
meni en Alsace ; mais je me trompe sans doute , puisqu'il nous rendre suspects les uns aux autres , de nous séparer
n'a pas arrêté la distribution de son Ouvrage; qui sait de nos FF. il n'auroit pas écrit différemment et pris
même s'il n'y a pas ajouté !
moins de précautions pour répandre son Ouvrage.
( 4) Regle M . . arrêtée, au Convent de ,Wilhelmsbad. - (6 ) On a la certitude aujourd'hui que cer Ouvrage a été
art. IX. S. a. Elle a été rédigée par le R F. Flumine ;avec réimprimé et qu'il circule dans le Commerce,
28

une réforme dans la doctrine ; la Société paroît prendre faveur et s'occuper de connoissances
abstraites ; les Gouvernemens plus ou moins indifférens jusqu'à présent sur cette Institution ,
qui ne s'étoit que trop attiré leurs dédains , croiront peut-être devoir s'en occuper.
Ici se présentent naturellement à l'esprit les dangers auxquels nous sommes exposés , les inquié
tudes que nous pouvons concevoir , sinon pour nous , au moins pour quelques - uns de nos FF .
qui vivent sous des Gouvernemens où le préjugéest encore tel qu'ils sont obligés de se couvrir :
d'un double voile pour cacher leur existence. Je supprime le détail que j'en pourrois faire ,
afin qu'on ne m'accuse. pas de calomnier mon siecle , en le confondant avec ceux où le fana-.
tisme regnoitau milieu de l'ignorance ; mais sans exagérer les choses , on peut dire que notre
tranquillité civile peut être troublée jusqu'à un certain point par la publicité de cet ouvrage ; et
même, quand il ne seroit pas sorti de nos Temples , n'y est-il pas le signal de la division , et la :
discorde ne peut- elle pas régner par lui dans l'asyle de l'amitié et de la paix ?
De tous les coups qui ont été portés à notre 0. , je ne crains pas de le dire , celui-ci est
le plus cruel , le plus funeste , celui qui doit nuire le plus à ses progrès et au développement
des connoissances qui n'appartiennent qu'à l'Institut M .. pris dans une acception générale';
et c'est par la main d'un F. que notre Loi sainte nous commande de chérir, que nous sommes
frappés ! Ah ! j'obéis avec plaisir , et nous obéirons tous à cette loi ; cet effort n'est point pénible
au vrai Maçon ;mais qui viendra nous consoler, qui viendra éclairer tous nos FF . et les désabuser
des préventions qu'il leura inspirées ? Je ne dois pas prétendre à cette gloire , et c'est peut-être
trop présumer de mes for ces que de croire que je puisse répandre la lumiere dans un coin du
cercle où nous sommes placés ; c'est en hésitant que je viens vous faire l'hommage que vous
attendiez de mon zele ; je n'ai point oublié , et je dois vous le rappeller , au moment où vous .
allez prononcer , que c'est d'après cette maxime pleine de sagesse et de vérité que vous devez
apprécier mon travail : chacun aime son sentiment quand il l'a dit ; mais ce qu'on doitestimer est
la parole dite à propos ( Prov. 15.23.)
Je ne crois pas , mes RR . FF , que vous ayiez à rétracter l'opinion qui nous a été
commune , lorsqu'au retour de vos Députés vous avez examiné avec une scrupuleuse
attention s'ils s'étoient conformés aux instructions qu'ils avoient reçues de cette Province. ( 1 )
Si en voyant les résultats du Convent vous vous êtesfélicité de ce qu'on avoit posé des
bases solides pour soutenir l'antique et majestueux édifice M .. c'est parce qu'elles vous parurent
UTILES , et vous ne les jugeates telles qu'en les voyant également JUSTES ET HONNÊTES .
J'ai toujours pensé , et je pense encore aujourd'hui , que toutes les opérations de cette respecta
ble Assemblée , composée de FF . d'un mérite rare ,ne peuvent avoir été dirigées que par des
vues UTILES : présidée successivement par deux Princes , qui ont toutes les vertus propres à
leur titre éminent et à celui de FF. MM .: . , dont il seroit impossible d'entreprendre l'éloge .
sans rester au dessous de ses modeles , comment oser mettre en question si L'HONNÊTE et le
JUSTE se trouvent unis à L'UTILE dans ce qui y a été fait sous leurs auspices et par leur avis ?
Le F. à Fascia a eu ce courage , il s'est déclaré l'ennemi du Convent, des Membres respec-,
tables qui l'ont composé et des opérations qui en sont résultées , et moi , au risque de passer ,
pour un Protagoras , ( 2 ) j'aurai celui d'embrasser la défense de cette respectable Assemblée ,
je viens la justifier du reproche cruel DE N'AVOIR PAS PRATIQUÉ LES VÉRITABLES VERTUS
M .: (3 ) et de n'avoir rien fait D'HONNÊTE , DE JUSTE ET D'UTILE .
Le but que je me propose d'atteindre est si éloigné de l'entrée de la carriere , elle est si
vaste que je dois la diviser : voici la marche que je suivrai.

Je viens de vous laisser entrevoir les conséquences funestes qui peuvent résulter de l'ouvrage
du F. à Fascia ; il faut prouver maintenant qu'il s'est fait illusion sur les objets qu'il a traités ,
en partant d'un principe qui n'a pas une application exacte à la question qui étoit à exa
miner ; mais comme je cherche seulement à vous aider , autant que mes foibles lumieres peuvent
me le permettre, pour juger ce procès à la fois politique et métaphysique , et non pas à imiter
les Protagoras modernes qui cherchent par des argumens subtils à surprendre et à éblouir les
Juges , je dois commencer par vous donner une idée générale de l'ouvrage du Ciceron mo
derne , laquelle rappellera à votre esprit les objets essentiels que le temps qui s'est écoulé peut
avoir effacés ; je vais donc m'occuper à dépouiller cette liasse volumineuse intitulée : De Conventu
generali Latomorum . C'est ce qui formera l'objet du premier Chapitre.
Dans le second je traiterai de l'Institut M .. et c'est en le considérant sous son vrai point
de vue que je chercherai à démontrer , que les principes établis par le F. à Fascia dans sa
premiere partie ne peuvent convenir à une Société mystérieuse : c'est ainsi que je parviendrai
à indiquer sommairement quels sont ceux qui lui sont propres , et d'après lesquels les Maçons
assemblés à Wilhelmsbad ont dû se diriger.
( 1 ) Dans la suite de cet ouvrage, j'aurai occasion de et pour éblouir les Juges dans les causes que l'on plaidoit:
parler des réponses faites par cette Province aux Circu il n'avoit pas honte d'afficher et de publier qu'il en
laires du S. Gr. Sup . et des délibérations qui les ont seignoit les moyens de faire gagner une mauvaise cause.
précédées et suivies. Dans ce moment il suffit d'annoncer Le F. à Fascia a délié la liasse volumineuse intitulée :
que la matiere a'été mûrement examinée long -temps avant Convent généralde W. ( pag. 107. ) et moi je vais comme
Te Convent , et que les Députés ont agi conformément Protagoras relier mon fagot , et prouver aux Démocrites
qux arrêtés de leurs commettans. modernes, que ses différentes branches sont dans un équi
( 2) Protagoras, réduit à gagner sa vie en portant des libre géométrique.
fardeaux , devint Philosophe , parce que Démocrite (3) °Ouv . du F. a Fascia pag. 104. Ce reproche les ren ..
surpris de voir que le fagor qu'il porroit étoit tellement ferme tous. C'est avec la lunerre du myops, qu'il pré
lié, que cette charge de bois étoit dans un équilibre tend qu'on a regardé les FF. qui ont assisté au Convent ::
géométrique , le choisit pour son disciple. Il étoit plu je ne sais trop quel nom donner au verre à travers lequel
idt Sophiste que Philosophe, et s'appliquoit particu le F. d Fascia considere ses FF . et les opérations du Con
Liérement à fournir des argumens subtils pour surprendre vent
29

Ces principes une fois connus , je consacrerai le troisieme Chapitre à examiner à peu près
dans le même Ordre que le F. à Fascia , ce qui a précédé les opérations du Convent , et je prouverai
1º. que ce F. a donné une interprétation forcée et infidelle aux circulaires du S. G. 5.20 Que les
Articles préliminaires ne sont point une contravention à ce qui avoit été proposé ; au contraire 1
qu'ils en sont la conséquence et l'exécution .
Dans le quatrieme Chapitre parcourant rapidement, les principales opérations du Convent ,
je ferai voir qu'elles n'ont pas le caractere que le F. à Fascia leur suppose .
Le cinquieme Chapitre sera le résumé des conséquences qui résulteront de cette discussion ,
que j'abrégerai autant qu'il sera possible ; j'espere alors pouvoir vous proposer de vous réunir
pour concourir à l'exécution des opérations du Convent , parce qu'il en doit résulter le plus
grand bien pour l'Ordre en général, et pour nous en particulier. Or comme le bien eſt toujours
UTILE , il sera démontré que ces opérations sont hoNNÊTES ET JUSTES .
Puisse ce travail rassurer ceux qui auroient pu être alarmés ou ébranlés par l'ouvrage
du F. à Fascia ! Mais si je n'avois pas cet avantage , je ne regretterois point de m'y être
livré avec ce zele que je porterai toujours à ce qui intéresse notre 0., puisque j'aurai eu
une occasion bien précieuse de remplir tous les objets qui sont chers à mon cæur : celui
d'offrir le juste tribut de respect et de reconnoissance que je dois aux ss. Princes qui ont
présidé ces utiles travaux ; de rendre un hommage pur et mérité aux RR . FF . qui y ont
concouru avec un zele digne d'admiration ; enfin , celui de prouver mon respect et mon atta
chement pour un Ordre auquel je dois le seul bien que les hommes ne peuvent me ravir.

CHAPITRE I.

Idée générale de l'Ouvrage du F. A FASCIA .

Homo sapiens tacebit usque ad tempus : lascivus autem


et impredens non servabunt tempus . Ec
cli . 20.7 .

CETTE
ETTE maxime pleine de sagesse et de vérité pourroit servir de réponse à l'ouvrage du
F. à Fascia ; mais vous allez être bientôt convaincu que ce n'est pas dans les Livres Saints
qu'il a essentiellement puisé les principes dont il a fait usage. Nourrir de la lecture des Phi
losophes de l'Antiquité , ou plutôt préférant Ciceron à tous, il a emprunté du Traité des
Offices , les maximes dont il avoit besoin pour servir de base à son opinion. L'ouvrage du
F. à Fascia est en quelque sorte un extrait de Ciceron ; ainfi , c'est après avoir relu ce Traité
du Philosophe Romain que je me suis convaincu que les maximes qu'il en a tirées étoient
sans application à notre objet ; mais ne discourons pas davantage , et commençons à poser
le principe adopté par le F. à Fascia.
« Rien ne peut être utile , s'il n'est honnête ; l'honnête et l'utile sont inhérensà ce qui est
» juste ; l'honnéte , l'utile et le juste ne peuvent être qu'une seule et même chose ; tellement que
» si l'une de ces trois qualités manque , les deux autres ne peuvent exister dans l'objet à exa
» miner ( 1 ).
C'est avec ce principe imposant que notre Auteur croit pouvoir déterminer ce que doit
être la Société M .. pour être bien ordonnée ; il falloit avant tout examiner si ce qui convient
à une Société dont le but est dévoilé, pouvoit s'appliquer à une Société mystérieuse et ca
chée sous le voile ingénieux et salutaire des symboles. Le F. à Fascia décide la question sans
l'examiner ; elle fait partie de la grande Société , c'est- à -dire , que la F. M . :. existe mystérieu
sement au milieu d'elle ; il en conclut avec assurance que lesprincipes sont les mêmes , ets'y
appliquent à plus ou moins de détails. ( pag. 21. ) Je prouverai ailleurs que notre Auteur est en con
tradiction avec lui-même ,et qu'il étoit inutile d'exposer l'origine des sociétés et des loix , parce
qu'il ne s'agissoit pas du progrès de la législation et de la civilisation des hommes , mais
uniquement d'une société mystérieuse qui doit avoir des loix indépendantes de celles que les
conventions humaines ont établies.
Quoi qu'il en soit , ce principe enseigné par Ciceron est la mesure banale dont le F. à Fascia
s'est servi pour apprécier tout ce qui s'est offert à sa discussion , et l'appliquant aux opéra
tions de Wilhelmsbad , il a cru prouver la nécessité de renoncer à beaucoup de ces opérations ; mais
ce qu'il s'est essentiellement proposé, a été d'ouvrir des bouches que la prudence force de rester closes
pour un temps , de déterminer des FF. respectables , dépositaires de secrers qu'ils n'osent avouer , à les
confier à des FF. zélés dignes de leur estime et de leur confiance. ( pag. 6.) Je souhaite pour lui qu'il y
parvienne ; mais le moyen qu'il emploie ne me paroît pas propre à ouvrir des bouches que la
prudence a fermées , et je n'en conclurai pas contre ceux qui se taisent qu'ils ont des secrets qu'ils
n'osent avouer. Je penserai au contraire que c'est parce qu'ils savent discerner quand il est

5.
cipe est contenu dans les pages 17, 18 , 19 ,20 et 21. Il convient pas entendu parler des Regles d'une société mystérieuse.
30

temps de parler et à qui ils doivent parler , et j'attendrai avec patience le temps destiné
pour faire cesser ce silence ( 1 ).
es
Le F. à Fascia prétend que le S. G. S. avoit annoncé par ses circulair que le vrai but
de la M. lui étoit connu , et il veut que la premiere promette la communication la plus intime de
tous les secrets de l'O. La seconde , dit-il , développe avec adresse le mystere caché dans la pre
miere : on y voit les efforts confians avec lesquels on croit pouvoir diriger les esprits vers un sys
tême ſecret qui est encore,derriere le voile et qui cache des connoissances sublimes & consolantes.
( pag . 66 et 67. ) Contradiction dans l'exposé ; car si la premiere cache un mystere , que la
seconde développé en faisant des efforts pour diriger les esprits vers un système secret , ni l'une
ni l'autre n'ont dû en promettre la communication intime; n'importe, le F. à Fascia avoit besoin
de faire contracter cet engagement au S. G. S., et il l'a voulu trouver dans la premiere
circulaire ; il ne se sert de la seconde que pour l'opposer à la premiere , quoique ce soit sur
celle-là encore plus essentiellement que sur la précédente qu'on ait dû s'arrêter.
2 °. Le F. à Fascia veut qu'un Convent soit une assemblée de tous les Maçons généralement
quelconque , et il pense qu'on n'a pu déterminer le but et l'origine de la F .. M .. sans le
concours de tous les systèmes ; aussi le voit-on dans la ferme persuasion que les FF. d'un
autre Régime , et de tous les Régimes , y étoient invités par les deux circulaires du S. G. S. ( 2 ).
! 3º. LeF. à Fascia a voulu prouver que la question sur la filiation de l’O. des T. avoit été mal
discutée , et que la forme adoptée pour y parvenir étoit vicieuse ; il a posé comme un fait cer
tain que la Société avoit un but connu qui étoit le système de restauration de l'Ordre du T.,
et qu'à l'aide d'une opération sourdement préparée , artificieusement présentée , légèrement approuvée
on a supprimé le but sans en indiquer un autre , ou du moins sans le faire connoître à la généralité
des Membres du Convent qui avoient droit de le connoître ( 3 ) .
4 °. Le F. à Fascia , pour démontrer le vice de l'opération essentielle d'où dérivent toutes
les autres , s'est efforcé de prouver que le système qui a prévalu au Convent de Wilhelmsbad
est un système THÉOSOPHIQUE ; mais cette science est étrangere à la constitution de la Société ,
ou du moins elle n'y est pas essentiellement inhérente , et voilà pourquoi on a preféré de la laisser
cachée derriere le voile du mystere. ( pag. 34 , 133. et ſuiv. )
Voilà les points essentiels auxquels s'est fixé le F. à Fascia , et c'est de-là qu'il est parti
pour attaquer les opérations du Convent .
Ainsi l'on peut réduire à ce peu de mots cet ouvrage : les opérations du Convent tiennent
à un système, à des connoissances secretes qui sont renfermées dans le cercle étroit d'un très
petit nombre de FF. Pour juger du mérite des opérations du Convent , il faut nécessairement
- Dans une
connoître ce qui leur a servi de base , autrement c'est prononcer en aveugle .
Société où doit régner l'égalité , c'est y introduire le despotisme , s'il n'y a que quelques Etres
privilégiés ; car il doit nécessairement en résulter que ce petit nombre d'Elus connoissant seul
le vrai but , maîtrisera à son gré le troupeau ; mais comme il est de l'essence d'une Société
bien ordonnée qu'elle ait un but et que ce but soit connu de tous les membres , si on leur
en fait un mystere , c'est comme si . la Société n'avoit point de but. Si ces connoissances
sont réelles et utiles à la Société ; si elles appartiennent à l'institution M .. , elles ne doivent pas
rester secretes pour ceux qui sont parvenus au dernier terme de l'Ordre , A QUI L'ON A FAIT
PAYER LE PRIX des dernieres connoissances EN LEUR ASSURANT que c'étoit le vrai but de
la M .. , parce que suivant le proverbe des Grecs : Amicorum esse omnia communia . Ce sera
un vol fait de la substance d'autrui , puisque ce qui est utile appartient à tout le monde , dès
que celui qui a découvert cette utilité n'en souffre aucun préjudice. C'est Ciceron qui le dit ,
et cette autorité est d'un grand poids sans doute ; mais s'agit-il de connoissances qu'on puisse
comparer à ces choses qui sont communes entre amis ? Quoi qu'il en soit , le F. à Fascia dit
qu'il y a de l'inhumanité à refuser une chose honnête et utile , quand on peut le faire sans
qu'il en coûte rien : Ennius a renfermé ce principe dans un seul exemple.
» Homo qui erranti comiter monftrat viam ,
» Quafi lumen de fuo lumine accendat facit ;
» Nihilominùs ut ipfi luceat , quum illi accenderit.

Cependant les Membres du Convent qui représentoient l'Ordre n'ont pas eu la communi
cation de ce secret qui est le mot de l'énigme de tous les Grades . Ce mystere n'est pas hon
nête , ce qui n'est pas honnête ne peut être juste ; ce qui n'est ni juste ni honnête ne sauroit être
utile ; d'où il résulte qu'il faut ou renoncer aux opérations arrêtées , ou que les bouches que
la prudence force de rester closes, s'ouvrent pour révéler les secrets dont quelques FF. sont dépo
sitaires. Si on persiste à tenir ce but secret , pourquoi avoir supprimé celui qui existoit ?
C'est bien le cas de dire avec Ciceron : Plât au ciel que la République eût conservé son ancienne
forme ; qu'elle ne fût point devenue la proie de ceux qui cherchoient moins à changer qu'à détruire .
Votre science n'est donc pas honnêtc , puisque vous la cachez si soigneusement , elle est par
conséquent contraire à lajustice : Car la science qui est opposée à la justice , est subtilité plutôt

( 1 ) Est racens , qui invenitur sapiens ; et est odibilis , la maniere des Protagoras ; je démontrerai qu'il ne fal
qui procax est ad loquendum . Eccli. 20. 5. loit pas inviter les Maçons de tous les Régimes , et qu'ils
Est tacens non habens sensum loquela , et est facens , ne l'ont pas été en effet.
sciens tempus aptum . Ibid. 20. 6.
Usque in tempus sustinebir pariens , et posted reddirio ( 3 ) Pag: 31 et suivantes . L'Ouvrage du F. à Fascia
Jucundiraris. Ibid. 1. 29. a essentiellement pour objet , de prouver que ce qu'il
(2) Pag. 237. le F.d Fascia a prouvé cette invitation à appelle le but secret, devoit être divulgué en plein Convent.
que
₃ 31

que savoir , et tous ceux qui usent de duplicité sont des méchans , des perfides , des hommes dan
gereux UNE CONDUITE INFECTÉE DE TANT DE VICES NE SAU ROIT ÊTRE UTILE . ( pag.
31 , et 25 aux notes. )
Quelle est la conséquence qui résulte de tout ce que je viens de vous présenter dans un
seul tableau ? C'est dans l'ouvrage du F. à Fascia qu'il faut lire : Qu’une Société qui n'aura
» pas un but bien déterminé , bien connu de ses individus , qui n'aura pas de bonnes loix , con
séquemment n'en aura que de mauvaises ; dont les Agens se conduiront d'après un pen
» chant pour le despotisme , qui ne connoîtra pas les principes fondamentaux qui doivent
» diriger toute Société ; dont les Membres seront désunis par l'ignorance des principes et la
» diversité des caracteres ; une telle Société ne pourra jamais convenir à des personnes raisons
» nables. Par une conséquence impérative elle sera composée d’êtres qui , n'étant pas raison
>>
nables , seront alors le rebut de l'espece humaine ; elle ressemblera donc à ces Sociétés de mal
faisans , malfaiteurs sur lesquels le glaive de la justice est sans cesse suspendu lorsque son fouet
» ne peut les chasser. ( pag : 36. )
Auriez-vous jamais pensé , mes RR. FF.de trouver un pareil tableau dans un ouvrage M :.
et qu'il pût convenir à cette Société ? Eh bien ! à quelques nuances près , le F. à Fascia paroît
convaincu que les opérations du Convent en ont dérangé l'ordre et l'harmonie , au point
que de leur exécution il en résulteroit un assenblage aussi monstrueux .
Ailleurs il dit : „ Si l'on avoit observé ce qui avoit été proposé; si l'on avoit tenu ce qui
» avoit été promis ; si l'on n'avoit pas détruit la confiance , l'amitié, la concorde par des
» re'serves indiscrettes ( 1 ) ; si l'on avoit évité ces conciliabules clandestins et suspects '; si l'on
» avoit mis de l'aménité ; si l'on n'avoit pas regardé ses FF. avec la lunette du myope ;
» enfin si l'on avoit pratique les véritables vertus M .. , la famille n'auroit pas murmuré » . Je
m'arrète , car ce reproche les renferme tous .
Pourquoi tout cet éclat ? parce que le système de restauration de l’O. du T. a été aban
donné , et qu'en suivant à peu près la même route , on paroît se diriger vers des connoissances
d'un ordre plus élevé ; c'est -à -dire , parce que las d'être T. comme on est Cordelier ou Capu
cin , on a enfin reconnu l'absurdité de vouloir rétablir cet Ordre éteint, et l'impossibilité de ren
trer dans ses biens, d'où l'on a conclu avec justesse que le système de restauration n'a aucun
but raisonnable. Parce qu'on est remonté à ce qu'il est constant qu'ont été les T .:. , soit avant leur
fondation , soit pendant leur existence , et qu'il a été démontré qu'ils ont connu la F. M ::
or la réforme qui en est résultée , concilie tout , conserve tous les rapports utiles et n'abandonne
que ce qui est chimérique. Mais ce n'est pas ainsi que le F. à Fascia a voulu voir , il s'est plu
à ridiculiser le système qui a prévalu à Wilhelmsbad , à le présenter comme chimérique et dan
gereux. Sur QUELQUES MOTS LACHÉS au Convent par un F. du Comité des Rituels , le F. a Fascia
se permet d'exposer ainsi la base de ce système; voici le texte du Disciple de Ciceron : LE
MYSTERE dont il est question dans le catéchisme se rapporte à la triple nature de l'homme composé
D’ESPRIT , D'AME ET CORPS...... La M :. a conduit DE TOUT TEMPS PAR LE MYSTERE
DE L'UNION TERNAIRE à un développement des plus grandes lumieres. ( pag. 184 et 1-87 . )
Le F. à Fascia a ouvert l'Encyclopédie , il y a vu que . Paracelse a dit qu'il y a trinité et
unité dans l'homme ainsi que dans Dieu ; il est un en personne , il est triple en essence , il a le
souffle de Dieu ou l'ame , l'esprit sidéré et le corps ( 2 ). Paracelse étoit Theosophe , le F. qui
a parlé au Convent de la triple nature de l'homme a découvert un des caracteres de la Theosophie ;
donc le système qui y a prévalu est en partie Theosophique , et aussi -tôt le F. à Fascia choisie
parmi les Theosophes ce Boehmius qui fut successivement Patre , Cordonnier , et finit par se faire
Theosophe ; il le choisit, parce qu'il a enfanté des rêveries contraires aux principes du Christia
nisme, et que c'est de lui dont Swedemborg a dit : “ C'est un bon homme , il est dommage qu'il ait
„ glissé dans ses écrits quelques erreurs, particulièrement sur la Trinité.(pag. 185. ) » Cette citation
a paru heureuse en ce qu'elle semble justifier ces Maçons très -anciens qui n'ont pu comprendre cette
triple nature de l'homme, ceux qui n'ont pu en saisir la vérité ,nien trouver la preuve dans la pre
miere Epitre de S. Paul aux Theſſaloniciens ( 3 ) . Ce que Swedemborg a dii de Boehmius, on
n'auroit pas osé se le permettre directement contre le F. désigné ; mais tout passe à la faveur
d'une citation , le Lecteur intelligent pénetre le sens de l'Auteur et en fait l'application ; les
esprits superficiels et légers , les esprits sarcasmatiques sur- tout , sourient à cette saillie; les esprits
sages et les ames timorées voient que ce système a pour base une erreur sur LA TRINITÉ :
tous les objets sont remplis , le système est à la fois ridicule , chimérique et dangereux.
Le F. à Fascia a disserté longuement sur tous les systèmes philosophiques , et c'est en se
couvrant du pesant manteau de l'érudition , qu'il a cru se travestir au point de faire penser
qu'il est très -profond dans toutes ces connoissances ; mais tout ce long étalage n'est qu'un
extrait tiré de l'Encyclopédie ; ainsi pour être instruit autant que le F. à Fascia , il faut se
borner à lire les articles Théosophie, Pythagorisme, Piétiste , Philosophie des Chinois, et alors
nous pourrons juger si le système qui a prévalu au Convent est un composé de tous les
systèmes , de maniere que le but de la Maçonnerie n'étant plus de faire de nous des T. , nous
serons des Platonico - Pythagorico -Peripatetico -Paracelsico - Chrétiens.

( 1 ) C'est pour la premiere fois qu'on a qualifié la ré à Fuscia n'avoit que le temps d'extraire l'Encyclopé
serve d'être indiscrente. On ne conçoit pas comment la dis die, et non celui de méditer sur les Livres Saints ; aussi
crétion peut être indiscretie. Voy. le Dict, de l'Acad. il dit ingenument qu'il ne l'a pas fait , et qu'il ne lui est
pas possible d'en sentir toute la valeur. Et quand après
( 2) Pag. 184.Voy .l'Encyclopédie au mor Théosophie. cela , cependant , on se permet d'écrire , ne s'expose-i-on
(3) Pag: 183 , 184 , 204. Il eût mieux valu cher pas à raisonner comme les Protagoras ?
cher dans la Bible que dans l'Encyclopédie ; mais le F.
E
* 32

Le F. à Fascia s'occupe ensuite à rapprocher sous un même point de vue les semences 1
de la doctrine qui se trouvent jetées dans les Actes de W-bad comme dans un champ fertile ;
c'est-là qu'il met à côté des circulaires et du Discours d'ouverture du S. G. S. , ce que le R. F. 1
ab Eremo a dit ; et n'oublions pas que ce ne sont que quelques mots luchés par ce F. , pour
nous servir des expressions du F. à Fascia : l'analyse du Discours de clôture du S. F. à Levné
resurgente termine le tableau critique.
Si lon rapproche et compare les propositions et assertions de ces trois FF. , on voit , dit-il ,
clairement que LEUR SYSTÈME tend à la connoissance du Créateur et de la chose créée.
Nous serons confirmés dans cette idée du but DU SYSTÈME DU F. AB EREMO ( ! ) .
Si nous faisons attention que ce F. a dit que le mot MYSTERE , dont il est question dans
les instructions , se rapporté à la triple nature de l'homme : voilà donc encore l'homme , l'objet
des spéculations. Il est vrai , ajoute-t-il, que le S. F. à Leone resurgente , montre plutôt l'esprit
du Piétisme ( 2 ) ; et aussi-tôt le F. à Fascia nous parle des Piétistes , atin de prévenir d'une
maniere plus forte contre le système qui a prévalu au Convent ; et qui ne seroit pas effrayé
quand on voit que les Schwenckfeldiens ont été mis dans la classe des hérétiques ? qui voudra
tenir dorénavant à la Société M . : . quand on lira dans l'Encyclopédie que les Pićtistes sont
parfaitement indifférens en matiere de Religion ?
C'est ainsi que le F. à Fascia marche à son but : au milieu de cette dissertation , il remar
que qu'on a vu à W-bad un F. rendre le service de porter beaucoup d'exemplaires d'un Livre
intitulé : TABLEAU NATUREL DES RAPPORTS QUI EXISTENT ENTRE DIEU , L'HOMME
ET L'UNIVERS : avec cette épigraphe : Expliquer les choses par l'homme , et non l'homme par
les choses. Cette épigraphe est tirée d'un Livre qui a pour titre : DES ERREURS ET DE
LA VÉRITÉ , OU LES HOMMES RAPPELLÉS AU PRINCIPE UNIVERSEL DE LA
SCIENCE .
Ces deux Livres contiennent une partie des connoissances du système prédominant ; mais
comme le F. à Fascia croit avoir trouvé plusieurs de ces principes dans la Philosophie des Chinois ,
que l'analogie lui paroît très -grande avec ce système ; il faudroit convenir que si c'est la
le véritable but de la M .. , le grand fo , 0 , Tçu , Po-ti Mohanam -yan -chi, Kio -chin -ju et
Chelie - Kiaki étoient F. M .., que Confucius et les Lettrés de la Chine l'étoient , ce qui por
teroit l'origine
de la M .. a plus de 4000 ans . Cela paroit absurde et impossible au F. à Fascia ,
parce que les T. n'existoient pas. Pour admettre que le systême philosophique tient à la M .:,
notre Auteur , grand Formaliste , demande qu'on lui produise des Acles publics en bonne et
due forme , bien authentiques , qui prouvent que la M .. a conduit de tout temps , par le mystere
de l'union TERNAIRE , à un développement des plus grandes lumieres. Prouvez , dit- il , par de
vieux parchemins que la M .:. est un système philosophique, et l'ON ME CHARGE de vous dire
que l'on vous croira ( 3 ).
Jusques-là , comme les Ouvres des Théosophes sont imprimées , que les deux Ouvrages dont
nous venons de rapporter les titres le sont pareillement , ces Rits , ces emblèmes deviennent
inutiles. Le systême prédominant n'a pas besoin d'emblêmes , ils n'y ont pas un rapport essen
tiel , et il sera vrai de dire que la M., ne vient pas de ce système , n'a pas besoin de ce sys
tême; que ce système n'a pas besoin de la NI .. , ne vient pas d'elle. (pag. 190 , 195 , et suiv. )
Pourquoi l'a- t-on introduit dans la F. M .: ? C'est la fureur de dominer , le démon du des
potisme qui possede les initiés et qui les porte à cacher leurs connoissances ( pag 213. ) Il arrive ;
dit notre Auteur , qu'on veut exercer un empire qui échappera , si l'on découvre que la science est
ou étrangere à la constitution de la Société , ou qu'elle n'y est pas essentiellement inhérente , on
préfere de la laisser cachée sous le voile du mystere , etc. etc. ( pag. 34. )
« Cependant, dit le F. à Fascia , on ne peut décider cette question qu'avec la connois
» sance intime de ce système; et puisque bien peu de FF. du Convent en ont eu la com
, munication , il s'ensuit que le Convent n'a pu décider de la validité et de la vérité de ce
» système , et que le jugement du Comité ne peut être appellé le jugement du Convent » .
( pag. 213. ) Ei puisqu'on ne peut décider la question qu'avec la connoissance intime de ce
système , et que le F. à Fascia se plaint de ne pas l'avoir connu , comment a -t-il pu pronon
čer sur ce système ? Ne doit il pas craindre d'avoir imité ses FF. qu'il appelle Protagoras ,
qui éludent lu question dont ils ne peuvent donner la solution , qui substituent adroitement ou mal
adroitement une proposition en place d'une autre , et qui noient dans une mer de mots la proposition
qui étoit la plus simple. Parmi ces Messieurs , il y en a qui raisonnent pour le tourment de la raison :
esprits durs , entétés , opiniâtres , vains jusqu'au ridicule , ignorans ou n'ayant qu'une teinture legere
de la science '; la raison , ni la vérité même , si elle descendoit des cieux , ne pourroient les convertir :
ambitieux à l'excès , ils ont un orgueil insoutenable caché' sous le voile de la modestie et de l'humilité ;
mais comme le moindre souffle agite ce voile , alors on voit à découvert l'hypocrite : en vain , pour répa
rer le désordre , emploient-ils iout l'art de leur métier ; le pere de la Comédie françoise nous a appris
les secrets de cet art. Méfiez -vous donc de cette espece de gens , ils ſont aisés à reconnoitre ; ils parlent

(1 ) Leur système, cela suppose un systême commun , et maniere dont il a prêché cette Mission : s'ils lisent cette
un instant après ce n'est plus leur systême, c'est celui du justification des Operations du Convent , s'ils en pénetrent
F. ab Eremo. Nous verrons bientôt comment le F. à le sens , ils reconnoîtront que nous sommes d'accord ;
Fascia accorde le singulier avec le pluriel. mais que nous ne nous sommes pas entenda. Les querelles
( 2) Pag. 207. 211. Voy. aussi l'Encyclopédie au mot entre FF. sont comme celles entre mari et femme ; ils se
Pieriste. raccommodent , et celui qui les avoir éloignés , a perdu
( 3) L'on me charge de vous dire : et qui a chargé le F. d le fruit de ses peines ; mais le F. a Fascia trouvera des
Fascia de cette commission délicate ! J'ai bien peur pour FF . qui seront toujours prêts à oublier ses e reors ,quand
lui que ceux qui l'ont chargé , ne soient pas contens de la il les aura abjurées lui-même.
33 : $
peu , c'eſt leur grand art. (pag. 146. ) Ce portrait que vous mie voyez tracer avec peine ne ſauroit
ètre celui du F. à Fascia: car on ne dira jamais de lui qu'il parle peu ; vous en cherchez l'original
si c'est à la ressemblance , sûrement vous ne le reconnoîtrez jamais ; mais quoique le F. a Fasciá
nous ait dit qu'il ne vouloit ni peindre ni offenser personne , et que les tableaux qu'il a trace's sont
dans la collection de ceux qu'il copie depuis plus de vingt annees ( i ), nous ne saurions douter que
c'est du R. F. ab Eremo qu'il a entendu parler ; il a eu soin de placer son nom à des choses qui
se rapportent au caractere qu'il a voulu peindre ; et afin qu'on ne pût s'y méprendre , il a affecté
de placer plus d'une fois les lettres initiales de son nom civil : cette distinction n'est que pour
lui; car tous ceux dont il est parlé dans cet ouvrage , n'y sont désignés que par leurs noms
d'Ordre.
« Il est entré dans le plan du F. à Fascia de toutattribuer au F. ab Eremo , et de le présenter com- :
me le ſecret moteur des opérations de W -bad ; et avant de le déclarer il a dit qu'il faudroit fermer les
portes de nos Temples à ces esprits faux , turbulens, novateurs , imposteurs , despotes, hypocrites y ... qui
troubleroient le bonheur d'une association douce , honnête ,bienfaisante , amie de l'humanité. ( pag. 38. )
Dans l'opinion du F. à Fascia, le bonheur de l'association a été troublé, il l'a été par un système;
et nous lisons ensuite ces expressions bien remarquables par l'affectation qui y regne: Je voulois :
borner à ces observations la discussion de cette matiere si importante ; mais ON DESIRE QUE J'AP
PRENNE à mes FF. que les SS. FF. à Victoria et à Leone resurgente étoient INITIÉS DANS LE
SECRET DU SYSTÊME DU F. AB EREMO . ( pag. 125. ) C'est-a - dire que c'étoit le F. ab Eremo
qui avoit porté ce système au Convent , et que les SS . Princes y avoient été initiés par lui; c'est ce
que le F. à Fascia veut faire entendre lorſqu'il dit que pluſieurs FF . ont anticipé l'époque de
Pouverture du Convent au moins de huit jours , ET ON NOUS ASSURE QUE CE N'A PAS ÉTÉ SANS
DESSEIN , et que ce temps a été employé A PLUS D'UN OBJET ...... C'est ainsi que le despotisme
preparoit son trône dans l'Assemblée future. ( pag. 70 et 71. )
Ce n'est point là une interprétation fausse que je donne à ce qu'a dit le F.à Fascia , et je suis
d'autant moins dans le doute à cet égard , que je suis convaincu par la Correspondance qui a
suivi la publication de son Ouvrage , que par-tout on a vu de même; mais je ne rappellerois pas
ces traits généraux qui ont été ensuite particularisés et qui sont devenus personnels au R. F.
ab Eremo, si d'un côté il n'étoit nécessaire de vous faire connoître tout le venin qui est renfermé
dans cet Ecrit , et si de l'autre , il ne m'étoit aisé de venger ce R. F. d'un outrage aussi peu mérité.
Vous lui devez justice , mes RR. FF .; c'est à l'O. entier que le F. à Fascia la dénoncé comme
un esprit faux , turbulent, novateur , imposteur , despore , hypocrite , ambitieux à l'excès, dominé par
un orgueil insoutenable et auteur d'un système chimèrique et dangereux , qui attaque la religion tout
en se couvrant de son voile sacré : oui , vous la lui devez', et votre honneur vous en impose la
loi ; votre silence seroit plus cruel pour lui que les diatribes du F. à Fascia , et vous ne pouvez
souffrir qu'un de vos FF. qui a porté vos vaux et vous'a représenté au Convent, soit accusé par
un autre et soupçonné par un entier ; c'est votre cause même que je viens plaider devant
vous , car c'est à vous qu'on a fait outrage. Le F.à Fascia , avant de se rendre le dénonciateur
d'un Officier principal de cette Province , devoit vous demander particulièrement , si vous
approuviez la conduite qu'il a tenue à Wilhelmsbad ; s'il y avoit toujours agi conformément à
vos vues et d'après ses instructions ; la grande Loge de Lorraine sur-tout ne devoit pas applaudir
à des imputations aussi graves et dénuées de preuves ( 2 ) : alors , les torts que le F. ab Eremo
n'auroit pas cessé d'avoir aux yeux du F. à Fascia , parce que son opinion auroit toujours été
la inêine , n'eussent pas été du moins des torts personnels ; mais ceux de cette Province dont
il fut l'un des représentans ; ce qui est bien différent.
Cette justice , que j'ose provoquer , n'est pas difficile à rendre , ne doit pas être retardée , ni
embarassée par les formes ; vous n'avez point à prononcer contre celui qui a calomnié les
intentions du R. F. ab Eremo , il suffit de publier sa justification , de démentir aux yeux de 1'0 .
les aſſertions du F. à Fascia ; l'opinion fera le reſte .
Je n'interromps qu'en apparence l'analyse que j'ai entreprise , et ce qui paroît une digreffion
n'est en effet que l'esprit de ce que nous voyons dans l'ouvrage du F. à Fascia. Il a voulu
inculper le F. ab Eremo , et il n'a pas vu qu'ilnepouvoit y réuſſir qu'en faisant une injure plus
grave au S. G. S. ; il étoit placé entre deux écueils , et en croyant éviter le premier , il y a été
repouſſé par le second , et s'est brisé contre tous deux .
Pardonnez , S. Prince , si je démontre qu'on vous a fait outrage ; ce n'est pas pour vous charger
des reprochesqu’on a adreſſés au F. ab Eremo; vous êtes à l'abri des soupçons qu'on a voulu ré
pandre sur ce dernier ; mais je dois montrer à quel excès on s'est porté à votre égard pour con
vaincre ceux qui jugent sans prévention qu'il seroit dangereux d'ajouter une foi aveuglé à tout ce
qu'a dit le F. à Fascia. Je vous respecte trop pour me permettre de me déclarer votre Chevalier

(1) Pag : 148. le F. à Fascia nous a dit , il est vrai , pris ,l'opinion d'un seul homme , quelque respectable qu'il
que si quelqu'un avoit la tentation de croire qu'il a voulu soit, n'est que l'opinion d'un seul ; mais un corps doit être
offenser ses FF . il prouveroit que la méchanceté siege dans très-circonspect dans tout ce qu'il fait , sur-tout quand il
son caur , il y a bien de l'adresse à tenir ce langage ; s'agit de flétrir en quelque sorte un de ses pairs. Voilà
mais si ces portraits, il ne les a pas faits d'après nature 5 ce que prescrit l'honnèrcié, et ce n'est pas être consequent
ce qui est vrai, puisqu'il a fallu mettre le nom au bas pour er mesure dans sa conduite , observer le_decorum , que
les reconnoître, pourquoi les avoir tirés de sa collection ? d'approuver aussi légèrement ce qu'un F, a écrit d'la
ne nous laissons pas subjuguer par l'art de l'Ecrivain , à hôte: qu’on examine si cette conduite convient à ceux
force de précaution on se decele , et c'est le cas de rap ur qui Ciceron est une autorité si respectable: il enseigne
peller cetadage si connu : Nimia præcaurio dolus . le contraire, car il nous dit : his enim rebus , quæ tractantur
in vita , modum quemdam et ordinem adhibentes , honestatem
(2) Un Particulier peut avoir été trompé ou s'être més, er deçus conseryabimus. ( Cic. de Of. 1. 1. c. 5 )
E 2
→ 34

vous n'avoneriez peut - être pas mon bras , et vous n'avez pas besoin de mon foible secours pour
confondre vos détracteurs : le silence est la seule arme dont yous devez vous servir , et l'on sait i
ce que ſe silence , dans un Prince , exprime . Si je me permets , dans la suite de cet ouvrage , de
paroître votre vengeur , ce n'est pas pour vous justifier , mais pour défendre plus victorieue :
sement les opérations de ce Convent , lequel a eu le rare avantage de se voir présidé par :
un Heros , qui s'honore encore plus du titre de Chef des Chevaliers de la Foi et de la Religion
Chrétienne.
Le F. à Fascia a fait tous ses efforts pour établir que toutes les connoiffances relatives à l'O.
devoient être développées en plein Convent : le système qui y a prévalu doit démontrer que les
» vraies hiéroglyphes et allégories de la M ..(faisant abstraction de celles qui ne se rapportent qu'à
» l'Histoire de l'Ó . du T. ) sont relatives à des choses , ou , si l'on veut , à des vérités et connoissances
y qui , sans se trouver dans aucun système d'une science quelconque , et sans être du nombre de :
» ces charlataneries trop communes aujourd'hui pour être inconnues , n'en sont que plus conso ,
» lantes , plus sublimes plus
, invariables et plus anciennes que le reste des sciences humaines. »
( pag. 64,191 et 199. ) Telles sont les expressions du S.G. S. dans sa seconde Circulaire : expres, :
sions qu'il a répérées dans son Discours d'ouverture au Convent . Dans la Circulaire , il a ajouté ,
« qu'il ne sauroit dans ce moment en donner d'autres preuves que sa propre conviction ; et
» .j'espere , a -t-il dit, que ceux qui peuvent guider vos recherches avec sûreté , ne manque
» ront pas de le faire. ( ibid . ) » Au Convent le S. G. S. a répété qu'il ne « s'étoit pas engagé de
w.donner d'autres preuves sur la vérité de cette opinion , que sa propre conviction. Si je devois
» vous nommer ici quelques- unesde ces vérités et connoissancessublimes , qui , selon ma convic
» tion , sont renfermées dans la M . :: , j'aurois non - seulement à me reprocher une contradiction >
» puisque je paſſerois les bornes que je me suis prescrites sur cet objet dans ma Circulaire d'invi
» tation, mais je manquerois même peut- étre à des devoirs qui doivent m'être sacrés ; je me flatte
» que beaucoup, j'oserois même dire le plus grand nombre des FF. que j'aila satisfaction de trouver
» ici aſſemblés , comprendront le sens de ce que je viens de dire. Si cependant il s'en trouvoit
» d'autres à qui ma déclaration parût moins claire , j'espere du moins de leur impartialité , qu'ils
» ne la trouveront point injuste , puisqu'elle n'est point en contradiction avec mes engagemens
» antérieurs ; et d'après ces principes vous conviendrez tous , mes FF. , que ce n'eſt pas à moi à
être votre Instructeur » . ( 1. ).
Non , S. F. , cette déclaration n'est point injuste ; vous n'aviez pas pris l'engagement de donner
d'autres preuves de votre opinion , que votre propre conviction ; en nous dirigeant vers un but qui '
peut nous procurer un jour des vérités sublimes et consolantes, vous n'avez pas voulu nous égarer ;
et si vous eussiez pu être notre Instructeur , vous l'auriez été avec plaisir ; mais vous avez craint
de manquer à des devoirs qui doivent vous être sacrés ; et je ne présumerai jamais que ce silence ait
un motif purement humain : je le respecte , et ne crois pas avoir acquis le droit de vous inter
roger ; encore moins celui de dire que vous ne manqueriez pas à ces devoirs que vous avez déclaré
vous être sacrés.
Eh bien ! mes RR . FF. , le F. à Fascia pense bien différemment ; il s'écrie : Est-ce donc ainsi
qu'on tientce qu'on a promis ? Je ne saurois dans ce moment. » Il prétend ensuite insinuer que le
$ .G.S. a fait entrévoir qu'ilse trouvera des personnes qui ne manqueront pas de guider dans les recher
ches, (2 ) etque ce sera sans doute à l'époque du Convent.Ainsi notre Auteur veut que le S. G. S.
ait promis de s'expliquer sans réserve; ets'adreſſant à ce S. Prince ,ilose le sommer de déclarer, sous
le serment de sa probité ,s'il n'avoit pas l'intention loyale de faire participer ses FF. à ces connoissances
consolantes ; s'il n'avoit pas cette sainte intention AVANT QUE DES IMPULSIONS ÉTRANCERES LUI
EUSSENT POUR AINSI DIRE SCELLÉ LES LEVRES. Il ose plus, car IL VOUS PORTE LE DÉFI , MON
PRINCE, DE LE NJER . Mais il eſt des scmmations auxquelles on ne répond que par le silence , des
défis qu'on ne doit pas accepter. Ferdinand n'est pas fait pour en recevoir; et ceux-là sont
du nombre de ceux qu'un Prince dédaigne. Et que n'ose pas le F. à Fascia , sous l'étendard de
l'égalité ! Il faut avoir l'ouvragesous les yeux pour être convaincu que je ne prête rien à l'Auteur,
et que c'est lui-même qui dit : « Est- ce bien là son ouvrage ? ( en parlant du discours du S.G.S. )
» est- ce lui qui parle ? y trouve- t-on sa belle ame ? l'ame généreuse de Ferdinand ? C'est donc lui
» qui , après nous avoir promis de nous développer son opinion , nous a dit qu'on ne doit pas
» attendre qu'il révélera ces secrets importans ? Non , ce n'est pas lui qui parle ; il est incapable
» de manquer à ses promesses. . . O , mes FF. ! voyez combien on a abusé de la facilité du
» S. G. S. , et avec quelle mal-adreſſe on le fait parler ..... » Ailleurs : « Oui, Prince estimable
y ceux qui vous ont insinué , persuadé que vous ne pouviez ni ne deviez être notre instructeur ,
» ignorent les principes du jufte , de l'honnête et de l'utile ; ils ont oublié que vous , en votre
» qualité de notre Supérieur, vous deviez travailler pour notre bien ,pour notre vrai bonheur; et que
ý des vérités consolantes sont de l'essence de ce vrai bonheur ........ N'est - il pas odieux de refuser
» des connoissances , utiles à ceux à qui on les donne , et qu'on peut donner sans éprouver
» le moindre dommage ? N'est il pas contre tous les principes du jufte et de l'honnête de refuser
y des connoiſſances , des vérités certaines, consolantes , sublimes , invariables , qui doivent être

(1 ) Discours d'ouverture du S. G. S. Voy. pag. 201 . borer là mes observations ; mais on desire quc j'apprenne
Ouv. du F. d Fascia . à mes FF. que les S. FF. à Victoria et d Leone Resur
genre étoient initiés dans le secret du système du F. ab
( ) Pag. 67, Ouv, du F. d Fascia. Et il nous dira que Eremo. Voyez ce qu'il a dit contre ce systême , contre les
ce n'est pas le F. ab Eremo qu'il designe , il l'est par tout; gens mystérieux , contre les Novateurs, etcroyez ensuite ,
on se souvient toujours de cette Déclaration qui ne semble si vous pouvez , qu'il n'a pas eu intention de peindre le F.
faite que par complaisance et copire son gre : je voulois ab Eremo.
35
» le but véritable , certain , sublime, invariable de la M. ' . , à ceux auxquels on a assuré qu'on
» leur donnoit le but véritable et invariable de la M .., laquelle faveur on leur a accordé pondere
y metalli , après les inquisitions les plus séveres sur leurs mæurs ,leurs vertus et leur caractere .....
» Voyez , mon Prince , quel mal votre erreur a fait ; votre crédit et votre liaison avec quelques
» uns de vos FF . les ont enchaînés à votre opinion , et vous avez privé le Convent , et l'O. entier ,
» des connoissances qu'il avoit droit d'attendre, votre opinion a arrêté la communication d'autres
>> objets qu'il étoit intéressant de connoître. .... Et si ces vérités dont vous êtes convaincu sont
» consolantes , pourquoi nous dérober un bien auquel vous devez nous faire participer , par
» bonté , par humanité, par justice ? En homme droit et bien intentionné , vous ne pouvez pas
» manquer aux loix sacrées de l'humanité et de la justice ( pag. 108 , 109 , 110 , 111 , 127 , 162 ,
163. )» ..... Arrêtons-nous , c'en est assez , et réduisons ces expressions à leur juste valeur.
Le sens qu'elles présentent n'est pas équivoque. Le S. G. S. a dit le contraire de ce qu'il pensoit;
il n'a été que l'écho de ceux qui lui ont scelle les levres ; ils ne lui ont permis de les ouvrir que
pour parler avec mal adresse. Abiégeons : il a eu la facilité de céder à des impulsions étrangeres , et
ceux qui l'ont persuadé ignorent les principes du juste , de l'honnête ei de l'utile. En un mot , le
F. ab Eremo a dirigé le S. G. S. ; car c'est lui qui a porté le système qui a prévalu au Conventy
1 c'est lui qui a initié le S. F. à Victoria DANS SON SYSTÈME ; il a anticipe l'ouverture du Convent, et
ce n'étoit pas sans dessein , ET CE TEMPS A ÉTÉ EMPLOYÉ A CET OBJET .
Le F. à Fascia sera aisément réfuté sur ce point. Dans ce moment , bornons - nous à observer
qu'il nous a parlé sans cesse de la Regle de l'honnête , du juste et de l'utile ;‫ ر‬mais qu'il ne la suif
pas . En effet , si ceux qui , selon lui , ont insinué au S.G. S. qu'il devoit garder le silence sur
certains objets , ignorent les principes du juste , de l'honnête et de l'utile , celui qui se laisse per
suader , les connoit- il mieux ? S'il les connoît et qu'il cede à des impulsions étrangeres , ce n'eſt
plus qu'un homme foible. Voilà cependant l'idée que le F. à Fascia a voulu nous donner du S.G. S. ;
c'est de ce R. F. dont il parle avec aussi peu de réserve : La plume échappe.... ! je ne deman
derai pas si c'est ainsi qu'on doit parler d'un Prince , ni si cela est fraternel ; mais seulement si
cela est honnète : Toute la Logique du F. à Fascia , ni l'art de Protagoras lui- même , ne parvien
dront jamais à nous le persuader. Or , d'après les principes même de l'Auteur , rien ne pouvant
être utile , s'il n'eſt honnète , et ces deux qualités étant inhérentes à ce qui est juste , il en résulte
que son ouvrage n'étant pas HONNÊTE , N'EST NI JUSTE , NI UTILE . Que sera - t- il donc ? Il est
aisé de le qualifier: je me contente de dire qu'il n'est pas Maçonnique.
Le F. à Fascia sait bien que le S. G. S. n’a cédé à aucunes impulsions étrangeres ; qu'il a agi ,
d'après lui , en suivant les mouvemens de son ceur , en n'écoutant que sa propre conviction ; et
que son silence , dont il ose lui faire un crime , lui est imposé par des devoirs sacrés auxquels il
n'a pu manquer : il a dû y reconnoitre sa belle ame , l'ame généreuse de Ferdinand , qui respecte
ses devoirs , et je suis convaincu , je dis plus , je ne doute pas que le F. à Fascia ne soit du
nombre des FF. qui ont dû comprendre le sens des discours du S. F. à Victoria ; mais , dans le dessein
formé d'attaquer les opérations de W - bad ,en Ecrivain adroit, il a pensé qu'il falloit oublier que
le plus grand nombre des FF . assemblés en Convent connoissoient les choses dont on parloit devant
tous avec une sage réserve, et choisir dans le nombre un F. que l'on pût rendre responsable de
tout ce qu'on vouloit censurer. Le plaisir de critiquer l'a emporté sur le respect et l'exacte justice.
Ceux qui ont desiré que le F. à Fascia apprît à ses FF . , c'est-à- dire , à tout le Peuple Maçon ,
( car on a donné une fi grande publicité à cet ouvrage, qu'il est aujourd'hui connu de tous les
Régimes ) , ceux-là , dis-je , opposés ou prévenus contre tout ce qui n'est pas le système du T.
ont pensé qu'en insinuant, d'une maniere adroite , que les SS. Ff. à Victoria et å Leone resur
genie devoient leurs connoissances M .:. au F. ab Eremo , on diminueroit la confiance qu'on auroit
pu prendre dans tout ce que ces SS . Princes nous ont dit. Le F. à Fascia sait que rien n'est plus
propre à inspirer de la défiance , quede dire que des connoissances, et sur - tout des connoissances 5
abstraites et métaphysiques , viennent de telle ou telle personne : souvent , ou plutôt presque
toujours , on juge des connoissances par la personne ; et comme chacun porte de la personne un
jugement différent , les connoissances perdent de leur prix . Le rang qu’un homme occupe dans la
Société civile est trop souvent la mesure dont on se sert pour évaluer un Maçon , le niveau sacré
a beau assimiler les états ; on sacrifie encore aux, préjugé's populaires ; aux yeux de beaucoup , on
n'est important que par le titre dont on est décoré ; on demande , quel homme est donc celui
qui s'arroge le droit de nous gouverner ? ce n'est point aſſez qu'on leur réponde, c'est un
citoyen vertueux. S'il en imposoit par son rang , on demanderoit : où a -t- il puisé sa science ?
D'un autre côté , on vouloit ridiculiser ce système, le présenter tout à la fois comme chimé
rique et dangereux ; on vouloit se permettre des choses fortes : c'est aiņsi que l'on séduit la
multitude ; il falloit trouver quelqu'un à qui l'on pût adresser ce qu'honnêtement on ne pouvoit
se permettre vis - à-vis des SS . FF. à Victoria et à Leone resurgente; c'eſt bien assez d'avoir été
forcé de présenter le S. G. S. comme un F. qui cede à des impulsions étrangeres , qui consent à
parler avec mal - adreſſe , et qui accorde sa confiance à un F. qui ignore les principes du juste , de
l'honnête et de l'utile. Voilà ,n'en doutons pas, pourquoi on a desiré que le F. à Fascia appellât
le système dont il s'agit le système du F. ab Eremo. Alors c'est- là un esprit faux, turbulent ,
novateur , imposteur , despote, hypocrite, ambitieux à l'excés , dominé par un orgueil insoqtenable ;
auteur d'un système chimérique et dangereux , à l'aide duquel il veut exercer un empire qui échappera ,
si l'on découvre que la science eſt ou étrangereà la constitution de la Société , ou qu'elle n'y est pas
essentiellement inherente , et on préfere de la laiſør cachée derriere le voile.( pag. 34 , 38 et 146.) On
est sûr de réveiller l'amour propre.de tous les Maçons , d'exciter la jalousie ; et dès - lors le
367

systême présenté fût - il démontré excellent , on a rendu suspecte la main qui le vient offrir ,
il sera rejeté , et on a remplison ' objet : le F. à Fascia n'en avoit pas d'autre .
Il me sera bien aisé de prouver que c'est avec cette intention peu fraternelle qu'on a voulu
faire jouer un rôle principal au F. ab Eremo , et qu'il n'a pas porté au Convent un système
particulier auquel ilait initié les SS . FF. 'à Victoria et à Leone resurgente.
D'abord ce que nous lisons dans la seconde Circulaire du S. G. S. annonce queles connoissances
dont il parle sont M .., puisqu'il dit qu'il estassure que les vraies hieroglyphes & les allégories de
la Mi. sont relatives à des choses ou , si l'on veut , à des vérités et cunnoissances sublimes , conso
lantes et invariables. Des connoissances de cette importance sont tenues très-secretès ; elles ne
se communiquent que par la voie d'une initiation quelconque ; elles se donnent toujours ex ore .
Le F. ab Eremo , qui auroit initié les SS. FF . dans son système , n'auroit donc pu le faire que
lorsqu'il s'est rapproché de ces deux Princes ; c'est bien aussi ce que veut faire entendre le,
F. à Fascia ; lorsqu'il dit que ce n'est pas sans dessein que quelques FF. ont anticipé l'époque
de POuverture du Convent pour se rendre à W - bad , on nous assure que ce temps a été employé à
plus d'un objet. ( pag. 70 et 71. ),
Mais à quelle époque le F. ab Eremo a-t-il eu , pour la premiere fois , leprécieux avantage',
que nous lui envions tous , de connoître personnellement ces deux SS . FF . ? Quatre jours avant
Pouverture du Convent , dont une partie a été employée à plusieurs objets , entr'autres à la rédaction
des Articles préliminaires.Or , je le demande , seroit-il bien possible de supposer que dans ce
peu d'instans il ait pu leur donner une connoissance approfondie du système qu'il apportoit au
point qu'ils pussent juger de la vérité , et le favoriser sans craindre de se tromper ? Il est donc
démontré que les SS . FF. le connoissoient d'avance ; le F. ab Eremo ne les a donc pas initiés , et
ce n'est plus le système du F. ab Eremo.
S'il en étoit autrement , comment le S. G. S. auroit - il annoncé dans ses deux Circulaires
des connoissances M '. qui ne sont pas le système du T. , et dans la seconde sur- tout , d'une
maniere plus positive ? Il auroit donc parlé d'une chose qu'il ne connoissoit pas ; et cependant il
auroit assuré qu'il savoit que les vraies hiéroglyphes et allégories de la M. : . étoient relatives à des choses
plus importantes que le système du T. ? Il auroit , dis- je , assuré un fait de cette conséquence
avant de s'être convaincu par lui-même de la vérité de ce qu'il disoit ? Il auroit donc menti à la
face de tout le Peuple Maçon , en disant qu'il en avoit pour preuve sa propre conviction ; et pouvoit- '
il avoir cette conviction , à moins d'être initié ?
Puisqu'il est constant qu'à l'époque de 1781 le S. G. S. avoit par devers lui la connoissance
des choses dont il parloit , il est indécent et injuste de supposer que le F. ab Eremo a dicté
au S. F. à Victoria ce qu'il avoit à dire au Convent ; la conduite qu'il devoit y tenir ne lui
a pas été tracée par ce F., il connoît trop le respect qu'il doit à un Supérieur, à un Prince
éclairé , à un F. instruit , pour se permettre d'entreprendre de le diriger : c'est donc de son
propre fond que le G. S. a tiré ce qu'il a dit ; c'est lui -même qui s'est prescrit des bornes ; 1
il n'a cédé à aucunes impulsions étrangeres , et j'en crois plutôt ce S. Prince qui nous a
dit qu'il manqueroit à des devoirs qui doivent lui être sacrés , que les assertions du F. à Fascia
que je viens de vous démontrer être sans aucun fondement.
Ces réflexions sont trop simples pour ne s'être pas présentées à son esprit , et alors je
m'étonnerois , si je pouvois être étonné de quelque chose après tout ce que je viens d'ex
poser , qu'il se soit permis d'attribuer au F. ab Eremo d'avoir apporté au Convent un
système ; ce systême ou cette opinion sur les rapports que peuvent avoir les hiéroglyphes
et allégories de la M .. avec des choses d'un Ordre supérieur qui ne sont pas le système du T. '
( si c'est une opinion ) pour me servir des expressions du S. G.S., est donc très-improprement
appellé LE SYSTÊME DU F. AB EREMO ; il y a plus , à moins d'être soi-mêmeinitié , peut-on
assurer que le F. ab Eremo y ait été même admis ? On pourra tout au plus le présumer ; car per.
sonne n'a droit de l'interroger ; enfin , en derniere analyse le S. G. S. a le premier parlé
de ce système , ce seroit donc le sien plutôt que celui de tout autre : ne cherchons pas
d'où lui viennent ses connoissar.ces , il nous suffit, en ce moment , de savoir qu'il ne les tient
pas du F. ab Eremo .
D'un autre côté ; de F. à Fascia a ignoré , ou veut ignorer qu'avant le Convent le Pro
vincial de ce ressort a discuté la question , et que par sa réponse à la circulaire du S. G, S. il
a annoncé qu'il adoptoit l'opinion que les symboles et allégories M. se rapportoient à toute
autre chose qu'à l’o . du T .; et cette opinion n'est pas nouvelle à cette Province , on en voit
le germe dans ce qui a été arrêté au Convent National des Gaules tenu à Lyon en 1778 :
d'ailleurs le F. ab Eremo n'a pas été le seul Député de cette Province , il a agi de concert
avec les deux autres Représentans , conformément aux instructions qu'ils en avoient reçues ;
ainsi en favorisant le système annoncé par le S. G. S. ils n'ont pas proposé leur opinion par
ticuliere , mais celle du Corps qu'ils étoient chargés de représenter ; déja vous avez reconnu
qu'ils avoient rempli avec exactitude leur mission , et c'est ce que j'aurai occasion de démontrer
encore mieux dans la suite.
Ce peu d'observations suffit , quant à présent , pour faire connoître que le F. ab Eremo n'a
pas été, et n'a pu être le moteur secret de tout ce qui a été fait et arrêté au Convent ; il
n'est pas possible de se méprendre sur l'intention du F. à Fascia. Je demande à présent si
cela est honnête ? si cela est juste ? et en quoi cela peut être utile ? Vous vous réunirez tous pour
me répondre , à nuire , à troubler le bonheur d'une association douce , honnête , bienfaisante , amis
de l'humanité. ( pag . 38. ) Voilà à quoi cela peut être utile ; mais il sera de votre justice , il est
de devoir rigoureux de ne pas souffrir que celui qui n'a porté que votre væu au Convent
37

soit plus long -temps chargé du fardeau dont le F. à Fascia l'accable ; votre sagesse avisera
aux moyens qu'il convient d’employer pour détromper ceux qui auroient pu se laisser séduire
par l'Ouvrage de ce F. ; vous montrer le bien que vous avez à faire est tout ce que je
dois , et c'est en assurer le succès ; rendre justice au F.ab Eremo , c'est exprimer vos sentimens ;
c'est remplir le devoir sacré de la fraternité, et ce devoir est un plaisir , parce qu'il est employé
à faire triompher la vérité , et à rendre hommage à la vertu.
J'ai parcouru péniblement l'ouvrage du F. à Fascia , j'ai cherché à vous montrer l'esprit
qui l'a dicté , les conséquences funestes qui peuvent en résulter ; j'ai négligé les détails ;
parce que je dois traiter les mêmes objets , et j'aurai atteint le but que je me suis proposé
danis ce Chapitre , quand je vous aurai rappellé succintement les conséquences qui , dans
l'opinion du F. à Fascia , doivent résulter des opérations du Convent de Wilhelmsbad , si elles
ont leur exécution .

NULLUM IGITUR FACTUM EORUM POTEST UTILE ESSE ; QUUM SIT TOT VITIIS INQUINATUM .
( 1 ) Voilà le terrible jugement que le F. à Fascia prononce contre les opérations du Convent ;
pour le prouver , voici , en substance , ce que nous trouvons dans la quatrieme partie de
son Ouvrage .
La premiere circulaire avoit tracé , en dix questions , le tableau des matieres importantes
qu'on devoit traiter dans le Convent ; en rappellant ces questions, le F. à Fascia dit qu'on ne
sauroit en montrer dans les Actes du Convent la solution directe d'après la proposition établie ,
discutée et les voix recueillies. ( 2 ) Aucunes de ces questions n'a donc été traitée , elles sont
cependant très importantes ; et si l'on trouve , dit notre Auteur , des traces de quelques -unes
dans les débats qui s'élevoient, ce n'est qu'accidentellement : c'est ainsi qu'on voit que quelques
privilégiés ont été admis à un système philosophique, qui doit être le but intérieur annoncé
dans la question sous le nº . 5 , leitre a , et qui doit contenir les connoissances annoncées dans
la question sous le même nº , lettre c. ( pag. 234. ).
Voici les conséquences qui , selon le F. à Fascia , résultent de ces omissions .
Premiere conséquence. Le Convent de Wilhelmsbad ayant négligé de faire statuer sur dix
objets principaux , est un Convent imparfait, et il faut un nouveau Convent pour réparer ces
cruelles négligences .
« On se gardera bien de provoquer ce nouveau Convent ; s'il y a des personnes qui res
» semblent aux idoles dont il est dit dans les Livres saints : os habent et non loquentur , ce
» seroient elles alors qui useroient de toute leur adresse pour ne pas faire mettre en déli
» bération des questions qui les eussent forcé de parler, ou qui les eussent gênées dans le plan
» qu'elles s'étoient tracé ; mais comme cette conduite n'est ni juste ni honnête , on ne doit
» pas être étonné si des FF . zélés , et amis dų bien et de la vérité , réclament la décision
» de ces questions . Ce n'est ni dans la finesse ni dans le mensonge que se plaît le vrai Maçon ;
» et toutes les lumieres que doit procurer la science la plus sublime et la plus consolante ,
» ne persuadera jamais à un homme droit qu'il soit permis d'en imposer à son semblable ,
» de lui cacher ce qu'ila droit de voir , de le priver des connoissances qu'il a droit d'avoir. ( 4)
» Cacher à des FF .! à des FF . auxquels on a faiç payer le prix des dernieres connoissances de
» la M.. , à des FF . qui ont toutes les vertus d'un vrai Maçon , OU AU MOINS LES QUALITÉS ET
» LE DESIR DE CES VERTUS , leur cacher des connoissances qui tendent à leur bonheur ! (5 ) Leur
» faire entrevoir dans un avenir incertain l'espérance de les communiquer ! Cela est indigne à
» un honnête homme , indigne à un Maçon ; et si quelqu'un parmi nous étoit capable d'une telle
y conduite , il ne seroit point Maçon , ( pag. 235. et suiv. ) Lupus inter oves ; il s'autireroit la
» malédiction des gens honnètes qui ont eu la bonhommie de lier commerce avec lui.
Ainsi le S. G. S. , le S. F. à Leone resurgente ne sont point Maçons ! Ceux qui dans l'opinion

( 1) C'est l'épigraphe de la quatrieme partie de l'ouv. du la justice est subrilité plutôt que savoir ; mais cela ne dit
F.d Fascia ,elle est tirée de Ciceron de Of. l. 3. c. 14. pas que la science qui de sa nature est confiée secrétement
j'invite le Lecteur à consulter Ciceron , il se convaincra doive être publiée. Êt si nous lisons dans les Livres Saints :
par la lecture des différens chapitres cités , que tous ces la Sagesse enseigne au dehors ; elle fait entendre sa voix
traits détachés sont absolument sans application à la ques dans les places publiques , il n'en résul e pas que la science
tion. LeF. à Fascia n'aime pas les Theosophes, parce que de cette sagesse qui enseigne doive être divulguée, autrement
l'Encyclopédie lui a appris que ceux quiexistent parmi il faudroit imprimer les secrets de la M . :: 'Le F. d Fascia
» nous sont des gens à demi instruits , entêtés de rappor fait le Theosophe sans le savoir , car il trouve dans l'Ecri
» ter aux Saintes Ecritures toute l'érudition ancienne, et gure Sainte ce qui n'y est pas.
» toute la Philosophie nouvelle, qui réduiroient volontiers
» toute connoissance à celle de la Religion , et toute lec ( s) Le F. d Fascia interprete toujours les Livres Saints
» ture aux Livres de l'ancien et du nouveau Testa d'après les principes de Ciceron , et de ce qu'il est dit dans
» ment » ; mais le F. d Fascia les imite , car il voit dans l'Ecclésiastique : Si la Sagesse demeure cachée, et que le
Ciceron tous ce qui n'y est pas , et rien de ce qui y est. trésor ne soit pas visible , quel fruit tirera - t - on de l'un en de
C'est -à -dire, qu'il y voir les principes d'une Société myste l'autre ? Il en conclut que ceux qui ont payé le prix des
rieuse , tandis qu'il parle des Regles de conduite dans la dernieres connoissances M .: c'est-à -dire, qui sont T..
grande Société humaine; ce qui ne peut se comparer ; ont droit d'avoir cette communication ; mais si on vous a
voilà ce que je demontrerai dans le Chapitre suivant. fait payer un titre qui vous donne droit d'y prétendre ,
Ce te erreur a entraîné toutes les conséquences que le F. lorsque vous aurez prouvé que vous avez toutes les vertus
Fascia a déduites d'un principe vrai , mais sans application. d'un vrai Maçon , et non pas seulement les qualités et le
( 2) Voyez pag. 332. et ſuivantes , où ces questions sont desir de ces vertus , et si on vous donne ensuite ces con
rappellées. noissances gratuitement, on ne vous a pas trompé. Et puis
que le F. d Fascia nous a fait ouvrir l’Ecclésiastique , nous
( 3 ) Cela est vrai ; mais se caire est -ce en imposer ? lui répérerons ce que nous avons dit en commençant ce
(4) Voy. pag. 236. O du F. à Fascia aux Notes. Chap : L'Homme sage se tiendra jusqu'd un certain temps
C'est la question à examiner ; le F. à Fascia la décide dans le silence ; mais l'hommeléger et imprudent n'obserne
avec Ciceron , qui dit que la Science qui est opposes at yera point les temps ,
38

du F. à Fascia ont connoissance de ce système et ne l'ont pas publié , méritent la malédiction


des gens honnêtes ! C'est d'eux qu'on dira , vos pas ont souillé le parvis du Temple ; et s'ils y
étoient entrés , à l'exemple de l'Homme-Dieu , on les en chassera , comme il chassa du Temple ceux
qui y vendoient et achetoient : peut -on profaner à ce point les Livres saints , et se permettre de
pareilles injures , car c'est le mot ?
Håtons-nous de sortir de cet examen , le cæur souffre trop . Le F. à Fascia dit ensuite que
Pon avoit annoncé dans la premiere circulaire le desir de voir les FF . d'un autre Régime
participer à notre entreprise , c'étoit les inviter , et la seconde circulaire confirme cette invi
tation ; néanmoins quelques jours avant l'ouverture du Convent QUELQUES FF . reglent des
articles préliminaires , par lesquels ils excluent de l'Assemblée les M .. d'un autre Régime. De- là
le renvoi honteux du Député du et mere L.de la Croissante aux trois Clefs de Ratisbonne ;
le refus au F. à Capite Galeato de représenter la L. des Amis réunis . Est-ce avec une pareille
conduite qu'on parvient à réunir tous les systèmes de la M . :: ?
Le but de l'Assemblée étoit de résoudre les questions et doutes sur l'origine , la filiation et la
dénomination de l'O . , et tourner ses regards vers son essence ; c'étoit le premier objet des délibé
rations ; or en excluant les FF. des autres systèmes , on se privoit des lumieres qui auroient
pu résoudre les questions , etc. La seconde conséquence est donc que le Convent n'a fait ni ce
qu'il a pu , ni ce qu'il a dû pour parvenir à la découverte de l'origine de l'O . , de son but , de son
essence .
. Le F. à Fascia attaque les opérations du Convent dans leur essence même ; c'est -à-dire, qu'il
soutient que c'est une loi injuste que celle qui a été faite avant l'ouverture du Convent , pat
laquelle on a dit que le Chef d'une Province auroit une voix , mais que sa Province entiere n'en
auroit que deux.
Cette question a été discutée par le F. à Fascia sous trois formes différentes ; elle se réduit à pré
tendre que les Députés devoient avoir entr'eux autant de voix que le Corps qu'ils représentoient
avoit d'individus ; ainsi , par exemple , le Député d'un Corps qui auroit vingt Chevaliers , sa voix
seroit compté pour vingt; tandis que celle de celui qui en auroit quarante , seroit évalué par le
nombre des commettans; autrement , dit le F. à Fascia, il en résulte que celui qui ne représenteroit
que vingt Chevaliers , auroit autant de prépondérance que celui qui en représenteroit cent , ce
qui répugne à la justice . De-là cette troisieme conséquence : tout ce qui a été fait conformément
à cette loi vicieuse en elle-même, loi qui blesse tous les principes de la justice et de l'hon
nêteté , ne peut avoir d'exécution , ne peut mêine pas être confirmé, parce qu'il est infecté d'un
vice radical, dont il est impossible d'effacer l'empreinte ; c'est comme s'il n'y avoit pas eu de
délibération . ( 1 )
Résumant ensuite les trois conséquences qui dérivent des principes , le F. à Fascia nous dit :
1 °. Le Convent de Wilhelmsbad est un Convent imparfait, pour n'avoir pas statué sur dix
questions importantes annoncées dans les circulaires.
2 °. Le Convent n'a fait ni ce qu'il a pu , ni ce qu'il a dû pour parvenir à la découverte de
l'origine de l'O . et de son but.
3 °. Les arrêtés de ce Convent sont infectés d'un vice radical.
Ne nous fatiguons pas à parcourir avec le F. à Fascia le champ vaste qu’offrent les Actes
du Convent , les idées subsequentes se présentent naturellement à l'esprit , et en peu de mots
on peut rendre sa pensée : on a eu pour but principal de faire tomber le système des T .; prendre
des voies aussi tortueuses, c'est ( dit fraternellement notre auteur ) se jouer de la bonhommie ;
de la confiance de ceux qui ont envoyé des Députe's au Convent ; c'est faire perdre le temps aut
mandataires ET VOLER L'ARGENT DES MANDANS ( Pag. 247. ) Enfin on avoit assemblé l’O .
le plus respectable ; les Députés étoient censés les plus instruits et les plus integres . Cepen
dant on tenoit des Comités secrets , on confioit à deux personnes des lettres qu'on ne vouloit
.

pas confier à toute l'Assemblée ; on racontoit à un Comité des faits dont on ne vouloit pas
donner la communication à un Conrent assemblé pour tout voir et tout connoître . N'en
conclurra -t-on pas que la confiance et la concorde étoient bannies de cette Assemblée qui 2
devoit être respectable .
Si la confiance et la concorde n'ont pu régner dans une Assemblée composée de l'élite du
Corps de la M . : . réunie , n'en doit - on pas conclure qu'il est impossible qu'elles regnent dans
le Corps même , et par une conséquence finale , QU'IL N'Y A PAS DE SOCIÉTÉ PLUS MAL
ORDONNÉE ? ( Pag 252.)
Parvenu à cette affligeante conséquence , on est convaincu que ce n'est pas en vain que le
F. à Fascia a tracé le tableau hideux de tous les vices d'une société mal ordonnée , et si nous
voulons connoître ce qu'est la Société M . : . au sortir du Convent , reinontons à la premiere partie
de l'Ouvrage analysé , nous y lirons que c'est une Société où regne le despotisme, où l'ignorance
croupit dans la fange; une Société de mauvaise foi , de trahison ; une Société dangereuse , abomi
nable ; et pour ajouter au Tableau comme si ce n'eût pas été assez , l'auteur cite ce srait de
Ciceron : DE LA RÉSULTENT LES ASSASSINATS , LES EMPOISONNEMENS , LES TESTAMENS
SUPPOSÉS, LE BRIGANDAGE , LE PÉCULAT , LA RUINE ET L'OPPRESSION DES CITOYENS ET
DES ALLIÉS , CES ÉLÉVATIONS REVOLTANTES .... ENFIN L'AMBITION DE DOMINER DANS
UN ÉTAT LIBRE. , CE QUI EST LE CRIME LE PLUS ATROCE. La Société M . :: est une Société

( 1 ) Pag. 29 , 30 , 31 , 90 , 91 , 92, 93 , 94 , 95 , 96, 97 , lisez bien attentivement les pages que je viens d'indiquer,et
239 , 240 et 241. Il sera bien aisé de prouver que ce n'est-lá vous verrez si cela est juste , si mâme cela seroit possible.
qu'un sophisme qui peut trouver d'abord des partisans. Re 1 - Voy . le Chap: 3. de cet ouvrage , art . des préliminaires.
que
39

que le Convent a rendu ténébreuse, infame , qui sera le rebut de l'espece humaine ; elle ressemblera
à ces Sociétés de malfaisans, malfaiteurs , sur lesquels le glaive de la justice est sans cesse sus
pendu, lorsque son fouet ne peutles chasser ! Société horriblement , indignement ordonnée ; Société
qui n'a pas de bonnes loix . Societé dangereuse , abominable , qu'il faut dissoudre , qu'il faut anéantir,
annihiler ! ( pag . 34. 35. et 36. )
Tel est , mes RR. FF . ! le triste , et malheureusement trop véritable résultat de l'ouvrage
du F. à Fascia ; il ne craint pas de nous dire que c'est le vrai tableau des opérations de ce
Convent si desiré , et qui a tant fait de bruit avant sa naissance ; après cela il s'écrie : n'eûl -il
pas mieux valu qu'il n'eût pas existe ? Et nous aussi , le cœur navré de la plus juste douleur ,
nous dirons : ne vaudroit -il pas mieux que cet affreux tableau n'existát pas ? Il est donc vrai ;
et il ne nous est plus permis d'en douter après une production conçue à la hâte par l'orgueil ,
et enfantée avec tant de précipitation , qu'il y a des Maçons qui ne sont que des hommes bien ordi
naires , qui ne sont pas même des hommes comme il y en a tant qui n'ont jamais mis le pied dans
le temple M ..? ( pag. 252. Ibid .) ..... Mais arrêtons-nous !
Voilà les maux qui nous accablent , la honte dont nous sommes couverts ; et c'est par la
main d'un F. ! d'un F. qui , dans la Société civile , tient la balance de la justice, et remplit
l'honorable et périlleux emploi de prononcer sur le sort des foibles mortels ! qui ne croira
qu'en jugeant ses FF. il a apporté la même exactitude et la même impartialité qui le dis
tinguent au milieu des Aristides, parmi lesquels il siege dans un des Sénats de la France ? Le
niveau M . : . seroit -il donc différent de celui de la justice ?
Mais à tant de maux n'est- il point de remedes ? Le F. à Fascia propose pour enlever les taches
qui terniroient la gloire du Convent de W - bad , de convoquer un nouveau Convent général
de tous les Maçons généralement quelconques : c'est l'objet de ses veux les plus ardens.
Voilà donc la circulaire du F. à Fascia pour former une confédération ! Voilà donc pourquoi
cet écrit a été publié sans réserve ; ces quatre cens exemplaires sont sans doute pour les
Maçons généralement quelconques qu'il appelle à ce nouveau Convent ! Qui ne prendroit cet
écrit pour le manifeste d'un ennemi implacable plutôt que pour une instruction pastorale et
fraternelle ? Un nouveau Convent ! Ah ! fût-il aussi nécessaire qu'il l'est peu , le F. à Fascia ,
en le provoquant , l'a rendu impossible. Et qui voudroit aller d'un bout de l'Europe à l'au
tre pour s'exposer à se voir impitoyablement déchiré par un Ecrivain véhément qui seroit
l'écho trop facile de quelques mécontens ? Qui voudroit lutter avec le F. à Fascia , assistant
en personne à ce Convent dont il auroit été le principal moteur ? Faut - il douter que soit
qu'on y confirmåt ce qui a été fait dans le Convent de Wilhelmsbad , soit qu'on y adoptât
d'autres idées , il ne se trouvat des gens aussi qui critiqueroient ? Qu'est- ce donc qu'on pourroit
y gagner ? Ces bouches que la prudence a fermées parviendroit -on à les ouvrir? Ainsi c'est
proposer une chose inutile et impossible ; ceux -mêmes dont le 7. à Fascia a le plus caressé
l'amour propre , trembleroient d'éprouver à leur tour le même sort que les FF. qui ont été si
cruellement et si injustement dénoncés comme des esprits dangereux. Il faudra même que le
souvenir de l'ouvrage du F. à Fascia soit entiérement perdu , pour que quelqu'un ait le témén
raire courage d'aller exposer sa tranquillité à un Convent . Un nouveau Convent ! Les fonds
des pourroient-ils y fournir ? Combien de temps ne s'écouleroit- il pas avant qu'on pût
rassembler tous les Maçons généralement quelconques ? et s'il manquoit des Députés d'un seul
Régime , ne seroit-on pas encore fondé à dire que le nouveau Convent a été imparfait ?
Mais qui auroit le droit de les convoquer réguliérement , ces Maçons de tous les Régimes ?
Voudroient-ils y venir à cette Assemblée ? Une sommation à la porte du Convent équivaudroit- elle
à leur présence , et ne formeroient- ils pas opposition à ce jugement rendu par défaut ? Mais
pendant cet interim dont la durée seroit longue , sur quel plan travailleroit -on ?
Les Ouvriers rebutés par l'attente se lasseroient d'errer au milieu des décombres ; n'osant
mettre une pierre à l'édifice , ils abandonneroient l'ouvrage commencé , et le Temple déserté
resteroit à ses fondemens ; on ne verroit plus dans les différentes enceintes ce peuple nom
breux qui s'y rassembloit , les vrais Lévites se retireroient dans le Sanctuaire , comme ils firent
lorsque les ouvriers , au lieu de bâtir un Temple sacré , éleverent une Tour , justement appellée
Babel ou Confusion , et qu'ils y virent leur langage se corrompre ; nous retomberions alors
dans la captivité d'où nous avons été tirés , jusqu'à ce qu'un nouveau Zorobabel vint découvrir
les fondemens du Temple , et y rétablir enfin le culte et les sacrifices ordinaires.
Il suffit presque d'avoir analysé l'ouvrage du F. à Fascia pour vous convaincre que si l'amour
du bien a été le motif de l'Auteur , il s'est trompé sur les moyens; il a fait des tableaux trop ré
voltans pour être vrais ; les objets qu'il a peints , il les a vus de trop loin pour les avoir
bien jugés ; et ilme semble qu'il faut avoir bien de l'amour propre , pour ne pas dire de l'orgueil
et de la témérité , pour imaginer qu'on a seul apperçu les choses sous leur véritable point
de vue. Je demanderai, cela est -il prudent ? car la prudence , la force et la temperance ,
ainsi que la justice sont les quatre sources d'où dérive l'honnêteté : c'est Ciceron qui nous
l'apprend ( 1 ) . Si cela n'est pas prudent , on peut donc mettre en question si cet écrit
d'un F. est honnête ? Nous avons trop démontré qu'il ne l'est pas ; or comme l'honnête , l'utile
et le juste ne sont qu'une même chose , il nous suffit que l'une des trois qualités manque ,
pour assurer que les deux autres n'existent pas dans l'objet à examiner.

(1) Cic. de Of. I. 1.c. $. Sed omne , quod honestum est , fide ; aut in animi excelsi atque invicti magnitudine ac ro
id quatuor parrium oritur ex aliqua : qui enim in perspicien bore ; aut in omnium , quæ fiunt , quæque dicuntur, ordine
ria veri, solerriaque versarur ; aut in hominum societate: et modo , in quo inest modestia u temperanria .
quenda , tribuendoque suum cuique, in rerum contractarum
F
40 "
Mais ce ne seroit point assez d'avoir démontré par les propres principes du F. à Fascia
que son ouvrage manque par l'honnêteté , blesse la justice et ne présente aucune utilité'; il faut
maintenant prouver que les opérations de w -bad'doivent par leur sage exécution procurer
le plus grand bien de l'O . en général et des Membres en particulier.
Le tableau que je vais mettre sous vos yeux sera plus satisfaisant ; quelquefois encore je
serai forcé de l'obscurcir et de broyer sur ma palette les couleurs dont s'est servi le F. à
Fascia , mais ce sera pour les effacer entiérement. Si je détache quelques parties du grand
tableau que je viens de réduire , c'est afin que vous puissiez comparer et juger en connois
sance de cause ; mais ne me blàmez point si quelquefois je repousse avec force sur le F. å
Fascia les traits qu'il nous a lancés : je me sers de ses armes , parce que je ne saurois pas en
forger moi -même de cette trempe .

CHAPITRE I I.

§ . I. Dela F:. M .. considérée commeprovenant d'un Ordre essentiel etmysté


rieux ; l'Institut M:. est devenu mixte ; c'est - à -dire , qu'il est à la fois Ordré

quant à son but , et Société conventionnelle dans sa forme ex


térieure : un tel Institut ne peut étre assimilé à aucune des Société's connues ;
principes qui lui conviennent pour atteindre à son but.
2

Quem ex his elege:o , germinabit virga ejus : et cohibebo à me


que. imonias filiorum Israel , quibus contraNuvos murmurant.
m. 17. 5 .

On veut toujours comparer la F : M :. à toutes les Sociétés particulieres dont le but n'est
pas mysterieux ; on veut que ce qui nous est connu soit le nec plus ultrà , ou que s'il y a quelque
chose de plus , le titre seul de Membre de l'Ordre Intérieur donne le droit d'en obtenir la
communication. Il n'est donc pas étonnant que ceux qui jugent de l'Institut M . :: d'après ces
principes , soient dans l'erreur ; tous les Maçons qui sont appellés dans le Temple se croient des
Lévites et pensent avoir un droit égal au Sacerdoce. Les murmures ne s'appaiseront donc jamais ,
et c'est vainement qu'on dirà avec l'Ecclésiaste : Tempus scindendi , et tempus consuendi : tempus
tacendi , et tempus loquendi : ( Eccl. 3. 7. ) ce langage ne plaira pas et ne sera point écouté . Pour
moi qui le crois juste , je ne me suis jamais plaint du mystere dont on a usé et dont on use encore
à mon égard ; et je suivrai roujours le conseil d'un ancien Philosophe , parce quxl me paroîr infi
niment sage : * Souviens-toi , dit-il, de te comporter dans la vie , comme dans un feftin. On
» avance un plat vers toi: étends la main et prends- en modestement . L'éloigne-t-on ? ne le
retiens point ; s'il ne vient pas de ton côté , ne fais pas paroître au loin ton desir , mais
» attends patiemment qu'on l'approche » . ( Man . d'Epictete. )
J'ai dit en commençant que je considérerois l'Institut M .: sous un autre point de vue que
le F. à Fascia , et que je prouverois que les principes établis dans sa premiere partie ' ne
peuvent convenir à une Société toute mystérieuse : la F :. M '. n'est selon lui qu'une Société
conventionnelle laquelle doit son existence aux T. qui échapperent à la persécution ,et qui l'éta
blirent dans l'unique objet de perpétuer leur Ordre ; je considere cet Institut bien différemment
tout atteste qu'il est dérivé d'un Ordre essentiel et mystérieux ; Ordre qui doit néceſſairement
exister encore ; mais ce qui a jeté dans l'erreur , c'est que cet Institut est mixte aujourd'hui, de
maniere que son but étant le même , son essence n'ayant point changé , ilest cependant devenu
conventionnel dans sa forme extérieure. Essayons de répandre quelque clarté sur cet objet'; it
ést digne de l'attention des M. " . Les idées que je vais présenter ne seront pas nouvelles pour
vous , etje devrois peut- être me contenter de remettre sous vos yeux ce que vous en arez dit
vous – mêmes , lorsque vous répondîtes à la Circulaire du S. G. S.; inais je préfere dans ce
moment de poublier en quelque sorte , et de traiter cette queſtion comme si vous ne vous
en étiez jamais occupés ; si je parviens au même but vers lequel vousvous êtes dirigés , ce sera
1 une preuve que mon opinion est préférable à celle du F. à Fascia ( 1 )
Pour procéder avec ordre et méthode , il faut néceſſairement chercher par les termes connus
à deviner l'inconnu 3 - ét nous en avons assez pour nous.flarter que ce problème ne restera pas
sans solution , j'ose même mepromettre qu'elle sera satisfaisante.
Il ne faut qu'uneattention médiocre pour reconnoître que la F.M . : . n'est pas , comme plusieurs
te pensent', une Institution purement conventionnelle , qu'elle tient au contraire à quelque chose
de réel et de vraiment essentiel pour l'homme ; tout indique qu'elle a été dégradée et altérée

(c) Je laisse aux Maçons instruits et à ceux qui song souhaiterois pour leur bonheur qu'ils se fussent qompes
impartiaux , à juger si je me suis trompé ; mais dans le aussi heureusement et aussi utilement que moi je crois:
cas ou je me serois fait illusion , itla trouveront peut - être qu'alors nous serions bien près du but auquel tous les
heureuse ; elle ſera sans doute déd ée par d'autres , et Maçons doivent tendre.
j'en suis tout consolé ; j'ose cependant leur dire que je
41

par ceux qui , faute de l'avoir bien connue , l'ont employée à divers buts et à des systèmes parti
culiers ; c'est en ce sens qu'elle est devenue conventionnelle , sans pour cela que son essence ait
pu être changée. On voit des opinions diverses ; mais les emblèmes sont toujours essentiellement
les mêmes ; dès lors on est porté à croire que ce sont autant de branches séparées d'un même
tronc , qui , transplantées dans un sol mal préparé , produisent des fruits dangereux ou inu
tiles , suivant la culture qu'elles y reçoivent; mais en cultivant ces branches avec plus de soin ,
on peut quelque jour découvrir l'arbre précieux d'où elles ont été détachées , en cueillir quels
ques rameaux pour les enter de nouveau afin d'en obtenir des fruits plus salutaires.

§ . II . La Bienfaiſance n'est qu'un but accessoire de la F .:. M :.

Il n'est que trop vrai que la F .: . M :. est une Institution qui s'est dégradée et altérée à mesure
que ses Sectateurs l'ont employée à différens buts et à la propagation de quelques systèmes parti
culiers. On a cru , on croit , et l'on croira peut-être encore long -temps que la Bienfaisance est
l'unique but de l'Association M .., parce qu'elle a jeté au hasard quelques actes de Bienfaisance qui
se perdoient presque aussi-tôt dans la nuit de l'oubli ( pag. 48. ) Mais le F. à Fascia a prouvélui-même
que la Société n'a jamais rempli ce but ; en effet , on la voit encore , dans tel Régime , dissiper
en fetes somptueuses et en plaisirs frivoles des sommes que les besoins pressans des malheureux
réclament vainement à la porte de ces Temples , sur le frontispice desquels on a gravé le
nom sacré de la Bienfaisance; la voix foible et gémissante du pauvre s'y confond dans leurs
concerts , et n'est plus entendue par ces amis de l'humanité qui insultent à la misere ; et fi , dans
l'Ordre M .., il est des Loges et des qui commencent à s'occuper du soin de former des
établissemens utiles et permanens , combien de temps ne leur faudra -t- il pas , avant de pouvoir
parvenir à diriger la généralité de l'Ordre et les divers Régimes , à une bienfaisance active
et universelle.
A peine ont-ils pu jusqu'à présent parvenir à procurer quelques soulagemens à l'humanité
souffrante , et la Bienfaisance restreinte à ce seul objet , n'a encore été exercée qu'imparfai
tement par les Maçons , à des époques très-éloignées, et dans un petit nombre de Loges. Elle
ne l'a pas été dans sa plénitude , et jamais elle ne pourra l'être ; il en faut donc conclure que
quelque important qu'il soit , de donner dans la M .: une base constante à la pratique de
cette vertu , elle ne peut être l'unique but de notre Institution.
Il y a plus , cette espece de Bienfaisance ne sauroit être appliquable qu'à ceux qui sont étrangers
à l'Institution , et cependant la M .:. admet dans son sein des hommes qui ne peuvent pas con
courir aux Bienfaits ; ceux- là souffriront d'être des Membres inutiles , et seront humiliés de
porter un titre dont ils ne pourront remplir que très - imparfaitement les obligations, étant
eux -mêmes exposés par leurs besoins personnels à détourner la source qui devoit se répandre
hors de l'enceinte Ñ :. : il est donc certain que si la Bienfaisance envers les indigens étoit
le vrai but de la M .. , les biens de la fortune seroient le principal titre pour être admis au
nombre des FF . , ce seroit celui -là d'abord qu'il faudroit vérifier ; et les hauts Grades , ne
devant plus être que l'obligation d'accroître ses bienfaits , ne prescriroient d'autres devoirs
que celui de donnerdavantage, et n’exigeroient d'autre épreuve que celle d'une plus grande
richesse ; telles seroient donc dans ce système les vraies gradations de la M :.
Non , mes RR. FF . , il n'en est pas ainsi . Il faut , pour être Maçon , d'autres titres et d'autres
épreuves ; et si l'on veut que la Bienfaisance soit le vrai but de l'O . , il faut alors donner à ce mot
un sens plus étendu ; il faut que les richesses nécessaires pour s'élever dans les hauts Grades
soient d'une autre nature que les trésors de la fortune ; la Bienfaisance de chaque F. , à pro
portion de ses progrès vers le but de l'O. , doit pouvoir s'étendre plus ou moins sur tous les
Membres mêmes de la Société , et être telle qu'elle puisse s'appliquer à tous les besoins dont
l'homme est susceptible ; ou cette Société ainsi composée deviendroit inutile , et c'est ' d'elle
qu'on pourroit dire : Société mal ordonnée.
Il est donc vrai que la Bienfaisance , telle qu'on l'entend , n'est qu'un but accessoire , et
ces allégories , ces emblêmes sont les instructions bienfaisantes que l'Institution donne à ceux
qu'elle reçoit dans son sein ; s'ils étoient des signes muets , ou n'étoient susceptibles que d'une
interprétation relative à l'O. du T. , je demanderois pourquoi on recommande avec tant de
soin au Maçon de les méditer? Une Société qui ne veụt que soulager l'humanité auroit-elle besoin ,
pour atteindre à ce but , de se réunir dans un Temple quine renferme que des emblèmes ? ( 1 )
Voilà un premier terme du problème; nous parviendrons à trouver les autres en décomposant
en quelque sorte l'Institution M ..

(1 ) Cela est sivrai, que nous voyons une multitude d'éta nement. Pour faire du bien aux hommes , est - il besoin de
blissemens de bienfaisance, et il n'en est point qui ait ima mettre en usage des moyens de cette nature ? quand on ne
giné d'employer des emblèmes ; ni de donner une forme veut que rassembler des secours pour les verser sựr l'indi
mystérieuse à ses cérémonies ;cependant ils existent publi gent , on formeun bureau de charité , et on ne s'occupe que
quement, semplissent leur but sous l'autorité du Gouver . de cet objet.

F.
42. * .

6. III La Ti . Mi. , objet des spéculations et des recherches des MM : ., indique


que ſon but est essentiel.

Il ne faudroit d'autre preuve de ce que je viens de dire que les différentes faces sous lesquelles
les zélateurs de l'O . M.:ont présenté cette Institution ; le tableau qu'en a tracé le F. à Fascia
est vrai, et nous avons tant de plaisir à nous trouver d'accord avec lui en quelques points, que
nous nous servirons de ses expressions pour rendre nos idées : « Les uns y virent , dit notre
» Auteur , des sciences abstraites, d'autres une science morale ; ceux- ci des vérités historiques,
» ceux -là un mélange d'histoire et de science : enfin il n'y a point de connoissances au physique,
» au moral ,utiles ou absurdes , qui ne soient devenues l'objet de la spéculation & des recherches
» du Peuple Macon .
» L'origine de la M : .a été l'objet des recherches les plus sérieuses , et chacun la posée suivant
y le calcul qu’exigeoit son systême. Le lieu où elle a pris naissance a de même occupé ceux qui ont
» fait une étude un peu réfléchie de la M : ; on en a recherchéles traces en Asie et en Afrique,
» dans les pays tempérés et même près de la Zone Glaciale.
» Il n'est pas étonnant si , dans ceue effervescence , it s'est trouvé des esprits exaltés qui ont
> cru voir des choses incroyables ; il est encore moins étonnant qu'il se soit trouvé des imposteurs
» qui aient fait de la Mo un objet de speculation financiere. On a vu aussi des personnes superfi
> cielles et légeres, douées de quelques bluettes d'esprit, privées de jugement, écouter et recevoir
» de bonne foi ce qu'on leur disoit , ce qu'on leur donnoit , confondant alors tout ce qu'on
> leur avoit appris , communiquer leur galimathias à d'autres personnes de leur trempe ; on a vu
y des systèmes ou des fables soutenues par des sermens , des promesses ; promesses frivoles,
» éteintes faute de pouvoir être accomplies :tour- à-tour trompé, trompeur , retrompé, on n'a plus
; su à quoi s'en tenir ; l'incertitude, en tâtonnant, s'est assise dans nos Temples, et les Maçons
» de bon sens ont pris place près d'elle » . ( pag. 50 et 51. )
En conclurra- i- on que la F :. M. n'a pas un but réel ,qu'elle ne tient à rien d'essentiel ?
Telle qu'elle nous est connue, on peut la comparer à un édifice antique exposé pendant un
long période de siecles à tous les outrages du temps ; ils en ont usé des parties , ils en ont détruit
d'autres ; mais on admire encore celles qu'ils ont respectées, et les traces inaltérables du plan
sur lequel l'édifice avoit été élevé . J'aime à voir ces Maçons de bon sens qui ont pris place
près de cette incertitude qui s'est assise dans nos Temples ; ils s'occupent vraisemblablement à
rassembler d'abord les parties qui sont le mieux conservées , et il paroît digne d'eux d'entre
prendre de restaurer le Temple même ; ils ne se sont déterminés sans doute à s'asseoir à côté de
l'incertitude que parce qu'ils ont acquis la certitude de réussir dans ce projet et de prouver quelques
jours à leurs FF . qu'on avoit adopté des systêmes chimériques : cet espoir ne me paroît pas frivole
comme les promesses de ces imposteurs qui ont fait de la M .:. ur objet de spéculation financiere ;
ceux qui nous donnent cet espoir ne peuvent être confondus avec ces esprits exaltés qui ont cru
voir des choses incroyables , avec ces charlatans qui vendent leurs drogues à tous venans et à tous prix.
( pag. 51.) En effet, c'est le S. G. S. , à qui ces odieuses imputations ne peuvent convenir, qui
nous dit lui-même que les connoissances dont il parle ne sont pas du nombre de ces charlataneries
trop communes aujourd'hui pour être inconnues. ( Seconde Circul. du S. G. S. ) A ce témoignage,
qui seul mériteroit notre confiance , se réunit celui du S. F. à Leone resurgente : je pourrois
en citer d'autres ; mais je ne veux pas qu'on puiſſe me dire que ce sont des esprits exaltés ,
des personnes superficielles et légeres , douées de quelques bluettes d'esprit , privées de jugement , qui
ont cru voir des choses incroyables. Il suffit de connoître DEUX MAÇONS DE BON SENS ; car celui
qui est la vérité nous dit en St. Jean : Il est écrit en voire Loi que le témoignage de deux hommes
est digne de foi ( 1 ) . Je suis donc autorisé à penser que la M .. tient à quelque chose d'essentiel
pour l'homme, et que les connoissances qu'elle enseigne sont consolantes , sublimes , invariables
et plus anciennes que le reste des sciences humaines ; et cela doit être , puisque deux SS. Princes,
l'un Chef de l'o ., l'autre Chef de deux Provinces , n'ont pas dédaigné d'en faire l'objet dé
leurs études et de leurs plus sérieuses méditations : c'est au F. à Fascia que nous sommes rede
vables d'avoir trouvé cette conséquence , elle nous en devient plus précieuse.
Mais ne nous bornons pas là ; imitons le Chymiste habile qui , pourconnoître la véritable
propriété d'un corps soumis à son analyse , emploie les procédés de Part pour en extraire
les parties hétérogenes ; séparons de même les choses étrangeres à ce qui paroît former le but
et t'essence de l'Institut M. ::: ce n'est qu'en suivant cette méthode que nous parviendrons à le
bien définir.

( 1) S. Jean , 8. 17. Ce qui est effectivement écrit comme le centre du cercle, aura dů aboutir tout ce qui pou
au Deut. 17. 6. er 9. 15. Ce n'est pas le tirre de Prince yoit intéresser l’O . et éclairer sur son essence ; les SS . FF.
qui m'en impose ; pénérré de respect pour ces deux auront donc pu juger avant tous autres , et mieux que tous
SS. FF. ils seroient peu flaccés , si je fléchissois le autres , de la vérité des choses , parce que indépendam
genou devant eux comme devant une idole. J'invoque ment de leurs qualités personnelles , qui méritoient la
leur témoignage par un motif pris dans la chose meme, confiance, leur suprématie dans l'O . exigeoit une commu
L'un étoit depuis long-temps Chef Suprême de l’O . L'au nication sans bornes, mais à laquelle on aura dû mettre des
tre y tenoit un rang distingué, et le Convent, souhaité conditions. Je suis donc fondé à m'appuyer sur leur témoi
depuis longues années , devoit être présidé par le premier, gnage , il devient d'autant plus imposant que ces SS. FF. ne
le second étoit présumé devoir le remplacer. Il est naturel pouvant s'expliquer clairement,auroientmanqué à ce qu'ils
de penser que ceux qui avoient des communications im se devoient comme Chef de l’O . s'ils avoient indiqué des
portantes à faire pour faciliter les opérations futures , choses dont l'existence ne leur auroient pas éré démontrée,
avoient choisi de préférence ceux qui sont à la tête de l'O . er si leur conviction n'eût pas été que ces choses étoient
A ses deux points qui n'en forment qu'un , et qui sont imporcantes et tenoient à l'essence même de l'O .
43

S. IV. Le systéme de Restauration de l'O. du T. n'est pas le vrai but de la M :.

LES Maçons de bon sens ont - ils cru et doivent - ils croire que le système de Restauration
de l’O . du T. , ou si l'on veut la perpétuation de cet O., soit le véritable but de la M .. ?
Cette question semble prématurée au premier coup d'oeil ; mais, dans ce moment , sans . vouloir
la discuter d'une maniere approfondie, il importe de présenter quelques réflexions sur ce
système , parce qu'elles vous convaincront que je dois considérer l'Institut M .. sous un tout
autre point de vue.
Il faut réduire la question à sesmoindres termes , de maniere que le système de Restauration
pour me servir des expressions du F. à Fascia , reste pour ainsi dire nud (pag. 173. ) ; il n'en sera
que plus facile de reconnoître qu'il ne sauroit être le véritable but de la À...
J'ai démontré au commencement de cet ouvrage , ou du moins j'ai laissé entrevoir les dangers
que présentoit ce système, s'il venoit jamais à être connu des Gouvernemens ; et c'est en ce sens
que je me suis récrié contre la publication de l'Ouvrage du F. à Fascia. Il paroît l'avoir senti ;
car il s'est occupé du soin de rassurer les Gouvernemens et de nous tranquilſiser; mais il ne l'a
pu qu'en ridiculisant le système dont il s'est déclaré le défenseur ; il faut l'entendre lui- même,
nos réflexions pourront naître de ses observations .
« C'est , dit notre Auteur , avoir les idées bien rétrecies , que de s'imaginer qu'un Gouverne
» ment sage s'inquiete de votre Restauration. Une prescription de près de cinq siecles assure
» aux Possesseurs des biens des T. une jouissance absolue; ces biens sont dénaturés par des
» échanges , etc. On ne peut donc avoir d'inquiétude sur la prétention de rentrer dans ces biens :
» vous ne l'avez pas cette prétention ; et si vous l'aviez , les Gouvernemens ont de très - bons
» remedes pour guérir cette maladie. On est revenu des ridicules et pitoyables accusations dont
» en un siecle demi-barbare, on a cherché à voiler le véritable motif de la condamnation de cet
» Ordre , en quoi la Restauration peut- elle inquiéter ? Si l'on parvient à accumuler autant de
» richesses qu'en ont cu jadis les T., tant mieux pour l'Etat , il en sera plus opulent et le
» trésor public en profitera » . Notre Auteur nous dit ici entre deux parentheses , qu'il démontrera
peut-être un jour le grand mal politique qu'a causé la suppression des T., ce qui nous annonce
un nouvel ouvrage sur la matiere. « Si au contraire , continue - t - il , vous n'avez jamais ces
» richesses , il en résultera que vous ne vous réunirez jamais en Corps légal.
» Enfin , tant que l'on verra que vous ne vous mêlez pas de l'Administration , que vous ne
-y portez aucun trouble dans l'Etat , que dans votre enthousiasme vous exercez des actes de
> générosité, que le pauvre bénit votre bienfaisance , que vous vo occupez à épurer les
s mæurs et quelquefois àformer l'esprit , loin de vous troubler dans vos travaux utiles, le Gouvers
» nement sera plutôt tenté de donner la sanction à votre Institut » . Si ces raisons sont suffi
santes , il ne falloit pas en ajouter d'autres ; notre Auteur ne l'a pas cru sans doute , puisqu'il
nous dit encore : « Un Etat est une Famille , le Souverain en est le Pere , les Sujets en sont les
» Enfans , et les Adminiſtrateurs ont soin des Enfans. On laisse les bonnes bercer les enfans,
» pour que leurs cris n'importunent et n'inquietent pas ; on donne à ces enfans des jouets , autant
» pour les occuper , afin de n'en être pas tourmenté , que pour les amuser ; et le bon Pere , du
» coin de son feu , sourit d ces amusemens enfantins. Ne ferme-t-il pas les yeux , dans les grandes
y villes , sur les vices, pour éviter des malheurs ? ne protege-t- il pas les théatres ? ne tolere - t- il
» pas les baladins orduriers qui font rire le peuple , etc. etc. etc.? Pourquoi cela ? parce que
, tandis que les enfans s'amusent avec leurs joujous, ils ne pensent pas à casser les fenêtres de la
► maison ; et , dans le choix , le pere aimera mieux voir ses enfans s'amuser à des jeux qui forme
» ront leur mémoire , leur esprit , leur cæur , leur jugement , qu'à la main - chaude ou au jeu
» de l'oie » . ( pag. 172 , 173 , 174.)
Je conviens avec le F. à Fascia ,que les MM .. n'ont jamais eu la folle prétention de rentrer
dans les biens des T. , ou plutôt qu'ils y ont renoncé; car les premiers qui se sont cachés sous le
tablier M .. ont pû avoir ce dessein ; trompés dans leurs espérances , ils n'ont laissé à leurs
successeurs qu'un vain titre : la prescription , qui est justement appellée la Reine du monde , &
réuni à d'autres domaines ce qui leur appartenoit. Les zélateurs de ce système ne seront donc
plus T. que pour le plaisir de l'ètre , car je n'y vois point d'objet essentiel , tel qu'il nous est
présenté par le F. à Fascia ; sous ce point de vue les Gouvernemens ne peuvent s'inquiéter.
On paroît aussi revenu des ridicules ei pitoyables accusations dont on a cherché à voiler le véritable
motif de la condamnation de cet Ordre . Je consens même à croire que les MM :. ne seront plus
inquiétés sous ce titre ; ne' nous occupons donc de ce système, comme unique but de l'Institut
M. , qu'en considérant de quelle utilité il peut être à ceux qui en sont Membres, et oubliong
pour quelques instans les considérations politiques.
Des Maçons de bon sens auront sans doute un objet en se faisant T .. Seroit -ce pour amasser
des richesses afin d'exercer la bienfaisance ? Si tel étoit l'unique but de l'Institution , il seroic
bien surprenant qu'il n'eût pas encore été rempli , et qu'elle se fut contentée de jeter au hasard
quelques actes de bienfaisance qui se sontperdus presque aussi-tôt dans la nuit de l'oubli :( pag. 48. ).
Mais j'ai déja démontré que la bienfaisance qu'on exerce , quand on possede de grandes richesses
ne sauroit être le but unique de la M .. , puisque l'homme vertueux qui n'a que la médiocrité
en partage , est , ainsi que le riche , admis à participer à ses utiles travaux. Je prouverai dans
la suite que si la M. ' . n'étoit qu'une école où l'on travailleroit à épurer les maurs' et à former l ?
cæur , l'esprit et le jugement des Maçons , elle n'auroit pas besoin de leur donner le titre fans
tastique de Chevaliers. T. Ainsi le système de Restauration des T , restant pour ainsi dire nudy que
44

sera - t - il donc ? Le F. à Fascia nous le dit lui-même : un amusement enfantin , un jouet dont les
Gouvernemens ne craindront pas de voir les enfans à tablier s'amuser ; et cependant des Maçons
de bon sens s'occuperoient sérieusement à une pareille niaiserie ! L'Institut M .. , recherché par
des hommes éclairés et instruits , auroit pour but un système qui ne seroit que ridicule ; système
qui exciteroit le sourire de la pitié ! Les Maçons se berceroient les uns les autres comme les bonnes
bercent les enfans ! Le F. à Fascia croit-il de bonne foi, que beaucoup de Maçons accepteront le
joujou qu'il leur présente ? Je les crois trop las d'être bercés pour consentir à l'être plus
long-temps. Il suffiroit presque de ce ridicule pour sortir enfin des mains de leurs bonnes ceux
qui auroient attendu ce moment pour essayer de se sevrer eux -mêmes et de s'occuper sérieuse
ment , au lieu de s'amuser dans l'âge mûr à jouer à la cachette. Quel est le Maçon de bon sens
qui sera tenté de remercier le F. à Fascia de nous avoir placé , dans la même cathégorie de ces
baladins orduriers que le Gouvernement tolere ? Qui lui saura gré d'avoirdit que tout comme
il ferme les yeux sur les vices afin d'éviter des malheurs, de même il fermera les yeux sur la M :: ?
Ainsi la sécurité dont nous jouirions , naîtroit de la puérilité de nos occupations ! J'ai donc eu
raison de dire que le F. à Fascia a lui- même ridiculisé le système chimérique de Restauration
dont il a entrepris la défense , et par-là il en a montré le néant . Loin de m'en plaindres je saisis
avec empressement les conséquences qu'il me suggere ; c'est avec ses propres armes que j'attaque
son opinion ; je dois plus que jamais me promettre de sortir victorieux du combat .
Parlons plus sérieusement. Je suis porté à croire que les Gouvernemens s'inquietent peu de
nos occupations enfantines ou raisonnables ; cependant le F. à Fascia croit-il que si les Gouvera
nemens s'occupoient de nous un peu sérieusement , ils se paieroient de cette monnoie ? Je
doute qu'on parvînt jamais à les persuader que c'est un amusement frivole ,quand ils verront des
hommes de tous les états , de tous les âges , si fortement attachés à l'Institution ; et comment pour
toient-ils le croire ? Ignoreroient-ils long -temps que les sectateurs de ce système prétendent tirer
leur origine de cet o. qui a été éteint? Ils verront donc quelque chose de plus essentiel , et à
moins qu'ils n'apperçoivent avec évidence qu'on n'est pas Maçon pour être T. proprement dit ,
ils pourroient craindre que les enfans ne tentassent de casser les fenêtres de la maison ; car , je le
répete , on ne supposera jamais qu'on soit T. sans avoir un objet . Heureusement nous sommes loin
d'ètre dans une position à fixer l'attention des Gouvernemens ; la Providence qui veille sur
nous, n'a pas permis que nous ayions accumulé des richesses qui nous auroient bientôt corrompus;
l'orgueil accompagne trop souvent l'opulence et il détruit tout ce qu'il touche : ces richesses
exciteroient l'envie , la jalousie et la cupidité. Si, la suppression des T. a causé un grand mal poli
tique., on ne consentiroit pas que nous le réparassions. Ne disons pas qu'il est impossible que:
les accusations ridicules et pitoyables se renouvellent ; ce qui est arrivé une fois peut arriver
encore; mais ce sera un autre motif, si l'on veut , dont l'effet seroit à quelques égards le même ;
on procéderoit avec moins d'éclat , avec plus de douceur. La Mi. , dira-t-on , ne forme pas
un Corps , légal , ceux qui en sont Membres ne portent pas un caractere qui puisse les faire
reconnoîtrecette
, Institution existe indépendamment de la volonté des Souverains , il ne seroit
jamais possible de la détruire , elle subsisteroit toujours mystérieusement à côté de leurtrône :
voilà, en effet , ce qu'on peut alléguer de plus raisonnable pour faire voir que la persécution
seroit sans objet ; mais loin que cela prouve que la F..M .. n'est que l'O . du T. voilé sous des
emblêmes et allégories que nous nommons Maçonniques , il en résulte au contraire que ce n'est point.
une Société conventionnelle; il est démontré par-là que l'Institution M . :. dérive d'un Ordre
essentiel , puisque les loix qui ont un empire si absolu ne pourroient rien sur une Institution
qui cependant ne seroit que le simulacre d'un O. qu'elles ont eu le pouvoir de détruire et dont
elles peuvent empêcher la renaissance ; si c'étoit la même chose , il faudroit admettre que l'ombre
peut subsister quand le corps qui la produit n'existe plus. C'est ainsi qu'on apperçoit que l'Insti
tution M :. ne peut être assimilée à aucune des Sociétés connues ; dès -lors on voit que cet Institut
doit avoir ses principes à part bien indépendans de ceux qui sont nés des convencions humaines .
Je reviendrai sur cet objet : dans ce moment il faut soumettre le système de Restauration à
une autre épreuve , la question deviendra plus claire , et nous arriverons par une route sûre
au but que je me suis proposé dans ce Chapitre : celui de prouver qu'il faut envisager l'Institut
M .:. sous un tout autre point de vue.
La premiere idée qui se présente naturellement à l'esprit de celui à qui l'on a dit en le rece
vant dans l'O . Intérieur qu'il étoit Chevalier T. , doit être de voir si cet Ordre s'est perpétué tel
qu'il existoit. On lui a appris comment , dans la vue de perpétuer leur 0. , ceux qui échapperent
à la persécution se regarderent libres de leurs væux , et il a pu le croire ; il aura ajouté une
foi plus ou moins grande à la tradition secrete ; mais lorsqu'il voudra s'instruire lui-même ,
qu'il ouvrira l’Histoire ou consultera la Regle de ces Chevaliers il , y apprendra que cette
Milice Sainte du véritable et du souverain Roi étoit composée de Gentilshommes qui étoient
Chevaliers que le Seigneur, pour nous servir des expressions de la Regle , a élus de la masse de
perdition , et qu'il a 'ramasse's ensemble par sa grace pour la défense de la sainte Eglise ; il se
convaincra que ces pieux Chevaliers de J. C. n'avoient qu'un même Culte , et ne reconnoissoient
pour Eglise sainte que celle qui a le nom de Catholique , Apostolique et Romaine. Arrêtons -nous.
à ces deux objets , il n'en faut pas davantage pour servir de base à des réflexions importantes.
On concevra encore comment , dans la vue de perpétuer leur Ordre , ils ' auront admis des
FF. quin'étoient pasGentilshommes ;mais si on leur suppose le projet et l'espoir de le restaurer ,
quelle raison valable donnera -t- on de l'admission de toutes les Communions Chrétiennes ? Leur
Regle primitive ne peut convenir à tous , et ils n'ont pu se flatter que l'on approuveroit léga
lement un Ordre ainsi composé. Ce n'est donc plus le même Ordre , cen'est plus l'esprit de leur

1
45

Regle ; et il faudra convenir ou que le système de Restauration s'est corrompu en traversant


les siecles , ou que ce n'est pas l'O . mème qu'ils ont voulu perpétuer . On est forcé de renoncer
à être T. comme les premiers Fondateurs l'étoient extérieurement , ou il fautse séparer de la plus
grande partie de ses FF .; et cependant on a promis en entrant dans l'O . d'être tolérant ; l'Insti
iution nous recommande la tolérance , et veut qu'elle soit douce envers tous les Chrétiens . Si ce
sont les T : fugitifs qui ont imposé cette Loi, ou plutôt qui l'ont suivie , parce qu'elle existoit avant
eux dans l'Institut M .., elle doit avoir une cause , et c'est un indice que la M :.a un tout autre
objet que la Restauration de l'O . du T .; car en y travaillant on emploiroit des moyens qui
rendroient le succès impossible . Nous sommes conduits comme par la main à un objet bien plus
digne de fixer nos regards que ce système chimérique de Restauration quiseroit en contradiction
avec l'état actuel des choses ; état qui n'auroit pas subsisté si long -temps , s'il ne tenoit à l'essed.ce
mème de l'Institut.M ..; alors il ne paroîtra plus ridicule que le S. G. S. ait dit qu'il étoit
assuré que les vrais hiéroglyphes et allégories de la M ... soni relatives à des choses , ou , si l'on
peut , à des vérités consolantes , sublimes et invariables, puisque sans les connoissances qu'on
peut acquérir par ce moyen , on ne conceyroit pas la cause de cette union entre Chrétiens
de Communions différentes : le cercle s'agrandit , on voit qu'il a un centre , et il laisse en
dehors l'O. du T. , tel que l'histoire nous le dépeint ; ce n'est plus sur ce tronc que nous devons
prendre des branches pour enter de nouveau celle que nous avons cultivée si long - temps
et si infructueusement ;, elle ne nous produiroit pas le fruit salutaire dont nous devons
nous nourrir .
J'en ai dit assez pour forcer les zélateurs de ce système à de plus sérieuses réflexions que
celles qu'ils ont faites jusqu'à présent , je n'ai pas prétendu approfondir la question , j'ai trop
à discourir ; et quoi que je dise dans la suite , il me restera beaucoup à dire encore ; c'est un
champ trop vaste pour me flatter de le parcourir. Cependant il doit m'être permis de tirer
cette conséquence : que c'est en employant la M .: . à la Restauration de l’O . du T. , en ne
yoyant qu'un objetmatériel, qu’une Société conventionnelle , qu'on s'est éloigné du véritable
but , et que la F. M .. s'est dégradée et altérée ; mais son essence n'a pu être changée ; et
puisque sous ce point de vue elle ne présente rien d'utile et d'essentiel pour l'homme , consi
dérons -la sous une autre face , nous apprendrons peut- être enfin à ne plus douter que cette
Institution ne dérive d'une source plus pure et qu'elle ne doive avoir d'autres principes que
ceux qui lui ont été donnés par le F. Fascia.

S. V. Recherche du But essentiel de la F .:: M ::. et des Loix qui lui conviennent

pour parvenir à son accomplissement.

Il est difficile d'être long- temps à s'appercevoir que l'Institut M. ; , a essentiellement un bag
religieux ; cependant comme on est. Chrétien et bon Chrétien sans être M. , ni T. , tout porte
à croire que l'Institut M. . doit tenir à quelque chose d'important , d'essentiel , qu'il n'est pas
donné à tous les Maçons de connoitre . Je me persuade que le voile mystérieux dont l'Institut
se couvre , cache des connoissances précieuses et secretes qui découlentde la Religion primi
tive et sont même la base du Christianisme ; dès lors il me paroit impossible de comparer
l'institution .M., à aucune des Sociétés dont le but est connu. Si je démontre que cette proposi
tion est vraie , on verra la source de toutes les erreurs dans lesquelles le Fià Fascia est tombé ( 1 ).
Toutes les Sociétés ont été formées par le concours libre et volontaire des personnes qui se
sont réunies pour les composer , pour les propager ensuite dans la vue de remplir le but qui en
formoit le lien ; ce but n'étant point mystérieux , a dû être connu de tous , sans quoi le lien de
l'Association auroit été rompu pour ceux qui l'auroient ignoré , ou , pour parler plus exactement ,
ils n'auroient pas été Membres de l'Association : mais cela peut-il s'appliquer à l'Institut M. :: ?
J'ose répondre : Non , si on le considere comme Ordre essentiel et mystérieux dans son principe ;
mais je conviens que cela peut être à quelques égards., en tant que l'Institution M .. est une
Association conventionnelle dérivée de l'Ordre essentiel dont elle est en quelque sorte l'ombre ,
de maniere qu'on peut dire que cet Institut est mixte ( 2 ).
Il faudroit , pour résoudre la question, avoir des idées nettes et précises sur la nature même et
sur l'essence de l'Institut M.:.,.considéré dans ses plus grands rapports ; mais le F.à Bascia ayant
entrepris de le définir , je paroîtrai moins téméraire de tenter une chose si difficile : cependant ,
comme je ne veux pas donner mes opinions pour des principes , c'est dans l'Institut même
1 #
( 1) Le F. d. Fascia n'est pas le premier qui en voulant Copinion . Je voudrois pour le bonheur de l'O . ,pour le
définir l'Institut M se soit servi des principes dontil a mien, qu'il traitât la question sous le même rapport que
fait usage. En publiciste éclairé, il s'est mépris dans l'ap moi : je sens qu'elle ne seroit plus un problème", il en
plication ; il marchoir guidé par des principes şûrs , et qui donneroit une solution plus satisfaisante. 1
lui sont familiers ; imbu des mêmes principes , sans lui , ( 2) Onverra dans la suire la raison de cerre distinction.
j'aurois pu me servir de certe mesure qui paroit exacte au Le nom d'Ordre auquel l'a joint les adjectifs essentiels,
premi s coup d'œil , er j'espere qu'il me pardonnera de mystérieux ; m’a paru le plus propre à 'rendre ma pensée.
chercher, à demontrer combien elle seroit trompeuse , si L'Ordre dans ce sens est celui qui est distinguede VO . M :.
Pon continuoit à s'en servir ; au surplus on sait qu'iln'y. ostensible et de celui desT., mais auquel agus tenons tous
ayoir que des Protagorus qui pouvoient tenter de lui: par l’e but essentiel, il doit être indépendant, au dessus des
répondre , je hazarde mon paradoxe. Cependant plus je 1 - Loix coniventionnelles , n'obéir qu'à sa loi ; c'est de lui que
lis l'Ouvrage du F., à Fuscia , plus j'admire ses talens, seroit derive l'Inscious M. qui dans ce sens est une Ar
sen såvoir ; plus je suis convaincu que s'il avoit vu les sociation conventionnelle çependant il lui a imprimé son
choses par lui-méme , si on ne l'avoit pas induit en er mêmečaractere dans la hiérarchie quinous est la plus con
Jeur , parce qu'on se from poit sur des faits importans qu'on nue ; et qui le rend mixte; mais ce qui est sous nos yeur
n'a pu lui rendre çels qu'ils sont , il aurait eu une ure , indique assez çe.quicos sachs derriere la voile.
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que je dois les puiser en l'étudiant de bonne foi et sans prévention. Je vais donc examiner avec
soin quels sont les caracteres particuliers et distinctifs de cet Institut : c'est à l'aide de cette
analyse que je puis espérer de reconnoître la nature de son but essentiel et l'espece de Loix qui
lui convient pour parvenir à son accomplissement.

S. VI . Les Bases originelles indiquent la nature du But essentiel.

Aux yeux de Pobservateur attentif , les bases originelles de la M . :: se montrent tout à la


fois antiques , religieuses , morales , sociales , scientifiques et toujours mystérieuses.
1 °. Elles sont démontrées telles par l'Ere M. , qui est constamment et exclusivement employée
par les Maçons de tous les Régimes , de toutes les contrées; celle des traditions par lesquelles ils
remontent comme M . : . jusqu'à l'origine de l'æuvre de la création ; de maniere qu'ils avouent tous
implicitement que l'Institution primitive est aussi ancienne que l'homme , qu'elle est née avec lui ,
que la Divinité en le plaçant sur cette terre , mit ce secours à côté de lui après sa chûte , et
lui enseigna le moyen d'en profiter. C'est dans ce sens que le S. G. S. a sans doute dit que les
connoiſſances dont il parle dans sa Circulaire sont plus anciennes que le reste des sciences humaines.
Et cette expression est vraie quand l'esprit se transporte à cette époque. Est -ce là l'Institution
qui nous est connue ? Ne voit - on pas naître cet Ordre essentiel dont nous avons parlé ? N'est- on
fas forcé de convenir que ce n'est point un Institut conventionnel , et peut-on l'assimiler à aucune
des Sociétés que les hommes ont formées dans la suite ? Ne voit-on pas dériver de cet ordre de
choses l'Institution primitive , qui n'aura acquis la dénomination de F... M :. qu'après en avoir eu
plusieurs autres ? Ce premier coup d'ạil laisse appercevoir les plus grandes choses ; il suffiroit
presque pour nous conduire au but que nous noussommes proposé.
En effet , que deviennent les systèmes qui fixent une époque plus ou moins reculée à l'origine
de l'Institut M .:: ? Quelle contradiction ne seroit-ce pas de faire remonter cette origine primi
tive à l'époque de la création , et d'enseigner ensuite qu'elle est plus moderne ? Le Maçon
qui voudra approfondir , demandera toujours pourquoi on le transporte d'une époque à
P'autre ? et si la derniere étoit exacte , ne seroit-il pas fondé à dire : « Vous m'avez trompé
» par votre ERE , qui me promettoit de grandes choses , et vous m'ôter l'espoir dont vous
» m'aviez flatté ; les connoissanceset les sciences professées pas les Mages et par les Sages , celles
» qu'apporta la nouvelle Loi quiforme le complément de toutes les sciences , me paroissoient
» appartenir à l'essence de l'Institution primitive , et vous voulez que je me contente de ces
» aïeux chimériques que vous me donnez , sans me prouver la vérité de cette généalogie , »
La difficulté qu'éprouveront toujours les Maçons de bonne foi , lorsqu'ils voudront répondre
à ces questions , aucuns deux n'osant réformer l'ere M .. ; m'autorise à dire que cette bienfaisante
Institution , qui prépare le bonheur des hommes , n'est point leur ouvrage ; c'est un présent que
la Divinité a envoyédu Ciel aux foibles mortels pour les guider dans le pénible voyage de la
vie. Le but réel de la F .: M..n'est plus la Restauration de l'o . du T .: cette Institution doit
être dérivée d'un Ordre quelconque qui existoit avant lui . Cet Ordre n'est point conventionnel ,
il est essentiel , et ce qui nous en est connu , en prouvant son ancienneté , atteste sa dégradation ;
l'altération qu'il asouffert , en traversant leş siecles , vient de ce que ceux qui ne l'ont pas appro
fondi , l'ont employé à des systèmes de leur invention . Telle fut toujours la marche de l'esprit
humain ; et c'est parce qu'on a dů prévoir la décadence du vrai culte , et que les erreurs
des fables devoient prendre sa place , que ceux qui connoissoient la vérité ont dû la voiler ,
afin d'en dérober l'éclat à ceux qui ne pourroient en soutenir la vue sans en être aveuglés ,
et pour que ceux qui sont indignes de la contempler ne pussent en abuser : mais en voyant
tous ces systèmes nous pouvons dire ce qu'Hermès a dit du culte divin en Egypte : « Le
y cemps viendra , dit-il, où les Egyptiens paroîtront avoir inutilement adore la Divinité
» avec la piété requise , et avoir observé en vain son culte avec tout le zele et l'exactitude
in qu'ils devoient .... O Egypte ! 8 Egypte ! il ne restera de ta Religion que les fables ;
elles deviendront même incroyables à nos descendans ; les pierres gravées et sculptées
seront les seuls monumens de la piété !.... »
En reconnoissant l'ancienneté de l'Institut primitif , et les causes de son altération , il ne
répugne point à l'esprit que les plus grands Philosophes de l'Antiquité dont a parlé le F. à Fascia
( pag. 189 et 197.), Pythagore en particulier, aient connu en partie la doctrine de cet Institut ;
alors on voit l'impossibilité de prouver , par des actes publics en bonne et due forme , bien authenti
ques, par de vieuxparchemins ;que la Mia conduitde tout temps , parle mystere del'union ternaire,
à un développement des plus grandes lumieres. On ne nous en produit pas pour autoriser le
système du T .; et s'il existe des preuves , de quelque nature qu'elles soient , qui constatent
la succession non interrompue de l'O . essentiel , est-ce dans les mains des sectateurs de la Restau
ration qu'elles doivent se trouver? Quoiqu'il en soit il ne peut résulter d'aucun système, que notre
origine soit aussi moderne qu'on le pense ; et je dirai toujours au F. à Fascia et à tous ceux qui
penseroient comme lui: « Répondez , et répondez d'une maniere satisfaisante à la grande diffi
sculié que présente l'Ere M :. ; dites - moi ce que signifiera cette expression que je vois à la tête
> de tous vos Actes : l'an de la vraie lumiere ; les T. : . en sont- ils les créateurs ? Dites-moi comment
» vous concilierez que tandis que je suis dans la carriere symbolique, je remonte jusqu'à l'époque de
» la création , et lorsque vous voulez m'expliquer ces mêmes symboles qui présentent les plus grands
yrapports , vous laissez un long période de siecles en arriere pour me donner des aïeux très-mo
dernes et qui me sont en eux-mêmes fort indifférens ? » Jusques là je puis dire avec assurance
que les bases originalles de l'Institut M .: sont de la plus haute antiquité. Il n'en faudroit pas
davantage
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davantage pour prouver combien sont chimériques tous les systèmes qui ne veulent pas recon .
noître sa dérivation d'un Ordre, essentiel , et qui en font une Institution conventionnelle , laquelle
ne conduit à rien de plus intéressant qu'à ce qui est généralement connu .
20. Tous les caracteres que nous avons apperçus , se développent encore mieux , quand on
voit que tous les actes , toutes les cérémonies commencent par ces mots : A la gloire du G. A. de
l'Univers ; ce qui annonce clairement un but religieux. L'objet des travaux Ñ . . est de porter
les hommes à l'étude et à la pratique des vertus religieuses ; à chaque pas on leur en montre
la nécessité et l'importance ; on fait plus , on les leur recommande comme le seul moyen de
parvenir aux connoissances de l'O . Celui qui méprise cette invitation n'est plus qu'un homme
ordinaire; il cesse d'être M .: aux yeux de ses FF. ; car on ne l'a reçu qu'après s'ètre assuré
qu'il étoit Chrétien ; et comment pourroit- il dire qu'il l'est de cæur , s'il n'en accomplit pas
les devoirs ; si le Livre saint , sur lequel il a promis de se rendre meilleur , n'est pas sa
seule et unique Loi ?
Mais je dois prévoir une objection qu'on ne manqueroit pas de me faire. Un but religieux
est celui de l'Institution M .., me dira-t-on , et cependant ceux qui gouvernent cet Ordre
semblent être des Ministres sans temple et sans autel ; l'Institution même impose un silence
absolu sur la Religion , en même temps qu'elle commande la tolérance la plus douce et la
plus universelle ; enfin elle ne rejette aucune Communion Chrétienne : voilà des choses qui se
contredisent évidemment . Vous avez eu raison , ajoutera- t -on , de dire que les bases originelles
sont morales et sociales ; mais reconnoissez à son culte , qui est la Bienfaisance , que son but
n'est point essentiellement religieux , et que cette Institution n'est qu'une école où les hommes
rappellés à l'égalité , s'excitent mutuellement à pratiquer les vertus morales.
Cette objection n'est que spécieuse , il est aisé d'y répondre ; il est même nécessaire de se la
proposer pour reconnoître encore mieux ce que doit être la M .. dans son essence .
Je ne nie point que l'Institution M .. n'enseigne la morale aux hommes , qu'elle ne les rappelle
à l'égalité , et que son objet ne soit de les rendre plus utiles à la Société. Il est certain qu'elle
commence l'éducation du Maçon par l'étude de la Morale ; elle remplit avec d'autant plus de
succès cet objet , que les instructions qu'elle lui présente à méditer , le rapprochent toujours plus
de la morale de l'Evangile, qui lui fut présentée comme son unique Loi ; ces instructions , qui
parlent aux yeux et à l'esprit, parce qu'elles sont aussi figurées par des emblèmes , rappellent
sensiblement les Maçons à l'exercice de tous les devoirs moraux ; elles leur disent , pour nous
servir des expressions mêmes de la Regle M .: , que l'Institution exige de ses enfans qu'ils
remplissent avec le plus de distinction , ET PAR LES MOTIFS LES PLUS ÉPURÉS , tous les devoirs
de leur état civil, Le Guerrier le plus courageux , le Juge le plus integre , le Maitre le plus doux ,'
le Serviteur le plus fidele , le Pere le plus tendre , l'Epoux le plus constant , le Fils le plus soumis ,
doit être le Maçon . Mais si l'Institution ,ne devoit conduire les hommes à ce point de perfection
que par le secours de la Morale , pourquoi ces · emblèmes et ces cérémonies mystérieuses ?
Les regles des devoirs moraux ne sont point secretes ; les préceptes nous en sont enseignés
par tous les Philosophes ; il suffiroit donc, pour les connoître , de se rassembler au milieu
d'une bibliotheque bien choisie , et de s'occuper uniquement à mettre cette Morale à la portée
de ceux qu’on admettroit dans la Société M .: ..
D'ailleurs , comment se flatter , par le secours isolé de la Morale , de ramener les hommes
à l'égalité ? Les Grands oublieront - ils les prérogatives que donne la naissance ; l'homme
opulent , les avantages que procure la fortune ? Celui qui est élevé à une place distin
guée , en descendra-t- il pour se confondre avec le simple citoyen décoré de ses seules vertus ?
Celui - ci ne se croira -t-il pas l'égal de tous , parce qu'il porte le même tablier ; et lorsque
chacun rentrera dans la Société , que deviendra cette égalité ? Déterminéesur une mesure factice
qui se meut au gré de chacun , elle sera bientôt oubliée , si elle n'est fixée par l'Institution
mème , laquelle apprend aux M .:. qu'il s'agit de cette égalité de nature essentielle qui les
rapproche tous en effet , mais nullement d'une égalité de rangs et de conditions dans l'ordre
civil , que la coordination et la forme des Empires et des Républiques ne permet point . Cette
inégalité que les circonstances établissent entre les Membres des Corps politiques , n'est
d'ailleurs qu'apparente et passagere , elle doit être respectée , et trop souvent l'inférieur cherche
à la faire disparoître ; la Loi de l'égalité M :., telle qu'on affecte de l'entendre , sert donc de
prétexte à l'amour propre , et par-là , le M . . enfreint celle de l'humilité évangélique.
Il est donc évident que ces différens'buts de l'Institution M .: doivent être purifiés et
sanctifiés par les principes religieux , et que le caractere de la Religion est imprimé d'une
maniere forte sur la M ..: mais les portes de ce Temple s'ouvrent à tous les Chrétiens de
quelques Communions qu'ils soient; et la difficulté reparoît. Ce qui semble ici contradictoire
au premier coup d'oeil, mes RR . FF ., répand le plus grand jour sur la question ; et mar
chant à la découverte de l'essence de l'Institution primitive , je crois en appercevoir la
véritable cause.
Une Institution qui a évidemment un but religieux , et qui cependant ne permet pas de
discourir sur les mysteres de la Religion ; qui réunit des hommes divisés , il est vrai ,d’opinions
sur quelques points , mais d'accord sur la base essentielle de leur croyance ; opinions qui ont
trop souvent fait couler le sang de leurs FF .; une telle Institution , dis - je , auroit -elle eu, pour
but unique , ainsi que quelques -uns l'ont prétendu , de calmer ces guerres allumées par le fana
tisme aveugle. Si elle se bornoit à ce seul bien politique , elle produiroir un autre mal , celui de
persuader aux hommes que toutes les Religions sont indifférentes ; car la même oppoſition
subsistant dans les dogmes , il en résulteroit que l'Institution , en tempérant le zele , afin de
G
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mettre une barriere aux excès , le détruiroit absolument , et que des Chrétiens finiroient par
être amenés à ce que les Philosophes modernes appellent la Religion Naturelle ; et malheureuse
ment , il n'est que trop certain que beaucoup de Maçons, en voyant cette tolérance et certe
Loi du silence si rigoureusement recommandée , en ont déja porté ce jugement .
Il faut nécessairement que l'Institution , pour être bonne et vraiment utile , ait un autre
but. Je ne vois que des Chrétiens dans le Temple M . :: elle n'admet donc pas l'indifférence en
matiere de Religion , puisqu'elle repousse tout ce qui méconnoit la Loi de l'Evangile ( 1 ) . Elle
commande à tous de rendre au G. A. de l'Univers , le culte qu'ils lui doivent , et j'ai lieu
de croire qu'elle leur présente dans ses mysteres , des vérités fondamentales et primitives , et
des moyens propres à les accorder entr'eux sur un objet aussi important . La vérité est une:
l'Institut primitif expliqueroit donc d'une maniere positive ce qu'il y a de plus obscur ; ainsi
disparoîtroient , pour ceux qui auroient approché du but essentiel , toutes ces interprétations
diverses d'où est provenue la multitude des sectes qui ont troubléla Religion Chrétienne et qui
lui ont porté des coups si funestes.Ceux à qui elle rendroit ce service important , offriroient
un homınage plus pur à l'Etre infini qui a rendųl'homme capable de pénétrer les Mysteres
les plus ineffables; et réunissant ainsi les Chrétiens les plus éclairés , elle étendroit le Regne de
PEglise de J. C. , de maniere , que cette sainte Eglise pourroit un jour , voir tous ses enfans
rassemblés dans son sein , et unis par les liens d'une charité fraternelle et toute divine. La Nation
élue et privilégiée n'eut qu'un seul Temple , il est notre type fondamental ; n'est-ce pas une nou
velle preuve que ceux qui sont admis par l'Institut primitif au bonheur d'élever un Temple à la
Divinité , n'ignorent point le culte qui doit lui être rendu ? Et peut-on douter qu'il ne s'y rende
dans toute sa puretépour la conservation de l'espece humaine ? Mais si les choses sont telles, je
le demande , tous les Maçons sont-ils donc dignes de participer à ces sacrés Mysteres ? Il en
est tant qui different si peu des autres hommes , qu'il faudroit dire alors que tout homme,
sans exception , est propre à y coopérer. Que d'autres pensent qu'ils ont droit d'y prétendre,
je n'ai pas la même présomption.
3º. Si nous considérons les symboles que l'Institut M .. emploie et qu'il renouvelle à
chaque Grade , on voit qu'ils ne peuvent se rapporter essentiellement qu'aux objets scienti
fiques , puisqu'il n'est pas besoin de symboles pour faire connoître les vertus morales et sociales.
Un Temple est l'asyle des Maçons ! et quel Temple ? Le premier qui ait été élevé sur cette
terre , sur laquelle tout annonce à l'homme qu'il est condamné à vivre en esclave , encore
qu'il en soit le Roi ; un Temple consacré à la Divinité par le plus sage des Rois , qui avoit
acquis la plénitude des connoissances humaines , et qu'elle avoit indiqué par la bouche de ses
Prophetes ,pour en être l'Architecte; un Temple enfin unique et merveilleux , dans le Sanctuaire
duquel , Dieu se manifestoit visiblement , et que sa gloire vint habiter pour être le Conseil
du Roi , le Guide et l'Oracle de sa Nation .
A la vue de ce Symbole général ,que tous les systèmes ont adopté, quel Maçon peut rester
long-temps incertain sur le Temple qu'il doit élever à la gloire du G. A. de l’U . ? et voya
gera-t- il toujours en aveugle autour de ces murs détruits qu'il ne peut matériellement réédifier ,
sans imiter intellectuellement le modele qui est sous ses yeux ? En me rappellant toutes les
révolutions que ce type fondamental a éprouvé , je ne m'étonne plus de celles que l'Institut
a souffert. Ces systèmes adaptés à l'Institution M ... ont fait perdre de vue le véritable but ,
et l'on demande quel il est , pourquoi il n'est pas plus clairement expliqué ? J'ouvre les Livres
saints , et j'y lis ce que je suppose que répondroient ceux qui sont plus instruits que moi ;
car ce qui y a été dit du Temple , type fondamental, paroît avoir une application plus exacte
qu'on ne pense avec l'état actuel de la F .. M ..
« Si vous et vos enfans vous voụs détournez de moi , et que vous abandonniez les Loix et les
» Ordonnances que je vous ai proposées , je vous exterminerai de la terre qui est à moi et que je
„ vous ai donnée ; je rejetterai loin de moi ce Temple que j'ai consacré à mon nom ; je le rendrai
la fable du monde , et je ferai en sorte qu'il serve d'exemple à tous les Peuples. Cette Maison
» qui aura appartenu au Très - Haut, sera un sujet de raillerie pour tous ceux qui paſſeront
devant: frappés d'étonnement, ils diront: Pourquoi le Seigneur a- t-il traité ainsi cette terre
» et cette maison ? et on leur répondra : c'est qu'ils ont abandonné le Seigneur le Dieu de leurs
» peres qui les avoit retirés de la Terre d'Egypte , qu'ils ont pris des Dieux étrangers , et qu'ils
» les ont adoréset révérés : voilà ce qui a attiré tous ces maux sur eux. » ( II . Paralip. ch . 7. )
Les plaintes trop ameres de ceux qui regrettent le système du T. , qui se récrient contre
l'abolition prononcée par le Convent, ressemblent assez aux Enfans d'Israël, qui , au retour
de ceux qui avoient été envoyés pour reconnoître la Terre promise , les entendant décrier
le pays qu'ils avoient vu , dire que les hommes qu'ils avoient rencontrés étoient comme des
monstres de la race d'Enac , se mirent à crier en disant : Plůc à Dieu que nous fussions morts
dans l’Egypte ! .... établissons-nous un Chef et retournons en Egypte ( 2 ) . Craignons l'effet de
cette sentence terrible , qui fut alors prononcée contre Israël: Nul deceux qui m'ont outrage
( 1 ) On m'objectera qu'il y a des Juifs et des Mahomé comment il faut se conduire pour être conséquent et ne
tans qui ont été reçu Maçons, qu'il y a tel Régime pas faire des parjures. Et comment les grades subsidiai
qui ne fait pas difficulté de les recevoir' ; et de -là on en res pourroieni- ils convenir aux uns et aux autres ? ou ce
conclura que l'Institution n'a pas un but Religieux : tout sont des Chrétiens sous l'habit du Rabin et le doliman
mon édifice alors s'écroule et la Société redevient purement du Musulman , ou c'est insulter au type fondamental ,
Sociale er conventionnelle . Mais cela prouve seulement qui n'est qu'une figure de celui qui en devoit érre l'ac
que ceux qui ont agi ou agiroient ainsi, ne connoissent complissement, et que l'un et l'autre renient; voilà les con
l'Institution , ou il faudroit recov le serinent du séquences qui résultent des abus .
pas
Juif sur un tout autre endroit de la Bible que l'Evangile ( 3 ) Nomb. ch. XIII . XIV, C'est avec Ciceron que !
de S. Jean ; celui du Mahomécan sur l'Alcoran : voilà F. - Fascia a exprimé la même pensée. Pag. 31 .
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par leurs paroles , ne verra la Terre promise. N'imitons pas plus long- temps le peuple Juif qui
pleure la perte de son Temple ; de ce Temple dont il a été dit , par celui qui fut l'accomplis
sement de toutes les figures : Il sera tellement détruit , qu'il n'y restera pas pierre sur pierre.
( Matth. 24. 2. ) Le voile est déchiré ; ces paroles de l'Evangile , détruisez ce Temple , et je le
rétablirai en trois jours ( Jean 2. 19.) n'ont plus rien d'obscur ; nous savons que l'homme est
le Temple de Dieu , et que son Esprit habite en nous. ( I. Cor. 6. 19.).
Je passerois les bornes que j'ai dû me prescrire, și je cherchois à approfondir ces objets ,
quoique si dignes de fixer l'attention ; en me livrant à mes propres idées pour parler de ce qui
ne m'est pas entiérement connu , je pourrois m'égarer. Cependant ces symboles et ces
emblèmes , tout muets qu'ils sont pour la plupart des Maçons , que quelques - uns ont cru
vivifier en les adaptant à divers systèmes et à celui de l’O . du T. en particulier , annoncent à
d'autres quelque vérité ou science essentielle et utile , mais non nécessaire à tous ; et je n'en veux
d'autre preuve pour moi , que le mystere qu'en font ceux que j'aime à en croire les dépositaires ;
car c'est sur-tout des connoissances M. . qu'on peut dire : Il y a temps de jeter des pierres , et
temps de les ramasser ; il y a temps de se taire, et temps de parler. ( Eccl.ch. 3.4. 5.) Si cependant
nous cherchons la raison de ce silence sur des vérités si importantes au bonheur des hommes ;
silence qui excitera sans cesse les murmures , parce qu'on veut toujours avoir plus qu'on ne
possede , tandis qu'on devroit se rappeller que la disette a perdu bien moins de gens que la
satiété ; si, disons-nous , on cherche la raison de ce mystere qui blesse l'amour propre , elle
se montre d'elle -même.
Dans l'ordre de la Providence , il suffit que chaque cercle ait un centre dont l'action s'étende
sur toute la circonférence : centre sans lequel il n'existeroit pas en puissance. Pour exprimer
ma pensée , il faut recourir à un exemple , et je le prendrai dans la chose même dont je
m'occupe. Ce n'est pas vainement sans doute que les premiers Instituteurs auront rassemblé
les Maçons autour de l'ancien Temple de Jérusalem ; je crois donc pouvoir , sans craindre de
me tromper ,comparer le peuple M .. à l'ancien Peuple Hébreu , qui fut une Nation élue
avec cette différence que dans la F :. M :. ce n'est plus une Nation qui est privilégiée ; mais ce
sont toutes les Nations qui peuvent former un nouveau Peuple élu, pour réaliser ces paroles
du Prophete Zacharie : Jerusalem sera tellement peuplée , qu'elle ne sera plus environnée de
murailles; en ces jours-là plusieurs peuples s'attacheront au Seigneur , et ils deviendront son peuple.
( Zach . 2.4. 11. )
Tous les Maçons deviennent, il est vrai, membres de ce nouveau peuple ; mais tous ne
naissent pas Lévites, ou ne font pas ce qu'il faut pour le devenir. Toute la nation Juive
approchoit du Temple , et participoit efficacement à ce qui s'y passoit en sa faveur , sans
néanmoins en connoitre le Mystere ; les Levites seuls étoient élus pour y entrer ; ( 1 ) le seul Grand
Prétre l'étoit spécialement pour entrer dans le Sanctuaire ( a). Pourquoi ne me seroit- il pas permis
de supposer dans l'Institui M .:. les mêmes distinctions ? Ne les voyons-nous pas indiquées dans
ce qui nous est connu , et ne sont-elles pas une conséquence aussi juste que nécessaire du
choix qui a été fait du Temple pour type fondamental ? Ou il ne fignifie rien, et alors en
le rendant la fable du monde M . : ; le sujet de ses railleries , ce seroit une profanation dont
l'Ordre se rendroit coupable ; ou ce type indique , à quelques égards , ce qui doit être. J'ai
appris , dit un illustre Roi , que tous les ouvrages que Dieu a créés demeurent à perpetuité , et
que nous ne pouvons rien ajouter ni rien ôter à tout ce que Dieu a fait. CE QUI A ÉTÉ EST
ENCORE ; CE QUI DOIT ÊTRE A DÉJA ÉTÉ , ET DIEU RAPPELLE CE QUI EST PASSÉ .
( Eccl . 3. 14. 15. )
Il me paroît sur-tout impossible, quand on étudie ce type fondamental dans les Livres Saints ,
de douter qu'il ne soit scientifique; l'application qui en a été faite à l'Institut M .: nous confirmera
cette vérité. Les Grades subsidiaires adoptés sous différentes formes dans presque tous les
Régimes M .., transportent emblématiquement le Maçon , de l'ancien au 'nouveau Testament,
et par-là il apprend que s'il n'y avoit sous la loi ancienne qu'un seul Temple pour le peuple
entier , il peut se former sous la nouvelle Loi, autant de Temples qu'il se formera de cercles
réguliers dont les Membres pour être bien dirigés doivent avoir leur centre , c'est-à -dire un
Chef éclairé , comme nous le voyons sous l'ancienne Loi. Comment pourrois- je après cela
forcer mon intelligence à ne voir dans ces Grades qu’un voile étendu sur l'O . du T. ! Quoi! la
réédification du Temple par Zorobabel ne se rapporteroit Maçonniqueme
nt qu'à cet objet ! Nous
abandonnerions les grands rapports qu'il nous présente ? Ce qui , selon l'expression des saintes
Ecritures , étoit des figures de l'avenir , seroit devenu le symbole d'un O. conventionne ? Non je
l
ne le penserai jamais ,et je dirai toujours à mes FF .: étudiez les rapports sublimes que l'époque
du Temple offre au Maçon à méditer ; voyez quel nom avoit le Grand-Prêtre, ce nom Sacerdotal
qui fut à peine écrit sur la Verge de la Tribu de Levi , que cette Verge poussa des feuilles, des
fleurs et des fruits dans le Sanctuaire en présence du Seigneur ( Num . 17. ) ; apprenez du Pro
phete Zacharie ce que signifie la réédification du Temple , et lorsqu'ensuite vous jetterez les yeux
sur ce qui fait le signe caractéristique du Chrétien , rappellez -vous que S. Paul nous a dit que la
Loi de Moïse n'étant que l'ombre des choses futures et ne conduisant rien à sa perfection , il étoit
nécessaire qu'un Pontife établi pour l'éternité SELON L'ORDRE de Melchisedech , perfectionnát ce
qu'elle avoit d'imparfait, qu'il réformât ce qu'elle ne faisoit que promettre et que figurer. Alors vous

( 1) Excubabuntque Levitæ ad præcepra tua , et ad cunc (a) Tu autem et filii tui custodire Sacerdorium vestrum :
ta opera tabernaculi : ita dumtaxat , ut ad vasa Sanctua et omnia qua ad cultam altaris pertinent, et intra velum
rii ei ad altare non accedant , ne er illi moriantur et yos sunt , per Sacerdotes administrabuntur: Si quis externus
pereatis simul. ( Num.18. 3 : ) accesserit, ocridetur. ( ibid. 18.7. )
G2
50

ne doutėrez plus que ce symbole fondamental ne soit vraiment scientifique', et vous concevrez
alors que les vrais M .:. sont des Membres zélés du nouveau Peuple élu ; que le vrai but de la
F.M : a rapport à des choses mystérieuses qui sont la base du Christianisme le plus pur ,
parce qu'elles tiennent à la Religion primitive , et que sans elles il n'est aucun culte qui puisse
être agréable à la Divinité.
4º. Les connoissances M . :: sont tellement scientifiques qu'indépendamment du voile dont elles:
sont couvertes , et qui les rend mystérieuses , on à voulu encore rendre leur existence
secrete , et la cacher au vulgaire ; aussi le serment le plus rigoureux est exigé du Maçon
å sa premiere entrée dans la Société , et cependant on ne lui présente que des symboles
et une histoire qu'il peut apprendre dans les Livres Saints ; ne voit-on pas avec évidence
que ce serment a pour but de le préparer dès -lors et de le former graduellement à cette
rigoureuse loi du silence dont il ne lui sera jainais permis de s'écarter , s'il parvient quelque
jour a des connoissances plus élevées et plus importantes ; loi qui fut toujours imposée rigou
reusement dans toutes les anciennes initiations .
Ce serment prêté sur l'Evangile n'apprend -il pas au Maçon qu'il s'engage à l'étudier pour
en faire sa principale loi , comme contenant l'accomplissement parfait de toutes les loix anté
rieures , le complément de toute vérité , et de toutes les vraies sciences qu'il peut espérer
d'acquérir selon la mesure qui lui sera nécessaire , s'il renonce à la sagesse et à la science du
monde pour ne s'attacher qu'à celle de PEvangile ? ( 1 )
Tous les travaux M..ne se font- ils pas dans un lieu retiré et couvert , dans un Temple destiné
à ce seul usage ? J'ai trop bien démontré que la M :: n'a pas pour but de cacher l'O . du T.
et je ne crains plus qu'on présente cet 0. pour motif de tant de précautions ; disons plutôt
que les instructions de chaque Grade donnent le développement des symboles dans un sens
moral , et par - là , qu'ils préparent le Maçon à recevoir des explications plus élevées , si pen
dant sa carriere symboliqué il prouve qu'il en est susceptible.
Je viens de reconnoître que le but essentiel de l'Institut M .. n'étoit , ni ne pouvoit pas être
le système de restauration de l'O . du T. J'ai montré que les bases originelles sont antiques ,
religieuses , morales , sociales , scientifiques et mystérieuses : jé puis donc résumer et dire , que
cet Institut , únique dansson espece , puisqu'il embrasse tous les Ordres , tous les Rangs , toutes
les Sociétés particulieres et toutes les Nations , avec des moyens d'être utile à tous les indi
vidus , a différens degrés , et chacun selon ses dispositions naturelles ou acquises , conduit
par la route des symboles et des emblèmes , à des connoissances précieuses et secretes qui
découlent de la Religion primitive ; connoissances qui n'ont jamais abandonné et n'abandon
heront jamais entiérement la terre tant que l'espece humaine pour laquelle le Créateur les a
départies , l'habitera ; connoissances enfin qui ont été augmentées , enrichies et perfectionnées
par L'ETOILE FLAMBOYANTE du Christianisme.
Mais quel est l'homme qui peut oser se constituer son propre juge pour décider qu'il mérite
de les obtenir à tel ou tel degré ? L'Apprentif et le Compagnon peuvent bien desirer de
devenir Maitres ; mais leur laisse -t-on le droit de l'exiger , et de quel oil regardons -nous ,
dans la Hiérarchie qui nous est connue , celui qui , contre l'opinion de ses Supérieurs en
Grades , s'en juge digne ? N'est - ce pas eux seuls qui peuvent le décider , et obtiendra - t-il ce
qu'il desire sans leur consentement ?
En se plaignant qu'on lui interdit l'approche de ce monument éternel et sacré , ses clameurs
ambitieuses et désordonnées prouveroient qu'il est injuste lui-même , puisqu'il voudroit obliger
à commettre en sa faveur des imprudences, puisqu'enfin il prouveroit qu'il n'a pas saisi le
vrai séns des instructions qu'il a reçues ; et qu'il a encore moins médité la Loi sainte sur
laquelle il a prêté son premier serment , Loi qui lui fut donnée comme la regle de sa
conduite. Dans le système mème de l'O . du T. , le Maçon doit attendre qu'on l'appelle
dans l'intérieur: on lui apprend qu'il doit obéissance et soumission à ses Supérieurs d'Ordre ;
ces leçons seroient elles sans objet; cette marche ne seroit - elle pas déterminée par des prin
cipes sûrs ? Tout me dit que ce n'est- là que l'ombre de ce qui est caché derriere le voile .

S. VII. L'Institut M .:. dans son But primitif et fondamental est simple ,
essentiel , invariable dans sa forme actuelle ; il est composé d'essentiel et
de conventionnel, par conséquent il est mixte et variable dans ses parties
ostensibles.

Si l'on considere l'Institut M : dans sa base essentielle , son but primitif et fondamental, il est
simple . , essentiel , invariable. Mais si on le considere dans sa forine actuelle , il est mixte , c'est
à -dire, composé d'essentiel et de conventionnel, par conséquent variable dans quelques -unes
de ses parties ostensibles. Essayons de présenter quelques idées pour éclaircir certe proposition
Je dis que dans son but essentiel et primitif, il est un Ordre', mais un Ordre par excel
lence , et comme on le dit à l’Apprentif dans plusieurs Régimes , en lui donnant le Tablier

( 3 ) C'est sur le premier Chapitre de l'Evangile de S. quelle nous avons rous promis de croire , avant de la com
Jean , que leMacon prète son obligation : sur ce chapitre , prendre . Pour en pénétrer le sens , convenons qu'il faut
où ce qu'il y a de plus scientifique est renfermé: croyons des connaissances qui ne sont pas données à tous les hom
comme il y cst écrit : que nous verrons de plus grandes mes ; ce seul acte renferme tout et indique clairement com
choses que ce qui nous est montré, si nous savons nous en bien il est vrai que le buc est swentifique.
rendre dignes , et apprenom à méditer, celte Leia, la
51

blanc : c'est l'Ordre le plus ancien , le plus saint et le plus respectable de tous les Ordres, par cons
séquent au dessus de tous les Ordres ; ( 1 ) mais , comme tei , caché et voilé sous la forme des
symboles insticués pour conduire aux connoissances qui lui appartiennent , ceux dont l'intel
ligence ainsi préparée commencera par ses propres efforts à en percer le voile.
La plus simple réflexion sur ces paroles prononcées à l’Apprentif , au nom d'un Ordre qu'il
ne connoit pas , qu'il ne connoitra peut-être jamais , quoiqu'on desire sincerement qu'il se mette
en état de le connoitre un jour ne suffiroit - elle pas pour confirmer la définition que je
viens de donner ? Ainsi nous appercevons l'existence de cet Ordre essentiel duquel seroit dérivé
l'Institut M ..
Ce tablier blanc , sûrement allégorique , en même temps qu'il est relatif au nom de Maçon , ne
montre- t - il pas des rapports frappans avec la veste blanche dont on couvroit les anciens initiés
aux hautes sciences de la Religion primitive , et avec la robe blanche dont on couvroit le Caté
chumene que l'on alloit initier au Christianisme et dont on a perpétué l'usage par l'école blanche
que le Ministre de la Religion impose sur l'enfant au baptême? Si cet habit a aussi rapport avec
cet Ordre célebre qui , en se vouant à la défense de la Foi, demanda l'habit blanc , et obtint
le signe caractéristique du Christianisme, avec cet Ordre qui s'est appliqué à l'étude de la
science Maçonnique, et qui parut ensuite y avoir fait des progrès, pourquoi n'appliquer ce
vêtement M . : . qu'à un seul de ces objets , puisqu'il peut s'appliquer à tous ? Pourquoi l'at
tribuer exclusivement au plus moderne , qui ne fut qu'une imitation des précédens, puisqu'il
nous fait remonter jusqu'à la cause antique qui en détermina le premier emploi ? Dans les
choses qui ont un caractere de vérité essentielle , d'antiquité et d'universalité , lorsqu'on veut
en borner l'application à un seul objet , on arrète l'intelligence dans sa marche , on lui fait
perdre la route de la vérité , on met un voile sur la lumiere M ... Au lieu de revendiquer
exclusivement pour l'Ordre du T. le symbole de la blancheur du rèrement, dont l'antiquité
nous est connue , cherchons plutôt à connoître pourquoi cet Ordre illustre l'a adopté er choisi.
Si nous trouvons que les mêmes motifs nous conviennent ou puissent nous convenir , adoptons
aussi l'habit blanc comme Chevaliers de la Foi. Mais revenons au S. Ordre primitif ; car à
défaut de le pouvoir nominer , ce titre est celui qui peut seul le désigner.
Lorsqu'on s'en forme une idée raisonnable , sans prévention comme sans enthousiasme';
lorsqu'on réfléchit sur la malheureuse dégradation de l'homme , et que l'on suit les traces
funestes et constantes de sa dépravation , dont l'orgueil , l'amour propre et le feu réuni de
toutes les passions nourrissent les causes , on conçoit aisément qu'il ne sauroit y avoir un bien
grand nombre de FF. admis dans le Sanctuaire de l'O . , quoique son but et son desir fit de
les y rassembler tous . Il en est qui ne peuvent même appercevoir le Temple ; et qui sont comme
ces Israélites que l'appas d'un gain sordide entraînoit dans des Contrées éloignées et loin des murs
de Jérusalem , où ils faisoient , avec les Infideles, un commerce étranger et prohibé par la loi ?
d'autres approchent des portes du Temple , ils apperçoivent la beauté et la perfection exté
rieure de cet édifice sacré ; mais ils restent distraits par les objets matériels qui l'enrironnent
et n'y entrent point; quelques- uns ont le courage de pénétrer dans l'interieur ; leurs yeux
y sont frappés des rayons éclatans de lumiere qui émanent du Sanctuaire; mais il y en a peu
sans doute qui puissent ou qui osent entrer dans le Sanctuaire même; il y en a peu qui soient,
assez purifiés pour s'approcher de l'Autel , et pour y offrir leurs parfums.
Ainsi ce n'est pas l'Ordre qui refuse ou éloigne la plupart des Maçons, ce sont eux au
contraire qui méconnoissent l'Ordre ou le méprisent'; imbus de principes opposés aux siens
ils voudroient des prodiges pour en reconnoître l'existence ; ils trouvent plus simple de la
nier. Les efforts nécessaires pour la concevoir leur coûteroient trop les sacrifices préalables
qui sont indispensables pour y être admis, leur paroîtroient trop pénibles ' Ainsi , ne craignons
pas de le dire , l'Ordre , considéré dans la perfection de son buç essentiel ,' n'est et ne peut
pas être bien noinbreux , quoiqu'il puisse exister en petite portion', répandu par tout: " ",
Cet Ordre doit avoir aussi ses degrés particuliers comme les diverses parties de l'Institut M.
ont les leurs ; plus le degré s'éleve , plus aussi le choix de ceux qui sont admis à la cofitem ,
plation d'objets plus sublimes, doit s'épurer : leur nombre devient moindre encore à mesure
qu'on approche du sommet de l'angle , quipeut-être est occupé par un seul; car les choses d'en
bas , qui ne sont que des images de la vérité , doivent avoir quelque similitude avec les choses
d'en haut , qui sont la vérité elle -même.
La coordination des Lévites , des Prêtres, des Sacrificateurs , présidés, dirigés et ordonnés
par un seul Grand-Prêtre , coordination établie par Dieu même dansl'ancienne Loi, 'en fournit
un exemple mémorable: La Nation privilégiée vit le temps où chaque families hönoroit ensuite
d'avoir chez soi un Prêtre ou un Levice . 997 )"
Seroit -il donc hors de vraisemblance de penser qu'à l'époque où les premieres familles M ,
ou Loges symboliques furent établies par le S. Ordre primitif, dans la vue depréparer à leur
admission dans l'Ordre même , les Membres qui devoient les composer, il déléguoit en inémie
temps quelqu'un de ses Membres pour les diriger et leur donner ses propres loix ? Telle' a da
être l'origine de l'institution que nous nommons aujourd'hui F... M :. qui eut peut- être alors une
denomination différente , dérivée de l'O. essentiel : elle devroit son existence à la convention
que firent entr'eux les Membres de l’O . supérieur ; mais cet O.n'a dd avouer
.w ‫أ‬ que
، les Loges qui,
( 1 ) Je n'entend pas parler ici de l'Ordre ou Ordination sates être un détracteur ;jc pris dire aussi qu'il nefür pas tt
Sacramentelle Sacirdotale ; ce que je dis ne s'y rapporte plus Sunt et le plus respectable de sous les Ordres . Qu'il air
pas ;ce titre de plus ancien Ordre né convient point à l'0. eie unià l'Ordre vrai,cela peut etre ; et je le crois ,maisce
du T. , il n'eutpas certe prétention que l'histoire démett : n'est pas comme 0. du Timilt 2 merire la préeminentet
52 &

établies en divers lieux , à diverses époques , avoient acquis par lui une existence réguliere.
Ne seroit-ce pas là l'origine de cet usage constamment conservé, par lequel le Corps ou
Pindividu Supérieur qui constitue une nouvelle L. se réserve le droit de nommer le Chef qui
doit la présider , et même les principaux Officiers? Ne seroit - ce pas la source de ce droit
d'inamovibilité attribué au Chef ? inamovibilité qui paroît juste , respectable et même néces
saire , tant qu'elle est déterminée par l'Ordre ; mais qui est devenue vicieuse au moment que des
Corps , Loges ou Individus qui n'avoient aucuns pouvoirs de l'Ordre, ni même aucuns rapports
avec lui, se sont immiscés à constituer d'autres Loges et à leur donner des loix. Ces Loges
n'étant point émanées de leur centre naturel , n'ont pu avoir d'autres loix que celles qui ont
été dictées par des circonstances locales ; elles ont ainsi été arbitraires , souvent repréhensibles,
nécessairement informes et sujettes à de grandes variations ; voilà , n'en doutons pas, l'origine
de tous ces systèmes M .: qui forment autant de sectes particulieres ; l'antiquité plus ou moins
reculée que chacune affecte , indiqueroit l'époque où elles se sont séparées du tronc.
Plus l'Ordre primitif étoit réservé et circonspect dans la formation des nouvelles Loges, moins
il étoit empressé de donner , relativement à son but essentiel , aucune publicité à leur existence
et à leurs travaux ; plus aussi ceux qui s'immisçoient sans pouvoir légitime à constituer d'autres
Loges , abuserent-ils d'une liberté dont l'Ordre ne pouvoit arrêter les effets ; n'étant retenus par
aucun motif pris dans les véritables bases , ils prodiguerent et prostituerent l'initiation, et la publi
cité qu'ils donnoient à leurs actes , provoquoit un changement dans les formes. Dès lors l'O . cessa
d'être inconnu , son existence ne fut plus un Mystere , mais son origine , son essence resterent
toujours cachées sous le voile des symboles dont il s'étoit couvert dans tous les temps . Le nombre
des familles légitimes devint très- petit; celui des familles bâtardes s'accrut considérablement : chez
les premieres , les Rituels des grades symboliques et préparatoires furent conservés dans leur
pureré ; chez les autres on les tronqua ; on y supprima ce qui se rapportoit au but essentiel ,
parce qu'on ne le connoissoit pas ; on y ajouta des choses étrangeres , parce qu'on voulut
faire quadrer différens buts systématiques avec des formes dont on ignoroit le but réel ; c'est
ainsi
que nous voyons encore s'altérer les anciennes liturgies Ecclésiastiques , dans lesquelles
on retranche ce qui étoit essentiel , pour y substituer de nouveaux Rits : de même dans l'Ins
titut M .: ceux qui n'en connoissoient que les formes , y ajouterent , ou substituerent ce qui
favorisoit les nouveaux systèmes qu'ils vouloient introduire ; il fallut de nouveaux Grades
pour les développer ; on en créa.
Au milieu de ces révolutions, l'O. du T. qui dans sa splendeur avoit connu peut-être l'Institut
M . : . , et qui vraisemblablement dut sa naissance au St. 0. primitif ,cherchant à ranimer ses cen
dres , et à perpétuer les connoissances M :.dont il étoit dépositaire, se servit de cet Institut mysté
rieux pour voiler ses efforts , et fortifier ses espérances de rétablissement. Pour figurer aux catas
trophes qu'il avoit éprouvées et à son histoire particuliere , il ajouta aux Řituels primitifs.
Ce système fut l'un de ceux qui s'accrédita le plus dans la suite ; les uns y virent avec plaisir
des restaurateurs de la vraie M .. , et par l'unique espoir de participer aux succès que quelques
uns y avoient eus , ils accueillirent ce qui pouvoit établir des rapports de fraternité avec ceux
qui les avoient précédés dans la même carriere ; d'autres voulurent y voir les Instituteurs
mêmes de la F. M . : . et n'y reconnurent d'autre but que la restauration de l’O . du T. ; ils se
livrerent inconsidérément à l'espoir vain et illusoire de son rétablissement, qui leur paroissoit
en être l'unique terme. On vit alors le mélange allégorique de son histoire particuliere avec
les emblêmes primitifs , achever de dénaturer les Rituels fondamentaux. Bientôt répandus
dans de vastes contrées sous cette forme chimérique, les M . : . sectateurs de ce système firent
de plus en plus oublier le but essentiel ; enfin ils commencerent à rendre suspecte une Insti
tution qui dès long -temps étoit presque par-tout dénaturée par d'autres systèmes . Ne craignons
pas de le dire , l'Institution M. : . fut irop généralement répandue ; ce fut sans choix qu'on
prodigua , à qui le voulut , le titre de M .. , il devint peu important pour ceux à qui il fut
accordé, et les abus parvinrent alors à leur comble .
Dans ces tristes circonstances , que pouvoit et que devoit faire l'Ordre primitif ? La prudence
lui imposoit la loi de se concentrer en lui-même ,attendant de la divine Providence des temps plus
heureux pour se reproduire. De son côté , l'Institution M. : . livrée à elle -même ; quoique secrete , et
devant l'être par sa nature ,s'étoit prostituée presque publiquement ; ses établissemens multipliés
inconsidérément et la plupart sans choix , n'avoient plus de point central qui pût leur servir
de ralliement , ni de but fixe et satisfaisant ; les Maçons sentirent alors qu'il falloit ou aban
donner l'institution , ou chercher le point central et le vrai but , parce qu'ils reconnurent qu'une
telle institution , qui avoit traversé tant de siecles , et qui malgré sa corruption se soutenoit et
conservoit un caractere d'antiquité et de sainteté , devoit nécessairement en avoir un ; mais
ne le trouvant pas, ils en créerent d'arbitraires , car il en falloit au moins un quelconque
qui justifiât leur existence M :. aux yeux d'un public curieux ; alors ne tenant plus à l'Ordre
essentiel que par un fil qui se perdoit dans le labyrinthe obscur que les divers systèmes
avoient formé , l'Institution M .. s'étoit rangée elle-même dans la classe des sociétés ordi
naires , et en adoptant leurs loix et leurs usages , elle n'en fit qu'un mélange confus avec
celles de l'Institut primitif qui avoient été conservées.
Les classes symboliques devinrent pour la plupart des écoles de morale ; mais les leçons
resterent dénuées de leur force originelle , par le défaut d'explication naturelle de ces sym
boles fondamentaux, dans les classes supérieures ; car le M . : . en s'élevant dans les hauts Grades,
n'obrenoit aucun développement vrai des emblèmes qu'on lui avoit présentés dès ses premiers
pas dans la carriere M ... Alors la bienfaisance , cette vertu favorite des belles ames , devint le
:53

cri de ralliement de tous les Régimes, et on la regarda comme le vrai but de cette institution ;
il put devenir ostensible , et c'est tout ce qu'on vouloit. La chaleur du sentiment avec lequel
il fut promulgué ne permit pas de remarquer que tout louable et ancien qu'il pouvoit être ,
il n'avoit pas besoin des épreuves , ni des sermens ; et qu'il ne devoit pas être l'unique terme des
Allégories M .. La multitude ne s'apperçut pas que les actes de bienfaisance qu'on avoit jetés au
hazard , se perdoient presqu'aussi-tót dans la nuit de l'oubli , on se contenta de ce but accessoire ,
on abandonna l'essentiel , et presque tous les yeux se fermerent sur des recherches plus utiles.
Dans cet état des choses , qui est devenu dominant, on peut donc dire que l'Institut est mixte
aujourd'hui ; c'est-à-dire, qu'il est à la fois Ordre essentiel, quant à son but primitif , et Société
conventionnelle dans sa forme extérieure ; d'autres diront peut-être qu'il est en tout Société con
ventionnelle , parce qu'ils se refuseront à admettre l'Ordre essentiel dont l'existence ne leur est
pas démontrée.
Mais ce tableau que je viens de présenter , contient-il la vérité, ou n'est-il qu'une fiction
agréable ? Il n'y a que ceux qui appartiennent à l'Ordre essentiel, qui peuvent prononcer. Sous
le voile qui couvre la M .., j'ai cru appercevoir le nud , et j'ai dessiné d'après ce que j'ai
entrevu . Je puis m'être trompé , mais ce n'est pas dans l'ensemble , et j'oserois défier les parti
sans du système des T.de montrer de même d'une maniere vraisemblable une analogie soutenue
des forines et Rits M . : . fondamentaux , avec l'histoire de cet 0. malheureux . Ce que j'ai
dit paroîtroit chimérique à quelques -uns , si je n'ajoutois ici quelques réflexions que je crois
importantes , parce qu'elles naissent des faits , et de l'état actuel des choses dans presque tous
les Régimes M. ' .. Je vais parler de la Chevalerie en général relativement à l'Ordre du T. et
à la M . :: j'abrégerai néanmoins , car sur chaque objet on pourroit faire un volume . Je ne
jette donc que quelques idées , et je marche rapidement au but que je me suis proposé dans
ce chapitre.

S. VIII . Comment les Maçons doivent considérer relativement à eux , l’O.du T.


et l'Ordre de Chevalerie.

Si j'ai paru quelques instans le dépréciateur d'un des sysêmes dominans , on verra que je
ne le suis point de l'Ordre même qui lui a donné naissance ; je vais même rendre aux par
tisans des Ch. T. plus que je ne leur avois ' ôté . Peut-être nous trouverons-nous d'accord
après avoir été en apparence divisés d'opinion.
J'aime à croire que les pieux Chevaliers qui formerent cette milice sainte du véritable et du sou
verain Roi connurent EN PARTIE l'Institution primitive M .. dans toute sa pureté ; mais les mo
numens qu'on a trouvés dans leurs anciennes possessions , attestent qu'ils n'en furent pas les inven
teurs , mais seulement les conservateurs et les propagateurs , sans pour cela qu'ils fussent les seuls ;
car du tronc principal de l'O . essentiel , il sort tant de branches , qu'il est possible qu'ils n'aient
pas eux.mêmes connu tous les différens fruits qu'elles produisent . Le but ostensible des Ch . de l’O.
du T. , celui qui leur obtint la sanction de l'Eglise et la protection des Gouvernemens, fut la
défense des Lieux Saints et de la Religion , à laquelle ils se vouerent. Leurs commencemens
furent modestes ; nous savons qu'ils joignirent aux vaux de chasteté', d'obeissance et de pauvreté';
celui d'hospitalité qu'ils étoient pour lors dans l'impossibilité de remplir. Mais une chose plus digne
de remarque , parce qu'elle semble nous indiquer qu'ils avoient un but secret , c'est de voir que
quelques Ecrivains prétendent que pendant les neuf premieres années de leur institution , il ne leur
fut pas permis d'étre plus de neuf.Comment ce petit nombre auroit-il pu remplir le but osten
sible de leur établissement ? de quelssecours pouvoient être , pendant les neuf premieres années
ces neuf Chevaliers, pour la défense des Lieux Şaints ; et dans leur indigence , quelle hospitalité
pouvoient-ils exercer envers les pauvres ? N'apperçoit- on pas les fondemens d'une autre insti
iution dont celle- ci n'étoit que le voile ? Tout porte à croire que ce fut par une délibération
sage de l'Ordre essentiel que les choses furent ainsi réglées , et qu'il voulut d'abord occuper
des objets plus réels , d'une utilité plus générale , et qui pouvoient convenir à tous les temps,
ceux qui dans la suite devoient accroître leur nombre pour servir et défendre la Religion
autrement que par la valeur, en instruisant à leur tour les FF. qui se réuniroient à eux ,
ou du moins ceux qui s'en rendroient dignes.
C'est peut-être dans cet Ordre essentiel que nous apprendrions à connoître ce qu'est réelle
ment cette ancienne Chevalerie qu'on s'est contenté de regarder comme un établissement politi
que et militaire ; parce que les hommes qui veulent toujours rendre raison de tout , juger ce
qu'ils ne savent pas connoître , ne peuvent consentir à suspendre leur opinion ; et les choses
qu'ils ne peuvent expliquer ils les présentent comme des fables absurdes. ( 1 ) C'est peut-être là

( 1 ) Lorsqu'on considérera attentivement les emblèmes par inonts et par vaux , qu'il devoit défendre contre tous
que les traditions allégoriques de la Chevalerie nous ont ses adversaires, en les forçant de convenir , par des com
conserves , on se persuadera sans doute que dans leur bars à outrance , qu'elle surpassoit intiniment tout ce que
origine , et avant que les Romanciers y eussent ajouté des la nature avoit produit de plus parfait. Le Chevalier devoit
extravagances , ces emblèmes figuroient à des choses très s'occuper jour et nuit à la contemplation de la vertu , de
importantes, et peut-être alors on ne demandera plus ce la pureté et des perfections de cette maîtresse de son ame,
qu'il peut y avoir de commun entre cer Ordre et l'Ordre de cette Beauté ravissante , dont personne ne devoit parler
essentiel de la M .:. Quelle image touchante ne nous pré qu'avec le re :pect le plus profond. Tout Chevalier deloval
sente pas l'emblème de cette Princesse , vierge , belle er qui avoit médit de l'idole de son cour , il devoit le poursui
incomparable qui devoit être l'objet mystérieur des vreux vre jusques aux extrêmites de la terre , le combattre et
et des travaux de tout preux Chevalier ; ceite Dame de ses le punir. Il ne pouvoit se reposer , ni quitter les armes ,
pensées , cette Souveraine de son coeur, qu'il devoit chercher qu'après ayoir fait la conquête de serie Belle , si chaste
* 54

la véritable origine du nom de Chevalier qui est donné à l'Apprentif dans certains Régimes ,
et de tous ces Grades équestres que le plus grand nombre a encore retenu. Il n'est pas
indifférent avant de poursuivre , de nous arrêter un instant sur l'Ordre de Chevalerie , puis
que les premiers T. et puisque les Maçons l'ont été , le sont , et paroissent , du moins le grand
nombre , vouloir continuer à l'étre ( 1 ) .
L'opinion qu'un grand nombre de FF. instruits ont adoptée sur l'Ordre antique de Cheva
lerie duquel sont provenus tous les Ordres particuliers , religieux et militaires , exige la
plus sérieuse attention ; et quand on lit l'histoire dans un autre esprit que celuides Historiens
qui l'ont écrite , il est difficile de se refuser aux divers points de vue que la Chevalerie nous pré
sente. On sait en effet , qu'il existoit entre les Chevaliers une fraternité et des liens inconnus à
ceux qui n'avoient pas ce titre ; on remarque qu'il y avoit une supériorité attribuée à quel 1
ques-uns dont le public ignoroit les causes , comme il a toujours ignoré les secrets de leurs 1
constitutions , la nature du serment qui les lioit à la Chevalerie , et ce que c'étoit que la
Chevalerie . Le voile le plus épais est étendu sur son origine ; si quelques-uns ont tenté de
le soulever , ce n'a été que pour nous empêcher de considérer les objets comme ils devoient
l'être . Nous voyons dans l'Histoire Sainte qu'il existoit des Chevaliers ; on pourroit citer
plusieurs faits qui l'indiquent : au moins voit-on que David fut fait Ecuyer par Saül, ce qui
suppose le Grade supérieur dans ce dernier ; aussi David fut-il placé dans la suite au nombre
des neuf preux Chevaliers qui au rapport de Wulson étoient trois Hébreux , trois Gentils et trois
Chrétiens : Josué , David , Juda Machabée , Hector , Alexandre le Grand , Jules César , Artur ,
Charlemagne et Godefroy de Bouillon . Le P. Anſelme, d'après d'autres anciens écrits sur la
Chevalerie , met à la place d'Hector et d'Artur , Gedeon et Samson . Cette tradition ancienne
parmi les Chevaliers peut au moins suspendre l'opinion du Maçon qui en prend le titre. Er
effet , les cérémonies qui se pratiquoient dans leurs réceptions ( 2 ), non moins altérées aujourd'hui
que nos Rituels, ont un caractere symbolique , religieux etmystérieux qui montre quelqu'analogie
avec nos usages . On les voit revêtus de l'habit blanc au moment de leur réception , les purifi
cations symboliques y sont employées, etc. C'est en parcourant l'histoire de la Chevalerie et
de tous les Ordres qui en sont provenus, qu'on y apperçoit des choses si surprenantes qu'il
est difficile de se refuser à croire que nous ne connoissons de la Chevalerie que l'écorce ,
comine la multitude ne connoit que celle de l'Institut M ...
Cependant tous les Auteurs les plus estimés s'accordent à reconnoître , dans les formes de la
Chevalerie , des rapports sensibles avec les cérémonies employées dans les diverses Eglises
Chrétiennes pour l'administration des Sacremens. Les plus anciens Panegyristes parlent des enga
gemens des Chevaliers comme de ceux de l'Ordre Monastique et même du Sacerdoce ; ils
semblent même vouloir mettre la Chevalerie au niveau de la Prelature. Tout ce que la Religion
a de plus sacré et de plus imposant y étoit employé : c'étoit aux pieds des Autels que le
Chevalier prononçoit ses væux qui tendoient au maintien et à l'honneur de la Religion et
de la Chevalerie ;( 3 ) c'étoit également aux pieds des Autels que le Chevalier étoit armé , et
on lui apprenoit alors que tout y'etoit mystérieux et que chacune des choses qu'il recevoit étoit
un emblème qui le devoit instruire de son devoir .
L'Ordre de Chevalerie a donc vraiment un caractere d'antiquité et de mystere qui peut per
mettre d'y voir des analogies avec l'O . essentiel que nous appellons justement le St. 0.; et dans
cette allégorie d'un Poëte très-ancien , la vérité semble y èire peinté : « La Chevalerie , ( dit -il,

et si parfaite , afin de se prosterner à ses pieds. Son liers M .:. ressemblent aux Héros romanesques qui courent
obligation la plus stricte étoit d'entreprendre tous les les aventures , vous n'êtes pas de ce nombre : on vous indi
travaux qu'elle exigeoit de lui , de combattre même les que assez quels sont les ennemis que vous avez à com
monstres et les géans ; de forcer enfin tous les Che battre , et si vous déposiez votre lance et votre écu , vous
valiers de rendre hommage à ce chef- d'oeuvre de la Di prouveriez que vous n'avez plus le courage de vos ancê
vinité. Prestiges, fantômes , murailles élevées , tours et tres . Soyons Chevaliers de la Fui, ce titre n'est point vain ;
châteaux , forêts sombres et enchantées, rien ne devoit eut- elle jamais si grand besoin de défenseurs que dans ce
l'arrêter dans ses recherches ; il falloir surmonter tous les siecle ? restons réunis sous cente banniere sainte , nous
obstacles , vaincre ou périr , pour la délivrer des mains des recevrons le prix de notre constance .
Ravisseurs qui la tenoient dans l'esclavage. Or quels ( 2) Le Gentilhomme qui devoit être armé Chevalier ,
moyens ces traditions allégoriques supposent-elles aux passoit, la nuit avant sa réception , dans une Eglise
Chevaliers pour opérer de si grands prodiges de valeur et armes qui lui
priant Dieu au pied de l'Autel , à côté des soutane
de fidélité ; un amour extrême, un courage éprouvé, une érvient destinées . Son habit alors , étoit une brune,
force et une adresse sans égales , la constance infatigable comme simple Ecuyer. Le lendemain il devoit se baigner,
dans le combat , l'intrépidite dans le péril. Toujours pos . & communier, puis il se mettoit sur un lit , où on lui appor
sesseurs , ou d'une épée enchantée , et ils frappent des toit les habillemens de Chevalier dont il devoit être revêtu. Il
coups assurés et terribles auxquels rien ne peut résister ; faisoit ensuite serment de défendre la Religion , de protéger
ou d'une armure impénétrable , et ils sont à l'abri des coups les Orphelins , les Veuves et les Indéfendus. C'étoit alors
de leurs adversaires ; ou enfin avec une voix qui , seule , qu'on lui remettoit une longue épée, laquelle avoit éré
glace leurs ennemis d'effroi , ils mettent en fuite les mons auparavant benie par un Prélat, et qui devoit avoir demeure
tres, soumettent les Magiciens et les Enchanteurs , et deli plusieurs jours sur l'Aurel , pour y acquérir par cette con
vrenc l'innocence et la vertu. J'ai cru devoir presenter ces secration , la force nécessaire contre les ennemis de J. C.
allégories sublimes , quoique peut- être elles n'intéresseront ( 7) Suivant le Livre de l'Ordre de Chevalerie : l'office de
pas également tous les Lecteurs, et qu'il s'en trouvera qui Chevalerie est de maintenir la Foi Chrétienne. V. Wulson ,
ne pourront pas en faire l'application toute entiere. tom . I. pag . 25 ,qui rapporte la formule ou plutôt l'esprit
( 1 ) Il n'est point indifferent de voir presque tous les du serment des Chevaliers. Il ajoule ensuite : * Et pour ce,
Maçons devenir Chevaliers , et ce seroit le sujet d'une » ( dit le Prophete ) que l'homme ne se doit point fier à
longue et intéressante discussion. Tout effet a sa cause; » sa force , ni en la force de sa Chevalerie , mais en la
et encore que l'on veuille tourner en ridicule cette Milice » grace de Dieu ; car les hommes font les batailles , mais
pacifique , je dirai toujours à mes FF ., suspendez votre » Dieu donne la victoire. » Comme il ne cite pas le texte ,
opinion , ne jugez pas , comme le vulgaire , de ce qui ne je n'ai pas eu le loisir de vérifier dans les Prophetes s'il
vous est pas bien connu ; consentez à courir cette carriere n'y a pas ajouté ce qui est souligné. Ailleurs il dit : Ce
chevaleresque ; peut- être , quand on publiera un tournoi, n'est pas sans cause que les ſaintes Ecritures appelleni
serez - vous fachés d'avoir abdiqué ce titre ; la barriere ne Dieu , le SEIGNEUR DES ARMÉES , comme si elle
s'ouvriroit plus pour vous . Si quelques -uns de ces Cheva youloit dire , le Capitaine -Général de tous les Chevaliers.
en
55 &

9 en parlant des vertus ) en est la fontaine , et l'on ne peut tant y puiser qu'elle soit jamais
» tarie: de Dieu vint ; et les Chevaliers sur qui elle découle de la tête aux pieds en sont les
» possesseurs : ils tiennent en fief tout ce qui en arrose le reste du monde ; autres gens n'en ont
» que l'écorce » . ( 1 )
Si nous voulons avoir une haute idée de l'antique Chevalerie , rappellons-nous qu'autrefois ,
avant que les Empereurs fussent couronnés , ils étoient faits Chevaliers par les Cardinaux
ou Prélats , qui étoient députés pour représenter dans cette cérémonie la personne du Pape. La
Chronique de Flandres sous l'année 1247, nous apprend que Guillaume Comte de Hollande , elu
Roi des Romains , n'étant que Damoiseau , fut fait Chevalier avant que d'être couronné à Aix
la -Chapelle en Allemagne, par Pierre Capucio , Cardinal de s. George au voile d'or, à qui
le Roi de Boheme , l'un des Électeurs de l'Empire, présenta après l'Evangite , le futur Chevalier.
Wulson qui donne le détail de cette réception , rapporte, pour confirmer que par la cou
tume ancienne , les Princes Souverains recevoient l'Ordre de ' Chevalerie des mains des
Prélats , qu'encore aujourd'hui nos Monarques très-chrétiens , après être sacrés et couronnés, re
çoivent l'Ordre de Chevalerie par les Prélats qui les ont sacrés et couronnés. Le Roi Henri
le Grand le reçut par Nicolas de Thou , Evêque de Chartres ; et le Roi Louis XIII , par les
mains du Cardinal de Joyeuse , Archevêque de Rouen . ( Wulson , tom . I. pag. 583. ) Ajoutons
enfin , que Louis XI voulut recevoir l'Ordre de Chevalerie de la main de Philippe , Duc de
Bourgogne , le jour de son Sacre. François I , avant la bataille de Marignan , reçut lemême Ordre
par ce fameux Bayard que sa vertu fit surnommer le Chevalier sans peur et sans reproche.
La Dignité des Chevaliers étoit en si grand honneur qu'ils avoient droit de s'asseoir à la
table du Souverain , honneur que n'avoient point ses fils mêmes , ni ses freres, s'ils n'étoient
Chevaliers . La politique seule n'opere pas de si grandes choses ! quelle foule de réflexions
naissent de ces faits ! quelles lumieres ils semblent répandre sur l'Ordre antique de la Cheva
lerie ! ( 2 ) 7
En considérant cet Ordre dont l'origine est un problème, nous apprenons à connoître
ce qu'étoient les premiers Chevaliers T. qui s'appellerent d'abord pauvres guerriers de la milice
de Christ et du Temple de Salomon ; ces Chevaliers tenoient à l'Ordre général de la Chevalerie ;
la forme qu'ils adopterent extérieurement , n'empêche point qu'ils n'eussent une forme secrete
et intérieure ; la premiere n'étoit que le moyen de s'associer des coopérateurs pour remplir leur
but ostensible , en même temps qu'elle servoit à conduire à un autre terme ceux qui s'en
rendoient dignes. Et pour parler le langage mêmede la Regle, cet Ordre très-peu nombreux
dans le commencement, tiroit sa premiere origine de celui qui dit : c'est moi qui suis le
Principe et qui vous parle. C'est pourquoi lorsque quelqu'un de la masse de perdition , veut
s'attacher à cette Société , qu'on ne le lui accorde pas d'abord ; mais selon les Commandemens
de S. Paul : Eprouvez les esprits s'ils sont de Dieu ; et après qu'on lui permette l'entrée , ajoute la
Regle ; le Maître régloit les conditions de son temps de probation. Mais ne nous arrêtons pas
plus long- temps à cette Regle trop ouvertement enfreinte par ceux-mêmes qui s'attachent au
système de restauration ; le seul objet qui m'occupe, est de prouver que ces Chevaliers avoient
une Regle intérieure . L'Histoire qui ne présente à la multitude que des faits absurdes , incroya
bles , devient pour le Maçon un flambeau qui , tout foible qu'il est , peut cependant servir à
le guider au milieu de ces tenebres que le temps a encore épaissies.
C'est à l'époque de la condamnation de l'Ordre du T. qu'il faut se transporter pour avoir
la preuve que nous cherchons. On a cent Ouvrages sur l'abolition de cet Ordre , et pas un sur
l'Ordre même. Aucun Historien ne nous a transmis des lumieres sur son Institut , sur ses Gra
des , ses cérémonies ; et cela ne nous surprend pas , le secret' auquel ils s'étoient voués n'a pas
permis de percer ces mysteres ; l'histoire de leur catastrophe est donc très- infidelle ; et com
ment ne le seroit- elle pas ? Quand un Roi puissant , accusateur et juge, a fort bien dit M.
Walpole dans ses doutes sur Richard III., tous les Historiens lui servent de témoins.
On est revenu , a dit justement le F. à Fascia, des ridicules et pitoyables accusations dont en un
siecle demi-barbare, on a cherché à voiler le véritable motif de la condamnation de cet Ordre. On leur
imputa en effet les mêmes crimes , dans le X et XI siecles , dont on avoit dejà accusé toutes
les Sectes connues en Occident : Manichéens , Bogomiles , Cathares ou Puritains, Albancis et
Vaudois. Ces fables atroces n’existerent jamais que dans l'imagination des Inquisiteurs et des

(1 ) ( L'Auteur du Roman des Ailes . ) On s'étonnera de licæ fidei divinitùs revocarunt : et qui avoit fait enfin suc
trouver un Romancier cité dans une foule de passages céder aux troubles et à la guerre , la paix et la tranquillité.
tirés des Livres Saints ; mais Wulson deja, cité remarque dont l'Etat avoit joui long-temps.
avec justesse , que parmi un nombre infini de fictions qu'on (2) Pour nous convaincre que dès 1389 , on méconnois
trouvé dans les Romans , ceux qui saveni l'Histoire ancienne, soitdéja ce qu'étoit la Chevalerie , écoutons l'Historien de
y trouvent beaucoup de vérités . S. Denys ; il nous apprend qu'on avoit perdu jusqu'au sou
On p ut consulter avec plus de confiance les Ordon venir des anciens usages : après avoir fait un récit très-cu
nances des Rois de France: le Roi Jean en 1352 , rap rieux de la Chevaleire , que leRoi Charles VI conféra dans
pelle les exploits de l'antique Chevalerie , qui avoit telle l'Eglise de S. Denys au jeune Roi de Sicile et au Comte du ?
ment brille dans tout l'Univers par l'éclat de sa valeuret de Maine ; il dit que ces Princes qui éroient freres, comparu
sa vertu : ( per universum orbem sic strenuitate et nobilitate rent, pour faire la veille des armes , dans un équipage aussi
floruit et viguit probitate. ) Après Dieu , dit-il , c'étoit elle modeste qu'extraordinaire, afin degurderles ANCIENNES
qui par sa bonne intelligence et sa franchise , ( sinceriter et coutumes de la NOUVELLE Chevalerie , c'est-à -dire , de la
unanimiter, ) avoit fait triompher les Rois ses prédéces réception des nouveaux Chevaliers, qui les obligeoit à pa- ,
seurs de tous leurs ennemis , qui , comme par miracle , roître en jeunes Ecuyers ; puis ayant fait le dérail de leur
(divinitùs ) , avoit ramené à la pureté de la Foi Chrétienne, équipage , il ajoute : cela sembla fort étrange à beaucoup de
un nombre prodigieux d'infideles , dans les Croisades , gens parce qu'il y en avoit fort peu qui sussent que toir
et infinitos quos perfidus inimicus humani generis in vera fide t'ancien Ordre de pareille Chevalerie ,c'est-à -dire, que c'ém .
Christi , dolo sive calliditate , errasse fecerat, ad yera ('aiho toient les les anciennes cérémonies de la Chevalerie.
H
* 56 1

Historiens. On ne fait plus difficulté de dire aujourd'hui que les crimes dont on accusa ces
Chevaliers n'étoient qu'un artifice des Puissances qui vouloient envahir leurs biens ; lesquels
écoient en effet immenses . Les paroles même du Concile de Vienne s'expriment de maniere à
confirmer cette opinion . « C'est avec une grande douleur et une extrême amertume de cæur ,
» y est-il dit , qu'étant obligés de procéder dans cette affaire , non par voie de sentence défi
» nitive , que nous ne pourrions prononcer de droit selon les informations faites pour l'instruction
» de ce proces, mais provisionnellement.ET EN VERTU DE L'ORDONNANCE APOSTOLIQUE ,
» nous avons cassé , etc.»
Mais attachons-nous à ce Régime intérieur dont j'ai parlé . Nombre de faits indiquent que
les T. avoient une Regle secrete , différente de la Regle connue. A la premiere , étoient initiés
les seuls Chevaliers ayant droit d'entrée dans les Chapitresgénéraux : ILS ÉTOIENT PEU NOM
BREUX. Aussi lisons -nous dans l’Historien Du Puy , ces paroles de quelques Chevaliers : Mais
ce ne savent pas tout li Frere , FORS LI GRAND MESTRE ET LES ENCIEN. Un Magistrat
de Laon , nommé Rodolphe dePraëllis, rapporta sous serment, nous dit encore Du Puy ,qu'ayant
été étroitement lié avec le Recteur de la Maison du Temple à Laon , celui - ci lui avoit
parlé cent fois d'articles secrets dans leurs Régimes , qu'au prix de sa tête il ne pourroit révéler.
( Du Puy, pag . 202 et 525. )
Trois Grades successifs paroissent avoir constitué la profession du Temple. On n'y connois
soit point de Noviciat , le premier Grade en tenoit lieu , ! ibid. pag. 374.) on y admettoit les
Chevaliers reçus d'après la Regle publique. Au second , l'on faisoit serment de ne jamais sortir de
l'Ordre ; au troisieme Grade , on devenoit Profes ; dès ce moment , les Chevaliers étoient
les grands Dignitaires de l'Ordre , ils entroient dans l'intime confidence de l'Ordre et de ses Loix ,
participoient à sa direction , assistoient aux Chapitres généraux.
Ces assemblées , et celle de réception étoient aussi clandestines que leur objet. La clandestinité
de leurs Assemblées est généralement reconnue par tous les Historiens , et aucun des accusés ne
la démentit . ( Matth . Paris , pag . 773. Du Puy , pag. 300 , 304 , 393,1524 , 532. ) Dès le
premier Grade , les portes étoient fermées ;,nul profane n'étoit admis. Au second', le lieu da
Conventicule étoit gardé ; on préposoit des sentinelles sur les avenues , quelquefois même sur
les toits: si l'Assemblée se tenoit dans une maison privée , tous les habitans étoient obligés d'en
sortir , jusqu'à la conclusion ; tout ce qui peut inspirer le devoir , la nécessité , le zele du secret
étoit employé. ( Du Puy , pag. 519,520 . )
C'est assez de ces faits. On a beaucoup argumenté de cette clandestinité pour regarder leur
Regle intérieure comme dangereuse et contraire à la Religion ; on s'est étonné cominent ceux
qui la connoissoient ne se sont pas empressés de montrer leur innocence , par la nature et par
les motifs de leurs secrets ; mais , après tout ce que nous avons dit ci-devant de l'Institution
primitive , qu'il est difficile à présent de douter avoir été connue partiellement de quelques-uns
des T. ,ilme semble qu'on peut et qu'on doit en conclure qu'ils ne pouvoient racheter leur
vie au prix d'une indiscrétion ; et ceux qui eurent le généreux courage de résister aux
tourmens , y furent déterminés par des motifs qu'il ne nous est pas permis de juger ; tout ce
que nous pouvons faire , est de les admirer et de les respecter.
L'on n'a donc que des idées vagues de ce qui se passoit dans l'obscurité de ces Chapitres :
mais nous savons que les T. , avant l'abolition de leur Ordre, ont connu l'initiation M.: ; nous
savons que ceux qu'on appelloit Profès étoient peu nombreux , que les FF . ne savoient pas
tout , qu'il n'y avoit que le Grand-Maitre et les Anciens qui étoient dans l'intime confidence de
l'Ordre et de ses Loix ; qu'il y avoit des choses secretes dans leur Régime qu'au prix de leurs
têtes ils ne pouvoient révéler. En faut - il davantage pour nous convaincre que ces secrets étoient
de la plus grande importance ? Nous ne serons plus étonnés à présent d'entendre dire qu'il y a une
science M .:. qui ne peut-être révélée à tous , et que l'Ordre dépositaire de cette science , qui
l'avoit confiée aux T. doit être peu nombreux. Je ne conçois pas comment l'on n'a pas fait atten
tion que les T. pouvoient parvenir à être Maçons, quoique tous ne parvinssent pas à être Profès;
et que dans le systême actuel du T. , tous les MM .:: se borneroient à être T., ce qui , en ren
versant la progression , rameneroit le M.. au premier terme , au lieu de le conduire au dernier .
En partant des bases que nous venons de poser , il est facile de se former une idée juste du
système de la restauration . Que quelques-uns des Profès de l'Ordre du T. qui échapperent
à la persécution , aient connu une partie quelconque de ce qu'il y avoit de plus secret dans
l'Ordre , j'en suis convaincu ; et jy trouve la raison des formes M .: qu'ils employerent dans leur
intérieur. Qu'ils aient imaginé de s'en servir avec le double objet de perpétuer leur Ordre éteint
et ce qu'ils connoissent de ľOrdre essentiel, cela se conçoit; mais pour le premier but ,ils n'auront
pas abandonné le second ; et quand ils auront vu d'un côté , la difficulté et même l'impossibilité
de restaurer l'Ordre extérieur , et que de l'autre , ceux qu'ils y avoient admis s’attachoient à
ce seul objet , ils se seront renfermés en eux - mêmes , ils se seront réunis à l'Ordre essentiel ,
et auront abandonné aux Maçons T. les formes extérieures , lesquelles ont dû ainsi s’altérer
rapidement par l'ignorance de leur véritable but.
C'est ainsi qu'il me paroît demontré que le vrai but de la F. :: M .: n'est pas d'être T.:
mais en même temps j'apperçois la nécessité de conserver un Ordre équestre ; d'adopter le
titre que dans leurs modestes commencemens nos FF . porterent ; de conserver même des
rapports historiques avec l'Ordre du T .; mais il faut abandonner tout-à-fait le système chimé
rique de redevenir ce qu'ils étoient avant leur extinction ; et chercher à nous lier au tronc
majestueux dont ils furent une branche ; ce systeme ( si c'en est un , ce que je ne puis décider ,)
est satisfaisant , présente un champ vaste à parcourir , et ne peut avoir rien de dangereux.
$ 7

Je sais que je ne parviendrai peut- être jamais au but essentiel que j'entrevois ; mais je trouve sur
cette longue route des lieux de repos si satisfaisans que mon esprit ne s'en affecte point ; j'ai
démontré ailleurs que suivre l'autre système , c'est entreprendre la chose impossible , et
que vouloir restaurer l’O . du T. , c'est travailler comme Pénélope à défaire la nuit l'ouvrage
de la journée.

S. IX . Ce que seroit l'Institution si la Société M .. étoit ordonnée sur ce plan ,

: Si je ne mesuis point fait illusion , et si les choses étoient ou pouvoient être telles que je viens
de les exposer , ce seroit la Société la plus importante , la plus essentielle au bonheur des hom
mes', et sans contredit ce seroit la Société la mieux ordonnée qui eût jamais existée. Résumons
en peu de mots
Toute Société doit avoir un but , et celle- ci en auroit sans doute un très-réel. Elle existe
mystérieusement au milieu de la grande Famille humaine ; elle embrasse tous les états , toutes
les Nations , et l'on peut dire toutes les sociétés particulieres ; de maniere qu'elle forme un
tout dans le tout. Son but doit donc être de ne pas troubler l'ordre et l'harmonie qui entretieni
čès Sociétés particulieres : elle doit faire plus ; elle doit tendre à renforcer les liens qui unis
sent les homines entr'eux. Quelle marche suivre pour parvenir à ce but sublime ?
L'Institution doit en quelque sorte recommencer l'éducation du Maçon , et sous le voile des
emblèmes lui présenter les objets les plus dignes de son attention , demaniere que son amour
propre n'étant jamais blessé des leçons qui lui seront données , elles lui soient plus profitables
et plus attrayantes. Ce ne seront d'abord que des instructions sur la Morale ; mais sur cette
Morale épurée par la Religion , laquelle force le M..à reconnoître.lui -même qu'il existe
pour l'homme des vérités de la plus grande importance. De la Loi de nature par laquelle il
s'étoit guidé dans le monde , on le transporte emblématiquement sous une Loi de promesse ;
et ramené dans l'ancien Temple , on lui rappelle la nature de ces promesses , et qu'elles ont
été remplies en faveur de l'homme. Celui qui resteroit à ce premier degré, s'y reposeroit
agréablement ; l'Institution ne lui auroit pas été inutile ; et lui-même ne seroit pas inutile à
l'Ordre . Les instructions morales qu'il auroit reçues , en le rendant meilleur, en lui apprenant
à respecter ce qu'il ne savoit pas apprécier , feroient de lui un citoyen plus vertueux , plus
attaché à ses devoirs , plus utile a la Société ; et déja il exerceroit la bienfaisance d'une
maniere plus générale que par les largesses qu'il répandroit dans le Temple Maçonnique pour
le soulagement de l'humanité souffrante. Si d'un côté l'Institution lui rend cet important ser
vice , elle en est payée par les efforts de ce F. pour concourir à une partie de son but
ostensible : la Bienfaisance. En tempérant ses passions, la M : fixé sur lui d'une maniere inté
ressante les regards des hommes , qui apprennent tôt ou tard qu'ils doivent à l'Institution cet
heureux changement . Ceux qui sont parvenus à un degré plus élevé , se rapprochent avec
plaisir de celui qui n'a pas encore la force de le monter; il voit les liens de l'amitié se resserrer
de plus en plus ; les FF. qui par leur rang dans la Société civile sont à une grande distance
de lui, ou qui dans l'Ordre ont acquis une supériorité, franchissent l'espace pour se placer
au même niveau ; par un charme secret , il s'attache à l'Institution ; il s'apperçoit à peine qu'il
est à un degré inférieur , et il y jouit du bonheur de l'amitié et de la vertu .
Le Maçon au contraire , pour qui ces premieres leçons sont devenues plus expressives , qui
a montré qu'il étoit jaloux de soulever le voile , on le transporte pareillement à l'aide des
emblèmes de la Loi de promesse à celle où leur accomplissement a lieu . Le passage de l'une
à l'autre est préparé par un degré où les objets sont plus développés ; alors on ne se contente
pas du desir qu'il a de connoître les vérités qu'on ne lui a présentées qu'à travers le voile ,
on exige de lui une profession qui ne laisse aucun doute sur ses sentimens : ce n'est qu'alors
qu'on lui donne le signe caractéristique qui appartient à un vrai Chevalier de la Foi ; à ce titre
il s'engage à pratiquer les vertus dont il a appris à reconnoître l'importance ; et c'est alors
l'éducation du Maçon est achevée pour un grand nombre ; c'est assez , et que faut- il
de plus que d'être zélé Chrétien ? ( 1 ) Combien , je ne crains pas de le dire , qui sans
l'Institution M . :. eussent vécu au hazard , méconnoissant la vraie nature de l'homme et
l'importance des vérités religieuses. Parvenu à ce terme , le M :. répand sur les hommes et
sur ses FF. , l'esprit dont il est pénétré ; la bienfaisance M .:. lui devient facile à exercer , et
ce n'est plus avec un glaive meurtrier que ces nouveaux Chevaliers combattent les ennemis
de la Ste. Religion Chrétienne; c'est par leurs exemples , leurs discours , leur douceur et
même leur tolérance qu'ils attaquent cette incrédulité qui sur son trône veut usurper les
honneurs divins ; ces armes furent toujours plus victorieuses que celles qui firent tant de plaies
à l'humanité. Ce n'est pas à l'homme à venger la cause de Dieu , et le sang qu'il répandroit au
nom de la Religion , est une offrande qu'elle désavoue . Le M .. rejette avec horreur l'idée d'un
Dieu abreuvé de sang : répandre le sien pour la cause du Christianisme , et défendre ses
semblables ; voilà les devoirs d'un Chevalier de la Foi .
L'édifice semble achevé , et quand il devroit rester à cette élévation , le Maçon pourroit s'en
contenter ; mais nous avons vu que c'est jusques- là que la Société M .: est conventionnelle , quoi
qu'elle soit mêlée de quelque chose d'essentiel qui y est , et doit y être fortement indiqué . Ici doit

( 1) De quoi se glorifioit en effet le plus l'Apôtre S. personnes voudront peut-être répandre sur moi, non eru
Paul ? c'est de ne savoir autre chose que J. C. et J. C. | besco Evangelium . S. Augustin nous l'a dit , Quid rimes
crucifié. Je ne craindrai point de ridicule que quelques fronti tuæ , quam signo crucis armasri ?
H2
58

s'ouvrir une nouvelle carriere pour ceux qui auront su mettre à profit ces instructions. Je
n'oserois en parler que par conjectures ; mais je l'ai dit , elles doivent avoir en elles des bases reli
gieuses propres à faire cesser toutes les vaines disputes entre les vrais Chevaliers de la Foi.On
conçoit aisément , ou du moins je le conçois , que les connoissances secretes de ce S. Ordre ,
auquel l'Institution M .:. est unie , ne peuvent néanmoins convenir à tous les Maçons. ( 1 ) Comme
nous avons vu qu'il en est qui doivent être arrêtés aux premiers symboles , de même il en est
sans doute qu'il faut arrêter à ce second terme , et à quil'on rendroit un dangereux service ,
si on les conduisoit plus loin ; ils ont eu la force de concevoir l'importance de rendre un
hommage pur à la Divinité , ils font leurs efforts pour y parvenir; mais leur vue seroit trop
foible, peut-être , pour soutenir l'éclat d'une grande lumiere ; leur intelligence ne seroit pas
susceptible de ce développement. L'on doit choisir avec soin le vase dans lequel on veut
déposer une liqueur ; et le Chymiste tenteroit en vain de conserver dans un vaisseau d'argent,
l'eau qui a la propriété de dissoudre ce métal ; il perdroit à la fois le vaisseau et la liqueur
déposée.
Il en est d'autres qui conduits par un espritde curiosité, par un desir immodéré d'acquérir
des connoissances , exigeroient des prodiges, ne chercheroient que cela ; ceux -là ne pouvant
jamais être satisfaits , l'Ordre prodigueroit vainement ses trésors; l'ambitieux ,et on l'est en tous
genre , a - t -il jamais su mettre un frein à ses desirs insatiables ? l'Ordre se refusera pareillement
à ces esprits légers et superficiels qui ne feroient aucun usage des connoissances vraies , à ces esprits
sarcasmatiques qui en abuseroient, à ces esprits faux et dangereux qui en feroient un usage repré
henſible. C'est le F. à Fascia qui le dit lui-même ; et sans prétendre designer personne , n'est- il
donc pas possible que la M .. ait dans son sein des hommes à qui ces traits puissent con
venir ? Un tel F. dissimulera pendant un temps ses vrais sentimens pour pénétrer les secrets les
plus cachés ; et si l'on n'éprouve pas sa constance et ses motifs , on s'exposera à confier des choses
importantes à celui qui en seroit indigne : ce seroit, pour nous servir des expressions d'un
Philosophe, semer sur les vagues de l'Océan tourmenté. On ne voit jamais ni les jaunes mois
sons s'élever sur les vagues de la mer , ni la reconnoissance naitre dans le cæur du méchant. Le
même Philosophe nous dit encore , qu'il ne faut pas même communiquer indifféremment son secret
à tous ses amis : il en est peu qui soient dignes de garder ce précieux dépôt. Si j'entreprends de gran
des choses, je ne me confierai qu'au petit nombre. L imprudence d'un moment pourroit me causer un long
repentir. ( Theognis) Ce qui est vrai dans l'ordre vulgaire des choses de la vie , acquiert ici un
nouveau degré de force. Et comment connoître les véritables sentimens d'un homme ? L'Artiste
habile découvre aisément le mêlange de l'or avec un métal impur ; mais pour distinguer ;
sous notre enveloppe corporelle , les sentimens de notre Etre intérieur, il faut de plus longues
épreuves ; et c'est lorsqu'un homme a renoncé à toutes les prétentions de l'amour propre ,
lorsqu'il a senti le prix des premiers bienfaits , qu'ilpeut être digne
d'en recevoir de plus grands.
Ainsi l'on voit , sans que je le dise , que la doctrine du F. à Fascia relativement aux opé
rations du Convent, et à la communication sans réserte des Mysteres M .; lesquels il prétend
appartenir de droit à tous les FF. est sans application à la question qui étoit à examiner , du
moins dans le sens dont il en a fait usage : car il est démontré que si la Société étoit ordonnée
ainsi que je viens de le dire, elle auroit un but , un but réel , essentiel , indiqué à tous dès les
premiers pas ; développé ensuite d'une maniere satisfaisante , à proportion qu'on s'en rend digne.
Or par le bien qui résulteroit de ce but , et l'objet vers lequel il dirige ,on pourroit dire qu'il
est à la fois honnête ,juste et utile . On pourra dire de inême que c'est suivre une regle honnête ,
juste et utile , que de n'en donner le dernier développement qu'à ceux qui en sont dignes , qu'à
ceux à qui il peut être utile , à qui il peut procurer quelque bien , il ne seroit en effet ni
honnéte , ni juste , de donner ce qui non seulement ne sauroit être utile , mais qui pourroit
encore troubler le bonheur des FF. ( 2 ).
Je dirai pareillement que c'est une erreur , un dangereux sophisme de prétendre qu'il est des
connoissances qu'on peut donner sans éprouver le moindre dommage; celles dont il s'agit , doivent
être exceptées de la Regle d'Ennius ; celui qui prodigueroit sa lumiere , courroit risque de la
voir s'éteindre; Ennius a été expliqué par Ciceron e , t il nous dit de mesurer nos libéralités
en sorte que notre feu nous éclaire toujours ( 3 ) .
Ceux qui ont acheté pondere metalli , pour parler le langage intéressé du F. à Fascia ,
le droit d'avoir la connoissance intime du but , n'auroient point à se plaindre. C'est à l'Ordre
qu'ils ont fait ce don , pour l'aider à remplir son but ostensible de bienfaisance ; ils doivent
trouver dans leurs cours la premiere récompense de ces sacrifices pécuniaires ; mais l'Ordre en
revanche montre au M. le but où il doit tendre ; s'il l'avoit oublié , il le lui rappelle ; s'il en étoit
convaincu d'avance , il est confirmé dans ces heureux sentimens ; on lui apprend enfin de quel
prix il doit payer les choses qui luirestent à apprendre ; et elles sont telles , que ce seroit les
profaner que de les mettre dans la balance avec ce vil métal emblème de nos vices dont nous fu
mes tous dépouillés en entrant dans l'Ordre , comme pour nous apprendre que le bien que nous
devons chercher , l'Etre auquel seul nous devons le demander , et la porte à laquelle nous devons
frapper ne s'ouvre pas au bruit de l'or; que ce bien ne peut s'acheter ; et que celui qui le dis
pense veut une offrande plus pure. Quant à ceux qui voudroient se rallier au cri mercenaire

(1 ) Porrò unam est necessarium , dit J. C. en S. Luc. 10.43. ( 3 ) Les excès physiques produisent souvent la paralysie
Mais pourquoi cet eſprit de curiosité est-il si domi de quelques membres , et les excès dans l'intellectuel'se
nant? C'est qu'on a oublié ce que nous rappelle S. Basile. roient sans danger ! ah ! notre feu seroit bientôt éteint ; et
Cuimultùm datuin est , mulrùm quxretur ab to ; grarium n'avons - nous pas l'exemple de Salomon pour nous ins ;
sequitur judicium . truire.
59

du F. à Fascia , je me contenterai de leur rappeller l'exemple de Simon le Magicien , korša


qu'il eut vu que le S. Esprit étoit donné par l'imposition des mains , it offrit de l'argent aus.
Apotres , et leur dit : « Donnez-moi aussi ce pouvoir, que ceux à qui j'auraisimposé les mains.
» reçoivent le S. Esprit. Mais Pierre lui dit : Que votre argent périsse avec vous , vous qui
y avez cru que le don de Dieu peut s'acquérir avec de l'argent : vous n'avez point de part ,
» et vous ne pouvez rien prétendre à ce mystere ; car votre cæur n'est pas droit devant Dieu .
Faites donc pénitence de cette méchanceté , et priez Dieu , afin que ,'s'il est possible , il
» vous pardonne cette mauvaise pensée de votre cæur ; car je vois que vous êtes dans un
» fiel amer , et dans les liens de l'iniquité. Simon répondit : Priez vous autres le Seigneur
» pour moi , afin qu'il ne m'arrive rien de ce que vous avez dit. ( Act. Ap . 8. 18. 24. ) Voilà
ma réponse au pondere metalli du F. à Fascia.
Je sais que cette opinion trouvera des détracteurs , qu'elle passera pour le rêve d'une imagi
nation exaltée ; ce ne sont , dira -t-on , que des conjectures que je présente ; je n'ai point trouvé
ces résultats dans ce qui m'est commun avec tous mes. FF.; ce n'est qu'un système qui n'a
aucune solidité : mais supposons qu'il en soit ainsi , j'aurois toujours inspiré à mes FF. un sen
timent modéré . Si l'affirmois toutes ces choses comme ayant des connoissances acquises et une cons
viction qui résulteroit d'une démonstration physique , j'exciterois peut- être la jalousie , et je ne
convaincrois pas mieux . Vit- on jamais une vérité présentée aux hommes sans que plusieurs l'aient
repoussée avec dédain ? l'Histoire est remplie de faits qui attestent que l'erreur a leurs premiers
hommages. Une idée nouvelle se présente -t-elle ? pour peu qu'elle dérange l'ordre de leurs
connoissances, elle a beau en agrandir le cercle , ils craindront de paroître trop petits en s'y
plaçant ; ils chercheront à resserrer le compas qui l'a tracé : ainsi quand Platon éclairé par son
génie , imagina la possibilité des antipodes , parce qu'il concevoit la terre sphérique , la plupart
des Anciens traiterent cette opinion avec un souverain mépris ( 1 ). Je viens annoncer en quelque
sorte les antipodes M :. à ceux qui prennent des apparences trompeuses pour la réalité , je
dois m'attendre au même sort.
Mais je n'en resterai pas moins attaché à cette idée , elle ne sauroit me nuire. Tranquille dans
la navigation que j'ai entreprise , je marche avec cette confiance que le pavillon que j'ai
arboré me fera appercevoir de ceux qui habitent sur la côte que je cherche ; et j'oserois dire
à mes FF . « Livrez - vous avec confiance sur cette barque que mes foibles mains ont construite ,
» que celui qui a le desir le plus pur d'arriver au terme, saisisse le gouvernail ; ces Sages
» que nous cherchons nous accueilleront , et dispensateurs éclairés de ces trésors qu'ils posses
» dent , ils nous donneront à chacun ce qui nous est destiné par la divine Providence; et si
> je ne puis aborder ce rivage desiré , je reviendrai sans jalousie ; comme dit un Ancien ;
» ( Théognis ) meriter de m'asseoir quelques jours à la table de ces Sages ; meriter qu'ils me
» fassent une place auprès d'eux ; et me rendre digne de plaire aux mortels qui réunissent les
» vertus à la puissance » .
Il est donc vrai de dire que la Société M .. ne peut être assimilée à aucune des Sociétés con
nues ; qu'elle ne peut emprunter de leurs loix , de leurs usages , que ce qui a rapport à sa
forme conventionnelle ; et que ses loix essentielles doivent être indépendantes des conventions
humaines : cette Société doit avoir ses principes à part ; et ils existeront toujours malgré les
efforts que font les hommes pour les détruire. Mais quels sont ces principes ? je n'ai pas pris
l'engagement de les développer ; je ne puis que les faire entrevoir tels que je suppose qu'ils
doivent être .

§ . X. Regles qui conviennent à l'Institution M :. pour diriger au But qu'elle


se propose. Le Convent de Wilhelmsbad s'est - il conforme à ces Regles ?

J'APPELLERAI Loix essentielles , celles qui constituent l'essence de l'Institution M .. , celles


qui conduisent au but primitif; et dans ce sens , ce seront les Rituels des différens Grades
qui formeront son Code de Loix , comme ils contiendront en même temps sa Doctrine. Ces
Rituels doivent être une production de l'Ordre principe ; ils porteront donc la mèine empreinte ,
le même caractere qui appartient originairement à l'Ordre dont ils sont émanés , et l'Insti
tution symbolique sera une ressemblance plus ou moins exacte de l'Institution primitive , qui
est dégagée de toute enveloppe emblématique.
Si l'on pouvoit faire consentir les Maçons à concevoir et à reconnoitre l'existence du Corps
dont ils ne sont que l'ombre, il faudroit attendre de ce Corps à qui le droit de Législation appar
tient , les Loix propres à nous rapprocher du but ; alors nous aurions la Loi que nous desirons ;
mais on ne peut remonter à ce premier état des choses que par une marche lente ; avoir
reconnu que l'Institution a été altérée , ce seroit sans doute avoir fait un grand pas ; mais
il faudroit encore la purifier de ce qu'elle a d'impur.
Cette Loi sera honnête , juste et utile en exigeant du Maçon qu'il soumette sa volonté, pour
attendre qu'on lui offre de nouveaux secours ; puisqu'en cela elle suit la premiere leçon qu'elle
a donnée à l'Apprentif en le privant de la lumiere , et en lui inspirant de la confiance dans
ce Guide inconnu , chargé de le conduire dans des chemins difficiles ; et lorsqu'elle l'a privé une
seconde fois de cette lumiere , ne lui a - t- elle pas annoncé qu'il n'a de droit à sa possession

que de Mayence , et Légat du Pape Zacharie dans le viu l décikara


osé soutenir qu'ilhérétiquede vegue Virgilius , pouravoir
y avoit des antipodes.

1
60

que par le bon usage qu'il en fait. Ainsi les Membres se rendront réciproquement ce qu'ils
se doivent; ils rendront au Corps l'obéissance qu'il a droit d'exiger , le Corps rendra aux Indi
vidus la protection qu'ils ont droit d'attendre , lorsqu'entr'eux ils se prêteront des secours mu
tuels ; lorsque , pour la portion de lumiere qui doit lui être départie , l'Inférieur se soumettra
au Supérieur éclairé; lorsque le Supérieur à son tour répandra les lumieres dont il est dépo
sitaire sur l'Inférieur qui s'en rend digne. Comme c'est à cette condition que celui- ci est devenu
Membre de la Société, que dès le premier jour on lui a donné cette grande et importante
leçon , qu'elle lui a été présentée sous une forme qui n'a pu blesser son amour propre, ' s’ii
vient ensuite à s'en offenser, l'exécution n'en deviendra que plus stricte ; heureux ,si l'on peut
ensuite l'amener à reconnoître que cette Loi est juste et honnéte autant qu'elle est utile.
L'Apprentif pourra manifester le desir d'être Compagnon , celui- ci d'etre élevé au Grade
de Maitre ; mais ils n'auront pas le droit de l'exiger. Parvenu à ce terme , le veu du M .. ne sera
exaucé qu'autant qu'il aura reçu la sanction d'un Corps supérieur dont il connoit l'existence ,
sans cependant savoir quel il est : on l'arrêtera quelques instans à un quatrieme degré , et pour
lui en faire sentir l'importance, on lui apprendra qu'il doit attendre qu'on l'appelle dans l'inté
rieur où sa véritable Loi lui sera proposée. Alors en dirigeant ses pas vers un objet plus sublime,
con lui fera connoître la route qu'il doit suivre , et comme ce dernier terme est suffisant pour
la multitude , ici se terminera la carriere M ... Cependanttout lui indiquera qu'il existe quelque
chose au -delà , dont le Mystere ne lui est point dévoilé : mais instruit de quelles armes il
faut être fortifié pour se présenter à la barriere , s'il n'en est pas revèru , il sait qu'elle restera
toujours fermée pour lui : il fut appellé dans le Temple , mais il doit attendre qu'on l'y
introduise ; on lui montra le Sanctuaire, mais il ne doit pas se flatter d'y parvenir ; qu'il offre
donc un sacrifice complet ; qu'il combatie ses plus dangereux ennemis avec les armes qui lui
ont été données , et il pourra obtenir la palme qu'il a desirée .
Celui qui verroit dans cet ordre de choses, une inégalité injuste , et qui croiroit appercevoir le
despotisme sur le trône de la sagesse , auroit mal connu l'Institut; il lui resteroit un ennemi cruel
à vaincre ; l'orgueil qui traîne à sa suite de nombreux satellites et qui s'oppose à ses progrès ;
et comment soupçonner que la sagesse ait remis son sceptre aux mains du despotisme ; tous n'au 1
ront-ils pas passé par les mêmes épreuves ? C'est notre amour propre qui souffre impatiemment
cette inégalité , et qui ne nous permet pas d'en démêler la juste cause ; mais renonçons à ce sen
riment si fort enraciné dans le ceur de l'homme , qu'il est devenu inhérent à sa nature dégradée ;
et dès que nous l'en aurons détaché, nos murmures cesseront ; l'inégalité disparoîtra , et ce
ne sera plus qu'avec respect et timidité que nous nous asseoirons sur les premieres marches de
ce trône où siege la justice .
Ce ne seroit point assez de dire que la Société dont je viens de décrire les principes seroit
humainement bien ordonnée , il faut dire , s'il est permis aux hommes de se servir de cette
expression , qu'elle seroit divinement bien ordonnée ; car elle plane sur les autres Sociétés ,
elle attire tous ceux qui , chacun à leur place , sont dignes de lui appartenir , pour le rendre
meilleurs qu'elle ne les a pris ; et tandis que le commun des hommes semble s'occuper à
rompre tous les liens de la Société , les M .:. viennent apprendre à les fortifier ; c'est bien
de la Société M . : . que je puis dire avec le F. à Fascia , mais dans un sens plus général , que
cette Société sera 'respectable et respectée , desirable et desirée ; les Souverains la protegeront dans
leurs Etais, parce qu'il est intéressant qu’un Etat soit peuplé de Sujets vertueux. ( pag. 37. )
La Société M . :: étant mixte aujourd'hui , elle doit nécessairement avoir un Code de Loix
civiles . Celui de ses Loix essentielles en doit être le type , afin que ceux qui en deviendront
Membres , connoissent d'avance la Loi à laquelle ils doivent obéir . La Société M .. étant par sa .
nature propre à tous les Etats , à tous les temps , son Code seroit presque impossible à tracer, si
l'on vouloir faire une Loi générale dans toutes ses parties ; il suffira donc que ce Code qui
forme une Loi conventionnelle , détermine la coordination générale , celle des parties qui par
leur réunion forment l'ensemble , le point qui leur servira de centre commun et auquel cor
respondront toutes les circonférences particulieres : de maniere que chacun puisse tirer de
ce Code général les bases qui doivent servir à former le Code particulier : l'intérêt de tous
exige qu'il soit assorti au génie de la Nation qui doit y èire soumise ; plus le Code général
sera simple , meilleur il sera ; plus il sera facile de tracer ceux qui seront déterminés par
les circonstances locales. Ainsi les variations dans quelques objets n'empêcheront pas les
rapports nécessaires des parties constituantes entr'elles et celui des parties au tout : ce Code
sera donc essentiellement honnête , juste et utile , si on le rédige d'après ces principes. Mais
j'entreprendrois au- delà de mes forces , si je voulois particulariser davantage ce qu'il doit
'être. ( 1 )
La Société M . : . étoit - elle , avant le Convent de Wilhelmsbad , ce que nous venons de voir
qu'elle pourroit et devroit être ? Non sans doute ; cette Assemblée n'eût pas été nécessaire ."
Y est- elle parvenue au point de perfection dont elle étoit susceptible dans les circonstances
actuelles ? c'est la question que nous aurons à examiner.
On a vu dans quel esprit les Provinces doivent avoir envoyé leurs Députés ; chacune d'elles

(5) Le F. d Fascia a fait sentir la difficulté d'avoir un rapprochés et qui occupent les côtés ; car si l'on en charge
bon Code , lorsque plusieurs se réuniront pour le faire ; ceux qui sont placés sur la ligne de la base du triangle , ils
il dit qu'il faudroit en confier la rédaction à un seul , et il a ne sauront pas calculer la longueur des côtés : ce que je dis
raison ; si celui-là étoit instruit de tout ; mais quel devroit de ce Code de Loix extérieures, je le dis aussi des Rituels
erre ce seul F. ! Celui qui occupe la cime de l'angle , s'il qui doivent contenir ses Loix essentielles.
pouvoit nous être connu ; à son défaut, ceux qui sont plus
61

aura discuté les objets avec une scrupuleuse attention , avant de résoudre l'opinion qu'elle devoit
embrasser ; mais comme le même objet peut être envisagé sous différens points de vue , quoi
qu'il n'y en ait qu'un de vrai , et que les hommes jugent d'après ce qu'ils sentent , souvent par
leurs préjugés , tous n'auront pas vu de mème . Quant à moi, je pense que c'est d'après les
principes que je viens d'exposer , que le grand nombre se sera dirigé ; c'est du moins dans
cet esprit , que je me propose d'examiner les opérations de W -bad , et si leur résultat me
conduit au même terme, je serai convaincu que je ne me suis point fait illusion ; et je pour
rai proposer avec assurance de hâter l'exécution de ces opérations .
Mais avant d'entrer dans les détails , arrêtons- nous à une question qui semble devoir
précéder tout examen . Falloit-il assembler tous les Maçons généralement quelconques pour déter
miner ce qui convenoit à notre Régime particulier ? Nous retranchons de cette question le
point de savoir s'ils ont été convoqués ou invités en effet, comme le prétend le F. à Fascia ;
parce que nous aurons occasion de reparler de cet objet.
Quel étoit le but essentiel du Convent ? Ce n'étoit pas de refondre d'un seul jet tous les sys
têmes M . :: pour les jeter dans un seul moule ; ce n'étoit pas d'unir tous les Maçons , mais de
préparer cette unign , de commencer par cimenter la nôtre ; de nous fixer à un objet avant de
le proposer à d'autres ; de nous placer modestementau milieu des Maçons de tous les Régimes ,
pour profiter de leurs lumieres et pour en réfléchir sur eux à notre tour ; de multiplier nos
rapports, de convenir d'une pierre de touche commune pour éprouver tout ce qui nous seroit
présenté ; enfin , de nous conduire d'après ce précepte dicté par la Sagesse: qu'il y a temps
d'acquerir et temps de perdre : temps de conserver et temps de rejeter. ( Eccl . 3. 6. )
On voit donc qu'il n'étoit pas nécessaire de convoquer les Maçons de tous les systèmes ;
et c'eût été une singuliere Assemblée que celle où des Individus plus ou moins discordans
auroient appellé pour les mettre d'accord , d'autres Individus avec lesquels ils n'étoient pas
même unis par les formes et les loix extérieures . Que seroit-il sorti de bon de cet inconce
vable aréopage ? Mais à quoi bon tenter l'impossible ? comment déterminer tous les systèmes ,
je ne dis pas à n'affecter qu'un seul système, mais seulement à se réunir pour examiner
quel est le meilleur ? Qui auroit eu le droit de convoquer tous les Régimes ? Et si un seul s'y fût
refusé, l'Assemblée auroit-elle pu résoudre quelque chcse de positif ? Le F. à Fascia n'a-t-il
pas prouvé lui-même par son Ouvrage, que le petit nombre n'a pu s'accorder ; qu'eût- ce été
par la réunion de la multitude ? On auroit augmenté la difficulté , et l'on n'auroit pas fait un
pas vers la lumiere.
D'un autre côté , puisque le F. à Fascia connoit à lui seul douze systèmes M .. , n'est-il pas
possible qu'il se soit trouvé plusieurs FF . au Convent qui en connusseat un plus grand nombre ,
et alors qu'étoit -il besoin d'avoir les Sectateurs de ces systèmes, pour les rejeter leur pré
sence ? Pourquoi se mettre dans le cas de les proscrire , lorsqu'il ne falloit que se placer
au milieu de tous ?
Le coup d'ail le plus simple suffit pour appercevoir l'inutilité de cet assemblage inconceva “
ble . Mais , je le demande au F. à Fascia , comment des Maçons dont la plupart , dans tels Régi
mes , sont des hommes bien ordinaires , qui ne sont pas même des hommes comme il y en a tant qui
n'ont jamais mis les pieds dans le Temple M.:.,(page252.) auroient- ils été dignes de la confiance
des vrais Maçons, quels qu'ils soient ? Il n'a qu'une maniere de me répondre; ils auroient été avec
leurs Pairs ; car c'est des FF . qui composoient le Convent que j'ai dit cette grande vérité ;
mais comme cette réponse , il n'oseroit la faire , la question subsiste toute entiere. Un seul de
ces esprits légers et superficiels , un de ces esprits sarcasmatiques n'auroit-il pas mis obstacle à la
communication des secrets ? Comment seroit-on parvenu à ramener à l'unité des sectes si
différentes ? Eh bien ! je veux supposer l'impossible, et que toutes se fussent accordées:
Les Députés auroient rapportés à leurs commettans des idées superficielles de ce qu'ils
auroient plutôt apperçu qu'appris ; les uns auroient profité, les autres auroient remporté de
nouvelles erreurs ; et une Assemblée convoquée pour operer l’union , l'auroit rompue pour
toujours .
Il falloit admettre tous les systèmes , et les classer comme le Naturaliste range les trois
regnes de la Nature. A cette proposition à laquelle on ne devoit pas s'attendre , je ne me sens
pas la force de rester muet ; et que le F. à Fascia me le pardonne ; quel monstrueux assemblage
voudroit - il donc faire ! dans quel labyrinthe il nous égareroit ! et quel seroit le fil assez sûr , à
l'aide duquel nous pourrions en sortir ?
Il falloit classer tous les systèmes , comme le Naturaliste classe les trois Regnes ! Mais chacun des
trois Regnes a sa base dans la vérité de l'ordre physique; les Individus qui les forment y sont
rassemblés sous des rapports réels. En est-il de même des systèmes M , .? La plupart ne sont'ils pas
arbitraires , chimériques , faux ou apocryphes ; n'y en -a -t-il pas qui sont absurdes , incompatibles
avec les choses vraies ? Hélas ! Disons-le avec douleur , car le mal est toujours ici bas à côté du bien
n'en existe- t -il pas qui doivent être en horreur à tous ceux qui aiment l'Ordre et la vérité.
Consentirions- nous à classer à côté de notre Régime dont le but est tout religieux , des
systèmes philosophiques destructeurs des vrais principes ! consentirions-nous à voir notre Tem
ple se changer en un laboratoire chymique où le Maçon ébloui par l'espoir illusoire d'acquérir
des richesses , tenteroit un travail , sinon impossible , au moins dangereux ! Verrions-nous tran
quillement dans notre Sanctuaire , des Cacomages invoquant en apparence la Puissance suprême,
source de toute lumiere , et ne recevant de réponse que par la Puissance ennemie ! nous serions
témoins de leurs cuvres de tenebres ! nous consentirions à consulter leurs Téraphins et leurs
Ephods qui ne rendent que des oracles faux comme eux ! nous les verrions jeter leurs verges ,
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et elles se changeroient en serpens que le serpent d’Aaron ne pourroit dévorer , pour détrom
per ceux qui seroient témoins de ces prestiges ; alors le cæur de ces nouveaux Pharaons ,
ne s'endurciroit-il pas , et ne seroit - ce pas là l’unique résultat de ce révoltant assemblage.
Ah ! détournons nos yeux d'un tableau trop vrai, irop effrayant , et que j'ai eu de la peine
à tracer .

CHAPITRE III.

Dans lequel , en examinant sommairement ce qui a précédé le Convent


de Wilhelmsbad , on prouve 1 °. l'interprétation forcée et infidelle donnée
aux Circulaires du S. G. S.

2 ° . Que les Articles préliminaires ne sont point une contravention à ce qui


avoit été proposé : qu'ils en sont au contraire la conséquence et l'exécution .

Non vidit solem , et neque cognovit distantiam


boni et mali . Eccl . 7. S.

J.E crois avoir présenté un tableau assez fidele de l'Etat de dégradation , dans lequel étoit
tombé la F. M .. , et je ne répéterai point dans ce chapitre ce que j'ai dit dans le précédent.
Lassés d'être Maçons pour travailler comme la multitude à élever une nouvelle Tour de
Babel, vous cherchåtes , il y a quelques années , dans le Régime Allemand , des choses plus satis
faisantes , et certe Province fut mise en activité. A - t-on cru que vous aviez été satisfait d'être
une branche de l'O . du T. et que votre ambition se bornoit là ? On vous auroit mal jugé . Si la
coordination extérieure de ce Régime vous parut préférable à tout ce qui étoit connu ; si vous
figurátes un instant parmi les partisans de la restauration de l'Ordre du T. , vous n'aviez
pas néanmoins l'intention de soutenir ce système. Vous aviez adopté ce Régime, comme
ayant une consistance M :. plus réelle , et comme pouvant vous conduire au but que vous
vous proposiez ; voilà pourquoi vous consentîtes à accepter le titre de Chevalier T. Mais vous
fûtes trompés dans votre attente et bientôt vous sentites le néant d'un système aussi borné :
fatigués d'avoir des grades symboliques sans expression , et de n'avoir pour récompense
que les titres vains qui appartenoient à ceux qui fureni , vous disoit-on , vos Prédeces
seurs ; titres qui étoient nécessaires quand cet Ordre avoit une existence légale , mais qui
dans l'intérieur de vos temples n'étoient que chimériques , et qu’un aliment pour la vanité;
vous aspiriez au bienheureux moment de vous en dépouiller et d'obtenir à ce prix quelque
chose de plus utile .
Un Convent général pouvoit seul réformer les abus qui n'avoient pas respecté le système
M. : . que vous veniez d'adopter, ( 1 ) mais l'Allemagne livrée alors aux horreurs de la guerre
qui sembloit devoir ravager cette contrée , y étoit un obstacle ; les FF. des Provinces Francoises
empressées de faire un pas vers la vérité., ne soutenant pas patiemment l'idée de n'être que
les restaurateurs de l'O . du T. , lorsqu'ils cherchoient à l'èire uniquement de la vraie M .. se
réunirent en Convent national à Lyon en 1778 .

S. I. Idée succinte du Convent National des Gaules tenu à Lyon en 1778 .

C'est dans ces murs , c'est dans cette même enceinte , où j'ose faire entendre ma foible voix ,
que s'est tenu cette respectable Assemblée ; c'est ici que le F. à Fascia vous a développé ses
idées sur le système du T. Mais quoiqu'invité de la maniere la plus honnête à nous envoyer
une copie du discours qu'il prononça, cette province a été privée des lumieres qu'elle pouvoir
en retirer ; seroit- ce parce que le Convent avoit nommé les RR . FF . à Flumine et ab Eremo
pour examiner en qualité de Commissaires le mérite de cet ouvrage ? ( Premiere séance du
Convent National des Gaules ) Nous serions tentés de croire que deja le F. à Fascia a jugé ,
que ces deux FF . portoient leurs recherches sur d'autres objets ; en effet le R. F. à Flumine
l'annonça clairement dans un discours consigné aux actes ; et le F. ab Eremo y ayant applaudi
ouvertement: c'est-là , sans doute , la source du torrent d'invectives qu'on vient de répandre
sur lui .
Mais par une fatalité inconcevable le F. a Fascia a aussi mal saisi l'esprit du Convent National,
que celui du Convent de Wilhelmsbad ; car il n'a pas vu qu'à Lyon on porta le premier
coup au système de restauration , et qu'on s'y dirigea vers un tout autre objet ; et c'est
pourquoi on y donna pour devise au quatrieme Grade ces mots expressifs : Meliora præsumo.

( 1 ) On a vu dans le Chap. II. comment les abus s'y étoient introduits , il seroit superflu de les énoncer de nouveau .
637

Arrêtons -nous donc sur ce Convent des Gaules ; c'est , 'avant le Convent général de
Wilhelmsbad , une des Epoques les plus dignes de remarque relativement à l'état actuel de
l'Ordre : plusieurs de mes FF . et moi en particulier , n'étant pas alors membres de l'O . inté
rieur, il y en a qui ignorent ce qui s'est passé dans cette Assemblée Nationale ; il est nécessaire
de les en instruire , afin qu'ils puissent juger sainement des objections du F. à Fascia.
Ce fut après y avoir entendu l'apologie du systême de restauration de l'Ordre du T. que
les RR . FF. à Élumine et ab Eremo requirent que la dénomination de l’O . fût changée , et pro
poserent celle de Chevaliers de la Cité Sainte , premier titre qu'avoient pris les Ch . 1. à l'époque
de leur établissement . Ce retour à leur état primitif devoit indiquer , de la part du Convent
National , une renonciation absolue aux Possessions qu'ils avoient eues depuis sous un autre
nom : ainsi, en adoptant cette proposition ; on ne cessoit pas d'appartenir à l'Ordre du T.
et nous avons vu dans le précédent chapitre ce qu'on entendoit par - là ; mais on abdiquoit
formellement la chimérique prétention de restaurer cet Ordre proprement dit : aussi fur- il
arrêté unanimement, que les FF. prendroient à l'avenir le titre de CHEVALIERS BIENFAISANS.
DE LA CITÉ SAINTE. ( Seconde Séance du 25 Novembre 1778. ) Me voilà , sur ce point , d'accord
avec le F. à Fascia opinant au Convent des Gaules , puisqu'il y a concouru à cette délibération ,
et que certainement il en connut alors les motifs, quoique aujourd'hui il défende un autre système.
Le Convent National dut se borner à ce premier pas : on conserva des rapports qui pouvoient
satisfaire les partisans des T. , et on le devoit; mais en même temps on manifesta d'autres vues :
elles furent consignées dans une instruction que nous avons tous entendue, et qui , laissant bien
en arriere l'explication des symboles par l'histoire des T., nous a convaincus, que le meliora
præsumo se rapportoit à toute autre chose . C'est dans un discours du R. F. à Flumine dans ce
Convent que je vais en trouver la preuve. J'aime à parler le langage de ce F .; il fut choisi dès
lors pour nous montrer l'aurore du beau jour qui devoit luire sur nous. J'y lis : « Une nouvelle
» législation vient de réformer les abus de l'ancienne ; la Cité Sainte est purifiée , et sur ses autels
» fume déja l'encens des bonnes euvres que nous offrons en tribut à la Divinité ; Chevaliers
» bienfaisans , Défenseurs de la sainte Religion du Christ , Soutiens de l'humanité affligée , on
» vient de tracer vos devoirs , et nos nouveaux veux sont écrits dans le Ciel. » Tel est le
début de ce discours , qui dut faire , et qui fit en effet une impression bien profonde. T.C. F.
à Flumine , lorsque le F. à Fascia a fait couler de mes yeux deslarmes ameres , la regle M .:.
que vous avez tracée , m'a servi à les essuyer , et m'en a fait répandre de plus douces. Dans
ce moment même j'oublierois aisément avec vous, ce qu'il m'en coûte d'avoir à combattre le
F. à Fascia dont les talens dirigés vers le vrai but de l'O . auroient pu servir à le propager.
Mais écoutons le veu sublime du R. F. à Flumine. » Ramenons sur la terre l'image de la Cité
» Sainte, à laquelle les espérances du Sage, et les certitudes du Chrétien tendent également . »
Er dira-t-on après cela qu'il entendoit parler de l'O . du T. ? est-ce donc-là où tendent les espé
rances du Sage et les certitudes du Chrétien ? ..... Quoi ! vous êtes maitre en Israël, et vous
ignorez ces choses ! ( Joan. 3. 10. ) » Eclairons l'homme sur ses besoins , sans orgueil ; soulagcons
» ses maux , sans ostentation ; détruisons ses préjugés ; sans violence. „ Ah ! je me persuade
que si le F. à Fascia qui a voulu nous éclairer, avoit eu comme moi , sous les yeux , ces préceptes
d'une morale vraiment chrétienne , il auroit écrit dans un autre style , ou plutôt il n'auroit
pas écrit.
Je serois trop long dans cette analyse, et je multiplierois les extraits de ce discours touchant ,
si je vous rendois toutes les réflexions que chaque phrase inspire , mais je dois abréger . Le
F. á Flumine parle de la bienfaisance , dont on venoit de remarquer un instant auparavant qu'elle
n'avoit rien , ei ne devoit rien avoir de mystérieux ; aussi s'élevant dans une région plus digne de lui,
il dit : » Il est des besoins moraux non moins précieux pour l'esprit juste, qui , tourmenté par les
» incertitudes qui l'entourent depuis son berceau , fatigué du neant des sciences humaines qu'il a
» consultées en vain , et qui ne lui ont offert , en place des vérités , que des erreurs brillantes et
» quelques mots vuides de sens , soupire après des notions plus précises sur son origine , sur sa des
» tination , sur ses forces , et est tenté de descendre en lui-même pour réveiller le germe de ces qualités
» originaires de tout homme qui fut créé à l'image de la Divinité , mais qui sont OCCULTES par la
» paresse qui les enveloppe , ou le préjugé qui les détruit. -- Après avoir tracé en peu de mots les
différens objets qui ont occupé et occupent encore les Maçons, il continue ainsi : * Séparons
» de ces erreurs ,de ces folies , l'occupation la plus noble de l'homme dépositaire du souffle divin
» qui l'anime: la contemplation auguste de la vérité...... N'empêchons pas ceux qui préferent aux
» plaisirs trompeurs de la Société ; à l'ivresse passagere des sens, des délassemens plus utiles et plus
» satisfaisans , de porter dans les tenebres de l'esprit humain le flambeau de la vérité qui ne luit
» peut-être pas dans les écoles de la science vulgaire. Ne troublons pas dans les fonctions augustes
» du Sacerdoce primitif , ces Sages modestes qui ne cherchent pas la science pour s'en targuer et
» forcer l'admiration ; mais pour se rendre meilleurs et plus utiles. Si le progrès des lumieres
» préparées par le doute modeste , par cette méfiance sage des préjugés vulgaires que prescrivis
» Descartes, n'est pas assez visible pour nous faire croire qu'enfin quelques esprits privilégiés et
» bien intentionnés pourront forcer la vérité dans ses derniers retranchemens et recouvrer ce feu sacré
» QUE NOUS AVONS PERDU , du moins j'ose réclamer , en faveur de nos FF . qui le cherchent ,
» cette tolérance douce , cri du siecle , base de notre Ordre. Pourquoi par un ridicule qu'ils n'ont
» pas mérité , que le Sage même a quelquefois la foiblesse de trop,redouter ,les forcer de quitter
» notre Cité bienfaisante, et de s'ENFONCER DANS DES ASYLES PLUS ÉCARTÉS ? Pourquoidiminuer
» la masse des bienfaits et des lumieres que nous devons être jaloux d'augmenter ? N'est -ce pas
I
64

» nous rendre complices de leur désertion , et 'comptables envers l'humanité des ressources que
» nous lui retrancherions sans nécessité.
- » Mais , je dis plus ; les monumens les plus authentiques , nous forcent de croire que la M . ;. est
» plus ancienne que l'O. du T., qui en a été dépositaire pendant quelques temps ; queSES SYMBOLES.
» sont L'ÉCORCE DES VÉRITÉS PRÉCIEUSES ET ÉTERNELLEȘ. Ne seroit- ce donc pas dénaturer,
cette Société antique et auguste ; en lui enlevant les moyens de s'éclairer qui lui sont propres ,
» en attachant un sens exclusif à ses allégories dont le mérite est peut-être d'eņ renfermer plu
sieurs ? » ( 1 ) ... 1 ..
Je n'ai donc rien avancé dans le Chapitre précédent qui doive étonner , et j'aurois dû être
plus confiant : je le serai désormais. Il est impossible de dire plus de choses en aussi peu de
paroles , de les dire d'une maniere plus forte et plus aimable : celui qui rend des pensées si
profondes avec tant de précision est toujours, maitre de son sujet ; l'esprit seul ne rencontre
pas , ne raisonne point si juste sur ce qu'il ne connoît pas . Je me garderai de commenter ce
texte , je l'affaiblirois : je me contenterai d'observer qu'alors , ni depuis , le F. à Fascia ne s'est
poim élevé contre ce discours , du moins à ma connoissance; cependant l'homme , son origine ,
sa destination , la contemplation auguste de la verite', un SACERDOCE PRIMITIF , quelques esprits
privilégiés , des asyles écartés , LES SYMBOLES ÉCORCE DES VÉRITÉS PRÉCIEUSES ET ÉTERNEL
LES , la MI PLUS ANCIENNE que l'O. du T., cette Société denaturée en attachant un SENS EXCLUSIF
à ses allegories dont le MÉRITE EST D'EN RENFERMER PLUSIEURS : tout cela étoit indiqué
comme autant de moyens qui sont propres à la M :. , et qui peuvent conduire à forcer la vérité dans
ses derniers retranchemens et à recouvrer ce feu sacré que nous avons perdu . Qu'a - t-on dit de plus au
Convent de Wilhelmsbad ? Ces idées ne devoient donc pas paroitre nouvelles au F. , Fascia ?
et puisqu'il a gardé le silence en ce temps -là , pourquoi fait- il un Livre aujourd'hui dans lequel
il blàme les principes qu'il a dès - lors approurés ? Est- ce parce que les mêmes objets reparoissent
un peu plus développés , ou parce qu'ils sont plus généralement applaudis ? C'étoit au Convent
National des Gaules qu'il devoit attaquer cette doctrine avant qu'elle eût jeté des racines aussi
profondes , et avant que le germe qu'elle devoit produire , eût fructifié : vouloir aujourd'hui
la proscrire de certe Cité bienfaisanie , et forcer les Maitres qui en ont fécondé les semences
heureuses de s'enfoncer dans des asyles plus écartés , c'est diminuer la masse des bienfaits , et des
lumieres que nous devons étre jaloux d'augmenter .
On ne demanda pas alors au F. à Fascia , et on ne lui demande pas encore de révérer
ces Sages modestes qui ne cherchent pas la science pour s'en targuer et forcer l'admiration , mais
pour se rendre meilleurs et plus utiles, on ne lui demande pas même en leur faveur ce doute
modeste, cette méfiance sage des préjuge's vulgaires que prescrivit Descartes ; mais seulement
cette tolerance douce , cri du siecle , base de notre Ordre , pour des Sages qui veulent, sans orgueil ,
éclairer l'homme sur ses besoins , détruire ses préjugés sans violence. Pourquoi le Préfet de Lor
raine eut- il alors ceite tolérance , ou pourquoi ne l'a-t-il plus ?
Seroit-ce parce qu'il devoit alors redouter un F. qui réunit aux connoissances , la force du
raisonnement , et au charme du style , l'énergie des expressions ; et aujourd'hui ne jette- t - il
témérairement le gage du combat devant deux SS.me Princes , que parce qu'il sait bien qu'ils ne
descendront pas jusqu'à se commettre en le relevant ; ou n'attaque-t-il ouvertemeni un de
vos FF . dont vous chérissez le zele et les lumieres, que dans l'idée qu'il lui en imposera , en
s'armant du bouclier de l'érudition , et de la lance acérée du Sarcasme ? Ah ! cette conduite
n'est pas digne d'un preux Chevalier , qui pour faire renaître les beaux jours de la Chevalerie ,
sur laquelle il répand aujourd'hui à longs traits le ridicule amer , proposa au Convent national
de s'occuper de la Maçonnerie d'adoption , qui ne seroit , disoit- il alors, que le rétablissement de
l'ancienne Chevalerie. (2 ) le R. F. ab Eremo a su prouver au F. à Fascia à quoi l'honneur engage ;
et si ce combat particulier lui eùt permis de s'occuper de la défense de la République, cette
cause eût été en des mains sûres ; mais sa délicatesse lui a imposé la loi de quitter les armes
après avoir brisé celles dont son adversaire vouloit le frapper ; et moi , content de suivre
ses traces , je viens m'en saisir , couvert d'un casque sans couleur, d'un écu dont les chiffres
sont inconnus et annoncent peu de gloire : je chercherai à en obtenir des mains de la victoire q
, ue
le R. F. ab Eremo a eu la modestie d'abandonner à d'autres.
Mais quittons ce langage peu fait pour le sujet que je traite ; si ces idées se sont présentées ,
le F. à Fascia les a fait naitre ; c'est mon excuse, je reprends.
( 1) VI. Séance du Convent National des Gaules. On par elles provisoirement. On devoit entrer dans ce Temple
m'objectera peut -être qu'il fus, prononcé le jour de l'ou du bonheur par la porte de la vertu , et en sortir par celle
verrure par le R. F. ab Aquila , un Discours bien dif de l'imniortalité. Eh bien ! nous ignorons si ce Temple
fèrent: mais cela prouve seulement que ce F. n'avoit pas est élevé ; le F. i Fascia n'a satisfait à aucun de nos
encore des norions bien justes sur la M . : . ; et je crois veux , il ne nous répond que pour déchirer nos cæurs.
pouvoir aujourd'hui assurer , qu'il a vu les choses sous un On veut que cet écrit lui parvienne, puisse-t - il le tou
tout autre point de vue , et qu'il n'avoueroit pas a present cher ! Puisse l'amour - propre , notre ennemi commun ,
comme son opinion , ce qu'il écrivit alors en quelque ne pas lui empêcher de voir qu'un Chevalier Chrétien ne
sorte dans les tenebres , ou du moins n'erant éclairé que peut cesser de Tainer , en le combattant; et de faire des
par une trop foible lueur pour n'erre pas excusable de væux ardens pour qu'il soit dans nos Temples ce qu'il est
s'être mépris. Il me sauroit gré , s'il étoit à mes côtés , constamment danscelui de la justice , dans la Société ,
d'annoncer qu'il est revenu de ses prejuges ; je dois le dire, dans l'asyle de l'amitié : un homme juste , éclairé, sen
parce que son opinion , faite pour être comptée, pourroit sible , régulier dans ses meurs , doux et bienfaisant. Qu'il
nuire a beaucoup de FF . ; ce retour peut servir , et son consente à tolérer ce qu'il ne sauroit empêcher , cet
exemple au Convent National , ne sauroit m'être opposé. effort n'est pas pénible ; et qu'il sache que toujours ses
( 2 ) XII. Séance.On applaudit alors aux vues estimables FF. seront prêts à lui ouvrir ces asyles écuries, quand fa
de ceR. F. et on l'engagea à mettre la derniere main à son rigué du néant des sciences humaines et des systémes chi
travail , pour pouvoir être présenté ayant le Convent meriques, il youdra porter le flambeau de la vente dans
prochain aux trois Provinces de France , et cire adopté les tenebres de l'esprit humain.
65

Le discours du R. F. à Flumine n'étoit que le prospectus d'un grand travail ; il parloit pour
être compris , il le fut. Dans cette mème séance , on lui demanda lecture des recherches annon
cées dans son discours ; il satisfit à cette invitation : mais ce qui est digne de remarque , c'est
qu'il ne le fit qu'après avoir reçu conformément A SES ENGAGEMENS , le serment de tous les FF .
présens , de TENIR CETTE COMMUNICATION SECRETE. ( VI. Séance) Le F. à Fascia étoit-il présent
à cette Séance ? Sil n'y étoit pas, voila un conciliabule clandestin , un secret , qui insulte à celui
à qui on a promis une direction vers le système caché , un mystere fait à tout ce qui portoit la barbe
du T. comme M . : . ; et on pouvoit dire avec Ciceron : une chose , qui ne coûtë rien à donner , est
de nature à ne pouvoir etre refusée à personne , et cependant le F. à Fascia n'a rien dit alors..Si
au contraire il a été présent, il a donc reconnu qu'il étoit telles personnes pour qui cela devenoit
plus qu'inutile : ne se plaindroit-il donc qu'en voyant les autres faire ce qu'il a fait lui-même ?
Quoi qu'il en soit, il a signé ce protocole sans aucunes réserves , et sa signature équivaut
légalement à sa présence . Que fut- il délibéré ? le voici :
» Le Convent a statué que cette instruction seroit jointé aux actes , mais non enregistrée ; qu'elle
» seroit ensuite contiée aux Représentans des Préfectures chargées des réceptions et de l'instruc
» tion des Chevaliers , pour être déposée dans chacune entre lesmains du F.à qui on croira devoir
» les adresser , à la charge par lui de se conformer à tout ce qui lui sera indiqué pour la maniere de
» les communiquer , en sorte que quiconque remplira les conditions prescrites , à la satisfaction
» des Dépositaires , puisse en obtenir connoissance. » ( VI. Séance. )
Ce n'est pas tout. Le Convent , statuant sur les demandes des FF . de Montpellier, a pensé
» que si on entend par secret, des connoissances sur l'homme et sur sa nature , propres à le rendre
» meilleur et plus disposé à la bienfaisance ; conservees par une certaine classe de gensqui se sont
» associés pour des travaux pareils , et qui les ont caches au vulgaire, pour lequel certaines VÉRITÉS
» pourroient etre dangereuses , il croit que la M . : . sous le voile de laquelle l’O . du T. a perpétué
y son existence , a probablement une origine plus ancienne que cet Ordre qui a été dépositaire des
» secrets de la M .:. PENDANT UN TEMPS ; que par conséquent des recherches qui tendent à rendre
» à l'Ordre ou plutôt à la M .: ., tout ce qui peut lui avoir appartenu , ne peuvent être QU’APPROUVÉES
» PAR LE CONVENT ; que ces recherches ne paroissent pas pouvoir encore être réduites en corps
y de docirine , mais que tous les FF . seront exhortés à recueillir telles connoissances utilesqu'ils
» pourront acquérir successivement ; que le H de Montpellier , ou du moins ceux des FF. qui
y montreront DU GOUT ET DE L'APTITUDE pour cette sorte de recherches , doivent par conséquent
» s'atte : dre à en obtenir la communication , dès que le travail sera rédigé..
Il me semble que sans craindre de passer pour un Protagoras , je puis dire que dès -lors les
Provinces assemblées en Convent se dirigerent vers un tout autre objet que le système exclusif
du T .-- 1 °. Instruction pour les Chevaliers , et seulement pour ceux qui rempliront les conditions
prescrites. -- 2 °. Connoissances sur l'homme et sur sa nature conservées par une certaine classe qui les
cache au vulgaire ; connoissances susceptibles d'être réduites en corps de doctrine , et qui seront com
muniquées à ceux des FF. qui montreront du goût et de l'aptitude pour ces objets.Cela est clair ,
il suffit de lire; on n'a pas besoin de raisonner pour se faire entendre. Le F. á Fascia a approuvé
cela en 1778 , et en 1782 il le blâme ! Il n'a donc pas vu que du moment où l'on rendit ensuite
presque générale , l'instruction qui ne devoit être que pour quelques- uns , on avoit réduit
en corps de doctrine des choses plus instructives , et que c'étoit un aimant dont on se servoit
pour attirer , ou si l'on veut pour éprouver et reconnoître si l'enveloppe couvroit de l'or.
Pour peu qu'on réfléchisse , on voit que le F. à Fascia est en contradiction avec lui - même ,
et dès-lors il est victorieusement réfuté ; car encore qu'on lui ait laissé ce qu'il a justement
appellé un joujou enfantin , il n'en est pas moins vrai qu'on travailloit sous ses yeux à toute autre
chose , et qu'il ne l'a pas vu , ou qu'il ne l'a pas voulu voir !
Je ne m'arrêterai pas plus long- temps sur les opérations du Convent de Lyon , ce détail me
meneroit trop loin ; c'est l'esprit qui l'a dirigé que j'ai voulu vous faire connoître ; j'ai rempli
cet objet ; c'est cet esprit qui , répandu dans tous les Grades , les a rendu si intéressans, qu'ils
ont fixé l'attention de tous les Maçons : ces Grades ont tellement parlé à l'intelligence de ceux
qui étoient faits pour contempler la vérité , que dédaignant les rapports avec l'o . du T. lesquels
n'étoient plus exclusifs , ils n'ont cessé de répéter meliora præsumo ! Et le F. à Fascia voudroit
qu'on prit , pour dernier emblème , une borne , sur laquelle on écriroic ne présumez rien de
meilleur !
C'est avec peine que je le dis encore : le F. à Fascia n'a pas mieux saisi l'esprit du Convent
National des Gaules, que celui du Convent général de Wilhelmsbad : non vidit Solem , neque
cognovit distantiam boni et mali.
Ce Convent des Provinces Françoises tendoit à provoquer un Convent Général de l'Ordre,
ainsi que le F. à Fascia l'observe avec justesse ; mais étoit - ce pour détruire ou pour perfec
tionner l'ouvrage commencé ? Nous allons nous occuper de cet objet , et prouver d'une maniere
plus positive , que le but où l'on tendoit , celui pour lequel on étoit appellé à Wilhelmsbad
étoit d'exécuter en grand , le modele qui existoit en petit dans les Provinces de France ; modele
formé sous vos yeux , dans cette enceinte , dans ce Temple où regne la fraternité et la paix ;
où l'on a tant fait de bien ; où l'on a recueilli ces richesses qu'on voudroit vous enlever. Mais
qu'on se contente de les partager : c'est ainsi que vous voulez auginenter vos trésors , quoique
vous refusiez de les prodiguer à ceux qui n'en sentent pas le prix ; ce seroit , comme nous
l'avons dit , semer sur les vagues de l'Océan.

I a
66

S. II . Les Circulaires du S. G. S. expliquées dans leur véritable sens .

Après vous avoir présenté un tableau fidele des opérations du Convent des Gaules , l'examen
des Circulaires du S. G. S. relatives au Convent général se présente naturellement: je les lirai
donc , non pas avec les intentions qui ont dirigé le F. à Fascia , mais pour y reconnoître le
véritable esprit qui les á dictées. Avant tout , résumons en peu de mots ce que le R. Préfet de
Lorraine y a vu , ou voulu y faire voir.
Il prétend que, dans la premiere , le S. G. S. a demandé la communication de tous les secrets ;
a promis de travailler en commun , de s'expliquer clairement dans une seconde circulaire. Dans la
seconde , où il n'a donné d'autres preuves des connoissances dont il parle que sa propre conviction ,
le F. à Fascia dit qu'elle développe avec adresse le mystere caché dans la premiere ; on y voit les
efforts confians , avec lesquels on dirige les esprits vers un système secret qui est encore derriere
le voile . Enfin , il veut que par ces deux Circulaires , les Maçons d'un autre Régime aient
été invités au Convent : c'étoit les inviter , dit- il , et tellement les inviter , que dans la seconde circu
laire on avoit dit: ..... (pag. 64 ,66, 67 , 237 , etc.) L'assertion nous suffit ici ; les argumens qu'il a
employés à la démontrer se représenteront à notre discussion. Vous avez souffert , mon Prince ,
qu'on ait écarté ces Maçons que vous aviez , dit-on , invités ; ce n'est - là qu'une partie de vos
torts , pardonnez -moi ce mot ; l'on vous demande compte de votre silence même ; on a osé
dire au Grand Ferdinand : Est -ce donc ainsi qu'on tient ce qu'on a promis ? ( pag. 67. )
Dis les malheurs du peuple , et les fautes des Princes .
Telle est l'invocation que faisoit à la Vérité , le Chantre de Henri IV .; le F. à Fascia semble
y avoir répondu . Eh ! Ne me seroit- il pas permis d'ajouter :
Dis comment la discorde a troublé nos Provinces.

Je pourrois , je devrois peut -être me borner à vous relire dans ce moment les différentes
Circulaires du S. G. $. : elles n'ont pas besoin de commentaire , quand on ne veut y chercher
que ce qui y est ; mais le respect et la confiance dont je suis pénétré pour ce Š . Prince ,
sentimens que je partage avec vous , ne peuvent - ils donc s'exprimer que par le silence ?
Ne pourra -i-on que redire les fautes des Princes ou les calomnier , et se rendra-t-on suspect
d'adulation , lorsqu'on voudra leur faire rendre la justice qu'ils méritent ?
Non ! Le titre de Maçon est tellement uni à celui de Prince dans la personne du S. G. S.
qu'ils s'ennoblissent l'un par l'autre en nous rapprochant de lui ; en vain la témérité a essayé
de les désunir , en affectant de lui rendre hommage commePrince , pour l'offenser plus hardiment
comme F., nous ne séparerons point en lui ces deux titres ; comme Héros et placé près du
trồne par sa naissance , il a droit sans doute à notre admiration et à nos respects ; mais comme
Maçon , il nous est permis de l'appeller du doux nom de Frere , et nous le regardons tous
comme un parfait modele de la vertu et du zele qui doivent être l'ame de nos travaux. Loin
de moi donc cette timidité que le respect pour son rang pourroit m'inspirer ; ce seroit trahir
la vérité et le bien de l'Ordre dont nous sommes Membres , que de laisser subsister les traits
offensąns semés avec profusion contre lui dans l'ouvrage du F. à Fascia ; j'ai assez souffert
d'avoir été obligé de vous les rappeller, je dois à présent les effacer. Ce n'est pas que j'aie
la témérité de me déclarer le Chevalier de ce S. F. , il n'en a pas besoin ; et daigneroit -il avouer
mon foible bras ? mais sa cause est tellement unie à celle que je défends , qu'il seroit difficile
de prouver qu'on a dû agir comme on a fait , sans démontrer auparavant que le Préfet de
Lorraine et ses Partisans n'ont pas saisi le sens de ce qu'ils ont écrit ou approuvé contre
les Adresses pastorales de notre S. Chef. ( 1 ) .
En prenant dans vos archives les originaux des Circulaires du 19 Septembre 1780 et du
18 Juin 1781 , .... j'en trouve une précédente, en date du 8 Octobre 1779 , adressée par
le S. G. S.'à tous les Maîtres en Chaire des grandes Loges Ec... Tout ce qui porte le nom de
Ferdinand attire mon respect et fixe mon attention . Quelle a été ma surprise en voyant que
cette premiere Circulaire , qui répand je plus grand jour sur celles qui l'ont suivię , a été passée
sous silence par le F. à Fascia; j'ai dû penser d'abord qu'il pouvoit ne l'avoir pas reçue , et qu'elle
n'étoit pas depuis parvenue à sa connoissance ; mais bientôt j'ai été convaincu que cette
supposition fraternelle n'étoit pas fondée , puisque c'est par la voie des FF. du Directoire de
Bourgogne séant à Strasbourg , que cette intéressante Lettre vous parvint alors , et qu'en vous
la faisant passer , ils vous annonçoient qu'elle étoit jointe aux copies quileur étoient destinées.
Comment le Préfet de Lorraine , le Visiteur du Prieuré d'Austrasie , le F. à Fascia enfin
qui a fait une étude de l'Ordre et de ses Loix , pourroit - il avoir ignoré l'existence d'une
Circulaire adressée à sa Province , et dont en sa qualité personnelle il a dû avoir copie ?
Comment supposer que prenant la plume pour censurer si amérement les Ecrits émanés du S.G.S.,

(1) Lorsque j'écrivois ainsi , j'ignorois , S. Prince , que qui guida ma plume timide ; et lorsque je renonce au prix
vous liriez ce travail , fruit de mes veilles . Je vous y ai le plus propre à me dédommager , celui d'être connu de
rendu un hommage crop peu digne de vous , mais ce que vous , vous ne douterez plus que c'est l'amour de la vérité
j'aurois pu dire de plus est profondément gravé dans le qui m'a fait saisir les armes dont je me suis servi ; mais je
cæur de chacun de ceux qui m'ont entendu ; c'est dans jure en vos mains que j'ai voulu briser celles du F. que je
celui de tous les Maçons de notre Régime , qu'il m'eût fallu combats dans cet écrit , et non le blesser. Lui en offrir de
chercher des expressions pour rendre tout ce qu'ils sen plus sûres pour combattre les ennemis qui lui restent à
tent; c'est dans un autre Temple qu'ils adressent pour vous vaincre , et le ramener enfin victorieux de lui-même, dans
à la Divinité des væux aussi purs qu'ils sont ardens . Dai nos Temples purifiés, c'est remplir tous les devoirs qui me
gnerez-vous approuver le zele qui m'a animé ; oui, je le permettent de me dire votre F.: Puisse -t - il croire que ce
crois, vous n'en jugerez pas par les effets, mozis par le motif langage est celui du coeur !
67

il ne s'est pas transporté dans les archives de son , pour choisir dans cet arsenal des armes
offenſives et défensives ? ... Je me tais . Soit que le F. à Fascia ait connu , ou n'ait pas fait ce
qu'il falloit pour connoître une Lettre qui avoit un rapport si direct au sujet qu'il entreprenoit
de traiter , il faudroit dire des choses que ma plumne se refuseroità tracer; il seroit trop affligeant
d'avoir à croire que ce F. a eu des vues en se taisant : il faudroit qualifier, ceite conduite , cela
seroit plus douloureux encore. ( pag. 69 , 70. )

S. III . Analyse de la premiere Circulaire du 8 Octobre 1779 , adressée par


le S. G. S., à tous les Maîtres en Chaire des grandes Loges Ec..

Je n'imiterai pas à cet égard le silence du È. & Fascia : je m’dterois une arme dont je saurai
faire un digne usage. Je l'ouvre donc cette Circulaire , ignorée ou oubliée par le Préfet de Lors
raine : et je dis : C'est bien là l'ouvrage du S.G.S.; c'est bien lui qui parle ; car on y trouve sa belle
ame , l'ame généreuse de Ferdinand ( 1). C'est en Chef éclairé qu'il peint tout à la fois les devoirs.
que ce titre lui impose , et ceux des Membres de la Société M . :. , après avoir prouvé que depuis
sept ans il remplie les siens , tandis qu'il a lieu de reprocher à beaucoup de Loges et de Maçons
de n'avoir pas rempli les leurs. Vivement touché des abus , il s'adresse à tous les Maîtres en
Chaire , et il invite les Présidens des grandes Loges Ec.. à lui faire connoître incessamment leur
avis et celui des FF.qu'ils jugerontles plus dignes de leur confiance, sur les moyens de réformer
les abus dont il fait une juste et sommaire énumération. Afin d'épurer la Société par l'éloi
gnement insensible et successif des Membres qui la déshonorent , il propose de rendre les récepe
rions plus rares , et de les limiter à un petit nombre de gens de bien et de Membres choisis ; enfin
il leur demande de s'occuper des objets qui peuvent rendre à la Société son lustre et son éclat
primitif. Il attend leur réponse dans les six semaines qui suivront la réception de sa Circulaire ,
et il accordera ensuite autres six semaines pour apprendre de quelle façon les plans qui auront
été concertés avec lui , auront été mis à exécution . Mais arrêtons -nous plus particuliérement
sur les choses qu'il présente à leur examen.
Relativement au système favori du F. à Fascia , je lis : « C'est ainsi que je ne saurois plus prendre
» sur moi d'être à la tête d'une Société qui , en faveur de ces mêmes richesses qu'elle accumule
» par des réceptions multipliées faites sans choix et sans discernement, met au nombre de
» ses projets celui de rétablir un ancien Ordre , qui , indépendamment de ce qu'il n'est plus
» analogue à l'esprit et aux mœurs de notre siecle , ne serviroit qu'à nous donner un ridicule
► aux yeux du monde , sans compter les persécutions auxquelles même il pourroit nous exposer
» de la part des Gouvernemens civils » . ( 2 )
Dès 1779 , le S. G. S. a donc annoncé son opinion sur ce système. Il faudroit savoir ce que le
F. à Fascia a répondu à cette circulaire ; il a peut- être gardé le silence : qu'importe ! dans les
Actes du Convent national des Gaules se trouvoit sa réponse , et peut-être est -ce l'avis de ce Con
vent qui a engagé le S. G. S. à s'expliquer clairement , quand il a vu que plusieurs Provinces
étoient en état de l'entendre . Et le F. à Fascia n'auroit pas compris cette lettre! Il le faut bien ;
puisque les deux autres Circulaires sont l'objet de sa critique ; il le faut bien , puisqu'il a
envoyé un Représentant au Convent. Il me semble qu'après une déclaration aussi précise
du S. G. S. , si j'eusse été le F. à Fascia , je n'aurois voulu prendre part ni directement ni
indirectement au Convent ; j'aurois rassemblé les Maçons T. pour former un Convent parti
culier ; c'est -là que procédant régulièrement, après trois sommations faites à la porte pour que
le G. M. eùt à se montrer , j'aurois proposé d'en choisir un ; cette Circulaire du S. G. S. , étant
une abdication au titre de G. M. T. , on le pouvoit sans craindre de réclamation . Le F. à Fascia
auroit pu jouer un plus grand rôle , et il se seroit épargné bien des peines ; sa Circulaire
n'eut pas été si volumineuse , et la paix régneroit dans nos Provinces.
Ecoutons le S. G. S.: « Après ce que je viens de vous dire , je vous donne à penser si les
» jugemens désavantageux que la partie sensée du Public formera sur la Maçonnerie , ne
» doivent pas nécessairement réjaillir sur moi , comme Chef de la Société ? Pour mettre ainsi
» mon propre honneur à couvert , je me vois forcé à faire connoître par la présente , d'une
» façon irrevocable , à toutes les Loges , les conditions sous lesquelles seules je pourrai me déter
» miner à rester plus long- temps à leur tête » . ( S: 7. ) Cela est clair et va le devenir davantage.
Est -ce là le langage d'un Prince qui aspire à la domination et au despotisme ? Et comment
le F. à Fascia a - t- il osé l'insinuer ?
< Ayant eu occasion d'observer attentivement , pendant tout le temps que je suis revêtu
» de la dignité de G. M. des Loges réunies , non seulement la constitution intérieure de
» beaucoup de ces établissemens Maçonniques , mais aussi la conduite extérieure d'un grand
» nombre de leurs Membres , j'aurois été tenté , si J'AVOIS MOINS CONNU LA VALEUR
» INTRINSEQUE DE LA VRAIE MAÇONNERIE ', d'en porter un jugement guere plus favorable
» que l'est celui des personnes que nous nommons , souvent à tort , des Profanes » . ( S. 5. )
Le S. G. S. connoissoit donc déja , trois ans avant le Convent, la valeur intrinseque de la vraie
Maçonnerie , indépendamment des autres connoissances sublimes qui peuvent exister hors de son
sein , et dont les possesseurs ne sont pas des Profanes. Poursuivons ces extraits intéressans.

( 1 ) Le F. à Fascia a osé dire le contraire, dans les (a) S. 6. J'ai donc eu raison de blåmer ce systeme,
mêmes termes , et faire à cet égard une question aussi et de dire qu'il prés egroit des dangers.
injuste que téméraire ; Est-ce bien là , etc. ( pag. 108. ) 1
68

« Les connoissances sublimes que , par la grace de l’A. S. de L'U ., j'ai eu le bonheur d'ac
quérir , et par lesquelles , quoiqu'elles n'aient pas le moindre rapport avec la Maçonnerie ,
> je souhaiterai cependant de pouvoir contribuer au bonheur de mes FF . et de mon prochain ;
» m'engagent, etc. » ( S. 8. ) S. Prince , vous avez acquis ces connoissances par vos vertus,
et qui voudra ou saura vous entendre , ne croira pas que c'est pondere metalli qu'on les obtient.
Mais, peut-on méconnoître ici , la paternelle et vigilanie sollicitude d'un R. Chef , qui , con
noissant déja la valeur intrinseque de la vraie Maçonnerie , desire d'augmenter les richesses de sa
famille par les connoissances -sublimes qu'il a acquises ailleurs ; qui cherche à les répandre sur son
troupeau , en commençant par les Conducteurs particuliers, s'ils remplissent fidellement les
conditions auxquelles seules il peut les y faire participer ? Et le F. à Fascia a dédaigné , comme
il dédaigne encore , cette participation , parce que ces connoissances n'ont pas le moindre rapport à
la Maçonnerie ; et c'estde-là qu'il est parti pour dire que le système qui a prévalu au Convent est
étranger à la constitution ; mais il n'a pas vu que celui qui connoît la valeur intrinseque de la
praie Maçonnerie, pouvoit seul en bien juger ; il n'est pas remonté au principe , pour distinguer
la M . telle que nous l'avons définie , d'avec l'Ordre essentiel , qui est le tronc d'où s'élevent
différentes branches , lesquelles produisent d'excellens fruits dont les FF . peuvent se nourrir ,
i Voyons quelles sont les conditions que prescrit le S. G. S.; car je m'étonne que le Maitre
en Chaire de la grande Loge Ec:. de Lorraine s'y 'soit refusé , și elles sont justes et possibles :
si elles sont justes , elles doivent être honnêtes et conduire à quelque chose d'utile. Reprenons
le . 8 ; et le neuviemeachevera de nous instruire.
. Ces connoissances m'engagent , conjointement avec les raisons alléguées ci-dessus , à sommer
» les premiers ( les Maçons )d'accomplir dorénavant , avec plus de zele qu'une grande partie
» ne l'a fait jusqu'à présent , les engagemens sacrés qu'en devenant Maçons ils ont contractés
» x envers Dieu ,envers l'Etat , et envers leurs FF . et eux-mêmes ' ; de s'occuper d'un commun
» accord à opérer tout le bien qu'une Société telle que la nôtre est capable d'effectuer , et qu'il
y convient de faire à des hommes doués d'un esprit droit et d'un cæur sensible » . ( S. 8. )
Il continue ainsi : « Comme de plus mes propositions s'adressent à une Société qui n'est
» composée que de Chrétiens , et de laquelle je dois ainsi presupposer qu'elle connoîtra les vertus
dont notre sainte Religion recommande la pratique à ceux qui la professent, il seroit superflu
» que je leur nommasse celles qui, par préférence, doivent être respectables aux Maçons ;
> persuadé au contraire , comine je le suis moi - même, qu'ils seront convaincus qu’un bon
» Maçon doit être en même temps un bon et vrai Chrétien , je pense qu'il leur sera aisé de décou
» vrir dans les vertus qui font l'ornement de ces derniers , celles qui doivent diriger les
» travaux du premier, et qui peuvent en former un Membre utile à l'Ordre , à l'Etat et à
y la Société humaine » . ( S. 9. )
Vous êtes tous convaincus , mes CC. FF . , que la pratique des vertus qui caractérisent
essentiellement le vrai Chrétien , est indispensable au Maçon , et que c'est la seule voie
préparatoire aux connoissances sublimes ; ainsi je n'ai pas besoin de vous faire remarquer
de nouveau combien est grande l'erreur du F. à Fascia , qui prétend y aroir un droit certain
pour lui , pour tous les Membres du Convent , pour tous ceux de l'Ordre Intérieur , parce
que tous ont acquis , comine lui , pondere metalli , les Grades qui les ont conduits à la porte
du Temple où ces connoissances sont enseignées , et dans lequel il prétend avoir droit d'entrer
avec un nombreux cortege ; droit incontestable , inaliénable, indubitable , puisqu'il est acquis
pondere metalli , et dont il ne peut être privé sans la plus horrible injustice. Non , je n'ai pas
besoin d'apprécier de pareilles prétentions ; plus modestes que lui , vous n'avez jamais cru avoir
acheté les connoissances Maçonniques pondere metalli; vous plaignez le F. à Fascia d'avoir enseigné
cette doctrine humiliante pour les M .. , et vous lui demandez : « Dans quel Grade , par quel em
» blême ou allégorie , l'Ordre M .:: s'est-il avili jusqu'à faire de semblables promesses ? Quel prix
» a - t - il fixé à telles ou telles connoissances ? Quand vous a -t-il promis ce que vous exigez , que
» vous est-il dû , qu'avez- vous acheté ? » Mais détournons les yeux , et ne regrettons point
l'éloignement de ceux que de pareils motifs auroient conservés dans l'Ordre , et qui croiroient
que les connoissances Maçonniques sont de nature à pouvoir se vendre et s'acheter.
C'est du S. G. S. , qui a la conviction de cette science sublime à laquelle le Chrétien
de cæur , d'esprit et de pratique , peut avoir quelque droit ; c'est de lui , dis - je , qu'il faut
apprendre quel en est l'objet et le but ; c'est de lui qu'il faut savoir s'il les promet affirmati
vement , ou s'il les laisse seulement espérer ; enfin , quels sont ceux qu'il y appelle les premiers ,
en les invitant à le seconder dans l'exécution d'un plan préparatoire. « C'est sur ces principes
» que se fondent les propositions suivantes que j'ai à faire à tous les Maîtres en Chaire des
» grandes Loges Ec.'. et qu'ils prendront en délibération avec ceux de leurs FF. qu'ils jugeront
» les plus dignes de leur confiance » ( ibid . ) Je ne répete pas ces propositions ; je les ai exposées
en commençant cette analyse. Il annonçoit assez clairement que l'accueil qu'elles recevroient ,
et le succès qu'elles auroient, devroient être autant de moyens de faire cesser les obstacles qui
s'opposent à la communication de ces connoissances sublimes.
Il dit encore , et chaque mot mérite d'être pesé avec une attention toute particuliere :
« D'un autre côté , je souhaiterois aussi , en vous proposant ces arrangemens , de vous engager
y en unissant vos efforts aux miens , et en vous associant ceux de vos FF. dont le caractere
y bienfaisant et la noblesse des sentimens vous sont connus , à préparer les autres au but élevé
1 » que vous leur proposerez de suivre ; et comme une HEUREUSE EXPÉRIENCE m'a convaincu
» qu'il existe EFFECTIVEMENT des connoissances supérieures , que les mortels PEUVENT DÉJA
y ACQUÉRIR dans cette vie terrestre , il ne seroit PEUT - ÊTRE PAS IMPOSSIBLE que nos FF. ,
7
* 69 **

» par l'adoption d'un plan qui tend principalement à l'amélioration da genre humain et
» à la glorification de son Créateur , POURROIENT: UN JOUR SE RENDRE DIGNES D’Y PARTI
» CIPER » . ( S. 13. )
Le F. à Fascia a la ces mots ; il a vu que le S. G. &. s'éleve contre le système de Restau
ration , qu'il ne veut plus rester à la têté ; de l'Ordre , s'il continue à s'occuper du rétablissement de
10. du T., qui ne serviroit qu'à nous donner un ridicule dx yeux du monde ; qu'il démontre la nécessité
d'un pareil arrangement ; nécessité qui provient sur-tout des effets très-désavantageux qui pour
roient résulter pour notre bonheur, si, tôt ou tard , on yenoit à découvrir la futilité de nos travaux ,
comme cela ne manqueroit pas d'arriver ( 2 ) . Et je vous laisse à penser , dit le S. G. S. , combien ,
dans un pareil cas , les jugemens équivoques que le Public est deja accoutumede porter sur notre
compte , se trouveroient justifiés , lorsqu'on observeroit que nous travaillons absolument sans aucun but
effectif. Le F. à Fascia , Maître en Chaire, a lu cela ; et avant que ce plan soit ébauché , lui , qui
étoit invité à y concourir , il crie à ses FF .; « Ah ! gardez- vous de l'adopter , il est épouvantable ,
» détestable , abominable ; il vous conduira au fond d'un affreux précipice ; le système de Restau
» ration est détruit ; tout est perdu pour vous ; effacez le meliora præsumo du quatrieme Grade , car
» vous ne verrez plus ces grandes choses. »
Ah , mes FF ! on seme l'ivraie , et l'on veut recueillir du froment; on veut amasser une
récolte précieuse dans un champ qui n'est pas encore défriché , et sur lequel on n'a répandu
aucune semence,
Mais je parle comme si j'avois pour Auditeurs ces FF . qui ont applaudi unanimement à cet avis
insidieux: je le voudrois , je ferois des efforts pour les convaincre. Je voudrois que le F. à Fascia
fùt ici ; je lui adresserois peu de paroles , mais il les entendroit ; je lui dirois sur - tout :
» Rappellez- vous que le S. G. S. a dit : En suivant les voies que j'indique , il ne seroit pas impos
» sible que nos FF... ... pourroient un jour se rendre dignes d'y participer . Ces mots sont-ils clairs ?
» Est-ce là une promesse positive, ou seulement l'expression de l'espoir qu'il a que ses soins vigilans
» et ses efforts prospéreront en leur faveur ? C'est pour vous qu'il a formé ses premiers væux ;
» c'est vous qu'il a fait le confident de ses vastes desseins ; c'est par vous qu'il vouloit les
» accomplir , en se reposant sur vous du soin de choisir ceux qui seroient dignes de votre
» confiance ; et vous vous plaignez ! vous accusez ce tendre Pere d'être injuste ! Qu'avez -vous
» fait pour pouvoir lui tenir ce langage ? Connoissez-vous ce que vous méprisez si fort ? Savez
» vous quels sont ses engagemens ? Vos yeux s'ouvriront un jour ; les flatteurs s'éloigneront
» de vous , et l'on dira de votre ouvrage, ce que vous n'avez pas craint de dire des Circu
» laires paternelles de notre Respectable Chef; l'on vous dira les mêmes paroles que vous
y avez eu la témérité de lui adresser. Voyez, F .: à Fascia , quel mal votre erreur a fait. Votre
» crédit et votre liaison avec quelques-uns de vos FF. les ont enchaines à votre opinion , et vous
y nous avez privé des connoissances que nous avions droit d'attendre. Voyez , F.'à Fascia , quel
» mal vous avez fait ; votre opinion a arrété la communication d'autres objets qu'il étoit si intés
ressant de connoitre ( pag. 62 , 163 ).... Mais pourquoi achever ce triste tableau de l'avenir ?
il est inutile pour vous , et le F. à Fascia n'est pas là pour le voir.
Cette premiere Circulaire répand un jour si lumineux sur les intentions du S. G.S. , qu'il est
inconçevable comment le F. à Fascia a pu ne pas les reconnoître en tout , par-tout et toujours.
Ah ! je voudrois qu'il pût dire que cette Circulaire ne lui est pas parvenue , ce seroit son
excuse ; car , n'ayant pas connu le point de départ , il auroit pu s'égarer ; il ne lui resteroit
d'autres reproches à se faire , que de n'avoir pas recherché avec soin la vérité , d'avoir négligé
les lumieres que lui devoit fournir le Convent national , et qui l'auroient aidé à juger du
mérite de cette Circulaire . Eclairés par ce flambeau, très RR.FF.,vous avez su respecter ces invi
tations touchantes ; vous en avez connu tout le prix , et vous avez préparé les voies à votre instruc
tion et à celle de tous les FF . de votre Province qui se joindroient à vous pour tendre au même
but . Passons à l'examen de la seconde Circulaire que le F. à Fascia appelle la premiere , qui
l'est en effet relativement à la convocation du Convent , mais qui avoit besoin , pour être
entendue , d’être précédée par la lecture de la Circulaire du 8 Octobre 1779 .

§ . IV . Analyse de la Circulaire Préliminaire du S. G. S. du 19 Septembre 1780 .


Cette Circulaire est dénommée Préliminaire , comme ayant été le premier pas fait pour une

Assemblée générale de l'Ordre en Convent ; elle parut une année après celle que nous venons
d'analyser. Il est essentiel de remarquer à qui elle est adressée : à tous les ** , Directoires et
grands Officiers Provinciaux . Le S. G. S. n'y fait aucune mention des connoissances M :. et autres
qu'il avoit acquises . D'un côté il avoit tout dit , à cet égard , dans la précédente ; il étoit donc
superflu d'en reparler : de l'autre , il avoit remis à la prudence des Préfets de s'associer . ceux
de leurs FF.qu'ils jugeroient les plus dignes de leur confiance , pour prendre ces objets en délibé
ration. Ce silence étoit nécessaire , puisqu'une partie des Membres pouvoient ignorer la pre 1
miere , et que les en corps devoient connoître cette seconde ; ce mystere n'eut pas lieu
pour vous , mais ailleurs il pouvoit être indispensable .
Ici , il est de nouveau question du système de Restauration . Le S. G. S. annonce qu'il est bien
loin de s'en occuper et d'assembler un Convent pour cet objet : « Si jamais une Restauration

(1) Le S. G. S. semble avoir prévu que le F. d Fascia pas le nôtre , et nous ne partagerons pas le ridicule qui
prendroit soin lui-mêmede divulguer la futilité des travaux doit en réjaillir sur eur .
des partisans de son propre système; mais ce systême n'est I
70

malentendue de po . du T.,en général ou en partie, fut tentée quelque part, quelles mesures
» avons- nous à prendre pour que le Public ne nous prenne pas pour complices d'une entreprise
» qui ne sauroit être indifférente aux Gouvernemens ? » ( Nº. IV. Lett. a . ) Se fondant sans doute
sar le Convent national des Gaules, il regardoit ce système comme abandonné par la plus
saine partie des Maçons ; il ne devoit être question de s'en occuper que pour prendre des
mesures; afin de n'étre plus soupçonné d'une prétention qu'il regarde comme criminelle ,
puisqu'il se sert du mot de complices , ce qui suppose des coupables : ainsi le but du Convent
étoit tout autre ; et qui ne l'a pas saisi , n'a pas voulu le saisir.
Mais je dois suivre le F. à Fascia dans cette analyse ; le tableau des abus qui existoient , celui
des maux qui nous ont accablés , qui pesent encore sur nos têtes , a été déja plus d'une fois mis
sous vos yeux. Vous en connoissez les causes , et vous les voyez se multiplier aujourd'hui ; je
puis donc me dispenser de les retracer.
* Je laisserois tomber les mains , je l'avoue , ajoute le S. G. S., si je n'étois persuadé qu'il
» nous reste encore un moyen de sauver l'O ., ( 1 ) de lui donner une forme plus adaptée
» à notre siecle et à nos meurs , de le réduire à ses vrais principes , et de conduire la barque
» à bon port ; je veux dire une Assemblée Fraternelle générale de TOUTES LES GRANDES
Loges Ec:: » ( 2 ) : _ :.
: Sur ce texte , le F. à Fascia disserte longuement pour dire que le S. G. S. s'engageoit à
développer dans cette Assemblée ses connoissances sans aucune réserve : ne répéions pas ,
mais rappellons les engagemens du S. G. S. contenus dans la premiere Circulaire. Si , de
bonne foi, on ne veut pas lui en faire contracter d'autres que ceux qu'il a pris réellement ,
on verra qu'il falloit convenir des formes sur l'indication du fond, et qu'alors on pourroit un jour
se rendre digne de participer aux connoissances ; et quel plan suivre ? un plan qui tende principa
lement à l'amélioration du genre humain et à la glorification du Créateur. ( 1. Circ. 9. 13. ) On a suivi
ce plan : je le démontrerai ailleurs ; mais il n'a rien été promis pour le Convent ; on ne
le pouvoit, ni on ne le devoit . Le F. à Fascia nous cite Swedemborg , et dit avec lui :
Ne voulez- vous donc faire aucun usage de vos connoissances ? ..... C'est un bien dont vous
devez faire part aux autres , etc. ( pag. 55. ) Je suis tenté de répondre à cette citation , d'autant
plus que , relativement au S.G.S. , il parle encore ailleurs d'après Swedemborg , de ces Espriis de
Mercure qui veulent qu'on leur apprenne tout , mais ne communiquent ce qu'ils savent qu'à ceux de leur
Société intime. ( pag. 108 ) Je puis donc aussi citer ce même Auteur ; vous me permettrez cette
courte digression ; et , sans prétendre donner son témoignage comme infaillible , le F. à Fascia
peut être réfuré par lui , puisqu'il s'en est servi pour soutenir l'opinion contraire .
Il s'agit , dans tout ce que nous avons dit , de sciences et de connoissances ; et Swedemborg
fait une distinction des unes et des autres , et de l'homme INTÉRIEUR et de l'homme EXTÉRIEUR:
! Il dit que « l'homme a été créé de maniere à être tout à la fois et dans le monde spirituel et
» dans le naturel ; aussi a-t - il été doué d'un intérieur et d'un extérieur : c'est par son intérieur
» qu'il est au monde spirituel, et par son extérieur au monde naturel ; son intérieur s'appelle
homme interne , et son extérieur l'homme externe. » ( Nouvelle Jérusalem , pag. 34. )
Cet Auteur donne des définitions qui paroissent abstraites : je serois trop long si je
voulois les rapporter. Bornons -nous aux conclusions qu'il en tire . “ De tout cela , dit - il ,
y il est évident que les bons ont réellement et un homme intérieur et un extérieur ; mais que
» les méchans n'ont pas d'homme interieur , ils n'en ont qu'un extérieur. L'homme , dont
» l'intérieur est dans la lumiere du Ciel , et l'extérieur dans la lumiere du monde , est un homme
» spirituel quant à l'un et à l'autre ; mais l'homme dont l'intérieur n'est point en la lumiere du
du Ciel ; n'étant simplement qu'en celle du monde , en laquelle est aussi son extérieur , est naturel
» quant à l'un et à l'autre. C'est l'homme spirituel qui , en la PAROLE , est appellé HOMME VIVANT ;
» mais le naturel y est appelli MORT. » ( Ibid. pag. 34 , 35. )
« En proportion que "l'homme ne pense ni ne veut de par le Ciel , mais par le monde , en
y pareille proportion son homme intérieur spirituel est- il bouché , et son extérieur est ouvert ; et
» cette ouverture se fait dans le monde , et sa formation tend vers les choses qui sont du monde.
» Ceux qui sont en la lumiere du Ciel voient le vrai parce qu'il est vrai , et apperçoivent le bien
» - parce qu'il est bien ; ceux dont l'intérieur est bouché voient le faux pour le vrai , et apper
» çoivent le mal pour le bien. Cet homme dont l'intérieur est si fort extérieur , qu'il ne croit
que ce qu'il peut voir de ses yeux et toucher de ses mains; un tel homme est naturel au plus
» haut degré.» ( ibid. pag. 37. ) » Les maux et les faussetés du mal bouchent l'homme intérieur ,
» et font que l'homme est dans les extérieurs , nº. 1587 , et sur - tout les maux qui viennent
» de l'amour propre ; nº. 1594. ( Extr. des Arc, celestes , ibid. pag. 42. )
Permettez encore quelques extraits , ils ne peuvent nuire à ceux qui les entendent : « qu'au
» tant que l'intérieur , qui est spirituel , est ouvert , autant les vérités et les biens sont - ils
multipliés ; et qu'autant que l'intérieur, qui est spirituel , est bouché , autant les vérités et
» les biens s'évanouissent-ils. L'Eglise est en l'homme interieur spirituel , parce qu'il est dans
» le Ciel , mais non en l'extérieur sans celui - ci: de là , que l'Eglise extérieure , en l'homme ,
Ý N'EST RIEN sans l'Eglise intérieure ; le culte exterieur , sans le culte intérieur , N'EST AUCUN
» CULTB . » ( Extr. des Arc. cel. nº. 4099 , 10698 , 1795 , 1094 , ibid. pag : 43. ) Toutes ces choses
sont vraies ; et dans quelque ouvrage qu'on les trouve , on sera forcé d'en convenir . Passons
aux sciences et aux connoissances que Swedemborg apprend à ne point confondre.
i ( 1 ) Ce n'est pas l'O, du T. il est perdu pour toujours ; pas dire tour ce qui porte ce nom dans la M .. en général ,
les Hammes l'ont dévoré ; c'est l'O. M. dont il parle. 1 inais seulement dans le Régime.
( 2) Dans notre Régime , grandes Loges Es.: ne veut
« Les
71
« Les connoissances renfermées en l'homme extérieur ou naturel , sont appellées scientifiques ;
, mais non celles qui sont renfermées dans l'homme intérieur ou spirituel : mais , pour mieux
» les distinguer , les premieres , qui concernent les choses naturelles , conservent le nom de
» scientifiques ; celles qui sont de l'état et de la vie spirituelle sont appellées CONNOISSANCES
lesquelles sont principalement des points de doctrine.» ( Ibid. nº: 3019 , 5734 , 9945 , pag.50. )
Swedemborg dit ensuite comment on acquiert les sciences et les connoissances. Mais voici
un conseil qu'on peut suivre sans craindre de se tromper : « Il faut tirer son principe des.
vérités de la Doctrine puisée dans LA PAROLE , et reconnoitre d'abord ces vérités ; ensuite il
» est permis de consulter les Scientifiques , pour les confirmer ; et ainsi elles seront corroborées :
» d'où il suit qu'il est permis à ceux qui sonten l'affirmative touchant les vérités de la Foi , de les
» confirmer avec intelligence par les Scientifiques , mais non ceux qui ſont en la négative sur ces
ý matieres ; parce que quand l'affirmative precede, il range tous les argumens de son côté ;
» et quand c'est le négatif qui précede , il en fait aussi demême. Entrer des vérités de la Foi
» dans les Scientifiques , C'EST ALLER SELON L'ORDRE ;mais que de faire le contraire , en
» voulant pénétrer par les Scientifiques dans les vérités de la Foi , C'EST PROCÉDER CONTRE
» L'ORDRE . Celui qui est en un doute négatif , lequel doute, en soi- même, équivaut à une entiere
u négation , et qui dit qu'il ne croira point avant d'être persuadé par les Scientifiques , ne croit
» et ne croira jamais. Ceux qui font ainsi , deviennent vains par rapport à tout ce qui concerne
-> l'Egliſe et le Ciel ; de telles gens tombent dans la faussete du mal. » ( 1 )
L'application seroit trop longue à faire ; mais il me semble que Swedemborg a bien réfuté
Swedemborg ; en effet , si le F. , Fascia a prouvé par un des écrits de cet Auteur , que les connois
sances doivent être communiquées aux autres, Swedemborg , dans ce dernier ouvrage , a démontré
que ce seroit vainement , quand l'homme intérieur est bouché ; et je dirai avec lui en ter- ,
minant cette digression : « Que les sciences sont tout à la fois et des moyens de devenir sage
,
» et des moyens de devenir insensé , & que par elles l'homme intérieur est ou ouvert ou
» bouché ; et ainsi la raison humaine est ou cultivée ou détruite. » Alors on voit que le Disciple
de Ciceron a tort ; que le S. G. S. a raison , et qu'il faut le remercier de n'avoir pas divulgué
ses connoissances au Convent; et moi, ce que je sais mieux que le F. à Fascia , c'est qu'il faut
aller selon l'Ordre ; s'il m'entendoit , il diroit que le peu de connoissances que je puis avoir ,
a été pour moi le moyen de devenir fou : alors il ne seroit plus envieux des sciences , des con
noissances, et il nous laisseroit tranquilles dans notre folie.
Mais reprenons notre analyse , suivons-la plus rapidement, et ne nous arrêtons que pour les
choſes indispensables : la question devient bien claire à présent.
Le F. à Fascia n'a voulu trouver dans cette Circulaire qu'un engagement contracté par
le S G. S. tant en son nom qu'en celui de ces FF. zélés et entendus , de communiquer en plein
Convent , leurs découvertes sur l'origine et la légalité de l'O , ; aussi a - t - il fait ſon thême
de plusieurs façons pour dire : Ce seroit se jouer indécemment des Membres estimables d'un
Ordre respectable, que de leur annoncer une découverte intéressante , la plus intéressante , et
refuser ensuite de la leur communiquer. J'ai déja trop bien prouvé que c'est avoir mal entendu le
S. G.S. , et je nerépéterai pas ce quej'ai dit ; je me bornerai à une observation qui me paroît
répondre à tout .
Si , comme il n'en faut pas douter , le S. G. S. et des FF. zélés et entendus ont fait des décou
vertes sur le but de la M.. , ils ont suivi une marche méthodique ; ils sont montés par degrés ;
tous les Maçons ont pu suivre la même route , faire les mêmes efforts : il peut donc y en
avoir beaucoup d'instruits dans tous les établissemens ; et ceux - là auront dû être députés au
Convent ; ceux - là auront pu et dù entendre le S. G. S. Le F. à Fascia , qui avoit été au
Convent national des Gaules , ne devoit pas être étonné du langage de ce S. F .; mais ceux qui
n'avoient rien vu au - delà de l'0. du T. , tout ce qu'on leur devoit, étoit de les mettre sur la voie ; !
ils n'avoient pas raisonnablement le droit d'exiger davantage . A -t-on jamais reçu quelqu'un
M .. en commençant par le dernier Grade ? C'est donc n'avoir aucune idée de la Maçon- '
nerie que d'imaginer qu'en plein Convent ou pouvoit tout dire . Ne falloit -il pas , avant de parler,
avoir initié les Auditeurs ? et pour en venir - là , ne falloit - il pas qu'ils eussent renoncé à leur
systéme favori ? S'ils ne l'ont pas fait , ou ne l'ont pas voulu faire , on a dů se taire jusqu'à un
certain point , et se borner à leur en démontrer le néant , en leur laissant entrevoir un autre but!
Le S. G. S. n'a donc rien promis ; il a seulement donné des espérances ; on pouvoit les voir
réaliser ; mais on y a mis un obstacle , et plus d'un obstacle , et l'on se plaint !

(3 ) Ibid. n. 6047, 2568 , 10236 , 2094 , 128, 232. pag. 52. ait été initié par les hommes . « La science des correspon
J'ai eu un vrai plaisir à lire ce morceau , je l'aurois sup » dances étoit pour les Anciens la science des sciences ;
primé à l'impression , si j'en eusse été le maitre, parce » mais elle est entièrement perdue actuellement , n. 3021 ,
que quand Swedemborg favorise le F. à Fascia, il est » & c . La science des correspondances étoit parmi les
raisonnable ; mais quand il lui est contraire , il n'en doit » Orientaux et en Egypte , n. 5702 , & c. Que ce fu de-là
pas être ainsi auprès de plusieurs : cep ndant comme j'au » que vinrent les Hieroglyphes , n. 6692 , et que par la
rai des Lecteurs qui ne pensent pas de même, et qu'ils » science des correspondances, les Anciens s'introduisoient
n'ont peut-être pas Swedemborg , c'edi eré leur faire un » dans les connoissances des choses spirituelles , n. 4844 ;
larcin , et je suis charmé d'avoir eu l'idée de rendre ma » que toute la parole n'est uniquement écrite que par
pensee par celle de cet Auteur , sur lequel il est permis » pures correspondances , et que c'est de la que vient son
d'avoir differentes opinions ; ce sera toujours un homme » sens interieur ou spirituel , duquel on ne peut avoir au
étonnant et qui a rappelle les principes de la plus saine » cune idee sans la science des correspondances , sans
morale : la Nouvelle Jérusalem sur - tout , si l'on en retran » laquelle science on ne peut savoir non plus de quelle
choir le merveilleux du titre , contient des choses qui sont » nature est la parole , n . 3131; combien cette science des
développées d'une maniere intéressante.Pourceux qui n'ont » correspondances est preferable à tous les autres ! n. 4180.
pas l'Ouvrage, je vais extraire quelque chose qui semble pag. 53, 54. » Pour bien juger de cet Aureur , il faudroit
avoir quelque rapport à l’Institút primitif dont j'ai parlé, avoir tous ses Ouvrages , se donner le temps de les mé..
en observant que Swedemborg n'a dit nulle part qu'il direr , er avoir son homme intérieur bien ouvert.
K
72

Quand on se rappelle le Convent national des Gaules et la Circulaire du 8 Octobre 1779 ,


on n'est plus étonné que le S. G. S. ait mis en queſtion ,s'il.n'y a pas , ou si on ne pourroit pas
établir un but public et un but secret , ou un but extérieur et un autre intérieur ? Après ce
que nous avons dit dans le Chapitre II , on comprend de quelle nature sont ou pourroient
étre ces deux buts ; on voit que le S. G. S. a voulu aider à l'intelligence de ceux qui
n'auroient pas saisi son sens sur le but secret ou intérieur dont il a parlé ; on voit qu'il n'a
pas voulu laisser croire que ce but secret fut étranger à l'Ordre , et c'est pourquoi il a mis
en question :
* Y a-t-il certaines connoissances dont l'Ordre est le seul dépositaire ? Et comment pourroit -on ,
» dans ce cas ,combiner la partie scientifique avec la Régie extérieure de l'O . , et la maniere
» la plus avantageuse pour le total , et jusqu'à quel point les cérémonies M. :. doivent-elles y
» être analogues ?
Ce qu'il dit pour indiquer ses vues sur les buts public et secret , ou intérieur et extérieur de
l'Ordre , est précédé de divers articles sur lesquels il invite les à délibérer et à lui faire
passer leur avis . Ces articles se réduisent essentiellement à ces questions sommaires.
1 °. Forme extérieure , composition , subordination et coordination , en un mot , Régie des
différentes parties de l'Ordre et de l'ensemble .
20. Cérémonies et Rituels , et leur dénomination sage et analogue au but de l'Ordre.
3 °. Economie indispensable à toute Société quelconque , et analogue au systéme futur de
Tordre.
4º. Conduite vis-à- vis de l'Etat et du Public en général.
5º . Vues et but de l'Ordre.
La sixieme se rapporte à la forme extérieure de l'Assemblée générale , au nombre des Votans ,
à l'Ordre des Délibérations , etc.
Le S. G. S. a dů préſumer qu'il seroit entendu sur tous ces points , et plus particuliérement sur
le cinquieme, qui forme la baſe de l'édifice : Vues et but de l'Ordre ,, systeme futur. Ces expres
sions étoient adressées aux Restaurateurs de l'O. du T. ; il a dû présumer , disons-nous , qu'il
seroit entendu de tous ceux qui ont acquis , pondere metalli , le droit de lui répondre , et il dit :
Ļa part que vous voudrez y prendre avec moii . si vous voulez bien y travailler avec moi ,
pour vous-même et pour votre prochain , je regarderai comme le premier pas VERS LE GRAND PUT ,
une réponse detaillie et sincere , et c'est par-là que je me verrai en état de m'expliquer plus clairement
avec vous que je n'ai pu le faire à l'heure qu'il est. La question annonce de quelle nature la
réponse devoit être . A -t-elle été faite généralement ? Nous pouvons dire Non , puisqu'il n'a
pas été en étaj de s'expliquer plus clairement; mais à qui la faute ?
Le F. à Fascia veut trouver , dans les expressions suivantes , la preuve que l'on devoit tout
communiquer; Nous ne parviendrions jamais à former un ensemble des matériaux disperse's , si
nous ne voulions pas nous communiquer réciproquement nos idées . Mais d'abord le F. à Fascia
n'a pris que le milieu de la phrase , il en a retranché ce premier membre : vous conviendrez que
les réponses,à ces questions ne pourront guere ètre uniformes, et aussi ce dernier , sur le plan de
l'édifice que nous allons construire: Alors communiquer réciproquement nos idées , se rapportoit
au Plan ; voilà le sens limitatif , et il devoit l'être, puisque les réponses ne seront guere uni
formes. Le F ; à Fascia après avoir ainsi tronqué cette phrase avec adresse pour prouver que
le S. G S. a promis et qu'il n'a pas tenu , affecte encore , pour tendre aux memes fins , de
donner au mot Idée un sens plus étendu qu'il ne peut l'avoir ici ; que signifient dans notre
langue ces expressions , Communiquons-nous réciproquement nos idées sur le plan que je vous pro
pose ? Si ce n'est , faisons- nous connoitre nos opinions, ce que nous pensons , ce qui nous paroit
convenable. Or , quelle subiilité d'esprit n'a -t-il donc pas fallu au F. à Fascia , pour conclure
qu'en exprimant ainsi préliminairement son desir pour une communication fraternelle et réci
proque des opinions particulieres sur le plan à suivre dans le Convent qu'il indique , le
S. G. S. s’est engagé à publier ,dans ce Convent mème , toutes les connoissances sublimes dont
il annonce avoir la conviction .
· Que demande le S. G ..S. ? les plans et les projets. Par-là il pouvoit connoître le véritable
état actuel de l'Ordre , et où tendoient les vues de la généralité des ; il.pouvoit connoître
quelles étoient les opinions les plus suivies sur le vrai but, sur la valeur intrinseque de l'Ordre ;
c'est-à -dire , sur ce qui est interieur , sur ce qui lui est propre et essentiel ; il pouvoit juger du
mérite de ces plans, de ces projets , et ètve en état de proposer dans une autre Circulaire les
principes sur lesquels on doit établir les resolutions à prendre dans le Convent même ; et il ajoute
que d'avance il se flatte que ces principes ne inanqueront pas d'obtenir l'approbation ; tout cela est
conséquent. Il en résulte que le F. à Fascia a donné une interprétation forcée et intidelle
à cette Circulaire pour pouvoir dire que le ş. G. S a pris un engagement qu'il n'a pas tenu .,
Je renvoie pour quelques instans l'examen de la seconde Assertion du F. à Fascia , par laquelle
il avance que les Maçons d'un Regime different ont éte invités , parce que c'est sur la seconde
Circulaire qu'il se fonde à cet égard , et que je voudrois avant de terminer l'analyse de la
premiere , vous faire remarquer de quelle façon il prétend qu'on auroit dû s'y prendre
pour résoudre la question si nous avons des Supérieurs actuellement existans , et quels sont ces
Supérieurs ?
J'ai reconnu ci -devant qu'il doit y avoir des supérieurs qui ont la faculté d'instruire et non de
commander , qui tiennent à un Ordreessentiel plus ancien que le nôtre , et j'ai indiqué L'IDÉE
qu'on peut et qu'on doit s'en former. I e.F. à Fascia , qui ne cherche que le Grand - Maître de l'O .
du T. nous dit : « pour connoitre ces Supérieurs , il falloit prendre les voies sûres afin qu'ils fussent
» informés du desir qu'on avoit de les connoître , ce qui ne pouvoit se faire qu'en convoquant les
: » Sectateurs de tous les systèmes Mi: parce que s'il y a des Supérieurs , ils doivent être connus
it » d'une des branches de la M .. » ( p. 60 ) Il est aisé de voir qu'il n'a pas entendu la question
puisqu'il cherche des Supérieurs dans la région inférieure , et qu'il ne veut pas remonter par
les côtés jusqu'au sommet du Triangle. Mais dans le cas où aucune des divisions de la M. i ne
connoîtroit de Supérieur général , le F. à Fascia propose un expedient assez singulier; une triple
« sommation de huitaine à autre , faite à la porte de la salle du Convent , suppléeroit, dit-il ,
» à l'impossibilité de la signification à un inconnu . » On voit que c'est un Formaliste qui parle ,
car cela est conforme à l'Article IX . du Titre II . de l'Ordonnance de 1667 , et à différens Articles
de celle de 1670. Mais comme cette assignation à cri public , doit se faire dans la place publique
! à son de trompe , à la porte de la Jurisdiction , et encore au devant du domicile ou résidence
de l'Assigné, et que le F. à Fascia nous a dit que ces Supérieurs doivent être connus d'une
de
des branches de la M .. il auroit fallu envoyer un Tromperie dans tout le monde Maçon , pour
donner cette Assignation , et le Convent seroit encore à attendre son retour ; cela n'est que
ridicule , et si j'en ai parlé , c'est pour faire voir que le F. à Fascia a toujours confondu la
! Société M . : . avec la Société civile , et qu'il cherche le Grand -Maître du T. , tandis qu'il s'agit
des Supérieurs de cet Ordre essentiel qui donna l'existence à la Société M :: et peut être à
1'Ordre du T. lui -même.
! Je vais passer à l'examen de la troisieme Circulaire , afin de prouver qu'elle n'est point
contradictoire avec les précédentes ; mais qu'elle sert à les expliquer.

§. V. Analyse de la Circulaire di S. G. S. du 18 Juin 1781 .


3,
La critique du F. à Fascia est courte , mais elle est sévere ; nous en avons déja dit un met :
» C'est au septieme alinéa , dit- il , qu’alternativement on apperçoit et on perd la Lune au tra
Pt » vers d'un nuage , tantôt plus épais, tantòt moins . C'est un mélange de lumiere et de tenebres,
1 » et sur- tout une contradiction dans les termes ; par exemple : ..... etc. etc. » ( p . 64. ) par
1: exemple , cela est-il honnête ? prouvons que cela n'est pas juste , et la Regle du Philosophe
Romain aura décidé la question . Ne séparons point ce qui doit être uni . Pour juger du mérite
de cette Circulaire , il faut se rappeller les précédentes, et considérer leur but et leurs motifs.
La premiere est un avis fraternel d’un Supérieur éclairé , qui voyant son Troupeau s'égarer le
1 rappelle et lui déclare à quelle condition il consent à en rester le Pasteur ; il exige un petit
sacrifice, mais il promet un dédommagement ; il sent qu'il ne peut pas faire le bien tout seul,
il s'adresse à ceux qui sont à la tête des établissemens ; illeur indique la route sur laquelle ils
pourront se rencontrer ; il les invite à se faire suivre d'un cortege peu nombreux , mais choisi ;
il ne promet rien , mais il laisse entrevoir des espérances.
La seconde est preliminaire à l'Assemblée de ce Convent généralement desiré . Par la précé
dente il avoit confié ses vues pastorales à ceux qui par leurs places pouvoient l'entendre ; mais
il se restreint quand il parle à tous ; il ne donne que des apperçus, et demande comment on
envisage les choses : c'est d'après les réponses qu'il s'expliquera.
La troisieme est vraiment la Circulaire de convocation ; les réponses aux deux précédentes
ve ont du en déterminer le contenu . Si après la déclaration du S. G. S. sur le système du T. la
de généralité ou seulement la pluralité des * avoit persisté à y rester attaché , comme il a
annoncé d'une maniere irrevocable , qu'il ne veut plus , pour mettre son propre honneur à couvert ,
TE
-- rester plus long -temps à la tête d'un Ordre qui en continuant à suivre son système de restauration
travailleroit-sans aucun but effectif ,ileut été inconséquent d'assembler un Convent pour abdiquer
à son ouverture le titre de chef ; il se seroit borné à envoyer cetie abdication aux Provinces ,
IC
et il se seroit retiré auprès de ceux qui connoissent la valeur intrinseque de la vraie Maçonnerie.
Le S. G. S. a convoqué le Convent; nous en devons conclure que la pluralité avoit répondu
le
d'une maniere satisfaisante , au moins sur le système qui lui répugnoit, et dont il vouloit
DI
éloigner ses FF . pour n'être pas forcé de s'en séparer ; mais, en même temps , si la généralité a
manqué de confiance sur ce qu'il avoit dit dans la premiere , il étoit de sa prudence de ne
le
plús en reparler , ou plutôt il a dû se renfermer dans ce qui étoit connoissances M .. dont il
fe .
avoit déclaré connoître la valeur intrinseque ; ainsi, s'il ne s'est pas expliqué plus clairement,
E
c'est que la cause qui y mettoit obstacle subsistoit par le fait de quelques Provinces . On n'a
bu
donc du et pu compter que sur ce qui étoit annoncé par cette Circulaire de convocation ; je crois
que c'est dans cet esprit qu'il faut lire cette derniere. Circulaire ; j'ai cherché de bonne foi
la vérité , et à travers ce nuage , ces tenebres qui offusquent la vue du F. à Fascia , j'ai toujours
apperçu la lumiere
Avant de poursuivre , et comme quelques -uns pourroient me demander pourquoi le S.,G.S.,
J.
après avoir parlé dans sa Circulaire de 1779 , de connoissances de deux especes , les unes rela
le
tives à la M. ' et les autres étrangeres , ne parle plus en 1781 , que de celles de la premiere
le
espece , je dois peut- être répondre par quelques réflexions , afin que les Partisans du Fc à Fascia,
12
ne puissent plus dire que le S.G. S. a usé d'uneréticence contraire, non à ses promesses, car il n'en
avoit fait aucunes , mais aux espérances qu'il avoit laissé entrevoir aux Maitres en Chạire .
Je ne me crois pas autorisé à exiger du S. G. S. qu'il me rende compte de son silence ;
s'il a cru devoir le garder ; mais pour convaincre le F. à Fascia de son injustice , je rappel
lerai un fait public qui justifiera notre S. Chef : que dis - je ! en a - t - il besoin ? se justitia -t-on
E
jamais envers des ingrats? et malheureusement il y en a eu dans nos Provinces ; le souvenir
3. vous en sera toujours amer , par le mal que quelques -uns de vos FF . ont fait même dans celle - ci.
if K2
74

Vous le savez , mes RR. FF. , à peine le S. G : S. eur- il annoncé ces connoissances , qui , sans
avoir rapport à la Maçonnerie , pouvoient enrichir son patrimoine , qu'il s'éleva contre cette
assertion une multitude de Maçons, dont le système est de nier l'existence et la possibilité de
tout ce qu'ils ne connoissent pas. Cette clameur s'étendit au loin et fit de grands progrès : per
sonne n'entreprit de les arrêter. Or pour connoître la juste cause de ce silence dont le F. à Fascia
ose faire un crime au S. G. S. ; il faut se faire deux questions : le S. G. S. avoit-il le droit per
sonnel de dispenser à sa volonté ces connoissances ,et cette dispensation dépendoit - elle de ceux
de qui elles étoient provenues ? la généralité des FF . a -t - elle montré du penchant et quelqu'ap
titude à ces connoissance's ?
Dans les deux cas , considérés négativement , le S. G. S. a dû renoncer au projet de faire
part de ces connoissances ; les clameurs d'un grand nombre de FF . lui en imposoient la loi ,
sóit qu'il ait agi de son propre mouvement , soit qu'il ait cédé aux sages conseils de ceux
qui avoient permis de faire entrevoir des espérances , et rien de plus . Le passé nous éclaire sur
l'avenir ; de combien d'années, le F. à Fascia ne recule-t - il pas nos progrès par son fatal Ouvrage !
En voilà plus qu'il n'en faut pour n'être point étonnés, si nous voyons le S. G. S. ne parler
en 1781 que des connoissances M. : . , et en parler même avec réserve ; d'autres raisons vien
droient à Pappui, mais je n'ai pas le temps de tout dire .
Ouvrons cette Circulaire , parcourons la rapidement . Nous voyons d'abord que la plupart
des , c'est-à -dire , que le plus grand nombre a répondu à la premiere Circulaire, ainsi
que plusieurs FF . particuliers ; cela veut dire les Préfets et grands Officiers , et si les sentimens ne
sont pas EN TOUT Point les mêmes , si l'O . est envisagé de différenspoints de vue , LA PLUPART
a jugé de l’O. de ses véritables intérêts ; de son essence, avec PÉNÉTRATION , bonne foi ; est d'accord
SUR SES PRINCIPES FONDAMENT AUX ; ils ne different que DANS LES MOYENS de parvenir
à notre grand -but.
Cela annonce une conformité des principes adoptés par la pluralité ; le plaisir que le S. G. S.
goûte à le dire , lui qui connoissoit la valeur inirinseque des choses , promet des résultats con
formes aux principes. J'en ai dit assez dans les précédens articles pour ne pas m'y arrêter : on
vouloit aller au grand but , celui de n’èire plus T.: c'étoit en 1781 , le væu de la pluralité ; nous
avons prouvé que sans cela le Convent n'auroit pas eu lieu ,du moins sous la présidence du S.G.S.
Mais quelques n'ont pas jugé à propos de découvrir leurs vrais sentimens sur ces matieres.
Voilà une nouvelle raison pour être réservé dans ce qu'on avoit à dire à l’O . , car il devoit
nécessairement paroître au Convent des partisans du système rejeté d'avance par la pluralité.
J'ai trop souvent rapporté danscet ouvrage ce que le S. G. S. a dit pour indiquer son opinion
sur les vraies hieroglyphes et allegories de la M .. pour qu'il soit besoin de le répéter ; j'observerai
cependant que quand il å avancé que ces connoissances ne se trouvent dans aucun système d'une
Science quelconque , il a entendu par-là dire qu'elles appartiennent exclusivement à la M : . , et alors
tombe la critique du F. à Fascia sur le mot Système ; ces connoissances formeront le système M .:: ;
ne se trouveront dans aucun d'une Science quelconque ; alors , dis - je , le raisonnement du Préfet
de Lorraine ne sera juste que sur le mor , et non sur la chose . ( 1 )
Mais je transcrirai en entier l'alinéa qui suit , parce qu'il a plu au F. à Fascia d'en sup
primer une partie . Le voici : 4“ je suis très-éloigné de vous donner pour Loi , ce qui n'est qu'un
saveu sincere de ce que je pense sur cette mariere.» Voilà ce qu'il falloit rapporter avant cette
déclaration : « je ne saurois ménie dans ce moment vous en donner d'autre preuve que ma propre
» conviction. ; Ne donnant pas pour Loi ce qu'il pense , il ne falloit pas une autre preuve ; aussi
il ajoute , mais je soumets mon opinion , si c'en est une , à votre examen et jugement. Tout cela s'en
tend , quand on n'a pas l'Homme intérieur de Swedemborg bouché , et qu'on veut se rappeller la
premiere Circulaire , où le S. G. S. a affirmé que la valeur intrinseque lui est connue ; alors le S.G.S.
a dû dire , si c'en est une. Jugez , quant à vous , mon opinion ; ne vous en donnant point d'autre
preuve que ma conviction , je ne vous fais pas une Loi de l'adopter : si j'ai dit, j'espere que ceux
qui peuvent guider los recherches avec süreie , ne manqueront pas de le faire , c'est parce que j'ai
écrit plus bas ; que l'O . dans son état corrompu peut avoir des FF. doues du plus haut degré de
lidmiere ; et vous vous plaignez que je les aie présumés à côté de vous !
Nous lisons à la suite du tableau des abus : qu'ils ne sont pas sans remede. La racine de l'arbre
eft conservée ; et la colonne tronquée d'en haut repose sur unebase qui a bravé le temps et les vices.....
Les idées sur cette matiere paroissent avoir pris une même direction .
J'ai analysé dans le dessein de prouver que , dans aucune des Circulaires, le S. G. S. n'a
promis de communiquer autre chose que sesidées ; ses opinions sur les connoissances, et non ,
comme le prétend le F. à Fascia , de les développer au Convent Il ine reste à prouver que les
Maçons d'un autre Régime n'ont pas été invités ; j'ai dit ailleurs qu'ils ne devoient pas l'ètres
et cela suffiroit presque; je pourrois demander ensuite si on leur a adressé des Circulaires ;
on me répondroit non , et je serois fondé à dire , ils n'ont donc pas été invités : cela résulté
du fait. Examinons si dans le droit ils ont pu et dû l'être ; nous parviendrons à la mêine
démonstration .
Le S. G. S. avoit -il le droit de convoquer au Convent de W -bad , les Maçons d'un autre Ré
gime ? c'est le F. à Fascia lui- même qui nous répond : la confiance de ses FF . l'a mis à leur tête
pour veiller à l'observation des Loix , pour en proposer ; mais non pour en faire et en ordonner

( 1 ) Ouv. du F. à Fascia , pag. 64 , où il rapporte ce pour lesquelles nous renvoyons le Lecteur au Ch. II. de
passage de la circulaire ; la circulaire même doit être cet ouvrage ; c'eût été une répétitiog fatiguante.
consultée , parce qu'il en déduit des définitions sur la M . : .
75

l'exécution. Une proposition n'est pas une Loi. ( p: 100 & 161. ) Ainsi en supposant que le $. G.S.
eût voulu inviter les autres Régimes , il falloit le concours des Provinces ; mais on ne s'étoit pas
occupé de cet objet ,parce que généralement on l'avoit jugé inutile et impossible ; et si quelques
M .. d'un autre Régime ont lu la Circulaire; ce qui ne devoit pas être , ils ont vu qu'elle neleur
étoit pas adressée. Mais quel auroit été le droit du S. G. S , réuni même à tous nos , pour
convoquer les MM . : . des autres Régimes , n'auroit-il pas fallu en convenir auparavant avec les
G. M. et Supérieurs respectifs de ces Régimes ; regler les formes , se concilier sur les motifs , déter
miner un but commun . Assembler un Convent de tous les Régimes étoit donc une entreprise trop
difficile pour être possible , d'où il résulte que le S. G. S. n'a pu , ni dà faire cette convocation:
Cependant le S. G. S. qui avoit laissé à la prudence et au zele de chaque Supérieur des Loges',
de faire tel usage du contenu de sa Circulaire préliminaire , vis- à -vis d'autres Maçons non réunis
au Régime , ayant reçu de justes représentations à ce sujet , ne renonça pas au projet de
rassembler le plus de secours possibles ; aussi donne- t - il de plus grands détails dans la Circulaire
d'invitation ; nous y lisons en effet : « Et si peut- être ces Loges qui ne font point encore partie
» des Loges Réunies , trouvoient à propos de nous envoyer leurs Représentans ou Mandataires ,
>> je serai charme si ces FF.voudront en premier lieu s'adresser à moi , et me communiquer leurs pro
» positions à faire. »
Ce n'est pas là une invitation indéfinie de venir au Convent , elle est au contraire limitée
et conditionnelle ; il falloit s'adresser à lui pour conmuniquer les propositions ; c'étoit dire
honnêtement : « Si vous venez par une simple curiosité observer nos opérations , je le connoîtrai
» à vos propositions , car mes FF. ont appris que je connois la valeur intrinseque de la M :. et
» alors je ne leur proposerai rien de votre part ; si au contraire vous pouvez nous aider , dès
» que je le saurai , j'engagerai le Convent à travailler avec vous . » Pour le dire en un seul mot ,
c'étoit écarter les oisifs , les curieux ; mais faciliter l'entrée à ceux qui pouvoient être utiles ;
ce n'est pas là une invitation. De plus ,une convocation effective des MM :. de tous les Régimes
auroit été contraire à l'esprit et à l'objet de l'Assemblée ; le væu des Provinces s'y opposoit ,
le S. G. S. n'a pas voulu ni pu le contrarier. Il en résulte , sans discourir plus longuement,
que sous tous les points de vue, le F. à Fascia , pour n'avoir pas saisi le sens des Circulaires ,
les a mal interprétées.
Sur quoi les ont-ils dû délibérer ? sur les objets contenus dans cette Circulaire qui
n'étoit qu'un résultat des réponses faites à la précédente. Je ne remets pas sous vos yeux vos
délibérations , vos travaux intéressans à ce sujet , parce qu'ils furent conformes aux principes
et vues que j'ai exposés dans le Chapitre II . Voilà ce qui fit et due faire la base des instruc.
tions de vos "Représentans au Convent ; c'est tout ce que nous croyons utile de rappeller.
Ils s'y sont conformés; les opérations de Wilhelmsbad ont répondu , autant que les circons
tances le permettoient , à votre attenre ; c'est ce que je prouverai.
Les choses les plus simples , les plus justes , prennent sous la plume du F. a Fascia , un carac
tere de subterfuge auquel on ne peut s'accoutumer. Le S. G. S. avoit annoncé l'ouverture du Con
vent pour le 15 Octobre 1781 ; par une Circulaire du 18 Août suivant, il en prorogea
l'ouverture au mois d'Avril 1782 , et par une derniere du 30 Mars , il la fixa au 16 Juillet ;
aussi-tði le F. à Fascia se récrie et prétend qu'en choisissantcette saison des récoltes on
cherchoit à éloigner du Convent , les Magistrats , les Militaires , et les Gentilshommes cultivateurs.
( pag 68,69,75;-) Il n'a pu aller au Convent , voilà la véritable cause de ses plaintes ; il croit
que sa présence étoic devenue redoutable , et qu'il a été le motif de cette variation. Son obser
vation est tout au moins puérile ; quoi qu'il en soit , l'on doit bien regretter que le F. à Fascia
n'y ait point assisté ; il auroit vu les choses d'une autre ceil, parce qu'il juge bien ,quand il juga
par lui- même , nous en avons pour garant le Convent national ; et si à W -bad il s'étoit élevé
contre ce qu'on y faisoit , on lui auroit opposé le Convent des Gaules ; il auroit été forcé de
se rendre , il seroit revenu content , et quelqu'un voulant critiquer les opérations du Convent
général , le Préfet de Lorraine auroit sans doute avec plus de succès que je ne m'en promets ,
combattu le Détracteur.
Mais la prévention du F. à Fascia est trop grande pour nous en rapporter à lui sur la
cause de ces prorogations ; il faut l'apprendre du Š. G. S. Il écrivoit le 18 Août 1781 : plusieurs
raisons urgentes n'ont faitprendre la resolution de proroger cette Assemblée..... Les vives instances
de plusieurs FF RR . pour un délai de quelques mois , sont du nombre de ces motifs . Il y avoit
donc d'autres motifs , et l'on croira après cela que c'étoit le très- petit intérêt d'éloigner un F,
dont l'opinion auroit été la même que celle de son Représentant. Mais l'intervalle de ce délai
sera- t -il perdu ? Ecoutons le S. G. S.: je l'emploirai à me procurer des informations plus positives
sur certaines choses qui POURROIENT AVOIR DE L'INFLUENCE dans nos délibérations, et dont
j'ai eu des INDICATIONS SEULEMENT aprés l'expédition de ma susdite circulaire. Et falloit -il
donc un motif plus pressant ? Quelle ingratitude de faire des plaintes , lorsque la reconnoissance
est le seul sentiment qu'on auroit dû exprimer ! Il étoit un autre moyen de mettre à
profit cet intervalle ; le's. G. S. , en déclarant qu'il s'en réfere à sa derniere circulaire d'invita
tion , ajoute : je serois charmé , si ceur qui peut-être pourroient avoir quelque DOUTE OU
SCRUPULE sur son contenu , voudront m'en demander des éclaircissemens que je leur donnerois
avec autant de plaisir que de bonne foi. -- Le F. à Fascia , qui avoit des doutes , des scrupules ,
son ouvrage le prouve , n'a pas demandé les éclaircissemens qu'on lui offroit ; et aujourd'hui
il se plaint d’un délai dont il pouvoit tirer un si grand parti ! il n'a donc pas vu que le
S. G. S. appelloitade nouveau les Maîtres en chaire , et qu'il les renvoyoit indirectement à
la circulaire ,que dans sa confiance il leur avoit d'abord adressée particuliérement en 1779.
76

Ah ! mon Prince , votre sollicitude paternelle a fait dans votre nombreuse, famille, un grand
nombre d'ingrats ; puisse la tendre reconnoissance de ceux qui ont mis en vous leur confiance
à si juste titre , vous consoler , et obtenir le pardon de leurs FF . !
Quant à la seconde prorogation , nous en lisons le motif dans la Circulaire du 30 Mars 1782
Ce délai est fondé particulièrement sur la proposition de plusieurs très-respectables FF ., qui m'ont
promis d'assister à nos délibérations communes , si je pouvois les reculer de quelques mois seulement ;
mais il falloit que leur présence devînt précieuse à l'Assemblée ; aussi le S. G. S. dit : j'ai
lieu de me promettre des avantages réels de leurs connoissances et lumieres dans la Maçonnerie ; je
me suis prêté d'autant plus volontiers à leurs desirs , que j'espere que ce délai même pourra , à bien
des égards , nous être avantageux : dans une affaire de cette importance , je ne veux avoir à me
reprocher d'avoir , négligé un moyen quelconque de ceux que je regarde comme capables de nous
rapprocher davantage de notre grand but.- Que falloit - il de plus ? Si le S. G. S. eût agi aurre
ment , on auroit été fondé à lui dire : « pour avoir auprès de vous des Magiſtrats , des
» Militaires , des Gentilshommes Cultivateurs, vous avez éloigné des MM .. instruits , d'ex
» cellens défenſeurs de la M .., des hommes qui savent comment il faut cultiver le champ
» dans lequel vous nous appellez ; et cependant vous connoissiez la valeur intrinseque de la Min
Mais le S. G. S. ne l'a pas fait , il ne devoit pas le faire ; et ce qu'a dit le F. à Fascia , montre
de quel esprit il étoit animé en censurant les Circulaires de convocation .
· Il est temps de nous approcher du Convent de W -bad ..... Mais avant l'envoi de leurs
Députés , les divers auront sans doute relu la Circulaire de convocation , et ils y auront
vu que le S. G. S. avoit dit : « Je serai aussi bien aise de savoir le nom de ces Députés , au moins
» quatre semaines avant le terme du Convent , et nous éviterons bien des incidens désagréables
» étant aſſemblés tous , un jour ou deux avant l'ouverture des Conférences. »
Ce desir ,manifefté si long -temps d'avance, avoit une cause ; le S. G. S. 'vouloit connoître
les Députés pour prendre des informations ſur leurs personnes : qui sait s'il ne méditoit pas
alors de réaliser les espérances qu'il avoit précédemment données ? Ce motif lui faisoit souhaiter
de les voir assemblés deux jours avant l'ouverture. Mais si on ne lui a pas envoyé , quatre
semaines auparavant, les noms des Députés ; si ces Députés n'ont pas l'entiere confiance de
leurs , ce qui sera prouvé par la limitation de leurs pouvoirs , on l'aura mis dans
l'impossibilité de s'enquérir de leur mérite personnel ; dès lors on voit qu'on n'a pas seconde
ses võux , et qu'on l'a forcé au silence .
Ceux qui se seront rendus à W-bad deux jours avant l'ouverture du Convent , se seront
conformés à l'invitation du S. G. S. ; mais le F. à Fascia , qui vouloit attaquer personnellement le
R. F. ab Eremo , le fait arriver à W - bad huit jours au moins avant l'ouverture du Convent , et
il remarque avec affectation que « ce n'a pas été sans dessein , et que ce temps a été employé
y à plus d'un objet , et entr'autres à étudier et rédiger un Réglement sous ce titre : Articles
» préliminaires proposés aux Députés pour l'ouverture du Convent G. de l'0 . , au mardi 16
» Juillet 1782.' A'W - bad. » ( pag. 70. )
J'ai suffisamment démontré , en cominençant ce Compte rendu , que le F. à Fascia a vai
nement voulu attribuer au R. F. ab Eremo l'honneur ou la honte de ce Convent ; d'ailleurs
le R. F. ab Eremo ayant pris le soin de se justifier lui-même devant vous sur tous ces points ;
je ne dois rien y ajouter. Rappellons seulement que ce F. n'est arrivé que quatre jours avant
l'ouverture du Convent, et contentons-nous de prouver que les Articles préliminaires ne sont
point une contravention à ce qui avoit été proposé , mais qu'ils en sont au contraire l'exécution.

S. VI . Les Articles Préliminaires ne sont pas une contravention à ce qui


avoit été proposé , ils en sont l'exécution .

Il faut reprendre la Circulaire du S. G. S. du 18 Juin 1781 , et y lire : « Je me réserve


» aussi de vous faire ( immédiatement avant l'ouverture de nos Conférences ) telles propositions
» que je jugerai convenables pour le maintien du bon ordre et de l'harmonie fraternelle dans
» nos délibérations » .
On n'est donc plus étonné de voir des Préliminaires ; ils étoient annoncés d'avance ; ils étoient
nécessaires sous tant de points de vue , qu'il ne faut pas s'occuper à le prouver ; mais de
voient- ils être faits dans le Convent , ou ont-ils dù le précéder ? ont-ils dů enfin ètre arrêtés
le 16 ou le 14 ? Il est facile de répondre. Les Députés étoient invités pour le 14 dans ce
dessein ; et nous éviterons bien des incidens désagréables étant assemblés tous , deux jours avant l'ouver
ture des Conférences. Avant d'ouvrir des Conférences , il faut savoir comınent et avec qui on
conférera ; il falloit donc des Préliminaires , ils devoient précéder l'ouverture , ils pouvoient
et devoient être signés le 14 , parce que ce jour étoit indiqué pour aviser aux moyens d'éviter
les incidens désagréables ; il en pouvoit être de tant d'especes ; et d'ailleurs un seul suffisoit,
savoir l'inconvénient d'admettre dans l'Assemblée des gens qui y seroient entrés sans titre
valable , et qu'on auroit été forcé de renvoyer ensuite : ainsi un bureau de vérification de
venoit nécessaire , il ne pouvoit se former de lui-même, et des Préliminaires seuls pouvoient
en déterminer les fonctions ; falloit- il renvoyer au 16 ? mais alors il auroit fallu procéder de
même, et ç'auroit été un temps perdu pour les opérations qui étoient l'unique but du Convent ;
au surplus , quant à la maniere dont ces préliminaires ont été rédigés et au consentement
libre des FF. qui y ont adhéré , j'en crois plus à l'assertion de vos Députés présens à cette
rédaction , qu'à celle du F. à Fasciá qui n'en a pas été le témoin . Le mot de pluralité sur lequel
77

il s'est arrêté , vous a été expliqué par le F. ab Eremo ; on a dà l'employer , parce que le
14 les FF . qui formoient presque l'unanimité avoient signé cet acte si cruellement censuré ;
mais n'y eut- il eu d’absent que le Représentant du F. à Fascia , on n'auroit pas dû employer
le mot unanimité , puisqu'il auroit pu protester ensuite contre ce mot. Mais comment le
F. à Fuscia prend - il sur lui de dire à toute une Assemblée. » Aucun de vous n'a su ce qu'il
» faisoit , vous avez signé ce qui n'a pas été délibéré par vous. Ce qui a été arrêté le 14 una
» nimement , quoi qu'on ait dít à la pluralité, ne l'auroit pas été le 16 ; » le Préfet de Lorraine
ose tenir ce langage inconsidéré , et il trouve parmi les Membres du Convent des Lec
teurs qui souffrent avec parience , cette semonce avilissante ! Je ne saurois lire ce qui se
passe dans le cæur de mes FF. , leur silence peut être diversement interprété ; mais j'aime à
croire que c'est comme bons Maçons , qu'ils lui pardonnent une si grande légéreté dans ses
discours .
Mais il y a plus , lors même que je voudrois être aussi minutieux sur les formes que
le F. à Fascia , cet Acce ne seroit jamais rescindé car on peut dire qu'il a été confirmé le 16 ;
et c'est sans doute comme s'il avoit été fait ce jour-là. Il fauç lire l'art . 31. en entier.
Le voici .
« S. A. S. à Victoria , s'étant réservé dans sa premiere Circulaire contenant les proponenda
» généraux , de déterminer quelques formes extérieures relativement au présent Convent gé
» néral de l'Ordre , a fait rédiger ces Articles Préliminaires qu'il propose à tous les RR . FF.
» Députés et Représentans , pour servir de Regle proVISOIREMENT , jusqu'à ce qu'il ait été
» Statué autrement sur ces divers objets PAR LE CONVENT GÉNÉRAL RÉGULIÉREMENT AS
» SEMBLÉ . S. A S. reconnoissant qu'ils ne sont que de pure convention , nécessités par les
» circonstances du moment, et qu'ils ne doivent point faire regle aucunement pour les
» Convens futurs. » Disons de suite , qu'ayant été agréés à la pluralité , avant l'ouverture du
Convent , ils feront ( les articles ) Regle pour tous EN CE MOMENT , et ils seront ENRÉGISTRÉS
sur le Protocole dudit Convent comme faisant partie de ses Actes .
Si je sais lire , il me semble que je ne vois en tout ceci qu’un engagement provisoire , et qur
ne devoit durer que jusqu'à ce qu'il eût été statué autrement par le Convent régulierement assemblé ;
que cet Acte préliminaire ne faisoit Regle pour tous qu'en ce moment. Or certainement ceux qui
étoient à W - bad le 14 , ont bien pu faire cet Acte qui ne les engageoit que pour deux jours
ceux qui sont arrivés le lendemain , ont eu la même faculté ; et si le 16 tous ont ordonné
l'enregistrement de cet Acte , c'est comme si la Loi eût été faite alors ; puisqu'ils s'étoient réservés
la faculté de la changer ; ils ne l'ont pas fait, elle est donc devenue obligatoire pour eux , et
pour ceux qui ne sont venus au Convent que le 17. Quant aux FF . qui étoient à W-bad le 14 ou
le 15 , il étoit indifférent pour eux , qu'elle fût convenue avant l'ouverture ; et quant à ceux qui
sont arrivés après le 16 , la Loi ayant reçu ce jour-là une sanction qui ne permettoit aucune
réclamation , 'ils ont dû y être soumis , nonobstant leur opinion sur cette Loi : c'est ainsi
que s'évanouissent les observations du F. à Fascia ; je n'y réponds pas autrement . Qu'on
relise tout ce qu'il a écrit , et l'on verra si je n'ai pas eu raison de dire que ces articles
sont l'exécution de ce qui avoit été proposé ; c'est la chose jugée le 16 Juillet , par le Sénat
competent pour prononcer , et qui alors étoit bien légalement réuni et assemblé. Le F. à Fascia
a beau arguër de nullité cet Acie, proposer des moyens rescisoires fondés sur la surprise , le
dol et la fraude , je le ferois débouter, dans ſon tribunal même , de l'entérinement des Lettres
de Rescision qu'il s'est expédié à lui - même.
J'en ait dit aifez ſur la forme. Voyons si le F. à Fascia a eu raison de dire sur le fond , que
cette Loi étoit vicieuse. Vicieuse , s'est-il écrié , ce n'est pas assez dire , elle est monstrueuse !
J'ai lu ei relu ces Actes préliminaires avec la prévention que m'avoit inſpiré l'opinion
de ce R. F. qui connoît bien les loix, et je n'ai pas vu qu'elle füt monstrueuse : ce qui m'a paru
un peu difforme, ce sont les Commentaires qui se trouvent dans son ouvrage à côté des articles
qu'il a extraits. Je ne veux pas perdre mon temps , ni abuser du vôtre ; je suis pressé du desir
de voir les opérations de Wilhelmsbad , d'en saisir l'ensemble ;ces Préliminaires utiles pour la
tenue du Convent sont insipides relativement au véritable objet ; le F. à Fascia les a rendus
monstrueux ; je ne m'y arrêterai que peu d'instans.
J'ai lu , j'ai relu ces Préliininaires ; je les ai relus dans ce moment une troisieme fois , avec
une plus grande attention , dans l'ouvrage même du F. à Fascia , et j'ai toujours cru les avoir mal
lus ou mal compris , en voyant tout ce qui en est dit dans la critique. ( pag 85 et suiv . )
Comment trouver mauvais que par l'art . V on ait dit que l'Assemblée ne seroit composée que
des Membres de l'Ordre ? Pour se donner la peine de répondre à dix pages employées à
démontrer , par les Circulaires du S. G S. , que les Maçons d'un autre Régime avoient été
invités et devoient l'étre ; il faudroit n'avoir pas déja prouvé qu'il n'y avoir que les grands
Dignitaires de l’O . , les grands Officiers des Provinces et grands Prieurés, et les Préfectures qui
fussent invités. Je dirai donc : cette Loi est honnète , parce qu'il n'y a rien de malhopnète
à ne pas admettre quelqu'un qu'on n'a pas invité ; elle est juste , parce qu'on avoit prévenu
qu'il falloit faire ses conditions d'avance , et que ceux qui étoient venus pour être libres avec
leurs FF . ne devoient pas être gènés dans leurs discours par la présence de personnes étrangeres
au Régime ; elle est utile , parce qu'on n'avoit pas beſoin de l'assistance des MM . , des différens
Régimes pour apprécier les divers systèmes , et qu'il en seroit résulté le plus grand trouble
dans tout l'Ordre.
Mais cequi devoit calmer le F. à Fascia ne sert qu'à l'exciter davantage ': par l'art.
des Préliminaires , on prévoit le cas où quelque M. , non Membre de l'O . Intérieur se présenteroit
78

au Convent ; il est simple de penser qu'il n'y sera pas admis ; mais un Comité l'entendra , rap
portera ce qu'il aura dit ; la pluralité decidera s'il pourra ètre admis à quelques-unes de ses séances
M .:.; c'est l'esprit de la Circulaire du S. G. S. Cela est honnête , parce qu'il est honnête de
sortir de l'endroit où vous travaillez secrétement , afin de recevoir quelqu'un qui a fait une
longue route pour venir vous voir ; et s'il est honnête , il ne trouvera pas mauvais que la plu
ralité continue ses travaux , tandis que d'autres lui font politesse : cela est utile , parce qu'il
faut connoître ceux qui viennent ; si c'est un curieux , on le renvoie le plus poliment possible ;
si c'est un homme utile , on lui ouvre la premiere porte , et dans les deux cas on est juste. Par
donnez si j'ai semblé vouloir parodier le F. à Fascia ; il n'étoit pas possible de répondre sérieu
sement, et j'ai cru qu'il pouvoit m'être permis d'employer quelquefois la regle de Ciceron.
Je passe sur les autres articles foiblement censurés par le F. à Fascia , et je ne m'arrête plus
qu'aux articles XXIII et XXX , qui méritent quelques observations.
L'Art. XXIII détermine que chaque Province aura trois suffrages , dont l'un appartiendra
personnellement au M. Provincial , et les deux autres appartiendront à la totalité des autres
Dignitaires , grands Officiers et Députés de la Province réunis. Si une Province n'avoit qu'un
ſeul Représentant pour toutes les parties, il auroit les trois suffrages diſtincts; et de même si elle
avoit un nombre de Représentans qui excédåt plus de trois , ils n'auroient pas plus de trois
suffrages : voilà une loi d'égalité.
Le F. à Fascia s'eft fortement récrié contre cet arrangement , qui cependant n'a excité
aucune réclamation au Convent. Je ne répéterai pas dans ce moment tout ce qu'il a dit pour
faire voir que les Maîtres Provinciaux étoient ceux dont le ſuffrage auroit dù avoir le moins
de poids , parce qu'il ne les suppose pas aussi instruits des objets à discuter , que les Membres de
la Province ; il ne peut pas s'accoutumer à voir que dans un Conclave Provincial , le Maître
Provincial ait un suffrage personnel, et que lesReprésentans des Préfectures , qui peuvent
être composés d'un très grand nombre de FF . , n'aient cependant que deux suffrages. Mais
écoutons- le lui-même, et voyons comment il travestit cette forme très-réguliere de résumer les
opinions . « Je suppose , dit- il , qu’une Province n'ait que deux Préfectures ; le Maitre Pro
» vincial a une voix , ( au Convent ) et la Province en a deux ; mais comment se recueil
» lent les voix d'une Province, ( avant que son vau soit porté à l'Assemblée générale") dans
» un Comité particulier , dans lequel votent , et les grands Officiers de la Province , et
» les Représentans des grandes Loges Ec.. et par un autre semblable abus , le Visiteur
» Général et le Chancelier Provincial ont alors leurs voix personnelles ; en sorte que leurs
x voix contrebalançant les voix des deux grandes Loges Ec .. il en résulte , que les voix
» de ces deux grandes Loges fourniront ( au Convent ) une des voix de la Province , et les
deux grands Officiers auront l'autre , et si le suffrage des deux grands Officiers s'accorde
» à celui du Maître Provincial , etc. etc. » ( pag. 95. ) Voilà ce que le F. à Fascia appelle son
Raisonnement arithmetique ; ( pag: 94. ) mais que ne peut-on pas conclure avec des supposi
tions arbitraires ; si dans ce Comité , le Maître Provincial , les grands Officiers , les Repré
sentans mêmes des Gr. L. Ec .. se réunissoient tous au même avis , et que cet avis fut , par
aventure , contraire à celui des 60 , 100 Membres , plus ou moins , qui composent la Province ,
le F. à Fascia n'iroit- il pas encore se récrier , et dire que l'avis de cinq laura ' emporté sur
celui de 60 , 100 ? ( pag. 96. )
Loin de nous donc , tout cet appareil arithmétique et paradoxal ; dévoilons l'artifice adroit
du Préfet de Lorraine ; éventons la mine qu'il creuse sous nos pas , afin de jeter parmi nous
la crainte et la défiance. L'article 23 des Préliminaires dit que chaque Province n'aura que trois
suffrages définitifs , savoir l'un , porté par le Maître Provincial , et les deux autres par la tota
lité des Dignitaires et Députés de la Province , desquels il ne fixe aucunement le nombre ;
par où l'on voit que les trois suffrages appartiennent à la Province même, représentée par
ceux qui sont revêtus du droit de voter pour elle et en sa faveur. Or, par cet article , on
n'a eu garde , comme le F. à Fascia , de supposer que le suffrage du Maître Provincial ei des
grands Officiers Provinciaux doive être par sa nature en opposition aux intérêts des FF . qui
composent la Province , et au suffrage des Députés élus : ce sont trois suffrages pour la Pro
vince ; en effet , tous ne sont-ils pas également les Députés et Représentans des 60 ou 100
Membres , et comme tels , chargés de leur veu. Le Maître Provincial et les Grands Officiers ,
quoique Députés de droit, n'ont-ils pas été élevés à ces Dignités et Charges par l'estime et le
choix de leurs FF . ? Les intérêts de la Province leur sont-ils étrangers ? en ont-ils de contraires ,
sont- ils les ennemis ou les FF . des 60 , 100 Membres qui la composent ? ..... Abandonnons
ces tristes suppositions au F. à Fascia : si cette division ou opposition d'intérêt entre les Chefs
et les Membres existoit réellement dans l'Ordre , il faudroit le laisser se dissoudre. Bien
loin de chercher à concentrer cette fermentation intestine , il faudroit en disperser les prin
cipes , afin d'en empêcher l'explosion funeste. Mais , il n'en est pas ainsi , mes RR . FF . , et
nous pouvons dire, sans doute avec toutes les Provinces de l'Ordre. « F. à Fascia , vous avez
» mal jugé vos FF .: les suppositions que vous faites , ne sont appliquables qu'à des Sociétés
> avilies et corrompues par l'Egoisme et l'intérêt personnel; elles ne conviennent point à notre
» Ordre fraternel , à la Société desMM .:. Nous révérons notre Maître Provincial,nous sommes
» unis par les liens de l'amitié et de la fraternité avec nos grands Officiers ; notre confiance
y en eux est sans réserve ; nous connoissons leur désintéressement, leur talent, leur zele
» et nous ne craindroos jamais que dans aucun Convent ou Comité , ils portent des sentimens
» personnels, opposés aux intérêts de la généralité et des en particuliere Si vous avez une
» autre opinion de l'Ordre , F. à Fascia , vous devez , pour être conséquent , détester cette
» Société ,
79

» Société , et y renoncer : vous feriez de vains efforts pour y rétablir la vertų , la bonne foi
» et la fraternité. »
Examinons à présent pourquoi sur trois suffrages accordés à chaque Province , un suffrage
perſonnel a été attribué au Maître Provincial, et les deux autres aux Députés et Représentans.
Que sont les Provinces ? des Corps séparés et indépendans les uns des autres qui forment
néanmoins une Confédération. Il ne faut plus considérer ces petits Etats par le nombre de
leurs habitans ; autrement celui qui sera le plus peuplé surchargera celui qui l'est moins , et qui
dans dix ans peut l'être davantage ; il n'y auroit plusd'égalité , la Confédération seroit rompue :
ainsi il est juste de ne considérer les Provinces , qu'abstraction faite du nombre des établis
semens et des Individus qui les composent , et de donner à chacune un droit égal de suffrages.
Combien il y auroit de réflexions à préſenter ! Ce n'est pas la difficulté de les mettre au jour , et
de prouver en Publiciste que cela doit être ; mais pour ne pas abuser de vos momens , pour
ne pas perdre les miens à démontrer ce qui se démontre de soi -même, je crois inutile de
les écrire .
Que sont les Maîtres Provinciaux ? Dans le principe , et conformément à l'article II du Code
qui fut notre premiere Loi , le Chapitre général de l'Ordre est composé du Grand - Maitre dudit
Ordre et des Grands-Maitres particuliers des Provinces rétablies ou de leurs Députés. Depuis lors ,
pour un plus grand bien à venir , les Maîtres Provinciaux oni consenti à partager avec
leurs Provinces le droit excluſif dontils jouissoient, de les représenter et de voter pour elles dans les
Convens généraux. Ils ont fait plus , ils ont abandonné les deux tiers de ce droit : en sorte que
la pluralité étant toujours hors d'eux , il seroit injuste de prétendre que le Maître Provincial
restant avec un seul suffrage , le nombre deux qu'il a cédé pût être multiplié au point de
pouvoir être égal à 200 .
Mais le F. à Fascia n'a pas voulu voir que ce qui a été réglé au Convent a son principe
dans une Loi , et qu'il n'y avoit que ce moyen pour observer l'égalité : ce qu'il y a de plus
singulier, c'eſt que le F. a Fascia a oublié que dans les Provinces , il n'y a que les Membres Capi
tulaires qui aient voix délibérative, les autres Ch. n'ont que la voix consultative ; et néanmoins
par son calcul, il leur donneroit au Convent général de l'Ordre plus de droit qu'ils n'en ont
dans leurs particuliers.
Je ne conçois pas comment le F. à Fascia n'a pas vu que pour régler les suffrages ainsi qu'il
le veut , il auroit fallu d'abord envoyer le tableau de chacun des Corps qui devoient être
représentés , afin qu'il fût reconnu vrai par tous; ensuite il auroit été juste que le Député ne fût.
pas porté en ligne de compte pour 100 suffrages , si dans sa Province les 1oo suffrages prélimi
naires n'avoient pas été unanimement réunis pour le même avis sur tous les objets .Prenons pour
exemple le système du T. Je suppose une Province composée de cent Chevaliers, cinquante
seront d'avis qu'il faut reſter tel qu'on est , et cinquante de l'avis contraire ; le suffrage de
cette Province au Convent sera o. Si au contraire un parti ſurpasse l'autre de deux , l'on
aura le nombre quatre : je demande si les Provinces gagneroient beaucoup à ce calcul ? il
faudroit cependant le fáire . Il étoit donc plus simple , plus juste , plus régulier , d’établir
l'égalité entre les Provinces , d'autant que la Loi qu'elles devoient faire ne pouvant être
obligatoire pour ceux qui ne voudroient pas s'y soumettre, ceux- ci restoient libres de s'en
affranchir en cessant d'être Membres de la Société.
Ce qui s'est passé à W-bad esi poſitivement ce qui a lieu lors de l'Assemblée du Clergé
de France. Chaque Province s'assemble , les Evêques nomment le Député du premier Ordre,
& il n'a qu'une voix ,quoiqu'il représente plusieurs Prélats ; le Clergé s'assemble pour faire
choix de deux Députés du second Ordre qui n'ont que deux voix ; et l'on ne s'est jamais avisé
de compter leur suffrage par le nombre des Commettans ; il n'y auroit point d'égalité dans
l'Assemblée.
Je me crois dispensé d'entrer dans de plus grands détails ; l'élection que les Provinces ont
faite de leurs Maîtres particuliers , prouve aſſez la confiance & le respect qu'on leur porte ;
ce n'est point à leur rang qu’on a déféré ces places importantes ; c'est à leurs vertus qu’on a
rendu hommage , et ils sont trop au dessus de tout ce qu'a dit le F. à Fascia pour qu'il soit
besoin de faire l'apologie de leur désintéressement . Je passe à l’Article XXX , qui n'a pas
moins été l'objet de sa critiqueque le précédent .
Cet Article détermine une formule d'engagement de discretion sur tout ce qui se passera au
Convent detinterdit toute communication personnelle ; celle due aux Corps ou Individus représentés
exceptée. Au premier coup d'ail cet engagement paroît inutile pour des Maçons à qui la loi du
silence est imposée dès leur premiere entrée dans l'Ordre; mais l'exemple du passé le juſtifie ; et
quant à vous, il ne vous a pas étonné ,puisque c'étoit votre væu ; il n'y a que ceux qui
étoient au Convent qui pussent s'en plaindre ; ils l'ont signé le 14 ; le 16 ils ont donné une
existence légale à cette Loi ; et même un Parjure à ses sermens, s'il se fût trouvé là , ne
pouvoit s'y refuser . Elle a été infructueuse , nous dit le F. à Fascia. Cette assertion est bien
triste à entendre ; il est bien humiliant qu'elle soit rendue publique par l'Ouvrage du Préfet
de Lorraine ; mais il s'est trompé , ce F.dans cette expression générale et indéterminée ; on
connoît celui ou ceux qui ont été indiscrets , et parmi nous cette connoissance n'est point
indifférente. Vous avez encore présent à l'esprit ce que le R. F. ab Eremo vous a dit à cet
égard , ce qui vous a été confirmé d'avance par les deux autres Députés de cette Province :
je n'y ajoute rien . Je me borne à dire que cet engagement dérive d'une Loi qui a pu et du
être faite ;Loi qui a un caractere de légalité et de régularité qu'elle conservera toujours , parce
que j'ai prouvé qu'elle a été enregistrée le 16 ; et que de ce moment elle a eu force de
L
80 au

Loi : jusques-là elle n'obligeoit que pour deux jours ceux qui avoient droit de législation.
Je puis donc passer à d'autres objets ; j'ai rempli celui que je m'étois proposé dans ce
Chapitre ,puisque j'ai démontré , 1 ° que le F. à Fascia a donné une interprétation aussi forcée
qu'infidelle aux Circulaires du S. G. S. ; 2 °. que les Articles préliminaires ne sont point une
contravention à ce qui avoit été proposé , qu'ils en sont au contraire la conséquence & l'exécution ;
et j'ai pu dire , je puis répéter : Non vidit solem , et neque cognovit distantiam boni et mali.

CHAPITRE I V.

EXAMEN SOMMAIRE DES PRINCIPALES OPÉRATIONS DU CONVENT


DE WILHELMSBAD , par lequel on prouve qu'elles sont conformes à
tout ce qui a été établi dans les Chapitres II et III de cet ouvrage , et
qu'elles n'ont pas le caractere que leur suppose le F. A FASCIA .

Jerusalem , Jerusalem , quæ occidis Prophetas, er lapidas eos qui


ad re missi sunt, quoties volui congregare filios tuos , quemad
modum gallina congregat pullos suos sub alas , et noluisti !
S. Matth. 23. 37.

Avant
vant que d'oser parcourir le Temple majestueux que des Ouvriers habiles sont venus élever
à la gloire du G. A. de l'U . , mon premier soin devoit être de chercher à reconnoître les propor
tions et les divisions de ce vaste édifice, dans lequel je pouvois m'égarer. Le plan qu'en avoit
tracé le F. à Fascia étant infidele et difforme , j'ai dû vous le démontrer ; c'est ce que j'ai fait
en partie dans le premier Chapitre de cet ouvrage .
Sur les ruines d'un Temple presque désert et abandonné , dont les proportions primitives
ne pouvoient plus s'appercevoir sous la multitude des emblèmes et des ornemens étrangers par
lesquels on les avoit défigurées , j'ai essayé de dessiner le plan des travaux qui ont été faits
pour lui rendre sa premiere beauté ; travaux auxquels , mes RR . FF . , vous avez coopéré
avec tant de zele et d'intelligence. Aidé par le modele qui existoit sous mes yeux , je crois
être parvenu à déterminer ce que cet édifice a dû être, et ce qu'il peut être encore, si les
Oavriers ne se rebutent pas d'un travail aussi long qu'il paroît difficile. Je les ai vus dans
un lieu sûr , où chacun occupé en raison de sa force et de son intelligence , recevoit pour
salaire une récompense proportionnée à son travail , et mon cæur a été satisfait. Je me
suis placédans les différentes divisions de ce Temple , la paix y régnoit ; et si je n'ai pu
pénéirer dans le Sanctuaire , du moins il m'a été permis de le considérer à l'extérieur , j'ai
vu que c'étoit l'asyle sacré de la vérité , et sur son autel brûloit un encens pur , la lumiere
qu'elle répand sur tout ce qui l'environne m'en est un sûr garant. Alors j'ai pu exposer les
principes qui ont dirigé les ouvriers dans cette sublime entreprise : telle ' étoit la cảche que
je m'étois imposée, je crois l'avoir à peu près remplie dans le second Chapitre.
Ce n'eût point été assez , il falloit reconnoître les matériaux que chacun devoit apporter ,
comment on devoit les avoir préparés pour qu'ils pussent être employés dans les travaux
projetés ; s'assurer de ce que le Chef éclairé des Ouvriers, avoit promis d'y fournir ; car le
F. á Fascia a voulu qu'il se fût engagé de le construire seul ; j'ai reconnu jusqu'où s'éten
doient ses promesses , et j'ai dû déterminer la nature de ses engagemens', afin que s'il
manquoit quelque chose , on ne pût l'accuser de n'y avoir pas pourvu , ni lui demander plus
qu'il n'avoit réellement promis. Le Chapitre III a été consacré à cet objet , et en même
temps il a servi à développer les principes que j'avois établis dans le précédent . Je puis donc
considérer ce Temple auguste , et m'assurer enfin si l'on a exécuté en tout ou en partie le plan
qu'on s'étoit proposé , et que j'ai mis sous vos yeux ; ou si , au contraire , on a suivi les
dessins informes et imaginaires que le F. à Fascia a tracés, sans même pouvoir regarder ses
modeles : c'est en examinant sommairement les principales opérations du Convent général
tenu à W-bad , qu'on pourra en juger ; je suivrai l'ordre des Séances ; mais lorsqu'un objet
se présentera , je chercherai dans tout ce qui peut y avoir rapport , afin d'en former un seul
tableau ; et dans l'ouvrage du F. à Fascia je trouverai tout ce qu'on peut dire contré
chacun des objets qui y sont traités , et s'il est besoin d'y répondre , j'y répondrai.

P R E M I E RE S É A N C B.

Le discours d'Ouverture prononcé par le S. G. S. n'a pu étonner que le R. Préfet de Lorraine ,


qui n'a jamais compris le langage de ce Prince , puisque, dans les Circulaires de ce S. F. il
avoit déja vu un engagement formel de développer ses connoissances en plein Convent ;
1
puisque', conme nous l'avons dit , il veut que le Chef des Ouvriers ait promis d'élever
seul un édifice que le grand nombre n'avoit pas paru vouloir habiter , et dont l'existence
1
81. *

ne paroissoit pas possible. Quant à vous, mes RR . FF. , qui'avez très- bien saisi le sens des
paroles du S.G.S. , son discours ne vous a point paru en contradiction avec ses différentes
Circulaires : l'étonnement qui me reste , celui dont je ne puis revenir , c'est que le F. à Fascia
ait osé dire que le S. G. S. , qui a bien fait connoître la fermeté de son caractere dans la
Circulaire de 1779 , adressée à tous les Préfets ', a fait le contraire de ce qu'il pensoit ; qu'il
a été l'écho de ceux qui lui ont scellé les levres ; qu'il ne lui a été permis de les ouvrir , que
pour parler avec mal - adresse ; en un mot , qu'il a eu la facilité de céder à des impulsions
étrangeres , et que ceux qui l'ont persuadé ignorent les principes du juste , de l'honnéte et de
l'utile ( 1 ) . Je n’exagere point , je rends fidellement le texte du F. à Fascia ; que dis-je ? je
l'atténue ; car il a porté la licence , pardonnez - inoi cette expression , il a porté la licence jusqu'à
l'audace.
; Ah , respectable Prince! s'il étoit encore parmi nous des FF. qui pussent douter que vous
connoissez la valeur intrinseque de la M :. , ils seroient forcés d'avouer leur erreur en voyant
votre conduite dans cette circonstance. Vous n'avez pas daigné vous plaindre à l'O. pour qu'il
réprimàt la témérité d'un de ses Membres : Vous n'avez pas abandonné à elle-même cette Insti
tution dont vous connoissiez l'importance : Vous n'avez pas puni des Enfans assez ingrats pour
méconnoître les bienfaits de votre main paternelle: Vous n'avez point , entendant ces cris inju
rieux , lesquels démontroient l'aveuglement de ceux qui avoient osé y joindre leurs voix , vous
n'avez point , dis -je , comme nous l'avons tous appréhendé, abdiqué un titre que le væu général
vous avoit déféré', et que vous n'aviez accepté qu'en cédant aux instances réitérées de tout ce
qu'il y a de plus estimable dans l'Ordre ; cet effort que vous avez fait vous a élevé au dessus
de vous- inème ; et quand l'Ordre vous nomma le F. de la Victoire , c'est parce qu'elle devoit
vous suivre dans vos paisibles travaux comme dans ceux plus bruyans de la guerre , et , j'ose
le dire , ce laurier que vous venez de cueillir ne dépare point votre couronne.
Non , je ne connois point de science humaine qui enseignę autant de modération . Vous
aviez dit , et vous venez de le prouver , que vous avez trouvé dans l'Ordre des vérités et des
connoissances que les sciences ordinaires n'enseignent point ; des connoissances consolantes , sublimes ,
certaines , invariables et plus anciennes que le reste des sciences humaines ; vous nous avez con
vaincus qu'il existe effectivement des connoissanees supérieures que les mortels peuvent acquérir
dėjà dans cette vie terrestre , puisque vous avez su les mettre en pratique ; ei comment dou
terions-nous que le Christianisme est le but sublime du Maçon , lorsque vous nous offrez le
modele de toutes les vertus qui font le principal ornement du Chre ( 2 ).
Quelle leçon pour ceux en qui l'amour propre est tellement enraciné , que pour bien moins
leur orgueil se seroit révolté !
Après cela , je n'ai pas besoin de répondre au F. à Fascia ; la vérité lui est échappée , et
il suffit de répéter avec lui : « Ceux qui ne sont pas propres à cette étude , jugent de la
>> M . :: d'après leur maniere de voir les choses ordinaires ; ne pouvant y atteindre , ils
» lancent leurs sarcasmes et leurs sottes plaisanteries sur un objet qui se trouve si fort élevé au
» dessus de leur sphere » . ( pag. 198. )
Cependant , nous qui connoissons la nature des promesses du S. G. S. ; nous qui savons qu'il
a seulement donné des espérances , et que pour garant de son opinion , la seule chose qu'il
devoit , il nous a affirmé sa propre conviction , parcourons ce discours , qui ne peut être l'ouvrage
que de celui qui connoît la valeur intrinseque de la Mi. , et qui connoît mieux que le F. à Fascia ,
les principes du juste , de l'honnète et de l'utile.
Après avoir répété ce qu'il avoit dit dans sa premiere Circulaire de convocation , le S. G.S.
ajoute : « Sans m'être engagé de vous donner d'autres preuves sur la vérité de cette opinion ,
» que ma propre conviction ,je l'ai soumise expressément à votre propre examen et jugement ,
» et c'est ce que je fais encore . Voilà ce à quoi il s'étoit engagé ; et le F. à Fascia , qui avoit
signé dans un Convent qu'il pouvoit exister certaines vérit's qui pourroient être dangereuses pour
quelques personnes , et ne doivent être communiquées qu'à ceux des FF. qui montrent du goût et de
l'aptitude pour ce genre de connoissances , veut aujourd'hui le contraire de ce qu'il pensoit alors ;
ce F. ressembleroit- il à ces Esprits de Mercure dont il parle lui-même d'après Swedemborg
lesquels n'excellent pas pour la mémoire , n'aiment point à tirer des conséquences , et ne brillent pas
par le jugement. ( pag. 82. )
Reconnoissons ici la sage prévoyance du S. G. S. qui apprend à ne pas confondre le mot
science avec celui de connoiſſances. Pour mieux faire sentir les dangers de cette erreur , il
dit : « ces FF . demandoient une instruction systématique , c'est-à -dire , scientifique , relative aux
» choses naturelles ; Puisse-t-elle un jour leur être donnée ! tant mieux pour eux » . On peut
entendre cela de plusieurs manieres : tant mieux pour eux , puisqu'ils la desirent et qu'ils en
seroient satisfaits ; tant mieux pour eux , puisqu'elle ne leur sera donnée avec fruit que
lorsqu'ils auront acquis les connoissances qui marchent avant elles ; mais que du moins ils ne
l'attendent pas de moi , qui ne la leur ai pas promise , ni même en ai parlé jusqu'à présent. Ces
détails qui devoient imposer silence au F. à Fascia sont positivement ce qui réveille son esprit
critique ;disons le mot , puisque j'ai aussi acquis pondere metalli le droit de parler avec franchise ,
ces détails ont réveillé son amour propre, car il ne souffre pas patiemment que quelqu'un
paroisse plus instruit que lui en M.-. Prenons la substance de ce qu'a dit le S. G. S.
« Si je devois vous nominer ici quelques-unes de ces vérités et connoissances sublimes , qui ,

comercial deFed Fasciare pag.108 , 109 , 110 , 111 e le i la fel oy,leDiscours d'ouverture du S. G. S. et fa Circa3
82

>> selon ma conviction , sont renfermées dans la M ...... je manquerois même peut -être à des
y devoirs qui doivent m'étre sacrés » . Et le F. à Fascia veut affranchir le S. G. S. de ses engage .
mens , de ses devoirs ! continuons : « Je me flaute que BEAUCOUP , j'oserois même dire le
» PLUS GRAND NOMBRE DES FF . , que j'ai la satisfaction de trouver ici assemblés , compren
>> dront le sens de ce que je viens de dire » . Dans l'idée du F. à Fascia , cela veut dire les
initiés. Eh bien ! je le veux , je le crois même; il y avoit donc BEAUCOUP , LE PLUS GRAND
NOMBRE DES FF. instruits , et ce qu'ils ont fait l'a été en connoissance de cause ; et comment ,
après cela , le F. à Fascia a -t- il hasardé de dire que c'est un système particulier porté par le
F. ab Eremo ? Ce beaucoup , ce plus grand nombre des FF. qui entendoient et comprenoient le
S. G. S. , seroient devenus bien savansen peu de jours : on ne s'arrête pas à des inconséquences
aussi marquées .
Cette déclaration du S. G. S. n'est point en contradiction avec ses engagemens antérieurs ; et
d'après ces principes , qui sont très-fort des principes,on a dù convenir que ce n'étoit point
lui qui pouvoit éire l’Instructeur de ses FF.; et je dirai qu'il a fait tout ce qu’un Supérieur devoit;
qu'il a travaillé pour notre bien , pour notre vrai bonheur, Malheur aux ingrats qui n'ont pas
su en profiter ; mais qu'ils nous laissent en paix jouir de ses bienfaits , et lui exprimer notre
reconnoissance !
Ne vous étonnez pas que le F. à Fascia soit si fort éloigné de tout ce qui porte le nom de
connoissances M .:. Ciceron lui a dit avec vérité , qu'il faut éviter de prendre des lueurs pour de la
lamiere, et de les suivre inconsidérément; mais il n'a pas suivi un conseil non moins sage que le même
Philosophe donne à l'homme , s'il veut éviter cette erreur :il faut tout observer , tout approfondir,
n'épargner ni la peine ni le temps ; il a paru plus simple au F. , Fascia de dire que c'étoit se con
sumer dans des études obscures , difficiles et infructueuses ( 1). Ce sont là des écueils à éviter , sans
doute ; mais il ne faut pas pousser la précaution , jusqu'a tomber dans le scepticisme , et parce
est difficile à comprendre , la rejeter comme fausse ,ce seroit dire avec les Pyrrho
qu'une chose
niens : Qu'il n'y a rien de démontré et de démontrable ; que la science réelle n'est qu'un vain
» nom ; que ceux qui se l'arrogent ne sont que des hommes ignorans , vains ou menteurs ;
♡ que toutes les choses dont un Philosophe pear disputer restent , malgré ses efforts , couvertes
» des tenebres les plus épaisses ; que plus on étudie , moins on sait , et que nous sommes
y condamnés à flotter éternellement d'incertitudes en incertitudes , d'opinions en opinions , sans
jamais trouver un point fixe d’où nous puissions partir et où nous puissions revenir et nous
>> arrêter » . Apprenons à nous défier de tout ce qu'on a dit des Philosophes de l'Antiquité,
de cette Antiquité qui ne nous est plus connue , lorsque nous voyons que plusieurs Philosophes
se sont tourmente's long -temps et inutilement pour restituer une Philosophie dont il ne restoit
aucune trace certaine , qu'ils ont pris les visions de l'Ecole d'Alexandrie pour la doctrine de
Platon , qu'ils ont méconnu la supposition des ouvrages attribués à Pythagore et à d'autres anciens
Philosophes ; alors l'homme sage suspendra son jugement sur les connoissances M .., et il croira
que le R. F. à Flumine a peut- être eu raison de dire que le flambeau de la vérité , qui ne luit
plus dans les écoles de la science vulgaire , a pu se conserver dans l'asyle le plus écarté de la Mli,
'où ce feu sacré que nous avors perdu brûle et brûlera toujours , parce qu'il y eut constamment
des esprits privilégiés et bien intentionne's préposés pour le garder et l'entretenir.
Mais c'est m’être arrêté trop long-temps à interpréter le discours du S. G. S .; une lecture sans
commentaire eût été suffisante pour des juges éclairés ; et je dois peut-être craindre de déplaire
à ce S. F., si jamais il apprend que je me suis permis de développer ses idées ; cependant il étoit
difficile de garder patiemment le silence , en lisant le F. à Fascia ; et si je vous parois avoir
été trop loin , l'excuse est à côté de la faute.
* Je ne m'arrête pas aux choses de forme qui ont occupé cette premiere Séance ; mais
it est bon , néanmoins , de voir que lecture fut donnée en Convent des Articles préliminaires qui
avoient été proposés aux FF . avant l'ouverture , et arrêtés le 14 Juillet 1782 ; nous lisons
dans les Actes de ce jour , ces mots bien précieux à opposer à un formaliste severe . » Toutes
» les dispositions ont été agréées et confirmées UNANIMEMENT sous l'ampliation que tous
» les préaris , etc ...... » Voilà une ratification en pleine majorité ; et le F. à Fascia sait
bien que cela est irrefragable aux yeux des Loix : dans ce peu de mots on voit que ce
n'est plus l'ouvrage de la pluralité , ils sont confirmés UNANIMEMENT ; et tout comme il y
a eu ampliation , on pouvoit y apporter modification : cela prouve que la Loi a été examinée :
elle est émanée d'un corps légal ; le F. à Fascia auroit été présent , qu'on n'auroit pas agi
avec plus de régularité .
Il en est de même de l'engagement de discrétion , il a été homologué UNA VOCE et protocole ;
et , ce qui est bien plus fort , pour valoir comme Loi fondamentale du Convent. Ainsi nous
avons eu raison de dire , dans le précédent Chapitre , que c'étoit une Loi du Convent , puisque
c'est lui qui l'a promulguée le 16 , jour bien légal pour le faire , et il y avoit alors trente- cinq
Pouvoirs de vérifiés. A la vérité , il y manquoit celuidu F. à Fascia. A un futur Convent , on
examinera cette question ; pour celui-ci, elle est décidée , et bien décidée ; tellement que sur la
motion du F. ab Hereda elle devint PER UNANIMIA , ampliation des articles préliminaires et
de l'engagement de discrétion .
Pardonnez si je m'arrête à des objets si minutieux ; mais le F. à Fascia a voulu tirer un si
grand parti de ces deux Actes , du premier sur - tout , que je ne saurois leur donner trop de

( 3) Ouvrage du F. a Fascia , pag. 106. L'Auteur a mis 1. 1. ch. 6. on peut juger par l'Epigraphe de l'opinion qu'il
an 1 de
83

force. Il a attaqué essentiellement le Convent , en faisant à sa maniere tomber cet Acte ; et


j'ai dû vous faire remarquer le peu de fidélité qu'il a mis dans cette discussion ; il l'a , pour
me servir de ses expressions , noyée dansune mer de mots , et il a raisonné pour le tourment de
la raison sur une proposition qu'il suffisoit d'exposer avec simplicité et bonne foi pour la décider;
cár autant vaudroit demander s'il fait jour , lorsque le soleil est sur l'horizon ? Il n'y a qu'un
aveugle qui puisse en douter ; mais combien d'aveugles parmi les hommes , quand l'intérêt per
sonnel place son épais bandeau sur leurs yeux .

SE C O N D E S É A N C e.

Dans cette Séance parut le R. F. à Cruce cærulea , Député du Préfectural de Lorraine.


Ce F. est sans doute excepté du nombre de ceux qui n'ont aucune connoissance des principes
du juste , de l'honnête et de l'utile , et c'est pour agir d'après ces principes qu'il eut l'honnétert
de signer une Loi faite la veille , qui étoit juste et utile ; c'est-à-dire les Articles préliminaires et
l'engagement de discrétion . Voilà le Convent éclairé par le Député de Lorraine , et tout ce qui se
fera désormais sera contradictoire avec le F. à Fascia.
Ce F. à Fascia a bien peu de mémoire , puisqu'il s'étonne que dès la premiere Séance ,
les FF . d'Italie aient demandé la division de la VIII . Province en deux , et sollicité le
rang de neuvieme Province. En effet , l'érection de la Suede en neuvieme Province , n'avoit
jamais été adoptée dans l'Ordre , et elle ne pouvoit être un obstacle à un arrangement proposé
depuis plusieurs années par les FF. d'Italie sollicité par toutes les parties intéressées ; le
S. G. S. avoit promis d'en faire l'un des premiers objets du Convent; enfin , ce qui auroit
dù empêcher le F. à Fascia d'en parler comme il l'a fait , c'est que nous lisons dans la
XII. Séance du Convent national des Gaules : « Il a été arrêté que , pour terminer toute
» difficulté entre la haute Allemagne et l'Italie , et les trois Provinces Françoises propose
» roient , avec la permission de S. A. S. le R. F. à Victoria et des Parties intéressées
» au premier Convent général de l'O. de séparer l'Italie de la VIII . Province , et de la joindre
» la Grece et à l'Archipel pour former la IX . ; que ce démembrement paroissoit d'autant
» plus convenable que tout le Nord et l’Orient de l'Europe , qui restoient à partager entre
» la VII . et VIII . Province , offroient un district immense et très - disproportionné avec les
► autres Provinces de l’o . » Or le Convent National , auquel le F. à Fascia a coopéré , étoit
bien antérieur à cette érection de la Suede en neuvieme Province qui fut ensuite tentée par
les FF. Suédois.
On n'a pas proposé autre chose au Convent général; la Consultation signée à Lyon par
le F. à Fascia , a formé le jugement; et il disserte , après cela , sur ce qui a été arrêté per una
nimia ! Il faut convenir qu'il est difficile à contenter ; qu'on suive ou non son opinion , on a
toujours tort , cela est triste. On voit par-là combien il faut regarder de près à ce qu'il dit ;
et cependant on aura cru son raisonnement très-conséquent , parce qu'il a prétendu qu'il
falloit commencer par établir la Loi , avant de statuer sur une question qui devoit être jugée par une
Loi ; comme si le Corps législatif assemblé ne pouvoit pas prononcer sur un fait , sur-tout dans
cette circonstance , et sa décision devenir une i oi . Chacun parle de ce qu'il sait : le F. à Fascia ,
Magistrat éclairé , n'aime pas que l'homme prenne la place de la Loi , et c'est bien digne
de louange dans le poste honorable qu'il remplit si dignement ; car là il doit lui obéir :
mais le Convent étoit une Assemblée de Législateurs , et la différence est grande: ainsi lors
même qu'il auroit pu se rendre à W -bad ( car on voit bien que c'est de lui dont il veut
parler ) on auroit toujours agi de même ; et il me semble que dans une Assemblée où il y
avoit tant de FF . Allemands , Nation connue en Europe pour faire de l'Etude du Droit
public l'objet d'une sérieuse et profonde application , on peut être tranquille ; les vrais ,
les grands principes n'y auront pas été violés ( 1 ).
J'imite le F. à Fascia. Je ne m'arrête pas plus long - temps à cette Séance , les motions impor
tantes se présenteront dans la suite.

T RO I Ś I B M B S É A N C E.

ENCORE une attaque dirigée contre le R. F. ab Eremo , mais il faut en remercier le


R. F. à Fascia ; car il a été si facile à notre F. Chancelier de se défendre, que si le Préfet de
Lorraine eût été présent , il auroit dit , en voyant la lettre qu'il a tant suspectée , ce que
disoit le bon Henri , après que Sully se fût justifié : Les cruels, comme ils m'ont trompe'! En
effet , plus je pénetre dans la conduite du F. à Fascia , plus je suis persuadé qu'on a abuse
de sa facilité, pour le faire parler avec mal- adresse ; ceux qui lui ont insinue , persuadé qu'il devoit
éire notre Instructeur , ignorent les principes du juste , de l'honnête et de l'utile. Je suis même
PRESQUE convaincu que ceux quilui ont donné ce conseil perfide sont des FF. d'un mérite rare ;
et cette conviction me fait faire de tristes réflexions sur les écarts du génie et sur les erreurs dans
lesquelles la foiblesse humaine entraine les esprits les plus clairvoyans ( 2 ) .
Je serai court sur le fait dont il s'agit , le R. F. ab Eremo ayant pris soin d'y répondre avec le
( 1 ) Voyez comment le F. d Fascia a traité cer objet , et pier , je n'aurois pas osé dire l'équivalent ; si le F.
vous serez convaincu que ce n'est pas par un raisonnement à Fascia s'en offense , il prouvera que cela etoit offen
Protagoras que je lui réponds. sant , et alors pourquoi l'a-t-il écrit ? Il ne faur jamais faire
(2) Expressions employées par le F. d Fascia, parlant aux autres ce qu'on ne voudroit pas qui nous für fuit de
du S.G. Š. J'ai cru qu'il pouvait m'être permis de les co nous-mêmes ,
84 ♡

détail que sa justification exigeoit auprès de vous . Il avoit été question dans cette Séance de
savoir si les porteurs de pouvoirs limités auroient voix délibérative ; c'est le R. F. à Serpente
qui avoit fait cette motion : elle fut ſuivie d'une autre de la part du R. F. à Capite Galeato . La
voici :
* Tous les Députés munis de pouvoirs illimités et , en vertu d'iceux , coopérateurs des
délibérations définitives du Convent, seront invités à signer une déclaration par laquelle
» il conste qu'ils sont autorisés à souscrire , tant pour eux que pour leurs commettans ,
► tous les arrêtés ; à prononcer à la pluralité des voix ,les objets fussent- ils omis dans leurs
» instructions , ou contraires à ces dernieres. Notamment à la conservation complette et
» formelle de l'O. des T., tel qu'il est conservé dans quelques d'Allemagne, si la pluralité
» le décide , et vice versa , le tout sans restriction , modification ou réſerve quelconque actuelle ,
» projetée ou imprévue » . ( Premiere Séance , nº. 12. ) C'est -à - dire , à être T. pour n'être que
cela , ou de rompre tous les rapports .
Le F. qui fit cette motion avoit oublié dans ce moment la lettre du S. G. S. de 1779 , et celle
de 1780 où il est dit , si jamais une restauration mal entendue de l'O . du T. en général ou en par
tie , etc.; il avoit oublié enfin , que par celle de 1781 , on avoit appris que la plupart des
XX avoient d'autres vues , et que les idées sur cette matiere avoient pris une même direction ( 1 )
A la seconde Séance , le R F. ab Eremo avoit fait une motion relative au même objet . Il
demandoit de s'engager à une exécution provisoire pendant une année; à cette condition , la voix de
libérative ; dans le cas contraire , voix consultative. Le R. F. à Fonte irriguo fit une observation
juste , mais dont la conséquence ne l'étoit pas ; puisqu'il ne distinguoit pas les pouvoirs limites
ou illimités, et les regardoit tous comme limites. Sur cette assertion se leverent six FF du plus
grand mérite et du jugement le plus sain ; c'est le F. à Fascia qui veut bien leur rendre cette
justice , et ils déclarerent avoir voix et suffrage avec pouvoir illimité.
Alors le R. F. à Capite Galeato , ayant témoigné qu'il possédoit des preuves qui paroissoient
infirmer la nature d'illimités , des pouvoirs de la II. et IX . Province , le R. F. ab Eremo , accusé
publiquement de vouloir se faire donner un suffrage qui ne lui étoit pas dû , auroit pu d'un
mot réduire au silence le F. à Capite Galeato ; mais il ne pouvoit goûter ce plaisir des ames
basses ; celui d'humilier un F. devant ses FF . Il se réduisit à demander d'être autorisé à
communiquer au S. G. S. et au S. F. à Leone resurgente , une lettre particuliere qu'il avoit reçue ,
laquelle pourroit répandre un jour plus lumineux sur les réserves que le F.à Capite Galeató
supposoit devoir restreindre les pouvoirs illimités de la II . Province. Ce qui fut unanime
ment agréé.
Le ton , le geste , tout instruit celui qui est sur le lieu de la scene ; un protocole ne rend point
cela , et l'on důt voir que le R. F.ab Eremo faisoit un sacrifice au titre de F. ; si on ne le vit
pas, il fut donc aussi généreux à l'extérieur qu'il l'étoit à l'intérieur.
Cette lettre vous l'avez eue sous les yeux , ainsi que les SS . Princes , et vous avez été convaincus
que ce n'est pas parce qu'elle contenoit des choses relatives au systême prétendu , qu'elle fut
soustraite aux yeux de l'Assemblée ; mais uniquement parce qu'elle pouvoit blesser le F. à
Capite Galeato , qui se rappella alors ce qu'elle contenoit , et qui, après le témoignage des
Juges , se borna å retirer sa motion en priant le Convent de la regarder comme non avenue.
Ainsi une réserve noble et généreuse , qui honore infiniment le F. ab Eremo , est devenue
sous le pinceau du F. à Fascia , un mystere d'iniquitë'; voilà avec quelle légéreté , quelle incon
séquence le F. à Fascia a raisonné ; et quand on voit , ( cette fois je ne m'excuse pas de le dire
avec lui , ) que les hommes les plus estimables donnent dans des écarts bien réprehenſibles , alors
je puis ajouter auſſi : Tout pétris de limon, nous nous sentons de la vase qui a servi à former
l'enveloppe de notre ame ; et l'Ame , cet Etre spirituel , n'est pas assez dégagée de la matiere
pour bien voir , bien sentir , bien entendre et paroitre toujours avec tout l'éclat de sa perfection.
( pag. 124. )
Le F. à Fascia a donc bien maladroitement choisi son texte , pour satisfaire le desir de
ceux de ses FF . qui ont voulu qu'il apprit que les SS. FF. à Victoria et à Leone resurgente
étoient initiés dans le secret du systême du F. ab Eremo : c'est -à -dire, au sens du F. à Fascia ,
que les SS . FF . venoient d'être initiés par le F. ab Eremo ; il a donc prouvé qu'il parloit au
hazard comme il a écrit à la hâte. On peut je crois se dispenser de répondre à la longue
digression qu'il a faite sur ce texte erroné; il regrettera sûrement de l'avoir publiée cette
digression faite uniquement , dit - il , afin qu'on ne le soupçonne pas , d'être un depresseur opiniâtre et
incommode ; et que l'on soit convaincu de la pureté de ses intentions et de l'honnêteté de ses pro
cédés. ( pag. 128. ) Quand on a des intentions aussi pures que le F. à Fascia , on est bien malheu
reux de les manifester aussi mal . Un esprit sarcasmatique auroit ici un beau champ à par
courir ; un esprit réfléchi diroit. ... mais taisons nous , les faits en disent assez .
Je viens de relire attentivement cette troisieme Séance , et bien plus attentivement encore la
critique du F. à Fascia. Non je ne conçois pas comment l'esprit d'un homme accoutumé à cher
cher la vérité et à considérer le même objet sous différens points de vue , peut s'ètre fait illusion
au pointde ne voir que l'injustice et l'ignorance où siégeoient la prudence et les lumieres.
Le S. G. S. proposa de suspendre pendant quelque temps toute correspondance de la part
des Mandataires avec leurs Commeitans , vu l'attention que le Convent s'attiroit de la part
du Public ; ce qui pouvoit faire craindre que la correspondance ne fût interceptée ; la sagesse
et la nécessité de cette précaution furent vivement senties , et approuvées unanimement pour avoir

(1 ) Voyez ce que j'ai dit à cet égard dans le chap. III .


& 85

force de loi. Je n'avois pas l'honneur d'être au Convent , mais j'avoue que je ne souffre pas
patiemment d'entendre le F. à Fascia dire à tous ceux qui composoient cette respectable
Assemblée qu'ils sont des ignorans , des hommes qui ne connoissent pas les principes de l'home
nète , du juste et de l'urile : il auroit dû retrancher du principe de Ciceron , l'honnête , car il ne
l'a pas suivi ; et y substituer la témérité , l'imprudence et l'amour propre ; alors il auroit eu
cette Regle : L'amour propre est souvent imprudent , mais comme l'amour propre est utile, et
que ce qui est utile est juste , ce sont quatre choses qu'il ne faut plus séparer ; voilà, permettez-moi
de le dire, la regle dont il faut se servir pour juger l'ouvrage du F. à Fascia , si l'on veut
être d'accord avec lui .
On croit généralement, dit le F. à Fascia , que cette loi a été suggérde au S. G. S. Non , on ne le
croit pas généralement. Par une supposition injurieuse , le Préfet de Lorraine outrage cet excellent
1
Prince, mais il excite votre indignation. Avant le Convent, nous respections. Ferdinand avec
toute l'Europe , mais par sa conduite bienfaisante dans cette Assemblée solemnelle nous avons
appris à l'aimer , à connoître à la fois la douceur et la fermeté de son caractere : celui qui
le calomnie cesse d’être notre F.; du moins il en abjure le-sacré caractere en méconnoissant,
les vertus du chef de la famille. Ce n'étoit point assez au F. à Fasciu de s'être permis
ces choquantes expressions ; il a craint sans doute qu'on les attribuất à légéreté ou inadver
tance , car nous retrouvons encore deux fois la même phrase , ceux qui ont suggéré : et cela
afin de prouver qu'ils avoient leur raison pour empécher les commettans de pouvoir donner des
instructions positives sur l'objet important qui devoit être traité dans cette respectable Asssemblée ,
qui cependant n'avoit pas toutes les connoissances nécessaires, ce qui rendoit une correspondance
suivie indispensable pour nepas priver le Convent des lumieres qu'on devoit desirer ; il ne manquoit
plus que d'ajouter , de celle du F. à Fascia. ( pag. 129 , 130 , 131. )
On n'a pas exprimé la véritable cause de cette précaution contre les indiscrets , on ne le
devoit pas ; mais ce n'étoit pas envers les FF . essentiellement qu’on redoutoit les indiscrétions,
c'étoit envers les Gouvernemens qui pouvoient être curieux de savoir ce qui avoit attiré leurs
Sujets dans une Contrée étrangere ; et d'ailleurs cette correspondance , si utile suivant le F. à
Fascia pour procurer des lumieres, ne dureroit- elle pas encore , s'il eût fallu attendre sur
chaque question des réponses de 400. lieues ? car le Convent se seroit suspendu si souvent
qu'il n'auroit rien pu résoudre : une autre fois on proposera de tenir un Convent par corres
pondance , afin de satisfaire le Préfet de Lorraine. Le moyen qu'il propose pour empêcher
que les Lettres fussent interceptées , savoir , de les faire parvenir par des mains intermédiaires ,
ne pouvoit remédier à rien ; quand les Gouvernemens ont intérêt d'être indiscrets , ils ne le
sont pas à demi ; ils laissent passer ce qui ne porte pas l'empreinte qui leur est suspecte;
mais au moindre soupçon , l'enveloppe arrive bien à son adresse , mais le paquet contenu va
à une autre destination.
Passons sur les Nº. 5 , 6 , 7 , et jusqu'au Nº. 13 de cette Séance . Le F. à Fascia est sobre
de critique ; soyons-le d'applaudissemens ; et n'accordons que ceux qui sont indispensables. Je
me contenterai d'inviter à lire dans l'ouvrage du F. à Fascia , ce qu'il a dit de la motion du
F. à Cruce cærulea son Représentant ; et dans les Actes du Convent , la motion elle -même ; on verra ,
s'il ne faut pas avoir la fureur de tout blâmer pour faire à son F. un crime d'une chose aussi
simple ; seroit-ce pour se donner un air d'impartialité dont peu de gens sont la dupe ? ( pag. 133 .
N.8. et les Actes du Convent 3. Séance , même N. )
Nous allons commencer à entrer en matiere. Le F. à Fascia a examiné d'abord si la formalité
avoit été observée ; le fond de la question sera traité par lui; mais le fondet la forme seront
encore confondus ; et la motion du S. G. S. qui termine cette Séance énoncée ainsi : Qudle
preuve apportera-t-on pour légitimer la filiation de l’O. du T. ? sera mal discutée , encore plus
mal décidée ; car on n'a pas appellé les Sectateurs de tous les systèmes M .: . ; et c'est avec douleur
que le F. à Fascia a vu cela ; mais je vous en consolerai.

QUATRIEME SÉANCB et suivantes , jusqu'à la QUINZIEME .

Je suis jaloux de vous présenter des choses plus intéressantes que toutes ces discussions
minutieuses , auxquelles je me suis trop long- temps arrêté avec le F. à Fascia ; mais quand
renvoyé par lui aux Actes du Convent , en commençant par la IV . Séance, j'ai voulu les suivre
avec lui , je ne me suis plus reconnu ; ce n'est plus la même chose ; sans cesse il les travestit
sous des couleurs qui lui sont propres ; d'ailleurs que peut-on apprendre d'un extrait fait
d'après un protocole qui n'est lui-même qu'un extrait de différens Mémoires ; tout le frukt
qu'on en pourroit retirer , seroit d'être assuré que la question a été bien discutée , et par des
FF . vraiment instruits. Mais alors il faudroit avoir sous les yeux ces Mémoires , et ce seroit
en effet une collection intéressante à mettre sous vos yeux ; mais puisque nous ne la possédons
pas , cherchons à tirer du protocole même ce qui peut vous tranquilliser sur le jugement qui
a été prononcé relativement au système du T.
A -t-on examiné la question ? Voilà tout ce que nous avons à demander : et n'exigeons pas
des hommes , même les plus éclairés , que dans une discussion sur laquelle chacun parle sans pré
paration , ils mettent la même simplicité que s'ils eussent posé les termes du problème , et
Cherché sa solution dans le silence du cabinet ; c'est du choc des opinions que sort la lumiere ,et
qu'à sa clarté on apperçoit enfin le point d'où il faut partir.

(8) Voy. Ouv. du F. à Fascia , pag. 133. nº. 8. et les Actes du Convent , 3 Séance , même no.
86

Comment a - t -on procédé sur un sujet aussi important ? La lecture de la motion du S. G. S.


que nous avons rapportée ci-dessus fut répetée : Quelle preuve apportera - t-on pour légitimer la
filiation avec l'O du T ? La circulaire du 18. Juin 1781. fut mise également sous les yeux de
l'Assemblée ; non celle de 1780 , parce que la derniere en étoit la conséquence: et pour rap
peller qu'on auroit d'autantmoinsde peine à établir des principes vrais et uniformes , que les idées
DE LA PLUPART DES FF. paroissent avoir pris la meme direction , le S. G. S. , afin qu'on ne
prît pas le change , répéta qu’un vrai Maçon doit posséder au plus haut point les vertus religieuses ,
et engage les FF. à ne point perdre de vue cet objet essentiel. Quelle boussole plus sûre en effet
pour se guider sur cette merobscure où il falloit naviguer !
Le R.°F. à Cruce cærulea fut le premier à parler , pour savoir si le système du T. tenoit à
l'essence de l'O . Guidé par les instructions du F. à Fascia , et par lui -même suffisamment éclairé
pour se diriger , il proposa ces questions : 1°. Que sommes-nous ? Essence de l'Ordre. 2°. Depuis
quand sommes-nous ? Originede l'Ordre. Il est impossible de recueillir les choses intéressantes
qui sortirent de la bouche de ce R. F. Une heureuse facilité à s'énoncer sans préparation ,
n'a pas permis aux Chanceliers de le suivre ; le protocole ne contient qu'une substance
aride , et ilfaut nous contenter de lire comme il y est écrit : que d'après les principes établis ,
la premiere question à examiner devoit être : Quelle est l'origine de la M :.? La seconde ,
quelle est son essence ? Mais ce dont il faut savoir le plus de gré a ce F. , c'est d'avoir demandé
que les FF. pussent connoître les réponses des divers établissemens sur l'uniformité des vues relatives
à l'essence ; uniformité annoncée dans la derniere circulaire du 18. Juin 1781 .
Il est entré dans le plan du F. à Fascia de ne pas rendre justice à ceux qui lui tiennent
de plus près , afin que les autres n'eussent pas à se plaindre de sa prévention ; il est dans
mon cour de rendre à César , ce qui est à César ; et à Dieu , ce qui est à Dieu ; je rends donc à
ce R. F. l'honneur qu'il mérite d'avoir fait une motion aussi sage , et qui tendoit à éclairer
ses FF.
Le S. G. S. ordonna que ces réponses seroient mises sur le Bureau pour l'instruction des FF.
qui ne les auroient pas lues ou qui voudroient les rappeller à leur mémoire. Je trouve ici le nom
du R. F. ab Eremo , je tremble que le F. à Fascia ne vienne encore armé de la censure ;
mais non , je viens de me rassurer ; je vois qu'il a gardé le silence , j'en dois conclure que le
.F . ab Eremo a parlé avec justesse , et que dans ce moment le F. Protagoras n'étoit pas à ses
côtés. Il se borna a demander qu'il seroit fait un extrait sommaire par quiconque le desirera , des
réponses sur cet objet , de sorte que chaque Membre du Convent pút, après en avoir pris connoissance,
donner un avis motivé sur tout ce qui s'y rapporte , ce qui conduira à la solution de la question
principale , actuellement proposée.
Ceite conduite , il est vrai , ne ressemble guere à celle d'un homme qui vient avec un
systême qu'il veut faire dominer : ce seroit un singulier despote que celui qui armeroit contre
lui ceux dont il est entouré , en cachant soigneusement l'arme dont il peut se servir ; un pareil
tyran n'est pas redoutable.
Une idée heureuse en fait naître une autre , deux FF. ( à Tumba Sancta et à Capricorno )
ouvrirent l'avis qu'il futnommé un Comité pour faire les extraits des réponses à la Circulaire sur
au Convent. Cet avis fut
l'origine et l'essence de l'Ordre , et qu'il en fut fait rapport par le Comité
adopté , ce Comité fut formé desept FF . du nombre desquels ne fut point le F. ab Eremo ;
maladresse de sa part ! car il devoit être bien intéressant pour lui de pouvoir déguiser les
choses qui auroient nui à son système particulier . Au surplus le F. à Cruce cærulea:y étoit ; ainsi
le F. à Fascia a dù savoir ce qui s'y est passé et ce qu'il en est sorti ; d'excellentes choses, je
n'en doute pas ; et son silence en est une preuve ( 1 ).
Cet objet rempli , le S. F. à Leone resurgente , dont je ne parlerai qu'en confondant les
sentimens respectueux dont je suis pénétré pour lui avec ceux dont j'ai fait hommage au S. G.S.:
ce S. F. dont j'aurai dans la suite occasion de parler , reprend la motion du F. à Cruce cærulea ,
qu'il avoit eu le temps de méditer ; il expose son opinion ; on y répond , enfin il est arrêté
que les questions seront traitées dans cet ordre :
* ;°. Si , selon la plus grande quantité des SYSTÊMES CONNUS , ou parvenus à notre con
. » noissance , LA M :. VIENT DE L'O. DU T. , comment peut- on prouver la filiation , ou la
» supposer venir jusqu'à nous , et à notre système; ou par quelle voie peut- on supposer qu'elle
soit venue jusqu'à nous et à notre systeme ?
.. » 2 ° . D'où la Maçonnerie tire- t- elle son origine ?
On entre en matiere. Le R. F. à Serpente ouvre la marche par des observations que le
F.à Fascia appelle tantôt excursion , tantôt digression , c'est- à- dire , un hors d'euvre qui n'a
aucun rapport à la question ; cependant le F ... Serpentę parla des doutes , que les FF. Italiens qui
avoient réclamé les preuves de la filiation de l'o. du T. au nôtre , avoient conçus sur la vé
rité des faits les plus importans, sur-tout après des recherches locales dans des Archives.
Ce F. requit les RR. FF. de la VII. et VIII . sur- tout ceux de la VII. qui avoient été
plus long - temps liés avec le R. F. ab Ense , et qui doivent être présumés dépositaires des
preuves du système qu'ils nous ont présenté comme vrai ; il les requit , dis- je , de résoudre les
doutes , fixer les incertitudes , et délivrer leur préavis pour éclairer le Convent par la com
munication de ce qui étoit venu à leur connoissance .
N'en déplaise au F. à Fascia , il me semble que cette prétendue digression tient fortement
1
( 1 ) Les FF. qui formerent ce Comité furent à Tumba Lilio Convallium , auxquels se joignit volontairement le
Sancta , à Capricorno ,, Cruce argenteu , à Cruce cæruka, a F. ab Esculapio .
au

}
1

* 87
87 *

au sujet ; et que procéder ainsi , c'est chercher de bonne foi à s'éclairer. Continuons notre
récit , il nous tranquillisera , et le jugement ne nous étonnera plus .
Le S. F.à Leone resurgenie témoigna les doutes qu'il avoit conçus sur la légitimité du F. ab
Ense ; il renvoya aux FF. ab Urna et à Lilio Convallium , pour des éclaircissemens que leur an
cienneté dans l'Ordre leur permettoit de donner ; il parla d'une association de Cleric. du T.
que ses liaisons personnelles lui avoient fait connoître , qui avoient des rapports avec le sys
tême transmis par ab Ense , qui pouvoit y avoir puisé le sien ; il fit plus, il offrit de faire
part avec vérité aux FF. du Convent de ce qu'il lui seroit permis ou possible de dire sur 10. ,
étant persuadé que la confiance qu'il témoignera à ses RR. FF . bornera les rapports qu'ils en
feront à leurs Commettans et , aux assertions qui seront comprises dans le protocole.
Je ne puis donc savoir , et ne sais en effet que ce qui est au protocole ; mais je vois avec plai
sir , sans envie , sans jalousie, les lumieres de nos Juges s'accroître ; et que ce qu'il a été
possible de dire , ce S. F. ne l'a pas célé . Si le F. à Fascia n'avoit pas été ennemi juré du
mystere , il auroit vu , par cette circonstance , qu'on ne peut pas tout dire dans un Convent ,
encore qu'on soit avec ses FF .; parce que le secret qui nous est confié n'est point à nous ,
et que le serment qui nous lie ne peut être rompụ ; parce qu'alors on ne peut en confier le
dépôt , qu'avec les plus grandes précautions; dans le monde n'en agit-on pas ainsi, et à com
bien plus forte raison parmi nous où les choses sont bien plus importantes ?
Le F. ab Urna exprima ses doutes sur le même objet ; doutes partagés avec des anciens Offi
ciers de l'O. , et renvoya aux prochaines Séances le résumé des tentatives faites à plusieurs
reprises par la VII . Prov . pour éclaircir cette légitimation qui a toujours été enveloppée. Voilà
des doutes qui prennent bien de la force , une obscurité qui s'épaissit singuliérement , et
qu'eût -ce été , sí les Sectateurs des autres systêmes qui n'étoient point inconnus aux Membres
du Convent , s'y fussent trouvés pour les soutenir ?
Dans la cinquieme Séance , le F. à Lilio Convallium fit un discours très- étendu pour
instruire le Convent des faits parvenus à sa connoissance. Un homme impartial ne peut
s'empêcher de louer la franchise de ce F. qui , dans tout ce qu'il a dit , a servi utilement l'Ordre ,
et s'est acquis des droits à la reconnoissance de ses Collegues, comme il en avoit à leur amitié.
L'extrait consigné au protocole , n'est pas susceptible d'être analysé ; il suffit de dire qu'il ne
dissipoit niles doutes, ni l'obscurité, et que le jour qu'il répandit n'étoit gueres propre à diriger
vers le but qu'on se proposoit. On y voit ab Ense pressé de se déclarer ce qu'il est réellement ,
fondre en larmes , et dire qu'il étoit engagé à la discrétion par un serment ; on voit des éclair
cissemens donnés sur la transaction du F. ab Ense avec les Cleric. de la VII. Les pieces remises
sur le bureau , la fin du F. ab Ense , tout est recueilli et inséré dans le précis historique des
FF . ab Urna et à Lilio Convallium , ainsi qu'une multitude de faits consignés aux Actes ; c'est- là
qu'il faut recourir . Je m'engagerois dans une trop longue dissertation , si je suivois tous ces
détails qu'il nous suffit de savoir sous les yeux du Convent .
Le R. F. ab Urna acheve dans la septieme Séance le récit qu'il avoit commencé dans la
quatrieme. La nomination du S. F. à Sole vivificante , proposée par les Suédois , et tout ce qui
s'est passé à cet égard , est expliqué ; c'est là qu'on voit des faits singuliers ; mais , déterminé
par un autre motif que celui qui a engagé le F. à Fascia à garder le silence sur la décla
ration du F. à Fonte irriguo , Legatus à latere de S. A. R. le S. F. à Sole vivificante , je
m'interdis jusqu'à la moindre réflexion sur un texte qui pourroit en fournir. Je me contente
de renvoyer à la fin du Protocole de la V ' . Séance ; j'espere que ceux qui y liront la décla
ration du F. à Fonte irriguo applaudiront à la sagesse des motifs qui m'empêchent de la
transcrire ici .
Nous ne sommes pas à la fin de l'instruction du procès dont je me suis engagé de vous faire
le rapport . Il faudroit vous parler maintenant du travail intéressant et instructif des sept FF .
composant le Comité nommé pour faire les extraits des réponses à la Circulaire de 1781 sur
l'origine et l'essence de l'Ordre ; mais je ne trouve dans le protocole de cette sixieme Séance ,
aucune notion sur le résultat de ces extraits , je n'en puis donc rien dire ; mais une remarque
heureuse que je viens de faire , c'est que le R.F. à Cruce cærulea eut en partage les réponses
de la Province d'Auvergne ; je m'étonne après cela qu'il ait laissé dire au F. à Fascia ', son
Préfet, que le système qui a prévalu au Convent étoit le système du F. ab Eremo ; il a dû se
convaincre au contraire que c'étoit la Province d'Auvergne qui faisoit parler le F. ab Eremo.
Mais , dira le F. à Fascia, c'est un despote si adroit , un conquérant si habile , qu'il a com
mencé par gagner une Province , et par s'en déclarer le Roi sous le titre de Chancelier ; il est
ensuite allé envahir les autres , et élever au Convent le trône où le tyran devoit s'asseoir. Il y
auroit de l'amour propre à répondre à cette objection qui sous la plume du F. à Fascia acquerroit
bien plus de force ; mais qu'il me soit permis de dire que quand je cherche ' le Despote parmi
nous , je n'y trouve que des amis ; nous régnons tous , mais c'est sur le cæur de nos FF .; et
nous sommes tous également Rois et Sujets.
On compte dans les Préavis des Provinces vingt-une réponses sur l'origine et l'essence de
l'Ordre , le plus grand nombre émanées de nombreux et éclairés , de FF . par conséquent
qui ont connu les différens systèmes ; ainsi l'on peut dire qu'on avoit l'opinion de 600 Maçons ;
et ce n'est peut - être pas assez dire ; cela valoit bien la présence effective des Sectateurs de
ces Systèmes.
La scene avoit été jusques- là remplie d'une maniere intéressante ; le S. G. S. augmenta cet
intérêt en invitant le S. F. à Leone resurgente à satisfaire l'attente du Convent par le récit des
notions particulieres qu'il avoit obtenues de l'O des T.; et lui-même s'expliquant sur quelques
M
88

ouvertures qu'il avoit reçues d'une branche de l'O. des T. réitera aux FF . sa demande pou,
qu'il n'en fut fait aucunes notes particulieres autres que celles que S. A. auroit approuvées et fait
iranscrire sur les protocoles. Nouvelles notions à ajouter aux précédentes , et les Juges s'ins
truisent d'autant .
Rappellons - nous que le S. F. à Leone resurgente avoit bien annoncé qu'il ne diroit que ce
qu'il lui seroit permis oupossible sur cet objet ; et ne nous étonnons pas qu'il ait demandé que le
S. G. S nommat un Com té auquel il s'ouvriroit sur un G. M. qui lui avoit été nommé , et
ne soyons pas surpris que les FF. du Convent ne se soient pas révoltés à cette demande ;
ils n'ignoroient pas qu'en ne révélant qu'avec discrétion des choses qu'on doit tenir secretes,
on fait une chose honnete , juste et utile. Le F. ab Eremo fut encore oublié dans ce Comité .
Vous vous en étonnez, vous dira le F. à Fascia ; adresse : c'est lui , qui par l'orgune du Prince
faisoit la confidence , ne vous rappellez - vous donc plus que pendant huit jours de 12 heures , il a
initié à son système ce Prince , etc. etc.
Il étoit temps de songer à délibérer sur les preuves ; mais ce qui avoit précédé changeoit
l'état de la question ; et dans la discussion cela arrive tous les jours . Si le F. à Fascia avoit
imité la marche que je viens de suivre , il auroit reconnu qu'il y avoit une juste cause à ces
variations ; mais comment ainener le portrait des Proiagoras modernes , celui de ces Messieurs
à qui l'on dit , Dieu vous benisse , avec celui de ces autres dont on a obstrué' le discernement , qu'il
faut plaindre , mais ne jamais s'associer avec eux ? ( pag. 145 , 146 , 147. ) Ceschefs- d'æuvres
du génie seroient resté oubliés dans la précieuse collection , ouvrage de vingt aus d'étude ; et quelle
plus belle occasion pour les étaler !
Le S. F. à Leone resurgente , après avoir résumé ce qui avoit été exposé dans les précé
dentes Séances et les détails historiques qui avoient été communiqués , ouvrit cette motion :
* Si même nous pouvions obtenir des preuves de la légitimité de l'O ., voudrions- nous , après
» tout ce que nous en savons , continuer le systéme present du T. et de la restauration de l'O .
» des T.
Si , comme le prétend le F. à Fascia , l'on eût été si empressé de détruire , le R. F ab Eremo
n'auroit pas observé que le système du T. étant un des systèmes dominans dans l'association
» Maçonnique ; une branche majeure , qui desire dans ce moment de se réunir aux autres ra
» meaux du même tronc , ne seroit-il pas essentiel de se procurer des éclaircissemens sur le
» systême ( de Zinnendorff ) de la Loge nationale de Berlin , qui embrasse une grande partie
» de l'Allemagne ? » 1
Le F. à Fascia s'est bien gardé de rapporter ce fait , il a passé avec la même légéreté sur
l'observation du R. F. ab Hedera , qui dit qu'il avoit connu à Berlin un parallele de notre
systéme avec celui de Zinnendorff , lequel renfermoit une analyse complette , et qu'il seroit bien à
desirer qu'un des FF , pût nous en donner plus de détails .
Alors il n'est point étonnant que le F. ab Eremo ait donné cette étendue à sa motion , en di
sant : « l'intention du Convent en général étant de réunir , autant qu'il sera possible , toutes les
» branches de l'Ordre Maçonnique en une seule et même association , ( c'est - à- dire , d'adopter
un systême qui prépare cette réunion , en se plaçant tellement au centre du cercle , que toutes
les autres branches puissent se regarder comme les rayons du meme cercle, ) il paroit impor
» tant de connoître les systèmes particuliers de chacun , commeétant le premier moyen de
» se réunir . » Cela s'entend quand on le veut , F. à Fascia ; mais il ne falloit pas tronquer
cette motion , en la citant ( pag. 157. ) et continuant à la copier , la mettre en caracteres ordi
naires , de maniere que la conclusion de la motion du F. ab Eremo paroisse une réflexion qui
vous soit propre. « Celle ( la branche ) qui suit le système communément nommé Zinnendorffen ,
» étant fort considérable et fort répandue, paroît devoir fixer principalement l'attention du Convent,
» Le F. ab Eremo proposa donc qu'il fùt fait des enquêtes convenables pour connoitre , autant
» qu'il, se pourra , ce système particulier, son origine et la partie historique qui la concerne
» avec toutes les circonstances qui doivent intéresser le Convent et leurs commettans : et qu'il
» soit fait acte du résultat 'no
Le F, à Fascia a applaudi à cette motion; mais il ne l'a pas rendue exactement , parce
qu'il vouloit dans la suite opposer le F. ab Eremo à lui - m me. Il ne fallut pas sortir du
Convent pour obrenir les éclaircissemens demandés. Le S. G. S. pria le R. F. Boedecker de satis
faire aux veux' du Convent; « la confiance , avec laquelle les plus anciens Membres de notre
u système se sont expliqués sur toute la partie historique de l'O . des T. , dit S. A. , devant l'engager
» à l'imiter. » Le F. Boedecker le promit. Le F. ab Eremo a donc au moins procuré ce nou
veau rayon de lumiere ; et cependant l'obscurité plait quæ tyruns.
-. Venons à la septieme Séance. On marchoit à son but . Le Comité des conférences devoit se
continuer avec le S. F. à Leone resurgente ; les FF . à Capricorno et à Capite galeato furent
adjoints à oeux précédemment nommés ; j'aime à y voir le F. à Capite galeato, ei je prie qu'on
se souvienne qu'il y ,étoit ; il y fut pour que toutes les Provinces y eussent part.
: , Le R. F. ab Orno qui avoit gardé le silenoe, lors de la nomination de ce Comité , fit une
motion quele F. à Fiscia a eu soin de rapporter ( pág. 159. ) Elle avoit pour objet essentielle
ment d'être mis au fait des connoissances, précieuses et des vérités consolantes annoncées par le
S.G.S. ; qu'il falloit lever cet obstacle pour qu'il pût donner sa voix , concluant à ce que les notions
communiquées aux FF. du Comité soient communiquées en plein Convent , etc. Une réflexion bien
simple qui répond à cette motion , c'est qu'il y avoit des Députés qui n'avoient que des oreilles ,
mais qui ne pouvoient parler ; à qui leurs Commettans avoient dite vous écoulezez elnous pronon
Gerons. Usinlétoient donc pas des Juges ; pouvoit-on sout dire devant eux ?
89 *
Mais il faut entendre la réponse du S. F. à Leone resurgente , et si quelqu'un ne la trouve
pas juste , à coup sûr ce quelqu'un ne connoît pas les principes du justé, de l'honnêteet de l'utile.
La voici : « Ayant eu des notions , sur les rapports d'une branche de l'O . des T. avec la
» nôtre par une correspondance particuliere , n'y ayant été invité ni autorisé par l'O. mais
» seulement par l'effet de son propre mouvement , la communication qu'il étoit disposé à en
» donner ne pouvoit s'étendre à tous , d'autant plus qu'il étoit bien éloigné de proposer ce système
» comme le sien ; et qu'il ne pourroit jamais être tenu à s'ouvrir sans réserve sur des objets qui
y lui sont personnels , et sur les noms des personnes avec qui il a correspondu » .
Cette réponse , je le répete , étoit péremptoire ; le F. ab Orno insista ; et voilà pourquoi
le S. G. S. demanda que son discours soit posé pour regle ; il le fit relire pour qu'on sût les
ouvertures sur lesquelles il s'étoit expliqué que le Convent auroit à attendre delui ; et il réitéra avec
la franchise , la candeur qui le caractérisent , que la conviction des vérités consolantes qu'il avoit
fait entrevoir , eroit dans son caur , et que ce sentiment vrai du caur lui avoit toujours paru une
regle infaillible pour tout homme droit , simple et bien intentionné . Cela est vrai , mon Prince ;
1
mais tous les hommes , que dis- je ! tous les Maçons , quoique distingués du commun des
hommes , n'entendent pas ce langage , encore moins ceux qui sont toujours dans le Scepticisme en
fait de connoissances M .:..
C'est cette difficulté qui fit naître la motion du F. ab Eremo , que le F. à Fascia a tant criti
quée , et qu'il regarde comme contradictoire avec celle de la VI. Séance relative au système de
Zinnendorff, que le F. ab Eremo cherchoit à connoître autant que cela se pourra . Le F. à Fascia
ne connoît donc pas la valeur des termes de notre Langue. Le F. à Cruce cærulea la connoît
mieux , et il auroit dû reprendre son Préfet ; mais seul de son avis, que pouvoit- il dans le College
Ecossois de Nancy ?
Le F. ab Eremo demanda donc , « si un F. qui auroit la connoissance d'un fait particulier ,
» intéressant pour le Convent , après avoir communiqué le fait seulement à l'Assemblée, sans y
» joindre les preuves des noms et des lieux qui seroient plus propres à en confirmer la vérité,
y peut demander la nomination d'un Comité au choix du S. G.S. auquel il confieroit les preu
» ves particulieres qu'il en a , et qu'il ne peut publier dans l'Assemblée , en arrêtant qu'aucun
» Membre du Convent qui n'auroit pas été du Comité , n'auroit droit d'exiger de participer à la
» connoissance des preuves ?
Cette question importante fut décidée consultis classibus PER UNANIMIA pour l'affirmative,
sous la protestation seule du F. ab Orno. En me rangeant du parti de tous contre deux , je suis
plus qu'honnête , je fais une chose juste , et par conséquent utile , puisque le F. à Fascia est
réfuté. J'ajouterai un exemple en faveur de cette motion et du jugement qui en est résulté . Un
homme fait une découverte heureuse , utile à l'humanité , on ne le croira pas , si elle n'est cons
tatée par des Juges instruits ; il s'adresse aux Corps,qui sont préposés pour veiller aux progrès
des sciences ; il expose le fait et se réserve les preuves ; il demande des Commissaires , et exige
d'eux le secret . Ceux- ci voient, constatent la vérité , font leur rapport à leurs commettans, qui
n'en savent pas plus qu'auparavant ; et cependant le Corps juge que la découverte est utile .
Demanda - t -on jamais aux Commissaires et aux Inventeurs de divulguer leurs secrets ? Les
premiers en sont dépositaires , les autres en sont les maîtres .
La question principale occupoit les esprits . Le F. ab Hereda lut un Mémoire dans lequel il
soutint que la certitude de la filiation de notre O. avec celui des T. , n'apporteroit aucun avan
tage à notre Société dans les temps présens , et que toute l'attention du Convent des Maçons
devoit se tourner vers ces deux questions:Qui voulons-nous être , ou plutôt que devons- nous ètre ?
Il proposa en conséquence , que tous les FF . fussent entendus sur la liaison historique ou scienti
fique qu'ils croient exister entre les Grades Maçonniques et l'O . des T .; et qu'alors on de
mande s'ils entendent rompre entiérement tout lien entre l’O . et nous , ou s'ils pensent que ce
lien suffise en proscrivant tout ce qu'il pourroit y avoir de dangereux , et en conservant. ce
qu'il peut procurer d'utile et de satisfaisant ; ou enfin s'ils veulent le conserver entièrement
tel qu'il est ?
JE passe rapidement sur une multitude de faits que nos Juges ont discutés dans les
quatre Séances suivantes ( les VIII. IX. X. et XI. ). Le F. à Lapide cubico lut à la satis
faction du Convent son travail sur l'origine et la progression du système de la grande Loge
nationale de Berlin , qui est aujourd'hui adoptée dans toutes les Loges de la Monarchie
d'Autriche. Les Actes du Convent national des Gaules de 1778 furent produits , ainsi que
ceux des Convens antérieurs ; enfin le F. à Fascia parut sur la scene . Le R. É , à Cruce
cærulea lut EN PLEIN Convent la réponse du F. à Fascis , renfermant des détails très
curieux ; elle fut écoutée avec la plus grande attention , et conservée aux Archives comme un
monument précieux , etc. etc. Se plaindre du Convent après ces égards , ce n'est pas être juste.
Le F. ab Eremo fit aussi sa motion sur la question principale ; il n'étoit là que pour cet
objet ; il eût trahi vos intérêts , s'il n'eût pas agi conformément à vos instructions. Elle est con
signée aux Actes en ces termes :
« 1 °. La filiation de l’O . des T. avec notre système actuel est -elle légitimée , ou ne l'est -elle
» pas ? 2° . Dans le premier cas , est- il prudent et convenable de conserver notre système dans
> sa forme actuelle ; et dans le second cas, devons- nous y renoncer absolument? 3. Quel est le
» systême le plus convenable pour réunir le plus possible et sans danger les parties constituantes
y en un seul et même régime ? 49. Quel intérèt avons-nous à l'examen des questions relatives à
» l'Ordre du T. ? et à quel titre devons- nous examiner plus sérieusement la légitimité de notre
» filiation actuelle avec lui ? »
M 2
90

Le S. F. à Leone resurgente' et le F. ab Hereda retirent leurs motions'; le Convent adopte per


unanimia celle du F. ab Eremo.
Tout ce qu'on avoit promis , on le tenoit . Le travail sur le système relatif à feu Zinnendorff,
fut lu en François; il y étoit parlé d'un Grade de Confident de S. Jean , et le F. ab Eremo mon
tra quelque desir de lé connoitre ; mais , quoique le F. à Fascia l'accuse de vouloir tout connoitre
et de ne rien dire aux autres, sur l'observation du S. F. à Leone resurgente que ce Grade n'étoit
conféré que sous des reserves et des sermens , notre F. Chancelier qui est conséquent , qui respecte
les sermens , déclara que si le F. à Lapide avoit un engagement de discrétion , il retiroit sa
motion , ne voulant l'étendre à des communications autres que celles qu'il seroit permis de donner.
Je remarque que le F. à Cruce carulea donna lecture au Convent du discours d'ouverture
du Convent national des Gaules , prononcé par un F. qui , ayant été mieux instruit ensuite,
n'auroit pas hésité à le rétracter , s'il en eût été requis. Ce Discours peut plaire à l'esprit,
mais il ne satisfait pas le cæur . Le F. ab Eremo fit lecture de celui du R. F. à Flumine dans
la même circonstance , et que j'ai eu tant de plaisir à citer ; je lui sais gré de cet hommage,
et je me représente la satisfaction peinte sur tous les visages , chacun se disant alors intérieu
rement: Réveillons le germe de ces qualité's originaires de tout Etre qui fut créé à l'image de la
Divinité ; mais qui sont occultés par la paressé qui les enveloppe , ou le préjugé qui les détruit. Le
F. à Capite galeato exprima à son tour un sentiment bien vrai : c'est qu'il étoit intimement
persuadé que la vraie Maçonnerie a pour objet la Religion primitive perfectionnce par le Chris
tianisme. Ne redoutons plus rien de nos Juges , puisque ce sentiment est dans leurs cæurs .
Il est impossible de ne pas admirer avec quel soin les Députés ont examiné , dans le silence
du cabinet , les questions que faisoient naître les détails des choses que nous venons de rap
porter . Tous donnerent leurs préavis , et le S. G. S. remercia l'Assemblée du zele que les FF .
avoient manifesté dans la résolution des questions préliminaires que le F. ab Eremo avoit pro
posées. Ce digne Prince s'expliqua lui-même sur le mérite de la filiation de l’O . des T. dans des
termes propres à éclairer le Convent ; c'est ainsi que s'est terminée l'instruction de ce grand
procès fait au systême prédominant, et qui , comme l'avoit dit le S. G. S. , n'étoit autre chose
qu'une restauration mal entendue.
L'INSTANT de prononcer étant arrivé , ( XII. et XIII. Séances ) les préavis ,qui formoient
autant de plaidoieries , ayant éclairci les questions , pour obvier à toute ambiguité dans les
réponses , on jugea , et l'on jugea bien , qu'il falloit les déterminer d'une maniere plus
claire , et quatre Commissaires , du nombre desquels n'étoit point le F. ab Eremo , furent
nommés , et ils les réduisirent aux questions suivantes :
1 °. Est -il prouvé que nous sommes les vrais et légitimes Successeurs des T. ?
2º . L'Ordre des Maçons a-t- il des rapports avec l'Ordre des T. ?
3º. Conservera - t -on le souvenir de l'Ordre des T. dans la M. :: , ou y sera - t -il totalement
aboli ?
4 °: Conservera -t-on la forme de l'Ordre des T. tel qu'il a été fixé dans les derniers Con
vens d'Allemagne ?
5 °. En renonçant aux noms , qualités et prétentions des T. , conserverons - nous des rapports
avec cet Ordre ?
6º . Les rapports seront-ils conservés dans un Grade de CH . , ou consignés dans une instruc
tion historique ?
Il fut résolu sur la premiere question : Que nous ne pouvons pas nous dire les vrais et les
légitimes Successeurs des T. ( 1 ) Le S.G. S. y adhéra , en déclarant que cette succession légale
n'étoit pas prouvée , mais que le contraire né l'étoit pas davantage. Or la décision étoit consé
quente à cette déclaration .
Sur la seconde : Que l'Ordre des M .:. a plusieurs rapports avec l'O . des T. : ce qui n'est point
contradictoire avec ce qu'on venoit de prononcer ; et on se fondoit sur les monumens retrouvés
dans leurs anciennes possessions.
Sur la troisieme : Que cette forme ne pouvoit plus être conservée , vu les prétentions
qu'elle établit, comme dangereuse dans ses conséquences , propre à causer de l'inquiétude aux
Gouvernemens ; et ne cadrant plus aux mœurs et à la situation de l'Europe. ( Ce fut le vau
unanime. )
Sur la quatrieme: Il est juste et convenable de conserver dans l'O.M : le souvenir des Chev. T.
de la maniere qu'il sera convenu à la 5. et 6. réponses ; ( pareille unanimité ) parce que proba
blement on leur doit la conservation de l'initiation Ms et des connoissances qui en sont le
développement. Le S. GS. opina de même ; mais , dit- il , modifié dans la M . : ..
Sur la cinquieme: Qu'on conserveroit dans la M .. quelques rapports avec lO. des T. sur la nature
desquels les réponses à la derniere question détermineront l'Assemblée.
Sur la sixième , le væu de la pluralité a arrêté que les rapports de la M :. avec l'O. des T.
seront consignes dans une instruction historique annexée au dernier Grade de l'Ordre qui sera chargé
du régime ,et connu sous le nom de Chevaliers bienfaisans, laissant aux Provinces et qui
auroient des raisons particulieres pour ne pas se servir de cette dénomination , la liberté con
venable , sans que pour cela elles cessent d'appartenir au Corps général de l'O .
Quant à nous , d'accord avec les Provinces Françoises dans le Convent national , et autorisés
par le Convent de W-bad , nous avons ajouté au titre de Chevalier bienfaisant la qualification
précieuse de la Cité Sainte , parce qu'elle conserve tous les rapports nécessaires , c'étoit une

( 1 ) Il y eut 17 Suffragçs. Provinciaux , et nous remarquerons qu'en tout il y en avoit 18.

1
91

conséquence de la décision du Convent ; et en se rappellant tout ce que j'ai dit dans le


Chapitre II. de cet ouvrage , on voit où l'on peut être conduit.
Après cela on n'est plus étonné des deux Actes critiqués par le F. à Fascia. Il ne s'est pas
donné la peine d'examiner les choses, et il a commis une imprudence dont il n'a pas connu
les conséquences . Je ne réponds pas à ses observations , il suffit d'avoir montré la raison de
tout . Appellerez-vous de ce jugement prononcé en grande connoissance de cause , par des
Maçons qui ont connu les systèmes les plus accrédités , à un nouveau Convent composé des
Maçons généralement quelconques , qui n'apporteroient pas plus de lumieres ; Convent qui est
impossible , quand on y réfléchit de sens froid ? Je ne le crois pas , je n'oserois vous le pro
poser.
J'ai cru ces détails nécessaires pour vous instruire de la marche qui a été suivie. Pour
faciliter l'examen des opérations du Convent , il faut être minutieux dans les objets importans,
et passer avec rapidité sur ce qui ne tient point essentiellement au fond de la question. Je
laisse donc de côté ce qui a occupé le F. à Fascia de la quatrieme Séance jusqu'à la quinzieme ;
j'ai répondu par des faits , ce qui vaut mieux que des réflexions.
Nous arrivons à la quatorzieme Séance , et c'est ici le moment d'observer que l'on s'est
conformé à ce qui avoit été proposé par la Circulaire de convocation du S. G. S. Trois
objets devoient essentiellement occuper le Convent. 1 ° Résoudre les doutes sur l'origine , la
filiation et la dénomination de l’O. et tourner en méme temps nos regards vers son Essence. Nous
venons de voir comment on y a procédé , et l'on n'a pu obtenir ce résultat , qu'en suivant
les mêmes principes qui m'ont guidé dans le II. chapitre de ce Compte rendu. Ainsi ce
premier objet seul a forcé de considérer la question sous les rapports les plus généraux et
les plus étendus .
2o. Il restoit à déterminer les Symboles de l'Essence de l'Ordre , par conséquent les Rituels et
les Grades .
3º. La forme extérieure de l'O ., sa composition et la coordination et subordination de ses
parties. C'est -à- dire , le Code général de l'Ordre.
Ces deux objets pouvoient se traiter ensemble , parce qu'ils dérivoient de la solution de la
premiere question ; mais il étoit difficile qu'ils le fussent bien et utilement dans une Assemblée
nombreuse . On proposa donc la nomination de deux Comités , dont l'un s'occuperoit de tout
ce qui a rapport au Code et à la rédaction des Loix ; comme Regle , Matricule , Code de
l'Ordre intérieur et Réglemens des Loges ; le second Comité devoit étre chargé du Rituel
des Grades : ce qui fut agréé.
Le S. G. S. nomma quatorze FF. pour former le Comité de Législation . A l'égard du Co
I mité des Rituels, il fut composé de sept FF. pareillement choisis par le S. G, S.
Pour la tranquillité de tous , rappellons ici que c'est le S. G. S. qui a nommé ces Comités ; que
c'est celui qui nous a dit , et qui vient de le prouver , qu'il connoissoit LA VALEUR
INTRINSEQUE DE LA M .. , qu'il y avoit puisé des connoissances sublimes , consolantes ,
invariables ; qu'une heureuse expérience l'a convaincu qu'il existe effectivement des connoissances
supérieures que les mortels peuvent déja acquérir dans cette vie terrestre ; rappellons qu'ailleurs
il a dit que l'Ordre dans son état actuel peut avoir des FF. DOUÉS DU PLUS HAUT DEGRÉ
DE LUMIERES ; enfin , que BEAUCOUP , LE PLUS GRAND NOMBRE DES FF. assemblés , come,
prenoient le sens des choses que disoit le S. 6. S. , sens que ne veut , ou ne peut pas com
prendre le F. à Fascia .
Alors il est naturel de penser que ne pouvant employer à ce travail le plus grand nombre des
FF. il en aura choisi avec discernement , parmi beaucoup qui connoissoient la valeur intrinseque
de la M :. , sept dont certainement il avoit éprouvé l'étendue des lumieres ; et il aura placé
une partie des autres dans le Comité de législation où ces lumieres n'étaient pas moins néces
saires pour préparer de bonnes Loix ; il restoit encore, de ce plus grand nombre, plusieurs
FF . qui lors du rapport des différens Comités devoient répandre des lumieres dans
l'Assemblée : voilà comment on parvient à mettre de l'ensemble dans toutes les parties , et
comment on juge ses FF . , quand on veut être juste.
Rien n'étoit plus important et plus digne de remarque, que ce qui s'est passé dans cette
Assemblée. Mais le F. à Fascia semble avoir pris à tâche de faire jouer un rôle secondaire au :
S. G. S. qui a si bien montré que le premier rang , lui étoit dû , abstraction faite de son
titre de Prince ; et cependant le F. à Fascia met légérement en note: La XIV . Séance n'offre
rien d'important. Il a dù le faire entendre ainsi , ne voulant pas dire à ses FF . que l'on y
déposa entre les mains des Commissaires pour les Rituels , les Grades François rectifiés au
Convent de Lyon , les Grades Suédois , ceux de la Loge de Berlin , les anciens Rituels Alle
mands , le Noviciat et le Rituel de Chevalerie adoptés au Convent de Lyon ; et le nouveau projet
de Noviciat des FF. d'Auvergne.
Il auroit fallu dire que le Comité de Législation reçut aussi des matériaux intéressans ; il
auroit fallu dire et convenir que la suspension des Séances du Convent avoit été déterminée
pour laisser aux Comités le temps de vaquer à des travaux aussi importans , mais ce n'eût pas
été le compte du F. à Fascia , qui a voulu supposer que c'étoit pour avoir le temps de faire
des initiations clandestines , afin de s'assurer des voix pour l'abolition du système du T. sur le
quel on avoit prononcé dès la précédente Séance. Je me borne à cette observation ; elle répond . !
à tout ce qu'a dit le F. à Fascia. Je passe à un autre objet.
³ 92

QuinzieME SÉANCE , & suivantes relatives aux Rituels.

IL faut rendre compte maintenant de ce qui se fit au Convent , lorsque le 14 Août il


reprit ses Séances qui avoient été interrompues depuis le 3 , afin de laisser aux deux Comités
le temps de préparer l'ouvrage. Ce seroit une marche vicieuse , que de confondre les objets,
à cause des rapports qu'ils ont entr'eux ; cependant il faut atteindre au but , et je dois y
marcher rapidement. Je tâcherai de ne rien omettre d'essentiel ; mais après ce que vous a
dit le F. ab Eremo pour sa propre justification , je puis me borner à l'objet des Rituels : pren
dre dans toutes les Séances ce qui y est relatif , emprunter du F. ab Eremo quelques faits que
j'ignorerois sans lui ; peut- être des réflexions préférables aux miennes ; voilà l'ordre de cette
discussion particuliere. Și je puis , sans nuire à mon plan , ne pas ouvrir l'Ouvrage du F.
à Fascia , ce sera une peine de moins.
Le F. à Fascia veut que pour faire quelque chose de bon , on ait dû assembler tous les
systêmes M .:. Eh bien ,ils ont été réunis au Convent ; car le Comité connoissoit tous ces systèmes ,
et en avoit tous les Grades sous les yeux ; et ce qu'on ne pouvoit ni ne devoit communiquer à
tous , l'a été à ce petit nombre . Nous avons démontré tant de fois , et par des principes M :.
si constans , que l'on ne peut pas toujours communiquer à une Assemblée nombreuse des
choses secretes, qu'il ne faut plus s'attacher à prouver ce principe , si connu même dans les
moindres Loges. Le Comité connoissoit la vérité M .. , il a donc pu rédiger des Rituels qui sont
le Recueil enigmatique , allégorique , hiéroglyphique de cette vérité ; cela est constant, et tout en
se dirigeant vers le but primitif, ne devant pas perdre de vue que son travail devoit être de
préparer par les meilleurs Rituels possibles la réunion de tous les systèmes , le Comité aura
pris dans tous , ce qui , sans nuire à l'objet essentiel , pouvoit conduire à cette réunion .
Remonter aux plus anciens , restituer dans les nouveaux des choses qui paroissent tenir bien
essentiellement à la vérité , encore qu'on ne puisse pas les expliquer dans ce moment ; tel
étoit le moyen de faire un travail utile ; d'appeller à soi des Maitres éclairés , qui voyant que
l'énigme intéresse , s'empresseront de venir en donner le mot : telle aussi a été la marche du
Comité , dont le F. ab Eremo a été la main ; mais non pas l'ame unique . ( Voy. le travail
du F. ab Eremo . )
Ce Résumé suffit pour vous rappeller ce que vous avez entendu par ce R. F. ; indépen
damment de la confiance qu'il mérite , ce qu'il a dit porte un caractere de vérité auquel il
est difficile de ne pas se rendre ; et , à votre tête , vous avez en ce moment un témoin irré
cusable , qui en confirmant ces faits , ne vous permettra pas d'en douter.
Le Rituel du premier Grade fut présenté au nom du Comité', et non à celui du F. ab Eremo,
comme le résultat d'un travail dans lequel on s'étoit essentiellement appliqué à découvrir
la formule la plus ancienne et la moins altérée, comme formant la base de l'édifice, ce qui
annonçoit que les Rituels subsequens devoient être conformes à cette base ; mais sur les
motifs de préférence de telle ou telle partie que quelques-uns demandoient , le F. ab Eremo
dit AU NOM DU COMITÉ que l'exposé de ces motifs ne pouvant être qu'historique , et non
pris de la bonté intérieure du Symbole ou de son explication plausible , on a cru que celui
qu'on a proposé étoit conforme aux plus anciens Rituels . Celui- ci fut donc arrêté à la plu
ralité de 15 suffrages contre 3 ; et je crois pouvoir dire aujourd'hui qu'il l'est unanimement.
Le R. F. á Flumine, dont le suffrage est à mes yeux d'un grand poids , en se rappellant ce .
qu'il sait si bien , n'est sûrement pas sorti du Convent , sans s'ètre rendu raison à lui-même de
ce qui , au premier moment , a pu lui paroître moins clair ; il a trop bien prouvé qu'il est
du nombre de ceux qui entendoient le sens des choses que disoit le S. G. S.
Mais ce qui me paroît sur- tout digne de remarque , ce sont les termes expressifs qui furent
employés par le S.G.S., dans sa déclaration relative à la rédaction des Rituels ; il déclara donc
que non seulement il accordoit son entiere approbation à ce travail et votoit pour son adop
» tion , mais qu'il avouoit avec plaisir avoir trouvé ce qu'il y a de meilleur et de plus utile dans
» les anciens Rituels, concentré dans cette rédaction , et en remercioit publiquement le Rédacteur. »
Ce mot flatteur on l'a fait payer bien cher au F. ab Eremo ; mais il est parti du cæur , et en
le rappellant, il est vengé des sarcasmes du F. à Fascia .
Mes RR. FF . , si je vous présente ici cette haute approbation de notre E. G. M., ce
n'est pas parce que le Prince l'a dit ; vous respectez sans doute ce titre , mais il ne suffiroit
pas pour entraîner votre adhésion sur un objet de cette importance ; celui qui a ainsi approuvé
les Rituels , a été élevé par votre vou à la premiere dignité de l'Ordre , il connoît la valeur
intrinseque de la M .., c'est le Maçon zélé , le modele éminent des vertus célébrées parmi vous;
il a applaudi aux Rituels qu’on vous a présentés de la part du Convent , et cette approbation doit
assurément l'emporter sur les doutes qu'il plaît au F. á Fascia d'élever contre ces mêmes Rituels.
L'instruction morale des Apprentifs occupa la XVII , Séance ; c'étoit une partie du
Rituel de ce Grade ; ce fut alors que le - F .ab Eremo parlant au nom du Comité', dir que le
mot mystere , dans le Catéchişme , étoit justifié par l'explication contenue dans l'instruction ;
savoir, qu'il se rapporte à l'homme composé d'esprit , d'ame et de corps. Il ajouta que la M ..
avoit conduit de tout temps , par le mystere de l'union ternaire , à un développement de plus grandes
lumieres ; que celui qui le connoit est satisfait de l'y trouver ; que celui qui en doute ou le nie ,
peut être ramené un jour à cette vérité , et en savoir gré alors.
Vous vous le rappellez , mes RR . FF .; c'est sur ce texte que le F. à Fascia q échafaudé une
dissertation , afin de prouver que c'étoit un système theosophique. Je ne reviens pas sur cet
93 *

objet , le F. ab Eremo a répondu victorieusement ; je ne crois pas devoir rien détacher de ce


qu'il a dit ; mais parce que de tout temps on a enseigné par-tout qu'il y avoit Trinité dans
Phomme comme dans Dieu , peut- on raisonnablement en conclure , avec le Préfet de Lorraine ,
qu'il faut effacer cette vérité des Rituels M .. ? Si le F. à Fascia avoit encore mieux étudié
les Philosophes , il sauroit que Pythagore a dit : « Médite sur les préceptes que je viens de
y te donner , travaille à les mettre en pratique , apprends à les aimer ; ils te conduiront sur
» les traces de la divine vertu ; j'en jure par celui qui a transmis dans nos ames le sacré quater
>> naire , source de la nature éternelle » . ( Vers dorés.)
Sur ce nombre , le Préfet de Lorraine auroit encore fait un calcul , et c'eût été une raison
de plus pour lui de rejeter l’union ternaire ; enfin qu'eût-ce donc été si on lui avoit dit , ce
qu'il peut savoir tout comme moi , que sur les murs du Vatican , où le fameux tableau de
l'Ecole d'Athenes est peint par le célebre Raphaël , Pythagore y est représenté , ayant devant
lui une table que soutient un de ses Disciples , sur laquelle , entr'autres caracteres remar
quables , sont gravés ceux - ci , dans l'ordre où je vais vous les tracer .

I
I I
I I I
I I I I

Ce calcul est juste ; il me semble qu'il doit signifier de grandes choses , et apprendre à ne pas
tant dédaigner les mysteres des nombres ; mais sans prétendre moi-même vous présenter des
tableaux numériques , je puis me borner à des preuves moins scientifiques. Au Convent on
se bosna à citer la I. Epure de S. Paul aux Thessaloniciens , ch . 5. . 23 ; le vertueux F. à
Lilio convallium , qui avoit donné lieu à la vérification , se rendit à l'évidence , lorsqu'il lut
ce que n'a pas voulu lire le F. à Fascia , qui avoit bien autre chose à faire que d'étudier la
. Bible ; cela est bon aux Theosophes , mais l'Encyclopedie lui est bien plus utile . Le F. à
Lilio convallium lut donc dans S. Paul : « Que le Dieu de paix vous sanctifie lui-même en toute
» maniere , afin que tout ce qui est en vous , L’ESPRIT , L'AME ET LE CORPS , se conser
» vent sans tache pour l'avénement de N. S. J. C. » . ( 1 )
On auroit pu y ajouter ces paroles du mème Apôtre : « car la parole de Dieu est vivante et
» efficace ; et elle perce plus qu'une épée à deux tranchans, elle entre et pénetre jusqu'au
» point qui sépare l'ame et l'esprit , jusques dans les jointures et dans les moëlles , et elle
» démêle les pensées et les mouvemens du caur » . ( 2 )
On auroit pu invoquer le témoignage de S. Jean , qui dit : « car il y en a trois qui rendent
» ' témoignage dans le Ciel : LE PERE , LE VERBE ET LE S. ESPRIT ; et ces trois sont
» une même chose. Et il y en a trois qui rendent témoignage dans la terre : L'ESPRIT , L'E AU
» ET LE SANG ; et ces trois sont unememe chose » . ( 3 )
En voilà assez pour n'être plus étonné que seize suffrages l'aient emporté sur deux , et
que le S. G. S. ait adopté cette instruction et tout le travail du Grade avec une pleine conviction ,
qu'il TEND AU VRAL BUT DE la M .. , à former le caur du Maçon , et à faire son bonheur. 1
Lorsqu'après cela le F. à Fascia nous a dit : si nous ne sommes plus T. , apprenez-nous qui
nous sommes ? il a bien prouvé qu'il n'a pas médité les opérations du Convent ; car il y
auroit vu tout ce que j'ai dit dans le ch. II ; 11 auroit appris du F. à Capite galeatò , QUE LA
VRAIE M .. A POUR OBJET LA RELIGION PRIMITIVE PERFECTIONNÉE PAR LE
CHRISTIANISME . Ce témoignage n'est pas suspect , quand il est donné en faveur de ce
qu'on appelle si mal à propos le systême du F. ab Eren :o. T
Quant à la prétention du F. à Fascia d'avoir , pour lui et pour tous autres , acquis pondere
metalli le droit de demander plus de développement , il prouve qu'il n'a aucune idée de la
science ou plutôt des connoissances M ... On dira avec vérité de ce F. , et de ceux qui
penseroient comme lui : Ils sont du monde , c'est pourquoi ils parlent, selon l'esprit du monde
et le monde les écoute...... Celui qui connoit Dieu nous écoute ; celui qui n'est point de Dieu .ne
nous écoute point. C'est par-là que nous connoissons l'esprit de vérité et l'esprit d'erreur ( 4 ) .
Pour moi , qui me suis formé une bien plus grande idée que le F. à Fascia , des lumieres
qui ont éclairé le Comité , je crois pouvoir dire , au noin de tous ces. RR FF . , à ceux
qui pourroient partager les doutes du F , à Fascia , ce que disoit celui qui est la lumiere.
En vérité , en vérité , je vous déclare que nous disons ce que nous i savons , et que nous
» rendons témoignage de ce que nous avons vu ; et cependant vous ne receyez pas ce témoi

( 1) I. Th . c. 5. 23. Ipse autem Deus pacis (3 ) I. Ep. de §. Jean, ch . 5. 6. 7. 8. Quoniam três sunt ,
Sancrificet vos per omnia : ' ur integer fpiritus vester , et qui rejtimonium daro :in tuplo : Pater, Verbum ; er Spiritus
anima, et corpus sine querelå in adventu Domini nostri Jesu Sanctus : et hi tres andit? sunt. Er tres sunt qui testimon
Christi servetu "; nium dant in terra : Spyntus, et aqua , et sanguis: et hi
( 2 ) Ep. de S. Paul aux Heb. c. 4. v. 12. Vivus est enim tres unum cunt.
sermo Dei et efficax , y penetrabilior omni gladio ancipiti : ( 4) I. Ep. de S. Jean , ch . 4. v.5.6. Ipsi de mundo sunt :
ei pertingens usque ad divisionem anime ac ſpiritùs, compa ideo de mundo loquuntur, et mundus eos audir... qui : novie
gum quoque ac medularum , et discretor cogitationum er Deum , audit nos: qui non esi ex Deo, non audii nosi in
intentionum cordis, hoccognoscimus Spiritum yeriiuris , et Spiritum erroris.
94

» gnage. Mais si vous ne me croyez pas , lorsque je vous parle des choses de la terre , comment
» me croirez - vous quand je vous parlerai des choses du Ciel » ? ( 1 )
Ah ! gardons - nous de nous livrer aux sentimens peu fraternels du F. à Fascia ; ils nous
éloigneroient de la route de la vérité ; et qu'il me soit permis de vous répéter ces paroles qui
doivent être profondément gravées dans le cour du vrai Maçon : « Mes bien - aimés , aimons
yś nous les uns les autres : car l'amour et la charité sont de Dieu , et tout homme qui aime est né
» . de Dieu , et il connoît Dieu . Celui qui n'aime point , ne connoît point Dieu : car Dieu est
» amour. » Mais pour cela je ne vous dis pas de croire aveuglément , je sais qu'il est dit
ensuite : « Ne croyez pas à tout esprit ; mais éprouvez si les esprits sont de Dieu : car
» plusieurs faux Prophetes se sont élevés dans le monde » . ( 2 )
je vous laisse à penser , mes RR. FF . , quel est le faux Prophete de celui qui annonce
des vérités déja enseignées, ou de celui quicherche à nous éloigner de ces vérités éternelles,
et qui semble vouloir nier qu'il y en a trois qui rendent témoignage dans la terre.
Je n'ajouterai rien de plus pour combattre l'amour propre de ceux qui croient que tout
leur est dû ; ils ne savent pas encore, dans le fond de leur cæur, que celui qui n'entre pas par
la porte dans la bergerie des brebis , mais qui y monte par un autre endroit , est un voleur ei un
larron. ( 3 ) D'ailleurs il faudroit répéter ici ce que j'ai dit au II. et III. Chapitre.
Je passe sans m'arrêter sur le second et le troisieme Grade , ils sont une conséquence du
premier qui est la base de l'édifice ; aussi furent-ils adoptés , et les trois Grades en général
reconnus pour avoir été arrêtés dans l'Assemblée générale , sauf la ratification des Provinces :
c'est dans les Actes qu'on voit que cet objet n'a pas été discuté avec moins d'attention que tout
ce qui a précédé; c'est donc avec confiance qu'on peut et qu'on doit adopter ces Grades ; ils for
cent à dire déja meliora præsumo.
Le quatrieme Grade a occupé d'une maniere sérieuse le Comité et le Convent. Il est resté
attaché à la classe symbolique , pour servir de passage entre l'ancienne et la nouvelle Loi : ce qui
prouve que j'ai eu raison de dire que la Maçonnerie a un but religieux . On est convenu de ce qui
serviroit de base à ce Grade ; l'esquisse en a été tracée , mais il n'est point encore rédigé.
A l'égard de l'Ordre Intérieur , il fut pareillement arrêté qu'il seroit composé de deux Grades
ou Classes , l'une d'Ecuyers- Novices et l'autre de Chevaliers. Je n'entre dans aucun détail relati
vement à ces Grades ; celui du Noviciat a déja été agréé tel que vous l'aviez adopté. Si je parlois
à d'autres , je dirois que , d'après ce que j'ai exposé dans le cours de cet ouvrage , et particu- .
liérement dans les Chapitres II. et III. , on peut aisément se former une idée de ce qu'ils
doivent être , et de ce qu'ils laissent espérer à celui qui se rendra digne du titre de Chevalier de
la Foi dont il sera décoré. Enfin il résulte , en suivant cette série , que l'on arrive à la Restau
ration de la vraie M :., que l'on se rapproche de cet Ordre essentiel dont j'ai parlé , qui occupe
le Sanctuaire ; et que si l'on sait chercher , si l'on demande à qui il faut demander , si l'on frappe
comme il faut frapper , la porte s'ouvrira , et la Vérité viendra au devan, de ceux qui la
desirent de cæur , c'est -à -dire , d'ame et d'esprit ; car je puis me servir de cette expression sans
craindre de faire un pleonasme.
C'eſt là ce qu'on peut appeller une Restauration bien entendue . Les T. ont connu , au moins
en partie , la vérité M . :: ; c'estpour cela , qu’en voyantabattre le Temple des T., les FF . des Pro
vinces Françoises ont voulu élever, sur le modele de celui de LA CITÉ SAINTE , un Temple plus
pur ; qu'ils s'en sont déclarés les Chevaliers et en ont pris le nom ; le premier obstruoit la route ,
et c'étoit avec raison que le S G. S. disoit que c'étoit une Restauration mal entendue ; le
second a une issue à l'Orient , et l'on remonte sans danger au premier état de ces Chevaliers ;
on s'attache au premier anneau qui nous en est connu , on abandonne la progression descendante
pour parvenir par l'ascendante au nombre qui la produit : c'est ainsi que l'on se rapproche du
but primitif, et qu'enfin le meliora præsumio peut se réaliser dans une plus grande étendue. Alors
il n'y a plus d'inconséquence , et je croirois le F. à Fascia plus près de moi que je ne l'ai cru , en
le voyant se plaindre de ces rapports qui devroient désarmer un partisan du système des T. On
ne lui a ôté que le chimérique ; mais ce quiest honnête , ce qui est juste , ce qui est utile , a
été conservé : s'il eût attendu que l'édifice fût élevé , il auroit vu que celui qui fait peu d'état
de ces foibles commencemens du Temple', sera dans la joie , lorsqu'il verra Zorobabel le plomb à la
main. Mais il a voulu juger , sur le vaste plan de l'édifice qu'il ne s'est pas donné le temps
d'étudier ; et il s'en est trace un autre . Faut- il s'étonner si l'exécution a produit à ses propres yeux
un monument difforme qu'il sent devoir être abattu , et pour qu'il le soit plutôt , il appelle à
son aide tous les Maçons de l'Univers ? Non , il n'est pas besoin de tant d'efforts , il est bâti sur
le sable , et il s'écroulera de lui-même.
; Je viens de démontrer le plan sur lequel les Ouvriers de W-bad ont travaillé ; je dois
croire que j'ai bien saisi l'esprit et les principes qui les ont dirigés. Je pourrois m'arrêter ;
mais puisque j'ai tant fait que d'entreprendre une si grande tâche , encore qu'elle surpasse
mes forces, ayons le courage de poursuivre , et vous l'indulgence de m'entendre.

(1 ) S. Jean . ch::.' 3 . v. 11. 12. Amen , amen dico 'tibi , quia gir , non novit Deum : quoniam Deus, caritas est.. noliti
quod scimus loquimur , et quod vidimus: testamur , er resti omni Spiritui credere ; sed probare Spiritus si ex Deo sint :
monium nostrum non accipitis. Štterrena dixi vobis, er non quoniam mulii pseudoprophetæ exierunt in mundum ?
creditis , quomodo si dixera yobis cælestia , crederis ! ( 3 ) S. Jean, ch . 10. v . 1. Amen, amen dico vobis : quinon
( 2 ) I. Ep . de S. Jean , ch. 4. v. 1 . 7. 8. Carissimi, diliga intrat per ostium in ovile ovium , sed ascendir uliunde ',
mus nos invicem : quia caritas ex Deo est ; et omnis qui di ille ur est et latro .
f
higit, ex Deo narus est , ez cognoscit Deum ... qui non dili
Je
1
95

Je semblerois devoir vous parler des travaux pénibles et importans du Comité de Légis
lation qui ont occupé une partie des Séances que je viens de parcourir ; mais pour ne point
interrompre ce qui étoit à dire sur les Rituels , j'avois renvoyé à vous parler de l’Election de
l'E.G.M.G . : c'est le moment d'en rendre compte.

SeiZIEME SÉANCE . Election de ľE. Ġ . M. G. de ľO .

Lorsque le Convent a rendu au S. G. S. le seul hommage qui pouvoit , non pas acquitter
1O. envers lui , mais au moins lui prouver que les FF sentoient le prix de ses bienfaits , et lui en
marquoient leur reconnoissance ; lorsque nous empressant de reconnoître et d'applaudir à son
Election , nous nous apprètions à la consigner dans les fastes de notre Province; devions
nous nous attendre au sentiment douloureux que vient nous faire éprouver le F. à Fascia .
Oui , mes RR . FF . , il n'est que trop vrai que le Préfet de Lorraine s'éleve contre cette
Election , et qu'il a entrepris de prouver qu'elle est nulle , irréguliere et inutile. Il n'a pas
hélité de faire cet outrage à votre Illustre Chef , au grand Ferdinand que toute l'Europe
révere , que vous respectez comme un Pere , en le chérissant comme votre Frere , qui a fait
disparoître entre vous et lui tout l'appareil du rang et de la grandeur , pour ne laisser subsister:
que les formes touchantes de la tendre fraternité. L'E.G.M . devoit-ils'attendre à ce trait odieux
de la plus cruelle ingratitude ? Je commence à croire que le F. à Fascia s'est séparé de nous
pour toujours ; il ne veut plus nous appartenir , puisqu'il leve l'étendard de la division ; puisqu'il
rompt les liens les plus sacrés : mais espere- t-il d'être suivi d'un nombreux cortege , lorsqu'il
propose , à ses FF. d'abandonner leur magnanime Chef ? Ah ! mes RR . FF . , si dans ce long
ouvrage il m'est échappé d'exprimer trop vivement les choses que j'avois à dire , ne suis-je
pas bien excusé ? Je m'interroge dans ce moment avec la sévérité d'un Chrétien à qui vous
avez appris jusqu'où la tolérance doit s'étendre , et je vois que ce que je vous ai adressé ,
je pourrois le dire au F. à Fascia lui-même en présence de tous mes FF. , et si j'avois le bonheur
de lui faire connoître l'excès de son égarement, je lui aurois prouvé que je suis son F. et
son ami , puisqu'il seroit en lui d'effacer ses torts et de s'élever ainsi au dessus de lui-même.
Il falloit une base à cette opposition du F. à Fascia , et il a cru la trouver dans les questions
préliminaires où le S. G.S. demandoit lui-même : Avons-nous des Supérieurs actuellement existans ?
qui sont ces Supérieurs ? Mais il auroit dû rappeller en même temps qu'on avoit mis en
question , si l'on devoit regarder l'Ordre comme une Société purement conventionnelle, ou bien si
Pon pouvoit déduire son origine d'une Société ou d'un Ordre plus ancien , et quel est cet Ordre
Alors il auroit compris que l'on avoit répondu à ces questions , qu'on avoit su définir , et l'Ordre
même d'où le nôtre étoit dérivé, et les Supérieurs de cet Ordre ; que ceux- ci n'aspirent point à
l'autorité decommander ,mais seulement à la faculté de nous instruire ; il auroit compris que le titre
de Grand M. , de Supérieur de l'O. ostensible , ne prenoitrien sur les droits de ceux qui, dans une
autre hiérarchie , ne se dirigent plus par des Loix purement conventionnelles ; que ces deux titres.
peuvent être cumulés ; qu'il se pourroit aussi que la cimede l'angle , dont nous ne formons que la
base , fut occupée par tout autre , et que ce ne seroit pas entreprendre sur les droits de ceux
qui peuvent mériter le titre de Supérieur avec faculté d'instruire , et qu'enfin il faudroit être
dans cette hiérarchie pour savoir jusqu'à quel degré le S. G. S. est élevé au dessus du titre
ostensible que la Société conventionelle lui a déféré.
Mais le F. à Fascia vouloit parler du G. M. de l'O du T.; cependant après ce que lui a appris
le F. à Fonte irriguo , il me semble qu'il devoit être las de le chercher ; enfin il auroit dù voir
que le S. G. S. , dans sa lettre de convocation , avoit dit , en parlant d'un Chef visible qui
pourroit servir de point de ralliement aux parties : Je l'abandonne à votre jugement , si vous
trouverez convenable de confier la direction du toial ( conformément aux Loix ) à un seul F. pour faire
aboutir en un seul point , la machine de l’O . entier.
Voilà la seule question qu'on a dû agiter au Convent; et je dirois au Préfet de Lorraine : « Ou
» vous avez voté dans votre pour l'élection d'un G. M. , et alors ce que vous dites est contra
» dictoire ; ou vous vous y êtes opposé , et vous n'avez pas entendu la question. La convocation
» de tous les Cercles M :. n'étoit pas nécessaire : ce n'étoit pas le G. M. G. de tous les Maçons du
» monde qu'on vouloit élire , c'étoit celui des MM .: qui suivent notre Régime ; aussi nous
» reconnoissons que les autres Régimes ont aussi des G. M. Généraux , et jamais on n'a eu la
» prétention de donner au S. à Victoria , l'investiture de ces autres Etats ; mais les Sujets d'un
» même empire ont enfin eu le droit de s'élire un Chef ; et quel autre pouvoient-ils choisir
» que celui qui l'avoit mérité , qui ne briguoit pas ce titre; qui , s'il n'eût suivi que son
» penchant , en recevant les rênes , les auroient remises en d'autres mains ? ( 1 ) »
Ce n'est donc point l'effervescence des têtes ; le sentiment même n'a égaré personne , On a
préparé cette élection importante , comme elle devoit l'ètre , par convenir des termes de la
Capitulation , dans un Comité formé de tous les Maîtres Provinciaux et d'un Député par Province ,

( 1 ) Le F. d Fascia a critique jusqu'à la médaille qu'on fait partie;d'ailleurs ce rorius Ordinis si critiqué se rappor
a fait frapper pour consacrer l'époque mémorable du Con tant'à un Ordre répandu dans plusieurs Royaumes , et ne
vent : sans doute il eût été plus exact d'y joindre le titre dis portant pas lenom d'Ordre M .. , les Maçons futurs qui le
tinctif que nous donnons à l’E . G. M. G. de notre Régime verront, à moins que d'être instruits de ce qui s'est passé ,ne
particulier ; mais les autres Régimes ſavent bien qu'on ne pourront protester contre ce titre; cette critique ,lors même
veut pas prérendre par - là lui attribuer une ſuprématie, et qu'elle seroit fondée , ne tenait pas si essentiellement au
comme la piece porte avec elle une date,etqu'elle rappelle plan , que la Regle de l'honnereré ne pto permettre au F. a
le Convent de W -bad , elle n'oblige que ceux qui en ont Fascia de se taire sur cet objet.
N
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et au moment où , par acclamation , car cette élection devoit être le cri du cæur , on li
déféra le titre d'E . G. M. G. des Maçons du Régime rectifié , on arrêta sagement qu'il s'engageroii
à résister à toutes insinuations qui pourroient lui être faites en aucun temps , en faveur d'aucun
autre G. M. ou Supérieur inconnu soit de l’O . des T. , soit d'aucun autre 0..... , etc. a dit le
F. à Fascia , en supprimant ces mots : qui s'y rapporteroit en aucune maniere. Alors ce n'est plus ,
comme il ose le dire , avoir mis le comble à l'inconséquence ; au contraire , car encore que je
sois convaincu que la M :. cache un O. , que cet Ordre a un ou plusieurs Supérieurs , je vois qu'on
r'a rien enlevé au caractere dont ils sont revêtus. Les machinations enfantines de Lorraine ne peu
vent les flatter, ni rien ôter à la régularité d'une élection qui , encore qu'elle n'ait pas le
suffrage du F. à Fascia , n'en sera pas moins irrefragable , ei formera dans nos fastes une
preuve que les Maçons savent que c'est le Prince vraiment Chrétien qui est digne d'être à
leur tête.
Le premier usage que l'E. G. M. a fait de sa nouvelle dignité a été de déclarer qu'il levoit
la suspension du Directoire de la VII. que son Eminence avoit notifiée aux Provinces , et enseve
lissoit le souvenir de ce qui s'étoit passé , dans un silence éternel; et le second , sera d'oublier et
de plaindre le fatal égarement du F. à Fascia , et d'adresser des væux au Ciel pour que ses yeux
s'ouvrent enfin , et qu'il répare au moins par ses remords , les maux que son prétendu zele a .
produits .
Je pourrois en dire davantage sur ce fait important ; mais je ne pourrois en dire moins.
Je passe aux travaux du Comité de Législation .

SEIZIEME SÉANCE et suivantes , concernant la Législation.

Je n'entreprendrai pas de dire ici ce qu'a fait le Comité chargé de la Législation ; car depuis
la seizieme Séance jusqu'à la derniere , on voit dans presque toutes , que le Comité a soumis à la
décision du Convent les questions les plus importantes ; qu'on a posé les bases , arrêté les prin
cipes, de maniere que chaque Nation pût ensuite former elle-même son Code de Loix civiles ; car
il est impossible qu’un Code général puisse être rédigé dans des termes qui conviennent à toutes
les parties qui forment l'ensemble ; et, comme je l'aidit ailleurs , quand on en viendra à
l'exécution , on se convaincra que le Code général doit être simple , et ne point embrasser
les détails ; car il faudroit dire : Ici telle chose aura lieu dans cette forme ; là dans une autre ;
et calculer les exceptions d'après le génie et les meurs de chaque Peuple , peut- être même de
chaque Province qu'on voudroit soumettre à la Loi ; et quel est l'homme qui pourroit se
flatter d'atteindre le but ?
Mais ce qu'on devra toujours au Comité , c'est d'avoir fixé les principes qui formeront le
Code général, et qui devront se trouver dans tous ceux qui en dériveront; c'est aussi ce qui
fit dire à vos Représentans, « que le Code général de l'O. devoit se borner à établir des principes
» généraux , en abandonnantles détails à la disposition de chaque Province : ce parti leur parois
» sant le seul moyen de faire adopter par - tout un Code général qui , sans cette précaution ,
» ne seroit pas admissible , à moins d'exceptions si nombreuses qu'elles prévaudroient sur la
» Regle même » .
L'impossibilité de rédiger ce Code pendant la durée du Convent , a donné lieu à un arran
gement dicté par la sagesse d'une Assemblée qui cherchoit à avoir de bonnes Loix. Quatre FF. ,
pris dans ce Comité éclairé qui avoient médité les principes , ont été chargés de rédiger, chacun
en particulier , un Code que son Eminence doit ensuite communiquer aux Provinces pour qu'elles
y fassent leurs observations : le R. F. ab Equo bellicoso sera ensuite chargé de rédiger un
seul Code d'après ces matériaux ; quand on procede ainsi en Législation , on est sûr d'avoir
des Loix rédigées par les principes du juste , de l'honnête et de l'utile ( 1 ) .
Il faudroit m'arrêter trop souvent , si je voulois applaudir à tout ce qu'a fait le Comité de
Législation ; mais il est une Loi dont le F. à Fascia s'est contenté d'annoncer l'existence , sans lui
avoir rendu l'hommage qu'il lui devoit : je veux parler de la Regle M. :: que nous devons au R. F.
à Flumine ; j'en ai deja fait les éloges qu'elle mérite ; je me contenterai de dire que vous y avez
souvent applaudi en la lisant dans vos Assemblées ; et que ce F. s'est montré tel au Convent de
W - bad , qu'il avoit paru au Convent national des Gaules . Si le F. à Fascia avoit lu et médité
cette Regle, il n'auroit pas demandé qui nous sommes , et quel est le but substitué à l'ancien ; il
y auroit appris que c'est de recouvrer cette ressemblance divine qui fut le partage de l'homme dans
son état d'innocence , qui est le but du Christianisme dont l'initiation M .:. fait son objet principal.
Enfin il auroit vu que le Convent a eu si peu l'intention d'attribuer à son propre systême une
suprématie sur tous les autres , ni de prétendre les apprécier , que, d'un côté, il s'est placé
modestement au milieu de tous,sans prendre un titre national, ni rien affecter qui sente l'orgueil,
et que de l'autre, il s'est borné à dire que tout Régime et Grade dont les principes seroient
opposés à la Religion , aux bonnes mæurs et aux vertus sociales et morales , devoit être regardé et
déclaré faux , et non appartenant à la vraie lumiere ; en un mot , il a ouvert la porte de son ņemple
symbolique à tous les Régimes , en s'empressant de prendre place dans les leurs. Si l'on pouvoit
dire que c'est un nouveau système , il me semble que le F. à Fascia , voulant les tous classer , ne
sauroit refuser une place à celui qui paroît sous des dehors si modestes , et qui ne peut être bien
qu’autour du centre , parce que tout ce qui est fait pour connoître la vraie lumiere doit y aboutir;
( 1 ) Il est impossible de recevoir un hommage plus flac loix ; et le bien que j'en ai entendu dire justifie cette con
teur que celui que le Convent a rendu au R. F. 'ab Equo fiance.
Bellicoso. C'est le Solon de la M ' . à qui l'on demande des

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et ceux qui la connoissent ne peuvent refuser à notre Régime, une place à leurs côtés , jusqu'à
ce qu'ils se soient confondus et réunis avec nous , pour former ensemble un seul cercle autour
de ce centre .
Je ne dirai plus qu'un mot sur la coordination de l'Ordre et la division des Provinces. La
matricule ayant sérieusement occupé le Comité , le Convent qui avoit accordé le rang de IX , à
l'Italie , lui accorda celui de IV , qui se trouvoit vacant , ainsi le nom et rang de IX est resté ouvert
pour la Suede en cas de réunion avec elle . Cette observation , que pouvoit faire le F. à Fascia ,
auroit dû lui prouver le desir du Convent de voir cette Nation respectable faire partie de l'en
semble , lorsqu'il lui a conservé le rang qu'elle s'étoit elle-même choisi . Les FÊ . Suédois ne
jugeront pas de nos sentimens par les expressions du F. à Fascia , et S. A. R. le S. F. à Sole
vivificante , qui ne pourra douter du profond respect et de la déférence de tous les FF . du
Convent envers lui, estimera que l'o. , en réclamant le maintien de ses loix , n'en est que
plus digne de voir S. A. R. à la tête d'une Province qui ne le chérit et ne le respecte pas plus
que les autres Provinces du Régime .
J'ai parcouru les objets principaux , et sans doute vous n'exigez pas que je revienne sui
pas pour des objets de détail ; je n'ai discouru que trop long - temps , je pourrois m'arrêter et
vous présenter en peu de mots les conséquences heureuses quidoivent résulter de l'exécution des
opérations du Convent de W - bad , que je crois avoir lavé de ce reproche offensant pour tous ,
de n'avoir pas pratique les véritables vertus M :. , et de n'avoir rien fait d'honnéte , de juste et d'utile ;
mais au moinent où elles étoient consommées , l'É. G. M. G. a donné connoissance au Convent d'une
lettre dont sans doute il faut parler ; mon silence seroit une arme que pourroient tourner
contre nous , ceux qui viendroient à se rappeller ce qu'en a dit le F. à Fascia.

VINGT - HUITIEME SÉANCE. Lettre de la Mere- Loge Ecossoise de Berlin ,


sous le titre de Frédéric au Lion d'or , et Réponse de l’E. G. M. G.

JUSQU'A un certain point , le F. à Fascia est excusable de s'être mépris sur le véritable sens de
ce qui est consigné au Protocole relativement à la Lettre adressée à l'E.G.M ., par la grande L.
Ecossoise de Berlin , sous le titre de Fréderic au Lion d'or ; je dis qu'il est excusable jusqu'à un cer
tain point , parce qu'il a pu ignorer tous les détails de ce qui s'est passé dans cette circonstance ;
le R. F. à Cruce cærulea , qui , sans doute ( l'Ouvrage entier du F. à Fascia le prouve ,)
n'aura pas été consulté comme il devoit l'ètre par son Préfet , n'a pu lui donner les détails
particuliers qui devenoient nécessaires : d'ailleurs sa mémoire ne lui en auroit peut - être pas
suffisamment rappellé les circonstances les plus importantes. Cependant , quand on lit atten
tivement le Protocole , on ne se plaint plus à cet égard des Membres du Convent , et l'on
voit que ce qu'ils ont fait , ils ontdû le faire , et le faire comme ils l'ont fait.
Je pourrois emprunter du F. ab Eremo des explications qu'un témoin oculaire et attentif
peut seul donner ; ce fait méritant trop de considération pour qu'il s'en rapportåt à sa
mémoire , il a fait dans le temps des extraits ; il vous en devoit compte , et sur - tout au
moment où il étoit inculpé ; aussi vous a- t-il exposé cette affaire avec toute la clarté que
vous pouviez desirer . Quant à moi , je ne m'attacherai qu'aux termes du Protocole .
Je vois dans cette lectre , la nature des connoissances secretes qu'ont connues les T. , et
sur-tout les FF. Cleric. qui possédoient les facultés actives des sciences secretes du haut 0 .: et cela
prouve que je ne me suis pas mépris dans ce que j'ai dit à cet égard ; mais si je suis ainsi
confirmé dans mon opinion , je reste également convaincu que ce n'est-là qu'une partie des
connoissances du haut Ordre.
J'ai lu avec plaisir que ces secrets n'ont pas été détruits avec eux ; mais qu'il ne faut pas les
chercher dans de vieux parchemins ; que demande cependant le F. à Fascia , lorsque tout se réunit
à lui dire que c'est vers leur source primitive ,qui se cache avec soin , qu'on doit se diriger ; et
cette source , que peut- elle être , si ce n'est l'Ordre primitif et essentiel qui n'a pas cessé d'exister.
A l'égard de ces Supérieurs dont les FF . de Berlin disent avoir connoissance , tout me porte à
croire qu'ils entendent parler de ces Supérieurs qui ont la faculté d'instruire , et qui n'aspirent pas
au gouvernement de ce qui est ostensible. Alors nous sommes encore d'accord , il ne reste plus qu'à
éprouver si les esprits sont de Dieu ; car il s'est élevé des faux Prophetes dans le monde , et ils doivent
à cette prudence reconnoître que les Esprits qui les écoutent sont de Dieu.
Mais ces FF. , qu’un zele pur anime, se sont mépris sur les connoissances de l'E. G. M. ,
puisqu'ils pensent que son E. les a puisés dans une source impure, et qu'ils ont cru pouvoir dire
qu'Elle court , ainsi que le Convent , s'il adoptoit ces principes, les plus grands dangers. Si les
principes qui ont dirigé le Convent , ont marqué du sceau de la Religion tous les Actes
qui en sont émanés , quelle preuve plus complette peut- on avoir que ce ne sont pas des
travaux pratiques fondés sur les principes de la cacomagie qui nous occupent , et que nous n'avons
rien de commun avec les faux Chevaliers de la vraie lumiere .
A ce mot de vrais Supérieurs ,à l'offre de continuer leur liaison avec notre Régime, et de lui
procurer des lumieres plus satisfaisantes , sous quatre conditions , dont une est de conserver les
trois Grades inférieurs sans changemens, parce qu'on leur a promis sous peu l'ancien vrai Rituel
manuscrit des premiers Fondateurs , conservé par les FF. Cleric . , le F. à Fascia pense que
l'on devoit abandonner tout ce qui avoit été fait dans le Convent , et il accuse injustement
cette illustre Assemblée d'avoir repoussé les FF. de Berlin qui offroient cependant de se sou
mettre à l'inspection immédiate de l’Eminentissime F. à Victoria.
N 2
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Mais comment n'a - t -il pas dit que le S. F. à Leone Resurgente , en annonçant à ce sujet , qu'il
étoit content de ses connoissances qu'il avoit puisées à une autre source que celle des FF. de
Berlin , avoit cependant prévenu le Convent que ces dernieres n'étoient pas à négliger ?
Pourquoi taire que le motif qui avoit engagé à ne rien changer à une détermination générale ,
prise antérieurement à leur lettre , étoit fondé sur une observation judicieuse qui résultoit
même de leur exposé ?
En effet , ces FF . conviennent qu'ils n'ont pas encore les Rituels anciens ; pourquoi , dit-on
dans le Convent , redoutent-ils donc les nôtres qu'ils ne peuvent encore connoître : lorsqu'ils
les auront sous les yeux ils applaudiront sans doute aux principes sages qui nous ont dirigés en les
adoptant. Le Convent fut si peu coupable du dédain dont il estaccusé, qu'il se réunit à prier
S. E. le G. M. G. de ne pas rompre toute communication avec les FF . de Berlin ; mais de leur
notifier au contraire la partie des opérations du Convent , qui se rapportent à leurs demandes ,
sur - tout à la translation du Directoire de la VII. à Veimar . Est-ce donc là une rupture ?
N'est - ce pas plutôt la conduite la plus sage et la plus fraternelle ? Si l'on avoit travaillé
au hasard", l'observation du F. à Fascia pourroit avoir quelque fondement ; mais présidés
par deux ss. Princes qui ont fait de la vérité M . : . une étude sérieuse , doit- on craindre
que les FF . de Wilhelmsbad se soient dévoyés du sentier qui peut y conduire ?
Le F. à Fascia auroit du tracer en gros caracteres cette déclaration de l'E. G. M.G. , que
la source dans laquelle il avoit puisé ses connoissances eroit pure , et que toute cacomagie étoit en
contradiction manifeste avec ses principes ; et alors il auroit rassuré ceux de ses FF . qui liront
son ouvrage , et qui ne verront peui-être jamais les Actes du Convent . Mais il ne rapporte
qu'une partie des faits , il les interprete suivant ses desseins , et passe sous silence ceux qui
méritent la plus grande attention . Est - ce donc ainsi qu'écrit celui qui veut être impartial
et qui se propose d'être utile à ses FF . ? -
Je n'ai pas d'autres lumieres que celles qui ont frappé les yeux du F. d Fascia. Le protocole
est la seule source où je puise ; et dans le court extrait que je trouve de la réponse de
l'E.G . M. G. , je vois qu'il a répondu aux FF . de Berlin avcc la dignité convenable: il détruit
leur erreur sur la source de ses connoissances , et il leur prouve qu'il en a de vraies et d'étendues ;
il les rassure sur ce novateur hardi qui devoit , selon eux , paroître au Convent , et qui n'auroit
pu se cacher à aucun de ceux qui le coiposoient : et pour preuve , il invoque le résultat des
opérations de cette Assemblée qu'il espere leur être agréable , encore qu'il ne soit pas en tout
conforme à leurs quatre demandes conditionnelles pour leur réunion. J'y vois que ces FF. ont
été instruits de la division de l’O . en symbolique et intérieur, et de la classe Ec.. intermédiaire
qu’on avoit adoptée ; je vois qu'ils ont été instruits des principes qui ont dirigé le Comité des
Rituels des Grades; enfin j'apprends que , sans offenser leurs Supérieurs , l’E . G. M. de notre
Régime les prévient qu'en vertu des nouveaux droits qui venoient de lui être transmis , il étoit
plus particuliérement obligé de préserver son troupeau de toute innovation , à moins qu'il
ne soit mis en état de l'apprécier.
Je le demande à l'homme le plus prévenu ; est- il possible de voir rien de plus sage que cette
conduite ? en est - il une qui remplisse mieux tous les objets ? On a rendu aux FF. de Berlin ce
qu'on leur devoit ; et je ne me permets pas de douter qu'ils n'y aient applaudi ; et que leurs
Supérieurs , à qui j'accorde dans la hiérarchie supérieure plus de lumieres que ne leur en
suppose peut - être le F. à Fascia ; que ces Supérieurs , dis - je , n'ayent reconnu qu'une union
quelconque avec nous , ne pouvoient tendre à diminuer leur domaine , mais au contraire à
l'augmenter.
Si c'est un excès de voir les choses sous une aspect toujours flatteur , sans doute il est
moins dangereux que celui de ne voir que des spectres hideux ; il laisse goûter à l'ame çe
calme heureux qui est le premier bien ; enfin l'on éprouve ce plaisir si doux de pouvoir aimer
ses FF. , de s'en croire ajmé, et , ne fût - ce qu'une illusion , c'est la plus satisfaisante , la
plus pure qu'on puisse embrasser dans cette vie pénible , où l'homme sent qu'il y a pour lui
une autre patrie.

D E R N I E RE S É A N C E.

Je suis enfin parvenu à cet instant cruel où des FF . , unis par les liens les plus sacrés , que
Phabitude d’être ensemble a encore resserrés, vont être forcés de se séparer pour ne se revoir.
peut-être jamais. Je crois être au milieu d'eux ; l'image seule du chagrin qu'ils ont eu de
s'éloigner me fait répandre des larmes qui auroient peut-être quelque douceur , si je pouvois
oublier l'amertume de celles qu'ils ont versées. Depuis trois jours le départ de l'E.G . M. les avoit
livrés aux regrets ; mais il leur restoit un S. Prince qui , en les consolant , les attachoit toujours
plus à lui , et qui , à son tour , devoit rouvrir la source de ces larmes précieuses que le sentiment
fait couler ; c'est dans son sein fraternel qu'ils déposent l'amertume de ce cruel moment ; et
lorsque la parole expire sur leurs levres ; lorsqu'ils ne peuvent que sentir , comment me seroit- il
possible de peindre cette scene attendrissante ?
Ah ! j'ai trop différé, mon Prince , de dire ce que la reconnoissance et le respect vous
doivent ; ce qu'éprouverent alors mes FF je l'éprouve dans ce moment ; et si vous deviez
lire cet écrit trop peu digne de vous , il faudroit que votre bonté interprétåt mes sentimens ;
et que vous voulussiez vous dire à vous -même : « Ce qu'il disoit de L'E . G. M. il le pensoit
» de moi ; » et comment en effet distinguer deux Princes qui sont FF. et qui sont également
convaincus qu'on ne peut devenir véritablement Maçon , que par les mêmes voies qui per
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fectionnent et instruisent le Chrétien ? Heureux les peuples qui ont de tels Princes', plus
heureux les Sujets qui savent de quel prix ils sont pour eux !
Je dois bientôt résumer les opérations dont je viens de présenter une foible ébauche
je veux rendre leur exécution desirable à mes FF ., s'ils n'y étoient pas déja portés par
l'espérance du bien qui doit en résulter pour eux ; et c'est vous , mon Prince , qui allez
remplir cet objet : je crois mettre à leur place les vérités que vous avez dites à vos FF. , en les
leur présentant ici , c'est la meilleure maniere de prouver l'abus qu'en a fait le F. à Fascia
Non ,je ne blåme pas ce F. d'avoir découvert cette piété que vous ne cachez point, et que
vous laissez appercevoir sans orgueil: mais en prendre occasion de rasseinbler des traits
sarcasmatiques; choisir dans l'histoire , des exemples qui peuvent prévenir les Esprits foibles
et effrayer ceux qu'une ame craintive et défiante retarde dans leur marche ; c'est abuser de sa
plume et de ses talens ; et je le dirai toujours : « Celui qui traitant un sujet aussi grave , se permet
► de semer le ridicule , ne connoît pas l'importance de l'objet . »
Et n'est - ce pas un abus de l'esprit dans l'ouvrage du F. à Fascia , que de s'être attaché à une
dénomination qui fut choisie sans intention déterminée, mais seulement parce qu'il falloit un nom
générique pour cacher celui qui ne doit s'apprendre qu'ailleurs ? et parce qu'on a donné le nom
de College à l'Assemblée des Ecossois lors du Noviciat , jouer sur ce mot , et n'avoir découvert
l'esprit de piétisme que pour avoir occasion de dire que l'on calomniera les intentions de ce
S. Prince en confondant les Colleges Ecossois avec les Collegia philobiblica des Muller , des Bro
chant , des Spener. Avoir annoncé auparavant que lorsqu'on veut scruter les mysteres de la foi ,
qu'on veut les definit , on tombe dans quelques erreurs, souvent même dans beaucoup d'erreurs ;
ne nous rappeller ces Pietistes que pour nous renvoyer à la source où il a puisé , afin que
nous apprenions dans l’Encyclopédie qu'ils étoient indifférens en matiere de religion ; enfin
attribuer au F. ab Eremo d'avoir introduit dans la M . : . un systèmequi lui est étranger; paroître
convenir qu'il n'est pas contraire à la Religion , après avoir accumulé les doutes, et fait des
efforts incroyables pour prouver que la M :. n'eut jamais pour objet la Religion , n'est-ce
pas présenter ce F. comme un Novateur dangereux qui a formé une doctrine particuliere
qu'il veut propager dans l'ombre du mystere ?
Le F. à Fascia n'eût pas rempli son objet , s'il eût attribué ce systême à plusieurs ; bien moins
encore s'il l'eût attribué aux Princes qui ont éclairé cette Assemblée : on ne persuade pas
facilement que des Personnes d'un rang et d'un mérite si éminent , cherchent à se déclarer
Chefs d'une nouvelle Secte : on se prête plus volontiers à penser qu'un homme ordinaire am
bitionne de se faire un nom ; on lui suppose un intérêt que ne peut avoir un Prince : mais
quand on a la mal- adresse d'insinuer que deux Princes , dont les vertus et l'attachement aux
vérités de la Religion chrétienne , sont généralement connus , se sont prêtés à seconder un pareil
projet , on détruit soi-même l'illusion qu'on a voulu répandre : c'est ce qu'a fait le F .. Fascia ,
et par cela seul il seroit réfuté , si déja je n'avois prouvé qu'en tout , par-tout et toujours, il
n'a jamais vu les choses comme il devoit les voir .
Vous , M.RR .FF . , qui , en votre qualité de Députés , avez coopéré aux opérations de W -bad ;
vous que le F. à Fascia accuse d'avoir outrepassé les bornes légitimes de la confiance de vos Com
mettans , lorsqu'il crie aux Provinces de ne pas souscrire aux erreurs et aux écarts du Convent ;
vous que j'ai cherché à venger de tant d'outrages , un mot va confondre à jamais vos
détracieurs , et ce n'est pas moi qui le dirai ; c'est ce Sme. Prince qui a été d'un si grand
secours par ses lumieres à vos travaux importans . Il cherchoit lui -même des motifs de con
solation , au moment où il alloit se voir séparé de vous par des distances considerables , immenses:
pour l'homme corporel , et il la trouvoit dans le bonheur de vous avoir connus ; mais sur- tout ,
disoit-il , il m'est bien plus doux encore d'oser me flatter que vous voudrez bien m'honorer de votre
amitié et confiance fraternelle ; je dis m'honorer , car de tous les honneurs quelconques , il n'y en
a qu'un seul auquel je puisse être réellement sensible , et queje regarde pour tel ; c'est celui de pos
séder quelque part à l'amitié de personnes aussi estimables et respectables. Que pourrois- je dire de
plus digne de vous ? Si je cherchois à y ajouter , ce seroit affoiblir ces expressions qui hono
rent le Prince qui les a employées , et ceux à qui il a bien voulu les adresser ; tout ce qui
nous reste à faire, à nous qui n'avons pas eu le bonheur de l'approcher , c'est de faire nos
!
efforts pour nous rendre dignes de partager ces sentimens.
Je dirai avec ce Sme. F. qu'avant le Convent la plupart des Provinces qui composoient
l'O. étoient inquiétes sur leur existence, désunies et sans lien entr'elles. Différence de systême ;
méfiance générale : voilà le tableau de la position où nous étions , et l'on n'étoit pas sans craints
fondée de voir chaque Nation se séparer du grand tout , et chercher à créer un nouveau systême
vrai ou chimérique , pouvant devenir par-là la proie d'un ou d'autres faux Prophetes ; et déja
voilà le F. à Fascia qui , par cette diatribe contre le Convent, les appelle à grands cris ces faux
Prophetes ; il veut en être le précurseur.
Le Convent vient de consolider notre système par l'élection unanime d’un G. M. G .;
cette éminente dignité a été confiée à un respectable Prince qui fait par son caur , son zele ,
sa réputation si distinguée , si brillante , et par tant de mérite peu commun , la gloire extérieure
et le lien de notre Ordre ; le F. à Fascia ose néanmoins répandre des doutes sur la légitimité
de cette élection .
Les conqueres que nous avons faites de deux nouvelles Provinces , qui sont venues se ran
ger librement sous la même domination , tout cela n'a pu détruire sa prévention , et le con
vaincre que la vertu ne peut s'allier qu'à la vertu .
Il n'a pu en croire un Prince qui lui a dit qu'au lieu d'un système chimérique d'orgueil et d'ose
Іоо &

tentation du rétablissement de l'O . des T. , nous sommes revenus aux buts primitifs de l'Ordre ; la
vraie bienfaisance , la morale Chrétienne la plus pure , et sa direction envers l'Etre supreme , seule
source de tout bien et de toute félicité , et à se rendre moins indignes de son amour et de sa grace
en nous améliorant nous -mêmes et travaillant sur les mémes principes à améliorer nos FF.
Il révoque en doute qu'au lieu de Rituels dépourvus de vérité , prives de beaucoup d'emblèmes
principaux , et n'ofrant que la froide allusion d'un ancien Ordre aboli , nous en possédons à
présent, de plus rapprochés de l'ancienne Institution et qui forment un tableau vrai de l'essence de
la Maçonnerie : nous réunissant avec les systèmes principaux , et par conséquent les loix devant être
concordantes à cebut : le F. à Fascia veut nous ôter cette espérance qui se réalisera , de
recevoir un Code de loix qui est remis dans des mains habiles , qui nous donnera un Régime fixe
et immuable , et qui ne peut que contribuer à nous réunir inaltérablement d'une maniere stable et
permanente.
Il attribue à un seul ce qui est l'ouvrage de plusieurs FF . éclairés ; il semble faire peu de
compte de la parole d'honneur d'un Prince Maçon , qui lui atteste qu'il n'a eu aucun but
particulier , mais uniquement le bien de l'Ordre à cæur ; qu'il a fait tous ses efforts pour conci
lier son opinion personnelle autant qu'il a dépendu de lui , avec celle des personnes éclairées et
respectables ; et lorsque, sur cette même parole d'honneur, il déclare qu'il a la satisfaction de ne
pouvoir se rappeller aucune circonstance où il auroit voté autrenient que les FF. des Provinces à la
iête desquelles il a le bonheur de se trouver , le F. à Fascia laisse encore à penser que ce
· Prince auroit été un des instrumens dont le F. ab Eremo se seroit servi pour faire pré
valoir un système particulier .
Enfin , lorsque tout homme, quel qu'il soit, doit faire de la vérité sa principale étude , lePréfet
de Lorraine ne veut pas que le Maçon ait pour but essentiel cette même vérité; lui qui cherche
la parole perdue , il ne veut pas que la retrouvant sous le grand nom de l'Eternel J.... on dise que
chercher l'Architecte suprême de l'univers fait le vrai but du Maçon ; et que si c'est avec un cæur pur ,
un zele véritable , et une intention ferme de marcher inébranlablement dans le chemin de la vertu ,
nous trouverons par sa grace et sa bonté ineffable ses voies , qu'alors en ne s'écartant jamais de
cette voie heureuse , toutes les félicités les plus heureuses nous tomberont en partage. Que le F.
à Fascia ait le malheur de rejeter ces vérités , nous devons l'en plaindre et ne pas l'imiter.
Ces leçons utiles , que vous disiez à vos FF . qu'ils nous devoient donner , vous avez pris
soin , mon Prince , de les tracer vous-même ; et puisque le F. à Fascia a voulu nous empêcher
de les entendre , je me dirai et à tous mes FF. qui pourroient m'interroger sur le moyen
de parvenir aux vraies connoissances de la M . :: ; je leur répondrai, dis - je , avec vous ,
sans craindre de me tromper , que les Grades et les Dignités dans l'Ordre n'y donnent
aucun droit ; qu'ils les demanderoient inutilement s'ils ne se sont pas montrés en tout dignes
de les recevoir ; que celui- là seul qui a purgé son ame des vices ou défauts dont il a contracte
l'habitude peut- être sans le savoir ; qui a travaillé soigneusement sa pierre brute ; qui a cherché
sincèrement à se connoitre ; qui a travaillé fortementà s'améliorer , et qui en a donne des preuves,
est digne d'y participer , et qu'à moins de cela , ce seroit souvent un malheur d'y parvenir.
Ah ! mon Prince , si nous savons mettre à profit ces sages conseils , nous serons dignes aussi
de réclamer avec le titre de vrai et tendre F. , qui nous est commun avec nos FF . Députés ,
celui d'ami sincere que vous avez accordé si généreusement à ceux qui en ont été dignes ;
et lorsque nous travaillerons fortement à nous améliorer , travaillez aussi souvent en secret
! pour nous , invoquant le grand A. de l’U. et le priant de nous accorder tous les bonheurs ,
routes les félicités imaginables ; elles s'arrêteront sur nous , et lorsque nous en jouirons , nous
saurons que c'est à vous que nous les devons , puisque vous nous avez appris comment on
parvient à se les procurer .
Il me reste , très - RR. FF . , à vous présenter le tableau des avantages qui doivent résulter
de l'entiere exécution des Opérations de Wilhelmsbad . Les FF . des Loges Provinciales de
Wetzlar et de Francfort sur le Mein , en s'éloignant du centre reconnu et adopté au Con
vent, viennent de faire des tentatives pour former autour d'eux une nouvelle Association , par
laquelle , élevant en apparence l'étendard de l'indépendance , de la liberté et de l'égalité,
ils" appellent en effet les MM. : . de tous les Régimes sous leur unique direction. J'examinerai
les motifs insidieux qu'ils ont proposés dans leur Lettre encyclique du mois de Mars 1783 ;
vous pourrez ainsi , mes RR . FF., apprécier facilement ce nouveau projet , et voir qu'il
substitue l'anarchie , la confusion, le défaut de but , de principes et de lien , aux bases
solides que le Convent de Wilhelmsbad a si heureusement établies.
+

* 101

CHAPITRE V.

RÉSUMÉ des conséquences qui doivent résulter de l'exécution des Opérations


du Convent de Wilhelmsbad. Lettre Encyclique des FF. de Wetzlar et de
Francfort sur le Mein .

Lapidem quem reprobaverunt Ædificantes ,


hic factus est in caput anguli. ( Marth . 21.43 . )

JE E ne mettrai pas ici en question si les opérations du Convent ont été dirigées par
des principes honnétes , justes et utiles , puisque tous ces témoins que j'ai interrogés , se
sont accordés pour me répondre qu'elles ont eu pour objet de tendre au but primitif et
essentiel; puisqu'enfin il n'est aucune de ces opérations qui ne porte l'empreinte de la sagesse
et le sceau du Christianisme le plus pur.
Je ne répéterai pas tout ce que j'ai dit dans le cours de cet ouvrage, pour prouver qu'elles ne
sont autre choſe que l'exécution du plan sagement concerté avec toutes les Provinces ; et au
moment où je dois vous proposer une opinion sur des objets de cette importance , loin de
puiser dans mon propre fonds denouveaux motifs pour les justifier , je me contenterai de vous.
rappeller , mes RR . FF. , que dès long- temps vous avez prononcé sur toutes les questions que
je viens de traiter : aussi le seul mérite que je puisse avoir dans ce travail dont je vous fais
hommage , est d'avoir rassemblé avec soin les témoignages de votre opinion , et d'avoir donne
peut-être quelque développement aux principes qui dirigerent toujours cette Province, laquelle
depuis son existence , n'aspire qu'au terme heureux où les opérations du Conveni de W- bad .
doivent nous conduire .
J'ai invoqué le Convent national des Gaules , tenu par les Provinces Françoises en 1778. Le
résultat s'est trouvé conforme à ce que j'ai exposé dans le Chapitre II de cet ouvrage :
premiere preuve que j'ai tracé les vrais principes de l'Institut M .. Aujourd'hui j'aurois pu
m'en tenir à vousrappeller que lorsqu'en Janvier 1781 , le Général de la Province arrêta la
réponse aux questions préliminaires dont j'ai parlé dans le Chapitre III ; questions que le S. F.
à Victoria , aujourd'hui notre E. G. M. , avoit adressées aux différens , vous y aviez donné
toute l'attention qu'elles méritoient. C'est cette même réponse que le R. F.à Cruce cærulea fuc
chargé d'extraire pour en présenter le résultat au Convent . Il a dû y voir que tous les établis
semens de votre Ressort furent consultés pour avoir leur avis. Cinq de nos FF, donnerent par
écrit leurs observations , et trois FF. furent chargés d'en former l'avis commun , d'y joindre le
leur , et de le présenter au Provincial. J'aurois un vrai plaisir à remettre sous vos yeux le
résuiné qui fut fait alors et adressé à l’E . G. M. Je ne m'en dispenserois pas , si je ne croyois avoir
employé les mêmes principes . J'en appelle au R. F. ab Armelino , qui fut un de ceux que le X
choisit pour cet important ouvrage ; dans le cours du mien , il s'y sera reconnu plus d'une fois
et en suivant sa doctrine, qui est la vôtre , je n'ai pas dû craindre de m'égarer.
J'ai donc eu raison de dire dans le Chapitre III , qu’on avoit répondų à ces questions préli
minaires , et je puis ajouter à présent que le F. à Fascia n'a pas été fondé à dire , en rapportant
ces questions : Voici dix questions sur lesquelles je desirerois qu'on me montrât dans les Actes
du Convent la solution directe , d'après la proposition établie , discutée , et les voix recueillies,
( pag. 232. )
Il lui eût été bien facile de satisfaire ce desir , et de se convaincre que la proposition avoit été
établie , discutée et les voix recueillies dans tous les ; que ce résultat avoit été mis
sous les yeux du Convent par les soins d'un Comité dont le F. à Cruce cærulea étoit Membre ,
et qu'ainsi l'on peut dire que le Convent a discuté , autant qu'il le devoit, ces dix questions; et ce
que je dis ici , les Actes que le Préfet de Lorraine a mal interrogés, en font foi. On apperçoit
qu'il est bien convaincu que cela a été fait ; mais pour avoir raison , il demande ce qui ne pou
voit , ni ne devoit être ; il veut que les commettans aient dů oublier qu'ils avoient donné leur
avis ; il voudroit que ce qu'ils avoient eux-mêmes jugé l'eûi été de nouveau par leurs Représen
tans. Si on l'eût fait , il auroit soutenu l'opinion contraire , vous n'en doutez pas , après tout ce
que vous avez vu : voilà comment on a toujours tort avec un homme qui est décidé d'avance &
condamner , et qui emploie toute la subtilité de son esprit pour trouver en défaut , des Actes
que la vertu , la fraternité et la bienfaisance réunies , ont rédigés.
Le Convent de W -bad n'a point négligé ces dix questions importantes ; c'est , je le répete ',
par l'organe du R. F. à Cruce cærulea qu'elles ont été remises sous les yeux de cette ' Assem
blée ; or ce F. avoit bien şaisi l'esprit des Circulaires , lorsqu'il étoit à W - bad ; dès lors on est
porté à croire que dans son il n'aura pas été écouté , et que la voix du Préfet de Lorraing
aura étouffé la sienne , lorsqu'il a voulu attester ces choses à son retour. Ainsi le Convene
n'est point un Convent imparfait, comme le prétend le F. à Fascia , et il n'en faut pas assembler
un nouveau pour réparer des négligences imaginaires ; ainsi la premiere conséquence du F
à Fascia n'est que la conséquence de ses erreurs volontaires .
J'ai démontré ailleurs que les M .: . des autres Régimes, ne pouvoient, ni ne devojent être invités,
102

et qu'ils ne l'avoient pas été ; que cette invitation étoit inutile , puisque l'on avoit au Convent la
connoissancede tous les systêmes M .: par la réunion de FF . qui , dans différentes Contrées , les
avoient connus avant d'appartenir au nôtre : et la question principale , celle qui avoit pour objet
de résoudre les doutes sur l'origine , la filiation et la dénomination del'O .,et de tourner en même temps
nos regards vers son essence , cette question , dis-je , a été discutée comme elle devoit l'être : en
effet , depuis la IV Séance jusqu'à la XIII, on s'en occupa de la maniere la plus approfondie ; toutes
les Provinces donnerent leur préavis ; l'on fit plus , on fit un résumé de ces préavis , dont il fut
donné lecture avant de prononcer sur la question ; on y ajouta encore , sur l'observation du
F. ab Eremo, la précaution de demander une seconde fois, si chaque Votant n'avoit rien à ajouter
à son préavis , et de mettre un intervalle entre le résumé et la décision finale. Non
seulement cette décision se trouve conforme à l'opinion que vous aviez manifestée dans votre
réponse aux questions, préliminaires ; mais vous voyez qu'on ne l'a prononcée qu'après que la
discussion a éié épuisée, et que tous ont eu déclaré n'avoir plus rien à ajouter : le Convent a
donc fait ce qu'il a pu et ce qu'il a dû , pour parvenir à la découverte de l'origine de l'Ordre , de
son but , de son essence .
La Loi d'après laquelle on a compré les suffrages , étant une Loi que nous avons démontré
réguliere , et qui ne blesse point les principes de la justice , le F. à Fascia a eu tort de prétendre
que tout ce qui a été fait conformément à cette Loi ne peut avoir d'exécution , ne peut même pas être
confirmé, parce qu'il est infecté d'un vice radical dont il est impossible d'effacer l'empreinte. Il m'a
été bien facile de démontrer que cette loi n'a aucun des caracteres que lui suppose le F.à Fascia;
et sa troisieme conséquence n'est pas moins inconséquente que les deux précédentes.
Après cela , si l'on suit les autres objets qui ont occupé le Convent , n'est- on pas forcé de
reconnoître que le Comité des Rituels a fait tout ce qu'il devoit pour déterminer les symboles de
Pessence de l'O . , et par conséquent les meilleurs Rituels , qui ont été rédigés sur les plus anciens ,
en concentrant dans les nouveaux ce qu'il y avoit de meilleur et de plus utile ; enfin le Comité
de législation n'a-t-il pas prouvé qu'il étoit en état de faire de bonnes Loix , et le Convent
pouvoit- il prendre plus de précautions ? Quant à vous , mes RR.FF. , comme toutes ces opéra
tions s'accordent avec les principes consignés dans votre réponse aux questions préliminaires ,
vous serez bien éloignés de vous plaindre , lorsque vous aurez vu , que tout dans les opé
rations du Convent tend au but vers lequel vous avez voulu vous diriger.
Et cependant le F. à Fascia prononce ce terrible jugement contre ces opérations : Nullum
igitur factum eorum potest utile esse , quum sit tot vitiis inquinatum . Comment sa plume ne
IF s'est-elle pas lassée de tracer des expressions injurieuses ? Comment a-t - il pu persister si long
11 temps dans cette injustice déterminée contre le Convent ; quelle constance à blâmer , à enve
nimer tout ce que vos Députés ont fait ; il est pénible de l'entendre , il est douloureux d'y
répondre , jeme lasse enfin , et je ferme son livre. Je laisse aussi les dix -huit consequences
qui sont dérivées de trois inconséquences , elles ne méritent pas votre attention : mais en
peu de mots , il est aisé de vous faire sentir tout le bien qui résultera des opérations du
Convent de Wilhelmsbad .
Sans doute il ne faut pas s'attendre , d'après le tableau que j'en ai tracé , que tous les Ouvriers
du Temple s'occupentavec zele et persévérance, à perfectionner l'ouvrage commencé ; rebutés
par les difficultés , effrayés par les sacrifices , il y en a qui s'éloigneront peut- être ; d'autres , en
voyant les armes du ridicule tournées contre nous par un de nos FF. ; ridicule , pour me servir
encore une fois des expressions du R. F. à Flumine que le Sage même a quelquefois la foiblesse de
trop redouter ; d'autres , dis-je , déserteront à leur tour pour se ranger sous une autre banniere.
Alors , loin de nous regarder comme affoiblis, en voyant nos Provinces se dépeupler , sachons nous
suffire à nous-mêmes; adoptons d'autant plus difficilement de nouveaux Concitoyens que nous
en aurons perdu davantage. Cette pierre qui a été rejetée , qui le sera par d'autres , deviendra la
principale pierre de l'angle de l'édifice que nous élevons à la gloire du G. A. de l'U . ; et dussions
nous rester seuls à conserver ce qui est sortides mains des Ouvriers habiles de W -bad , ce que je ne
saurois supposer , je vous engagerois à ne faire aucuns sacrifices dans la vue de ne pas rompre
avec ceux qui s'y rendent opposans , si ces sacrifices ne vous étoient pas démontrés nécessaires:
n'oublions pas que c'est en altérant les formes par condescendance , qu'elles sont parvenues à ne
plus offrir qu'une masse sans expression et quine donne aucune idée du modele . Cette constance
ne sera pas perdue ; en suivant les sages conseils du S. F. à Leone Resurgente , toutes les félicités les
plus heureuses nous tomberont en partage. Ces Maîtres , qui exercent leurs droits dans une hiérarchie
supérieure , se rapprocheront de nous , et nous rapprocheront d'eux par degrés . Oui , je me plais
à le croire , ils cherchent toujours à répandre la lumiere là où les ténebres sont en partie dissi
pées, parce qu'ils savent qu'elle y sera conservée avec soin ; et ces Grades qui paroissent si
énigmatiques au F. à Fascia , nous seront alors expliqués , si déja notre intelligence exercée
n'en a pas saisi les rapports les plus essentiels.
Rappellez-vous les funestes effets des clameurs de la multitude aveugle , lorsque l'E . G. M.
montra l'aurore du beau jour qui pouvoit luire sur nous ; et qui sait jusqu'à quel point celles
du F. à Fascia peuvent nuire . Ah ! du moins arrêtons ce torrent , ou du moins ne nous y
laissons pas entraîner ; il viendra un moment où les MM . : . las , comme nous l'avons été , de
he chercher la vérité qu'à travers des illusions , viendront habiter nos Temples ; c'est alors
que nos Provinces se repeupleront de sujets vertueux. Peut -être ne verrons -nous pas notre
Ordre dans cet état florissant; mais que du moins par nos travaux réunis à ceux des autres
Provinces , nous réalisions ce veu de l’E . G. M. , que ceux qui viendront après nous puissent
célébrer des fêtes en mémoire de ce Convent.
Le
103

Le temps n'est pas loin , où il faudra que tout ce qui vous entoure , s'explique d'une maniere
positive sur les principes qui ont dirigé les opérations de Wilhelmsbad ; il faudra que chacun les
adopte ou les rejette librement, d'après sa propre opinion et conscience ; déja vous avez , dans ce
dessein , annoncé aux Loges et même à tous les FF. de votre ressort ( 1 ) , que vous leur laissiez
le choix entre votre Régime et les autres systèmes. Sous ce point de vue ,je dirois que l'Ouvrage
du F. à Fascia peut leur être utile pour les éclairer par la discussion ; mettez -le dans leurs
mains , invitez -les à le méditer ; et s'il s'en trouve qui en préferent les principes aux vôtres ;
qui pensent que l'Institution M .., pour être une Société bien ordonnée , doive l’être sur les
principes des autres Sociétés ; qui croient qu'il suffise d’être Membre de l’O. intérieur , et
d'avoir acquis des Grades, pondere metalli , pour avoir droit aux connoissances les plus élevées
de la M . :: ; qui enfin les jugent assez mal pour imaginer qu'elles peuvent se payer avec l'or ; alors
ne regrettez plus de tels FF., ils auroient troublé votre union , et ce n'est pas dans le même
Temple que vous pouvez trouver le bonheur. C'est ainsi que du mal , il peut souvent résulter
un grand bien : j'espere cependant que le F. à Fascia ne nous enlevera pas un grand nombre
de FF.; et que lui-même, rendu au calme , jugera peut- être son Ecrit avec plus de sévérité ,
et le Convent avec plus de justice : tel est le veu plusieurs fois formé dans le cours de cet '
Ouvrage , et que je renouvelle aujourd'hui dans toute la sincérité de mon cœur.
Je viens de dire , mes RR . FF . , qu'en présentant aux MM . : . de votre Ressort , un précis des
principes qui ont dirigé le Convent de Wilhelmsbad , et en leur annonçant quevous en adoptiez
la doctrine dans toute son étendue , vous leur aviez en même- temps laissé la liberté de l'apprécier
eux -mêmes ; en effet vous les invitates dès le mois de Décembre 1782 à l'examiner avec l'atten
tion la plus sérieuse , afin que chacun des FF. en particulier , et tous ensemble , pussent déterminer
d'une maniere précise et invariable leur adhésion ou leur éloignement pour ces principes. En leur
rendant ainsi la liberté , vous étiez bien éloignés de penser que ceux qui les rejetteroient ,
ou qui en adopteroient de contraires ,, pussent vous rester réunis į aussi vous exigiez
y que chaque Loge seroit tenue de déclarer dans trois mois , auprès du Directoire Éc. :.
» dont elle auroit reçu ses Constitutions et au nom de l'unionfraternelle de tous ses
» Membres , si ( d'après l'examen desdits principes ) elle desire et veut rester réunie à notre
» Régime , ou si elle se détermine à y renoncer pour passer dans quelqu'autre. » Vous ajoutiez
ensuite , parlant aux Loges , « quel que soit le desir du Directoire général de voir se
» confirmer et s'accroître votre attachement pour le Régime rectifié auquel vous étiez unis ,
» il juge néanmoins convenable dans cette circonstance , de vous rendre à vous- mêmes , afin
» que votre détermination soit parfaitement libre et sans prévention , et qu'elle ne soit mue par
» aucun motif de partialité , d'habitude ou de respect humain . »
Ainsi , mes FF . , vous ne présumiez pas qu'un Régime M .:.quelconque pût exister , sans avoir
pour base des Loix , ou quelques principes certains , généralement avoués par ses Membres ;
bien moins encore auriez- vous prévu qu'on oseroit proposer l'établissement d'une Société M ..
universelle dont l'unique principe seroit de n'en adopter aucun et d'ètre indifférente à tous ;
d'une Société qui ne recevroit aucune Loi , et ne reconnoîtroit aucune vérité , afin que chacun
des Individus dont elle seroit composée conservat la liberté et l'indépendance de son opinion et
de ses actions ; d'une Société enfin , qui profanant le nom de l'O. M . : . , en se décorant de ce
ijtre , réuniroit non seulement les hommes qui nient tout , mais encore ceux qui ont embrassé
les systèmes les plus opposés , et les principes les plus incompatibles.
C'est pourtant , mes RR . FF. , sous cette banniere sans couleur , ou plutôt sous cette banniere
qui les confond toutes , que les RR . LL . Provinciales de Wetzlar et de Francfort sur le Mein
tentent de vous réunir par une Circulaire insidieuse datée des 18 et 21 Mars 1783. Liberté , éga
lité , indépendance , tel est le cri d'union que ces FF . vous font entendre , et c'est ce qu'ils appel
lent la Maçonnerie Ecclectique. C'est ainsi qu'on s'efforce de séduire nos FF . , c'est ainsi qu'on
les dirige à un scepticisme déterminé, à une indifférence totale pour la vérité qui est le
principal but de l'existence de notre Ordre.
Lorsque les Philosophes Grecs , ayant multiplié leurs Ecoles , y enseignerent les systêmes
les plus contradictoires, ils scandalisereat l'univers par leur intolérance, et par la haine qu'ils
inspiroient à leurs Disciples contre leurs Adversaires. Dans la confusion des controverses qui
en résulterent, on ne tarda pas à s'appercevoir que chaque Secte enseignoit quelques opinions
vraies ou vraisemblables ; d'où il arriva que plusieurs , fuyant ces disputes interminables ,
ne voulurent s'attacher à aucun parii , et choisirent à leur gré dans les diverses Ecoles , les
opinions qui leur parurent préférables , d'où ils furent appellés Ecclectiques , d'un mot Grec
qui signifie choisir ; en sorte que chaque Ecclectique se faisant à lui-même sa doctrine par
ticuliere , il n'y avoit et ne pouvoit y avoir aucune réunion entr'eux ; aussi ne formerent-ils
ni Ecole ni Secte ; etl'on sait que Potamon d'Alexandrie, le premier des Ecclectiques , ne fut
point Chef d'une Ecole , et qu'il ne tenta point de réunir autour de lui une foule de Disciples.
Les FF . de Wetzlar et de Francfort n'ont pas été arrêtés par le sage exemple de Potamon ;
c'est une Ecole universelle d'Ecclectisme qu'ils proposent aux MM .:., et dont ils veulent être
le Centre et les Instituteurs ; ils n'ont pas apperçu , combien est grande la contradiction dans
leur projet ; ils n'ont pas vu que si l'Ecclectisme doit être la base de la Maçonnerie , il faut
séparer les MM .:
. et non les réunir ; ils n'ont pas vu qu’aussi- tôt que leş Maçons Ecclectiques
auront choisi une opinion , ils cesseront d'être Ecclectiques , et que s'ils ne choisissent point,

( 1) Voyez l'Exposé des Operations du Convent de Général d'Auvergné aux Loges réunies de son Ressort.
7 1 page 10. CA
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104 $
ils ne seront que Sceptiques ; que dès-lors , ils auront abandonné le sage Potamon pour
s'attacher uniqueme nt à l'Ecole des Pyrrhoniens, dans laquelle on ne reconnoissoit aucune vérité:
ils n'on t pas vu , ces FF . de Wetzlar et de Francfort , que chacun des MM .:. Ecclectiques ayant
choisi et adopté à son gré un système , ils seront tous ou la plupart d'opinions opposées , et 1
qu'alors il est impossible qu'ils appartiennent au même Régime, puisqu'il ne pourra plus exister
dans leurs Loges, d'instruction sans controverse ; puisqu'enfin il ne sauroit y avoir rien de
commun pour eux dans les emblèmes et les allégories , dans les Loix , principes et formes ; ce
qui vient à dire qu'ils ne peuvent former une Société.
» Agissons de prudence , nous disent ces FF. dans leur Circulaire ; agissons de prudence ,' ...
» choisissons à la face du monde profane et Maçon , la Neutralité envers tous les systèmes
» jusqu'ici connus , dont aucun n'a été et ne peut être prouvé.» C'est-à-dire : Accourez, Sceptiques
ou Pyrrhoniens , réunissez -vous sous nos Etendards ; nous pensons comme vous , que rien
ne peut être prouvé en M. : . ; et quand même la vérité viendroit se montrer à nos yeux ,
nous agirions de prudence'; nous suspendrions tout jugement sur la force de ses preuves , car la
tolérance est un devoir ; et nous choisirions la neutralité à la face du monde. Venez à nous , vous
tous qui croyez, sans la connoître , qu’une Science sublime et mystérieuse est le but de la M . :: ;
vous , qui dès votre premiere entrée dans l'Ordre , avez eu l'imagination échauffée par les superbes
vues du sentier de vertu , de vérité et de sagesse : que le bandeau tombe enfin de vos yeux ! ' il n'y
a rien de tout cela parmi les MM . : . Abandonnez vos recherches ; car aucun système ne peut
être prouvé. Ne vous fiez point à ceux qui vous ont dit : Demandez et l'on vous donnera , cherchez
et vous trouverez , frappez et l'on vous ouvrira ; car personne ne peut ni vous donner, ni vous
ouvrir , et il n'y a rien à trouver. Venez à nous encore , Maçons de tous les Régimes , pour qui
l'étude et les recherches sont trop pénibles ; vous avez déja cette indifférence pour la vérité,
cette insouciance louable , sans laquelle on ne sauroit être tolérant : la seule chose qu'il faut
savoir , et vous l'apprendrez sans peine parmi nous ; c'est qu'il n'y a point d'autre but dans
la M .. que l'aimable liberté , la douce indépendance , l'égalité et la fraternité .
Cette tolérance générale est bien adroite , sans doute , de la part des FF. de Wetzlar ; déja
cette invitation leur appelle un nombreux cortege ; mais ce n'étoit point assez pour eux , ils
le veulent plus nombreux encore , et pour y parvenir , mes RR . FF . , ils vont une seconde fois
agir de prudence. Vous pourriez, par exemple,être étonnés de ce Scepticisme, auquel ils osent
vous inviter ouvertement ; vous fuiricz loin de leur association , et vous demanderiez: « Pour
» quoi former une Société M .. , s'il n'y a rien de vrai dans la M. :: ? Le Monde profane en
> quoi différera - t - il du Monde Maçon ? » Les FF . de Wetzlar vont lever vos scrupules et vos
doutes , et pour vous attirer à leur Directoire , ils ne craindront pas de se contredire ouvertement .
Après vous avoir assuré qu'aucun système n'est et ne peut être prouvé , ils vous diront quelques
lignes plus bas : « Nous suspendrons tout jugement sur la bonté , la vérité , et la force des
» preuvesde tous ces systèmes , puisque nous reconnoissons la tolérance pour un devoir fon
damental. .... Nous imiterons ces Philosophes Ecclectiques qui , sans se borner à un seul
» système de doctrine , choisissoient d'entre tous le meilleur , etc. » Ainsi , mes FF. , joignez - vous
aux FF . de Wetzlar et de Francfort ; ils vous assurent qu'aucun système ne peut être prouvé,
et qu'il ne faut pas se borner à un seul ; que cependant vous choisirez avec eux le meilleur.
Il est vrai que par tolerance , vous devrez éviter d'examiner et juger la bonté , la vérité , la
force des preuves que ces systêmes vous présenteront , c'est -à- dire , que vous pourrez être
tout-à -fait indifférent pour la vérité , croire ou ne pas croire , adopter ou rejetter à votre
gré ; vous ne vous gênerez point ; soit que vous soyez tolérant ou intolérant , vous serez admis
à leurs travaux '; ( art. XI. de leur Circulaire.)
Arrêtons- nous un moment sur ces mots , nous suspendrons tout jugement , nous imiterons ces
Philosophes qui choisissoient. Est - ce donc le Directoire et les Chefs de Wetzlar qui choisiront
pour tous ? mais alors que deviendra l'indépendance des opinions qu'ils nous ont promise ? Et
pourquoi, dirions-nous à ces FF. , n'avez-vous pas choisi avant de nous appeller ? pourquoi ,
puisque vous vous réserviet ce choix , n'avez-vous pas commencé par juger la vérité et la
force des preuves de tous ces systèmes , et adopré d'avance le meilleur et le plus persuasif ? Si c'est
au contraire à chaque Individu que vous laissez le soin de choisir , qu'est- il besoin alors de votre
association ? pourquoi nous réunir à votre Directoire et à ses Chefs ? à quoi peut nous servir
de participer à vos travaux ? Nous y trouverons la liberté , l'égalité , l'indépendance ;mais sans
former aucune association avec vous , ne serons -nous pas plus libres et plus indépendans
encore ? Nous y apprendrons , direz-vous , à professer l'humanité, la concorde et la tolérance ;
mais ne professe-t-on pas aussi ces vertus dans tous les autres Régimes ? et si trop souvent on s'en
est écarté, ne seroit-ce pas parce que c'est dans nos cæurs qu'il faut chercher à les régéné
rer, puisque les Sociétés ne peuvent tout au plus que réunir les exemples et les modeles ?
C'est en effet dans nous-mêmes , mes RR . FF . , que nous devons trouver cette 'vertu de
tolérance i par laquelle nous aimerons nos Semblables , de quelqu'opinion et secte qu'ils puissent
être , sans que nous devions renoncer pour cela à la vérité que nous aurons une fois reconnue
et embrassée : et nous nous garderons bien de dire avec les FF. de Wetzlar : Puisque nous recon
noissons la tolerance pour un devoir , suspendons tout jugement sur la vérité , etc. Non , mes RR . FF . ,
nous ne suivrons point ce conseil perfide ; mais nous ne cesserons d'aller à la recherche de cette
vérité , jusqu'à ce que nous l'ayions frouvée. Il ne faut point ici de délai ni de suspension
dans notre zele : lorsque nous l'aurons apperçue , nous nous attacherons , nous nous unirons
à elle inviolablement ; aucun principe ni prétexte de tolérance ne pourra nous engager à la
renier ; bien moins encore , à la mettre sur le même Autel avec l'erreur .
105

N'en doutons point, les FF. de Wetzlar et de Francfort ont voilé leur véritable but , sous
le titre modeste de M .:. Ecclectique ; c'est bien plutôt à l'Ecole des Sceptiques qu'ils vous ont
appellés ; c'est au Pyrrhonisme qu'ils vous invitent ; c'est à l'appas séduisant de la liberté ,
de l'égalité et de l'indépendance qu'ils veulent vous prendre pour vous réunir à ce Directoire
commun qu'ils prétendent eux- mêmes former. Mais y pensent-ils ces FF .; s'ils sont sinceres
et sans prétention , pourquoi établir un Directoire ? Un Directoire et des Chefs , sont-ce des
choses qui puissent se concilier avec l'indépendance, avec la liberté , avec l'égalité ? FF . de
Wetzlar et de Francfort , daignez vous expliquer avec moi ; j'ai reçu vos propositions , et je
voudrois vous entendre avant de les adopier. Dites-moi , je vous prie , qu'y aura-t- il de com
mun entre moi , votre Directoire et ses Chefs ? feront- ils des Loix pour la nouvelle Asso
ciation , ou n'en feront- ils point ? Dans le premier cas , que deviendra cette indépendance que
vous faites briller à mes yeux, dans lesecond cas , il est évident qu'il n'y aura point de Société.
Poursuivons , ce Directoire et ses Chefs cesseront- ils bientôt d'ètre Ecclectiques , et se détermi
neront-ils enfin pour une doctrine ; mais alors où trouverai- je la liberté future de mes opinions?
Ah ! Je vous comprends ; les Chefs de Wetzlar , me direz-vous , ne veulent rien enseigner à
leurs Associés : alors mes RR. FF. ils me sont inutiles et je ne puis leur servir. Mais ,
ajouterez- vous , ils auront soin de vous instruire exactement de toutes les doctrines et opinions
anciennes et nouvelles que l'Esprit humain ait jamais pu concevoir ; ils seront , par une corres
pondance universelle, à portée de connoître et de vous communiquer tous les mysteres, systèmes,
instructions, emblèmes, allégories ,grades , visions , interprétations vraies ou apocryphes , etc. Le
Directoire et ses Chefs se tenant toujours dans une indifférence absolue pour toute opinion , ne
vous présenteront rien comme vérité ; ils ne la reconnoissent pas ; vous serez sûr de leur impar
tialité ; vous choisirez librement , et vous aurez de quoi choisir : ou même , à leur exemple , ce qui
est bien plus tolérant , vous ne choisirez point ; vous éviterez de juger les preuves , et ainsi vous
resterez dans un doute commode et fraternel, puisque par-là vous serez l'amide tous les systèmes
et de tous leurs adhérens ; néanmoins pour conserver plus sûrement l'amitié de ces FF. , vous
serez toujours prêt en apparence à préférer leur doctrine particuliere , car , sans cela , vous
cesseriez d'être prudent Ecclectique , puisque pour l'étre en effet, il faut toujours paroître
chercher le vrai " , sans jamais le reconnoître . Ah ! ce sont donc là , mes FF . , les avantages de
votre Association de Wetzlar ? Graces vous en soient rendues ; mais je ne puis y adhérer . Je
ne suis plus dans l'Ecclectisme ; la vérité m'est chere ; elle s'est fait appercevoir à mes yeux
avec tous ses attraits , et déja j'ai choisi.
Que ne s'en tenoient-ils donc, ces FF. de Wetzlar , à enseigner leur doctrine Ecclectique ,
sans proposer aucune association , puisqu'il ne peut y en avoir en effet entre les vrais imitateurs
de Potamon . Ont - ils supposé que la pluralité des M .. étoit encore dans l'Ecclectisme, c'est- à- dire ,
dans l'ignorance ou dans un doute formel de toute vérité ? alors pourquoi les ont-ils appellés ,
sans être eux -mêmes en état de les instruire , ou de les arracher à une obscurité et à des doutes
désespérans ? Si au contraire les FF. de Wetzlar savent que la plupart des Maçons sont en effet
attachés à un système auquel ils croient fermement, comment n'ont -ils pas vu que dès -lors ces
M. ne pouvoient devenir Membres d'une Société d'Ecclectique ?
Le dessein des FF . de Wetzlar auroit -il été d'inspirer aux Maçons un doute général sur tous,
les systèmes ? mais que pouvoient-ils opérer par cette voie , si ce n'est la destruction totale et
actuelle de la Société M ..
En Décembre 1782 , vous aviez , en quelque sorte , renvoyé les MM :: de votre Ressort à
l'Ecclectisme , lorsque vous les invitiez à examiner les divers Régimes , pour se réunir à celui
qu'ils croiroient devoir préférer ? mais en même temps vous leur présentiez les principes et
le système satisfaisans qu'on venoit d'adopter à Wilhelmsbad. Vous leur disiez : i Comparez
ces principes avec tous ceux qui vous sont connus ; le Régime qui , d'après cet examen ,
» vous paroitra fondé sur les bases les plus solides , qui étendra avec le plus de succès l'empire
» de la vérité , c'est celui-là qui devra obtenir votre confiance & votre adhésion. ( Lettre du Direc
toire de Lyon aux Loges , page 11.)
Telle étoit certainement la conduite qu'auroient dû tenir les FF . de Wetzlar et de Francfort.
Ont- ils des vérités utiles à enseigner aux MM .., qu'ils les appellent autour d'eux et qu'ils
les instruisent ; par ce bienfait ilsmériteront la reconnoissance de leurs FF. ; mais sont-ils eux
mêmes dans un doute général et absolu , ainsi qu'ils le disent dans leur Circulaire , dès lors
ils n'ont aucun droit à l'appel qu'ils viennent de se permettre ; leur Directoire commun ne
peut convenir qu'à eux seuls ; ils sont sans titre , sans doctrine , sans mission .
Ils proposent l'indépendance et l'égalité. Est- ce aux Loges ; est-ce aux Individus ? mais l'in
dépendance des premieres entr'elles , et leur égalité sont par-tout reconnues . Quant aux Indi
vidus , s'ils doivent jouir d'une égalité et d'une indépendance totale , alors anéantissez les
Grades , supprimez les Maîtres en Chaire et leurs Adjoints , ferınez enfin les Loges ; puisque
cette prétendue indépendance ne seroit en effet qu’Anarchie et .confusion.
Vous le savez , mes RR . FF., il n'y a point d'association sans loix , et les loix doivent être
l'expression de la volonté générale ; il n'y a point de loix sans gouvernement , et le gouver
nement est ou doit être une force quelconque établie pour assurer l'exécution des loix ; de même
il n'y a point de gouvernement sans Chef et il n'y a point de Chef sans Préposés pour diriger
sous ses Ordres suivant les Loix ; or l'élection des uns et des autres doit dépendre de la volonté
générale , ou des formes que cette volonté a établie. Ainsi , dans ce sens , il ne peut y avoir
d'association , où les Individus seroient égaux et indépendans , parce que tous, pour s'assurer
la jouissance des avantages de l'association , se sont mis , ou ont dû se mettre, suivant l'étendue
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de la convention , sous la direction souveraine de la loi ; ou ce qui est la même chose


ils ont dû se soumettre à la volonté générale exprimée dans la constitution. Vivre dans cette dépen
dance utile à tous , c'est être libre ; appartenir au contraire à une Société sans principes , sans
loix , sans gouvernement, sans Chef , c'est être esclave de la force , de la prépondérance , de
l'adresse et des opinions isolées des Individus . C'est ce qui vous démontre la fausseté et l'illusion
du plan d'indépendance et d'égalité qu'on ose proposer aux MM ..
Quoique les FF. de Wetzlar aient élevé cette banniere trompeuse de l'égalité et de l'indé
pendance , et qu'ils en aient fait leur cri de réunion , afin de séduire et d'attirer ceux qui
n'approfondissent rien , il est certain qu'ils n'y croient pas eux -mêmes ; et l'on est bien con
vaincu qu'ils connoissoient l'impossibilité d'une indépendance totale , lorsqu'on les voit dans
leur Lettre Encyclique , établir trois Grades , et réserver aux Loges dans l'Art , III. le droit de
former et reconnoitre une dépendance entr'elles, toutefois pourvu qu'elle puisse avoir lieu , sans faire
naitre de soupçon au Souverain ; lorsque par l'art. VI reconnoissant la nécessité d'un lien commun
entre les Loges, ils en établissent quelques -unes formant le centre dans lequel tout se réuniroit :
et sans doute que ces Loges du centre seront celles de Wetzlar et de Francfort. En effet
ces FF . intéressés ne tardent pas à se mettre à découvert ; car c'est dans l'article suivant , qu'ils
annoncent que « ces deux Loges se sont réunies pour former un Directoire commun , en sorte
» qu'il sera libre à chaque Loge de s'adresser à son gré à l’une ou à l'autre. » Non seulement
on vous le notifie , mes RR. FF. , mais toute la Lettre Circulaire n'a d'autre but que de
vous y inviter , et de dire : Venez à nous , Maçons de tous les systèmes , vous serez libres et
indépendans, nous ne contredirons pas même vos opinions, quelqu'étranges qu'elles soient , mais
nous agirons de prudence , et nous suspendrons notre jugement , car la tolerance est un devoir.
Cependant écoutez bien ceci , et voyez , mes RR . FF., où se trouvera cette indépendance
si vantée : chaque Loge , vous dit-on , sera libre de s'adresser à son gré , ... mais à qui ? à la Loge de
Wetzlar ou de Francfort; or ces deux Loges forment un Directoire commun , et c'est là ce qu'on ose
appeller un choix libre ! Un Directoire , un centre , un point de réunion , d'où sont déja émanées
en 15 articles , des Loix préliminaires et arbitraires ; Directoire et centre que vous n'avez point
établis, Loix que vous n'avez point fajes, Chefs qui se sont installés sans vous. Les FF.de Wetzlar
vous appellent à une union , mais de quel droit se sont-ils faits Législateurs sans vous entendre ?
Par qui ont-ils été élus pour être ce point unique de réunion ? ou plutôt de qui tiennent-ils
le sceptre qu'ils élevent dans leurs mains. Après avoir provoqué les MM :: à une union géné
rale , ne devoient-ils pas attendre qu'elle fût formée pour en connoître le væu ? ont- ils dû , sans
son consentement, poser des principes , prescrire des regles , établir un centre , et ce qui est bien
plus téméraire encore , s'y placer eux-mêmes ? Ont-ils dû , sans avoir reçu aucun pouvoir ,
employer hardiment ces expressions , Il sera permis ... Nous admettrons ... Nous rejeiterons ...
Ont-ils quelque droit d'annoncer que ce sera par eux que les nouvelles Loges seront constituées,
car on ne peut interpréter l'art. VIII. quelqu'équivoque qu'il soit à cet égard , qu'en faveur
de ces deux Loges de Wetzlar et de Francfort designées dans l'article précédent. Mais ce qui
est bien plus curieux , mes FF . , c'est la contradiction hardie et insidieuse qui se trouve dans
leur art. XII , par lequel ces nouveaux Maîtres , après avoir assuré que l'Associatien ne pourra
reconnoitre aucun Supérieur, établissent un peu plus bas que les Loges seront tenues de recon
noitre comme Protecieur général de toute l'Association , celui qui aura été élu par la majorité des
suffrages. D'où il est aisé de voir , que le Centre , le Directoire , le Point de Réunion , les
Chefs de l'Association , les Législateurs , les Instructeurs ,le Protecteur général , que tout cela ,
dis-je , est , ou sera à Wetzlar ou à Francfort sur le Mein.
Il est permis , je pense , de se défier des belles promesses de ceux qui se réservent de si
grands intérêts ; que dis - je , qui osent les usurper sans aucun titre à leur possession . Voilà
sans doute l'unique but de la nouvelle Maçonnerie Ecclectique, libre , et indépendante , c'est
de mettre à la tête des MM . : . , les FF. de la Loge de Joseph à l'Aigle de l'Empire , laquelle
est sans doute très- célebre à Wetzlar et à Francfort , mais qui ne pourra assurément être
placée devant vous sur la même ligne avec le Convent de Wilhelmsbad présidé par notre
İ. G. M.G. Non , mes RR. FF. , vous ne serez pas tentés d'abandonner la banniere éclatante
et inébranlable de Ferdinand , où l'on voit les symboles vrais de la science , de la candeur et
de la fraternité , pour vous jeter sous un nouvel Etendard qui n'a pour Légende que le mot
Indépendance , et qui , dans l'obscurité, flotte incertain , au gré des passions les plus opposées.
C'en est assez pour vous aider à juger de ce plan inconcevable qui vous fut communiqué
dans le temps même où la Circulaire arriva dans cette Province ; rien n'est plus contraire aux
vrais et grands principes M .., et sans qu'il soit besoin de vous le dire, vous appercevez
qu'il n'y reste aucun rapport avec l'Ordre essentiel , et que les FF . de Wetzlar ne forment
qu'une association purement conventionnelle et arbitraire.
En effet ,la M ... Ecclectique n'a, et ne peut avoir aucun système fixe. Qui ne voit qu'on y par
lera de la vérité sans intérêt; qu'on ne l'examinera que pour en trouver les preuves en défaut; que
par une fausse tolérance , on se gardera bien de les juger ; car il ne faudra jamais dévoiler l'erreur,
ni contredire le faux , ni prouver le vrai ; la sublime tolérance pourroit en souffrir. On devra
fouler aux pieds les traditions , l'ancienneté , le consentement universel, l'autorité ; en un
mot , tout ce qui subjugue les meilleurs Esprits ; chacun pensera d'après lui-même, sans daigner
remonter aux principes généraux pour les examiner et les discuter ; on n'admettra rien que sur
le témoignage évident de l'expérience physique , car la raison est trompeuse et sujette à
erreur. De tous les systèmes qui y seront analysés , on s'en fera un particulier et commode
qui appartieadra en propre à chacun ; tels seront les M :. Ecclectiques , de maniere qu'ils ne
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smont d'accord avec personne , et seront tous divisés d'opinionsentr'eux , car un Ecclectique adopte
assez communément d'un systême ce qu'un autreEcclectique en rejette.
Cette association est incompatible avec la vérité M . : ; un Ecclectique ne peut jamais se flatter
de la connoître , à moins qu'il n'ait auparavant adopté les principes qui nous dirigent ; mais
dès - lors il cessera de rester attaché à un Directoire qui permet et enseigne l'indifférence pour
la vérité ; je dis plus , cette association est dangereuse , elle tend à détruire ce qu'il y a de plus
saint et de plus respecté parmi les hommes , la Religion ; car on ne pourroit dans aucun
temps exiger de ses membres une croyance aux vérités qu'elle enseigne.
Il est aisé de reconnoître combien il seroit imprudent de s'unir avec les MM . :: des Loges de
Wetzlar et de Francfort sur le Mein , les connoissances qu'ils pourroient acquérir dans la vraie
M .: seroient bientôt communiquées à ce Directoire qui doit former le centre de l'association et où
tout ce qui concerne l'Ordre , devra se réunir ; ils n'emploieroient ces connoissances que pour
en former un assemblage inonstrueux , ou plutôt pour les combattre et les nier. Mais comment
ceux qui adoptent ou adopteront ce plan , pourroient-ils se flatter d'être jamais admis dans
d'autres systèmes ? il leur faudroit reconnoître des Maitres , des Supérieurs , se soumettre à
ce qu'ils exigeroient d'eux , la liberté et l'égalité cesseroient d’exister , ils ne seroient plus M . :.
Ecclectiques , ou ils se rendroient parjures aux sermens qu'on leur feroit prononcer. Cette
Association s'isole donc en effet , elle se sépare de la vraie M . : . pour fonder un nouvel Ordre ;
et le but secret qu'elle peut avoir , que sans doute il me seroit aisé de dévoiler , est diamétra
lement opposé au but essentiel de la M ... Mais sans prendre sur moi de vous découvrir ce
but , il me suffit d'avoir montré qu'il ne peut mériter l'attention de ceux qui recherchent
sincèrement la vérité , et personne parmi nous ne seroit vraisemblablement tenté de l'adopter ,
puisqu'il ne doit diriger ses Sectateurs que par des Grades symboliques , lesquels pourront
être expliqués ici dans un sens , et là dans un autre , suivant le systême particulier de chaque
Loge , et de chaque Individu qui voudra se faire un système.
Il est temps de revenir au Convent de Wilhelmsbad ; j'ai trop bien démontré les avantages
qu'il peut procurer à ceux qui y resteront attachés , pour qu'il soit besoin d'insister davan
tage. Après avoir prouvé le bien qui doit résulter du plan qui y a été adopté , s'il peut avoir
son exécution ; après avoir établi qu'elles sont les conséquences des principes que cette Pro
vince a consignés dans ses Regîtres , et du but auquel elle tend avec le plus grand zele d'après
les invitations de son E. le Š . G. M. G. Après avoir dévoilé les conséquences funestes du
projet de Wetzlar il est un autre objet dont je dois m'occuper.
J'ai dû remettre sous vos yeux l'original de la Réponse faite par le Général de la
Province aux Questions préliminaires de l’E . G. M. Cette piece dont la date remonte à 1781 ,
le Convent en a eu connoissance : elle seule suffit pour attester que le R. F. ab Eremo ,
Chancelier Provincial de cette Province , n'a pas porté au Convent un système particulier ;
si c'est un système, il sera celui de tous les f qui auront pensé de même sans commu
nication préalable : le résultat des opérations ne permet plus d'en douter , et l'uniformité de
vues avoit précédé cette preuve. On ne sauroit dire que vous avez été les seuls à juger
ainsi de l'Institution M .: ; mais au moins est-il sûr que ce seroit votre système. Cependant le
F. à Fascia a accusé le F. ab Eremo d'être un Novateur; il a fait injure à la Province , en
supposant qu'elle n'avoit d'opinion que par son Chancelier ; ou qu'attachant peu d'importance
à la chose , son système étoit de n'en point avoir , ou qu'enfin elle se respectoit assez peu pour
souffrir dans son sein un Membre qui auroit trahi vos intérêts et vos principes , et qui auroit
sacrifié vos projets pour faire prévaloir les siens . Je ne sais ce qui a pu donner de vous
cette idée désavantageuse au F. à Fascia. Il me semble qu'ayant connu personnellement les
Membres de cette Province , il auroit dû en remporter une autre idée ; et que par toutes vos
délibérations qui ont précedé et suivi le Convent national, vous avez assez bien prouvé
qu'on ne pouvoit vous taxer , ni de foiblesse , ni de crédulité aveugle , ni de cette indifférence
qui ne peut provenir que de l'ignorance des vrais principes.
Le R. F. ab Eremo a senti ces conséquences ; il s'est dénoncé lui-même, et au même instant il
est venu se justifier, et vous a supplié de le juger avec la plus grande sévérité ; ainsi j'ai dû
songer dans le travail auquel je me suis livré , que je devrois en finissant m'expliquer sur ce
R. 8. J'ai acquis le droit de lui rendre justice , j'ai recherché la véritéavec trop de soin pour être
soupçonné de n'écouter que l'amitié. Si j'avois pu voir les choses du même mil que le F. તે
Fascia , je n'aurois pas , comme lui, dénoncé mes FF . , mes amis , devant tous les Maçons ;
au lieu de les accuser , je me serois voué au silence en plaignant leur erreur ; mais après
m'être convaincu que le F. à Fascia a présenté sous un faux jour, même les intentions du F. ab
Eremo , ce n'est plus la cause de votre Chancelier que je viens défendre ; c'est la vôtre , c'est
l'honneur de cette Province ; vous êtes intéressés à le défendre , j'ose même dire qu'il ne vous
est plus permis de garder le silence .
Ce n'est point assez , ni pour lui , ni pour vous , que nous sachions que notre R. F. ne
ressemble par aucun trait au tableau révoltant que le F. à Fascia a tracé, lequel semble
d'abord ne renfermer le portrait de personne ; mais les différens indices dont il l'a entouré ,
portent le nom de celui qu'il a voulu peindre ; et vainement voudrions- nous nous prêter à
croire que ce n'est qu'une fiction . Déja les Provinces voisines s'éconnent de ce silence , et
semblent nous dire : Vous accusez plus cruellement votre F. qu'il ne l'a été par son détracteur ;
et l'on dit au F. ab Eremo lui-même : Vous vous taisez , vous êtes donc coupable. Devons- nous
exposer ceux qui , avec de bonnes intentions , peuvent ne pas appercevoir que le breuvage
qu'on leur présente , est contenu dans une coupe empoisonnée , et qu'ils vont être victimes de
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leur aveugle confiance ? leur amour propre demandera : Qui est celui qui s'est arrogé le droit.
de donner des loix aux Nations ; on se défiera ainsi des Opérations de W-bad , l'exécution
en deviendra impossible , ou ne s'effectuera que pour un petit nombre de XX , et le F.
à Fascia jouira d'un triste succès .
Nos RR . FF . qui ont coopéré avec le F. ab Eremo à la réédification du Temple, rendus
eux - mêmes suspects à leurs commettans , resteront sans armes pour combattre une prévention ,
foible d'abord , mais qui jettera de profondes racines , et il faudra des siectes pour l'arra
cher , parce que ce germe, en se développant , peut reproduire ce système chimérique de.
restauration mal entendue , qui avoit si fort retardé le progrès de nos connoissances.
Et comment hésiterions-nous , avec des motifs si puissans , à rendre publiquement au R.
F. ab Eremola justice qui lui est due ? Pour prix de ses soins, et de ses travaux , nous lui
offririons une amitié muette , ou plutôt une injuste indifféreoce. Ne seroit-ce pas vouloir
l'éloigner de notre sein ; car après l'Ouvrage du F. à Fascia , quels actes oseroit - il révêtir
de sa signature , sans avoir à craindre qu'au moment où ils arriveroient à leur destination , celui
qui les recevroit n'eût les yeux tixés sur quelques-uns des traits par lesquels le F. à Fascia
a voulu le peindre ?
Mais pourquoi faire des efforts pour vous porter à la justice , envers un F. que vous aimez ,
que vous chérissez tendrement ; envers vous- même , par l'intérêt de l'honneur de cette Pro
vince ; et envers vos FF . , à qui cette erreur peut devenir funeste ? Si je parlois à des hom
mes ordinaires , je devrois peut- être chercher à exciter la sensibilité , à remuer les passions ;
mais devant vous , elles doivent se taire. Vous montrer le mal , c'est tout ce que je dois ;
des Chevaliers qui exercent dans la Cité Sainte , une bienfaisance active , ne restent pas
dans l'inaction , lorsqu'ils peuvent faire le bien , exercer la justice , et consoler leurs FF.
Puisque depuis long -temps vous attendez que j'ouvre une opinion sur cet objet, je vais vous
obéir. Ce ne seroit point assez que par une délibération dont les termes se présenteroient
en foule , vous vinssiez démentir aux yeux de toutes les Provinces , les assertions hardies du
Préfet de Lorraine : un jugement fait l'innocence légale d'un homme ; mais l'opinion justement
appellée la Reine des Dieux et des hommes , appelleroit peut - être de ce jugement: ne crai
gnons pas de rendre compte à tous de nos motifs , approuvons hautement la justification du
Ř . F. ab Eremo qu'il vous a lui- même presentée ; elle doit , à mon avis , être admise dans
la délibération définitive que vous allez prendre.
Que la crainte d'entretenir une discussion publique ne vous retienne point ; ce motif est
de quelque poids sans doute ; mais il ne sauroit l'emporter sur le danger du silence ,
ou d'un jugemeut sans motif qui équivaudroit presque au silence. Peut-être faut- il s'attendré
à une replique : quand on est allé aussi loin que le F. à Fascia , on ne s'arrête pas si- tôt :
il semble à la vérité avoir pris l'engagement de ne pas répondre , et par- là il appelloit la
réponse , afin que si elle n'arrivoit pas , il pût se prévaloir du silence , et que si elle arrivoit
victorieuse , il pût paroître la dédaigner ; mais en supposant qu'il prenne le parti de se taire ,
ceux dont il a bien annoncé qu'il étoit l'organe trop facile , ces mécontens que nous connois
sons , ou que nous ne copnoissons pas , ( car il ne faut pas imiter le F. à Fascia , et ne soup
çonner personne ) ces mécontens anonymes , dis-je , viendront à son aide ; d'avance il leur a
facilité la réponse , en disant : « MM . les Protagoras , à l'aide de sophismes bien alam
» biqués , donneront une solution des plus subtiles ; j'avoue que je n'aurois pas le temps de
» leur répondre, et j'invite les FF . zélés qui auront la parience de me lire d'entrer en lice
» avec eux ; je les préviens qu'il ne faudra que les premiers élémens de la Logique , et
» un grand fond de patience pour sortir de ce combat avec honneur , sur- tout s'ils élaguent
» tout ce qui sera étranger à la these » . ( pag. 182 , 183. ) C'est-à-dire, s'ils ne traitent pas la
question , s'ils vont chercher des principes dans Ciceron ou dans tel autre Philosophe qui n'ont
jamais eu rapport à une Société mystérieuse , s'ils vont puiser leurs exemples dans l'Encyclopédie,
et s'ils continuent à juger de la M .: . par des principes qui ont un caractere et un but si différent
Oui , mes RR . FF ., ou attendez - vous à une réponse , et si elle est jetée dans le même
moule , peut- être devrez-vous laisser le F. à Fascia ou son Chevalier se débattre seul dans
la lice ; ou , s'il ne répond pas , c'est que vous lui aurez enlev