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Le Groupe de Gauche

Le Président

Monsieur Dominique BUSSEREAU


Président
Assemblée des Départements de France
6, rue Duguay Trouin
75006 PARIS

N/Réf. : JLG/GL/DDG/L20-12.12

Paris, le 12 décembre 2020

Monsieur le Président,

Je vous ai adressé hier un courrier afin de vous indiquer la position du Groupe de


Gauche concernant la proposition d’un « accord de méthode » que vous avez transmis à
l’ensemble de nos collègues.

Ce courrier faisait notamment référence à notre conversation téléphonique du


lundi 7 Décembre, au cours de laquelle nous avons échangé sur une perspective d’accord
à venir entre ADF et Gouvernement. J’ai évoqué avec vous le principe d’une méthode de
travail à mettre en place entre nous, permettant de travailler le fond du sujet, et proposé
de nous fixer la date du prochain Congrès de l’ADF, en Avril 2021 à La Rochelle, pour
signer officiellement cet accord avec l’État. Vous avez confirmé la pertinence de cette
démarche et de son calendrier.

J’ai découvert quelques minutes plus tard une dépêche AFP indiquant que M. le
Premier Ministre se rendait aujourd’hui à la Rochelle pour signer un accord local
Charente-Maritime / Etat (ce qui était prévu), mais aussi un accord national ADF / Etat.
C’est à dire, j’imagine, « l’accord de méthode » précédemment transmis.

Vous comprendrez ma stupéfaction, ainsi que celle de mes collègues, concernant


cette annonce.

Vous avez indiqué dans la boucle WhatsApp de la COMEX ADF que « le Bureau
de décembre n’aurait pas eu d’éléments nouveaux (hélas) financiers à discuter », ce qui
justifie sans doute son annulation, et que « ce sujet avait été évoqué par la réunion
précédente de notre Bureau ». Evoqué, certes, mais pas arbitré dans le sens d’une

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Le Groupe de Gauche
signature rapide à venir, et d’un accord sur le fond. De mémoire d’ailleurs, il me semble
que la réserve était exprimée tant sur les bancs de l’Opposition que sur ceux de la
Majorité. Sans doute avez-vous désormais obtenu l’accord de l’ensemble des présidentes
et présidents de la Majorité de l’ADF pour procéder à sa signature.

Vous ajoutez qu’il s’agit d’un « constat d’accord de méthode uniquement » et que
les « délibérations ont bien eu lieu : décentralisation, contrats de plan et de relance. Les
termes « discussions » ou « débats » seraient plus opportuns que « délibérations » : je n’ai
pas le sentiment que nous ayons véritablement arbitré une décision, mais c’est une
manière de procéder assez fréquente dans notre assemblée. Un sorte de « on fait comme
on a dit », qui n’est pas toujours très clair dans la décision prise lorsque le sujet est un
peu délicat.

Je ne vous cache pas que mes collègues sont, dans cette circonstance précise,
particulièrement furieux contre la méthode employée. Il ne peut être imaginable, dans
une assemblée de gouvernance démocratique, que cet accord n’ait pas fait l’objet d’un
vote collectif en assemblée générale. Son importance majeure pour l’avenir de tous nos
départements, qu’ils soient urbains ou ruraux, qu’ils soient de Droite ou de Gauche, en
faisait sans doute la décision la plus importante de la mandature. Après, probablement,
celle de la mise en place de la péréquation horizontale. Et là, vous aviez bien fait passer
la décision au vote, je m’en souviens particulièrement.

Donc, « constat d’accord de méthode uniquement ». Ainsi que l’indiquait mon


précédent courrier, le texte que vous envisagez de signer évoque bien plus le fond des
sujets à traiter entre l’État et nous, volet financier, transferts de compétences, qu’une
méthode de travail.

Vous ajoutez dans la boucle COMEX que « le désaccord financier est clair, mais là
encore, le Bureau a décidé de cranter les maigres acquis, ce qui n’empêche pas de nouvelles
négociations. » Dans ce cas, il eut été bien plus adapté que cet accord détaille une
méthode de travail en interne et en partage avec le Gouvernement, qu’il crante
effectivement les « maigres acquis » financiers, et qu’il donne pour perspective ce que
vous m’avez indiqué, à savoir un accord sur le fond à l’horizon du Congrès. Je pense que
nous aurions compris alors, et probablement validé, la démarche. A la condition, bien
évidemment, d’un véritable engagement de l’État sur sa sincérité.

A l’heure où je vous écris, c’est à dire à quelques minutes de la signature de cet


accord, il est sans doute trop tard pour changer le cours des choses tel que vous l’avez
voulu. Mais votre signature, écrivez-vous, « n’empêche pas de nouvelles négociations ».
Dont acte : nous vous attendons désormais sur ce lendemain, et exigerons beaucoup de
vous. A commencer par une gouvernance plus ouverte et plus démocratique.

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Le Groupe de Gauche
Pour terminer, je veux préciser par écrit un point : contrairement à ce qui semble
être instillé dans les Ministères avec lesquels je suis en contact, le Groupe de Gauche de
l’ADF n’est pas un empêcheur de tourner en rond systématique, qui ne serait jamais
d’accord avec la Majorité de l’ADF et avec le Gouvernement. Les accords réalisés par mes
collègues ou moi-même, autour de la Stratégie Pauvreté, des Territoires 100 % Inclusifs,
de la recentralisation du RSA, du SPI, voire du Pacte de Cahors, témoignent que nous
agissons en élus responsables dans les fonctions que nous occupons, et en partenariat
avec le Gouvernement lorsque nous le jugeons utile.

Un accord national est évidemment souhaitable pour l’ensemble des


départements : la dégradation annoncée de la situation sociale dans notre pays, avec les
missions de solidarité qui sont les nôtres, l’effet-ciseaux et la fragilité budgétaire que
nous constatons toutes et tous, la nécessité de s’interroger sur certains périmètres de
compétences, rendent urgent et vital le partage d’une vision stratégique et des moyens
associés pour notre niveau de collectivité. L’ADF doit en être contributrice via l’ensemble
de ses forces, et nous sommes prêts à y contribuer. Encore faut-il que nous puissions
agir en toute transparence, avec une vraie méthode de travail partagée : malgré
l’affichage de nos commissions, bureaux, COMEX et AG, force est de constater, à l’appui
de cet exemple flagrant et aux conséquences majeures, que notre organisation ne le
permet pas à ce jour.

Ce qui me semble nécessiter, me semble-t-il, l’organisation d’un temps


d’échange élargi pour que nous puissions débattre de cette question.

Je transmets ce courrier à l’ensemble de nos collègues, afin de m’assurer que les


informations que nous échangeons circulent de façon transparente, et qu’ils connaissent
notre véritable état d’esprit.

Recevez, Monsieur le Président, mes meilleures salutations.

Jean-Luc GLEYZE
Secrétaire général de l’ADF
Président du groupe de Gauche
Président du Conseil départemental de Gironde