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L’apatridie à Madagascar

Le terme « apatride » désigne une personne qu’aucun État ne considère comme son ressortissant par
application de sa législation. Plus simplement, un apatride est une personne dépourvue
de nationalité et qui ne bénéficie de la protection d'aucun État.

L’apatridie peut résulter de diverses causes principalement historiques et juridiques : succession


d’Etat, différends entre Etats sur l’identité juridique d’individus ou de groupes d’individus,
marginalisation de certains groupes sociaux, déchéance de nationalité, redécoupage de frontières,
décolonisation ou tout simplement défaut d’enregistrement de naissance…
A Madagascar, l’apatridie a résulté surtout de la décolonisation entraînant la perte pour certains
groupes d’individus de la nationalité française ou de celle de leur pays d’origine, sans qu’ils
n’obtiennent la nationalité malgache. C’est le cas de nombreux immigrants ou descendants
d’immigrants indiens, chinois, comoriens, arabes et des métis. Les minorités les plus concernées sont
les individus d’origine indienne ou karana implantés à Madagascar depuis la fin du XVIIème siècle sur
plusieurs générations. Ils se chiffrent actuellement à environ 25 000 à Madagascar. Toutefois, le
nombre d’apatrides karana, estimé à plusieurs milliers, n’a pas encore pu être précisément
déterminé.
A l’Indépendance, le nouvel Etat était soucieux de préserver son identité nationale. Le législateur
malgache a ainsi fermé la nationalité aux immigrés en optant pour le strict jus sanguini (ou droit du
sang). Créée donc en 1960, la nationalité malgache ne revient qu’à «  toute personne née de père et
de mère d’origine malgache ou issue d’un seul parent malgache, quels que soient leur âge, leur
domicile ou leur résidence à la date du 26 juin 1960 », selon le Code de la nationalité malgache.
Toute personne née avant l’entrée en vigueur du Code, dont l’un au moins des parents est malgache,
était considérée comme malgache. La loi est moins souple pour les métis nés après l’entrée en
vigueur du Code car les enfants nés d’une femme malgache mariée à un homme étranger n’étaient
pas automatiquement malgaches. Cette injustice ne sera corrigée qu’avec la Loi n° 2016-038 du 25
janvier 2017. Comme le droit du sol n’est pas reconnu, le fait de naître sur le territoire malgache ne
confère pas la nationalité malgache à un enfant qui n’a pas d’ascendance malgache confirmée ou
présumée.
L’enfant né de parents apatrides reste ainsi apatride et c’est ainsi que l’apatridie peut se transmettre
sur plusieurs générations, surtout dans les communautés où le mariage est endogame. A
l’Indépendance, les Indiens de souche résidant à Madagascar qui ont la nationalité française sont
ceux qui cumulativement : n’ont aucune ascendance malgache ; sont nés à Madagascar de parents
étrangers entre le 28 janvier 1908 et le 19 novembre 1912 et qui à l’âge de 21 ans étaient domiciliés
à Madagascar et n’avaient jamais été expulsés ; et enfin qui ont souscrit une déclaration de
manifestation de volonté entre l’âge de 16 et 21 ans. Ces critères n’ont pas été remplis par de
nombreux karana qui par ailleurs n’ont pas non plus pu acquérir la nationalité indienne, la preuve
d’une lointaine ascendance indienne étant difficile à apporter.
Aujourd’hui, à Madagascar, la naturalisation reste le seul moyen pour un apatride d’obtenir la
nationalité malgache. Mais le processus semble « bloqué ». Les demandes de naturalisation émanant
de personnes de nationalité indéterminée formulées sur le critère de résidence ou de naissance à
Madagascar ne peuvent aboutir. Depuis 1960, seulement environ 1 600 personnes ont été
naturalisées. La solution pour réduire l’apatridie se trouve ainsi à un niveau politique et diplomatique
entre le Gouvernement malgache et les communautés concernées. Rappelons que Madagascar a
dénoncé dès 1965 la convention relative au statut des apatrides et n’a pas encore adhéré à la
convention sur la réduction des cas d’apatridie.