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Figuier de barbarie ou arganier ? Nouvelles mutations des systèmes agrosylvop...

Figuier de barbarie ou arganier ?


Nouvelles mutations des systèmes
agrosylvopastoraux dans une vallée
de la montagne des Aït Baamrane
(Maroc)
Majda Mourou, Antonin Adam, Cardon Clothilde, Mohamed Aderghal,
Michel Vaillant, Lhassan Benalayat et Bruno Romagny

Introduction
1 Dans certains milieux montagneux, les populations ont développé des pratiques agricoles
et pastorales qui leur ont permis de bâtir des civilisations agraires résistantes aux
grandes transformations des systèmes économiques et aux bouleversements induits par
les perturbations climatiques. Ces pratiques s’appuient sur l’adaptation des systèmes
techniques des exploitations familiales à des formes de gestion du territoire qui
permettent la régulation de l’accès aux ressources.
2 Au sud-ouest du Maroc (voir fig.1), les montagnes des Aït Baamrane font partie des
massifs littoraux qui, en dépit de leur position méridionale, le brouillard aidant, ne
souffrent pas d’une aridité extrême. Leur vulnérabilité tient plus de leur indigence en
terres agricoles, peu fertiles et exiguës, et d’une irrégularité des précipitations.
Constituées dans des assises du primaire, ces terres sont aussi pauvres en ressources
hydriques souterraines (Barathon et al., 2010). Ces montagnes ont fait l’objet, au fil du
temps, de plusieurs vagues de peuplement ayant eu pour résultat l’installation sur un
même espace, et l’usage des mêmes ressources, de populations nomades et sédentaires.
Les interactions entre ces deux modes de vie ont conditionné la mise en place d’un
système agrosylvopastoral basé sur des pratiques de mobilité et de gestion de l’herbe, de
l’arbre et de l’eau. Fondé sur le triptyque céréale-élevage-arganier, ce système s’appuie à

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la fois sur la pluriactivité (apiculture, pêche, etc.), sur des mobilités diverses (nomadisme
nord/sud et transhumance altitudes/littoral) et sur des relations avec l’extérieur
(commerce, migration temporaire, etc.). Encore de passage sporadiquement dans la zone
aujourd’hui, des groupes nomades entre les plaines sahariennes et la zone étudiée
perdurent (Monteil, 1948 ; Blanco, 2015). Cette articulation a permis la reproduction
d’une société composée de communautés dont les rapports étaient inscrits dans le
registre du conflit et de la négociation autour de l’usage des ressources.

Fig. 1 : Territoire des Aït Baamrane dans l’espace national et localisation de la vallée de Tazrout

Source : Justinard, 1929.

3 Depuis les années 1970, le pays des Aït Baamrane fait l’objet d’une plantation massive du
figuier de Barbarie1 ce qui suppose des transformations sur le plan des structures agraires
et des effets notables sur le plan environnemental (Barthes et al., 2016). Ses fruits sont
particulièrement appréciés au Maroc et bénéficient d’une appellation d’origine contrôlée
depuis 2011 : « figues de barbarie Aït Baamrane » 2. Outre les fruits, l’huile des pépins se
vend depuis quelques années à prix d’or3 sur les marchés internationaux des produits
cosmétiques (Agroligne, 2016). Présent depuis le XVIIIe siècle dans le système de
production traditionnel comme complément alimentaire pour les hommes et le bétail, le
cactus a pris aujourd’hui des proportions si importantes en termes de superficie qu’il est
devenu un élément dominant du paysage agraire. Sur le plan environnemental, les études
disponibles montrent un regain de la biodiversité, présentant le figuier de barbarie
comme un facteur de résilience écologique (Genin et al., 2017). Abordé sous un angle
socioéconomique, et au-delà des revenus que cette culture procure aux familles,
l’extension du figuier de barbarie dans ce territoire semble avoir perturbé un ordre
agraire et une organisation territoriale mis en place par des générations d’agriculteurs et
de pasteurs. Ainsi, plusieurs interrogations structurent le champ de notre réflexion.

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Comment le figuier de barbarie a-t-il pu jouer le rôle qu’il tient actuellement dans les
systèmes locaux de production ? Comment les structures agraires ont-elles été
(re)modelées pour faciliter son extension? Quels changements cette culture a-t-elle
introduit dans les rapports sociaux et l’organisation du territoire à différentes échelles ?
Et pour finir, à quelles nouvelles formes de vulnérabilité ce territoire doit-il faire face
aujourd’hui ?
4 Afin de répondre à ces questions, nous avons choisi de porter notre attention sur une
vallée littorale du territoire des Sbouya, celle de l’oued Tazrout (voir fig1). Celle-ci
présente, depuis ses sommets culminants à 900 m jusqu’à son exutoire océanique, des
paysages géomorphologiques et des milieux bioclimatiques variés : forêt d’arganier et
champs cultivés sur les hauts reliefs, figuiers de barbarie sur plateaux vallonnés de
moyenne altitude, terres de parcours sur le plateau littoral. Ce paysage complexe nous est
apparu révélateur de dynamiques agraires variées au sein de cette même unité
géographique. Dans cette région où la donnée quantitative est rare4, nous avons procédé
de manière inductive en mobilisant deux approches complémentaires. Notre cadre
général relève de l’approche du diagnostic agraire5 qui s’attache au temps long en
accordant une place majeure à la compréhension des multiples « relations qui existent
entre l’évolution des rapports sociaux, le mouvement des techniques et les
transformations successives des écosystèmes » (Dufumier, 1996). Cette méthode, qui
comprend trois étapes6, permet de reconstruire et de mettre en cohérence les trajectoires
d’évolution des exploitations agricoles résultant d’un processus de différenciation sociale
à l’œuvre au cours de l’histoire (Cochet, 2011).
5 La première étape a consisté en une analyse des paysages de la vallée. Elle visait à rendre
compte des différents modes d’exploitation du milieu. La deuxième étape, moyennant la
réalisation d’entretiens collectifs (10 entretiens)
dans chaque douar de la vallée, avait pour objet de reconstituer l’histoire des lieux,
l’origine et la trajectoire des lignages,
l’organisation sociale ainsi que les types d’occupation et de gestion de l’espace. Cette
première lecture historique conduite à l’échelle de la vallée a été complétée, face au
manque de données quantitatives disponibles pour la zone et à la faible densité de
population, par une deuxième lecture, à l’échelle micro, en enquêtant de façon quasi-
exhaustive (65 entretiens) les habitants de la vallée selon la fiche AGEVEN7. Celle-ci a
l’intérêt de retracer chronologiquement la trajectoire de vie du chef de ménage
(migration, métier, lieu d’habitat, etc.) à laquelle nous avons intégré des éléments clés de
la trajectoire des exploitations agricoles (achat de terre, plantation du cactus, abandon
d’une activité, etc.). Ainsi, nous avons pu caractériser les transformations agraires d’un
territoire de montagne marqué par la migration et la pluriactivité, et articulé sur l’urbain
proche et lointain. Pour finir, des entretiens complémentaires ont été réalisés, suite à une
première phase d’analyse de manière à valider une typologie des systèmes de production
actuels. L’élaboration d’une typologie constitue la troisième étape d’un diagnostic
agraire : celle-ci vise à mettre en évidence les conditions agro-écologiques (issues de
l’observation du paysage) et socio-économiques (issues de la lecture historique des
évolutions, passées et récentes, de l’agriculture d’une petite région) dans lesquelles les
agriculteurs opèrent.
6 Dans la vallée de Tazrout, c’est à l’échelle du lignage que la différenciation sociale fait
sens (lignages nomades, lignages sédentaires, lignages sans terre). C’est donc l’échelle
retenue pour présenter, dans un premier temps, l’histoire des changements successifs

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dans les modes d’occupation de l’espace mis en place par les différentes vagues de
peuplements ainsi que les diverses formes d’appropriation de la terre qui les sous-
tendent. Dans un deuxième temps, sur la base d’une typologie des systèmes de production
actuels, nous étudions les conditions de vulnérabilité du territoire aujourd’hui avant de
proposer des scénarios futurs. Le tout s’inscrit dans une perspective qui interroge, d’un
côté, les stratégies individuelles et lignagères, placées dans le registre de l’adaptation aux
changements en cours, et de l’autre les politiques publiques porteuses d’un modèle de
développement appliquant des normes de production et d’organisation du territoire.

De l’arganier au cactus, trajectoires d’occupation et de


mise en valeur des terres dans la vallée de Tazrout
7 Trois périodes distinctes sont identifiables dans l’évolution des systèmes de production de
la vallée de Tazrout. La première couvre la fin du XIXe siècle et la période pré-
indépendance et témoigne des logiques de répartition lignagère des terres et du travail.
La seconde correspond à une phase de transformation des systèmes de production
résultant d’une combinaison d’évènements sociopolitiques. Quant à la dernière (des
années 1990 à aujourd’hui), elle se caractérise par un intérêt (notamment économique)
croissant pour la culture de figuier de barbarie et l’émergence de conflits fonciers. La
figure 5 permet de situer, au fil des évènements historiques énoncés, la trajectoire à la
fois des lignages et des formes de propriété correspondantes.

Les formes d’accès à la propriété de la terre : origine et transmission


jusqu’en 1960

8 Outre les dons et transmissions matrimoniaux et tribaux qui ont de tout temps été
mobilisés pour légitimer l’accès à la propriété, différentes formes de propriété actuelles
résultent des interactions des peuplements successifs de la zone.
Selon les entretiens réalisés, le droit du premier occupant est entendu localement soit
comme l’installation de personnages saints à l’origine des lignages de
chorfa8
et des territoires actuels portant leurs noms (Ouled Driss, Sidi Ouerzeg et Sidi Ali Outoul) ;
soit comme la sédentarisation de lignages jusqu’alors nomades (Ouled Dlim, M’rabtine,
Rguaybat) sur leurs terres de parcours, en particulier littorales. Sur ces mêmes
territoires, et à une échelle de temps semblable, d’autres groupes humains, lors de
conflits guerriers, ont obtenu des droits fonciers dits « par dépossession ».
9 À la fin du XIXe
siècle, une autre forme d’accès à la terre résulta de la nomination de notables étrangers
par le pouvoir central (
makhzen). Ces derniers, maitrisant l’écriture et les textes,remettent en question le droit
coutumier sur la base des droits positifs et religieux pour s’approprier les terres de
différentes tribus et fractions. Ils instituent ainsi la propriété privée individuelle, le melk,
qui devient la forme de propriété dominante. Cependant des formes de propriété
indirecte de la terre existent, comme les terres dites Rhan qui renvoient à une forme
d’antichrèse. Il s’agit d’un contrat

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institué pour faire face à des évènements de grande ampleur (épidémies, sécheresses,
guerres) à l’origine de dépeuplements importants et/ou de vastes mouvements
migratoires (Rosenberger, 1977). Avec la réduction de la main-d’œuvre disponible les
grands propriétaires cédaient des terres, en contrepartie d’un temps de travail, aux
lignages sans terre, généralement descendants d’anciens esclaves.
Deux types de Rhan sont mentionnés : le Rhan hart « Rhan sur culture », qui suppose
l’obligation de la céréaliculture et concerne des terres relativement planes ; et le Rhan hor
« Rhan libre » qui, comme son nom l’indique, ne comporte aucune obligation et s’établit
principalement pour les larges versants peu fertiles et difficiles à cultiver en céréales.
10 Comme énoncé en introduction, deux grands types de systèmes de production coexistent
durant cette période. Un premier est nomade, du ressort des populations du Sud, et un
second, est agrosylvopastoral transhumant. Au début du XXe siècle et pendant la
colonisation, la forêt d’arganiers
est intensivement exploitée pour le charbon, notamment dès sa domanialisation par les
Espagnols et en réponse à l’augmentation de la demande urbaine. Outre cette perte de
ressource majeure,
la céréaliculture souffre des effets de la sécheresse et du manque de main d’œuvre
agricole.En effet, des hommes ont été recrutés de force par l’armée espagnole et déplacés
vers l’Espagne et le nord du Maroc, tandis que d’autres se faisaient commerçants plutôt
vers le Sud. Ce dépeuplement de la région n’a pas pour corollaire un abandon des terres.
Les retours étaient fréquents et les solidarités entre migrants et habitants favorisaient la
permanence des systèmes de production. Ces mouvements n’ont pas modifié la
répartition du foncier mais l’élevage transhumant s’est réduit concurremment à la
céréaliculture. Les systèmes de production agricole anciens perdurent ainsi dans leurs
logiques tout en s’appuyant de plus en plus sur l’extérieur.

Émigration et extension du figuier de barbarie : les facteurs d’une


seconde rupture agraire entre les années 1960 - 1990

En 1969, l’enclave espagnole de Sidi Ifni est récupérée par l’État marocain. Face aux
11 difficultés économiques et à la baisse des revenus agricoles
, c’est vers le nord du pays et l’Europe que se tournent les Baamranis pour chercher du
travail (Bennafla, 2010). Leurs apports financiers servent dans un premier temps au
maintien de l’agriculture et à un renouveau temporaire de l’élevage jusqu’à l’épisode de
sècheresse du début des années 1970. Après la « Marche Verte9», en 1975, l’État marocain
cherche à développer les nouveaux pôles urbains du Sahara (Laayoune, Essemara et
Eddakhla). De multiples opportunités d’emploi attirent alors la population de Tazrout.
Dans les
années 1980, la migration devient essentiellement nationale (Casablanca) et régionale
(Agadir, Tiznit, Guelmim, Sidi Ifni) à la recherche de meilleures conditions de vie et
prend alors une dimension familiale. Une trentaine d’années suffisent à la commune de
Sbouya pour perdre plus de la moitié de sa population résidente (voir fig2).

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Fig 2 : courbe d’évolution du nombre de ménages dans la commune de Sbouya d’après les données
du Haut Comissariat au Plan

Source : recensement hcp Maroc.

Pendant cette période, des plantations massives de figuiers de barbarie ont lieu alors
même que la vente de ses fruits ne rapporte pas encore. Les paysages locaux sont
largement reconfigurés par cette innovation culturale endogène qui nécessite peu de
travail à l’unité de surface tout en constituant un puissant marqueur de propriété. Mais
l’expansion du figuier de Barbarie constitue sans nul doute une bifurcation majeure dans
la trajectoire de vulnérabilité de la vallée de Tazrout. Dans les années 1990, quand sa
rentabilité s’affirme, le figuier devient une culture source de compétition et de conflit
12 entre et au sein des familles.

Vers l’individualisme et la spécialisation des systèmes de


production

13 Entre 1987 et 2011, la surface plantée en figuier de Barbarie dans la commune de Sbouya a
doublé (Barthes et al. 2016) (voir cartes fig. 5). Cet essor est stimulé notamment par les
revenus que la culture engendre ainsi que par le soutien de différents programmes
étatiques : lutte contre la désertification10 et promotion des cultures de rente dans le
cadre du pilier II du « Plan Maroc Vert »11. Mais l’extension du figuier de barbarie ne
concerne pas toutes les terres. Aujourd’hui encore, le Rhan hart continue à être utilisé en
céréaliculture et verrouille l’utilisation de certaines terres d’où la permanence d’espaces
cultivés en céréales ou laissés à la friche (voir fig. 4). À l’inverse, les terres en Rhan hor,
s’étendant sur les versants, sont cultivées depuis longtemps en cactus. Ce contrat
n’existant légalement pas, la propriété de la terre est ainsi revendiquée par l’usage.
Auparavant sans terre, les détenteurs de ces Rhan hor ont profité de l’exode massif et du
flou juridique lié à la non-reconnaissance de ces baux pour devenir les grands
propriétaires d’aujourd’hui (fig3).

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Fig. 3 : Synthèse des caractéristiques des contrats de Rhan (d’après les auteurs)

Source : auteurs, 2017.

14 Longtemps abandonnées à la friche ou sous-exploitées, les terres sur versants sont


revalorisées avec la plantation de cactus faisant basculer les rapports de forces lignagers
initiaux. Un basculement semblable est observé sur le foncier littoral qui, d’un espace aux
faibles aptitudes agricoles et servant majoritairement de pâturage, est devenu un espace
à fort potentiel touristique et résidentiel.
15 La population originaire de la zone a décuplé en ville, tout en conservant un lien
territorial dont la terre est l’élément central. Les conflits qui découlent de ces
changements se sont multipliés, notamment avec le retour plus régulier des migrants
attirés par la rentabilité en hausse du foncier. Au sein des familles, il s’agit d’avoir sa
propre terre afin d’en tirer seul les bénéfices. Dans le cas des lignages, les propriétaires de
Rhan veulent récupérer leurs terres de ceux qui les exploitent. Et dans le cas des tribus, ce
sont des pans entiers du littoral qui sont revendiqués.

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Fig. 4 : Paysage témoignant du processus d’extension des surfaces cultivées en figuier de barbarie
par reconversion successive d’unités paysagères jusque-là autrement mises en valeur

Source : auteurs, 2017.

16 Les différentes tenures foncières existantes aujourd’hui relèvent donc d’une diversité de
modes d’occupation de l’espace et d’une succession de transmissions qui ont évolué dans
le temps au gré des droits de référence (coutumier, religieux ou positif) et de leur mise en
valeur. Aujourd’hui, le droit moderne est déterminant et l’attribution de titres de
propriété fait l’objet de conflits majeurs au sein des familles (terres melk), des lignages
(terres de Rhan) et des tribus (terres collectives).

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Fig. 5 : Schéma de synthèse sur les trajectoires historiques des lignages et des modes de mise en
valeur des terres (d’après les auteurs)

Source : auteurs, 2017.

Systèmes de production et vulnérabilités actuels


Le cactus au cœur des systèmes de production

17 Cinq différents systèmes de production ont été identifiés dans la vallée aujourd’hui.
• Le premier (S1) repose sur l’élevage nomade de dromadaires et de chèvres pratiqué par des
tribus du Sud qui traversent le territoire périodiquement. Il est de plus en plus contraint
dans ses mouvements par les surfaces de figuiers, qui servent néanmoins de fourrage, sous
condition d’accord avec les propriétaires, durant les années de sècheresse trop sévères.
• Un second système, agropastoral (S2), repose en majorité sur l’élevage et un foncier
important conservé en pâturage du fait de son statut collectif. Il est localisé en particulier
sur le littoral où les figuiers sont peu productifs et la céréaliculture est pratiquée aisément
(des surfaces planes et une humidité permanente). Les revenus des foyers résidents sur place
sont complétés par i) le travail salarial lors de la récolte de figuier de barbarie ; ii) l’aide
financière extérieure des migrants. Aujourd’hui, ce système est menacé par la diminution
continue des espaces de pâturages impliquant l’augmentation des charges d’alimentation
(stabulation) et donc la réduction de la taille des troupeaux.
• Les tenants du système agrosylvopastoral diversifié (S3) se situent dans les espaces
montagneux encore couverts de forêt. Ils bénéficient de la diversité des sources de fourrage
pour maintenir un petit élevage mais ont converti une partie de leurs terres en cactus. Ils
vivent sur place mais peuvent éventuellement aller travailler dans les villes proches (Sidi
Ifni et Guelmim), lorsque leur calendrier agricole le permet. Certains travaillent comme
ramasseurs lors de la récolte des figues, une fois leurs plantations récoltées.
• Un quatrième système (S4) s’apparente à une agriculture résiduelle d’autosuffisance.
Répartis dans l’ensemble de la zone d’étude, ces agriculteurs élèvent quelques bêtes (des
moutons, des chèvres et plus rarement des vaches) et cultivent un peu d’orge pour les
nourrir en complément des ressources pâturées. Peu à peu, ils convertissent leurs parcelles

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de céréales en cactus, réduisant d’autant l’élevage des petits ruminants. Ils passent la
majorité de l’année sur place mais vivent d’autres activités entre les pics de travaux
agricoles (maçonnerie par exemple).
• Pour finir, le système spécialisé en cactus (S5) se retrouve dans toute la zone et occupe la
majorité des terres. Il ne concerne pas seulement des foyers, mais aussi des familles élargies
dont un représentant occupe parfois les lieux. Ce dernier assure le suivi des terres familiales
en observant parfois un des systèmes de production précités. Les principaux bénéficiaires
des revenus issus de la culture du cactus ne sont que rarement sur place et gèrent à distance
leur production.
18 Ajoutons que les bénéfices dégagés par le figuier de barbarie varient selon l’emplacement
de la parcelle (accès, exposition), la variété plantée (précoce, tardive), la demande (prix
variant du simple au décuple) et les modalités de ramassage des fruits (travail familial,
travail salarié, vente sur pied, etc.). Cette diversité traduit une forte logique marchande
associée à l’intégration de nombreux acteurs dans la filière (intermédiaires, grossistes et
transporteurs). Ces derniers contrôlent les prix et assurent parfois le ramassage des fruits
(selon des contrats variés), directement acheminés vers Agadir ou Casablanca. Les
bénéfices restants, peu calculables, sont distribués aux membres des familles selon des
modalités d’entente propres à chacune.

Vulnérabilités actuelles

19 Le figuier de Barbarie, de par ses caractères physiologiques, est une culture


particulièrement bien adaptée aux conditions agro-écologiques locales. Pour autant, son
extension sous forme d’une monoculture et son mode de reproduction par bouturage,
peuvent laisser craindre une potentielle contamination ou maladie qui toucherait de fait
l’ensemble des plans, très proches génétiquement. À ce titre, une cochenille (Dactylopius
opuntiae), qui se propage au Maroc depuis 2015, constitue une menace pour les espaces
aujourd’hui si productifs et sur lesquels reposent de nombreux ménages (S2-S3-S4). Sur le
plateau littoral, la spéculation foncière à visée touristique bat son plein. Là aussi, le cactus
y est planté, mais en tant que marqueur de propriété dans l’attente d’une autorisation de
construction. L’augmentation de la population revendiquant ses droits d’accès à la terre
aggrave les conflits sur la base de tenures foncières diverses et non stabilisées (Rhan,
indivision), favorisant l’accaparement des terres les plus convoitées par les mieux
informés et les plus aisés.
20 Cette mainmise sur le foncier se répète, parfois à travers les mêmes acteurs, dans la
redistribution des bénéfices du figuier de barbarie. En effet, les marchés destinataires
sont très éloignés de la zone et les intermédiaires imposent leurs prix. Les marges de
manœuvre de certains acteurs sont ainsi particulièrement réduites, laissant aux
intermédiaires la plus grande part de la valeur finale du produit. Les grands propriétaires
terriens jouent parfois ce rôle en négociant directement avec les grossistes grâce à
l’importance de leur production et à leurs réseaux personnels. De nombreux projets
(coopératives, usine de transformation, boutique de vente à Sidi Ifni) n’ont pas réussi à
améliorer la situation des populations restées sur place (S2, S3, S4). À l’instar d’autres
produits dits de terroir au Maroc, comme l’huile d’argan (Romagny et al., 2016), la valeur
ajoutée générée par le figuier reste entre les mains de quelques-uns (S5) et n’est que très
peu investie sur place. Le figuier de barbarie a donc participé à l’accroissement des

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inégalités socioéconomiques entre ceux qui ont continué d’habiter les lieux et ceux qui
sont partis.
21 L’extension spatiale du figuier de barbarie s’est faite au détriment des terres de pâturages
dont les superficies se sont réduites. Il a aussi rendu inaccessible au bétail les dernières
jachères et chaumes des terres cultivées. De même, la complémentarité saisonnière entre
le haut de la vallée et le plateau littoral n’est plus de mise. Par extension, ce sont aussi les
nomades (S1) qui ne peuvent plus compter sur cette zone dans leurs mouvements
interannuels imposés par les aléas climatiques.

Et demain ?
22 Dans le territoire de Sbouya, on est donc passé de deux systèmes de production
complémentaires, reposant sur des ressources rares mais gérées pour en assurer la
durabilité et s’appuyant plus ou moins sur l’extérieur, à une diversité de systèmes dont
les bénéficiaires sont peu ou pas présents sur place, reposant sur une ressource quasi
unique, le figuier de Barbarie. Ce dernier apparait d’un côté comme une innovation locale
particulièrement adaptée à un contexte de changement climatique et d’exode rural,
participant à la résilience écologique du territoire (Barthes et al. 2016 ; Genin et al. 2017).
Mais d’un autre côté, il est le catalyseur de transformations agraires majeures d’un
système jusque-là résilient d’un point de vue socioterritorial et aujourd’hui menacé par
divers facteurs notamment économiques et écologiques (dans le cas d’une monoculture).
23 Pour faire suite à cette trajectoire de vulnérabilité, nous avons imaginé deux scénarios
possibles pour ce territoire. Le premier n’est autre que la poursuite des dynamiques à
l’œuvre actuellement sans changements majeurs dans les politiques publiques et les
stratégies des acteurs. Le second correspond à un scénario proposé par Genin et al. (2017),
scénario qui favorisait la résilience écologique à travers le cactus et l’arganier et la
reforestation des terres nues. Sur cette base, nous proposons d’autres éléments afin de
réduire les vulnérabilités à la fois socio-économiques et écologiques précitées.

Une politique du laisser-faire sous couvert de l’action

24 Sur le plan économique la valeur des fruits du cactus est intéressante pour améliorer les
revenus des populations. L’État, en finançant les outils d’une filière (coopératives et
unités de valorisation locales), comptait promouvoir le développement, la reprise agricole
et la fixation de la population (CGAAER, CGDA, 2010). Mais la réalité est toute autre. Gérée
à distance et en partie accaparée, cette production n’améliore pas les conditions de vie de
ceux qui habitent sur place, voire les dégrade. Ainsi, l’État favorise, par le développement
de la filière mais pas de son organisation, le principe du plus fort sous couvert d’un
réinvestissement de son rôle d’acteur territorial. Au cœur de cette dynamique, c’est une
intensification progressive en capital (accroissement des surfaces, recours à de la main
d’œuvre salariée, désherbage et sarclage des inter-rangs, sélection variétale, traitements
phytosanitaires, etc.) à des fins de rentabilité économique maximale des figuiers qui
semble être le modèle visé. En poursuivant dans cette logique, il est probable que les
points de vulnérabilités soulevés dans la première partie de cet article s'accentuent : une
plus grande sensibilité écologique et une répartition inégale de la richesse créée par la
monoculture du cactus.

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25 Outre les aspects productifs des terres cultivées en cactus, les dynamiques en cours sur le
littoral laissent entrevoir sa potentielle valorisation touristique et résidentielle. Cette
valorisation, en attente de clarification foncière, sera éventuellement le fait
d’expropriation étatique ou d’acteurs ayant les moyens d’action les plus étendus (réseau,
information, capital, etc.). À l’instar du développement touristique balnéaire au Maroc et
ailleurs, il est probable que les retombées économiques ne se fassent pas au profit des
populations locales (Berriane et al. 2014).
26 Nous pouvons donc imaginer un territoire divisé entre un intérieur cultivé intensivement
en cactus et un littoral touristique urbanisé, sans liens entre eux. Les nouvelles formes de
vulnérabilités qui résulteraient de ces valorisations ne sont pas inconnues : pollutions
diverses, érosion, inégalités littoral/arrière-pays, etc.

Entre politiques publiques et pratiques paysannes : un autre


scénario face aux changements globaux

27 Les pratiques paysannes évoluent, elles sont revisitées pour répondre aux exigences d’un
contexte toujours nouveau. La reproduction des systèmes et le maintien de certaines
activités traditionnelles, telles que l’apiculture et la production d’huile d’argan,
traduisent la résilience d’un système qui peut sembler en désuétude. Du point de vue
écologique, l’expansion du cactus s’articule avec les autres éléments de l’agro-écosystème
en favorisant notamment la régénération de l’arganier et d’une flore mellifère
particulièrement riche (Aafi A., 2007).
28 A ce titre, Genin et al. proposent un scénario qui découlerait de ces interactions
écologiques et humaines avec la mise en place d’un parc agro-forestier associant
principalement cactus et arganiers dans un nouvel équilibre écologique productif. Alors
que ce scénario repose en partie sur l’arrêt de l’élevage, nous faisons de notre côté
l’hypothèse de son maintien comme activité ayant une dimension identitaire non
négligeable et qui conserve son rôle dans les espaces forestiers comme pour certaines
parcelles mixtes et surtout en ce qui concerne le littoral, peu propice à l’arganier.
L’élevage fait perdurer la mise en valeur des fourrages disponibles (arganiers, cactus,
adventices), permet un transfert de fertilité et assure une épargne les années les plus
sèches. Ajoutons que les liens historiques entre montagnes et espaces littoraux peuvent
laisser imaginer de nouvelles complémentarités en termes d’organisation des productions
(variétés) et des récoltes (saisons). Les effets néfastes, écologiques et économiques, d’une
homogénéisation du paysage sous la forme d’une monoculture seraient ainsi
potentiellement écartés.
29 Seulement, une autre faiblesse des populations locales réside dans leur faible pouvoir de
négociation lors de la vente de leurs produits. Étant donné les difficultés actuelles
rencontrées pour la vente des produits de terroir (huile, miel, figue), il est probable que le
même scénario d’accaparement de leur valeur se reproduise. C’est en ce sens que les
politiques publiques pourraient agir, notamment à travers l’organisation des filières et
l’application des principes d’une économie sociale et solidaire plus équitable. D’autre
part, et malgré les nombreux écueils de ce genre de projet, la vocation touristique du
littoral pourrait s’envisager en parallèle du développement d’un tourisme intérieur, rural,
qui, tout en enrichissant l’offre touristique de la région, assurerait des revenus
complémentaires aux populations restées sur place (hébergement, achat des produits,
etc.).

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Figuier de barbarie ou arganier ? Nouvelles mutations des systèmes agrosylvop... 13

30 Et dernier point, nous l’avons vu à maintes reprises, les mobilités spatiales et les liens
familiaux ont structuré ce territoire. Aujourd’hui, il serait envisageable de tirer parti de
complémentarités extraterritoriales comme c’est déjà le cas pour certains migrants de
retour qui cherchent à réintégrer le territoire en finançant l’accès à l’eau, la rénovation
des maisons, la construction des mosquées et des routes. Demain, par leurs transferts de
capitaux et de savoirs, ils pourraient appuyer la transformation des systèmes en place à
travers des innovations diverses et leur financement, comme cela est déjà observé dans le
cas de l’apiculture par exemple.

Conclusion
31 Quelle aurait été la trajectoire de la vallée de Tazrout sans le figuier de Barbarie ? Le
paysage d’aujourd’hui serait-il majoritairement dominé par une forêt reprenant ses
droits, conséquence première d’un exode rural qui se serait étiré jusqu’à nos jours ? Si le
figuier de Barbarie ne semble pas inciter au retour, il n’en apparaît pas moins, au premier
abord, comme cette plante miraculeuse, combinant à la fois adaptation aux conditions
agro-écologiques de la vallée et réponse aux besoins sociaux du moment : moyen de lutte
contre la désertification, marqueur de propriété, itinéraire technique simplifié à
l’extrême (un pic de travail à la récolte) permettant son « pilotage à distance » par des
propriétaires résidant hors de la vallée, source de revenus non négligeable non seulement
pour les producteurs de figues mais également pour ceux qui tirent parti de ces vastes
espaces cultivés (apiculteurs), autant d’éléments qui participent de la transformation
(l’atténuation ?) de la vulnérabilité de ce territoire de montagne.
32 Ceci étant dit, l’essor (depuis plus de 30 ans) du figuier de Barbarie dans la vallée de
Tazrout porte en germe un certain nombre de risques susceptibles de modifier, à plus ou
moins brève échéance, la trajectoire de ce territoire vers une plus grande vulnérabilité
aux changements de toute nature (climatiques, écologiques, sanitaires, socio-
économiques) : en particulier (i) l’extension de la monoculture du cactus et, par voie de
conséquence, la simplification à l’extrême d’un écosystème dès lors plus sensible aux bio
agresseurs (dont la cochenille), (ii) le durcissement de conflits sociaux notamment autour
de l’accès au foncier et de la répartition de la richesse créée par la production de figues de
Barbarie.
33 Si les initiatives prises jusqu’ici par l’État pour promouvoir le développement de la filière
du figuier de Barbarie sont à souligner, sans doute conviendrait-il de créer les conditions
d’un développement alliant davantage respect des équilibres écologiques (association
figuier de Barbarie/arganier au sein de systèmes agro-forestiers) et justice sociale
(réduction des inégalités, « juste » rémunération du producteur, modalités d’accès au
foncier).

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Figuier de barbarie ou arganier ? Nouvelles mutations des systèmes agrosylvop... 14

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Maroc), Collection Les chemins de l’ethnologie, Éditions CNRS – MSH

NOTES
1. Tachelhit : aknari, lat. Opuntia ficus-indica
2. http://www.agriculture.gov.ma/node/241
3. Environ 8t/ha de rendement en fruit dans la zone, 1 tonne de fruits frais = 1 litre d’huile,
vendue entre 800 et 1000 €.
4. Le dernier recensement agricole à l’échelle de l’exploitation date de 1996. Les recensements de
la population sont décennaux (1994, 2004, 2014) et réalisés à l’échelle communale et non du
douar.
5. Cet article s’inscrit dans la continuité d’un travail collectif amorcé en 2012 dans la région au
sein du LMI MediTer. Les enquêtes à la base de cet article ont été réalisées dans le cadre d’un
stage d’ingénieur de six mois (C. Cardon) et de trois thèses en géographie (M. Mourou, H.
Benalayate, A. Adam) sous l’encadrement de M. Aderghal, M. Vaillant et B. Romagny. Cette
recherche a bénéficié du soutien de l’Agence Nationale de la Recherche (France) dans le cadre du
projet « Med-Inn-Local » (2013-2017, ANR-12-TMED-0001).
6. Elle en comprend en fait une quatrième (évaluation des performances technico-économiques
des exploitations agricoles archétypiques) qui, au regard des objectifs de l’étude, n’a pas été
mobilisée ici.
7. Antoine, Bry & Diouf, 1987.
8. Les saints font référence aux premiers occupants d’un lieu devenu emblématique et sacré.
Leurs descendants, désignés comme chorfa, représentent un lignage saint.
9. Marche symbolique organisée par le Maroc vers le Sahara espagnol afin d’en revendiquer la
possession.
10. Dispositifs de reboisement et de régénération de l’arganier favorisant les systèmes associant
plusieurs espèces dont le figuier (Qarro et al., 2010)
11. Politique nationale de développement agricole lancée en 2008 et reposant sur deux piliers : i)
l’intensification destinée aux marchés urbains et d’exportation et ii) la lutte contre la pauvreté
dans les zones rurales marginales.

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RÉSUMÉS
Dans le pays Ait Baamrane (Anti-Atlas marocain), la vallée de Tazrout se caractérise par des
conditions agro-écologiques peu favorables à l’agriculture (climat aride, relief accidenté, sols
pauvres). Les populations ont pendant longtemps fait face à cette vulnérabilité en tirant parti de
ce milieu par une gestion combinée et concertée des ressources agrosylvopastorales et par des
mobilités spatiales diverses. Mais les perturbations du XX e siècle ont eu pour conséquence la
transformation structurelle des systèmes agraires et une déstabilisation des fondements sociaux
de l’organisation territoriale. La plantation massive de figuier de barbarie (cactus) semble avoir
accompagné cette transformation. Selon les études effectuées dans la région, le cactus a favorisé
le retour d’un relatif équilibre écologique, signe de résilience. Mais qu’en est-il de ses retombées
socioéconomiques ? Son expansion ne serait-elle pas un catalyseur des transformations du
système et un facteur d’accentuation de la vulnérabilité sociale ? En s’appuyant sur une approche
systémique et géo-historique des structures agraires, cet article cherche à comprendre comment
les changements successifs dans i) les modes de mise en valeur et d’occupation de l’espace et ii)
les politiques publiques, ont abouti aujourd’hui à de nouvelles vulnérabilités. Afin de donner un
prolongement à la trajectoire de vulnérabilité de ce territoire, un scénario alternatif à la marche
qui semble être prônée par l’État aujourd’hui, est étudié.

The Tazrout valley, embedded in the Ait Baamrane area (Moroccan Anti-Atlas), is characterized
by agro-ecological conditions hardly favorable to agriculture (arid climate, rugged terrain, poor
soils). For a long time, people tackled these environmental challenges through the combined and
concerted management of agrosilvopastoral resources and of various spatial dynamics. However
climatic disturbances during the 20
th

century have resulted in the structural transformation of agrarian systems and the
destabilization of the social foundations underlying the territory's organization. The widespread
planting of prickly pear (cactus) seems to go hand in hand with these changes. According to
studies carried out in the region, the cactus has favoured the return of a relative ecological
equilibrium; being a sign of resilience. But what about socio-economic benefits? Could the
cactuses’ expansion not be a catalyst of the system’s transformation as well as an aggravating
factor of social weaknesses? Based on a systemic and geo-historical approach to agrarian
structures, this article seeks to understand how successive changes in (i) modes of spatial
development and occupation and (ii) public policies have lead today to new vulnerabilities. In
order to propose an extension to the trajectory of the territories vulnerability, an alternative
scenario to the advancements, seemingly advocated by the State today, is studied.

INDEX
Keywords : argan tree, cactus, agrarian dynamics, land, mobility, landscape, resilience, Sidi Ifni,
vulnerability
Mots-clés : arganeraie, cactus, dynamiques agraires, foncier, mobilité, paysage, résilience, Sidi
Ifni, vulnérabilité

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AUTEURS
MAJDA MOUROU
LITOPAD UM5 de Rabat, LMI-MediTer. majda.mourou@hotmail.fr

ANTONIN ADAM
IRD, GRED, LMI-MediTer. antonin.adam@ird.fr

CARDON CLOTHILDE
LITOPAD UM5 de Rabat, LMI-MediTer

MOHAMED ADERGHAL
LITOPAD UM5 de Rabat, LMI-MediTer

MICHEL VAILLANT
ISTOM, Cergy

LHASSAN BENALAYAT
Université Ibn Zohr, Agadir

BRUNO ROMAGNY
IRD, LPED, LMI-MediTer

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