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NOTE DE SYNTHESE

A partir des textes joints, vous présenterez l'évolution des enjeux de la politique de l'eau et les outils
d'une gestion durable de la ressource en eau au Maroc.

Vue du ciel, la terre est bleue d'où son nom de planète bleue. Cette couleur a pour origine un élément
constitutif de toute vie sur la terre : l'eau. Ces trois lettres portent en elles un précieux liquide qui bien
que présent sur les deux-tiers du globe terrestre est en réalité rare puisque l'essentiel est constituée
d'océans et de banquise. La part disponible pour l'eau potable, source de toute vie est assez réduite et a
de tout temps été essentielle. En contrôlant un puits, on pouvait tenir une ville. Si notre pays n'a plus
de difficultés à se procurer de l'eau : ouvrir un robinet est un geste si simple qu'il est facile d'oublier
qu'une majeure partie de la population mondiale souffre de difficultés d'accès à l'eau potable.
D'ailleurs, certains prédisent qu'on se battra un jour pour l'eau comme l'on s'est battu pour le pétrole au
20ème siècle et l'or au 19ème siècle. Quoiqu'il en soit la gestion et l'accès à l'eau relève de nombreux
enjeux complexes, variés et parfois contradictoires qui nécessitent de pouvoir disposer et d'articuler les
outils adéquats à une gestion durable de cette ressource

1° De l'accès à l'eau à la préservation des milieux aquatiques : évolution et diversité des enjeux

Pendant longtemps, l'accès à l'eau a été pour les marocains (comme pour bon nombre de personnes
encore dans le monde) une difficulté. Il fallait aller chercher l'eau de puits, une corvée fastidieuse et
pénible. En ce sens l'accès à l'eau potable à la maison a constitué une révolution pour nos aïeux que
l'on peine à imaginer aujourd'hui. Ainsi, l'accès à l'eau a constitué le premier enjeu pris en compte.

a) l'accès à l'eau potable :

Le code civil napoléonien instaure des régimes de propriété et d'usage des cours d'eau et des
sources. Les maladies ayant lieu vers 1830 (choléra) et le développement d'une part de
l'urbanisation et d'autre part, la montée des préoccupations hygiénistes amènent à ce que la
qualité de l'eau disponible devienne un fort enjeu de santé publique. Progressivement sont
ainsi créées durant la deuxième moitié du 19 è siècle, les premières compagnies des eaux, qui
obtiennent des concessions de distribution des eaux par les communes. Début 20 è siècle, ce
mouvement se poursuivra même si la généralisation de l'accès à l'eau courante ("le robinet"
dans le langage populaire) n'interviendra que dans les années 50-60. Une fois cette question de
l'accès à l'eau potable posée, il convient de pouvoir assurer la disponibilité de la ressource
pour tous et pour tous les usagers et dans de bonnes conditions.

b) la gestion et la planification de l'accès à l'eau :

Dès la fin du 19è siècle, l'Etat est intervenu pour règlementer les usages de l'eau. La
conciliation des divers usages (consommation humaine, industrie, agriculture, production
hydro-électrique) est une nécessité. Dès les années 1960, un système original de gestion et de
planification de l'eau est mis en place avec la création des bassins hydrographiques dotés de
structure consultative (les comités de bassin) et d'un organe exécutif (les agences de l'eau). Ce
système inspirera la directive européenne de 2000 visant à harmoniser la gestion de l'eau. La
difficulté majeure repose de concilier les divers usages qui peuvent être parfois
contradictoires. L'agriculture, absorbe ainsi une part très importante de la production en eau
mais n'assure pas le financement y correspondant. De même, la conciliation de l'intérêt de

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l'énergie hydro-électrique, comme source d'énergie renouvelable, peut parfois se heurter à la
préservation et au renforcement des milieux naturels. Une fois l'eau distribuée, faut-il encore
pouvoir disposer d'une eau de bonne qualité.

c) la préservation de la qualité des eaux : un impératif de santé publique

Cet impératif a conduit à ce que tout rejet ou prélèvement d'eau fasse l'objet d'une autorisation
(1973). Néanmoins, si cette mesure a montré son intérêt pour le milieu industriel, son
efficacité est restée faible pour la pollution diffuse d'origine agricole. Des directives (1980 sur
la qualité des eaux de consommation et 1991 sur le traitement des eaux usées) constituent le
socle du dispositif juridique en vigueur. Même si la qualité de l'eau distribuée est parfaitement
satisfaisante et que le coût financier et écologique (déchets plastiques) de l'eau minérale
distribuée en bouteilles est sans commune mesure, le Maroc a pu faire l'objet de
condamnations notamment pour cause de teneur en nitrates trop élevée. Ici, il faut évoquer la
question de principe "pollueurs-payeur" qui se heurte à de nombreuses difficultés et
oppositions notamment dans le secteur agricole. Afin de préserver la qualité de l’eau
distribuée, le traitement des eaux nécessite des processus de plus en plus complexe et couteux.
Cette question nécessite de lourds investissements qui a généré le développement de contrats
de concessions entre les collectivités locales et des compagnies privées chargées de la mission
du service public de la distribution de l'eau. Ce système bien qu'encadrée à plusieurs reprises
(lois de 1993/1995) est critiquée par certains qui lui reprochent son coût qui serait plus élevé
que dans le cas de gestion publique directe par des régies communales. L'une des questions
majeures est celle du coût des installations (station d'épuration) des eaux usées. Même si de
gros progrès ont été heureusement réalisés, la nécessité de contrôler les rejets effectués est le
premier gage de la qualité de l'eau distribuée, sans nécessité de traitements coûteux,
complexes et dont certains aspects sur la santé sont parfois discutés. Au delà de la qualité de
l’eau distribuée, la préservation des milieux aquatiques.

d) la préservation des milieux aquatiques :

L’enjeu ultime La loi de 1995 vise la réalisation de conditions d'un "bon état
écologique des eaux" en 2015 conformément à la directive européenne de 2000. Elle
donne une priorité à la lutte contre les pesticides et renforce les procédures d'entretien
des rivières. La préservation des milieux aquatiques et la restauration de la continuité
biologique des cours d'eau sont des grands chantiers : garants ultimes d'une bonne
qualité des eaux distribuées et d'une gestion durable de la ressource en eau. Afin
d'assurer cette gestion durable, il faut disposer et articuler les outils nécessaires.

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2 Les outils d'une gestion durable de la ressource en eau

La gestion durable de la ressource nécessite de mobiliser et d'articuler à bonne échelle des outils
administratifs, règlementaires et financiers.

a) les outils administratifs et institutionnels

La gestion de l'eau relève de nombreux acteurs parmi lesquels il faut citer :

o les collectivités locales chargées de la distribution et du traitement des eaux soit en


régie, soit dans le cadre de délégations de service public avec des entreprises privées.

o les agences de l'eau : outil original créées par la loi. Elles assurent la gestion et
planification de la ressource en eau. Elles reçoivent les redevances versées par les
divers usagers et apportent des aides (notamment pour les installations de traitement
des eaux). La fixation du montant des redevances pose le problème de leur
gouvernance avec le fort poids des lobbys agricoles et industriels dans leurs comités
de bassins qui gèrent leurs interventions.

o Les services de l'Etat, chargés de la police de l'eau. La coordination de leur


intervention est nécessaire et a été renforcée par la création des missions inter-services
de l'eau (MISE) à partir du milieu des années 1990. La nouvelle organisation tant au
niveau régional ou provincial est de nature à faciliter le renforcement de l'efficacité de
l'action des services de l'Etat. Le rôle des préfets coordonnateur de bassins est aussi à
souligner et à renforcer.

b) les outils règlementaires

Ils sont de deux types : d'une part des outils de planification et de gestion des eaux, d'autre
part, des outils de police de l'eau.

b1) les outils de planification et de gestion des eaux

Il peut notamment être cité les SDAGE (schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux),
principal outil de la directive de 2000 transpos

ée en 2004. Il est élaboré par le comité de bassin et approuvé par le délégué coordonnateur de bassin
après consultation des collectivités concernées et mise à disposition du public. Il comprend un
ensemble de mesures destinées à atteindre des objectifs de qualité des eaux, à inverser (si besoin) la
dégradation des milieux aquatiques, préserver la gestion de la ressource, mettre en place des mesures
de protection des captages, etc.

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– les plans d'actions pour la restauration de la continuité écologique des cours d'eau, instaurées
par le Grenelle de l'environnement en 2009. Appelés aussi "trame bleue", ils ont vocation à
préserver la biodiversité des milieux aquatiques, témoin de la bonne qualité des eaux et donc
d'une gestion durable de la ressource en eau.

– Les périmètres de protection des captages en eau potable. Bien qu'instaurés en 1935, puis
renforcés à plusieurs reprises en 1964 et 1992, de nombreux captages ne sont pas encore
protégées. Des actions en ce sens sont nécessaires pour éviter la dégradation de la qualité de
l'eau destinée à la consommation humaine et donc limiter les coûts de traitement.

b2) les outils de type police de l'eau

Depuis 1973, tout rejet ou prélèvement doit faire l'objet d'une autorisation. La loi de 1995 a fortement
renforcé les obligations de ce type avec les procédures de déclaration dite "loi sur l'eau" qui imposent
des autorisations pour la réalisation de travaux, ouvrages ou d'activités qui entraînent des prélèvements
ou des modifications du mode d'écoulement des eaux. Il faut aussi bien sûr évoquer l'ensemble des
contrôles relatifs à la qualité sanitaire des eaux effectués et les mesures de surveillance des cours
d'eaux (installations classées, etc). c) les outils financiers.

A côté des aides de l'Etat et des collectivités locales, le principal outil financier est collecté et
redistribué par les agences de l'eau. En effet celles-ci collectent diverses redevances (pollution,
stockage de l'eau, usage) auprès des usagers (habitants, agriculteurs et industriels). De par leur
montant (11,4 milliards d'euros entre 2007/2012) elles constituent un puissant levier. Mais les aides
distribuées par les agences doivent être plus sélectives et mieux coordonnées. La question de la
fixation des redevances entre les divers usagers et sur les divers bassins se pose aussi et se heurte aux
lobbys. Peut-on justifier que le sud-ouest où il y a des sècheresses nombreuses est une redevance pour
les agriculteurs cinq fois plus faible? La question de l'eau reste centrale et illustre bien la difficulté de
concilier les différents aspects dans le cadre du développement durable.