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Les femmes et la Commune de Paris de 1871

Author(s): Marisa Linton and Christine Hivet


Source: Revue Historique , JUILLET-SEPTEMBRE 1997, T. 298, Fasc. 1 (603) (JUILLET-
SEPTEMBRE 1997), pp. 23-47
Published by: Presses Universitaires de France

Stable URL: https://www.jstor.org/stable/40956129

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Les femmes
et la Commune de Paris
de 1871

La guerre franco-prussienne et le siège de Paris furent suivis par la


création à Paris en mars 1871 d'un gouvernement municipal révolu-
tionnaire qui prit le nom de Commune. La Commune vécut moins de
dix semaines mais élabora de nombreux projets révolutionnaires,
demeurés stériles, faute de temps. Le gouvernement national reprit
Paris par la force en y envoyant l'armée, faisant ainsi des rues de la
capitale le théâtre de combats sanguinaires : à Tissue de la « semaine
sanglante », pour reprendre le nom sous lequel elle allait entrer dans
l'histoire, les insurgés gisaient par milliers, morts au combat ou mas-
sacrés après leur capture. Comptant parmi les épisodes les plus trau-
matisants du xix1 siècle, la Commune de Paris de 1871 est aussi une
des questions de l'histoire de France qui a causé le plus d'amertume
et déclenché le plus de controverses. Les historiens ne sont en effet
toujours pas d'accord sur la nature de la Commune. Avait-elle été
l'œuvre d'éléments mal avisés, voire criminels et immoraux, de la
société parisienne, que seule avait motivés leur haine des riches et des
privilégiés ? N'avait-elle été que le contrecoup du traumatisme causé
par la victoire de la Prusse, c'est-à-dire un événement contingent qui,
s'il s'était produit, n'en avait pas pour autant une signification poli-
tique importante ? Avait-elle offert un exemple ultime de cette tradi-
tion révolutionnaire française qui s'était manifestée dans les rues de
Paris en 1789, en 1830 et en 1848 ? Ou bien signala-t-elle au contraire
la nouvelle tendance politique qu'allait suivre la gauche, à savoir la
ligne des marxistes qui, déjà actifs dans la Première Internationale,

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24 Marisa Linton

prirent effectivem
qu'ils y jouèrent r
moins les débats concernant les chefs révolutionnaires, leurs vertus,
leurs vices et leur idéologie qui ont attiré l'attention que les insurgés
ordinaires, leur monde, leur vie, leurs motivations, lesquelles étaient
souvent très différentes de celles de leurs dirigeants. La Commune
compta nombre de partisans sur lesquels l'historien ne sait en général
que très peu de choses, leurs noms eux-mêmes n'ayant souvent pas
été recensés. Il sait cependant qu'il se trouva beaucoup de femmes
parmi les insurgés. Les femmes impliquées dans la dernière des insur-
rections parisiennes furent nombreuses ; présentes dans les clubs et
dans les organisations populaires, elles se transformèrent en ambu-
lancières et en cantinières. Lors des derniers jours, elles construisi-
rent des barricades et prirent les armes pour défendre la Commune.
Ces femmes méritent l'attention de l'historien.
Les images que l'histoire a transmises des femmes de la Commune
ont pris valeur de symboles, voire de mythes, et révèlent à quel point
les interprétations de la tradition révolutionnaire sont polarisées.
Idéalisations des héroïnes de la révolution, incarnations de Marianne
allant au combat, elles brandissent le drapeau rouge du haut des bar-
ricades où elles font face à la mort même ; sacrifiant leur vie dans l'es-
poir que leurs enfants connaîtront un avenir meilleur, elles sont figées
dans un geste ultime de défi et de courage. Les communards eux-
mêmes contribuèrent à immortaliser cette première image. Les
femmes de la Commune donnèrent cependant aussi naissance à
l'image menaçante de la prostituée ou, pire encore, de la pétroleuse ;
tout droit sorties du cauchemar bourgeois, elles hantent les bas-fonds
de la société parisienne ; rongées par le mépris et la jalousie qu'elles
ressentent à l'encontre des riches, elles sont prêtes à brûler et à piller,
à faire périr avec elles le monde civilisé dans une orgie de destruc-
tion. Ce portrait fit de fréquentes apparitions dans les journaux hos-
tiles à la Commune ainsi que dans les procès qui allaient suivre. Pour
évocateurs qu'ils soient, il convient cependant d'essayer de dépasser
ces mythes entretenus par la gauche et par la droite pour se poser
une série de questions, quel que soit le degré de certitude avec lequel
on pourra y répondre. Quels types de femmes participèrent à la Com-
mune ? Pourquoi certaines femmes prirent-elles fait et cause pour la
Commune alors que leurs voisines demeurèrent en revanche indiffé-
rentes ou même hostiles à l'insurrection ? Quelles furent les motiva-
tions des femmes ? Qu'attendaient-elles de la Commune ? Furent-elles
inspirées par sa rhétorique socialiste ou avaient-elles au contraire leur
propre programme, un programme ayant moins trait à la politique
qu'à des questions de survie ? En tant que femmes, quelle fut pour

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elles l'importance, à supposer qu'ils en aient eu une, des droits


femme ? Espéraient-elles la venue d'une plus grande égalité pol
ou sociale entre les sexes ? Ou de telles questions n'avaient-ell
contraire que peu de sens pour des femmes pour qui la vie qu
dienne se résumait souvent à lutter pour survivre ?
Il faut se garder de chercher les réponses à ces questions dan
suppositions anachroniques. Il est en effet impossible d'affirme
les communardes partageaient nécessairement les idéologies p
tiques des chefs et des porte-paroles officiels de la Commune,
tant que ces derniers étaient souvent incapables de se mettre
cord. Des termes comme ceux de « socialiste » ou de « républi
étaient souvent utilisés au sens large ; de plus, dans la bouche
ouvrière peu instruite et n'ayant peut-être jamais assisté
réunion politique, il se peut que de tels mots aient eu un sens très
férent de celui que nous leur donnons aujourd'hui et que ce sen
été intimement lié à leurs conditions de vie et à leurs expériences
sonnelles. De même, le féminisme tel que nous l'entendons de
jours, soit la prise de conscience claire de la nécessité d'une libér
de la femme en tant que femme, n'avait guère de sens pour l'ouvr
moyenne de l'époque : le terme n'existait d'ailleurs pas puisqu
fit son apparition qu'à la fin du siècle. Voilà qui signifie, non p
l'ouvrière ne s'inquiétait nullement des questions touchan
femmes, mais qu'elle les envisageait dans le contexte de sa vie
L'historien désireux de comprendre le rôle que les femmes jou
dans la Commune et ce que ce rôle représenta pour elles doit
commencer par situer ces femmes dans le contexte de la fin
Second Empire : il lui faut se tourner vers la vie que menaien
classes populaires et vers la politique que suivait la gauche.

Les années qui précédèrent la Commune : 1860-1870

Le gouvernement de Napoléon III réprima pendant longtem


toute forme d'organisation et d'agitation politique radicale suscept
de menacer l'ordre établi. Cette attitude se relâcha néanmoins q
peu à partir de 1860 avec l'évolution vers l'empire libéral,
mena à une réapparition de la gauche. Les syndicats furent ains
lisés en 1864. En 1865, une branche de l'Association internationale
des travailleurs fut créée à Paris, offrant à la classe ouvrière un lieu de
réunion et de politisation. Jusque-là interdits, les rassemblements de
nature politique furent autorisés à partir de 1868 : clubs et sociétés
politiques commencèrent alors à se multiplier et à attirer des quanti-
tés considérables d'ouvriers et d'ouvrières intéressés par la politique.

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26 Marisa Linton

L'héritage de la g
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tion et le partage
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épouses. Son socia
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donc très répandu
sienne de l'Interna
femmes, les discip
sur le marché du
bien payées que le
que ces derniers e
une main-d'œuvre bon marché.
Même si leur influence ne toucha en France qu'une petite
minorité, les théories formulées par Marx sur l'impact de l'indus-
trialisation et du capitalisme commençaient aussi à prendre de
l'importance. Les partisans de Marx avaient tendance à éprouver plus
de sympathie pour les droits des femmes, principalement des tra-
vailleuses, et à chercher plus sérieusement à obtenir leur soutien.
Désireux de prendre le contrôle de l'Internationale, les marxistes

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se préoccupaient cependant plus à l'époque de lutter contre l


fluence des idées de Proudhon auprès de la classe ouvrière. La qu
tion des femmes était donc d'une importance secondaire ; en ta
que telle, elle disparut parmi les questions annexes de la politiqu
révolutionnaire.
Il convient néanmoins de ne pas trop généraliser car les idées
étaient fort diverses et il ne régnait guère d'uniformité : aucune de
ces formations politiques n'exerçait en effet le type de contrôle qui
caractérise les partis politiques modernes. L'Internationale elle-même
était encore très ouverte puisqu'il suffisait, pour en être membre, de
s'acquitter de son dû ou d'appartenir à un club ou à un syndicat qui
lui était affilié. Les membres de l'Internationale qui furent élus pour
siéger à la Commune (où ils occupèrent le tiers des sièges) ne par-
tageaient ainsi pas nécessairement tous les mêmes idées en matière
de politique.
Quant aux débats concernant les droits des femmes, ils intéres-
saient essentiellement les classes instruites et privilégiées. Les grands
défenseurs des droits de la femme comme Maria Deraismes et Léon
Richer se recrutaient surtout parmi les républicains libéraux et anti-
cléricaux. Maria Deraismes participa à la création de la Société pour
la revendication des droits de la femme ; cette société devait attirer
des Communardes comme Paule Minck, Louise Michel et André Léo,
lesquelles se préoccupèrent du statut juridique et civique de la
femme, de son droit au travail et à l'éducation.
Dans leur grande majorité, les femmes ne se souciaient cependant
pas de savoir si elles devaient ou non revendiquer le droit déjouer un
rôle plus important dans la vie publique et politique. Les droits qui
comptaient pour elles étaient ceux de pouvoir se nourrir et de pou-
voir nourrir leur famille, de trouver du travail et de vivre dans un
contexte de relative sécurité, c'est-à-dire à l'abri de la crainte perpé-
tuelle de la misère. Dans le meilleur des cas, les ouvrières parisiennes
devaient en effet faire face à des conditions économiques difficiles ;
or, les difficultés matérielles de ces femmes déjà sans le sou s'accru-
rent considérablement à partir de 1860 : d'une part, la crise de 1866-
1867 aggrava le chômage et la concurrence face aux emplois ; de
l'autre, l'inexorable processus d'industrialisation qui était en cours
signifiait que nombre des occupations artisanales traditionnelles
étaient dès lors menacées par les nouvelles méthodes de production
qui demandaient une main-d'œuvre non qualifiée. Si ces circons-
tances affectèrent l'ensemble de la population active, elles eurent des
conséquences encore plus néfastes pour les femmes qui bénéficiaient
de moins de sécurité dans leur emploi que les hommes et qui étaient
de surcroît systématiquement moins bien payées, une femme gagnant

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28 Mansa Linton

en moyenne de
quatre. Lorsqu'el
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27 octobre et à nouveau le 22 janvier, les plus militants des mem


de la Garde nationale tentèrent d'occuper l'Hôtel de Ville et d'i
taurer un gouvernement révolutionnaire à Paris ; ils furent cep
dant repoussés.
Des femmes radicales de premier plan qui allaient ensuite
défendre la Commune s'étaient jointes au soulèvement de ja
vier. Pami elles figurait Louise Michel (1830-1905) : armée d'un f
elle criait « Vive la Commune! » ; le nom de ce personnage
légendaire devait devenir synonyme de la Commune. Humble
tresse d'école, c'était non seulement une idéaliste mais aussi qu
qu'un de courageux et de résolu. Elle prit pour modèles les héro
de la première révolution française. Même si elle s'exprima
des réunions publiques et écrivit plus tard des mémoires qui ap
tèrent un témoignage précieux sur l'histoire de la Commun
fut moins une théoricienne qu'une participante active de la Co
mune. Rebelle indomptable malgré la défaite de la Commune,
devait déclarer à son procès qu'elle restait entièrement dévouée
révolution sociale ; elle devait aussi défier ses juges de la faire ex
ter. Pour Louise Michel, la cause révolutionnaire telle qu'elle la v
était plus importante que les questions touchant les femmes :
lutta-t-elle de toutes ses forces pour en assurer la primauté. Lor
siège de Paris, elle fut membre des comités de vigilance mascul
féminin de Montmartre et participa aux réunions de l'un e
l'autre : « On ne s'inquiétait guère à quel sexe on appartenait p
faire son devoir. Cette bête de question était finie », écrivait-elle da
ses Mémoires.
Moins haute en couleur mais tout aussi mémorable, Léodile
Champseix (1824-1900), qui est mieux connue sous le nom d'André
Léo, participa elle aussi au soulèvement du 22 janvier. Radicale enga-
gée, militant en faveur des droits des femmes, elle était devenue veuve
à Tage de 39 ans, à la suite de quoi elle avait gagné sa vie en écrivant,
prenant comme pseudonyme les deux noms de ses fils jumeaux. Elle
avait écrit des romans réclamant l'égalité des sexes dans le mariage et
le rétablissement du droit au divorce. Elle était aussi l'auteur de La
Femme et les mœurs (1869), étude analytique défendant l'émancipation
des femmes. Elle choisit certes de s'armer d'une plume plutôt que
d'un fusil, mais elle n'en accorda pas moins un soutien dévoué (mais
non inconditionnel) à la Commune. Auteur de la seule histoire des
femmes de la Commune, ouvrage qu'elle intitula Les pétroleuses, Edith
Thomas souligne que le silence extraordinaire et injustifié qu'obser-
vent la plupart des livres d'histoire à son sujet s'explique par trois rai-
sons essentielles. D'abord, André Léo était une femme. Ensuite, ses
opinions socialistes, voire anarchistes, n'étaient pas pour plaire à des

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historiens indiffé
pendant : elle allait
se fit « pontife d
sodale] ; ainsi fut
cielles » écrites pa
Le siège de Paris
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provenance du jar
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offrirent leurs ser
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liste engagé, elle a
tuellement aiguë
réunions de l'Inte
artisanales : fille et femme de cordonnier, elle exerça elle aussi ce
métier de temps à autre. Après le départ de son mari comme franc-
tireur, le patriotisme la poussa à se proposer comme ambulancière
pendant le siège. Nourrir les siens était l'objet d'une lutte quoti-
dienne : non seulement devait-elle subvenir aux besoins de son bébé
âgé de huit mois mais elle avait aussi à sa charge un jeune enfant qui
lui avait été confié par des voisins. Comme elle travaillait, elle ne pou-
vait donner le sein à son bébé : Victorine Brocher et sa mère devaient
donc acheter du lait pour le nourrir. Elles ne pouvaient cependant
rien trouver d'autre qu'un liquide qu'on leur vendait sous le nom de
« lait pure crème » et pour lequel il leur fallait payer en conséquence.
La chose ne ressemblait cependant guère à du lait : « Un jour, mon
cher petit se fâcha, il recracha son lait qu'il avait dans la bouche ; je

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remarquai dans le fond de son verre un dépôt d'un blanc laiteux


y avait de l'amidon et du plâtre, pas une goutte de lait n'était ent
dans cette affreuse composition ». Elle n'osa plus acheter de
« lait ». Au reste, il y eut bientôt très peu d'aliments qu'elle ava
encore les moyens de se procurer. La famille fut alors réduite à
nourrir de riz et ce riz n'était en outre pas en abondance [Victor
B. (Brocher), Souvenirs d'une morte vivante].
Tous deux membres du syndicat des relieurs et de l'Internati
nale, Eugène Varlin et Nathalie Lemel avaient fondé en 1868 un r
taurant coopératif destiné aux travailleurs et dénommé La Marmi
Ils le mirent alors au service des plus démunis auxquels ils offrir
non seulement de la nourriture mais aussi une introduction au socia-
lisme. Les gens discutaient en effet de la situation en même temp
qu'ils mangeaient, évoquant l'époque enivrante de la première révo-
lution où, défiant les têtes couronnées d'Europe, la France avait lutté
contre l'invasion des forces ennemies qu'elle avait finalement vain-
cues. Ainsi l'idée se répandit que, si la France était à nouveau une
république, il ne serait jamais question de se rendre aux Prussiens.
L'atmosphère intense qui régnait à Paris pendant le siège engen-
dra un esprit de défi et rapprocha les gens en leur faisant sentir qu'ils
étaient unis par une cause commune. Pour Louise Michel comme
pour beaucoup d'autres, ce sentiment atteignait son paroxysme dans
les clubs politiques où l'esprit de 1793 semblait ressuscité : « Au
comité de vigilance de Montmartre et à la Patrie en danger [club
blanquiste], j'ai passé mes plus belles heures du siège ; on y vivait un
peu en avant, avec la joie de se sentir dans son élément au milieu de
la lutte intense pour la liberté » [La Commune]. Pour beaucoup, ce
sentiment allait se prolonger sous la Commune.
Ces clubs et ces sociétés populaires si florissants pendant le siège
offrirent à de nombreuses femmes un premier contact avec le radica-
lisme et leur donnèrent le courage de s'exprimer sur les questions qui
leur tenaient à cœur. Certaines d'entre elles, qui, en ce rude hiver
n'avaient eu d'autre intention, en les fréquentant, que de se réchauf-
fer, furent gagnées par les idées qu'elles entendaient discuter.
Nombre d'hommes ressentaient cependant cette apparition des
femmes sur la scène politique comme une intrusion. Un citoyen indi
gné se plaignit en ces termes le 22 janvier au club Favié de Belleville
« Comment voulez-vous... qu'on prenne des résolutions viriles au
milieu d'un tas de femmes, d'enfants et de propres à rien qui vien-
nent ici pour digérer leur dîner ? » [M. G. de Molinari].
Exception faite de Paris, dans l'ensemble du pays, la plupart des
gens voulaient en finir avec la guerre. Les élections du 6 février 1871
se soldèrent, dans les milieux ruraux, par un vote en faveur de la paix,

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ce qui fut interp


Conservateur et a
alors la tête du go
produit dans le re
coup de radicaux e
Paris, on ne voul
Thiers avait cepe
armistice fut décla
subir l'humiliatio
triomphants. Beau
propres dirigeant
méfiance car on
monarchie. Il agg
accrut en effet l
mesures malencon
élections municip
membres de la Garde nationale et avait été le seul revenu de nom-
breuses familles fut de surcroît abolie au moment même où il fut mis
fin au moratoire qui avait été déclaré pendant le siège, de sorte que
loyers et dettes se trouvaient dus sans plus de délai. Pour les plus
pauvres, ces dispositions rendaient absolument impossible une situa-
tion déjà difficile à supporter : les relations entre le gouvernement
national et Paris s'en dégradèrent d'autant plus.

La mise en place de la Commune

Thiers décida alors de prendre les mesures qui s'imposaient pour


désarmer la Garde nationale. Le 18 mars à l'aube, des troupes diri-
gées par le général Lecomte marchèrent sur Montmartre avec ordre
de saisir les trois cents canons de la Garde nationale : ces troupes
furent accueillies par une foule composée essentiellement de femmes
qui s'étaient levées tôt pour vaquer à leurs besognes ménagères et
pour acheter du lait. Louise Michel, qui était là et qui portait l'uni-
forme de la Garde nationale, raconta comment, grâce à leur faiblesse
même, ces femmes parvinrent à accomplir ce que la Garde nationale
n'aurait pu faire par la force des armes. En tant que femmes, elles
supplièrent les soldats de ne faire mal ni à elles ni à ceux qu'elles
aimaient : « les femmes se jettent sur les canons, les mitrailleuses ; les
soldats restent immobiles » [La Commune]. Confrontés à ces femmes à
la fois désespérées et courageuses, les soldats hésitèrent. De rage, le
général Lecomte leur ordonna d'ouvrir le feu : ils tirèrent en l'air.
C'était le début de la révolution. Au cours de l'émeute qui suivit,

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Les femmes et la Commune de Paris de 1871 33

Lecomte lui-même fut capturé et tué. En réponse, Thiers ordonn


toutes les autorités légales de quitter Paris. La seule source d'autor
municipale qui restait était le comité central de la Garde nationa
or, Thiers refusa de traiter avec les modérés qui y siégeaient. Dan
contexte, les dirigeants politiques les plus radicaux comprirent q
leur moment était venu.
On vota le 26 mars pour élire une assemblée municipale destinée
à représenter l'autorité légale dans la capitale. Cette assemblée prit le
nom de Commune : c'était une allusion claire à l'instance municipale
révolutionnaire de la première révolution française. Consternés par la
situation, nombre de Parisiens avaient purement et simplement
refusé de voter, de sorte que la très grande majorité des élus étaient
de gauche. L'assemblée comptait en effet 57 jacobins et blanquistes
ainsi qu'environ 22 socialistes et proudhoniens. Installé à Versailles, le
gouvernement national refusa de reconnaître la légitimité de la Com-
mune et de négocier avec ses représentants. Il s'attacha en revanche à
reconstruire la force militaire qui allait être nécessaire pour
reprendre Paris par la force. Dès le début du mois d'avril, les troupes
versaillaises commencèrent ainsi à attaquer la périphérie de Paris,
causant des échauffourées sanglantes : une fois de plus, les Parisiens
se trouvaient bombardés, à la différence près que, cette fois-ci, ils
l'étaient par leurs propres compatriotes. En dehors des brèves tenta-
tives de créer d'autres communes à Lyon (septembre 1870), à Mar-
seille (novembre 1870), au Creusot, à Narbonne, Toulouse, Saint-
Etienne, (mars 1871) et à Limoges (avril 1871), le reste du pays ne
s'intéressa pas à la Commune : Paris devint de plus en plus isolé et
vulnérable.
Dès ses débuts, la Commune insista volontairement sur le passé
révolutionnaire de la France. Ayant une conscience particulièrement
aiguë de l'histoire, les nombreux néo-jacobins de la Commune sem-
blent s'être mis en œuvre d'invoquer et de reconstituer une gloire
passée, de sorte que certaines actions des communards ressemblèrent
étrangement à des représentations théâtrales. Le sentiment était qu'il
fallait se montrer digne des héros et des héroïnes du passé, que le
présent devait être à la hauteur du passé, même si le sang devait cou-
ler pour cela. Les femmes aussi avaient leur rôle à jouer dans ces
rituels révolutionnaires : elles y figuraient en tant que mères et elles
apportaient leur soutien aux hommes de leur entourage. Si certaines
sortirent des limites imposées par ces rôles traditionnels pour se trou-
ver une nouvelle place, les actions entreprises par les femmes mon-
trent néanmoins qu'elles avaient elles-mêmes clairement conscience
de cet héritage du passé.
Sur le plan militaire, la Commune était fragile : non seulement les

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34 Marisa Linton

membres de la G
nels, mais ils n'av
ciers étaient en ou
même donnait des ordres contradictoires et se révéla tout à fait
incapable d'organiser efficacement la défense militaire de la cap
Dès le début, il fut clair que la Commune aurait une durée limit
que le dénouement en serait sanglant, comme en juin 1848 : or,
sant fi de cette probabilité, les chefs de la Commune se miren
construire des plans pour un avenir qui n'avait pourtant guère
chance de voir le jour. Elaborés petit à petit, ces plans ne cons
tuaient pas un système cohérent, car les dirigeants passaient en eff
la plupart de leur temps à débattre le type de société dont ils so
taient l'avènement.
Pour Marx (qui observait les événements depuis l'Angleterre) et
pour ses partisans, la Commune se devait de déclarer une guerre
totale au capitalisme et à la bourgeoisie et de s'emparer sans plus tar-
der du pouvoir de l'Etat, en particulier du pouvoir militaire et finan-
cier. Peu de communards adoptèrent cependant ce point de vue, de
sorte que la bourgeoisie parisienne ainsi que les banques et autres
institutions financières purent vaquer en toute quiétude à leurs occu-
pations habituelles pendant toute la durée de la courte vie de la Com-
mune ; beaucoup de bourgeois avaient toutefois pris la précaution de
transférer leur argent hors de Paris. Les communards préféraient la
tradition des révolutions purement politiques : de fait, ils étaient diri-
gés par des néo-jacobins comme Delescluze, qui n'était autre qu'un
vétéran de la révolution de 1848. Pour beaucoup, les droits des tra-
vailleurs et le socialisme coopératif avaient plus d'importance encore.
Même si les ouvriers comptaient pour moins de la moitié de ses
membres, la Commune fut en effet la première institution politique à
se préoccuper des droits et des opinions des classes laborieuses. Un
certain nombre de coopératives de production furent ainsi créées
pour que les ouvriers pussent contrôler leurs conditions de travail.
Enfin, voyant dans la Commune l'institution municipale idéale sur les
plans politique et social, certains demandèrent la mise en place dans
toute la France d'un réseau fédéral de communes. Un tel désir de
décentraliser le pouvoir politique allait bien sûr à l'encontre du
concept marxiste d'un gouvernement central fort dirigeant au nom
de la classe ouvrière. Mais peut-être faut-il surtout voir dans la Com-
mune un « festival des opprimés », pour reprendre les mots d'Henri
Lefebvre, car elle donna la parole aux travailleurs ordinaires qui ten-
tèrent alors de transformer leur vie et de s'ouvrir de nouvelles possi-
bilités : cette atmosphère de carnaval dura jusqu'à la dernière
semaine où vécut la Commune.

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Les femmes et la Commune de Paris de 1871 35

En dépit de ces divergences idéologiques, les chefs de la Com


mune parvinrent à se mettre d'accord sur des projets spécifiques do
le but principal était de protéger la Commune contre les réact
naires. Ils étaient en outre tous pour un gouvernement décentr
contre l'Eglise et du côté de la classe ouvrière. Le droit au travai
l'éducation ainsi que la protection sociale des pauvres figuraient
au cœur du programme de la Commune. Beaucoup des décrets po
rent ainsi sur les droits des familles et des travailleurs les plus pau
et affectèrent par conséquent les femmes, indirectement il est vra
loyers furent annulés et un moratoire de trois ans fut déclaré conc
nant les dettes. Autre exemple de ce souci de la Commune de pr
ger les familles, il fut mis fin au travail de nuit des boulangers
leur permettre de consacrer plus de temps aux leurs (28 avril 1

Le rôle offiäel des femmes sous la Commune

Le manque d'unité dont souffrait la Commune fut particuli


ment évident concernant le rôle des femmes. En effet, aucun
gramme intentionnel ou concerté ne fut jamais adopté quant à
situation des femmes. Si quelques dirigeants du sexe masculin,
Eugène Varlin, Léo Frankel et Benoît Malon défendirent des p
cipes favorables aux femmes, la plupart des chefs de la Commun
se souciaient guère de celles-ci. La Commune ne compta au r
jamais de membre du sexe féminin. Il est vrai que quelques fem
se virent néanmoins octroyer le rôle semi-officiel de conseillères d
certaines de ses organisations et que d'autres furent envoyées en m
sion dans l'espoir qu'elles sauraient encourager la province à sout
les communards : ce fut le cas de Paule Minck, militante socialiste d
longue date et défenseur du droit au travail pour la femme. Enfin,
femmes occupèrent aussi des positions officielles dans l'adminis
tion des institutions de bienfaisance.
Parmi les organisations officielles qui étaient ouvertes aux
femmes, la plus importante et la plus influente fut l'Union des
femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, laquelle fut
fondée au début du mois d'avril par deux femmes appartenant l'une
et l'autre à l'Internationale mais issues de milieux très différents : Eli-
zabeth Dmitrieff et Nathalie Lemel. Jeune femme d'origine russe et
aristocratique, ferme partisane de la révolution, amie de Marx, Eliza-
beth Dmitrieff n'était arrivée à Paris que peu de temps avant la créa-
tion de la Commune. Intelligente, instruite, éloquente, elle fut l'au-
teur principal des déclarations officielles de l'Union. Connue pour
son intelligence exceptionnelle, Nathalie Lemel venait en revanche

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36 Marisa Linton

d'un milieu humb


enfants, épouse
Lemel fut un me
politique chevron
mission du trav
presque entièrem
ouvrière. Dans leu
identifiés étaient
rée, l'Union des
arrondissement. S
à aider les femm
Elle recrutait en outre des ambulancières et des cantinières et mettait
sur pied des bataillons de femmes au cas où les femmes auraient été
amenées à prendre une part active au combat. Les œuvres de bienfai-
sance, qui avaient normalement été du ressort de l'Eglise, furent
confiées à l'Union à qui il incomba d'assister les nombreux Parisiens
réduits à la misère : ce fut donc l'Union qui prit des dispositions pour
qu'un personnel laïc s'occupât des pauvres, des orphelins et des
vieillards. Mais l'Union se préoccupait aussi de questions touchant uni-
quement les femmes. Pour Elizabeth Dmitrieff comme pour d'autres
dirigeantes, le travail de l'Union complétait le travail de l'Internatio-
nale ; il n'en demeurait pas moins qu'elles voyaient aussi dans la domi-
nation que les hommes exerçaient sur les femmes un des éléments de
la lutte des classes au sens large. Ainsi, l'Appel aux citoyennes de Paris,
déclaration officielle signalant la naissance de l'Union et signée par
sept ouvrières et par Elizabeth Dmitrieff, affirmait que la distinction
entre les sexes n'était autre qu'une « distinction créée et maintenue
par le besoin d'antagonisme sur lequel reposent les privilèges des
classes gouvernantes » [Journal Offiáelde la Commune, 14 avril 1871]. Le
texte soulignait que, tant que la pauvreté et l'exploitation dont souf-
fraient particulièrement les femmes n'auraient pas été quelque peu
soulagées, rien n'inciterait vraiment les femmes pauvres à défendre les
idéaux politiques de la Commune. Comme la Commune, l'Union
décida de mettre en avant les principes de la coopération, du salaire
égal et du droit au travail, mais elle chercha à généraliser ces droits
aux femmes. Le comité central de l'Union demanda la création d'ate-
liers coopératifs destinés à accueillir les ouvrières au chômage en ces
temps où elles étaient si nombreuses : passé le moment de leur fon-
dation initiale et pourvu qu'elles eussent le soutien financier de la
Commune, ces coopératives auraient ensuite dû être gérées par les
femmes elles-mêmes dans un esprit mutualiste ; ces projets ne menè-
rent cependant qu'à la création d'un atelier destiné à la fabrication
des uniformes de la Garde nationale, selon le modèle de 1848.

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Les femmes et la Commune de Paris de 1871 37

Les chefs de la Commune eux-mêmes avaient une attitude par


culièrement ambiguë à l'égard de la place des femmes « déchues
Pour Versailles, les femmes qui soutenaient la Commune étaient
presque par définition, des prostituées et constituaient la lie de
société. Ironiquement, nombre de communards du sexe mascu
partageaient eux-mêmes cette hostilité vis-à-vis des prostituées.
avait là non seulement l'effet du puritanisme que l'on observe s
vent chez les révolutionnaires, mais aussi le lien que les communa
établissaient entre prostitution et corruption morale du Seco
Empire, lien immortalisé peu après par Zola dans Nana. Le 10 m
les commissaires de police et la Garde nationale reçurent l'or
d' « arrêter et mettre en détention toutes les femmes de mœurs sus-
pectes exerçant leur honteux métier sur la voie publique » [Journal
Offidel de la Commune, 10 mai 1871]. Cette méfiance s'appliqua même
aux femmes connues comme prostituées et désireuses d'aider la Com-
mune. Louise Michel raconta comment elle avait vu de pauvres
femmes pleurer à l'Hôtel de Ville parce qu'on leur avait refusé l'au-
torisation de s'occuper des blessés : « Ils voulaient des mains pures,
les hommes de la Commune ». Louise Michel eut pitié d'elles et prit
leur défense, à la suite de quoi les femmes en question furent
envoyées à un « comité des femmes dont l'esprit était assez généreux
pour qu'elles fussent bien accueillies » [La Commune].

Les buts des femmes sous la Commune

Si les dirigeants étaient divisés et faibles, la Commune puisait ses


véritables forces dans les organisations locales des arrondissements.
Là, à la base, les classes inférieures que les hommes politiques avaient
jusque-là négligées témoignèrent du sentiment nouveau qu'elles
avaient de leur pouvoir. Elles étaient inspirées par l'idée que la Com-
mune leur appartenait et que, si elles travaillaient ensemble, elles
pouvaient influencer le cours des événements survenant dans leur
monde. Ce sentiment était particulièrement fort dans le cas des
femmes. Pour en savoir plus sur les femmes, il convient donc de
dépasser les déclarations officielles émanant des chefs de la Com-
mune pour étudier le niveau populaire de la politique, niveau auquel
elles osaient s'exprimer et se faire entendre. Les comptes rendus des
rassemblements publics, des clubs et des comités de vigilance révèlent
en effet les activités de ces femmes, comme le font aussi les nombreux
journaux de la Commune et les minutes des procès.
Si quelques-unes des femmes qui participèrent à la Commune
(presque toutes étaient des femmes instruites issues des classes privi-

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38 Marisa Linton

légiées) souhaita
entre les sexes, l
cette question. C
donné à la Com
André Léo, entre
nécessairement l
lesquelles constit
rent leur soutien
surtout ces dernièr
droit de vote n'a
son avec des ques
salaire honnête,
mêmes et pour
étaient celles qui
lutte des classes.
ressaient beaucou
classes laborieuses
elles ne laissèren
rendus écrits, de
pensées ne dispo
toires pour beauc
Les femmes fur
tains de ces club
c'était le cas du C
Notre-Dame-de-l
s'exprimaient dan
leur entourage :
elles insistaient
défendu avec une
taire empirait ;
touchant spécifiq
cussion le besoin
mesures sociales p
pas abandonner
n'était pas un pro
lité sociale, en pa
l'ordre du jour. E
chaire à l'église d
positions « tenda
fort » ; une résol
clamation » [La So
Le sujet de l'uni
fût par convicti

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Les femmes et la Commune de Paris de 1871 39

pouvaient faire face au coût prohibitif d'une cérémonie de maria


beaucoup de Parisiennes non mariées vivaient en concubinag
L'union libre fut donc discutée dans les clubs. Au Club des Prolétaires
qui se réunissait à l'église Saint-Ambroise, une femme du peupl
connue sous le nom de La Matelassière se leva ainsi pour dénoncer
l'institution matrimoniale : «J'ai une fille qui a seize ans, et jamais,
tant queje vivrai, elle ne se mariera. Du reste, elle vit maintenant avec
quelqu'un, et elle est très heureuse, sans les sacrements de l'Eglise »
[Paul Fontoulieu]. L'union libre reçut une forme de reconnaissance
officielle de la part de la Commune qui décida en effet, le 10 avril,
que les veuves des membres de la Garde nationale auraient droit à
une pension de 600 francs, qu'elles soient mariées ou non. Une
clause supplémentaire généralisait ces droits à « chacun des enfants,
reconnus ou non », octroyant ainsi la protection de l'Etat aux enfants
illégitimes {Journal Offiàel de la Commune, 11 avril 1871].
Beaucoup des clubs siégeaient dans des églises. Or, certains
d'entre eux étaient connus pour leur anticléricalisme virulent. Outra-
gés par les réunions du club qui occupait leur église, les prêtres de
Saint-Nicolas-des-Champs s'en plaignirent dans une lettre adressée au
rédacteur du journal communard La Vérité : « Des clubs s'y tiennent
tous les soirs... Les sujets les plus scabreux y sont discutés sans ména-
gement devant un auditoire composé, en grande partie, de femmes et
d'enfants. On y entend les blasphèmes les plus audacieux, les impié-
tés les plus révoltantes » [La Vérité, 2 avril 1871]. De fait, une femme
comme La Matelassière devait déclarer publiquement qu'il fallait
fusiller tous les hommes d'Eglise et nombreuses étaient celles qui
trouvaient dans les clubs l'occasion d'exprimer leur mépris pour
l'Eglise. Certaines Parisiennes s'accrochèrent néanmoins au lien tra-
ditionnel qui avait existé entre les femmes et l'Eglise ; elles défièrent
en cela la Commune. Ainsi, lorsque l'abbé Simon, curé de Saint-
Eustache, fut arrêté le 6 avril, 83 femmes des Halles organisèrent une
pétition exigeant sa libération, libération qu'elles obtinrent prompte-
ment. Lorsque des communards tentèrent d'installer un club à Saint-
Sulpice au début du mois de mai, ils se heurtèrent de même à la résis-
tance déterminée des femmes de la paroisse.
La question la plus importante pour les femmes des classes
ouvrières était celle de leurs droits en tant que travailleuses. En dépit
de l'hostilité généralement éveillée chez les hommes par la concur-
rence des femmes, quelques concessions furent faites ici et là. Les
nouvelles règles de l'Association des ouvriers tailleurs stipulaient que
les femmes devaient dorénavant être acceptées sur un pied d'égalité
avec les hommes. Le 21 mai, jour où les troupes du gouvernement
pénétrèrent dans la capitale, la Commune proclama le principe du

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40 Marisa Linton

salaire égal : « C
breuses et impér
que le travail de
déclarait qu'il co
leurs collègues du
L'éducation avai
coup de femmes
réelle entre les s
aux filles une in
mune tint comp
de la création de nouvelles écoles de filles et de la sécularisation des
écoles qui existaient déjà. La veille du jour où les troupes versaillais
entrèrent dans Paris, un comité composé de femmes et comprena
André Léo et Anna Jaclard, qui avait en commun avec Elizabeth Dm
trieff des origines russes et aristocratiques, se vit confier la responsa
bilité d'organiser et de contrôler les écoles de filles. Maria Verdur
Félix et Elie Ducoudray ébauchèrent un projet de garderies au no
de la Société des amis de l'enseignement. Ces garderies étaient ce
sées à la fois aider les mères qui étaient obligées de travailler et offri
un début d'éducation aux petits enfants. Dans l'intérêt de ces de
niers, il était stipulé que les garderies devaient être des endroits
stimulants et gais afin d'éviter tout ennui chez les enfants : elle
devaient employer un nombre suffisant de femmes jeunes
enjouées ; il devait y avoir un jardin, une volière pleine d'oiseaux
beaucoup de jouets intéressants ; il convenait enfin de pouvoir y d
penser de véritables soins médicaux. Comme tant d'autres projets é
borés par la Commune, ces garderies ne furent jamais qu'un proje
elles suggèrent néanmoins que, dans une grande mesure, les mèr
de la Commune partageaient les préoccupations de toutes les mère
elles voulaient un avenir meilleur et pour elles et pour leurs enfan

Les femmes devaient-elles défendre la Commune ? Leurs motivations

Comment reconstituer la vie de ces femmes anonymes et com


prendre ce qui les poussa à défendre la Commune ? Aux motivatio
plus générales comme la pauvreté, l'engagement politique ou enco
l'anticléricalisme, s'ajoutèrent des motivations personnelles. Ce n
furent en effet pas ses antécédents politiques radicaux mais des r
sons très personnelles qui poussèrent Victorine Brocher à soutenir
Commune. Pendant tout le siège de Paris, elle avait réussi à garder
vie son bébé et l'enfant de ses voisins ; à la fin du mois de mars, ils
étaient morts. «Je sentis dans ma pensée le vide absolu de ces grandes

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Les femmes et la Commune de Paris de 1871 41

phrases avec lesquelles on façonne le cerveau humain : Dieu ! Patr


République ! Tout cela, ce ne sont que des mots creux, qui ne fo
qu'aggraver nos misères et détruire la famille humaine ! J'ai beso
d'un autre idéal » [Souvenirs d'une morte vivante, p. 151], écrivit-
alors. Cet idéal, elle le trouva dans la Commune qu'elle servit d'ab
comme ambulancière puis en montant sur les barricades : cela va
mieux, disait-elle, que l'inaction et les souvenirs. Toutes ne part
geaient évidemment pas des idéaux aussi nobles. Il ne fait auc
doute que d'aucunes furent poussées par leur haine des riches ou
un anticléricalisme virulent ; certaines femmes étaient au reste aussi
disposées à faire couler le sang que les hommes les plus féroc
Marie-Alexandrine Spinoy, veuve Leroy, incita ainsi le blanquist
Raoul Urbain à fusiller des otages de la Commune. Lors de leur p
cès, la plupart des femmes déclarèrent cependant qu'elles avaien
soutenu la Commune de façon à pouvoir être près du mari,
l'amant ou du fils qui combattait. Très peu de femmes mentionnèren
la moindre motivation politique. Il se peut toutefois que certain
aient essayé d'éviter la condamnation en se protégeant derrière le fai
qu'elles n'étaient « que des femmes ».
Les mères défendant le droit de leur famille à manger et à su
vivre prêtaient une sorte de légitimité à la révolte. Cela avait été le c
lors des traditionnelles émeutes causées par la disette au xviir sièc
la plus célèbre et la plus importante de ces émeutes avait ét
marche des femmes sur Versailles en octobre 1789, marche destinée
ramener Louis XVI à Paris et à donner du pain au peuple. En 18
aussi, les femmes eurent une grande importance symbolique en
sens qu'elles prêtèrent à la cause de la Commune leur autorit
morale. Cette légitimité morale, elles l'utilisèrent consciemment,
unes pour encourager les hommes à se battre, les autres pour essa
de mettre fin au combat. Certaines cherchèrent la paix et la récon
liation. Arborant le drapeau rouge et précédées de garçons d'
quinzaine d'années qui chantaient le « Chant du départ », une ce
taine d'entre elles marchèrent ainsi sur Versailles le 5 avril : contrai-
rement à ce qui s'était passé en 1789, elles avaient pour mission de
persuader le gouvernement national de montrer de la clémence et
d'éviter l'effusion de sang. Ni elles ni les autres missions pour la pai
ne rencontrèrent de succès. La force symbolique de cette marche de
femmes n'échappa pourtant pas aux chefs de la Commune qui obser
vaient ce genre d'événements d'un œil anxieux : pour eux, de telle
tentatives étaient malencontreuses ; il appartenait à de vraies femmes
d'encourager leur mari lors du combat. Le lendemain du jour où la
marche infructueuse fut mentionnée dans Le cri du peuple, le mêm
journal fit paraître une lettre écrite par « une vraie citoyenne » pou

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42 Marisa Linton

qui, les tentatives


échoué, il était dè
famille et de laiss
d'encourager nos g
de faire aucune m
ments militaires et les ordres de notre Commune. Toute démarche
inopportune de notre part porterait désormais atteinte à la digni
des hommes » [Le cri du peuple, 6 avril 1871].
Dans les fortifications de la capitale, les combats opposant
Garde nationale aux troupes régulières s'intensifièrent. De no
breuses femmes aidèrent les hommes en se faisant ambulancières ou
cantinières, mais la lutte était inégale. Mal formée, la Garde nationale
n'était pas en mesure de tenir tête à une armée de métier dans ce
genre de circonstances, d'autant qu'elle était de surcroît handicapée
par les hésitations et l'incompétence de la Commune. En désespoir
de cause, un comité de salut public fut mis sur pied au début du mois
de mai, comme si son nom même, qui rappelait le comité jacobin de
l'An II, allait pouvoir écarter le sort qui guettait la Commune.
Si elle travaillait officiellement pour la Commune, André Léo
n'en était pas pour autant l'avocate inconditionnelle. Parus essentiel-
lement dans La Sodale dont elle était le rédacteur, ses écrits journalis-
tiques offrent une analyse pointue de la détérioration de la situation
et des faiblesses des dirigeants. Ainsi, André Léo ne mâchait pas ses
mots quant au dangereux isolement de la Commune et au besoin
urgent qu'il y avait d'établir des liens avec ses sympathisants provin-
ciaux. Elle écrivit au reste une circulaire qu'elle adressa « au tra-
vailleur des campagnes » et qu'elle tenta de faire partir en ballon vers
la province ; peu de ces circulaires parvinrent cependant à desti-
nation. La Sodale publia par ailleurs plusieurs articles dans lesquels
André Léo traitait spécifiquement de la place des femmes dans les
révolutions. Ces contributions avaient initialement été inspirées par la
colère qu'elle avait ressentie en apprenant que neuf femmes qui
avaient offert leurs services comme ambulancières avaient été rejetées
par des officiers qui les avaient traitées avec mépris. L'incident fut le
point de départ d'articles plus généraux, dont celui sur « La révolu-
tion sans femmes » qui parut le 8 mai. Dans ce texte, André Léo com-
mençait par dire que, si c'étaient les femmes qui avaient déclenché la
révolution du 18 mars, c'étaient elles qui avaient le moins à gagner de
la situation économique qui prolongeait les souffrances du siège,
d'autant qu'elles ne recevaient guère de concessions politiques ou
sociales en retour.
Qui souffre le plus de la crise actuelle, de la cherté des vivres, de
la cessation du travail ? - la femme ; et surtout la femme isolée, dont

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I^es femmes et la Commune de Paris de 1871 43

ne s'occupe pas plus le régime nouveau, que ne s'en occupèren


jamais les anciens.
Qui n'a rien à gagner, immédiatement du moins, au succès de l
révolution ? - la femme encore... et quand... elle offre malgré t
son dévouement à cette révolution qui l'oublie, on la rejette ave
insulte et mépris !
On pourrait d'un certain point de vue écrire l'histoire depu
1789 sous ce titre : « Histoire des inconséquences du parti révoluti
naire ». La question des femmes en ferait le plus gros chapitre.
Dès 1789, les femmes n'avaient rien eu à gagner du process
révolutionnaire car la première révolution française leur avait don
« le titre de citoyennes, mais non pas les droits ». Pour André Léo, le
femmes avaient été tenues à l'écart des principes de la liberté et
l'égalité, principes sans lesquels la révolution n'avait aucun sens.
révolution, poursuivait-elle, devait donner sa liberté à tout un chacun
« sans aucun privilège de race ni de sexe ». Dans un registre plu
pragmatique, elle avertissait qui voulait l'entendre que, si elles s
voyaient refuser une place auprès des révolutionnaires, les femm
retourneraient se consoler auprès de l'Eglise et que les hommes d
Gauche n'auraient qu'à s'en prendre à eux-mêmes si elles cont
buaient alors à renforcer les rangs de la réaction.

Le rôle des femmes lors du combat

Le 21 mai, un grand nombre de Parisiens se trouvaient aux Tui


ries où ils assistaient à un concert lorsque les troupes versaillais
pénétrèrent finalement dans la capitale par la porte de Saint-Clou
Le même jour, la Commune se réunit pour la dernière fois : elle p
sait en jugement un de ses chefs militaires. L'Union des femmes r
sembla immédiatement ses forces afin de pouvoir apporter son a
lors du combat qui allait suivre. Au club de la Trinité, Nathalie Lem
fit retentir des paroles d'une vibrante rhétorique. « Elle engagea
femmes à prendre les armes pour défendre la Commune et à lutt
jusqu'à la dernière goutte de leur sang. Nous arrivons, s'écria-t-el
au moment suprême où il faut savoir mourir pour la patrie. Plus
défaillances, plus d'incertitudes ! Toutes au combat ! Toutes a
devoir ! Il faut écraser les Versaillais ! » [Fontoulieu, Les églises de Pa
pendant la Commune, p. 274] . Faute des moyens nécessaires pour cen
traliser et coordonner la défense de la Commune, la résistance fut
organisée au niveau local : toute autorité centrale avait disparu.
La lutte pour la Commune se fit donc rue par rue ; lentement, ses
défenseurs se firent repousser d'ouest en est. Les gens construisirent

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44 Marisa Linton

des barricades da
quelques pas de l
seulement la Com
famille et leur m
tibles que des idé
valaient aussi bie
Nombreuses fur
traditionnel aux h
les barricades qu
pour échapper au
à redoubler dans
ceux qui, ayant pe
les autres allaient au combat. La restauratrice Elodie Duvert, veuve
Richoux, fut ainsi jugée et condamnée à la déportation pour avoir
donné à manger et à boire à ceux qui défendaient la barricade de sa
rue et pour avoir encouragé les plus timorés en disant : « Courage,
mes enfants, dépêchez-vous, nous viendrons à bout de ces cochons de
Versaillais » [4e conseil de guerre, n° 106]. Certaines chargèrent les
fusils. D'autres construisirent des barricades de leurs propres mains.
Les femmes qui défendirent activement la Commune n'étaient pas
toutes des femmes du peuple, car on en vit qui portaient des robes de
soie. Les femmes des halles, qui s'associèrent pour construire une bar-
ricade de vingt mètres de long à l'angle de la place Saint-Jacques et
du boulevard Sebastopol, représentèrent sans doute un cas plus
typique. Sur la place du Panthéon, un groupe de femmes et d'enfants
érigea une barricade en chantant, une fois encore, le « Chant du
départ ». Certaines prirent elles-mêmes les armes pour aller au com-
bat : cent vingt femmes défendirent ainsi la barricade de la place
Blanche où elles furent finalement massacrées. Blanche Lefebvre, qui
était membre du comité de l'Union des femmes, était parmi elles. On
pourrait multiplier de tels exemples car les femmes jouèrent un rôle
beaucoup plus important dans les combats de rue de la Commune
que dans ceux des révoltes parisiennes antérieures.
Tandis que les uns se battaient, les autres regardaient. Certains des
spectateurs étaient du côté de la Commune sans pour autant souhai-
ter se mêler personnellement au combat ; d'autres étaient en
revanche indifférents ; beaucoup enfin étaient franchement hostiles.
Des deux côtés, on dénonça ses voisins ; il y eut des insultes, des arres-
tations, des exécutions sommaires. Les vieux soupçons et les vieilles
querelles refirent surface dans cette atmosphère survoltée dans
laquelle quelques mots, voire une expression ambiguë, pouvaient
mener à la mort. Là aussi, les femmes jouèrent leur rôle, en tant que
voisines cette fois. Selon le journaliste communard Lissagaray, « du

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Les femmes et la Commune de Paris de 1871 45

22 mai au 13 juin, la préfecture de police reçut 379 823 dénonci


tions » [Huit journées derrière les barricades].
Quant à elles, les troupes du gouvernement ressentaient enco
cruellement l'humiliation et l'amertume causées par la défaite c
sante que les Prussiens avaient infligée à l'armée française. Les co
munards servirent de boucs émissaires après la débâcle ; pour bea
coup des spectateurs, c'étaient au reste des traîtres, car ils avaie
aggravé l'humiliation dont souffrait la France face au reste du mond
Pendant la semaine sanglante, c'est-à-dire du 21 au 28 mai, aucu
quartier ne fut donc fait aux insurgés : les troupes versaillaises fusil
rent automatiquement leurs prisonniers. En guise de représailles,
plus intransigeants des insurgés, probablement des blanquistes, as
sinèrent des otages : parmi eux figuraient des hommes d'Eglise, d
l'archevêque de Paris, Mgr Darboy. Perdus, les communards luttèr
avec acharnement. Au cours des derniers jours du combat, les ins
gés battant en retraite allumèrent des incendies dans la capitale
l'Hôtel de Ville et le palais des Tuileries prirent ainsi feu. Il est di
cile de savoir avec certitude qui fut responsable. L'armée versaill
parla de pétroleuses, c'est-à-dire de femmes qui auraient lancé d
bombes incendiaires dans les caves dans l'intention de détruire Paris
et la bourgeoisie : il semble cependant qu'il se soit là purement et
simplement agi de propagande ; jamais l'existence ne serait-ce que
d'une seule de ces femmes n'a été prouvée. Le dernier combat eut
lieu au cimetière du Père Lachaise. A son issue, 147 communards
furent fusillés le long du mur des Fédérés, lequel allait devenir un
lieu de pèlerinage pour la gauche. Il n'existe aucune source sûre
concernant le nombre d'individus tués au combat ou morts victimes
d'une exécution sommaire lors de leur capture. Il se peut que plus d
vingt-cinq mille insurgés aient trouvé la mort au cours de cett
semaine sanglante. Il est fort probable que beaucoup de spectateur
innocents aient été fusillés sur simple présomption. Tel fut sans doute
le cas des malheureuses femmes qui ressemblaient de près ou de loin
à l'image des pétroleuses.
Passée cette effroyable effusion de sang, les procès commencè-
rent. Il y avait près de 40 000 prisonniers dont plus de 1 000 femmes.
Alors même que Nathalie Lemel et Louise Michel, qui se trouvaien
parmi elles, défièrent leurs juges d'avoir le courage de les tuer elle
aussi, aucune femme ne fut exécutée ; beaucoup de ces femmes
furent donc condamnées à la prison, à la déportation et aux travau
forcés, ou à l'exil. Lorsque c'étaient des femmes qu'elles jugeaient, le
autorités militaires cherchaient toujours à prouver leur immoralité
sexuelle. Nombre d'accusées furent décrites comme étant des prost
tuées et subirent des interrogatoires détaillés tendant à déterminer si

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46 Marisa Linton

elles vivaient ave


1871, à l'exceptio
de soutenir la Com
elle n'en prit pas
tuées et de pétro
fussent blâmées
son que les fem
société. » Ces fem
convenait donc d
elles. Mais comm
hommes, les pr
Deraismes, articl
tembre 1871, p. 7
Certaines femmes comme André Léo, Victorine Brocher et Eliza-
beth Dmitrieff prirent la route de l'exil. Le gouvernement attendit
1880 pour déclarer une amnistie générale. Il n'est pas sans intérêt
d'ajouter que plusieurs des femmes qui avaient pris fait et cause pour
la Commune (comme André Léo, Louise Michel et Victorine Bro-
cher) allaient ensuite se rapprocher des anarchistes et s'opposer à la
montée de Marx et de ses théories. Elles n'avaient pas conçu la Com-
mune comme étant la dictature de quelques-uns au nom de tous.
Pour elles, le sens de la Commune résidait dans les chances qu'elle
avait données au peuple de goûter à la liberté et de s'exprimer. Pour
reprendre les mots d'André Léo, « l'unité nouvelle n'est pas l'unifor-
mité, mais son contraire ; c'est l'expansion de toutes les conceptions,
reliées par le seul fait d'une nature commune... C'est cette autonomie
du citoyen, réalisée par l'autonomie du premier groupe social, la
Commune... » [Léo, La révolution sociale].
Marisa Linton.
Traduit par Christine Hivet.

BIBLIOGRAPHIE

SOURCES MANUSCRITES ET SOURCES IMPRIMÉES

Archives

Les minutes des procès se trouvent aux Archives historiques du mini


de la Guerre, au Fort de Vincennes : série Ly.
La collection Descaves, qui se trouve à l'Institut d'histoire so
d'Amsterdam, comprend un certain nombre de documents et de ma
inédits, parmi lesquels figurent les mémoires d'André Léo.

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Les femmes et la Commune de Paris de 1871 47

Les archives recueillies par Eugene Schulkind sur la Commune et qui se


trouvent à l'Université du Sussex, Royaume-Uni, comportent des sources pri-
maires, dont beaucoup de journaux de la Commune, d'affiches, de dessins
humoristiques...

Ouvrages

lje dossier de la Commune devant les Consuls de guerre (Paris, Librairie des biblio-
philes, 1871).
[Brocher] (Victorine B.), Souvenirs d'une morte vivante (Lausanne, 1909, Paris,
Maspero, 1976).
Fontoulieu (P.), ljes églises sous la Commune (Paris, Dantu, 1873).
Léo (A.), La Femme et les mœurs (1869 ; Tusson, Charente, Editions du Lérot,
1990).
Lissagaray (P. O.), ljes huit journées de mai : derrières les barricades (Paris, Galli-
mard, 1978).
- - Histoire de la Commune de 1871 (Paris, 1896, Maspero, 1982).
Michel (L.), La Commune : souvenirs et mémoires (Paris, 1898 ; Stock, 1978).
- Mémoires de Louise Michel écrits par elle-même (Paris, 1886, Maspero, 1979).
Minck (P.), I^es mouches et les araignées, le travail des femmes et autres textes
(préface, notes et commentaires d'Alain d'Alotel, Paris, Syros, 1981).
Molinari (G. de), I^s clubs rouges pendant le siège de Paris (Paris, Garnier, 1871).

SOURCES SECONDAIRES : OUVRAGES ET ARTICLES

Bruhat (J.), Dautry (J.), Terson (E.), La Commune de 1871 Pari


1970.
Gaillard (J.), Commune de province, Commune de Paris (1870-1871),
marion, 1971.
Jones (K.) et Vergés (F.), « Aux citoyennes ! » : women, politics, an
Commune of 1871, History of European Ideas, 13, 6, 1991.
Kougene (J.), La Commune de lö/l, Fans, PUF, 1992.
- Pans insurge, la Commune de 1871, Pans, Gallimard, 1995.
- Procès des communards, Paris, 1964.
- L'ait et le mouvement ouvrier à Paris pendant les événeme
1871, Internat Rev. Sodai Hist., XVII, 1972.
Schulkind (E.), Le rôle des femmes dans la Commune de 1871, Revue des
révolutions contemporaines (février 1950) vol. XLII, n° 185.
Schulkind (E.), The Paris Commune of 1871 : the vieiu from the I^ft, London :
lonathan Cane. 1972.
Serman (W.), La Commune de Paris, Paris, Fayard, 1986.
Shafer (D. A.), Plus que des ambulancières : women in articulation and
defence of their ideals during the Paris Commune, French History, 7, 1,
1993.

Thomas (E.), Ijes pétroleuses, Paris, Gallimard, 1963.


- Louise Michel ou la Velleda de l'anarchie, Paris, Gallimard, 1971.

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