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UNIVERSITE HASSAN II- CASABLANCA

FACULTE DES SCIENCES JURIDIQUES ECONOMIQUES ET SOCIALES


MOHAMMEDIA

COURS DE CRIMINOLOGIE
Licence fondamentale : Droit Privé en langue française
Professeur : Mr Abderrachid CHAKRI

Année universitaire : 2020/2021

N.B : Ce cours est réservé à l’usage exclusif des étudiants du 5 ème semestre de la
License fondamentale, Droit Privé en langue française- Faculté des Sciences
Juridiques, Economiques et Sociales- Mohamedia. Toute autre reproduction est
interdite.
ABREVIATIONS

A.A.C. : Archives d’anthropologie criminelle.


Act. Psych. : Actualités psychiatriques.
A.I.C. : Annales internationales de criminologie.
A.M.P. : Annales médico-psychologiques.
B.M.L. : Bulletin de médecine légale et de
toxicologie médicale.
B.S.I.C. : Bulletin de la société internationale de
Criminologie.
B.S.I.D.S. : Bulletin de la société internationale de
défenses sociale.
C.P : Code pénal.
Dev. et soc. : Déviance et société.
G.P. : Gazette du palais.
R.D.P.C. : Revue de droit pénal et de criminologie.
R.I.C.P.T. : Revue international de criminologie et de
police technique.
R.I.D.P. : Revue international de droit pénal.
R.I.P.C. : Revue international de police criminelle.
R.P.D.P. : Revue pénitentiaire et de droit pénal.
Rev. pénit. : Revue pénitentiaire.
Rev. pol. nat. : Revue de la police nationale.
R.S.C. : Revue de sciences criminelles et de droit
pénal comparé.
1

INTRODUCTION
La naissance de la criminologie est datée généralement des
travaux accomplis par trois savants italiens dans les dernières
décennies du 19ème siècle : Cesare Lombroso (1835-1909),
médecin militaire, créateur de l’anthropologie criminelle dont
l’ouvrage « L’homme criminel » paru en 1876 est fondamental,
Enrico Ferri (1856-1929), professeur de droit et de sociologie,
auteur de la fameuse « Sociologie criminelle » parue en 1881
sous le titre « Les nouveaux horizons du droit pénal » et Raffaele
Garofalo (1851-1934), magistrat dont « La criminologie » publiée
en 1885 est célèbre. La criminologie existe donc depuis plus
d’un siécle.

Mais malgré son passé, la criminologie soulève encore un


grand nombre de questions qui demeurent toujours sans
réponses nettes. Parmi elles, deux sont fondamentales : 1) La
criminologie est-elle une science pluridisciplinaire qui emprunte
ses données de base aux différentes sciences de l’homme, ou
une science véritable et autonome ? 2) La criminologie est-elle
une science théorique ou une science pratique ?

Pour répondre à ces deux questions, il convient de


s’interroger tour à tour sur le concept de cette discipline, sur
son objet spécifique et ses tendances principales.

Section 1. – Définitions de la criminologie.


Section 2. – Objet de la criminologie.

SECTION I
DEFINITIONS DE LA CRIMINOLOGIE
On définit souvent la criminologie comme « l’étude scientifique
du phénomène criminel »1 « la science du phénomène criminel »
ou « la science du crime »2.

1
R. VOUIN et J. LEAUTE, Droit pénal et criminologie, P.U.F., 1956, p. 14.
2
E. SELLIG, Traité de criminologie, P.U.F., 1956, p. 3.
2

Ces définitions, qui paraissent à première vue simples par leur


généralité, recouvrent des notions extrêmement variables de la
criminologie.

En effet, l’examen de la littérature consacrée à la


définition de la criminologie démontre qu’il n’existe pas de
définition uniforme de celle-ci, mais une diversité de définitions.
Cette diversité est attestée par le fait qu’il y a presque autant de
conceptions de la criminologie que de criminologues.

Certains auteurs ont regroupé l’ensemble des disciplines,


qui étudient les divers aspects du phénomène criminel sous le
vocable de criminologie, tandis que d’autres ont réservé ce terme
à l’étiologie criminelle. Il en est résulté des définitions extensives
(§1) et des définitions restrictives (§2) de la criminologie.
§1. – Les définitions extensives de la criminologie.
§2. – Les définitions restrictives de la criminologie.

§ 1. – LES DEFINITIONS
EXTENSIVES DE LA CRIMINOLOGIE
Les définitions extensives ou larges de la criminologie se
caractérisent par le fait que le terme de « criminologie » y
recouvre un nombre plus au moins grand de sciences
criminelles.

Nous examinons dans ce paragraphe, la définition


d’Enrico Ferri, la conception de l’Ecole encyclopédique et celle
de l’Ecole américine classique
A.- LA DEFINITION DE FERRI
La définition la plus large est celle de l’un des fondateurs de la
criminologie, l’italien Enrico Ferri1 pour qui la « sociologie

1
E. FERRI, La sociologie criminelle, Trad. française, Alcan, Paris, 1905.
3

Criminelle », terme qui doit être entendue dans son œuvre


comme synonyme de « criminologie », est la somme de toutes les
sciences criminelles. Elle englobe notamment le droit pénal qui
n’est rien d’autre que le chapitre juridique de cette science plus
générale qui est la sociologie criminelle. Cette conception a été
reprise par un élève de Ferri, V.V. Stanciu1 et par certains
sociologues dont notamment, Denis Szabo2.

B. – LA CONCEPTION DE L’ECOLE
ENCYCLOPEDIQUE

Parmi les conceptions les plus extensives de la criminologie, on


trouve encore celle qui a été développée par l’Ecole autrichienne
encyclopédique représentée par Hans Gross, Grasberger3 et
Seelig4. Sans doute, ces auteurs se séparent-ils de Ferri en ce
qu’ils distinguent soigneusement le droit pénal de la
criminologie. Selon eux en effet, il faut différencier deux aspects
dans le phénomène criminel : les aspects normatifs qui relèvent
du droit pénal et les aspects réels ou positifs qui seuls font
partie de la criminologie. Mais au-delà de cette distinction, le
champ de la criminologie demeure extrêmement vaste et fait de
celle-ci une science composite puisqu’elle comprend non
seulement l’étiologie criminelle, mais également la
criminalistique et la science pénitentiaire. De là son appellation
d’Ecole encyclopédique. En France, cette conception a été
reprise par M. Larguier5.

1
M. LAIGNEL- LAVASTINE et V.V. STANCIU, Précis de criminologie, Paris, Payot,
1950 ; V.V. STANCIU, Essai de pcycho-sociologie criminelle, Paris, éd. Anthropos, 1980,
p.23 à 25.
2
D. SZABO, Criminologie et politique criminelle, éd. Vrin, 1978, p.24 à 27.
3
B. GRASBERGER, « Qu’est ce que la criminologie ? », R.I.C.P.T., 1949, p. 3 à 9.
4
SEELIG, Traité de criminologie, op, cit, p. 3 à 14.
5
J. LARGUIER, Criminologie et sciences pénitentiaires, Mementos Dalloz, 6ème éd., 1989,
n° 3 à 5.
4

C. – LA CONCEPTION DE L’ECOLE AMERICAINE


CLASSIQUE

C’est encore dans une perspective étendue, que se situe la


définition donnée à la criminologie par l’américain Sutherland1.
Selon cet auteur, la criminologie est la science qui étudie
l’infraction en tant que phénomène sociale. Son domaine
englobe les processus de l’élaboration des lois, de l’infraction
aux lois et des réactions provoquées par l’infraction aux lois. De
la sorte la criminologie se diviserait en trois branches
principales : la sociologie du droit pénal, qui s’efforce de faire
une analyse scientifique des conditions du développement des
lois pénales ; l’étiologie criminelle, qui se propose l’analyse
scientifique des causes de la criminalité et la pénologie, enfin,
qui traite de la lutte contre la criminalité.

La conception de Sutherland a eu une grande influence


sur la pensée criminologique contemporaine. En incluant en
effet dans la criminologie, à côté de l’étiologie criminelle, la
sociologie du droit pénal et la pénologie, l’approche de cet
auteur contenait en germe le développement de points de vue
nouveaux sur l’action criminelle fondés sur les analyses
effectuées dans ces deux sous-disciplines. C’est précisément ce
qui s’est produit avec l’apparition dans les années 60 des
perspectives interactionnistes et de la théorie de la
stigmatisation (labelling-theory), puis dans les années 70 de la
criminologie radicale et de la criminologie critique. Ces nouvelles
approches ont donné naissance à la criminologie dite de « la
réaction sociale »2 qui met l’accent non plus sur l’acte criminel
et son auteur, mais sur le contenu et les effets de la réaction
sociale à la délinquance, et en dernier lieu sur la victime.

1
E.H SUTHERLAND et D.R. CRESSEY, Principes de criminologie, éd. Cujas. 1966, p.11.
2
V. Graphique, p.5, Sur ces diverses théories, voir, R GASSIN, Criminologie, Dalloz, 2 ème
éd., 1990, n° 241 à 254.
5

Finalement, on dit volontiers aujourd’hui que la


criminologie comprend en gros quatre domaines : la
criminogenèse, la criminologie organisationnelle, la criminologie
interactionniste et la criminologie victimologique1.

La criminologie dite de la réaction sociale

Le courant interactionniste : La criminologie dite La criminologie


- Labelling theory organisationnelle « critique » ou
- Théorie de la stigmatisation « radicale » ou
- Théorie de l’étiquetage « nouvelle »
- Social reaction approach
- Interactionist theory

La criminologie victimologique

1ère victimologie 2ème victimologie

Le concept de victimité La criminologie victimologique


ou victimologie de l’action.

1
J. PINATEL, « Le domaine et les grandes orientations de la criminologie », R.S.C., 1978, p.
909 et ss ; D. SZABO, « Au milieu de l’affrontement des doctrines criminologiques »,
in La criminologie, Bilan et perspectives, Mélanges offerts à Jean PINATEL, 1980, p.23.
6

§ 2. – LES DEFINITIONS RESTRICTIVES DE


LA CRIMINOLOGIE

A. – IDEES COMMUNES

Toutes ces définitions s’accordent d’abord à admettre que


criminologie et droit pénal constituent deux disciplines
distinctes. La criminologie à une fonction positive et
expérimentale. Le droit pénal a en revanche, une fonction
normative. Elles présentent donc toute la caractéristique de
s’opposer à la conception de Ferri sur ce point.

Mais en outre, ces définitions restrictives répudient les


autres conceptions extensives de l’objet de la criminologie en ce
qu’elles assignent a celle-ci pour but exclusif l’étude de
l’étiologie et de la dynamique criminelles et écartent ainsi de son
champ d’investigation aussi bien la sociologie du droit pénal que
la criminalistique, la pénologie et la prophylaxie criminelle.

B. – DIFFERENCES

A l’intérieur de ces limites, les contours de la criminologie ne


sont pas tracés toujours avec la même rigueur.

a) Une tradition qui remonte au début du siècle, cantonne la


criminologie dans le rôle d’une science pure (théorique) se
proposant l’étude des causes et des lois de la délinquance. Cette
conception a été dégagée au début du siècle par Cuche1, et a été
reprise dans les travaux préparatoires du IIe Congrès
International de Criminologie tenu à Paris en 19502 et on la

1
P. CUCHE, « Un peu de terminologie » R.P.D.P., 1900, p.466 à 476.
2
Actes du Congrès, P.U.F. Paris, 1951, vol. 1, p.1 à 16.
7

retrouve chez nombre d’auteurs tels Olof Kinberg1, Marquiset2


et MM. Stéfani, Levasseur et Jambu- Merlin3. Pour ces derniers
auteurs notamment, la criminologie se définit comme : « l’étude
des causes de la délinquance ».

b) Mais une autre conception restrictive de la criminologie voit,


cependant dans celle-ci, non seulement une science théorique,
mais également une science appliquée. Telle est notamment la
position de Pinatel4 qui s’est efforcé de dégager une conception
de la criminologie qui tienne compte des préoccupations
pratiques qui avaient présidé à sa naissance, sans pour autant
se condamner à une représentation encyclopédique de cette
science. Pour cet auteur, la criminologie doit être distinguée
tour à tour du droit pénal, de la criminalistique et même de la
pénologie. Cependant, elle ne peut se cantonner dans l’étude
des facteurs et des mécanismes de l’action criminelle. Comme la
médecine, elle n’a de signification que par son utilisation
pratique. Aussi se diviserait-elle en deux branches, la
criminologie générale, science théorique, qui coordonnerait les
diverses données recueillies sur les facteurs et les mécanismes
de la délinquance, et la criminologie clinique, science pratique,
qui consisterait dans l’approche multidisciplinaire du cas
individuel en vue du traitement du délinquant et de la
prévention de la récidive. C’est finalement la criminologie
clinique qui représenterait la partie la plus spécifique de la
criminologie.

1
O. KINBERG, Les problèmes fondamentaux de la criminologie, éd. Cujas, 1959, p.26.
2
J. MARQUISET, Le crime, P.U.F., 1976, p.14 à 17.
3
G. STEFANI, G. LEVASSEUR et R JAMBU- MERLIN, Criminologie et sciences
pénitentiaires, Dalloz, 5ème éd., 1982, n° 2.
4
J. PINATEL, « La criminologie, ses problèmes fondamentaux », R.I.D.P., 1951, p. 101-
109 ; « Criminologie et droit pénal », R.S.C., 1953, p.593 à 608 ; « Nature de la
Criminologie », R.S.C., 1955, p.710 à 717; Criminologie, Ed. Spes, 3ème éd., 1979, n°2 et ss ;
avec P. BOUZAT, Traité de droit pénal et de criminologie, tome 3, Criminologie, Dalloz,
1975, n° 2 à 12.
8

SECTION 2
OBJET DE LA CRIMINOLOGIE

Il résulte des définitions qui précèdent que la détermination de


l’objet de la criminologie pose en réalité deux problèmes : un
problème de domaine et un problème de contenu. La première
question a pour objet de délimiter les frontières de la
criminologie relativement aux autres sciences criminelles : il
s’agit de savoir ce qui entre et ce qui n’entre pas dans le champ
d’application de la criminologie (§1). Quand à la seconde
question, elle suppose déjà délimité le domaine de la
criminologie et s’interroge alors sur ce qu’elle contient à
l’intérieur de ces limites (§ 2).

§ 1. – LE DOMAINE DE LA CRIMINOLOGIE
Les difficultés de frontières se situent sur quatre fronts : le
droit pénal et la politique criminelle, la criminalistique, la
pénologie et la sociologie pénale.

A. – CRIMINOLOGIE, DROIT PENAL ET


POLITIQUE CRIMINELLE1
Le problème de la distinction entre la criminologie et le droit
pénal et la politique criminelle, est le débat le plus ancien suscité
1
- Le droit pénal est l’ensemble des règles juridiques qui organisent la réaction de l’Etat vis-à-
vis des infractions et des délinquants (R.Merle et A.Vitu, Traité de droit pénal et de
criminologie, tome 1, Dalloz, 1988, n° 146).
- La politique criminelle consiste dans l’organisation de la lutte contre une criminalité
préalablement définie, lutte menée sous diverses formes, employant des moyens variés et
orientée vers des buts précis (G. Stefani, G. Levasseur et B. Bouloc, Droit pénal général,
Dalloz. 15° éd.,1994, n°22). Voir, Mme DELMAS – MARTY, Les grands systèmes de
politique criminelle, P.U.F., 1992.
9

par l’apparition de la criminologie puisque celle-ci s’est


constituée contre le droit pénal néo-classique.

A l’origine en effet, le débat était dominé par l’opposition


entre les partisans de l’impérialisme criminologique pour qui le
droit pénal ne devait plus être considéré que comme un chapitre
de la criminologie, et les tenants de l’Ecole technico- juridique
du droit pénal selon laquelle, criminologie et droit pénal étaient
deux disciplines entièrement distinctes, sans rapports l’une avec
l’autre. Aujourd’hui à la suite d’inflexions successives du débat,
il n’est plus grand nombre pour nier que les deux matières sont
à la fois distinctes et liées entre elles par certaines relations.

a. Distinction
La distinction de la criminologie et du droit pénal est attestée
par l’existence de deux grandes sociétés scientifiques
internationales : la Société Internationale de Criminologie, crée
en 1934 par l’italien Benigno di Tullio et l’Association
Internationale de Droit Pénal crée en 1889 sous le nom de
l’Union Internationale de Droit Pénal par Prins, Van Hamel et
Von Liszt. Elle repose sur le fait que les deux disciplines bien
qu’ayant le même objet : l’action criminelle, ne l’étudient pas du
tous du même point de vue. Le droit pénal est une discipline
normative qui déclare « ce qui doit être », la criminologie est une
science empirique qui étudie « ce qui est ». Autrement dit, le
droit pénal étudie les normes juridiques relatives à la pénalité,
tandis que la criminologie se penche sur les faits et les
personnes auxquelles se réfèrent les normes juridico- pénales.

De cette distinction résulte une différence de méthode


d’étude de cet objet qui est l’action criminelle. Alors que le droit
pénal utilise les méthodes caractéristiques de la science du droit
qui reposent sur l’analyse interprétative des sources du droit et
la synthèse théorique de leurs données, la criminologie recourt
10

aux méthodes empiriques spécifiques des sciences sociales en


les adaptant à la complexité particulière de son objet.
Cependant, cette distinction n’exclut pas que des rapports
étroits se lient entre la criminologie et le droit pénal.

b. Rapports

Pour s’élaborer le droit pénal doit tenir compte du donné


scientifique qui lui est fourni par la criminologie. Celle-ci se
trouve donc être une des sources du droit pénal. D’ailleurs,
nombreux sont les exemples de l’influence de la criminologie sur
le droit pénal (individualisation de la peine : arts 141 à 162, C.P,
mesures de sûreté : arts, 61 à 92, C.P, etc.).

Par ailleurs, le droit pénal constitue une des sources de la


criminologie, car c’est à partir de son application qu’elle peut
étudier les délits et les délinquants.

L’étude des rapports du droit pénal et de la criminologie


peut faire l’objet d’une discipline intermédiaire, où juristes et
criminologues sont susceptibles de se rencontrer : la politique
criminelle1.

Selon l’Allemand Von Liszt, la politique criminelle est la


discipline qui, en fonction des données philosophiques et
scientifiques s’efforce, compte tenu des circonstances
historiques, d’élaborer les doctrines répressives et préventives
pouvant être appliquées dans la pratique.

Ancel a repris et développé les vues de Von Liszt. Il estime


que la politique criminelle est à la fois une science et un art,

1
J.M. Van. BEMMLEN, « Les rapports de la criminologie et de la politique criminelle »,
R.S.C., 1963, p.467 à 480.
11

dont l’objet est de permettre la meilleure formulation des règles


positives, à la lumière des données de la science criminologique.

B. – CRIMINOLOGIE ET CRIMINALISTIQUE1

La criminalistique ou science du procès est l’ensemble des


sciences et des techniques utilisées en justice pour établir les
faits matériels constitutifs de l’acte délictueux et la culpabilité
de la personne qui les a commis. Ainsi définie la criminalistique
comprend : la médecine légale, la police scientifique, la police
technique et la psychologie judiciaire.

Contrairement au point de vue de l’Ecole encyclopédique


antrichiènne2, la criminalistique ne fait nullement partie de la
criminologie car elle a un but exclusivement probatoire alors
que la criminologie a pour objectif l’explication de l’action
criminelle. De la sorte, la criminalistique constitue plutôt un
ensemble de techniques annexes de la procédure pénale3.

Toutefois, la criminalistique n’est pas sans rapports avec


la criminologie. D’une part, la criminalistique puise dans la
criminologie des données qui l’aident à perfectionner les
méthodes d’identification et de recherche des délinquants.
D’autre part et à l’inverse, la criminologie trouve dans la
criminalistique des enseignements très précieux pour l’étude du
crime et des criminels. Par exemple, il est très utile pour le

1
PINATEL, « Criminologie et police sociale », R.I.C.P.T., 1952, p. 133 –136 ; « L’apport
scientifique dans le domaine de la police », B.S.I.C., 1955, p. 9 à 34 ; J. PLANQUES, « De la
médecine légale à la criminologie », R.I.C.P.T., 1956, p. 305 à 307 ; E. De GREEFF,
« Criminologie et policiers », R.I.C.P.T., 1957, p . 98 à 105 ; J. SUSINI, « Police et
criminologie », R.S.C., 1963, p. 589 à 600 ; J. NEPOTE, « Situation actuelle et tendance
d’évolution de la criminalistique », R.I.P.C., 1983, p. 2 à 19.
2
Voir, supra, p.3.
3
Outre les traités et manuels de procédure pénale, Voir, G. STEFANI, G. LEVASSEUR,
B. BOULOC, Procédure pénale, 16e éd., Dolloz, 1996.
12

criminologue de savoir quels sont les divers modes d’exécution


des vols ou encore quelles personnes sont habituellement
victimes d’escroquerie.

C. – CRIMINOLOGIE ET PENOLOGIE1

La pénologie est la branche des sciences criminelles qui étudie


les fonctions des sanctions pénales, les règles de leur exécution
et les méthodes utilisées dans leur application.

Autrefois, on parlait de « science pénitentiaire » parce que


son objet se rapportait aux seules peines privatives de liberté.
Mais la science pénitentiaire s’est élargie à la pénologie à partir
du moment où elle a pris également pour objet d’étude les
peines et les mesures de sûreté autres que l’emprisonnement.

A la fin du siècle dernier, on assimilait généralement en


France la pénologie à la criminologie. Cette conception est
encore adoptée de nos jours aux Etats-Unis où le terme de
criminologie a recouvert pendant longtemps en fait deux
domaines : l’étiologie criminelle et la pénologie. Cette
assimilation n’est pas sans raison car, si l’on veut lutter
efficacement contre la récidive, il faut connaître les facteurs et
processus de l’action criminelle, ce qui est l’objet premier de la
criminologie.

Cependant cette extension du champ de la criminologie


doit être rejetée pour diverses raisons qui procèdent de l’analyse
du contenu de cette discipline complexe qui est la pénologie.
Celle-ci comprend en effet trois grandes branches : le droit
d’exécution, la technique de l’administration des institutions
pénitentiaires et la thérapeutique criminelle. Or les deux

1
Sur la pénologie, voir, l’intéressant ouvrage de B. BOULOC, Pénologie, Dalloz, 1991.
13

premières branches relèvent du droit pénal et du droit


administratif et se distinguent de ce fait de la criminologie.

Quand à la thérapeutique criminelle, c’est-à-dire


l’ensemble des traitements utilisés pour prévenir la récidive, ses
buts et ses méthodes peuvent suivant le cas, n’avoir aucune
correspondance réelle avec les données de la criminologie.

Mais si la pénologie et la criminologie doivent ainsi être


distinguées, elles n’en sont pas moins reliées l’une à l’autre par
l’intermédiaire d’une branche importante de la criminologie
qu’est la criminologie clinique (Partie 2).

D. –CRIMINOLOGIE ET SOCIOLOGIE PENALE

a. La sociologie pénale

La sociologie du droit pénal et de la justice pénale, ou sociologie


pénale, est la branche de la sociologie juridique qui étudie les
divers aspects de la réaction sociale contre le crime, non en tant
que normes juridiques, mais en tant que faits sociaux
susceptibles d’être appréhendés par les méthodes de la
sociologie.

La sociologie pénale comprend en gros trois parties :1°) La


sociologie du droit pénal proprement dit, ou « juristique
criminelle », qui consiste dans l’étude empirique des lois
pénales ; 2°) La sociologie de la peine qui, prenant les peines
comme des faits sociaux, s’interroge sur les conditions
sociologiques de leur apparition et de leur développement ainsi
que sur les effets qu’elles entraînent dans la société ; 3°) La
14

sociologie du procès pénale enfin, qui étudie comment


fonctionnent les divers organes de la justice pénale (police,
parquets, juges d’instruction, juridictions de jugement, etc. )
et quels sont les résultats sociologiques de leurs activités.

b. Distinction et rapports

1. Distinction
Il existait depuis longtemps un courant de pensée qui tendait à
considérer la sociologie du droit pénal comme une branche de la
criminologie (tenants de l’Ecole américaine classique) : c’est la
thèse de l’appartenance soutenue en France par MM. Vouin et
Léauté1.
Mais aujourd’hui les sociologues du droit pénal vont
beaucoup plus loin ; ils identifient la criminologie à la sociologie
du droit pénal sous l’appellation de « criminologie de la réaction
sociale ». Cette conception qui a pris naissance aux Etats-Unis a
gagné de proche en proche tous les pays d’Europe.

Il existe pourtant des différences fondamentales entre la


criminologie et la sociologie pénale tant en ce qui concerne leurs
objets respectifs que leur méthode. La criminologie a
essentiellement pour objet d’expliquer les facteurs et les
processus de l’action criminelle, alors que la sociologie pénale
étudie les divers aspects empiriques de la réaction à cette
action. Ainsi que l’a écrit le Doyen Carbonnier : « La sociologie
du droit pénal, qui étudie le phénomène de la répression, la
réaction de la société non délinquante au délit, est quelque chose
d’essentiellement différent de la sociologie criminelle qui étudie le
phénomène de la criminalité,le passage des délinquants à
l’acte»2.

1
R. VOUIN et J. LEAUTE, op. cit., p. 37 et 38.
2
J. CARBONNIER, Sociologie juridique, P.U.F., 1978, p. 42.
15

« La criminologie de la réaction sociale », écrit encore


Pinatel1 : « n’est pas une criminologie à proprement parler. Elle
est la science des effets, des conséquences du crime ; elle n’est
pas la science du crime... Elle est une branche de la sociologie
juridique et pas autre chose ».
Différente de la criminologie par son objet, la sociologie du
droit pénal l’est encore par ses méthodes. Alors en effet que la
criminologie est par sa nature interdisciplinaire et emprunte ses
méthodes de base aux diverses disciplines qui la constituent
(biologie criminelle, sociologie criminelle, psychologie
criminelle…) pour recourir ensuite à une méthode synthétique,
2

la sociologie pénale est unidisciplinaire est applique les seules


méthodes de la sociologie.

Le fait que la criminologie et la sociologie pénale doivent


être soigneusement distinguées, n’exclut nullement l’existence
de relations parfois fort étroites entre les deux disciplines.

2. Rapports

Les travaux de la sociologie du droit pénal et de la justice


criminelle sont en effet très utiles aux criminologues pour mieux
comprendre certains aspects de l’action criminelle. C’est ainsi
que les insuffisances et les malfaçons du système de justice
pénale mis en évidence par la sociologie pénale ne sont pas
étrangères à la constitution des situations précriminelles et
même à la formation de la personnalité de certains délinquants.
Mais les influences ne sont pas à sens unique. La sociologie du
droit pénale contemporaine néglige trop souvent tout ce qu’elle
peut puiser dans l’étude de l’action criminelle. Les délits et les
délinquants n’induisent-ils pas, dans une certaine mesure, la
1
PINATEL, « Perspectives d’avenir de la criminologie », in La criminologie, bilan et
perspectives, 1980 p. 265 - 266.
2
V. infra, p.17 et ss.
16

manière dont la justice pénale fonctionne ? Si le juge contribue


à façonner le criminel, le criminel ne détermine –t-il pas aussi
en partie la manière de réagir du juge ? Ce sont là quelques-
unes, parmi les nombreuses questions suggérées par la
criminologie, que les sociologues du droit pénal et de la justice
pénale feraient bien de se poser.

On a vu ainsi, en procédant par élimination successive, se


décanter et se circonscrire le domaine de la criminologie. Encore
reste-t-il à en explorer le contenu.

§ 2. – LE CONTENU DE LA CRIMINOLOGIE

L’examen du domaine de la criminologie a montré qu’en


définitive la criminologie apparaît essentiellement comme la
science qui étudie les facteurs de l’action criminelle, leur
interaction et les processus qui conduisent au passage à l’acte
délictueux, ainsi que les conséquences que l’on peut tirer de ces
connaissances pour une lutte efficace contre la délinquance.

Mais si la criminologie se réduit ainsi à ces dimensions,


son contenu n’est pas pour autant facile à dégager. La
détermination de celui-ci pose de multiples problèmes qui
gravitent autour des deux questions suivantes : 1) La
criminologie est-elle une science pluridisciplinaire ou une
science véritable et unitaire? 2) La criminologie est-elle une
science théorique ou une science pratique ?
17

A– LA CRIMINOLOGIE SCIENCE
PLURIDISCIPLINAIRE OU SCIENCE
VERITABLE ET UNITAIRE ?

La difficulté de cette question tient au fait que l’étude


scientifique du crime et du délinquant a été abordée, non pas
directement e elle-même mais pas le biais de diverses sciences
de l’homme. Il convient donc d’exposer d’abord quelles sont les
sciences constitutives de la criminologie avant d’examiner la
nature de cette discipline.

a. Les sciences constitutives de la criminologie

Pour comprendre la dimension exacte de ces sciences, la


meilleure méthode consiste à les suivre dans leur ordre
d’apparition chronologique : biologie criminelle, sociologie
criminelle et psychologie criminelle.

1. – La biologie criminelle1

Le premier aspect du phénomène criminel qui a retenu


l’attention est son aspect biologique. Il a donné lieu à la fameuse
théorie du « criminel-né » construit par le fondateur de la
criminologie, l’italien Cesare Lombroso, selon laquelle il
existerait chez les délinquants des stigmates anatomiques et
physiologiques qui les distingueraient des non-délinquants.

Aujourd’hui la biologie criminelle, que l’on appelait jadis


l’anthropologie criminelle, n’étudie pas seulement les aspects
1
L’étude de la biologie criminelle a donné lieu à une abondante littérature, voir, notamment,
M. CARRARA, « L’anthropologie criminelle », A.A.C., 1909, p. 721, « Le devenir de
l’anthropologie criminelle », R.D.P.C., 1930, p. 661 ; B. Di TULLIO, « L’état actuel des
études d’anthropologie criminelle », R.S.C., 1948, p. 275 ; P. GRAPIN, L’anthropologie
criminelle, coll. Que sais-je ?, 1973.
18

anatomiques et physiologiques de la personnalité du délinquant.


Elle s’intéresse aussi à ses aspects génétiques, biotypologiques,
biochimiques, voire même bio-sociaux. Elle a pour tâche
d’étudier les particularités biologiques les plus diverses qui
pourraient se trouver chez les délinquants et de proposer les
traitements médicaux qui seraient susceptibles d’y remédier. Il
existe donc une partie médicale dans la criminologie. Les
progrès considérables réalisés récemment dans le domaine
biologique sont d’ailleurs susceptibles d’ouvrir à la criminologie
des horizons tout à fait nouveaux.
2. – La sociologie criminelle1

Le second aspect sous lequel a été abordée l’action criminelle


est son aspect sociologique. Guerry et Quetelet avaient formulé,
dès la première moitié du 19 éme siècle, diverses « lois » de la
criminalité prenant appui sur les premières statistiques
criminelles. Mais l’étude des facteurs sociologiques du crime a
surtout été l’œuvre de l’Ecole française du milieu social de la fin
du 19éme siècle avec Tarde, Durkheim, Lacassagne et Joly.

Ferri, à son tour, a grandement insisté sur le rôle joué par


les facteurs sociologiques dans l’étiologie criminelle. L’étude des
aspects sociologiques de la délinquance est devenue par la suite
en grande partie une spécialité de la criminologie nord-
americaine ; des auteurs comme Sutherland, Sellin, Cohen, etc.,
ont mis l’accent sur le rôle des conflits de culture et des sous-
cultures délinquantes dans l’étiologie criminelle. Depuis le
début des années soixante, la sociologie criminelle a cédé le pas
à la sociologie de la déviance orientée essentiellement par l’Ecole

1
PINATEL, Le phénomène criminel, MA éditions, 1987, p.196, « Criminologie et
sociologie » , Inf. Soc., 1954, p.820, D. SZABO, « La sociologie dans l’étude du
comportement criminel », Rev . Action populaire, fév. 1958, p.164 ; « Criminologie et
sociologie » Rev. canadienne de criminologie, 1959, p.12 ; Ph. Robert, « L’évolution
récente de la sociologie criminelle », B.M.L., 1977, p. 605.
19

interactionniste puis l’Ecole radicale, vers l’étude de la réaction


sociale contre la déviance.

Mais en laissant de côté cette dernière tendance, qui


n’appartient pas à la criminologie mais à la sociologie pénale, le
domaine de la sociologie criminelle apparaît comme
extrêmement vaste. Elle étudie le phénomène criminel en tant
que phénomène social et phénomène de masse. Elle s’occupe de
l’étude de la criminalité considérée dans son ensemble, comme
de l’analyse de l’influence de l’environnement familial et social
du délinquant et des relations inter-individuelles qui s’établi-

ssent entre le délinquant est son environnement. C’est la


sociologie criminelle encore qui se penche sur les problèmes du
reclassement social du délinquant comme sur celui de la
prévention collective du crime.

Pour mener à bien sa tâche, la sociologie criminelle


s’appuie sur les statistiques criminelles qui renseignent sur la
structure et les variations de la criminalité dans le temps
comme dans l’espace. Elle nourrit ses développements des
données de l’ethnologie1, de la géographie humaine, de la
science économique et en dernier lieu de l’histoire sociale.
D’autre part, la diversité des cultures et des comportements
sociaux selon les sociétés ont soulevé le problème de la
comparaison en criminologie ; il y a ainsi une criminologie
comparative en plein essor2.

1
PINATEL, « L’apport de l’ethnographie à la criminologie et au droit pénal », R.S.C., 1966,
p.646 ; J. SOHIER, « Criminologie et ethnologie », R.I.P.C., 1970, p.97.
2
M. CLINARD, « Criminologie comparée », R.I.C.P.T., 1985, p.162.
20

3. La psychologie criminelle 1

L’aspect psychologique, au sens le plus large du terme, est le


dernier aspect sous lequel a été étudiée l’action criminelle.

A vrai dire, il y a fort longtemps que la psychiatrie s’est


penchée sur les aspects du phénomène criminel qui
ressortissent de la pathologie mentale.

La psychologie elle-même n’était d’ailleurs pas absente de


l’œuvre de Lombroso, tout au moins dans sa dernière époque.
Mais c’est l’essor de la psychanalyse qui semble avoir provoqué
l’étude systématique de la psychologie du délinquant.
Suivant la description qu’en donne Pinatel2, la psychologie
criminelle étudie l’intelligence, le caractère, les aptitudes
sociales et les attitudes morales du délinquant en recourant aux
tests de la psychologie expérimentale. Elle utilise également les
ressources de la psychologie clinique pour étudier les
motivations de l’action criminelle et les processus mentaux qui
conduisent au passage à l’acte. Avec la psychanalyse 3 , elle
s’attache à la vie profonde du délinquant, à ses motivations
inconscientes dans la vue de rechercher ses motivations
apparentes et immédiates. Elle se rencontre encore avec la
psychiatrie lorsqu’elle aborde les aspects psychopathologiques
de la conduite criminelle. Elle s’élève enfin, à la psychologie
sociale qui s’intéresse notamment aux aspects interpersonnels
du crime avec le couple criminel-victime, et tend à donner des
indications curatives, pédagogiques et éducatives pour
l’organisation du traitement des délinquants.

1
PINATEL, « Les orientations psychologiques récentes en criminologie », R.S.C., 1963,
p.377.
2
BOUZAT et PINATEL, Traité de droit pénal et de criminologie, tome 3, n° 9.
3
O. KINBERG, « Criminologie et psychanalyse », B.S.I.C., 1952, II, p.26 ; PINATEL,
« Criminologie et psychanalyse ». Rev. française de psychanalyse, 1953, p.281.
21

Tels sont finalement les divers aspects par lesquels a été


abordée l’étude de l’action criminelle. La criminologie apparaît
donc comme une science fondamentalement pluridisciplinaire.
Reste à se demander si elle constitue une science véritable et
unitaire ou si elle n’est que la juxtaposition des diverses
disciplines de base que l’on vient d’inventorier.

b. La nature de la criminologie

La détermination de la nature de la criminologie pose


également une difficulté qu’il convient de surmonter.

Certains auteurs tels, Laignel-Lavastine et Stanciu,


n’hésitent pas à affirmer que la criminologie est une science de
synthèse autonome en comparant celle-ci à un vaste delta
créateur où viennent se déposer les alluvions représentées par
ses diverses disciplines constitutives et en la représentant même
comme une « superscience de l’homme » une « somme des
sciences de l’homme »1.
D’autres, au contraire, estiment avec De Greff que « la
science de la criminologie n’existe pas en soi » ou avec Sellin que
« le criminologue est un Roi sans royaume »2.
Il y a effectivement difficulté pour cette raison que, s’il y a
eu évolution dans les différentes approches du phénomène
criminel, cette évolution s’est faite le plus souvent, non dans le
sens d’une criminologie synthétique véritable, mais dans celui
de la création de criminologies spécialisées, c’est-à-dire des
criminologies qui, tout en intégrant les diverses données
recueillies sur le phénomène criminel, conservent cependant
une orientation d’ensemble, tantôt biologique, tantôt
sociologique, tantôt psychologique ou psychanalytique. On parle

1
LAIGNEL-LAVASTINE et STANCIU, Précis de criminologie, p.21 ; STANCIU, Essai de
psycho-sociologie criminelle, p.25.
2
Déclaration faite en 1950.
22

ainsi de criminologie biologique, criminologie sociologique,


criminologie psychologique ou criminologie psychanalytique.

Ces criminologies spécialisées méritent-elles alors le nom


de « criminologie » ou ne sont-elles pas plutôt de simples
branches spécialisées de la biologie, de la sociologie et de la
psychologie ?

La difficulté de répondre à cette question n’est toutefois


pas insurmontable si l’on veut bien se rappeler qu’une science
se caractérise à la fois par son objet et par sa méthode. Or, il
n’est pas douteux que la criminologie à un objet spécifique :
l’action criminelle, qui englobe à la fois l’acte et son auteur. Elle
a d’autre part une méthode qui, si elle emprunte beaucoup aux
autres sciences de l’homme, n’en présente pas moins des
caractères propres.
Il n’est donc nullement excessif de considérer aujourd’hui
la criminologie comme une science véritable (en cours de
construction), qui œuvre dans le sens d’une intégration des
données biologiques, sociologiques et psycho-sociales dans une
synthèse véritable1. Mais s’agit-il d’une science théorique ou
d’une science à la fois théorique et pratique ?

B. – LA CRIMINOLOGIE SCIENCE THEORIQUE


OU SCIENCE PRATIQUE ?

D’après l’une des classifications retenues en philosophie


des sciences, on distingue entre les sciences pures et les
sciences pratiques ou techniques. Le problème se pose pour la
criminologie de savoir dans quelle catégorie la ranger.

1
V. PINATEL, «L’intégration des recherches biologiques et sociologiques en criminologie »,
op.cit, p.450.
23

Face à celle difficulté, deux conceptions opposées ont été


soutenues. Pour les uns la criminologie est une science pure qui
se désintéresse de ses applications pratiques. Ce point de vue a
été notamment présenté par Cuche 1 et il a servi de point de
départ aux travaux du IIe Congrès International de Criminologie
tenu à Paris en 19502. Enrico Ferri au contraire, a présenté la
criminologie comme une science pratique et sa conception a été
reprise par nombre de criminologues, dont Jean Pinatel3.

Face à ces oppositions, d’autres auteurs, tels que


Blaettler et Queloz4 voient dans la criminologie une science à la
fois théorique et pratique. Cette opinion paraît être la seule

satisfaisante : elle seule, en effet, prend en compte la nature


particulière de l’objet de la criminologie, l’action criminelle en
tant que mal social qui appelle la lutte contre lui en vue de
l’endiguer et de le refouler. C’est à cette opinion que s’est rangé
Raymond Gassin en définissant la criminologie comme : « la
science qui étudie les facteurs et les processus de l’action
criminelle et qui détermine, à partir de la connaissance de ces
facteurs et de ces processus, les stratégies et les techniques les
meilleures pour contenir et si possible réduire ce mal social »1.

Il ressort de cette définition que l’étude de la criminologie


comporte deux parties : une première partie consacrée à la
criminologie théorique ou générale, qui a pour objet la
comparaison des divers résultats obtenus par les sciences
criminologiques ou sciences spécialisées et une seconde partie
réservée à la criminologie pratique ou appliquée, qui a pour

1
« Un peu de terminologie ». précité.
2
Actes du IIe Congrès International de Criminologie, Supra, p. 6
3
La société criminogène, éd. Calmann – Lévy, 1971, p.15 à 18.
4
S. BLAETTLER et N. QUELOZ, « La criminologie : orientations et utilité sociale »,
R.I.C.P.T ; 1985, p.436 à 444.
24

objet, l’étude des moyens de lutte contre la délinquance et qui


sont scientifiquement les plus efficaces.

La dimension de ce cours ne nous permet pas de traiter


toutes les branches de la criminologie, il ne sera question ici,
que de la criminologie générale qui a pour objet de coordonne,
comparer et confronter les résultats obtenus par les diverses
sciences criminologiques et d’en présenter un exposé
systématique.

La systématisation suppose que les faits,soient puisés


dans des sorces sures et interprétés par une méthode
rigourreuse.C’est en fonction de la détermination de ses sources
que l’on déduira la division de la criminologie générale,en
étudiant la criminalité( Partie 1), le criminel et le crime(Partie 2).
25

PREMIERE PARTIE

L’ETUDE DE LA CRIMINALITE

L’étude de la criminalité, ou ensemble des infractions pénales


commises, au cours d’une période déterminée, dans un Etat,
ses divisions régionales, ou un groupe d’Etats, soulève un grand
nombre de questions. La première de toutes est de savoir si elle
existe dans toutes les sociétés ou seulement dans certaines
d’entre elles. Là où elle existe, quel est alors son volume ?
Comment est-elle structurée d’après les infractions, les
délinquants, les victimes ? Enfin, ces diverses caractéristiques
sont-elles alors le fait du hasard ou procèdent-elles d’une
certaine causalité et, dans le second cas, quels sont les facteurs
qui, à l’échelle de la société globale influencent le phénomène ?

Voilà autant de question qui se posent dans le cadre de


l’étude la criminalité.

La réponse à ces questions serait de trouver dans les


recherches théoriques et empiriques sur la criminalité de quoi
proposer, à la fois une explication générale de la criminalité
(chapitre1) valable pour tous les pays (chapitre 2).

Chapitre 1. – Les explications relatives à la criminalité.


Chapitre 2. – Criminalité et types de société
26

CHAPITRE 1

LES EXPLICATIONS RELATIVES


A LA CRIMINALITE

A partir du moment ou l’on a prétendu considérer le crime


comme un phénomène susceptible d’observation, la démarche
scientifique s’est naturellement orientée vers la recherche des
facteurs du crime. Mais celle-ci s’est faite dès la départ dans des
directions opposées : tandis que les uns attribuaient une
importance décisive aux facteurs anthropologiques (Section 1),
les autres s’attachaient principalement aux facteurs du milieu
physique et social (Section 2). Ferri a eu cependant conscience
de l’insuffisance de ces explications et a proposé une synthèse
des deux orientations (Section 3).

SECTION 1
LES EXPLICATIONS
ANTHROPOLOGIQUES

Les explications anthropologiques ont trouvé leur expression la


plus parfaite dans l’œuvre de l’italien Lombroso, médecin
militaire et professeur de médecine légale, qui a construit la
27

théorie du « type criminel » baptisée ultérieurement théorie du


« criminel-né»1.

§ 1. _ LA THEORIE DU « CRIMINEL-NE » DE
CESARE LOMBROSO

L’idée fondamentale de Lombroso est qu’il existerait un type


criminel dont les traits caractéristiques seraient bien définis et
qui s’expliquerait par des causes anthropologiques.

A l’origine les traits caractéristiques décrits par Lombroso


étaient uniquement des stigmates anatomiques, physiologiques
et fonctionnels. Il décrit ainsi l’homme enclin au viol comme
caractérisé par la longueur des oreilles, l’écrasement du crâne,
les yeux obliques et très rapprochés, le nez épaté et la longueur
excessive du menton. Le voleur, lui se distinguerait par une
remarquable mobilité du visage et des mains, par ses yeux
(petits, inquiets et toujours en mouvement), par ses sourcils
(épais et tombants), par sa barbe rare, son front bas et fuyant.
Le meurtrier, enfin, se révélerait par l’étroitesse du crâne, la
longueur des maxillaires et les pommettes saillantes.

Par la suite, l’auteur a attribué des traits psychologiques à


son type criminel. Le trait essentiel est l’insensibilité psychique
qui entraîne l’atrophie des sentiments moraux de compassion et
de pitié ainsi que l’absence de scrupules et de remords qui font
du délinquant un fou moral. A côté de ce trait fondamental, on
trouve aussi chez ce dernier diverses caractéristiques

1
Principaux ouvrages de Lombroso : L’homme criminel, trad, française de la 5è èd. italienne,
Paris. Alcan, 1895 ; L’homme de génie, Paris, Carré, 1896 ; Le crime causes et remèdes,
Paris. Alcan, 1899 ; en coll. avec R. LARSCHI, Le crime politique et les révolutions, Paris.
Alcan 1892 ; en coll. avec G.FERRERO, La femme criminelle et la prostituée, Paris. Alcan,
1906.
28

psychologiques importantes : violence, imprévoyance, vanité,


intempérance, sensualité, religiosité artificielle.

§ 2. _ APPRECIATION DE LA THEORIE DE
LOMBROSO

La théorie du « type criminel » à une très grande importance


historique. Elle rompt en effet, pour la première fois d’une
manière systématique avec la conception abstraite du criminel
de l‘Ecole classique, et elle introduit la méthode positive et
expérimentale dans l’étude du criminel.

Cette œuvre est fondée sur de longues et patientes


recherches. En effet, Lombroso à durant sa vie examiné 383
crânes de criminels et 5907 délinquants vivants. Il a complété
ses recherches par des investigations sur les soldats et les
enfants des écoles1. On peut dire que c’est lui qui a fondé la
criminologie scientifique.

Ces aspects positifs de la théorie lombrosienne ne doivent


cependant pas dissimuler que cette doctrine se heurte à des
critiques. On peut en retenir quatre principales. Premièrement,
elle ne recouvre pas l’explication de la délinquance dans son
ensemble : Lombroso, après avoir estimé que le pourcentage des
délinquants présentant le type criminel était de 65 à 70 %, a par
la suite abaissé ce taux à 30-35 %, ce qui laissait sans
explication la délinquance de plus de la majorité des
délinquants. Deuxièmement, il n’est pas exact que le criminel
présente les traits caractéristiques décrits par Lombroso.

1
Sur la construction de la théorie de « l’homme criminel », voir, C. Lombroso, « Discours
d’ouverture du VIe Congrès d’anthropologie criminelle », A.A.C., 1906, p.665 à 671 ; Gina
Lombroso, « Comment mon père est arrivé à la conception de ‘‘ l’homme criminel’’ »,
R.D.P.C., 1921, p. 907 à 925.
29

Troisièmement, l’explication de la délinquance par Lombroso a


donné lieu à de vives critiques : tandis que les sociologues, à la
suite de Durkheim, niaient l’anormalité biologique du
délinquant, ceux-là même qui retenaient la validité de
l’hypothèse refusaient de voir cette anormalité dans l’atavisme
pour s’orienter vers d’autres explications d’ailleurs diverses.
Enfin, on a reproché à Lombroso d’avoir complètement négligé
les facteurs sociaux de l’action criminelle, du moins au début,
alors que d’autres Ecoles attribuaient en revanche à ces
derniers le rôle causal essentiel.
SECTION 2
LES EXPLICATIONS SOCIOLOGIQUES
AVANT FERRI

Les premières explications de type sociologique avant Ferri ont


été dominées par deux importantes Ecoles : l’Ecole cartogra-
phique ou géographique (§1) et l’Ecole socialiste (§2).

§ 1. _ L’ECOLE CARTOGRAPHIQUE OU
GEOGRAPHIQUE

Les promoteurs de cette Ecole furent le belge Quetelet (1796-


1874)1 et le français Guerry (1802-1866)2.

Travaillant sur les premières statistiques françaises de la


criminalité pour les années 1826-1830, Quetelet et Guerry
furent frappés par la remarquable constance de la criminalité et

1
Principaux ouvrages de Quetelet : Physique sociale ou Essai sur le développement des
facultés de l’homme, 1e éd., 1835, 2e éd., 1869 ; Du système social et des lois qui le régissent,
1848 ; Anthropométrie ou mesure des différentes facultés de l’homme, 1870.
2
GUERRY, Essai sur la statistique morale de la France comparée à celle de l’Angleterre,
Paris 1833.
30

par le fait que les crimes contre les personnes prédominent dans
les régions du Sud et pendant les saisons chaudes, tandis que
les crimes contre les propriétés l’emportent dans les régions du
Nord et pendant les saisons froides : c’est la loi thermique de la
criminalité.

Florissante au 19ème siècle, l’Ecole géographique est


pratiquement tombée dans l’oubli avec la criminologie
lombrosienne.

§ 2. _ L’ECOLE SOCIALISTE

L’Ecole socialiste, fondée sur les écrits de Marx et Engels, a


ébauché l’examen des relations entre le crime et le milieu
économique1.

Pour la doctrine marxiste, la criminalité est un « sous-


produit » du capitalisme comme les autres anomalies sociales.
Elle apparaît ainsi comme une réaction contre les injustices
sociales ce qui explique qu’on la trouve surtout dans le
prolétariat. La criminalité est appelée à disparaître ou tout au
moins à diminuer très fortement dans la société socialiste. Les
actions qui, dans cette société, seraient entreprises contre le
bonheur de celle-ci, ne seraient que l’effet de maladies mentales
ou physiques.

Cette thèse est à l’origine d’études valables. En Belgique,


Ducpétiaux, inspecteur général des prisons et établissements de
bienfaisance, montre l’influence de la misère de 1845-1847 et de
1856-1857 sur la criminalité en Flandre. Legoyt, étudiant l’effet
de l’élévation du prix du blé sur toute la criminalité reconnaît

1
PINATEL, La société criminogène, p. 143 à 144.
31

que, les attentats contre la propriété augmentent plus


sensiblement, en cette occurrence, que les attentats contre les
personnes.

SECTION 3
LES EXPLICATIONS A L’EPOQUE
FERRIENNE
Les études de sociologie criminelle se divisent, à l’époque
ferrienne, en deux grands courants : celui qui voit dans la
criminalité un phénomène de normalité sociale et celui qui voit

en elle un phénomène d’anormalité sociale. Le premier courant


est dominé par l’Ecole sociologique de Durkheim (§1). Quand au
second, il réunit deux Ecoles de tendances différentes : celle qui
pense que la criminalité est dominée par les influences sociales
(Ecole sociologique) (§2) et celle qui rattache la criminalité à des
influences interpsychologiques (Ecole de l’Interpsychologie) (§3).

§1. _ L’ECOLE SOCIOLOGIQUE

L’Ecole sociologique est représentée par Emile Durkheim (1858-


1917)1 qui peut être considéré comme le fondateur d’une
théorie qui lie les conduites criminelles à la structure socio-
culturelle.

Ce qui caractérise la pensée de Durkheim est que le crime


est un phénomène de sociologie normale et que, bien plus, il est
un facteur de santé publique, une partie intégrante de toute
société saine.

1
Ouvrages de Durkheim touchant à la criminologie : De la division du travail social, Paris,
1893 ; Les règles de la méthode sociologique, Paris, 1895 ; Le suicide, Alcan, Paris, 1898 ;
Deux lois de l’évolution pénale, in « l’année sociologique ».
32

Cette position le conduit à affirmer que la criminalité


provient, non pas de causes exceptionnelles, mais de la
structure même de la culture à laquelle elle appartient : d’autre
part, la criminalité doit être comprise et analysée non pas en
elle-même, mais toujours relativement à une culture déterminée
dans le temps et dans l’espace.

Ce point de vue culturel domine encore dans la sociologie


criminelle américaine et en particulier chez Sutherland et dans
la théorie des conflits de culture de Sellin. Selon ce dernier, il
est sans conteste que la criminalité doit être analysée par
rapport à une culture donnée1.

§ 2. _ L’ECOLE DU MILIEU SOCIAL

L’Ecole du milieu social ou Ecole Lyonnaise dont le chef de file


fut Lacassagne 2 (1843-1924), Professeur de médecine légale à
Lyon, a mis l’accent sur l’influence prépondérante du milieu
social dans l’étiologie criminelle.

La théorie de Lacassagne se résume dans deux formules


restées célèbres : « Les sociétés n’ont que les criminels qu’elles
méritent » et « le milieu social est le bouillon de culture de la
criminalité, le microbe c’est le criminel, un élément qui n’a
d’importance que le jour où il trouve le bouillon qui le fait
fermenter ».

Cette théorie a attiré l’attention sur les aspects sociaux de


la délinquance autres que les aspects économiques, mais elle
néglige trop les aspects individuels de la délinquance et elle

1
Th. SELLIN, « Conflits culturels et criminalité », R.D.P.C., 1960, p. 815 à 833 et 879 à 896.
2
L. VERVAECK, « Le professeur Lacassagne », R.D.P.C., 1924, p. 915 à 930 ; PINATEL,
« De Lacassagne à la nouvelle Ecole de Lyon », R.S.C., 1961, p.151 à 158. La fondation en
1886 des Archives d’anthropologie criminelle est due à l’heureuse initiative de Lacassagne.
33

n’explique pas comment le milieu social peut agir sur la


personnalité du délinquant. C’est à cette dernière question que
Gabriel Tarde a essayé de répondre.

§ 3. _ L’ECOLE DE L’INTERPSYCHOLOGIE

Crée par Gabriel Tarde (1843-1904)1, magistrat de carrière, cette


Ecole considère que les rapports sociaux ne sont que des
rapports interindividuels et que ceux-ci sont régis par ce fait
social qu’est l’imitation. Chez l’individu, l’imitation explique

des fonctions psychologiques telles que l’habitude et la


mémoire. Sur le plan des rapports sociaux, c’est encore par le
jeu de l’imitation que s’organise et se développe la vie sociale.

A partir de là, Tarde aborde le problème de la criminalité.


Son idée essentielle est que chacun se conduit selon les
coutumes acceptées par son milieu ; si quelqu’un vole ou tue, il
ne fait qu’imiter quelqu’un d’autre.

Dans cette perspective, Tarde a particulièrement étudié


les criminels professionnels, relevé leurs traits sociologiques
caractéristiques et conclut que les criminels de profession ont
un langage (argot) des signes de compagnonnage (tatouage), des
règles corporatives (associations de malfaiteurs).

On voit donc que selon Tarde, l’homme n’est engagé dans


la voie de la criminalité que sur des conseils, des suggestions et
des influences psycho-sociales.

Au terme de ce survol de la théorie de Lombroso et des


premières explications de type sociologique, il apparaît que ces

1
Principaux ouvrages de Tarde : La criminalité comparée, Alcan, Paris 1886, La philosophie
pénale, éd. Stock et Masson, Lyon- Paris, 1890, réimpression par les éditions Cujas en 1972.
34

premières Ecoles ne se sont intéressées qu’a des aspects partiels


de la délinquance. Mais si leurs travaux semblent incomplets,
ils n’en ont pas moins ouvert la voie à la première synthèse des
divers facteurs de la délinquance par Enrico Ferri.

SECTION 4
LA THEORIE D’ENRICO FERRI
Enrico Ferri (1856-1929)1 était Professeur de droit pénal à Rome
et à Turin. En 1881, il publie son ouvrage fondamental « La
sociologie criminelle» où il s’est efforcé de s’élever à une concep-

tion plus vaste que celle des doctrines décrites ci-dessus, en


accordant une place importante aux facteurs sociaux, tout en
tenant compte des facteurs biologiques.

§ 1. _ CONTENU DE LA THEORIE DE FERRI

Pour Ferri, le délinquant est un être dont l’activité criminelle est


déterminée par toute une série de facteurs criminogènes, mais
qui se combinent différemment selon les délinquants, ce qui
conduit à une classification des délinquants.

A. _
LES FACTEURS CRIMINOGENES D’APRES
FERRI

Pour Ferri, s’il est vrai que les conditions économiques et


sociales constituent bien « le bouillon de culture » de la
délinquance, il n’en demeure pas moins certain que la question
criminologique fondamentale est de savoir pourquoi, parmi tous

1
Sur FERRI : P. BOUZAT, « Le centenaire d’Enrico Ferri. L’œuvre du maître. Son
actualité », R.S.C., 1957, p. 1 à 18 ; R. ROMANI, « Le souvenir d’Enrico Ferri », R.I.C.P.T.,
1971 - 1972, p.99 à 106 ; PINATEL, Le phénomène criminel, p. 94 - 95.
35

les sujets soumis aux mêmes conditions exogènes, c’est tel


individu et non tel autre qui devient criminel. Ferri soutient que
la réponse à cette question se trouve dans cette idée que le délit
est un phénomène complexe ayant des origines multiples ce qui
le conduit à inventorier trois sortes de facteurs : anthropologi-
ques, physiques et sociaux1.

a. Les facteurs anthropologiques

Les facteurs anthropologiques sont inhérents à la personne du


criminel, d’où l’appellation d’endogènes que Ferri répartit en
trois classes : ceux qui tiennent à la constitution organique du
criminel (toutes les anomalies organiques en général), ceux qui
sont attachés à sa constitution psychique (anomalies de
l’intelligence et des sentiments) et ceux qui tiennent aux
caractères personnelles de l’individu (sexe, âge, profession,
classe sociale, éducation, instruction etc.).

b. Les facteurs du milieu physique


ou cosmo-telluriques

Dans les facteurs du milieu physique ou cosmo-telluriques,


Ferri range le climat, la nature du sol, les saisons, la
température annuelle, les conditions atmosphériques, la
production agricole etc., qui sont une première variété de
facteurs « exogènes ».

c. Les facteurs du milieu social

Deuxième variété des facteurs exogènes qui résultent du milieu


dans lequel vit le délinquant : densité de la population, état de
l’opinion publique et de la religion, constitution de la famille,

1
FERRI, La sociologie criminelle, p.205 à 214
36

système d’éducation, production industrielle, alcoolisme,


organisation économique et politique.

_
B. LA CLASSIFICATION DES DELINQUANTS

Ferri classe les délinquants en cinq catégories : deux chez qui


prédominent les facteurs anthropologiques, trois chez qui
l’emportent les facteurs du milieu social.

- Les premiers sont les criminels-nés et les criminels


aliénés. Les criminels-nés sont ceux qui présentent les
caractéristiques du type criminel de Lombroso à qui il a réservé
cette appellation célèbre. Toutefois pour Ferri, déterminisme

n’est pas synonyme de fatalisme et le criminel-né n’est pas


fatalement voué au crime, car des facteurs sociaux
particulièrement favorables peuvent le prévenir. A la différence
des criminels-nés qui ne sont pas atteints de troubles
psychiatriques caractérisés, les délinquants aliénés ; sont
délinquants en raison d’une anomalie mentale très grave, mais
ici encore, Ferri expose que le contexte social dans lequel
évolue l’individu n’est pas indifférent à sa délinquance, ce qui
expliquerait que parmi tous les individus atteints de la même
affection mentale, tous ne deviennent pas délinquants. A partir
de la mise en évidence de ces deux catégories de criminels
dominés par des facteurs anthropologiques, Ferri propose alors
une individualisation de la sanction pénale axée sur la
neutralisation de ce type de délinquants (déportation perpétuelle
ou internement de durée indéterminée pour les criminels-nés.
Les aliénés seront eux enfermés dans des asiles-prisons ou
détention perpétuelle).
- Les seconds chez qui prédominent les facteurs sociaux
sont les délinquants d’habitude, les délinquants d’occasion et
les délinquants passionnels. Les délinquants d’habitude (ou par
37

habitude acquise) constituent une catégorie d’individus devenus


délinquants persistants en raison des conditions sociales
particulièrement défavorables dans lesquelles ils ont évolué en
particulier au cours de leur enfance et de leur adolescence ; les
facteurs anthropologiques ne sont cependant pas totalement
absents car, pour Ferri, les conditions sociales aussi
défavorables soient-elles, ne mènent à la délinquance que si le
sujet présente une fragilité constitutionnelle ou acquise. Les
délinquants d’occasion, qui représentent la part la plus
importante des délinquants, sont des gens qui ont commis un
acte délictueux en raison du poids très important de conditions
sociales défavorables sur une personnalité qui, du fait de sa
constitution biologique, manque de solidité devant l’épreuve de
la tentation. Les criminels passionnels enfin sont ceux vers
lesquels va toute la tendresse de Ferri ; il en donne une
description idyllique et explique leur crime par l’action de
facteurs occasionnels déterminants sur une nature hyper-
sensible.

De ces analyses, Ferri tire également des conclusions de


politique criminelle : neutralisation des délinquants d’habitude
(mêmes mesures que le criminel-né, avec cette différence que la
mesure de neutralisation peut être appliquée au criminel-né dès
sa première infraction, qui sera ordinairement grave, tandis
qu’elle ne sera appliquée au criminel d’habitude qu’après un
certain nombre de récidives), mesures de réadaptation sociale
pour les occasionnels (internement dans des colonies agricoles
des adultes ; pour les infractions graves et remise des mineurs
à des familles honorables) et enfin, simple obligation de
réparation du préjudice causé à la victime pour les passionnels.
38

§ 2. _ APPRECIATION DE LA THEORIE
DE FERRI
Pour porter un jugement sur la théorie criminologique de Ferri,
il convient de distinguer entre les analyses de détails et la
perspective d’ensemble.

Les analyses de détails ont donné lieu à deux séries de


critiques. On a en premier lieu, fait observer que sa
classification des facteurs criminogènes manquait de rigueur
(pourquoi, par exemple, la production agricole serait un facteur
du milieu physique alors que la production industrielle relève
du milieu social ?) et, plus encore, qu’elle situait au même
niveau tous les facteurs criminogènes au mépris de la règle des
niveaux d’interprétation. D’autre part, la classification des
délinquants a soulevé diverses objections portant tout à la fois
sur la réalité du criminel-né et sur l’opportunité de faire du
passionnel et de l’occasionnel deux catégories distinctes. Aussi
a-t-on proposé de regrouper tous les délinquants en trois
catégories seulement : délinquants aliénés et anormaux
mentaux, délinquants d’occasion et délinquants d’habitude.
Si l’on s’élève maintenant à la perspective d’ensemble, on
doit savoir gré à Ferri d’avoir été le premier à montrer que
l’action criminelle n’est pas un phénomène unilatéral mais un
phénomène plus complexe dans lequel entrent en ligne de
compte de multiples facteurs et d’avoir ainsi accrédité la thèse
multifactorielle de la délinquance. Sur le plan de la politique
criminelle, cette perspective d’ensemble a permis d’adapter la
réaction sociale à la diversité des délinquants:l’individualisation
de la sanction pénale est ainsi sortie de cette conception
multifactrorielle.
Toutefois, l’œuvre de Ferri ne constitue qu’un premier pas
dans la voie d’une recherche véritablement satisfaisante de
l’action criminelle, car elle présente la délinquance d’une
39

manière beaucoup plus mécanique que vivante, comme la


résultante d’une série de facteurs juxtaposés qui viennent se
combiner pour produire l’acte délictueux à la manière d’une
réaction chimique. Or, dans la réalité, les choses sont
beaucoup plus complexes. C’est précisément pour tenir compte
de cette complexité que se sont développées par la suite les
explications modernes du phénomène criminel, que la
dimension de cet ouvrage ne nous permet pas de les traiter
toutes1.
Au terme de ce survol des études relatives à la criminalité,
on constate que les premiers criminologues ont effectivement
cru pouvoir élaborer une interprétation de la criminalité à partir
des données relatives à quelques pays européens. Mais les
travaux effectués depuis lors par les ethnologues, sociologues et
historiens, ont montré que les sociétés et les cultures sont d’une
diversité indéfinie. On estime aujourd’hui que pour construire
une théorie explicative générale, il faut utiliser les données
empruntées à tous les pays, ou du moins, à des échantillons,
afin de dégager les caractéristiques propres à la criminalité de
chaque société. C’est donc les rapports de types de sociétés et
de la criminalité qu’il convient de préciser dans un second
chapitre.

1
Sur ces explications, voir, GASSIN, Criminologie, n° 185 et ss.
40

CHAPITRE 2
TYPES DE SOCIETES ET
CRIMINALITE

Selon l’expression de Pinatel : « A chaque société correspond un


type défini de criminalité »1. Mais la description de la criminalité
de tous les pays n’est pas possible en l’état actuel des
connaissances empiriques très limitées. Malgré l’existence d’un
Centre International de Criminologie Comparée (C.I.C.C)
implanté à Montréal au Canada et l’Institut de Recherches des
Nations-Unis sur la Défense Sociale (U.N.S.D.R.I), dont le siège
est à Rome, les véritables recherches globales sur la criminalité
dans le monde en sont à leur début. En fait, les seules données
suffisamment développées que fournissent les recherches sont
axées essentiellement autour des différences suivant les types
de sociétés.

Pour mettre en évidence ces différences, il convient


d’opposer les pays en voie de développement (Section 1), les ex-
pays socialistes (Section 2) et les pays développés (Section 3).

1
R.S.C., 1970, p. 684.
41

SECTION 1
LA CRIMINALITE DANS LES PAYS EN
VOIE DE DEVELOPPEMENT

Que représente la criminalité dans l’ensemble disparate des


pays en voie de développement ? Il n’est pas facile de le savoir
car les statistiques criminelles y sont souvent absentes et

lorsqu’elles existent, si elles ne sont pas fictives ou


soigneusement gardées comme « secret d’Etat », elles sont
souvent défectueuses. Toutefois, un certain nombre de
recherches d’envergure sur cette criminalité ont été réalisées
depuis une vingtaine d’années, soit pour l’ensemble des P.V.D,
soit pour diverses régions, soit encore pour certains pays1.

La comparaison des données fournies par les divers


travaux avec celles qui concernent la criminalité des pays
industrialisés révèle l’existence de différences profondes entre
les deux sortes de criminalité : différence de volume d’abord, car
la criminalité dans les P.V.D paraît dans l’ensemble nettement
inférieure à celle des sociétés plus évoluées ; différence de
structure sans doute plus encore, notamment par rapport aux
sociétés occidentales. En 1966, M. Szabo2 caractérisait la
structure de la criminalité dans les P.V.D en distinguant une
criminalité liée à la civilisation traditionnelle (§1) et une
criminalité nouvelle engendrée par le début d’industrialisation et
l’urbanisation (§2).

1
Sur ces recherches, voir, l’intéressante bibliographie citée in GASSIN, Criminologie. n° 267,
note 1 et 277 bis.
2
Travaux du XVIe Cours International de Criminologie d’Abidjan, 12-24 sept-1966 : « La
délinquance dans les pays en voie de développement », Actes L.G.D.J., 1968, p.688.
42

§ 1. _ LA CRIMINALITE TRADITIONNELLE
DES PAYS EN VOIE DE DEVELOPPEMENT

L’originalité de la criminalité ancienne des actuels P.V.D n’avait


évidemment pas manqué d’être soulignée à l’époque coloniale.
Mais elle n’en a pas moins persisté après l’indépendance. On va
illustrer cette forme de criminalité à travers deux séries
d’exemples.

_
A. LA CRIMINALITE TRADITIONNELLE
A L’EPOQUE COLONIALE

Un exemple de l’évolution de la criminalité dans les P.V.D a pu


nous être donné par l’Algérie pendant la colonisation française.
Dans un travail intitulé « Aspects particuliers à la criminalité
algérienne »1 , MM. A.Fourrier, P. Michaud et J.Thiodet, ont
démontré que la criminalité algérienne relevait d’un
déterminisme différent de celui de la criminalité occidentale. Ils
répartissaient la population d’alors en quatre groupes de point
de vue criminologique : 1°) la population juive qui n’entrait
qu’en très faible proportion dans les statistiques criminelles et
principalement pour des délits de fraude et de ruse ; 2°) les
immigrés italiens et espagnols qui, malgré le sang chaud des
méditerranéens, étaient assez paisibles car ils redoutaient
l’expulsion du territoire ; 3°) la population française dont la
criminalité ne différait pas de celle de la métropole ; 4°) la
population indigène et musulmane qui donnait à la criminalité
algérienne sa particularité : vols de bestiaux, coups de
couteaux, égorgements, usage d’armes à feu, mutilations
nasales et génitales, viols. Cette constatation avait conduit les
auteurs à invoquer les mœurs, les coutumes et certains aspects
de la religion pour expliquer le comportement des auteurs de
ces crimes.
1
Algérie Médicale. vol. 61, n° 1, janvier 1957.
43

_
B. LA CRIMINALITE TRADITIONNELLE DANS
LES PAYS EN VOIE DE DEVELOPPEMENT
INDEPENDANTS

Les travaux du Cours International d’Abidjan de 1966 sur


la criminalité dans les pays francophones d’Afrique ont
montré que l’indépendance n’avait pas fait disparaître la
criminalité liée à la culture traditionnelle des habitants.
Celle-ci est d’abord indirectement facteur de criminalité ; la
magie est à l’origine de nombre d’empoisonnements, délits
sexuels et adultères ; la solidarité familiale débouche sur le
détournement de deniers publics et la corruption ; le mode de
vie pastoral est lié au vol de bestiaux. La culture traditionnelle
devient même facteur de délinquance lorsque les législateurs de
ces pays prétendent introduire des réformes inspirées des
législations occidentales telles que la suppression de la
polygamie et l’usage de la dot1.

Les analyses faites en 1966 se trouvent confirmées par les


observations de M. Brillon dans son livre « Ethno-criminologie
de l’Afrique noire »2, dont la lecture permet de constater que la
criminalité liée à la culture traditionnelle demeure toujours un
fait très caractéristique de l’Afrique Noire.

§ 2. _ LA CRIMINALITE NOUVELLE
DES PAYS EN VOIE
DE DEVELOPPEMENT
Il existe actuellement des formes nouvelles de criminalité dans les P.V.D.Nous
retenons trois formes caractéristiques :une criminalité liée à l’urbanisation,un

1
E.X. MBOUYOM, « Le droit pénal moderne face aux valeurs traditionnelles au Cameroun »,
R.I.C.P.T., 1981, p.143 à 152 ; F. ZUCARELLI, « La contrainte des croyances populaires sur
le droit pénal : le cas du Sénégal », Rev. pol. nat, août 1981, p.9-10.
2
Y. BRILLON, Ethno- criminologie de l’Afrique Noire, éd. Vrin, 1980.
44

criminalité liée au trafic de drogues et une criminalité liée au


terrorisme et à la guérilla.

A. _ LA CRIMINALITE URBAINE

C’est une criminalité qui est liée au fait de l’urbanisation des


pays en voie de développement, lui-même en relation avec un
début d’industrialisation. Cette délinquance revêt la forme d’une
délinquance utilitaire caractérisée par des vols, cambriolages et
agressions sur la voie publique ; la prostitution y occupe aussi
une place de choix.

Dans une étude intitulée : « Les mécaniques criminogènes


dans une société urbaine africaine », M. Houchon1 pour
expliquer comment l’urbanisation a influencé le développement
de la délinquance des jeunes Kinshassais, retient trois
variables : 1°) la détribalisation entraînant la dissociation
familiale ; 2°) l’inadaptation de l’enseignement produisant des
déclassés sans débouchés ; 3°) l’absence de loisirs organisés
entraînant la formation de bandes. Quand aux jeunes
délinquants, l’auteur y discerne trois types : 1- le jeune
désœuvré de 17 à 18 ans accomplissant des délits contre les
biens ; 2- un type composé de jeunes occupant des emplois de
service soumis à des pressions considérables par l’étalage d’un
luxe qu’ils côtoient quotidiennement et qui commettent surtout
des vols domestiques ; 3- un type de délinquant plus précoce,
encore écolier, à l’étiologie incertaine.

Finalement, la tentation est grande, à partir de l’ensemble


de ces données et à en croire un haut magistrat ivoirien, M.
Boni, que le mobile qui caractérise cette criminalité est surtout
le besoin lié à la misère et au chômage considérable, par
opposition à la criminalité de perversion des sociétés

1
G. HOUCHON, R.I.C.P.T., 1967, p.271 à 292.
45

industrialisées. On parle encore de déviance de subsistance ou


de déviance nutritionnelle.

B._ LE TRAFIC DE DROGUES

Un autre aspect de la criminalité dans les pays du Tiers-Monde


réside dans le trafic de drogues 1 à destination des pays
occidentaux (Etats-Unis, Canada et Europe occidentale) avec
toute la criminalité qui gravite autour de ce trafic (assassinats,
attentats contre les hommes politiques et les forces de police et
connivence avec certains mouvements de guérilla)2. Sans doute,
ce trafic ne date-t-il pas d’aujourd’hui. Mais il a pris une
ampleur considérable avec le développement d’une consomma-
tion de masse de stupéfiants dans les pays occidentaux et la
crise économique qui frappe durement certains pays
producteurs, notamment en Amérique Latine.

C. _ LE TERRORISME ET LA GUERRILLA

L’une des caractéristiques des pays en voie de développement


est l’ampleur des activités révolutionnaires qui n’ont cessé de s’y
développer depuis les années 50 et des actes criminels qui les
ont accompagnées ou même simplement représentées
(« Tupamaros » en Uruguay et en Argentine, « Sentier lumineux »
au Pérou etc.)3.

Un autre aspect non négligeable de cette criminalité liée à


la situation politique est celui que constituent les massacres
entraînés par les rivalités tribales (Sikhs en Inde, Tamouls au
Sri-Lanka, Kurdes dans les pays d’Asie mineur, etc.).

1
S. BROCHU, Drogue et criminalité, Presses de l’Université de Montréal, 1995.
2
H. FAVRE, « Le Sentier lumineux et le coca business », Revue Esprit, janv.1990, p.23 à 27.
3
BOSSARD, La criminalité internationale, précité, p.13 à 23.
46

SECTION 2
LA CRIMINALITE DANS LES EX-PAYS
SOCIALISTES1
On se souvient que, selon la thèse marxiste traditionnelle, la
criminalité est liée au système capitaliste et est appelée, dans la

société socialiste, à disparaître, ou tout au moins à diminuer


fortement. Qu’en est-il exactement ?

§ 1. _ APPROCHE ET TENDANCES
D’EVOLUTION DE LA CRIMINALITE
DANS LES EX-PAYS SOCIALISTES

A. _ APPROCHE DE LA CRIMINALITE

Il existait en U.R.S.S. et dans les pays socialistes d’Europe de


l’Est une littérature criminologique officielle assez abondante
qui est l’œuvre de juristes et de criminologues et dont la
substance nous est connue par divers canaux (compte-rendus
d’ouvrages, publications à destination de l’Occident, articles,
conférences et rapports de spécialistes officiels publiés dans les
revues occidentales) 2 . Dans ces divers textes, on trouve
généralement, outre quelques statistiques, des développements
déductifs qui constituent des paraphrases plus ou moins
complexes de la doctrine marxiste – léniniste sur la criminalité.

1
Sur la criminalité des pays à économie socialiste, voir, PINATEL, La société criminogène,
p.33 à 38.
2
Il ne saurait être question de donner ici la liste des travaux par pays. Les études les plus
significatives seront mentionnées à l’occasion, en notes de renvoi.
47

En regard de cette version de la réalité, plusieurs sources


permettent, sinon de connaître de manière directe la criminalité
des pays socialistes, du moins de s’en faire indirectement une
idée assez précise.

1) Les témoignages et les écrits des dissidents passés en


Occident1 ou ayant fait passer leurs écrits de l’autre
côté du rideau de fer.
2) La presse soviétique, rapportée par la presse
occidentale, et qui a pris l’habitude de publier des faits
de criminalité et leur sanction à titre exemplaire et
moralisateur.

3) Certains discours officiels des plus hauts dignitaires


du P.C.U.S. (rapport Khrouchtchev en 1956 dénonçant
les « crimes de Staline »; discours de Gorbatchev
annonçant une offensive contre l’alcoolisme, la
corruption et l’incurie des cadres du Parti).

4) Quelques études comparatives menées conjointement


et dans un esprit scientifique par des chercheurs des
deux côtés du rideau de fer, dont la plus suggestive est
consignée dans un ouvrage datant de 1975 comparant
la délinquance juvénile dans quatre pays : France,
Hongrie, Pologne et Yougoslavie2.

5) Les travaux des chercheurs occidentaux ou les


publications des journalistes occidentaux sur les
questions de criminalité dans les pays socialistes3.

1
SOLJENITSYNE, L’archipel du Goulag, éd. du Seuil, 1974.
2
Y. CHIROL, Z. JAZOVIC, D. LAZAREVIC, B. MAROSZEK, V. PEYRE et A. SZABO,
Délinquance juvénile et développement socio-économique, Mouton, éd. La Haye, Paris, 1975.
3
Il existe une abondante littérature sur la criminalité des pays socialistes, voir en particulier,
PINATEL, « La criminalité dans le monde », R.S.C., 1971, p.455 ; La société criminogène,
p.33 à 38 ; V. CHALIDZE, Le crime en Union soviétique, 1978 ; M. VOSLENSKY, La
nomenklatura : les privilégiés en URSS, éd. Pierre Belfond 1980 ; P. MENEY, La
48

Il résulte de ces diverses sources un ensemble


d’informations qui éclairent non seulement sur le volume, mais
surtout sur les traits caractéristiques de cette criminalité. Ces
données concernent la situation traditionnelle de la criminalité
dans les pays socialistes, mais les bouleversements politiques
considérables qui viennent de s’y produire posent à leur tour la
question de savoir quelles modifications ils ont pu entraîner sur
cette criminalité traditionnelle.

B._ LES TENDANCES D’EVOLUTION


DE LA CRIMINALITE DANS LES EX-PAYS
SOCIALISTES

Il n’est pas possible de se faire une opinion précise sur les


tendances d’évolution de la criminalité dans les pays socialistes
et de sa répartition géographique, en raison de la discrétion qui
entoure leurs statistiques criminelles, lesquelles sont
considérées comme relevant du secret d’Etat (sauf certains
pays).

D’après les informations données par les organismes de


l’ex – U.R.S.S. et des démocraties populaires, le taux de leur
criminalité serait nettement inférieur à celui des pays
occidentaux et il aurait été en baisse quasi continuelle. Ainsi
pour l’U.R.S.S., M. Karpets, directeur de l’institut fédéral
d’étude des causes de la criminalité et d’élaboration des
mesures de prévention de l’U.R.S.S. ; analysant le volume de la
criminalité de son pays, fait état d’une tendance à la
diminution1 ; pour la R.D.A., les statistiques auraient enregistré

Kleptocratie (la délinquance en U.R.S.S.), éd. La table ronde, 1982 ; D. SZABO, « La


délinquance Juvénile en Hongrie », Rééducation, 1966, p.1 à 9.
1
I. L. KARPETS, « Etude et prévention de la criminalité en U.R.S.S. », R.S.C. , 1967, p.127 à
138.
49

une baisse spectaculaire de 1946 à 1965 (de 500 446 à 128


661, soit en taux pour 100.000 habitants de 2771 à 756) 1 ; pour
la Pologne Brunon Holyst, écrivait que de 1971 à 1977, il
y’aurait eu une diminution de la criminalité dans son
ensemble2.

Les autres sources d’information donnent cependant de la


situation un tableau moins idyllique. Ainsi l’étude comparative
précitée3 sur la délinquance juvénile aboutit à la conclusion que
la délinquance des 14 – 24 ans est plus élevée en Pologne qu’en
France pour les garçons et les filles et en Hongrie pour les filles.
Quand aux organes de presse des pays de l’Est, ils
donnent parfois des informations qui contredisent la version
officielle, allant même dans des cas à dresser un tableau
particulièrement sombre de la situation.

En présence de ces informations contradictoires, on peut


finalement penser qu’il n’est pas impossible que la criminalité
soit moins élevée dans les pays socialistes que dans les pays
occidentaux, mais il faut bien voir s’il en est ainsi, cela ne
résulte probablement pas de la qualité du système socio-
économique, mais de la nature du régime politique. Dans un
système ou la police est omniprésente et où la population est
constamment encadrée par le Parti Communiste et les
organisations qui en sont l’émanation, est-il tellement
surprenant que la possibilité de commettre des délits y soit plus
limitée que dans les pays occidentaux ?

1
Chiffres rapportés in B.S.I.D.S., 1967, n° 10
2
« La criminalité en Pologne. Etude criminologique », 1977, d’après le compte- rendu de la
R.I.P.C., 1978, p.188.
3
Supra, p 47, note2.
50

§ 2. _ LES TRAITS CARACTERISTIQUES DE


LA CRIMINALITE DANS LES EX-PAYS
SOCIALISTES

A. _ LA CRIMINALITE AVANT LA PERESTROÏKA

Parlant du cas de la Pologne, le Professeur Walczak de


l’Université de Varsovie écrivait, en 1970, que la confrontation
de l’état actuel de la criminalité avec les mesures de lutte contre
celle-ci, montrait qu’il y avait un décalage entre une législation
pénale qui remontait en grande partie à la période antérieure à
la guerre de 1939 et la société née de l’avènement du socialisme
à partir de 1945 pour conclure que des formes de délinquance
ont disparu ; d’autres sont nées, telle la criminalité organisée1.
Ce qui est vrai pour la Pologne, l’est, d’une manière
générale, pour l’U.R.S.S. et les autres pays socialistes. Mais M.
Karpets dans son article 2 , affirmait « qu’il n’existe pas en
U.R.S.S. de criminalité professionnelle en tant que telle, sous
forme de bandes de gangsters, ou groupes de délinquants
organisés ». Il y a lieu de remarquer ici quelques réserves, car
divers indices permettent de penser que la criminalité
professionnelle existait bien en U.R.S.S. et le crime organisé n’y
est pas une hypothèse d’école. L’observation attentive de la
réalité criminelle conduit, à cet égard, à mettre en évidence,
quatre traits caractéristiques : l’ampleur d’une délinquance dite
de fonction, une importante délinquance économique spécifique,
une ample délinquance politique liée au régime communiste,
une forte délinquance juvénile appelée « hooliganisme».

1
St. WALCZAK, « Les traits caractéristiques de la nouvelle codification du droit pénal en
Pologne », R.D.P.C., 1970, p.405.
2
I. L. KARPETS, article précité.
51

a. La délinquance dite de fonction

Il ressort de l’analyse de M. Meney dans son ouvrage « La


Kleptocratie (la délinquance en U.R.S.S.)1, que l’Etat socialiste
organise non seulement toute la vie économique, mais aussi la
vie politique, sociale et culturelle de sorte que toutes les
possibilités d’action dans ces divers domaines sont dans les
mains des dirigeants du Parti et des fonctionnaires d’Etat.

Cette emprise de la bureaucratie sur les divers aspects de


la vie des soviétiques engendre inévitablement des abus de
pouvoir nombreux qui se traduisent par ce que l’on appelle la
délinquance ou délits de fonction : corruption, détournements,
falsifications, etc. Le phénomène affecte aussi bien le haut
(Ministres, Premiers secrétaires des Républiques fédérés) que le
bas de l’échelle et les échelons intermédiaires, malgré une
répression sévère allant jusqu’à l’application de la peine
capitale. Ancel a très justement noté que le délit de fonction est
à la société socialiste ce que le « white collar crime » est à la
société capitaliste2.

b. La délinquance économique

Pour comprendre ce que peut représenter la délinquance


économique dans un pays socialiste, il est nécessaire de savoir
comment fonctionnait en gros l’économie soviétique. Dans L’Ex
U.R.S.S., on peut dire que le système de production, de
répartition et de consommation des richesses comportait quatre
étages distincts : 1) au soumet, l’Armée et la Police qui
bénéficient d’une part importante du produit national. Ainsi,
selon l’institut d’Etudes Stratégiques de Londres, en 1984, pour
un P.N.B. qui égalait à peu près le double de celui de la France,

1
P. MENEY, La kleptocratie, précité.
2
M. ANCEL, « Le point de vue des doctrines de la défense sociale nouvelle », Rev. de
l’Institut de sociologie (Bruxelles), 1963, n° 1, p.23 à 25.
52

l’U.R.S.S. dépensait plus de 5 fois plus que la France en


dépenses directes d’armement (13,50 % du P.N.B. contre 5,20
%) ; 2) à l’étage au dessous, la « Nomenklatura 1 » (environ 2
millions et demi de personnes) qui bénéficie d’avantages en
nature importants, variant selon le rang occupé dans la
hiérarchie (accès à des magasins spéciaux bien achalandés,
possibilité d’avoir un compte en banque en dollars notamment) ;
3) à l’étage inférieur, l’économie quotidienne des citoyens
ordinaires, caractérisée par la pénurie, les queues devant les
magasins et le rationnement de certains produits ; 4) enfin,
l’économie souterraine, règne du marché noir qui affecte non
seulement la distribution, mais aussi la production.

On devine aisément que dans un tel système, une forte


délinquance économique engendrée par la pénurie et le
rationnement est inévitable. Celle-ci est due non seulement aux
fonctionnaires qui abusent de leur pouvoir économique, mais

aussi à tous les non-privilégiés qui sont contraints d’acheter des


biens de consommation au marché noir. Suivant une
information de presse en 1989, citant l’agence soviétique de
lutte contre les crimes économiques, plus de 50 % des pertes de
l’économie soviétique proviendraient de vols commis dans le
secteur agro-industriel par des employés et par certains
responsables. La même agence aurait également déclaré que
260.000 personnes auraient été arrêtées pour ces faits et que
2,5 millions de dollars de marchandises auraient été récupérés.
Bien mieux la production elle-même, comporte des unités
clandestines souvent implantées d’ailleurs à l’intérieur même
des usines d’Etats2.

c. La délinquance politique

1
M. VOSLENSKY, La nomenklatura : les privilégiés en URSS, op. cit.
2
C. SIMIS, La société corrompue, Le monde secret du capitalisme soviétique, éd. Robert
Laffont, 1983.
53

Le droit pénal soviétique et, à sa suite, les droits pénaux des


démocraties populaires ne connaissent pas la distinction
occidentale, d’origine libérale, entre délits politiques et délits de
droit commun : pour eux, il n’existe que des infractions de droit
commun. La chose n’en a pas moins une consistance très réelle,
car tous les codes pénaux de ces pays s’ouvrent sur un chapitre
consacré aux « crimes contre l’Etat » aux incriminations
multiples et rédigées en termes si larges qu’elles condamnent
par avance toute manifestation quelconque d’opposition au
régime1.

L’application de cette législation à caractère politique a


donné lieu à un très grand nombre de condamnations, pour la
plupart à des camps de travail forcé connus sous l’appellation
de « Goulag ». La population de ces camps, composée non
seulement de « détenus politiques », mais aussi de « condamnés
de droit commun », a considérablement varié au cours de

l’histoire de l’Union Soviétique. Elle a, semble-t-il, atteint son


maximum en 1941 avec 13 millions et demi de détenus. Suivant
le compte rendu d’un Colloque tenu à Paris en juin 1985 sur le
thème : « Le Goulag aujourd’hui », il y aurait eu quelques 4
millions de détenus répartis dans 2000 camps, soit un
soviétique sur 68,5 (population de l’U.R.S.S. en 1985 : 274
millions). Cette masse considérable de détenus constitue une
main-d’œuvre pénale à très bon marché qui forme le cinquième
étage, le plus bas de l’économie soviétique.

d. La délinquance juvénile ou « Hooliganisme »

Un autre aspect important de la délinquance dans les pays


socialistes réside dans l’agressivité des jeunes qui est réprimée
sous l’appellation du « Hooliganisme ». Ce délit est défini de

1
I. ANDREJEW, Le droit pénal comparé des pays socialistes, 1981, p. 80 à 86
54

manière très large par les textes : violation de l’ordre public


démontrant un manque de respect à l’égard de la société
(U.R.S.S.), comportement antisocial susceptible de provoquer
l’indignation ou la crainte chez les autres (Hongrie), aventurisme
(Tchécoslovaquie)1, etc.

Ce phénomène du « hooliganisme » n’est pas sans analogie


avec celui des « loubards » occidentaux. Cependant, pour les
criminologues des pays socialistes, il y aurait de notables
différences entre les deux sortes de comportements, car les
jeunes générations communistes auraient chez elles toutes les
possibilités d’accès à l’enseignement et au travail si bien que
leur agressivité n’aurait pas de caractère instrumental, leurs
délits ne seraient pas perpétrés dans un but défini et, souvent
commis par des groupes de camarades, seraient issues d’une
« subculture » de hooliganisme.

Du hooliganisme, il y a lieu de rapprocher le «parasitisme»


souvent dénoncé par les autorités soviétiques. Le délit, différent
des classiques vagabondage et mendicité, consiste à se
dérober systématiquement au travail ou à accepter en
apparence un travail et à ne pas vivre en réalité des revenus de
son travail2. C’est en quelque sorte l’envers de la délinquance
d’affaires.

B. _ LA CRIMINALITE APRES LA PERESTROÏKA

Les développements qui précèdent caractérisaient le volume et


la structure de la criminalité dans les pays socialistes avant que
ne se soit produit sur le régime soviétique ce que l’on a appelé
« l’effet Gorbatchev » et que ne s’effondrent les régimes

1
ANDREJEW, op.cit., p. 100-101.
2
Idem, p.101 à 103.
55

communistes dans les pays de l’Est de l’Europe. L’ensemble des


pays du bloc communiste se trouve ainsi dans une période
transitoire tout à fait originale, car jusqu’à présent il n’y avait
pas eu d’exemple de pays soumis à la domination communiste
qui ait librement abandonné un tel régime. En présence de ces
faits historiques essentiels, la criminologie ne peut manquer de
se poser la question de savoir quel est l’impact de ces
bouleversements sur la criminalité des pays socialistes.

a) En ce qui concerne le volume global de la criminalité,


pour s’en tenir à l’U.R.S.S., on note un développement
spectaculaire de la criminalité sous toutes ses formes. Le
phénomène est présenté comme une conséquence du naufrage
économique de ce pays. Mais on doit aussi y voir un effet de la
libéralisation du régime politique.

b) Quand aux traits caractéristiques de la criminalité,


pour ne prendre ici encore que le cas de l’U.R.S.S., la corruption
généralisée sévit toujours. Sur le plan économique, l’aggravation
de la pénurie alimentaire et des produits de consommation

courante (tels les vêtements et les chaussures) entretient un


marché noir plus florissant que jamais. L’alcoolisme y est plus
développé également. La drogue y a fait son apparition et son
utilisation s’accompagne du tableau bien connu des crimes qui
y sont liés. La délinquance juvénile y atteint des proportions,
semble-t-il, jusque là inégalées. Mais c’est peut-être le
développement de la criminalité organisée qui caractérise le plus
cet aspect de la « perestroïka », criminalité organisée devant
laquelle les autorités soviétiques manifestent la plus grande
inquiétude.
56

SECTION 3
LA CRIMINALITE DANS LES PAYS
DEVELOPPES
Une criminalité se caractérise à la fois par son volume et ses
traits caractéristiques. Pour connaître le volume et les traits
caractéristiques de la criminalité dans les pays développés, on
dispose de travaux nombreux. Malheureusement, il s’agit le plus
souvent, d’études qui portent sur la criminalité dans un pays
déterminé ou qui comparent la criminalité dans deux ou
quelques pays seulement. Bien rares sont les travaux qui
s’attachent à dégager les caractères communs, en même temps
que les différences, de la criminalité dans les pays développés,
ou du moins dans un nombre suffisamment représentatif de ces
pays.

Parmi ces travaux, la plupart utilisent les données des


statistiques de la criminalité, mais quelques-uns donnent de la
criminalité des pays développés une représentation essen-
tiellement qualitative. Ce sont ces travaux, qui sont
généralement exploités pour présenter le volume (§1) et les traits
caractéristiques de cette criminalité (§2).

§ 1. _ LE VOLUME DE LA CRIMINALITE DANS


LES PAYS DEVELOPPES

Le volume de la criminalité dans les pays développés est


relativement bien connu grâce, d’une part aux statistiques
officielles de la criminalité, et d’autres part à l’emploi des
techniques de complément ou de substitution. Il se caractérise
essentiellement par deux traits : il est élevé et il est, ou a été
jusqu’à une époque toute récente, en augmentation constante.
57

A. _ VOLUME ELEVE

Il atteint en effet, à peu près partout, un niveau élevé, tant par


rapport à ce que l’on sait de la criminalité européenne du 19 ème
et de la première moitié du 20ème siècle qu’a ce que l’on peut
connaître de la criminalité dans les pays en voie de
développement et, probablement, dans les pays socialistes.
Toutefois, quelques pays font exception à cette caractéristique :
le Japon et à moindre titre la Suisse. D’autre part, tous les pays
développés n’ont pas un niveau élevé de criminalité d’égale
importance et les variations d’un pays à l’autre ont une ampleur
non négligeable. Les U.S.A. arrivant en tête et la France
occupant une position médiane.

B._ VOLUME EN AUGMENTATION CONSTANTE

L’observation vaut pour tous les pays développés, sauf le Japon


qui a connu des tendances d’évolution différentes et la Suisse
dont la courbe est restée à peu près étale.
58

§. 2 – LES TRAITS CARACTERISTIQUES


DE LA CRIMINALITE DANS LES PAYS
DEVELOPPES 1

Une observation attentive de la réalité criminelle des pays


développés fait émerger, de la masse des infractions qui la
composent, sept types principaux de comportements
délictueux : une délinquance « habituelle » en forte expansion,
une délinquance juvénile développée, une délinquance
d’imprudence et de négligence élevée, une criminalité organisée
aux visages multiples, une délinquance d’affaires ou « white
collar crime » très variée, une criminalité sociale et contestataire
et un terrorisme de plus en plus dramatique.

A. _
LA DELINQUANCE "HABITUELLE"
Le vol, les dégradations matérielles, le meurtre et les blessures
volontaires, le viol et les attentats à la pudeur, comme l’injure et
la diffamation, sont des actes délictueux de tous les jours. Mais
l’une des caractéristiques de la criminalité contemporaine des
pays développés est l’accroissement important de la plupart de
ces types d’actes prohibés par la loi pénale. Cette expansion
significative est due non seulement à un accroissement certain
du récidivisme, mais aussi à une augmentation massive de la
délinquance occasionnelle que M. Picca désigne par les termes
de « nouveaux délinquants »2. Ce sont d’abord ces individus
normaux selon la remarque de De Greeff pour la criminalité
américaine qui viennent grossir massivement le poste de la
délinquance banale dans le bilan général de la criminalité3.

1
P. NUVOLONE, « La criminalité de Lombroso à nos jours », R.S.C., 1979, p.739 à 750 ; J.
SUSINI ; « Tendances de la délinquance et stratégies de la prévention en Europe
occidentale », R.I.P.C., 1979, p.77 à 80.
2
G. PICCA, La criminologie, coll. Que sais-je ?, 1983, p.100 à 102.
3
E. De GREEFF, Introduction à la criminologie, P.U.F., 2e éd., 1948, p. 90 et 164.
59

B. _ LA DELINQUANCE JUVENILE

La délinquance des jeunes connaît dans les pays développés


une ampleur sans cesse croissante et des formes de plus en
plus diversifiées.

On a vu d’abord apparaître dans les années 50 des


bandes de jeunes délinquants aux attitudes agressives et
destructrices : « Teddy Boys » en Angleterre, « Habbstank » en
Allemagne, « Vitelloni » en Italie et « Blousons Noirs » en France.
La formation de ces bandes témoigne d’un état plus ou moins
profond de désorganisation sociale et dont le phénomène n’a
cessé de se perpétuer1. Dans les années 60, on a constaté la
formation d’une autre variété d’inadaptation juvénile de groupes
surtout marqués par le vagabondage collectif et l’usage de
drogues (« Provos », « Beatniks », « Hippies »). Ces derniers
comme leurs prédécesseurs témoignent de la révolte des jeunes
et ont une conception lydique de la vie. Les provos – deux
syllabes tirées du mot provocateur – sont apparus à Amsterdam
à partir de 1960 et dès le début ils ont attiré l’attention en
organisant des manifestations spontanées, des séances de
protestation où la police est provoquée de façon telle qu’elle
devient nécessairement partenaire du jeu. Ils honnissent
l’argent, s’adonnent au vagabondage et à la drogue et prônent la
liberté sexuelle, ce qui implique la sexualité de groupe2. Les
beatniks sont la version anglo-saxonne des provos et les hippies
sont une variété des beatniks qui se caractérisent par leurs
excentricités, par une vie communautaire et par le fait qu’ils
propagent la drogue3.

1
Y. ROUMAJON, Comportements inadaptés de l’adolescent normale, La psychiatrie de
l’enfant, Vol. IV, Fas. 1, p.229 à 278.
2
Ch. VASSART et R. RACINE, Provos et provotariat, Un an de recherche participante en
milieu provo, Centre d’étude de la délinquance juvénile. Publication n° 21, Bruxelles, 1968.
3
« Les Hippies », La documentation française, 10-17 mars 1972, Problèmes politiques et
sociaux.
60

Les années 70 ont vu à leur tour la violence politique


s’emparer de la jeunesse dans la plupart des pays développés
pour contester la société de consommation, phénomène qui s’est
toutefois atténué au fur et à mesure que la crise économique a
accolé à une société qui reste toujours de « consommation », une
sorte de société de « chômage endémique » qui frappe
précisément les jeunes d’abord.

Aujourd’hui, délinquance et inadaptation juvéniles


revêtent des formes multiples, depuis le vol jusqu’à la violence
politique à l’occasion, en passant par la drogue, la prostitution
féminine et masculine, les agressions, les bandes, le vandalisme
et le vagabondage. On parle de « polydéviance ». D’autre part, le
nombre moyen de délits commis par les jeunes délinquants des
générations les plus récentes est significativement beaucoup
plus élevé que celui des générations nées à la fin de la dernière
guerre.

C. _ LA DELINQUANCE D’IMPRUDENCE
ET DE NEGLIGENCE

L’homicide et les blessures par imprudence et négligence


sont de tous les temps, mais l’époque contemporaine a vu ces
délits se multiplier dans une proportion considérable dans les
pays développés.

Trois postes sont à pointer tout particulièrement : 1°) les


homicides et blessures entraînés par les accidents de la
circulation auxquels s’ajoute, évidemment, l’innombrable
cortège des contraventions au Code de la Route ; 2°) les
accidents de travail engendrant la mort ou des blessures d’une
certaine gravité auxquels il convient de joindre les nombreuses
violations des règles d’hygiène et de sécurité dans l’entreprise
par l’employeur ; 3°) les négligences professionnelles portant
61

atteinte à la vie ou à l’intégrité physique qui sont, semble –t-il,


en pleine expansion (chirurgiens, médecins, dentistes…).
D. _ LA CRIMINALITE ORGANISEE

Le crime organisé s’entend du crime dont la préparation et


l’exécution se caractérisent par une organisation méthodique et
qui, le plus souvent, procure à ses auteurs leurs moyens
d’existence. Il en existe plusieurs variétés : 1) gangstérisme aux
méthodes violentes (racket, prise d’otages, hold up…) ; 2)
délinquance astucieuse (escroquerie, chantage, fraude
informatique…) ; 3) exploitation des vices d’autrui (prostitution,
drogue, jeu…) ; 4) « crime en col blanc »1 (white collar crime) ou
criminalité d’affaires. On constate en occident une
multiplication de la délinquance organisée sous toutes ses
formes, violentes comme rusées.

E. _ LA CRIMINALITE D’AFFAIRES
OU « WHITE COLLAR CRIME »

Le développement de la vie des affaires dans les sociétés


développées s’accompagne d’une délinquance d’affaires
spécifique, distincte de la criminalité en col blanc organisée. Il
s’agit d’actes délictueux commis à l’occasion de l’exercice de
l’activité professionnelle, mais dont les auteurs ne retirent pas
l’essentiel de leurs moyens d’existence.

On peut répartir cette criminalité en trois types d’activités


pénalement répréhensibles : 1°) les atteintes à la loyauté dans
les relations d’affaires (escroqueries, abus de confiance,
publicité mensongère, tromperies dans les ventes, délits en

1
Pour la bibliographie sur le crime en col blanc, voir, E. YAMARELLOS et G. KELLENS,
Le crime et la criminologie, tome 1, éd. Marabout Université, 1970, p.94.
62

matière de sociétés, etc.) ; 2°) les violations des règles de la libre


concurrence qui mettent en cause l’égalité des concurrents sur

le marché (refus de vente, ententes, etc.) ; 3°) la violation des


réglementations dirigistes économiques (prix, change…),
sociales (durée du travail, salaires, comités d’entreprise…) et
fiscales (fraude fiscale, ventes sans facture, etc.).

En conséquence de cette délinquance d’affaires


proprement dite, on relèvera l’important aspect de la corruption,
privée, mais aussi de fonctionnaires.

_
F. LA CRIMINALITE SOCIALE ET
CONTESTATAIRE

Cet aspect non négligeable de la criminalité des pays développés


est principalement l’œuvre de groupes professionnels : paysans
qui bloquent les routes, déversent sur la chaussée des camions
de marchandises appartenant à des tiers, saccagent des locaux
publics, etc. ; salariés en grève qui entravent la circulation des
trains, empêchent l’accès des non-grévistes aux lieux de travail,
séquestrent leurs employeurs, détruisent le matériel de
l’entreprise, etc. ; transporteurs routiers qui entravent la
circulation routière, paralysent les postes de péage sur les
autoroutes, etc.

A côté de cette criminalité sociale, il y a aussi la


délinquance contestataire de groupements et de rassemblements,
tels que les écologistes qui occupent les lieux de centrales
nucléaires en construction, s’emparent des locaux de radio ou
de télévision pour diffuser leurs opinions, etc. Cette délinquance,
qui n’est pas à proprement parler politique tourne assez
facilement à l’affrontement avec les forces de l’ordre et prend
63

l’allure de la violence politique ou se dégrade en attentats contre


les installations récusées au nom de l’écologie.

G- LE TERRORISME1

Le terrorisme consiste dans des actes de violence contre les


biens ou les personnes inspirées par des mobiles politiques, le
plus souvent anticapitalistes ou antioccidentaux ou les deux
amalgamés (il existe aussi un terrorisme d’extrême droite). C’est
l’un des aspects majeurs de la criminalité occidentale
contemporaine, non sans doute par le nombre d’actes commis
comparé à celui des vols et de bien d’autres actes délictueux,
mais par ses incidences politiques nationales et internationales.

Les activités terroristes peuvent être classées en trois


groupes : 1°) le terrorisme à mobile indépendantiste ou
autonomiste (FLNC Corse, FLB Breton, ETA Basque) ; 2°) le
terrorisme d’extrême-gauche à mobile anti-capitaliste (Fraction
Armée Rouge en R.F.A., Brigades Rouges en Italie, Action
Directe en France, Cellules communistes combattantes en
Belgique) ; 3°) le terrorisme international caractérisé par des
actes terroristes perpétrés a travers le monde, dont les mobiles
et les origines sont divers
64

DEUXIEME PARTIE

L’ETUDE DU CRIMINEL
ET DU CRIME

L’étude du criminel et du crime soulève toute une série de


questions que l’on peut regrouper autour de deux thèmes
essentiels.

1) Pourquoi parmi tous les individus qui composent une


même société et sont donc exposés aux mêmes influences
criminogènes, seuls certains d’entre eux deviennent-ils
délinquants alors que les autres observent généralement une
conduite conforme aux prescriptions de la loi pénale ? Existe-t-il
donc des facteurs spécifiques de l’action criminelle ? Et dans
l’affirmative, où se situent ces facteurs ?

2) Si l’on peut ainsi définir une sorte de profil général de


l’explication de l’action criminelle, pourquoi d’autre part tous les
délinquants ne commettent–ils pas le même type d’actes
délictueux ? Peut-on opérer des distinctions parmi les
délinquants et établir ainsi une classification de délinquants ?
Peut-on aussi distinguer parmi les actes délictueux et dresser à
leur tour une classification de crimes ?

Pour répondre à ces questions, on va s’interroger, dans un


premier temps, sur les facteurs qui influencent la formation de
la personnalité des délinquants (chapitre1) et dans un second,
dresser une classification des crimes (chapitre2).
65

CHAPITRE 1

L’ETUDE DU CRIMINEL

L’étude du criminel a donné lieu à plusieurs descriptions. Les


premières étaient anthropologiques et ont trouvé leur parfaite
expression dans l’œuvre de Lombroso « L’homme criminel » paru
en 18761. L’idée fondamentale de Lombroso est qu’il existerait
un type criminel présentant un certain nombre de traits
anatomiques qui le distingueraient des non délinquants et
seraient à l’origine de ses actes criminels. Enrico Ferri, sans
rejeter complètement l’explication anthropologique à situé le
type criminel de Lombroso dans une classification d’ensemble
(criminels-nés, criminels aliénés, délinquants d’habitude,
délinquants occasionnels et délinquants passionnels)2. Ces
derniers selon Ferri, seraient influencés par des facteurs
anatomiques, sociologiques et psychologiques. Mais en dépit des
précisions, la classification de Ferri reste tributaire du type
Lombrosien au moment où ce type a été attaqué de tout part.
Aussi, certains auteurs ont proposé d’autres descriptions
biologiques, psycho-pathologiques, psychologiques et psycho-
sociales3. La dimension de ce cours ne permet pas d’examiner
toutes ces descriptions en quête des traits de personnalité du
délinquant. On va seulement présenter, dans ce chapitre, les
facteurs qui influencent la formation de la personnalité du
délinquant (Section unique).

1
Supra, p27.
2
Supra,p.36.
3
Sur ces descriptions, voir, PINATEL, Traité, tome 3, p.259 à 342.
66

SECTION UNIQUE
LES FACTEURS QUI INFLUENCENT
LA FORMATION DE LA PERSONNALITE
DU DELINQUANT

Jadis, deux grandes séries de théories de la formation de la


personnalité du délinquant s’opposaient: les théories consti-
tutionnelles selon lesquelles la délinquance était un phénomène
inné, et les théories du milieu qui attribuaient au contraire à
l’influence exclusive du milieu de vie la formation de cette
personnalité.

Aujourd’hui, il n’est plus personne pour penser que


certains individus naissent délinquants, mais un débat persiste
toujours autour de la question de savoir s’il ne convient pas de
réserver une certaine place aux dispositions personnelles à côté
des influences du milieu dans la formation de la personnalité
des délinquants. Aussi va-t-on s’interroger successivement sur
l’influence des facteurs individuels (§1) et sur celle des facteurs
du milieu (§2).

§1. – LES FACTEURS INDIVIDUELLES

S’il est vrai qu’il n’y a plus aujourd’hui de criminologues qui


considèrent que la délinquance est un phénomène inné,
certains pensent toutefois que divers facteurs ont pour
conséquence de rendre le terrain plus fragile et d’abaisser ainsi
le seuil délinquantiel de manière directe ou de rendre le sujet
plus sensible aux influences criminogènes du milieu lui-même
dans la formation et l’évolution de sa personnalité. C’est le
concept de terrain en criminologie.
67

Cette notion de terrain résume les conditions bio-


psychiques de l’activité du délinquant. Elle recouvre notamment
les caractères héréditaires et innés de l’individu, ainsi que les
modifications subies tout au long de l’existence par l’organisme
sous des influences physiques ou psychiques. De la sorte
l’expression de facteurs individuels ou endogènes recouvre à la
fois les antécédents héréditaires et les antécédents personnels.

A. – LES ANTECEDENTS HEREDITAIRES1

Parmi les divers traits de la personnalité des individus en


général, il en est certains qui proviennent de la transmission par
le jeu de l’hérédité. Les supports de cette transmission sont les
gênes, éléments du chromosome disposés en série linéaire sur
toute la longueur de celui-ci. Le problème qui se pose alors en
criminologie est de savoir si les conduites criminelles ont un
rapport quelconque avec l’hérédité. On connaît à cet égard
l’hypothèse lombrosienne de la régression atavique. Mais
depuis, des recherches ont été faites dans ce domaine. Ainsi,
pour faire le point de l’état actuel des connaissances, des
données peuvent être dégagées des études généalogiques,
statistiques et de l’étude dite des jumeaux.

a. Etudes généalogiques.

Les études généalogiques reposent sur la composition de tables


de descendance ou d’arbres généalogiques permettant d’établir
ce qu’il est advenu des descendants d’un individu déterminé et
de calculer combien de cas de délinquance et quels types de
délits se reproduisent de génération en génération. La plus

1
E. De GREEFF, Introduction à la criminologie, 1e éd., Louvain, éd. De L’Ecrou, 1937, p.16
à 41 ; LEAUTE, Criminologie et sciences pénitentiaires, P.U.F., 1972, p. 439 à 460 ;
PINATEL, « Criminalité et hérédité », R.S.C., 1954, p.574.
68

ancienne de ces études est celle établie pour la famille Juke1.


Juke qui était un alcoolique a eu 709 descendants parmi
lesquels on trouve : 77 délinquants, 292 prostituées et
souteneurs, 142 vagabonds. Des études analogues ont été faites
par la suite pour les familles Viktoria, Zero2, Kallikak.

L’histoire de la famille Kallikak est enviente. Il s’agit de


l’évolution parallèle de deux branches issues du même
ascendant, un soldat de la guerre de l’Indépendance. Celui-ci a
eu, tout d’abord, avec une fille de mœurs légères un enfant
naturel. Ce dernier était un inapte social complet et ses
descendants ont été également tous socialement inaptes. Mais,
une fois la guerre terminée, le même soldat s’est marié avec une
puritaine d’excellente conduite et ils ont eu des descendants
remarquables du point de vue social.

Ces études généalogiques sont tendancieuses, si l’on veut


militer en faveur du déterminisme biologique. Car il se peut très
bien que le milieu social ait joué un rôle déterminant dans la
famille Juke. Quand à la famille Kallikak, son arbre
généalogique a été établi sur des données qui remontent
jusqu’au 18ème siècle et personne ne sait dans quel milieu ont
vécu les deux branches de cette famille3.
b. Etudes statistiques
Les études statistiques reposent sur l’observation d’un groupe
de criminels en recherchant à propos de chacun d’eux combien
de fois les ascendants ont été eux-mêmes des criminels.
Diverses enquêtes réalisées en France ont donné des résultats
qui, quoique différents, mettent en évidence une proportion

1
R. CRANZ, « Les tares héréditaires (sur les « Juke ») », R.D.P.C., 1913, p.79 à 93.
2
J. GOERGER, La famille « Zero », A.A.C., 1908, p.201 à 224 ; p.271 à 296.
3
M. KLEIN, « Rôle de l’hérédité et du milieu dans les aptitudes et les inaptitudes sociales »,
Informations sociales, nov. 1953, n° 19, p.1139 à 1152.
69

importante d’antécédents héréditaires (40 %, 3/4 et 4/5 selon


les auteurs).
c. Etude dite des jumeaux

L’étude dite des jumeaux, consiste à comparer les


comportements respectifs de jumeaux univitellins ou « vrais
jumeaux » et de bivitellins ou « faux jumeaux ». Elle repose sur
l’idée que les univitellins ayant exactement le même patrimoine
génétique, si l’hérédité de l’un le prédispose au crime, celle de
l’autre doit également l’y inciter. Les comparaisons effectuées
ont permis de constater qu’il y avait concordance de
comportements chez les univitellins dans près des 2/3 des cas,
tandis que cette concordance n’existait que dans 1/3 des cas
chez les bivitellins. On a conclu cette fois à une influence de
l’hérédité sur la délinquance. Encore s’agit-il de savoir ce qui
peut être transmis.

Lombroso et son disciple, Ferri, avaient affirmé l’existence


d’une disposition héréditaire à la criminalité consistant en
quelque chose de spécifique qui n’a pas encore été déterminé et
Garofalo avait pensé que cette disposition résidait dans
l’absence, l’éclipse ou la faiblesse du sens moral. L’Ecole
biologique de Graz1 a présenté ultérieurement une analyse
moins simpliste : pour elle, ce ne sont pas les actes criminels
des ancêtres qui sont transmis par hérédité, mais seulement les
tendances qui se trouvent à leur base et qui peuvent être
considérées comme criminogènes : excitabilité, agressivité, etc.
Aujourd’hui les études cytogénétiques concluent d’une manière
plus vague à une fragilité du terrain pour marquer qu’il s’agit
seulement d’une conjonction malheureuse d’éléments
héréditaires non liés à un chromosome unique, mais

1
L. RABINOWICZ, « L’école d’anthropologie criminelle de Graz », R.D.P.C., 1933, p.525 à
541.
70

héréditairement distincts dans leur origine. Le « chromosome du


crime », cela existe-t-il ?1

B. – LES ANTECEDENTS PERSONNELS

En plus des antécédents héréditaires, il faut tenir compte des


antécédents personnels. A cet égard, il convient de distinguer
ceux qui sont antérieurs à la naissance, ceux qui son
concomitants à la naissance et ceux qui lui sont postérieurs.

a. Antécédents antérieurs à la naissance

Diverses influences congénitales peuvent expliquer les troubles


de l’intelligence ou même du comportement, dont les accidents
de la conception de l’embryon provoquant la formation
d’aberrations chromosomiques.

Il ressort des études effectuées en cytogénétique 2 que


certains hommes possèdent un ou plusieurs chromosomes
sexuels (gonosomes) supplémentaires dans leur cariotype dont
la formule normale est XY. Ces aberrations gonosomiques
peuvent en premier lieu consister dans la présence d’un ou
plusieurs X supplémentaires (syndrome de Klinefelter) qui se
caractérise par une morphologie ennuchoïdique assez typique
de la débilité mentale. Nombre de recherches effectuées sur la
question ont mis en évidence la fréquence du comportement

1
J. GRAVEN. « Existe-t-il un chromosome du crime ? », R.I.C.P.T., 1968, p.277 à 296 et
1969, p. 21 à 36.
2
Il existe une abondante littérature en la matière, voir en particulière. J. LEY, « Apports
possibles de la cytogénétique humaine à l’étude de la délinquance », R.D.P.C., 1967-1968,
p.392 à 395, L.MOOR, « Aberrations chromosomiques portant sur les gonosomes et
comportement antisocial : état actuel de nos connaissances », A.I.C., 1967 n° 2, p.459 à 478 ;
P. HIVERT et J. BRETON, « Cyto-génétique et criminologie ». R.P.D.P., 1969, p.493à 498 ;
R. LAUTIE, « Criminalité et chromosomes », Rev. pol. nat., août – sept.1970, p.43 à 48.
71

antisocial chez les individus qui présentent ce syndrome ; mais


comme celui-ci est un phénomène relativement rare, les
délinquants qui en sont atteints, principalement des auteurs de
délits sexuels, mais aussi des homicides et des voleurs, ne
représentent eux-même qu’une faible proportion dans
la population délinquante. Les aberrations gonosomiques
peuvent en second lieu résulter d’un ou plusieurs Y
supplémentaires qui donnent des sujets de grande taille et des
personnalités dont la description rejoint celle des psychopathes.
Ici encore, nombre d’études ont établi que ces sujets à cariotype
XYY sont proportionnellement beaucoup plus nombreux parmi
les délinquants que dans la population normale, mais comme
ce syndrome est également relativement rare, on estime que ces
sujets ne représenteraient pas plus de 1 à 2 % de la population
des délinquants de sexe masculin.

b. Antécédents concomitants à la naissance

La médecine attache une grande importance au traumatisme


obstétrical1 que l’on considère comme l’une des causes les plus
fréquentes de la débilité mentale. En ce qui concerne
l’accouchement lui-même les statistiques relatives aux mineurs
ont depuis longtemps noté le traumatisme obstétrical dans les
antécédents personnels. Le Docteur G. Heuyer le note dans 7,7
% des cas2.

c. Antécédents postérieurs à la naissance

Ces antécédents sont nombreux et variés : troubles du premier


développement, maladies infectieuses à ralentissement encépha-
lique, acquisition de l’habitude de l’alcoolisme, existence de
moments dangereux, en particulier la puberté. Aux antécédents
1
Dr. Otto RANK, Le traumatisme de la naissance, (étude psychanalytique), éd. Payot, 1968.
2
G. HEUYER, Enquête sur la délinquance juvénile : (étude de 400 dossiers) », Pour l’enfance
coupable, Paris, 1942, p.8.
72

physiologiques s’ajoutent les antécédents pathologiques


proprement dits. La maladie à toujours pour effet de constituer
pour le sujet malade un handicap social important et d’avoir de
ce fait des conséquences psychologiques, voire criminogénes

indirectes. On a notamment signalé le cas de la syphilis, de la


débilité motrice et de la tuberculose ; on doit tenir compte aussi
des accidents du travail qui entraînent une diminution de la
capacité de revenu par le travail ainsi que le chômage.

Tous ces éléments cependant ne doivent pas être


considérés comme des facteurs criminogènes directs, mais
seulement comme des facteurs qui contribuent à altérer
l’équilibre psychologique du sujet et à fragiliser le terrain de
sorte que l’action même des facteurs du milieu deviendra plus
marquante.

§ 2. – LES FACTEURS DU MILIEU

Le milieu désigne en général, le monde environnant dans lequel


un individu se trouve situé. En criminologie, on distingue
plusieurs milieu : le milieu physique et géographique dans
lequel vivent les hommes et le milieu social tout d’abord. Le
premier n’intéresse que l’étude de la criminalité. Quand au
milieu social, on sous-distingue entre le milieu social général
qui est formé par toutes les conditions générales de la société
qui produisent des conséquences communes à tous les citoyens
d’un même pays (situation politique, économique, sociale,
culturelle) et le milieu personnel qui se rapporte au contraire à
l’environnement immédiat des individus. Ici encore, l’étude du
milieu social général, relève de l’étude de la criminalité. C’est le
milieu personnel dont l’influence est plus directe et plus décisive
sur chaque individu qui intéresse seul l’étude du criminel.
73

Pour étudier l’influence des facteurs du milieu personnel


sur la formation de la personnalité du délinquant, il convient de
se référer à la distinction que fait De Greeff au sein de ce milieu
entre le milieu inéluctable, le milieu occasionnel, le milieu choisi
ou accepté et le milieu subi.

A. – LE MILIEU INELUCTABLE1

Est dit « inéluctable », le milieu dans lequel l’individu ne peut


pas ne pas vivre, d’abord du fait de sa naissance, ensuite du fait
de son environnement immédiat. Aussi a-t-on pour habitude de
distinguer deux aspects dans le milieu inéluctable : le milieu de
la famille d’origine et celui que forment l’habitat et le voisinage.

a. La famille d’origine2

La famille d’origine joue un rôle capital dans la formation de la


personnalité du délinquant. Nombreuses sont en effet les
recherches qui établissent que lorsqu’une perturbation vient
troubler l’action qu’exerce normalement la famille sur l’enfant,
on voit souvent apparaître plus tard des cas de délinquance.
L’influence de la famille sur la formation de la personnalité de
l’enfant délinquant se réalise toutefois de deux façons
différentes : soit directement, soit indirectement.

1. L’influence directe

De toutes les influences extérieures qui stimulent la tendance à


l’imitation de l’enfant, celle du foyer familial est la plus
fréquente et la plus puissante. Aussi la famille exerce-t-elle une
influence criminogène directe sur l’enfant lorsque les parents

1
E. De GREEFF, Introduction à la criminologie, 1e éd., 1937, p.43 à 54.
2
PINATEL, « L’environnement familial », R.S.C., 1954, p.792 à 802 ; voir, une série
d’études consacrées aux rapports de la famille et de la criminalité, in B.S.I.C., 1960, p.11 à 57.
74

sont délinquants ou immoraux. Cette influence résulte


principalement de deux sources : l’apprentissage de la violence
à travers les violences intra-familiales et l’acquisition, par
imitation du style de vie de délinquants des parents ou de l’un
d’eux. On explique le phénomène par cette idée que la
discordance entre le code moral enseigné à l’enfant et les valeurs

protégées par le droit pénal crée un conflit qui complique


l’adaptation à la société et qu’en cas de crise vécue par l’individu
élevé dans telles conditions, la règle de conduite du milieu initial
tend à s’imposer par priorité sur la règle morale sanctionnée par
la loi pénale.

2. L’influence indirecte

Le plus souvent l’influence criminogène de la famille d’origine


s’exerce d’une manière indirecte sur l’enfant. C’est en effet au
foyer familial que se forge dans les années de l’enfance la
structure de la personnalité de l’enfant et les parents jouent un
rôle capital en particulier dans la formation de la conscience
morale.

On comprend dès lors qu’un milieu familial moralement


sain puisse exercer cependant une influence décisive sur la
formation du jeune délinquant s’il ne donne pas à l’enfant le
minimum d’affection et d’éducation nécessaire à une
socialisation normale. Or il peut en être ainsi dans de
nombreuses hypothèses : 1°) abandon de l’enfant à sa naissance
et absence de soins continus ; 2°) séparation de la mère et de
l’enfant à la suite d’un événement de force majeure ; 3°) absence
du père au moment au son autorité doit équilibrer celle de la
75

mère ; 4°) dissensions entre parents d’une certaine gravité ; 5°)


excès d’indulgence ou de sévérité de la part des parents1.

Les recherches effectuées dans ce domaine ont démontré


l’importance du rôle des perturbations familiales en étiologie
criminelle. Ainsi, on a souligné depuis longtemps le manque
d’affectivité d’un grand nombre de délinquants, et en particulier
des plus dangereux, et la relation de celui-ci avec les carences

affectives dont ils ont souffert dans leur enfance 2 . On a vu


d’autre part qu’il existe une corrélation positive significative
entre le divorce et la criminalité.

b. L’habitat et le voisinage

1. L’habitat

Le mode d’habitat exerce une influence criminogène sur le


délinquant.

En effet, diverses études ont montré que les jeunes


délinquants proviennent proportionnellement plus d’immeubles
collectifs que d’adolescents habitant des maisons individuels et,
parmi les immeubles collectifs, de taudis ou de cités, plutôt que
d’ensembles immobiliers d’un standing convenable3.

1
Colloque de Bruxelles (oct. 1967) sur l’éducation de l’enfant, de la conception à l’âge adulte
et le rôle capital des parents dans cette évolution, Compte- rendu au R.D.P.C., 1967-1968,
p.547.
2
Sur le manque d’affection comme facteur de la délinquance des multirécidivistes, voir, R.
VIENNE, R.S.C, 1957, p.53 et ss.
3
Voir, R. LAFON et Mlle MICHOUD, « Habitat, quartier, ville et inadaptation juvénile »,
Sauvegarde de l’enfance, sept – oct 1953, p.639 à 695. Sur les incidences du logement sur le
comportement, voir, Journée internationale de prophylaxie criminelle du 1 er mars 1964
(Etudes internationales de psycho-sociologie criminelle, n° 9-10 octobre 1965, p.3 à 55).
76

2. Le voisinage

On sait, depuis les travaux de Clifford Shaw et ses disciples1 sur


la ville de Chicago, que la délinquance n’est pas liée à la
population mais aux quartiers de détérioration socio-morale et
même, selon les travaux de Stanciu, qu’il existe à l’intérieur de
certains quartiers des ilôts de criminalité. La question est alors
de savoir comment les aires de délinquance influencent la
formation de la personnalité des jeunes délinquants. Deux

aspects ont particulièrement retenu l’attention à cet égard. Le


premier consiste dans les caractéristiques du milieu sous-
prolétarien. Ce milieu se caractérise par une révolte larvée, une
opposition vague et diffuse au système social en place et la
pression du groupe y est très forte, si bien que les enfants issus
d’un tel milieu s’adapteront difficilement à d’autres milieux
considérés à priori avec méfiance et hostilité et dont ils ne sont
pas à même de comprendre les valeurs. Par ailleurs, ce milieu
alimente les bandes d’enfants et d’adolescents qui constituent
précisément le second aspect essentiel de l’influence du
voisinage sur la formation de la personnalité des délinquants2.
Les enfants s’associent en bandes pour plusieurs raisons :
affectives, d’affirmation de soi, de justification morale. Or le
milieu naturel des enfants qui constituent des bandes est la
rue avec toutes les sollicitations qui ne tardent pas à engendrer
un mode de vie asociale, puis antisociale.

B. – LE MILIEU OCCASIONNEL

1
Voir, BOUZAT et PINATEL, Traité, tome 3,n° 160.
2
LEAUTE, Criminologie et sciences pénitentiaires, p.588 à 599 ; Ph. ROBERT et P.
LASCOUMES, Les bandes d’adolescents, éd. Ouvrières, 1974.
77

Le milieu occasionnel est celui des premiers contacts sociaux. Il


englobe le milieu scolaire, le milieu d’orientation professionnelle
et le milieu du service militaire dans les pays ou il est
obligatoire1. Ces milieux ne constituent pas par eux-mêmes des
milieux criminogènes, bien au contraire, ils poursuivent des
buts éducatifs. Ce qui peut être criminogène en revanche, c’est
l’inadaptation de certains sujets à ces milieux et le fait qu’ils
tentent d’échapper à leur influence et de brûler les étapes
conduisant à une vie indépendante.

On va se borner ici à dire quelques mots de l’inadaptation


la plus grave : l’inadaptation scolaire2. L’inadaptation à l’école
peut être facteur de comportements antisociaux ultérieurs, car
les échecs scolaires ferment les débouchés, découragent,
révoltent parfois et exposent davantage aux incidences du
chômage et au jeu des autres facteurs criminogènes d’ordre
économique. Par ailleurs, l’inadaptation scolaire s’accompagne
souvent d’école buissonnière, surtout chez les futurs
délinquants. Le jeune écolier s’habitue alors à vivre en marge de
la règle et à se soustraire aux normes habituelles de conduite, si
bien que la carence éducative s’accompagne d’un apprentissage
de l’asocialité. C’est ainsi que M. et Mme Sheldon-Glueck ont
noté dans une enquête réalisée aux Etats-Unis que
l’inadaptation scolaire se manifeste essentiellement chez les
délinquants par l’école buissonnière et accessoirement par la
désobéissance, le manque d’ordre, l’opiniâtreté, la mauvaise
humeur, l’impertinence, la provocation et l’effronterie. En
dehors de l’école au surplus, les délinquants ont l’habitude de
voler ou de monter sur des camions, de commettre des actes
destructeurs, de provoquer des incendies, de fuir de chez eux,
de s’éclipser ou de s’attarder dans les rues le soir. Ils jouent
aussi aux mendiants et commencent à fumer et à boire très
jeunes.

1
PINATEL, « L’environnement social », R.S.C., 1956, p.344 à 354.
2
J. BRISSAUD, « Scolarité et délinquance juvénile », A.I.C., 1962, p. 63 à 73.
78

Les mêmes traits d’inadaptation scolaire ont été dégagé


chez des délinquants en France et en Europe par M. Debuyst1
qui a étudié d’une manière approfondie un groupe de jeunes
détenus à la prison central de Louvain.

C. – LE MILIEU CHOISI OU ACCEPTE 2

Le milieu choisi ou accepté, comprend le foyer personnel, le


milieu professionnel, les loisirs et le milieu social dans lequel
évolue l’individu. Dans quelle mesure ces divers éléments du
milieu choisi sont-ils susceptibles d’influencer la personnalité
du délinquant ?
a. Le foyer personnel

L’étude des relations entre le foyer personnel et la formation de


la personnalité du délinquant à conduit à une double série de
constations.

1) L’absence de foyer personnel semble influer sur la


délinquance. Les recherches faites sur les condamnés montrent
en effet que la proportion des célibataires parmi les condamnés
est nettement supérieure que chez les hommes mariés. Ainsi, il
ressort des statistiques françaises, que la proportion de
célibataires dans le domaine des crimes contre les personnes,
s’est accrue de 35 % en 1964 et 1966, à 40 % en 1969 et 1971 ;
la différence est encore plus marquée dans le domaine des
crimes contre les propriétés où les célibataires représentent 58 à
60 % des condamnés et 31 à 33 % des personnes mariés. Ces
proportions sont restées stables pendant longtemps3.

1
Ch. DEBUYST, Criminels et valeurs vécues, Louvain Paris, 1960, p. 221 à 235.
2
De GREEFF, Introduction à la criminologie, 1e éd., 1937, p.56 à 72.
3
Chiffres rapportés in G. STEFANI, G. LEVASSEUR, R. JAMBU-MERLIN, Criminologie et
sciences pénitentiaires, p.114.
79

On explique généralement ces constations par le fait que


l’existence d’une famille constitue le plus souvent un milieu qui
détourne de la criminalité et que la présence d’enfants au foyer
renforce encore l’effet stabilisateur du mariage.

2) De toute manière l’existence d’un foyer personnel ne suffit


pas : encore faut-il qu’il soit équilibré. Les conflits conjugaux
sont, en effet, générateurs de délinquance non seulement pour
les enfants, mais également pour le couple lui-même :
délinquance directe (coups et blessures, adultère lorsqu’il est
pénalement sanctionné), mais, plus grave encore, délinquance
indirecte en raison des perturbations psychiques engendrées
par ces conflits et des formes diverses de délinquance sur
lesquelles elles peuvent déboucher (vols, agressions sexuelles…).
Souvent un foyer à l’atmosphère énervante sera évité ou déserté
au profit de milieux plus agréables mais encore plus
criminogènes (débit de boissons, lieux de plaisirs…).

b. Le milieu professionnel

La profession détermine la situation économique des individus ;


d’elle dépendent les ressources mises à la disposition du foyer
ou de l’individu pour sa subsistance et son logement ; par elle
surtout s’exerce l’influence de la misère, du chômage et du
taudis. De la sorte l’absence de qualification professionnelle
expose particulièrement à l’action de ces facteurs, de même
qu’elle compromet le reclassement après une condamnation.

Mais, d’autre part, le milieu du travail lui-même peut être


criminogène. Cela est très net dans le milieu des affaires ou
l’appât du gain, la vie facile et désordonnée constituent des
facteurs criminogènes ; il existe d’ailleurs, une allergie du milieu
des affaires à l’égard de certains faits réprimés par la société et
considérés cependant comme non délictueux par nombre
80

d’hommes d’affaires1. Mais on a remarqué aussi, à propos du


milieu de l’usine, que certains éléments du milieu de travail
sont susceptibles de modifier ou d’inhiber le psychisme de
l’ouvrier et d’influencer ainsi la formation de la personnalité du
délinquant2.

c. – Les loisirs et le milieu


extra-professionnel

Les loisirs peuvent aussi être un facteur qui influence la


formation de la personnalité du délinquant. M. Larguier a

constaté que, parmi les voleurs adultes récidivistes, plus de la


moitié passaient leurs loisirs dans des lieux de plaisir
considérés à l’époque de l’enquête comme mal fréquentés (cafés,
bals, maisons de jeu…)3.

La fréquentation d’amis eux-même criminels ou


simplement immoraux, influence aussi à coup sûr la formation
de la personnalité du délinquant.

A l’inverse, les activités artistiques et culturelles, les


mouvements de jeunesse, les activités manuelles se retrouvent
peu parmi les délinquants. Il faut faire quelque réserve
cependant pour certaines activités sportives, tel le football.
Depuis quelques années, les matchs de football sont souvent
l’occasion d’actes de dégradations et de violences, dont l’affaire
du stade du Heysel en Belgique qui a fait plusieurs dizaines de
morts constitue une sorte de point culminant.

1
SUTHERLAND, Principes de criminologie, précité. p.36 à 43.
2
.M. LEROUX, Conférence au IIe Cours International de Criminologie, Paris, 1953,
Imprimerie administrative, Melun, 1954.
3
J. LARGUIER, « Une recherche sur les motivations para-crimonoligiques d’une activité
ludique : l’abus des ‘’ flippers’’ », in L’évolution du droit contemporain, 1967, p.125 à 155.
81

La question du rôle du sport dans la prévention de


l’inadaptation et de la délinquance a été récemment étudiée
d’une manière systématique et l’on a montré comment le sport
influence la formation de la personnalité des jeunes dans le
sens d’une socialisation normale1.

D. LE MILIEU SUBI2

On entend par milieu subi le milieu dans lequel se trouve plongé


le délinquant lorsqu’il est arrêté, jugé et condamné, notamment
à une peine privative de liberté. Le milieu subi, c’est aussi non
seulement la prison, mais l’ensemble formé par le système de
justice pénale, police et tribunaux.
La question que pose le milieu subi est de savoir dans
quelle mesure la vie dans ce milieu contribue à renforcer la
personnalité du délinquant et à conditionner sa récidive, ou au
contraire est de nature à le dissuader de celle-ci comme c’est la
fonction assignée à la justice pénale. Le problème gravitait jadis
autour de la question de savoir si la prison n’était pas un
facteur plus criminogène que dissuasif, puis il fut élargi à
l’ensemble des institutions de procédure pénale.

a. L’influence de la prison sur la personnalité


du délinquant

Le milieu pénitentiaire doit être pris en considération dans


l’évolution de la personnalité du délinquant, car la prison peut
être un facteur criminogène. Ce fait a été mis en évidence au IIe
Congrès International de Criminologie (Paris 1950). A la lumière
du rapport d’Olof Kinberg3, on a longuement discuté les divers
aspects du problème et plus particulièrement, les incidences de
la privation de liberté de courte et de longue durée.

1
J.Y. LASSALLE, Sport et délinquance, Co-éd. Economica et PUAM, 1988, p.139 à 217.
2
BOUZAT et PINATEL, Traité de criminologie, tome 3, n° 205 à 207.
3
Actes du IIe Congré International de Criminologie, Paris 1950, p.305 à 320.
82

En ce qui concerne la privation de liberté de courte durée,


il a été reconnu qu’elle ne peut avoir que des effets nuisibles :
choc affectif dans la famille, honte supportée par la femme et les
enfants, absence de salaire du père emprisonné, perte de la
situation, difficultés de retrouver une place à la sortie,
ségrégation résultant de l’ostracisme du milieu.

Relativement à la privation de liberté de longue durée, il


convient d’ajouter aux conséquences familiales déjà
mentionnées à propos de la privation de liberté de courte durée,
le divorce et la dissociation familiale dans 75 % des cas,
l’éducation des enfants dans des conditions anormales et
souvent leur engagement dans la voie de la délinquance
juvénile. Au bout de deux années d’emprisonnement, le détenu

est suffisamment désadapté de la vie sociale pour que son


reclassement pose des problèmes difficiles, compliqués, au
surplus, par l’interdiction de séjour et le casier judiciaire.

La sortie de prison constitue, en toute hypothèse, un


moment critique soit que le sujet se retrouve dans une situation
pré-criminelle identique à celle qui l’a conduit à son acte, soit
que le processus de ségrégation et de stigmatisation sociales
l’incorpore définitivement dans le monde criminel.

b. L’influence des institutions de procédure pénale


sur la personnalité du délinquant

Dans un important article sur l’influence des institutions de


procédure pénale sur la formation de la personnalité criminelle,
M. Pinatel a montré ce que celle-ci peut devoir à l’arrestation, à
83

l’interrogatoire, à l’instruction et au jugement1. Il est certain que


la manière dont toutes ces opérations procédurales sont menées
peut avoir des effets très différents sur la personne poursuivie.
Bien conduites, elles peuvent avoir l’effet dissuasif qui leur est
attribué idéalement par le Code de procédure pénale ; mal
conduites, elles peuvent au contraire, avoir un effet de
renforcement de la personnalité dans un sens délinquant.

1
PINATEL, « Problèmes contemporains de procédure pénale », Recueil d’études en l’honneur
de L. HUGUENEY, 1964, p.3 à 12.
84

CHAPITRE 2

L’ETUDE DU CRIME
Les Codes criminels décrivent un nombre important d’actions et
d’omissions qu’ils punissent de peines variables selon la gravité
objective de l’infraction (meurtre, empoisonnement, vol, viol,
etc.) et ils regroupent en général ces multiples infractions en
quelques grandes catégories : infractions contre les personnes,
infractions contre les biens et infractions contre la famille et les
mœurs, etc.…

Ces classifications juridiques, qui ne sont pas dépourvues


d’intérêt dans le cadre de l’étude de la criminalité, cessent d’être
utilisables lorsqu’il s’agit de classer les crimes au point de vue
criminologique. Aussi les criminologues se sont-ils tournés vers
d’autres sortes de classifications des infractions. Celles-ci sont
cependant moins nombreuses que les types de délinquants.

Parmi les classifications de crimes, il en est quelques-


unes qui sont à peine esquissée par leurs auteurs et peuvent
seulement être mentionnées. C’est le cas de la classification de
M. Michel JOEL, qui distingue entre ; 1°) les délinquances
extrêmes, par leur violence et par leur astuce ; 2°) les
délinquances de l’incivisme (circulation routière, chèques, abus
de crédit) ; 3°) les délinquances de l’insécurité1. Une autre
classification se base sur la distinction des crimes commis

1
Discours de rentrée devant le Tribunal de Paris, G.P., 3 mars 1985, p. 21.
85

isolément, des crimes commis à deux et des crimes des foules1.


De sorte que dans le présent chapitre, on va examiner seule
la classification des crimes la plus connue : la classification de
Pinatel d’après les motivations des crimes.

M. Pinatel s’est efforcé de classer les crimes, à partir des


motivations qui les animent. Il a dégagé ainsi quatre catégories
de crimes : le crime primitif (Section 1), le crime utilitaire
(Section 2), le crime pseudo-justicier (Section 3) et le crime
organisé (Section 4)2.

SECTION 1
LE CRIME PRIMITIF

Le crime primitif est celui qui résulte d’une libération soudaine


de l’activité criminelle, sans que celle-ci ait été soumise au
contrôle de la personnalité totale. Ex. de meurtre commis dans
une brusque explosion de colère. Ce genre de réactions dites
primitives peut prendre selon Seelig3 deux formes différentes : 1)
les réactions explosives, liées soit à un accès soudain de colère,
soit à une accumulation affective telle que la moindre occasion
peut provoquer une réaction disproportionnée (ex : le criminel
assassin de sa famille par haine accumulée), et qui sont
généralement l’œuvre des épileptoïdes ; 2) les actions en court-
circuit, qui sont celles où le sujet, sans avoir une tendance à
une décharge motrice particulière, est cependant incapable de
différer sa réaction et d’adopter une conduite ajustée (ex :
incendiaire « pyromane », certaines voleuses de grands
magasins).

1
Voir PINATEL, Traité de criminologie, tome 3, n° 275 à 283 ; GASSIN, Criminologie, n°
577 à 581.
2
Idem, Traité, tome 3, n° 252 à 259.
3
SEELIG, Traité de criminologie, p.123 à 127.
86

SECTION 2
LE CRIME UTILITAIRE

Le crime utilitaire est celui qui est accompli en vue de se libérer


d’une situation dont le délit apparaît comme la seule issue. Il
existe diverses variétés de crime utilitaire. Elles se rencontrent
dans le domaine des infractions contre les personnes (§1) et
dans celui des infractions contre les biens (§2).

§ 1. – LE CRIME UTILITAIRE DANS LES


INFRACTIONS CONTRE LES
PERSONNES

Dans le domaine des infractions contre les personnes, on se


trouve en présence de criminels qui agissent sous l’empire d’une
crise. Il s’agit d’homicide en vue d’une libération personnelle.

Le crime utilitaire consiste à se débarrasser d’une


personne gênante « parce que - souligne De Greeff- toute
l’existences de l’assassin paraît engagée dans cette mort ». Il
s’agit d’un « acte unique », d’une « réponse à une situation
qui se présente comme ne pouvant se réaliser deux fois et
qui appelle une solution décisive » 1. Tel est le cas de
l’épouse meurtrière de son mari qui est, pour elle, un
tourmenteur ou bourreau domestique, ou du parricide qui
agit pour protéger sa mère. Tel est aussi celui de l’assassin
de famille qui, poussé par la misère, l’amour filial ou un
état pathologique (mélancolie), en arrive à supprimer

1
De GREEFF, Introduction à la criminologie, 2e éd. p. 310 à 314.
87

femme et enfants pour les empêcher de sombrer dans un


malheur réel ou imaginaire. Mais ces exemples typiques
sont loin d’épuiser toutes les formes de l’homicide
utilitaire. Celui-ci existe chaque fois qu’une personne gérante
est supprimée, que ce soit pour s’approprier une fortune ou
pour permettre un remariage.

§ 2. – LE CRIME UTILITAIRE DANS LES


INFRACTIONS CONTRE LES BIENS

Dans le domaine des infractions contre les biens, il y a des


distinctions à faire. A côté des délinquants qui agissent sous
l’empire d’une crise, E. Seelig individualise les auteurs de délits
patrimoniaux pas résistance amoindrie.

a) Agissant sous l’empire d’une crise1, le délinquant de la


période post-pubérale qui éprouve le désir d’avoir beaucoup
d’argent et vole les parents, amis ou connaissances en prenant
parfois le risque de recourir à l’homicide, l’escroc qui fraude les
compagnies d’assurances pour résoudre une difficulté
financière, en incendiant par exemple, ses propres biens.

b) Sont, par contre, des auteurs de délits patrimoniaux par


résistance amoindrie2 ceux qui sont constamment placés dans
des situations de détournement : caissier indélicat, employé
voleur, fonctionnaire et commerçant malhonnêtes… Le vol à
l’étalage et le vol domestique se situent dans la même ligne.

1
SEELIG, Traité de criminologie, p.116 - 117.
2
Idem, p.92 à 96.
88

SECTION 3
LE CRIME PSEUDO – JUSTICIER
A la différence du crime utilitaire qui est marqué par la
satisfaction de l’intérêt personnel, le crime pseudo-justicier revêt
un caractère désintéressé. L’auteur tend en effet, par le crime, à

rétablir ce qu’il croit être la justice tant dans le domaine des


relations privées que dans celui des relations publiques.

M. Pinatel ne distingue pas moins de sept variétés de


crime pseudo-justicier : l’homicide passionnel (§1), le crime par
idéologie (§2), le délit prophylactique (§3), le délit symbolique
(§4), le délit revendicatif (§5), le délit libérateur ou d’aventure
(§6), le délit auto-punitif ou par sentiment de culpabilité (§7).

§ 1. – L’HOMICIDE PASSIONNEL1

Il s’agit d’un crime de destruction, résultant d’un conflit


directement sexuel ou en rapport avec l’amour sexuel. Dans ses
grandes lignes, le déroulement du processus criminogène passe
par les trois stades du passage à l’acte criminel décrits par De
Greeff (phase de l’acquiescement mitigé, phase de l’assentiment
formulé, période de crise) ; mais il s’y ajoute deux autres
processus qui précisément le caractérisent : le processus de
réduction et le processus-suicide.

A. – LE PROCESSUS DE REDUCTION

1
De GREEFF, Amour et crimes d’amour, Dessart, Bruxelles, 1973. Voir, du même auteur :
« L’état dangereux dans les crimes passionnels », Conférences du IIe Cours International de
Criminologie, p.194 à 205 ; PINATEL, La société criminogène, p.108- 109 ; S. PAUGAM,
Crime passionnels, éd. Calmann- Lévy, 1988 ; M. ANCEL, « Le crime passionnel, état de la
question », Hygiène mentale, 1958, p.153.
89

Le processus de réduction ramène la victime à une abstraction


responsable. A mesure que l’amour disparaît, l’amant blessé
revalorise certaines choses qui avaient été délaissées : son
propre moi, sa réputation, son argent trop facilement donné. Il
se passe alors un véritable processus de revendication, sous le
signe du droit, de la justice, rarement sous le signe de la
vengeance explicite.
B. – Le processus-suicide

Pour De Greeff, tous les crimes passionnels sont tributaires


d’un processus-suicide. Processus-suicide ne veut pas dire
suicide mais désengagement. La réaction de désengagement
comporte toujours un aspect de rupture, le sujet se retire, se
désintéresse, se renonce ; dans les cas graves seulement, il en
arrive au suicide réel. Il devient indifférent à l’avenir, à son
propre sort, ce qui fait qu’il n’essaie pas de se cacher, ne prend
pas de précautions, avoue. L’audace de commettre son acte, il la
puise dans le fait qu’il a rompu tous les rapports avec la vie. Ce
désengagement se prolonge après les faits, mais s’atténue
rapidement ; une fois qu’il a cessé, l’individu reprend son
habitus normal.

§ 2. – LE CRIME PAR IDEOLOGIE

Le crime par idéologie se caractérise par le fait que son auteur


considère comme un devoir l’acte qu’il commet. Il en est ainsi de
l’auteur d’attentats politiques, du conspirateur, du membre
d’une secte religieuse, du duelliste.
90

§ 3. – LE DELIT PROPHYLACTIQUE

Le délit prophylactique est celui dont l’auteur sait qu’il agit


illégalement, tout en étant convaincu que de cette façon il évite
un plus grand mal, voire qu’il réalise un bien. Parmi les délits de
ce genre, le plus connu est le délit d’euthanasie.

§ 4. – LE DELIT SYMBOLIQUE

Le délit symbolique se définit par le fait que celui qui en souffre


les conséquences, n’est pas directement lié au délinquant. (ex. :
enfant volant des objets à son maître d’école sans nul besoin et
les détruisant au fur et à mesure, parce que ce dernier présente
une certaine ressemblance avec son père qu’il admire, craint et
hait à la fois ; mère assassinant son enfant sans mobile
apparent, mais pour atteindre indirectement le père à l’égard
duquel elle nourrit des sentiments ambigus mélangés de crainte
et de haine).

§ 5. – LE DELIT REVENDICATIF

Le délit revendicatif est celui dont l’auteur s’érige en défenseur


dans une affaire ou il n’est pas directement impliqué. Il déclare
être poussé par le devoir ou la générosité sociale et développe
ainsi une action agressive proportionnée à l’affront personnel
(réel ou supposé) qui est à la base de sa conduite. De tels
comportements s’observent régulièrement dans les guerres
civiles.
91

§ 6. – LE DELIT LIBERATEUR OU
D’AVENTURE

Le délit libérateur ou d’aventure est celui qui naît de


l’insatisfaction de la vie quotidienne, du malaise qui détermine
sa monotonie, de l’angoisse qui en résulte. Presque toujours de
tels délits s’exécutent en bandes (emprunt de voitures par
jeunes en bande), à la suite de fêtes nocturnes qui se
compliquent d’ivrognerie, d’excès sexuel et de scandale.
§ 7. – LE DELIT AUTO-PUNITIF OU PAR
SENTIMENT DE CULPABILITE

Il s’agit d’un acte pseudo-justicier dirigé contre soi-même par


l’intermédiaire d’un acte qui atteint directement autrui. Il
convient ici, d’apprécier la part de masochisme et du désir de se
mettre en évidence dans de telles conduites.

SECTION IV
LE CRIME ORGANISE1

Le crime organisé est celui qui procède d’une volonté délibérée


de commettre un ou plusieurs actes criminels. Essentiellement
acquisitif (vol à la tire, cambriolage, escroquerie, faux, etc.), il
est généralement accompli dans une situation non spécifique ou
amorphe. Il s’ensuit que l’occasion doit être recherchée, ce qui
exige la formation d’un plan, la connaissance des lieux, des
préparatifs, l’acquisition des outils nécessaires, le choix des

1
Pour une bibliographie complète sur le crime organisé, voir, GASSIN, Criminologie,
n° 573, note 1.
92

complices, etc.2, d’où son appellation. Il s’ébauche généralement


dans les bandes d’enfants, mais c’est chez les adultes que les
techniques d’organisation atteignent leur plus haute expression.

Or distingue trois variétés de crime organisé : 1°) le crime


organisé à caractère brutal ou agressif (hold-up, racket,
cambriolage, vol à la tire, etc.) ; 2°) l’exercice d’activités illicites
rémunératrices (tenue clandestine de maisons de jeux,
proxénétisme, trafic de stupéfiants…) qui consiste à tirer profit
des vices d’autrui ; 3°) le « white collar crime » qui est le fait de
personnes qui appartiennent à des catégories sociales élevées et
consiste dans des actes de ruse (fraudes fiscales, infractions
aux lois sur les sociétés, corruption de fonctionnaires, etc.).

2
O. KINBERG, « Les situations pré-criminelles révélatrices des caractères de l’état
dangereux », B.S.I.C., 1951, p. 11 à 26.
93

TABLE DES MATIERES


Introduction…………………………………….………….……………… 1

SECTION 1. _ Définitions de la criminologie ……….……………. 1

§ 1. _ Les définitions extensives de la criminologie……….…..…..… 2


A. _ La définition d’Enrico Ferri……………………..……………… 2
B. _ La conception de l’Ecole encyclopédique……………..…..… 3
C. _ La conception de l’Ecole américaine classique ……..…….. 4

§ 2. _ Les définitions restrictives de la criminologie……………….… 6

A. _ Idées communes……………………………….……………….… 6
B. _ Différences ……….…………………………………………...…… 6

SECTION 2. _ Objet de la criminologie …………………………….. 8

§ 1. _ Le domaine de la criminologie………………..……….………… 8
A. _ Criminologie, droit pénal et politique criminelle ………… 8
a) Distinction ...................................……….......…..........….... 9
b) Rapports .................................……….........…...……….…… 10
B. _ Criminologie et criminalistique .…………………..…….….… 11
C. _ Criminologie et pénologie …………………………..………... 12
D. _ Criminologie et sociologie pénale…………………..……….… 13
a) La sociologie pénale .....…..................................................... 13
b) Distinction et rapports ........................................................ 14
1. Distinction ………………………………………………………… 14
2. Rapports ………………………………………………………...… 15

§ 2. _ Le contenu de la criminologie ……….......……………..……….. 16


A. _ La criminologie science pluridisciplinaire ou science
véritable et unitaire ?.............................………......…........... 17
a) Les sciences constitutives de la criminologie ……..… 17
1. La biologie criminelle …………………………………………… 17
2. La sociologie criminelle ……………………………….…..…… 18
3. La psychologie criminelle ………………………....…………… 20
b) La nature de la criminologie …………………………….. 21
94

B. _ La criminologie science théorique ou science pratique ?.. 22

PREMIERE PARTIE

L’ETUDE DE LA CRIMINALITE ……….……. 25

CHAPITRE 1. _ LES EXPLICATIONS RELATIVES A


LA CRIMINALITE ………………………………………………………. 26

SECTION 1. _ Les explications anthropologiques ………..……… 26

§ 1. _ La théorie du « criminel– né» de Cesare Lombroso…….……..

§ 2. _ Appréciation de la théorie de Lombroso …………….……….… 28

SECTION 2. _ Les explications sociologiques avant Ferri…….. 29

§ 1. _ L’Ecole cartographique ou géographique ………………..……. 29

§ 2. _ L’Ecole socialiste …………………………………………..……… 30

SECTION 3. _ Les explications à l’époque Ferrienne …….….…. 31

§ 1. _ L’Ecole sociologique …………………….……………..………….. 31

§ 2. _ L’Ecole du milieu social ……………………………………..….. 32

§ 3. _ L’Ecole de l’Interpsychologie ……………..………………..….. 33

SECTION 4. _ La théorie d’Enrico Ferri …..………………..……… 34

§ 1. _ Contenu de la théorie de Ferri ………………………….…..…… 34

A. _ Les facteurs criminogènes d’après Ferri …….…………..… 34


a) Les facteurs anthropologiques ……………………………. 35
95

b) Les facteurs du milieu physique ou cosmo-telluriques . 35


c) Les facteurs du milieu social …………………………..…… 35
B. _ La classification des délinquants …………..………………… 36

§ 2. _ Appréciation de la théorie de Ferri …………………..….……… 38

CHAPITRE 2. _ TYPES DE SOCIETES ET CRIMINALITE ……… 40

SECTION 1. _ La criminalité dans les pays en voie de


développement ……………………………………….………………... 41
§ 1. _ La criminalité traditionnelle des pays en voie de
développement…………………….…..…………………….….…… 42
A. _ La criminalité traditionnelle à l’époque coloniale ….…..…….. 42

B. _ La criminalité traditionnelle dans les pays en voie de


développement indépendants……………………….…..……… 43

§ 2. _ La criminalité nouvelle des pays en voie


de développement …………………………….……….………….. 43

A. _ La criminalité urbaine ……………………………………..…… 44


B. _ Le trafic de drogues …………………..……………….…….…… 45
C. _ Le terrorisme et la guérilla ………………………..….….…… 45

SECTION 2. _ La criminalité dans les ex-pays socialistes .…... 46

§ 1. _ Approche et tendances d’évolution de la criminalité


dans les ex-pays socialistes …….………….…….…….….…… 46

A. _ Approche de la criminalité …….………….……..…….……… 46


B. _ les tendances d’évolution de la criminalité dans
les ex-pays socialistes ……………..……………..………..…… 48

§ 2. _ Les traits caractéristiques de la criminalité dans


les ex-pays socialistes ..………………………….…………..….. 50

A.La criminalité avant la perestroïka ……..…….……….…….


_ 50
a) La délinquance dite de fonction ………….….…………..… 51
b) La délinquance économique ………………..……….…..…. 51
c) La délinquance politique …………………………….…..….. 52
d) La délinquance juvénile ou « Hooliganisme »… ………… 53
B._ La criminalité après la Perestroïka … …………………….….. 54
96

SECTION 3. _ La criminalité dans les pays développés …….... 56

§ 1. _ Le volume de la criminalité dans les pays développés .…... 56

A. _ Volume élevé …………………………….………..……….…….. 57


B. _ Volume en augmentation constante …………….…………… 57

§ 2. _ Les traits caractéristiques de la criminalité dans les pays


développés ………………………………………..……………..….. 58

A. _ La délinquance ˝habituelle˝ …….………….….………….….... 58

DEUXIEME PARTIE

L’ETUDE DU CRIMINEL ET DU CRIME ………..…. 64

CHAPITRE 1. _ L’ETUDE DU CRIMINEL ……………………….…… 65

SECTION 1. _ Les facteurs qui influencent la formation de la


personnalité du délinquant ……………….…..….………………. 66

§ 1. _ Les facteurs individuels……………………………….…..……… 66

A. Les antécédents héréditaires …………………..……….…….


_ 67
a) Etudes généalogiques ……………….……………….…..….. 67
b) Etudes statistiques………………………………..…………… 68
c) Etude dite des jumeaux ……………………………………… 69
B. Les antécédents personnels …………………………………….
_ 70
a) Antécédents antérieurs à la naissance ……………….….. 70
b) Antécédents concomitants à la naissance …………..…… 71
c) Antécédents postérieurs à la naissance ……………...….. 71

§ 2. _ Les facteurs du milieu…………….…………………...….….…… 72

A. _ Le milieu inéluctable …………………………….……….…..…. 73


a) La famille d’origine ………………….………..…………...….. 73
1. L’influence directe …………………………………….….…….. 73
2. L’influence indirecte …………………………….…….……….. 74
b) L’habitat et le voisinage …………..…………………..……… 75
1. L’habitat ………………….………………………………...……. 75
97

2. Le voisinage …………………..………………………….…….… 76
B. _ Le milieu occasionnel ……………....………………….….……. 76
C. _ Le milieu choisi ou accepté …………………..………...…….. 78
a) Le foyer personnel …………………………………..………… 78
b) Le milieu professionnel …………………..……….….……… 79
c) Les loisirs et le milieu extra-professionnel …….……..… 80
D. _ Le milieu subi …………………..…………………………..……. 81
a) L’influence de la prison sur la personnalité
du délinquant ……………………………………………….…... 81

b) L’influence des institutions de procédure pénale sur la


personnalité du délinquant ………………..…….………...… 82

CHAPITRE 2. _ L’ETUDE DU CRIME …………….…….……….…… 84

SECTION 1. _ Le crime primitif ………………….…….….……….… 85

SECTION 2. _ Le crime utilitaire …………….…………………….… 86

§ 1. _ Le crime utilitaire dans les infractions contre


les personnes………………………………………………..……… 86

§ 2. _ Le crime utilitaire dans les infractions contre


les biens ……………………………………………………..……… 87

SECTION 3. _ Le crime pseudo - justicier ……..……………..…… 88

§ 1. _ L’homicide passionnel …………………………………….………. 88

A. _ Le processus de réduction …………………….……….………. 89


B. _ Le processus-suicide ………………………………………..…… 89

§ 2. _ Le crime par idéologie ………………………...……………..……. 89

§ 3. _ Le délit prophylactique……….………………….……….……….. 90
98

§ 4. _ Le délit symbolique ………………………….…………….……… 90

§ 5. _ Le délit revendicatif ……………………….……………….……… 90

§ 6. _ Le délit libérateur ou d’aventure ……………….………..……… 91

§ 7. _ Le délit auto-punitif ou par sentiment de culpabilité ……….. 91

SECTION 4. _ Le crime organisé ……………………………..…….… 91

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