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Revue française de pédagogie

Pocztar (Jerry). — La définition des objectifs pédagogiques : bases


composantes et références de ces techniques
Charles Delorme

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Delorme Charles. Pocztar (Jerry). — La définition des objectifs pédagogiques : bases composantes et références de ces
techniques. In: Revue française de pédagogie, volume 56, 1981. pp. 73-75;

https://www.persee.fr/doc/rfp_0556-7807_1981_num_56_1_2245_t1_0073_0000_2

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Car en effet les hommes sont constamment présents dans ce livre. Joseph
Majault, en écrivain, sait les peindre avec leurs vertus et leurs faiblesses. Il décrit
la vie quotidienne d'une administration. Et il écrit cette chronique avec un souci
de sincérité et de compréhension.
Nous conclurons sur le ton du livre. Dans les chapitres, concis, écrits avec
clarté, le pittoresque apparaît parfois. Il y a du roman dans ce livre-là. Et pourtant
« Comptes, mécomptes, décomptes » est plus qu'une fresque et pas seulement un
témoignage, un livre qui parle aussi de technique. Il ne faudrait pas que le titre,
un peu énigmatique, inquiète les lecteurs potentiels. Cet ouvrage devrait intéresser
non seulement les amis de Joseph Majault, ceux qui, avec lui, à des postes divers,
ont écrit cette histoire. Mais aussi, comme nous avons essayé de le montrer, tous
ceux qui travaillent à l'histoire et à la sociologie de l'enseignement français, et,
à l'étranger, ceux qui, à un moment ou à un autre, ont eu l'occasion d'étudier le
système scolaire de notre pays en passant par cet intermédiaire presque obligé qu'a
été l'Institut pédagogique national et les organismes qui en dérivent aujourd'hui.
Jean HASSENFORDER.

POCZTAR (Jerry). — La définition des objectifs pédagogiques : bases composantes


et références de ces techniques. — Paris : E.S.F., 1979. — 170 p. ; 24 cm. — (Science
de l'éducation).
Paru en 1979, comme l'ouvrage de Daniel Hameline et celui de César Birzea,
le livre de Jerry Pocztar vient s'ajouter aux différentes publications qui alimentent
actuellement le courant des objectifs pédagogiques. A première vue, nous pourrions
penser que cet ouvrage arrive un peu tard ; ne traite-t-il pas de la taxonomie de
Bloom assez longuement, de l'enseignement programmé tout en reprenant certains
thèmes développés chez V. et G. de Landsheere ?
En fait, Jerry Pocztar vient nous présenter un essai d'analyse des fondements
théoriques des objectifs pédagogiques tout en essayant de les restituer
fréquemment dans leur contexte historique et social. Pour cela, cet ouvrage occupe une
place originale et nécessaire dans les productions actuelles même si certains aspects
peuvent nous apparaître décevants par leur rapidité de développement.
L'ouvrage reste résolument théorique et il aurait gagné à être davantage articulé
à des expérimentations sur le terrain. On sent bien, par de nombreux commentaires
ou allusions, que Jerry Pocztar a fréquenté des groupes d'enseignants mais cela
n'est pas à notre avis suffisamment exploité et certains passages risquent de glisser
vers l'abstrait inutile et inutilisable.
Dans un premier temps, Jerry Pocztar dresse une série de constats ou de
critiques visant à démystifier les objectifs pédagogiques et leur prétendue scientifi-
cité. Sans doute a-t-il raison de penser que souvent les utilisateurs des objectifs
compliquent inutilement des problèmes pédagogiques, fort simples pour qui a du
bon sens... pédagogique et nous sommes d'accord avec lui lorsqu'il indique que
les objectifs ont une fonction de clarification du langage, voire même de mise à
découvert de phénomènes camouflés sous un discours pédagogique équivoque.
Sa tentative de définition de « théorèmes », caractérisant une sorte de
dénominateur commun chez les différents auteurs traitant des objectifs, peut apparaître
louable et utilisable. Dommage que leur formulation et leur contenu soient d'intérêt
inégal et se situent dans une perspective uniquement de construction et ne prennent
pas en compte le sens ou la pertinence de ces objectifs.
Lorsque ensuite l'auteur présente les niveaux d'objectifs, nous regrettons qu'il
reprenne sommairement les catégories suggérées par Goodlad par rapport aux

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trois niveaux de décision. Dans cette partie de l'ouvrage, Jerry Pocztar n'apporte
pas de contribution à la définition des objectifs et ce n'est pas parce qu'il adopte
les termes les plus fréquents ou les plus usités qu'il n'avait pas à faire de choix.
En effet, il maintient un certain flottement conceptuel qui prête bien le flanc aux
critiques qu'il dénonçait antérieurement. Et, enfin, le terme objectif n'apparaît pas
situé dans le champ de la logique de formation centrée sur l'élève. Dire que les
objectifs généraux sont la traduction en termes de contenus éducatifs des énoncés
des finalités... en quelque sorte, les moyens de ces fins, nous semble contribuer
à la confusion trop fréquente de beaucoup d'enseignants, d'autant plus que l'auteur
poursuit en indiquant que les objectifs spécifiques proviennent de la traduction des
programmes en objectifs opérationnels... Il nous apparaît, dans ces cas-là, que
pour Jerry Pocztar la formulation ou l'utilisation des objectifs ne peut se réaliser
qu'en partant de programmes. Il s'agirait d'une simple mise en forme modernisée
d'une pédagogie centrée sur les contenus. Pourquoi ne pas avoir réservé le terme
objectif pour l'annonce des capacités ou pour des comportements à atteindre par
l'élève ? Dans cette perspective, les différents contenus de formation ne seraient
considérés que comme des occasions, plus ou moins pertinentes pour le
développement de ces capacités.
Lorsque Jerry Pocztar entreprend une brève étude historique des objectifs et
qu'il s'arrête sur l'analyse de la taxonomie de Bloom et de Krathwohl, de nombreux
éléments nous apparaissent très intéressants. Tout d'abord, il décrit les origines
empiriques de la taxonomie de Bloom et la démarche pragmatique de cet Américain
dont l'environnement social et les présupposés doctrinaux pesèrent lourdement sur
cette production. En analysant les origines et les fondements de cette taxonomie,
Jerry Pocztar a su indiquer clairement la conception sous-jacente de la
connaissance de l'apprentissage chez Bloom. Tout en reconnaissant à Bloom le mérite
d'avoir su tirer une sorte de modèles pour classer les objectifs, Jerry Pocztar lui
reproche à juste titre de s'être appuyé sur une psychologie du sens commun des
enseignants rencontrés et non pas sur des théories psychologiques plus scientifiques.
Jerry Pocztar montre ainsi que cette taxonomie développe une conception de
l'appropriation du savoir fondée sur une sorte de dogmatisme de l'enseignant et
qui présuppose une attitude passive de l'élève. D'abord, connaître, c'est-à-dire
stocker de l'information, ensuite comprendre, puis appliquer... En indiquant la «
théorie » sous-jacente de l'appropriation du savoir chez Bloom, Jerry Pocztar met en
garde les enseignants soucieux de l'activité de leurs élèves contre une utilisation
de cette taxonomie comme modèle de l'organisation de l'apprentissage. Est-ce là
l'explication de l'accueil favorable réservé à cette taxonomie dans des milieux
pédagogiques au fonctionnement traditionnel ?
Tout au long de son ouvrage, Jerry Pocztar a su mener la confrontation entre
le courant behaviouriste et le courant mentaliste. Pour cette raison, on se serait
attendu à une autre approche critique de la taxonomie de Krathwohl basée sur le
concept central d'intériorisation même s'il attribue à cette taxonomie les mêmes
déficiences théoriques qu'à celle de Bloom. Malgré tout, l'auteur poursuit son projet
d'analyser et de mettre en évidence les fondements théoriques des objectifs lorsqu'il
présente les relations nombreuses entre l'enseignement programmé et la technologie
des objectifs qui ne deviendrait qu'une partie d'une théorie de l'apprentissage et
de l'enseignement. C'est à notre avis conclure hâtivement que de réduire la pensée
par objectifs au courant de l'apprentissage ; Jerry Pocztar ne semble pas avoir
suffisamment perçu toutes les dimensions d'une pensée prévisionnelle et son
utilisation dans le champ de l'action « éducative » et ainsi des problèmes qu'elle peut
poser par rapport à d'autres champs de l'action humaine (économie, armée, politique).
En quelque sorte, il s'agirait de distinguer la formulation des objectifs
comportementaux, de la pensée prévisionnelle en pédagogie, d'une part, de la formulation
d'objectifs qui ne seraient pas nécessairement comportementalistes d'autre part,

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sans pour autant retomber dans les travers d'une pédagogie approximative. Si Jerry
Pocztar nous semble bien poser le débat sur l'observabilité de l'activité de l'élève
comme condition à une évaluation plus rigoureuse, il nous paraît associer
abusivement observabilité, à partir de comportements, et univocité de l'activité. La
formulation des objectifs comportementaux avec ses théories de l'apprentissage sous-
jacentes ne nous semble pas, aujourd'hui, garantir toutes les conditions pour une
évaluation satisfaisante de l'apprentissage. Continuer à attribuer au concept de
comportement de l'école behaviouriste, la condition sine qua non de toute évaluation,
c'est oublier tout le jeu des mécanismes de l'interprétation et autres mécanismes
affectifs de la part de l'évaluateur, surtout lorsque les comportements nommés sont
d'un haut niveau taxonomique.
Si Jerry Pocztar ne cache pas ses préférences pour le courant de
l'apprentis age comme seul courant théorique valable actuellement pour les objectifs
pédagogiques, il nous semble qu'il ne s'attarde pas suffisamment sur les conceptions de
Gagné ou encore de d'Hainault. Est-ce parce que le premier valorise les concepts
d' « états persistants » et ainsi nomme « capacités » les processus qui aboutissent
aux performances ; et est-ce parce que le second considère les concepts
d'opérations cognitives et de transfert comme centraux dans ses hypothèses ?
Etant donné les orientations de travaux récents relatés par Daniel Hameline
dans son ouvrage « Les objectifs pédagogiques » ou encore par Jean Cardinet et
Linda Allai dans un autre, « L'évaluation formative dans un enseignement
différencié», l'auteur aurait pu, tout en réalisant d'excellentes analyses sur Bloom ou
l'enseignement programmé, développer davantage les thèses du courant mentaliste
ou de différents auteurs s'y intéressant.
La dernière partie de l'ouvrage présente aussi un réel intérêt pour les différentes
suggestions faites à propos de la mise en place de dispositif de formation aux
objectifs pédagogiques ; dispositif où l'on retrouve bien les options permanentes de
l'auteur.
Ouvrage à lire par tous les utilisateurs de la pédagogie par les objectifs,
autant pour leur donner l'occasion de se dégager d'une apparente « rigueur
scientifique » camouflant un « empirisme qui n'ose dire son nom » que pour adopter cette
démarche tant préconisée par Jerry Pocztar, de la découverte des théories sous-
jacentes et de la recherche jamais terminée de fondements psychologiques plus
scientifiques à l'acte pédagogique.
Charles DELORME.

RAVEN (John). — Parents, teachers and children : a study of an educational home


visiting scheme. — Sevenoaks : Hodder and Stoughton, 1980. — VII-263 p. : 22 cm.
— (The Scottish Council for Research in Education : SCRE publication ; 73).

On assiste depuis quelques années à une multiplication des programmes


d'éducation parentale et à une sensible augmentation de la littérature sur ce sujet.
Le présent ouvrage mérite d'y occuper une place de premier plan, pour au moins
trois raisons principales étroitement liées entre elles :
1) la mise en œuvre et la justification d'une méthodologie propre à la recherche-
action, dont le Lothian Region Educational Home Visiting Scheme offre une
il ustration extrêmement intéressante ;
2) l'accent mis sur l'importance du travail théorique dans un domaine où il
est peu soutenu, soit par centration excessive sur le déroulement des actions
entreprises, décrites plus qu'analysées, soit par enlisement dans une sophistication

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