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SUJET, PAROLE ET EXCLUSION

Une philosophie du sujet parlant Fred Poché, ed. L’Hamattan, 1996

Quand je parle qui parle ?

“... dès qu’un homme parle vraiment, il faut tout autre change qu’échanger avec un interlocuteur des
sens que chacun d’eux détiendrait par devers soi, tout faits. Il se risque, il est en jeu dans sa parole parce
que de l’autre, quelque chose qui est de lui, lui reviendra transformé et le désétablira de ce qu’il croyait
être soi. Cela veut dire que la parole ne met pas en communication téléphonique un destinateur et un
destinataire en vue d’une information.” Ces propros mettent en relief la dimension communicationnelle
de l’acte de parole. Essayons de la déployer. A cet effet, opérons, en premier lieu, un passage par la
linguistique générale. Lévina propose que la langue “instaure une relation irréductible à la relation sujet-
objet; la révélation de l’autre. C’est dans cette révélation que la langage comme système de signes peut
seulement se constituer. L’autre interpellé n’est pas un représenté, n’est pas un donné, n’est pas un
particulier, par un côté dejá offert à la généralisation.” C’est comme dire que la parole est de l’ordre de la
morale avant d’appartenir à l’ordre de la theorie.

La narration

Elle consiste à faire le récit des événements vécus, à dépasser la dimension brute de l’existence pour
faire advenir une histoire. En racontant les différents événements vécus le sujet les relie à lui-même et
crée un récit structurant pour son identité. Voici une illustration: le responsable d’un supermarché, non
loin d’une cité populaire à forte population immigrée, dècide d’interdire l’accès de son magasin aux
enfants. Ceux-ci dèrangent, dit-on, la bonne marche de magasin. La réaction est vive dans l’opinion
publique; les médias s’emparent de l’affaire, des parents s’organisent, les jeunes rèagissent. Suite à des
nègociations, le gérant revient sur sa position. Peu de temps après, lors d’une fête interculturelle, des
jeunes fon un sketch qui raconte cette histoire dont ils on été, d’une certaine façon, les protagonistes.
Cette expérience leur permet de reparler de cet événement qui les a marqués, de redire sous forme de jeux
à d’autres - notamnent à des adultes – ce qu’ils ont subi, mais aussi ce qu’ils on été capables de faire.
Pareillement, telle ou telle persone peut avoir subi une injustice, on vécu un événement grave, il est très
important qu’elle puisse l’exprimer, en faire le récit. Raconter, ce n’est pas simplement rendre compte, ou
décrire telle situation vécue, mais porter au langage son existence. En parlant d’un événement de sa vie,
en racontant, le sujet strucute sont identité personnelle, et fabrique du sens. Sa vie ne fait pas que passer,
elle prend une signification qui, au demeurant, restera toujours à constituer et a faire avec d’autres.

L’Interpretation

À ce niveau, il s’agit de comprendre l’événement raconté comme ce dont le sens peut faire loi. Trois
jeunes dans une cité se rencontrent: une francaise, un portugais et un marocain. Quelques propos agacent
d’un d’entre eux qui sont son couteau. La jeune femme tente de le calmer, mais rien a faire. Des
énervements, quelques insultes, l’affaire risque de tourner au drame ...
Progressivement, le jeune qui se fait menacer parvient à faire venir son agresseur chez lui ... La
jeune francaise attend dehors, elle craint le pire. Longtemps aprés, celui qui avait menacé l’autre avec son
centeau redescend de l’appartement, tout décontracté. Il commence alors à raconter ce qui s’est passé.
“Nous avons beaucoup direnté, nous nous sommes expliqués ... Il m’a même montré des choses de son
pays.” Puis il conclut. “finalement les portugais sont trés sympas.” C’est ici que se produit le décrochage
intéressant qu’il nous faut mettre en relief. L’événement raconté garde toute sa force, le jeune garçon rend
compte de la façon dont il a vécu cette histoire. Mais en plus, il passe à un autre registre: il dépasse
l’histoire singuliére pour ouvrir à une dimension plus universelle, qui d’une certain façon peut faire loi.
La narration renferme don l’interpretation “lorsque le récit qu’elle propose devient un modéle de
compréhension applicable à d’autres situations que celles qu’il décrit, de sorte que la référence à
l’événement est dépassée par l’idée de la loi, tandis que le sens s’autonomise par rapport aux faits eux-
mêmes.” On mesure ici l’enjeu d’un point de vue de la constitution de l’identité du sujet parlant.
L’Argumentation

Le discours (ou la parole) argumentatif pose l’homme comme sujet vis-à-vis du monde. Il s’agit ici
de justifier une action au regard de la raison. Prenons de nouveau un exemple concret: dans une ville les
jeunes d’un quartier désirent des pauveaux de basket. Ils les souhaitent tout de suite et ne veulent pas
attendre. Des adultes eessaient de disenter avec eux et les invitent à constituer un dossier afin
d’argumenter leur demonde: dire en quoi c’est important pour eux, justifier leur point de vue. Les jeunes
doivent alors inscrire leur désir dans le temps; il leur faut argumenter, développer leurs raisons. Ils se
structurent à travers cette démarche qui leur demande de disenter entre eux, de penser leur projet ...
Pris à égalité de parole avec l’adulte, le responsable d’institution, le décideur, le jeune devient un
partenaire avec lequel il faut échanger verbalement, voire, plus exactement, négocier ... Il se structure
dans l’argumentation et peut même passer de “j’ai envie d’un panneau de basket” à “nous, les jeunes,
nous voulons des panneaux de basket parce que ...” Le registe de l’argumentation joue un rôle important
dans la structuration de l’identité.

La reconstruction

Le rôle de l’argumentation est de justifier une action que l’on effectue au regard de bonnes raisons.
La reconstruction consiste en une prise de recul, une analyse. D’une certaine façon, la reconstruction
ressemble à la narration car ou se “réappropie” un “passé de l’expérience”. Toutefois, le passé en
mémoire n’est pas le même. Alors que la narration reprend directement les événements vécus, les actions,
la reconstruction reprend l’ensemble des différents types de discours: narration, interprétation,
argumentation. Il s’agit ici de réviser par l’analyse, la reflexion, les “perceptions initiales”, la façon dont
ou appréhendait les choses avant. La reconstruction se situe donc nécessairement dans une histoire. On
reprend les “faits” ou événements vécus, les explications donnés, les justifications, et ou analyse. Chacun
mesure ce qui a changé en lui et chez les autres dans la façon de comprendre, de se comprendre ... Cette
dimension ne peut se vivre que grâce à des espaces de paroles, d’une certaine manière institués de façon
régulière. Ces divers types de comunication verbale particulièrement structurants pour l’identité du sujet
parlant, ne doivent pas, au demeurant, nous faire oublier qu’il reste encore du chemin pour
qu’aujourd’hui, les nombreuses victimes de l’exclusion, (re) trouvent une place dans le champ social. Car
au fond, - insistons - , ce qui manque cruellement c’est un “monde commun”, un espace public dans
lequels ils puissent apparaître, prendre la parole et faire l’expérience de la responsabilité.

Quand le sujet parlant perd sa transparence

La problématique soulevée par les notions d’intention et de vouloir-dire se développe au-delà même
du questionnement précédent. En effect, le concept d’intention pris dans le sens classique, non critique,
laisse croire en la transparence du sujet à lui-même, et fait de la conscience l’essence du phychisme. Ce
qui, me semble-t-il, fait problème lorque l’on prend en compte l’apport considérable de la psycanalyse. Il
n’est plus possible de penser le sujet parlant dans la pure transparence de son dire. Chacun connaît le
célèbre lapsus d’un président de la chambre de députés et déclare par conséquent la séance close.” Ces
propos provoquèrent bien sûr l’hilarité. Ils nous enseignent que l’on n’est pas le maître absolu de ses actes
de langage. Trés fréquemment nous sommes témois de ratés dans la parole ou nous en effectuons nous-
mêmes. Nous trébuchons dans une parole non-intentionnelle. Ce fut le cas, par exemple, d’un sociologue
qui, commentant la rentrée sociale à la radio, affirma “l’anus (la lutte) sera chaude”, ou bien encore cette
jeune croyante qui lors d’un office religieux dit devant l’assemblée “la verge (la vierge) Marie”. Dans
l’un de ses ouvrages, Freud rapporte un cas communiqué par Otto Rank. Un homme marié depuis peu ver
sa beauté de jeune fille, refuse des rapports sexuels trop fréquents, lui avait raconté cette histoire: “le
lendenaire d’une nuit au cours de lequelle il avait renoncé au régime de continence que lui imposait sa
femme, il se rase dans la chambre à coucher commune et se sert, comme il l’avait déjá fait plus d’une
fois, de la houppe déposée sur la table de nuit de sa femme, encore couchée. Celle-ci, très soucieuse de
son feint, lui avait souvent défendu d’utiliser sa houppe; elle lui dit donc, contrariée: “tu me poudres de
nouveau avec ta houpe!” Voyant son mari éclater de rire, elle s’aperçoit qu’elle a conmis un lapsus (elle
voulait dire: “tu te poudres de nouveau avec ma houpe) et se met a dire à son tour (dans le jargon)
viennois puderu-pondrer-signifier coiter; quand à la houppe, sa signification symbolique – pour phallus –
n’est dans ce cas guère douteuse”. Avec Freud, et sa théorie de l’inconscient, dont les lapsus, mais aussi
les actes manqués, les dénégations, sont des manifestations, l’aapproche de la parole se trouve transformé.
Ainsi, non seulement la question de l’intention, du vouloir-dire se trouve reprise sous autre angle, mais
aussi, corrélativement, la problematique du sujet parlant. De façon d’autant plus importante que la
phsycanalyse modifie nom seulement l’approche naive qui consiste à croire en la transparence du sujet à
lui-même, mais elle introduit également ce qui manquait, semble-t-il, à la théorie des actes de langage: la
temporalité. Afin de poursuivre notre reflexion, je souhaite porter mon attention sur les travaux d’un
psycanalyste qui s’est particulièrement intéressé à l’homme comme être de langage, à savoir Jaques
Lacan. Avec le psycanalyste francais, non seulement la question possé au sujet des marqueurs de
approche, mais l’’ensemble de la réflexion sur le sujet parlant se trouve par là même enrichie. Cet homme
de parole que l’on pense comme sujet et qui se ment dans un espace privé et un espace public n’est pas
tout à fait maître chez lui. Ce passage en terre psycanalystique me semble particulièrement indispensable.

Symbolique, Imaginaire, Réel

J. Lacan souligne particulièrement la primauté du symbolique par rapport à l’imaginaire et au réel. A


l’intar de Claude Lévi-Strauss pour qui le signifiant précède et détermine le signifié, le psycanalyste insite
sur le fait que le symbolique prèexiste au petit d’homme. Dès 1956, il parlera comme l’anthropologue de
la primauté du signifiant sur le signifié. Il est vrai que la démarche de Lévi-Strauss le séduit. En effect,
elle consite à prendre pour modèle la phonologie telle qu’elle fut inaugurée par Troubetzky, puis reprise,
affinée, par Roman Jakobson, et par extension toute la science linguistique. J. Lacan souhaite en faire de
même our son domaine. Le symbolique est l’ordre auquel l’enfant accède lorsqu’il renonce à la fusion
avec sa mére, consent à la présence du manque, commance à faire l’expérience de la difference du même,
avec l’orthographe derridiene, la difference. Avec l’ordre symbolique, la loi fundamental s’installe: “tu ne
fusionneras pas avec ton origine”. La primière expérience de la symbolisation étant le célèbre jeu de la
bobine dont nous avons parlé précédemment et dans lequel se jouaient la présence et l’absence de la
mère, Lorsque Jacques Lacan reprend cet exemple, sans doute plus que Freud insiste-t-il sur le langage
proprement dit. “Je vous ai parlé du Fort et du Da. C’est un exemple de la façon dont l’enfant entre
naturellement dans ce jeu. Il commence à jouer avec l’objet, plus exactement avec le seul fait de sa
prèsence et son absence. C’est donc un objet transformé, un objet de fonction symbolique, un objet
divitalisé, que est dejá un signe. C’est quand l’objet est lá qu’il le chasse, et quand il n’est pas lá qu’il
l’appelle. Par ces premiers jeux, l’objet passe comme naturellement dans le plan du langage. Le symbole
émerge et devient plus important que l’objet. On trouve ici le “point d’insémination d’un ordre
symbolique qui préexiste au sujet infantile et selon lequel il va falloir se structurer. Comme nous l’avons
dans le schéma, l’ordre symbolique se trouve du côté de l’autre; et parmi les signifiants de cet ordre se
trouve, bien sûr, le nom-du-pére (symbolique) qui au moment de l’Œdipe permet à l’enfant de sortir de la
relation duale – imaginaire – avec sa mère. Le terme ayant été prononcé, venons – en cette fois au concept
d’imaginaire. Dans le retour à Freud de Jaques Lacan reprend les différents classifications de l’imaginaire
et tente de les distinguer d’avec la façon dont Lacan en parle. Il en existe, selon lui, trois types. La
première conception consite à entendre l’imaginaire tout simplement comme une tromperie. La second,
selon la dont l’art serait le témoin privilégié”. Enfin,sans valeur positive ou negative, la troisième
approche de l’imaginaire, telle que certains historiens l’apprèhendent, correspond aux représentations
collectives “q’une société se donne des diverses fonctions qui l’organisent.” Par le stade de mirroir, J.
Lacan, exclut ces trois sens en remontant à leur source commune. L’imaginaire, c’est le corporel: non pas
l’objet d’étude du biologiste, mais l’image du corps humain; l’image latine désignant les status des
divinités fait son retour. Plus simplement, l’imaginaire lacacien correspond au rapport du Moi à un autre
moi. C’est un rapport de mécanaissance; il désigne la relation antre la mére et l’enfant avant Œdipe.
L’imaginaire renvoie alors à l’ensemble des relations “le leurre, de projection, d’agressivité, de conflits à
l’egard desquels l’enfant pré-edippien reste entièrement dépendent.” Mais l’imaginaire, c’est également
“la situation de l’être humain adulte qui vit captifs dans la fonte-puissance de ses fantasmes qui le
maintiennent dans un état infantile producteur de nérrose et de psychose.” Enfin, le réel, qui bien sûr se
différencie de la réalité, constitue ce qui n’est pas repris dans le langage. Pour Jaques Lacan le réel c’est
impossible. On ne peut le parler, le décrire, le symboliser; il est irréductible. Territoire dans lequel les
mots n’ont pas la place; versant de la frontiére que le symbolisation n’atteint pas sous paine de mort
(meurtre de la chose). Il s’agit donc d’un “innommé”. Du reste, ce qui n’est pas “nommé” n’existe certes
pas dans la “realité” humaine “mais cela ne l’empêche pas comme réel de produire des effects; des
symptômes, des hallucinations.” Pour rendre compte de sa triologie Jaques Lacan fait rèférence à un
montage optique qu’il emprunte à Bonasse. Il s’agit du fameux bouquet renversé. En premier lieu, le
psycanalyste souligne que, par exemple, en optique, dans certains phénomènes tout à fait reels, la
subjectivité se trouve engagée. Ainsi, lorsque l’on voit un ar-en-ciel, il s’agit de quelque chose
entièrement subjectif. “Vous le voyez à une certaine distance qui broche sur le paysage. Il n’est pas lá.
C’est un phénomène subjectif.” Toutefois avec un appareil photographique, il est possible de l’enregistrer
objectivement. Le qui pose le problème de savoir où est la subjectif et où se trouve l’objectif. Lacan veut
montrer que dans la vie quotidienne l’imaginaire et le réel se mèlangent. Mais venons – en à l’experience
du bouquet renversé. Il s’agit de prendre un mirroir concave, une boîte placée sur son plus petit côté et sur
lequelle on pose un vase vide. A l’intérieur de la boite, on accroche à l’envers un bouquet de fleurs. Le
mirroir est placé derrière cette étonnante instalation. On remarque, par exemple, l’inversion chez Lacan
du signifiant par rapport au signifié. De même, on peut constater que l’entourage et les flèches n’existent
plus. Saussure affirmait que le signifiant et le signifié sont aussi inséparables que le recto et verso d’une
feuille de pappier; le psycanalyste, pour sa part, met en valeur, par la supression des flèches ainsi que le
l’enclos qui entourrait le signe saussurien, l’autonomie du signifiant. Si le signifiant était enclos avec le
signifié (ce que représente l’entourage chez Saussure: le code), ce dernier ne pourrait pas glisser sous le
chaîne signifiante.

Espace interpersonnel et espace social

Il nous faut également diffèrencier deux types d’espaces dans lequels le sujet parlant apparaît. Il est
des moments où l’on ne s’exprime pas en son nom. Le reprèsentant syndical, le journaliste, le directeur
d’un organisme ... placés dans leur fonction respective, parlent au nom de ceux qu’ils représentent. Ainsi,
dans une interview, souligne F. Jaques, le journaliste s’exprime rarement en son propre nom, même s’il
ne s’absente pas entiérement de l’entretien. Ses questions s’articulent d’une certaine façon aux attentes
des lecteurs. Par le style employé, le registe lexical, les questions induissent un certain niveau de langue.
Ainsi, dans une interview, souligne F. Jacques, le journaliste s’exprime rarement en son propre nom,
même s’il ne s’absente pas intièrement de l’entretien. Ses questions s’articulent d’une certaine façon aux
attentes des lecteurs. Par le style employé, le registe lexical, les questions induissent un certain niveau de
langue. Ainsi, les instances énonciatives sont ici les lecteurs du journal et l’interviewé. Ce qui fait dire au
philosophe que le vrai responsable de l’acte illocutoire de la question posée ne coincide pas avec le sujet
parlant (en l’occurrence du jornaliste). Précisons derechet que pour le défenseur du primat de la relation
(primum relationis) le sujet parlant est celui qui dit, mais il ne se fond pas avec le sujet du dire, le premier
n’etant pas l’unique responsable du sens communiqué. Notons maintenant que, dans le cas précis de
l’interview, il n’existe quasiment aucune coincidence entre le sujet parlant et le locuteur, ni d’ailleurs
entre le sujet parlant et les instances énonciatives. De façon plus précise l’auteur du dire est – pour
l’essentiel, -une certaine conjunction du public visé et de la personne interviewée, Qui sont les deux
instances énonciatives en présence. Quand au sujet parlant qu’est le journaliste, il se veut largement porte-
parole tout en assurant son office dans l’entretien de manière marginale. Donc, pour notr auteur, “je” n’est
pas à lui seul le sujet du dire et du vouloir-dire. Au fond la thèse du primum relationis implique l’idée que
le sens de ce qui est dit pour l’autre ne peut être que s’il est dit par l’autre. Ainsi avec l’approche
jacquéenne le “doujou du subjectivisme”, comme le philosophe aime à dire, se trouve battu en brèche ... il
faut, selon lui, dépasser l’ideé que le sujet de la parole soit le sujet du dire.

Qu’est-ce qu’un homme sans autrui?

Il va s’agir maintenant de réfléchir sur ce qu’il advient de l’homme lorsque autrui fait défaut. Cette
réflexion devrait nous aider à mieux mesurer ce qu’il advient d’un sujet lorsque celui-ci, marqué par
l’exclusion, fait l’expérience de l’absence d’autrui. Et au bout du compte expérimente un état de
“décitoyenneté”. Mais je fais un choix en passant par le détour de la littérature. Il ne s’agit alors que de
récits de fiction. Toutefois, ne vous y trompons pas, les oeuvres littéraires nous intruisent sur notre
humanité. A l’école de la littérature un certain phénomene de mirroir nous renvoie quelque chose de notre
identité. Comme l’a fort bien montré Paul Ricoeur, “il n’est pas de compréhension de soi qui ne soit
médiatisée par les signes, des symboles et des textes. Portons alors notre attention, d’une part sur le
protagoniste d’une piéce de Ionesco intitulée Rhinocéros; et d’autre part, sur le héros d’un ouvrage
particuliérement riche de Michel Tournier: Vendredi ou les limbes du pacifique”.

Entendre celui qui parle

Nous venons d’elaborer une théorie du sujet parlant. Thèorie qui rappelons-le, ne s’éloigne pas des
préocupations concrètes de notre monde contemporain, mais donne à entendre les dimensions qui se
déploient dans la parole. Penser un sujet citoyen de la parole nécessitait cette longue réflexion permettant
de rendre compte du qui ce cet homme parlant que nous sommes chacun. Je souhaiterais, maintenant,
développer l’importance, non seulement, d’écouter un sujet, mais aussi de l’entendre. Combien de fois
n’avons nous pas mesuré l’importance, pour des enfants, des jeunes, des personnes fragilisées par
l’existence, d’être tout simplement écoutés cet entendons – si je parle et que personne me n’entend,
malheur à moi, c’est, comme nous l’avons vu, toute mon identité qui vacille. Ecouter, entendre, voici des
mots simples ... Mais est-il si aisé de les mettre en pratique? Le sujet citoyen de la parole, dont j’ai
développé la thèorie, est sans aucun doute appelé également à laisser se déployer la parole d’autrui afin
qui lui aussi apprene la joie d’une parole libératrice. Surgissant non seulement dans l’espace inter-
personnel mais également dans l’espace social. Exister comme sujet, c’est prendre part. Dans ce prendre
part manifesté par la parole chacun peut devenir, non pas l’acteur de sa vie – qui le pourrait? – mais
l’acterur. Abordons donc, maintenant, une dimension importante de notre problemátique, à savoir, celle
de l’entendre. Car il ne suffit pas, comme le croient parfois certains acteurs sociaux, comme l’on dit
communément, sur le terrain, - autrement dit, on plus précisément cet entendre. A ce niveau la tradition
de la philosophie herméneutique pourra nous y aider. Mon interprétation de la parole d’un sujet ne peut se
faire sans mesurer le lieu d’oú j’écoute. Quelle est mon identité d’écoutent? Si l’on ne mesure pas cette
dimension de la recherche, la parole du sujet, dont on veut rendre compte sera manquée. Et il en est de
même pour le dimension sociale et culturelle. D’où la question: Qand j’écoute qui écoute?
L’interprétation du sujet parlant ne s’effectue pas à partir d’un monde neutre, vierge de tout
conditionnement, mas à partir d’un lieu qui prend place au sein d’un monde humain situé dans un espace
(géographique, social ...) et un temps. Gadamer souligne que devont un texte “s’impose la tâche de ne pas
tenir comme allant de soi qu’il exprime dans notre propre langue”; ce conseil peut se maintenir ici. Nous
l’avons quelque peu remarqué lors de la réflexion sur les hiatus sub-contextuels. Pensons notamment à la
rencondre de l’Etranger lorque celui-ci parle notre langue, mais continue en réalité à penser dans la
scienne ... l’interpretation peut se présenter sur trois niveaux: 1) le premier “presque dénué d’esprit et tout
à fait mécanique”, correspond à l’interprétation courrante que l’on peut faire, au marché, dans la rue, ou
bien encore partout oú l’on échange des formules à partir de sujets ordinaires, de sorte qui celui qui à
chaque fois est en train de parler sait dejá presque avec certitude ce que va répliquer son interlocuteur, et
que le discours est intercepté et relancé régulièrement comme un ballon.”2) le second concerne
l’intérprétation telle qu’elle est réaliseé à partir de règles bien précises ( par exemple un exégèse); il s’agit
d’une démarche riche d’expériences et d’observations. 3) Enfin le troisième serait au sens propre
artistique (renvoyant à la fechuè platonicienne), c’est-à-dire une “pratique réfléchie et fondée”. Il est
possible de transposer cette thèorie dans le champ de notre problématique. Mon idée est la suivante: la
question du sujet parlant peut être entendue à trois niveaux, - sans qu’il y ait recouvrement avec ce qui
précéde – formulés de sa façon suivante:
a) L’approche empirique;
b) La pragmatique;
c) La philosophie de l’entendre.

a) L’approche empirique: il s’agit de l’expérience quotidienne. Interprétation des paroles


des sujets parlants que l’on rencontre. Intérprétation “sauvage”, qui ne fait pas appel à une méthode
particuliére, mais simplement à une compétence de locuteur ordinaire, capable de prendre la parole et
d’entrer en communication avec d’autres sujets.
b) La pragmatique: il s’agit d’utiliser des régles, des concepts, et tenter de rendre compte
d’un sujet Qui exprime un dire corrélé à un vouloir-dire (la pragmatique philosophique et la
linguistique de l’enonciation entrent dans ce champ).
c) La philosophie de l’entendre: elle consiste à rendre compte du sujet parlant dans le
cadre de la contextualité. Ce Qui implique ceci: tenir compte du context ( circonstanciel,
institucionnel, interactionnel, présuppositionnel) mais aussi du sub-contexte (langue, temporalité,
inconscient)

Risquer une éthnique de la parole

Au terme de ces parconts le sujet citoyen de la parole est invisé à mesurer la force de l’expression
verbale. Il a été question à plusieurs reprises, dans ce livre, d’actes de langage. La formule est puissante,
voire átrange. Ne devrait-on pas y entendre une contradiction? Il s’agira ici de fonder ce qui a été proposé
jusque-la à titre d’hypothèse, à savoir que la parole est un acte. Les leçons d’une telle position
impliqueront ceci: s’il est sensé de parler d’actes de langage, la question de la responsabilité du sujet
parlant apparaît plus que jamais comme une interrogation à l’ordre du jour. Penser une citoyenneté de la
parole, penser un sujet s’ouvrant par l’expression à l’espace social, nous appelle nècessairement à risquer
une éthique de la parole. Pourquoi risquer? Voici une illustration qui en indiquera des raisons.
Efforçons-nous, dans un premier temps, de prendre au sérieux ceux qui la parole ne peut être
considérée comme un acte. Selon le théoricien du langage. Alain Berrendonner, “dire c’est ne rien faire”.
Analysons donc les principaux éléments de son raisonnement. A. Berrendonner reprend l’exemple du
“oui” ( je prends cette femme comme épouse legitime) formulé à l’occasion d’une cérémonie de mariage.
“Ici nous dirions qu’een prononçant ces paroles, nous faisons une chose (nous nous marions). Et l’acte de
se marier, comme celui de perier, par exemple, serait décrit mieux (sinon encore avec précision) comme
l’acte de prononcer certains mots, plutôt que comme l’exécution d’une action différente, intérieur et
spirituelle, dont les mots en question ne seraient que le signe extérieur et audible”. Le considérant comme
point modal de la problématique présentement posée, Berrendonner propose de porter sa réflexion sur le
faire. Il reproche aux thèoriciens de l’illocutoire de ne pas donner de définition à l’acte. Berrendonner
donne alors sa propre définition de l’acte en empruntant d’une part au sens commun et d’autre part à la
thèorie behavioriste de la communication.
1) Le sens commun, on le sait, oppose rradicalement la parole et les actes, soit dit
autrement, le dire et le faire: “ce ne sont que des mots”, “assez de paroles, des actes!”
2) Dans la théorie bloomfieldienne, la langage fonctionne comme un substitut de l’action.
C’est le célèbre stimulus – réponse que l’on rencontre dans la petite histoire de Jill et Jack. Selon
cette thèorie, lorsque Jill dit “j’ai faim”, elle utilise le langage comme un moyen de ne pas agir. Elle
évite alors d’avoir à accomplir des gestes, c’est-à-dire de cueillir la pomme qu’elle désire. Bien sûr,
elle s’assure d’un résultat: elle obtiendra cette pomme et pourra la manger. Toutefois, l’acte pour
Bloomfield, c’est Jack qui l’effectue en grimpant à l’arbre. “Jill, hormis quelques petits mouvements
de la langue et des lèvres”, n’a, elle, accompli aucun acte digne de ce nom”. Ces deux approches
possèdent une vision commune de l’acte qui consiste à être penser comme geste.
Ce qui implique plusieurs points:
1) Parler peut-être pensé comme un acte particulier, mais en considérant que la parole est
l’accomplissement d’une gesticulation phonatoire et rythmique.
2) Si l’on pense que tout acte est un geste, alors il est aussi un message et peut être traité –
à l’instar des mimiques – comme un “systéme sémiotique autonome”.

La parole échangée avec autrui peut enrichir notre univers de valeurs

La parole échangée dans un simple partage, un dialogue, peut permettre d’enrichir notre univers de
valeurs. Ensemble, avec l’autre, nous nous bousculons, créons mutuellement des “zones de
turbulences”(Morin) dans nos certitudes respectives; nous ouvrons de façon comume des horizons
nouveaux. Aprés la parole échangée dans le respect et la rèciprocité- nous sommes comme révélés à nous-
mêmes. En ce sens P. Ricoeur a raison de dire que la parole de l’autre et le plus court chemin de soi à soi.
Enfim, dans sa parole, le sujet “met en jeu son être même selon les divers modalités Qui le specifient
comme être-sujet (modalité de connaissance, du vouloir, de l’imaginaire, de l’affectivité, de la sensibilité,
de la communion, etc.), et selon les règles d’intendité Qui varient avec la nature des actes illocutionnaires
qu’il accomplit. Cela signifie d’une part qu’il fait nécessairement passer dans ce qu’il dit la trame même
de son existence, que en ce sens, sa parole est vraiment l’expression de lui-même. Mais cela signifie
aussi, d’aure part, que le langage, dans la mesure où il l’assume, retentif sur le mouvement même de son
existence et donne à celle-ci sa forme. S’il y a passage expressif de l’existence dans la parole, il y a aussi,
en sens inverse, effect inducteur de la parole sur l’existence. C’est pourquoi on ne peut user du langage de
façon neutre: il y a une irrédutible gravité de la parole, et une responsabilité à l’égard de ce qu’elle
accomplit.” Si, comme je me suis efforcé de la montrer, l’expression verbale est aussi un acte, alors il y a
place pour une éthique de la parole. Éthique régionale, nous en conviendrons, car nécessairement d’ordre
discursif, mais éthique tout de même. Il s’agit donc de penser la responsabilité du sujet parlant et son
déploiement vers une citoyenneté de la parole.

Une éthique régionale

Cette réflexion, ouvrant le chantier d’une éthique de la parole, est pensée comme méta-typologique.
Et cela pour deux raisons:
1) Premièrement, elle est antérieur à tout espace interlocutif donné (discussion,
nègociation, dialogue, universation ...). Il ne s’agit donc pas d’une déontologie de la parole donnant
des règles sur ce qu’il est bon dire ou de ne pas dire dans tel ou tel espace interlocutif. Cela nous
ferait sombrer dans une sorte d’objectivisme moral. La finalité est plutôt la mise en place d’une
éthique règionale (strict registre de la parole).
2) Deuxièmement, la multiplicité des “jeux de langage”, mais aussi la différence des
langues, ne permettent pas de penser une classification universelle des actes de langage que l’on
pourrait considérer comme moraux.

Comme souligne Austin, dans l’acte de langage “le «je» qui effectue l’action entre (...)
nécessairement en scène”. Or c’est bien de cette entrée en scéne dont il est question ici. Penser la
responsabilité de ce «je» qui se pose. D’autre part, pour renprendre une terminologie propre à Karl Otto
Apyel, je situe ces prolégonèmes principalement dans la microsphère – famille, comple, voisinage – et à
michemin entre cette microsphère et la mésosphére – politique nationale – autrement dit, ègalement dans
ce que j’appelle une sociosphére, i é, les paroles proférées dans un espace social. Par ailleurs, il nous faut
noter d’emblée que, acceptant l’idée d’un sujet dont la parole est marquée du sceau de l’autre. “Il y a de
l’autre en je”, l’éthique de la parole prend en compte la thèorie du sujet parlant comme sujet de
contextualité. Naturellement, dans la ligne de cette thèorie, l’on voit bien mesurer, en abordant les
quelques points de répère élaborés ici:
- La leçon d’une philosophie de la communcation sur le vouloir-dire;
- Les ensignements de la psychanalyse;
- De façon générale, tout ce qui a été dèvelloppé sous le registre de la contextuelité.
Une remarque principale s’impose en matière d’éthnique de la parole: la bonne volonté ne suffit pas.
Le passage par la reflexion, la relation avec autrui, l’écoute, sont des conditions nécessaires pour avancer
vers une parole respectueuse de l’autre et de soi-même. Au but du compte, une vèritable distance
thèorique s’impose face à la possibilité fréquente d’une émergence de la violence verbale saisie comme
un acte. “violence de l’homme qui n’accepte pas le discours de tel autre homme, nous dit Eric Weil, et qui
cherche le contentement en luttant pour son propre discours qu’il veut unique non seulement pour lui,
mais pour tout le monde. Mais violence également, plus discrète, moins mesurée par le locuteur lui-
même, lorsque l’autre n’est pas pensée comme co-responsable de la parole échangée. Aussi, prenons pour
fil conducteur la formule jacquéenne: “est violente tout action - verbale aussi bien – où j’agis comme si
j’etais seul à agir, comme si le reste de l’univers n’etait lá que pour recevoir l’impacte de mon action.”

Conclusion

Le problème de la citoyenneté appréhendré sous le registre de la parole nécessite une rèflexion sur
l’homme en tant que sujet parlant. Tout en m’appuyant sur les rechercher des pragmaticiens, je me suis
efforcé de déployer les dimensions communicationnelles et inconscients qui caractérisent la parole d’un
sujet. Cette dèmarche nous a progressivement guidés vers l’idée d’un sujet de contextualité.
Le contexte comme nous l’avons montré, ne se limite pas à une dimension épistémologique, il prend
un status ontologique. Nous sommes empêtrés dans des contextes, même si cette dimension de l’identité
du sujet parlant n’est pas le font de son ipséité. Prendre conscience de l’identité de contextualité doit
permettre à tous ceux , dont la responsabilité professionelle ou plus largement sociale est de susciter la
parole, de tenir à distance certaines pratiques stéréotypées. Ainsi, comme il en a été question dans ce
livre, vouloir, par exemple lors de sessions de remise à niveau ou de réinsertion, permettre l’expression de
personnes en échec scolaire ne peut se faire sans opérer une certaine “descontextualisation”. La théorie du
sujet parlant développée ici, prend en compte le plus sèrieusement possible l’inconscient. Avec la
réflexion psychanalytique, il n’est plus possible de penser un sujet transparent à lui-même. Le paradigme
structural qui lui est appliqué peut aider à renvoyer de façon indicielle, vers ce qui échappe au sujet. Mais
la dimension communicationnelle n’en est pas absente. Une chose est claire, le sujet n’est pas totalement
maître de son dire. Ce décentrement nous fait vivre une certaine expérience d’humilité. Par ailleurs, le
suje parlant est aussi arrimé au temps. Dans son dire, il fait advenir fréquemment le passé, sans que, au
demeurant, cela soit necessairement le passé, sans que, au demeurant, cela soit nécessairement explicite.
Les mots employés on d’une certaine façon une histoire personnelle avec chaque sujet. Un enfant dont la
mére employait telle expression affectueuse à son endroit, on à aqui un enseignant appliquait tel ou tel
qualificatif, pourra, une fois adulte, entendre ce même mot avec autant d’emotion, de trouble; au point
parfois de provoquer un décrochage de la communication. Les concepts d’illocutoire temporel nous
rappellent que la parole porte avec elle une dimension fondamentale de l’identité du sujet parlant: la
temporalité.
“Il faut que la vie soit rassemblée por qu’elle puisse se placer sous la visée de la vraie vie. Si ma vie
ne peut être saise comme une totalité singulière, je ne pourrais jamais souhaiter qu’elle soit réussie,
accomplie”. Sujet déjà advenu, mais toujours à constituer, un champ de conscience advient de par sa
parole communicative. Dans son ancroye au sein d’une forme de vie, il parle son identité culturelle,
temporelle, inconsciente, dans un intime enlacement du contexte et sub-contexte. Enfin, la refléxion sur le
sujet parlant a contribué aussi à nous faire mesurer combien la présence d’autrui jou un rôle primordial
dans le sens que la parole d’un sujet véhicule, et combien l’écoute de l’autre contribue à lui révéler son
propre dire. Je souligne de nouveau de choc qu’a produit sur mes rechercher la dialogique transcendentale
inaugurée par Francis Jacques. Aprés un tel détour, non seulement le sujet et l’autre sont à penser
ensemble, mais la relation doit être considérée comme première. Et corrélativement, la conception même
de la communication se trouve repensée, dans le sens d’une iniciative sémantique partagée. Soit je parle
avec autrui, soit le sens, à l’instar du sourire nonreçu, meurt en in-signifiance. Le sujet est bien un
“parlautre”. L’approche instrumentaliste qui pense le langage comme un ontil permettant au sujet
d’exprimer une pensée existant avant les mots et avant le contexte situationnel, la présence d’autrui, ne
tient pas. Il n’est plus possible de penser la comunnication du sujet avec autrui à partir du schéma
simpliste émetteur-récepteur. Nous sommes ensemble coénonciateurs, et le procès de la signifiance est
partagé ou il n’est pas ...
Dans une société obsédée par la vitesse, où chacun court d’une activité à l’autre, ou inversement
s’embourbe dans la solitude, des espaces sont à promocevoir, à inverter, pour permettre à chacun de se
raconter, de mettre en paroles sa vie en la faisant advenir dans un temps humain. Des espaces en effect
sont requis pour dire sa vie, et prut-être l’incrire avec d’autre dans une histoire, une tradition
humanisante; puis relier les vécus disparates, les événements empilés dans la temporalité, mais pas encore
verbalisées. Je pense notamment à tous ceux que la société n’écoute pas assez, à ceux qui comme cet
homme victime d’exclusion crient: quand on est sans domicile fixe on n’a pas la parole (...) on est pas des
citoyens. On n’est rien. Et on peut crier, tout le monde est sourd”. Il devient donc nécessaire de
développer des lieux pour y fabriquer du sens ensemble, relier une vie éclatée, structurer son identité,
s’incrire dans un avant ( une tradition), un aujourd’hui et un horizon de sens.

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