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20/534 4 Maitre MORAIN, avocat des parties civiles, a été entendu en ses observations sur ce point, David AUMONIER, avocat général, a été entendu en ses réquisitions sur les exceptions de nullité Maitre VIGUTER a eu la parole en dernier. Aprés délibéré, la cour a joint incident au fond. Béatrice THONY, conseiller rapporteur, a fait le rapport Ila été donné lecture des pigces de la procédure Sylvain GD prévenu, a été interrogé par la cour et a fourni ses réponses Jui MAME partie civile, a été entendue en ses explications. Maitre Eric MORAIN, avocat au barreau de BOURG-EN-BRESSE, a développé dans sa plaidoirie les conclusions déposées pour les parties civiles David AUMONIER, avocat général, a résumé V’affaire et a été entendu en ses réquisitions. Maitre Damien VIGUI avocat au barreau de BOURG-EN-BRESSE, a présenté la défense de Sylvai prévenu Le prévenu a eu la parole en dernier. Sur quoi, la Cour a mis l’affaire en délibéré et a renvoyé le prononcé de son arrét aprés en avoir avisé les parties présentes, i ’audience publique de ce jour en laquelle, la cause & nouveau appelée, elle a rendu l'arrét suivant : Le 12 septembre 2017, Juli Qigua journaliste freelance, faisait paraitre dans la revue numérique Le petit bulletin un article consacré 4 une nouvelle rhumerie lyonnaise, ouverte le mois précédent : La premiere plantation, Elle y retragait une conversation avec les dirigeants de l'affaire, Gabriel Desvallées et Mathieu Henry, lesquels avaient exprimé devant elle des propos lui semblant magnifier l’époque coloniale la suite de cet article, les réseaux sociaux avaient poursuivi de leur vindicte les deux associés, obligeant le rédacteur en chef du Petit bulletin a publier, le 14 septembre 2017, un droit de réponse de la rédaction Le 15 septembre 2017, Julie QUINN découvrait sur le site Démocratie participative biz, hébergé aux Etats Unis, un article signé Heinrich et intitulé“ Lyon une pute a negres féministe veut détruire un bar a rhum colonialiste, ‘mobilisation !". L’article était accompagné dune photo de personnes noires de peau enchainées, d'une représentation d’Hitler en format GIF, d’une vidéo de Goebbles et d'une photo de Juli Ce post reprochait a la journaliste d’ avoir voulu nuire au bar et de vouloir intimider “Vhomme blanc” Le texte était éemaillé d'un florilége d’insultes : “Grosse pute a négres féministe [...], vaginocratie négrophile ... putain érnégre hystérique, [...] femelle négrophile |] hyene puante.” ol S3d 5 Il appelait en outre a S.A (section d°assaut) numérique & se mettre en route et & inonder le fil tweeter de la victime, ainsi que sa boite mail - dont il communiquait adresse - de mails révolutionnaires. Le lendemain, deux autres articles étaient postés sur le site democratieparticipative biz, intitulés pour I’un : “Négrophilie pathologique ; la lowe terroriste Julie @@MMMB doit sexcuser”, et pour l'autre » “Négrophilie pathologique, Julie @@@EMBicmet que Démocratie participative avait raison” Ces deux articles, également signés sous le pseudonyme d’Heinrich, contenait des termes outrageants suivants : “La hyéne terroriste Juli AMM...) bourgeoise gauchiste [...| prostituée [...] femmes hystériques, fanatiquement engagées dans a destruction de la civilisation occidentale, doit rétourner & la cuisine [...] cette terroriste [...], Julie est une grosse pute @ négre. [...] une putain négrophile [...] Jinir contaminée par un Gabonais sidaigque.” Juli QM <éposait plainte pour ces faits le 16 septembre 2017 auprés d’un commissariat parisien. Le lendemain, elle apportait un complément de plainte aprés avoir regu sur sa boite mail un courriel anonyme ainsi rédigé : “ Qui conmait cette journaliste ? Elle Sappelle Jui ATM elle habite & Lyon, elle collabore au Petit Bulletin. Oir habite-telle exactement ? Nous sommes a la recherche de son adresse exacte Merci a tous les camarades et amis du Rhum, Monsieur X.” Elle recevait enfin, la veille d’une remise de prix pour un article paru sur le eyber- harcélement dans le journal Libération, un courriel de menaces a partir d’une adresse gérée aux Etats-Unis. Ce message était ainsi libellé : “ Ma perite Julie, tu (es mise dans une sacré: merde... Tu as toute la Sturmabteilung (SA) mumérique au cul ma belle, Ihn'y aura pas de repos sur cette terre pour toi tant que Démocratie participative existera. Tu es une traitresse dita race ef tu seras traitée en tant que telle. On sait qui tu es et oir tu vis, tu vas passer des années d venir la peur au ventre grosse pute, on est de plus en plus nombreux, Démocratie participative grossit de jour en jour, tu vas souffrir sale pute é ndgre. N'oublie jamais, There'll be no shelter here ? Sieg Heil.” Le 16 juillet 2018, le procureur de la République de Lyon ouvrait une information judiciaire contre X des chefs 1- D’injures publiques a raison de lorigine, Pethnie, la nation, la race ou la religion par écrit, image ou moyen de communication par voie électronique, pour avoir a Lyon, en tout cas sur le territoire national, en mettant en ligne sur le site internet Democratieparticipative biz, des écrits imprimés, dessins, gravures, images de mépris ou invectives, injurié madame Julie QIN raison de son origine, de son appartenance ou de sa non appartenance 4 une ethnie, une nation une race ou une religion déterminée, en I’espéce en utilisant notamment les termes de = le 15 septembre 2017 : “Grosse pute a négres féministe [...], vaginocratie négrophile (...] pusain & negre hystérique, [...] femeile négrophile [..] = le 16 septembre 2017: * La derniére des gagneuses congolaises du bois de Boulogne a plus de dignité que cette putain...” “Julie est une grosse pute & negres” “Putain négrophile” “Serpillére a foutre africain” VolS3. 6 Faits prévus et réprimés par les articles 33 al 3, 23 al 1, 29 al 2, 42 de la loi du 29 juillet 1881, 93-3 de la loi 82-652 du 29 juillet 1982, 33 alinéas 3, 5, 6, 7 dela loi du 29 juillet 1881 2- D’injures publiques 4 raison du sexe par écrit ou moyen de communication au public par voie électronique, pour avoir a Lyon, en tout cas sur le territoire national, en mettant en ligne sur le site internet Democratieparticipative.biz, des écrits, imprimés dessins gravures images comportant des expressions outrageantes, des termes de mépris ou invectives, injurié madame ‘ic raison de son sexe, en utilisant notamment les termes de ~le 15 septembre 2017 : “Julie la hyene [...] Putain [...] grosse bourge de gauche névrosée |...) hyéne terroriste_[...] tramnée [...] louve assoifjée de sang [...] prostituée comme Juli ———..)” ~le 16 septembre 2017 : “femelles stupides et érotiques [...] ce genre de femelle hystériques, fanatiquement engagées dans la destruction de la civilisation occidentale doit retourner a la cuisine {...” Faits prévus et réprimés par les articles 33 al 3,al 4, 23 al 1, 29 al 2, 42 de la loi du 29 juillet 1881, 93-3 de la loi 82-652 du 29 juillet 1982, 33 alinéas 3, 4, 5, 6, 7 de la foi du 29 juillet 1881 3- Pour avoir utilisé conservé et divulgué un document ou enregistrement obtenu par une atteinte a l’intimité de la vie privée d’autrui, en !’espéce en diffusant sur Internet le compte twitter et Padresse mail personnelle, et des images extraites de photos privées de Juli Faits prévus et réprimés par les articles 226-2 al 1, 226-1 du code pénal. ‘Une commission rogatoire était délivrée a la division criminelle du SRPJ de Lyon le 20 aoiit 2018. L’analyse du contenu des articles signés sous le pseudonyme Heinrich dessinait le portrait d’un auteur fréquentant assidament la Toile, ayant une vénération pour le troisiéme Reich, un racisme exacerbé envers les personnes de couleur et une revendication de la supériorité de la race blanche, une aversion pour les couples mixtes, une misogynie paroxystique laissant poindre des problemes sexuels sous- Jacents, le tout dans un style littéraire ouvertement haineux et comportant des expressions orduriéres spécifiques, 4 connotations sexuelles trés marquées Les investigations sur le site Democratieparticipative biz, installé aux Etats-Unis, s’avérant impossible, les enquéteurs s'intéressaient a la page Facebook de son animateur, Boris Le Lay, alias “Gandalf” ou “Gandalf le blanc”, un Breton agé de 27 ans connu du fichier des personnes recherchées pour des affaires de diffamations et d'injures publiques. Lors d'une émission radio, Boris Le Lay, qui habiterait au Japon afin d’échapper & Pexécution de condamnations pénales, avait mis a Phhonneur le dénommé Heinrich pour avoir fourni le 12 janvier 2018 la photographie prise a la volée dun homme de couleur noire traversant une créche d’ Angouléme appelée “La maison de Kirikou” A un article sur PIslam posté sur la page Facebook de Boris Le Lay, une réaction Virulente, se démarquant par un style et un ton proche de celui d’ “Heinrich”, menait, les enquéteurs sur la piste de Sylvair 0/834, 7 Celui-ci disposait de trois pages Facebook dont les contenus publics recelaient de nombreux partages d’articles particuliérement racistes, xénophobes ou sexistes, ouverts sans restriction au public. Dés le 17 septembre 2017, il avait partagé le lien vers Varticle de Democratieparticipative biz publié le 15 septembre 2017 sur Julic@iagmp et intitulé : “Lyon : une pute a négres féministe veut détruire un bar & rhum colonialiste, mobilisation !". Cependant, le lien semblait alors ne plus fonctionner et Sylvaidg§iMlBnentionnait en préambule de ce partage : “J'ai I’impression que le site est hors ligne.” Larticle réapparaissait avec le site le 03 octobre suivant Tlapparaissait également que Sylvair@MMBpourrait se livrer au doxing, une pratique consistant & publier des données privées d'une personne sur internet dans le but de lui nuire, de Pintimider ou de la menacer. U1 publiait également des photos prises dans les supermarchés, mettant en scene des couples mixtes, accompagnées de commentaires particuliérement virulents al’égard des femmes, qu’il qualifiait de “Pute & négres” Lors de son audition, Sylvain @J@M reconnaissait se rendre sur le site Democratieparticipative.biz depuis environ un an. Il adhérait globalement aux idées vehiculées par ce média et le fréquentait occasionnellement. Il contestait avoir contribué a son contenu, hormis quelques commentaires. Cependant, les enquéteurs mettaient en exergue, sous le nom de Sylvairn@00N923 liens ou partages sur ou vers ce site, Iavait entendu parler de Boris Le Lay, sans le connaitre personnellement. Toutefois, sur son compte Facebook figuraient des liens vers des profils ou les pages de Boris, Le Lay, Deux vidéos de Le Lay étaient par ailleurs découvertes sur l'un de ses disques durs. I niait connaitre Julic QIN le média Le Petit Bulletin et le bar “La premigre plantation’ Il avait créé une entreprise de dépannage informatique, sans suc environ huit heures par jour sur son ordinateur. Il reconnaissait avoir fait partie du Bloc identitaire & Lyon, mouvement dont le site a disparu dans les années 2015, et qui prénait la primauté des Francais de souche, un positionnement trés a droite de Iéchiquier politique et des prises de position radicales contre ’Isiam, avait en outre été adhérent du Front national lors de son séjour en Vendée. I se défendait de pratiquer Iui-méme le doxing, qu’il qualifiait de “pratique de gauche”. Pourtant, & l'occasion de la censure du site Democratieparticipative biz, il avait rédigé le commentaire suivant : “Un petit doxing de temps en temps, ga ne Jait pas de ma?”, laissant sous-entendre qu’il pourrait étre a l’origine d’agissements de ce type. , et passat Questionné sur son hobby consistant photographier des couples mixtes dans les supermarchés, il expliquait que “c'était pour démontrer l'état d'avancement du remplacement dans le pays, ef que les Blancs qui y prennemt part sont essentiellement des femmes. C'est une démonstration par I'image et la quantite” Tl se trouvait que le nommé Heinrich avait lui-méme mis en ligne de tels clichés ou vidéos sur le site Démocratieparticipative.biz, Syivain gg estimait qu'il ne s’agissait la que d'une coincidence, et supposait que Phomme sous le pseudonyme Heinrich avait pu s°étre inspiré de son style et du contenu de ses propres écrits. |S 8 1 se présentait en opposant politique, victime d°atteintes a la liberté d’expression, dernier défenseur d’ une Europe blanche menacée par le Grand remplacement, Ilavait, du nazisme une idée positive de protection de sa race. Use défendait des faits reprochés en faisant valoir qu’a la date de partage du lien sur sa page Facebook, le site cible était bloqué. Aucun support numérique saisi a son domicile ne comportait d’ élément se rapportant 4 olie @QMIIDou a0 nommé Heinrich = s'y trouvaient toutefois conservés des logiciels de eryptage et d’anonymisation. Par ailleurs, le disque SSD supportant le systéme exploitation et toutes les traces de navigation internet, de fichiers effaces et de correspondances électroniques n’avait pas pu étre exploit. L’expert informatique notait enfin un répertoire contenant plusieurs sous-répertoires aux noms de “Bamboulatran fr” ; “rencontres-aryennes.fi”; “whitenation. ft” “Cryptoreich. Le 16 janvier 2019, les enquéteurs cldturaient leur enquéte et concluaient qu’il ne leur avait pas été possible d’identifier lauteur des articles publiés sur Democratieparticipative. biz. Le 30 janvier 2019, le juge d’instruction communiquait le dossier au réglement. Par acte en date du 4 février 2019, le procureur de la République de Lyon requérait supplétivement la mise en examen de Sylvain@¥MB pour avoir partagé le 17 septembre 2017, sur son compte Facebook, un lien vers article publié le 15 septembre 2017 par Democratieparticipative.biz, et en indiquant le titre dans son intégralite, Sylvain fEDétait alors mis en examen pour avoir “. a Dracé, en tout cas sur le territoire national, le 17 septembre 2017 et depuis temps non prescrit, injurié publiquement a raison de lorigine, de ’ethnie, la nation, la race ou la religion, par écrit, image ou moyen de communication au public, par voie électronique en mettant en ligne sur le site internet’ de Democratieparticiptaive.biz des écrits, imprimés dessins, gravures et images de mépris ou invective, injurié Julie @NNNND a raison de son origine, de son appartenance a une ethnie, une nation ou une religion déterminée en l’espece en utilisant notamment les termes de: “Grosse pute @ négres féministe [...J, vaginocratie négrophile [..] putain & négre hystérique, [..] femelle négrophile [..”, cen I’espéce en partageant sur son compte Facebook un article intitulé “Lyon ; une pute a négres féministe veut détruire un bar a rhum colonialiste : mobilisation !” publié sur internet le 15 septembre 2017 = A Dracé, Lyon et sur le territoire national le 17 septembre 2017 et depuis temps non couvert par la prescription, injurié publiquement en raison du sexe par écrit ou moyen de communication au public par voie électronique, en mettant en ligne sur le site internet Demoncratieparticipative.biz des écrits, imprimés, dessins, gravures, images comportant des expressions outrageantes des termes de mépris ou invective urié Madame JulicMIMMENNBR raison de son sexe, en utilisant notamment les termes de: Julie la hyéne [..] Putain [...] grosse bourge de gauche névrosée [...] hyéne terroriste [..] trainge [...] louve assoiffée de sang. [...] prostituée comme Julic Hainaut [...] en l’espéce en partageant sur son compte Facebook un article intitulé Lyon : une pute a négres féministe veut détruire un bar a rhum colonialiste mobilisation !, publié sur internet le 15 septembre 2017. 201534. 9 Faits prévus et réprimés par les articles 33 al3,al 4, 23 al 1, 29 al 2, 42 de la loi du 29 juillet 1881, 93-3 de la loi 82-652 du 29 juillet 1982, 33 alinéas, 3, 4, 5, 6, 7 de la Joi du 29 juillet 1881.” Né en 1981, Syivairdlmne travaillait pas et vivait d’allocations chémage depuis, 2014, ainsi que d’ allocations familiales pour son fils né fin 2017, qu’il élevait avec Paide de sa propre mére, chez laquelle il résidait U1 n’était pas examiné par un expert psychiatre durant I’information judiciaire Son casier judiciaire ne portait mention d’aucune condamnation était renvoyé devant le tribunal correctionnel de Lyon pour y répondre de ces deux chefs de prévention, par ordonnance en date du 9 septembre 2019 Procédure devant le tribunal correctionnel Devant le tribunal, Sylvaing_gglireprésenté par son avocat, faisait plaider sa relaxe, au motif que le tribunal n’était saisi que des fats visés dans le réquisitoire introductif, et non ceux del’ ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel ; que seuls les propos visés dans l'article du 15 septembre 2017 partagé sur Facebook devaient étre retenus, et non ceux provenant des deux articles du 16 septembre 2017 publiés sur le site Democratieparticipative biz ; que sa responsabilité pénale ne pouvait étre engagée du fait du partage d'un seul lien internet sur un site au demeurant bloqué, dont il alléguait ne pas avoir pris connaissance au préalable ; qu’enfin le titre de Particle incriminé figurant sur sa page Facebook ne faisait nullement allusion a Julie Par décision en date du 17 décembre 2019, le tribunal retenait la culpabilité du prévenu du fait du partage incriminé du lien sur son compte Facebook, et statuait sur les actions publique et civile dans les termes rapportés ci-dessus, Le prévenu relevait appel principal de cette décision, le ministére public formant appel incident. Procédure devant la Cour Devant la Cour, in limine litis, le conseil du prévenu appelant et intimé soutient oralement la nullitéd’ ordre public du réquisitoire introductif d’instance, qui ne serait pas conforme aux prescriptions de l'article 50 de la loi du 29 juillet 1881, Au surplus, le réquisitoire supplétif introduirait un doute sur les faits poursuivis, puisqu’il a pour finalité d’intégrer a la prévention initiale, visant une publication sur le site Democratieparticipative biz, le partage d'un lien vers ce site depuis son compte Facebook, lien qui ne concernait au demeurant que I’un des trois articles, visés au réquisitoire introductif d’instance La Cour a invité les parties civiles et le ministére public & présenter leurs arguments sur la nullité soulevée, puis a joint Pincident au fond Le prévenu appelant et intimé a réitéré ses dénégations. Les parties civiles intimées ont plaidé la confirmation de la décision entreprise. Le ministére public a requis le rejet de l'exception de nullité, la confirmation de la déclaration de culpabilité et de la peine du jugement defer. Le conseil du prévenu a plaidé la relaxe. Io|534 10 Sur quoi, Sur Ia recevabilité des appels Relevés dans le respect des conditions légales de forme et de délai, l'appel principal du prévenu et celui, incident, du ministére public sont recevables. Sur la nullité du réquisitoire introductit Larticle $0 de la loi du 29 juillet 1881 sur la presse dispose que sie ministére public requiert une information, il sera tenu, dans son réquisitoire, d’articuler et de qualifier les provocations, outrages, diffamations et injures a raison desquels la poursuite est intentée, avec indication des textes dont l’application est demandée, & peine de nullité du réquisitoire de ladite poursuite. Aux termes d'une jurisprudence établie, les dispositions de l'article 0 de la loi sur la presse sont substantielles ; la nullité en résultant peut étre soulevée devant la juridiction de jugement sans que puisse étre opposée lirrecevabilité tirée de l'article 175 du code de procédure pénale. Btant d’ordre public, elle peut étre soulevée en tout état de cause, y compris d’office par le juge L'exception de nullité soulevée pour la premiére fois devant la Cour est en conséquence recevable En premier lieu, le conseil du prévenu appelant fait grief au réquisitoire introductif du procureur de la République de Lyon, en date du 16 juillet 2018, de ne pas avoir suflisamment articulé et qualifié les injures. Plus spécifiquement il reproche la formulation employée d’inclure le terme “notamment” qui laisse supposer que d’ autres insultes non expressément citées dans ce texte pourraient servir de fondement au délit poursuivi, Il critique encore absence de précision quant a la raison de V’injure, Il estime que cette rédaction est de nature 4 instiller un doute dans lesprit du prévenu et conclut en conséquence & Pannulation du réquisitoire introductif d’instance Le conseil des parties civiles ainsi que le mi demandent le rejet de l'exception de nullité istére public estiment l’acte valide et Letexte du réquisitoire introductif contre X retient trois infractions, dont deux issues de l’application de la loi sur la presse, et une, Vatteinte a l'intimité de la vie privée, ressortant du droit pénal commun. La premiere infraction conceme le délit d’injure publique en raison de Vorigine, Pethnie, la nation, la race, ou la religion. L’acte mentionne la date et le lieu de infraction, le moyen utilisé, on lespéce la mise en ligne sur le site Democratieparticipative.biz, l'identité de la victime, la nature des écrits, en faisant mention expresse dans le texte des termes injurieux susceptibles de caractériser infraction, et vise de fagon exhaustive les articles d’incrimination et de répression. La deuxiéme infraction concerne le délit d’injure & raison du sexe et, comme le texte précédent, satisfait aux prescriptions formelles posées par l'article 50 de la loi sur la presse. Le terme “notamment” utilisé par le ministére public dans chaque chef de poursuite signifie que d’ autres insultes contenues dans les écrits des 15 et 16 septembre 2017 pourraient également caractériser le délit, mais qurill avait fait le choix de cantonner olSsL u les poursuites a quelques expressions extraites de ces écrits et intégrées dans le corps de son réquisitoire. Cette rédaction n’est donc pas de nature a instaurer un doute quant aux termes materialisant le delit est par ailleurs fait grief & la formulation retenue pour l'injure visée a l'article 33 alinéa 3 de ladite loi, proférée a raison de Vorigine, de l'appartenance ou de la non appartenance a une ethnie, une nation, une race, ou une religion déterminée, de ne pas qualifier avec suffisamment de précision la raison retenue caractérisant la circonstance aggravante de l’injure publique. Aa lecture des textes dont sont extraits les propos injurieu, il est manifeste que dans Pesprit de leur auteur, une interdiction morale s’attacherait aux relations d’une femme avec un homme de couleur, et serait méme érigée en tabou. L écrit d’origine se cantonnant a expression désordonnée d’émotions violentes, il n'est pas possible de déterminer les fondements et contours de ce tabou, et done des injures proférées 4l’encontre de celles qui ’enfreindraient. Dans ces circonstanees, le ministere public a, a bon droit, estimé que chacune des raisons visées par l'article 33 alinéa 3 de la Joi sur la presse pouvait entrer en ligne de compte dans la motivation de leur auteur. Le troisiéme chef de poursuite ressort du droit commun, et n’a pas donné lieu a renvoi devant le tribunal correctionnel. En conséquence, la formulation du réquisitoire introductif respecte les conditions posées par l'article 50 et n'est pas de nature a introduire un doute dans lesprit du prévenu quant a la nature des poursuites engages contre lu Le moyen tiré de la nullité de cet acte sera en conséquence rejeté. Sur Ia prescription des poursuites du chef de partage du lien sur Ia page Facebook le 17 septembre 2017 Le conseil du prévenu fait valoir en deuxiéme lieu que l’ordonnance de renvoi ne reprend pas exactement les chef’ de poursuite visés dans le réquisitoire introductif instance. Elle intégre les réquisitions supplétives du 4 février 2019, visant le partage de l'article du 15 septembre 2017 sur le compte Facebook de Sylv Or ces faits, différents de la poursuite initiale, tomberaient sous le coup de la Prescription annale de l'article 65-3 de la loi du 29 juillet 1881 Leréquisitoire suppletif vis¢ tend a étendre 'information judiciaire & des faits révélés durant I’information judiciaire. Le juge d’instruction avait délivré aux SRPJ de Lyon une commission rogatoire afin d’enquéter sur le délit de mise en ligne d’écrits injurieux sur le site Democratieparticipative.biz, par personne non dénommée, Au cours de l’exécution de cette commission rogatoire, les enquéteurs ont découvert que l'article incriminé avait été partagé le 17 septembre 2017 par SylvairfBsur sa page Facebook, dans laquelle il avait posté le lien, accompagné d’ une photo et du titre de Particle. Toutefois, la Cour constate qu’a la date du réquisitoire supplétif, le 4 février 2019, plus d’une année s’était écoulée depuis les faits reprochés, commis le 17 septembre 2017, sans qu’aucun acte de poursuite ou d’instruction les visant expressément n’ai été interruptif de prescription. II s’ensuit que les poursuites concernant ce délit sont prescrites, 29/534 12 Enfin, et par application de l'article 50 de la loi du 29 juillet 1881, seul le réquisitoire introductif du 16 juillet 2018 fixe définitivement et irrévocablement la nature et Pétendue de la poursuite quant aux faits et @ leur qualification, sans qu’il soit nécessaire d’examiner les conséquences juridiques des différences apparues dans Pordonnance de renvoi quant aux chefs de prévention. La Cour constate toutefois que le chef de poursuite tirée de l’atteinte a l’intimité de la vie privée d’autrui n’est pas repris dans l’ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel, si bien qu’elle ne s"estime pas valablement saisie de cette infraction, Sur le fond La découverte par les enquéteurs des contributions écrites de Sylvai QB sur le site Democratic participative.biz, le partage sur sa page Facebook de l'article insultant Julie les ont amenés & porter leurs soupgons sur celui-ci. De ses auditions au cours de l'information judiciaire, il ressort qu'il partage les mantras du site Democratieparticipative biz quant la supériorité de la race blanche, la vénération d'Hitler et du troisiéme Reich, la théorie du remplacement. II faisait partic de la mouvance de la droite extréme & Lyon en étant aflilié au Bloc identitaire, puis a milité au sein d'un parti politique dextréme droite lors de son séjour en Vendée. Désoeuvré depuis 2014, il occupe son temps a parcourir fe Net, et dit se détendre en se rendant sur des sites partageant ses passions. Il affiche sur sa page Facebook une production littéraire féconde, dont Ie ton et le style employés le rapprochent des écrits du pseudonyme Heinrich Dans les années 2016 et 2017, il résidait a la Roche-sur-Yon, en Vendée, située a 200 kilometres d’ Angouléme, oii le nommé Heinrich a photographié en 2018 des couples mixtes 0 des individus de couleur, clichés qui ont servi de base des, articles haineux publiés sur le site Democratieparticipative biz. Le profil psychologique du prévenu pouvait done correspondre a celui de l’auteur se cachant sous le pseudonyme d’Heinrich Cependant, le site Democratieparticipative biz était trés fréquenté, et de nombreux contributeurs apparaissaient alors sous des pseudonymes divers. Le site étant héberaé sur des serveurs américains, il n'a pas été possible didentifier les responsables de Iécrit et de sa publication L’expertise informatique réalisée durant le temps de la garde & vue n’a pas permis de saisir et d’exploiter les fichiers effacés, ainsi que les traces de navigation internet et de correspondances électroniques. Le matériel informatique ayant été restitué au prévenu, un complément d’expertise s‘avére impossible. Les supports examiné n’ont pas révélé de fichiers contenant les noms d’Heinrich ou de Julig@@ID En T'état des résultats de cette expertise, il n’est done pas possible d’établir que Sylvain urait rédigé et transmis les articles incriminés d’oit sont issues les injures reprochées. SylvainM@MMMDn'habitait plus en Vendée quand les photographies de la créche d'Angouléme, attribuées a Heinrich, ont été prises. L’étude de sa téléphonie démontre en outre qu'il ne s'est pas rendu dans cette ville durant la période allant de septembre 2017 a septembre 2018. 201534 13 Le prévenu n’habitait pas a Lyon ou dans sa région lors de la parution en septembre 2017 de l'article relatif a JulicMlgjgumpet sa pige sur le bar “La premiére plantation”, dénongant une complaisance des tenanciers al’égard de la colonisation, L’article de la journaliste avait causé un vif émoi sur les réseaux sociaux, obligeant le rédacteur en chef du Petit Bulletin a publier désle 14 septembre 2017 un droit de réponse pout prendre la défense des deux gérants de l’établissement. Pour autant, aucune investigation n'a été effectuée tant sur les rédacteurs de réactions haineuses sur la Toile que dans le milieu del!" extréme droitelyonnaise, ni méme dans P’environnement, du bar et de ses propriétaires. L’action publique étant prescrite, il n'est pas possible d’ordonner un complément d’enquéte sur ce point. En conséquence, et en état des éléments rapportés par information judiciaire, il n’est pas démontré que SylvairM@Bsoit le rédacteur des articles signé Heinrich contenant les expressions injurieuses visées dans le réquisitoire introductif. Le jugement déféré sera done infirm: poursuite de ces chefs. , et Sylvain @lijgprenvoyé des fins de la Sur action civile Sur la recevabilité des actions civiles de l'association Reporters sans frontiéres et le syndicat national des journalistes. Les articles 48-1 et 48-5 de la loi du 29 juillet 1881 déterminent les associations recevables a exercer les droits reconnus 4 la partie civile en ce qui conceme les delits, vvisés aux alingas 3 et 4 de Particle 33 de ladite loi Ces associations doivent étre réguliérement déclarées depuis au moins cing ans et se proposer par leurs statuts de défendre la mémoire des esclaves et I’honneur de leur descendance, combattre le racisme ou d’assister les victimes de discrimination fondée sur leur origine raciale, nationale, ethnique ou religieuse (article 48-1), ou de combattre les violences ou discriminations fondées sur le sexe ou d’assister les victimes de ces discriminations (article 48-5) I ressort des statuts de l'association Reporters sans frontiéres produits aux débats, parla partie civile que l'objet de association est la défense de la liberté de la presse et la protection des journalistes. Il n’entre pas dans son objet social les buts mentionnés par les articles susvisés, et l'association sera en conséquence déclarée irrecevable L’objet social du syndicat national des journalistes est la défense des intéréts individuels moraux et matériels de ses membres et de fagon générale, la défense des intéréts communs & tous les journalistes, Aucun des buts mentionnés par les articles susyisés ne sont poursuivis par le syndicat national des journalistes ; sa constitution de partie civile sera en conséquence déclarée irrecevable. Le jugement déféré sera infirmé sur ces points. Sur la constitution de partie civile de Juli > Julie Hainaut a subi un préjudice personnel et direct résultant de infraction poursuivie, Sa constitution de partie civile est done recevable. 2el534 14 Toutefois, Sylvaing{§™lBayant été renvoyé des fins de la poursuite, l’action civile dirigée contre lui ne peut prospérer et elle sera déboutée de ses demandes dindemnisation. Il n’y a pas lieu a application des dispositions de l'article 475-1 du code de procédure pénale Le jugement déféré sera infirmé en ce sens PAR CES MOTIFS LA COUR, statuant publiquement, contradictoirement, en matiére correctionnelle, aprés en avoir délibéré conformément & la loi, Déclare recevable les appels du prévenu et du ministére public, imine litis par Sylvair Déclare recevable l'exception de nullité présentée Au fond la rejette, Infirmant le jugement déféré et statuant & nouveau, Constate la prescription de action publique concernant le délit injures au préjudice de Juli@@N00Bbar le moyen du partage d’un lien sur la page Facebook de Sylvair@@Dle 17 septembre 2017, Renvoie Sylvain @MB des fins de la poursuite des chefs d’injures aggravées commises par la voie de la publication d’articles sur le site Democratieparticipative.biz les 15 et 16 septembre 2017, Sur action civile Déclare irrecevables les constitutions de partie civile de association Reporters sans frontiéres et du syndicat national des journalistes, Regoit la constitution de partie civile de ui goz//> Au fond la déboute, Rejette toutes les autres demandes Le tout par application des articles visés a la prévention, des articles 48-1,48-5, 50, 65, 65-3 de la loi du 29 juillet 1881 et des articles 485, 509, 512, 513, 514 et 515 du Code de procédure pénale. Ainsi fait et jugé par Eric SEGUY, président de chambre, siégeant avec Dorothée FREALLE, consciller, et Béatrice FREALLE, magistrat honoraire exercant des fonctions juridictionnelles, présents lors des débats et du délibéré. Et prononcé par Eric SEGUY, président de chambre, en présence d’un magistrat du parquet représentant Madame la procureure générale,