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Retranscription

Date : novembre 2019

I – Marie-Frédérique Lemieux-Simard
M – Martin

15h30

I - Le premier défi, donc c'est vraiment la


confiance en fait.
M - Rétablir ce lien de confiance pour Contraste entre un.e
qu'on puisse être en mesure de bien travailleur.e qualifié.e et
l'aider. C'est très important de savoir ses une personne réfugiée
origines, son parcours migratoire, tout ça.
Pour au moins cerner c'est quoi leur Défi #1 : L’importance de
besoin de base. Parce qu'il y a du connaître le parcours de
monde... quand on parle de travailleur la personne immigrante,
qualifié, il a planifié quitter son pays, il a réfugié.e, pour établir une
appris déjà la langue au moins pour confiance et pour mieux
passer l'entrevue. Il a projeté son encadrer l’expérience.
immigration. Pour lui c'est tout un projet
qui a débuté avant de venir. Tandis qu'un
réfugié ou un demandeur d'asile, peut-être Défi #2 : Il y a un
ils ont été forcés de quitter leur pays à décalage entre les
cause de la guerre, à cause d'une ressources humaines de
catastrophe. Alors leur façon de voir c'est l’APO et les familles qui
une autre chose. Arrivés ici, ils parlent pas ont besoin de leurs
la langue, alors... Et encore, ils se méfient services. Il n’y a pas
de tout le monde, comme tout l'monde, assez de budget
c'est normal. Établir ces ponts, ces (ressources) pour
premiers contacts, c'est tellement crucial. employer plus.
Parce qu'en fonction de ça, on va bâtir un
niveau de confiance qui eux vont être en
mesure de nous prendre comme un repère
pour eux. Alors ils vont venir nous
demander des questions qui puissent être
banales pour n'importe qui, mais pour eux
c'est crucial. Imaginez juste, ils arrivent ici,
ils connaissent pas comme fonctionne un
thermostat, c'est assez banal, comment
fonctionne une laveuse-sècheuse. Alors
des choses comme ça. Et ça arrive à tout
l'monde parce que, ailleurs c'est pas
comme au Canada, qui on a le froid, les
-20, -10. On n'utilise pas le thermostat
même, mais en arrivant ici, il faut s'adapter
alors. Des choses qui vont être au
quotidien. C'est ça à peu près. Notre
premier défi, c'est justement ça.

À part ça, on a d'autres grands défis aussi;


défi économique normalement. On est
sept employés qu'on doit suivre des
centaines de familles qui arrivent. La
famille est arrivée l'année passée, ils
pouvaient pas venir bénéficier d'un
service, ils vont continuer alors
[incompréhensible] dessert des familles
qui sont arrivées trois-quatre-cinq en
arrière, même plus, ils continuent à arriver
encore. Alors notre clientèle continue à
grandir, à grandir, à grandir et l'équipe
grandit pas alors [rire]. De toute façon c'est
un autre défi, il faut composer avec tout
ça.
2:46 M - Notre rôle principal c'est les rendre Niveau de temps dans
autonome. On veut pas être très paternel l’aide est contextuel.
non plus; faire tout pour eux. On va leur
pousser un peu. Les gens même, ils vont Selon Martin Santos,
réaliser ça aussi. Aussitôt qu'on va leur l’objectif de l’APO est de
donner un petit coup de pouce, ils vont leur donner les références
commencer à décoller par eux-mêmes. et les ressources pour
Quelques uns qui vont revenir encore. Et à redémarrer une nouvelle
leur arrivée, on est déjà capable de vie par eux-mêmes.
déterminer c'est qui qui va revenir toujours « Aussitôt qu’on va leur
parce qu'on a des situations tellement donner un petit coup de
tellement difficiles, compliquées où le pouce, ils vont
père, la mère ne sont pas scolarisés, ils commencer à décoller par
vivaient dans une campagne; ils ne eux-mêmes. »
connaissaient ni transport en commun et
tout ça. Alors avec eux, il faut avoir
beaucoup beaucoup de temps à leur
consacrer pour les aider, pour les
accompagner. C'est pas tout le monde non
plus. Majoritairement, aussitôt qu'on leur
montre, ils vont être capable d'aller au
marché, d'utiliser les transports en
commun; faire leur vie comme où ils
étaient dans leur pays d'origine.

03:50 I - Au niveau des défis justement, avec


cette clientèle-là si on peut l'appeler
comme ça, de tous les gens qui viennent
ici, cette clientèle-là grandit, mais les
employés restent les mêmes. Donc les
subventions du gouvernement restent les
mêmes aussi?
M - Oui et non. Les façons qu'on est Certains services offerts
financé, c'est par tête. Alors le ministère, il ne sont pas financés car
va prendre en moyenne, la quantité qu'on entre pas dans les cadres
a reçu l'année passée pour nous financer d’un protocole établi.
cette année. Mais de toute façon c'est
insuffisant; le ministère nous dit «fais ça, Autre défi; ces services
ça, ça», mais entre ça et ça, il y d'autres non financés parce qu’ils
petites choses qui vont se glisser de toute n’entrent pas dans les
façon. Et en temps qu'être humain, on ne cadres établis par le
peut pas dire «Non, je ne suis pas pour ça. gouvernement se
Je ne peux pas fermer les jeudis, voilà, retrouvent « entre deux
non j'ai déjà fait pour toi.» Parce que c'est chaises », parce qu’on
quelque chose qui va être toujours intéragit avec des
présent. Si on veut leur intégration, il faut humains et qu’ils ont des
bien formuler tous ces besoins parce que besoins.
sinon, ça peut mener à un autre
[incompréhensible] qui puisse peut-être
plus compliqué. Quand on parlait des
services que je fais aux écoles, il n'a
jamais été financé par le ministère de
l'immigration.
05:28 I - Ça consiste en quoi? Qu'est-ce que vous
faites justement avec les écoles?

M - Avec les écoles, c'est un projet né en 2012


appelé ICSI (Intervention Communautaire
Scolaire Interculturelle), c'était un projet qui
était né à Granby, mais en réponse à une
inquiétude que le même gouvernement, à
travers des ministères, ont soulevé. Il y avait
un taux de décrochage plus élevé dans les
jeunes immigrants et première génération.
Leur taux de diplomation était bas. Le taux de
décrochage était plus élevé. Alors la table de
l'éducation de l'Outaouais avait lancé un
projet; une offre de projet et là on s'est inscrit
dans cette offre et on a commencé à travailler.

M - Qu'est-ce qu'on fait à travers de ce Solution : ce guide


service? En premier, on démystifie le est-il offert avant
système scolaire québécois. Alors on
explique comment ça fonctionne. Le TCRI,
l’arrivée? « Prendre
la table de concertation des organismes en mains »
qui est au service des immigrants, à
Montréal, qui a conçu cet outil en Le guide TCRI
partenariat avec le ministère de (Table de
l'immigration. C'est dans 10 langues.
Alors, ça nous outille en tant
concertation des
qu'intervenant et aussi ça outille aux organismes au
familles et aux parents par rapport au service des
parcours scolaire des enfants. Alors on immigrants) est
parle des choses banales, comme disponible en 10
l'inscription des enfants à l'école, pourquoi
la classe d'accueil, c'est quoi le
langues explique
cheminement qui va suivre après, tout ça. pourquoi la mise en
Parce que si on ne connaît pas le système place de la classe
en tant que parent, on sera pas capable d’accueil, par
d'aider nos enfants. Alors, moi-même je exemple. Mis en
suis passé par ce chemin, j'étais
nouvellement arrivé aussi il y a quelques place par le ministère
années alors je connaissais pas où aller, de l’immigration.
comment aller... Et ça c'était tellement
riche en information de base, et c'est
officiel avec le ministère de l'immigration. Martin est passé par
On l'a dans 10 langues: espagnol, kirundi, ce chemin, il connaît
créole, anglais et tout, même arabe. Bien les défis...
sûr, ça nous donne un aperçu provincial,
un ensemble global. Et nous en tant
qu'intervenant ici, on doit déjà adapté à ce
qui est dans la réalité, dans la région. Quel L’APO sert à offrir
service, on trouve dans les écoles... Mon un support pour les
rôle est de les accompagner pour familles
l'inscription des enfants à l'école. Mais en nouvellement
premier, de déterminer à quelle école, en
fonction... Mes collègues vont faire tout ce
arrivées mais aussi à
qui est de base, l'installation. Aussitôt déterminer leur
qu'ils ont installé... cette personne... on va besoins et leurs défis
avoir l'école d'appartenance, l'école de afin de favoriser un
quartier. Est-ce que cette école répond à processus plus doux.
ses besoins, disons la francisation...
«Non?» «Ok, on va chercher c'est quoi
l'école qui va répondre à ses besoins.»
On fait l'inscription, on les accompagne
pour la première rencontre avec
l'enseignante, où l'enseignante va
accueillir la famille, va informer tout ce qui
est de base à l'école; le code
vestimentaire, les règlements, le transport
en commun, les boîtes à lunch, les
collations... des choses banales, mais
pour ces gens-là qui sont en train
d'apprendre ici, c'est crucial.

M - Comme vous voyez, c'est beaucoup Comment outiller


d'informations dans des situations précises, « large » pour le « précis
parfois les familles ne vont pas retenir tout et par cas »?
alors moi je suis là pour répondre à ces
questions ou pour éclaircir encore. Même s'il a Confiance et prends le
rencontré l'enseignant, il est rentré à la temps, prends tout son
maison, il m'appelle «Je ne sais pas comment temps pour expliquer et
faire ça.».... «Ok, on va reprendre encore», on accompagner.
va expliquer... On donne de l'interprétariat
Poser des questions, être à
gratuit pour toutes les écoles. Ces services
l’écoute, agir en
sont tellement importants parce que si on ne répondant à ces questions
facilite pas la communication, on est nul part.
Je pense que la communication est très
importante pour qu'on puisse comprendre la
famille, les messages et en fonction de ça,
bien s'impliquer dans l'éducation de leur
enfant. On fait des suivis de tout côté. Par Communications
rapport à la famille, on va aller à la maison. avec l’école, un pont
«Est-ce que les choses se passent bien?» Est- entre la famille,
ce qu'il y a des moyens possibles qui puissent l’école et l’organisme
être mis sur place pour que cet enfant puisse semble très bien
rattraper ou puisse bientôt s'intégrer mieux à fonctionner.
l'école. De la part de l'école, on fait le suivi
avec les enseignants; est-ce que les choses se
passent bien ou il y a des défis encore à
remonter. En fonction de ça, on va mettre sur
place des bénévoles, des éducateurs
interculturels, qui vont faire du travail à la
maison avec eux, sous forme d'aide au devoir.
C'est préalable à l'avis de l'enseignant et on va
travailler ensemble avec l'enseignant. Parce
que nous on ne connait rien de l'éducation, on
n'est pas pédagogue, on n'est pas
orthopédagogue, alors c'est l'enseignante qui
nous signale: telle famille, tel garçon ou telle
fille a besoin de ce soutien. C'est un soutien
personnalisé à la maison et là on met un lien
entre cette bénévole et l'enseignante pour
que l'enseignante puisse donner les pistes sur
quoi travailler, sur quoi renforcer.

11:35 M - Parce qu'on a des clients, des gens qui Aide bénévole en lien
viennent de camps de réfugiés où ils ont avec enseignante mais si
donné naissance à leur enfant, 10 ans, 15 ans, pas apprécié par la
où ils ont vécu là-bas. Arrivent ici... j'ai des cas personne, ça donne rien.
à vous raconter. Les enfants 14 ans, 13 ans,
qui savent pas même lire ni écrire dans sa De fortes probabilités et
langue maternelle; jamais été à l'école. Le tendances au décrochage
système est conçu, on n'peut pas faire les si entre l’enseignant,
l’aide bénévole et l’élève
changements à cause de son âge: école
ça ne passe pas... La
secondaire. Il sait pas lire ni écrire. Alors
frustration de l’élève à
l'enseignant de son côté va aller au rythme lire et écrire dans une
moyen, il peut pas personnalisé. Alors lui il est autre lamgue que la
un candidat fort pour le décrochage parce qu'il sienne...
va être frustré, il connait rien, il sait rien. Les
autres répondent, lui non. Alors notre
bénévole va aller à la maison avec lui rattraper
ce qu'il a manqué à l'école. Mais si
l'enseignante n'est pas bien avec ce bénévole,
on fait rien non plus, on va nul part. Alors c'est
l'enseignante parfois qui va communiquer
avec le bénévole. Voilà tel matériel à
retravailler, voilà telle chose à refaire, à
renforcer. Alors le bénévole va travailler à la
maison sur ce que l'enseignante va donner
comme information.

12:42 M - On a ces services, on a aussi des Questionner « ce qui est


services de médiation. Les services de normal » et relativiser
médiations c'est plutôt pour éviter les celui-ci en fonction des
conflits qui peuvent survenir ou à grandir contextes, des personnes
plus. Notre aspect interculturel nous et des situations. Le fait
amène toujours des situations ou des de côtoyer et de travailler
défis. Pour vous c'est peut-être quelque avec des gens qui vivent
chose de normal, pour moi, non. Alors des difficultés à tous les
aussitôt arrivé, les gens sont confrontés à jours en lien avec
des situations de changement, qui doivent l’immigration alimente
le faire, et parfois on les oblige à le faire cette compréhension du
brusquement et ça va avoir une réaction. « normal ou anormal »,
Cette personne va se fermer ou mais aussi le fait d’être
simplement, va éviter de le confronter et passé par là.
laisser passer les choses, et par la suite,
vont venir d'autres choses qui vont être L’APO peut déléguer s’il
plus grave. Alors notre service de y a des choses qui ne font
médiation c'est justement, c'est ça. On fait pas partie de leur mandat
l'interprétariat culturel ou interculturel entre ou qui sont trop grandes à
les acteurs scolaires et les familles. Et en accomplir.
fonction de notre lien avec cette famille.
On a déjà au moins la confiance -
transmettre ses besoins, ou dire pourquoi
cette famille réagit comme ça. Là aussi j'ai
des exemples à vous montrer. Alors on fait
ça et bien sûr, on fait aussi des
références; on peut pas tout faire non plus.
Si y'a des choses qui échappent d e notre
mandat ou de notre possibilité de travail,
on va référer vers nos partenaires comme
SITO? pour le travail, CLSC ou maison de
quartier, des choses comme ça. Parce que
pour l'intégration, il faut tout le monde être
impliqué, parce que sinon on perd quelque
bout et j'pense que c'est pas bien si on
agit ici seulement.

14:23 I - Pis par rapport à des exemples, en


médiation, est-ce que vous en avez
quelques uns.

M - Oui, par exemple, on avait des cas, en Exemple de


2016, l'arrivée massive de Syriens. Vous
savez, majoritairement les Syriens sont médiation culturelle
musulmans, alors dans leur culture, dans leur ou interculturelle
vision, pour les filles, donner la main c'est un
péché, grave même. Donner la main à un
homme, c'est grave. Alors, dans leur
communauté, une fille qui donne la main à un Qu’a-t-il trouvé
homme ça doit être son couple ou soit finalement? Faudrait
quelqu'un de la rue, une prostituée qui n'a pas
de valeur morale. Alors la situation c'était à le savoir… c’est
l'école, une fille de 12 ans, et l'enseignant qui intéressant
enseignait le français leur ont montré les signes
de respect: la salutation. La fille était assise
devant, lui tout de suite à commencé à parler,
ici on se donne la main et comme exemple, il a
étiré la main vers la fille pour qu'elle puisse
répondre. La fille a approché la main, mais il a
insisté, il a insisté et en fin de compte, la fille
aussi a donné la main. Mais ses camarades qui
étaient majoritairement musulmans, à la sortie,
ils ont commencé à intimider la fille... «pourquoi
tu l'as fait», qu'il a fait des commentaires qui
ont ridiculisé la fille et la fille ne voulait pas
retourner à l'école. La maman m'appelle, bien
sûr à travers un interprète, elle me disait:
«Écoute, je suis pas très fermé dans la religion,
je sais qu'en arrivant au Canada, ma fille
s'intégrer, mais je viens d'arriver il y a un mois
et tout de suite, ils veulent changer sa tête à
ma fille et à ma famille. Ça marche pas comme
ça. Pourquoi l'enseignant l'a fait comme ça?
Toute la communauté, il connait déjà...» Parce
que les médias sociaux ça marche beaucoup
maintenant avec les facebook, tout ça, tout le
monde dans sa communauté savait déjà que
sa fille avait donné la main à un homme sans
être son fiancé, son mari. Alors, elle se sentait
déjà jugé par sa communauté comme une
famille pas digne d'être musulmane...
Quelqu'un qui est de l'autre côté, l'autre
pensée, va arriver ben comme «Ben voyons
donc!», mais pour eux, c'est très important,
c'est leur culture où ils ont grandi. Alors, j'ai
approché l'enseignant, il me disait: «Mais je le
fais avec tout l'monde, mon rôle c'est
d'éduquer, je suis en train d'éduquer.» Voilà
deux situations qui sont confrontées. Bien sûr,
les deux ont raison. On peut pas dire que
l'autre a tord et l'autre non plus. Chacun a son
point, dans sa pensée, ils ont raison. Alors,
mais il faut chercher quelque chose qui puisse
être encore plus neutre, qui puisse aider. Parce
que si on perd cette fille à l'école... Il fallait que
je cherche quelque chose qui puisse amener à
ces deux parties là, qui puissent au moins
surmonter la situation et bien sûr, on ne peut
pas revenir en arrière. Mais pour l'avenir,
l'enseignant, il va apprendre une leçon, de
réfléchir avant de faire un geste ou avant de
faire quelque chose.

I - Ou d'insister.

M - Oui. Et de l'autre côté, la famille aussi, Ce sont parfois des


il fallait qu'elle fasse sa partie et qu'il fallait situations touchantes mais
discuter avec la communauté et dire: aussi déstabilisantes qui
«Voilà, c'était pas elle, à son gré qui avait mènent à faire des
fait ça, c'était certainement forcé. Mais ici interventions et à mieux
dans la communauté, c'est ça, donner la comprendre comment on
main à une fille et un garçon c'est normal, peut s’adapter en
alors il faut commencer à changer.» Des situations interculturelles.
choses comme ça, qui nous amène à faire On est constamment en
des interventions. Voilà un exemple, qui formation parce c’est
nous explique d'une certaine façon à quel humain.
point on doit être tellement prudent. Même
dans nos interventions, bien sûr, moi pour
faire des interventions de cette nature, j'ai
reçu une formation dans la médiation. Et
on est toujours en formation parce que je
connais ma culture, mais je ne connais
pas les autres cultures. Alors si on veut
bien aider, il faut être à leur place, il faut
être emphatique avec eux, il faut se mettre
dans leurs chaussures pour bien cibler les
besoins.

19:38 I - Est-ce que les employés ici ont tous cette


formation-là... la médiation?

M - Non, non. Moi je le fais parce que


j'aime bien cette partie-là, car dans mon
autre vie, j'avais une formation ? dans le
domaine juridique. J'aime beaucoup ça
alors, je le fais par moi-même. La situation
nous pousse à être polyvalent, parce que
des fois on fait le rôle de travailleur social,
parfois on fait le rôle d'accompagnateur...
de médiateur parce que bien sûr, même
avec mes collègues, ils font des
médiations avec les propriétaires par
exemple. Parce que nous on doit être
neutre et en plus, il faut garder nos
partenariats. On a les partenariats avec
certains propriétaires qui nous louent leur
appartement, sans garantie, sans
cosignataires, sans rien. Mais pour faire
ça, nous on doit d'une certaine façon
démontrer que nos clients sont
respectueux; ils font pas d'bruit, ils ne
brisent pas les affaires et tout ça, et
parfois, ça arrive, le client qui se plaint
contre le propriétaire ou le propriétaire
contre le client... il faut faire une médiation
avec eux pour que les choses se passent
bien. D'une certaine façon, on doit
travailler ces parties.
21:37 I - Pis au niveau de la traduction, des
interprètes, est-ce que c'est commun? Vous
devez toujours avoir...

M - Oui alors on peut revenir à tout ce qui Équipe multilingue et


est service de l'APO. On a parlé de multiculturelle pour
l'accueil et installation, en plus de ça, on a répondre aux besoins de
le service de traduction. Notre service de la clientèle
traduction, compte à peu près une
quarantaine de langues parlées. Déjà
dans l'équipe, on est multilingue, on parle
à peu près une douzaine de langues.
D'ailleurs on est inclusifs et multiculturels
nous même. On est de plusieurs
provenances. Notre directeur est de
Bosnie, j'ai un collègue du Venezuela. Le
directeur, il parle le bosniaque et le serbo-
croate, et mon collègue vénézuéliens, il
parle anglais, français, italien, espagnol.
J'ai un autre collègue qui Rwandais, qui
parle swahili, kinyarwanda, kirundi, plus le
français. Un autre collègue qui est Iranien,
qui parle persan, dari et français. Une
autre collègue qui parle arabe, elle est
Algérienne. Le responsable du
département des interprètes parle
espagnol, il est Colombien. Et on a un
Québécois, Paul.

I - [rire] Ça prend un Québécois.

M - [rire] Oui oui, c'est ça, et moi je viens Même au sein d’une
du Pérou, je parle espagnol et français et équipe multiculturelle qui
bon, mon anglais est de base au moins, oeuvre auprès d’une
mais je me débrouille. Très diversifié. clientèle immigrante, il y
Déjà, il a un défi entre nous-mêmes. Il a des mises à niveaux à
fallait que, entre nous-mêmes, pour bien faire et se comprendre
mettre sur place notre service, il fallait entre eux.
qu'on se comprenne. On peut être Latino,
Colombien ou Vénézuélien, mais ça veut
pas dire que notre culture c'est la même.
Et avec les autres continents, où il faut
composer... C'est un défi de toute façon,
c'est pas de grandes tailles ou peut-être
oui, mais ça dépend d'où est-ce qu'on le
voit.

Quand on parle de défi, chaque jour est un


défi différent. Parce que présentement par
exemple, on a un client qui est arrivé il y a
un mois presque, il est ?. Il est arrivé
directement à l'hôpital, il est dans la
catégorie des réfugiés et le Canada a
conféré ses droits j'imagine pour des
raisons humanitaires, parce qu'il est
quadraplégique. Sa situation: il est seul. Il
n'a pas de frère ni soeur, ni enfant ni rien,
seul. Il est arrivé en chaise roulante, on l'a
accueil en chaise roulante et tout d'suite
l'infirmière a remarqué qu'il a des plaies
qui se guérissent pas, ils l'ont amené à
l'hôpital, jusqu'à maintenant il est à
l'hôpital. Il vit à l'hôpital. Donc avec lui,
comment on fait pour l'installer. On peut
l'installer, oui. Mais quelqu'un doit
s'occuper de lui. Il ne peut pas être une
seule minute seul. Il est quadraplégique,
alors il faut discuter et communiquer avec
nos partenaires. CLSC, médecins. Et
encore ça, pour avoir tous ces droits
économiques, le chèque et tout ça, il faut
qu'il soit conscient, qu'il signe. Mais s'il
peut pas marcher non plus, il faut trouver
quelqu'un qui doit gérer pour lui, faire
l'épicerie, faire de la piscine, tout ça. C'est
un grand défi.

M - On a eu des cas où on a accueilli des


gens qui sont aveugles, ou des enfants qui
sont aveugles, ou sourd. Ça nous amène
de faire encore plus. On doit s'ajuster au
fur et à mesure

26:10 J'me rappelle de la rencontre qu'on a eu à


Aylmer. On avait parlé des différentes
catégories, des migrants, des réfugiés,
tout ça... mais aussi de sensibilisation au
niveau de la société. Pis si je me rappelle
bien, ça venait de vous... Selon où, de
quelle façon on pourrait améliorer cette
sensibilisation-là?

M - C'est un défi énorme, mais je pense Clarifier les pré-jugés qui


que ça nous prend beaucoup de volonté à permettent de faire
s'ouvrir un peu à la réalité de ces gens-là. tomber les réticences.
Parce que moi, dans mon travail, j'ai
appris beaucoup et j'ai fait beaucoup de Passer d’un modèle
travail de sensibilisation... je vais dans des dominateur, colonialiste
rencontres, parfois je suis invité aux du « je sais, tu vas
écoles, dans les classes de finissant au m’obéir » à un modèle
secondaire où les gens sont rétissants à la « ensemble on se
migration parfois, mais il y a une chose découvre et on bâtit »
qu'il faut bien clarifier ou signaler. Toutes
ces rétissantes, presque toutes, elles sont L’inconnu créé des peurs,
à cause de la méconnaissance de la des réticences et des
réalité de ces gens ou de la finalité qu'a le craintes. Ce qu’on ne
gouvernement pour les accueillir ou pour connait pas c’est ifficile
les ramener. Dès qu'on clarifie ça, les de l’accepter ou de le
jeunes commencent à ouvrir leur pensée. comprendre.
Parce que toujours, on est toujours
réticent à tout ce qui est méconnu. Si on « Et c'est ça qui se passe
ne connait pas, on va toujours être en train avec la société, elle
de le refuser. Et c'est ça qui se passe avec connait pas la réalité, il
la société, elle connait pas la réalité, il pense que les migrants
pense que les migrants vont leur voler son vont leur voler son poste
poste de travail, ou ils viennent juste faire de travail, ou ils viennent
des conneries. Bien sûr, on ne peut pas juste faire des
non plus fermer les yeux, il y en a conneries. » - Martin
quelqu'uns qui le font. Mais parfois, ils le
font parce qu'ils sont mal encadrés ou ont
de mauvaises influences. Mais ça s'passe L’espece humaine a
aussi avec les Québécois de souche qui toujours été migrante.
disent être là. On peut pas non plus juste Fondamentalement, on
pointer le doigt d'un côté. Il faut se l’est tous.
regarder mutuellement et voilà, ensemble
on va marcher... Parce que Québec ou
Canada, on a besoin de l'immigration. Et
d'ailleurs l'immigration, si on voit l'histoire
de l'immigration, et c'est ça que je leur
parle à l'école aux jeunes... qui est
l'immigrant. Même les autochtones, ils
sont arrivés par le Détroit de Béring...
L'espèce humaine a toujours été migrante.
Pourquoi alors on peut dire «Voilà,
l'immigrant.» Et «Moi je suis pas
immigrant.» Alors j'pense que le terme
immigrant, il faut le réviser ou est-ce bien
utilisé? Ou peut-être ça serait mieux
«nouvel arrivant» ou «nouveau-venu».

M - Pour aller à la question, c'est plutôt la Utiliser exemple


volonté de faire ces changements et storytelling pour
aussitôt qu'on fait ces changements, je
pense qu'on va être en mesure de
illustrer = ici voisin
comprendre qu'on est mutuellement et prendre main
bienvenus dans cette société, Alors nous droite, main gauche
en tant qu'organisme, on a le mandat
d'accueillir, mais on peut pas négliger non « pédagogie de la
plus la partie de cette civilisation. Étant
installé ici, j'ai besoin de communiquer
transformation des
avec mon voisin, avec mon autre voisin. Et perceptions de
c'est pareil, si j'installe quelqu'un, j'ai personnes
besoin que cette personne socialise, migrantes »
communique avec tout le monde. Et si je
prépare pas la société d'accueil, je fais
mon travail à moitié parce que je suis en
Lien à faire avec la
train d'outiller la personne qui est en train jeune femme qui
d'arriver, mais pas la société d'accueil. Je aime accueillir à
pense qu'en ce sens-là, je vois beaucoup l’école
beaucoup d'ouverture, même dans la ville
de Gatineau. Presque tous les
organismes, surtout dans les écoles, on a
fait beaucoup beaucoup de progrès.
Vraiment je vois que ça commence à
changer. Je pense que le fruit on va le voir
bientôt. Chaque fois, je vois qu'il y a moins
de réticence à l'immigration.

31:40 I - C'est positif, c'est très très positif.

M - Je pense que oui parce que chaque Sensibiliser des deux


fois qu'on va à certains endroits, on trouve côtés.
des gens qui sont plus accueillants, il y en
a quelques uns qui sont réticents encore,
et on travaille pour ça. Nous en tant Laisser tomber le
qu'organisme, on a des activités modèle de la société
collectives qu'on fait justement pour cette d’accueil qui sait et
sensibilisation. On sensibilise des deux impose
côtés aussi. Les nouveaux-arrivants, on va
leur montrer leur terre d'accueil et on va
leur montrer la culture d'ici, on fait la visite
à la cabane à sucre, on fait de la marque
en raquette, on fait de la pêche sur la Inviter la société à
glace, on fait des tours historiques guidés comprendre les
pour leur montrer c'est quoi ici. Et pour la différentes raisons de
société d'accueil, on va faire des bouger d’une personne
présentations, juste expliquer la réalité des immigrante (aussi
immigrants, c'est quoi un camp de complexes et nombreuses
réfugiés, pourquoi ces gens-là sont peuvent-elles être) peut
poussés à quitter leur pays. Qu'est-ce mener à une
qu'ils vivent... Parfois, on voit le visage de compréhension mutuelle.
la personne qui est nouvellement arrivée,
mais on voit pas tout ce qui est derrière lui,
ce qui a laissé. Juste s'imaginer, laisser
toute ta vie dans un pays où tu aimais tout
et recommencer à zéro avec rien, c'est
déjà quelque chose. Et je pense que si on
invite à cette réflexion la société, elle va
réagir d'une autre façon. Parce qu'on voit
les gens qui arrivent, il est souriant, «Ok! Il
est souriante», ok il est correct. Mais
comme le clown qui fait des blagues, on
ne sait pas ce qu'il garde dans son
intérieur. Les migrants, il peut garder son
sourire dans son visage, mais son histoire
parfois ça fait pleurer beaucoup de monde.
C'est juste s'ouvrir, dans ce sens-là et on
peut beaucoup beaucoup comprendre la
situation.

I - On n'a pas accès à l'historique des


gens, on sait pas par quoi sont passés
avant d'arriver ici.

M - Bien sûr, il y a des petites choses à


améliorer, on va jamais être parfait bien
sûr, mais si on essaye de s'améliorer
chaque jour, on va parvenir à ça.

34:05 I - Est-ce qu'il y a un modèle d'accueil


dans un pays ou dans une autre province
que vous connaissez qui porte fruit pis
qu'on devrait peut-être en prendre
exemple...?

M - Euh, moi personnellement non, parce C’est pas que technique,


que je n'ai pas eu la chance de voyager c’est aussi relationnel
autour du monde, mais j'pense qu'en plus
d'un modèle, ce qu'il nous faut c'est la Ce n’est pas un modèle
volonté de faire. Parce que même si on a qu’il faut, c’est la
le meilleur modèle, si on n'a pas ces « volonté de faire ». Les
volontés-là, on est vide[?] Parce que le modèles sont applqués
modèle et le format qu'on peut créer par des humain, et les
toujours va être appliqué par des êtres relations humaines ne
humains. En tant qu'être humain, la sont pas statiques, c’est
nature, on a des défauts et on a des un mouvement.
choses positives, et je pense que si notre
volonté est justement aider ces gens-là,
être emphatique, se mettre dans ses
souliers et comprendre c'est quoi la
réalité... et c'est vers où on va marcher en
tant que société, c'est déjà beaucoup.
Juste nous mettre dans la tête... un
immigrant qui a été mal intégré, si on parle
d'intégration... La conséquence va être
subie ??? la société. Et c'est ça que je dis
aux écoles aussi: un jeune qu'on intègre
pas bien comme il faut, ou qui décroche,
c'est la société qui subi la conséquence.
C'est pareil avec les migrants aussi là.
S'ils s'intègrent pas bien, ça veut dire qu'ils
trouvent pas un emploi, il n'est pas Donner un exemple,
reconnu, il est toujours discriminé ou peut- une histoire
être laissé de côté. Finalement, il va
devenir un délinquant peut-être, un
alcoolique peut-être. Quelque chose qui va
à l'encontre des valeurs, des principes de
la société... et même économique. Alors
que j'pense que c'est juste changer ces
mentalités... dire : «Voilà, on va t'aider,
intègre-toi» et les gens vont le faire j'pense
parce que... personne va je pense venir à
essayer de changer le monde si nous-
même on change pas dans nous-même.

36:50 I - Est-ce que y'a quelque chose qu'on n'a pas


discuté que vous aimeriez ajouter?

M - On était de parler par rapport à nos


services de l'APO et ? d'interprétariat... on a le
service de jumelage justement, c'est un
service pour l'intégration. Alors, on jumèle des
familles québécoises avec des familles
nouvellement arrivées. Bien sûr, ça aide
beaucoup. Ça fonctionne des deux côtés. Bien
sûr, parfois moi-même je dis que c'est peut-
être un mentorat plus qu'un jumelage parce
que les familles nouvellement arrivées, elles En trouver une au
ont leur culture à donner, mais plus que ça, il moins! Et si possible
n'a pas... tandis que celles d'ici, elles ont peut-
où il y a eu des
être plus à leur donner. Mais quand même, ça
fonctionne beaucoup. On a des histoires où les
transformations de
familles sont restées des amis à vie. perceptions des deux
côtés
37:53 I - Est-ce qu'il y a beaucoup de familles qui
viennent donner leur nom parce qu'ils veulent
justement être jumelées. Il y a une banque...?

M - Oui oui, il y en a, il y en a. Contraintes


Malheureusement, on est contraint économiques,
économiquement, on n'a pas une financements
personne qui puisse être consacrée à gouvernementaux
temps plein à faire ça, on a ces limites. On
doit se conformer à ce qu'on a. Parce
etc, Il y a des limites
qu'en tant que projet, je pense que ça à ce qu’ils aimeraient
marche, excellent. On a en plus de ça des faire. Temps,
services: l'auberge... bien sûr, durant ressources,
l'année, on est pas plein dans l'auberge. financement.
I - Ça c'est ici?

M - Oui, alors les jours ou les saisons où


on n'a pas de clients à héberger, on ouvre
nos portes au public, alors il y a du monde
qui connaisse, ils réservent en ligne ou
nous appelle pour une réservation à prix
modique. C'est 55$, le double et 50, le
simple. Alors, c'est une façon de
s'autofinancer pour l'APO. C'est ça en
résumé qu'on fait avec les nouveaux
arrivants.

I - C'est vraiment complet Ça fait vraiment


une boucle avec l'auberge, le jumelage, le
mentorat, les actions dans les deux
commissions scolaires (du Portage et des
Draveurs).

M - C'est justement le projet dont je vous


parlais, l'ICSI c'est plutôt financé par les
deux commissions scolaires.
Dernièrement, c'est Table de l'éducation
qui embarqué à travers des partenaires ?
et c'est beau? c'est comme très Gatineau-
Est. Je pense qu'à partir de cette année, le
ministère de l'immigration s'intéresse pour
ce service alors ils vont commencer à
évaluer la faisabilité d'un financement pour
ce projet. Parce qu'auparavant, personne
s'y intéressait, c'est plutôt le Centre de
famille qui avait attiré l'attention. Mais ils
ont réalisé avec des statistiques et tout ça
qu'accompagner les jeunes dans leur
cheminement scolaire, ça donne des fruits.
Parce que si on pense de la relève, il faut
travailler avec cette relève. On ne peut pas
juste dire que c'est la relève et les laisser à
leur sort. Parce que le stress vient de ne
plus être concentré dans les parents. Les
jeunes aussi ont leur propre stress. Dans
les couloirs de l'école, ne pas avoir d'amis,
ne pas parler la langue, des choses
comme ça qui va nuire à son intégration.
C'est pour ça qu'on essaye de
personnaliser cet accompagnement.

41:06 I - Est-ce qu'il y a une collaboration avec


Ottawa, avec l'Ontario ici ou c'est vraiment
provincial, parce qu'on est très proche?

M - Non c'est provincial. On a essayé de Essais entre Ottawa et


faire quelque chose avec eux aussi, mais Gatineau n’ont pas
malheureusement, c'est deux pays fonctionné. « On
différents. Il y a une dame qui est appartient au Québec, il
recherchiste à l'Université d'Ottawa qui faut travailler au
avait lancé la Journée des découvertes, on Québec. »
a fait une grande activité à la ville de
Gatineau, où on s'est rassemblés, tous les (Voir entrevue avec
intervenants du milieu communautaire, de Javier qui explique les
l'immigration de Gatineau avec ceux programmes de la Cité
d'Ottawa. On a passé la journée ensemble plus souples que ceux du
en essayant de chercher de quelle façon Qc. Les personnes
on pourrait collaborer. Parce que c'est immigrantes arrivent au
drôle, un client de Gatineau, il peut pas Québec et traversent en
demander des services à Ottawa et un Ontario, plus facile pour
client d'Ottawa y peut pas venir non plus Éducation, opportunités
demander un service ici. Il faut habiter ici d’emplois, salaires)
pour demander ou il faut habiter là-bas.
Mais pourtant, c'est juste une rivière qui Voir rétention.
nous sépare. Mais en fin de compte, on a
trouvé les limites territoriales, chaque
province à son propre ?, chaque province
doit faire son propre plan de travail, alors
nous on appartient au Québec et faut
travailler avec Québec.

42:37 I - Et chaque province espère aussi garder


ses nouveaux arrivants?

M - Oui oui et même on avait discuté à cette “garder ses propres


époque, comment ils ont réussi par exemple la immigrants”
STO et le transport ? puissent laisser passer de
l'autre côté. Alors, on peut peut-être faire ça,
mais j'pense que ça continue encore la
réflexion. Ça fait déjà trois ans qu'on s'est
rencontrés et la dame de temps en temps, elle
nous convoque à rencontrer parce que son
objectif c'est justement ça: briser ces barrières
de ponts. On espère qu'un jour ça puisse
arriver. Parce qu'en tant que territoire,
Capitale nationale, c'est tout et j'pense que ça
serait gagnant-gagnant qu'on puisse faire ça.
Mais pour le moment Non.
43:56 I - Il y a aussi la question linguistique aussi
j'imagine?

M - Oui oui. Parfois, le défi c'est qu'il y a Question linguistique


des familles qui arrivent avec des enfants
anglophones déjà et ils puissent pas
fréquenter une école anglophone, ils
doivent aller au français. Alors ces
familles, elles disent, «Pourquoi je peux
pas aller à Ottawa?»

I - C'est le défi d'être si près d'une


province...

M - Mais c'est un défi et aussi c'est l'avantage. Défis et avantages


Je pense que c'et ça qui attire beaucoup de d’être près de la
monde. On est aussi un pôle d'attraction ici à Capitale Nationale
Gatineau. Je pense; c'est ma vision.
pour les nouveaux
arrivants .Pôle
d’attraction, grâce
aux deux paliers de
gouvernements si
près mais aussi la
situation linguistique,
opportunités
d’emplois.
I - Pour d'autres opportunités, ils sont plus
près; près du gouvernement aussi?

M - Oui oui, j'pense qu'il y a des choses qui


jouent en ce sens.

I - C'est vraiment intéressant, c'est très riche je


trouve comme informations. Je trouve aussi,
c'qu'on a discuté. au début, ces fameuses
catégories-là, j'pense vraiment qu'il faut les
définir pis par rapport à ça, dernière
questions: ces fameuses catégories-là, à
l'extérieur de l'enregistrement, vous me disiez
que des fois faut mettre des limites parce que
des immigrants et non réfugiés vont pas avoir
le même statut, mais ils ont des besoins
similaires parfois, mais c'est quelque chose
auquel vous ne pouvez pas nécessairement
répondre parce qu'ils font pas partie de la
catégorie des réfugiés justement c'est ça que
vous disiez?

45:48 M - Comme on discutait dans la dernière


rencontre, Immigration Canada il a défini
plus d'une centaine de catégories.

Comme on discutait dans la dernière Faire une infographie


rencontre, Immigration Canada il a défini plus des trois types,
d'une centaine de catégories. Pour nous ce qui découlant des 100
est plus important, c'est juste trois. Ça veut
dire: les réfugiés, les demandeurs d'asile, les
catégories
travailleurs qualifiés et les économique, les d’immigration
gens d'affaires. Il y a pas grand monde parmi canada, avec
les gens d'affaires qui arrivent . Ou s'ils histoires?
arrivent, ils ont leur moyens pour s'installer.
Mais travailleurs qualifiés, oui ils arrivent Sensibilisation de la
beaucoup et réfugiés, demandeurs d'asile. En société
fonction de leur catégorie, ils vont avoir accès
à certains droits et à certains Non (noms?). Par
exemple, le demandeurs d'asile a juste droit à
De part et d’autres
son chèque d'aide sociale et à l'aide juridique.
Dernièrement, ils ont ouvert une petite Faire des parallèles
fenêtre pour la francisation juste à temps- Pas comprendre
partiel. Et côté santé, ils sont couverts par
santé intérimaire du gouvernent fédéral. Pour
eux, c'est juste ça. Bien sûr leur demandeur
d'asile, il n'est pas encore résident permanent.
Il n'est pas encore accepté. Ce sont des gens
qui sont entrés d'une certaine façon au
Canada, soit comme visiteur ou soit ils ont
traversé la frontière... et aussitôt rentré au
Canada, ils ont demandé l'asile. Ils sont en
train de demander le refuge. Le temps que le
processus dure, ils vont avoir juste ces droits
restreints. Tandis que le réfugié, il a été déjà
accepté dans son pays d'origine ou dans le
pays où ils ont été réfugiés déjà, pour venir ici,
comme relocalisation. Eux, ils viennent avec
leur statut de résidents permanents et arrivés
ici, ils ont tous les droits qu'ils doivent avoir,
soutien des enfants, les allocations de
logement, tout tout tout... le chèque social et
tout ça. Mais vu qu'ils sont réfugiés protégés
par le gouvernement, dès son arrivée, c'est le
gouvernement qui s'occupe de tous ces
besoins. Ils le font à travers nous. Nous, on est
juste un mécanisme de passage, un pont.
M - Les travailleurs qualifiés, eux-mêmes, ils Les travailleurs
ont appliqué dans leur pays d'origine, ils se qualifiés sont laissés
sont préparés, ils subi des tests linguistiques à eux-mêmes parce
tout ça pour réussir. Et arrivé ici, personne pas
les accueillir, c'est par eux-mêmes qu'ils
qu’on considère
s'installent. Et quand ils viennent ici, on leur qu’ils ont de la
donne des conseils, des références, on les facilité à se trouver
oriente, on va les référer vers différents de l’emploi, parlent
organismes, mais ils pourront pas avoir l'aide la langue. Ils sont
social dès leur arrivée, il faut attendre trois plus autonomes que
mois minimum. Ils pourront pas avoir la carte les personnes
d'assurance maladie, trois mois avant, il faut
réfugiées notamment
garder trois mois en carence. Ils pourront pas
avoir les allocations de logement tout de suite
par l’éducation qu’ils
non plus. Ils vont l'avoir par la suite. Par ont reçu et la
rapport à l'aide sociale, ils pourront appliquer situation politique de
après trois mois. Soutien des enfants, oui ils leur pays d’origine.
l'ont dès son arrivée.

49:43 I - Sont plus autonomes..?

M - Sont plus autonomes, parce que


normalement, même leurs enfants ont été
bien éduqués, leur parcours scolaire a été
différent qu'un réfugié. Tandis qu'un
réfugié parfois, il arrive avec des enfants
illettrés, ou même les parents aussi,
illettrés. Pour apprendre la langue, pour
eux, ça va être plus compliqué.
L'intégration de leurs enfants, ça va être
plus compliqué. Alors ce sont les
catégories principales avec qui on travaille
nous.

Par la suite, il y a les autres catégories qui


sont la réunification familiale, le parrainage
de conjoint, la fenêtre d'?. Chaque chose,
c'est une catégorie, ou on pourrait dire
surcatégorie, ça fait un centaine à peu
près. Mais on le voit pas tous les jours.
C'est juste ces trois qu'on voit presque
quotidien.

I - Une histoire positive, on a vraiment


entendu... au niveau des écoles, vous me
dites qu'au niveau de la sensibilisation
vous voyez une grosse amélioration... Une
histoire positive avant de nous quitter?

I - Une histoire positive, on a vraiment


entendu... au niveau des écoles, vous me dites
qu'au niveau de la sensibilisation vous voyez
une grosse amélioration... Une histoire
positive avant de nous quitter?
M - Oui, on a beaucoup, mais je vais choisir une Oui, ce serait super
famille qui vient de l'Afghanistan, il y a cinq ans
déjà, avec une fille non-voyante. Le service
de rencontrer et
d'intervention scolaire était presque nouveau, mettre en valeur cette
c'était notre première année, 2013. Là, on avait jeune femme 
découvert que le système scolaire n'était pas
préparé pour accueillir ces gens dans ce genre de
situation. Auparavant, ils étaient renvoyés soit à
Montréal, ou ils avaient une entente à Ottawa, pour
que cet enfant puisse être scolarité. Alors, pour moi
c'était un défi que j'avais soulevé et heureusement
avec l'ouverture des commissions scolaires, vu aussi
que eux nous finançaient, on a commencé à
discuter. Ils ont créé un plan. Et toute de suite, il y
avait une famille avec le même besoin alors ils y
avaient deux enfants qui suivaient le cour en braille
à l'école Saint-Jean de Bosco. Cette fille-là avait 12
ans et elle n'utilisait pas la canne non plus. Vous
savez, dans son pays, où il n'y a pas beaucoup de
services, elle n'était pas outillée pour subvenir sa
vie elle-même. Elle attendait le père ou mère ou sa
soeur pour tout. On a fait le lien avec l'école et le
CLSC. Maintenant, elle est à l'école secondaire.
Pour moi c'était quelque chose qui me rendait fier;
que la fille est à l'école secondaire, maintenant elle
a son chien guide. Et elle a participé à plusieurs
reprises au marathon d'Ottawa. Elle est tellement
intégrée, je peux vous dire, c'est une fierté de lui
dire. On a marché avec eux ensemble dès leur
arrivée et on a réussi à ça. C'est magnifique, elle fait
sa cuisine elle-même, son déjeuner, elle est
autonome. Mais à son arrivée, elle était
dépendante 100%, même pas le braille. Et
maintenant, elle lit le braille, elle est active dans le
milieu social, elle a son facebook! C'est
extraordinaire. Si j'avais l'autorisation de vous
donner ses coordonnées, je pourrais le faire, mais
faudrait que je communique avec ses parents ou
elle-même. Mais elle est merveilleuse. Et le
français, elle l'a appris vite vite vite. Son français est
meilleur que celui de sa soeur ainée qui est
voyante. Avec la soeur ainée, on a eu beaucoup de
difficulté pour son intégration à l'école parce que le
français n'était pas pour elle; elle préférait l'anglais.
Mais avec la fille avec le handicap, elle a appris vite
le français, elle parle anglais, parle pachto, parle le
farsi... extraordinaire. Son rêve était de devenir
interprète professionnelle. J'imagine qu'elle va
l'avoir. Et en tant que famille, c'est une famille qui
aussi se laisse aider beaucoup.
55:30 I - Donc vous avez quand même des
nouvelles d'eux?

M - Oui je les suis beaucoup parce que ça


m'intéresse beaucoup de savoir que les
familles soient bien intégrées. Alors, j'avais
mis un accent spécial parce que cette fille
avait ces difficultés, mais aussitôt que j'ai
réalisé qu'elle était débrouillarde, on les suit à
distance, mais parfois, je trouve quelque part
et on jase. Tellement intégrée.

I - C'est vraiment une belle histoire.

M - Des histoires comme ça, on en a Il faut les faire


beaucoup. On a des familles qui arrivent avec émerger, mais en
des gros gros défis, et on arrive à soulever par mettant en relief les
étape et ça s'passe bien. Ce sont des choses
qui nous maintiennent tout éveillé au moins.
services, les manières
d’être et de faire qui
ont permis à ces
histoires + d’exister
I - Pis qui peut-être qui reconfirme toujours
que ce qu'on fait, ça fonctionne.

M - Pour moi c'est réconfortant quand je


vais aux écoles parfois, il y a des petits qui
courent «Hey Martin! Hey!». Les autres
petits qui ne me connaissent pas disent:
«C'est qui lui!?» «Ah c'est lui qui nous a
aidé pour l'école!» Ou dans les
supermarchés, je suis en train de faire
mon épicerie, des gens qui arrivent et
s'approchent «Hey Monsieur Martin!
Comment ça va!» Ce sont des choses qui
nous nourrissent notre intention de
continuer avec eux. Ce que tu fais c'est
quelque chose de positif dans la vie des
gens. Parfois, on réalise pas ça et je
pense que c'est la meilleure chose qu'un
salaire ou...
I - La vraie paye, c'est ça! Ah c'est vraiment
bien. C'est très gratifiant, est-ce qu'on peut
dire ça.

M - Oui oui c'est ça. En tous cas, j'espère que Ah non… 


mon accent n'a pas nuit à la conversation...

I - Ah non pas du tout, vraiment pas! C'est très


riche, merci!

M - J'espère en tous cas que j'ai pu être utile


pour votre recherche et si vous avez d'autres
questions...