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TISSER DES LIENS – VOLET « 

ENTREVUES AUDIO »

Retranscription*
Avec commentaires réflexifs de Marie-Frédérique Lemieux-Simard
Date : novembre 2019

I – Intervieweuse (Marie-Frédérique Lemieux-Simard)


J – Javier Solom

*il reste certainement quelques coquilles et nous nous en excusons…

Légende :
surligné en jaune = thème général
surligné en bleu = illustrations de thèmes généraux

I - [...] Tu viens d'une famille


immigrante ou tu as immigré ici au
Québec?
J - Oui, j'ai immigré au Québec.

00:40 I - Pis aussi t'es intervenant, faque


c'est vraiment une pierre deux coups...
Je trouve que c'est super intéressant,
faque peut-être tu peux me dire c'que
tu fais au centre ou tu peux me parler
de toi aussi...

J - Moi j'ai immigré au Canada il y a


douze ans quand j'avais huit ans.
Alors, j'arrivais comme réfugier
politique, ici dans la région de
Gatineau. J'ai fait ma classe d'accueil,
après ça, j'ai fait mon parcours du
primaire à partir de la 3e année
jusqu'aujourd'hui à l'Université. Alors,
j'ai vraiment fait le parcours traditionnel
d'un jeune Québécois; passer le
primaire, passer les examens au
secondaire pis passer le CEGEP, pis
là je suis à l'Université pis je suis
rendu bien.
J'avais beaucoup de difficulté en Selon Javier, un
français, alors ça, ça a vraiment été un aspect qui facilite le
atout pour ma job avec les jeunes qui contact et l’accès
sont des nouveaux arrivés avec les jeunes est
précisément. Parce qu'ils trouvent un
le fait d’avoir vécu
lien avec moi au niveau des proximités
parce que j'ai encore mon accent
l’immigration lui
espagnol puis je suis à l'Université... aussi.
mais j'ai surmonté mes épreuves
académiques au niveau du français L’aide aux devoirs
écrit, pis ça fait un lien puisque je semble être un défi
motive vraiment beaucoup les jeunes pour les jeunes
avec les devoirs parce que pour les immigrants.
jeunes immigrants, c'est pas facile
avoir accès à de l'aide au devoir parce Le manque de
qu'ils peuvent pas s'payer un tuteur support parfois
normalement, pis parce qu'ils sont
familial,
dans des quartiers où les parents ont
d'autres choses à gérer que le côté
économique et
académique des enfants. Parce que social fait que les
les parents se disent: «Oh, sont à jeunes se
l'école, à l'école on leur apprend tout!» retrouvent souvent
Mais c'est pas vrai parce qu'à l'école, dans des
on encadre pas les jeunes immigrants programmes de
assez, on n'a pas les ressources en ce récupération
moment aux écoles, pis ça fait qu'il y a académique.
beaucoup de jeunes immigrants qui se
retrouvent dans des programmes
spécialisés et qui ne sont pas au
«régulier» quand ils vont au public.

Puis aussi, il y a des jeunes qui se C’est décourageant


démotivent, pis ils sont découragés, pour les jeunes
pis après qu'ils veulent lâcher l'école à d’avoir des retards
14 ans... parce qu'ils réalisent qu'ils académiques
sont en Secondaire 1 à 14 ans, 15 causés par leur
ans, 16 ans, encore. Alors ça, c'est
venue ici.
vraiment décourageant pour eux.
Puisqu'ils n'ont pas de ressources au (Langue, situation
niveau «assistance aux devoirs» pis socioéconomique)
c'est là où la maison de jeunes... moi
je suis dans un quartier, projet
Lambert, j'suis la maison Entrado?, Clientèle de la
j'vais un peu moins à Aylmer, mais à Maison des jeunes
Hull où j'va, 90% de nos jeunes de Hull on retrouve
viennent de l'Afrique de l'Est, Afrique des jeunes de
centrale... Amérique du sud, Colombie, l’Afrique de l’Est,
il y en a quelques uns, pis il y a l’Afrique Centrale,
quelques Québécois. Pis surtout dans
Amérique du Sud
nos jeunes qui viennent d'Afrique
centrale, on voit vraiment la difficulté
et quelques
académique. C'est pas vraiment qu'ils québécois.
sont pas plus vites que les autres,
c'est qu'ils n'ont pas les ressources; « C’est pas
juste avoir un parent qui est là, vraiment qu’ils sont
disponible et qui comprend le français, pas plus vite que
bien, et qui peut les aider, ça serait les autres, c’est
déjà bon, mais ils n'ont pas accès à juste qu’ils n’ont
ça. Pis les parents ne voient pas le pas les
besoin tout de suite d'avoir un tuteur, ressources.» -
pis l'école ne communique pas assez
Javier
bien avec les parents parce que j'le
vois à travers comment l'école ce n'est
pas une priorité. Les jeunes arrivent là Selon Javier,
à 5h, après à 9h, moi je suis là l’école ne
comme: «Est-ce que vous avez fait communique pas
vos devoirs?» Ils sont comme: «Non! assez avec les
Moi j'les fais pas!» Moi j'suis comme: parents pour offrir
«Hum... pas sûr» Donc, là un support
j'accompagne les jeunes qui veulent, académique, ou
mais à la maison des jeunes, on fait encadrer....
vraiment beaucoup avec «Est-ce que
le jeune, ça lui tente de faire ses
devoirs...»; on peut pas vraiment le
forcer à faire ses devoirs... Au niveau
des devoirs, c'est vraiment de quoi que
les jeunes n'ont pas. Mais ça fait un
lien avec moi.
Au niveau des projets, moi j'suis Selon Javier, plus
quelqu'un qui aime ça avoir plusieurs l’individu s’implique
petits emplois. J'aime ça diversifier au niveau social,
donc je travaille dans les écoles dans différentes
primaires, je travaille dans les écoles
instances, plus ça
secondaires, je fais de l'animation pour
Experio, une compagnie
facilite les
d'événements, dans les écoles échanges, les
secondaires et primaires et des rencontres et les
événements pour adultes aussi; donc opportunités.
c'est des jeux à l'extérieur. Pis je fais
pour ? le programme QSF aussi,
Québec sans frontières. Donc, c'est
ma deuxième année que j'fais ça,
j'suis responsable d'équipe. Donc, les
jeunes voient vraiment que je suis
impliqué dans plusieurs choses pis
que j'aime ça parce que j'trouve que
plus tu fais des choses, plus tu vas
rencontrer du monde, plus tu deviens
sociable et c'est là où tu fais des
échanges. Pis moi, je valorise
beaucoup les échanges, alors c'est
vraiment ces côtés là que moi j'motive
les jeunes à «Impliquez-vous!», «Vous
avez ça comme option!», dès que
vous avez essayé ça, «Ok, let's go! On
fait les camps de jour, on peut vous
mettre avec la ville.» Donc là, moi
j'suis vraiment un référence comme
animateur, j'trouve que mon rôle est
vraiment d'écouter qu'est-ce que les
jeunes ont besoin pis essayer de leur
donner les ressources; présenter les
ressources. Exemple: J'prends juste
un de mes jeunes qui est arrivé sans
bottes à la première neige; il est arrivé
en gougounes. Donc là, il est arrivé
nus pieds avec une gougoune, on est
au Québec... pour moi c'est vraiment
inacceptable qu'un jeune arrive en
gougounes à la première neige. J'me
suis dit: «Ok, peux-être il habite
proche.» Deuxième neige, il arrive en
gougounes encore. Une semaine
après, il arrive en gougounes encore.
Pis à chaque fois, on était comme:
«Est-ce que t'as pas des bottes? Est-
ce qu'il y a quelque chose?» Il est
comme: «Oh non non! C'est juste que
j'habite à côté pis j'aime pas ça mettre
mes bottes pour arriver.» Ok, comme
on a commencé à faire la démarche
avec mon organisme pour essayer de
lui trouver des bottes d'hiver... Donc là
on comprend déjà qu'on a un besoin
au niveau de l'équipement pour l'hiver,
avoir un manteau, avoir des bottes,
des tuques, des mitaines; le minimum.
Donc, là on voit vraiment que la culture
de s'habiller n'est pas toujours là, pis
ça on peut pas les blâmer parce que
c'est des nouveaux arrivants.
Pis je suis vraiment en proximité avec Le sport est un bon
les jeunes aussi au niveau des sports. vecteur, comme
Parce que moi, mes collègues, c'est « unificateur
des coachs de basket. Dans les social ».
mercredis sports, on prend les sports -Javier
comme unificateur social; quand on
fait des jeux physiques, ça pogne
vraiment bien les jeunes ça. Les jeux
« On essaye
de cartes aussi... mettons juste jouer à d’intégrer
Trou d'cul, des jeux québécois beaucoup
traditionnels. Au début, ils ne savent d’éléments de la
pas comment jouer à la Cuilière, au culture québécoise
Trou d'cul. Pis comme, on les intègre pour favoriser leur
au niveau de la culture. On fait intégration amis on
mettons des soirées Noël, mais on essayer aussi
n'appelle pas ça Noël, on appelle ça le d’aller au niveau
temps des Fêtes. Pis la cabane à plus pratique,
sucre. On essaye d'intégrer beaucoup
comme faire un
d'éléments de la culture québécoise,
pour favoriser leur intégration, mais on
CV, le marché du
essaye plus d'aller vers la voie travail... » - Javier
pratique; qu'est-ce qui est pratique.
Exemple: le travail, comme faire des
CV, on offre ce service là. Souvent,
dès qu'ils ont 16 ans, ils veulent tout
de suite voir un p'tit emploi, mais il ne
savent pas comment faire un CV, donc
on les aide avec les CV.
07:14 Mais c'est les devoirs, le plus gros Les devoirs et la
besoin que je vois visuellement, c'est discipline à l’école
vraiment les devoirs. La motivation semble être le
académie, l'encadrement, trouver sa besoin le plus
cool l'école c'est dur pis même si nous criant, selon Javier.
les animateurs on essaye de les aider,
on a un taux de participation de 20-30
jeunes par soirée, donc si y'a deux Les jeunes ne sont
jeunes qui ont besoin d'aide, on peut pas assez au
pas être là vraiment parce que, oui je courant de ce que
l'aide... mais des fois, on essaye de les les écoles offrent
parrainer avec un autre jeune. Mais pour les aider au
des fois c'est dur parce que l'autre plan social ou
jeune n'est pas vraiment qualifié pour support
aider, assister le jeune donc comme académique.
des fois, ça clash pis ça marche pas
pis ça décourage aussi parce que les
jeunes se disent: «Ok, il a 16 ans,
pourquoi il est en train de m'aider moi
qui suit en secondaire 1.» Donc moi je
vois vraiment par rapport à ça la
difficulté. Et aussi, juste prendre
l'école, comme avoir du fun à l'école,
utiliser les ressources de l'écoles...
souvent, je remarque que les jeunes
ne sont pas assez informés des
ressources que les écoles secondaires
ont à leur offrir.
08:20 I - Qui sont?

J - T'as le droit d'aller voir un prof pis


lui demander de l'aide. Parce que moi
j'me rappelle que quand j'étais à
l'école et j'avais de la difficulté
'mettons en français, j'allais tout d'suite
mon prof dès le début des étapes pour
leur dire: «Ok, je sais que je suis pas
très fort en français écrit, est-ce que tu
peux me donner des dictées de plus.
Est-ce que tu peux me donner des
devoirs de plus.» Et comme, ça mes
parents ont jamais vraiment payé un
tuteur pour moi; juste j'utilisais les
profs. Encore une fois, moi je suis allé
au privé, donc ça change vraiment
beaucoup pour le secondaire, mais au
CEGEP, j'utilisais ça aussi. Mais là je
vois; ma p'tite soeur de 13 ans me
décrit comme ça se passe à Grande-
Rivière. Elle me dit: «Mon prof de math
n'a pas le contrôle de ma classe.»
Donc là, j'suis comme: «Comment ça
ton prof n'a pas le contrôle de ta
classe?» Là, elle me dit que: «Non,
c'est la débauche dans le cours. Les
profs ne peut même pas nous
enseigner des choses parce qu'on
niaise trop.» Moi j'suis comme: «Ok...
»... parce qu'elle est arrivée à la
maison avec la feuille vide, elle avait
rien fait et je devais lui apprendre la
matière qui n'a pas été présentée par
le prof puisque le prof n'avait pas le
contrôle de la classe. Là moi j'me dis:
«Ok, est-ce que c'est comme ça
partout dans le public? Est-ce qu'il faut
revoir qu'est-ce qui se passe dans les
classes plus souvent. Est-ce qu'il faut
avoir plus de témoignages des
jeunes?» Pis là, plus je vois, plus je
vois mes jeunes qui n'ont pas
confiance dans les profs. C'est pas
que les profs ne font pas bien leur
travail, c'est juste que les jeunes ne
voient pas les profs comme des
ressources.
09:57 I - Est-ce que c'est culturel?

J - Je ne crois pas que c'est culturel, je


crois... c'est culturel dans la mesure où
ils ont des patterns; c'est dans des
quartiers défavorisés, donc peut-être
l'importance de l'école n'est pas aussi
visible, on voit pas l'école comme une
échelle sociale, on la voit plus comme
une obligation. Donc c'est aspect-là de
l'école... je trouverais que si vous
faites des vidéos pour nourrir les
ressources, valoriser les ressources
dans les écoles, allez voir les
ressources plus... Parce que
justement, on a la réflexion encore
dans mon travail par rapport aux
jeunes qui lâchent l'école, par rapport
aux jeunes qui sont découragés avec
l'école, par rapport aux jeunes qui ne
connaissent pas encore les ressources
de c'est quoi les adultes et c'est quoi
les DEP. Puis, je trouve ça dommage
parce que nous aussi, on les connait
pas mieux non plus comme animateur.
Donc, moi mon jeune qui avait 16 ans
pis qui est en secondaire 1... on
essaye: «Non, mais y'a d'autres
choses que tu peux faire. Essaye de
juste avoir ton diplôme. On peut
appeler... T'es pas obligé de continuer
à l'école; l'Université c'est pas pour
tout le monde. Si tu le crois c'est
correct, mais tu peux faire 'mettons
une technique, tu peux faire un DEP.»
Donc là, on essaye de voir les options
avec eux, mais je trouve ça plate
parce qu'ils sont trop jeunes encore
avec 14-15-16 ans, c'est peut-être pas
vraiment toi qui a décidé ça, c'est juste
le contexte dans lequel tu es qui fait
ça.
J - Pis on est dans un quartier où y'a L’environnement
beaucoup de crime organisé, donc là dans lequel le
les jeunes voient des adultes, leur jeune évolue aura
grand frère qui sont dans la fraude et un effet sur ce qu’il
ils font des choses à Montréal, ils
verra d’important
voient pas l'école comme une
ressource parce qu'ils se disent: «Ok,
ou pas, comme
ça sert à rien. Fatmont il a une BMW l’école à terminer
pis il va pas à l'école.» Donc là, on doit versus intégrer le
dealer beaucoup avec ça: comment, crime organisé.
nous, animateurs qui viennent en
autobus, je peux lui faire voir à lui C'est des sacrifices
l'importance de l'école. Lui me voit, je les heures d'étude,
suis à l'Université pis j'arrive en donc on peut pas
autobus, j'ai froid, pis lui il se dit: «Mais vraiment vendre
toi, tu es à l'Université, pis tu arrives l'Université comme:
en autobus pis tu marches... alors que
«Tu vas faire de
mon frère arrive en BMW pis il va
même pas à l'école.» Ou «Toi t'arrives
l'argent tout de
à vélo, moi aussi j'arrive à vélo.» Ils suite. »
nous voient pas comme... Pis je les -Javier
blâme pas parce qu'on n'est pas aussi
cool que ça si on arrive à vélo. Moi je
sais que je suis éco-responsable... Les intervenants
«Non, c'est pour l'environnement...» et sont limités avec le
ils sont comme: «Non, c'parce que t'as nombre de jeunes
pas d'argent.» [rire] C'est vrai que c'est qu’ils peuvent
pas facile de voir que l'Université, les accueillir mais
étudiants on a... c'est pas vendeur dire
aussi le type de
qu'on a une période de notre vie où on
sait qu'on doit investir dans notre
support qu’ils
éducation. C'est des sacrifices les peuvent offrir ;
heures d'étude, donc on peut pas programmes
vraiment vendre l'Université comme: d’aide?
«Tu vas faire de l'argent tout de suite.»
C'est vraiment plus un investissement « Parce que notre
pis c'est investissement, on essaye de mission, en tant
le vendre en motivant les jeunes, en que Maison des
montant des façons performantes de Jeunes, c’est avant
faire leurs devoirs quand c'est des tout d’offrir un
soirées calmes, mais encore une fois,
endroit de sécurité
on est limité par le nombre de jeunes
qu'on a et les ressources qu'on a
pour les jeunes,
vraiment comme programme d'aide. discuter avec le
Parce que notre mission, en tant que jeune et leur offrir
des ressources
maison de jeune, est avant tout d'offrir directes au niveau
un endroit de sécurité pour les jeunes, de l’éducation
discuter avec le jeunes et leur offrir sexuelle et au
des ressources directes au niveaux de niveau de la
l'éducation sexuelle, au niveau de la
sécurité. »
sécurité; s'il y a un contexte dans le
quartier qui se passe mal. On est
-Javier
vraiment plus un endroit de sécurité
pour eux où ils peuvent nous faire
confiance; on gagne beaucoup leur
confiance et parce qu'on a leur
confiance, on peut pas toujours leur
taper sur les doigts avec les devoirs,
parce qu'il faut vraiment pas vraiment
les juger, il faut plus les aider. On n'est
pas moralisateur vraiment.
J - Moi je trouve que si on arrivait
vraiment à améliorer quelque chose,
c'est vraiment les options au niveau
académique... leurs ressources
académiques. 'Mettons un Allô Prof...
Ces ressources-là, on les voit
vraiment, mais elles sont pas utilisées
pour eux.
I - Est-ce que ça prendrait une
ressource académique comme ça,
comme Allô Prof, mais adapté aux
personnes immigrantes peut-être? Des
gens qui sont formés justement pour
répondre aux besoins des personnes
immigrantes qui ont justement, le
français c'est une deuxième langue,
qui ont pas le même système scolaire
peut-être dans un autre pays ou
quelque chose comme ça...?
14:21 I - J’ai une question pour toi, par
exemple, en lisant les ?, tout ça, des
gens qui proviennent du milieu
scolaire, je lisais beaucoup qu'au
niveau de l'information, les jeunes
arrivent souvent, sont pas au courant
du système scolaire québécois. C'est
tu quelque chose que toi tu entends?
Tsé, qu'ils pensent qu'ils vont arriver à
l'Université, mais finalement, sont en
secondaire 3... est-ce que c'est
quelque chose que tu... au niveau de
la déception, des attentes des
jeunes...?
J - Je le vois souvent. J'ai beaucoup
de jeunes, c'est justement ça, ils
arrivent, ils sont en Afrique en
secondaire 5, ils arrivent ici, ils sont en
secondaire 2. Pis là, ils blâment
beaucoup le système québécois, ça
les frustre beaucoup parce que c'est
long les adultes; le système aux
adultes, c'est pas un système qui est
performant... moi-même je suis allé
aux adultes, pendant une session,
faire mes maths, mes sciences fortes
de 4 pendant que j'allais au
secondaire. Mais moi, encore une fois,
j'étais vraiment motivé, j'allais à l'école,
pis après, j'allais aux adultes faire mes
maths fortes pour après venir à l'école.
J'étais aux adultes, pis je voyais
vraiment comment c'est décourageant
parce que c'est des livres pis si tu y
vas le soir, c'est juste des livres, y'a un
prof et tout le monde est en silence, on
travaille, mais y'a pas l'aspect social
de l'école. L'école sans l'aspect social,
c'est plate! Pis il faut parler à l'école,
pis c'est là où tu te découvres, tu vois
des gens, tu côtoies, tu échanges, pis
c'est ça qui est l'fun de l'école.
Pis même, l'opposé: quand tu vas à « Pis nos jeunes
l'école aux adultes de jour, j'y suis pas africains, ils viennent
allé, mais j'ai côtoyé beaucoup de pour une vie
personnes qui y vont, et je vois mes meilleure, mais ils
jeunes qui y vont, c'est pas une course voient qu'à l'école, ça
vers les haut. À l'école traditionnelle, marche juste pas.
y'a des gens qui ont des objectifs, qui C'est un système
ont des buts. Exemple: Moi, je veux vraiment compliqué
être diplomate, moi je veux être pis on peut pas
médecin... même si des fois, sont loin vraiment les faire
par rapport aux capacités qu'ils ont, ils sauter à l'année où
ont des buts, donc tout le monde ils étaient parce qu'ils
essaye de remettre les travaux à n'ont pas les acquis.
temps, ou s'ils les remettent pas à « 
temps, au moins dans la semaine -Javier
d'après. Y'a une pression de groupe
qui va vers la réussite. Tandis que là,
je vois mes jeunes, pis aux adultes, Selon Javier, une
c'est pas une course vers le haut. mise à niveau des
C'est plus comme: «Ah non, inquiète- jeunes immigrants
toi pas, dans 8 ans tu vas finir...» Donc devrait être préparée
là, les jeunes se mettent à calculer et à l’avance... juste
se disent: «Ok, je vais finir le faire une mise à
secondaire à quoi? 25-26 ans?» Pis ça niveau « à froid »
les décourage vraiment. Pis nos pour placer ces
jeunes africains, ils viennent pour une jeunes dans l’année
vie meilleure, mais ils voient qu'à secondaire où ils
l'école, ça marche juste pas. C'est un doivent être devrait
système vraiment compliqué pis on être préparée et
peut pas vraiment les faire sauter à étudiée à l’avance,
l'année où ils étaient parce qu'ils n'ont ce qu’un programme
pas les acquis. C'est pas une question gouvernemental
de «le système québécois est pourait faire ou offrir
méchant, ils les envoient derrière.» (préparation,
C'est parce qu'il y a des examens... ok expliquer ce à quoi le
peut-être, je trouve que la préparation jeune peut s,attendre
pour les examens n'est pas bien faite. dans son examen de
Ça c'est parce que je vois mes jeunes mise à niveau, etc.)
qui se préparent pas, «Non! Demain,
j'ai mon examen de mise à niveau.» Je
suis comme: «T'as tu étudié?» Ils sont
comme: «Ah non, non.» Mais c'est
normal, même si tu prends un jeune
Québécois qui a fait l'école
traditionnelle jusqu'en 5, t'attends un
an et tu lui refais passer l'examen sans
aucune préparation, c'est clair qu'il
coule. Donc, est-ce que pour faire la
mise à niveau des jeunes arrivants,
est-ce qu'il faudrait peut-être faire un
cours de mise à niveau justement pour
faire la mise à niveau? Ça, je trouve
que ça serait une ressource qui
n'existe pas. Cette mise à niveau là,
cette préparation pour le cours de
mise à niveau ne se fait pas.
La classe d'accueil est axée sur le « Les jeunes
français. Moi j'ai fait la classe d'accueil arrivants, ils ne
pis j'étais vraiment préparé pour veulent plus
surtout le français, pis même que vraiment grandir
quand j'ai fait ma classe d'accueil, j'ai
intellectuellement,
perdu une année académique parce
que c'est juste du français... pis c'est
ils veulent juste
correct. Mais la mise à niveau au être dans le
niveau des jeunes ados est difficile... pratique, le
Je prends juste un de mes jeunes qui concret. » -Javier
a 19 ans, il vient plus dans la maison
de jeunes, mais je le vois encore dans
le quartier, pis il va encore aux
adultes, pis il est en secondaire 1
encore... à 19 ans. Pis lui, c'est
vraiment quelqu'un qui, à un moment
donné, il a commencé à travailler dans
la construction, pis là, on a juste peur
que: la construction, ça fait de l'argent,
pis là après on va mettre de côté
l'école parce que t'as pas l'temps, tu
veux grandir, tu veux t'épanouir
comme personne, même si tu vois pas
le côté philosophique de la chose. Ils
n'veulent plus vraiment grandir
intellectuellement, ils veulent juste être
dans le pratique, le concret. «Ok, j'ai
fait de la peinture, je me fais payer,
donc je suis un peintre.»

18:28 I - Y'a plus d'intérêt à finir l'école... si tu


fais 30$ de l'heure...

J - Non, c'est ça... Donc là, c'que j'vois L’accès aux


souvent, c'est que nos jeunes s'en métiers serait plus
vont à Ottawa, dans le système facile et accessible
académique de l'Ontario parce que ça en Ontario. « Donc
d'l'air que ça monte mieux. Moi je
déjà, la Cité leur
connais pas personnellement le
système de l'Ontario, mais je sais que
promet que s’ils
j'ai quatre jeunes qui ont lâché les finissent la mise à
adultes ici pis sont allés en Ontario, pis niveau qu’ils ont à
ça l'air que ça monte plus. Pis ça les faire, ils rentrent à
motive parce qu'ils ont eu un La Cité. » -Javier
partenariat à leur école avec La Cité
collégiale. Donc déjà, La Cité leur « Mais pour la
promet que s'ils finissent la mise à préparation des
niveau qu'ils ont à faire, ils rentrent à jeunes qui suivent
La Cité. Donc déjà, c'est plus concret le système ici,
pour eux. Genre, je vois des jeunes Arrivés au Québec,
qui arrivent avec leur pamphlet de La c’est vraiment
Cité... sont comme: «Oui, c'est dur. » -Javier
vraiment cher, mais on va prendre des
prêts pis on va l'faire.» Pis déjà là, on
voit plus d'encouragement au niveau
académique. Mais pour la préparation
des jeunes qui suivent le système ici,
arrivés au Québec, c'est vraiment dur.
19:22 I - Si, supposons, t'avais un vidéo à
faire. 'mettons, juste dans le contexte
de la maison des jeunes, parce que je
sais que tu travailles aussi dans
différents autres endroits... si t'avais un
vidéo à faire, est-ce que tu le ferais
pour les intervenants ou tu le ferais
pour les jeunes?
J - Je ferais pour les deux, mais pour
les intervenants, ça serait complexe
parce que les ressources, on peut bien
les voir, les comprendre, mais on les
représentera pas de façon visuelle.
Les jeunes, c'est vraiment avec le
visuel, ça doit être un vidéo qui est
court parce que leur intérêt, ça s'perd
vite... on a essayé de faire des vidéos
avec eux et dès que ça dure plus que
deux minutes, sur n'importe quel sujet,
que c'est pas des animés, boom, on
les perd. Pis c'est normal, on n'est pas
dans un milieu académique dans les
maisons des jeunes. Tenir les jeunes
assis, en train de regarder, ça marche
pas. Des formations... peut-être si les
vidéos c'est pour nous former, nous, à
comment faire un atelier en cercle,
avec les jeunes, où on anime une
discussion, pis ces discussions-là sont
faites à travers un jeu, ça, ça marche...
comme un jeu de carte ou un jeu X.
I - Plus disons, un vidéo de
sensibilisation pour les intervenants
sur un certain sujet ou un vidéo pour
les jeunes sur justement la réussite
scolaire ou tsé, mais comme tu dis,
après deux minutes... Mais ça serait
ça, ça serait pas un vidéo de 10
minutes. Nous c'est vraiment
quelques...
J - Moi je trouve que c'est mieux de « Je suis
miser sur les jeunes si c'est un vidéo immigrant, j’ai
concret sur les jeunes. Pis que ça soit passé à travers ces
faire par et pour... que les jeunes se processus-là, pis je
sentent identifiés. C'est ça qui est dur
galère encore
un peu avec ça. Le lien 'mettons que
moi j'ai avec les jeunes, c'est plus
parce que j’ai pas
concret parce qu'ils me voient; je suis encore de BAC, je
immigrant, j'ai passé à travers ces suis en deuxième
processus-là pis je galère encore dans année en science
ce processus-là parce que j'ai pas politique, mais je
encore fini mon BAC, je suis en vais
deuxième année en science politique, éventuellement
mais je vais éventuellement arriver à arriver à mn but. » -
mon but, je travaille là-dessus pis les Javier
jeunes, ils se sentent identifiés. Mais
j'ai l'impression que si on fait juste une
formation à tous les animateurs, avec
une vidéo, ça va être plus abstrait.
Pis encore une fois, les ressources au Vidéo : en montrant
secondaire ne sont pas visibles. Parce aux enseignants la
que ça serait l'fun qu'on aille... nous réalité des jeunes...
les animateurs on peut le voir dans un
pamphlet où on peut référer par école.
'mettons, c'est qui la personne
« Des fois, les
ressource dans les écoles, qu'on fait
juste dire: «Ok, tu peux aller voir professeurs
Madame Monique...» Mais, ça va pas mettent des notes
être aussi concret que si on impact? pis ils ne se
pour les jeunes. Pour moi, je trouve rendent pas
que c'est vraiment les jeunes qu'il faut compte du contexte
toucher, pis là si vous le temps, les social des jeunes. »
animateurs aussi. Parce que c'est sûr, - Javier
on va apprendre, mais comme avec
des discussions, je trouve que ça
serait plus facile de se faire des
réflexions. Comme dans une réunion
d'équipe, une réflexion sur comment
on peut améliorer la situation; des
pistes de réflexion, ça marche bien
ça... des mises en situation. Pour les
jeunes, je trouve que c'est plus qu'un
vidéo qu'il faut. Ou si les vidéos vont
aux enseignants. Comme en montrant
aux enseignants la réalité des jeunes.
Pourquoi le jeune... pourquoi la
moyenne de la classe dans un cours
est de 20-30%. Des fois, les
professeurs mettent des notes pis ils
se rendent pas compte du contexte
social des jeunes.
Les jeunes du Projet Lambert, « On ne peut pas
pourquoi, ils ne réussissent pas aussi comparer
bien que les jeunes du Quartier l'infrastructure
Plateau? Ils ne se posent pas la éducative du Québec
question: d'où viennent ces jeunes? à celle de la
Et, un jeune immigrant, s'il s'adapte à République
vite un système qui n'est pas le même. démocratique du
Comme, on ne peut pas comparer Congo. C'est
l'infrastructure éducative du Québec à vraiment pas la
celle de la République démocratique même chose. Tu
du Congo. C'est vraiment pas la même vois, c'est des jeunes
chose. Tu vois, c'est des jeunes aussi aussi qui ont dû
qui ont dû traverser les frontières, qui traverser les
ont passé par des processus de frontières, qui ont
réfugiés... ça fait que tu peux pas passé par des
forcément aller à l'école à tous les processus de
jours si t'as une condition de vie réfugiés... ça fait que
incertaine... si tu étais au Congo et tu peux pas
après tu vas en Ouganda, pis après tu forcément aller à
vas au Rwanda, pis tu finis en l'école à tous les
Tanzanie pour éventuellement finir en jours si t'as une
Afrique du sud, pour venir ici. Parce condition de vie
que c'est le parcours d'un de nos incertaine... si tu
jeunes. étais au Congo et
après tu vas en
Ouganda, pis après
tu vas au Rwanda,
pis tu finis en
Tanzanie pour
éventuellement finir
en Afrique du sud,
pour venir ici. Parce
que c'est le parcours
d'un de nos jeunes. »
-Javier
Pour moi c'est clair, et à moins que, si Vidéo : « ça soit
on vise les animateurs ou les vraiment de leur
intervenants, ça soit vraiment de leur montrer la réalité
montrer la réalité de leurs jeunes. de leurs jeunes »
Parce que c'est pas tous les -Javier
animateurs qui comprennent aussi
bien la réalité de nos jeunes. Exemple:
dans la maison de jeunes où on
travaille, si y'a Sébastien Beaugelin,
c'est un Haïtien, lui aussi a passé à
travers le processus, y'a [?] qui a aussi
[?] à l'UQO. On est la maison des
jeunes avec les trois intervenants qui
vont à l'UQO. Les autres maisons de
jeunes, y'ont fini les techniques, mais
y'ont pas fait les processus
d'immigration.
24:14 I - Sont Québécois... y'ont pas la
même compréhension du processus.

J - Sont Québécois d'origine Les valeurs, et la


québécoise aussi. Parce que moi je posture change
dis aux jeunes aussi... même le lorsqu’on est
nationalisme aussi, c'est une question immigrant. « Donc
tellement drôle parce que 'mettons,
là, on commence à
moi je me considère aussi Québécois
pis je suis arrivé il y a 13 ans. Donc là,
voir qu’être
on commence à voir qu'être québécois, ce n’est
Québécois, ce n'est pas naître sur le pas naître sur le sol
sol québécois, c'est adhérer aux québécois, c’est
valeurs québécoise. C'est faire partie adhérer aux
du système québécois, c'est intégrer la valeurs
nation et que cette nation-là, on a un québécoises. C’est
territoire. Donc là, déjà en partant, faire partie du
juste en nommant les choses système
comment elles sont, ça voit une vision. québécois, c’est
Pis là, ils sont comme, je les mélange
intégrer la nation et
tous: «Non, j'ai immigré au Canada,
pas au Québec.» Donc là ça lance le
que cette nation-là,
débat. Pis ça c'est vraiment cute de on a un territoire. »
voir des jeunes qui défendent le -Javier
Canada quand ils parlent même pas
anglais. C'est juste cool de voir
comment ils ont une vision de «Non
non non non non, on n'peut pas se
séparer» parce qu'ils ont la vision de
stabilité vraiment importante. Pis c'est
juste beau de voir les discussions...
Moi je trouverais aussi qu'une bonne
chose pour faire la vidéo serait d'aller
voir nos jeunes! Juste leur demander
c'est comment à l'école. Pis on va voir
aussi... pis pas des questions:
«Comment va l'école?!» parce que
déjà là, ils vont être déstabilisés. C'est
plus des questions de: «C'est
comment que ça se passe dans ton
cours de mathématique. Comment ça
se passe dans ton cours de français.
Pourquoi, tu te retrouves 8 fois en
retenue dans une semaine.» Des
questions vraiment concrêtes sur
«c'est quoi leur vrai réalité.» Parce
que, c'est pas juste «c'est quoi quand
tu vas au dîner?» C'est: «Qu'est-ce
qu'il se passe dans une classe?
Pourquoi dans cette classe-là, tu n'as
pas pris de notes?» Pis ça, c'est des
choses que je vois de mes jeunes. Oh!
«Pourquoi, si tu as une présentation
orale, tu veux pas te forcer pour bien
la faire?» J'avais des jeunes, on faisait
une présentation orale, pis ils voulaient
pas qu'on mette des beaux mots parce
qu'ils allaient avoir l'air trop intelligent.
Ils ont peur d'avoir l'air intelligent. C'est
comme s'ils se mettent déjà dans une
case où nous, on est pas capables
d'être meilleurs que les autres.
C'est pas tous les jeunes qui se font Ici, Javier fait
répéter ça pis moi, ma mère aussi était référence au
venue à l'UQO, pis on a pas le même sondage que nous
milieu. Moi oui, je suis un réfugié avons distribué
politique, déjà là-bas c'est différent;
auprès de
mon parcours personnel c'est vraiment
politique. Mes parents sont des
différents milieux
avocats. Sont venus à l'UQO, ils ont intervenants, il y a
fait des maîtrises pis après ils sont participé aussi.
partis. Comme, mon père, c'est le Il propose que pour
président d'un syndicat de l'Outaouais, mieux comprendre
la CSN. Donc, ça fait vraiment que j'ai la question des
eu un milieu familial axé sur «On ne te ressources, nous
mets pas de pression sur l'éducation, devrions
mais on te fait comprendre pourquoi questionner les
c'est important.» Pis ça c'est vraiment jeunes davantage.
de quoi que moi... j'ai pas l'anxiété de
performance, c'est plus je suis là, je
suis la vague pis je prends les
« Comme le
ressources avec lesquelles je me sondage que vous
sens à l'aise... pis j'en prends et j'en avez fait, mais plus
laisse. Mais cette maturité-là, d'en personnaliser les
prendre et d'en laisser, je trouve que entrevues. Ça
ça vient avec la sensibilisation. Y'a des serait vraiment utile
gens avec qui je parle pis qui viennent de comprendre
et même s'ils sont fatigués ils sont pourquoi les jeunes
comme: «Non non non non non, viens, ne passent pas une
aide-moi à faire les devoirs.» Pis là, on heure à faire des
va le faire. Mais cette volonté-là chez devoirs ou pourquoi
les jeunes, c'est dur, ça part du milieu les jeunes n’ont
familial. Donc peut-être aussi voir des pas l’aide dans les
parents particuliers, je sais pas.
matières où ils
Comme le sondage que vous avez fait,
mais plus personnaliser les entrevues.
coulent trois fois. »
Ça serait vraiment utile de comprendre -Javier
pourquoi les jeunes ne passent pas
une heure à faire des devoirs ou
pourquoi les jeunes n'ont pas l'aide
dans les matières où ils coulent trois
fois. Parce qu'on les voit venir dans un
parcours académique... si on voit que
tu as 30% en science la première
étape, 30% la deuxième étape, la
troisième, on s'attend pas à avoir un
100%, c'est vraiment une course vers
le bas.
27:45 Pis aussi, dans le régulier, on voit
aussi des jeunes qui ont doublé, qui
sont plus vieux pis qui sont avec des
jeunes de 12 ans. Ça aussi ça fait des
influences négatives. Pis le prof peut
pas vraiment contrôler ça pis c'est une
question de ressources; je le vois à
travers leurs témoignages à eux.
Quand ils m'ont dit qu'il y a des jeunes
qui skippent pis qui appellent eux-
mêmes l'école pour dire qu'ils sont pas
là, pis qu'ils s'en vont avec son copain
de 16-17 ans qui va plus à l'école.
Donc là, ça rentre dans le complexe.
Pis aussi, on voit des jeunes qui sont
aux adultes pis qui sont découragés,
donc là ils commencent à aller dans la
vente de choses... ils finissent à
Ottawa en train de vendre des
substances illicites. Nous, on peut
pas... on est dans une maison de
jeunes, donc nous on prend les
témoignages, on rapporte, mais on
peut pas vraiment aller...
I - ... faire autre chose...

Ouin, nous on marche avec réduction La nutrition et la


des méfaits. Mais, on le voit que leur compréhension ou
environnement; ils voient beaucoup de même l’accès à une
choses qu'ils ne devraient pas voir ou, alimentation saine
que les jeunes qui sont dans des est abstraite pour
quartiers plus stables ne voient pas beaucoup de jeunes
forcément. 'mettons, avoir faim, c'est immigrants.
un contexte que nos jeunes, y'ont faim.
Comme moi j'arrive pis là y'a des « Si c'est abstrait
jeunes qui sont là «Oh j'ai vraiment dans nos pays du
faim, j'ai vraiment faim!» Mais là, nous, sud, quand on vient
on n'est pas une banque alimentaire; ici pis on est dans
on est une maison de jeunes. Mais, on des quartiers
doit vivre avec des jeunes qui ont faim. défavorisés où on est
Pis juste le fait que nos jeunes ghettoïsés, on est
mangent pas tous... pis quand on vraiment à part — le
commande d'la pizza, ça fait qu'y'a des quartier Lambert
jeunes qui sont vraiment heureux pour c'est un désert
la pizza. C'est peut-être les besoins alimentaire; à un
aussi au niveau alimentaire. Pis on a rayon d'un kilomètre
eu des nutritionniste qui sont venus, y'a pas de fruits frais.
des jeunes nutritionnistes, pis ils se Donc là, je vois mes
rendent tout de suite compte que jeunes puis je me
l'assimilation des légumes; c'est quoi dis: «Ok. C'est
bien manger pour eux, c'est vraiment normal quils n’ont
abstrait de c'est quoi une alimentaire pas les légumes,
complète. C'est quoi le guide qu'y'ont pas la
d'alimentation, c'est pas par culture du couscous
pourcentage, c'est pas portion. Voir avec pois chiches.
l'alimentation des jeunes c'est C'est normal que les
complexe. J'ai fait de la nutrition sources de protéines
populaire cet été en Bolivie pis je pour eux c'est juste
voyais vraiment comment c'est abstrait du poulet, du poisson
là-bas aussi. Pis je me dis: «Ok, c'est ou de la viande.»
vrai!» Si c'est abstrait dans nos pays -Javier
du sud, quand on vient ici pis on est
dans des quartiers défavorisés où on
est ghettoïsés, on est vraiment à part
— le quartier Lambert c'est un désert
alimentaire; à un rayon d'un kilomètre
y'a pas de fruits frais. Donc là, je vois
mes jeunes puis je me dis: «Ok. C'est
normal qu'ont pas les légumes,
qu'y'ont pas la culture du couscous
avec pois chiches. C'est normal que
les sources de protéines pour eux c'est
juste du poulet, du poisson ou de la
viande.» Ils ne voient pas les
substituts. C'est curieux, comme moi
j'aime beaucoup cuisiner des salades,
je suis vegan, donc là déjà en partant,
je les déstabilise encore.
[Jeune: ]«Comment tu peux être
vegan?! Vegan c'est une affaire de
blancs!» Pis là les jeunes commencent
déjà à avoir des proximités. C'est
curieux pour eux, je suis un
personnage qui arrive pas de marque,
qui mange pas de viande pis qui arrive
à l'Université, pis qui arrive en vélo
quand il fait froid.
30:53 I - Tu viens un peu déstabiliser leur
vision... c'est super!

J - Ils se demandent pourquoi il se dit


Québécois quand il est Colombien! ...
Parce qu'il y a un projet politique qu'on
peut pas faire en Colombie, y'a des
choses qu'on est chanceux d'être au
Québec pis j'improvise ça mais des
fois le Québec nous accueille pas
forcément bien au niveau académique.
On ne valorise pas nos acquis. Quand
un immigrant est accepté au Québec,
on n'est accepté, mais au niveau de
l'intégration académique, on dirait que
c'est fait en sortie qu'on aille travailler
dans les techniques et les DEP. Ce
n'est pas axé sur: «Ok, on va te
montrer comment tu vas réussir et tu
vas avoir une mise à niveau pour être
à un niveau compétitif avec les
autres.»
Pis y'a des programmes vraiment
croches, j'ai oublié leur nom, mais ils
initient les jeunes tout d'suite au
monde du travail. Donc, ils sont au
secondaire, mais y'ont des stages
dans des restaurants. Comme ça, je
trouve ça inacceptable pour des
jeunes. Pis eux, ils le voient, ils sont
des stagiaires au St-Hubert en train de
laver des assiettes. Ça prend pas un
stage pour laver des assiettes! À la
limite, apprends-nous des choses pis
après ça, envoie-les là à laver des
assiettes qu'ils soient rémunérés...
mais non! C'est un stage, ils sont pas
rémunérés pis ils lavent des assiettes,
ou ils nettoient les affaires de la caf.
C'est vraiment dénigrant pour un
enfant de laver des assiettes et pas
être rémunéré. Pis de ramasser la
cafétéria juste après que les jeunes
ont mangé.
32:30 I - Ça donne pas le bon signal en fait.
Ça l'incite pas à aller travailler ailleurs
ou étudier plus loin peut-être?

J - Exactement... si on veut vraiment


faire de quoi, il faudrait vraiment
regarder dans l'étude, aller se
questionner dans les écoles, aller voir
c'est quoi leur programme pis poser
des questions par rapport au
programme. Parce que, autre que
régulier, les programmes qui sont... j'ai
oublié le nom du programme... y'a des
programmes qui sont à côté que j'ai de
la misère à retenir parce que c'est des
lettres, pis les jeunes savent même
plus ils sont dans quel niveau, ils sont
comme «Je suis là...», pis ils peuvent
plus se comparer aux autres. C'est pas
1-2-3-4-5. Je sais pas c'est quoi le
nom, mais les programmes alternatifs
qui ne sont pas réguliers. Faudrait aller
voir ça, pis poser des questions plus
aux jeunes.
Pis les animateurs, on pourrait avoir Selon Javier,
comme ressource, de connaître bien le Certaines pratiques
processus d'immigration académique. sont
Honnêtement, on le connait pas. On discriminatoires,
sait juste qu'ils ont une mise à niveau.
tant pour les jeunes
On sait pas c'est quoi les critères dans
cette mise à niveau pis on sait pas
immigrants que
comment bien les accompagner dans leurs parents quant
cette mise à niveau. On peut juste au choix de
apprendre de leurs témoignages pis carrières ou
les écouter, leur montrer les options d’orientation à leur
qui s'offrent à eux au niveau des DEP, arrivée : les métiers
des techniques... les autres qui sont demandant
programmes X qu'on ne sait pas physiquement sont
qu'est-ce que tu peux devenir avec ça, bien souvent ceux
comme l'importance d'avoir des gens qui seront occupés
qui sont manuels; comme l'[?] ne
valorise pas ça... on ne dévalorise pas par des personnes
les menuisiers, on ne dévalorise pas immigrantes,
les électriciens... Au contraire, on dit nouvellement
que c'est de quoi qui est vraiment arrivées.
rentable, mais on leur met l'enjeu de
c'est physique. C'est pas tout l'monde
qui est fait pour du physique, mais si
t'es fait pour du physique, comme
musculairement t'es à l'aise à vivre
une vie de charge, tu peux l'faire pis
on en a besoin de personnes de
même dans la société québécoise.
Mais faudrait pas juste les limiter, les
envoyer tout de suite par défaut là-
dedans parce que c'est juste
discriminatoire.
34:54 I - Ça m'intéresse de savoir: est-ce
que tu as en tête un exemple, une
situation qui s'est bien terminée pour
un jeune par exemple, à la maison des
jeunes... qui est arrivé et qui avait des
défis disons et que, le processus s'est
vraiment bien terminé pis tu vois ce
jeune-là aujourd'hui pis tu te dis
«Wow!»? Est-ce que tu as un exemple
d'un défi qui s'est traduit en quelque
chose à succès?
J - Oui j'en ai deux... mais, parce que
moi je suis à la maison des jeunes, ça
fait un an et demi, donc je vois les
jeunes, j'ai grandi avec eux aussi, mais
mes jeunes qui étaient plus vieux, ils
sont partis. Donc moi, j'accompagne
une nouvelle batch; y'ont 12-13-14
ans. Donc, j'ai pas encore des jeunes
qui ont fini bien, mais je vois des
jeunes qui se sont améliorés, qui
réussissent mieux à l'école. Je pense
juste à un de mes jeunes qui s'appelle
Jeffy, lui avait un peu de difficulté à
l'école, pis là il fait ses devoirs avec
nous et là, ça va vraiment mieux. Pis
avec le basket, c'est une motivation de
plus; tu vois qu'il gère vraiment mieux
son temps, même s'il est en
secondaire 1 parmi les [?] pis il n'est
pas en situation d'échec nul part. Ça
c'est déjà une réussite pour nous, ça
nous encourage parce que son
meilleur ami lui, il ne réussit pas bien.
Donc là, on voit que, parce que lui il
prend la peine au moins de regarder
ses devoirs, de les faire... des fois il
les fait vite, mais au moins, il les fait.
Ça change beaucoup. Pis ça c'est
vraiment un cas qui s'en va vers le
mieux, plus il grandit.
Pis aussi, on a un autre jeune qui avait
de la difficulté avec la justice, il a eu un
cas avec la police... il s'est amélioré,
mais ça c'était un facteur externe. Au
niveau juste, des fois, il rencontre
quelqu'un pis ça le motive. Il était
vraiment un jeune rebelle, il se
considérait vraiment rebelle. Pis il est
encore un peu rebelle, mais il se tient
avec des fréquentations qui l'élèvent
vers le mieux. Nous, on essayait de
l'amener vers le camp de jours pis il
s'est fait refuser au camp de jour parce
que son agent de probation lui a
interdit parce qu'il n'avait pas fini ses
heures de travaux communautaires.
Mais échec là qu'il a eu de ne pas
rentrer au camp de jour, quand on l'a
vraiment motivé pour qu'il s'implique,
ça l'a fait réfléchir que la voie qu'il
menait faisait qu'il allait se faire refuser
des emplois l'fun qu'il pouvait avoir.
Donc ça, c'est un échec qui a mené
vers un positif parce qu'après ça, il
s'est repris vraiment lui-même, y'a
compris. Pis après ça, il a eu une
copine qui va au CÉGEP et il s'est dit:
«Non, j'peux pas vraiment... si je veux
vraiment être dans la norme, avoir une
copine de 17 ans pis d'avoir des jobs
comme les jeunes de 17 ans au camp
de jour ou des jobs avec des enfants,
je peux pas niaiser comme ça avec la
justice.» Donc là, il s'est vraiment
motivé pis il a fini son secondaire aux
adultes, mais il était en 4; ça faisait
deux années qu'il était en 4, pis on a
juste vu un changement vers le positif,
avec l'assiduité qu'il a eu à l'école pour
finir, pis là il rentre en technique
policière à l'école en septembre.
I - Wow! C’est cool!

38:12 J - Ça c'est vraiment pour nous une


réussite de voir un jeune qu'on a
accompagné. Moi, j'ai eu la fin de son
processus, quand il avait déjà fait
l'action. Il était dans le questionnement
de «j'ai un casier; une note»; parce
que quand t'es mineur, c'est pas un
casier, c'est une note. «J'ai une note
au dossier, ça me tente pas de faire
les heures communautaires.» Donc là,
nous on a comme: «Ok! Comment on
fait pour que ce jeune-là fasse ses
heures communautaires?» Parce
qu'on peut pas l'obliger. Là on est
comme: «Ok, on va le motiver avec le
camp de jour... Le camp de jour, tu vas
être rémunéré comme ça, on a fait le
camp de jour, c'est vraiment une façon
de t'intégrer avec d'autres jeunes qui
sont motivés, tu vas avoir une vie
sociale.» Pis là, il était vraiment motivé
pour ça, il a fait ses travaux
communautaires... il avait un but. Il a
échoué, nous on savait aussi qu'il
n'allait pas être pris, mais comme, ça
allait l'engage là-dedans. Pis c'était un
move risqué de notre part parce qu'on
savait qu'il allait avoir un échec, mais
on s'est dit: «Non, on va
l'accompagner dans son échec pis on
va lui dire: « Ok, ça pas marché, c'est
pas grave, t'as essayé, t'as fait tes
heures maintenant, on va vers le
mieux.»» Pis curieusement, il est allé
vers technique policière. Donc pour
nous, c'est vraiment une bonne
histoire.
39:18 I - Vraiment, vraiment. Y'a quelque
chose, je suis curieuse sur un truc.
Rapidement, peux-tu me dire ce qui en
est des jeunes filles? Parce que
j'entends beaucoup les jeunes garçons
pis peut-être qu'ils s'identifient
beaucoup à toi aussi?
J - Les jeunes filles, ça c'est une autre C’est difficile de
histoire. Dans le quartier où je suis, trouver des
quand je suis arrivé, on était dans une intervenantes
transition, de y'avait pu de filles. Où s'il féminines pour la
y en avait, elles venaient peu à peu.
clientèle du même
Mais là, on a réussi à avoir plusieurs
filles, mais là l'animatrice fille est partie
genre, à cause de
parce que c'est rough pour une fille la tendance
d'être dans un milieu aussi machiste. machiste qui règne
Parce que nos jeunes ont encore leur à la Maison des
autre culture où la place de la femme Jeunes.
n'est pas là même... on a des débats à
propos de la femme pis la femme... « On a des débats
c'est dur quand des filles africaines à propos de la
encouragent la supériorité de l'homme. femme. C’est dur
Pis la supériorité physique c'est quand les filles
vraiment mis en valeur et ça c'est
africaines
vraiment parce que, dans la société
congolaise, de ce que j'ai compris
encouragent la
avec les jeunes, la place de l'homme supériorité
fort est vraiment importante. Donc, (incontestable) de
être une femme, ça te met une l’homme. Donc,
position d'infériorité par rapport au être une femme, ça
travail. Donc la violence économique, te met en position
ça se fait par rapport à là. Mais dans la d’infériorité par
société québécoise où l'on est, on n'a rapport au travail.
pas vraiment besoin, donc là on Donc la violence
essaye de parler avec eux pour économique ça se
renforcer la place de la fille. Pis là, on
fait par rapport à
a eu des filles qui sont arrivées, mais
on en a des soit trop jeunes, soit trop
ça. » - Javier
grandes. Donc, ils n'ont pas un unité
avec les filles. On a des filles de St-Jo
qui viennent s'amuser avec nos
jeunes, mais là, ils ont commencer à
faire la fête un peu. Eux ça va bien à
l'école; les filles de St-Jo... là on va
vraiment encore la différence entre
nos filles qui vont à l'école privée puis
nos filles qui vont à l'école publique.
Nos filles de 14-15-16 ans qui vont à
l'école privé, eux au niveau
académique ça va bien... au niveau de
la vie sociale, ils ont des contextes
familiaux différents, leurs ressources
au niveaux de l'éducation sexuelle, ça
on en parle... au niveau du rapport
avec la drogue, on en parle... au
niveau de la confiance pis de la
sécurité; de toujours savoir où elles
sont, on en parle... On leur parle aussi
des influences qu'elles ont parce que...
'mettons elles sont en 4e-5e année de
secondaire à 5 jours pis elles
fréquentent des gars qui sont aux
adultes pis qui veulent pu aller à
l'école. Donc là, on essaye de valoriser
ce qu'elles ont accompli en ce
moment, pis de montrer aux gars qu'ils
peuvent rentrer dans l'système, un peu
comme notre jeune d'avant qui a
réussi à se faire rentrer dans le
système... on travaille avec ça.
Mais les filles ont des contextes
familiaux difficiles. Donc ça, c'est un
peu dur. Moi j'ai vraiment une
proximité avec eux. Parce que moi
j'fais mes ongles aussi! Ça fait qu'on
s'fait les ongles des fois! Pis nos
jeunes filles de secondaire 1-2, ça
c'est des filles qui sont dans la même
histoire que les gars. Elles ont doublé
plusieurs fois, pis elles n'ont pas
toujours le contexte familial qui
regarde leur devoir. Donc souvent les
filles, 'mettons la [?] s'appelle: les filles
connes. Donc déjà, on voit que la
valorisation des filles qui sont là, ne se
font pas fort comme ça
Mais les filles ont des contextes
familiaux difficiles. Donc ça, c'est un
peu dur. Moi j'ai vraiment une
proximité avec eux. Parce que moi
j'fais mes ongles aussi! Ça fait qu'on
s'fait les ongles des fois! Pis nos
jeunes filles de secondaire 1-2, ça
c'set des filles qui sont dans la même
histoire que les gars. Elles ont doublé
plusieurs fois, pis elles n'ont pas
toujours le contexte familial qui
regarde leur devoir. Donc souvent les
filles, 'mettons la [?] s'appelle: les filles
connes. Donc déjà, on voit que la
valorisation des filles qui sont là, ne se
font pas fort comme ça. On essaie de
demander des animatrices filles, mais
c'est dur parce que dans une maison
de jeunes, on n'est pas vraiment bien
rémunérés, donc on ne peut pas
toujours avec des gens avec des
formations puisque les gens qui ont
des formations veulent avoir un salaire
compétitif. Mais on est dans un
organisme communautaire, donc on a
des budgets limités. Puis les filles qui
viennent souvent, il faut qu'elles aient
une ouverture d'esprit par rapport à la
culture puisque nos milieux de travail
c'est vraiment des jeunes Africains,
jeunes Arabes... Maroc, Algérie, puis
Afrique centrale. C'est vraiment des
cultures qui sont différentes donc,
intégrer des filles c'est vraiment dur
d'avoir des candidates qui viennent
juste pour notre maison de jeunes...
mais j'sais qu'il y a des filles dans
toutes les autres maisons de jeunes.
Avant, il y avait des filles dans le
quartier, mais là, en ce moment, on en
a pas. On en cherche comme
organisme. On sait qu'on en a besoin
parce qu'il va avoir des confessions,
des questions que les filles ont avoir
qui sont différentes.
Comme, juste avec moi, on parle plus Par rapport à
par rapport à la sensibilisation de l’embauche de plus
drogue, parties, comme: «Qu'est-ce de femmes
qu'on fait quand on a trop bu?», intervenantes, les
«Qu'est-ce qu'on fait si jamais on est salaires ne sont
high? Qui on peut appeler?» On parle
pas compétitifs en
de: «Est-ce que je vais dans un
quartier qui est sécuritaire?», «Est-ce milieu
que c'est normal dans un party où je communautaire,
suis, y'a juste quatre gars qui sont en- donc c’est difficile
haut, y'a un bébé en-bas.» ou des d’avoir accès aux
affaires de même. Donc moi, je suis candidats qui ont
supposé vraiment à de la formation
l'accompagnement là-dessus, au adéquate. Le milieu
niveau plus personnel, mais je peux est difficile :
pas m'identifier avec elles en tant que « Si on met une fille
fille parce que, veux, veux pas, je n'ai blanche qui est
pas cette proximité-là pis je trouve que caucasienne, les
[?] pis que c'est important. Avant, on jeunes vont être «Oh
avait deux animateurs fille pendant les mais elle est
un an qu'on est... et le problème c'est caucasienne!»... Si
que ça roule trop pis nos jeunes les on met une fille qui a
ont intimidé aussi... 'mettons que c'est la peau noire, qui est
une fille noire... c'est ça l'problème, si d'origine congolaise
on met une fille blanche qui est ou haïtienne, on va
caucasienne, les jeunes vont être «Oh l'appeler Fatou.
mais elle est caucasienne!»... si on Donc, ils vont
met une fille qui a la peau noire, qui l'appeler Fatou, pis
est d'origine congolaise ou haïtienne, ça c'est vraiment
on va l'appeler Fatou. Donc, ils vont dénigrant pour
l'appeler Fatou, pis ça c'est vraiment quelqu'un... pour ma
dénigrant pour quelqu'un... pour ma collègue; mettons
collègue; 'mettons elle s'appelle elle s'appelle Maryse,
Maryse, elle ne s'appelle plus Maryse, elle ne s'appelle plus
elle s'appelle Fatou. Pis ça, c'est une Maryse, elle s'appelle
violence que ces femmes-là vivent, pis Fatou. » - Javier
on veut pas non plus comme
employeur qu'elles se sentent mal.
Donc on comprend pourquoi les filles...
on est des étudiants, pis si après avoir
étudié tes 8 heures, tu vas au travail
pis tu te fais intimider, ça tente pas de
les aider non plus. Pis, veux, veux pas,
on doit travailler là-dessus, pis comme
collègue même, il faut leur faire
comprendre que oui, des fois les
jeunes te taquinent, mais il y a des
limites, il faut se faire respecter. Pis
ses limites-là, des fois... on peut pas
non plus avoir une approche
patriarcale de «non ok, je vais te
défendre... elle ne s'appelle pas
Fatou», parce que là après, les jeunes
vont dire: «Ok, c'est Javier qui va te
défendre, donc c'est Javier qui te
surveille aussi.» Il faut avoir des
animatrices qui sont fort de caractère...
pis ça, on peut pas exiger dans un CV
que tu dois être fort de caractère pour
travailler ici.
I - Ouais pis une fois confrontée aussi
à toutes ces difficultés-là, une
personne peut se dire... Ouais, tout est
dans la formation pis l'éducation dans
l'fond.
45:30 J - C'est pas tout l'monde qui est fait
pour le communautaire non plus.
I - C'est pas évident, mais c'est un
défi, ça c'est sûr, c'est un défi. Mais,
j'ai beaucoup de matériel avec tes
confessions, merci beaucoup!

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