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Sociologie 2 - Quelles sont les caractéristiques et les facteurs de la mobilité sociale 

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Objectifs d’apprentissage Plan suivi
- Savoir distinguer la mobilité sociale intergénérationnelle des En guise d’introduction : la mobilité sociale, de
autres formes de mobilité (géographique, professionnelle). quoi parle-t-on ?
- Comprendre les principes de construction, les intérêts et les 1- Un outil essentiel : les tables de mobilité
limites des tables de mobilité comme instrument de mesure 1.1- Lire et élaborer les tables
de la mobilité sociale. 1.1.1. La table de mobilité brute
- Comprendre que la mobilité observée comporte une 1.1.2. Les tables de destinées et d’origines
composante structurelle (mobilité structurelle) ; comprendre A- Tables de destinées
que la mobilité peut aussi se mesurer de manière relative B- Table des origines
indépendamment des différences de structure entre origine 1.2- Quelles mobilités ? De la mobilité brute à la
et position sociales (fluidité sociale) et qu’une société plus fluidité sociale
mobile n’est pas nécessairement une société plus fluide. 1.3- Les limites de la mesure de la mobilité
- À partir de la lecture des tables de mobilité, être capable de sociale
mettre en évidence des situations de mobilité ascendante, de 2- Comprendre et appréhender la mobilité
reproduction sociale et de déclassement, et de retrouver les sociale en France
spécificités de la mobilité sociale des hommes et de celles des 2.1- Mobilité ascendante, reproduction sociale et
femmes. déclassement
- Comprendre comment l’évolution de la structure 2.2- Expliquer la mobilité : progrès techniques et
socioprofessionnelle, les niveaux de formation et les facteurs générationnels
ressources et configurations familiales contribuent à expliquer 2.3. L’impact des configurations familiales
la mobilité sociale. 3- Analyse de cas pratique : à partir de La France
des Belhoumi

En guise d’introduction : la mobilité sociale : de quoi parle-t-on ?


Document 1 – Des mobilités
Pitrim SOROKIN définit la mobilité sociale comme « le phénomène de déplacement d’individus dans l’espace
social ». La mobilité sociale (MS) désigne la passage, « la circulation » des individus d’une position sociale à une
autre. En revanche, l’immobilité sociale caractérise les sociétés dans lesquelles les statuts sociaux sont affectés de
manière prédéterminée, rigide et quasi-définitive. Les groupes sont imperméables les uns aux autres. On parlera
alors de statuts sociaux « assignés », et donc d’immobilité sociale, de reproduction ou d’hérédité sociale.
Mobilité intragénérationnelle et mobilité intergénérationnelle : La mobilité intragénérationnelle désigne un
changement de position sociale au cours de la vie d’un individu (au cours d’une génération), alors que la mobilité
intergénérationnelle désigne les changements de position sociale d’un individu par rapport aux membres des
générations antérieures (père ou grand-père). Selon l’INSEE, la première est désignée comme mobilité
professionnelle et la seconde comme mobilité sociale.
Mobilité verticale et mobilité horizontale : La mobilité horizontale (ou mobilité de proximité) désigne des
changements de profession mais qui n’engendrent pas de réelle modification du statut, de la position sociale (ex : un
fils d’ouvrier qui devient employé, un fils d’agriculteur qui devient OS), alors que la mobilité verticale désigne des
changements de positions dans la hiérarchie sociale (ex fils d’agriculteur qui devient ingénieur)
Mobilité ascendante et mobilité descendante : La mobilité est ascendante lorsqu’elle se traduit par une
amélioration dans la position sociale, alors que la mobilité est descendante lorsque la position dans la hiérarchie
sociale est inférieure à celle du père.
Q1. Comment distinguer les différentes formes de mobilité  ? À l’aide des définitions ci-dessus, et des photos de la
présentation, distinguez les différentes formes de mobilité ci-dessous, en remplissant le tableau. Attention, certains
exemples sont plus complexes qu’il n’y parait.
1. Imane : directrice des ressources humaines de 47 ans, quitte la France pour exercer le même emploi aux États-
Unis ; 2. Damien, 31 ans, obtient une promotion au sein de son entreprise ; 3. Charles-Eudes, 23 ans, fils de PDG,
travaille comme Secrétaire dans l’entreprise familiale ; 4. Anaïs, 25 ans, fille d’agriculteur, travaille comme Professeur
des écoles ; 5. Inès, 42 ans, née en France et fille de gendarme, dirige une multinationale basée à Seattle  ; 6. Fayçal,
né au Liban de parents employés, a d’abord travaillé en France comme employé, puis est devenu directeur
administratif et financier de l’entreprise.
Mobilité géographique Mobilité professionnelle Mobilité intergénérationnelle
(intragénérationnelle)

Document 2 : Pourquoi étudier la mobilité sociale ?


Toutes les sociétés comportent des groupes sociaux différenciés et inégalement valorisés (…) Comment les
individus sont-ils affectés à ces groupes sociaux ? Le sont-ils de manière stable et définitive, selon des mécanismes
rigides qui leur échappent, ou peuvent-ils en changer et ont-ils les moyens d’agir en ce sens ? Telle est la question qui
préside à l’étude de la « mobilité sociale ». Dans une société qui valorise la démocratie et la liberté individuelle, elle
conduit à dissocier la question de l’inégalité des conditions et celle de l’inégalité des chances (d’accès à ces
conditions), la première pouvant paraître plus admissible si les individus se voient offrir les moyens de changer de
condition ou d’entrer dans une compétition équitable pour l’accès aux différentes conditions.
Les enquêtes sur la mobilité sociale, qui visent à déterminer l’importance et la forme de la relation entre les
origines sociales et les destinées sociales (d’où viennent les individus des différents groupes ? Où vont ceux qui en
sont issus ?), peuvent donc apparaître comme des moyens de mesurer l’ouverture de la société et des différents
groupes qui la compose. Une faible mobilité sociale caractériserait une société rigide, peu favorable au libre
épanouissement de l’individu ; une mobilité importante, traduisant une faible détermination des destinées par les
origines, impliquerait une société ouverte, capable de récompenser les efforts ou les qualités des individus, selon un
modèle qu’on qualifie parfois de « méritocratique ».
Source : D. Merllié, « Mobilité sociale », La société française contemporaine, Cahiers français n°291, La
Documentation française, 1999.

Q1. Quelles différences faites-vous entre inégalité des conditions et égalité des chances  ? Q2. Pourquoi la seconde
est-elle une condition pour que la première puisse être considérée comme «  juste  »  ? Q3. Distinguez sociétés
«  ouvertes  » et «  fermées  ».

Relativisons toutefois… La mobilité est-elle toujours désirable pour toutes les analyses  ?

Document 3 : Mobilité sociale et idéologie

1- Un outil essentiel : les tables de mobilité


1.1. Lire et élaborer les tables

L’objectif est de montrer comment les sociologues calculent la mobilité sociale intergénérationnelle dans un
pays. Pour ce faire, on va calculer des « tables de mobilité ». Le principe de ce calcul est le suivant : savoir ce que sont
devenus les « fils de ». Ainsi, si un fils de cadre devient cadre, il y a immobilité sociale ; si un fils d’ouvrier devient
cadre, il y a mobilité sociale (ascendante ici). Donc, le principe va être, dans un tableau, de comparer ce que sont
devenus les « fils de » avec ce que faisait leur père (ou les « filles de » avec ce que faisait leur père). Par convention,
les « fils de » ou « filles de » ont entre 30 à 59 ans, car on considère qu’à cet âge les changements de situation
professionnelle deviennent rares, donc on a une bonne idée de ce que sont « devenus » les « fils de » ou « fille de ».
Définition : Une table de mobilité est un tableau à double entrée qui croise la position sociale des individus à un
moment donné (les hommes (ou les femmes) âgés de 30 à 59 ans) et leur origine sociale (position sociale du père ou
de la mère pour les femmes).

1.1.1. – Les tables de mobilité brute


• Pour commencer, on part de la table de mobilité brute.
Elle est composée en mettant :
- en ligne :
- en colonne :

• Voici cette table concernant les hommes âgés de 30 à 59 ans en 2015 :


La table de mobilité brute
PCS du père
PCS du fils Prof.
Agriculteur Artisan Cadre Employé Ouvrier Total
Interm.
Agriculteur 186 789 8 064 3 416 5 595 3 927 14 321 222 112

Artisan 63 283 211 923 91 406 87 775 52 753 223 337 730 478


Cadre 75 129 234 460 448 411 297 077 130 882 293 794 1 479 754
Prof. Interm. 97 911 195 775 210 214 297 277 166 401 604 514 1 572 091
Employé 50 205 77 166 80 024 112 239 101 472 316 900 738 006
Ouvrier 227 865 215 034 96 984 197 051 201 302 1 231 395 2 169 630
Total 701 181 942 422 930 454 997 015 656 736 2 684 262 6 912 070
Source : Enquête FQP 2014-2015, INSEE, 2017

La première difficulté est de lire les données.


⇒ Que signifie « 186 789 » en haut à gauche du tableau ? Réponse :
Plus difficile maintenant…
⇒ Que signifie « 6 912 070 » ? (en bas à droite). Réponse :
⇒ Que signifie «222 112 » ? (au bout de la première ligne). Réponse :
⇒ Que signifie « 701 181 »? (en bas de la première colonne). Réponse :
Maintenant, je vais vous poser les questions dans l’autre sens…
⇒ Combien de fils de cadres âgés de 30 à 59 ans en 2015 sont-ils devenus professions intermédiaires ? Réponse :
⇒ Combien de fils de professions intermédiaires âgés de 30 à 59 ans en 2015 sont-ils devenus cadres ? Réponse :
⇒ Combien y avait-il d’employés âgés de 30 à 59 ans en 2015 en France ? Réponse :
⇒ Combien y avait-il de fils d’employés âgés de 30 à 59 ans en 2015 en France ? Réponse :
⇒ À quoi correspond la diagonale du tableau ? Réponse :
• Cette table de mobilité brute nous apporte donc les informations suivantes :
- le nombre total d’actifs âgés de 30 à 59 ans par groupe socioprofessionnel
Ex : le nombre total d’actifs âgés de 30 à 59 ans actuellement cadres et professions intellectuelles supérieures ⇒
Réponse :
- le nombre total d’hommes de 30 à 59 ans en fonction du groupe socioprofessionnel de leur père
Ex : le nombre total d’actifs âgés de 30 à 59 ans qui sont fils d’ouvriers ⇒ Réponse :
- la répartition des hommes de 30 à 59 ans par groupe socioprofessionnel en fonction du groupe socioprofessionnel
de leur père
Ex : le nombre total d’ouvriers âgés de 30 à 59 ans qui sont fils d’employés ⇒ Réponse :

• Le calcul de la mobilité se réalise à partir de la table de mobilité brute vu ci-dessus.


Première étape : calcul de l’immobilité sociale
⇒ Additionnez les données de la diagonale pour chaque groupe socioprofessionnel. À quoi correspond ce chiffre ?
Réponse :
⇒ Divisez ce nombre par le nombre total d’actifs hommes âgés de 30 à 59 ans en 2015. Réponse :
On obtient ainsi la part des hommes actifs de 30 à 59 ans en 2015 ayant connu une immobilité sociale.
Deuxième étape : calcul de la mobilité sociale
⇒ Trouvez le nombre d’hommes actifs âgés de 30 à 59 ans en 2015 qui ont connu une mobilité sociale (pour vous
aider, à partir des nombres trouvés plus haut, il suffit de faire une soustraction…)
Réponse :
⇒ Trouvez à présent la part des hommes actifs âgés de 30 à 59 ans en 2015 qui ont connu une mobilité sociale.
Réponse :
Note : on aurait pu trouver ce nombre en faisant tout simplement : 100 – (part des hommes actifs de 30 à 59 ans en
2015 ayant connu une immobilité sociale)
Et voilà c’est fait !

1.1.2 - Les tables de destinées et d’origine

Le calcul de la mobilité se réalise à partir de la table de mobilité brute vu ci-dessus. A partir de cette table, on peut en
construire deux autres : la table des destinées, et la table des origines. La plus utilisée est la table des destinées.

A- La table des destinées

• Définition : les tables de destinée nous renseignent sur ce que deviennent les enfants (ou les fils) comparativement
à ce que faisaient leurs pères. Elles se lisent en ligne de la manière suivante: que deviennent (destinée) 100 fils
d’agriculteurs ?
• La construction de la table des destinées
Un petit exemple…
Revenons à la table de mobilité brute.
⇒ Combien y a-t-il de fils d’agriculteurs âgés de 30 à 59 ans en France en 2015 ? Réponse :
⇒ Combien y a-t-il d’agriculteurs âgés de 30 à 59 ans en France en 2015 qui sont fils d’agriculteurs ? Réponse :
⇒ À partir de ces réponses, déterminez, sur 100 fils d’agriculteurs, combien sont eux-mêmes devenus agriculteurs.
Réponse :
Le principe de construction
À partir de cet exemple, je vous ai présenté comment se construit une table de destinée. À chaque fois, la question
que l’on se pose est : sur 100 fils de… (agriculteurs par exemple), combien sont devenus … (cadres par exemple) ?
Le nom de la table est clair : «  destinée » signifie « ce que l’on devient ». On vient d’un endroit (on est « fils de »), et
que va-t-on devenir ?

⇒ Que signifie « 26,6 » en haut à gauche ? Ce nombre correspond-il à celui que vous avez trouvé dans la question
précédente ? Réponse :
⇒ Que signifie « 0,4 » sur la première ligne pour les cadres et professions intellectuelles supérieures ? Réponse :
⇒ À partir de la table de mobilité brute, retrouvez le calcul à partir duquel on a trouvé « 0,4 »
Réponse :
⇒ Que signifie « 3,2 » en bas de la première ligne ? Réponse :
⇒ À quoi correspond la diagonale du tableau ? Réponse :
⇒ Quels sont les groupes socioprofessionnels où la mobilité est la plus forte ? Et ceux où elle est la plus faible ?
Réponse :
B- La table des origines (ou de recrutement)
* Définition
Les tables de recrutement nous renseignent sur d’où viennent les fils qui sont aujourd’hui dans tel ou tel groupe
socioprofessionnel (dans quel milieu social ils se recrutent, ou, autrement dit, on se demande ce que faisaient leurs
pères). Elles se lisent en colonne de la manière suivante : quelle est l’origine sociale de 100 agriculteurs aujourd’hui
(de 30 à 59 ans), autrement dit, que faisaient les pères de ces 100 agriculteurs ?
La question que l’on se pose est donc la question INVERSE :
- dans une table de destinée, la question est : que deviennent les fils de ?
- dans une table de recrutement, la question est : d’où viennent ceux qui aujourd’hui sont ?

* La construction de la table des origines


Prenons le nombre en haut à gauche, qui croise fils d’agriculteurs et agriculteurs âgés de 30 à 59 ans en 2015. Dans la
table des destinées, on trouve «  26,6  », ce qui signifie : «  26,6% des fils d’agriculteurs âgés de 30 à 59 ans en 2015
sont eux-mêmes restés agriculteurs  ». Donc le principe est de dire : sur 100 fils d’agriculteurs âgés de 30 à 59 ans en
2015, combien sont eux-mêmes restés agriculteurs ?
Dans la table des origines, on va se poser la question inverse : quel est le pourcentage d’agriculteurs âgés de
30 à 59 ans en 2015 qui sont eux-mêmes fils d’agriculteurs ?
Le principe est de dire : sur 100 agriculteurs âgés de 30 à 59 ans en 2015, combien sont fils d’agriculteurs ? Pour
trouver ce nombre, il faut donc prendre le nombre de fils d’agriculteurs restés agriculteurs, que l’on va diviser par le
nombre total d’agriculteurs en 2015.
⇒ Trouvez le nombre de fils d’agriculteurs âgés de 30 à 59 ans restés agriculteurs en 2015
Réponse :
⇒ Trouvez le nombre total d’agriculteurs âgés de 30 à 59 ans en 2015. Réponse :
⇒ Trouvez à présent la part des agriculteurs âgés de 30 à 59 ans en 2015 qui sont eux-mêmes fils d’agriculteurs.
Réponse :

Remarquez la différence entre les deux données :


- 26,6 % des fils d’agriculteurs âgés de 30 à 59 ans en 2015 sont eux-mêmes restés agriculteurs
- 84,1 % des agriculteurs âgés de 30 à 59 ans en 2015 sont fils d’agriculteurs
Qu’en déduire ? Si peu de fils d’agriculteurs restent eux-mêmes agriculteurs (seulement 26,6 %), quasiment tous les
agriculteurs sont fils d’agriculteurs (84,1 %). Cela signifie que la mobilité sociale est forte chez les enfants
d’agriculteurs (73,4 % ne deviennent pas agriculteurs), mais que le milieu agricole est fermé au sens où peu de
personnes extérieures au milieu agricole deviennent agriculteurs (seulement 15,9 %).
● La table des origines
⇒ Que signifie « 29 » dans la deuxième colonne ? Réponse :
⇒ Que signifie « 1,5 » sur la première ligne ? Réponse :
⇒ À partir de la table de mobilité brute, retrouvez le calcul à partir duquel on a trouvé «  6,4 » (première ligne).
Réponse :
• Ne pas confondre les deux tables
La difficulté est bien sûr de ne pas confondre les deux types de table de mobilité et de les lire comme il faut.
Ce n’est pas simple mais c’est important car ces deux tables ne nous donnent pas le même genre de renseignements.
Vous le voyez bien avec l’exemple des agriculteurs : une très grande partie des agriculteurs (84,1 %) ont un père qui
était lui-même agriculteur mais beaucoup de fils d’agriculteurs (73,4 %) ne sont pas devenus eux-mêmes agriculteurs.

1.2- Quelles mobilités  ? De la mobilité brute à la fluidité sociale

Mobilité brute, mobilité structurelle et mobilité nette :


La mobilité brute met en avant la mobilité sociale indépendamment des raisons qui la motive. On la calcule
simplement à partir de la table de mobilité brute, sur la base d’une simple soustraction. Dès lors que l’on a calculé la
part des acteurs « immobiles » (qui ne connaissent pas de mobilité sociale), on peut obtenir celle de ceux qui sont
« mobiles ». Le sont ceux qui ne sont pas immobiles !
La mobilité structurelle correspond en revanche, aux variations liées à la structure de l’économie, c’est-à-dire
aux changements qui en affectent l’organisation. Ainsi par exemple, de nombreux emplois ont été détruits dans les
secteurs primaires et secondaires (agriculture et industrie), tandis que d’autres ont été créés dans le tertiaire. On
peut donc comparer la structure de ces emplois en mettant en parallèle les emplois des pères et ceux des fils. Pour
chaque PCS, on comparera les quantités respectives de « postes » occupés par les pères et celle de ceux des fils. On
calculera donc le total des emplois créés, et celui des emplois détruits (ce qui permettra une vérification utile ! Les
deux chiffres devraient être égaux). On exprimera cette grandeur en pourcentage du total des emplois : il s’agira de la
mobilité structurelle, qui trouve son explication dans les changements affectant l’économie.
Bien entendu, cette mobilité ne représente qu’une partie de la mobilité brute, l’autre sera le fait de
trajectoires individuelles et de choix. On parlera ainsi de « mobilité nette », que l’on obtiendra simplement par calcul,
de la façon suivante : mobilité nette = mobilité brute – mobilité structurelle.

Application aux tables de mobilité de 2015 :

Calculons tout d’abord la mobilité structurelle  :


Emplois créés Emplois détruits
Agriculteurs
Artisans, commerçants, chefs d’entreprise
CPIS
PI
Employés
Ouvriers
Total

Exprimons tout cela en pourcentages  :


Valeurs Proportions
Immobiles*
Mobiles*
- Mobilité structurelle*
- Mobilité nette**
Total Population active masculine 30-59 ans 6 912 070 100%
* Déjà calculé dans l’exercice précédent, ou ci-dessus  : il vous suffit donc de reporter les données  ;
** Mobilité nette = mobilité brute - mobilité structurelle

Documents 4 : Mesure de la fluidité sociale


Les sociologues et les statisticiens ont parfois cherché à évaluer une mobilité nette, à calculer comme
différence entre la mobilité totale ou brute et la « mobilité structurelle ». […]. Les spécialistes du domaine lui ont
substitué la distinction entre « mobilité absolue » ou « observée » et « mobilité relative » ou « fluidité », la seconde
désignant une mesure de l’ouverture sociale […]. Un progrès de la « fluidité » signifie que la « force » du lien
statistique entre origine et destinée tend à s’affaiblir, ou que l’on tend à se rapprocher d’une situation où les
destinées seraient indépendantes des origines, les inégalités sociales d’accès aux différentes positions sociales se
réduisant globalement.
Il s’agit de se demander si on observe une tendance à la « démocratisation » de l’accès aux différentes
positions sociales : va-t-on ou non plutôt dans le sens d’une égalisation des destinées ? Pour répondre à cette
question, les techniques supposent des outils statistiques complexes. On peut cependant les mettre en œuvre de
manière artisanale (avec une calculette) en calculant des Odds ratios (terme anglais que l’on peut traduire par
« rapports de chance relative). Un exemple classique parce que parlant est d’évaluer les rapports entre les
probabilités des enfants de cadres d’être cadre plutôt qu’ouvrier et celle des enfants d’ouvriers pour les mêmes
destinées. La valeur 1 correspond à l’égalité de ces chances relatives.
Source : Louis Chauvel, Anne Lambert, Dominique Merllié et françoise Milewski,
Les mutations de la société française, collection « repères », n°489, 2019.

Q1. En quoi la mobilité nette diffère-t-elle de la fluidité sociale  ? Q2.


Comment mesure-t-on cette dernière  ? Q3. À partir du schéma ci-
contre, expliciter la troisième colonne et le résultat final (25 fois).
Qu’aurait signifié un résultat égal à 1  ? Q4. Application  : en 2015, sur
100 fils d’agriculteurs, 25 sont devenus agriculteurs et 8,8 sont devenus
cadres. Dans le
même temps,
sur 100 fils de
cadre, 0,2 sont
devenus agri-
culteurs et 47 sont devenus cadres. Calculez la probabilité de
devenir agriculteurs plutôt que cadres lorsque l’on est fils
d’agriculteurs plutôt que fils de cadres.

1.3 Les limites de la mesure de la mobilité sociale

Document 5 : Les tables de mobilité : une information délicate à analyser


L’interprétation [des tables de mobilité] est parfois délicate et leur intérêt pour la connaissance de la mobilité
sociale reste limité, notamment en raison de leur échelle d’observation :
- La signification sociale du passage d’un groupe à un autre n’est pas toujours déterminée, car les PCS ne sont pas
entièrement hiérarchisées sur une échelle verticale. Ainsi, le passage de la catégorie ouvrier à celle d’employé doit-il
être interprété comme une relative ascension sociale ou une mobilité horizontale ? Comment situer la catégorie
« artisans, commerçants, chefs d’entreprise », très hétérogène, dans la hiérarchie sociale ?
- Les tables de mobilité agrégées1 tendent à surestimer l’immobilité sociale du fait de leur échelle de construction.
Elles ne permettent pas de saisir certaines formes de mobilité à l’intérieur des catégories agrégées, telles que le
passage de la catégorie ouvrier non qualifié à celle d’ouvrier qualifié, ou de contremaître à technicien au sein des
professions intermédiaires. Or les « petits » déplacements sont statistiquement beaucoup plus fréquents que les
grands déplacements entre des catégories socialement éloignées.
- Plus généralement, la « mobilité objective », appréhendée à partir des statistiques peut difficilement être
confrontée à la « mobilité subjective » ressentie par les individus, qui est sensible à la fois aux trajectoires
individuelles et familiales et à l’évolution du statut et des conditions de vie attachés aux catégories professionnelles.
1
Les tables de mobilité agrégées s’appuient sur les huit principales PCS. Elles ne mesurent donc pas les mobilités à
l’intérieur des PCS. Par exemple, au sein de la PCS cadres et professions intellectuelles supérieures, il peut exister de
la mobilité entre les professions libérales et assimilées et les cadres d’entreprises.
Source : Cédric Lagrée et Anne Châteauneuf-Malclès, « La mobilité intergénérationnelle des actifs au début des
années 2010 », SES-ENS, 24 novembre 2016.
Q1. Que signifie la phrase soulignée  ? Q2. Quel effet une fusion «  employés  » et «  ouvriers  » aurait-elle sur la
mobilité sociale en France  ? Q3. Quelle différence peut-on faire entre mobilité «  objective  » et «  subjective  »  ? Q4.
Quelles sont les 3 principales limites soulevées ici concernant les tables de mobilité  ?
2- Comprendre et appréhender la mobilité sociale en France
2.1- Mobilité ascendante, reproduction sociale et déclassement

Application : Distinguez les situations de mobilité ascendante, de reproduction sociale et de déclassement en classant
les exemples proposés dans les différentes colonnes du tableau.
A- Sophie, père professeur de mathématiques, mère ingénieur en informatique, exerce le métier de puéricultrice
dans une crèche ; B- Nawel, père maçon et mère au foyer, lieutenant dans l’armée de l’air  ; C- Christèle, père dentiste
et mère infirmière, est médecin généraliste ; D- Kalima, employé dans un magasin de prêt-à-porter, père
manutentionnaire, mère caissière ; E- Rachel, de parents tous les deux agriculteurs, est conductrice de TGV  ; F- José,
professeur d’EPS, père médecin, et mère secrétaire ; G- Kuzco, chargé de communication dans une mairie, père
avocat, mère responsable de rayon dans une grande enseigne ; H- Cendrillon, mère au foyer, son père était DRH et sa
mère était mère au foyer ; I- Robin, infirmier, père chirurgien et mère sage-femme ; J- Bonnemine, cheffe d’une
entreprise de 6 salariés, père commerçant et mère salariée du commerce familial.
Mobilité ascendante Mobilité ascendante Reproduction sociale Reproduction sociale Déclassement p/r au Déclassement p/r à
p/ au père p/r à la mère p/r au père p/r à la mère père la mère

Document vidéo : l’ascenseur social est-il en panne en France ?


Q1. À partir de la vidéo, remplissez les trous ou sélectionnez la bonne solution. Q2. Expliquez le constat fait dans le
dernier paragraphe du texte.

En 2015, selon l’INSEE la reproduction sociale est minoritaire/majoritaire car ……..% des fils ont une
position sociale identique à celle de leur père, donc ………% ont une position sociale différente, c’est la
mobilité observée/ascendante.
C’est la mobilité ascendante/descendante qui est plus la plus élevée puisque …….. % des fils ont une
position plus élevée contre ……….. % qui ont une position plus faible.
Depuis 1977, la mobilité ascendante augmente/diminue, et la mobilité descendante augmente/diminue.
Cela entraîne un sentiment de …………………. de plus en plus fort, en particulier chez les enfants de cadre
(………. % ont ce sentiment).
Par exemple, les fils d’agriculteurs sont peu nombreux à connaître une immobilité sociale (………. %), mais
il connaissent dans des proportions similaires un(e) déclassement/ascension social(e) (devenant ouvrier
qualifié) ou un(e) déclassement/ascension social(e) (devenant pofession intermédiaire ou cadre).
Pour les femmes, la mobilité sociale est plus/moins forte que celle des hommes (……..% de mobilité
contre ………% d’immobilité). La mobilité sociale est davantage ascendante/descendante que
ascendante/descendante (……….% contre ………..%). Cependant c’est dû au fait que l’on compare les filles
à leurs mères/pères. Si on les compare à leurs
mères/pères, la mobilité sociale diminue/augmente.

Documents 5 et 5 bis : la mobilité masculine


Q1. Que signifient les données entourées  ? Q2. En 2015,
combien d’hommes sont en situation de déclassement  par rapport à leur père  ? Q3. Comment la reproduction sociale
des hommes a-t-elle évolué entre 1977 et 2015  ? Q4. Quelle est la principale forme de mobilité sociale en 2015  ? Q5.
Comment a évolué la fluidité sociale  ? (mesurée ici par le Odds Ratio Ouvrier/Cadre)

Document 6 : La mobilité féminine

Source : INSEE, enquêtes FQP 2014-2015


Q1. Faîtes une phrase avec chacune des données entourées. Q2. Comparez la reproduction sociale des
femmes par rapport aux mères, et par rapport aux pères. Q3. Comparez le déclassement des femmes par
rapport au père et par rapport à la mère (cellules en bleu).

Application : Q1. En admettant que les positions «  ouvriers  » et «  employés  » soient trop proches pour parler de
mobilité entre elles, déterminez si la mobilité est plutôt ascendante ou descendantes pour les uns et les unes. Pour les
hommes, vous partirez des données de la table de destinées  ; pour les femmes, vous utiliserez celle-ci-dessus, en
prenant comme référence, la table de destinée par rapport aux mères. Vous effectuerez ensuite le même travail en
considérant les données par rapport à la PCS du père. Q2. Analysez les résultats obtenus.

Catégorie du Proportion de fils connaissant une mobilité ... Proportion de filles connaissant une mobilité ...
père / mère ascendante nulle descendante ascendante nulle descendante
PCS 3
PCS 4
PCS 5
PCS 6

Catégorie du Proportion de filles connaissant une mobilité ...


père ascendante nulle descendante
PCS 3
PCS 4
PCS 5
PCS 6

2.2- Expliquer la mobilité  : progrès techniques et facteurs générationnels

Documents 7 et 7 bis : Progrès technique et mobilité structurelle


[Le modèle Schumpétérien] permet de repenser le débat sur les inégalités en montrant l’impact positif de
l’innovation et de la destruction créatrice pour encourager la mobilité sociale. […] Le lien entre innovation et
destruction créatrice fait que l’innovation génère de la mobilité sociale : elle permet en effet à de nouveaux talents
d’entrer sur le marché et d’évincer (partiellement ou totalement) les firmes en place. Il est intéressant, à cet égard,
de remarquer qu’aux États-Unis la Californie (qui est actuellement l’État américain le plus innovant) devance
largement l’Alabama (qui est parmi les États américains les moins innovants) à la fois en matière d’inégalités de
revenus au niveau du 1% supérieur de l’échelle des revenus et en matière de mobilité sociale.
L’innovation propulse son (ses) bénéficiaire (s) dans les tranches les plus élevées de la distribution des
revenus, et en même temps l’innovation stimule la mobilité sociale.
Sur données américaines, nous observons que quand la destruction créatrice augmente, le différentiel de
résultats scolaires entre enfants issus de familles à hauts revenus et enfants issus de familles à bas revenus diminue,
et par conséquent la mobilité sociale augmente.
Source : Philippe Aghion et Céline Antonin, « Progrès technique et croissance depuis la crise », Revue de l’OFCE,
n°153, OFCE, 2017.

Alfred Sauvy (1898-1990), économiste, démographe et


sociologue français, est l’auteur de la théorie du déversement
selon laquelle le progrès technique entraine le passage de la
main d’œuvre du secteur primaire au secteur secondaire puis
tertiaire.

Q1. Quelle relation les auteurs établissent-ils entre innovation et mobilité sociale  ? Q2. Comment peut-on
l’expliquer  ? Q3. D’après le tableau, pourquoi des emplois sont-ils détruits lorsque l’évolution de la demande adressée
à un secteur d’activité est inférieure à l’évolution de la productivité de ce secteur  ? Q4. Quelle relation peut-on établir
entre la théorie du déversement et la mobilité structurelle  ?

Document 8 : les facteurs générationnels


Si la mobilité structurelle s’est accrue avec la croissance des cadres et professions intermédiaires, les
nouvelles générations qui connaissent une moindre expansion bénéficient de moindres progrès en la matière ; on
constate en effet que les premières « expériences professionnelles sont déterminantes pour l’ensemble de la
carrière, et les générations qui connaissent des débuts difficiles, risquent de ne pas rattraper les retards subis  ; dès
lors, les générations nées dans les années 1940, arrivées dans un monde du travail en expansion avec moins de 4%
de chômage sur les deux premières années de vie professionnelle, ont plus de chance de connaître une forte
mobilité sociale ascendante par rapport à leurs parents (nés en moyenne 30 ans plus tôt et entrés dans la vie dans le
marasme des années 1930) ; leurs enfants, nés dans les années 1970, qui ont connu jusqu’à 30% de taux de chômage
sur leurs deux premières années après les études, connaissent de plus forts risques de mobilité descendante.
Source : Louis Chauvel, « La dynamique de la stratification sociale »,
in Les mutations de la société française, La Découverte, 2019.

Q1. Comparez les conditions d’entrée sur le marché du travail pour les trois générations présentées dans le texte.
Q2. Pourquoi ces différences ont-elles un effet sur la mobilité sociale de ces générations  ?

2.3 – L’impact des configurations familiales


Document 9 : Le paradoxe d’Anderson
Principe : comparaison entre le niveau d’instruction des fils et des pères ainsi que leur position sociale.
Le paradoxe : L’acquisition d’un niveau d’instruction supérieur à son père ne garantit pas au fils une position sociale
plus élevée, non seulement elle peut être identique, mais aussi inférieure !
Le tableau suivant donne les résultats pour la France en 1993 (fils: enquêtés salariés âgés de 40 à 59 ans) :

Position sociale Plus élevée / Analogue / Moins élevée / Ensemble


(par rapport au père)
________________________________________________________________________________
Niveau d'étude (par rapport au père).
________________________________________________________________________________
Plus élevé 53 % 40 % 7% 905
________________________________________________________________________________
Analogue 23 % 69 % 8% 802
________________________________________________________________________________
Moins élevé 16 % 56 % 28 % 141

Effectif 688 999 161 1848


en % 37 % 54 % 9% 100 %
________________________________________________________________________________
source : INSEE, enquête FQP 1993
● Les explications
Pour Boudon, ce paradoxe apparent s’explique par 2 phénomènes : la dévalorisation des diplômes et l’effet
de dominance. D’une part, il y a en effet une dévalorisation des diplômes car il y a eu une croissance beaucoup plus
forte du nombre d’étudiants que du nombre d’emplois offerts sur le marché du travail. Les rendements des titres
scolaires et universitaires ont donc baissé. Pour accéder à une position sociale donnée, il faut un diplôme supérieur
aujourd’hui. C’est l’effet pervers 1 de la démocratisation de l’école. Quand le niveau scolaire moyen augmente, chaque
individu doit augmenter son investissement scolaire pour maintenir ses chances relatives. Ce faisant, il ne fait que
contribuer à la dévaluation des titres qu’il convoite. Mais s’il ne le faisait pas, il y perdrait plus.
D’autre part, il y a un effet de dominance : à diplôme égal, une partie des positions sociales supérieures sont
attribuées prioritairement aux enfants d’origine sociale élevée. L’effet de dominance vient compléter l’effet de
dévalorisation des diplômes. Il y a plus de diplômes supérieurs que de places de cadres donc des critères
extrascolaires interviennent et de ce fait, les relations sociales vont favoriser les enfants issus des catégories
supérieures. L’origine sociale des enfants joue donc un double rôle, en déterminant en partie la poursuite des études
(investissement scolaire) et l’attribution des positions sociales à la sortie du système éducatif.
1
Effet pervers : effet non désiré par les acteurs. L’action des individus voulant atteindre un objectif engendre un
résultat inattendu et indésirable.
Q1. Explicitez le paradoxe d’Anderson. Q2. Les données sur l’enquête 1993 confirment-elles ces observations  ? Q3.
Comment pourriez-vous l’expliquer  ?

Document 10 : L’analyse de Pierre Bourdieu


L’influence de la famille sur la réussite scolaire
Les individus se positionnent dans l’espace social en fonction du volume et de la structure de leurs capitaux :
Capital culturel : ensemble des ressources culturelles et symboliques inculquées et transmises par la famille.
Bourdieu distingue plus précisément :
- capital culturel à l’état incorporé : c’est-à-dire sous forme de dispositions durables de l’organisme : langage,
élocution, posture, attitude… cf « héritage culturel » dans le doc
- capital culturel à l’état objectivé : sous la forme de biens culturels : tableaux livres, dictionnaires, machines…
- capital culturel à l’état institutionnalisé : sous forme de titres scolaires.
- Capital économique : richesses matérielles (revenu ; patrimoine).
- Capital social : ensemble des ressources (relations, informations...) dont un individu dispose en raison de
son appartenance à un groupe social, et qu’il peut mobiliser pour favoriser sa réussite professionnelle. Ce réseau de
relations se matérialise dans les clubs, les cercles, les réceptions… autant de lieux qui ont pour fonction de favoriser
les contacts, les connaissances. Pour Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, ce qui explique avant tout les
inégalité d’accès et de réussite à l’école, c’est le capital culturel : « c’est plus largement l’héritage culturel qui
constitue la dimension la plus discriminante et la plus décisive en termes de réussite scolaire ». En effet, l’individu
intériorise inconsciemment des principes sociaux et culturels qui lui sont transmis par sa famille et son
environnement, c’est l’habitus. Celui-ci se manifeste ensuite extérieurement par un « sens pratique » c’est-à-dire des
manières de se comporter en fonction des situations rencontrées. Ainsi, les enfants des classes aisées auront
maîtriseront « naturellement » le langage soutenu (attendu à l’école), auront déjà une certaine culture générale
(lecture de livres « classique », théâtre…) alors que les enfants de classes populaires apprennent à modérer leurs
aspirations et à avoir des projets réalistes en fonction de leur condition sociale. Ils ne partent pas avec les mêmes
chances de réussite.
Une école qui n’est pas un lieu d’égalité des chances
Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron sont les auteurs de 2 ouvrages de référence sur ce sujet : Les
Héritiers, en 1964 ; La Reproduction, en 1970. Ils insistent sur le fait que l’école a sa part de responsabilité dans cette
inégalité des chances à l’école : ils dénoncent le système éducatif qui sous couvert de l’égalité des chances conduit à
l’exclusion des enfants des classes populaires. En fait, l’école exerce une violence symbolique car elle valorise et
légitime une culture savante qui est acquise par les enfants des classes dominantes essentiellement en dehors de
l’école. Il y aura donc des écarts de réussite : « Cette diversité d’héritage culturel, ou plus largement d’habitus, l’école
l’ignore et se montre indifférente aux différences. Qui plus est, face à un public aussi hétérogène, elle cultive le sous-
entendu et l’implicite, accessibles en fait aux seuls héritiers, à tel point qu’on peut parler de pédagogie de l’absence
de pédagogie… ». Ainsi, les enfants des classes aisées (les héritiers), jouissent du privilège culturel : ils possèdent (ont
intériorisé) déjà une partie des attentes de l’école et auront donc plus de facilités à s’exprimer aussi bien à l’oral qu’à
l’écrit (cf dissertation, lecture d’ouvrages de Balzac, connaissance de la Grèce Antique ou des musées…). Alors que les
enfants des classes défavorisées partent avec des handicaps, car ce qu’ils doivent apprendre ne fait pas partie de leur
capital culturel). L’école renforce donc la socialisation des enfants des milieux aisés et dévalorise les savoirs des
enfants des familles plus modestes. « C’est parce que l’école traite comme égaux en droits et en devoirs des individus
en fait inégaux, par rapport à ce que requiert la réussite que des inégalités sociales de réussite aussi fortes s’y
expriment ». Pire : « les victimes » deviennent complices car elles ne voient pas forcément dans le système scolaire
un système inéquitable, elles le perçoivent comme légitime. Le système se reproduit car les « dominés » n’ont pas
l’impression de l’être ; au contraire, le système parvient à leur faire croire que leur échec provient de leur manque de
talent ou de travail, sans prendre en compte les inégalités sociales… c’est en cela qu’on peut parler de « violence
symbolique » : l’institution porte un jugement moral sur une réalité sociale.
Q1. Distinguez brièvement les trois formes de capitaux. Q2. En quoi la famille peut-elle constituer un avantage pour
les uns (qui  ?) et un handicap pour d’autres (qui  ?)  ? Q3. Qu’est-ce que la «  violence symbolique  »  ?
Document 11 : L’analyse de Raymond Boudon
[Sociologue français contemporain (1934-2013). Chef de file de l’individualisme méthodologique : explication des
faits sociaux à partir des comportements individuels (en opposition au holisme)]
En 1973, Boudon publie L’inégalité des chances et critique l’approche bourdieusienne de la reproduction.
Pour lui, l’inégalité des chances n’est pas le produit du déterminisme social. Les acteurs sociaux ne sont pas
contraints par l’habitus et ils ont une conduite rationnelle. Ceci étant, l’origine sociale joue un rôle : Les élèves
doivent réaliser au cours de leur scolarité de nombreux choix d’orientation (en troisième, en seconde, en
terminale…). Or l’individu qui est rationnel, décide ou non de poursuivre ses études dans telle ou telle filière, en
réalisant des calculs coûts / avantages / risques : l’élève et sa famille comparent les coûts de poursuite d’études aux
avantages et risques qu’ils auront à poursuivre leurs études.
- Coûts : frais de scolarité, logement dans une ville universitaire, coût d’opportunité lié à une perte de salaire…
- Avantages : prestige d’obtenir tel ou tel diplôme, travail et revenus que l’on pourra espérer avoir avec le diplôme…
- Risques : risque d’échec, de dévalorisation…
Or, les classes supérieures vont tout faire pour maintenir leurs enfants dans la scolarité car les coûts sont
faibles (on a les moyens financiers), et les chances de réussite importantes. Inversement, dans les classes populaires
on a tendance à freiner les velléités de poursuite d’étude des enfants, car le coût leur semble disproportionné par
rapport aux avantages que cela pourrait procurer comme moyen de réussite. On a peur d’investir face aux risques
que l’enfant n’aille pas au bout : c’est pour cela que, selon Boudon, les enfants des classes populaires sont plus
nombreux dans les filières courtes, et inversement pour les enfants des milieux aisés.
Q1. Qu’est-ce qu’un calcul rationnel  ? Q2. En quoi l’approche de Raymond Boudon est-elle individualiste  ? Q3.
Distinguez les contenus des calculs rationnels dans les milieux favorisés et défavorisés.
Sur l’opposition théorique Bourdieu / Boudon  : Les 2 auteurs semblent faire le même constat : Il persiste encore de
fortes inégalités de réussite et d’accès à l’école. Mais c’est sur leur approche qu’ils diffèrent : holisme et
individualisme. Pour Bourdieu c’est l’inégal accès au capital culturel qui est la cause de ces inégalités, l’école ne
faisant que renforcer ces inégalités. Boudon insiste quant à lui sur les mécanismes de stratégies individuelles et
familiales.

3- Analyse de cas pratique : à partir de La France des Belhoumi (Travail de groupe)

Source 3
À l’aide des 4 sources ci-dessus, complétez le tableau ci-dessous pour expliquer les trajectoires différentes des enfants
de la famille Belhoumi étudiée par le sociologue Stéphane Beaud.
Enfants en ascension sociale Enfants en
immobilité/déclassement
social(e)
Personnes concernées

Explications liées au niveau de


formation obtenu

Explications liées à la
configuration familiale

Explications liées au genre de


l’enfant

Explications liées à la
socialisation exercée au sein de
la famille

Autres explications

En guise de conclusion…
Remplacer les trous par les mots suivants : classes, liberté, droit, rationalité, démocratiques, progrès,
ouvertes, nulle, égalité

Dans les sociétés à hiérarchie de ………...., la mobilité sociale est …...……., car les destins individuels sont
déterminés dès la naissance en fonction de la profession des parents. À l’inverse, dans les sociétés ………...
……., la liberté fondamentale des individus implique leur possibilité de se choisir leur propre chemin de vie,
et donc d’avoir la capacité à connaître une mobilité sociale. La mobilité sociale est donc une caractéristique
des sociétés ………….….. et démocratiques, alors que son absence est caractéristique des sociétés fermées et
rigides. La mobilité sociale est donc la manifestation de quatre valeurs fondamentales :
- la …….…….. pour chacun de choisir sa propre vie
- l’……….…… entre les individus, qui leur permet à tous de connaître les mêmes chances de mobilité sociale
- La possibilité de ………….….. et d’ascension sociale pour tous
- La …………………..., qui implique que chaque emploi va être affecté à celui qui possède le plus de
compétences pour l’avoir, et non à celui qui y aura eu droit uniquement en fonction de sa naissance
Une société où la mobilité sociale est forte est donc une « société sans ……….…. », car il existe une fluidité
du corps social : chacun peut changer de groupe social, car les frontières entre les groupes sociaux sont
floues.
Aller plus loin…
Le défi des transclasses
Infrarouge, France 2, – Diffusé le 12/05/2020, extraits

https://www.youtube.com/watch?v=Pdlf-zCRIL0&fbclid=IwAR06UyQgxcX13OO5xUu0arwKNey-
1X92EFhhr4-_KkZqTUnSpnU50folfX0

1. Compléter le tableau suivant


Pauline Rouffort Jacqueline Gomes Najat Vallaud-Belkacem
Origine sociale /
profession des parents

Parcours scolaire

Profession actuelle

Pauline Rouffort
2. Que constate Pauline Rouffort lors de son trajet en métro de chez elle à Science Po?
3. Comment a-t-elle vécu son arrivée à SciencesPo ? Décrivez ce qu’elle perçoit. Pourquoi a-t-elle un
sentiment de « honte » ?
4. Pourquoi dit-elle que lorsqu’elle va à science po et qu’elle parle de manière différente, elle n’est pas elle-
même.
5. Quels sont les éléments qui montrent un décalage entre Pauline Rouffort et son père ?
6. Pourquoi dit-elle qu’elle ne pense pas faire sa vie avec quelqu’un de la classe populaire ?
7. Que souhaite-t-elle faire plus tard dans la vie ?

Jacqueline Gomes
8. Pourquoi Jacqueline Gomes ne voulait-elle pas aller à l’université de Saint-Denis mais a préféré Assas ?
9. Comment sa rencontre avec un aide soignant dans l’établissement où elle va être directrice adjointe
illustre-t-elle les « bagages » auxquels elle fait référence ?
10. Pourquoi, au début de sa carrière, disait-elle aux gens qu’elle était agent administratif et non directrice ?

Najat Vallaud Belkacem


11. Le parcours scolaire de Najat Vallaud Belkacem est-il réfléchi depuis son plus jeune âge ?
12. Pourquoi dit-elle avoir l’impression d’être comme à un mariage où elle n’aurait pas été invitée ?
13. Pourquoi remet-elle en cause la notion de « mérite » comme le résultat d’efforts individuels ?

14. Qu’avez-vous pensé de ce reportage ?


Transclasses : Je suis un accident sociologique mais pas votre alibi 

Raconter son parcours quand on est transclasse, soit. Mais autant ne pas piétiner la sociologie au passage. Se
livrer dans ces récits de vie sans rappeler le poids des déterminismes sociaux, politiser la question et interroger
l’incapacité de notre système scolaire à être autre chose qu’une machine à reproduire les inégalités, cela n'a pas
vraiment de sens.
Pierre Bourdieu n’aimait pas trop la télévision. Ironiquement, celle-ci va lui offrir une magnifique illustration
de son œuvre. Un dimanche soir, j’ai été captivée par un documentaire fort intéressant, Les bonnes conditions,
diffusé sur Arte.
Fort intéressant car il raconte la vie de six jeunes élèves de Terminale de Victor Duruy, seul lycée public du
très chic VII ème arrondissement. Entre 2006 et 2013, ceux-ci racontent leurs projets de vie et d’avenir.
Ce film d’une heure et demie, visible ici sur YouTube, réalisé par Julie Gavras -elle aussi fille de mais passons- nous
offre donc une merveilleuse incarnation du livre de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Les Héritiers, paru en
1964 mais toujours d’une acuité parfaite (à l’exception des chiffres). 
Ce documentaire raconte comment les héritiers sont toujours dans la place, bien décidés à se complaire dans
cette reproduction sociale infinie. Cette armée de gens bien nés – et rien n’est de leur faute à ces individus, je parle
du système – va prendre d’assaut les meilleurs postes et positions sociales. 
Sans trop de suspense, à la fin ce sont les riches qui gagnent, et ils vont réussir à intégrer des classes
préparatoires prestigieuses. Mais là n’est pas le plus saisissant. Ces enfants privilégiés ne réalisent jamais à quel point
ils le sont. Une des héroïnes du documentaire est par exemple persuadée d’avoir retapé par ses propres moyens un
appartement de 40 m2 donné par sa grand-mère. Elle mentionne toutefois avoir été aidée par un ouvrier, un léger
détail.
Cette anecdote illustre à quel point le privilège peut se vivre dans l’aveuglement total. Ces jeunes semblent
inconscients du capital social, financier et culturel dont ils bénéficient sans même l’avoir demandé. Illustration de
l’habitus.
Ce documentaire est aussi fascinant parce qu’il parvient à dessiner cette absence de doute chez ces jeunes
bien nés. Leur champ des possibles est infini et ils le savent. Il y aura toujours un ami de Papa qui pourra corriger le
tir si par hasard Junior faisait une sortie de route.
Bien entendu, ils ne sont pas imperméables aux coups durs, aux décès ou aux problèmes de santé mentale.
Mais qui grandit dans un quartier populaire n’est pas non plus immunisé face  aux drames ou aux troubles dépressifs.
L’idée n’est pas d’opposer les situations de manière manichéenne mais de pointer que les biens-nés, quoiqu’ils
fassent, bénéficient de tous les atouts pour réussir leur vie professionnelle et matérielle au moins.
Ce film m’a fait penser à un autre documentaire, vu récemment, à l’opposé du spectre social. Cette fois,
l’histoire se passe de l’autre côté du périphérique, comme disent les journalistes paresseux. Un tout autre enjeu se
noue. Dans Les défricheurs, de Mathieu Vadepied et Fabien Truong (les travaux de ce sociologue sur la mobilité
sociale sont à lire par ailleurs) visible ici jusqu’à la fin du mois, on suit des jeunes de Seine-Saint-Denis. Ces derniers
sont pétris d’hésitations sur leur avenir. Ils craignent de se projeter au-delà du baccalauréat par peur d’être déçus.
Des jeunes passés par là plus tôt, reviennent pour motiver les uns et les autres. Car une forme de fatalisme point.
Le contraste entre les deux documentaires est frappant. Les jeunes de quartiers populaires sont moins
assurés, s’expriment moins bien que leurs homologues aisés.
Eux aussi ne sont pas épargnés par les drames. Dans «  Les défricheurs  », une mère parle d’un drame qui s’est
produit un an auparavant dans la cité. Un jeune a reçu une balle dans la tête sous les yeux de ses amis. Bilal, son fils
est traumatisé, par ce décès. Il raconte face caméra comment il a essayé de sauver son ami. Le reste de la bande
essaie de se débattre avec le deuil et se dit que son ami disparu restera pour l’éternité figé dans ses 19 ans. (…)
Astuce, si vous venez d’un milieu populaire, vous aurez toujours très vite quelqu’un qui vous dira «  Moi aussi
je viens d’un milieu pauvre, ma grand-mère était ouvrière  ». Et vous dira du bout des lèvres que son père est médecin
mais bon ça ne compte pas, il suffit de se sentir prolo pour l’être. Mais au risque de créer moult désillusions, les
grands-parents cela ne compte pas (sauf s’ils vous ont élevé.) Autre cas délicieux, celui du père établi, bardé de
capital culturel mais dont l’enfant qui essaie de créer une connivence de classe avec vous, jure ses grands dieux qu’il
a connu une vie difficile et sait ce que c’est de galérer en vous faisant un clin d’œil.
Ces faux transclasses sont une insulte pour ceux qui viennent de milieux populaires. Revendiquer des fausses
origines prolétaires, c’est prendre la place de personnes déjà invisibilisées, parfois humiliées. C’est tout leur (nous)
voler, y compris une histoire, un vécu, des sentiments qui ne vous appartiennent pas.
Rappel, nous n’avons besoin ni de votre compassion, ni de vos larmes et encore moins de votre fausse
solidarité. Il n’y a pas de compétition, soyez juste conscients de vos privilèges, c’est déjà bien assez.
Quant aux tenants du quand on veut on peut, la motivation paie et autres adorateurs du mérite, vous me
hérissez le poil. Et pourtant, je suis du bon côté de la barrière car je suis une erreur statistique, un accident
sociologique, j’ai fait beaucoup trop d’études, j’ai une position enviable en tant que journaliste dans une officine
coupeuse de têtes, bref je suis une survivante de mon milieu social.
C’est un vrai dilemme auquel je n’ai toujours pas trouvé de réponse satisfaisante. Je devrais brandir tout cela
comme une fierté mais en réalité c’est plus compliqué que cela. Je ne veux pas être une caution, une «  exception
consolante  » ou une preuve que le système n’est pas si excluant. 
Depuis quelques années, le terme de transclasses est à la mode et c’est heureux. Des auteurs comme Annie
Ernaux, Didier Eribon ou Edouard Louis racontent ce sentiment de n’appartenir à aucun monde. D’être indésirable
dans leur milieu d’origine car ils ont « changé » et de ne pas être tout à fait soluble dans celui qui les accueille.
Avec un sentiment indécollable, celui de la honte. Celle de devoir répondre qu’on n’est pas parti en vacances
de tout l’été ou quand il faut révéler la profession, ou son absence, de ses parents. Albert Camus a mis des mots
mieux que quiconque dans Le Premier homme sur cette honte sociale qui l’a étreint au moment de remplir la feuille
de renseignement au lycée. Il devait y inscrire que son père est mort des suites d’une blessure au combat en 1914 et
que sa mère est femme de ménage.
Puis, il y a ceux qui n’ont ni accès à l’écriture, ni sur un blog, ni dans les journaux qui vivent le
« transclassisme » au quotidien. Cet enseignant, cet avocat ou ce médecin. Ou même cette assistante de direction
qui a connu une ascension sociale par rapport à celle de ses parents. Ce qui peut occasionner pas mal de nuits
blanches ou de discussions chez le psychologue pour appréhender cette «  névrose de classe  ».
Que ces témoignages existent, très bien. Seulement, on marche sur un fil. Je reste un peu mal à l’aise face
aux récits de réussite individuelle, dans cette perspective très américaine de role model. 
Je précise que je l’ai fait ici il y a quelques mois dans une pastille pour faire la promotion de la classe prépa
égalité des chances de l’ESJ Lille et du Bondy blog. Je ne sais pas si c’était une bonne idée mais je l’ai fait pour essayer
d’interroger l’absence de diversité sociale et ethnique dans le journalisme, un problème majeur selon moi, mais c’est
un autre sujet.
Parce que raconter son parcours, soit, mais autant ne pas piétiner la sociologie au passage. Se livrer dans ces
récits de vie sans rappeler le poids des déterminismes sociaux, politiser la question et interroger l’incapacité de notre
système scolaire à être autre chose qu’une machine à reproduire les inégalités cela ne sert pas à grand-chose.
À part recueillir des compliments de type «  Bravo pour ton parcours  », parfaits pansements pour l’égo, et
devenir un alibi du type «  Regarde si elle a réussi tout le monde peut le faire  » à quoi bon ? Dire «  J’ai grandi élevé
par les loups, puis j’ai appris à lire tout seul et aujourd’hui je suis avocat et je travaille aussi à la Nasa » n’est pas
toujours utile sauf à combler des failles narcissiques.
D’ailleurs la réussite, qu’est-ce-que c’est ? Un plombier qui gagne très bien sa vie a-t-il échoué car il exerce un
métier qui n’est peut-être pas le plus valorisant socialement ? Pour d’autres, avoir une famille heureuse peut suffire à
rendre heureux.
Et que dire de ceux qui ont quitté leur pays, leurs racines, leur histoire, ceux qui se sont levés des années
durant à des heures indues pour aller pointer à l’usine, nettoyer des bureaux ou des bâtiments publics les mains
ravagées par les produits ménagers chimiques ? Eux n’auraient-ils pas réussi leur vie ? 
Source : « Je suis un accident sociologique mais pas votre alibi », Faïza Zerouala, Article de Blog, 24/07/2019 

Q1. Résumez le propos de l’article (qui parle, à quel sujet, avec quelle intention) puis expliquez le passage en gras.