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Le véritable exil est toujours intérieur: imaginaire et métissage chez les écrivains francophones

grecs
Author(s): Efstratia Oktapoda-Lu and Vassiliki Lalagianni
Source: French Forum, Vol. 30, No. 3 (Fall 2005), pp. 111-139
Published by: University of Nebraska Press
Stable URL: http://www.jstor.org/stable/40552404
Accessed: 05-11-2015 23:21 UTC

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Oktapoda-LuetVassilikiLalagianni
Efstratia

exilesttoujours
Le véritable intérieur
etmétissagechez les écrivains
imaginaire
grecs
francophones
Avecma gueulede métèque
De juiferrantde pâtregrec
Et mescheveuxaux quatrevents. . .
Jeviendraima doucecaptive
Monâme soeurma sourcevive
Jeviendraiboiretesvingtans

GeorgesMoustaki,"Le Métèque"1
"Cela me touche,forcément. Considéré-jecettechansoncommeun
traitd'unionentreles étapesde ma vie?" se demandele narrateur dans
Les Motsétrangers de VassilisAlexakisà proposde cettechansonde
Moustaki.2Figureimportante de la littérature
francophone grecque,
VassilisAlexakisfaitde Parissonpôlelittéraire de prédilectiontouten
continuant à "voyager"et à "cohabiter"dans un espace-temps bidi-
mensionnel.Entreles deux capitales européennes,entreParis et
Athènes, le cheminestlong,le choixdifficile etles voyagesmultiples.
Quitterson payspourla France,n'est pas un phénomèneexcep-
tionnel.Terred'immigration à traversles siècles,l'espace françaisse
définitcommel'espace par excellencemulticulturel du mondepost-
moderne. La fascination
qu'exerceencoreettoujoursla Francedansla
consciencecollectivese traduit parune multitude d'écrivainsqui ont
choiside vivreà Pariset de rédiger - ou de traduire - leurœuvreen
français.Au détrimentde leur langue maternelle beaucoupd'écrivains
ontchoisile françaiscommelangued'expression.Forceest aussi de
constaterque la production littérairede la migration nonfrancophone
est essentiellementromanesque, forme privilégiéede l'expression
identitaire.

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2005/Vol.30, No. 3
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La francophonie enGrècea desracinesprofondes; c'estsurtout tout
au longdu XIXe siècleque la culturefrançaiseinfluence le paysage
intellectuel grec.3Au XXe siècle la créationlittéraire francophone
demeureégalementimportante. Dès le débutdu siècle,à cause de la
défaiteen Asie Mineureet des troublespolitiques,de nombreux
écrivainsessaientde s'évaderde la réalité,émigrent en Europeocci-
dentaleetenFrance,fontdufrançais leurlangued'expression, écrivent
des livressurla Grèceen dehorsde ses frontières.
L'objectifde notreétudeconsisteà analysercomment sontabordés
les problèmesde Videntité, problèmesinhérents, dansla vie réelle,à
toutesituation de migration etd'exil.Nous allonsexaminerparquels
moyenslittéraires la criseidentitaire animéeparla migration et l'exil
estprésentée et traitéedansl'oeuvrede certainsécrivainsfrancopho-
nesgrecs,quelquestionnement idéologiqueetontologique elleéveille,
etquellessontles réponsesproposéesparces écrivainsqui onteu leur
proprepartd'expériencemigratoire.
Entraînant unerupture avec sonmilieuetles modèlesoù l'individu
a été socialisé,la migrationconstitueune situationde crise pour
l'identité,étantunchangement "d'unetelleimportance qu'elle ne met
pas seulement en évidence mais en péril Dans
l'identité."4 ce contexte
de crise,le migrant s'interroge surce qu'il estparrapport à sonpassé
et à l'espace différent du paysd'origine.Repérableà des degrésdif-
férents et sousdes aspectsdiversifiés, s'engageantdansdes directions
ce
différentes, questionnement se manifeste dans tousles texteslit-
téraires que nousallonstraiter etse trouveà l'originede la quêteiden-
titairedes personnages qui découvrent différentes formesd'étrangeté
autourd'eux eten eux-mêmes.5
Au seindela diaspora francophone grecque, plusieursnomsretiennent
toutparticulièrement notreattention: -
VassilisAlexakis le cas le plus
de la
représentatif francophonie grecqueetde la problématique de l'exil
intérieur en particulier - Marguerite Liberala,6Lilika Nakos,Blanche
Molfessis, GisèlePrassinos, Clément Lépidis,MimikaKranaki. . . Autant
d'écrivainsque de parcours. Toutefois, le choixest déterminant de la
place faite à l'époque contemporaine dans une perspective particu-
lièrement européenne. Dans le cas de la Grèce,la littératurefrancophone
donnenonseulement l'occasionde traverser etdescultures
destraditions
différentes,maisaussidedéstabiliser l'idéemêmedel'homogénéité iden-
titairede l'Autreet du Mêmeet de construire un espacehétérogène où

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l'Autreet le Mêmesemblent se regarder,intervertir
leurplace,devenir
chacunla propriété de l'autre.
Voyagespatialetcognitif, l'exil,toutesorted'exil,permet de pren-
dreconsciencede soi,de s'enrichir, de se transformer.
Chez l'écrivain
grecAlexakisl'exil est perçucommeun déplacement géographique,
unvoyageversl'Autre,versce qui estle Mêmeeten mêmetempsdif-
férentde Soi. VassilisAlexakisfaitdu françaissa langued'écriture; il
écritd'abordenfrançais avantde s'exprimer engrec;ce quile faitaussi
éprouverdes doutesà proposde son choix. L'auteurconfesseson
appartenance à deuxpôlesculturels etsonrefusde rejeterl'un d'eux.7

L'entre-deux-langues est le partagemêmede la langue,dans sa dimensionpoé-


tique, prétention dialogue,sonchampde miroirs
sa au où chacuns'identifieet se
désidentifie;
recharge etdécharged'identité.[ . . . ] Mais dansla nostalgieonoublie
c'est l'oubli,que ce qu'on veutce n'estpas le retour
que le retour de cette"chose-
là" maisl'atteintede mémoirequ'elle était,le donet la pertede mémoire Le
paradoxeestque notremémoiren'estpas un stockmaisune pulsationmultiple:
ce qu'elle lâche,elle lâchepourretenir,
elle rattrape et ses appelssontdes forces
de rappel.8

Or,l'exil estsouventun voyagequi ne saitpas trouver sonretour.


Possédantdésormaisune identitéplurielle,Alexakisécrira,incon-
sciemment,dans la langue de l'Autre. L'auteur qui vient alors
d'Athènesà Paris,dansle sensinversed'un voyageinitiatique, intit-
ule sonromanParis-Athènes. Choixinconscient? certainement pas; le
choixdes motsestcapital,dansune aspiration intimeet profonde de
retourau pointde départ,retourau paysd'origine.
Tirailléentre"ici"et"là-bas,"les tribulationsd'Ulyssed'unendroit
à l'autrese concrétisent par le retourà Ithaque,sa véritablecité.Le
péripleestlongetdouloureux. Prisdansle tourbillonde deuxcultures
etde deuxlangues,l'écrivainmanifeste la crisede son identité,iden-
titépartagéeentre"ici" et "là-bas."Cependant, pour douloureuse que
soitcetteerrancedansunecontréedésormaisétrangère, elle n'enreste
pas moinsune nécessité.Elle répondà un mouvement de l'êtreque
I' "ailleurs"ne cesse de solliciter.
L'imaginairegrecdevientl'ancrageessentielet le tenantculturel
d'uneidentité doubleetplurielle.Alexakisécriten français desromans
qui onttraità la Grèce.Le manquedu pays devientsynonyme de
douleur, etl'écrivainsouffrede l'éloignement de sonpays,de sa langue

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et de ses origines.Dans La Languematernelle, romannovateur(prix
Médicis1995),Alexakisdevientle négateur du mythede la Grèceet
pose le sortdu bilinguismeetdu doublement marginalisé.
Aprèsvingt-quatre ans passés à Paris,de retourau pays,Pavios,
Yalterego de l'auteurqui a passé sa vie à écrireet à dessiner,sent
irrémédiablement l'envied'écrire,maisl'inspirationne vientpas.

Il m'a sembléquej'avais envied'écrire.J'aisortila machinede sa mallette, c'est


unevieillemachine, ellem'a étéofferte par un cousinde ma mère.
Je ne l'ai jamais
utilisée.Le rubanm'a paruneuf.J'ai passé une feuilledansle rouleau.Le désir
d'écrireétaitintensemais sans contenu."Jen'ai peut-être sortila machineque
pourvoirles lettresde l'alphabet."Mon regards'est fixésurles accentset les
espritsqui ontétérécemment supprimés. Jeme suisdemandés'il me seraitfacile
de perdrel'habitudede les utiliser. [ . . . ] J'aifiniparadmettre
queje ne feraisrien
ce soir-là.[ . . . ] J'aiappuyésurla touchequi soulèvele rouleauetj'ai frappé, au
milieude la page,l'epsilonmajuscule.9

Seulmoteur duromandépourvu Yepsilon,


de touteactionnarrative,
E, devientle seul filpossibledu roman.Si la quête est longue,la
E c'estéleuthéria,
réponsetientlieude leçond'auto-conscience: la lib-
erté,etellipsi,le manque.
Conscientd'avoirtrouvédansles deuxlanguesuneréponseà son attente, Alex-
akisrefuseradoncde se confinerdansle silencede la pageblanchecommeà la fin
de Paris-Athènes,sans pourautantexprimer un choixdéfinitif.Mieux,il refuse
touteespècede choixentredeuxmodesd'expression qui,tantôt
l'un,tantôtl'autre,
peuventle satisfaire,
à conditionque lui-mêmeconserveun contactintime, qua-
simentcharnel,avec les motsde l'uneetde l'autrelangueetavec les réalitésdont
ces motssontles véhicules.10

De partet d'autrede la souffrance, Alexakischoisitenfinune


troisième le
langue, sango, l'Autre et sa languen'a pas cessé d'êtreau
coeurde ses interrogations.Marquéeparl'exil etl'errance,sonœuvre
évoque des traversées
de tempsetd'espacescontinuellement réinven-
elle est enracinéedans la mémoire,en quête
tés. Parole intérieure,
d'horizonsnouveaux.Non seulementl'auteurest exposé à l'Autre,
maisil vitaussile passageparl'Autre:deuxtempsopposésdu rapport
à l'Autre.Exposé devantl'Autre,Alexakis fait sienne la langue
françaiseet écriten français.Devantl'impassede la transmission, il
faitancragedans l'imaginairegrecqui surgitet se transmet incon-
sciemment, imperceptiblement.

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Dans le cas d'Alexakis,la rencontre avec l'Autrelui est double-
mentbénéfique:nonseulement elle l'aide à prendre consciencede sa
languematernelle et des originesdes ancêtres,maiselle lui offreun
véritableoutilde travailet une thématique renouveléede l'exil et du
déracinement.
Expérience etcréations'engendrent commedes discoursparallèles
et fixentla typologiede la littérature de l'exil. La fictiondevientle
miroirde l'imaginairede l'auteur,donneformeà l'écriturequi elle-
mêmedevientprétexte de la vie. Les figuresdu retoury sontenvis-
agées, esquissées.Le protagoniste de La Langue maternellerentre
dans son pays maternel pourchercherla lettreE qui faitdéfaut.La
est
quête longue et douloureuse. A la findu roman,le protagoniste
découvreavec sagesseque le véritablemanque,c'est le manquede la
mère.C'estle retour auxoriginesetl'adéquationde l'identité que l'exil
a pourobjetde manifester. Qu'il s'agissede Cancerou de Capricorne,
les tropiques ne fontque marquerle pointde l'exil etla consciencede
la terreétrangère.
L'exil devientle catalyseurdans l'écritured'Alexakis,une sorte
d'euphorielittéraire. Perçucommeune mouvancefructueuse, il per-
metà l'écrivaind'explorerde nouveauxespaces.Par la rupture qu'il
effectue, plus que déplacement géographique, l'exil est un déplace-
mentsymboliqueet existentiel où l'on faitl'épreuvedu vide et du
néantet où, en connaissancede cause,un questionnement identitaire
s'impose. Les œuvres d'Alexakis sont des œuvres de vie,des œuvres
de fiction à forteprésenceautobiographique.
La nouvellepatrieetla languesontà l'originede nouveauxthèmes,
de nouveauxespaces. Les différentes représentations avec l'Autre,
l'Étranger, l'Immigré, se
l'Exilé, répercutent inévitablement etimper-
ceptiblement surl'écriture de l'auteurqui devientricheet fructueuse.
Alexakisne faiten aucuncas de la littérature nationale.Le discoursde
l'altéritéa pu se construire parrapport à un discours identitaire.Et on
a le bonheurde trouver chezAlexakisl'heureuseprésencede l'iden-
titéet de l'altérité.Pas le moindresigned'acculturation, de ségréga-
tionou de rejetchezlui.
Le thèmede l'exil en tantqu'enrichissement etmoteurde création
est un thèmeimportant dans Paris-Athènes, L'œuvreentièreest "le
résultatd'uneremiseen questionidentitaire qui faitprogresser le nar-
rateurdansl'élaboration de sa consciencedu mondeetde sonmoi."11

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Le métissageetle mélangedes culturesse produisent également à
traversune confrontation linguistiquequi affecte la langue euro-
péenne.La doubleculture d' Alexakisse traduitparunedoublelangue.
Alexakisn'estplusnitoutà faitle mêmenitoutà faitun autre.Écrire
dansla languede l'Autre,entraîne un dédoublement de la personnal-
ité,entre le moi antérieur et le moi présent.On est devant l'horizon
d'attente de l'écrivain,qui abandonnesa languematernelle au profitde
l'écriture francophone. Dans ses quêtesidentitaires, l'écrivainestaux
prisesavec la consciencelinguistique. Dans ses romansla probléma-
tique de l'exil est au centre de la narration.
Paris-Athènes, récitauto-
biographique, complètement méditerranéen, constituel'assimilation
parfaitede deux de
villes, deux civilisations
etdeux languesprisesdans
leurjuxtaposition mutuelle.Le romanest le livreparexcellencedes
va-et-vient perpétuels. Et on se demandesi ce n'estpourl'auteur"un
moyende comparer deuxcultures ou unmoyende s'échap-
différentes
per de la réalité."12 Question multidimensionnelle etdynamique à tra-
verslaquelle s'exprimepar excellencel'identité,le problèmede la
langueprendaussi une place importante dans le texte.Sur la langue
justement, il y a dansle romantouteuneinterrogation qui découledu
bilinguisme:
Jemesuisrenducomptequej'avais pas maloubliémalanguematernelle. Jecher-
chaissouventmesmotset,souvent,le premier motqui me venaità l'espritétait
français.[ . . . ] Mon grecs'étaitsclérosé,rouillé.[. . .] Il m'a doncfalluque je
réapprenne, en quelquesorte,ma languematernelle: ça n'a pas étéfacile,ça m'a
pris des années, mais enfin,
j'y suis Je
arrivé. continuais cependantà écrireen
français.Jele faisaisparhabitudeet pargoût.J'avaisbesoinde parlerde la vie
que je menaisici. J'auraisdifficilement pu raconter en grecl'immeubleà loyer
normalisé oùj'avais vécupendantdouzeans,le métro, le bistrotdu coin.C'est en
français que toutcela résonnait. De même,il meseraitdifficile d'évoquerdirecte-
menten françaisundînergrec.13

avoue:
des Motsétrangers
Ailleurs,le narrateur

Quandje suis en Grèceje penseen grec.Lorsquej'écris en français je penseen


français.Jene sauraisvous direquelle langueauraitma préférence si je devais
resterlongtemps surune île déserte.14Hormis le du
problème bilinguisme etde la
languematernelle avec laquelleon prendforcément sa distanceen paysétranger,
unautreproblèmebeaucouppluscomplexese pose ici: celuide la langued'écri-
presqueimpossiblede parlerdes expériences
ture.D estdifficile, du paysdansla
langue de l'Autre,comme il est de
difficile rapporterle vécu en terreétrangère

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dansla languematernelle. La migration estunchangement d'unetelleimportance
qu'elle ne met pas seulement en évidence, mais aussi en péril,l'identité.15
C'est
unévénement d'unetelleéchelleoù l'individuse voitcontinuellement confronté
à la pertedes objets,des personnes, de la langue.. . . Toutce à quoi sontliés les
souvenirs etles liensavec le paysperdu.C'est unchocqui secouela structure psy-
chiquede l'individuaffecté ajamáis parla pertedu payset la pertede sa langue.
Pourle migrant eneffet,la languen'estpas seulement celledupaysd'origine.Des
rapportsnouveauxs'établissentavec la nouvellelangue qui apparaissenten
généralà l'originede difficultés. Difficultésd'expression, maisausside commu-
nicationavec le milieuétranger. Les languesvousrendent l'intérêtque vous leur
portez.Elles ne vousracontent des histoires que pourvous encourager à direles
vôtres.Comment aurais-jepu écrireenfrançais si la languenem'avaitpas accepté
telqueje suis?

se demande le narrateurdans Les mots étrangers}6Pire, dans Paris-


Athènes,le héros est un être double. "Toutes les nuitsje rentraisen
Grèce. Et tous les matinsrecommençaitle même mauvais rêve: je me
réveillaisdans un autremonde. Personnene comprenaitautourde moi
la langue dans laquelle je me parlais."17
Ce questionnementidentitaireest beaucoup plus perceptibledans
Talgo où l'auteur"confesse son appartenanceà deux pôles culturelset
son refusde rejeterl'un d'eux."18 "Au bout de treize années passées
en France au cours desquelles j'ai écrit presque exclusivement en
français,j'ai éprouvé le besoin de renouer avec ma langue mater-
nelle,"19écritl'auteur,en exerguedans Talgo, dontla premièreversion
futécriteen grec.20
Autobiographiques,les romansd' Alexakis "relatentdes crises per-
sonnellesqui remontent aux débutsdes destinéesindividuelles,retrou-
ventles sources d'une identitéculturelleet transformentde ce faitles
œuvresautanten une étude de la société qu'en une recherchede l'in-
dividu."21

Dans tousles cas, commeil le constatesurla tombede sa mère,unelangueestun


manque,manqueà exprimer cet inexprimable, qui est sansdoutel'essentiel:les
valeursdu coeurqui, indépendamment de toutelangue,demeurent inscritesau
plus profondde l'être.Telle est la leçon, en formede parabole,sur laquelle
s'achèvele livreetparlaquelle[ . . . ] Alexakissembleéchapperà sa vertigineuse
dualité.22

Le multiculturalismen'est en fait qu'un vecteur de diversitéet


d'ouvertureà autrui.L'auteur qui choisit l'aventure de l'écritureen

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françaisperd sa connotation de marginalité, pour affirmer la con-


"Il
sciencede son identitéoriginale. quitte tout élément d'exotisme
pourrevendiquer avec forcesa pleineautonomie créatrice."23
Un autrecas intéressant de francophonie est celui de Marguerite
Liberaki,écrivainde l'après-guerre dontl'œuvreestmarquéedansson
entier pardesquêtesinterrogatoires d'identité etde l'altérité. Bilingue,
Liberad écrittantôten grec,tantôten françaiset mêmetraduitses
romansen français.24 Cettecréationfrancophone a une importance
pour l'œuvre elle-même de l'auteur. Elle témoigne la quêted'iden-
de
titérecherchée parl'écrivainà traversla langueutilisée.PourLibe-
raki,le françaisest un moyenpour parlerd'elle-mêmeet de ses
aspirations Pourelle,l'identitéestunepositionconsciente
littéraires.
enversl'altérité; Elle "n'estpas unedonnéemaisuneconstruction per-
pétuelle. C'est une valeur métisse.L'interculturel devientainsi
l'espace le plusauthentique du moi."25Liberakia cherchéà transmet-
treun messageà l'Autre,à s'identifier mêmeà cetAutre,sans guère
refuser sa culturegrecque.Au contraire, sa rencontre avec la culture
française au seind'un auto-exil en France, renforce sa grecite etluifait
prendre conscience de sa propre identité. Le discours identitaire de
Liberakiestalorsundiscourspersonnel.
"Besoin urgentalors de communication avec une culture,phase
décisivede création originale aussi, cela résume [ . . . ] le cas de Liber-
à on
aki, quoi pourrait aussi ajouter la tendance propreà cetécrivainde
fuirla réalitégrecque."26 La deuxièmeguerremondialeet la guerre
civilequi la suiviten Grèceprovoquade grandschangements socio-
politiques etlaissale pays en ruine. Pour fuirles autorités, les résistants
grecsontquittéprécipitamment le pays,en mêmetempsqu'explosait
en Grècel'affrontement idéologiquequi partagealongtemps le pays
entreles idéologuesde la droiteet ceuxde gauche.Répondant à cette
réaliténouvelle,unegénération déjeunesdramaturges gaucheont
de la
eu leurpartde responsabilité par l'intermédiaire des œuvresdrama-
tiquesqui ontpourcentrela douleuretle traitement injustedesperson-
nesmarginalisées.27
L'AutreAlexandre, romanabstrait etallégoriquede l'après-guerre,
estaussiunromandu Mêmeetde l'Autre:le romand'Alexandreetde
sondoublequimarquait aussile débutde l'autreMarguerite, de la dou-
ble conscienceet du double parcours.Le romanest écriten grec
(1950), pendantque l'auteurrésidaità Parisdansle quartier de Saint-

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Andrédes Arts,alorsque la pièce en troisactesqui le suivitsous le
mêmeintitulé - L'AutreAlexandre - estécritdirectementen français
(Gallimard,1957). Œuvre de crise existentielle, de l'Autreet du
Même,au lendemaindes guerrescivilesfratricides qui ontdémantelé
la Grèce,il est nécessairepoursa compréhension de se rapporter à
l'imaginaireculturelde l'écrivain.

Pourquoine me reconnais-tu pas? (Elle crie).Laissez-moitranquille. Jen'ai pas


de carted'identité.
D'ailleursje vais quittercetterégion.Puisquetoinonplustu
nemereconnais pas.J'irainagerseuleau large.Jen'ai pas de carted'identité,
lais-
sez-moi,laissez-moi. . .

s'écrieAglaé avec tristesse enversl'agentde police.28


Dans le schémadoubled'unefamille(ou plutôtde deux)portant des
nomssemblables,enfantslégitimeset bâtards,gènestousdu même
géniteur,se perdent, se retrouvent,se haïssent,se meurtrissent.
Le prob-
lèmede la vieetde la mortpréoccupeLiberalaqui chercheparle biais
de ses œuvresrédigéesenfrançais l'issuepossibledu labyrinthe.Abor-
dée à traversl'expérience migratoire, la questionde l'identité
constitue
elle-même souvent uneproblématique de baseenraisonde laquellecer-
tainsécrivainssemblent s'orienterversdes choixthématiques précis.
Le traitement de sentiments d'étrangeté sembleassocié à la présenta-
tionde quelquesthèmes-clefs, telsque le départ,le retour,
la mort.
La démarchede l'écrivain

résulted'undiscourssurla bi-culturalité,uneprisede conscienced'une ineffable


dualité difficilement et douloureusement assumée, consisteraitpeut-êtreà
chercher,à [sa] manière,uneplace dansle monde.Margarita Liberalaappartient
à cettediasporaculturellegrecqueetcréeuneoeuvremarquéeparla quêted'une
identitésousdes aspectsdivers:de l'identitélinguistique et stylistique,
à celle de
sa génération,de sa féminité,
pouraboutirenfinà sonidentité personnelle.La pro-
ductionlittérairede Liberala,crééeen Franceeten Grèceestcomposéetantôt en
français,tantôten grec.Ce qui forcel'admiration est que, délaissantsa langue
maternelle,elle composedirectement en françaiset,plustard,elle revient au grec
en s'autotraduisant."29

Hésitantentredeux languesd'expression,le grecet le français,


l'auteurne parvient
pas à choisir.Elle commenceparrédigercertaines
de ses œuvresen grec,puis passe insensiblement au françaispour
d'autres.Ce va-et-vient
se faittoutefois sous le prisme

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120 /FrenchForum/Fall2005/Vol.30, No. 3

des symbolismes etdes mutations andrò-


du mytheà la critiquede la mythologie
centrique et à sa reformation sousunenouvelleoptiqueféminine, carce qui l'in-
téresse,au fond,c'est la contributiondu mythedansle processusde la recherche
de Faccomplissement de la personne."30

A partirdu moment qu'un écrivainchoisitd'écriredansunelanguequi n'estpas


la sienne,qui n'estpas sa languematernelle, des "nouvellesrelations"se nouent
avec l'expression.Quantà moi,j'ai vécu ces "nouvellesrelations"commeune
denudation linguistique,une sortede reculque j'ai gardédepuis,mêmequand
en
j'écrivais grec. Le Saint Prince,Les Danaïdes,Le LitSecret,Sparagmos,Ero-
ticasontécritsen français. Écrireen grecne s'estfaitqu'aprèsdes années,etcela
a toujourscommencéavecpeurethésitation - tendanceà reporter l'exercice- , il
avançaitavecunevoluptéréelle,unamourà chaquefoisnouveau,pourmalangue
maternelle que,j'avais, d'une certainefaçon,trahie.Ainsi,la relationavec ma
langue devient unerelationd'amour,un amourvécu commeattirance-répulsion,
union-séparation, exactement commedansmonouvrageErotica.31

rienn'est dû au hasard.La quête d'identités'ex-


Rien n'est fortuit,
primeà traversla réflexionsurle bilinguisme.Certes,l'acte est impor-
tantquand on saitcombienla languecharrieavec elle la culturedu pays.
Ce passage d'une langue à une autre s'accompagne pour les
écrivainsfrancophonesde troublesd'identitéet d' œuvres qui appor-
tentla preuvecréatriced'un universparticulier.Au sein de la diaspora
grecque, deux noms fontfigureimportantede précepte,deux voix
féminines:Lilika Nakos et Blanche Molfessis.
Elevée entreGenève32et Paris33,et après des études de littérature
française à la Sorbonne, Lilika Nakos, amie de Nikos et Galatia
Kazantzakis, rentredans son pays où elle exerce la professiond'en-
seignanteen Crète.Fuyantla Grèce de l'après-guerrecomme plusieurs
de ses compatriotesde la gauche (Kranaki), elle se renden Suisse où
elle travaillecommejournalisteet écritdes textessurcommandepour
survivre.Écrits pour êtrepubliés dans les quotidiens de Genève, ses
textessont rédigés en français.Frappée par la guerre,la famineet le
déracinement,les textes de Nakos, d'inspirationautobiographique,
focalisent des histoires tristes et réalistes, d'enfer presque, qu'il
s'agisse des adultesou des enfants.
Ses débutslittérairesdatentpourtantde son séjour à Paris,de 1923
à 1930, ses textes étant publiés dans les journaux et périodiques
françaisLe Monde, Clarté, Europe et Nouvelles Littéraires,alors que
son recueilde récitsLa Déflorée,qui l'a rendueconnueen Grèce,paraît
en français(1932), avantla parutiongrecque (1937). Aux débutsde la

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Oktapoda-Lu et Lalagianni: Le véritableexil / 121
décenniedes années 30, "les premierstextesfrançaiset grecsde Lilika
Nakos surprennent par leur caractèrenovateurpublic et critique."34
Si Nakos choisit le français pour écrire ses premierstextes lit-
téraires,ce n'est guère fortuit, ce n'est même pas lié aux quêtes iden-
titairesqu'ont connues d'autres écrivains de la diaspora grecque.
Nakos est originaired'une famille aisée, bourgeoise et intellectuelle
qui voyage souventdès son plus jeune âge à Paris et à Genève. De par
son père,socialistedéputéau gouvernementde Venizélos et ami intime
d'Henri Barbusse, Nakos, jeune encore, a facilementaccès pour ses
premièrespublicationsà des revues françaisesdirigéespar la gauche
française.Puis, au tempsde la guerreet de l'Occupation, et comme le
françaisest sa deuxième langue maternelle(avec sa mère elle démé-
nage à l'âge d'à peine dix ans à Genève où elle pour suit sa scolarité
au collège), elle écriten françaisbon nombrede ses textes,alors que
d'autres voientla traductionen même tempsque le textegrec. Ainsi,
les récits du recueil L'Enfer des gosses,35rédigé en grec durantles
années obscures de la guerre, entre 1942 et 1943, pendant que
l'écrivain vivaiten Grèce, sont traduitsaussitôten françaiset publiés
immédiatementdans les périodiques helvétiques; leur écriturepro-
fonde et dense sensibilise l'opinion publique qui envoie aussitôtdes
vivresà la Grèce occupée.
Toutes les œuvresde Nakos sontquasi-autobiographiques;"sa vie
est si étroitement liée à son œuvre que si l'on veut la comprendre,il
fauttoujoursrecourirà la vie personnellede l'écrivain."36Ainsi, dans
Les Déroutés (1935), romanécriten grecet traduiten français,Alexan-
dra, l'héroïne,une jeune fillede dix-septans, n'est que Yalter ego de
l'écrivain. C'est à cet âge que l'écrivain est tombée amoureuse d'un
hommebeaucoup plus âgé qu'elle, un ami de son père. Comme l'au-
teur aussi, Alexandra est socialiste et habite la pension de la russe
Madame Dubois, qui n'est en faitque la pension que tenaità Genève
la nourricede Tolstoï où a habité aussi Nakos avec sa mère. Comme
l'écrivain,Alexandra aussi tombe amoureuse d'un homme beaucoup
plus âgé qui la guidaitdans ses écrits.La narrationà la premièreper-
sonnefaitque l' héroïne-narratrice s'identifieavec l'auteurqui ne laisse
pas de doute sur le caractèreautobiographiquedes faitsracontés.
Les romansde Nakos sontdes bribes de vie rassembléeset recon-
stituéespour les besoins du récit,aux frontièresde l'imaginaire et de
la fiction.'A traversle personnagede Nausica, l'héroïnede sa nouvelle
éponyme(1953), l'auteur avoue: "Quelquefois [...], quand je fais le

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122/FrenchForum/Fall
2005/Vol.30, No. 3
retouren arrièrepourregarder maproprevie,j'ai l'impression quej'ai
rêvéde toutcela. Malheureusement, elles ontété toutesvraies,etje
peuxdireque monenfancea marquétristement ma vie future."37
Que
les événements rapportésfontpartiedu répertoire personnel etautobi-
ographique de l'écrivain,il n'y a aucundoute.DeborahTannen,qui a
interviewéNakos en 1975 et en 1976, affirmeavec certitudeque
plusieursdes faitsracontésparl'écrivainétaientreprésentés dansses
texteslittéraires.

I interviewed
Nakosovera periodofeightmonths in 1975and 1976atherwinter
and summer homesoutsideAthens.In thecourseofthoseinterviews I askedher
aboutthecircumstances thecreationofhernovels.In heranswersto
surrounding
myquestions,Nakosrecounted someeventsthatshe had also representedin the
novels.ThusI hadtheopportunity
tocompareNakos'sliteraryandconversational
re-creations
ofthesameevents.38

Quantà MadameDoremi(1955), romanà grandsuccèscommer-


cial en Grèce,39
il a étérédigéen 1947 pourun périodiquede langue
en
française Suisse.
LilikaNakoswrotehermostcommercially successful
novel,Mrs.Doremi(IKyria
Doremi)in 1947 fora French-language in
magazine Switzerland.She subse-
quentlyrewrote itinGreek,anditwas publishedinAthensin 1955andserialized
on televisionin the1980s.Thesearethecircumstances leadingup to thewriting
ofthatnovel.40

Tannen,qui a connul'écrivain,rapporte l'événement


de sonarrivéeen
Suisseen 1947,en pleineguerremondiale.L'écrivainestépuisée,au
boutdes forces,elle a faimetelle n'a rien.

In 1947 she returned to Switzerland,whereshe had grownup fromtheage of


twelve,whereshehadwritten workin French,andwhereshehaddevel-
herfirst
oped a reputation
as a writer beforeshereturned to herhomeland,Greece,at the
age ofthirty-one.
[ . . . ] shehadjustarrivedin Switzerland andwas sitting
inthe
trainstation,destituteand aimless.An acquaintancefromher earliertimein
Genevaapproached andtoldherthata magazineeditorhadheardaboutherarrival
and wantedto commissiona humorousnovella.She remarked, "What,humor-
ous?" She wasn'tfeelinghumorous at all because,as sheexplained,

Den eichatipota.
Outena koimitho,
outena fao,

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Oktapoda-Luet Lalagianni:Le véritableexil/ 123
outedomado,
outetipota.

I didn'thaveanything.
Neitherto sleep,
neithertoeat,
neithera room,
neitheranything.

Jen'avaisrien.
Ni pourdormir,
nipourmanger,
nichambre,
nirien.41

Plus qu'un choixpersonnelinoffensif, écrireen françaisdes nou-


velleshumoristiques étaitpourNakosunequestionde survie.
Née à Parisde parentsgrecs,BlancheMolfessisa deux langues
maternelles, commeelle le ditelle-même:le grecet le français.Sa
préférence va pourtant à la languefrançaise qu'elle utilisecommeoutil
de travailet commelangued'écriture littéraire.
L'auteur,qui excelle
dansla poésie,se distingue ensuitedansla proseet choisitla traduc-
tionlittérairedes œuvresgrecquesdontelle faitsonmétier.42
Sa thématique préféréeest celle de l'Occupationet de la guerre
civilequi estau centrede sonromanL'Armeaux yeux(1995).43Cette
guerrefratricide, cependant, elle ne l'a pas vécue,et si le thèmede la
guerrerevientsouventdanssa prosec'est grâceà unemémoireentée
parses parentsréfugiés en France.
Dans le roman,la narration homodiégétique entremêlée à la narra-
tionintradiégétique, conférant à l'histoirenarréele tonde confession
d'unehistoire, développeplutôt le mythe dudéracinéetdudésirprofond
pour l'éternel retour. Romancière de Molfessisparvientsans
talent,
peine à reconstituer l'Histoire à travers son histoirepersonnelle, celle
d'unegénération perduedesguerres civiles,desmigrants etd'exilés.Le
procédédu retouren arrièredans la narration est révélateur du mor-
cellement de l'auteurdiviséà toutjamaisentre"ici" et "là-bas."S 'ap-
puyantsurdes preuvesplausibles,des témoignages et des documents
photographiques de l'époque,l'auteurestà mêmede donnerunevision
de l'Histoireà travers l'histoirede ses protagonistes grecs.Le roman
devient inéluctablement pour l'auteur une véritablequêted'identité, une

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124 /FrenchForum/Fall2005/Vol.30, No. 3
et douloureuse.Comme Kali, l'héroïne,l'auteurne
recherchefrustrante
peut qu'avoir des "larmes" aux yeux, homonymie - heureuse?- de
"L'Arme aux yeux,"l'intitulémême du roman.

On voyaitles lèvresprendrela forme desmots;la fumée prendre la formedes


lèvres
etsedéfaireaussitôt.
[ ]. . Ce fut
unconte
cruel [ . . . ] Paris, ma ville
natale
etaussimamarâtre.Comme ellesavaitpunir
touteturbulence (...)

Etau dernier au toutdernier


moment, le miracle!
moment, C'estParisquiles a
sauvés[ . . . ]

Paris,biensûr,étaitintervenue:
danssa sévérité,elleavaitgrondé
ceuxquicon-
damnent lesenfants, lesavaitmenacés
[ . . .J.44

écriten français,il pose


Le choix du roman est assez significatif:
clairementle problèmede la langue d'écriture,de l'arme en écriture.
L'auteurraconteen françaisdes expériencesgrecques. C'est peut-être
normal pour un écrivain dont le françaisprime sur le grec qui ne
représentepour elle qu'une langue d'expression orale. En effet,
Molfessis n'apprendà écrirele grec que bien plus tard.

[É]crireen françaisdes choses grecques,donc, se servird'une langue pour


exprimer uneréalitéétrangère à cettelangue,poseclairement la questionde la dis-
tanceentrele signifiantet le signifié.[ . . . ] L'écritureest une composantede
unecomposante
l'identité, déterminante de la personnalité de Blanche.45

C'est cela peut-êtrele ton confesseurdu roman:pouvoir raconteraux


amis françaisl'expériencedouloureusedu pays perdu.46La pertede la
langue du pays entraîneavec elle la perte de l'identitégrecque que
Molfessis essaie bien des années plus tardde reconquérir,d'abord à
traversses voyages, puis en s'installantdéfinitivement à Athènes.
Si pourdes raisonsdifférentes les écrivainsgrecsde la Diaspora ont
choisi de vivreen France ou en Suisse et d'écrireen français,le Retour
se pose et s'impose, et ils vontretournertoustôtou tardà la terrenatale.
Toutefois, leur statutd'exilé donne essor à une problématiqueessen-
tiellementidentitairequi découle surtoutd'une réflexionprofondesur
la naturede l'identitéelle-même.
Gisèle Prassinos, enfantde migration,prend le chemin de l'exil
avec ses parentsgrecsqui résidentà Istanbulmais qui fuientle pays au
lendemaindu désastrede l'Asie Mineure,en 1922. "Enfantprodigedu

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Oktapoda-Luet Lalagianni:Le véritableexil/ 125
Surréalisme,sans pour autantcesser de faireentendreune voix
grecque,"47 l'adolescentese révèlerapidement paruneplumepoétique
qui ne laisse pas indifférents les théoriciens du mouvement, Breton,
Eluard,Char.Traductrice de Kazantzakis, Prassinosexcelleaussidans
le roman.48 Il estsignificatif que,dansses romans,l'écriture se faitpar
un travailsurla mémoire.La mémoireet le métissagetiennent le fil
conducteur d'uneprosemarquéeparl'autobiographie et
mythique par
un"mouvement de retourversle Moi et sonhistoire."49
Si l'on parle de mémoirechez Prassinos,en tantque rappelet
reconnaissance du souvenir, il fautbienle dire,l'écrivainn'a guèrede
souvenirs individuels du paysetdu foyerperdu.Elle étaitencoredans
les langesquandses parents émigrèrent enFrance.Ses souvenirs d'en-
fancesontceuxqu'elle se faitenFrance,dansle seulfoyerqu'elle peut
désormaisse rappeler. Ils se passentdansdes lieuxsocialement mar-
la le
qués: cuisine, jardin, la cave. . . "C'est dans le cadre de la famille
que l'imagese déplace,parceque dès le débutelle y étaitcompriseet
qu'elle n'en estjamais sortie,"50 souligneHalbwachsà proposde la
mémoirecollective.
Dans Le Tempsn'estrien,l'auteurévoquel'effervescence qui rég-
naitdansla maisonles joursde fêteet les odeursde metsdélectables
qui se répandaient dès l'aube.Carenfemmesorientales "incorrigibles,
ellesroulaient desboulettes de viande,brûlaient la peaudes aubergines
au-dessusdu gaz, farcissaient des feuillesde vigne."51 Autantde sen-
sationsolfactives, tactilesetvisuellesdontl'imagination étaitajamáis
imprégnée chez la jeune écrivain et dont la réalité,il fautbien le
souligner, est celle de la réalité quotidienne des femmes orientales de
diversesminorités de travailleurs migrants vivantà Nanterre, dansla
banlieueparisienne.

La gares'étendaitdansun lotde champsincultes,semésde boîtesde conserves,


de vieuxseaux hygiéniques et de morceauxde lits-cagesenveloppésde rouille
commeles épaves,dans la mer,le sontde coquillages.Des caniveauxremplis
d'une eau croupietraversaient ce terrain
en toussenset il fallaitêtredu quartier
poursavoirles éviter.[. . .] Beaucoupplusloin,se pressaient les maisons.Les pre-
mièresbricolées,avec un toitde tôleet tournant le dos à de plusgrandes,ornées
de verdure aux fenêtres.52

Imaginaire dupayssansdoute,que l'auteurreprend


mythique dans
Le GrandRepas.

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2005/Vol.30, No. 3
126/FrenchForum/Fall
"Le ventsoufflait.Nous étionsDehors,dansunchampsdésertéclairé
par la lune. NotreMaison avaitdisparu.Il n'en restaitrien,mêmepas
quelquespierres.On ne voyaitque de l'herbe,à l'infini."53
Entremytheoniriqueet frontière du rêve,entreautobiographie et
-
imaginaire s'agissant d'un imaginaire rêvé - Prassinos gardera du
pays natalun souvenirde charmedécouverten Francependantson
enfanceà Nanterre.
Dans Le Tempsn'estrien,l'histoirede l'exil de Muguet,l'héroïne,
ressemble terriblement à cellede l'auteur."Cetteremémoration dulieu
etdu tempsde l'enfanceva de pairavec unethématique de l'exil etdu
déracinement."54
À côté de la tendanceà oniriserles faits,gesteset objetsquoti-
diens,les récitsdes Motsendormis (1967), rédigésengrosentre1946
et 1965,posentunenouvelleformed'écriture narrative métaphorique
qui projettentdans l'ensemble l'image d'un personnage déchiréentre
le désirde s'ouvriretceluide se replier."[U]n Moi diviséetaliénéen
jouantsurdesimagesdudédoublement [ . . . ] Mis en situation d'échec,
jugé,condamné, exilé,le personnage de Prassinosréagitparuneatonie
"55
générale,ce que l'auteurappelleune 'mortaffective.'
GisèlePrassinosmarqueunelittérature françaiseprécoceet origi-
naleparsa créationpoétique,alorsque c'est dansla prosequ'excelle
la plusgrandemargede la diasporagrecque.
Au sein de la Francophonie hellénique,deux autrescas méritent
néanmoinsd'être signalés:celui de ClémentLépidis et celui de
MimikaKranaki.L'étudede leurœuvrenoussemblenécessairepour
faireune présentation plus ou moinscomplètedes prosateurs grecs
contemporains d'expressionfrançaise.Elle permettra de dégagerla
singularité de la francophonie grecquecontemporaine en situation
d'exil etde migration.
Parisiende naissance,Parigotcommel'auteuraimaitdire,Clément
Lépidis,pseudonyme de KléanthisTchélébidès, dontl'œuvretraitede
la Grècedes ancêtres, est le descendant d'une famille grecqued'Ana-
tolie.CommePrassinosquin'a pas connula Constantinople de sa nais-
sanceetqui rapporte la mémoirede sonpays,Lépidisrépercute aussi
danstoutesses œuvresunemémoireentéedansle plusprofond de son
êtregrâceaux récitsdu pèreChristoset des amisgrecsde Belleville.
L'auteurestfortement marquéparsonpaysd'origine,qu'il n'a jamais
connuduresteetqu'il essaiede connaître parle biaisd'unethématique

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Oktapoda-Luet Laiagianni:Le véritableexil/ 127
essentiellement grecqueet "anatolienne." Les motifsdominants sont
la douleurdu déracinement etl'exil intérieur;etLa Rose de Büyükada
(prixdes Deux-Magots,1964),La Fontainede Skopelos,Le Marinde
Lesbos (prixPopulisteJean-Macé,1972),Les Oliviersde Macédoine
sonttousdes romansoù l'amouretla nostalgiedu paysperduéclateà
chaquepage.
ClémentLépidis,le Parisiende l'Asie Mineure,esten effetla per-
sonnification mêmede l'exil. L'écrivain,qui n'a jamais connul'Ana-
toliepaternelle etqui ne parledoncpas le grec,se sentprofondément
exilé et déracinéet souffre à telpointque son œuvrereprendla thé-
matique de l'exil dans son sens général.Aprèsle beau romanL'Ar-
ménien(grandprixde la Sociétédes gensde lettres, 1974) qui traitait
aussi du thèmede l'exil,Les Émigrésdu soleil mettent en scènedes
exilés de toutpays,qu'ils soientdébarquésde Grèce,d'Afriquedu
Nordou d'Espagne.Les personnages du recueilonten communcet
espoirqui les a poussés versla France,soitpoury trouver un refuge,
soitpoury réaliserun rêve,soitplus simplement poury gagnerleur
pain. Mais au bout du voyage les attendent bien souvent la déception,
l'échec, l'éclatement du mirage, ou cette mort amère qu'estla morten
terreétrangère. il
Lépidissaitde quoi parle. "Fils d'exilé moi-même,
leursproblèmesme semblentles miens,"56 soulignel'auteurdans la
pressepourla parution des Émigrésdu soleil
"La substancedu migrant porteincontestablement les marquesde
la différenciation mêmequandil s'agitde migrants
et de l'altérité, de
deuxièmegénération."57
Certes,unifier en un seulhommele Parisienetl'Orientaln'estpas
unparifacile.Ainsi,à l'inversedes Grecsqui quittent la Grècepourla
France,Lépidisrépondà l'appel de la Grèceetrecomposele parcours
familial, en GrèceetenTurquie,voyageinitiatique à la terred'origine.
"C'est peut-être parcequeje voulais exterminer le monstre quej'avais
en moi,dansuneffort de connaître mesorigines, de voirplusclairen
moi,"58avouel'auteurdansson autobiographie.
L'identité estliée étroitement à la mémoirecollective;elle est,chez
Lépidis,uniquement constituée des récitsde douleuret de déracine-
ment, des récits des jours heureux à la mèrepatrie,des récitsde l'en-
touragefamilial, maisaussides lecturesde livres - essentiellement de
-
l'oeuvred'HenryMiller qui ne sonten faitque des témoignages de
secondemain.

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128/FrenchForum/Fall
2005/Vol.30, No. 3
Le problèmeposé parl'enchevêtrement de la mémoireet l'imagi-
naireestaussivieuxque la philosophie Il suffit
occidentale. de rappeler
en faitl'héritage
grecetla philosophie
platonicienneetaristotélicienne.

La philosophiesocratiquenousa léguésurle sujetdeuxtopoirivauxet complé-


mentaires, l'un platonicien,
l'autrearistotélicien.
Le premier,centrésurle thème
de l'eikôn, parle de représentation présented'une chose absente;il plaide
implicitement pourl'enveloppement de la problématiquede la mémoireparcelle
de l'imagination. Le second,centrésurle thèmede la représentation
d'unechose
antérieurement perçueacquiseou apprise,plaidepourl'inclusionde la probléma-
tiquede l'image dans celle du souvenir.C'est avec ces versionsde l'aporiede
l'imagination etde la mémoireque nousn'avonsjamais finide nousexpliquer.59

ClémentLépidisn'a pas de mémoire historique


personnelle ou col-
lective.Ses souvenirs d'enfancesontceuxd'unParisien,filsd'uncor-
donnierde Belleville.Fautede souvenirs d'enfancede Grèce,l'image
que l'écrivainfait de ce paysestcellede son qui fonctionne
imaginaire
en catalyseur à l'écriture heureusedes romansà thématique grecque
écritsen français.Pourrenforcer son imaginaire,
Lépidisvoyagedes
annéesplustarden Grèceafinde fixercetimaginaire qui l'a toujours
obsédédepuisl'enfance.

Instantuniqueque le départpourla terredesancêtres. Plusde troismillekilomètres


m'enséparaient, maiscelle-cim'impressionnait déjà.Aux couleurstendres et ver-
doyantes de la campagnefrançaise se calquaitunmélangede feuetde mystérieux
limon.Jen'étaiscertain de rien.Les récitsque le pèreavaitgravésau couteaudans
moncœurenmeles racontant ressurgissaient
brusquement dansle grandsilencedu
souvenir.J'imaginaisles aïeuxm'épierdu fondde leurstombestouten melaissant
faire.J'entendaisles ricanements d'une génération tombéeen poussièresurles
plateauxde cetteAnatolielointainequi m'apparaissaitcommeune montagne
immense queje voulaisescaladerseul,sanscordeetsanspic.[ . . . ] Brousse!Konya!
Erzeroum! Istanbul!Ankara!Eskichéhir! Le villagedes aïeuxétaitlà, éclatantsur
sonafficheen lettresphosphorescentes dansla gareroutière [ . . . J.60

Parle biaisdu voyageetdu retour


auxracines,Lépidisdécouvreenfin
sonidentité,unenouvelleidentité
culturelle.

J'étaisau cœurde l' Anatoliedésirée,redoutée, parmides hommesque je jugeais


redoutables maisque la misèretransformait enparias."On attendait
les Turcsd'un
moment à l'autre.. . ," grognait
la voixdu pèreà monoreille.Mais moij'offrisla
mainà tousces hommes.61

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Oktapoda-Luet Lalagianni:Le véritableexil/ 129
MimikaKranaki62 estl'auteurde troisromans:Contre-temps (1948),
Cirque(1950)etPhilhellènes. Vingt-quatrelettres d'uneOdyssée(1992).
L'œuvreromanesque de Kranakiestécriteen grectandisque sonœuvre
critiqueest en français. Ses oeuvresfocalisent la thématique des mythes
de la doubleidentité et du bilinguisme se
que posent tous les exilésdu
langage.
Dans une démarcheopposéeà celle de Lépidisqui écrit,évidem-
ment,ses oeuvresen français, la GrecqueKranaki,qui viten Franceet
y travaille, choisit le grecpourses œuvresde fiction. "Comment peut-
on désapprendre la façondonton respire?"63, écritl'écrivain.Choix
délibérécertes,puisquel'écrivainécrittousses textesphilosophiques
etcritiquesen français, languede la raison.
En effet, le processusde la mémoireestplusadéquatchezKranaki
que chez les autresécrivainsgrecs.Sa mémoirecollectiveet indi-
viduelleestunemémoiregrecque.L'auteurvienten Franceà l'âge de
vingt-cinq ans.Si sa mémoired'adolescentegrecquetravaillecomme
catalyseurdans son premierromanContre-Temps, romand'adoles-
cence,la mémoirede l'hellèneexilé à la recherchede son Hellade
mythique etmodernetientle filconducteur de sondernier romanPhil-
hellènes.Vingt-quatre lettresd'une Odyssée,romanépistolaireet
semi-autobiographique post-moderne. Philhellènesestuneoeuvrede
maturité. Kranakil'écrità l'âge de soixante-dix ans. Elle n'estpeut-
êtrepas rongéeparl'exil,les frontières ne sontpas ferméesetles dis-
tancessontabolies.Mais l'auteurporteen elle un exil intérieur. "Le
premier exil, l'exil intérieur,est et
vertical paradigmatique, alorsque
l'autre, l'horizontal et syntagmatique, on le trouve dans l'espace."64
Kranaki,naturaliséefrançaise,établie en France et enseignantla
philosophie à l'Université de Nanterre, n'arrêtede penserà ses racines
et à la Grècequi est là, si proched'elle. . . . "Jeterdes racines,c'est
quelquechosede grave."65 L'auteurveutrentrer, elle le ditelle-même
lorsde ses interviews,66 maisil n'y a plus personnequi l'attend,pas
de famille,pas de travail.Il fautrecommencer toutà zéro. "Au bout
d'un certaintemps,c'est déjà tardpourretourner [ . . . ] Le retourau
pays, c'est un nouvel exil,"67 affirme-t-elle.Kranaki restealors en
Franceetécriten grecdes romans"grecs,"imprégnés parl'amourdu
pays,maisaussi des livressurla Grèceet des guidestouristiques en
français, imprégnés du soleil du pays.

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2005/Vol.30, No. 3
130/FrenchForum/Fall
Conceptgénériqueet dédoublé,entrela mnémé(souvenir)et
Yanamnesis(le rappel),la mémoire soulèvele problème embarrassant,
il fautbienle dire,de déterminer si le souvenirestune sorted'image
etd'expliquerle mutuelenchevêtrement dulangageetde l'expérience.
En effet, on
quand parle de la mémoire et du souvenir, on parlede l'i-
mage,Veikôn,que l'on se faitdu passé,etqui a uneconnotation d'af-
fection originelle, ainsique dutupos,quimetenjeu la causalitéexterne
de l'incitation.68 Dans cetteoptique,Kranakigardede la Grèce un
souvenir-image qui l'accompagneet la renforce toutau longde son
exil.C'est unemémoireentéequi chérittousles migrants en situation
d'exil etqui leurdonnela forceet le désird'y retourner, le pathos(la
réception) etla praxis(l'action).
La mémoireque Kranakia de la Grèce,elle se l'approprieparle
biais de l'écriture, une écriture exclusivement à colorationgrecque.
Tous ses livresparlentde la Grèceet projettent, inconsciemment, l'i-
du
mage paysqui estune image re-créée par l'écriture.Le don de l'écri-
turetientlieualorsd'antidote de la mémoire, depharmakon enquelque
sorte,pourtousles écrivainsen exil qui trouveront en l'écritureune
"capacitéd'élaboration" nécessairepoursurmonter la crise;de plus,
grâceà l'écriture, une
"cettecriseprendra qualité de 'renaissance' avec
unaccroissement de sonpotentiel créatif."69
"Tousles Métis,"ditJeanMorisset,"doiventfairefaceunjourau
dilemmede l'écriture qui les trahit etles réhabilite à la fois."70
Mais ce qui estencoreplusintéressant dansce projetde réécriture,
c'est l'architecture de l'œuvredans son ensemble,qui, par la force
d'uneénergie"naturelle," superposeles histoires multiples des narra-
teursépistoliers, lesnoueétonnamment entreellesde façonà ce qu'elle
privilégiela voix du "je" narrateur dans le texte.Cettearchitecture
métaphorise le métissage etl'assimilation culturellequ'ellereprésente.
Elle malmèneen toutcas le lecteur, défiesa logique,lui faitcompren-
dreque la lecturede ce romanpolyphonique nerelèvepas dutourisme,
maisd'un voyagevéritable dontl'organisation consisteen uneréflex-
ion profondeet en une décisionradicaleà prendre."[Elle] a duré
longtemps la divisionentrele 'oui' etle 'non'entrel"ici' etTailleurs.'
Jeme trouvedepuislongtemps surla tranchedu verrecassé . . ."71,
s'écriele narrateur des Philhellènes.
Les Philhellènes de Kranakin'estpas seulement le nostosni seule-
mentla nékyia.C'est surtout la déceptiondu retour. De retour au pays,

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Oktapoda-Lu et Lalagianni: Le véritableexil / 131
les migrants,hellènesou pas, les protagonistesdu roman,se retrouvent
à nouveau étrangers.Il reste encore les prétendantsde Pénélope, ce
n'est pas une affairefacile. Désarmé et ancré désormais dans sa deu-
xième culture,celle de la France,l' auteur-narrateur des Philhellènesse
trouvedevantun malaise impensable à son retourau pays, où, incon-
sciemment,il pense en français."Je commence une phrase en grec et
la suite me vient spontanémenten français."72"Je n'en peux plus,"
s'écrie encore le narrateurdes Philhellènes- Yalter ego de l'auteur.
"On n'est pas surla même longueurd'onde culturelle."73
Ulysse des tempsmodernes,Kranaki est un Ulysse tragique."Ne
crois pas que la magicienneCirce a transformé gratuitement les com-
pagnons d'Ulysse en pourceaux. Ils l'ont suppliée pour qu'elle les
transformesous son coup de baguette."74Si seulementle voyage du
retourpouvait se faire! . . . Mais l'exil, n'est-il pas un voyage qui ne
sait pas trouverson retour?75
"La Grèce,au lieu d'approcher,elle s'en va chaque jour de plus en plus
loin.76
Je serai toujoursseul partout."77
Autantde typeset d'archétypes,de texteset d'architextesdans le
cadre de la francophoniegrecque. L'espace françaisfutune source
d'énergie créatricepour les écrivainsgrecs qui ont trouvéen France,
et à Paris en particulier,capitale littérairepar excellence, un espace
de libertéet d'expression artistique.La francophoniegrecque est le
produitheureux d'un métissage culturel,le refletde l'assimilation
mutuelledes civilisations,l'acceptation de codes sociaux différents.
Les écrivainsfrancophonesgrecs78sont en quête d'un lieu, d'une
voix,d'un horizonde perception,d'une identitéqui "n'est pas une don-
née mais une constructionperpétuelle.C'est une valeur métisse.L' in-
terculturel devientainsi l'espace le plus authentiquedu moi."79
Dans ses textes,MargaritaLiberala opère une quête d'identitéaussi
bien culturelleque personnelle,qu'elle mène à traversla déconstruc-
tion des représentations conventionnelleset négativesde la féminité.
Marquée par le sentiment de la double existence, elle puise dans la
mythologiegrecque les fantasmes de sa vie et finitpar élever son
angoisse identitaireau rang d'une problématiquemétissée transcul-
turelle.Blanche Molfessis traduitdans les textesautofictifs, ainsi que
dans les entretiens,son expérience du déracinementgéographique et
linguistique;c'est la double appartenanceque manifesteson oeuvre et

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132/FrenchForum/Fall
2005/Vol.30, No. 3
c'est à travers la mémoirequ'elle se meten quêtede son identité en
essayant de la définir à traversl'histoire de sa familledans la Grècede
la finde la guerrecivile.La romancière grecqueMimikaKranakifait
partiede la génération des intellectuels grecsqui onttrouvéen France
une terred'accueil,une terrequi a reçuVintelligentsia marxiste alors
expulséede Grèceà la finde la guerrecivileen périoded'intenseten-
sionidéologique. '
Malgréla douleur qu elleéprouveà voirpersécuter son
idéologie et ses camarades, son double exil- hors langueet hors pays-
devientpourelle un lieu de créationet d'affirmation. Dans la même
périodede l'après-guerre, un autredestintragiqueest celui de Lilika
Nakos,intellectuelle de gauchequise voitforcéeà l'exil.Toutefois, pour
ellecommepourKranaki, l'exildevient unefoisencorelieude création,
etplusencorelieude survie.Déracinée, persécutée poursesidées,Nakos
faitde la littérature au nomde la vie. Les récitsfrançais que l'écrivain
écritlorsde sonexilenFranceeten Suissesonttousmarquésparle dé-
sespoir, la guerre etla luttepourla survie. Auxfrontières de l'imaginaire
etde la fiction, lesrécitsde Nakos,à texture autobiographique, restituent
de façonréalisteunevie de cruautéoù rôdentla famineetla mortetoù
il fautvéritablement se battrepoursurvivre.
Dansunperpétuel va-et-viententre ParisetAthènes, VassilisAlexakis
donnel'impression d'avoirassimiléles deux culturesà la fois sans
appartenir à aucune.Doublé de l'Autre,l'auteurtentede renverser les
relations et de les rendreréciproques et bi-directionnelles,jusqu'à son
dernier livre,Les Motsétrangers, où il introduit unetroisième langue,le
sango.Dans unetentative d'échapper à la bipolarité France-Grèce, l'au-
teurvajusqu'à inventer unmodèlede quêteidentitaire qui se veut inter-
culturel, transculturel et multiculturel. Aprèsavoirtraverséplusieurs
étapes,nationales eteuropéennes, ettoutau longde sonparcours créa-
teur, Pauteur visedésormais au niveaumondial. A travers
unethématique
universelle, l'écriture d'Alexakisimpliquele sentiment d'appartenir à
unemêmecommunauté etd'enpartager lesvaleurspardelàlesnational-
ités,les frontières et les cultures.Toutautreestle processusd'écriture
chez ClémentLépidis,migrant de deuxièmegénération, pourqui la
douleurvientde la pertedupaysancestral, du sentiment d'avoirperduà
jamais la terreanatolienne. La mémoirefamilialefonctionne comme
catalyseur etassureà l'auteurla mémoire de sonidentité:se sentant véri-
tablement Grec,Lépidiss'identifie à ses personnages fictifs,tousGrecs
d'Anatolie, etentreprend le retourau paysparl'imaginaire.

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Oktapoda-Luet Lalagianni:Le véritableexil/ 133
Dans leurs œuvres,les écrivainsde la Diaspora hellénique,
migrants,exilésou toutsimplement hommesetfemmesqui ontchoisi
de s'exprimer en français,tentent trèssouventd'opérerune véritable
transgression des frontières,qu'elles soientgéographiques, politiques,
ou
linguistiques psychologiques, et mettent en évidencele caractère
transgressifde la vie dansla culturede l'Autre.Ayantéprouvéjusque
dansleurmoile plusprofond ce que NancyHustonappelle"étrangéité"
pour désigner son propre sentiment d'êtrepartoutailleurs,d'avoir
incorporé l'altérité
en soi-même,80 les écrivainsgrecsse tournent vers
l'écriturecommeversun espace de questionnement où l'on peutse
retrouver,se réinventer,se construire uneidentité nouvelleetmultiple.
L'espace accueillant et multiculturel de la francophonie est partic-
ulièrement favorable à cetteentreprise.

de ParisIV-Sorbonne
Université de Thessàlie
et Université

Notes
'Chanson composée en 1969 par Georges Moustaki, compositeur-interprète, Grec
d'Alexandrie.VoirLe Métèque. . . etautressuccès(compii.Polidor),textetiréde GeorgesMous-
taki,Unchatd'Alexandrie. Entretiensavec MarcLegras(Paris:Éditionsde Fallois,2002) 83.
2VassilisAlexakis,Les motsétrangers (Paris:Stock,2002) 213.
3Voirl'articlede
DespinaProvata,"Écrireen françaisen Grècedu XDCesiècle,"Nouvelles
du Sud 13 (nov.-déc.-janv.1990); RobertJouanny, éd., Écrivainsgrecsde languefrançaise
(Paris:ÉditionsCercletfSilex) 13-25.
4LeónGrinberg andRebecaGrinberg, Psychanalyse du migrant etde l 'exilé.Traduitde l'es-
pagnolparMireilleNdayeBa, avec la collaboration d' Yvetteet Claude Legrand(Lyon:Césura
LyonÉditions,1986)42.
5VoirJuliaKristeva, Étrangers à nous-mêmes (Paris:Gallimard,1988).
6I1existeaussiuneautregraphieofficielle du nomde l'auteur:Margarita Lymperaki. Nous
avonsadoptéla transcription Liberakiqui apparaîttantôtavec "e" sans accent,tantôtavec "é"
accentaigu,écriture que l'auteurelle-mêmea adoptéede son vivantet qui figureaussi aux édi-
tionsfrançaisesde ses œuvreschez Gallimard(1950, 1953,1957et 1964).
7Surce sujet,voirGeorgesFréris,"VassilisAlexakisou le jeu du refuset de l'assimilation
de deuxcultures,"inNouvellesduSud,13 (nov.-déc.-janv.1990);RobertJouanny, éd.,Écrivains
grecsde languefrançaise(Paris:ÉditionsCerclef/Silex) 143-51etGeorgesFréris,"Le dialogue
de VassilisAlexakis dans Paris-Athènes,*1
interculturel in Cahiersfrancophonesd'Europe
Centre-Orientale 5-6; Y a-t-ilun dialogue interculturel dans les pays francophones, (Pees/
Vienne,1995) 387-98. VoiraussiRobertJouanny, "Préface,"Nouvellesdu Sud 13,op. cit.,1-3.
Dans sa Préface,R. Jouanny note:
Débatsriches,passionnéset douloureuxparfois,derrière lesquelsse profilel'obsédante

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2005/Vol. 30, No. 3
134/FrenchForum/Fall
quêted'identité de l'hommemoderne, si bienévoquéeparAlexakis,qui,danssonrécent
Paris-Athènes (titrequi auraitpu aussibienêtreceluidu présentvolume)exprimel'im-
possibilitédanslaquelleil se trouvede choisirentrela languede sa mèreet celle de ses
- entreles deux tentations,
enfants, de l'hommedu XXe siècle finissant:
dirons-nous,
s'enrichir
de soi,s'enrichir de l'Autre,p. 3.
8DanielSibony,Entre-deux, l'origineenpartage(Paris:Seuil,coll. "La couleurdes idées,"
1991)31-32.
WassilisAlexakis,La Languematernelle
(Paris:Fayard,1995)43-44.
10RobertJouanny,Singularités
francophones (Paris:puf,coll. "Écriture,"
2000) 172.
11
VenetiaBalta,Problèmesd'identité
dans la prosegrecquecontemporaine de la migration
(Paris:L'Harmattan, 1998) 67.
12Efstratia
Oktapoda-Lu, "VassilisAlexakisou la quêted'identité," inLa Languede l'Autre
ou La Double identitéde l'écriture,Textesréunispar J.-P.Castellani,M. R.Chiappparoet
D. Leuwers,Tours,Publication de l'Université FrançoisRabelais,Littérature etNation24 (2001)
288.
13Vassilis
Alexakis,Paris-Athènes (Paris:Seuil, 1989) 12-13.
14Vassilis
Alexakis,Les Motsétrangers (Paris:Stock,2002) 253.
15LeónGrinberg andRebecaGrinberg, Psychanalyse du migrant etde l'exilé,op. cit.,42.
Alexakis,Les Motsétrangers,
16Vassilis op. cit.,320.
17Vassilis
Alexakis,Paris-Athènes, op. cit.,128.
"GeorgesFréris,"VassilisAlexakisou lejeu du refusetde l'assimilation de deuxcultures,"
art.cit.,150.
Alexakis,Talgo(Paris:Seuil, 1983) 6.
19Vassilis
Considérée commemoyend'expression culturelle,la langueprenddes connotations cul-
turelles.
Pouvoirs'exprimer dansla languede l'Autreestaussiuneexpérience positive.Elledevient
synonyme d'accèsà unenouvelleculture. Grigoris, le hérosde Talgoquività Parisdepuisuneving-
tained'années,apprend le françaisà la perfection au pointde passerpourFrançaismêmeauxyeux
de sa propremèreetd'avoirdes difficultés à parlerle grec.VassilisAlexakis,Talgo,84-85.
^GeorgesFréris,"VassilisAlexakisou lejeu du refusetde l'assimilation de deuxcultures,"
art.cit.,151.
^RobertJouanny, Singularités francophones, op. cit.,172.
23Efstratia
Oktapoda-Lu, "VassilisAlexakisou la quêted'identité," art.cit.,289.
24Deses quatreromansécritsen languegrecque,Marguerire Liberakia traduit elle-même
en françaisL'AutreAlexandre(Paris:Gallimard,1953) aprèsavoirpubliéles Troisétés(1946)
traduitdugrecparJacqueline Peltier(Paris:Gallimard, 1950).A signalerque l'auteura écritaussi
en françaisla pièceL'AutreAlexandre, adaptation du roman (Paris:Gallimard,1957).Parmises
oeuvresenfrançais, à signalerégalement: Les Danaïdes(Paris:Gallimard, 1963),Le SaintPrince
(Paris:Gallimard,1963),Sparagmos(Paris:Ch. Bourgois,1973),Erotica,(Paris:Ch. Bourgois,
1974),ToMythiko Krevati(Le Litsecret)(en français, 1967eten grec,1972).
^Marc Gontardet MaryseBray,Regardssur la francophonie (Rennes:PressesUniversi-
tairesde Rennes,1996) 18.
26Efstratia
Oktapoda-Lu, "De la Grèceà la France.Marguerite Liberakientreprisede con-
scienceetquêted'identité," inL'Europe,la France,les Balkans.Littératures balkaniqueset lit-
tératurecomparées,RoumianaStantchévaand Alain Vuillemin,éds. (Éditionsde l'Institut
d'ÉtudesBalkaniques,Arras,SofiaetArtoisPressesUniversité, 2004) 196.

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Oktapoda-Luet Lalagianni:Le véritableexil/ 135
27Voir aussi OlympiaAntoniadou, "Margarita Liberalaen quête de l'identitéà traversla
mythologie grecqueetpersonnelle," inLa Francophonie danslesBalkans:Les Voixdesfemmes, E.
Oktapoda-Lu etV. Lalagianni, éds.,Introduction
GeorgesFréris(Paris:Publisud,2005) 54-55.
^Marguerite Liberaki,L'AutreAlexandre(Paris:Gallimard,1957),ActeIH, 124-25.
^Olympia Antoniadou, "Margarita Liberakien quêtede l'identitéà traversla mythologie
grecqueetpersonnelle," art.cit.
^assiliki LalagianniandMaritaPaparoussi,"La diasporanéo-hellénique en Europe:le cas
de Margarita Lymperaki," inMulticulturalisme etfrancophonie dans les Balkans,E. Oktapoda-
Lu, éd.,Introduction PierreBrunei(Paris:Publisud,souspresse)165.
31M.Liberaki,TetradiaTheatrou 31 (mars1977)5. CitédansLalagianniVassilikiandMarita
Paparoussi, "La diasporanéo-hellénique en Europe:le cas de MargaritaLymperaki," art.cit.,1S7.
32Oùelle s'installeen 1911 avec sa mèreà la suitedu divorcede celle-ciavec sonpère.
33Oùelle a déménagéavec sa mèreen 1923,parceque le pèreaussiy étaitinstallé.
^NikitasParisis,"LilikaNakos,"La prosede l'après-guerre: de la premièreà la deuxième
guerremondiale(1915-1939), t. 6, (Athènes:Sokolis,1993) 195 (en grec).SurLilikaNakoset
sonœuvre,voirégalement LilikaNakos.Études,ThéodosisPylarinos, éd. (Athènes:Vivliothiki
TrapezasAttikis,2003) (en grec).
35LilikaNakos,L'Enferdes gosses,douze récitsdes tempsde misère(en grec:/kolasiton
paidion,Athènes,1945),trad.fr.parJacquelineSchidun(Spès: Lausanne,1946).
^Vasso Oikonomopoulou, "Structures
d'auto-représentation dansl'œuvrelittéraire
de Lilika
Nakos,"inLilikaNakos.Études,op. cit.,63.
37LilikaNakos,Nausica (Athènes:Dorikos,1980) 37 (en grec).A signalerque la nouvelle
figuredansle recueilLa Déflorée,Paris,1932(en grec:Ixepartheni, Athènes,1937),sansque ce
soitindiquésurla couverture.
38Deborah Tannen,"Involvement as Dialogue.Linguistic TheoryandtheRelationbetween
Conversational and Literary Discourse"in MichaelMacovski,ed., Dialogue and CriticalDis-
course:Language,Culture, CriticalTheory(New York:OxfordUniversity Press,1997) 142.
39LilikaNakos,MadameDoremi(Athènes:Diphros)1955(en grec).
40Deborah Tannen,143.
41Deborah Tannen,143-144.
42L'auteurvitettravailleactuellementà Athènes, au Centrede Traduction à l'Ins-
Littéraire,
titut
Français d'Athènes.
43Blanche Molfessis,L'Armeaux yeux,préfaceJacquesLacarrière(Bruxelles:Talus d'ap-
proche,1995).Autresoeuvresde l'auteuren français:Le Cerceau(1982), Croisièresurle Styx
(1987). Parmises romansgrecsà signaler:YalinaSynora{Frontières de verre),Athènes,1996et
/merapou legetesimera(Le Jourqui s 'appelleaujourd'hui),Athènes,2003.
"Blanche Molfessis,L'Armeaux yeux,op. cit.,53 et 63.
45LouisaChristodoulidou, "ÉcritureetlanguechezBlancheMolfessis,"inLa Francophonie
dans les Balkans:Les voixdesfemmes, op. cit.,80, 82.
^'Le français,[étant]considérécommeunmoyende faireentendre en Europela voixde la
Grèce,"écritR. Jouanny, Singularitésfrancophones, op. cit.,28.
47Robert Jouanny, Singularités
francophones, op. cit.,32.
**LeTempsn'est rien(1958), La Voyageuse(1959), Le Cavalier (1961), La Confidente
(1962),Le Visageeffleuré de peine(1964), Le GrandRepas (1966) et un conteà épisodesillus-
tré:Brelinle Frou(1975).

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2005/Vol.30, No. 3
136/FrenchForum/Fall
49Madeleine GisèlePrassinosou Le désirdu lieuintime
Cottenet-Hage, (Paris:Jean-Michel
Place, 1988) 14.
50MauriceHalbwachs,La Mémoirecollective,éditioncritiqueétablieparGérardNameravec
de MariaJaisson(Paris:AlbinMichel,1997) 69.
la collaboration
Le Tempsn'estrien(Paris:Pion 1958) 67.
51GisèlePrassinos,
52Idem, 5-6.
53GisèlePrassinos, Le GrandRepas (Paris:Grasset,1966) 207.
^DiamantiAnagnostopoulou, 'Traces du moi intimeet du moi fìctionnel dans l'œuvre
romanesquede Gisèle Prassinos,"in La Francophonie dans les Balkans:Les Voixdesfemmes,
op. cit.,39-40.
"MadeleineCottenet-Hage, GisèlePrassinosou Le désirdu lieu intime, op. cit.,64.
^Copie de pressedansles archivesde l'auteursansindication du nomdu quotidien.
57Ourania Polycandrioti,"Mémoireetidentité. Remarquessurquelquestextesde la diaspora
grecque en France au 20e siècle,"Sygrisi/Comparaison 13 (2002): 107-108.
58VoirClémentLépidis,"Autobiographie," La nationdes émigrés,[s. d.], p. 5, dans les
archivesde l'auteur.Sur ClémentLépidis,voiraussi: E. Oktapoda-Lu,'Terresd'origine,terre
d'adoption.Le nostosde ClémentLépidis,unécrivaingrecdansl'Europedes Balkans,"inFran-
cophonieet multiculturalisme dansles Balkans,op. cit.,166-76.
59PaulRicœur,La Mémoire,l'histoire, l'oubli(Paris:Seuil,2000) 7-8.
^ClémentLépidis,La Fontainede Skopelos(Paris:Seuil, 1969) 19 et 112.
61Idem,126.
62A
signalerqu'on trouveaussi le nomde l'auteursous des graphiesdifférentes: Cranaki
Mimikaou Mimica;l'auteuradoptel'écriture MimicaCranakidanssa correspondance et sa vie
quotidienne, alorsque dansdifférents ouvragesapparaîtla graphieKranaki.
63Mimika Kranaki,Préface,Contre-Temps (Estia:Athènes,1992) 14 (en grec).
MLa formuleest de l'écrivain.VoirMimikaKranaki,Interviewavec Kostas Dadinakis,
Diavazo 380 (déc. 1997): 119 (en grec).
65Idem, 115.
^Idem, 116 etsa.
"Idem, 15.
^Paul Ricœur,La Mémoire,l'histoire, l'oubli,op. cit.,53 etsq.
69LeónGrinberg etRebecaGrinberg, Psychanalyse du migrant etde l'exilé,op. cit.,29.
70Jean Morisset,"Exploration identitaireet géographiemétisse,"in JeanMorissetet Éric
Waddell,Amériques. Deux parcoursau départde la GrandeRivièredu Canada. Essais et tra-
jectoires(Montréal:L'Hexagone,2000) 137.
71MimikaKranaki, Philhellènes. d'une Odyssée(Athènes:Ikaros,1992)
lettres
Vingt-quatre
344 (en grec).
12Idem,350.
73Idem,350.
"Idem, 136.
75SurMimikaKranaki,voirE. Oktapoda-Lu, "Diasporagrecqueetfrancophonie au XXe et
XXIe siècles:une littérature de migration,"in Babel, "Regardsculturelssurles phénomènes
migratoires,"Isabelle Felici,éd.,Universitéde Toulonet du Var (sous presse);voiraussi: E.
Oktapoda-Lu, "Voix grecques de l'errance:Mimika Kranaki."La Francophoniedans les
Balkans:Les Voixdesfemmes, op. cit.
76Mimika Kranaki,Philhellènes. lettres
Vingt-quatre d'une Odyssée,op. cit.,90.

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Oktapoda-Luet Lalagianni:Le véritableexil/ 137
77Idem, 352.
78Laproduction francophone grecqueest née et s'est développéedans des conditionstrès
particulièresparrapport auxautrescultures francophones, puisqu'enGrèceil n'a jamaisétéques-
tionde colonialisme.Sans avoirde liensde dépendancedirectsavec la France,la francophonie
grecqueestfortement orientéeversla culturefrançaise, pendantle XIXe siècle.Aujour-
surtout
d'hui,les besoinsqui conduisent les écrivainsà choisirle français
pours'exprimer semblentplus
personnels, imposésparun mondequi exigel'universalismeet le définit à partird'une somme
incommensurable Pouruneprésentation
de diversités. minutieuse de la cause de la francophonie
grecque,voirGeorgesFréris, Introduction à la littérature
francophone. Panoramades littératures
francophones (Thessaloniki: Paratiritis,1999) 316-334 (en grec) GeorgesFréris,"La Littéra-
et
turefrancophone grecquejadis etaujourd'hui," inAnnales(Département d'ÉtudesFrançaisesde
l'Université de Thessalonique, périodeB) 3 (1997): 65-78.
79MarcGontardet MaryseBray,Regardssurla francophonie, op. cit.,18.
^ancy Huston,Lettres parisiennes. Autopsiede l'exil(Paris:Barrault,1986) 35.

Bibliographie

primaire
Bibliographie
Alexakis,Vassilis.Les Motsétrangers. Paris:Stock,2002.
. La Languematernelle. Fayard,1995.
. Paris-Athènes.Paris:Seuil, 1989.
. Talgo.Paris:Seuil, 1983.
Kranaki,Mimika.Philhellènes.Vingt-quatre lettresd'une Odyssée.Athènes:Ikaros,1992 (en
grec).
. Contre-Temps. Athènes:Estia,1947,1992(en grec).
Lépidis, Clément. Les Émigrésdu soleil.Paris:Seuil, 1976.
. La Fontainede Skopelos.Paris:Seuil, 1969.
Liberala,Marguerite. L'AutreAlexandre(pièce). Paris:Gallimard,1957.
. L'AutreAlexandre (roman).Traduitdu grecparJacquelinePeltieretl'auteur.Paris:Gal-
limard,1953.
Molfessis,Blanche.L'Armeaux yeux.PréfaceJacquesLacarrière. Bruxelles:Talusd'approche,
1995-
Nakos,Lilika.Nausica.Athènes:Dorikos,1980 [1953] (en grec).
. MadameDoremi.Athènes:Diphros,1955(en grec).
. L'Enferdes gosses,douze récitsdes tempsde misère,trad.fr.parJacquelineSchidun.
Lausanne:Spès, 1946.
. La Déflorée.Paris,1932.
Prassinos, Gisèle.Le Tempsn'estrien,roman.Paris:Pion,1958.
. Le GrandRepas,roman,Pans, Grasset,1966.

secondaire
Bibliographie
Anagnostopoulou,Diamanti.'Traces du moi intimeet du moi fictionneldans l'œuvre
romanesque de GisèlePrassinos."La Francophonie dans les Balkans:Les Voixdesfemmes.
Eds. E. Oktapoda-LuetV. Lalagianni.IntroductionGeorgesFréris,Publisud,2005.
Antoniadou,Olympia."MargaritaLiberakien quêtede l'identité
à travers
la mythologiegrecque

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2005/Vol.30, No. 3
138/FrenchForum/Fall
etpersonnelle."La Francophonie danslesBalkans:Les Voixdesfemmes. Eds. E. Oktapoda-
Lu etV. Lalagianni.IntroductionGeorgesFréris.Paris:Publisud,2005.
Balta,Venetia.Problèmes d'identité
dansla prosegrecquecontemporaine de la migration.
Paris:
L'Harmattan, 1998.
Louisa. "Écriture
Christodoulidou, etlanguechezBlancheMolfessis." La Francophoniedansles
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