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Pressions usuelles dans les fluides

Instruments et principes de mesure


par Christian RIBREAU
Docteur ès Sciences Institut Universitaire de Technologie de Cachan
Marc BONIS
Docteur ès Sciences Université de Technologie de Compiègne
Jean-Paul GLIGNY
Ingénieur CESTI et ISMCM (*) Institut Universitaire de Technologie de Cachan
et Jacques BEAUFRONT
Ingénieur conseil

(*) CESTI : Centre d’Études supérieures des Techniques Industrielles


ISMCM : Institut Supérieur des Matériaux et de la Construction Mécanique

1. Pression ...................................................................................................... R 2 040 - 2


1.1 Définitions .................................................................................................... — 2
1.2 Pression dans un fluide............................................................................... — 3
1.3 Prise de pression statique........................................................................... — 4
1.4 Identification des instruments de mesure ................................................. — 4
2. Spécifications métrologiques............................................................... — 5
2.1 Caractéristique de transfert ........................................................................ — 5
2.2 Spécification de la sensibilité ..................................................................... — 5
2.3 Spécification de l’étendue de mesure (EM)............................................... — 5
2.4 Spécifications d’exactitude ......................................................................... — 5
2.5 Spécification de la discrétion (ou de la finesse)........................................ — 6
2.6 Spécifications dynamiques......................................................................... — 7
2.7 Spécifications de l’influence des paramètres d’environnement
et du temps .................................................................................................. — 7
2.8 Spécifications d’emploi............................................................................... — 8
3. Manomètres mécaniques....................................................................... — 8
3.1 Manomètres à liquide ................................................................................. — 8
3.2 Manomètres à déformation de solide........................................................ — 9
4. Capteurs et transmetteurs .................................................................... — 10
4.1 Différentes parties de l’instrument............................................................. — 10
4.2 Principes de détection ................................................................................. — 10
4.3 Conditionneurs de détecteur ...................................................................... — 14
4.4 Conditionneurs de signal et de traitement ................................................ — 16
5. Étalonnage ................................................................................................. — 18
5.1 Principe......................................................................................................... — 18
5.2 Étalonnage statique..................................................................................... — 18
7 - 1996

5.3 Étalonnage dynamique ............................................................................... — 19


Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. R 2 040
R 2 040

ube en U, simple senseur, ou centrale de mesure, on dispose d’une variété


T considérable de procédés et d’instruments qui englobent des besoins, des
fonctionnalités et des technologies diverses. Variété accrue par la nature même
de la grandeur « pression », qui recouvre des domaines très étendus, allant de
l’ultravide aux ultra-hautes pressions, sans oublier les pressions rapidement

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variables. Le domaine de pressions qui s’étend de 0,1 Pa à 50 MPa sur une


plage d’utilisation en température de – 10 oC à 60 oC et des fréquences maxi-
males de l’ordre du kilohertz représente plus des trois-quarts du marché de la
mesure des pressions ; c’est ce domaine que nous conviendrons d’appeler les
pressions usuelles.
Cet exposé sur la mesure des pressions présente sous forme de quatre
articles les éléments de savoir et de savoir-faire nécessaires à la mise en œuvre
et à l’interprétation des opérations de mesurage, statique ou dynamique, des
pressions usuelles dans les liquides ou les gaz, au repos ou en écoulement. Il
est destiné aux techniciens et ingénieurs (métrologiste, mécanicien, thermicien,
automaticien, électronicien, etc.) qui souhaitent être guidés dans le choix objec-
tif d’un type d’instrument ou dans son utilisation : le bon usage de l’instru-
ment conditionne en effet, pour une large part, l’exactitude du mesurage.
Le premier article « Instruments et principes de mesure » est destiné à fami-
liariser le lecteur avec des définitions et des notions qui sont, par ailleurs, lar-
gement développées dans le traité (par exemple, les spécifications métrologiques
des instruments et leur principe), mais nécessitent une transcription dans le
contexte de la mesure de pression. Les deux articles suivants traitent plus pré-
cisément des technologies, des performances et des limites des instruments. Bien
que les technologies ne cessent de progresser, notamment en traitement du
signal, il est intéressant de constater que les appareils de conception ancienne,
mais perfectionnés, sont encore d’actualité. Enfin, dans le quatrième article,
réservé principalement à la mise en œuvre de la mesure, l’adage « il ne suffit
pas d’avoir un bon instrument, encore faut-il savoir s’en servir » est illustré. Dans
ce cadre, les mesures indirectes de certaines grandeurs où la pression est utilisée
comme grandeur supplétive sont également abordées.

■ Pression relative (ou effective) : c’est la pression mesurée par


1. Pression rapport à la pression ambiante (par exemple la pression atmo-
sphérique) qui environne l’appareil de mesure (figure 1). Si la pres-
1.1 Définitions sion ambiante est variable, comme c’est le cas pour la pression
atmosphérique, la comparaison des valeurs relatives d’une pres-
sion mesurée à différents instants peut être incertaine.
Dans un fluide au repos, ou dans un fluide parfait, la pression p
qui règne en un point donné est définie à partir de la force élémen- — La dépression est une pression relative négative (donc infé-
rieure à la pression ambiante).
taire dF s’exerçant suivant la normale n à un élément de surface
— La surpression est une pression relative positive.
dS centré en ce point :
■ Pression différentielle : ce terme désigne la différence de deux
dF
  lorsque d S → 0
p = lim ---------
dS
pressions. La pression différentielle peut être inférieure de plu-
sieurs ordres de grandeur à la pression de ligne qui peut se définir
comme la moyenne arithmétique des deux pressions. La mesure
avec dF = dF n de nombreuses grandeurs peut se ramener à la mesure de pres-
La grandeur ainsi définie ne dépend pas de l’orientation de l’élé- sions différentielles (exemples : débits, niveaux, densités).
ment dS au point considéré. La norme X 02-006 définit plus sim-
plement la pression comme étant le quotient d’une force par une
surface :
F
p = ------
S

■ Zéro pression : il s’agit de l’absence totale de pression, c’est-à-dire


le vide parfait (notion théorique).
■ Pression atmosphérique : c’est la pression exercée par la couche
d’air entourant la terre, sous l’action de la pesanteur. Cette pression
n’est pas constante, elle varie suivant la latitude, l’altitude et les
conditions météorologiques. Il s’agit donc d’une pression atmo-
sphérique du « moment » ou pression ambiante. On considère
comme pression normale une pression atmosphérique de
Figure 1 – Référentiels de pression
101,325 kPa à 0 oC au niveau de la mer.

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■ Pression absolue : c’est la pression mesurée par rapport au vide 1.2.1 Fluide au repos
parfait. C’est aussi la somme de la pression atmosphérique et de
la pression relative. Cette pression est toujours positive. L’équation générale de la statique des fluides (c’est-à-dire des
fluides au repos) de masse volumique ρ,
Remarques :
— La pression atmosphérique est une pression absolue ; 0 = ρ F – grad p
— Dans le domaine du vide où les pressions sont inférieures où F est la force par unité de masse sur tout élément de volume,
à la pression atmosphérique, on utilise de préférence les expres- rappelle que la pression p, au point M où on la mesure, dépend
sions vide relatif et vide absolu pour les pressions relatives et aussi de l’environnement qui génère les forces à distance (champ
absolues respectivement. de gravité, milieu en accélération, champ électromagnétique, etc.).
Dans le cas de l’hydrostatique, c’est-à-dire du liquide au repos
■ Unités sous l’action des seules forces de pesanteur :
L’équation aux dimensions de la pression résulte directement de
la définition. Elle s’écrit : F = g

[p ] = ML–1 T –2 ce qui conduit, après intégration, à la relation bien connue :

avec M masse, p + ρ gz = constante


L longueur, quel que soit le point M appartenant au fluide et situé à l’altitude z.
Par exemple, pour une colonne de liquide ouverte à l’atmosphère,
T temps.
la pression en un point M situé à la distance h de la surface libre
L’unité légale du système international est le pascal (Pa) ou newton est égale à la pression atmosphérique (pa) augmentée de ρ gh.
par mètre carré N · m–2. On peut utiliser le kilopascal (kPa) et le méga-
Dans le cas d’un fluide au repos en état d’impesanteur, ou d’un
pascal (MPa), mais souvent le bar est encore utilisé :
gaz au repos dans une enceinte de petites dimensions, où les
1 bar = 105 Pa forces de volume sont négligeables, l’équation de la statique des
fluides conduit à :
1 mbar = 10–3 bar = 102 Pa p = constante en tous les points du milieu au repos
Autres unités (à proscrire) rencontrées sur les notices d’appareils :
— le kilogramme par centimètre carré :
1.2.2 Fluide en mouvement
1 kg/cm2 = 0,980 · 105 Pa
— l’atmosphère normale : Dans un fluide en mouvement, pour chaque particule animée de
la vitesse V , lorsque la viscosité est négligée (modèle du fluide
1 atm = 1,013 · 105 Pa
parfait), l’équation fondamentale de la dynamique s’écrit :
— le millimètre de mercure :
dV
1 mm Hg = 133,3 Pa ρ ----------- = ρ F – grad p
dt
— le millimètre d’eau :
Dans un champ de pesanteur g , lorsque l’écoulement ne dépend
1 mm H2O = 9,81 Pa pas directement du temps (écoulement permanent) et lorsque le
fluide est à masse volumique ρ constante, cette équation s’intègre
— l’inch of mercury :
pour donner la relation de Bernouilli :
1 inch Hg = 3 386 Pa
1
— le psi (poundforce per square inch) : p + ρ gz + ----- ρ V 2 = constante le long de la trajectoire
2
1 psi = 6 895 Pa où z est l’altitude du point M sur la trajectoire de la particule.
Sous cette forme, chaque terme est homogène à une pression.
La pression proprement dite, p, est appelée pression statique ; le
1.2 Pression dans un fluide groupement p + ρ gz est appelé pression motrice ou pression géné-
ratrice (notée pg) ; le terme ρV 2/2 est la pression dynamique (notée
pd) ; la somme de la pression motrice et de la pression dynamique
Les fluides liquides ou gazeux se différencient principalement par est appelée pression totale (notée pt ). La pression totale repré-
leur équation d’état thermodynamique. En première approximation, sente en fait l’énergie mécanique totale, par unité de volume, de la
pour les pressions usuelles, sauf quelques applications particulières particule en mouvement.
de mesure de pression à fréquence élevée, on considère que la
masse volumique d’un liquide est constante et que les gaz suivent
l’équation d’état des gaz parfaits. Remarques :
Par ailleurs, les mesures de pression dans les fluides en mouve- — Dans un gaz, la pression motrice est souvent assimilable
ment impliquent des effets liés à l’énergie cinétique qui sont absents à la pression statique.
dans les fluides au repos. — Dans un fluide en mouvement, la direction du courant au
point de mesure est supposée connue.
— La pression dynamique et la pression totale, qu’il ne faut
pas confondre avec pression constante et pression variable,
sont mesurées par des pressions statiques.

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1.3 Prise de pression statique


La mesure de la pression statique dans une installation s’effec-
tue généralement sur une paroi baignée par le fluide. La prise de
pression à la paroi est faite dans une petite cavité ou directement
sur un élément sensible intégré à la paroi. Lorsque la pression en
un point déterminé doit être mesurée au sein même du domaine
de fluide, il convient d’utiliser une sonde. Le principe de prélève-
ment par prise de pression à la paroi reste le même.
Une petite cavité est pratiquée sur la paroi. Le fluide « au repos »
Figure 2 – Prise de pression statique
qui la remplit est en contact en M (figure 2a ) avec le fluide en mou-
vement par une surface fictive qui prolonge la surface matérielle ;
à la traversée de cette surface, il y a continuité des pressions. Si la
cavité communique continûment avec le dispositif de mesure, on
prélève de la sorte la grandeur scalaire à mesurer, c’est-à-dire la
pression.
Un élément sensible assure la continuité matérielle de la paroi.
Il peut être sensible aux contraintes normales, donc aux pressions,
ou aux forces de pression (figure 2b ). Les effets physiques induits
sur l’élément sensible permettent d’accéder à la mesure de la
pression.
Pour un fluide en écoulement, ces procédés ne sont valables que
si les trajectoires des particules de fluide demeurent toujours paral-
lèles à l’élément de surface dans un proche voisinage. La localisation
et la réalisation des prises de pression doivent donc faire l’objet
d’attentions particulières.

1.4 Identification des instruments de mesure


L’évolution rapide des technologies et l’intégration toujours plus
avancée des fonctions de la chaîne de mesure, par exemple les fonc-
tions de transmission et de communication, rendent assez difficile
une classification systématique des instruments existants. Nous pro-
posons, ci-après, une classification qui tient compte à la fois de ces Figure 3 – Classification des instruments de mesure de pression
évolutions et des capacités de transmission des instruments. Nous
distinguons ainsi (figure 3) trois grandes classes d’instruments : les
capteurs, les transmetteurs et les manomètres.
■ Le manomètre est un instrument de mesure autonome qui fournit
■ Le capteur de pression est un ensemble transducteur qui trans- localement la valeur de la pression grâce à un dispositif indicateur
pose la pression suivant une loi déterminée et avec une exactitude (règle, cadran, afficheur numérique, etc.). Selon cette définition, les
spécifiée en une autre grandeur physique directement exploitable capteurs à afficheur peuvent être assimilés à des manomètres élec-
(souvent une tension). Il nécessite le plus souvent des unités sépa- troniques (ou numériques).
rées de conditionnement, qui en général ne permettent pas une Les manomètres mécaniques sont des instruments à transduction
exploitation du signal à longue distance. Le module primaire de entièrement mécanique plutôt réservés à la mesure de pressions per-
transduction, parfois unique, constitue le senseur du capteur de manentes (ou lentement variables) ; on distingue les manomètres
pression. De telles entités mécano-détectrices, appelées aussi à liquide et les manomètres à déformation de solide qui comportent
cellules de pression, sont proposées à la vente, en l’état OEM (Ori- donc un senseur mécanique.
ginal Equipment Manufacturer), pour des intégrations en grandes
Ces instruments sont généralement proposés dans des versions
quantités.
adaptées à la mesure des pressions absolues, ou relatives, ou
■ Le transmetteur est un instrument qui, recevant la pression à différentielles. Cependant, la diversité ne s’arrête pas là puisque cer-
mesurer, produit un signal de sortie normalisé pouvant être trans- tains modèles, unidirectionnels, ne mesurent que dans un seul sens
mis et ayant une relation continue et définie avec la valeur de la (positif ou négatif) les pressions relatives ; d’autres, bidirectionnels,
pression mesurée (NF C 46-303). Il contient donc un senseur et des sont indifférents au sens d’application de la pression. Enfin, tous ne
unités de conditionnement du signal. Il répond à la nécessité de cen- sont pas nécessairement compatibles avec les liquides.
traliser les indications de pression, parfois à de longues distances Notons que :
des enceintes contrôlées et souvent dans des conditions d’environ- — un vacuomètre indique une pression relative négative ;
nement très difficiles. Ce composant d’automatisme est adapté à la — un manovacuomètre mesure les pressions relatives positives
circulation des informations entre les instruments et les organes de et négatives ;
traitement (régulateurs ou systèmes numériques de contrôle- — il existe des modèles de capteur de pression différentielle
commande SNCC). liquide-liquide et gaz-liquide.

Remarque : un appareil associant un senseur et le module qui


permet de délivrer un signal de sortie conforme à un standard
de transmission est un transmetteur.
Les appareils à contact électrique et pressostats conviennent
naturellement à la commande automatique. Ils se prêtent à la
régulation tout ou rien, mais ne sont pas de transmetteurs.

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2. Spécifications métrologiques Exemple 3 :


La sensibilité d’un manomètre à tube de Bourdon muni d’un indica-
teur à cadran est fonction de la géométrie et de la nature du tube, mais
Les caractéristiques métrologiques incluses dans les fiches de spé- aussi du dispositif d’amplification de mouvement et du diamètre du
cification des constructeurs guident le choix des instruments en fonc- cadran. Pour une étendue de mesure de 0-15 MPa et des diamètres de
tion des impératifs de la mesure et de l’environnement. Elles 40 et 100 mm, les sensibilités valent respectivement 6 mm · MPa–1 et
permettent une évaluation de la réponse de l’instrument et de l’exac- 15,5 mm · MPa–1 sachant que les débattements de l’aiguille s’étendent
titude que l’on peut en attendre, dans certaines limites de variation sur environ 270o d’angle. Dans ce cas on préfère spécifier 1/k sous la
des grandeurs d’influence. Il est donc nécessaire de bien comprendre forme : nombre d’unités de pression pour une division.
le vocabulaire de la métrologie ([1] et norme NF X 07-001) relatif aux
instruments de mesure de la pression.
D’autre part, il faut toujours se rappeler que, même avec un ins- 2.3 Spécification de l’étendue de mesure
trument théoriquement parfait, il est encore possible de trouver
des résultats entachés d’erreurs importantes rendant vaines des
(EM)
mesures correctes car :
C’est l’ensemble des valeurs de la pression pour lesquelles l’erreur
— l’instrument modifie, par sa présence, la pression à mesurer ; de mesure est supposée maintenue entre des limites spécifiées. Les
— l’instrument, en particulier le senseur, est soumis à des condi- indications sont obtenues dans les conditions nominales d’emploi
tions d’environnement qui altèrent les caractéristiques maximales ; et ne doivent pas être entachées d’une erreur supérieure à l’erreur
— les malfaçons dans la réalisation des prises de pression, le maximale spécifiée. L’étendue de mesure est exprimée en pascals
type de montage (affleurant, en cavité, avec tube de raccordement) (ou unité dérivée) et le plus souvent par ses deux limites, appelées
et la nature du fluide peuvent provoquer des erreurs systématiques
portées minimale et maximale , c’est-à-dire : ± 35 kPa ; – 10
difficilement décelables.
et + 1 500 kPa ; 0 et 70 MPa.
Par exemple, un capteur dont l’étendue de mesure, 0 et 5 MPa,
est spécifiée pour une erreur maximale de 1 % de la pleine échelle,
2.1 Caractéristique de transfert garantit la pression nulle à ± 50 kPa.

La caractéristique de transfert est, pour des conditions définies,


la relation s (t ) = f (p (t )) entre le signal d’entrée p (t ) de la pression Remarque
à mesurer, susceptible de varier avec le temps, et la réponse On admet que l’étendue de mesure spécifiée d’un manomètre
correspondante s (t ). Elle doit être connue a priori pour chaque ins- mécanique d’usage général à déformation de solide, dans l’inter-
trument pris individuellement et pour chaque montage. La courbe valle de mesure IM, est comprise entre IM/10 et IM. En effet, la
d’étalonnage est suffisante pour des mesurages statiques, mais le tolérance d’exactitude ne s’applique généralement pas dans une
problème est plus complexe pour des mesurages dynamiques, car zone de IM/10 à partir du zéro de la graduation pour les mano-
il nécessite l’évaluation des réponses en amplitude et en phase en mètres et les vacuomètres ; pour les manovacuomètres, elle ne
fonction de la fréquence. La détermination de la fonction de transfert s’applique pas dans la zone de IM/20 de part et d’autre du zéro
dynamique peut se faire expérimentalement ou théoriquement. En de la graduation.
effet, les paramètres dynamiques caractéristiques permettent d’éva-
luer l’allure des réponses dès lors que le modèle dynamique de l’ins-
trument est connu. Le zéro est la valeur du signal de sortie pour une valeur nulle de
la pression, ou la valeur prise comme origine de la pression mesurée.

2.2 Spécification de la sensibilité


2.4 Spécifications d’exactitude
La sensibilité d’un instrument, pour une valeur donnée de la pres-
sion, est le rapport k = ds /dp entre une variation ds du signal de sortie 2.4.1 Exactitude. Fidélité. Justesse
et la variation correspondante dp de la pression. Elle est exprimée
en unité de la grandeur de sortie par pascal (ou unité dérivée). En 2.4.1.1 Exactitude
pratique, pour une caractéristique de transfert réputée linéaire, la L’exactitude est la qualité qui caractérise l’aptitude d’un instru-
sensibilité se confond avec la pente de la meilleure droite qui lisse ment à donner des indications proches de la valeur vraie de la
la courbe d’étalonnage par la méthode des moindres carrés. pression ; elle combine fidélité et justesse. L’exactitude de l’instru-
Exemple 1 ment se juge à sa marge d’erreur globale, c’est-à-dire l’erreur maxi-
La réponse d’un tube en U est p = ρ gh ; la sensibilité s’écrit donc male qu’il produit sur toute l’étendue de mesure dans des conditions
k = 1/ρ g. Si le liquide de garnissage est du mercure, on a alors nominales d’emploi. Elle comprend l’erreur de fidélité (composante
k = 7,5 × 10– 6 m · Pa–1. aléatoire) et l’erreur de justesse (composante systématique). Elle
peut être estimée soit par des calculs statistiques réalisés, par
Exemple 2 exemple, sur les points des courbes d’étalonnage (§ 5), soit par
La sensibilité d’un capteur à variation de résistance dont l’étendue de combinaison des erreurs élémentaires.
mesure est 0-0,6 MPa est spécifiée pour une tension d’alimentation de Les erreurs maximales, E, pour les principaux instruments de
1 V : k = 4 mV · MPa–1 par volt. Alimenté par une source de tension mesure de la pression sont mentionnées dans le tableau 1 à titre
15 V, ce capteur délivre donc un signal de sortie pleine échelle de 36 mV. indicatif.
On pourra aussi se reporter aux résultats des travaux de l’ISO
(International Organization for Standardization), Technical Advisory
Group on Metrology [9] et de l’Organisation internationale de nor-
malisation [10]. (0)

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Tableau 1 – Erreurs maximales exprimées


relativement à la pleine échelle,
pour différents types d’instruments
Capteurs et manomètres 0,02 %  E  0,15 %
hautes performances
Manomètres à liquide E  0,1 %
Capteurs à haut niveau de sortie 0,2 %  E  1 %
et transmetteurs Figure 4 – Écarts de réversibilité
Manomètres à déformation de solide 0,25 %  E  3 %
d’usage général
Un défaut de mobilité se signale par l’absence totale de variation
de la grandeur de sortie qu’aurait dû provoquer une variation de la
2.4.1.2 Erreur de fidélité
pression. Il peut être dû au frottement solide, aux jeux, aux disconti-
La dispersion des résultats expérimentaux se caractérise par un nuités de transduction, au pas de quantification (par exemple dans
écart-type σf qui évalue globalement l’erreur de fidélité à partir d’éta- le cas des conversions analogique-numérique), etc.
lonnages statiques effectués sur une même valeur de la pression
atteinte plusieurs fois en montées et descentes (l’erreur augmente ■ Erreur de lecture de quantification (seuil de quantification)
avec σf ). Si cette évaluation est répétée pour plusieurs valeurs de C’est la composante de l’erreur de lecture inhérente à l’instrument.
la pression, réparties sur l’étendue de mesure, l’erreur de fidélité de Elle correspond à la plus grande variation de la pression qui ne soit
l’instrument s’évalue par la valeur moyenne des écarts-types pas quantifiable de manière significative au niveau du dispositif de
obtenus aux différents points. décodage de l’appareil (échelle, cadran, afficheur numérique, etc.).
La répétabilité, définie (NF X 07-001) comme l’étroitesse de
l’accord entre les observations répétées de la même pression, dans 2.4.2.3 Écart de linéarité
des conditions identiques, sur un temps suffisamment court, est un (dans le cas d’une caractéristique linéaire)
indicateur de fidélité. C’est le plus grand écart entre la courbe d’étalonnage et la
meilleure droite obtenue par la méthode des moindres carrés. L’écart
2.4.1.3 Erreur de justesse de linéarité est exprimé en % de l’étendue de mesure.
L’erreur de justesse est l’écart maximal entre la valeur moyenne
des résultats du mesurage et la valeur conventionnellement vraie 2.4.2.4 Erreur sur le zéro
(par exemple fournie par un étalon). En effet, la valeur vraie de la C’est l’écart entre la valeur mesurée et la valeur théorique (0 V ;
pression à mesurer étant inconnue, elle ne peut s’évaluer au mieux 4 mA ; ...) de l’information de sortie, pour la valeur prise comme
qu’avec l’exactitude du meilleur étalon. Elle se caractérise par un origine de pression.
défaut systématique de l’instrument. Une fois l’erreur de justesse
identifiée, le résultat brut de mesure peut être corrigé.
2.4.3 Erreur combinée
2.4.2 Erreurs élémentaires spécifiées
C’est, en général, la valeur fournie par les constructeurs. Elle
intègre les erreurs élémentaires dues à la non-linéarité, à la non
2.4.2.1 Erreur de réversibilité. Erreur d’hystérésis répétabilité et aux phénomènes d’hystérésis. Elle peut être déter-
Les défauts de réversibilité se manifestent lorsqu’à une même minée par l’écart maximal relevé entre les points d’étalonnage et
valeur de la pression correspondent deux niveaux de sortie diffé- la droite des moindres carrés. Elle est exprimée en % de l’étendue
rents, selon que cette valeur a été atteinte par variation monotone de mesure.
croissante ou décroissante de la pression (figure 4). L’erreur de
réversibilité est égale à l’écart maximal constaté entre les deux
valeurs de sortie.
2.5 Spécification de la discrétion
On définit l’erreur d’hystérésis comme égale à la moitié de
l’erreur de réversibilité. Les défauts de réversibilité et l’hystérésis (ou de la finesse)
ne sont pas nécessairement appréciables à partir d’un étalonnage
statique ; ils peuvent dépendre de la vitesse de variation des gran-
Un instrument de mesure interagit nécessairement avec le
deurs mises en jeu. La valeur de l’erreur d’hystérésis des capteurs
domaine de mesure ; sa discrétion est d’autant plus grande qu’il per-
et des transmetteurs est en général très faible : inférieure à 0,1 %
turbe peu la pression à mesurer. L’oubli de cette notion fondamentale
de l’étendue de mesure et souvent à 0,03 %. Elle est fréquemment
rendrait vain tout espoir d’obtenir des mesures crédibles. L’étendue
combinée avec l’écart de linéarité.
de la perturbation peut être appréciée à partir des valeurs du volume
mort de remplissage offert au fluide, et du volume de respiration
2.4.2.2 Erreur de résolution Vr , qui est le volume de fluide déplacé par le mouvement du senseur
L’erreur de résolution est la somme quadratique de l’erreur de sur l’étendue de mesure.
mobilité et de l’erreur de lecture de quantification. La raideur ou son inverse, la compliance, est un paramètre équi-
valant au volume de respiration ; elle s’écrit avec la surface S de
■ Erreur de mobilité (seuil de mobilité)
section du senseur et les portées de l’étendue de mesure sous la
L’erreur de mobilité correspond à la plus grande variation de la forme :
pression qui ne provoque pas de variation de la sortie (soit ± le
seuil de mobilité). S2
K = ( p max – p min ) ------- ( en N · m –1 )
Vr

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Globalement, tant pour les mesurages statiques que dynamiques, 2.6.3 Distorsion
on peut dire que la discrétion se dégrade quand le volume mort et
le volume de respiration (ou la compliance) augmentent. La distorsion caractérise la non-linéarité dynamique de la trans-
Exemples : duction du signal. Elle se définit par le rapport entre la moyenne
— Soit à mesurer en statique la pression p d’un gaz dans une quadratique des amplitudes des harmoniques à l’amplitude du fon-
enceinte close de volume V. Le raccordement d’un capteur provoque damental du signal de sortie. Cette caractéristique n’est, en général,
une augmentation maximale de volume ∆V égale à la somme du pas spécifiée dans les notices des capteurs.
volume mort et du volume de respiration. Il en résulte, en vertu de la loi
de Mariotte (pV = Cte ), une erreur maximale ∆ p sur la détermination
de la pression telle que ∆ p /p = – ∆V /V. 2.7 Spécifications de l’influence
— Les capteurs de pression différentielle bidirectionnels SFIM de la
série HW35** sont destinés aux mesures précises de pertes de
des paramètres d’environnement
charge, de débit ou de niveau, sous des pressions statiques élevées (2 et du temps
à 250 × 105 Pa). La gamme couvre des étendues de mesure allant de
± 70 × 10 2 Pa jusqu’à ± 2,5 × 105 Pa. Le constructeur spécifie :
12 cm3 pour le volume mort des chambres et 0,4 cm3 pour le volume Les paramètres d’environnement appelés aussi grandeurs
de respiration. d’influence ou grandeurs extérieures affectent les résultats de la
— En dynamique, les mouvements du fluide induits par les déplace- mesure et, au-delà de certaines limites, peuvent même altérer les
ments du senseur génèrent des perturbations de pression. caractéristiques de l’instrument de façon irréversible (détérioration,
voire destruction). Les principales grandeurs d’influence sont d’ordre
climatique et géographique, mécanique, électromagné tique,
magnétique et nucléaire. Sans pour autant arrêter ici une liste
2.6 Spécifications dynamiques exhaustive, on retiendra :
— la température et ses variations ;
— l’hygrométrie ;
La mesure des pressions résulte classiquement du déplacement — la pression atmosphérique ;
d’un ensemble matériel sous l’action de la force de pression : — l’accélération locale de la pesanteur (intensité et orientation
montée-descente du liquide dans les manomètres, ou déformation par rapport à l’instrument) ;
du corps d’épreuve dans les senseurs. Lorsque la pression appli- — les accélérations et les vibrations (intensité, direction et
quée est variable (par exemple évolution transitoire consécutive au fréquence) ;
raccordement d’un appareil, ou mesure d’une pression instation- — les champs électromagnétiques basses et hautes fréquences ;
naire), le mouvement de l’ensemble matériel est régi par les effets — les champs magnétiques ;
d’inertie et les forces de frottement, élastiques et de gravité engen- — les radiations thermiques, les flashes lumineux, les radiations
drées par le déplacement. En général, l’instrument de mesure peut ionisantes, etc.
être considéré comme un système mécanique linéaire du second L’action de chaque paramètre doit a priori faire l’objet d’évalua-
ordre. Les paramètres dynamiques caractéristiques utilisés sont : le tions particulières et donner lieu à des spécifications [11]. Leur
couple fréquence propre et coefficient d’amortissement, ou plus prescription dépend le plus souvent du domaine d’application de
globalement le temps de réponse [2]. Les non-linéarités l’instrument (aéronautique, aérospatiale, nucléaire, pétrochimie,
éventuelles se caractérisent par la distorsion. mine, transports ferroviaires et maritimes, médical, agroalimentaire,
processus industriels, etc.). Dans la conduite des processus indus-
triels, il faut tenir compte, par exemple, de l’influence des champs
2.6.1 Fréquence propre et coefficient de rayonnement électromagnétique (NF C 46-022). En réalité, les
d’amortissement règles et les normes sectorielles induisent des gammes particulières
de matériels, qui sont donc spécifiés en conséquence. Ci-après, on
La dynamique d’un système du second ordre est définie par la ne parlera que de la température et du temps, les autres grandeurs
fréquence propre F0 et le coefficient d’amortissement ζ qui s’écrivent d’influence ne seront pas détaillées.
respectivement :
1 K
F 0 = --------- -------- 2.7.1 Température
2π M
D
et ξ = ---------------------- C’est la grandeur d’influence la plus fréquente et la plus impor-
2 KM tante. Elle agit sur tous les paramètres impliqués dans le fonction-
nement de la chaîne (structure du capteur, phénomènes physiques
où M est la masse de l’ensemble matériel en mouvement, K sa
de transduction, transmission, etc.). Elle affecte donc le zéro (erreur
raideur et D le coefficient de frottement visqueux. La valeur de fré-
sur le zéro) et la sensibilité.
quence propre donnée par les constructeurs correspond à F0 .

2.7.1.1 Erreur sur le zéro


2.6.2 Temps de réponse À l’intérieur du domaine nominal, c’est l’écart extrême constaté
sur la grandeur de sortie pour la valeur zéro de la pression ou, à
Le temps de réponse caractérise la durée nécessaire à l’instrument défaut, la valeur origine : elle est exprimée en % de l’étendue de
de mesure pour atteindre son état d’équilibre après une variation mesure par degré Celsius.
en échelon de la pression. Le décalage de temps entre l’excitation
et l’établissement de la réponse est dû aux forces d’inertie et de frot- 2.7.1.2 Erreur sur la sensibilité
tement. On définit le temps de réponse à x % comme le laps de temps
écoulé entre l’apparition du signal d’entrée et l’instant où l’écart entre À l’intérieur du domaine nominal, c’est l’écart extrême entre la
le signal de sortie et la valeur finale établie devient inférieur à x %. sensibilité mesurée et la sensibilité nominale. Elle s’exprime en %
de la sensibilité nominale par degré Celsius. Le tableau 2 illustre
l’influence de la température pour différentes technologies de
capteurs à variation de résistance. (0)

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2.8.2 Domaine nominal d’emploi


Tableau 2 – Influence de la température
sur différents types de jauges
Le domaine nominal d’emploi est défini par des valeurs limites
que peuvent atteindre ou conserver de façon permanente, d’une part
Jauges Jauges Jauges Jauges
la pression, d’autre part les grandeurs d’influence sans que soient
Caractéristiques à trame piézo- en couche en couche
modifiées les caractéristiques (en particulier métrologiques) de l’ins-
pelliculaire résistives mince épaisse
trument dans les limites de tolérance fixées.
Signal de sortie 20 à 40 100 à 400 20 à 30 50 à 100
(mV)
Plage d’utilisation 2.8.3 Domaine de non-détérioration
en température – 150 – 40 – 200 – 150
(oC) à + 150 à + 120 à + 200 à + 180 Le domaine de non-détérioration est défini par les valeurs que
peuvent atteindre et conserver soit la pression, soit l’une des gran-
Décalage de zéro
% de l’EM/ oC 1 × 10–4 1 à 4 × 10–4 1 × 10–4 2 × 10–4 deurs d’influence, sans que les caractéristiques (en particulier
métrologiques) soient altérées après le retour dans le domaine
Variation nominal. Dans le domaine de non-détérioration, les spécifications
de sensibilité < 1 × 10–4 1 × 10–4 < 1 × 10–4 1 × 10–4 ne sont plus garanties.
%/ oC
EM : étendue de mesure
2.8.4 Domaine de non-destruction
2.7.1.3 Réponse aux transitoires thermiques Le domaine de non-destruction est défini par les valeurs limites
Lorsqu’un instrument est soumis à un changement brutal de tem- que peuvent atteindre soit la grandeur à mesurer, soit les grandeurs
pérature généré par une évolution du milieu ambiant ou du milieu d’influence sans qu’il y ait destruction de l’instrument, mais dans
de mesure proprement dit, les transferts de chaleur qui s’effectuent lequel les caractéristiques (en particulier métrologiques) peuvent
par conduction et convection au sein même de l’instrument pro- être altérées plus ou moins profondément et de manière
voquent des déséquilibres qui affectent le zéro et la sensibilité. La permanente.
réponse aux transitoires thermiques doit être spécifiée au même titre
que la réponse dynamique.

3. Manomètres mécaniques
2.7.2 Temps
L’action du temps se traduit par une dérive des caractéristiques 3.1 Manomètres à liquide
provenant principalement de l’évolution des propriétés des maté-
riaux. Il en résulte des erreurs sur le zéro et, pour une part moindre, 3.1.1 Tube piézométrique
sur la sensibilité (< 0,5 % par an). L’erreur sur le zéro en l’absence
de toute pression entraîne un décalage de l’ordre de 0,5 à 2 % de Lorsqu’un tube ouvert à l’atmosphère est connecté sur une prise
l’étendue de mesure par an. Ce décalage augmente de façon notoire de pression en un point M (figure 5), le liquide monte dans le tube
en fonction de la pression permanente appliquée, c’est le phéno- jusqu’à se fixer à une certaine hauteur. Soit zA la cote de la surface
mène de fluage. Les variations de pression et de température accé- libre du liquide, mesurée par rapport à une surface de référence hori-
lèrent également le processus de vieillissement. zontale quelconque. D’après le principe fondamental de l’hydrosta-
Il est très difficile de chiffrer la dérive et les fiches constructeurs tique, on peut écrire :
sont le plus souvent muettes sur ce point. En l’absence de spé- p M + ρ gz M = p A + ρ gz A
cifications précises à ce sujet, il est prudent d’effectuer des rééta-
lonnages de l’instrument aussi fréquemment que possible : seule La différence de cote h = zA – zM entre les points A et M repré-
l’expérience, pour un type d’instrument donné, renseigne sente la pression relative :
l’utilisateur.
p M – p A = ρ gh

2.8 Spécifications d’emploi Remarque : en fait, un tube piézométrique mesure la pression


motrice pg = p + ρgz en tout point du liquide manométrique.
2.8.1 Conditions de référence
Ce sont les valeurs, assorties de tolérances, fixées en fonction de
grandeurs d’influence et qui permettent, par exemple, de vérifier
les caractéristiques de l’instrument pour s’assurer de son bon
fonctionnement.
Exemple :
Le zéro doit être défini en fonction de la température, de la pression,
de l’orientation par rapport au champ de pesanteur.

Figure 5 – Tube piézométrique ouvert à l’atmosphère

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Figure 6 – Tube piézométrique en U ouvert à l’atmosphère Figure 7 – Tube en U connecté à deux enceintes (  <  m )

3.1.2 Tube en U

Un tube piézométrique en forme de U permet de mesurer indif-


féremment des pressions relatives et différentielles, positives et
négatives, dans les liquides et dans les gaz. Par exemple, si l’une
des branches du manomètre est connectée à un fluide de masse volu-
mique ρ alors que l’autre branche demeure ouverte à l’atmosphère
(figure 6), on a alors :
p M – p A = ρm gh – ρg (zM – zB)
où ρm est la masse volumique du liquide manométrique
et h = zA – zB .
Dans un gaz, la composante hydrostatique ρ g (zM – zB) peut être
négligée devant ρm gh. Figure 8 – Tube en U retourné (  >  m )
La mesure des pressions différentielles entre deux points M et N
situés dans un même fluide de masse volumique ρ < ρm (figure 7)
s’établira à partir de :
p gM – p gN = (ρm – ρ)gh
avec h = zB – zA
où pg désigne la pression motrice (définie au paragraphe 1.2.2).
Pour ρ > ρm , il suffira de retourner le tube (figure 8), d’où :
p gM – p gN = (ρ – ρm)gh
avec h = z A – z B
Une pression absolue peut être mesurée si le vide est réalisé
dans une branche de référence ; c’est le cas du baromètre à mer-
cure qui indique la pression atmosphérique.
L’indication fournie par le manomètre est indépendante de la
taille ou de la forme des branches, qui ne sont pas forcément iden-
tiques (aux effets de tension superficielle près). Comme nous
venons de le voir, si l’on souhaite réaliser une mesure exacte de la
pression, alors ρ, g et h doivent être connus très précisément. Figure 9 – Différents corps d’épreuve de manomètres à déformation
Puisque ρ est fonction de la nature du liquide et de la température, de solide
les liquides doivent être maintenus propres et la température doit
être mesurée précisément. La mesure de la différence h de niveau
dépend également de la température : l’échelle de mesure peut en
effet varier avec la température. D’autre part, la différence exacte
n’est pas toujours facile à déterminer à cause des ménisques qui
se forment aux interfaces.

3.2 Manomètres à déformation de solide


Figure 10 – Deux capsules montées en opposition
Les manomètres à déformation de solide utilisent une cavité
dont la paroi, faisant corps d’épreuve élastique, change de forme
en fonction de la pression appliquée. En se déformant, le corps
d’épreuve entraîne en rotation une aiguille, par l’intermédiaire d’un

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mouvement amplificateur : la position d’équilibre est fonction de la source aux étages d’entrée des circuits de traitement analogique ou
pression reçue. Le cadran devant lequel l’aiguille se déplace est numérique par des interfaces de conditionnement du signal dont le
calibré en tenant compte de la caractéristique de transfert de l’ins- rôle essentiel est d’éviter une détérioration du signal brut.
trument. Des corps d’épreuves variés comme les membranes, les
capsules, avec ou sans ondulations, les soufflets, les tubes de ■ Les circuits de traitement analogique sont destinés à modifier,
Bourdon, sont utilisés (figure 9). Le choix d’un type de corps lorsque cela est nécessaire, le gain (amplification) et la forme tem-
d’épreuve, plus ou moins compliant, est principalement fonction porelle du signal (filtrage, ecrêtage, démodulation, etc.). Ils ont par-
de l’étendue de mesure. fois pour but de corriger le résultat (linéarisation). La sortie est reliée
à un système indicateur (voltmètre, oscilloscope) et souvent aussi à
Ces corps d’épreuve sont utilisables pour mesurer des pressions un système enregistreur (figure 11a ).
absolues lorsqu’ils sont placés dans des boîtiers étanches dans
lesquels un vide poussé a été effectué. ■ Les circuits de traitement numérique sont différents. Ils
On réalise la mesure des pressions différentielles en montant, comportent un échantillonneur-bloqueur dont le rôle consiste à
par exemple, deux capsules ou deux soufflets en opposition prélever périodiquement un échantillon du signal et à le maintenir
(figure 10). « bloqué » le temps que le convertisseur analogique numérique le
convertisse en un nombre. Ces nombres successifs constituent
l’image « numérisée » du signal ; ils sont par la suite traités au moyen
de processeurs de calcul, parfois affichés de manière instantanée et
souvent mémorisés pour permettre des traitements ultérieurs
4. Capteurs et transmetteurs (figure 11b ).

4.1 Différentes parties de l’instrument


4.1.4 Intégration
4.1.1 Senseur L’avancée technologique permet maintenant de rapprocher de
l’instrument une partie de l’électronique de conditionnement et de
Le senseur est une entité mécano-détectrice, composée d’un corps traitement, l’ensemble de très petites dimensions est intégré au
d’épreuve et d’un détecteur, sensible aux variations de pression. Le boîtier même de l’appareil.
corps d’épreuve (poutre, coque, plaque ou membrane) traduit la
pression à mesurer en un déplacement, des déformations ou des Le boîtier constitue l’enveloppe de l’instrument. Il contient notam-
contraintes que le détecteur transpose à son tour en une grandeur ment le senseur et assure par conception son isolement mécanique
mesurable électriquement. L’intégration corps d’épreuve-détecteur contre les chocs et les vibrations. En particulier, lors de l’implanta-
est fonction du principe physique de détection (ou de conversion) tion, les efforts de serrage ne doivent pas être ressentis par le corps
mis en œuvre. On pourra utilement se référer à l’article [3]. L’interface d’épreuve.
fluide-instrument est soit directement le corps d’épreuve, soit une
membrane séparatrice placée devant ; le déplacement de cette mem-
brane est alors transmis au corps d’épreuve par une liaison solide 4.2 Principes de détection
ou un volume de liquide.
Il s’agit ici de rappeler les principes physiques qui sont mis en
œuvre pour traduire la pression en un signal électrique. Pour davan-
4.1.2 Circuit de mesure tage de précisions, on se reportera à la référence [3].

Le circuit de mesure constitue le premier niveau de transduction


(voire de conversion) de l’instrument et/ou de la chaîne de mesure. 4.2.1 Détecteurs actifs et passifs
Il comprend le(s) détecteur(s) et son conditionneur qui contient les
circuits de compensation en température et de calibration. 4.2.1.1 Détecteurs actifs
Les détecteurs actifs se comportent en générateurs (générateurs
4.1.3 Conditionneur de signal et traitement d’électricité le plus souvent) et ils mettent en œuvre une conversion
d’énergie. Une part de l’énergie mécanique (par exemple
L’ensemble détecteur-conditionneur constitue une source force × déplacement) prélevée au phénomène à mesurer est
élec trique que l’on peut modéliser sous forme d’un générateur. convertie sous forme électrique. Les détecteurs piézoélec triques
Selon les cas, ce sera un générateur de tension, un générateur de relèvent de cette catégorie. Le signal est immédiatement disponible
courant ou un générateur de charges électriques. Il faut adapter cette pour le traitement.

Figure 11 – Circuits de traitement analogique et numérique

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4.2.1.2 Détecteurs passifs très différentes. Dans le cas des plaques soumises à des champs
de contraintes bidimensionnelles de composantes σ1 et σ2 , la
Les détecteurs passifs sont en général des impédances
variation de résistance est alors :
électriques. Il s’agit donc de résistances, d’inductances ou de capa-
cités, seules ou le plus souvent combinées en impédances ∆R
complexes. Ces impédances varient sous l’action du mesurande ou ---------- = π 1 σ 1 + π 2 σ 2
R
sous l’action de la déformation du corps d’épreuve. La mesure de
ces impédances ou de leur variation suppose que celles-ci soient
insérées dans un circuit alimenté en électricité, que l’on appelle 4.2.3 Variation d’inductance
conditionneur de détecteur. Les principaux types de conditionneurs
sont : le montage potentiométrique, le montage en pont, le
4.2.3.1 Variation de réluctance
montage oscillateur.
La déformation des corps d’épreuve peut être utilisée pour
modifier la réluctance  d’une portion d’un circuit magnétique de
4.2.2 Variation de résistance longueur  de perméabilité relative µr et de section S :

4.2.2.1 Potentiomètre  = --------------------
µ0 µr S
La déformation du corps d’épreuve amplifiée mécaniquement
provoque le déplacement du curseur d’un potentiomètre. Le poten- Il en résulte une variation du flux d’induction magnétique dans
tiomètre (figure 12), de résistance totale R, alimenté sous une ten- le circuit et une variation de la self-inductance :
sion Us fournit, aux bornes de la résistance partielle r déterminée
par le curseur, une tension partielle : n2
L = ---------

Vm = Us r /R
de la bobine (n tours de fil). La détection d’un jeu variable d’air
(figure 13a ), est utilisée dans plusieurs types de capteurs ; la varia-
Remarque : la relation ci-dessus est une approximation qui est tion d’épaisseur du jeu doit rester très petite devant le jeu de repos
d’autant plus vraie que l’impédance de sortie Zm est grande. Pour e /2 pour conserver une linéarité acceptable.
que l’erreur de linéarité ∆Vm /Vm reste inférieure à 1 %, il faut que
Zm > 20 R (§ 4.3.1). 4.2.3.2 Magnétostriction
Le phénomène de magnétostriction (figure 13b ) est la propriété,
4.2.2.2 Jauges électriques réversible, des matériaux ferromagnétiques de voir leur perméabi-
lité magnétique µ changer lorsqu’ils sont soumis à des contraintes
Les jauges électriques sont des détecteurs résistifs conçus pour σ (de pression par exemple) :
suivre les déformations des corps d’épreuve. Leur allongement ∆
à température constante correspond à une variation de résistance µ = f (σ )
∆R telle que :
∆R ∆
---------- = K ---------
R 
avec K facteur de jauge.
Elles sont sensibles à l’influence de la température ; leur montage
en pont de Wheatstone, leur conception (jauges auto compensées)
et les circuits de compensation en tiennent compte.
■ Les jauges métalliques, collées ou déposées en couche mince, ont
un facteur de jauge K généralement compris entre 2 et 4 : il dépend
Figure 12 – Potentiomètre
directement de la nature du matériau et notamment de son coeffi-
cient de Poisson [4] [5].
■ Les jauges en semiconducteur (dites piézo-résistantes ou piézo-
résistives), découpées-collées, ou directement diffusées dans un
substrat formant corps d’épreuve, ont une sensibilité supérieure à
celle des jauges métalliques (jusqu’à 50 fois). Le principe de ces
détecteurs repose sur le fait que les propriétés du semiconducteur
dépendent largement des positions relatives des atomes dans la
structure cristalline et sont donc affectées par les contraintes σ (et par
suite les déformations) auxquelles le corps est soumis. À titre
d’exemple, si l’on se place dans le cas simple de la traction pure, une
jauge à brin unique subit une variation relative de résistance :
∆R
---------- = πσ
R
∆
avec σ = E --------- .

Le coefficient de piézo-résistivité π du matériau dans la direction
de la contrainte σ dépend à la fois de la concentration en porteurs
de charge (éléments dopants P ou N) et de l’orientation cristallo-
graphique. Le facteur de jauge qui en résulte, s’exprime à l’aide du Figure 13 – Principe des capteurs à variation de réluctance
module d’Young E du matériau par K = E π. Selon la disposition de et à magnétostriction
la jauge par rapport aux axes du cristal, K peut prendre des valeurs

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En conséquence, l’inductance L d’une bobine réalisée autour


d’un noyau ferromagnétique variera avec la perméabilité. En
général :
L = µa
Si a est un terme qui ne dépend que de la géométrie de la bobine
et µ est la perméabilité magnétique du noyau, alors :
∆L ∆µ
--------- = ---------
L µ
Les instruments qui utilisent ce procédé de conversion sont très
robustes, mais sont approximativement linéaires et sensibles aux Figure 14 – Transformateur différentiel LVDT
influences des champs magnétiques et de la température.

4.2.3.3 Transformateur différentiel


Le transformateur différentiel LVDT (Linear Variable Differential
Transformer ) est composé d’un bobinage primaire et de deux bobi-
nages qui sont des « demi-secondaires » placés en série. Le dépla-
cement d’un noyau mobile modifie le flux magnétique de couplage
entre le primaire et chacun des demi-secondaires. Le signal Vm
obtenu aux bornes du secondaire après démodulation est, en signe
et en amplitude, directement proportionnel à la position du noyau,
mesurée par rapport à un zéro médian (figure 14).
Ce montage, outre sa robustesse, assure une excellente linéarité
pour une course importante du noyau (quelques millimètres). En
contrepartie, il nécessite une alimentation alternative et un traite-
ment spécifique des signaux du secondaire (démodulation).

4.2.3.4 Courants de Foucault


Les courants de Foucault induits dans une plaque conductrice
placée au voisinage d’une bobine parcourue par un courant à
haute fréquence modifient par couplage la mutuelle inductance L
Figure 15 – Principe du capteur à effet Hall
de la bobine et de la plaque. Pratiquement, l’impédance complexe
(Z = R + L j ω ) du circuit d’excitation est modifiée. La variation
d’inductance est directement liée à la distance entre la bobine exci-
tatrice et la plaque, à l’épaisseur et à la conductivité de la plaque.
Lorsque la distance diminue, R augmente et L diminue.

4.2.4 Effet Hall

Un conducteur (généralement un semiconducteur) est parcouru


par un courant I constant ; si on le soumet à une induction magné-
tique B, on constate l’apparition d’une différence de potentiel trans-
versale Vm , perpendiculaire aux lignes de courant, conséquence de
la loi de Laplace appliquée aux charges électriques en mouvement
(figure 15). La tension de Hall est proportionnelle à l’induction B et
au courant I ; elle peut donc constituer un signal de mesure Vm dans
le cas où la pression peut agir sur la valeur de B (par exemple, si
la déformation du corps d’épreuve déplace un aimant permanent
au voisinage de la sonde de Hall).

4.2.5 Variation de capacité

La capacité d’un condensateur plan (figure 16) constitué de deux


Figure 16 – Condensateur plan et condensateur cylindrique
armatures conductrices et d’un diélectrique qui les sépare s’écrit :
εS
C = ---------
e on utilise un condensateur cylindrique dont une armature reste fixe
et dont l’autre, liée à la membrane par exemple, se déplace axiale-
où ε est la permittivité du diélectrique, S la surface en regard des
ment. Si la variation de pression provoque un déplacement ∆x, la
armatures et e la distance entre les armatures. Chacun de ces para-
variation de capacité correspondante sera :
mètres peut être modifié par la pression.
La déformation du corps d’épreuve peut entraîner la modifica- ∆C = k ∆x
tion de la surface active (en regard) des armatures. Généralement,

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La modification de la distance entre les armatures produit aussi Exemple 2 : un oscillateur électromécanique à quartz voit sa fré-
une variation de capacité, mais la relation entre ∆C et ∆e n’est pas quence se modifier si une contrainte transversale est appliquée au
linéaire. Toutefois dans la mesure où les déplacements ∆e sont quartz.
petits devant e on peut admettre que :
Un autre exemple est réalisé à partir d’un circuit électronique
∆C ∆e oscillant dont la boucle d’entretien comprend une ligne à retard à
---------- = – --------- propagation d’ondes de surface. La fréquence f d’oscillation propre
C e
du circuit est une fonction directe du retard d apporté par la ligne :
Pratiquement, une des armatures est la partie fixe du boîtier et
l’autre armature est une membrane métallique dont la distance est f = k /d
déterminée par la pression. Une autre application de ce procédé Cette ligne à retard est réalisée à même le corps d’épreuve : elle
consiste à utiliser un diélectrique élastique (module d’élasticité E ) est directement soumise à la pression. Lorsque la membrane se
métallisé sur ses deux faces. Le condensateur plan ainsi réalisé voit déforme, les caractéristiques de la ligne à retard changent (notam-
sa distance entre armatures dépendre de la pression à mesurer. On ment le délai d ) et la fréquence des oscillations du circuit électro-
peut constituer ainsi un senseur pelliculaire. nique change à son retour.
On utilise souvent deux condensateurs en schéma différentiel Tous ces systèmes offrent l’avantage de véhiculer l’information
pour améliorer la linéarité de ces montages et supprimer l’effet des sur la pression au moyen de la fréquence d’un signal ; ils présentent
variables d’influence. La lame diélectrique peut être chargée initia- donc une très grande immunité à l’atténuation de transmission. En
lement d’électricité et conserver sa charge (effet électret) ; dans ce effet, même si l’amplitude du signal s’atténue le long des fils séparant
cas, le condensateur n’a plus besoin d’alimentation et peut être l’endroit de la mesure de l’endroit du traitement, sa fréquence ne
directement branché sur une chaîne de mesure à très haute impé- change pas. En contrepartie, tous ces systèmes sont sensibles à
dance d’entrée. l’influence de la température qui, en modifiant les dimensions, altère
La modification de la permittivité peut être réalisée par l’intro- aussi les fréquences. C’est en réalisant des montages différentiels
duction partielle d’un diélectrique de permittivité ε 2 mobile entre les et en mesurant par exemple des battements (f2 – f1) que l’on peut
deux armatures où se trouve un diélectrique de permittivité ε 1 . Les minimiser le rôle de cette variable d’influence.
variations de capacité sont converties en signaux électriques au
moyen de montages en pont (alimentés en alternatif) ou de mon-
tages électroniques (généralement oscillateurs) à amplificateurs 4.2.8 Variation des caractéristiques d’un composant
opérationnels.
Le piézotransistor est un transistor NPN dans lequel on a méca-
niquement accès à l’émetteur. La déformation du corps d’épreuve
4.2.6 Effet piézo-électrique se traduit par une force qui s’applique directement sur l’émetteur
du transistor. Le gain en courant β = IC /IB s’en trouve modifié. Il
Les matériaux piézo-électriques font apparaître une polarisation suffit d’insérer le transistor dans un montage simple assurant un
diélectrique dès qu’ils sont soumis à une déformation. Si leurs courant base IB constant (figure 17). Le courant de collecteur IC
faces sont métalliques, cette polarisation se traduit par l’apparition passe dans une résistance de charge RC et l’on peut mesurer à ses
de charges électriques sur ces armatures. La pression à mesurer bornes une tension Vm = RC IC = RC β IB directement liée à β et donc
peut être directement appliquée à un corps d’épreuve en matériau à la pression. De petites dimensions, le piézotransistor offre aussi
piézo-électrique ou bien appliquée par l’intermédiaire d’une entre- l’avantage de fournir un signal directement utilisable.
toise à une rondelle piézo-électrique. La charge électrique Q qui
apparaît est lies à l’effort F appliqué (dans une direction cristalline
précise) par : 4.2.9 Variation de flux lumineux
Q = kF
La déformation du corps d’épreuve sous l’action de la pression
où la constante piézo-électrique k dépend de l’orientation de l’effort
peut modifier un flux lumineux. Le moyen peut être un volet mobile
par rapport à la structure du matériau. Les senseurs piézo-électriques
qui intercepte partiellement le flux, ou un miroir mobile qui dévie
sont robustes et peuvent avoir des dimensions réduites (diamètre
le flux. Une lame transparente photo-élastique, dont la biréfringence
du diaphragme affleurant de l’ordre du millimètre). Ils peuvent aussi
est modifiée par la déformation, associée à un filtre polarisant, peut
prendre des formes particulières comme le câble piézo-électrique.
aussi assurer cette conversion.
Ils développent de très faibles charges électriques et doivent être
suivis de conditionneurs spécifiques (amplificateurs de charge à très
haute impédance d’entrée). Les câbles de liaison sont aussi très spé-
cifiques, ils peuvent avoir une influence sur la mesure.

4.2.7 Oscillateur électromécanique

Une mesure de fréquence peut permettre d’accéder à l’information


de pression. Si l’on entretient les oscillations d’un composant méca-
nique (fil tendu, lame vibrante ou quartz), la pression qui déforme
le corps d’épreuve peut modifier la tension du fil ou les contraintes
externes appliquées au cristal de quartz et par là modifier sa fré-
quence de vibration. Pratiquement, ces oscillateurs nécessitent un
apport d’énergie pour entretenir les oscillations et donc un circuit
électronique externe.
Exemple 1 : une bobine capte la vibration d’une corde vibrante Figure 17 – Piézotransistor NPN
magnétique, un amplificateur reprend ce signal et l’applique à une autre
bobine qui excite la même corde.

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Dans tous les cas, il faut disposer d’une source lumineuse


(ampoule ou diode luminescente avec ou sans fibre optique) et
d’un élément photosensible. L’élément photosensible est une pho-
todiode (le courant de conduction dépend du flux lumineux), une
photorésistance (la résistance dépend du flux lumineux), ou un
phototransistor (le gain β dépend du flux lumineux). Le signal utile
sera établi à partir du courant de conduction de la diode ou du cou-
rant collecteur du transistor ou de la différence de potentiel aux
bornes de la résistance [6].

4.3 Conditionneurs de détecteur


Figure 18 – Conditionneur à montage potentiométrique
4.3.1 Montage potentiométrique

Sur ce sujet, on se reportera utilement à l’article des Techniques


de l’Ingénieur [7]. Le montage potentiométrique constitue le plus
simple des conditionneurs (figure 18). Une tension Us connue
(Us = Es – Rs Is) est appliquée à un ensemble de deux résistances R1
et Rd (détecteur) et la tension Vm est mesurée aux bornes de Rd au
moyen d’un voltmètre de résistance interne R i. Dans le cas général,
on a :
Rd Ri
V m = E s --------------------------------------------------------------------------------
 
Rd Ri Figure 19 – Pont de Wheatstone
( R d + R i ) R s + R 1 + ------------------
Rd + Ri

Si la mesure est faite avec un voltmètre de très haute impé- Le pont est généralement constitué de quatre jauges identiques
dance, soit R i  R d , alors : de résistance nominale R. Sous l’effet des déformations ou des varia-
tions de température, les jauges subissent des variations de résis-
Rd tance ∆R1 , ∆R2 , ∆R3 et ∆R4 ; la tension de déséquilibre est (au second
V m = E s ---------------------------------- ordre près) :
Rs + R1 + Rd

La tension Vm n’est pas une fonction linéaire de Rd , c’est pourquoi Us


∆V m = ---------- [ – ∆ R 1 + ∆ R 2 – ∆ R 3 + ∆ R 4 ]
on n’utilise le potentiomètre que pour mesurer des petites variations 4R
de Rd (c’est-à-dire ∆R d  R d ). Dans ce cas, on obtient au second
ordre près : Les signes qui affectent les quatre termes sont importants,
puisque des variations égales se produisant sur des branches
∆ Rd ( Rs + R1 ) contiguës du pont ne modifient pas son équilibre. Cette propriété
∆V m = E s -----------------------------------------2- est mise en application pour compenser l’effet des grandeurs
( Rs + R1 + Rd )
d’influence, comme par exemple une variation de résistance d’ori-
La variation de Vm est proportionnelle à la variation de Rd . La gine thermique. D’autre part, lorsque les variations de résistance
sensibilité de l’ensemble est maximale si Rs + R1 = Rd . Si la résis- sont égales et opposées (∆ R2 = ∆ R4 = – ∆ R1 = – ∆ R3 = ∆ R ), ce qui
tance interne de la source de référence est faible, R s  R 1 , alors la s’obtient en disposant judicieusement les jauges sur le corps
sensibilité est maximale lorsque R1 = Rd et l’on a : d’épreuve, la tension de sortie vaut :

∆ Rd ∆R
∆V m = U s ----------
∆V m = E s -------------- R
4 Rd
Le montage en pont peut être appliqué plus généralement à toutes
les impédances complexes ; la tension d’alimentation Us est alors
alternative.
4.3.2 Montage en pont
4.3.2.2 Pont de Sauty
4.3.2.1 Pont de Wheatstone
Le pont de Sauty permet la mesure des impédances capacitives
Le pont de Wheatstone est principalement utilisé pour convertir
(figure 20). Si Ce est la capacité d’équilibrage et Cd la capacité du
en tension les variations de résistance des jauges disposées sur le
détecteur, on a :
corps d’épreuve du senseur. Le pont de la figure 19 est alimenté par
une tension Us , il permet la mesure directe de ∆Vm à condition que Us ( Ce – Cd )
V m = ---------------------------------
-
la tension de mesure entre A et B soit nulle au repos (pont équilibré). 2 ( Ce + Cd )
La condition d’équilibre s’écrit :
Si à l’équilibre Ce = Cd et Vm = 0, autour de l’équilibre on a la
R4 R1 relation non linéaire suivante :
--------------------
- = --------------------
-
R3 + R4 R1 + R2
Us ∆ Cd 1
V m = --------- ------------- -------------------------------
∆ Cd
 
ou encore R1 R 3 = R2 R4 4 Cd
1 + -------------
2 Cd

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Figure 20 – Pont de Sauty Figure 21 – Double inductance dans un pont

En faisant de plus l’hypothèse des petites variations relatives,


∆C d  C d , on obtient :
Us ∆ Cd
V m = --------- -------------
4 Cd

Chaque condensateur du pont présente une capacité entre ses


armatures, mais aussi des capacités parasites entre chaque armature
et la masse, ce qui cause de grandes difficultés pour interpréter le
déséquilibre du pont. Figure 22 – Condensateur différentiel dans un pont

4.3.2.3 Ponts de Maxwell et de Hay


Les ponts de Maxwell et de Hay permettent la mesure d’impé-
dances inductives complexes. En général, on profite de la structure
symétrique du pont pour réaliser des montages différentiels qui ont
une sensibilité double, une meilleure linéarité et une immunité aux
grandeurs d’influence. Les figures 21 et 22 présentent respective-
ment l’exemple de la double inductance en pont et d’un conden-
sateur différentiel en pont.

4.3.3 Oscillateur

L’impédance complexe d’un détecteur passif peut être mise à profit


pour constituer un oscillateur électronique placé en contre-réaction
d’un amplificateur opérationnel, figure 23. La fréquence propre
d’oscillation sinusoïdale de ces circuits est une fonction spécifique
des résistances, capacités et inductances qu’il contient. Si le coef- Figure 23 – Circuits oscillateurs
ficient de qualité de la bobine Q = 1/ ω CR pour le circuit série, ou
Q = ω CR pour le circuit parallèle (où ω est la pulsation), est suffi-
samment grand, la fréquence propre des circuits est égale à
f = 1 ⁄ 2π LC . Cette fréquence est modifiée lorsque L varie
(∆f /f = – ∆L /2L ) ou lorsque C varie (∆f /f = – ∆C /2C ) . La variation de
propriété du détecteur provoque une modulation proportionnelle de
la fréquence de l’oscillateur autour de sa valeur de référence f. De
même une résistance R et une capacité C permettent de réaliser un
oscillateur à relaxation entretenu par un amplificateur opérationnel.
Le circuit fournit un signal en créneaux (figure 24) dont la période
est liée à la constante de temps RC par :

 
2R 1
T = 2RC ln 1 + ------------
R2

La fréquence d’oscillation se déplace proportionnellement à la


variation de la capacité ou de la résistance : Figure 24 – Oscillateur à relaxation à amplificateur opérationnel

∆f ∆C ∆f ∆R
-------- = – ---------- ou -------- = – ----------
f C f R
spécialisés. Dans une boucle à verrouillage de phase, on asservit
Les conditionneurs à oscillateurs transmettent l’information sur un oscillateur commandé en tension (VCO voltage controlled
la pression au travers d’une modulation de fréquence. Cette trans- oscillator ) à suivre les oscillations à mesurer. L’asservissement
mission se réalise sans perte d’information par atténuation, ce qui maintient à tout moment le déphasage nul entre ces deux signaux.
confère à cette modulation une excellente immunité au bruit. Les Pour ce faire, le comparateur de phase fournit un signal d’écart
mesures de fréquence sont réalisées au moyen de fréquencemètres dont on calcule la valeur moyenne avec le filtre passe-bas ; cette
qui remplacent les afficheurs du type voltmètre utilisés dans les moyenne est amplifiée. La tension amplifiée pilote la fréquence de
mesures d’amplitudes. l’oscillateur commandé en tension, dont le signal est comparé à
celui à mesurer. La tension V qui sert au pilotage de l’oscillateur
Les mesures de fréquence sont aussi actuellement réalisées
interne est une tension continue qui constitue l’information
(figure 25) au moyen de boucles à verrouillage de phase (PLL
« démodulée » ; elle est directement proportionnelle à la fréquence
phase locked loop ) pour lesquelles il existe des circuits intégrés

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à mesurer. On peut ainsi considérer que la boucle à verrouillage de Remarquons que si A1 = A2 = A, alors le gain différentiel est A
phase constitue une méthode d’opposition appliquée à la mesure tandis que le gain de mode commun est nul. Les amplificateurs
des fréquences. d’instrumentation ne sont jamais idéaux et une de leurs caractéris-
tiques est le taux de réjection du mode commun τrmc :
gain différentiel
4.4 Conditionneurs de signal τ rmc = --------------------------------------------------------------------
gain de mode commun
et de traitement
4.4.1 Convertisseur courant-tension
Lorsque le conditionneur de détecteur passif est équivalent à un
générateur de courant Im , c’est le cas par exemple lorsque dans son
circuit entrent une photodiode, un transistor, un piézotransistor ou
un phototransistor, il est préférable de le faire suivre d’un conver-
tisseur courant-tension à faible impédance d’entrée et produisant
une tension Vm = R Im . Un montage à amplificateur opérationnel
(AOP) convient à cette tâche (figure 26).

Figure 26 – Schéma de principe du convertisseur courant-tension


4.4.2 Amplificateur d’instrumentation
La tension Vm qui transporte l’information sur le mesurande est
souvent la différence entre deux tensions Va et Vb (Vm = Va – Vb)
mesurées chacune par rapport à une référence de potentiel
commune (la masse). C’est par exemple le cas dans un montage en
pont. On appelle tension de mode commun Vmc la partie de Va et
de Vb qui n’apporte aucune information sur le détecteur :
Vmc = (Va + Vb)/2
Va = Vmc + Vm /2 (mode commun + moitié de l’information)
Figure 27 – Signal différentiel et tension de mode commun
Vb = Vmc – Vm /2 (mode commun – moitié de l’information)
La figure 27 illustre la tension de mode commun dans le cas d’un
signal différentiel. La tension de mode commun est souvent très
supérieure à Vm (elle est même parfois inconnue). L’amplificateur
d’instrumentation réduit ou élimine le mode commun tout en ampli-
fiant le signal Vm . On utilise pour ce faire un amplificateur différentiel
qui amplifie Va avec le gain A1 et Vb avec le gain A2 , puis qui effectue
la différence entre les deux quantités.
Le schéma de principe d’un amplificateur d’instrumentation est
donné dans la figure 28. On a :
Vs = A1 Va – A2 Vb
qui s’écrit encore :
A1 + A2 Va + Vb
V s = ( V a – V b ) ---------------------- + ( A 1 – A 2 ) ----------------------
2 2
Vs = (Vm) × (gain différentiel) + (gain de mode commun) × (Vmc)

Figure 25 – Mesure de fréquence avec une boucle Figure 28 – Amplificateur d’instrumentation


à verrouillage de phase

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Cette quantité très grande est parfois exprimée en décibels : à la sortie du montage, la relation est linéaire même pour des ∆Rc
importants :
gain différentiel Us ∆ Rc
τ rmc en dB = 20 lg --------------------------------------------------------------------
gain de mode commun V 1 = --------- ------------
4 Rc
Les amplificateurs d’instrumentation sont réalisés en circuits inté-
grés ou hybrides. L’impédance d’entrée est très élevée. Le taux de
réjection du mode commun atteint 100 dB. 4.4.6 Filtrage
Le filtrage des signaux destiné à éliminer certaines composantes
4.4.3 Amplificateur d’isolement peut être réalisé à partir d’éléments passifs (R, L et C ), mais le plus
souvent à partir de filtres actifs, qui sont réalisés avec des circuits
Lorsque la tension de mode commun dépasse la dizaine de volts intégrés.
(ordre de grandeur de la tension d’alimentation des amplificateurs
d’instrumentation), il est indispensable de réaliser un isolement
galvanique entre le bloc détecteur-conditionneur et la chaîne de trai- 4.4.7 Convertisseur logarithmique
tement. Les amplificateurs d’isolement acceptent des tensions de et antilogarithmique
mode commun de l’ordre du millier de volts.
Les convertisseurs logarithmiques réalisés avec des amplifica-
teurs opérationnels produisent en sortie un signal qui est propor-
4.4.4 Amplificateur de charge tionnel au logarithme du signal d’entrée (signal d’entrée positif).
Les capteurs à effet piézoélectrique produisent un signal qui est Les convertisseurs antilogarithmiques produisent en sortie un
une charge électrique Q dans le condensateur C1 constitué par les signal proportionnel à l’exponentielle du signal d’entrée (dans les
faces métallisées du cristal piézoélectrique. Ce capteur est relié à la limites imposées par la tension d’alimentation).
chaîne de traitement par un câble coaxial qui se comporte lui aussi L’utilisation simultanée de tels convertisseurs permet de
comme un condensateur. Ce condensateur C 2 vient s’additionner nombreuses opérations sur les signaux.
au condensateur C1 (en parallèle) et la tension disponible est :
Q 4.4.8 Convertisseur alternatif-continu
V m = ---------------------
C1 + C2
Le premier étage de la chaîne provoque par sa résistance d’entrée Dans les montages utilisant des signaux alternatifs (ponts d’induc-
la décharge de C1 + C 2 et donc un effet de filtrage passe-haut. tances, ponts capacitifs, oscillateurs, etc.) il est parfois nécessaire
de redresser le signal. Le redresseur à diodes n’est que très rarement
Un amplificateur de charge (figure 29), possède une très grande utilisé à cause de la tension de seuil (0,6 V) des diodes au silicium.
impédance d’entrée et produit à sa sortie une tension S proportion- Il existe des montages utilisant des amplificateurs opérationnels qui
nelle à Q mais indépendante de C1 et C 2 . Les amplificateurs de effectuent la démodulation de signaux de très faible amplitude. La
charge actuels ont des impédances d’entrée de l’ordre du gigaohm. figure 31 propose le schéma de principe d’un redresseur à « diode
Ils ont des gains élevés mais souvent réglables et ont, en contre- sans seuil ». Dans ce cas :
partie, des bandes passantes réduites.
Vs = Ve si Ve > 0

4.4.5 Linéarisation et Vs = 0 si Ve < 0

Lorsque la courbe d’étalonnage de l’ensemble capteur (détec-


teur-conditionneur) n’est pas linéaire, il peut être intéressant de
chercher à la modifier par un traitement spécifique. Une méthode
générale utilise des multiplieurs analogiques et des additionneurs
analogiques pour réaliser un signal V 1 = f ( V m ), fonction poly-
nomiale du signal Vm qui compense les non-linéarités. Un exemple
de linéarisation du pont de Wheatstone avec des multiplieurs α, β,
γ, δ et un sommateur est montré dans la figure 30. Si l’on choisit
correctement les pondérations du sommateur, alors qu’à l’entrée
du montage on a la relation non linéaire :
Us ∆ Rc 1
Figure 29 – Amplificateur de charge
V m = --------- ------------ -----------------------------
∆ Rc
 
4 Rc
1 + ----------
Rc

Figure 30 – Linéarisation avec multiplieurs et sommateur

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Figure 31 – Diode sans seuil pour le redressement des signaux

5. Étalonnage
5.1 Principe
Lorsque l’expression mathématique rigoureuse de la caractéris-
tique de transfert régissant le fonctionnement de l’instrument de
mesure n’est pas connue (comme pour les capteurs, les transmet-
Figure 32 – Principe de la balance manométrique
teurs et les manomètres à déformation de solide), il faut recourir à
une détermination expérimentale que l’on appelle étalonnage. Elle
consiste à comparer la réponse de l’appareil de mesure à celle d’un La force verticale est traditionnellement appliquée par le poids de
appareil plus exact que l’on appelle étalon de pression. En réitérant masses connues, mais des réalisations récentes mesurent la réaction
ce principe de proche en proche selon une chaîne ininterrompue, d’un dynamomètre sur une balance de force asservie. Toute l’éten-
on est capable de relier les instruments de mesure des utilisateurs due des pressions usuelles est couverte par cet instrument.
à l’étalon national via les étalons de transfert du site et l’étalon
primaire. Cette opération indispensable doit être effectuée fré-
quemment afin de corriger notamment les dérives inévitables des 5.2.3 Exactitude de la droite d’étalonnage
instruments de mesure.
Les principes de l’analyse statistique des données expérimentales
et le calcul de la droite de régression sont exposés dans [8]. Sup-
posons que nous ayons fait un étalonnage à l’issue duquel, aux N
5.2 Étalonnage statique valeurs de référence imposées pei lues sur l’instrument étalon, cor-
respondent les valeurs de lecture pmi (ou les tensions sortie Vmi )
On applique simultanément la pression sur l’étalon et sur l’ins- de l’instrument de mesure des pressions. Si l’on suppose que la
trument à étalonner. La lecture des indications pe et pm fournies res- variance des mesures et l’erreur systématique sont constantes sur
pectivement par les deux appareils donne la relation s = pm = f (pe) toute l’étendue de mesure, on obtient :
cherchée. Suivant la gamme des pressions à mesurer et l’exactitude
recherchée, les étalonnages statiques peuvent être réalisés soit à p mi – b
l’aide d’étalons dont la mesure dérive des grandeurs fondamentales p ei = ---------------------
-
a
(masse, longueur), soit à l’aide d’instruments à lecture directe (cap-
teurs ou manomètres). où les valeurs des coefficients a et b de la droite de régression sont
données par :
W em
5.2.1 Comparaison avec un manomètre à liquide a = --------------
-
W ee
Cette méthode permet d’étalonner les instruments dans une 1
et b = ------- ( Σ p mi – a Σ p ei )
gamme allant de quelques pascals à quelques centaines de milliers N
de pascals en choisissant la sensibilité de l’appareil étalon (micro- 1
avec W em = Σp ei p mi – ------ ( Σ p ei ) ( Σ p mi )
manomètre, tube incliné, manomètre à alcool, à mercure, etc.). La N
détermination de l’influence de la température s’obtient en répétant
2 1
l’étalonnage pour différentes valeurs de la température. Les pré- W ee = Σp ei – ------ ( Σ p ei ) 2
cautions à respecter lors des mesures sont spécifiques aux mano- N
mètres à liquide et aux instruments à étalonner. Afin d’éviter Si l’on suppose que la valeur de référence pei est exempte d’erreur,
l’influence de la pesanteur et des bulles, il est intéressant d’utiliser la variance de la dispersion des valeurs pmi lues est estimée par :
un gaz pour générer la pression.
W mm – a 2 W ee
s 2 = ---------------------------------------
-
N
5.2.2 Comparaison avec une balance
manométrique 2 1
avec W mm = Σp mi – ----- ( Σp mi ) 2
N
Une balance manométrique fonctionne selon le principe décrit Les variances des coefficients a et b de la droite de régression
dans la figure 32. La pression p, inconnue, est exercée sur la base s’en déduisent par :
de surface S d’un piston équilibré par la force connue F dans l’envi-
ronnement à la pression pext , de sorte que : 2 s2
s a = ------------
W ee
p – pext = F /S 2
2 s 2 Σp ei
et s b = ------ ------------
N W ee

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Supposant une répartition gaussienne des erreurs aléatoires et, par exemple), lui-même raccordé à l’étalon national entretenu par
par exemple, une marge d’incertitude de ± 3 s (comprenant 99,73 % le Bureau national de métrologie. Cette chaîne constitue l’échelle
des valeurs), il en résulte : de traçabilité. L’exactitude de chaque élément doit être significati-
vement meilleure que celle de l’élément inférieur.
a = acalculée ± 3 sa
et b = bcalculée ± 3 s b
À partir d’une lecture pmi, l’estimation p̂ ei de la pression vraie, 5.3 Étalonnage dynamique
calculée à partir de la droite de régression, sera :
p mi – b L’ensemble des méthodes proposées consiste en un pseudo-
p̂ ei = -------------------
- étalonnage en ce sens que l’on génère un signal de pression sup-
a
posé connu afin de comparer entre eux les signaux délivrés par
et la variance de cette estimation sera : l’instrument à étalonner et par l’instrument de référence. Pour réa-
liser cet étalonnage, on peut utiliser soit une entrée transitoire

  =  --a- 
1 p mi – b 2 s 2 (échelon, impulsion, etc.), soit une entrée en onde continue (pério-
s e = ----- ∑ -------------------- – p ei
2
N a dique). On distingue :
— les générateurs apériodiques, comme le tube à choc, les dis-
de sorte que, si la loi de distribution des erreurs aléatoires est nor- positifs à ouverture rapide, la bombe close, le dispositif à bille rebon-
male, et en adoptant la marge incertitude de ± 3s, la pression vraie dissante, qui excitent le capteur au-dessus de sa fréquence naturelle
est dans l’intervalle : et laissent le système évoluer en régime libre ; ces générateurs per-
mettent, après analyse, de déterminer la fréquence propre et le coef-
p ei = p̂ ei ± 3 s e ficient d’amortissement ;
— les générateurs périodiques, comme les pistonphones et les
et la différence p mi – p̂ ei constitue l’estimation de l’erreur systéma- sirènes, qui fournissent une pression dont on fait varier la fréquence ;
ces générateurs permettent de connaître par comparaison l’ampli-
tique (figure 33).
tude et le déphasage du capteur pour chaque fréquence ; ils sont
Il convient enfin de se rappeler que l’étalonnage se réfère à des utilisés pour des fréquences inférieures à quelques milliers de hertz.
conditions d’environnement spécifiques, notamment vis-à-vis des
variations de température.
Les coefficients de la droite de régression et les incertitudes asso-
ciées à l’étalonnage doivent donc être rattachés aux conditions
particulières dans lesquelles ce dernier a été effectué : valeurs et
domaines de variations des paramètres d’influence (température,
pression atmosphérique...).

5.2.4 Traçabilité d’un étalonnage

L’exactitude de la mesure se réfère à celle de l’étalon utilisé dans


le laboratoire ou sur le site industriel, c’est-à-dire à l’exactitude de
la valeur considérée comme vraie. Les étalons de transfert du labo-
ratoire ou du site industriel sont calibrés dans un centre accrédité,
par comparaison avec un étalon primaire (balance manométrique Figure 33 – Erreurs aléatoires et systématiques d’un étalonnage

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P
O
U
Pressions usuelles dans les fluides R
Instruments et principes de mesure E
par Christian RIBREAU N
Docteur ès Sciences Institut Universitaire de Technologie de Cachan
Marc BONIS
Docteur ès Sciences Université de Technologie de Compiègne
Jean-Paul GLIGNY
S
et
Ingénieur CESTI et ISMCM (*) Institut Universitaire de Technologie de Cachan
Jacques BEAUFRONT
A
Ingénieur conseil
V
(*) CESTI : Centre d’Études supérieures des Techniques Industrielles
ISMCM : Institut Supérieur des Matériaux et de la Construction Mécanique O
I
R
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Association française de normalisation AFNOR NF X 07-001 12.94 Normes fondamentales. Vocabulaire international des
Doc. R 2 040

NF C 46-303 8.86 Mesure et Commande dans les processus industriels. termes fondamentaux et généraux de métrologie.
Méthode d’évaluation des caractéristiques de fonction- NF C 46-022 1.86 Compatibilité électromagnétique pour les matériels de
nement des transmetteurs utilisés dans les systèmes de mesure et de commande dans les processus industriels.
conduite des processus industriels. Prescriptions relatives aux champs de rayonnements élec-
NF X 02-006 8.94 Normes fondamentales. Le système international d’uni- tromagnétiques (≡ CEI 801-3).
tés. Description et règles d’emploi. Choix de multiples et
de sous-multiples.

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