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Dessins de l’auteur

Tome 1

www.editions-retz.com
9 bis, rue Abel Hovelacque
75013 Paris

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ISBN : 978-2-7256-2741-0
© Éditions Retz, 2009.

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Sommaire

Préface …………………………………………………………… 5

1. CALLIGRAMMES…………………………………………… 7
Calligrammes et dactylogrammes ………………………… 7
Calligrammes mathématiques ……………………………… 10
Calligrammes grammaticaux ……………………………… 28

2. ACROSTICHES ……………………………………………… 37
Acrostiches poétiques ………………………………………… 37
Acrostiches à réaliser en classe …………………………… 39
Acrostiches de prose …………………………………………… 41
Acrostiche vocabulaire et grammatical ………………… 45
Acrostiche abécédaire ………………………………………… 46
Acrostiche abécédaire et pronom relatif ………………… 55

3. JEUX D’ÉTIREMENTS ET DE RÉDUCTIONS ……… 59

4. MOTS-VALISES ET MARABOUT …………………… 69


Mots-valises ……………………………………………………… 69
Marabout ………………………………………………………… 79

5. RYTHMES …………………………………………………… 85
Rythmes écrits …………………………………………………… 85
Rythmes courts ………………………………………………… 88
Rythmes classiques …………………………………………… 97

6. ORAL, RYTHME, PRISE DE NOTES ……………… 109

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Preface
Mes livres parus chez Retz constituent un tout. Ils abordent les disciplines du français
simultanément, en soulignant l’accent qui privilégie l’une ou l’autre. Grammaire, conju-
gaison, langage, écriture, lecture forment un ensemble vivant. Pas de travail sur le sens en
négligeant les mots, les lettres qui les situent ou les déclinent. Pas de souci de syntaxe sans
réflexion sur les segmentations rythmiques de l’oral, pas de lecture sans travail de l’œil, de
l’oreille, de l’oralité. Pas de langage sans évidence de jeux dans les rouages, pas de travail
sur le mot en oubliant la parole, l’expression, la communication : la pensée.
La langue est le premier territoire où s’exerce l’intelligence de l’enfant. Il y éprouve
le monde, s’y cherche une place. Comme dans Grammaire impertinente (tome 1) et
Conjugaison impertinente (tome 2), j’ai systématisé dans Jeux d’écriture et de langage
impertinents (tome 3 : pour l’œil et l’oreille ; tome 4 : enchaînements et constructions)
le recours aux exercices collectifs ou individuels, entre intuition orale et écriture, par des
jeux susceptibles de surprendre, de lancer des sondes vers l’extérieur et la culture. De
la lettre au texte, aller-retour constant, la contrainte reste souveraine. Plus les antennes
explorent large et loin, mieux leur point d’ancrage se précise.
On trouvera dans le tome 3 : les jeux autour du calligramme (mathématique ou
grammatical), les acrostiches de toutes sortes, les étirements et réductions, les jeux de
marabout et mots-valises, les jeux basés sur le rythme, l’oral, la prise de notes.
On trouvera dans le tome 4 : les détournements, le texte collectif, les enchaîne-
ments, les constructions nombreuses, le pronom relatif, les subordonnées, le logo-
rallye, les jeux articulés sur l’imaginaire ou les jeux de société.
Ces jeux se croisent. Ils recouvrent les champs de l’écriture et de la lecture, et du
langage parlé. Certains sont historiques, porteurs d’une culture classique. D’autres, les
nouveaux, se développent sur une culture contemporaine, principalement littéraire ou
plastique. Entre oral et écrit, tous recensent des explorations afin de stimuler le langage
et l’écriture des enfants. À partir de contraintes ludiques, et sur des appuis intuitifs, il
s’agit de développer l’aventure sur la lettre, la syllabe, le mot, sa place dans la phrase, la
syntaxe, les niveaux de langage, les formes, etc., vers des synthèses fondamentales.
La contrainte motive, défie à réussir une gageure, fournit un projet et une unité,
libère la parole et permet l’échange. Elle oblige à rechercher des solutions au-delà de
l’impulsion, à reconsidérer les propositions spontanées, à puiser dans des connaissances
reléguées au fond de la mémoire. Le plaisir de réussir se double de la conscience du suc-
cès, la contrainte restant toujours mesurable.
Donnons la parole à l’enfant. Comment lui demander de s’exprimer si on ne la lui
donne pas ? Qu’est-ce qu’une langue indifférente au souci d’expression, de communication,

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P R É FA C E

et de pensée ? Indifférente aux relations au monde et aux autres ? Imaginer qu’on amé-
liorera l’écrit dans une classe où l’on ne parle pas est une aberration. Imaginer qu’on
puisse ouvrir la langue à la pensée en oubliant de dispenser la culture (la vraie, pas la
télévision !) est une erreur coupable, car le silence en classe coûte plus cher aux enfants
défavorisés qu’aux autres.
Les jeux débouchent sur des pratiques créatrices, une exploration balisée. Le vrai
terrain formateur de l’intelligence est la langue. Par le biais des jeux, ce sont des réseaux
relationnels qui sont fréquentés, activés. La vraie liberté, notait François Richaudeau, « ne
s’exerce que si l’on en connaît les règles. On ne peut s’épanouir qu’avec la connaissance
devenue presque interne, automatique et inconsciente de ces règles ».
Les contraintes ludiques élargissent le champ de l’imaginaire et de l’observation.
Elles apportent ou font ressentir les racines d’une culture plus tôt, plus profondément.
Écrire comme Marot ou Queneau, c’est entrer de plain-pied dans une démarche, comme
se servir d’un outil permet de retrouver le cheminement de pensée de son utilisateur
habituel. Pour aller au-delà.
On trouvera, dans ces tomes 3 et 4 consacrés aux jeux d’écriture, des productions
de classes exploitables du CE à la 5e. Toutes ne sont pas citées intégralement, faute de
place. Mais on observera les déclinaisons potentielles, les convergences, les recoupe-
ments entre ces jeux et ceux qui concernent le mot, plus particulièrement traités dans les
tomes 1 (grammaire) et 2 (conjugaison).
Aux enseignants de jouer/créer à leur tour sur des règles définies. (Les niveaux
proposés pour exemples sont signalés – mais les jeux s’ouvrent à d’autres niveaux, en
faisant varier les ellipses.) À eux d’aider l’enfant à découvrir, à s’émanciper en maîtrisant
des épreuves à sa portée. À eux d’entretenir la flamme.
Alors, « impertinents », ces jeux ? Certainement, s’il s’agit de sortir des sentiers
battus, c’est-à-dire d’éviter à l’enfant de sortir des sentiers battu. Enrichissons sans com-
plexe, poésie et humour en prime : « Toute chose appartient à qui la rend meilleure. »
(B. Brecht)
Yak Rivais

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1. Calligrammes

CALLIGRAMMES ET DACTYLOGRAMMES

Les « jeux littéraires pour


l’œil » sont des jeux où
le dessin et l’occupation
de l’espace par l’écrit
sont autant dans le « dit »
que dans le « non-dit ».

Au premier rang figure le


calligramme, qu’Apolli-
naire (re)mit à l’honneur,
mais qui existait depuis
longtemps. P. Albert-Birot, « Poème Paysage »,
Poésie, 1916-1924, Éd. Gallimard.

D’Angot de l’Éperonnière (XVIIe), dont tout le


monde connaît le luth, à la croix de Jules Vallès
en passant par la bouteille de Charles-François
Panard (XVIIIe), ou l’œil de Nicolas Cirier (XIXe),
cette forme manuscrite vécut davantage au
rang de curiosité qu’au rang de création litté-
raire. Apollinaire et Pierre Albert Birot imagi-
nèrent des calligrammes figuratifs porteurs de
rêves. Il y a une vingtaine d’années le poète
Maurice Roche « dessina » cette tête de mort,
le romancier Jean Dutourd cette publicité pour
une marque de stylos.
Maurice Roche,
Camar(a)de Arthaud.

Jean Dutourd

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CALLIGRAMMES

Aujourd’hui, ce sont plutôt les plasticiens qui s’y collent.

Mauvaise graine, calligramme-collage, André Stas.

Jazz et Tête cubiste de Jean-Claude Lardrot.

Chien pollueur, calligramme satirique de Boroffe.

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La publicité n’est évidemment pas en reste.


Citons un beau calligramme (ancien) exploité par le salon Musicora.

Musicora

Mais le calligramme, écriture graphique, reste fondamentalement subjectif, donc


d’un emploi limité à l’école.

Plus récent, le dactylogramme, qui consiste à écrire/dessiner sur une machine à


écrire ou un ordinateur, est plus logiquement conditionné, donc plus exploitable.
Un des tout premiers se trouvait dans Aventures du Général Francoquin :

Yak Rivais, Gallimard, 1967.

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CALLIGRAMMES

Plus contemporain, voici le vectogramme, sur odinateur :

Détail :

Aimez-moi, de Pierre Alivon


(Couleurs, 1,10 x 1,10 m, 2008)

Que ferons-nous en classe ?


Quel rapport au langage ? Comment stimuler l’écriture et l’étude des disciplines du
français scolaire à partir du calligramme ou du dactylogramme au-delà de la simple
expression spontanée ?
Une règle devient nécessaire : opérer sur le nombre de lettres ou le nombre de mots.
Traitée rigoureusement, l’écriture géométrique/mathématique apportera la contrainte
libératrice dont on a besoin pour créer, collectivement ou individuellement.

CALLIGRAMMES MATHÉMATIQUES

Ce calligramme collectif a été fait simultanément au tableau par le maître et sur


feuille par les élèves.
DURÉE : 25-30 MINUTES
NIVEAU : CM

10

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RÈGLE

Écriture en majuscules d’imprimerie, toutes les lettres de même taille. La


lettre devient ainsi l’unité de mesure de l’écriture. Un intervalle entre deux
mots compte pour un signe. Pour changer de direction, on peut pivoter sur
une lettre commune, ou sur un signe de ponctuation.
Exemples :
MOTEUR MOTEUR,
O R
U O
T U
E T
E

Le point de départ du calligramme collectif présenté p. 10 était le mot COMMENCE


à gauche, mur de la maison, de bas en haut.
Pour tout travail au tableau, on demandera aux enfants de proposer des mots en
précisant chaque fois le nombre de lettres nécessaire, et la lettre initiale (parfois
également, finale).
Une fois le travail collectif réalisé, les enfants produiront facilement d’autres œu-
vres, plus modestes. On les aidera en dessinant un schéma directeur. Exemple, avec
le mot ENFANT pour départ :

T
N
A

F
N
E

La contrainte, combinée à d’autres, permettra de varier les difficultés


et les enjeux. On échafaudera :
– des maisons faites de mots sur un thème : la nature, la ville, les transports, la mer,
les animaux, etc.
– des maisons sur des catégories grammaticales : maisons de noms communs, de
verbes conjugués, de verbes à l’infinitif, d’adjectifs qualificatifs, d’adverbes, de
noms composés, de participes présents et passés, etc.

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CALLIGRAMMES

– des maisons de mots comportant obligatoirement une lettre,


ou de mots ne renfermant pas une lettre…
– des maisons de phrases.

Quelques travaux individuels


DURÉE : 10 MINUTES
NIVEAU : CM1

maison de noms
communs

maison de verbes maison d’adjectifs


à l’infinitif qualificatifs

avec des participes présents avec des noms propres (avec dictionnaire)

12

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Ces calligrammes ont été réalisés collectivement.


DURÉE : 2 OU 3 MINUTES POUR LE CHAPEAU, UN BON QUART D’HEURE POUR LA GUITARE.
NIVEAU : CM2

La phrase de départ
est la tige. Les mots de la
fleur comportent 11 lettres.
La lettre terminale de
Botticelli est la lettre centrale
des mots trouvés.
NIVEAU : CM2

13

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CALLIGRAMMES

On peut jouer à compter les lettres des mots à trouver à partir d’un point central.
Un sapin, ci-dessous, imposait la recherche de mots d’un nombre impair de lettres,
avec telle ou telle lettre centrale pour croiser le titre vertical : « Mon beau sapin, roi
des forêts ». Un autre, de gauche à droite, proposait la phrase : « Un poisson na-
geait »… les enfants ayant ensuite imaginé des compléments d’objets horizontaux
de longueur croissante.
DURÉE : 10-15 MINUTES, C’EST LE MAÎTRE QUI ÉCRIT LES MOTS PROPOSÉS AU TABLEAU.
NIVEAU : CM2-6e

NIVEAU : 6e

14

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Le calligramme s’appuiera volontiers sur une figure géométrique.


Voici quelques réalisations individuelles à partir de schémas :
DURÉE : 15 MINUTES
NIVEAU : CM1

Pour débuter, enchaîner des mots d’une catégorie grammaticale en ligne brisée.
(Faire lire ensuite le plus vite possible.)
Sur des noms communs :
ARBRE ESCALIER
L S QU
I ER I
A L
D P B
A E U
NENUPHAR N P
TAMANOIR E NIVEAU : CE1-CE2

On peut proposer d’enchaîner de la même manière noms communs et adjectifs


qualificatifs.
E
N
F
A RAPIDE L ESCABEAU N
IE EP BL I
N L I
O HA R Q
C R U
TIMIDE NTE E
NIVEAU : CM2-6e

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CALLIGRAMMES

Même chaîne (qui peut revenir pour boucler) avec des mots comportant un même
nombre de lettres :

NIVEAU : CE2

NIVEAU : 6e

NIVEAU : 6e

La recherche de mots à enchaîner (dernière lettre/première lettre) peut être disposée


autrement – mais toujours pour l’œil :
a salle à manger
an route nationale
non école de musique
nain espace non fumeur
notre recette de cuisine
étoile entrée des artistes
étrange stationnement payant
étranger tire-toi de là, idiot !
rattraper train à grande vitesse
renseigner êtes-vous allé au ciné ?
respiration
nationalités
soustractions

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On peut enchaîner les mots de 2 en 2, ou de 3 en 3 lettres :


un a bol
nuls ara loutre
sortir autos éléphants
retirons sourdes soustraction
souterrain sympathie note de musique
etc. etc. etc.

La lettre pivot peut être centrale :


sec
sel
net
des
prête
scène
sucette
revenir
NIVEAU : CM
ficelle
recevra Avec les mots de 6 lettres :
vedette
Figure S
poubelles Y
dominO
rondelles N
Rivage C
sonnettes H
parfuM
casseront R
Impair O
glisserions, etc.
lézarD NEOCOLO NIALISME
NIVEAU : CM Acacia I
S
baobaB A
Langue T
I
tortuE O
NIVEAU : 6e
N
NIVEAU : 5e

17

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CALLIGRAMMES

Plus franchement mathématique !


Connaissant le nombre de signes du diamètre, écrire un texte en rapport
avec celui-ci sur la circonférence.
DURÉE : 10-15 MINUTES
NIVEAU : CM1-CM2-6e

Travail collectif. C’est le maître qui écrit les propositions au tableau, qui compte les
signes. Les enfants procèdent alors à des corrections, ajustent le tir. C’est évidem-
ment le travail de recherche, très motivé, spéculatif, qui importe le plus.

Diamètre : 19 signes
Circonférence : 19 x 3,14 = 59,66
Soit : 60 signes, avec passages obligés par A et E

Diamètre : 17 signes
Circonférence :17 x 3,14 = 53,38
Soit : 53 ou 54 signes, avec passages par J et C

Diamètre : 15 signes
Circonférence :15 x 3,14 = 47,10
Soit : 47 signes, avec passages par L et E

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Après avoir proposé la phrase du diamètre, les enfants eurent l’idée de parler du
conte d’Andersen :
Diamètre : 28 signes
Circonférence : 87,92 signes
Soit : 88 signes, répartis en deux phrases
de 43 signes, plus le point.
Passages obligés : L et .

DURÉE : 12 MINUTES
NIVEAU : CM1

Toutes les figures géométriques sont fréquentables, et toutes les approches calculées
possibles, comme le montre ce carré de 18 signes de côté. La diagonale (hypoténuse
du triangle rectangle) est égale à un peu plus de 25 signes. Soit 25 pour simplifier, ou 26.
Le triangle, le rectangle, le trapèze, le pentagone, l’hexagone, l’étoile, tout est abordable.
La spirale à angles droits est une application des tables de multiplication. Voyez celle-ci,
2 lettres, puis 2 x 2 lettres, puis 3 x 2, etc.
Elle acheta un os pour son ami.

Mon frère va à la pêche.


Il lui fit une caresse.
Il attrape un poisson.
Nous le mangeons tous.

Ils partirent ensemble.


Le chien la consola.

a rencontré
un grand chien.
en colère

un
jour

Jeanne

Il le rapporte le soir. Le chien la lécha.


Jeanne était très joyeuse.
(Diagonale : Mon frère a une indigestion.)
DURÉE : 10 MINUTES DURÉE : 15-20 MINUTES
NIVEAU : CE2 NIVEAU : CM

19

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CALLIGRAMMES

Attardons-nous à la spirale. En comptant les mots plutôt que les lettres, elle permet
de rédiger collectivement des textes :
En chemin, nous mangerons peut-être des frites, un steack haché et une île flottante
à la cafétéria.
Nous dormirons peut-être sous une tente bleue et verte ou dans un hôtel 4 étoiles.

Les enfants sont très contents de partir parce qu’ils vont à la mer faire de beaux châteaux de sable.
Oh zut ! j’ai oublié mon lapin et mon nounours !

Ne nous disputons pas dans la voiture pour ne pas déranger papa.


Avons-nous pensé à emporter tous nos jouets ?

En route !
Montons dans la voiture !

La valise est-elle bien fermée ?

«Je n’ai pas regonflé les pneus, dit mon père, nous risquons de crever.»

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Une disposition non calligrammatique est possible. Voici le texte rédigé par une
élève de CM1, à partir de la table de multiplication par 2.
L’écriture est basée sur le nombre de mots.
NIVEAU : CM1

En vacances.
Je dors le matin.
Je prends le petit-déjeuner tard.
L’après-midi je joue sur le sable.
Je me baigne avec ma petite sœur et mes parents.
Je rentre ensuite à l’hôtel pour me laver et me changer.
Nous jouons, ma petite sœur et moi, dans le jardin fleuri jusqu’au dîner.
Puis nous regardons la télévision avec des amis jusqu’au moment de nous coucher
pour récupérer.
Pendant ce temps-là, mes parents sortent dîner avec leurs amis au restaurant pour
s’amuser tous ensemble.
Voici une journée de vacances bien tranquille, de ma famille ; nous aimons tous les
vacances au bord de la mer.

(Le jeu intermédiaire évoqué à propos de la maison, a séduit quelques


enfants de CE1, qui ont composé un certain nombre de phrases sur le
nombre de mots nécessaire, mais sans suite.)

2/ Je chante. (Laura)
4/ Je casse un verre. (Claire)
6/ J’ai attrapé un poisson rouge. (Benjamin)
8/ Je joue dans le jardin avec mon chat. (Laura)
10/ Je suis en train de me promener avec mon ami. (Frédéric)
12/ Pourquoi veux-tu me voler mon chat puisque
tu en as un ? (Claire)
14/ Je vais faire du ski à la montagne avec mon papa
et ma maman. (Jeanne)
16/ Mon frère est le premier de sa classe ; il est bon en
mathématiques et en dictée. (Benjamin)
18/ Ma sœur m’a demandé de l’aider à faire ses devoirs parce qu’elle ne
comprenait pas. (Myriam)
20/ Aujourd’hui, je suis allée dans le jardin et j’ai aperçu un souriceau qui mangeait
du pain et du fromage. (Laetitia)

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CALLIGRAMMES

Cas particulier du jeu : la forme géométrique est remplie par les phrases.
Par exemple, en ajoutant un mot par phrase, on obtiendra une construction pyra-
midale ; et en redescendant, la forme rhombique :
DURÉE : 10 MINUTES
TRAVAIL COLLECTIF
NIVEAU : 6e
Salut !
Ça boume ?
Pas mal, mec !
C’était génial hier !
J’ai organisé une soirée.
Les filles n’étaient pas mal.
J’ai mangé du gâteau au chocolat.
Il y avait de très bons Smarties dessus.
J’ai dansé le rock avec les jolies filles.
Mon père était très jaloux de moi avec ma fiancée.

NIVEAU : CM2
La forme est imparfaite, le nombre de lettres n’étant pas proportionnel au nombre
de mots.
Horreur !
Un dragon
Il est noir.
Il crache du feu.
Il a des ailes vertes.
Ses yeux brillent dans le noir.
Il aime bien croquer les petits garçons.
Il écrase les maisons sous ses grands pieds.
Il fait peur à tous les habitants du village.
Les gens du village jettent de l’eau sur lui.
Ils appellent l’armée pour tuer le dragon vert.
Des soldats bien armés arrivent au village.
Ils essaient de capturer le monstre furieux.
Ils jettent un filet sur lui.
Le dragon féroce se débat.
Il enflamme le filet !
Il s’enfuit !
Il court !
Zut !

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Beaucoup d’autres figures géométriques (ou dessinées) sont faciles à remplir en


comptant les signes, les syllabes, les mots. Ici, un dactylogramme en comptant les
signes : une villa.
NIVEAU : CE2
À À
LA LA
MER MER
NOUS NOUS
AVONS AVONS
ÉCRASÉ PLONGÉ
TREIZE TROUVÉ
JEUNES TRENTE
CRABES MOULES
ROUGES NOIRES

À partir de deux mots en croix, on peut rechercher les côtés (du carré ou du rectangle,
et alors on dispose des lettres centrales), ou des côtés plus courts, selon que les
deux mots croisés sont sur les médianes ou les diagonales.
Calculer le nombre de lettres du côté :

• M • M
I I
T T
R R
FANT A I S I E FANT A I S I E
I I
L L
L L
• E • E
NIVEAU : CM2-6e NIVEAU : CE2-CM1

Dans le 1er cas, des lettres centrales étant imposées, remplacer les lettres des som-
mets par des points.

23

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CALLIGRAMMES

Et si, au lieu d’enchaîner les mots bout à bout par les lettres terminale et
initiale, nous les enchaînions par croisement ?
Les enfants se livrent alors à de multiples spéculations avant de trouver des solutions
satisfaisantes.
– Premier jeu facile : mots sans suite logique.
Travail collectif. Le maître écrit au tableau.
(Une catégorie grammaticale a été ici imposée, celle des adjectifs qualificatifs.)
NIVEAU : CM2

Ici retournement
sur la lettre X pour
revenir vers la
gauche.

Le retour réussit
à recouper le mot
de départ.

– Le second jeu croise les mots en échafaudant une phrase.


Bien entendu, les enfants n’avaient pas idée de la phrase avant : ils l’écrivaient en la
construisant. Ce fut un travail collectif difficile.
Dans l’exemple ci-contre, la phrase a été
construite progressivement sur l’obliga-
tion de croiser les mots : « L’acrobate
jongle avec vingt bâtons enflammés
tandis que l’écuyère gracieusement
bondit sur le cheval blanc. »

NIVEAU : CM1

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Il convient d’écrire les propositions au tableau. On efface et on modifie à la de-


mande : ce sont les spéculations qui constituent l’intérêt de cette écriture, plus que
le résultat. (Le jeu de lecture ensuite n’est pas négligeable !)

– Le jeu suivant consiste à croiser des phrases autour d’un sujet.


Quatre élèves volontaires ont produit ceci :

NIVEAU : CM1

25

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CALLIGRAMMES

Le jeu suivant offre un intérêt grammatical évident. À partir d’une phrase


simple, on croise sur des noms communs des adjectifs qualificatifs possibles et sur
le verbe des adverbes. La phrase initiale reste horizontale, lisible. On fera lire ensuite
les élèves en leur demandant d’associer un ou deux adjectifs (de leur choix) aux
noms, et un adverbe au verbe.
(Le maître écrit au tableau. Craies de 2 couleurs alternées pour les adjectifs, 2 autres
couleurs pour les adverbes.)
NIVEAU : CM1-CM2

d
a
n e
g f e
e t v f n
r f e i s f r c
e é f m r é o o o o o v
u r u é r n c l u l l y v é m s i m v
U N E S O R C I È R E V O L A I T S U R S O N B A L A I
e c i h b r u n e u e b t r r l a g e
e e a l v e t n r m l e a a é i i u
u n e é l e t d e e n n n q x
s t e l e n m g t u
e e e m t e e e
e n m
n t e
t n
t
sujet verbe complément

Exemples :
• Une sorcière dangereuse volait vite sur son balai sale.
• Une sorcière dangereuse et terrible volait souvent sur son vieux balai sale.

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J E U X D ’É C R I T U R E E T D E L A N G A G E I M P E R T I N E N T S : P O U R L ’Œ I L E T L ’O R E I L L E

Le calligramme géométrique peut se doubler de l’interdiction d’employer


une lettre (lipogramme).
Voici une maison et un bateau sans E, mais il vaudra mieux commencer par s’inter-
dire d’autres lettres – ou s’imposer la présence d’une lettre dans tous les mots.

sans E sans E

Le même jeu concernera la phrase. Des élèves de CM2 ont bâti cette maison.
Le même jeu concernera la phrase. Des élèves ont bâti cette maison. La première
La première phrase proposée, « Ma sœur a la grippe », a servi de sujet :
phrase proposée, « Ma sœur a la grippe », a servi de sujet :
NIVEAU : CM2

Jeu intermédiaire : la maison se compose de phrases sans rapports entre elles.

27

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CALLIGRAMMES

CALLIGRAMMES GRAMMATICAUX

Une classe a cherché pour deux personnages imaginaires des traits de caractère
(sans tenir compte des contradictions).
Il s’agissait de trouver un maximum d’adjectifs qualificatifs commençant par toutes
les lettres de l’alphabet (mais on pourrait placer sur le cercle de départ d’autres
lettres, celles d’un mot ou d’une phrase par exemple). L’image finale est un double
soleil. Un autre double soleil désigne ce que ces deux personnages aiment, donc
porte sur des noms :

NIVEAU : CM

Par commodité, réaliser les soleils


sur des feuilles à dessin. On pourra
les tourner pour éviter d’écrire/lire
les mots à l’envers à partir de la
lettre M.

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J E U X D ’É C R I T U R E E T D E L A N G A G E I M P E R T I N E N T S : P O U R L ’Œ I L E T L ’O R E I L L E

Se piquant au jeu, des enfants ont travaillé individuellement à d’autres séries :


NIVEAU : CM

Autre disposition, non calligraphique :


Il/elle se prénommait… Antoine,
Béatrice,
Charles,
etc.
Il/elle était… Allemand,
Belge,
Chinois,
etc.
Ensemble, ils… allaient dans les bois,
bavardaient,
cherchaient des fleurs,
dansaient,
écoutaient de la musique,
etc.
Ils s’aimaient… admirablement,
beaucoup,
calmement,
etc.

29

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CALLIGRAMMES

Les plus jeunes commenceront par la recherche de prénoms, filles ou garçons, de


noms de pays, de mots sur thèmes. On demandera aussi des verbes, comme les
actions d’un personnage : la fillette attendait sa sœur, berçait sa poupée, cueillait
des fleurs, dormait dans son lit, écoutait une chanson, etc.
Pour débuter le travail sur les verbes, un sésame : « il faut ».
Voici un exemple : « À l’école abominable », il faut… Apprendre à mentir, Bavarder
en classe, Casser les carreaux, Déchirer les cahiers, Écrire sur les murs avec un
marqueur, etc.
Un élève a poursuivi seul :

NIVEAU : CE2

Le travail sur les verbes se révèle très riche.


Voici un exercice individuel imposé : les élèves avaient à écrire des phrases à partir
de verbes en ordre alphabétique (à eux de choisir leurs verbes, bien entendu).
Ces phrases pouvaient traiter de sujets différents. Travail sur feuilles 21 x 29,7 :

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NIVEAU : CM1

Exercice différent : les phrases devaient développer une histoire.


Disposition non calligraphique :
Il/elle… arrive chez sa grand-mère… bavarde avec elle… caresse le chien… demande
un gâteau à sa grand-mère… embrasse sa grand-mère pour la remercier… finit le
gâteau… goinfre… hache de la viande pour le chien…invente un jeu pour lui… joue
avec lui… kidnappe le chat du voisin… lâche le chien de sa grand-mère après lui…
monte des objets au grenier… nettoie un peu… ouvre une vieille valise… prend des
vieux habits et se déguise… quitte sa grand-mère… rentre chez lui déguisé… salue
les gens dans la rue en faisant des grimaces… traverse au feu rouge… u… va jouer
avec ses copains… w, x, y, z…

NIVEAU : 6e

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CALLIGRAMMES

La disposition solaire n’empêche pas la phrase de rebondir, comme le montre


cette autre production, dans laquelle il convenait d’associer chaque élément du pre-
mier calligramme au correspondant du second exemple : « Il attrapait un chien…
… qui aboyait dans la rue. »).

DURÉE : 20-25 MINUTES


NIVEAU : 6e

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D’autres associations (de deux soleils – ou plus !) étaient encore intéressantes :


– un verbe conjugué/un verbe au participe présent :
allait au marché allumant une cigarette.
beurrait ses tartines se balançant sur sa chaise.
coupait sa viande chantant.
Il dansait en se dandinant.
écrivait écoutant la télévision.
faisait son travail fumant.
etc.

– un verbe à un temps, un verbe à un autre (exemple : futur/futur antérieur…)


– une proposition principale, une ou plusieurs subordonnées…
– un verbe et des compléments circonstanciels ou d’objet direct…

NIVEAU : CE2-CM

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CALLIGRAMMES

N O T E S UR LES JEUX PAR CROISEMENT DE MOTS

Les jeux par croisement de mots sont apparentés aux jeux de mots croisés.
Mais les buts et les solutions sont bien différents. Et si les enfants de CE2 sont
capables de développer des phrases par croisements, ils ne seront peut-être
pas de taille à remplir des grilles. Une étape intermédiaire, intéressante péda-
gogiquement, consiste à proposer la grille réalisée, et à demander de com-
poser les définitions.

NIVEAU : CM2

Voici quelques-unes des définitions proposées :


Horizontalement :
– On met nos affaires dedans pour aller en classe.
– 1re lettre de l’alphabet. Tu ne savais pas où aller.
– Lettre de l’alphabet. Servent à effacer…
Verticalement :
– On écrit dessus.
– 1re lettre de l’alphabet. Note de musique…
– 6e colonne : bam ! (Un bambou coupé en deux.)

Les jeux pour l’œil ne sauraient négliger par ailleurs la typographie.


On rédigera des textes à partir de mots découpés dans des journaux ou des revues.
Lisez le début d’une biographie douteuse, envoyée par une classe de seconde :

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Après avoir sélectionné de jolies lettres, une classe a rédigé ce message abécédaire.
(Jeu de relation entre œil et oreille.)

« Hier, j’étais énervé et ému. »


NIVEAU : CM

Ce jeu permet de nombreux développements. Les utilisateurs de téléphones porta-


bles ne se privent pas de le pratiquer dans leurs SMS !

Les jeux de feuille déchirée ou coupée ou pliée visent à reconstituer ce qui


fait défaut. Un jeu de ce genre (une ligne sur deux) a permis d’aborder Le Malade
imaginaire par la bande, si j’ose dire. Les répliques de Toinette étant au tableau, les
enfants devaient imaginer celles d’Argan. Voyez.
[…]
Toinette : Oui. Que sentez-vous ?
Argan : Je ne sens plus mes jambes le soir quand j’ai trop marché.
Toinette : Justement. Le poumon.
Argan : Quand j’ai trop couru j’ai un point de côté.
Toinette : Le poumon.
Argan : Quand j’ai trop mangé, j’ai mal au ventre.
Toinette : Le poumon.
Argan : Après avoir pris mon bain je me sens tout léger…
Le Malade imaginaire
NIVEAU : CE2

Ne pas se soucier de ressemblance


avec le texte original, inconnu des
enfants au départ. On le leur fait
connaître (mieux) après.

35

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CALLIGRAMMES

On jouera encore au proverbe coupé. Les enfants n’en recevant qu’une moitié, à
eux d’imaginer l’autre…
Difficile, en revanche (signalé pour la bonne bouche), le jeu de papier plié ou
déchiré producteur d’un double sens !

Exemples :
De cœur parfait Chassez toute douleur,
Soyez soigneux, N’usez de nulle feinte,
Sans vilain fait Entretenez douceur […]
(Octavien de Saint-Gelais)

Par les plus grands forfaits J’ai vu troubler la terre.


Sur le trône affermi, Le roi sait tout dompter.
Dans la publique paix, L’amour seul fait la guerre :
C’est le seul ennemi Qui soit à redouter.
(Voltaire, Zadig.)

La lecture des vers entiers est fort différente de la lecture des demi-vers.
Mais, voyez, sous l’Occupation, ce poème plié :
Aimons et admirons Le chancelier Hitler
L’éternelle Angleterre Est indigne de vivre […]
(Anonyme !)

(Les jeux typographiques déboucheront profitablement


sur des compositions poétiques, telles que pratiquées
autrefois par Nodier ou naguère par les revues TXT,
d’Atelier, etc.)

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2. Acrostiches

ACROSTICHES POÉTIQUES

Pratiqués depuis l’antiquité, on en connaît de célèbres, à commencer par la signa-


ture de Villon à la fin de sa Ballade pour prier Notre-Dame :
Vous portâtes, digne Vierge, Princesse,
jésus régnant qui n’a ni fin ni cesse,
Le Tout-Puissant, prenant notre faiblesse
Laissa les Cieux et nous vint secourir,
Offrit à Mort sa très claire jeunesse
Notre Seigneur, tel est, tel le confesse :
En cette foi, je veux vivre et mourir.
À Versailles, un quémandeur :
Louis est un héros sans peur et sans reproche.
On désire le voir. Aussitôt qu’on l’approche
Un sentiment d’amour enflamme tous les cœurs :
Il ne trouve chez nous que des adorateurs ;
Son image est partout, excepté dans ma poche.
Comment, après un tel poème, Louis XIV pouvait-il refuser une bourse à l’auteur
démuni de pièces à son effigie ?
Des auteurs, plus perfides, utilisèrent l’acrostiche pour régler des comptes. S’étant querellé
avec Mangeot, directeur de gazette, l’humoriste Willy lui envoya un sonnet de récon-
ciliation, que Mangeot publia. Il n’avait pas lu les premières lettres des vers qui, sous
couvert d’une déclaration d’amour à la musique, formaient : MANGEOT EST BÊTE !
Et celui stupéfiant de Corneille dans Horace !
S’attacher au combat contre un autre soi-même
Attaquer un parti qui prend pour défenseur
Le frère d’une femme et l’amant d’une sœur
Et, rompant tous ces nœuds, s’armer pour la patrie
Contre un sang qu’on voudrait racheter de sa vie,
Une telle vertu n’appartenait qu’à nous ;
L’éclat de son grand nom lui fait peu de jaloux […]

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ACROSTICHES

Et Prévert !
A comme absolument athée
T comme totalement athée
H comme hermétiquement athée
É accent aigu comme étonnamment athée
E comme entièrement athée

L’acrostiche de chiffres est plus limité. Tout le monde connaît l’épitaphe du Maréchal
de Saxe :
Son courage l’a fait admirer de chac 1
Il eut des ennemis mais il triompha 2
etc. jusqu’à :
Pour tant de Te Deum, pas un De profun 10
(Et le total des rimes donnait 55, âge du héros de Fontenoy !)

Et signalons l’existence d’acrostiches en fin de vers :


Quand Adam fut créé, tout seul il s’ennuy A
Dans de vagues pensées trop souvent absor B
Il suppliait son Dieu de les faire ces C […]
Et qu’un Dieu protecteur nous soutienne et nous Z.
Anonyme, fin du XIXe siècle
L’acrostiche se pratique encore à l’aide de syllabes ou de mots. Cet échange « poé-
tique » entre Musset et G. Sand est resté fameux. Musset à G. Sand :
Quand je mets à vos pieds un éternel hommage,
Voulez-vous qu’un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d’un cœur
Que pour vous adorer forma le Créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n’ose dire.
Avec soin de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

G. Sand à Musset :
Cette insigne faveur que votre cœur réclame
Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.

L’acrostiche de lettres, de chiffres, de syllabes, de mots, en début ou en fin de vers, ou


les deux simultanément, ou l’acrostiche de prose, offrent de nombreux débouchés.

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ACROSTICHES À RÉALISER EN CLASSE

L’enregistrement audio (numérique ou magnétophone) est d’un emploi facile. Il


permet de travailler l’oral vite et précisément si les consignes sont claires. Il permet
aussi de réaliser des textes collectifs.
Attention : pas de retours en arrière, on fait avec ce qui a été enregistré. Après
écoute finale, on peut corriger au tableau ou individuellement.
Après avoir lu une histoire de sorcière à des enfants, l’alphabet est écrit au tableau.
Les enfants proposent des actions pour la sorcière avec
des verbes commençant de A à Z.
La sorcière
Attrape son grand balai.
Boutonne sa robe.
Crie très fort pour faire peur aux gens.
Donne un coup de pied à son chat.
Écoute son hibou […]
NIVEAU : CP

À Annemasse, une classe dresse une liste alphabétique d’animaux. On suggère


d’ajouter des adjectifs qualificatifs commençant par la même lettre que le nom
associé :
Anaconda amusant
Bison beau
Chameau chevelu
Dindon dodu
Éléphant élastique […]
NIVEAU : CP-CE1

(On pourra dresser de la sorte des listes d’objets, professions, personnages célèbres,
etc.)
Cet acrostiche fut produit collectivement sur l’humoriste Coluche :
C’était un acteur qui est mort en 1988.
On l’a enterré à Paris.
Les films qu’il a faits étaient drôles.
Un soir, il a pris sa moto pour se promener.
C’est ce jour-là qu’il a été renversé.
Hélas, il ne fait plus de cinéma.
Et nous sommes tristes.
NIVEAU : 5e

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ACROSTICHES

Ayant fait le choix d’un personnage, on placera les lettres verticalement. On incitera
les enfants à le décrire à partir de ces lettres. Au début, ils essaieront d’écrire une
phrase par ligne, mais découvriront vite qu’ils peuvent couvrir deux ou trois lignes
d’une seule phrase. Par deux équipes d’élèves (Cherbourg) :
Dressé sur ses pattes postérieures, Regardez comme il se tord
Rôdant par monts et par vaux, L’horrible dragon en fureur !
Attention, voici le dragon ! Il rampe comme un énorme boa,
Gare à ses crachats enflammés Son ventre gargouille, on dirait qu’il a bu un grog (sic)
Ou à ses griffes crochues ! Ses écailles épaisses sont couleur indigo.
N’essayez jamais de l’approcher ! Attention, il crache du poison.
NIVEAU : CM

Plus douée, une classe a réalisé le double acrostiche !


Défiez-vous de lui car il mord !
Restez chez vous, surtout le soir !
Au fond des bois, le dragon de Sumatra
Grogne et court en zig zag !
On dit que son souffle brûle comme un brasero !
N’essayez jamais de voir le dragon !
NIVEAU : 6e

En revanche, le recours au rythme constant est plus délicat. On s’imprégnera de ce


rythme avant de travailler. Exemple ce rythme heptasyllabique. (Le problème de la
rime n’a pas été abordé.)
Dans une sombre caverne
Ronflait un puissant dragon,
Au corps écailleux et vert.
Gigantesque, il somnolait.
On le voyait respirer ;
Nul n’osait s’en approcher !
NIVEAU : 6e

Citons pour terminer, cet acrostiche de mots par deux filles ; s’adressaient-elles à
un professeur ?
Monsieur vous nous faites rêver.
Tirez-nous de notre embarras.
Vous nous plaisez tant !
De nombreuses filles ont déjà dû vous le dire.
La classe tout entière vous adore !
NIVEAU : 6e

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ACROSTICHES DE PROSE

L’acrostiche de prose, en perdant la présentation faite pour l’œil de l’acrostiche


poétique, apparaît plus abstrait. Il permet néanmoins la réalisation de textes plus
élaborés.
Suite à la lecture d’une histoire, une classe fit le résumé suivant (enregistrement
audio) :
ic)
Un jour, Julie alla dans son jardin. N’ayant pas mangé, elle cueillit une jolie
pomme. En entendant un chuchotement, Julie regarda dans tous les sens. Pourtant,
il n’y avait personne. Or la voix continuait de se faire entendre.
– Mais ne me cueille pas ! dit la pomme. Moi aussi je suis vivante !
Étonnée, Julie regarda la pomme. Elle l’emporta à l’école. Toute la journée, la
pomme fit des réflexions aux enfants. On avait tellement parlé d’elle que, le soir,
Julie l’oublia en classe. Naïve et gourmande, une femme de ménage la mordit.
Ne sentant plus le poids de sa pomme dans sa poche, Julie revint la chercher
à l’école. Au beau milieu de classe, Julie trouva la pomme à moitié croquée.
– Ne me garde pas, lui dit-elle, car je vais mourir. Tu m’enterreras dans ton jardin.
Et si tu m’arroses tous les jours, je deviendrai un pommier et tu discuteras
plus tard avec moi.
DURÉE : 12 MINUTES
NIVEAU : CM2

Les premières lettres des phrases


composent le titre : « Une pomme
étonnante ».

L’histoire (résumée ou improvisée) doit comporter autant de phrases que le titre


choisi comporte de lettres. Les phrases commencent par les lettres du titre dans
l’ordre. Mais on pourrait accepter l’utilisation en désordre. Le jeu serait alors un peu
plus rapide, mais avec une difficulté nouvelle, les enfants essayant d’exploiter les
lettres les plus faciles au début.

41

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ACROSTICHES

Dans ce paragraphe, non préparé, seul le titre était convenu : « Le printemps ».


Le printemps est arrivé. Écoutez les oiseaux qui commencent à siffler ! Partout,
ils bâtissent leurs nids. Rapidement, ils ramassent de la paille, des brindilles,
de la mousse et de la laine. Ils donnent la becquée à leurs oisillons. Nul n’a envie de
saccager les belles fleurs qui éclosent dans
les jardins. Tant que le printemps est là, nous
sommes heureux. Et voilà des papillons de
toutes les couleurs qui voltigent dans les airs.
Mais regardez donc ce temps magnifique !
Pas un nuage dans le ciel bleu ! Seul le soleil
est là, éclatant de lumière !
NIVEAU : CM1

Le même jeu stimulera l’intérêt d’élèves d’âges différents. À gauche, le compte rendu
d’une histoire lue (« Le Morgann perdu ») par une classe de 5e, à droite le résumé
d’une fable de La Fontaine par un groupe de 6 élèves de CM1 (« Le lion et le rat »).
DURÉE : 15 MINUTES
ENREGISTREMENT AUDIO

L’histoire se passe en Bretagne. Le rat sortit de terre entre les pattes d’un
En pêchant, Perik trouva un animal lion. En grognant, le lion lui dit de s’en
étrange, moitié poisson moitié homme. aller.
Maintenant, le morgann était pris au Le rat s’enfuit à toutes jambes. Il était
piège dans la bourriche. soulagé.
– Oh, regarde ce que j’ai pêché, dit Perik Or, le lendemain, le roi des animaux
à Yvon. partit pour la chasse. Ne faisant pas
– Reste ici, je vais chercher une bassine, attention, il sentit un filet lui tomber
répondit Yvon. Garde le morgann ! dessus. En rugissant et en se débattant, il
Après qu’Yvon « soit » parti, le morgann s’emmêla de plus belle. Tristement,
se mit à parler. il comprit qu’il était prisonnier.
– Ne me laisse pas dans cette bourriche ! Le rat, qui passait par là, vit le pauvre
dit-il. N’écoute pas ton frère. lion pris au piège. En trottinant, il vint
Perik laissa s’enfuir le morgann. auprès du lion. Rapidement, il rongea les
Ensuite, grâce au don que le morgann lui mailles du filet.
avait fait, Perik joua mieux de la Alors le lion déchira le reste et se libéra.
cornemuse que son frère. Réveillant les Tous deux partirent déjeuner ensemble.
morts, il jouait avec vivacité. Découragé,
Yvon appela Merlin l’Enchanteur. Un à
un, les morts regagnèrent leur tombe à
minuit et Perik perdit son pouvoir.

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L’acrostiche de fin de phrase est plus compliqué. On procédera comme précé-


demment à partir d’une histoire lue en classe. Voici une même histoire lue et résu-
mée en acrostiche de début de phrases par une classe de CM2, et en acrostiche de
fin par une classe de 6e. Elles ont choisi des titres différents.

L’enfantastique Drôle de famille


Lundi, la mère de Jennyfer fut dérangée Noémie vient dire à sa mère que dans sa
toutes les cinq minutes par Noémie. chambre Jennyfer fond. Elle veut qu’elle
– Enfin, Noémie, pourquoi me déranges- vienne voir. Noémie dit que c’est très
tu sans arrêt ? rigolo. La mère y va donc et découvre
– ‘Nyfer n’arrête pas de fondre, maman. une grande flaque sur le sol. Elle
– Fabuleux, mais laisse-moi lire. Attends envoie Noémie chercher un seau et une
que Jennyfer ait totalement fondu et tu serpillière. Le seau est bientôt plein à ras
me préviendras. bord. La mère est étonnée d’entendre sa
Noémie retourna dans la chambre […] fille qui parle […]
DURÉE : 15 MINUTES DURÉE : 15 MINUTES
NIVEAU : CM2 NIVEAU : 6e
ENREGISTREMENT AUDIO ENREGISTREMENT AUDIO

Le jeu d’acrostiche est praticable sur les verbes. À partir du conte La Belle et
la Bête :
Une nuit, un marchand loge dans un château bizarre. Soudain un homme
monstrueux arrive. Il ne brutalise pas le marchand, mais il exige qu’il laisse sa fille
loger au château à sa place. La Belle écoute son père. Elle emménage au château.
La Bête ne la tue pas du tout. Au contraire, elle la laisse aller partout librement.
La Belle, à la fin, baise la fourrure de la Bête qui s’écroule et se transforme en prince.
La Belle épouse le prince.
DURÉE : 12 MINUTES
NIVEAU : CM1
ENREGISTREMENT AUDIO

Un écolier, après avoir assisté à une représentation des Fourberies


de Scapin, me proposa ce petit texte, travaillé sans aide :
« Scapin » sur les verbes.
En vacances, j’ai scié du bois avec mon père. Je le coupais grâce
à la hache. Je n’abîmais jamais le bois car je ne la perdais pas
des mains. Le manche de la hache m’irritait les mains.
J’ai narré cette histoire en l’honneur de Molière.
NIVEAU : CM1

43

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ACROSTICHES

Et, bien entendu, on aurait pu jouer sur l’initiale


de tous les mots d’une phrase :
J’arrose rarement des iris noirs. (JARDIN)
Voici par des élèves qui travaillaient par deux :
Janvier : « J’ai navigué vers Istambul en radeau. »
Écharpe : « Édith cherche honteusement à regarder passer Éric. »
Simplet : « Son Idée me plaît ; lumineuse, elle tourbillonne. »
NIVEAU : CM1

Mais évidemment, ici, comme dans le texte sur Scapin, le message secret des enfants
ne se souciait pas d’établir un rapport avec le support. Trop difficile.

Les jeux d’acrostiche sont souvent combinables avec d’autres jeux, comme le
logo-rallye, par exemple, qui consiste à semer des mots obligatoires dans un texte.

Après lecture d’un conte à une classe de 6e, on écrit une phrase qui le résume (pro-
posée par les enfants) au tableau. On leur demande de raconter l’histoire avec, pour
contrainte, l’obligation de placer un mot du résumé par phrase, dans l’ordre.
TRAVAIL COLLECTIF
NIVEAU : 6e
ENREGISTREMENT AUDIO

La phrase-résumé était écrite au tableau :


« Une sorcière a transformé le derrière d’un petit garçon en citrouille, mais grâce à
une toupie magique, l’enfant retrouva son postérieur. »
Dans une rue, un petit garçon montrait ses fesses aux passants.
Une sorcière lui changea le derrière en citrouille.
Alors, le garçon a pris le pantalon de son père, parce que le sien
était trop étroit. La mère fut surprise en voyant l’enfant
transformé. Elle alla voir le médecin qui se mit à rire.
Elle montra ensuite le derrière de l’enfant au curé. Elle traîna
son fils d’un pas rapide vers la boutique de Merlin l’Enchanteur.
Le petit marchait les jambes écartées.
– Mon garçon, que t’est-il arrivé ? demanda Merlin.
– Une sorcière m’a changé le derrière en citrouille.
Merlin observa la citrouille. Il donna une toupie à la mère mais
il oublia de lui dire la formule magique.
– Grâce à cette toupie, vous pourrez faire tourner la sorcière, dit-il.
La mère et l’enfant allèrent à la maison de la sorcière. Une tête monstrueuse
à chevelure verte apparut. Le garçon s’approcha de la table et sortit la toupie

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de sa poche. Il prononça la formule magique. La sorcière se mit à danser en levant


les bras en l’air. L’enfant lui demanda de lui rendre ses vraies fesses. Il retrouva
son postérieur humain. La sorcière épuisée se laissa tomber dans son fauteuil.
Avant de partir, le gamin lui remontra son postérieur !

ACROSTICHE VOCABULAIRE ET GRAMMATICAL

En plaçant l’acrostiche horizontalement, on disposera des mots dessus et dessous en


stalactites ou en stalagmites. Les trouvailles fonctionneront alors comme autant de
solutions aléatoires, le texte de départ restant toujours lisible en dépit des surcharges
définies. (Il sera bon de colorier les surcharges de manière à en faciliter la lecture.)
DURÉE : 10 MINUTES
NIVEAU : CM2
TITRE ÉCRIT AU TABLEAU

Voici deux exemples :

45

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ACROSTICHES

La même recherche fonctionnera en sens inverse en fournissant aux élèves l’adjectif


ou l’adverbe à agrémenter de noms ou de verbes susceptibles d’y être associés.
Que peut-on faire RAPIDEMENT ? Qu’est-ce qui peut-être FANTASTIQUE ?
(mot écrit au tableau)

NIVEAU : CM2

ACROSTICHE ABÉCÉDAIRE

RÈGLE

Cas particulier de l’acrostiche, l’acrostiche abécédaire s’appuie toujours sur


l’alphabet.

Voici un dialogue. Le texte était oral, mais écrit de deux couleurs, ligne par ligne,
au tableau. Les répliques du héros étaient l’œuvre des garçons, celles de l’héroïne,
des filles.
– Allons au cinéma tous les deux si tu veux ? (garçon)
– Bien sûr, mais à quelle heure ? (fille)
– Cinq heures ; quel film irons-nous voir ?
– « Dracula » ; tu l’as déjà vu ?
– Est-ce que tu ne vas pas avoir peur ?
– Fantastique ! j’adore avoir peur, et toi ?
– Grosse menteuse ! tu as peur de tout !

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– « Héros malgré lui » n’est pas mal non plus.


– Irons-nous seuls ou avec des amis ?
– Je croyais qu’on y allait tous les deux ?
– Kevin Coster joue-t-il dans « Héros malgré lui » ?
– Lui non, mais Dustin Hoffman oui.
– Mais je le savais bien, c’était pour tester tes connaissances !
– Ne parlons plus de ça, qui va payer ?
– Oui, bonne question : que chacun paie sa place.
– Pour l’invitation, c’est raté !
– Qu’est-ce que tu racontes, nous sommes un couple moderne !
– Retrouvons-nous à 4 heures et demie devant le cinéma.
– Surtout, n’oublie pas que nous allons au Cinéplus !
– Tout bien réfléchi, allons au multiplex, les friandises sont moins chères !
– Utiliserons-nous nos « cartes jeunes » ?
– Volontiers, mais tu paieras le pop-corn à l’entracte.
– Waouh ! tu exagères !
– Xavier, serais-tu radin ?
– Yes, mais il n’y a pas de honte à ça !
– Zéro pour la galanterie !
TRAVAIL COLLECTIF
DURÉE : 30 MINUTES
NIVEAU : 5e

La contrainte est simple : dialoguer de sorte que chaque


réplique commence par une lettre de l’alphabet
dans l’ordre, de A à Z. Après écriture, faire lire,
et même jouer. On peut sauter des lettres difficiles.

Le jeu ne se cantonne pas au dialogue. Lisez


cette invitation au voyage, par une classe de Paris :
Avez-vous déjà visité la France ?
Bordeaux est une belle ville au bord de la Garonne, et qui produit du bon vin.
Clovis fut le premier roi de tous les Francs.
Dans Paris, il y a beaucoup de monuments.
Eiffel a construit une grande tour il y a cent ans.
Faites le tour de l’Arc de Triomphe, vous verrez que c’est très intéressant, etc.

On parlera des pays imaginaires aussi (géographie, histoire, mœurs, etc.).

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ACROSTICHES

À partir de verbes en ordre alphabétique – et avec l’obligation de justifier les propo-


sitions ! –, voici quelques renseignements sur un peuple imaginaire :
Les Jupitériens vont au lac reprendre des forces (verbe aller),
bâtissent les arbres parce qu’ils ne poussent pas seuls sur Jupiter,
courent dans les turbines pour faire l’électricité,
détruisent les maisons neuves parce qu’ils n’aiment que les anciennes,
n’écrivent qu’à ceux qui sont près pour ne pas payer de timbres,
font du rodéo sur les chiens parce qu’ils n’ont pas de chevaux,
grandissent jusqu’à leur mort pour avoir le plus grand sarcophage,
haïssent les sorcières parce qu’ils les trouvent trop gentilles avec les enfants,
ne s’instruisent pas parce qu’ils deviendraient trop intelligents,
jouent avec la nourriture parce qu’ils mangent des pierres […].
NIVEAU : CM2

Ces deux biographies, également imaginaires,


sont l’œuvre de deux élèves. (Il convient de faire
repérer les dates importantes de la vie du
personnage auparavant.) Le deuxième texte s’appuie
sur la vraie découverte des grottes de Lascaux.
La classe avait visionné un film sur le sujet.

Anne Dupont est née le 10 juin 1979 Amélie Dupont est née en 1930 à
à Paris. Baptisée à Saint-Étienne-du- Montignac. Bien souvent, quand elle
Mont le 21 juin, elle demeurait rue du était enfant, elle allait dans les bois
Regard. C’est à l’âge de trois ans qu’elle de Lascaux jouer à la petite guerre.
commença le piano. Dès son premier Chaque jour, elle retrouvait ses amis au
cours on s’aperçut qu’elle était douée. « Grand chêne ». Depuis un an, hélas,
Elle avait beaucoup d’oreille. Figurez- la guerre avait éclaté. Elle était terrible,
vous qu’elle fut capable, après avoir mais n’empêchait pas les enfants de
entendu une fois la gamme, de la rejouer s’amuser dans cette région. Finalement,
à deux mains. Grandement ébahis, ses tout près d’un château en ruine, Amélie
parents lui achetèrent aussitôt un piano. et ses compagnons découvrirent un
Habile, une semaine plus tard, Anne trou recouvert par les ronces et les
jouait déjà « Au clair de la lune ». broussailles.
– Il faut, disait le professeur à ses – « Gardons notre calme, dit Jacques,
parents, qu’elle travaille deux heures par je vais chercher une faux. »
jour car elle est douée. Habilement, il dégagea l’ouverture de ce
– Je suis tout à fait d’accord, répondait qu’on appelait « le trou de l’âne ».
la mère.

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Karine, sa tante, faisait remarquer que Ils jetèrent des pierres dedans pour
cet emploi du temps n’était pas bon le sonder. Jacques et ses amis étaient
pour une fillette de cet âge. Le jour de impatients de descendre au fond. (K).
ses six ans, Anne entra dans une école Le problème était l’étroitesse de l’entrée.
où l’on faisait beaucoup de musique. Marcel alla chercher une pioche pour
Maintenant, elle suivait des leçons de l’agrandir.
piano tous les jours. N […] – « Nous allons descendre, décida Jacques.
(inachevé) – Où allons-nous atterrir ? se demandait
NIVEAU : CM1 Amélie. Peut-être dans le souterrain du
château ?
– Quand descendons-nous ! »
s’impatientait Marcel.
Rapidement, Jacques avait attaché une
corde à un arbre. S’agrippant à celle-ci, il
descendit le premier. Tous le suivirent.
– « Une grotte préhistorique ! s’écria
Amélie. Vraiment, ces peintures rupestres
sont des chefs-d’œuvre. (W), (X). Y a-t-il
d’autres salles ?
– Zut ! la lampe est éteinte ! »
NIVEAU : CM1

Deux classes de collège, en Bretagne, composèrent ces deux textes fort bien venus
(non cités entièrement) :
Avez-vous visité la Bretagne ?
Belle région à l’ouest de la France,
C’est une vieille terre de légendes.
Des mers l’entourent
Et la bercent de leurs embruns […]
Y viendrez-vous bientôt
Zieuter les monuments célèbres ?
André Legarrec vécut à Paimpol de 1874 à 1936. (C’est faux.)
Beau garçon, il connut mille aventures amoureuses.
Cependant, il s’assagit en épousant une demoiselle Goffic.
Dès lors, il mena une vie exemplaire.
En fait, il s’était découvert une passion : l’ornithologie.
Foulques, mouettes, cormorans l’intriguaient […]
Washington lui offrit une chaire d’ornithologue.

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ACROSTICHES

Xénophobe, Legarrec refusa de s’expatrier, il aimait Paimpol et


Y mourut en
Zozotant ses derniers mots : « Les oiseaux sont des cons.1»
NIVEAU : 3e

Des élèves (à Paris), inventèrent la vie d’un sportif :


Aristide Costaud est un grand sportif.
Brillant, il est le champion de son immeuble.
C’est le meilleur nageur de brasse que je connaisse.
D’ailleurs il s’entraîne tous les jours […]
Sa fiancée en a assez.
« Tu arrêtes le sport ou je te quitte, dit-elle.
Un chantage, ça ne me plaît pas, répond-il,
Va-t’en si tu n’es pas contente. »
Whisky à la main, il essaie d’oublier sa tristesse.
Xavier, son copain qui a un accent, vient le consoler :
« Y’ fallait pas vous dizputer ;
Ze vais vous réconzilier. »
NIVEAU : CM1

Écrire l’acrostiche abécédaire en fin de phrases amène les enfants à rechercher des
solutions hors des cheminements de pensée ordinaires.
Un matin, Pierrot sortit de chez lui et s’en alla. Il alla acheter des graines de
baobab. Sur le chemin il rencontra un marchand de tabac. Celui-ci s’appelait David.
Pierrot en profita pour lui acheter un cigare. Par terre, il trouva un bâton qu’il tailla
avec son canif. Il passa devant un camping. […] Pierrot n’avait pas oublié qu’il
devait aller acheter des graines de baobab chez un jardinier. Mais le jardinier
n’avait que des fleurs. Pierrot acheta des géraniums et rentra chez lui gaiement.
Sur le chemin du retour, il traversa un petit ruisseau. Il vit un pêcheur qui portait
sur la tête un chapeau en forme de v. Ce pêcheur avait laissé son matériel dans un
bungalow. La bourriche de poissons était cachée dans les roseaux.
Pierrot repartit et comme il avait soif il but de l’eau de Vichy. Quand il rentra chez
lui, tout fatigué, sa femme lui prépara un bol de riz.
DURÉE : 40 MINUTES
NIVEAU : CM1

1. Note de l’auteur : C’est moi qui, hommage à Chaval, me suis permis de modifier la dernière citation
du grand homme !

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L’acrostiche de début et de fin simultanément est très difficile. Les premières lettres
des phrases suivent l’ordre alphabétique, tandis que les dernières le suivent à l’envers.
Voici la description d’une ville par des adolescents de Mayence.
Avez-vous déjà visité la ville de Mainz ? (Mainz, c’est Mayence.)
Beaucoup de touristes la visitent ; alors allez-y.
C’est une belle ville et les habitants
sont nombreux […]
NIVEAU : 16-17 ANS,
6 ANNÉES DE FRANÇAIS

Après lecture du texte original en vieux français, une classe en fit le résumé collectif.
L’acrostiche existe ici sur les verbes. Voici donc Le sac de l’abbaye de Seuillé. (Rabelais)
Un jour, des soldats attaquèrent l’abbaye de Seuillé. Ils se battaient à cause
d’une dispute entre des marchands de galettes. Ils coururent détruire les vignes
de l’abbaye. Ils emplissaient les tambours et les tambourins de raisins.
Frère Jean des Entommeures se fâcha contre les pillards, qui se gavaient de raisin.
Frère Jean hurla de colère. Il interrompit les prières des moines qui jacassaient
dans l’abbaye. Pendant ce temps-là, les autres pillards kidnappaient les femmes
et les enfants. Frère Jean lutta contre les soldats avec le bâton de la croix.
Il les massacrait. Il les narguait. Il leur ouvrait le crâne et il leur pétrissait la
cervelle. Les pillards quittaient la vigne rapidement. Frère Jean les rattrapait.
Il leur sortait les boyaux du ventre.
Il les torturait. Il utilisait sa croix
pour vaincre l’armée. Les moinillons
wagonnaient les morts hors du
champ. Avec sa croix, frère Jean
xylophonait sur les casques des gens.
Il yodlait de joie. Il en zigouilla
13 622 sans les femmes et les
enfants !
DURÉE : 30 MINUTES
NIVEAU : CM1

51

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ACROSTICHES

Si l’on appréhende de travailler directement le texte suivi, voici un exercice intermé-


diaire, sur les verbes, sans obligation de changer de lettre à chaque fois. Il consiste
à choisir les verbes en ordre alphabétique, en permettant aux enfants d’en utiliser
plusieurs de même initiale, ou de ne pas représenter certaines initiales. Ici, une
classe a imaginé les actions d’un personnage.
Monsieur Dupont va tous les samedis au marché acheter son pain.
(De retour du marché, il va pêcher la truite au bord de la rivière.) (Aller)
Tous les dimanches, monsieur Dupont aplatit sa pâte pour faire une tarte aux
pommes. Il a appris à faire la cuisine à l’école. […]
Monsieur Dupont « succombe » souvent de fatigue après avoir porté des sacs
de pommes de terre de 50 kilos. Il est tombé dans l’escalier. Il ne travaille plus
car il est à la retraite. Il a trouvé dans ses vieux papiers beaucoup de souvenirs. (U)
Il a « vu » son passé dans sa tête. (W X Y Z)
NIVEAU : CM1-CM2

Pour des élèves plus petits, sur le thème des vacances, voici le jeu de « A comme » :
A comme avion, amuser, août : Pendant le mois d’août, je suis allé en avion
au bord de la mer et je me suis bien amusé(e).
B comme ballon, baigner, balançoire : En vacances, j’ai fait de la balançoire,
j’ai joué au ballon, et je me suis baigné(e).
NIVEAU : CP

Avec la même contrainte, des élèves ont joué avec la forme interrogative :
Fanny fait-elle bien les gâteaux pendant que Jennyfer joue au tennis ?
Bernadette bavarde-t-elle pendant qu’Aurélien apporte une tarte ?
Aude arrive-t-elle pendant que Laetitia lave sa chemise ?
Émilien écrit-il pendant qu’Émilie s’éveille ?
Mickaël mange-t-il une tarte pendant que Tatiana taquine sa petite sœur ?
Mickaël mange-t-il pendant que François fait du bruit ?
NIVEAU : CE2

Ordre alphabétique, voici quelques phrases, sans ambition


de faire un texte suivi, provoquées par la question :
« Toc-toc ! On frappe à la porte. Qui est-ce ? »
– C’est peut-être un apiculteur qui m’apporte du miel !
– C’est peut-être un bandit qui veut me battre !
– C’est peut-être un coiffeur qui veut me couper les cheveux !
– C’est peut-être un docteur qui vient me donner du sirop !
– C’est peut-être un éléphant qui vient m’écraser !
NIVEAU : CE2
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L’acrostiche abécédaire permet de jouer avec l’impératif.


(Exiger la précision « dit … à … »).
– Apporte ton livre, dit la maîtresse à l’élève.
– Bouche les trous d’aération, dit le patron à son employé.
– Cache tes bijoux, dit la mère à sa fille.
– Débrouille-toi pour faire tes devoirs, dit le père à son enfant.
– Fonce en avant, dit l’entraîneur de rugby au joueur.
– Gérez votre argent, dit le banquier à son client.
– Hache cette viande, dit le boucher à son apprenti.
– Invite ton ami à dîner, dit la femme à son mari.
– Jurez de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, dit le juge au témoin.
NIVEAU : CE2

En combinant les contraintes : impératif + pronom relatif


+ verbes de même initiale :
– Attrapez ce cheval ! ordonna le chevalier
aux écuyers qui arrivaient.
– Attrapez ce voleur ! ordonna le directeur
du supermarché qui appelait les gendarmes.
– Ne vous blessez pas ! dit la mère à ses enfants
qui se balançaient.
– Cours ! dit le professeur de gymnastique à l’enfant
qui chatouillait ses camarades.
– Déguste ta pâtée ! ordonna la petite fille à son chien
qui détestait ça […]
NIVEAU : CM1

Avec le pronom relatif, l’acrostiche abécédaire porte sur les mots importants de la
phrase. (Il s’agit de productions individuelles.)
Un architecte qui bâtissait des cathédrales détestait les échafaudages.
Un acrobate qui battait son chien détestait les épagneuls.
Des cantinières qui détestaient les épinards faisaient des gâteaux.
Une directrice qui essuyait sa fenêtre gaiement haïssait les imbéciles.
NIVEAU : CM2

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ACROSTICHES

En option, la voix passive :


1/ Un Israélien est jeté à la mer par un karatéka.
Un boulanger est cogné par un dentiste.
Un jardinier est kidnappé par un luthier.
Un Américain est bousculé par un Chinois.
2/ Un livreur a été maltraité par un notaire.
Un dromadaire a été équipé par un facteur.
Un lardon a été mangé par un nettoyeur de carreaux.
Un docteur a été éliminé par un fermier.
3/ Un bijou a été caché par un danseur dans une école.
Hugoline a été invitée par Jeanne chez Kéziah.
Un zoologiste a été arrêté par un bouquiniste dans un café.
Un chacal a été dompté par un écrivain dans une foire.

Compliquons le jeu, sans souci de logique : en suggérant


l’emploi de mots de liaison appropriés, on développera un texte collectif
de A jusqu’à Z sur les mêmes contraintes.
Un acrobate africain boit bruyamment un cognac chaud avec un dauphin drôle
qui écoute énormément le facteur farfelu
parce qu’une grosse grenouille habite heureusement un igloo insensé avec
un jongleur jaloux et une kinésithérapeute karatéka dont la longue ligne de vie
mentionne malheureusement des nuances négatives
car un orang-outan orange prépare poliment une quiche quelconque qu’un
renard rusé a salie soigneusement pour qu’une taupe triste utilise […]
le vieux vélo d’un Wisigoth wallon sur lequel un xylophoniste
xénophobe et yougoslave zigzaguait.
NIVEAU : CM2/6e

L’intérêt de cette séance de grammaire « farfelue »


réside dans le choix des mots grammaticaux à la
demande : donnez-moi un nom commun commençant
par telle lettre, donnez-moi un adjectif qualificatif,
donnez-moi un verbe, un adverbe, donnez-moi
un nom complément d’objet, trouvez une conjonction
de subordination, etc.

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ACROSTICHE ABÉCÉDAIRE ET PRONOM RELATIF

Associons le travail sur l’acrostiche à l’emploi systématique du pronom relatif.


Voici un exemple de carambolage.
Alain attrape Béatrice qui bouscule Charlotte qui cherche Damien qui délivre
Émilie qui écoute François qui fouille Gaspard qui gêne Hector qui habille
Isabelle qui isole Jeanne qui juge Kim qui kidnappe Laetitia qui « lance »
Martin qui martyrise Nicolas qui note Olivier qui oublie Patrice qui porte
Quentin qui questionne Romain qui ramène Sophie qui suit Timothée qui tape
Ulysse qui unit Véronique à Wolfgang qui voient Xavier et Yves qui […]
Zoé qui « zigouille » Alain…
DURÉE : 20-25 MINUTES
NIVEAU : CM1-CM2
TEXTE ÉCRIT AU TABLEAU

R È G L E SIMPLE

A attrape B qui bouscule C qui…


La relation entre les personnages est directe. (COD)

Un autre texte, dans lequel les élèves ont remplacé les prénoms par des noms de
métier de leur choix :
Un agriculteur aime une bibliothécaire qui bouscule un camionneur qui chasse
un dentiste qui dérange un électricien qui écoute une fermière qui frappe
un garagiste qui gronde une habilleuse qui hait une institutrice qui interroge
un journaliste qui juge un karatéka qui kidnappe un livreur qui libère
un monteur qui mord une nourrice qui noie un ophtalmo qui opère
un pompier qui porte un quincaillier qui quitte un ramoneur qui rattrape
un serrurier qui saisit un teinturier qui tape un usurier qui utilise
un vitrificateur qui voit un w… qui wagonne un « xylophoniste » qui x…
un y… qui y… un z… qui « zigouille »…
NIVEAU : CE2 (BIEN ENTRAÎNÉS)

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ACROSTICHES

Le carambolage suivant fut réalisé collectivement au tableau (le maître écrit les pro-
positions) à la voix passive d’abord, puis rétabli à la voix active :
Texte A : Un Autrichien est aidé par un Belge qui est bouleversé par un
Camerounais qui est consolé par un Danois qui est dorloté par un Espagnol
qui est espionné par un Français qui est fusillé par un Gabonais qui est gâté par
un Hollandais qui est habillé par un Irlandais qui est imité par un Japonais […]
Texte B : Un Zaïrois y… un Yougoslave
qui « xylophène » un Xosa qui « wagonne »
un Washingtonien qui vole un Vietnamien
qui utilise un Ukrainien qui tue un
Tunisien qui sert un Suisse qui renverse
un Roumain qui questionne un Québécois
qui prend un Polonais qui observe
un Orléanais qui noie un Norvégien
qui massacre un Marocain qui ligote
un Libanais qui kidnappe un Koweïtien
qui joue un Japonais […]

DURÉE : UNE TRENTAINE DE MINUTES (ON PEUT S’ARRÊTER AVANT Z !)


NIVEAU : CM2

Et comment, de la voix passive (et avec des élèves capables !), ne pas sauter à
l’emploi du pronom relatif que ?
Un agriculteur qu’arrête un boulanger que bat un charcutier que cache
un dentiste que dépasse un écologiste qu’élimine un facteur que frappe un
gendarme que garde un horticulteur qu’habille un instituteur qu’immobilise un
jongleur que juge un kinésithérapeute que kidnappe un lecteur que lasse un mineur
que masse une nourrice que note un orthophoniste qu’oublie un pâtissier que
paie un quincaillier que quitte un régisseur que retrouve un serrurier que sert
un tavernier que tire un Ukrainien qu’utilise un vitrier que vole un Zaïrois qui
zigouille un agriculteur.
NIVEAU : 6e -5e

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Sur un autre thème (les animaux), une autre classe préféra utiliser le participe présent.
À la question « Compère qu’as-tu vu », elle offrit cette réponse collective :
J’ai vu…
un anaconda agressant un bœuf broutant un cheval
croquant un dromadaire déchirant un éléphant écrasant
un fauve flairant une grenouille se gavant d’un
hippopotame humant un iguane ingurgitant un jaguar
jugeant un kangourou kidnappant un lion léchant
un marsouin mangeant un naja narguant un opossum
s’offrant un puma persécutant un quadrupède querellant un
renard reniflant un singe saignant une tortue torturant un urubu usant
une vache vampirisant un wapiti warrantant un yack […] un zèbre.
NIVEAU : 6e

On pimentera le carambolage de recherches d’adjectifs de mêmes initiales que les noms,


et d’adverbes de mêmes initiales que les verbes. (Au tableau, couleurs ou typographies
précises.) (On pourra, si l’on préfère, croiser adjectifs et noms, et adverbes et verbes.)
L’exploit réalisé par une classe, assistée de plusieurs professeurs et documentalistes actifs,
montre comment jongler avec plusieurs contraintes simultanées (les temps des verbes
étaient précisés avant chaque intervention.)
Des aviateurs agressifs apprivoisèrent aimablement des bœufs bossus qui
bousculèrent brutalement des coiffeuses capricieuses que calmaient comiquement
des docteurs dodus. Cependant, des explorateurs extraordinaires émerveillaient
évidemment des funambules farceurs qui fouillaient facilement des géants goulus
dont les horloges hideuses horrifiaient honteusement des institutrices ignorantes
que des jardiniers jumeaux jalousaient joyeusement.
Alors, pendant que des karatékas « kalamiteux » « kabriolaient » « kahin-kaha »
sur la lande limoneuse, des marins maudits menacèrent
maladroitement des nationalistes noctambules pour
que des ophtalmologistes obèses puissent pesamment
questionner des quincailliers quelconques, qui
rabrouaient royalement des soldats sympathiques.
Soudain, des toreros terribles tordirent totalement
des ustensiles utiles que des vieux vachers avaient
volés vilainement dans des wagons wallons à des
xylophonistes xénophobes et yougoslaves que des
zingueurs zélés zigouillèrent en zézayant dans un zoo.
NIVEAU : 5e

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ACROSTICHES

La combinaison des contraintes est fructueuse. Une classe (très encadrée par des
professeurs et documentalistes encore) s’est fort divertie à produire ces vers déca-
syllabiques rimés, écrits au tableau par le maître. (On remarquera la combinaison de
travail pour l’œil, et travail pour l’oreille.)
Allons tous ensemble au grand restaurant.
Buvons ce bon vin, nous avons le temps.
Commandons un petit apéritif,
Demandons un repas très digestif :
Épinards ou choux, lesquels prendrons-nous ?
Faisons notre choix et prenons les choux.
Goûtons ce rôti qui a l’air à point.
Humons cette odeur : ça sent bon les coings !
Installons-nous bien sur cette banquette,
Jetons les mégots de nos cigarettes […]
Whisky ou cognac, c’est bon pour finir ;
Xavier est sympa : il va nous l’offrir.
Y a-t-il des taxis encore à cette heure ?
Zut ! ils sont partis ! Marchons tous en chœur !
DURÉE : 30 MINUTES
NIVEAU : 5e

Et lâchons pour finir une belle bordée d’injures à la manière du capitaine Haddock !
Le langage vole bas, les mots vont pleuvoir !
Âne adhésif ! Autruche acoustique !
Baleine bouillante ! Babouin bourgeois !
Chimpanzé clandestin !
Citrouille claustrophobe ! […]
Espèce d’éléphant égoïste ! […]
Grenouille gâteuse !
Hippopotame hilarant !
Insecte indélébile ! […]
Mammouth microscopique ! […]
Rongeur rachitique ! Radis rabougri !
Taupe tempérée ! Tortue tarée ! […]
Vache vanillée ! […]
Zèbre zinzin !
NIVEAU : CM1
ENREGISTREMENT AUDIO
EXERCICE TRÈS SPONTANÉ. TRÈS RAPIDE

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3. Jeux d’etirements
et de reductions

Amusons-nous. Voyez cette fable inspirée de La Fontaine


faire l’élastique !

1 mot Oh !
2 Un corbeau !
3 Sur un chêne !
4 Il a un camembert !
5 Il aimerait bien le manger !
6 Mais voilà qu’un renard arrive !
7 Il s’incline respectueusement devant le corbeau.
8 – Bonjour, Maître Corbeau, dit-il, vous êtes magnifique !
9 On raconte que vous chantez aussi bien que Mozart.
10 Accepteriez-vous de me chanter une de vos merveilleuses mélodies ?
9 Le corbeau, très flatté, bombe le torse avec orgueil.
8 Il écarte ses vilaines ailes pour mieux respirer.
7 Il ouvre un large bec et croasse.
6 Alors le fromage tombe par terre.
5 Le renard s’en empare.
4 Il raille le corbeau.
3 – Ça t’apprendra !
2 Pauvre idiot !
1 Salut !
DURÉE : 15-20 MINUTES
NIVEAU : 6e
AU TABLEAU, TRAVAIL COLLECTIF

La forme rhombique matérialise l’étirement (un mot de plus à chaque ligne) et


la réduction (un mot de moins). Nous aurions pu faire apparaître d’autres formes.

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J E U X D ’É T I R E M E N T S E T D E R É D U C T I O N S

Voici, avec un triangle :


10 Ah, qu’elle était jolie la chèvre de Monsieur Seguin !
9 Dommage qu’elle soit allée dans la haute montagne !
8 Elle aurait dû rester sagement dans la plaine.
7 Mais que voulez-vous, elle s’ennuyait !
6 Je veux être libre, disait-elle.
5 Un loup l’a trouvée.
4 Il l’a dévorée.
3 C’est triste !
2 Pauvre chèvre !
1 Hélas…
NIVEAU : CM1

Mais l’étirement ou la réduction ne sont pas toujours aussi évidents. Dans


Un conte qui compte (École des Loisirs, 1998), l’ajout ou le retrait d’un mot portait
sur des phrases de 10 à 20 mots. Toute l’histoire se développait ainsi : phrases de 20,
19, 18 mots, etc., jusqu’à 10, puis 11, 12, 13, etc., jusqu’à 20 mots. Voici le début :
« Depuis qu’il avait pris la mer sur le chalutier “La Bigouden”, Louis n’avait
jamais vu une chose pareille. Quitté le port, par temps clair, voilà qu’une espèce
d’îlot tout ruisselant se dressait devant l’embarcation. Imaginez une île bombée,
juste sortie de l’eau, large comme un rond-point et haute comme une maison.
Elle était plantée d’herbes brunes et longues, couchées dans le même sens
comme des algues mouillées.
Intrigué, Louis avait coupé le moteur du bateau de pêche, mis la chaloupe
à la mer… » (20 mots, 19, 18, 17, 16 mots…)

Écrivons au tableau une phrase simple : « La marquise sortit. » Suggérons aux


enfants de l’enrichir d’un ou deux mots (pas plus !) à chaque fois, sans modifier ce
qui aura été accepté. Les mots nouveaux, en revanche, pourront être placés n’importe
où. On constatera que la progression n’est « visible » qu’au début.
La marquise sortit.
La marquise sortit du château.
La belle marquise sortit du château.
La belle marquise sortit seule du château.
Hier soir, la belle marquise sortit seule du château.
Hier soir, la belle et jeune marquise sortit seule du château.
Hier soir, la belle et jeune marquise sortit seule du château en courant.
Hier soir, en larmes, la belle et jeune marquise sortit seule du château en courant.
Hier soir, en larmes, la belle et jeune marquise sortit seule du bal du château en courant.

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Hier soir, en larmes, la belle et jeune marquise sortit seule du bal costumé
du château en courant.
Hier soir, vers minuit, la belle et jeune marquise en larmes sortit seule
du bal costumé du château en courant.
Hier soir, vers minuit, la belle et jeune marquise en larmes sortit
seule du bal costumé du château qui brûlait en courant.
Hier soir, vers minuit, la belle et jeune marquise en larmes sortit
seule du bal costumé du château qui brûlait formidablement en courant…
(Prolonger l’exercice par des jeux de lecture, par exemple sur les dernières phrases.)
NIVEAU : 6e

Il existe un jeu facile qui consiste à demander aux enfants (et ce, dès le CE) de
produire des phrases en leur précisant le nombre de mots. On peut y jouer avec
un, deux ou trois dés. Le nombre de mots est déterminé par le nombre de points
apparus, et l’on peut opposer une équipe à l’autre.
Les phrases peuvent traiter de n’importe quel sujet, ou se rapporter à un thème ou
à une histoire racontée.
Voici quelques phrases, proposées par des élèves, sur l’histoire de Barbe-Bleue (j’ai
accepté que « Barbe-Bleue » compte parfois pour un mot, parfois pour deux mots) :
(7) « Barbe-Bleue avait déjà eu six femmes. »
(11) « La septième femme de Barbe-Bleue voulait entrer dans le cabinet. »
(8) « Barbe-Bleue avait tué ses femmes dans le cabinet. »
(12) « La sœur de la femme de Barbe-Bleue regardait si leurs frères venaient. »
NIVEAU : CE2

Autre jeu intéressant : proposer aux enfants une phrase assez longue et leur demander
de la réduire… jusqu’à l’essentiel. (Imposer un nombre de mots à respecter.)
Phrase de départ : « En uniforme rouge et or, son trident à la main,
le dompteur fébrile entre courageusement dans la vaste cage
circulaire où des lions d’Afrique tournent en rugissant. »
Exercice. Réduire à 15 mots :
« Son trident à la main, le dompteur fébrile entre courageusement
dans la cage aux lions. »
Réduire à 10 mots :
« Le dompteur fébrile entre courageusement dans la cage aux lions. »
Réduction minimale (6 mots) :
« Le dompteur entre dans la cage. »
NIVEAU : CE2

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Avec une autre classe, en prenant appui sur « La cigale et la fourmi », nous avons
étiré, puis réduit les vers d’un mot à chaque fois. Nous ajoutons ainsi jusqu’à 11
mots, à mi-parcours de la fable, avant de redescendre à 1.
La cigale ayant beaucoup chanté (tout l’été)
Se trouva un matin fort dépourvue
Quand la bise âpre et glaciale fut venue.
Pas un seul, vraiment pas un seul petit morceau
De mouche, de moucheron même tout petit, ou de vermisseau.
Elle alla, ne sachant à qui s’adresser, crier famine
Chez la fourmi sa voisine, une bestiole qui travaillait toute la journée,
La priant de lui prêter, aussi vite que possible car elle avait faim,
Quelque grain pour subsister, ou n’importe quoi, même du pain, des croûtons,
Jusqu’à la saison nouvelle, qu’il fallait quand même attendre 4-5 mois encore.
« Je vous paierai, madame la fourmi je le jure vous pouvez me faire confiance,
lui dit-elle,
Avant l’août, foi d’animal, et même avant le début des grandes vacances d’été,
Intérêt et principal, je vous rendrai tout, absolument tout, c’est promis. »
La fourmi n’est pas prêteuse, tout le monde sait ça dans le quartier,
C’est là son moindre défaut, elle n’est pas non plus généreuse ;
« Que faisiez-vous au temps chaud, mademoiselle cigale au lieu de travailler ? »
Dit-elle à cette emprunteuse qui grelotte à sa porte.
« Nuit et jour, dans les grands arbres, à tout venant,
Je chantais des airs joyeux, ne vous déplaise. »
« Vous chantiez des airs, j’en suis fort aise,
Eh bien dansez donc maintenant. »
NIVEAU : CM2

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À une autre classe, proposons d’abord la phrase suivante, écrite au tableau :


« En se promenant, le chat arriva devant un château où vivait un ogre. »
1. Demandons des adjectifs qualificatifs de même initiale que les noms, et des ad-
verbes de même initiale que les verbes.
« En se Promenant Paresseusement, le Chat Curieux Arriva Allègrement devant
un Château Charmant où Vivait Vilainement un Ogre Odieux. »
2. Demandons encore des adjectifs et adverbes du même nombre de lettres que
noms et verbes. (Les enfants ne trouvent pas toujours.)
« En se promenant lentement, le chat rusé arriva (……) devant un château luxueux
9 9 4 4 6 7 7
où vivait (……) un gros ogre. »
6 ? 4 4
3. Demandons une solution par croisements (jeu très rapide) :
j s
o p
y m v l r c
En se promenant le chat arriva devant un château où vivait un ogre.
u l t n c u
s i e d h e
e n i e l
m d m
e e e
n n
t t
NIVEAU : CM2

Il existe un jeu d’étirement idiot qui consiste à planter


un système pileux un peu partout, en rimant avec le dernier
son prononcé. Voyez ce que peut devenir un vers de J. du Bellay :
« Heureux qui comme Ulysse, poil aux cuisses, a fait un beau
voyage, poil à l’œsophage. »

Ce jeu crétin, poil à l’intestin, et apparemment sans utilité,


poil au côté, mérite pourtant qu’on s’y arrête, poil à la tête,
au moins pour faire travailler l’ouie !

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Plusieurs jeux d’étirement ou de réduction sont célèbres. Il y a celui des petites


annonces :
« Vds apptmt 4 p, comprnt salon, 3 chb, cuis, wc, s de b. »
Il n’est pas conseillé d’écrire de cette manière. Mais écrire en ne conservant que les
consonnes de certains mots (et faire lire) peut exercer l’œil à choisir vite et mieux
ses points de repère.
« Le petit Poucet arrva ds la frêt avec ses frèrs. Il jetait des cllx blcs derrr lui pr rtrv
sn chmin. »

Un autre jeu de réduction exploite le style télégraphique disparu avec les télégrammes.
« Princesse arriva dans forêt. Marcha toute journée. Perdue. Se trouva devant
cabane des nains. Entra… »

La pire des réductions, phonétique (très prisée des enfants), fait la nique à l’ortho-
graphe. On ne la pratiquera que s’ils sont capables de lire à voix haute et rapide-
ment ce qu’ils ont composé – et s’ils acceptent de lire la correction !
Javé doné un gato à ma seur pour sé douzan. Elle a tout bekté san man doné.
Cé une égohiste. La prochène foi kelle ora douzan je lui doneré rien. Ou alor des
dragé o piman.

Plus riche (mais aussi légère au plan orthographique !) est la réduction abécédaire,
suivie par le SMS.
Si T-T mieux L-V tu penserais à O-T ta K-puche quand tu 10 bonjour O pas-100.

Mais revenons aux jeux d’étirement. Nous avons parlé d’étirements mot par mot.
Et si nous progressions par syllabes ? (C’est très difficile, mais ça ne coûte rien de
se renseigner !)
1 Bon !
2 Bonjour !
3 Bonjour, toi !
4 Bonjour, Toinette !
5 Bonjour, Antoinette !
6 Bonjour, chère Antoinette !
7 Bonjour, va, chère Antoinette !
8 Bonjour fou, vachère Antoinette !
9 Bonjour fougueux, vachère Antoinette
10 Bonjour fougueux, ô vachère Antoinette
11 Bonjour fougueux, là-haut, vachère Antoinette !
12 Bonjour fougueux du Laos, vachère Antoinette !
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Beaucoup plus abordable, un jeu d’étirement accole un pronom relatif à chaque nom
d’une phrase si possible, avec une subordonnée appropriée.
Phrase de départ :
« La mère accompagnait son fils chez le coiffeur. »
On obtient :
« La mère, qui fumait la pipe, accompagnait son fils, qui grattait ses poux,
chez le coiffeur qui les regardait de travers. »
Par une autre classe qui n’a conservé que le verbe et utilise d’autres pronoms relatifs :
« Le monsieur, dont la femme pêchait la truite en Écosse, accompagnait son chien
qu’une sorcière avait transformé en hippopotame, chez le vétérinaire à qui les
clients avaient offert une trousse à outils toute neuve. »
NIVEAU : CM2

Aussi intéressant, l’étirement suivant : ajouter à chaque verbe d’un texte une
précision au participe présent (et pourquoi pas de même initiale – ou croisée).
Proposons cette simplification des premiers vers d’« Après la bataille » à des élèves
qui sont invités à ajouter un participe présent à chaque verbe, individuellement, sur
une feuille de papier.
Phrase de départ :
« C’était un Espagnol de l’armée en déroute
Qui se traînait […] sur le bord de la route.
[…]
Et qui disait : « À boire ! à boire par pitié ! »
On obtient, entre autres :
« C’était un Espagnol de l’armée en déroute
Qui se traînait EN TÉLÉPHONANT sur le bord de la route,
Et qui disait EN DÉCAPSULANT UN COCA : « À boire ! À boire par pitié » !
(Empressons-nous de lire à voix haute la poésie d’Hugo !)
NIVEAU : 6e

Un jeu d’étirement classique existe depuis des décennies. Malheureusement, il s’enlise


très vite. Il s’agit du jeu dit de « Littérature définitionnelle », par lequel on rem-
place les noms d’une phrase par leur définition dans le dictionnaire. On obtient une
deuxième phrase, dont on remplace encore les noms par les définitions, et ainsi de
suite jusqu’au charabia. Autant l’éviter. (À l’envers, en revanche, la réduction peut
amener l’enfant à réfléchir. On propose la solution délayée : les enfants recherchent
les mots qui condenseront les définitions. Intérêt vocabulaire et stimulant intellec-
tuel ! (analyse/synthèse).

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J E U X D ’É T I R E M E N T S E T D E R É D U C T I O N S

Exemple (CE, très rapide) :


Phrase de départ : Le mammifère carnivore à pelage jaunâtre mangea en le déchirant
avec ses dents le petit de la brebis.
Simplification : Le loup dévora l’agneau.
(Avec une classe de CM, on pourrait partir du 3e degré : « L’animal vertébré à pelage jaunâ-
tre et mamelles, muni de fortes canines adaptées à un régime carné, avala pour se nourrir en le
mettant en pièces avec ses organes durs formés d’ivoire le petit de la femelle du mouton. »)
Le jeu de « chers ennemis », qui pousse à rechercher des mots ou des propositions
contradictoires dans un même récit (intérêt vocabulaire et grammatical, outre l’in-
térêt de spéculation constructive), fut ainsi traité :
Un matin, à l’heure où le soleil se couche, un rat étourdi mais attentif sortit de son
trou bouché en y entrant. Il aperçut un lion sans le voir. Ce lion, majestueusement
ordinaire, jouait sans s’amuser à gratter la terre en béton.
– Va-t’en et reste ici ! dit-il, car il était muet.
Le rat détala sans bouger. Il avait eu peur car il était courageux. Le lendemain la
veille, le faible lion très costaud alla pêcher à la chasse. Sur le chemin, en marchant
à côté dans l’herbe qui n’avait pas poussé, un filet tomba du sol sur lui. Le lion
rugissait en silence. Il se débattait immobile. Il était furieusement calme. Il arracha
les mailles du filet qui resta intact.
Alors le rat joyeusement triste arriva vite en trottant lentement et en prenant tout
son temps. Avec ses dents saines mais cariées, il rongea quelques mailles sans
remuer les mâchoires. Maladroitement, d’un coup de patte habile, le magnifique
lion minable se libéra en demeurant prisonnier et s’enfuit sans partir. Il remercia le
rat sans lui dire merci. On a toujours malheureusement jamais besoin d’un plus petit
grand que soi.
(Les enfants furent ensuite invités, par équipes, à répertorier les contradictions en
colonnes.)
NIVEAU : 6e

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Et la lettre ?
a Frédérique
la brutalise
mer toujours
cinq nicolas
rusés tandis
marins qu’il
pêchent boit
gaiement ici
du
t NIVEAU : CM2

Et le dactylogramme (dont nous avons parlé) ?


Le bébé BOA marche PEU.
Le bébé LION marche TROP.
Le bébé TIGRE marche AUSSI.
Le bébé GIRAFE marche AUTANT.
Le bébé GUÉPARD marche SOUVENT.
Le bébé ÉLÉPHANT marche TOUJOURS.
Le bébé KANGOUROU marche LENTEMENT.
Le bébé RHINOCÉROS marche LOURDEMENT.
Le bébé HIPPOPOTAME marche MALAISÉMENT.
Le bébé CHARDONNERET marche DÉLICATEMENT.
Le bébé ORNITHORYNQUE marche PRÉMATURÉMENT.
NIVEAU : 5e

Et classe de 5e encore, cet étirement, à la lettre près de la phrase de Molière :


« Le petit chat est mort. »
Cette phrase totalise 23 signes en comptant les 4 espaces et le point final.
Voici quelques solutions jusqu’à 30 :
24 : Le petit chat est crevé.
Le petit chat est foutu.
Le petit chat est raide.
Le petit chat est kaput.
25 : Le petit chat est décédé.
Le petit chat est claqué.
Le petit chat est défunt.
26 : Le petit chat est liquidé.
Le petit chat est trucidé.
Le petit chat a disjoncté.

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J E U X D ’É T I R E M E N T S E T D E R É D U C T I O N S

Le petit chat est clamecé.


27 : Le petit chat s’est éteint.
Le petit chat est bouzillé.
28 : Le petit chat est zigouillé.
Le petit chat est assassiné.
Le petit chat a rendu l’âme.
29 : Le petit chat nous a quittés.
30 : Le petit chat est tombé raide.
Le petit chat a cassé sa pipe.
40 : Le chaton est parti dans un autre monde.
50 : Le petit chat croque les pissenlits par la racine.
60 : Le petit chat a définitivement cessé de vivre et de miauler.
70 : Le petit chat a été flanqué dans un trou par le fossoyeur du cimetière.
100 : Le petit chat, qui ne respirait plus, a été jeté dans un trou par un fossoyeur
du cimetière municipal.

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4. Mots-valises
et marabout

Le jeu de marabout :
J’en ai marr’
marabout
bout d’ficelle’
sell’ de cheval…
est plus riche qu’il n’y paraît à première vue : jouant sur les syllabes (sonores) il est
facile à pratiquer (à l’aide de l’enregistrement audio), mais ne va pas bien loin tel quel.
En revanche, on a tiré de ce jeu un jeu autrement sérieux : le jeu de mot-valise.
Soient deux mots :
marabout bouquiniste
BOU BOU
maraBOUquiniste
« marabouquiniste » : un mot nouveau a été créé. Reste à lui
donner une définition, mais SANS reprendre aucun des deux mots
constitutifs du mot-valise. Donc synthétiser. Trouver des catégories
définitionnelles différentes. Exemple :
« marabouquiniste » : vieil oiseau de bibliothèque.
Étape intermédiaire : intuitivement, l’enfant dessinera volontiers le
rapprochement. Il éprouvera plus de difficultés à former une définition.

MOTS-VALISES

RÈGLE

Ne pas employer, en premier mot, un mot terminé par un E muet.


Préférer, pour les deux mots constitutifs, des mots d’au moins deux syllabes
chacun.

Quelques exemples :
• autocar caribou
autocaribou : il transporte les voyageurs au Canada.

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M O T S - VA L I S E S E T M A R A B O U T

• panda Dagobert
pandagobert : ours qui a mis sa culotte à l’envers.
• mélodie dinosaure
mélodinosaure : musicien d’il y a bien longtemps !
• éléphant fantôme
éléphantôme : gros revenant.
NIVEAU : CE À 6e

Les mots associés peuvent être tous deux des noms (d’animaux, de métier, etc.), des
noms propres parfois, des adjectifs qualificatifs :
• pécari ridicule
pécaridicule : cochon sauvage qui n’a pas l’air malin.

Voici quelques mots-valises et phrases proposés par des enfants (en vrac) :
• ânerie/ritournelle
âneritournelle : bêtise musicale.
Le troubadour chantait une âneritournelle à la cour du roi.

• culotte/loterie nationale
culotterie nationale : sous-vêtement qu’on met par hasard.
Le président gagna une télévision à la culotterie nationale.

• caméléon/ondulation
caméondulation : petit animal qui change de couleur en se tortillant.
Un caméléondulation se promenait sur la palette de peinture d’un peintre.

• dictionnaire/nerveusement
dictionnerveusement : grand livre qui agace les lecteurs.
Un homme agressif arrachait les pages d’un dictionnerveusement.
NIVEAU : CM1-CM2-6e

Et comme un dessin sera toujours le bienvenu,


voilà le cariboute-en-train, ruminant nordique qui
aime faire la fête.
En Laponie, le 25 décembre, un cariboute-en-train
a bu du champagne et dansé avec le père Noël
jusqu’à l’aube !

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J E U X D ’É C R I T U R E E T D E L A N G A G E I M P E R T I N E N T S : P O U R L ’Œ I L E T L ’O R E I L L E

Le mot-valise comporte toujours un mot locomotive qui influence la définition. Il


peut être placé en tête ou en second.
On rapprochera des mots de même nature grammaticale ou de nature grammati-
cale différente. Quelques exemples, fournis par des élèves :
– nom commun + nom commun : « boulangéologue » (homme qui fait son pain dans
une grotte) ;
– adjectif qualificatif + adjectif qualificatif : « mécontemporain » (homme qui n’aime
pas son époque) ;
– verbe + verbe : « accéléréussir » (faire vite pour trouver la solution du problème) ;
– nom commun + adj. qual. : « requinquagénaire » (squale âgé) ;
– nom propre + adj. qual. : « Napoléonteux » (l’Empereur après Waterloo) ;
– nom propre + nom commun : « Charlemagnétoscope » ;
– prénom + nom commun : « Déborahtatouille » ;
– prénom + adj. qual. : « Pamélamentable » ;
– nom + verbe : « violoncellectionner » (choisir les
meilleurs violoncellistes ; concours de violoncelle) ;
– nom + nom composé : « archipelle à tarte »
(bouts de gâteaux dans l’eau comme des îles) ;
« somnambule de savon » (dormeur qui fait des bulles) ;
– nom + adverbe : « détergentiment » (produit qui lave
le linge sans l’abîmer) ;
– nom + expression : « redingote-toi de là que je m’y mette ! »

Important : tout bon mot-valise, en raison du rapprochement intempestif


de deux mots, porte en soi un embryon d’histoire qu’il suffit de développer
au-delà de la définition. Tous les mots-valises sont de taille à jouer le rôle
d’incipit.

Exemple : « Léoparapluie », panthère normande.

En ce temps-là, les animaux sauvages vivaient heureux en


Normandie. Mais chaque fois que le léoparapluie passait
sa patte derrière son oreille, il pleuvait. Les animaux étaient
trempés (sauf le léoparapluie, forcément). À la fin, ils décidèrent
d’émigrer, et s’en allèrent silencieusement une nuit pendant
que le léoparapluie dormait. C’est pourquoi il n’y a plus
de fauves en Normandie.

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M O T S - VA L I S E S E T M A R A B O U T

Description d’un outil inventé :


Le « marteaubbogan ».
Il y avait à la fête foraine un toboggan très haut. Sa pente était très raide car
les ouvriers s’étaient trompés en le montant. Le premier qui essaya de glisser sur
ce toboggan arriva au sol assommé. Les gens disaient : « Pour monter là-dessus,
il faudrait être marteau. » On l’appela donc le marteauboggan. Mais le manège
eut beaucoup de succès car il donnait aux clients des sensations fortes.
NIVEAU : 5e

Avant de parvenir au texte, quelques jeux procureront un bon entraînement :


1. Jeu de cortège (les deux mots doivent être déformés en restant dans le même
univers).
Le crocodiligence et le chameautocyclette (véhicules) ;
Le french-cancangourou et la tortutu (danse) ;
Le léoparatonnerre et le calaorage ;
Le pélicandouille et le vermisseaucisson.
2. Jeu d’insultes (en ordre alphabétique)
– « Va donc, eh… analphabetterave !
Bourricocotier ! Bétail-crayon !
Chauve-souridicule !
Dromaderviche tourneur !
NIVEAU : CM1

3. À partir du jeu de marabout


J’en ai marr… miton, disait le cuisinier.
J’en ai marr… onnier, disait l’arbre.
J’en ai marr… about, disait l’oiseau d’Afrique.
J’en ai marr… ignan, disait François Ier.
J’en ai marr… seillaise, disait Rouget de Lisle…

4. Noms de métier
Trouver les noms de ces animots-valises.
(Il fait le pain) : MARABOU… R (Il aide le cuisinier) : CALAMAR… N
(Il répare les automobiles) : ALPAGA… E (Elle fait des chapeaux) : CHAMEAU… E
(Il ramone les cheminées) : ARA… R (Il fait des sacs) : HOMAR… R
(Il vend des clous et des outils) : (Il conduit un avion) : OKAPI… E
REQUIN… R (Il vend de la viande) : CARIBOU… R
(Il soigne les malades) : M… SINGE (Il saute en parachute) : GUEPAR… E

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5. L’intrus
Parmi tous ces animaux, lequel n’a rien à voir avec la cuisine ?
gibbonbon – rascassiette – cariboudin –
asticôtelette – coucourge – bengalimonade –
coucouvert – camembergeronnette – souriceaucisson –
flamandouille – artichauve-souris – caïmandarine –
colibrioche – aratatouille – bababouin – haricobra –
abricolombe – pumarmelade – poulopossum – cassouléopard –
bouillabescargot – lézarbalète – mammoutharde – goélantille –
ibiscotte – ibiscuit – chocolamantin – marmotte de beurre –
hirondelle de saucisson – castorboyau.
6. Noms à placer dans des tableaux
Placer les oiseaux :
coucouloir – manchouette – butordu –
buselière – geaicoute – ibis – milan – seringard –
mésangelure – pivérone – vanneautobuse –
grèbe – froitelet – camembergeronnette – râle –
corbottillon – homartin – hibouvreuil – hibouton –
oie – toupie – paonpa – sansonnet – copinson –
véloriot – moineausfératu – amerle – colibridé –
caille – bibhéron.

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7. Mots cachés
poussympathique – pumarchandise –
chimpanzéro – marabouffe – tigrenier –
guéparasite – kangouroulotte – alpagag –
chacalas – tétarte – opossum – fennec –
plie – poisson – tigre – boa – carpe –
buse – gnou – galago – grue – raie –
moule – moineau – dorade – taupe –
merlan – pieuvre – serin – singe –
bestiau – thon – criquet – geai – paon –
émeu – huppe – ure – oie – faon – sole –
taupin – méduse.

Une fois ces mots placés, il reste 22 lettres qui n’ont pas
servi. Avec ces 22 lettres, compose deux mots-valises
de 11 lettres chacun :
FO…… RE
(petite bête énigmatique)
AB…… NE
(petit serviteur de dieu avec des échasses)
(fourmystère ; abbécassine.)

8. Devinettes, charades
Quelques devinettes
– Quel animal-valise chante toujours « Il pleut, il pleut bergère » ?
(Le héron-héron-petipatapon.)
– Quel est le contraire de l’éléphanteau ?
(L’éléphantard.)

– Quel est l’animal d’Australie qui fait pschitt ?


(Le Coca-koala.)

Charade
– Mon premier mange les souris.
– Mon second empêche la voiture de rouler.
– Mon troisième est un adjectif possessif.
Mon tout est un mammifère carnassier en sous-vêtements.
(chat-cale-son) (chacaleçon)

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9. Le travail de phrases séparées


Une phrase comme : « Un gros éléfanfaron faisait le malin dans un magasin de
vaisselle fragile et il cassait tout. » (par un élève de 5e) débouchera facilement sur
une production de texte.

Par exemple, en voici deux, d’abord un texte humoristico-poétique, tandis que le


second, mot-valise le plus souvent en fin de phrase, épouse les mouvements impré-
visibles du rêve :
A/ Le printempête était arrivélocipède. Dans
les jardindonneaux, des violaiteries avaient
poussétacé le long des murs. Les tulippodromes,
les pijonquilles et les primevermicelles jetaient
des taches multicolornithologiques dans la
verdure naissante et sur les saladmiratives.
Les lilamentables étaient roses ou blancs.
Le soleil brillait joyeusementhe à l’eau dans
le ciel clair. Sur les arbres neufs, les okapigeons, les vautourterelles, les
roitelédredons, les calepinsons, les bambouvreuils, les rhinocérossignols sifflaient.
Ils pondaient des œufs dans les colonids. Ils donnaient la becquestionnée à leurs
oisillons. Des abeilles et des bourdon-quichotte suçaient le nectartuffe des fleurettes
tandis que les papillons légénéraux se laissaient porter par la douce brise comme
des pétalismans. Les hommes et les femmes se promenaient dans la naturpitude ;
les enfants couraient et riaient comme des lutintamarres.
B/ Je rêvais que j’étais au paradinosaure.
J’étais poursuivi par des animautocyclistes.
Ils couraient sur la route tandis qu’en face
de moi arrivait une automobilboquet énorme.
La boule sautait en l’air au bout d’une ficelle
de cheval. L’animal tout noir galopait autour
d’un hippodromadaire. Il avait une grosse
bosse et traversait péniblement le désert
du Saharadiateur […]
Il faisait une chaleur tellement étouffante dans ma chambre que je m’éveillai.
NIVEAU : 6e

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10. Combiné avec l’acrostiche de prose


Texte produit par des élèves qui travaillèrent sans aide, isolés dans une salle voisine.
ÉLÉPHANTASSIN
En barrissant, les éléphantassins saccagent tout sur leur passage. Les plus forts
et les plus gros sont devant. Évidemment, les lions et les tigres se croient comme
toujours les rois de la jungle, alors qu’ils se font massacrer. Pardon, excusez-
nous, nous avons oublié de vous dire que les éléphantassins sont des soldats
armés. Hiboux et chouettes les effraient quand ils marchent dans la nuit. Apeurés
par ces drôles d’éléphants, les alligators et les caïmans se cachent sous l’eau.
Naturellement, ces crocodiles échappent aux éléphantassins car ces derniers ne
vont pas sous l’eau. Théoriquement, les éléphantassins vivent dans les endroits les
plus secrets de la jungle. Arrivés devant la rivière, ils boivent un coup avec leurs
trompes. Se battant contre les autres animaux, ils gagnent beaucoup de territoires.
Souriant après leurs victoires, ils rentrent chez eux en se tournant les pouces.
Ils sont très fatigués le soir et ils s’endorment très vite. Ne nous remerciez pas
de vous avoir renseignés sur ces animaux de la jungle !
NIVEAU : CM1

11. Acrostiche abécédaire


La grande bataille entre les éléphantassins et les caïmandarines
Attaqués par les caïmandarines, les éléphantassins attrapèrent leurs armes.
Beaucoup avaient des fusils, mais plusieurs avaient des bazookas et même
des canons. Caïmandarines et crocodiles de France arrivaient en rampant derrière
les buissons. Doucement, ils encerclaient les éléphantassins. En criant, ces derniers
sortirent de chez eux.
– Fusillez ces sales caïmandarines ! barrissait leur chef.
– Gare aux éléphantassins ! criaient les crocodiles, les caïmans et les alligators.
Horriblement, le combat commença. Il y avait des éléphantassins qui écrasaient
des crocodiles comme des galettes. Joyeusement, ils les piétinaient. K.O., les
crocodiles ! Les éléphantassins tiraient dans le tas. Malheureux crocodiles !
– Nous allons les massacrer tous ! criaient les éléphantassins en colère. Ôtez-vous
de là, brigands !
– Pitié, pitié ! disaient les caïmans en versant des larmes de crocodile.
Quel carnage ! Rageusement, les éléphantassins décapitaient les ennemis, leur
arrachaient les membres ou leur faisaient éclater le ventre !
– Sauve-qui-peut ! cria tout à coup le chef des caïmans.

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Tous les crocodiles, caïmans et alligators


se mirent à courir vers la rivière.
Une grande bousculade eut lieu
sur le sentier. Vaillamment, les
éléphantassins les poursuivirent
et en tuèrent encore une centaine.
– Wagonnez les blessés ! criait le chef
des caïmans aux infirmiers.
Xénophobes, les éléphantassins n’aimaient pas les crocodiles parce que c’étaient
des étrangers.
– Yé ! Yé ! chantaient-ils en tirant des coups de fusil sur eux. Zigouillez-les tous !
DURÉE : 20 MINUTES
NIVEAU : 6e
ENREGISTREMENT AUDIO

12. Jeux à présentation visuelle


Certains jeux, qui ne sont pas directement faits pour l’œil, sont susceptibles d’adopter
une forme de présentation visuelle.
C’est le cas du jeu de son répété d’une phrase à l’autre, adaptation à la prose du
vers à écho. Cette anadiplose sur « Le lion et le rat » associe les répétitions sonores
(au tableau) :
Un rat sortit de terre entre les pattes d’un lion en pleine foRÊT.
RAIsonnablement, le lion le laissa parTIR.
« TIRe-toi de là, lui dit-il, et ne reviens plus sur mes TERRes !
TERRifié, le rat s’en alla aussiTÔT.
TÔT le lendemain, le lion partit pour la chasse en rugiSSANT.
SANS se méfier, il se fit attraPER.
PEInant et se débattant, il essayait de se débarrasser du fiLET.
LES mailles résistaient aux efforts du roi des aniMAUX.
MOrt de fatigue, il renonça à se libéRER.
RAYonnant de santé, le rat arriva en chanTANT.
TANdis que le lion se reposait, le rat rongea les mailles du fiLET.
LES fils craquèrent et le lion s’en débarraSSA.
SA libération fut fêtée par les deux aMIS.
« MIam-Miam » ! faisaient-ils en dînant ensemble.
NIVEAU : CM1

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L’exercice est très difficile, bien que deux élèves, de retour d’une classe de mer, aient
écrit ces vers à écho !
Je suis allé à Bréhat
Attraper des anémones.
Monotonement la mer
Merveilleuse s’agitait
Terriblement déchaînée.
N’est-il pas vrai que sur l’île
Il n’y a pas de voitures
Turbulentes et bruyantes ?
Entre les deux moitiés d’île
Il y a un petit pont.
Ponds-tu des œufs, goéland ?
Lentement, déploie tes ailes,
Elles sont de couleur blanche.
Enchantez-moi, belles voiles !
Voilà un catamaran
Rentrant sans doute au Port-Clos […]
NIVEAU : CM

Pour faciliter le jeu, on pourrait demander aux enfants des phrases sans rapport
entre elles. Mais exiger les échos !
« Gardez votre sang-froid, dit le maître
aux élèves, car il y a un incendie. »
Dimanche est le dernier jour de la
semaine. « Mène les vaches au pré »,
dit le fermier à son fils. « Ficelle le
shérif ! » dit le chef à un Indien
peau-rouge…

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MARABOUT

Mais le jeu le plus simple consiste à revenir au marabout.


Exemple : ce jeu, pour l’oreille, peut être présenté, pour l’œil, au tableau :
capucine
cinéma
martyriser
Zélande
landau
domino
naufragé
gémissement
mentalité
ténébreux
brebis
NIVEAU : CM1 bicyclette…

Une autre classe n’a joué qu’avec des noms communs :


monument
manteau
torero
robinet
nénuphar
pharmacie
cinéma
marabout
bourricot
copain
pintade…

Une autre a privilégié les verbes à l’infinitif (plus délicat) :


arriver
végéter
téléphoner
nécessiter
téléguider
décorer
rétrécir
circuler
NIVEAU : CM1 laisser…

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Une autre encore a enchaîné les verbes au participe présent et au participe passé :
saisissant
sangloté
terminé
naissant
senti
tirant
renversé
séchant
chantant
tendu
durci
NIVEAU : CM2 cimentant…

Quelques verbes conjugués :


sortiras
ramassa
salirons
ronfleras
ralentissait
saisissons
songerez
raidissez
NIVEAU : CM2 saignerez…

On enchaînera encore des noms composés, groupes de mots ou expressions populaires :


pelle à tarte
tarte aux pommes
pomme de pin
pain d’épice
pisse au lit
lit de mort
mort aux rats
ras-le-bol
bol de lait
laid comme un pou
pousse-toi de là

NIVEAU : 6e

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Parallèlement à ce jeu d’écho, l’acromonogrammaticum enchaînera les mots lettre


à lettre, jeu cette fois uniquement pour l’œil :
ordinateuR
Radiateur
racine
éboulement
tapage
écharpe

On pourra demander d’alterner noms communs et adjectifs qualificatifs :


tableaU
Unique
éponge
extraordinaire
éléphant
terrible
écolier
rapide…

Comme la lettre E revient trop fréquemment, on ne se contentera pas d’observer


la dernière lettre d’un mot pour trouver la suite, mais on comptera le nombre de
lettres de ce mot.
Exemple :
usine – le mot est terminé par e, mais comme il compte 5 lettres, on continuera
l’alphabet 5 lettres après le e terminal, ce qui nous fournira l’initiale du mot à
trouver.
usine … F-G-H-I-J
5
jaunisse … F-G-H-I-J-K-L-M
8
miracle
7
lune
4
ibis
4
oi de là wagon…
5

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Le jeu offre d’extraordinaires débouchés. Le plus simple consiste à enchaîner des


phrases de telle sorte que la dernière lettre du dernier mot de l’une étant une voyel-
le, la première du premier mot de la suivante soit une consonne, et inversement. Ce
travail collectif, au tableau, a été réalisé en une dizaine de minutes :
Paris est la capitale de la France. Nous y habitons. Il y a une magnifique tour
appelée la tour Eiffel. Elle a été construite par Gustave Eiffel il y a un siècle.
Notre-Dame est une cathédrale qui a été construite au Moyen Âge. Le Sacré-Cœur
a été bâti à Montmartre. Le Louvre est un grand musée d’art ancien. Il abrite les
ruines d’un château fort détruit. On y trouve le tableau le plus célèbre du monde :
la Joconde. Le président de la République habite l’Élysée. Le 14 juillet, on dépose
des fleurs sur la tombe du soldat inconnu. Les soldats défilent sur les Champs-
Élysées. On tire un grand feu d’artifice le soir.
NIVEAU : CM1

Même durée pour un dialogue :


– Montre-moi tes dents. As-tu mal ?
– Oui, j’ai très mal.
– À quelle dent ?
– À la molaire gauche en haut.
– Ouvre la bouche que j’examine cette dent.
– Aïe !
– Ne crie pas. Il faut bien que je fasse mon travail.
– Oui, mais vous me faites mal.
– Il y a une carie. Je vais te la soigner.
– Est-ce que ça me fera souffrir ?
– Un petit peu. Le temps que je passe la roulette.
– Je ne veux pas, j’ai peur.
– Est-ce que tu préfères garder cette dent malade ? Tu aurais encore plus mal après
car je serais forcé de l’arracher ! Ouvre la bouche ou je me fâche ! Tâche de rester
tranquille !
– Quel malheur !
NIVEAU : CM2

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Une variante aussi facile consiste à enchaîner des phrases voyelle à voyelle et
consonne à consonne, comme firent ces deux écoliers :
Sur la place Saint-Sulpice, monsieur Dupont
rencontre monsieur Giraud.
– Vous ne trouvez pas qu’en face de chez vous
les travaux sont bruyants ?
– Vous avez raison. J’irai me plaindre.
– Avant, je dormais tranquillement !
– Moi aussi !
NIVEAU : CM1

L’enchaînement par le nombre de lettres (même nombre pour le premier mot d’une
phrase que pour le dernier de la précédente) plaît beaucoup aux enfants. Ce faux
bulletin d’informations est l’œuvre de trois écoliers (texte ancien, l’« actualité » est
datée) :
Mesdames et messieurs, bonjour ! (7)
Jacques (7) Chirac travaille maintenant dans une usine.
Cette semaine, il n’a pas été payé, il est à la rue.
Six enfants sont morts d’une crise cardiaque cette nuit dans la voiture de Dorothée.
François Mitterrand a invité Édith Cresson pour partager
son repas en tête à tête.
Hier à Tahiti un touriste s’est fait scalper par
un apache.
Victor Hugo, qui a ressuscité il y a trois jours,
s’est engagé pour faire son service militaire à Tunis.
Bonsoir, mesdames et messieurs, nous devons vous quitter
parce qu’il y a une bombe de la mafia sur le plateau.
NIVEAU : CM1

Mais le jeu le plus difficile (et le plus riche) reste l’enchaînement par la même lettre,
entre la dernière d’une phrase et l’initiale du premier mot de la suivante.
Il était une fois un corbeau qui s’était perché sur un arbre. Étant gourmand,
il avait volé un gros camembert. Tout à coup, un renard arriva. Attiré par l’odeur,
il s’approcha doucement.
– Tu n’as pas l’intention de me voler mon fromage, j’espère ? croassa le corbeau
inquiet.
– Ton fromage ne m’intéresse pas, répliqua le renard. D’autant que le fromage
me donne la nausée.

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M O T S - VA L I S E S E T M A R A B O U T

– Eh bien tant mieux, dit le corbeau, car je n’avais pas l’intention de le partager
avec toi.
Il se retourna et porta le fromage à son bec. Cette fois, le renard se décida
à passer à l’action.
– Nos renardeaux te trouvent vraiment très beau, dit-il.
Leur désir serait d’avoir un autographe de toi.
Ils disent que tu chantes très bien. Ne voudrais-tu
pas me chanter une de tes mélodies ?
Sur sa branche, le corbeau rougissait d’orgueil.
Les ailes déployées, la tête haute, il respira un grand
coup. Puis il se mit à chanter comme une casserole.
Évidemment, le fromage tomba de son bec dans la gueule
du renard qui l’avala en riant.
– Tu n’es vraiment pas rusé ! dit-il. La prochaine fois,
ne parle pas la bouche pleine !
Et le corbeau piteux resta le ventre vide sur sa branche.
NIVEAU : CM2

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5. Rythmes
RYTHMES ÉCRITS

Le rythme est une donnée fondatrice de notre histoire littéraire.


Le vers est oral, il mène le jeu sur la langue et sur l’émancipation
de la pensée.
Il conquiert vite des espaces neufs, charmant, comique, amoureux
(courtois), grave, et ses codes se définissent peu à peu : rimes, nombre de syllabes,
avec longtemps l’indécision sur la lettre e muette ou sonore. Il se limite d’abord à
l’octosyllabe, l’heptasyllabe, l’hexasyllabe, reflets sans doute du langage oral dominant
de l’époque.
Voyez, brièvement, des débuts à la fin de la guerre de Cent Ans :
(8) Grande peine m’est advenue […] (Comtesse de Die – XIIe siècle)
(6) Sirène la mer hante,
Dans la tempête chante
Et pleure par beau temps […] (Philippe de Thaun – début XIIe siècle)
(8) Ne sait chanter qui ne dit rien
Ni vers trouver qui ne dit mot […] (Jaufre Rudel – début XIIe siècle)
(8) Belle amie, ainsi est de nous
Ni vous sans moi ni moi sans vous […] (Marie de France - XIIe siècle)
(7) Le temps va et vient et vire
Par jours, par mois et par ans […] (Bernard de Ventadour - XIIe siècle)
(8) Mort est le rêt qui tout attrape […] (Hélinand de Froidmont – fin XIIe siècle)
(7) L’amour, plein de fausseté
Prend le miel, laisse la cire
Et pèle pour lui la poire […] (Marcabrun - XIIe siècle)
(7) Au vingtième an de mon âge […] (Guillaume de Lorris, « Le roman de la Rose » -
XIIIe siècle)

(7) Les princes ne méritent pas


Qu’un astre annonce leur trépas […] (Jean de Meung – « Le roman de la Rose – fin XIIIe siècle)
(7) Sire comte, j’ai viellé
Devant vous, en votre hôtel,
Et ne m’avez rien donné […] (Colin Muset - XIIIe siècle)
(5) Je vis toute mer
Sur terre assembler […] (Philippe de Beaumanoir – fin XIIIe siècle)
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RYTHMES

(8) Ne convient pas que vous raconte


Comment je me suis mis à honte […] (Rutebeuf – fin XIIIe siècle)
(5) Le son d’un cornet
Mangeait du vinaigre […] (Jehan Bodel, Fatrasie – fin XIIIe siècle)
(7) Doucement me réconforte
Une chatte à moitié morte
Qui chante tous les jeudis […] (Watriquet, Fatrasies – début XIVe siècle)
(7) J’ai verts yeux, petits sourcils,
Le chef blond, le nez traitis,
Rond menton, blanche gorgette ;
Suis-je, suis-je, suis-je belle […] (Eustache Deschamps – fin XIVe siècle)
Et voilà que les temps ont changé ! Christine de Pisan utilise aussi le décasyllabe, et
surtout, que Villon, qui a pourtant usé de l’heptasyllabe ou de l’octosyllabe, donne à
ce rythme logique toute sa valeur humaine :
(8) À qui dit-elle sa pensée
La fille qui n’a point d’ami ?
(10) Seulette suis et seulette veux être
Seulette m’a mon doux ami laissée […] (C. de Pisan – début XIVe siècle)
(7) En l’an de mon trentième âge
Que toutes hontes j’eus bues […] (François Villon – fin XVe siècle)
(8) Je plains le temps de ma jeunesse
(Auquel j’ai plus qu’autre gallé […]
(10) Frères humains qui après nous vivez,
N’ayez les cœurs contre nous endurcis […] (F. Villon)

Le monde sort de sa gangue, le langage du plus grand nombre s’enrichit, accueillant


le décasyllabe, qui triomphera jusqu’à la Renaissance – même si, encore, l’indécision
oral/écrit sur la lettre E se manifeste parfois !
(10 ou 11 ?) Sots lunatiques, Sots étourdis, Sots sages
(10) Sots de villes, de châteaux, de villages
Sots rassotés, Sots niais, Sots subtils […] (Pierre Gringore – début XVIe siècle)

D’autres poètes nombreux pratiquent encore les métriques anciennes. Marot ne se


prive point de jouer de l’octosyllabe léger (« Adieu la cour, adieu les dames »… « De-
dans Paris, ville jolie »…) mais il décline le décasyllabe du grave au mot d’esprit :
(10) Lorsque Maillard, juge d’Enfer, menait
À Montfaucon Semblançay l’âme rendre […]

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(10) Cestui lion, plus fort qu’un vieil verrat,


Vit une fois que le rat ne savait
Sortir d’un lieu pour autant qu’il avait
Mangé le lard et la chair toute crue […]
(10) En m’ébattant je fais rondeaux en rime […]
Et en rimant bien souvent je m’enrime […]

Mais la poésie change : d’œuvre pour l’oreille, elle va


devenir jeu pour l’œil (et ce n’est pas un paradoxe
que le grand responsable soit un malentendant, Ronsard !)
La Pléiade s’organise. Le langage ayant encore évolué, le vers dodécasyllabique
arrive :
(12) Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage […] (Du Bellay)
(12) Laissez donc votre peuple en ce point respirer […] (Olivier de Magny)
(12) Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle […] (Ronsard)
(12) Celui n’est pas heureux qui n’a ce qu’il désire […] (Rémy Belleau)
(12) Comme un qui s’est perdu dans la forêt profonde […] (Étienne Jodelle)

Et pourtant ! Même s’il l’emporte, le vers alexandrin devra


encore attendre le siècle de Louis XIV pour devenir l’emblème
du langage théâtral ! Contrainte irréversible qui contribuera
sans nul doute à libérer la langue trop longtemps contenue dans
le carcan de Versailles.
Le XVIIIe siècle, pour s’en affranchir, cherchera la prose, que le siècle
suivant fera fleurir. Les poètes, enfermés dans les règles du
rythme, exacerberont le vers. Hugo le réduira, l’étirera par
enjambements, le fracassera, en fera des feux d’artifice, et
d’autres poursuivront jusqu’au vers libre, plus long, sans rime.
L’art poétique et le jeu continuent2…

2. Le rap, expression des plus humbles, appuyé sur la musique et la danse, en dépit de sa pauvreté,
relègue pourtant, dans ses meilleures phases, l’alexandrin au rang d’accessoire ronronnant. Au lieu de
travailler 12 syllabes sur 4 temps, il en place 13, pour une attaque plus convaincue et plus incisive.

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RYTHMES

RYTHMES COURTS

En allant ricanaient près de lui qui a mis


à l’école, bêtement et ôtèrent ses chaussures
je marchais en montrant ses chaussures. à l’envers ! »
lentement Frédéric Et l’un d’eux
en sifflant aux passants. lui a dit :
quand je vis Tout à coup, – C’est malin
mon copain il tomba d’avoir mis
Frédéric sur la tête. tes chaussures
qui avait Il pleurait à l’envers !
ses chaussures en criant : Frédéric
à l’envers. – J’ai très mal repartit
Il sautait à la tête ! tout joyeux
à pieds joints, Ses copains pour l’école
tout content, arrêtèrent en chantant
dans la rue. de sourire. « C’est le roi
Des enfants Ils coururent Dagobert
DURÉE : 10-20 MINUTES
TRAVAIL COLLECTIF
NIVEAU : CM2
ENREGISTREMENT AUDIO

La contrainte :
Commencer par : « En allant… ». Les enfants proposent une suite, chaque pro-
position se limitant à 3 syllabes. En outre, un enfant ne donne pas deux solutions
consécutives. On enregistre. Le groupe (ici, une classe) invente l’histoire. Les partici-
pants anticipent et spéculent sur les suites potentielles. Chaque intervention relance
le jeu, entraîne un nouvel éventail de spéculations. (En cours de travail, on fera
respecter la règle classique : « e » s’entend devant une consonne, mais pas en fin
de vers. On rappellera les enjeux de l’histoire en cours, on ne laissera pas rejeter les
informations entrées, on fera penser à préparer une fin.)
Voici un autre exemple :
En allant/au marché/j’ai volé/une orange/une pomme/
quand soudain/le marchand/me surprit/ et cria :/
– Au voleur !/
Je m’enfuis/en courant/sous la pluie/
torrentielle/mes deux fruits/dans les mains./
Le marchand/me suivit/
en criant :/

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– Rendez-moi/mon orange/et ma pomme/ou j’appelle/la police/


J’avais faim./J’ai mangé/ mon butin/et je suis/reparti/chez maman./
Cependant,/le marchand/sous la pluie/m’avait vu/déguster/ses deux fruits./
Il grognait,/grimaçait,/rugissait/méchamment/en courant/
dans les flaques./Il glissa/sur l’écorce/de l’orange/que j’avais/balancée/dans la rue./
Entre-temps,/un gendarme/arriva,/par hasard./Étonné/par la scène/qu’il voyait/
il aida/le marchand/à se mettre/sur ses pieds./
Celui-ci/expliqua/ses malheurs./Profitant/de sa chute,/je tournai/vers la gauche/
dans la rue/des Rosiers./
Je trouvai/un refuge/dans la cour/d’un immeuble/déserté./Et personne/ne me vit./
Conclusion : /J’ai bien fait/de voler/ces deux fruits/ : ils étaient/délicieux.
NIVEAU : 6e (AIDÉE D’UN GROUPE DE 3e)

Une autre classe de 6e (extrait).


À la guerre
Les soldats
Tuent les gens.
Ils se cachent,
Ils se guettent,
Ils bombardent
Les villages.
Et les femmes,
Les enfants
Sont en larmes.
C’est l’horreur. […]

Toutes les formes d’écriture sont porteuses. Ce dialogue est un travail collectif.
– Donnez-moi/des légumes/des carottes/des endives/des poireaux/des tomates/
du poivron/des oignons/des choux-fleurs/s’il vous plaît./
– Oui monsieur./Servez-vous./C’est à vous/de choisir/vos achats./
– C’est bien cher,/ces carottes !/
– Comment ça ?/Regardez !/Ces carottes/sont bien mûres,/délicieuses !/ Légume des jours
Elles viennent/de Bretagne !
– Mais pourquoi/de là-bas ?
– Parce qu’elles/sont meilleures.
– J’en prendrai/un kilo/et aussi/des poireaux/du Poitou.
– Mais combien ?
– J’en veux six/des poivrons/s’il vous plaît.
NIVEAU : CM1-CM2

89

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RYTHMES

On aurait pu produire des lettres, des articles de journaux (vrais ou faux), de la


publicité, des textes documentaires, ou des textes rimés comme celui-ci (dès qu’ils
ont assimilé la contrainte, les enfants ont envie de produire des textes par deux ou
individuellement).
En allant en criant : Je la change
chez maman, – Viens, maman ! en mésange.
j’ai trouvé J’ai très peur Elle vole
un balai de l’horreur ! à l’école
transformant – Maintenant, et s’accroche
tous les gens dit maman, à la cloche.
en crapauds il faudrait Moi je cours
très idiots. arrêter dans la cour.
J’ai été tout de suite Je rechange
affolé. ta poursuite. la mésange
J’ai couru Je réponds : et ma mère
dans la rue – Non et non ! est en l’air,
accrochée
NIVEAU : CM1 au clocher !
Tous les points de départ sont porteurs : en marchant/à la fête/en rangeant/sur la plage/
dans la rue/dans les bois/en sortant/je marchais, etc.
Un rêve
Cette nuit,/à l’école/sur un arbre/haut perché/un oiseau/aux yeux noirs et aux ailes
rougeoyantes s’étalait pour mourir doucement. Un miracle arriva « sur » le pauvre
animal qui soudain se leva, remua. Puis sa tête regarda le ciel bleu et l’oiseau
prit son vol. Je souris « de » le voir si heureux. « Puis enfin », très content, je me
couchai (ici, une erreur : 4 syllabes) pour dormir. Le matin, je me levai (autre erreur)
pour le voir sur son arbre haut perché : dans son nid, il avait « fait » des œufs.
NIVEAU : CM1

La recherche peut rebondir dans une exploitation nouvelle, à partir d’une autre
contrainte. Une classe, ayant produit une histoire trisyllabique au magnétophone (1),
a repris l’histoire en enchaînant les phrases par la dernière et la première lettre (2) :
1. Ce matin/au marché/j’ai vendu/un poulet bien grillé qui coûtait huit euros.
Le monsieur qui m’avait acheté ce poulet est parti dans la rue.
Tout à coup, le poulet s’envola vers le ciel en rasant les toitures
des maisons. Le client étonné regardait son poulet s’en aller.
Il alla doucement demander du secours à l’agent de service, et lui dit :

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– J’ai perdu un poulet bien grillé et je viens déposer une plainte


contre le commerçant.
– Dans ce cas, répondit le gendarme, il faudra rechercher
le poulet ou alors le marchand devra vous rembourser.
2. Ce matin au marché, j’ai vendu un poulet. Tout à coup,
le poulet s’est envolé vers le ciel. Le client est allé voir un gendarme.
– Écoutez, j’ai perdu mon poulet. Tout a commencé quand j’ai acheté
cette volaille à ce monsieur. Rentrant chez moi, je suis tombé et le poulet
s’est envolé. Et pourtant il paraissait bien grillé.
– Est-ce que vous vous moquez de moi ? demanda le gendarme
très surpris […]
NIVEAU : CM1-CM2

Une autre classe, ayant trouvé un titre au texte rythmé qu’elle avait composé, récrivit
l’histoire en acrostiche de prose :
Trois syllabes
1. En allant/au marché/j’ai trouvé des souliers dans la rue. Ils volaient au-dessus
du trottoir. J’ai couru derrière eux en sautant et j’ai pris les chaussures dans mes
mains. Aussitôt, les souliers m’ont parlé :
– Laisse-nous étranger ! Nous devons partir loin sur une île !
– Je vous suis, ai-je dit. Allons-y !
Et ensuite nous volâmes dans le ciel droit devant vers le nord vers une île magnifique.
2. Les souliers
Lundi dernier je me promenais dans la rue. En courant, j’ai vu des souliers bizarres.
Soudain ils se sont envolés. Saperlipopette ! Où allaient-ils donc ? Une voix me
répondit.
– Lâche-nous ! Il faut que nous partions sur notre île !
– Eh bien, emmenez-moi avec vous !
Rapidement, nous nous envolâmes. Sur notre île lointaine, nous atterrîmes enfin.
NIVEAU : CM1-CM2

L’appel à une deuxième contrainte entraîne une modification ou un ajustement des


informations. Voyez comment une autre classe, à partir d’un texte trisyllabique,
échafauda un dialogue abécédaire entre un médecin et un enfant, remplaçant une
contrainte par une autre, et inventant alors un second texte.
1. Trois syllabes
Un matin/un garçon qui allait à l’école eut soudain un malaise dans la rue.
Il tomba sur la tête et il eut mal au crâne. Un monsieur qui avait une barbe est venu
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RYTHMES

pour l’aider et lui dit :


– As-tu mal mon garçon ? Lève-toi, fais-moi voir tes oreilles.
Le garçon répondit :
– J’ai mal à cet endroit.
Il montrait de la main son visage, qui saignait. Le monsieur l’emmena chez son père.
L’enfant dit :
– J’ai très mal à la tête. Téléphone au docteur pour qu’il vienne me soigner.
Le docteur arriva aussitôt. Il ouvrit sa mallette, en sortit un bandage, qu’il plaça
sur le front du blessé. Le docteur constata qu’il n’avait pas grand-chose. Il partit,
laissant le blessé qui allait mieux.
2. Acrostiche abécédaire
– As-tu mal mon garçon ?
– Beaucoup, à la tête.
– Ce n’est rien ; d’où vient cette douleur ?
– De la tempe droite.
– Est-ce que tu as mal quand j’appuie là ?
– Franchement oui, ça me brûle.
– Grand veinard, tu n’as rien à la tempe.
– Heureusement, mais j’ai la tête qui tourne.
– Il vaudra mieux te reposer.
– Je pourrai aller à l’école demain ?
– K.O. comme tu es, il ne vaudrait mieux pas.
– La plaie se cicatrisera-t-elle vite ?
– Mais oui !
– Ne me mentez pas.
– Oui, je te l’assure.
– Pourrai-je me baigner dimanche ?
– Quand tu voudras.
– Reviendrez-vous me voir ?
– Sans doute pas, car tu n’as rien de grave.
– Tout va bien alors ?
– Un garçon comme toi, c’est costaud !
– Vous êtes bien aimable.
– William, mon fils, t’apportera tes devoirs ce soir.
– Xavier viendra sûrement aussi.
– Y a-t-il encore quelque chose que je puisse faire pour toi ?
– « Zorro » passe sur la première chaîne ; pouvez-vous allumer la télévision ?
NIVEAU : CM1

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Autres entrées suggérées par le travail du même rythme :


Au jardin/au zoo/cher monsieur/je voudrais/si j’avais/pourriez-vous/un dimanche/
quand ma mère/à minuit/un chat noir/le chanteur/l’infirmière/en Bretagne/au collège/
la sorcière, etc.

Un élève, seul, a produit ce texte documentaire sur les dents :


Nous avons des molaires, des canines, et puis des incisives. La carie est la pire en-
nemie de la dent. C’est un trou qui traverse la couronne, de l’émail à l’ivoire.
Elle fait mal au nerf. Le dentiste examine la mâchoire. Il nettoie notre dent et la
plombe d’amalgame. Il nous dit :
– Lavez bien vos quenottes tous les jours ! Et surtout ne mangez pas beaucoup de
bonbons !
Les dentistes sont utiles…
NIVEAU : CM1

Il aurait tout aussi bien pu écrire sur les lapins, les têtards, les insectes, l’escargot,
le squelette…
D’autres rythmes brefs ont des vertus comparables à celles qui découlent de l’em-
ploi du vers trisyllabique. Ce sont les rythmes bisyllabique et quadrisyllabique. Voici
un exemple de rythme bisyllabique pratiqué par deux enfants sans aide :

Un chien Le pauvre Ils mangent


et un vieux chien ensemble.
petit était Ils se
chat noir perdu promènent
étaient aussi. un peu
perdus. C’est pour partout
Le chat ça que en ville.
n’avait le chat Ils sont
plus de et puis heureux.
maman. le chien Et ils
Le chien s’entendent partirent (hélas
était très bien. changement de
un vieux Ils jouent temps !)
chien-loup. souvent. en Chine.

NIVEAU : CM1

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RYTHMES

Le vers quadrisyllabique est d’un maniement plus souple, à en juger par ce travail
collectif (enregistrement audio), en forme d’inventaire à la Prévert :
Sur mon vélo J’étais chargé
J’ai transporté J’avais du mal
Trois dictionnaires À pédaler
Un sac de pommes Je suis tombé
Un violoncelle À la rivière
Et une armure Ça m’apprendra
Un éléphant À dépanner
Et la télé Un brocanteur !
Des DVD
(etc., une dizaine de vers…) NIVEAU : 6e

En revanche, dès qu’on atteint le pentasyllabe ou l’hexasyllabe, il devient possible de


faire coïncider la phrase avec le vers, et le jeu change de registre : l’enfant qui parle
peut maîtriser le vers et la phrase, au lieu de partager l’information et l’architecture.
Je me suis levé. Bonjour, Messieurs-dames !
J’ai fait ma toilette. Mes parents sont morts,
J’ai pris une douche. je suis orphelin.
J’ai brossé mes dents. Personne ne m’aime.
J’ai lavé ma tête. Je n’ai pas d’argent.
J’ai bien déjeuné. Je suis affamé :
J’ai bu du lait chaud, je n’ai rien mangé
j’ai pris des tartines, à part des croûtons
j’ai mangé du pain, depuis avant-hier.
il était très bon. Je vais vous chanter
J’ai mis mes chaussettes une chanson douce.
et mon pull-over. Après ce beau chant
Je me suis coiffé. pourrez-vous m’aider
J’ai mis mes chaussures, en faisant un geste,
j’ai mis ma casquette, je vous en supplie,
j’ai mis ma culotte. donnez-moi des sous,
J’ai pris mon cartable. ce que vous pouvez,
J’ai mis mon manteau. un ticket-resto.
J’ai mis ma cravate. Je vous remercie,
J’ai ouvert la porte. et excusez-moi
J’ai pris mon vélo d’avoir abusé
et je suis parti… de votre patience.
NIVEAU : CE2 NIVEAU : CM2

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Dans le texte « Je me suis levé », il y avait encore une vingtaine de vers. (Travail en-
registré rapidement. Pas de retour en arrière. Mais il est possible de reprendre cette
production au tableau, et alors de corriger, de mettre de l’ordre ou d‘enrichir.)
Mais voyez le travail par un élève seul :
Martin arriva Elle avait très faim,
dans la grande école emporta Martin
avec du retard. dans un sac marron.
Il se fit gronder Martin fit un trou
par l’instituteur dans le vilain sac
et il s’énerva. et quand la sorcière
Une vieille entra voulut s’envoler,
dans l’école et vit Martin atterrit
Martin qui pleurait. dans le caniveau. NIVEAU : CE2

Et par une autre classe, le vers hexamétrique :


J’ai rencontré un ogre. Il m’a lancé dedans
Il avait des dents longues. Et il m’a avalé.
Il était vraiment laid Je suis tombé au fond
Avec sa barbe bleue De son gros estomac.
Et ses cheveux en l’air. Ça ne sentait pas bon,
Il mesurait 10 mètres. Mais je l’ai chatouillé.
En me voyant, cet ogre L’ogre s’est mis à rire
A voulu me manger. Et il se tortillait.
Il riait comme un fou Il faisait de grands bonds.
Et il tendait les bras. Il s’est cogné la tête
J’ai filé en courant Au toit d’une maison,
Mais il me poursuivait, Et il s’est assommé.
Et il m’a rattrapé. Alors moi j’ai rampé
Il disait : « Cours toujours ! Dans son large œsophage
Je t’aurai, moucheron » ! Et je suis ressorti
Il m’a pris dans ses mains, Lorsque l’ogre a roté.
Il a ouvert la bouche, Je suis rentré chez moi
DURÉE : 15 MINUTES Et j’ai pris une douche.
NIVEAU : CM1
ENREGISTREMENT AUDIO

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RYTHMES

De nombreux départs permettent de jouer collectivement :


– pentasyllabes : Au cirque, les clowns/Au Salon du Livre/Chez le pharmacien/J’ai pris
mes rollers/Chez la boulangère/Au centre aéré/Au bord de l’étang/Mon chien et mon
chat/Quand le téléphone/À Euro Disney/Le bébé pleurait…
– hexasyllabes : Au cinéma, j’ai vu/Les gens ont défilé/Je suis allé pêcher/Quelques ex-
plorateurs/Dans un château hanté/À la télévision/Le sapin de Noël/J’ai perdu une dent/
Fabien m’a insulté…

L’hexamètre prépare le terrain à l’alexandrin. Voyez ce poème enregistré, puis écrit


au tableau :
Une belle princesse Elle pensait au prince.
Pleurait à sa fenêtre. « Quand donc reviendra-t-il ?
Elle était très jolie, Est-ce que les fantômes
Elle avait les yeux bleus. L’ont gardé prisonnier ? »
Elle était maquillée. Soudain elle entendit
Elle avait un ruban, Le galop d’un cheval.
Sa robe était dorée. C’était un messager
Ses cheveux étaient blonds. Qui venait annoncer
La princesse était triste : L’arrivée de son prince.
Son prince était parti La princesse arrêta
Pour aller voir son père D’inonder son château.
Dans un château hanté. Elle était très joyeuse
La princesse attendait. Et se mit à chanter.
NIVEAU : CE1-CE2

À partir du poème, nous avons essayé de grouper les vers pour former des alexan-
drins. Problème : la césure. Après tâtonnements, les élèves ont suggéré :
Une belle princesse était à sa fenêtre.
Elle était très jolie, elle avait les yeux bleus.
Elle était maquillée, elle avait un ruban.
Sa robe était dorée et ses cheveux très blonds.
Pas de solution pour :
La princesse était triste : son prince était parti
Pour aller voir son père dans un château hanté…

Ces vers ont alors été proposés à une autre classe qui trouva une solution :
La princesse était triste à cause de son prince
Parti voir son papa dans un château hanté.
NIVEAU : CM1-CM2

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Il existe un jeu pour préparer en douceur un travail collectif rythmé. Il consiste


à demander aux joueurs (enregistrement audio ou tableau) des mots ou
morceaux de phrases du nombre de syllabes souhaité, afin de les familiariser
prioritairement avec le rythme.

Exemples :
(3) gentiment/calmement/attention/éléphant…
(3) Ça va bien ?/Où vas-tu ?/Et ta sœur ?/Attends-moi !…
On acceptera des mots associés :
(3) tableau noir/règle plate/cheval blanc/viande hachée…
On cherchera des rimes :
(3) marécage-jardinage/camionnette-savonnette/
élastique-fantastique…
On acceptera des mots avec article :
(3) un bateau-un gâteau/un ballon-un melon/
des bouchons-des-torchons…
On recherchera des verbes (sans ou avec rime) :
(4) Elle a chanté-Elle a prêté/Vous finirez-Vous dormirez…

Mais avant tout, on entraînera les enfants à entendre, reconnaître, répéter, lire des
vers en marquant le rythme !
(Nous y reviendrons un peu plus loin, p. 109)

RYTHMES CLASSIQUES

Production d’un texte rythmé :


Imposer le rythme. Donner le premier vers. Enregistrer les propositions des enfants
pour développer – sans retours en arrière. (Contrôler n’empêche pas de participer.)
Refuser ce qui ne respecte pas la consigne rythmique ou ne poursuit pas logique-
ment l’histoire engagée. Refuser les changements de temps ou les erreurs gram-
maticales. Éviter d’enregistrer deux fois de suite le même orateur. On obtient alors
en une douzaine de minutes une production cohérente, exploitable à l’écrit. On
observera que l’intervention de certains enfants ne dépasse pas le segment ryth-
mique imposé, alors que d’autres sont capables de greffer des prolongements aux
interventions précédentes.

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RYTHMES

La contrainte : heptasyllabes sans rime.


NIVEAU : 6e
TEXTE ÉCRIT AU TABLEAU
DURÉE : 10-15 MINUTES

Lire et faire lire ensuite en scandant le rythme, de haut en bas, de bas en haut, en
lecture aléatoire du vers, seul ou à plusieurs. Enfin, rechercher des poésies apprises
de même rythmique.
En arrivant au collège Je ne l’ai pas laissée faire.
J’ai rencontré la sorcière. Je lui ai tiré la langue.
Elle avait des cheveux verts. Je lui ai tordu le bras.
Elle avait un nez crochu. Je lui ai montré mes fesses.
Elle avait de gros boutons. Je me suis jeté sur elle.
Elle avait de grands yeux rouges Je lui ai mordu les doigts.
Et son visage était long. Je lui ai craché dessus.
Elle avait de grandes dents. Je lui ai cassé le cou.
Elle avait un beau chapeau. Je lui ai brisé la nuque.
Elle portait des guenilles Je lui ai coupé la langue.
et des vieux sabots de bois. Je lui ai tordu le bras.
Elle était vraiment puante. Je lui ai marché dessus
En me voyant, la sorcière et je l’ai écrabouillée.
a voulu me transformer Elle a pris mon pied au cul
en vil serpent à sonnette. et je suis rentré chez moi.

Même consigne :
Je suis tombé sur la tête, En criant sur le trottoir.
Je suis complètement fou. Je cours dans le caniveau.
J’ai mangé mes stylos-feutres, Je saute dans un égout.
J’ai mangé deux gros cahiers, Il y a des rats partout.
J’ai avalé mon cartable Ils veulent me dévorer.
Et le livre de lecture. Moi je me sauve en vitesse
J’ai le ventre tout gonflé, Et je rentre à la maison.
Je suis comme un éléphant. Je me cache dans ma chambre,
On m’emmène à l’hôpital, Je me couche sur mon lit…
Le docteur veut m’opérer. … je me réveille en sursaut !
Je saute par la fenêtre. J’avais fait un mauvais rêve !
L’infirmière me poursuit.
NIVEAU : CE1-CE2

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Le rythme heptasyllabique est le plus abordable. Péremptoire, il peut user de phra-


ses très simples. Enregistrement audio.
DURÉE : 10-15 MINUTES
Je suis allé(e) en vacances. À l’école abominable
Je suis allé(e) à la mer. il y a des araignées.
J’ai vu des beaux coquillages On n’y fait que des bêtises.
et je les ai ramassés. Il y a d’horribles profs
Je me suis baigné(e) dans l’eau qui nous battent tout le temps,
(et j’ai fait des beaux châteaux). qui nous tirent les oreilles,
J’ai fait des châteaux de sable. qui dévorent les élèves,
J’ai photographié ma sœur. qui confisquent nos jouets.
J’ai fait du scooter des mers Ils nous font travailler trop.
et j’ai vu de beaux poissons. On est toujours en contrôle.
J’ai aussi fait de la planche On ne doit jamais parler.
dont la voile était violette. Ils sont toujours énervés,
Le vent était très violent ils nous privent de récré.
et il me poussait très vite. La cantine est dégoûtante,
La mer était agitée on y mange des lézards
et je tombais tout le temps. et des choses très visqueuses
Les vagues étaient très hautes, et aussi des cancrelats.
les vagues étaient très froides ; Il y a de la poussière.
elles dansaient sans arrêt On nous oblige à manger.
Et je voyais de l’écume. Le sport est très fatigant,
C’était vraiment agréable. On nous oblige à courir,
Bientôt j’y retournerai. on nous oblige à sauter.
NIVEAU : CM1 La piscine n’est pas pleine,
elle contient des ordures,
on y trouve des sangsues.
À l’école abominable,
les élèves sont des diables,
qui écrivent sur les murs.
Ils dorment toujours en classe.
Ils n’écoutent pas les cours.
Ils déchirent les cahiers.
Les profs parlent pour les murs.
Ils massacrent les élèves.
Cette école est impossible.
On ne pourrait pas y vivre.
NIVEAU : 6e

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RYTHMES

C’est le rythme qui appelle les détails. Il ne s’agit pas de « décorer » un sujet, mais de
réunir suffisamment d’informations pour alimenter des vers, et l’histoire. L’enfant se
trouve bien dans la situation d’écrivain, et non plus dans celle d’écrivant scolaire.
Les enfants eux-mêmes suggèrent volontiers des points de départ. En voici quel-
ques-uns :
Je suis allé à la neige/Je suis allé au musée/Je suis allé au zoo/Je suis allé au théâtre.
J’ai rencontré Cendrillon/J’ai rencontré Barbe-Bleue/Un jour, un extra-terrestre/
Quand la tempête a soufflé/Prenez-vous parfois le train ?/Prenez-vous parfois l’avion ?/
J’ai vu un grave accident/Quel temps fait-il à Paris ?…
Et là encore, bien entendu, on combinera le jeu avec d’autres. Une classe ayant
produit un texte sur la sorcière, assez proche de celui présenté page 98, a réutilisé
celui-ci pour ce jeu d’étirement et de réduction dont nous avons parlé :

Attention !
La sorcière !
Elle est méchante !
Elle est très laide !
Elle a un nez pointu !
Elle a des dents toutes jaunes !
Ses oreilles sont en feuilles de chou !
Elle jette des sorts à tout le monde !
Elle arrive sur son grand balai noir et blanc !
Elle va à l’école pour emporter des petits enfants !
Elle les mettra dans une cage et les mangera !
Elle les dégustera tout crus avec des limaces !
Elle les assaisonnera avec du piment fort !
Elle mettra les os de côté !
Elle les donnera au chien !
Il aura une indigestion !
Il sera malade !
Elle rira !
NIVEAU : CM1-CM2

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Un groupe mixte large ayant composé une histoire sur le rythme trisyllabique (« En
allant/à l’école/j’ai trouvé/un mouchoir/sur la route »…) fut invité à la résumer sous
forme heptasyllabique, que voici :
J’ai ramassé un mouchoir Nous fîmes une cabane
dans la rue quand je marchais. avec des branches de chêne
Il m’a dit : « Je n’aime pas et nous avons mis des feuilles
l’école car c’est pénible. sur le toit de la cabane.
Je préfère la nature, Le mouchoir était content
je préfère les carreaux, et il chantait à tue-tête.
et aussi me promener Il riait énormément
dans la forêt avec toi. et il dansait en volant.
Allons faire une cabane Il a lavé les carreaux
où je pourrai nettoyer et il a fait la vaisselle,
les carreaux et la vaisselle. » et après il est parti.
Nous partîmes dans les bois ; Je ne sais s’il reviendra…
NIVEAU : CM-6e-5e-4e

Une élève seule (performance !) a récrit « Le lion et le rat » en vers rimés :


Un rat sortit de son trou. cette belle matinée
Il aperçut un lion roux, vit le lion dans le filet
crut qu’il allait le manger. en train de gesticuler.
Il était découragé. Le rat rongea quelques mailles.
Le rat faillit s’évanouir. Il commença le travail
Le lion le laissa s’enfuir. le lion termina le reste
Puis il alla à la chasse. parce qu’il était très leste.
Il avait l’air très coriace. Sire lion se libéra
Mais il se fit capturer et il invita le rat
tout au fond de la forêt. à boire un coup de champagne
Le rat qui se promenait et dîner à la campagne.

Sa classe ensuite a repris le texte en aggrammaticalité sur le passé simple ! Le jeu


focalise l’imagination sur les verbes, donc sur l’action, et entraîne en jouant l’irrup-
tion d’informations neuves. Prose active et rapide. (On peut rétablir les vrais passés
simples après écoute.)
Un jour, un rat sorta de son trou entre les pattes d’un lion. Le lion, au lieu de le tuer
d’un coup de patte, lui laissit la vie. Il lui disa :
– Va-t’en !
Le rat s’en allit en courant.
Le lendemain, le lion parta pour la chasse. Il attrapit une

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RYTHMES

gazelle et la dévorit. Puis il voula faire une sieste et se dirigit


vers un gros arbre. Tout à coup, un filet lui tombit dessus. […]
DURÉE : 12 MINUTES
NIVEAU : CM1
ENREGISTREMENT AUDIO

L’objectif restant la prose, des groupes de 6 élèves produisirent (enregistrement


audio) des propositions de résumés (passé simple correctement rétabli) de 6
phrases orales (une par enfant) :
Un jour, un rat sortit de son trou entre les pattes d’un lion. Au lieu de le tuer, le lion
lui laissa la vie sauve. Le lendemain matin, le lion partit pour la chasse. Au retour,
des chasseurs aux aguets lâchèrent un filet sur le pauvre lion. Le rat, qui revenait
d’une promenade, voulut sauver son ami et rongea les mailles du filet. Ils fêtèrent la
libération du lion par un bon dîner.

Suggestion :
On utilisera aussi la contrainte rythmique de façon variable, par exemple phrase par
phrase. C’est ainsi qu’une classe réalisa rapidement ce court texte, le nombre de
syllabes à entendre par phrase ayant été annoncé avant de commencer : une phrase
de 12 syllabes, une de 8, une de 7, une de 5, une de 10, une de 6, une de 9, une
de 11, une de 4 pour finir :
Je vais au McDonald’s manger
un bon sandwich. Très affamé, je fais
la queue. Je m’achète un hamburger.
Je prends un Coca. Je pique une paille
dans un bocal. Je commande une frite.
Je rencontre mon meilleur ami.
Je savoure avec lui ce festin de roi.
C’est succulent !
NIVEAU : CM2

Pour tous ces jeux, comme pour les précédents, on se servira de l’enregis-
trement audio (quitte à reprendre ensuite le travail à l’écrit), ou l’on écrira la
production au tableau – toujours sans retours en arrière.
La rime pourra surgir en contrainte d’appoint dans des distiques, quatrains,
poèmes détournés « à la manière de ». Mieux vaudra d’abord entraîner les
enfants à entendre, reconnaître, dire et lire les mots de même son, l’oreille
n’étant pas préparée à ces sélections. Intérêt orthographique en prime.

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On combinera les vers de métriques différentes et la rime, comme fit ce petit groupe
d’élèves (il s’agissait de trouver des paroles pour une chanson qu’ils préparaient
avec leur professeur de musique) :
Pour faire un fameux gâteau Chocolat chaud !
Il faut du chocolat chaud, Pour faire un joli tableau
De la confiture Il faut être Picasso,
Et de la levure… Et de la peinture
Refrain : Cacao ! Cacao ! Sans éclaboussure…
Cacao ! Cacao !
Joli pinceau !
NIVEAU : 6e Pour faire un bon torero […]

Le support musical est pratique mais pas nécessaire. Une classe a produit ces octo-
syllabes à partir d’un mot-valise :
Les éléphantassins
Ce sont des soldats très armés. Que les éléphants se fâchèrent.
Ils sont féroces et malins. Ils s’armèrent de bazookas,
Ils n’hésitent pas à frapper. De canons et de carabines,
Leurs journées sont très encombrées. Et mitraillèrent l’ennemi.
Eh bien ! Passons à leur histoire. Les caïmans désespérés
Un jour, ils se sont levés tôt S’enfuirent en rampant très vite
Et ont pris un bon café noir. Et plongèrent dans la rivière.
Mais voilà que leurs ennemis Les éléphantassins heureux
Attaquèrent leur territoire. Firent la fête sur la rive.
C’étaient, bien sûr, les caïmans Ils dansaient, ils étaient très lourds.
Qui avaient de très longues dents Et les caïmans se disaient
Et qui voulaient les dévorer. Qu’il valait mieux les voir de loin
Ils étaient tellement nombreux Que de les avoir sur le dos !
DURÉE : 25 MINUTES
NIVEAU : CM1

Et une autre :
Ma copine a un petit chien,
Il est mignon, c’est un caniche.
Il joue avec nous à la balle,
Il frétille comme un poisson.
Il nous regarde, il a l’air drôle
On dirait qu’il veut nous parler […]
NIVEAU : CE2

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RYTHMES

L’octosyllabe plaît. Sur une unique rime (« age ») voici un travail dont le titre est
dérivé du mot « fatrasie ».
FatrAfrique
Nous avons fait un grand voyage
En Afrique sous les feuillages.
Le ciel bleu était sans nuages.
Les lions marchaient dans les herbages,
Les buffles dans les marécages.
La panthère dans les branchages
Avait un splendide pelage.
Un ara était dans sa cage.
Les gens riaient dans un village ;
Ils parlaient un autre langage,
Ne faisaient pas de gaspillage […]
Ils ne portaient pas de lainages
Mais des magnifiques plumages
Pour aller à un mariage.
C’étaient d’étranges personnages
Qui dansaient comme des sauvages […]
NIVEAU : CM2

Nous avons fait un beau voyage Ils rentraient de pèlerinage


Nous avons perdu nos bagages Ils avaient beaucoup de courage
Nous avons vu des paysages car ils transportaient une cage
Nous avons payé au péage qui était bien lourde et bien large
Il y avait des gros nuages Elle était chargée de cirage
Nous sommes allés à la plage pour servir au grand nettoyage
Nous nous sommes baignés, bien sages Nous avons vu des marécages
Il y avait des coquillages où vivaient beaucoup de sauvages
Nous sommes rentrés au village qui ont voulu faire un carnage
Il y avait des personnages Nous sommes partis à la nage
habillés comme au Moyen Âge Nous avons atteint un barrage
Ils avaient de beaux équipages Mais nous avons laissé en gage
Nous avons collé des images notre gros sac à maquillage
sur nos T-shirts et nos corsages Nous avons fait un beau voyage
Nous avons rencontré des mages Il est terminé, quel dommage !
DURÉE : UNE DOUZAINE DE MINUTES
NIVEAU : 6e
ENREGISTREMENT AUDIO

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Texte amélioré par la classe après mon passage (reprise des vers intéressants et en-
chaînement non farfelu) :
Nous avons fait un beau voyage. Ils avaient beaucoup de courage
Nous avons vu des paysages. car ils transportaient une cage
Il y avait des gros nuages, qui était bien lourde et bien large.
mais il n’y a pas eu d’orage. Nous avons vu des marécages
Nous sommes allés à la plage où vivaient beaucoup de sauvages
nous nous sommes baignés, bien sages, qui étaient vêtus de plumages.
il y avait des coquillages. Nous sommes partis à la nage
Nous sommes rentrés au village, car ils voulaient faire un carnage.
nous avons payé au péage. Nous avons dû laisser en gage
Il y avait des personnages Tous nos sacs et tous nos bagages.
habillés comme au Moyen Âge. Nous avons fait un beau voyage,
Ils avaient de beaux équipages. Il est terminé, quel dommage !
Nous avons rencontré des mages Nous avons collé des images
qui rentraient de pèlerinage. sur nos T-shirts et nos corsages.

Il y a des métriques difficiles ! Sept élèves se sont attaqués aux décasyllabes.


Une batterie de rimes était mise à leur disposition après l’écriture de chaque premier
vers d’un couple. Ils choisissaient leur rime et composaient alors seulement leur
second vers :
Chère directrice, je suis malade Car mon intestin est plein de bestioles
Car je suis tombé dans une embuscade. Qui n’arrêtent pas de gesticuler
Des adolescents m’ont donné des coups,
Ils m’ont frappé à la tête et au cou.
Cela s’est passé au Jardin des Plantes ;
Ils m’ont fait rouler au bas de la pente
Et je suis tombé au fond d’un bassin.
C’étaient des adolescents assassins !
J’ai failli me noyer dans l’eau vaseuse.
Par bonheur, une jolie promeneuse
M’a sorti de l’eau, m’a pris dans ses bras ;
Elle m’a emmené à l’Opéra. Donc je suis infiniment désolé
Nous avons vu un morceau de Mozart, Mais je vais aller visiter l’Écosse
Et nous sommes rentrés chez moi très tard. Avec ma femme en voyage de noces.
Nous nous sommes épousés ce matin, Je vous enverrai des cartes postales
J’ai mangé trop de gâteau au festin. Avec un gentil mot sentimental.
Je ne pourrai pas venir à l’école Signé : Nicolas Mentable
NIVEAU : CM1

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RYTHMES

Prouesse ? Non. Voyez ces vers très difficiles (ennéasyllabiques) et la reprise en prose
par des équipes de six élèves :
1. Ce matin je me suis levé tôt Je suis allé à l’école honteux ;
Pour ne pas arriver en retard mes amis se sont moqués de moi
car c’est aujourd’hui le carnaval. car je marchais très bizarrement.
Je me suis lavé en chantonnant. Mon costume a plu à tout le monde.
Je me suis habillé dans ma chambre : Jean était costumé en pirate,
Je me suis déguisé en Martien. Pierre-Antoine était en princesse,
J’avais des antennes sur la tête, Julien était déguisé en clown,
une très longue queue vert fluo. Marie-Hélène était en sorcière,
J’étais vêtu d’habits métalliques. Fleur était déguisée en danseuse,
J’avais du mal à me déplacer Romain était maquillé en fille […]
Et j’ai pris mon petit déjeuner Nous avons fait un beau défilé.
en renversant le chocolat chaud. Nous avons dansé jusqu’à la nuit ;
Mon beau costume était tout taché. Nos parents étaient morts d’inquiétude !
NIVEAU : CM2

2. Je me suis levé très tôt ce matin pour aller à l’école car c’était le jour du carnaval.
Je me suis déguisé en Martien : j’avais des yeux lumineux et une queue en forme
de flèche. Mes amis se sont moqués de moi à l’école car je marchais bizarrement.
Pierre-Antoine était déguisé en fille et Marie-Pierre en sorcière. Nous avons dansé
toute la nuit et nos parents étaient morts d’inquiétude.
Ce matin je me suis levé tôt pour le carnaval. Je me suis déguisé en Martien avec
des antennes vert fluo et un habit en ferraille. Je me déplaçais très difficilement ;
mes amis se sont moqués de moi. Pierre était déguisé en pirate, Alexandre en
cow-boy, et Julien en fille. Nous avons fait un beau défilé. Nous avons dansé
jusqu’au soir, nos parents étaient morts d’inquiétude.
NIVEAU : CM2

Franchement, l’alexandrin est plus facile !


Une classe a proposé :
Mon grand frère est allé voir un match de rugby
Mais il s’est bagarré avec des supporters
Il a reçu un coup et il saignait du nez
Mais il était content d’avoir gagné le match.
NIVEAU : CM1-CM2

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Cette fable, par d’autres enfants de même âge :


Un pâtissier content s’en allait en chantant ;
Il marchait amusé par un carambolage
D’autos qu’il avait vues zigzaguer dans la rue.
Tout à coup, un marchand de poissons apparut ;
Il était habillé d’un costume élégant.
Il lui dit : « Voulez-vous boire un thé avec moi ? »
Alors le pâtissier répondit : « Je veux bien ! »
Ils partirent joyeux au café Bonaparte,
Et ils burent leur thé en faisant connaissance.
Moralité :
Quand quelqu’un tend la main, il faut la lui serrer.
NIVEAU : CM1-CM2

Et par une autre classe :


Le corbeau au noir plumage était sur un arbre.
Un fromage fondant se trouvait dans son bec.
Il l’avait trouvé à proximité du bois.
Un renard bien rusé arriva devant lui,
Il avait envie de lui prendre son fromage.
Il dit au corbeau qu’il était vraiment très beau,
Il lui dit qu’il devait être le roi du bois,
Il lui dit qu’il avait un fabuleux plumage,
Il lui dit qu’il avait une voix magnifique,
Et il lui demanda de lui chanter un air.
Le corbeau très flatté montra sa belle voix.
En chantant le corbeau fit tomber son fromage.
Le renard ramassa le fromage et partit.
Le corbeau jura qu’il ne s’y ferait plus prendre.
DURÉE : 12 MINUTES
NIVEAU : 6e
ENREGISTREMENT AUDIO - SANS RIMES

Suggestion :
Demander aux enfants des alexandrins à l’imparfait, chaque vers décrivant un animal.
Enregistrer. On assemblera autrement si on le souhaite ensuite.
Vers d’ouverture proposé :
« J’ai vu des animaux au Jardin zoologique. »

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RYTHMES

Voici quelques propositions des élèves :


L’éléphant balançait sa trompe énormément
La girafe au long cou marchait en cahotant
Un kangourou sautait, il était très bizarre
Dans un bassin nageait un gros hippopotame
Un grand rhinocéros marchait sans se presser
Le paon faisait la roue, il était prétentieux
Le panda se cachait, on le voyait à peine, etc.
NIVEAU : 6e

Le rap s’appuie sur un langage pauvre. Cependant, sur une rythmique simple et
forte, il permet de placer sur quatre temps, des groupes de syllabes/sons de 7, de
9, de 11, de 13 sons, là où l’alexandrin en place 12. Il est intéressant de demander
aux enfants de produire ces vers de 13 syllabes. (Pas facile !)
La règle appliquée reste celle de la poésie française ; le E s’entend devant une
consonne.
Voici donc, en empruntant « Monsieur Pépinet » à Philippe Soupault, et à partir
d’expressions :
Monsieur Pépinet a les yeux en face des trous !
Monsieur Pépinet a la tête près du bonnet !
Monsieur Pépinet a souvent le cœur sur la main !
Monsieur Pépinet a l’estomac dans les talons !
Monsieur Pépinet a parfois un chat dans la gorge !
Monsieur Pépinet n’a pas sa langue dans sa poche !
Monsieur Pépinet ferait mieux de tenir sa langue !
Monsieur Pépinet pleure comme une madeleine !
[…]
NIVEAU : 5e

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6. Oral, rythme,
prise de notes

Notre époque est celle de l’oral conditionné à l’image.


Il s’agit d’une langue différente de l’écrit, articulée non
plus sur la notion de phrase et de syntaxe, mais sur des
segments rythmiques. En une cinquantaine d’années, le divorce
entre architectures orales et écrites est si bien consommé que, dans
certaines classes, des enfants ne semblent plus saisir le français oral encore
proche de l’écrit qui leur est proposé !
L’oral est une langue différente.
Il est porté par le souffle. Il procède par ouverture de vanne, lâcher de flux,
puis fermeture de vanne, respiration, et de nouveau ouverture de vanne, etc.
Entre deux respirations, l’orateur fait entendre un certain nombre de sons
sur le souffle qu’il consomme. J’appelle segment rythmique du langage oral
le nombre de sons émis entre deux respirations.

Exemple, entendu dans la rue :


« Moi j’m’en fous des couloirs de bus. »
1 2 3 4 5 6 7 8
Ce segment rythmique comporte 8 sons.

Les valeurs des segments rythmiques sont de 2 sortes.


– Soit ils sont portés par des nombres premiers de sons (divisibles seulement par
eux-mêmes et un), et expriment alors la conviction :
1 son, (2), 3, 5, 7, 11, 13/17, 19…
pivot

pivot
verrouillé
fermé
péremptoire
intraitable logique
intraitable solennel
(au-delà du
langage
populaire)

détermination
raidissement

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ORAL, RYTHME, PRISE DE NOTES

– Soit ils sont portés par des nombres multiples de sons, et expriment alors la né-
gociation :
4, 6, 8, 9, 10, 12, 14, 15, 16/18, 20…
déverrouillage
minimale
élémentaire
bancale
rationnelle, logique
solennelle, assurée
consensuelle,
faible conviction

(au-delà du
langage populaire)
indécision
et inversement : manque
de conviction, irrésolution

Le langage oral a besoin de deux types de segments pour


développer d’une part l’expression, d’autre part un échange
de segments, la communication.
Ces segments, théoriquement, l’enfant les acquiert dès son
plus jeune âge auprès de ses parents et au sein (le plus large)
de sa famille. Un des meilleurs agents de transmission de
ceux-ci est la comptine, ou le chant, ou la poésie orale.
C’est en entendant, en répétant ces supports que l’enfant
se les approprie, se munit des segments rythmiques de base
dont il aura besoin pour parler3.
Plus l’enfant les cultive tôt, mieux cela vaut. Plus il en apprend (tôt ou tard), plus il
retient d’associations de segments variés, mieux cela vaut encore. Plus il s’entraîne
à se les mettre en bouche, mieux cela vaut toujours. Chaque comptine suggère un
conflit entre segments pulsionnels dynamogènes et segments apaisants facteurs
d’ordre. L’enfant mesure une aventure entre des forces antagonistes, et découvre
un exemple d’harmonie. Chanter, c’est revivre le conflit pour soi, pousser une sonde
dans le monde de la parole des grands, et revenir plus fort d’un nouveau modèle
stratégique.
Comment apprend-on à parler ? En articulant les segments.
Le langage s’échafaude instantanément d’un segment à l’autre.
Or beaucoup d’enfants arrivent aujourd’hui démunis de l’outil
fondamental, silencieux, à l’école.
Que ferons-nous en classe – et pas seulement à la maternelle ?

3. Les enfants les plus démunis les apprennent au petit bonheur


en regardant la télévision, et surtout les publicités dont ils sont friands :
ils y trouvent les segments-slogans que les enfants les mieux armés ont
déjà appris ailleurs.

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Analysons deux comptines célèbres.


1. « Buvons un coup ma serpette est perdue. »
Voici les paroles, et les valeurs des segments chantés :
Buvons un coup ma serpett’ est perdue (10 sons)
mais le manche mais le man…che (8)
buvons un coup ma serpett’ est perdue(10)
mais le manch’ est revenu ! (7)
La comptine, irrévérencieuse, se chante ensuite en remplaçant les sons par un son
unique, dans l’ordre des voyelles :
Exemple, avec « a » :
« Bavas a ca ma sarpatt’ a parda »…, etc.
Annonce du sujet, logique : segment de 10 sons. Le segment de 7 sons de conclu-
sion est péremptoire, la chute spirituelle est brutale. Non négociable. (L’aspect gri-
vois n’échappera à personne.)
2. « Si tu veux faire mon bonheur. »
Voici les paroles, et les valeurs des segments chantés :
Si tu veux/fair’ mon bonheur (3 + 4 sons)
Margueri-te/Margueri-te (3 + 1 + 3 + 1)
Si tu veux/fair’ mon bonheur (3 + 4)
Marguerit’ donn’-moi ton cœur ! (7, asséné)
La chanson est dansée en ronde. Le prénom « Marguerite » est remplacé par les
prénoms des participants, ce qui entraîne des modifications. (Exemples : « Marie-
Cath’rine » (4 + 1), « Camiil-le » (2 + 1), j’ai même entendu « Jeanne-eu » (2 + 1), et
« Guy-eu-eu », mais le rythme de la chanson ne doit pas être perturbé.) Que faire ?
Apprendre les comptines, bien sûr ! Certaines jouent de segments premiers, d’autres
de segments multiples, beaucoup jouent des deux confrontés.

Voici un exemple de chanson tendue par des segments premiers uniquement :


« En passant par la Lorraine avec mes sabots (13 sons)
Rencontré trois capitaines avec mes sabots dondaine oh oh oh !
(19 sons)
Avec mes sabots » (5 sons)

Voilà un exemple de chanson tendue par des segments multiples uniquement :


« Ce n’est qu’un au revoir mes frèr’ » (8 sons)
Ce n’est qu’un au revoir (6 sons)
Oui nous nous reverrons mes frèr’ (8 sons)
Ce n’est qu’un au revoir. » (6 sons)

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ORAL, RYTHME, PRISE DE NOTES

La liste de comptines suivante aidera à définir les segments rythmiques de plusieurs


comptines :
Segments premiers seuls : Segments multiples seuls :
En passant par la Lorraine Ce n’est qu’un au revoir
À la volette La complainte de saint Nicolas
C’était Anne de Bretagne Le bon roi Dagobert
Le temps des cerises Le roi a fait battre tambour
À Paris Le 31 au mois d’août
Prom’nons-nous dans les bois La cloche du vieux manoir
La bonne aventure ô gué Sur le pont du Nord
Le petit Jésus Do ré mi la perdrix
Dodo, l’enfant do Le robot
Une poule sur un mur Quand j’étais petit
À la soupe La tour prend garde
Marie assis’ sur une pierre Un petit cochon
Barbapou Un deux trois allons dans les bois
Le conscrit du Languedo
Am stram gram
Il était un’fois (La plupart des autres comptines
Passe, passera combinent les segments premiers
Prends garde au loup et multiples.)

On m’objecte parfois qu’il est difficile d’apprendre des comptines à des enfants
au-delà du cours préparatoire. Dans ce cas, on peut leur apprendre des chansons
(mêmes bénéfices), ou, si l’on ne sait pas chanter, des poésies.

Exemple de poésie monorythmique :


Avez-vous vu le tamanoir
Ciel bleu ciel gris ciel blanc ciel noir
Avez-vous vu le tamanoir
Œil bleu œil gris œil bleu œil noir
Avez-vous vu le tamanoir
Vin bleu vin gris vin blanc vin noir
Chantefables et Chantefleurs, Robert Desnos.

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C’est à dessein que j’ai omis la ponctuation, pour insister sur le rythme. Nous y
reviendrons.
Exemple de poésie à rythmes variables :
Segments Segments
premiers multiples
Maître Corbeau, sur un arbre perché, 10
tenait en son bec un fromage. 8
Maître Renard, par l’odeur alléché, 10
lui tint à peu près ce langage : 8
« Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau. 8
que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! 12
Sans mentir, si votre ramage 8
se rapporte à votre plumage, 8
vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. » 12
À ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ; 12
et pour montrer sa belle voix, 8
il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie. 12
Le Renard s’en saisit, et dit : « Mon bon Monsieur, 12
apprenez que tout flatteur 7
vit aux dépens de celui qui l’écoute : 10
cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. » 12
Le Corbeau, honteux et confus, 8
jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus. 12

Erreur de La Fontaine, c’est rare : le segment de 7 sons parmi les segments de 8-10-
12 porte la conviction de l’auteur : « Apprenez que tout flatteur ». À l’époque, La
Fontaine, ayant perdu son protecteur, est en quête d’un autre. N’est-il pas curieux
de mesurer qu’une poésie aussi rigoureusement construite laisse passer un vers
différent, sans répondant rythmique, et doté d’une rime si pauvre que même en
prononçant « Monsieurrr », elle ne s’accorde guère à « flatteur » ? L’urgence du
message porté par le segment premier porte la responsabilité de l’écart, et même
à considérer la phrase « apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui
l’écoute », le message resterait posé sur une segmentation première de 17 sons !

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ORAL, RYTHME, PRISE DE NOTES

EXERCICES :
Proposons aux enfants d’entendre des vers tirés de poésies différentes. Combien de
sons entendez-vous ? (Ne dire chaque vers qu’une fois) :
Dans la plain’ (Victor Hugo – 3)
La rumeur approch’ – –5
C’est l’essaim des Djinns qui pass’ – –7
Cris de l’enfer ! voix qui hurle et qui pleur’ – – 10

Même exercice :
Les sanglots longs (Verlaine – 4)
On est venu dir’ (Maeterlinck – 5)
J’ai vécu sans le savoir (Marie Noël – 7)
Comme l’herbe pouss’ (Marie Noël – 5)
La cigale ayant chanté (La Fontaine – 7)
Tout l’été (La Fontaine – 3)

Même exercice :
Le bonheur est dans le pré (Paul Fort – 7)
J’aime l’âne si doux (Francis Jammes – 6)
Sous le pont Mirabeau coule la Sein’ (Apollinaire – 10)
Elle est debout sur mes paupièr’ (Paul Éluard – 8)
Mignonne, allons voir si la ros’ (Ronsard – 8)

Même exercice :
France, mère des arts, des armes et des lois (Joachim du Bellay – 12)
Mais priez Dieu que tous nous veuill’ absoudr’ (Villon – 10)
À Montfaucon, le lieutenant Maillard (Clément Marot – 10)
Je ne vois que soudards, que chevaux et harnois (Olivier de Magny – 12)

Voici 3 vers : lesquels ont le même rythme ?


Adieu la cour, adieu les dam’ (Clément Marot – 8)
Fourbissez votre ferraille (Jean Molinet – 7)
Mon beau navir’ ô ma mémoir’ (Apollinaire – 8)

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Voici 3 vers : lesquels ont le même rythme ?


Déjà la nuit en son parc amassait (Joachim du Bellay – 10)
Jean s’en alla comme il était venu (La Fontaine – 10)
J’ai voulu ce matin te rapporter des ros’ (Marceline Desbordes-Valmore – 12)

Voici 3 vers : lesquels ont le même rythme ? (piège)


Les nuages couraient sur la lune enflammée (Alfred de Vigny – 12)
Peut-être est-ce bientôt mon tour (André Chénier – 8)
Il était un grand mur blanc – nu, nu, nu (Charles Cros – 10)

Parmi les mots que je vais prononcer (une fois), deux seulement riment. Lesquels ?
feuillage, matinée, tambour, dessert, coquillage, chocolat
Parmi les mots que je vais prononcer (une fois), deux seulement riment. Lesquels ?
muselière, château, coccinelle, contrebasse, cavalière, charrette, vengeance, éléphant

Voici une série de mots qui riment, sauf un. Lequel ? (Lire vite.)
arsenal, machinal, cardinal, terminal, maternelle, canal, national

Chronomètre en main : lire ces mots le plus vite possible sans erreur. (Concours.)
libéral, fédéral, général, minéral, amiral, caporal, doctoral, pastoral, sculptural,
vertébral, théâtral, magistral

Chronomètre en main : lire ces mots le plus vite possible sans erreur. (Concours.)
effrayant, attrayant, bruyant, flamboyant, verdoyant, rougeoyant, larmoyant,
tournoyant, guerroyant, foudroyant, prévoyant, clairvoyant

(Nombreux autres exercices possibles.)

Voici une poésie écrite au tableau :


Le temps a laissé son manteau
De vent de froidure et de pluie
Et s’est vêtu de broderie
De soleil luisant clair et beau.
Charles d’Orléans

1. Lecture scandée :
1-2-3-4-5-6-7-8/1-2-3-4-5-6-7-8/1-2-3-4-5-6-7-8/1-2-3-4-5-6-7-8.

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ORAL, RYTHME, PRISE DE NOTES

2. Lecture collective scandée.


3. Lecture à deux, chacun un vers : garder la scansion.
4. Lecture à deux en même temps. Attention, un élève lit les vers dans l’ordre,
un autre les lit en commençant par le deuxième, de sorte qu’il lira le premier vers
à la fin. Les enfants ne lisent donc pas le même texte. Gardez la scansion quand
même !
5. Voici un autre poème de même rythme :
Adieu la cour adieu les dames
Adieu les filles et les femmes
Adieu vous dis pour quelque temps
Adieu vos plaisants passetemps.
Clément Marot
Lire ce poème scandé, en même temps qu’un autre
lira celui de Charles d’Orléans.
6. Revenir au poème de Charles d’Orléans :
Lecture du premier vers scandé, continuer la lecture (scandée) en silence, reprendre
à voix haute (scandée) le dernier vers. Le rythme doit être conservé.
7. Le maître lit le poème à voix haute, mais au lieu de dire les paroles, il dit na-na-na…
Lorsqu’il s’interrompt soudain, les élèves doivent être capables de dire sur quelle
syllabe il s’est arrêté.
Exemple :
na-na-na-na-na-na-na-na
na-na-na-na ? (froi)
8. Au lieu de lire le poème, le maître frappe les syllabes
dans ses mains (même scansion). Sur quelle syllabe s’interrompt-il ?
9. Qui veut lire la poésie en changeant l’ordre des vers à sa guise ?
(Mais la scansion devra demeurer intacte !)
Exemple :
De vent de froidure et de pluie
De soleil luisant clair et beau
Et s’est vêtu de broderie
Le temps a laissé son manteau
10. Connaissez-vous d’autres poésies de même rythme ?
Seriez-vous capables d’écrire sur le même rythme ? (Collectivement, magnétophone
ou tableau, phrases séparées ou texte suivi.)

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11. Dans le poème, on repère un mot de trois « sons » : broderie.


Trouvez d’autres mots de 3 sons sans rapport avec la poésie. Nous les écrivons. Lec-
ture en série. (Exemple : éléphant/dromadair’/pantalon/effrayant/sympathiqu’…)
De nombreux exercices similaires, sur des métriques différentes, peuvent être pro-
posés aux enfants jusqu’en 5e. Ils sont très sensibles aux défis.

Exercices préparatoires à la prise de notes, basés sur les segments


rythmiques du langage oral
Au lieu de dire des vers (de longueur forcément limitée) aux élèves
en leur demandant de compter les sons entendus, on travaillera
sur la prose.
1. Commençons par le plus facile : la phrase courte,
dite d’un trait. Combien de sons ?
Le corps tomba dans un fourré. (8)
Quell’ est cett’ étrang’ apparition ? (9)
Notre cœur se brise à cette voix terrible. (11)
Elle avait les mains un peu écorchées. (10)

Plus difficile !
2. La phrase plus longue sera dite en segments. Aux enfants de compter vite… et
de totaliser !
Soudain on entendit / une marche sonnée par des trompettes ! (16)
Tout à coup on entendit / de grands cris dans l’usine. (13)
Le pauvre gamin, / durant des mois, / allait donc rouler sur les flots ! (17)
3. Même exercice.
À ceux qui ne connaissaient pas le perroquet, / elle en faisait la description. (20)
Ô buffet du vieux temps, / tu sais bien des histoires ! (12)
C’est de là que je vous écris, / ma porte grand’ ouvert’ au bon soleil. (18)
4. Même exercice.
Et il jeta une longue épée et un poignard sur le lit. (16)
Cet enfant se moqu’ de nous/car jamais les écuries/ne sont au haut des maisons ! (21)
Tout à coup son attention/fut violemment éveillée/par un tapag’ épouvantable. (22)
Jean Valjean / mesura des yeux/la murraill’/au-dessus de laquell’/il voyait un tilleul. (23)

L’entraînement à la prise de notes, basé sur l’appropriation des rythmes simples de


la poésie, et sur la segmentation plus complexe de la prose écrite ou du découpage
oral (c’est à dessein que j’ai parfois fragmenté le texte lu sans souci des traces
syntaxiques), pourra être effectué sur n’importe quel support littéraire. On peut

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ORAL, RYTHME, PRISE DE NOTES

raisonnablement espérer que lorsque l’élève de 6e sera capable d’entendre et de


retenir rythmiquement des messages comme le dernier, de Victor Hugo, ses possi-
bilités de réflexion le mèneront aux portes de territoires bien plus riches que ceux
où la pauvreté de sa langue le cantonnent.

Un petit dernier jeu, à partir du rap, pour finir ?


DURÉE : 12 MINUTES
NIVEAU : 6e
AU TABLEAU
match !

main !
pied !

goal !
foot !

ball’ !
but !

tir !
1

2
ballon rond footballeur le terrain les tribun’

3
Je suis allé voir un match avec mon père et mon frère.

4
13 sons Le match était bien, Mais les supporters
il faisait beau, se sont battus
j’ai vu des buts. à la sortie !
3 3 3 3
ou 4
alexandrin Je suis jeune, il est vrai ; la valeur n’attend pas
mais aux âmes bien nées le nombre des années.

Première ligne :
Des mots d’un son, à dire en scandant.
Deuxième ligne :
Des mots de 3 sons (en rapport avec le sujet) à dire en scandant en même temps.
Troisième ligne :
Petites phrases de 7 sons, à scander sur les deux autres lignes.
Quatrième ligne :
La plus difficile ! Des phrases de 13 sons à dire en même temps que les trois pre-
mières lignes. (On peut aussi proposer des phrases de 12 sons, l’alexandrin, plus
monotones.)

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La lecture se fait en deux temps :


Une première lecture, ligne à ligne, par toute la classe.
Une deuxième lecture fait entendre des lignes simultanément, la plus difficile étant
la lecture par 4 groupes, des 4 lignes ensemble. (En résumant : la première pourrait
styliser la batterie, la deuxième la basse, la troisième la guitare. La quatrième consti-
tuerait celle de l’instrument soliste ou de la voix du chanteur.)

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N° de projet : 10146618- Dépôt légal : février 2009
Achevé d’imprimer en France en février 2009 sur les presses de l’imprimerie Chirat

Édition : Anne Marty


Corrections : Florence Richard
Conception et mise en page : Christine Paquereau

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