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Le terme « 

réalisme » vient du latin « realis » signifiant « réel » (de « res » = chose, réalité).


Au sens large, une oeuvre réaliste s'applique à représenter les hommes et le monde tels qu'ils
sont et non à travers le filtre de l'intelligence ou de l'imaginaire de son auteur. Historiquement,
le réalisme est un mouvement artistique, essentiellement littéraire et pictural, qui naît en 1850
et s'étend sur la seconde moitié du 19ème siècle. En réaction contre le romantisme
sentimental, le réalisme s'inspire des méthodes scientifiques pour se concentrer sur l'étude et
la description objective des faits et des personnages. Le mouvement réaliste naît au lendemain
de la révolution de 1848 dans une société en pleine mutation, qui devient essentiellement
matérialiste. Tandis que les banques se multiplient, que la société s'industrialise entraînant
l'émergence d'un prolétariat important, les intellectuels se passionnent pour les sciences et les
techniques. 
Les réalistes rejettent l'idéalisme et le sentimentalisme du romantisme ainsi que le formalisme
bourgeois du classicisme. Ils s'inspirent de la vie quotidienne du prolétariat et des « petites
gens », qu'ils se donnent pour mission de décrire fidèlement, sans en adoucir l'âpre réalité ;
en cela, ils entendent atteindre à la même sincérité que la photographie naissante.

1-Le contexte historique : En 1848, une révolution renverse la monarchie constitutionnelle


de Louis Philippe et instaure la Seconde république. Par le coup d’état de 1851, Louis
Napoléon Bonaparte établit un régime autoritaire, qui évolue vers plus de libéralisme à partir
de 1860. Proclamée après la défaite française devant la Prusse en 1870, la Troisième
République fonde la démocratie parlementaire et garantit les libertés fondamentales. Ces
turbulences politiques amènent certains artistes à se dégager de l’idéalisme romantique.
La Révolution industrielle, l'importance prise par le prolétariat, les mouvements ouvriers,
déterminent de nouvelles sources d'intérêt pour les artistes. Le progrès des sciences,
la découverte de la photographie ont également une influence importante au moment où la
Révolution met fin aux illusions romantiques. 

2-Le peintre Gustave Courbet , porte-drapeau du Réalisme : Autoproclamé chef de file du


réalisme en 1855, Gustave Courbet (1819–1877) est un artiste atypique dans l’école française
du XIXe siècle. Considéré comme le peintre de l’art démocratique pendant la IIe République,
il se rend célèbre en élevant au rang de sujets nobles l’image des paysans et des ouvriers.
Un enterrement à Ornans est un tableau emblématique ; exposé pour la première fois à
l’exacte moitié du siècle, il apparaît comme le manifeste de ce courant artistique qui tend
alors à s’imposer, le Réalisme. La scène se passe dans le nouveau cimetière d’Ornans, village
natal du peintre, qui montre par ce détail tout son intérêt pour l’actualité locale. Dans ce
tableau figurent, de gauche à droite, les employés en uniforme chargés du cercueil, le prêtre,
ses enfants de chœur, les sacristains dans leur bel habit rouge, des notables d’Ornans, « deux
vieux de la Révolution de 1793 avec leurs habits du temps », enfin des femmes en pleurs.
Tous sont ornanais. À quelques exceptions près, tous les personnages de l’Enterrement ont été
identifiés. On notera par exemple que le grand-père de Courbet, représenté à l’extrême gauche
du tableau ; les propres sœurs de l’artiste ont posé comme modèles des pleureuses ; Hippolyte
Proudhon, avocat à Ornans et substitut du juge de paix, figure au milieu de la toile, avec son
nez effilé et son habit noir.
La diversité sociale du tableau est remarquable : les petits propriétaires vignerons d’Ornans
côtoient les notables, parmi les rentiers, les artisans et les fossoyeurs, sous la direction
spirituelle d’un pauvre curé de campagne. Cela dit, on trouve dans Un enterrement à
Ornans davantage de propriétaires et professions libérales que n’en comptait le village franc-
comtois au milieu du XIXe siècle. Ici, la petite bourgeoisie domine : c’est que Courbet a peint
son propre milieu social, et non le menu peuple des ouvriers et des journaliers. Il est en tout
cas intéressant de remarquer que Courbet, que ses sympathies portaient plutôt vers le
socialisme, fait ici le portrait d’une communauté unanimiste, cimentée par une certaine
cohésion et harmonieusement rassemblée autour de ses chefs civils et religieux.

 Ce tableau a été considéré comme une « négation de l’idéal » en peinture, en élevant des
personnages triviaux à la dignité d’acteurs de l’histoire représentés grandeur nature et en
transformant une scène de la vie quotidienne en fresque imposante Courbet crée un genre
nouveau opposé à la peinture dite de grand style. La révolution réaliste, selon lui, mettra
« l’art au service de l’homme ».