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Un extrait de B. JORDAN, Birth in Four Cultures.

A Crosscultural Investigation of Childbirth in Yucatan, Holland,


Sweden and the United States, USA, Waveland Press, 1993 (1st ed. 1978), pp. 196- 7 (trad. D. Peto et F. Coppens).

Cosmopolitique

Les stages de formation, nous l'avons vu, présentent les conceptions universelles de l'obstétrique
comme celles qui doivent faire autorité. Ils proposent et font respecter un discours progressiste et
médicalisé qui rend les manières indigènes de voir, de parler et d'être au monde impossibles à
mentionner, invisibles et sans pertinence.

En traitant l’obstétrique occidentale comme le seul type de connaissance légitime, non seulement
ils dévalorisent la sagesse et les savoir-faire de l’ethno-obstétrique indigène, mais ils frappent
aussi d'interdit les méthodes par lesquelles s'acquièrent la sagesse et le savoir-faire indigènes.

Par cette transmission d’une connaissance certifiée officielle, les sessions de formation officielle
rendent les pratiques et la parole des matrones inopérantes et insignifiantes. En excluant le savoir
des matrones de ces sessions officielles, et du fait que l'apprentissage n'est pas une méthode de
formation et d'étude officielle, l’approche indigène est rendue invisible, privée de statut et
discréditée, tandis que l’obstétrique cosmopolite émerge comme le seul système de savoir qui soit
légitime et qui fasse autorité. C’est ainsi que l’obstétrique cosmopolite devient une obstétrique
cosmopolitique, c'est-à-dire un système qui impose une distribution spécifique du pouvoir par
delà les divisions culturelles et sociales.

Il y a douze ans, il y avait si peu de recherches anthropologiques sur la naissance que l'on pouvait
encore croire à la supériorité de la biomédecine et de la pédagogie qui y est associée. Mais les
travaux de la dernière décennie ont fourni aux experts une appréciation approfondie des systèmes
de connaissance et de pratique de l’ethno-obstétrique. Celle-ci n’a cependant pas encore été
intégrée de manière très significative dans le modèle des programmes de formation. Ce qui a
encore moins été pris en compte dans ces programmes, c’est le mode de transmission de
connaissances sur lequel reposaient les systèmes obstétriques indigènes pour leur propre
reproduction.

L’introduction, pour ne pas dire l’imposition, d’une pédagogie didactique formelle doit être
comprise à la lumière de ses effets transformateurs. (...) Je suggèrerais que si nous voulons
comprendre où notre pédagogie blesse, nous devrons prendre au sérieux ce qui se passe dans les
écoles buissonnières (« hedge-schools »1) du sorcier, du potier, du tailleur et de la matrone.

1
Avant de signifier l'insouciance de celui qui ne va pas régulièrement à l'école, "école buissonnière" ou "hedge-
school" désignait au contraire les écoles tenues illégalement par des catholiques, dans l'Irlande du XVIIIème siècle
dominée par les Anglais, pour éduquer les plus pauvres et préserver la culture irlandaise. Ces écoles se développaient
surtout en milieu rural, au pied ou près d’une haie (hedge). [ndt]
6. CONCLUSIONS: COSMOPOLITICS

Training courses, as we have seen, promulgate as authoritative the views of


cosmopolitan obstetrics. They propose and enforce a ‘progressive’ and medicalized
discourse that makes indigenous ways of seeing, talking about, and being in the world
unmentionable, invisible and irrelevant. In treating western obstetrics as the only kind of
legitimate knowledge, they not only devalue indigenous ethno-obstetric wisdom and
skills, they disallow the very methods of indigenous knowledge and skill acquisition.

Official training sessions, in the process of transmitting officially certified knowledge,


transmitting it and not something else, such as, for example, a woman-centered view or
a low-technology approach to birth, render midwives’ praxis and discourse deficient and
without import. By the fact that midwives’ knowledge is not transmitted in such official
sessions, by the fact that apprenticeship is not an official teaching and learning method,
the indigenous approach is rendered invisible and marked as without status, while
cosmopolitan obstetrics emerges as the only system of legitimate authoritative
knowledge. In this way, cosmopolitan obstetrics becomes a cosmopolitical obstetrics
that is to say, a system which enforces a particular distribution of power across cultural
and social divisions.

Ten years ago there was so little anthropological research about birth that the superiority
of bio- medicine and its associated pedagogy could still be assumed; by now, the work
of the last decade has produced a deep scholarly appreciation of ethno-obstetric
systems of knowledge and practice [26] which, however, has not yet entered into the
design of training programs to any great extent. What has been taken into account even
less is the mode of knowledge transfer on which indigenous obstetric systems have
relied in their own reproduction.

The introduction, if not to say the imposition, of didactic formal pedagogy must be
appreciated for its transformational political effects. (…)

I would suggest that if we want to understand where our pedagogy fails, we need to take
seriously the knowledge that is passed down ‘in the hedge-school of the midwife’ and
other practitioners of this ‘lowly’ kind.