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Médecine Nucléaire xxx (2015) xxx–xxx

Article original

Connaissances et perception de la médecine nucléaire par les médecins


togolais
Knowledges and perception of nuclear medicine by Togolese physicians
K. Adambounou a,*,b, K.V. Adjenou a, O.B. Achy c, K.E. Mossi a, P. Gbande a,
A.M.Y. Adigo a, K.L. Agoda-Koussema a, K. N’dakena a
a
Service de radiologie, CHU campus de Lomé, 05BP 633, Lomé-Togo, Togo
b
Laboratoire de biophysique et imagerie médicale – université de Lomé, Lomé, Togo
c
Laboratoire de biophysique – université de Cocody, Abidjan, Côte d’Ivoire
Reçu le 24 septembre 2014 ; accepté le 29 octobre 2014

Résumé
Objectif. – Faire le point sur le niveau de connaissance et la perception de la médecine nucléaire par les médecins togolais.
Matériel et méthodes. – Étude transversale réalisée du 1er août au 30 septembre 2013 incluant 197 médecins togolais, aussi bien généralistes que
spécialistes exerçant dans les structures sanitaires de Lomé, la capitale du Togo. Le niveau de connaissance des médecins sur les techniques
d’imagerie médicale utilisées en médecine nucléaire, de même que leur perception de la médecine nucléaire, a été analysé.
Résultats. – Seuls 11,7 % des médecins avaient effectué un stage en dehors du Togo. Plus des trois quarts d’entre eux (83,8 %) savaient que la
médecine nucléaire utilise des rayonnements ionisants. Plus de la moitié (51,3 %) méconnaissait que la médecine nucléaire est une imagerie
fonctionnelle et 61,4 % pensaient qu’elle est plus irradiante que tous les autres examens de radiologie. Moins de la moitié des médecins (47,2 %)
pensait que le radiologue a les compétences requises pour interpréter un examen de médecine nucléaire. Seuls 22,8 % et 3 % des médecins avaient,
respectivement, vu et prescrit un examen de médecine nucléaire. Ils étaient 78,7 % à estimer que l’absence d’un service de médecine nucléaire au
Togo constitue un frein à la prise en charge des patients, 68,5 % à juger nécessaire sa création au Togo et 54,3 % à préférer qu’un service de
radiothérapie soit créé avant un service de médecine nucléaire.
Conclusion. – Le niveau de connaissance des médecins togolais sur la médecine nucléaire est relativement acceptable et leur perception de la
médecine nucléaire globalement encourageante.
# 2014 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Mots clés : Médecine nucléaire ; Imagerie médicale ; Médecins togolais ; Perception et niveau de connaissances ; Prise en charge médicale

Abstract
Objective. – To review the level of knowledge and perception of the nuclear medicine by Togolese physicians.
Materials and methods. – Cross-sectional study conducted from 1st August to 30th September 2013 including 197 Togolese general practitioners
and specialists practicing in health facilities in Lomé, the capital of Togo. The level of physicians’ knowledge on the medical imaging technics used
in nuclear medicine as well as their perception of nuclear medicine were analyzed.
Results. – Only 11.7% had completed an internship in apart from Togo. More than three quarters of physicians (83.8%) knew that nuclear
medicine uses ionizing radiations. More than half (51.3%) disregarded that nuclear medicine is functional imaging and 61.4% thought it was more
radiant than any other radiology examinations. Less than half of the physicians (47.2%) thought that the radiologist skills required to interpret a
nuclear medicine examination. Only 22.8% and 3% physicians had respectively seen and prescribed nuclear medicine examination. They were
78.7% to estimate that the lack of nuclear medicine department in Togo hampers the management of patients and 68.5% to judge necessary its
creation in Togo. More than half of the physicians (54.3%) wanted a radiotherapy department is created before a nuclear medical service.

* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : kadambounou@yahoo.fr (K. Adambounou).

http://dx.doi.org/10.1016/j.mednuc.2014.10.003
0928-1258/# 2014 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Pour citer cet article : Adambounou K, et al. Connaissances et perception de la médecine nucléaire par les médecins togolais. Médecine
Nucléaire (2015), http://dx.doi.org/10.1016/j.mednuc.2014.10.003
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Conclusion. – The level of knowledge of Togolese physicians on nuclear medicine is acceptable and their perception of nuclear medicine is
generally encouraging.
# 2014 Elsevier Masson SAS. All rights reserved.

Keywords: Nuclear medicine; Medical imaging; Togolese physicians; Perception and level of knowledge; Medical management

1. Introduction de connaissance et la perception de la médecine nucléaire par


les médecins togolais.
La médecine nucléaire est une spécialité médicale dont 2. Matériels et méthode
le principal domaine d’action, en dehors d’une composante
thérapeutique minoritaire, concerne le diagnostic, le pronos- Il s’agit d’une étude transversale menée du 1er août au
tic et le suivi thérapeutique d’un grand nombre de pathologies 30 septembre 2013 incluant 197 médecins togolais, aussi bien
grâce à deux grands types d’examens : les scintigraphies généralistes que spécialistes, exerçant dans les structures
(ou TEMP pour tomographie d’émission monophotonique) sanitaires publiques et privées de Lomé, la capitale du Togo.
et les tomographies par émission de positons (TEP). Les paramètres analysés étaient : l’identité des médecins
Ses applications, très diverses, se sont développées depuis (spécialité, sexe, lieu d’exercice, pays de formation en médecine
les années 1950, suite à la découverte de la radioactivité générale, pays de spécialisation médicale, stage en Europe,
naturelle par Becquerel, Pierre et Marie Curie à la fin du XIXe expérience professionnelle), leurs connaissances sur les techni-
siècle et, surtout, la découverte de la radioactivité artificielle par ques d’imagerie médicale utilisées en médecine nucléaire et leur
Irène et Frédéric Joliot-Curie en 1934 [1]. perception de la médecine nucléaire. Ces paramètres ont servi à
Depuis l’officialisation de sa pratique hospitalière en l’élaboration de la fiche d’enquête qui comportait essentielle-
1971 aux États-Unis, elle n’a cessé de subir des mutations ment des questions à choix multiples (QCM).
qui ont non seulement concerné les radiopharmaceutiques et Les données ont été analysées et traitées avec le logiciel
l’appareillage qu’elle utilise, mais aussi le programme de statistique « Sphinx 5.3.1. ». Les données qualitatives ont été
formation des médecins habilités à la pratiquer [2,3]. traitées avec Microsoft Word 2013 et les graphiques ont été
Technique d’imagerie fonctionnelle complémentaire des effectués avec Microsoft Excel 2013. Les résultats ont été testés
techniques d’imagerie morphologique (radiologie convention- par le test de Chi2. Toute différence inférieure à 0,05 a été
nelle, scanner échographie et IRM), la médecine nucléaire est considérée comme significative.
aujourd’hui incontournable dans la prise en charge de
nombreuses pathologies, notamment cancéreuses, ostéo-articu- 3. Résultats
laires, cardiologiques ou neurologiques.
Malheureusement, elle est moins développée en Afrique 3.1. Caractéristiques générales des médecins
subsaharienne où très peu de pays disposent d’un service de
médecine nucléaire. Cette situation est en partie à l’origine de Nous avons colligé 197 médecins togolais, soit 56,8 % des
fréquentes évacuations sanitaires vers l’Europe ou le Maghreb médecins exerçant dans la région sanitaire Lomé-Commune.
des patients ouest-africains nécessitant l’imagerie nucléaire Cet échantillon, constitué de 164 médecins de sexe masculin,
pour une meilleure prise en charge [4]. soit 83,2 % (sex-ratio égal à 5), était composé de 101 médecins
Outre l’absence d’un service de médecine nucléaire au Togo, spécialistes (51,3 %) et de 96 médecins généralistes (48,7 %).
la médecine nucléaire n’est pas enseignée comme unité La majorité des médecins (180), soit 91,4 %, avaient fait leur
d’enseignement ou même comme un module de l’unité formation de médecine générale à la FSS-UL et 74 des
d’enseignement (UE) d’imagerie médicale à la faculté des 101 médecins spécialistes (74,3 %) avaient effectué leur
sciences de la santé de l’université de Lomé (FSS-UL). spécialisation médicale au Togo.
Depuis quelques années, grâce à l’appui de l’Agence L’expérience professionnelle des médecins était inférieure à
internationale de l’énergie atomique (AIEA), certains pays 5 ans dans 65,5 % des cas, comprise entre 5 et 10 ans dans
ouest-africains, comme le Sénégal et le Burkina Faso, disposent 28,4 % des cas et supérieure à 10 ans dans 6,1 % des cas.
d’un service de médecine nucléaire. Seuls 23 médecins (11,7 %) avaient effectué un stage à
Le Togo, notre pays, est devenu membre de l’AIEA depuis le l’étranger et la France constituait la principale destination (87,0 %).
1er novembre 2012. On peut donc espérer que les autorités
sanitaires togolaises, à l’instar de leurs voisines, profitent de la 3.2. Connaissances des médecins togolais sur les
coopération technique avec l’AIEA pour doter le pays d’un techniques d’imagerie médicale utilisées en médecine
service de médecine nucléaire dans un futur proche en vue nucléaire
d’une meilleure prise en charge des patients.
C’est dans cette perspective que nous avons entrepris ce Il ressort du Tableau 1 que plus de trois quarts des médecins
travail dont l’objectif général est de faire le point sur le niveau (83,8 %) savaient que la médecine nucléaire est une technique

Pour citer cet article : Adambounou K, et al. Connaissances et perception de la médecine nucléaire par les médecins togolais. Médecine
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Tableau 1 Tableau 2
Répartition des bonnes connaissances sur les principes physiques et objectifs de Répartition des médecins ayant vu ou prescrit un examen de médecine nucléaire
la médecine nucléaire en fonction du lieu de stage. en fonction de leur qualification professionnelle.
Distribution of the good knowledge on the physics principles and aims of the Distribution of the physicians having seen or prescribed a nuclear medicine
nuclear medicine according to the place of internship. examination according to their professional qualification.
Modalité Imagerie Technique pas Visualisation d’un Prescription d’un
utilisant des fonctionnelle toujours plus examen de médecine examen de
rayonnements irradiante que nucléaire médecine nucléaire
ionisants tous les
Effectif % Effectif %
examens de
radiologie Médecin généraliste 17 17,7 0 0,0
(n = 96)
Effectif % Effectif % Effectif %
Médecin spécialiste 28 27,7 6 5,9
Stage à l’étranger 21 91,3 14 60,9 10 43,5 (n = 101)
(n = 23) Total (n = 197) 45 22,8 6 3,0
Pas de stage à 144 82,8 82 47,1 66 37,9
l’étranger (n = 174)
Total (n = 197) 165 83,8 96 48,7 76 38,6

une petite minorité de médecins (tous des spécialistes) ont déjà


une fois prescrit un examen de médecine nucléaire (Tableau 2).

d’imagerie médicale utilisant des rayonnements ionisants, que


plus de la moitié d’entre eux (51,3 %) méconnaissaient que la 3.3. Perception de la médecine nucléaire par les médecins
médecine nucléaire est une imagerie fonctionnelle et que la togolais
plupart (61,4 %) pensaient qu’elle est plus irradiante que tous
les examens de radiologie. Ce tableau met aussi en exergue que, Cent quarante-sept médecins (74,6 %) savaient que la
globalement, les médecins ayant effectué un stage à l’étranger scintigraphie et le TEP/TDM sont des examens de choix ou de
avaient une meilleure connaissance des principes physiques et référence dans de nombreuses pathologies.
objectifs de la médecine nucléaire. Ils étaient 155 médecins (78,7 %) à estimer que l’absence
La majorité des médecins togolais (plus des 4/5) savaient d’un service de médecine nucléaire au Togo constituait un frein
que la scintigraphie, la TEP et la tomographie par émission de à une meilleure prise en charge des patients au Togo. Un peu
positons couplée à la tomodensitométrie (TEP/TDM ou TEP- plus des deux tiers des médecins de notre échantillon jugeaient
Scan) sont des examens d’imagerie médicale relevant de la nécessaire la création d’un service de médecine nucléaire au
médecine nucléaire alors qu’environ le tiers et le quart d’entre Togo, alors qu’environ le dixième la jugeait inutile ou
eux pensaient, respectivement, que la TDM (scanner) et inopportune (Fig. 2).
l’imagerie par résonance magnétique (IRM) sont des examens Plus de la moitié des médecins (107), soit 54,3 % de
d’imagerie médicale relevant de la médecine nucléaire (Fig. 1). l’échantillon, souhaiterait qu’un service de radiothérapie soit
Quatre vingt-treize médecins (47,2 %) pensaient que le créé avant un service de médecine nucléaire.
radiologue avait les compétences requises pour interpréter un Cent dix-neuf médecins (60,4 %) souhaiteraient que les
examen de médecine nucléaire. autorités sanitaires investissent dans l’achat d’appareils de
Seuls 45 médecins, dont 73,9 % ayant déjà effectué un stage médecine nucléaire plutôt que de renforcer le plateau technique
à l’étranger, ont déjà vu un examen de médecine nucléaire et des services de radiologie déjà existants.

Fig. 1. Examens d’imagerie médicale qui, selon les médecins togolais, relèvent de la médecine nucléaire.
Medical imaging modalities which, according to the Togolese physicians, is nuclear medicine exams.

Pour citer cet article : Adambounou K, et al. Connaissances et perception de la médecine nucléaire par les médecins togolais. Médecine
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efficace associée à la plupart des examens de médecine nucléaire


de routine est considérablement inférieure à la dose associée à
une TDM abdominale estimée à 10 mSv [6,7]. À titre d’exemple,
la dose d’exposition lors d’une scintigraphie osseuse est de
l’ordre de 4 mSv et celle de la scintigraphie thyroïdienne est
de 1 mSv. Dans l’exploration diagnostique d’une embolie
pulmonaire, l’angioscanner thoracique délivre une dose moy-
enne de 15 mSv, alors que la scintigraphie de perfusion
pulmonaire en délivre 1 mSv [6,8].
Les examens de médecine nucléaire peuvent se regrouper en
deux grands types, à savoir les scintigraphies (ou TEMP) et les
TEP [9]. Il est donc encourageant de noter que la majorité des
Fig. 2. Importance de la création d’un service de médecine nucléaire au Togo.
médecins togolais ont pu identifier la scintigraphie ou la TEMP
Importance of the creation of a department of nuclear medicine in Togo.
(90,4 %) et la TEP (84,8 %) comme des examens d’imagerie
médicale relevant de la médecine nucléaire. Si la TDM est un
examen irradiant comme la TEP et la TEMP, elle est basée sur
Cent trente-trois médecins (67,5 %) souhaiteraient que la l’atténuation des rayons X et ne relève pas de la médecine
médecine nucléaire soit enseignée comme une matière à part nucléaire comme le pensaient 34,5 % des médecins de notre
entière à la FSS-UL. échantillon. La TEP/TDM ou TEP-Scan, qui est une technique
Trente et un médecins (15,7 %) pensaient qu’un service de d’imagerie hybride couplant l’information morphologique de la
médecine nucléaire serait un risque pour la population togolaise, TDM à celle fonctionnelle de la TEP sur une même image, est
eu égard à l’accident nucléaire de Fukushima au Japon. généralement réalisée dans les services de médecine nucléaire
et donc considérée a priori comme relevant de la médecine
4. Discussion nucléaire comme l’on affirmait la grande majorité des médecins
togolais. L’IRM est une imagerie en coupe, tout comme la
Nous avons colligé 197 médecins n’exerçant que dans des TEMP ou la TEP, mais elle n’utilise pas les rayonnements
structures sanitaires de Lomé, la capitale du Togo. Cette ionisants et est donc une technique d’imagerie non irradiante à
restriction du travail aux seuls médecins de Lomé constitue une l’instar de l’échographie. Il est alors regrettable que le quart des
certaine limite à notre travail. Mais, quand on sait qu’environ médecins de notre échantillon pensaient qu’elle relève de la
60 % des médecins généralistes et plus de 70 % des médecins médecine nucléaire. La pénurie aiguë des appareils d’IRM dans
spécialistes togolais exercent à Lomé [5], on peut estimer que notre pays pourrait être une des raisons de cette méconnais-
notre échantillon est représentatif des médecins togolais. sance regrettable, d’autant plus qu’il est très important que les
La majorité des médecins togolais (83,8 %) savaient que la médecins sachent distinguer les techniques non irradiantes de
médecine nucléaire est une modalité d’imagerie médicale celles irradiantes en vue de privilégier la prescription des
utilisant des rayonnements ionisants. En effet, la médecine techniques non irradiantes.
nucléaire utilise des radiotraceurs émetteurs de photons gamma Les médecins ayant effectué un stage en dehors du Togo
ou des positons, administrés aux patients par voie intravei- avaient une meilleure connaissance des principes physiques et
neuse, orale ou par inhalation dans un but diagnostique et/ou objectifs de la médecine nucléaire. Ce résultat pourrait
thérapeutique. Ces photons gamma et positons sont dotés d’une s’expliquer par l’existence de service de médecine nucléaire
énergie suffisante pour arracher un ou des électrons à la matière dans les pays de stage. La France, qui était le principal pays
biologique et sont donc qualifiés de rayonnements ionisants. d’accueil des médecins de notre échantillon, dispose d’un parc
S’il est réconfortant de noter que les médecins togolais de médecine nucléaire relativement assez bien doté d’un point
savaient que la médecine nucléaire utilise des rayonnements de vue qualitatif et quantitatif.
ionisants, il est un peu décevant de constater que plus de la Moins de la moitié des médecins (47,2 %) pensaient que le
moitié d’entre eux (51,3 %) méconnaissaient que la médecine radiologue a les compétences requises pour interpréter un
nucléaire est une imagerie fonctionnelle. En effet, la médecine examen de médecine nucléaire. En France, la médecine
nucléaire, à la différence du radiodiagnostic qui donne des nucléaire est reconnue en tant que spécialité indépendante
images morphologiques, observe in vivo le métabolisme d’un depuis 1988 (directive européenne). Ainsi, seul le médecin
radio-isotope au sein d’un organe cible. C’est une technique nucléaire a les compétences requises pour interpréter un
visant à réaliser des « cartographies de radioactivité » examen de médecine nucléaire. La durée recommandée de la
représentatives de l’état de fonctionnement d’un organe. Ces formation en médecine nucléaire est de 5 ans, incluant une
cartographies, appelées scintigraphies, constituent donc une formation dans les spécialités cliniques les plus concernées,
imagerie fonctionnelle. pouvant inclure la radiologie. Depuis février 2011, la Société
Environ deux tiers des médecins (61,4 %) de notre étude européenne de radiologie propose une fusion de la médecine
pensaient que la médecine nucléaire est plus irradiante que tous nucléaire et de la radiologie en une spécialité d’imagerie
les examens de radiologie. Cette conception de la médecine médicale exclusive. La médecine nucléaire deviendrait alors
nucléaire est erronée. Il convient donc de souligner que la dose une sous-spécialité de cette spécialité d’imagerie médicale avec

Pour citer cet article : Adambounou K, et al. Connaissances et perception de la médecine nucléaire par les médecins togolais. Médecine
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un tronc commun de trois ans de radiologie suivi de deux ans en L’incidence sans cesse croissante dans notre pays, le Togo, des
médecine nucléaire [9]. cancers curables par la radiothérapie et les fréquentes évacua-
Bien qu’ils soient très minoritaires (3 %) à avoir une tions des patients au Ghana (pays limitrophe du Togo) pourraient
fois prescrit un examen d’imagerie nucléaire, il est encour- être certaines des raisons pour lesquelles plus de la moitié des
ageant de noter qu’environ trois quarts des médecins (74,6 %) médecins enquêtés (54,3 %) souhaiteraient qu’un service de
de notre étude savaient que la scintigraphie et le TEP-Scan radiothérapie soit créé avant un service de médecine nucléaire au
sont des examens de choix ou de référence dans de nombreuses Togo. On peut toutefois se réjouir que 60,4 % des médecins
pathologies. Malheureusement, même dans les pays bien souhaiteraient que les autorités sanitaires investissent dans
médicalisés, il arrive que la médecine nucléaire, par l’achat d’appareils de médecine nucléaire plutôt que de renforcer
méconnaissance ou idée préconçue, soit perçue comme une le plateau technique des services de radiodiagnostic déjà
spécialité mineure voire optionnelle. Le service médical rendu existants. Ce souhait exprimé par les médecins est légitime
étant considéré comme faible et la plupart de ses actes comme puisque l’imagerie morphologique présente parfois des limites
substituables par d’autres techniques diagnostiques ou théra- dans le diagnostic de certaines pathologies, lesquelles limites
peutiques. Pourtant, la réactualisation en 2012 du guide du bon sont souvent corrigées par des examens de médecine nucléaire.
usage des examens d’imagerie montre tout le contraire. Les L’avènement de la médecine nucléaire au Togo, loin de
examens diagnostiques de médecine nucléaire trouvent leur supplanter la radiodiagnostic, viendrait en complément à celle ci.
place aux côtés des autres techniques médicales de diagnostic, L’enseignement de la médecine nucléaire, même comme un
couvrent la majeure partie du champ de la médecine et module de l’UE d’imagerie médicale, améliorerait certaine-
contribuent à une meilleure prise en charge des patients souvent ment les connaissances des futurs médecins togolais sur
avec un impact clinique important [10]. Ainsi, la TEP/TDM au l’imagerie nucléaire. D’ailleurs, plus des deux-tiers d’entre eux
fluorodésoxyglucose (FDG) est-elle décrite comme étant (67,5 %) souhaitaient que la médecine nucléaire soit enseignée
l’examen d’imagerie le mieux adapté pour évaluer l’extension comme une matière à part entière à la FSS-UL.
initiale du cancer broncho-pulmonaire dans sa variété non Notre étude révèle que la majorité des médecins togolais
métastatique à distance [11]. La TEP au FDG est capable de (84,3 %) pensaient qu’un service de médecine nucléaire ne
révéler des foyers métastatiques supplémentaires méconnus par serait pas risquant pour les populations au regard de l’accident
les procédures diagnostiques habituelles [12]. Elle permet aussi nucléaire de Fukushima au Japon. Cette perception est fort
de préciser le grade de malignité d’une tumeur cérébrale et réconfortante au regard des préjugés que l’on a souvent du
d’évaluer son pronostic. Une scintigraphie pulmonaire de nucléaire. En effet, dans la mémoire commune, la radioactivité
perfusion normale élimine avec certitude le diagnostic d’embolie depuis sa découverte fut rapidement associée à son utilisation
pulmonaire. La tomoscintigraphie de perfusion myocardique est militaire. Ainsi, depuis Hiroshima, le nucléaire rime avec
un examen clé dans le dépistage précoce et l’évaluation danger. Après Tchernobyl et récemment Fukushima, l’énergie
pronostique de l’insuffisance coronarienne [13,14]. nucléaire fait peur. Ceci a pour conséquence d’occulter à tort
Au vu de ce qui précède, on comprend bien que l’absence l’utilisation de la radioactivité à des fins médicales [9]. De plus,
d’un service de médecine nucléaire au Togo ne peut que il est très important de rappeler qu’un service de médecine
constituer un frein à une meilleure prise en charge des patients nucléaire n’est pas une centrale nucléaire.
togolais, comme l’ont si bien mis en exergue les trois quarts des Enfin, il est impérieux de souligner la nécessité pour nos
médecins enquêtés. Cette perception était la même au Nigeria pays en développement de se doter d’autorités fortes de
en 2006 à l’avènement de l’imagerie nucléaire dans ce pays régulation des sources de rayonnement ionisant pour garantir la
selon une étude rapportée dans Journal of Nuclear Medicine en sureté et la sécurité des activités nucléaires médicales comme la
2008 par Alonge et al. [15]. médecine nucléaire et la radiothérapie.
La majorité des médecins (68,5 %) jugeaient nécessaire la
création d’un service de médecine nucléaire au Togo. Le 5. Conclusion
contraire nous aurait étonnés quand on sait que la plupart d’entre
eux non seulement savaient que les examens de médecine Cette étude transversale sur les connaissances et la
nucléaire sont des examens de référence dans de nombreuses perception de la médecine nucléaire par les médecins togolais
pathologies, mais aussi que l’absence de service de médecine nous a permis de nous rendre compte que les médecins togolais
nucléaire freinait la prise en charge des patients togolais. avaient un niveau de connaissance acceptable des techniques
L’importance de la création des services de médecine nucléaire et d’imagerie médicale utilisées en médecine nucléaire. Une
de radiothérapie dans les pays en développement a été également minorité d’entre eux avaient déjà vu ou prescrit un examen
soulignée par Amoussou-Guenou et al. qui avaient mis en de médecine nucléaire. L’absence d’un service de médecine
exergue dans une récente étude [4] le rôle capital que jouerait un nucléaire au Togo est perçue comme un frein à une meilleure
centre de médecine nucléaire et de radiothérapie au Bénin dans la prise en charge des patients. La création d’un service de
réduction des évacuations sanitaires à l’étranger. Achy et al. en radiothérapie est toutefois souhaitée avant celui de médecine
Côte d’Ivoire estimaient que l’installation d’une gamma caméra nucléaire. Vivement que les autorités sanitaires profitent de la
hybride permettrait d’optimiser le système sanitaire diagnostique coopération technique avec l’AIEA pour l’avènement dans un
en oncologie, en pathologie ostéoarticulaire et dans bien d’autres futur proche d’un service de médecine nucléaire et de
disciplines médicales dans leur pays [16]. radiothérapie au Togo.

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Pour citer cet article : Adambounou K, et al. Connaissances et perception de la médecine nucléaire par les médecins togolais. Médecine
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