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AUT(O-ÉRO)TISME

Joseph Rouzel

ERES | « Le Coq-héron »

2017/2 N° 229 | pages 45 à 53


ISSN 0335-7899
ISBN 9782749255378
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Joseph Rouzel

Aut(o-éro)tisme
Glenn Gould, un autiste ? Allons, allons, vous n’y pensez pas. Pourquoi pas
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de Gaulle, Picasso ou ma grand-mère ? C’est comme pour le loup : à force de crier
à l’autiste n’importe quand, on finit par ne plus y croire…

Est-ce légende, rumeur, malentendu, voire médisance ? Il semble bien que


ce soit Eugen Bleuler, médecin responsable de la clinique du Burghölzli, où
officièrent également Carl Gustav Jung et Karl Abraham, qui soit à l’origine de
cette invention nosographique, sur un caviardage de l’autoérotisme freudien,
faisant sauter le petit dieu « éros » qui habite l’autoérotisme, pour produire
un « autisme » désaffecté. En effet, Freud estime que certains sujets, coincés
dans l’archaïque de la pulsion, font de l’autoallumage. Ils se remparent de la
présence d’autrui, qui les menace, pour se préserver. Installant leur campement
au seuil du langage1, ils nous apparaissent, à nous lesdits normaux, comme
étranges et étrangers. Et si l’on renversait la vapeur bien-pensante ? Et si c’était
nous, leurs étranges étrangers, les handicapés ? Et si c’était nous, les bons
névrosés tout-terrain, qui avions à frayer les chemins de langage jusqu’aux
frontières où se tiennent fièrement ces sujets ? La clinique quotidienne avec
les autistes nous y amène, quand elle ne nous y pousse pas sans ménagement.
Nous ne soutiendrons pas les sujets dits « autistes » dans leur cheminement 1. Voir H. Rey-Flaud, L’enfant
qui s’est arrêté au seuil du
humain à coup de méthodes régressives, où la carotte et le bâton, bien enrobés langage : comprendre l’autisme,
d’idéologie scientiste, tiennent lieu de pédagogie active. Comment peut-on Paris, Champs Flammarion,
penser sérieusement qu’un sujet, soumis à un système de punitions/récom- 2010.
2. Les ouvrages écrits par des
penses, puisse avancer dans sa vie ? Non seulement la clinique nous apprend autistes constituent en eux-
le contraire, mais de plus, nous disposons d’un véritable enseignement de la mêmes un véritable corpus.
part de certains autistes, suffisamment nombreux aujourd’hui, à travers leurs Parmi ceux-ci : T. Grandin,
Ma vie d’autiste, Paris, Odile
témoignages écrits et oraux, pour nous orienter2. Jacob, 2010 ; D. Williams,
Si on me touche, je n’existe
Victor et Itard : un ratage plus, Paris, J’ai lu, 1999 ;
D. Tammet, Je suis né un jour
bleu, Paris, Arènes, 2006 ;
Le médecin Itard, accueillant celui qu’il nomme Victor, cet enfant décou- B. Sellin, Une âme prisonnière,
vert dans les forêts de l’Aveyron par des chasseurs, s’appuie sur le philosophe Paris, Robert Laffont, 1994.

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Le Coq-Héron 229 Étienne Bonnot de Condillac qui parle de « sensualisme absolu ». Les idées,
l’action, la réflexion, le langage proviennent de la combinaison des sensations
primaires et extérieures: mythe de l’enfant comme cire vierge ou de la statue
animée de l’extérieur. Le langage est un moyen de lier les idées issues des
sensations. On en déduit une théorie psychologique scientifique : « Rien n’est
dans l’intellect qui n’ait été auparavant dans les sens. » Thèse proche de l’empi-
risme de John Locke repris aujourd’hui par les sciences cognitives, avec à la
clé une véritable forclusion du sujet de la parole et l’avènement d’une idéologie
terrifiante de « l’homme-machine3 ».
François Truffaut, dans un film réalisé en 1969 4, met en scène l’opposition
Pinel/Itard. Pinel estime que l’idiot (on dirait aujourd’hui l’autiste) est in­curable,
sauf s’il se produit une crise salutaire, lors d’un choc. L’idiotisme peut être inné
par dégénérescence ou acquis. De l’observation de Victor, il retient qu’il a un
regard vide, sauf s’il fixe une aliment ou une porte pour s’enfuir ; il n’est pas
sourd puisqu’il réagit à toute nourriture (odeur ou bruit, comme celle d’une
noix cassée derrière son dos); le placement à l’Institut des sourds-muets dirigé
par l’abbé Sicard est donc une erreur. Il ne parle pas, il grogne. Sa démarche est
particulière: il se balance, trotte ou galope. Il n’a pas acquis la préhension, ne
fait aucun lien entre le contact de l’objet et sa vision, confond le plan et le relief:
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il essaie d’attraper les objets peints. Malgré ses quelques acquisitions, Pinel
juge qu’il doit être assimilé aux enfants ou adultes réduits à l’état de démence
ou d’idiotisme, et en conséquence accueilli à Bicêtre, à vie.
Jean-Marc Gaspard Itard, médecin ami de Sicard, estime pour sa part que
Victor est « capable d’éducation ». C’est un des premiers médecins de l’oto-
rhinolaryngologie (orl), père de l’orthophonie, pionnier de la rééducation orale
des malentendants. Itard nourrit un grand rêve métaphysique et de gloire. On
est au lendemain de la Révolution. Il s’agit de « résoudre le problème de la
métaphysique: déterminer quel serait le degré d’intelligence et la nature des
idées d’un adolescent qui, privé dès son enfance de toute éducation, aurait vécu
entièrement séparé des individus de son espèce ». Ses observations sont donc
guidées par ce présupposé théorique. En fait, Victor n’est que l’instrument de
cette recherche, un cobaye. Itard, comme disciple de Condillac et du sensua-
lisme, veut prouver et démontrer que l’intelligence provient des sens et qu’une
éducation sensorielle peut remédier à son dysfonctionnement. Itard s’oppose à
Pinel en décrétant Victor capable d’éducation qu’il définit comme « traitement
moral ». Au-delà, c’est une véritable « entreprise de civilisation » qu’il lance.
Il écrit au ministre de l’Intérieur de l’époque, Champagny, pour qu’il lui
accorde une subvention afin que Victor puisse bénéficier d’une « éducation
3. L’homme machine est un
ouvrage de Julien Offray de spéciale » (origine du métier d’éducateur spécialisé !). Mais devant l’échec de
La Mettrie, publié à Leyde en l’éducation de Victor par des méthodes que l’on dirait aujourd’hui de rééduca-
1748. tion comportementale, Itard, célèbre désormais dans toute l’Europe, le laisse
4. F. Truffaut, L’enfant sauvage,
Les films du Carrosse, 1969. tomber et entre à l’Académie de médecine. Quant à Victor, il finira ses jours…
Voir également L. Malson, chez Pinel, à Bicêtre.
Les enfants sauvages, Paris, Quelques histoires pour y voir plus clair.
10/18, 1964. On y trouve en
annexe le « Mémoire et rapport
sur Victor de l’Aveyron » de L’enfant qui ouvrait/fermait les portes
J. Itard.
5. Voir H. Rey-Flaud, Sortir
de l’autisme, Paris, Flammarion, Je me souviens de cette histoire5 d’un jeune autiste d’origine maghrébine,
2013. qui passait son temps à ouvrir et à fermer les portes. C’est vite lassant. Un jour

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où toute la famille est réunie pour une fête, l’enfant ne cesse pas. Excédée, sa Ce que l’autisme interroge
mère lui demande de se calmer, en vain. Alors, le grand-père prend la parole en nous
et dit à sa fille : « Laisse-le faire son travail ! » Cette parole de reconnaissance
que ce qu’il faisait, et qui paraissait insensé, obéissait à une logique nommée
« travail » permit à l’enfant de sortir de la répétition. Non seulement il cessa
son geste obsédant et répétitif mais, quelque temps plus tard, il se mit à parler,
à sa façon, et expliqua le pourquoi de ce comportement étrange et dérangeant.
Lorsqu’il avait refermé la porte, il était saisi d’un doute angoissant : est-ce que
le monde derrière la porte continue à exister ? Et pour le vérifier, il rouvrait
aussitôt la porte. Et ainsi de suite. Comme un disque rayé. La parole de recon-
naissance du grand-père lui a permis de passer à autre chose. Tant que le brico-
lage du psychotique n’est pas reconnu pour ce qu’il est, comme dit Freud, une
façon de « rebâtir le monde pour l’habiter à nouveau6 », le sujet est agité par les
soubresauts répétitifs, que ce soit des gestes, des cris, des paroles, des errances,
des rituels, des écholalies... Possédé par la sauvagerie d’une jouissance qui
s’empare de lui, une jouissance qui témoigne d’un réel sans foi ni loi. C’est
pour supporter cela qu’il tente, pour faire face, d’introduire un ordre logique
que, malheureusement, dans notre aveuglement, la plupart d’entre nous quali-
fions de façon très péjorative de délire, et que nous voulons le faire taire.
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Le délire, cette « sortie du sillon » du discours commun, Freud le désigne à
juste titre dans son écrit princeps sur le Président Schreber, comme « tentative
de guérison, reconstruction », bien loin d’une quelconque morbidité. Et ceci
n’est pas sans conséquence sur la clinique, qu’elle se situe dans le champ du
travail social ou du travail psychique.

L’enfant qui allumait/éteignait la lumière

J’étais alors éducateur. Un enfant (nommons-le Antoine) passait son


temps accroché aux interrupteurs électriques, produisant un ballet d’ampoules
allumées/éteintes du plus bel effet. Un vrai courant… alternatif ! Mais il est vrai
qu’au bout d’un certain temps, ça finissait par agacer. Un jour, j’ai décidé de
lui donner un coup de main. J’avais comme intuition dans le transfert, explicité
en équipe et argumenté auprès du médecin psychiatre et de la psychologue, que
ce gamin d’une dizaine d’années tentait un bricolage constituant un embryon
d’appareil symbolique. Tout bêtement, le bouton électrique ne peut pas être en
haut et en bas en même temps ; ni la lumière allumée et éteinte. Cette produc-
tion inventive d’un appareil approchait à grands traits le jeu du fort/da exposé
par Freud à partir de l’observation de son petit-fils, Ernst, âgé de 18 mois.
À partir de la disparition de la mère qui vaque à ses affaires, l’enfant se lance, à
travers le jeu d’une bobine puis d’une image dans le miroir, dans cette construc-
tion éminemment complexe de représentation de la présence/absence, matrice
de toutes les opérations d’apprentissages, sociaux ou scolaires. Le commentaire
de Freud est éclairant : « L’enfant se dédommageait pour ainsi dire de ce départ
et de cette absence, en reproduisant, avec les objets qu’il avait sous la main, 6. S. Freud, « Remarques
psy­chanalytiques sur l’auto­-
la scène de la disparition et de la réapparition7. » Évidemment, la question se bio­graphie d’un cas de para-
complique pour un enfant autiste qui ne dispose pas a priori de l’outil pour noïa », dans Cinq psychana-
produire la représentation d’une absence, ce qui caractérise toute forme de lyses, Paris, Puf, 1989.
7. S. Freud, Essais de psycha-
psychose comme forclusion de cette capacité que Lacan désigne, à juste titre, nalyse, Paris, Petite Biblio-
comme Nom-du-Père (NdP), et qui n’est pas, comme le travestissent d’aucuns, thèque Payot, 1980.

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Le Coq-Héron 229 le patronyme, mais cette capacité de représenter ce qui n’est pas là, autrement
dit d’ancrer la relation au monde, aux autres et à soi-même dans la symboli-
sation. Je n’entre pas ici dans les diatribes qui ont agité et agitent encore l’ap-
proche de l’autisme. Je donne juste mon repérage, le bricolage qui m’a servi et
me sert encore de guide dans la clinique : l’autisme, comme les autres formes
de psychoses, est une production d’un sujet hors castration. Il faut beaucoup de
courage et d’invention à un tel sujet pour tenter de rejoindre le monde des
bons névrosés, qui prétendent détenir une quelconque « norme mâle8 ».
Un tel courage, une telle invention exigent d’être accueillis et reconnus. Voilà
ce qui m’a poussé, ce jour-là, à ne pas laisser seul Antoine à ses divagations
– du moins à ce qui était jugé comme tel. J’ai passé des heures avec lui sur le
bouton électrique et je fournissais la traduction simultanée, accompagnant et
doublant les gestes des mots qui pouvaient les représenter. Le bouton : en haut/
en bas ; la lumière : allumée/éteinte ; le geste basculant de la main et des doigts,
etc. Bien sûr qu’il faut être un peu fou pour faire ces métiers ! Si on partage
le point de vue, annoncé à la fin de sa vie par Lacan, que « tout le monde est
fou, tout le monde délire », alors on peut exiger un certain degré de folie dans
l’accompagnement éducatif et thérapeutique. Ce partage du bricolage inventif
d’Antoine nous a permis de passer ensuite à des jeux d’eau dans la baignoire,
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où à nouveau les opérations élémentaires de présence/absence se sont incarnées
dans les remplis/vidés de gobelets en plastique. Pendant des heures, tout en
accompagnant les gestes des paroles adéquates. Et tout doucement, Antoine a
pu s’adonner à des opérations un peu plus complexes, en se passant progressi-
8. Trouvaille de Lacan lors vement de l’usage des objets, jusqu’à atteindre un certain niveau d’abstraction,
d’un entretien à Louvain en par exemple en accédant aux additions d’objets, à des distinctions essentielles
1972. dans le langage (moi/l’autre), etc. Ce fut pour moi une grande leçon. L’essen-
9. J. Rouzel, La prise en
compte des psychoses dans tiel que j’en retiens consiste à se mettre à l’école des enfants autistes. Ils savent
le travail éducatif, Toulouse, et nous enseignent la marche à suivre. À condition de leur prêter intérêt et
érès, 2013 ; La folie créatrice. reconnaissance et, pourquoi pas ? comme l’ami Pierrot prête sa plume pour
Alexandre Grothendieck et
quelques autres, Toulouse, écrire des mots, nos capacités symboliques.
érès, 2015.
10. F. Deligny, « Cahiers de L’autisme, une définition9
l’immuable », dans Œuvres,
Paris, Éd. de l’Arachnéen,
2007. L’autisme, dans les dernières élaborations issues de Lacan, pose la question
11. B. Bettelheim, La forte- de la jouissance de l’Autre et de son traitement. Stratégie de l’« immuable »,
resse vide : l’autisme infantile
et la naissance du soi, Paris, précise Fernand Deligny10  ; construction d’une « forteresse vide » titre Bruno
Folio Gallimard, 1998. Bettelheim11. L’autiste met en œuvre différentes stratégies de défense:
12. R. Lefort, R. Lefort, Maryse – invention d’un ou de plusieurs doubles (cf. Rosine et Robert Lefort12,
devient une petite fille, Paris,
Le Seuil, 1995. Donna Williams), qui se distinguent du couple persécuteur/protecteur que l’on
13. J.-C. Maleval, L’autiste, rencontre dans la paranoïa ;
son double et ses objets, Presses – maîtrise de l’environnement, notamment en ce qui concerne les voix et
universitaires de Rennes, 2009 ;
É. Laurent, La bataille de les regards qui émanent des autres ;
l’autisme, Paris, Navarin, 2012. – constitution d’un bord protecteur. La jouissance fait retour sur le bord,
14. F. Tustin, Les états autis- et non sur le corps (Jean-Claude Maleval, Eric Laurent13) ;
tiques chez l’enfant, Paris, Le
Seuil, 1986. – importance de l’objet, avec invention de machines autistiques répétitives
15. J’utilise l’arobase et son (Temple Grandin, Frances Tustin14).
signe ouvert, plutôt que le a Deux « objets @15 » émanant du corps d’autrui, non inscrits dans
que promeut Lacan, pour le
distinguer d’une lettre et cerner le sym­bolique, se présentent comme particulièrement menaçants : la voix
un objet non spéculaire. et le regard. Pour la voix, la leur: mutisme; celle de l’autre: évitement de

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l’interlocution. Regard fixe ou fuyant. Il me souvient d’une petite fille qui me Ce que l’autisme interroge
prévenait que, lorsque je la regardais, des couteaux entraient dans ses yeux. Elle en nous
passait ainsi au réel l’expression bien connue d’un « regard perçant ». Mieux
valait s’abstenir !
Ces objets @ débridés de l’appareillage symbolique, les autistes inventent
des stratégies pour s’en défendre et les extraire de leur corps. Les autistes se
protègent de la voix/bruit et du regard qui les percent16. Le mode de défense
face à l’intrusion de la voix ou du regard consiste à faire de l’autre un objet,
à séparer les mots et l’expression, éventuellement, pour certains, à se réfugier
dans l’écriture, y compris assistée par ordinateur. La jouissance n’est pas morti-
fiée par le signifiant, au sens où Lacan précise que « le symbole, c’est le meurtre
de la chose », et l’autiste « bricole » des modes de défense, de délocalisation,
de transformation de ce qui l’envahit. C’est ainsi qu’il faut entendre certaines
manifestations jugées perturbantes. Produisant une scission des affects et de
l’intellect, l’enfant autiste prononce des mots, mais n’utilise pas le langage
comme lien social. Il déploie un langage de gestes composés de signes, non
de signifiants, qui représentent un sujet pour un autre signifiant. L’emploi du
« je » s’avère très tardif, ou inexistant.
Cela dit, il n’est pas sûr que, dans la clinique, il s’agisse d’en faire une
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structure à part comme le font Rosine et Robert Lefort.
« S’ils n’arrivent pas à entendre ce que vous avez à leur dire, précise
Lacan dans sa Conférence de Genève en 1975, c’est en tant que vous vous en
occupez. »
D’où on peut inférer qu’il s’agit dans le traitement de l’autiste, pour le
professionnel, avant tout de lui ficher la paix, de cesser de l’envahir avec
ses angoisses, ses projections, ses injonctions, ses intentions éducatives ou
soignantes. Et sans doute de soigner l’Autre de l’autiste, qui s’incarne comme
autre dans la relation. Il s’agit avant tout, comme l’énonçait fortement François
Tosquelles, de « soigner les soignants17 ». Le reste suit…

Et Glenn Gould, dans tout ça ?

Glenn Gould est né le 25 septembre 1932 à Toronto, et mort le 4 octobre


1982 dans la même ville. Pianiste, compositeur, écrivain, homme de radio et
réalisateur canadien, il est connu pour ses interprétations du répertoire baroque,
en particulier pour avoir renouvelé l’approche de Bach. Ses enregistrements
des Variations Goldberg (1955 et 1981) sont restés célèbres. Glenn Gould
abandonne rapidement sa carrière de concertiste en 1964, et décide de ne plus 16. J.-C. Maleval, L’autiste et
jamais se produire en public. Il se consacre aux enregistrements en studio et à sa voix, Paris, Le Seuil, 2009.
la production d’émissions de radio pour Radio Canada. 17. F. Tosquelles, L’enseigne­
ment de la folie, Paris, Dunod,
Dans son livre consacré au musicien18, le psychiatre américain Peter 2014.
Ostwald suggère qu’une partie du comportement de Gould, apparu à la fin de 18. P. Ostwald, Glenn Gould
son enfance et durant son adolescence, réunirait les conditions du syndrome (1998), trad. fr., Arles, Actes
Sud, 2003.
d’Asperger (sa), une variante de l’autisme. Intrigué par cette idée, Timothy 19. T. Maloney, « Glenn Gould,
Maloney19, directeur de la division de la musique à la Bibliothèque nationale autistic savant : Theorizing
du Canada, a examiné la littérature et les archives sur Gould, pour recueillir des disability in music », dans
N. Lerner, J. Straus (sous la
anecdotes sur son comportement, durant sa vie adulte en particulier, et déter- direction de), Sounding Off,
miner s’il avait les caractéristiques du sa. New York, Routledge, 2006.

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Le Coq-Héron 229 Voici ce qu’il a retenu : Glenn Gould était hypersensible au toucher, à la
vue et à l’ouïe, et hyposensible au goût et à l’odorat. Ces réactions anormales
aux stimuli sensoriels expliqueraient son habitude de trop se vêtir (au point
de porter un pardessus, un tricot, une écharpe et un bonnet de laine, même les
jours les plus chauds de l’été), sa préférence pour les jours gris et tristes plutôt
que les journées ensoleillées, et sa diète toute en douceur et en fadeur : jus de
fruits, œufs brouillés, rôtis, salade et biscuits à l’arrow-root. Les choix vesti-
mentaires et diététiques de Gould sont aussi des exemples de son obsession
pour les routines et rituels immuables, une autre caractéristique manifestée
par les autistes. Même ses choix de musique et de film étaient assujettis à
son besoin d’uniformité. Il écoutait des sélections musicales encore et encore
pendant des mois, ou regardait un film quarante ou cinquante fois. Ses rituels
incluaient le trempage de ses bras dans de l’eau (tellement chaude qu’elle
laissait sa peau écarlate) avant un concert et son refus bien connu d’aban-
donner la petite chaise pliante que son père avait adaptée pour son usage,
même quand l’usure et les déchirures l’eurent réduite à un cadre (sans siège)
grinçant et bancal, tenu par du ruban isolant, des cordes de piano, de la colle
et des vis. Dès la petite enfance et durant toute sa vie, Gould eut des diffi-
cultés au niveau social. L’école fut une expérience malheureuse : il comptait
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chaque seconde jusqu’à l’heure du dîner à la maison. Sa fascination pour la
technologie et les animaux fournit, selon cet auteur, une autre indication de
son sa : les deux étaient des protections qui lui permettaient d’éviter l’inter­
action humaine. Gould démontrait des mouvements anormaux : une démarche
bizarre, une posture médiocre, de la maladresse, des mouvements stéréotypés
répétitifs tels que se bercer, fredonner et battre la mesure au clavier et ailleurs.
Timothy Maloney a suggéré que les gestes de direction d’orchestre de Gould
pouvaient être considérés comme l’équivalent du battement des mains chez
d’autres sujets atteints d’autisme. Il pense que ces gestes si omniprésents
étaient peut-être une réaction physique incontrôlable à la musique qu’il écou-
tait constamment dans sa tête. Alors que le sa nuit aux capacités motrices
en général, ceux qui en sont affligés peuvent en même temps démontrer des
talents moteurs particuliers hautement développés, tels ceux mobilisés dans
le dessin, la peinture et les instruments de musique. Maloney a mentionné des
commentaires de plusieurs critiques musicaux bien connus illustrant claire-
ment leur stupéfaction devant la technique de Gould au clavier. Beaucoup ont
observé que Glenn Gould avait une mémoire musicale photographique, lui
permettant de se souvenir de quantités impressionnantes de partitions musi-
cales et de créer à volonté des transcriptions pour piano d’œuvres d’opéras
et d’orchestres. Sa mémoire auditive lui donnait le ton juste, et sa mémoire
kinesthésique lui permettait de revenir à une œuvre musicale des années après
sa dernière interprétation, et de la jouer parfaitement. De telles prouesses de
mémoire sont caractéristiques des capacités des autistiques. Maloney termine
en déclarant :
« Glenn Gould mérite notre profonde sympathie pour s’être si bien débrouillé,
et notre profonde admiration pour avoir développé et mis en œuvre, face à l’in-
compréhension et à l’opprobre générales, tant de techniques pour s’en sortir sans
l’intervention ni le soutien des autres. Indépendamment de ses réalisations profes-
sionnelles uniques, ses réalisations personnelles représentent un véritable triomphe
de l’esprit. »

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Mais une telle description suffit-elle à caractériser un autiste, fût-il Ce que l’autisme interroge
Asperger ? On pourrait tout aussi bien, comme on l’a souvent fait, taxer Glenn en nous
Gould d’excentrique20. La description phénoménologique des comportements
ne suffit pas. Sans repérer la structure logique de la relation qui relie le sujet à
l’Autre et, par voie de conséquence, aux autres ; sans considérer l’usage que
fait le sujet des objets @ non symbolisés et de leur retour dans le réel, on risque
fort de passer à côté. Et se produit ce qu’on voit aujourd’hui : une inflation
statistique d’autistes.
Dans son ouvrage consacré au musicien21, Michel Schneider, alors direc-
teur de la musique et de la danse au ministère de la Culture, précise, en prenant
appui sur la psychanalyse, un certain nombre de points qui nous mettent sur
la piste. On y repère finement le mode de relation de Gould avec l’Autre, cet
Autre qu’il maintient à distance, comme il maintient à distance tout ce qui
émane de lui-même en matière d’émotion.
J’ai vu récemment un enfant que sa mère venait de récupérer à l’école.
Dans la rue, de l’extérieur, il s’adresse à ses copains en attente dans la cour,
colle son nez à la grille et lance : « Eh ! les gars, je suis enfermé dehors ! » J’ai
trouvé qu’il y avait là une définition étonnante de l’autisme. Le sujet s’enferme
et enferme l’Autre, présentifié par les petits autres qu’il croise à longueur de
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journée, dehors. L’image produite par Bruno Bettelheim à partir de son expé-
rience des camps, de La forteresse vide, si on y ajoute cette double exclusion
de l’Autre et du sujet, me paraît tout à fait parlante. Pour Glenn Gould, non pas
le piano mais les notes, l’appareil de notation musical, puis l’écriture au sens
large, constituent, si j’ose dire, son cheval de bataille. Qu’ils soient consacrés
à la musique ou non, ses écrits témoignent de ce travail d’usinage étonnant.
« Tous les jours, tout le temps, avec les doigts, la main, les yeux : il écrivait des
pages et des pages. » Des dizaines de milliers de pages où courent des considé-
rations permanentes sur son état de santé et les maladies qui peuvent l’affecter,
des récits, des fictions, des commentaires musicaux…
« Aucune écriture, souligne Michel Schneider, ne ressemble à celle-là : large,
ample même, animée d’une intense énergie, mais les lettres emmêlées aux lettres,
les mots aux mots, les phrases aux phrases. »
Construction incessante des remparts de la forteresse vide. Quelques
mots émergent parfois de la lecture : proper, oboe, darkness… Puis l’écriture,
et la ronde des notes qui tournent dans sa tête (en fait, il ne joue pratiquement
jamais du piano pour répéter) ne suffisent plus. Les manies et rituels non plus.
« Je voulais être un garçon de tête et non de cœur », dira-t-il.
Pris dans une manipulation permanente des chiffres et des nombres, il
avait annoncé la couleur : plus de concert après 30 ans, et fin définitive du
jeu au piano à 50. En avril 1964, il est à Los Angeles, puis quelques jours
plus tard à Chicago. Et c’est là, à la 17e mesure du troisième mouvement de la
Sonate opus 110 de Beethoven, que la décision tombe en lui : plus de scène, 20. Glenn Gould a répondu
jamais ! Le 11 novembre, aux étudiants du Conservatoire royal de Toronto : à cette critique dans son
ouvrage, Non, je ne suis pas
« Soyez seuls, demeurez dans la contemplation qui est une grâce. » un excentrique, Paris, Fayard,
Il s’isole pendant presque trois ans dans une cabane dans la région des 1986.
21. M. Schneider, Glenn Gould.
Grands Lacs. Puis il met entre lui et le public qui le dévore un nouveau rempart : Piano solo, Paris, Folio Gal-
le studio et sa technologie. limard, 1988.

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Le Coq-Héron 229 « Le studio d’enregistrement et la sécurité matricielle qu’il offre sont très en
accord avec mon style de vie », déclarait-il.
Les films de Bruno Monsaingeon22 nous font découvrir un homme étrange.
Son corps balance au rythme de la musique que jouent ses doigts, un petit filet
de voix de fausset, telle une plainte, sort de sa bouche (« vous chantonnez »,
préviennent, embarrassés, les techniciens qui enregistrent). Il s’enferme dans la
musique. La musique le protège, mais parfois elle le fuit.
« Il édifiait alors une muraille de médicaments…23 »
Pendant un an il interrompt les enregistrements pour se consacrer exclu-
sivement à l’écriture d’un journal où il passe en détail une série de maux qui
affectent son corps24 : douleurs aux bras, aux mains, au cou, au dos, déchirements,
fourmillements, troubles oculaires, atteinte du labyrinthe de l’oreille interne…
Il traite avec les lettres de l’écriture la jouissance d’un corps qui le déborde.
Ce « corps parlant » (expression que l’on doit au dernier enseignement de
Lacan) se met à jouir de lui. Il l’excède. Nous voyons ici apparaître la deuxième
composante qui marque le cheminement de l’autiste : une fois réglée la distance
à l’Autre, reste à effectuer l’extraction de l’objet de jouissance qui envahit le
corps. Cet objet @, qui n’est pas apprivoisé chez Glenn Gould par l’appareil
symbolique tant ça « manque de manque » (Lacan) revient en force, dans sa
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charge de réel, sous les auspices néfastes de l’objet voix lorsqu’il déferle d’une
jouissance inassimilable25. Le journal prend effet peu de temps après la mort de
sa mère, celle qui lui apprit le piano quarante ans plus tôt, en lui montrant les
notes sur le clavier et en les chantant. La mère n’est plus là pour apprivoiser ce
choc du réel du son et de la voix, « le mystère très pur de la voix humaine ».
Il est livré sans défense à la persécution de la matière sonore qui le taraude, et
qu’il faut maintenir dehors avec les briques de l’écriture et la technologie du
studio.
Et cela, ce travail acharné, jusqu’au jour de ses 50 ans qui tombe le
25 septembre 1982. Le lendemain, il est frappé d’une congestion cérébrale.
Il décède le 4 octobre. Hors scène, comme prévu.

La folie créatrice

J’ai à cœur de souligner la voie royale du traitement des autistes. Celle qui,
22. B. Monsaingeon, Glenn
Gould. The Alchimist, emi tout simplement, consiste à prendre au sérieux leurs productions, bricolages,
Classics, 2007. trouvailles et autres inventions26. La seule visée, se faisant ainsi, comme nous
23. M. Schneider, « Glenn le conseille Lacan, « les secrétaires de l’aliéné27 », opère à partir d’un accueil
Gould en fugue », Le Point,
18 octobre 2002. de ces productions (c’est un travail !) pourvu qu’elles prennent place dans des
24. G. Gould, Journal de crise, formes socialement acceptables. Acceptables au sens où le sujet ne se met pas
Paris, Fayard, 2002. en danger, pas plus qu’autrui. Il me semble que, ainsi posée, la clinique peut
25. E. Porge, Voix de l’écho,
Toulouse érès, 2012. témoigner d’un éventail très large. Que les productions tombent dans le champ
26. G. Druel (sous la direction de l’art, de la littérature, de la science…, ou dans aucun champ connu. Bien loin
de), L’autiste créateur. Inven- des discours et des approches inscrits sur le versant d’un quelconque déficit ou
tions singulières et lien social,
Presses universitaires de handicap, cette position clinique peut permettre de soutenir et d’accompagner
Rennes, 2013. l’autiste dans le traitement de ce qui l’envahit et le perturbe, venant de l’exté-
27. J. Lacan, Le Séminaire, rieur comme de l’intérieur. L’autiste, soutenu et reconnu dans ce mode original
Livre III (1955-1956), Les
psychoses, Paris, Le Seuil, de traitement, peut alors passer d’un retrait du lien social fatal à une façon
1981. d’être au monde qui lui appartienne.

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J’intervenais il y a quelque temps dans un hôpital de jour, dans le quartier Ce que l’autisme interroge
d’Alésia à Paris. Je sonne au deuxième étage. Une jeune fille de 12 ou 13 ans en nous
ouvre la porte : « Comment vous vous appelez ? – Joseph. Et vous ? – Deborah.
Vous venez voir les éducateurs ? – Oui. – Je vais vous accompagner. »
Dans ce centre créé par le professeur Michel Soulé il y a plus de quarante
ans, on peut mettre à l’épreuve de cette anecdote ce dont on nous rebat les
oreilles en matière d’évaluation. Voilà une jeune fille capable d’appréhender
l’inconnu et de s’inscrire de façon vivante et créatrice dans le lien social. Il y a
là le résultat de dix ans de travail des professionnels. Que demander de plus ?
J’ai bien conscience de ne rien apporter de nouveau ici. La prise en compte
(plutôt que prise en charge, qui pèse son poids d’imaginaire) desdits « autistes »
à partir des repères issus de la psychanalyse existe depuis une bonne soixan-
taine d’années. Pourquoi ne pas en tirer les conséquences ? Pourquoi ne pas
se laisser enseigner par cette clinique singulière ? Pourquoi ne pas raconter les
histoires de ces rencontres humaines ? Les psychanalystes ont trop longtemps,
sur la scène publique, péché par un retrait et une forme de mutisme, interprétés
comme un mépris. Il est temps de lever la… méprise.

Résumé
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La voie royale du traitement des autistes consiste sans doute à prendre au sérieux leurs
productions, bricolages, trouvailles et autres inventions. L’accueil de ces productions
reprend ainsi le conseil de Lacan de se faire « les secrétaires de l’aliéné ». Qu’elles
tombent dans le champ de l’art, de la littérature, de la science etc., ou dans aucun champ
connu. Cette position clinique peut permettre de soutenir et d’accompagner l’autiste
dans le traitement de ce qui l’envahit et le perturbe, venant de l’extérieur comme de
l’intérieur. L’auteur en fait la démonstration à partir de cas cliniques, notamment celui
du musicien canadien Glenn Gould, autiste de génie.

Mots-clés 
Clinique psychanalytique de l’autisme, autotraitement, Autre, autre, objet@, psychoses,
forclusion.

PARUTION
MAI 2017
ÉDITIONS ITHAQUE

LE TRAVAIL DU PSYCHANALYSTE
Accueil de la diversité et stratégies cliniques
François Duparc

Repenser le travail de l’analyste dans une perspective de recherche


quant aux moyens et aux visées de la psychanalyse contemporaine, tel
est le but que se donne François Duparc dans cet ouvrage. Guidé par un
principe de diversité pour accueillir, au-delà d’une nosologie statistique
réductrice, l’éventail des pathologies actuelles à tous les âges critiques de
la vie, l’auteur considère les nouvelles problématiques qui s’imposent aux
praticiens et fait le point sur les outils essentiels à la prise en charge des
analysants du XXIe siècle.

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