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Je ne t’ai jamais oublié

Lilly Sweet & Kaléna


Ce livre est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les événements sont le
fruit de l’imagination de l’auteur ou sont utilisés fictivement. Toute ressemblance avec des personnes
réelles, vivantes ou mortes, des établissements d’affaires, des événements ou des lieux serait pure
coïncidence.
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procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue
une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Tous droits réservés ISBN : 979-10-94342-21-3 Illustrateur : © ChezCLM
©Lilly Sweet 2016. Tous droits réservés.
Prologue
Il y a quinze ans…
— Tu n’as invité personne ? Mais pourquoi ? Ne me fais pas croire que le mec le plus populaire
du lycée a peur de se prendre un râteau !
— Lâche-moi avec ça Clochette, tu veux !
— Tu devrais aller lui demander, elle annulera aussitôt son rendez-vous avec l’autre tête de fion.
— Non ! Elle lui a dit oui et Justine tient toujours ses promesses. Tu le sais aussi bien que moi.
Maintenant, va voir ailleurs si j’y suis.
— Monsieur est grognon à ce que j’entends. Ça doit être l’état normal quand on voit la nana
qu’on aime partir avec un autre. Surtout quand on sait que ce mec veut juste la sauter dans un motel
miteux et qui s’en vantera dès le lendemain. C’est ça que tu veux pour elle ? T’es sérieux mec ? Je te
pensais plus intelligent que ce con de footballeur, mais si tu n’interviens pas, tu seras du même niveau
que lui. Toi seul peux interférer. Elle t’écoute toujours, moi j’en ai perdu des cheveux tellement elle
est têtue. Crois-moi, si tu la laisses y aller avec cet abruti tu fais bien de prendre le premier avion
demain matin, car je te ferai de ta vie un enfer.
— J’ai compris le message Clochette, maintenant laisse-moi je dois terminer mes valises.
— Je n’ai jamais connu des têtes de mules comme toi et Justine. Ça crève les yeux qu’il y a plus
que de l’amitié entre vous et vous préférez vous taire. Tu me donnes la gerbe.
— Alors va dégueuler plus loin et fous-moi la paix, j’ai un tas de choses à terminer.
— Tu ne veux pas un peu de poussière de fée ?
— Je suis de trop mauvaise humeur pour qu’elle fonctionne sur moi. Mais merci pour ton
inquiétude.
— Bien, prends soin de toi. Et fais-nous signe dès que tu le peux. Ne deviens pas un de ses
adultes chiant à mourir qui ne pense qu’au travail !
Je lui souris tendrement et l’enlace. Avant qu’elle ne parte, je ne peux m’empêcher de lui
demander de veiller sur Justine.
— Je ferai de mon mieux promis.
Je me retrouve seul à terminer mes bagages, il ne reste plus grand-chose dans la maison. La
plupart des meubles ont été donnés à des associations, les déménageurs n’ont eu que les souvenirs de
mes parents à emballer. Depuis le décès de mon père, j’ai été propulsé à la tête de la plus grande
société de maquillage. Mon père a créé il y a une vingtaine d’années cette société à Brooklyn. Le
succès a été tel qu’ils ont ouvert plusieurs magasins à New York, Atlanta, Los Angeles et la dernière
en date à Las Vegas dans un casino. Il n’avait pas pensé un instant que ça marcherait aussi bien. Il me
disait souvent qu’il fallait frapper là où les gens ne s’y attendaient pas. Et un français qui se lance
dans du maquillage à l’étranger avant même de tenter dans son propre pays, c’était une pure folie.
Mais mon père n’a jamais fait comme les autres. Il détestait être comme tous ces moutons. Alors du
haut de mes 18 ans, je dois désormais gérer une société qui pèse plusieurs milliards et rendre fer mon
défunt père. Tout va bien aucune pression ! Aucune…
Et pour finir en beauté, ce soir, il y a ce putain de bal à la con. Sérieux qui aime perdre son temps
avec ces conneries ? Tout le monde apparemment. Même ma meilleure amie Justine. J’aurais pété les
plombs une bonne centaine de fois depuis la mort de mon père si elle n’avait pas été là. Elle me
connaît depuis que nous sommes en cours préparatoire, mais nous sommes vraiment proches depuis
que nous sommes dans le même cursus scolaire. J’ai pu la découvrir à sa juste valeur et c’est une
fille extra ! Elle n’a aucune idée de ce qu’elle dégage et de ce qu’elle offre aux gens qui l’entourent.
Rien qu’avec son sourire, elle peut changer le monde. Je n’exagère pas, puisqu’elle a changé le mien.
Mais je n’ai jamais réussi à lui dire à quel point je tenais à elle. Et je dois admettre que terminer mes
valises est le cadet de mes soucis. Cet enfoiré de Franck va tout faire pour coucher avec elle ou pire
ce soir. C’est le genre de petit con à établir un tableau de chasse comme trophée. Putain, mais qu’est-
ce que je fous là ?!
J’espère qu’il n’est pas trop tard, se lamenter prend plus de temps que je ne le pensais. J’arrive
juste après l’élection du roi et de la reine de promo qui sont déjà partis. Apparemment, c’était Justine
et Franck les gagnants. Je repère Clochette en train de se servir à boire.
— Où est-elle ? demandé-je sans prendre la moindre douceur.
— Elle est partie il y a dix minutes environ. C’est seulement maintenant que tu te ramènes ? Bien
le meilleur pote, tu assures comme un chef !
— Oh la ferme Clochette, tu n’es pas mieux à être ici sans elle.
Je ne le lui laisse pas le temps de me répondre, je suis déjà parti pour retrouver Justine. J’ai déjà
entendu parler de ce fameux motel réputé pour ce genre d’after. Je ne respecte aucun feu, aucune
limite de vitesse. Régler les amendes n’est pas un problème pour moi, alors hors de question qu’il
arrive un malheur par mon manque de courage à lui avouer mes sentiments.
J’arrive à l’hôtel et découvre qu’il est encore plus dégueulasse que je ne l’imaginais. Je repère la
voiture de Franck, je me gare près d’elle, et ne prends même pas la peine de fermer ma portière. Je
demande au mec de l’accueil -qui ressemble vraiment aux gérants que nous voyons dans les films,
crades et bedonnants-le numéro de leur chambre. Évidemment, il refuse de me la donner. Je repars
dans ma voiture et attrape ma veste dans laquelle je récupère mon portefeuille. Je pose une somme
importante sur le comptoir et repose ma question. Comme par magie, j’obtiens de ce gros porc ce que
je demande depuis le début. Quand mon père me disait que l’argent achetait tout, il n’avait pas tort.
Ne perdant plus une seconde, je monte les escaliers menant à cette chambre. Je décide de la jouer
fine et de frapper jusqu’à ce que l’on m’ouvre. J’entends des voix râler et une autre plus délicate. Je
crois déceler un « Non » et mon sang ne fait qu’un tour. La porte s’ouvre à peine, je frappe un grand
coup dedans avec mon pied. Je pense lui avoir pété le nez à ce connard vu ses hurlements. Justine est
sur le lit, les larmes aux yeux. Elle tente de remonter la bretelle de sa robe tout en s’essuyant les
joues. Je suis dans une telle rage que je ne cherche pas plus loin. Je l’attrape et l’embarque avec moi
sans un mot. Elle me suit en trottinant jusqu’à la voiture. Elle s’installe sur le siège passager, je
claque la portière quand je suis derrière mon volant. Je serre ce dernier aussi fort que possible.
J’imagine mes mains autour de cet enfoiré qui a tenté de…
— Hey, tout va bien Mickael, grâce à toi, je vais bien. Calme-toi. Expire, inspire.
Je fais ce qu’elle me dit, elle a toujours été la seule à réussir à me calmer rapidement. Je me
tourne vers elle, elle est apeurée, elle est si gentille, si naïve. Et je vais devoir la laisser toute seule
dans cette ville remplie de petites frappes comme Franck.
Sérieusement papa, tu crois vraiment que c’était le moment de partir ? C’est tellement injuste.
— La prochaine fois, réfléchis aux conséquences avant de te pavaner avec un mec comme lui ! Je
ne serai pas toujours là pour te sauver de leurs griffes.
Je lui balance ces mots sans la ménager, et à voir ses yeux j’ai réussi à la foutre en colère. Tant
mieux je ne serai pas le seul à la quitter avec les nerfs à vifs. Le trajet se fait dans un silence profond.
Elle se retient tellement de me balancer les pires vacheries que j’arriverai presque à en rire. Nous
arrivons devant chez nous. Chez nous, car elle vit en face de chez moi. Elle descend de la voiture
sans un mot de plus, elle sait que je prends un vol demain matin et nous allons finir notre amitié sur
une soirée aussi merdique. Génial. Je n’ai pas la force de lui courir après. Pourtant je devrais. Je
dois lui dire ce que je pense, ce que je ressens.
Je sors de ma voiture, mais elle est déjà rentrée chez elle. Je sais que ses parents se sont absentés
pour la soirée. Je prends mon courage et pars la retrouver. Le cœur lourd, je frappe à cette porte pour
la dernière fois. Elle met du temps à venir m’ouvrir.
— Quoi ? Tu as oublié de me sortir une dernière saloperie avant ton départ ?
Quand je la regarde, je comprends pourquoi elle a mis du temps à m’ouvrir, elle était en train de
se changer. Elle a retiré sa robe de bal pour enfiler un petit short avec un débardeur. Elle devait avoir
hâte de s’en débarrasser pour avoir fait si vite.
— Tu as perdu ta langue Mickael ? Tu l’avais bien pendue pourtant tout à l’heure.
— Justine, je…
— Quoi ?
Elle croise ses bras sous sa poitrine, je m’avance vers elle, ses yeux m’implorent de lui
répondre, de lui dire tout ce que je lui cache. Et je me souviens de ce que mon père disait souvent à
ma mère. Les actes sont souvent plus puissants que certains mots. J’avance plus rapidement vers elle,
son regard s’écarquille, qu’elle est belle !
— Oh et puis merde !
J’attrape son visage dans mes mains et pose enfin ma bouche sur la sienne. Je ferme la porte
d’entrée avec mon pied et porte Justine qui enroule ses jambes autour de mes hanches. Nos bouches
se dévorent, j’ai l’impression que nous nous sommes enfin trouvés. Je la plaque contre le mur du
couloir pour être libre de mes mouvements. Ses gémissements me rendent complètement fou de
passion. C’est encore plus fort que ce que j’ai pu imaginer. Ses mains se perdent dans mes cheveux,
elle mordille ma lèvre quand mes mains caressent sa poitrine. Je dois lui faire sacrément du bien, car
sa tête part en arrière à l’encontre du mur.
— Encore s’il te plaît.
Voilà qu’elle me supplie, tout ce que j’ai toujours désiré est en train de se produire. Oui, mais
dans mes rêves, je reste ici. Nous restons ensemble, il n’y a pas ce foutu océan qui nous sépare.
Qu’est-ce que je suis en train de faire ? Elle m’embrasse, mais je ne réponds plus à son baiser, elle le
sent aussitôt.
— Mickael ? Qu’est-ce que… non ne fais pas ça, je t’en supplie. Ne me laisse pas comme ça. Pas
ce soir. Pas maintenant.
— On ne peut pas Justine, je pars demain. Je ne veux pas profiter de toi.
— Arrête de jouer au chevalier blanc. Tu as mis tout ce temps pour me faire ça ? Me donner un
faible espoir et l’étouffer aussitôt ?
À présent, ce n’est plus de la colère que je vois dans ses yeux ni dans sa voix. C’est une profonde
tristesse et c’est de ma faute. Je pense que la colère me convenait mieux finalement.
— Justine, je suis.
— Tais-toi, ne dis rien. Je te souhaite un bon vol et bonne continuation. Claque la porte en
partant.
Elle part avant que je n’aie le temps de répondre, avant même de la retenir. Et puis à quoi bon ?
Je serais le plus égoïste des hommes si je la suivais dans sa chambre pour lui faire l’amour. Pourtant,
me voilà derrière sa porte prêt à frapper, mais je me retiens quand j’entends ses larmes. Je fais demi-
tour et lui dis simplement ce qui me vient en tête.
— Je ne t’oublierai jamais.
Chapitre 1
Justine
« On s’état dit rendez-vous dans quinze ans,
même jour, même heure, même prom ! »
La promo 2001 reste originale malgré les années et nous avons donc attendu cinq ans de plus
que le préconise Bruel.

*
C’est la troisième fois que je relis cette invitation depuis ce matin. Et à chaque fois, je suis
envahie des mêmes sensations douces et amères. J’ai vécu pendant cette année la plus merveilleuse
des relations, mais aussi la plus douloureuse. Alors que les traits d’un visage commencent à
s’imposer à ma mémoire, le téléphone retentit et me sort de mes songes.
— Justine Freya à l’appareil.
— Ma Juju, c’est moi, annonce Nelly, ma meilleure amie. Est-ce que tu as reçu le même courrier
que moi ?
— Comment veux-tu que je sache quel courrier tu as reçu ma belle ? dis-je en riant. Il n’y a que
toi pour poser ce genre de question.
— Rho depuis le temps que l’on se connaît, tu devrais même deviner mes pensées, me répond-
elle. Donc, je te disais, as-tu reçu une lettre du lycée ?
— Je l’ai sous les yeux, dis-je en caressant les contours du parchemin.
— Parfait, tu bloques la date alors. J’ai hâte de nous retrouver comme avant. Tu te rends compte,
ça fait déjà quinze ans.
— Je vois avec Arnaud pour savoir s’il nous accompagne.
— Tu es sûre ? Ce n’est pas son genre et tu ne pourras pas vraiment profiter de la soirée s’il est
là, me souffle-t-elle.
— Nell…
Je sais qu’elle n’apprécie pas plus que ça mon compagnon, et celui-ci le lui rend bien. Une soirée
en leur compagnie et j’ai l’impression d’être déchirée en deux. Ils sont l’opposé l’un de l’autre et ils
ne sont d’accord que sur une seule chose. Ils se demandent chacun comment je fais pour supporter
l’autre. C’est vrai qu’entre Nelly, qui ressemble à la fée Clochette autant par le physique que par le
caractère et Arnaud, le BCBG par excellence il y a deux mondes. Et moi, je dois composer pour
qu’ils fassent partie de mon univers. C’est épuisant et je ne compte plus les migraines que j’ai eues
pour satisfaire tout le monde. Je comprends ce que me dit ma meilleure amie et je pense qu’elle a
raison, il ne sera pas à l’aise pendant cette soirée, mais je ne peux pas l’exclure de ma vie pour
autant.
— C’est bon, j’ai compris. On fera avec M. le râleur, annonce-t-elle dépitée.
— On se rappelle plus tard, j’ai un double appel. Je sens que le boss va encore me confier une
mission des plus rocambolesques.
— À plus tard me répond-elle en rigolant.
Elle est comme ça, toujours le sourire aux lèvres et appréciée les petits plaisirs de la vie. Nelly
est une épicurienne et elle illumine tout ce qui l’entoure. Du moins en apparence. Mais ça c’est une
autre histoire.
Après une réunion totalement déjantée avec mon patron et une future mission qui sort de mon
domaine de compétence, je rentre à la maison pour retrouver mon cher et tendre. Il est comme à son
habitude dans son bureau, installé dans son fauteuil, un verre de whisky à la main.
— Salut, ta journée a été bonne ?
— Elle est parfaite maintenant que tu es là, mon ange.
Sa voix est douce, mais ne m’émeut pas plus que ça. Je pense que j’ai perdu la capacité d’être
chamboulée par de jolis mots depuis le départ de Michael.
— J’ai reçu ceci au courrier, dis-je en lui tendant l’invitation. Est-ce que tu veux m’accompagner
?
— C’est quand ?
— Le 18 juin, à la même date que notre bal de promo, il y a quinze ans.
— Laisse-moi vérifier mon agenda, m’annonce-t-il en regardant son ordinateur. Je ne peux pas,
j’ai un repas avec mes parents.
— Ah, tu ne m’en avais pas parlé. Je vais refuser cette soirée revival pour t’accompagner.
— Euh, commence-t-il gêné en se passant une main dans les cheveux, ce n’est pas la peine.
Maman a bien précisé que l’invitation ne concernait que moi. Tu comprends, il s’agit d’un repas
d’affaires avec de vieux amis de la famille.
Il parle un peu vite, il est mal à l’aise je le vois. Sa mère a une emprise énorme sur lui et vu
qu’elle ne tolère pas notre relation, je ne suis pas étonnée de ne pas être invitée. Pour être honnête, ça
m’arrange, car jouer un rôle pour essayer de rentrer dans les petits papiers de la reine mère
commence à me fatiguer. Elle ne m’aime pas, je ne l’aime pas. C’est souvent le cas avec les belles-
mères. Et même si je suis soulagée de ne pas devoir assister à un repas ennuyeux, je suis blessée
d’être mise à l’écart de la sorte. Et je suis encore plus blessée de voir qu’Arnaud trouve cela normal.
— Parfait, amuses toi bien. J’en connais deux qui seront heureuses. Ta mère qui aura encore
trouvé une astuce pour t’éloigner de moi et Nelly qui tenait vraiment à assister à cette réunion en tête
à tête avec moi.
Je ne lui laisse pas le temps de me répondre et sors en vitesse de son bureau. Je récupère mon
portable et envoie un message à ma meilleure amie.
« Nell, tu vas être heureuse, ce sera toi et moi, comme avant. »
Sa réponse ne tarde pas et j’ai l’impression d’entendre distinctement le Youhouuuuu qu’elle vient
de m’écrire.
*
Je n’aurai jamais cru me retrouver ici, quinze ans après avoir quitté le lycée. Le gymnase a été
décoré pour l’occasion, et le résultat est fantastique. On se croirait dans une salle de réception. En
quelques secondes, je fais un voyage dans le temps et souris aux images qui défilent sous mes yeux.
Les organisateurs ont tapissé les murs d’anciennes photos de notre promotion. Certaines sont
hilarantes, alors que d’autres réveillent une nostalgie cachée ou une infinie tendresse. C’est devant
l’une d’entre elles nous représentant, que Nelly me retrouve. La légende apposée est très révélatrice
de la relation qui nous unit : « Les inséparables ».
— Elle est belle, je ne m’en souvenais pas me dit-elle en fixant l’image devant nous.
— Moi non plus. C’était quand déjà ? Le bal de promo ?
— Mais oui ! Tu te souviens on avait chacune choisi la robe de l’autre dans le secret le plus total.
Et nous nous étions retrouvées avec le même modèle. Deux copies conformes.
En repensant à ce moment, le même fou rire nous reprend. Nous attirons les regards, comme cela
était le cas auparavant. Et au lieu de nous apaiser, cela empire notre état. Nous riions jusqu’à en
pleurer. Nous nous éloignons, le plus discrètement possible vers les toilettes pour tenter de remettre
de l’ordre à notre maquillage. Heureusement que Nelly a toujours sa trousse de secours avec elle. En
quelques minutes, nous retrouvons forme humaine et disons au revoir aux coulures de mascara qui
nous faisaient ressembler à des pandas.
— Go, Justine, nous devons encore faire nos devoirs avant d’aller papoter avec les anciens,
m’informe Nelly.
Les organisateurs ont eu une idée assez originale. Il y a quinze ans de cela nous avons rempli un
miniquestionnaire pour l’almanach du lycée. Il y a un mois, nous avons été prévenus que nous
devrons remplir le même questionnaire pour que l’on puisse constater l’évolution de chacun. Alors
que nous nous amusons à redécouvrir les réponses que nous avions notées, et d’inscrire les vérités
d’aujourd’hui, une voix nous interpelle.
— Les inséparables ! Quel plaisir de vous revoir. Pourquoi ne suis-je pas étonnée de vous
retrouver bras dessus bras dessous ?
— Magalie, soufflons-nous en même temps.
Magalie était la miss ragot du lycée. Si nous voulions avoir la paix, il valait mieux être dans ses
petits papiers. Elle n’était pas méchante, mais il lui était impossible de conserver une information
pour elle. Nous avions une technique pour passer au travers des mailles du filet, la faire parler
d’elle. Tellement concentrée sur ce qu’elle racontait, elle oubliait de glaner des détails sur nous.
Nelly m’adresse le code que nous avions établi à l’époque et je sais qu’elle va, à nouveau, se
servir de ce qui nous a sauvés de nombreuses fois.
— Alors que deviens-tu ? demande-t-elle avec un sourire forcé.
— Je suis une femme heureuse, les filles, nous annonce-t-elle fièrement. Je suis devenue coiffeuse
dans un salon réputé et je tiens également un blog people sur les personnalités de la région. C’est fou
ce que les gens de la haute société deviennent bavards quand je m’occupe d’elles.
— Tu n’as pas changé, dit Nelly amèrement.
— Vous non plus, vous êtes resplendissantes. Et au fait, Justine, je préfère te prévenir moi-même
avant que tu ne l’apprennes par quelqu’un d’autre, mais j’ai croisé Mickael il y a quelques minutes.
Mickael, mon premier chagrin d’amour. Il m’a quitté juste après notre premier baiser, il était mon
premier et mon seul amour. J’ai mis longtemps avant de m’en remettre et la simple évocation de ce
prénom, dans ces lieux, m’arrache une légère grimace.
— Je vois que tu es encore sensible à votre brève histoire, me dit Magalie en me dévisageant.
— Oh non, répond Nelly à ma place. Rassure-toi, Justine est très heureuse et a une vie amoureuse
idéale. Son compagnon est juste l’homme parfait. Tu dois d’ailleurs le connaître de nom, toi, la
blogeuse people. Arnaud Neuville est follement amoureux de notre copine.
Je comprends ce que veut faire Nelly, mais elle vient de tomber dans le piège de Magalie en
dévoilant des aspects de ma vie privée. Il me faut rattraper la situation.
— Ne t’inquiète pas pour moi, déclaré-je un sourire géant aux lèvres. Ça me fera plaisir de le
croiser et de parler avec lui.
— Très bien alors, ah j’aperçois Lucie, il faut que je lui parle. Vous saviez qu’elle vient de
divorcer ? Nous demande-t-elle sans attendre notre réponse. Bonne soirée, à plus tard sûrement, nous
souffle-t-elle alors qu’elle nous quitte en vue de sa nouvelle proie.
Nous la regardons s’éloigner et soupirons d’aise. Le temps d’une soirée, les rancœurs et les joies
d’antan refont surface. Certaines rencontres sont plus difficiles que d’autres et je redoute d’être
confrontée au regard pénétrant de Michael.

*
Mickael
Il y a beaucoup plus de monde que je ne pensais. Je m’attendais, en toute honnêteté, à tomber dans
une fête ringarde où tout le monde se regarde du coin de l’œil sans oser s’approcher. Mais je suis le
premier surpris en voyant tout le monde discuter, rire et boire ensemble. J’ai amené mon bras droit,
mais avant tout mon meilleur ami. Liam. Lui aussi est d’ici, mais il est parti très jeune de la France.
Ses parents sont Américains et ont exporté leur société à New York quand il portait encore des
couches-culottes. Alors quand j’ai reçu l’invitation pour assister à cette soirée des anciens, je n’ai
pas hésité un instant pour l’embarquer dans mes bagages. Il a du mal à tenir en place, il est à mes
côtés, mais regarde partout à la fois. Bien sûr les femmes passent toutes dans son viseur expert.
Heureusement qu’il est dans ma vie, sinon je pense que je ne ferai que travailler. Il est toujours là
pour me ramener un peu dans le monde réel et quand je sens son coude dans mes côtes et sa bouche
ouverte telle une carpe, je me retourne et vois Magalie arriver vers nous. Cette nana, c’était un
véritable boulet au lycée. Toujours à l’afiut du moindre ragot. Je ne l’ai jamais porté dans mon cœur.
— Hey salut Mickael, je ne pensais vraiment pas que tu viendrais !
— Et si, je suis là comme tu le vois ! Tu vas bien ?
— Au top de ma forme, tu es plutôt pas mal malgré toutes ces années. J’en connais une qui va être
ravie de te revoir ! D’ailleurs, je vais aller la saluer, à plus les mecs.
Elle est partie aussi vite qu’elle est venue et c’est très bien ainsi. Je n’ai jamais apprécié qu’elle
ait eu le culot de venir me demander des informations sur le décès de mon père et sur ce qui allait
arriver à l’entreprise. Elle a toujours aimé ça, fourrer son nez dans les affaires des autres.
— C’était qui ? demande Liam estomaqué par la nonchalance de mon ancienne camarade.
— Magalie.
— À t’entendre, j’ai l’impression que ce n’est pas un bon souvenir.
— En effet, on peut la classer dans la catégorie des gens qu’on préfère oublier.
— Je vois, tiens allons prendre une…
— Une ?
Je me retourne et souris à le voir aussi. Bah en fait je ne l’ai jamais vu réagir ainsi.
— Dis-moi que tu connais cette femme, et surtout dis-moi que tu n’es jamais sorti avec elle !
— Mais de qui parles-tu ?
Mes yeux se dirigent vers ce qu’il contemple et à mon tour je reste béat par cette femme. Ses
courbes sont mises en valeur par cette robe rouge. Bien qu’elle soit de dos, je la reconnais, je sais
que c’est elle. Ses cheveux sont longs comme dans mes souvenirs, ils ont cependant une nuance qui
diffère d’avant. Je sens mes mains devenir moites, j’angoisse énormément à l’idée de la revoir, mais
la tentation était beaucoup trop forte pour refuser l’invitation. Elle se tourne et mon cœur palpite
comme après un marathon. Elle est en train de rire avec son amie, elles doivent refaire le monde
comme avant. Ça fait plaisir de voir que certaines choses ne changent pas malgré les années. Son
sourire est aussi beau que dans mes souvenirs. Bordel de merde, en tout cas je ne sais pas si c’est
cette robe ou si elle a refait cette partie de son corps, mais elle a une poitrine parfaite. Elle en avait
déjà une correcte quand nous étions jeunes, mais j’ai le souvenir qu’elle s’en plaignait. C’est devenu
une femme incroyablement belle. Quel con j’ai été ! Pas vulgaire, pas prétentieuse, je dirai même une
femme fatale habillée de la sorte. Une pure beauté !
— Hey, tu es toujours avec moi Mickael ?
— Euh… Oui, oui je…
— Ne me dis pas que tu ne te souviens pas de cette nana ? On ne peut pas oublier une bombe
pareille ! À moins qu’elle fasse partie de ces nanas sans l’ombre d’un charme étant adolescente et
devienne comme ceci après quelques années.
— Je ne l’ai jamais oublié Liam ! C’est impossible.
— Tu. Quoi ? J’ai du mal entendre avec la musique.
— C’est Justine.
— Eh merde ! Donc, impossible pour moi de tenter ma chance avec elle ? Moi qui adore les
blondes je reste sur ma faim !
— Quoi ? Blonde ?
— Bah oui je te parle de la blonde depuis tout à l’heure, mais en tout cas permets-moi de te dire
que je comprends mieux pourquoi tu n’arrives pas à l’oublier ! Si elle est aussi belle à l’intérieur
qu’elle est à l’extérieur, t’es vraiment trop con d’avoir perdu tout ce temps !
Je tilte sur ces paroles, mais ne rebondis pas sur ces dernières.
— C’est Clochette, la blonde.
— Tu te fous de moi !
— Nous l’avons surnommée comme ça, car elle est toujours de bonne humeur. Quand nous étions
mal, il lui suffisait de dire quelques mots pour aller mieux. Et comme, j’ai toujours trouvé qu’elle
ressemblait à ce personnage, sa bonne humeur faisait office de poussière de fée.
— Tu fumais à l’époque ?
— La ferme Liam ! C’est la plus déjantée des nanas que je connaisse qui a aussi un grand cœur et
une carapace difficile à percer.
— J’aimerais bien être son Peter Pan pour jouer un peu.
— Espèce de tordu va ! Et pour information c’est un amour complètement différent de ce que tu as
en tête entre ces deux personnages alors à ta place je réfléchirais à deux fois avant de faire un vœu.
Va savoir, il y a peut-être un peu de magie autour de nous.
— Mec, tu commences à me faire flipper depuis qu’on est arrivés ! Je me demande même si tu
n’es pas mieux derrière ton écran de pc finalement. Bon, tu me présentes ?
— C’est que…
Comment vont-elles réagir en me voyant ? J’ai été le mec le plus lâche du monde. Je n’ai jamais,
je dis bien jamais eu de souci avec les femmes aussi bien avant que maintenant. Il n’y en a qu’une qui
arrive à me faire perdre tous mes moyens, c’est Justine. Et ça me met dans une rage folle de ne pas
réussir à l’oublier. Nous étions jeunes, nous refaisions le monde à notre image. C’était ma meilleure
amie, la seule femme avec Clochette que j’appréciais. Et ce soir-là, après le bal de fin d’année je
n’ai rien trouvé de mieux que de me mêler de son rendez-vous. Je l’ai mise dans une colère noire.
Putain, je sais très bien qu’elle attendait une déclaration, un mot de ma part pour lui dire pourquoi.
Pourquoi j’ai agi ainsi. Mais sur le coup je n’ai pas réfléchi, je savais seulement qu’elle allait se
faire déflorer par un enfoiré de première et qu’elle le regretterait dès le lendemain. Elle méritait
tellement mieux. Mieux que lui, mieux que moi. Même si cette vérité je ne l’ai jamais admise.
— J’ai besoin d’aller faire un tour, tu n’as qu’à aller voir les filles, dis-leur que tu es avec moi.
— En gros, tu veux m’envoyer au front ! Sympa, je retiens.
Je le laisse, je sais qu’il arrivera à se débrouiller, mais j’ai besoin de marcher avant d’aller à la
rencontre de mon passé. J’évite certains anciens élèves, je contourne la piste de danse prise d’assaut
par plusieurs invités. Après quelques salutations à distance, j’arrive devant un grand panneau avec
une sorte de pêle-mêle. Je m’arrête devant et ris devant certains clichés. Il y en a des très drôles
comme d’autres qui arrivent à me donner une certaine nostalgie. Inconsciemment, je recherche les
photos où je pourrais être avec Justine et Nelly alias Clochette.
— Huitième ligne, troisième photo en partant de la droite.
Cette voix si douce et hésitante arrive à me pincer le cœur. Je ne me retourne pas et observe la
photo qu’elle a désignée. Je me mets à rire en la regardant.
— C’était une sortie mémorable.
— Ce souvenir est un de mes préférés je dois l’avouer, dit-elle avec une certaine tristesse.
— Il y en a d’autres ? demandé-je sans me retourner.
— Dixième ligne, sixième photo en partant de la droite.
— Nonnnn, mais comment ? D’où sort cette photo ? Je n’ai aucun souvenir de celle-ci !
Nous sommes dans un bus et on me voit endormi sur les genoux de Justine la bouche ouverte avec
un effet optique, car ça ne peut être que ça, on dirait que je bave !
— On revenait de la sortie justement.
Je la sens s’approcher de moi, elle est à présent à mon niveau, je tourne légèrement la tête en
même temps qu’elle. Comment peut-on devenir aussi belle en prenant de l’âge ? Elle a gardé sa
fraîcheur, sa finesse, j’en ai le souffle coupé.
— Sa… Salut, dis-je d’une voix grave.
— Salut Mickael. Tu vas bien ?
— Je suis content de te revoir Justine. Tu es tellement jolie ! Je me doutais que tu deviendrais une
belle femme, mais tu dépasses toutes mes espérances. Je dois le reconnaître.
— Oh ! Euh. merci ! Je suis surprise de te voir ici.
— Je m’en doute, je dois être la dernière personne que tu souhaitais revoir ce soir.
— Tu arrives avant-dernier à vrai dire !
— Sérieux ?
— Magalie… Si j’avais pu éviter de la revoir, j’aurais passé une superbe soirée.
— Content d’arriver avant cette garce !
Elle garde son visage fermé, je me sens mal à l’aise, quoi dire après toutes ses années ? Je ne
sais pas si j’ai vraiment envie de savoir si elle est mariée avec des enfants ! Eh merde si elle est dans
cette situation je ne pourrai donc jamais tenter quoi que ce soit avec elle ! Rattraper mes erreurs.
— Hey Mickael je plaisantais, pas la peine de faire cette tête, tu sais ! Je suis ravie de te voir ce
soir. Vraiment, me dit-elle en ricanant tout en posant sa main sur mon bras.
Elle me sort de mes pensées grâce à son rire. Et je retrouve à cet instant ma Justine, celle qui a
pris une place à jamais dans ma vie sans jamais y avoir été. Glauque !
— Allez viens, allons retrouver Clochette, elle a l’air être en pleine discussion avec un homme
que je ne connais pas.
— Oh lui ! C’est Liam mon bras… mon ami. Je l’ai amené avec moi pour mon voyage. Elle ne
risque pas grand-chose avec lui. Il ne mord pas.
— D’accord, mais lui, il est sûrement en danger, on parle de Nelly là ! Une vraie mante
religieuse.
Elle attrape ma main et part pour retrouver nos amis, mais je reste sur place ce qui la fait revenir
vers moi avec une certaine force. Je la retiens par la taille, nous sommes face à face, nos visages sont
proches. Vraiment très près l’un de l’autre. Je lui replace une de ses mèches derrière son oreille, je
croirais la voir arrêter de respirer le temps de mon geste. Mes doigts frôlent sa joue et dans un
souffe, je m’entends lui dire :
— Je ne t’ai jamais oublié.
*
Justine
Ces quelques mots réveillent en moi une douleur profonde. J’ai été naïve à l’époque quand il
m’avait dit des mots identiques. J’ai cru pendant des mois qu’il me contacterait, qu’il me proposerait
de le rejoindre. J’aurai tout quitté pour lui. Et même si nous nous étions quittés sur son refus de
m’aimer, j’ai espéré. J’ai attendu des heures, des jours, des mois un signe de sa part. Et qu’est-ce que
j’ai obtenu ? Quinze ans de silence ! Même pas une lettre, même pas un message, rien. Je ne pouvais
pas le contacter même si je connaissais le nom de sa société, les moyens de l’époque ne me
facilitaient pas la tâche. J’aurai pu essayer de joindre le siège social, certes, mais qu’aurai-je dit ? Il
m’a simplement effacée de sa mémoire et de son existence quand il a pris place dans l’avion qui
l’éloignait de moi. Comme on dit, loin des yeux, loin du cœur. Alors l’entendre prétendre qu’il a
pensé à moi me rend folle de rage. Une rage dont je ne me croyais pas capable. Je relâche sa main et
recule d’un pas. Je veux absolument mettre de la distance entre lui et moi. Il est la personne qui m’a
le plus fait souffrir, qui a détruit une partie de mon cœur. Et depuis lui, je ne suis plus la même.
— Tu n’as pas le droit, dis-je en baissant mon regard vers mes chaussures.
— Ju, je te jure… me répond-il en mettant un doigt sous mon menton pour accrocher mon regard.
Je me libère de sa prise et ancre mes yeux dans les siens. Je ne le laisse pas finir sa phrase.
— Je t’interdis de me parler de cette manière. Je ne crois plus en tes mensonges, je ne suis plus la
jeune fille naïve que tu as connue !
Je remarque que la posture de Mickael change. Il est sur la défensive et accuse mes remarques. Il
me semble, le temps de quelques secondes, que les regrets et la déception animent son visage avant
que celui-ci ne revête d’une expression froide et distante. Il n’est plus le Mickael que j’ai connu.
Physiquement, il est toujours aussi beau et envoûtant, même si les années lui ont permis de prendre en
muscle et d’affirmer les traits de sa mâchoire. Il est viril et terriblement sexy. Ses cheveux d’un noir
corbeau sont toujours aussi incoiffables qu’avant et contrastent avec le bleu de ses yeux. Mais dans
ce regard que j’ai aimé, qui me comprenait et me soutenait, je ne le reconnais plus. C’est un autre
homme qui me fait face et je sais que j’ai définitivement perdu mon meilleur ami, mon seul amour.
— Mickael, que je suis heureuse de te revoir. Tu es la surprise de la soirée, que dis-je de la
décennie, nous interrompt Nelly.
— Clochette, tu m’as manqué, rétorque Mickael en la prenant dans ses bras. Tu as déjà fait la
connaissance de Liam ?
— Oui même s’il s’est présenté comme étant mon prince charmant, rit-elle.
Mickael se retourne vers Liam et lui dit :
— Tu as fait des progrès par rapport à ton approche initiale, mais si Nelly n’a pas changé, elle a
dû te dire qu’elle ne croit pas au prince charmant. Et que le seul prince qui s’approchera de ses
lèvres, c’est celui que l’on achète au supermarché.
— Hum hum, répond l’intéressé en rougissant.
— Laisse-moi te présenter Justine. Nous nous connaissons depuis l’enfance et on formait un trio à
toute épreuve. Clochette était la tête du groupe, car c’est d’elle dont sont venues les idées et plans les
plus fous que nous avons jamais réalisés. J’étais les muscles, tu te doutes bien pourquoi. Et Ju était le
cœur, elle nous permettait de vivre et de ressentir. Sa douceur et sa vision du monde nous donnaient
de l’espoir et des envies de plus.
— Enchanté Justine alias madame cœur, me dit Liam en me serrant la main.
— Enchantée également, lui réponds-je. Mais la coutume du pays veut que l’on se fasse la bise
pour se présenter.
— Je ne dis jamais non à des bisous, déclare-t-il avec un immense sourire et des yeux pétillants.
J’ai immédiatement un bon feeling avec cet homme. Il me fait penser à ma Nelly. Il paraît un peu
foufou et appréciant chaque instant de la vie. Je suis persuadée que s’il reste dans les parages, je
passerai un bon moment.
— Ça vous dirait de prendre un verre et de vous poser à une table pour que nous rattrapions le
temps perdu, nous propose Clochette.
Mickael ne répond pas et me regarde. Je sais qu’il attend que je prenne ma décision. Ne
souhaitant pas gâcher l’ambiance j’opine du chef Il n’en faut pas plus à Liam pour escorter Nelly. Sa
main prend naturellement place dans le bas du dos de mon amie et je les regarde évoluer ensemble.
Au moment où Mickael reproduit ce geste sur moi, je me fge. C’est l’apocalypse dans mon corps. Je
suis emportée par les sensations que j’ai toujours ressenties lorsqu’il me touchait auparavant. Comme
si j’étais traversée par un courant électrique et qu’il était le seul à pouvoir le déclencher. Mais j’ai
aussi cette colère qui ne diminue pas. Je n’arrive pas à faire taire cette rancœur. Merde après tout il
m’a rejeté et abandonné sans même se retourner. Je ne peux pas en l’espace de deux minutes oublier
quinze ans de souffrances. Je m’écarte de lui et accélère le pas pour me rapprocher du duo
improbable que forment ma meilleure amie et son cavalier. Après avoir pris place, les garçons
proposent d’aller récupérer nos boissons. Pendant leur absence, Nelly se tourne vers moi et son
visage est sérieux.
— Comment ça va ? Tu gères ? Vous avez pu vous expliquer ?
Je prends une grande inspiration. Ces questions en rafale prouvent qu’elle s’inquiète pour moi et
je la comprends. C’est elle qui a ramassé les morceaux après le départ de Mickael. J’aurai sombré
sans elle. Elle est plus qu’une amie, elle est la béquille qui me permet de marcher droit. Elle m’a
laissé pleurer, râler, hurler, m’appesantir, mais elle m’a aussi mis un coup de pied au cul au moment
où il le fallait pour que je sorte de la torpeur dans laquelle j’étais. Elle est l’étincelle qui a rallumé
ma vie.
— Ça va, enfin on fait aller. Je ne gère rien et j’oscille entre nostalgie et colère. Et je pense qu’il
n’y a aucune explication à avoir. Nell, il m’a laissé après un baiser passionné. J’étais prête à tout lui
donner et il m’a repoussé. Le message était clair à l’époque, il l’est encore aujourd’hui.
— Ma Juju, je suis persuadée qu’il y a une explication. Je l’ai vu ce soir-là partir à ta recherche,
je l’ai vu écarter tel un bulldozer tout ce qui se mettait entre lui et toi. Ce n’est pas son amitié qui le
guidait, mais la jalousie d’un homme amoureux. Promets-moi une chose, s’il te plaît…
Les larmes commencent à affluer et il me faut me concentrer pour les empêcher de couler.
J’aurais tellement aimé que ce que croit savoir Nelly soit la vérité. Les premiers temps cela avait
éveillé un espoir fou qu’il revienne me chercher, maintenant c’est l’amertume d’un amour non partagé
qui me bouleverse.
— Quoi ?
— Non promets-moi d’abord de le faire, me dit ma meilleure amie avec un sourire
d’encouragement.
Je la connais assez pour savoir que promettre quelque chose sans savoir ce que c’est, est
dangereux. Mais son regard doux et protecteur me laisse convaincre.
— Je le promets. Pour toi, je le promets.
— Ce n’est pas pour moi, ma chérie, mais pour toi. Laisse la possibilité à Mickael de
s’expliquer, s’il essaie. Écoute-le jusqu’au bout. Donne-toi la possibilité d’avoir des réponses et de
pouvoir refermer ce chapitre de ta vie ou de le rouvrir en connaissance de cause.
— Mickael avait tort tout à l’heure. C’est toi le cœur de la bande. Je t’aime, tu le sais ?
— Ah non, je garde mon rôle de tête pensante pour les conneries, c’est nettement plus drôle,
rigole-t-elle.
Son rire déclenche le mien. Nous avons besoin de cela pour ne rien laisser paraître devant les
garçons qui reviennent les bras chargés.
— Dites, on peut rire nous aussi, nous interpelle Liam ?
— Je disais à Justine que je remettais en marche ma tête chercheuse à ennuis. Et cette fois-ci, on a
de la chance, j’ai quelques contacts dans la police pour nous éviter des amendes.
— Elle me plaît de plus en plus ! rétorque Liam. Ce voyage en France est beaucoup plus agréable
que ce qui était prévu à l’origine.
Nous passons une bonne heure à parler. Liam et Nelly monopolisent la parole, car sans leurs
interventions des silences pesants s’installeraient. Ils nous offrent donc un spectacle assez
divertissant. J’apprends le lien professionnel qui unit Mickael et son meilleur ami ainsi que le succès
de la société familiale. Nelly explique nos métiers respectifs et les situations cocasses dans
lesquelles nous nous sommes trouvées par moments. La conversation est fluide, mais nous n’entrons
jamais dans le domaine personnel, comme s’il s’agissait d’un sujet interdit.
La musique de fond s’interrompt et la voix du DJ prend le relais.
— Mesdames et messieurs, amis et anciens élèves. Il y a quinze ans vous aviez élu une reine et un
roi du bal. Comme nous tenions à reproduire au maximum le déroulement de ce bal de promo, nous
avons organisé un sondage pour désigner le roi et la reine de la soirée revival. Et le résultat est…
Roulement de tambour… Justine Freya et Mickael Mercier ! Venez nous rejoindre les amis. Pas de
couronne cette fois-ci, mais un tour de piste sur deux tubes qui ont marqué nos années lycée.
Je suis scotchée, moi qui évitais tout contact avec Mickael, je vais devoir danser avec lui. Je
croise son regard et vois une étincelle pétiller. Il se lève et me tend la main. Mes yeux se posent
dessus quelques secondes et je me retourne vers Nelly. Elle acquiesce de la tête et m’encourage en
pressant légèrement mon épaule. Je souffle un bon coup et accepte de me rendre au centre de la piste
de danse, mes doigts emprisonnés par ceux de l’homme qui a bouleversé mon monde. Nous sommes
accueillis par des sifflets et applaudissements, puis le silence se fait. Mickael m’enlace et je déteste
ce sentiment qui me laisse penser que nos corps sont compatibles, que ma place est dans ses bras.
Les premières notes retentissent et je reconnais immédiatement. « Eternal flame » par Atomic Kitten.
C’est le tube de l’année 2001 qui a bercé toutes nos soirées. C’est ce que l’on chantait à longueur de
journée. Alors que nous nous déplaçons en rythme, la voix de Mickael fredonne à mon oreille.
Close your eyes, give me your hand, darling
Ferme tes yeux, donne-moi ta main, chéri
Do you feel my heart beating
Sens-tu mon cœur battre
Do you understand
Comprends-tu
Do you feel the same
Ressens-tu la même chose
Or am I only dreaming
Ou suis-je seulement en train de rêver
Is this burning an eternal flame
Est-ce une flamme éternelle qui brûle
Le souffle de sa voix sur ma peau me donne des frissons ou est-ce qu’il s’agit des paroles ? Les
chante-t-il, car c’est ce qu’il pense ou par habitude ? Je fais taire ce faible espoir qui renaît en moi. Il
a causé ma perte dans le passé, je ne peux pas me permettre de replonger. Je ne réponds rien et
continue de danser de la même manière. Je ne laisse rien paraître. Que pourrais-je répondre de toute
façon ? La seconde chanson démarre et nous sourions de concert. C’est l’arrangement musical que
notre professeur de théâtre avait choisi pour sa revisite de « Roméo et Juliette ». Nous dansons au
rythme de « It must have been love » de Roxette et je m’entends chanter le refrain.
It must have been love but it’s over now.
Ça a dû être de l’amour, mais c’est fini maintenant.
It must have been good but I lost it somehow.
Ça a dû être bien, mais je l’ai perdu d’une façon ou d’une autre.
It must have been love but it’s over now.
Ça a dû être de l’amour, mais c’est fini maintenant.
Mickael se tend et ses mouvements sont plus raides. La chanson se termine et nous nous séparons.
Alors que nous traversons la foule côte à côte, mais silencieux, Magalie apparaît devant nous.
— Vous étiez merveilleux tous les deux. Votre amitié est évidente. Mais dis-moi, Justine, est-ce
que tu penses que ton fiancé serait d’accord pour m’accorder une interview ?
Mon fiancé ? J’avais même oublié jusqu’à son existence ce soir.
— Je ne sais pas. Je lui demanderai, éludé-je rapidement ne souhaitant pas m’attarder sur cette
conversation en compagnie de Mickael.
— Appelle-moi alors. Je te laisse ma carte.
Et elle disparaît comme elle est apparue laissant derrière elle un malaise palpable. J’ose un
regard vers Mickael et il est décomposé.
— Ton fiancé ? répète-t-il d’une voix blanche.
Chapitre 2
Mickael
Trois jours plus tard…
Alors vous voyez, notre équipe a préparé ces affiches publicitaires pour annoncer votre
nouveau magasin. Dites-nous ce que vous en pensez. Nous avons voulu quelque chose de moderne,
d’innovant avec des couleurs…
Tout ce que j’entends c’est bla-bla-bla, ça va faire plus d’une heure que nous sommes en réunion
et je n’ai rien écouté. Il m’est impossible de me concentrer depuis cette foutue soirée à laquelle je
l’ai revue. Cette femme causera ma perte, ce n’est qu’une question de temps.
— Mickael, hey…
Liam me donne un coup de genou sous la table pour me faire revenir à la réalité. N’ayant rien
suivi, je leur explique que j’y réfléchirai ce soir et qu’ils auront un retour d’ici 48 heures. Je sens que
je les déçois, mais ça serait irresponsable de ma part de valider quoi que ce soit dans cet état.
Je me lève et prends la direction de mon nouveau bureau situé à Bordeaux. C’est d’ici que nous
allons œuvrer pour les nouveaux magasins. Quatre vont ouvrir cette année à quelques mois
d’intervalles. Celui de Bordeaux est idéalement situé puisqu’il est dans la rue Sainte-Catherine.
Assez éloigné de nos concurrents, mais vraiment bien placé. L’ouverture doit se faire d’ici un mois.
Ensuite viendra Paris pour que French Makeup ouvre ses portes sur la plus belle avenue. Et Lyon
dans deux mois et Marseille dans trois mois. J’ai mis du temps à vouloir venir sur le marché français.
Il y a tellement plus de paperasses, de procédures, de complications. Monter une équipe performante
m’a pris du temps, j’ai les meilleurs et je ne compte pas en changer. Ils ne doivent pas me reconnaître
après le coup que je viens de leur faire. Ils n’ont pas l’habitude que j’agisse ainsi. Je suis tout le
temps au front, dans la dynamique. Et depuis que j’ai entendu le mot « fiancé » associé à Justine, je
suis dans une colère qui me ronge de l’intérieur.
— Je peux savoir ce qu’il t’a pris pendant la réunion ? demande mon ami en entrant sans frapper.
— Putain elle a un fiancé ! Non, mais t’y crois ?
— Je vois, tu es toujours bloqué sur cette information. Et tu comptes te sortir les doigts du…
— Je n’ai franchement pas envie de plaisanter Liam, alors garde ton sarcasme et ton ironie pour
une prochaine fois.
— Okkk, et si on quittait le bureau ? Depuis notre soirée, nous sommes sortis uniquement pour le
travail. Tu me fais visiter ?
— Pourquoi pas ! Je suis bon à rien de toute manière.
Arius, mon chauffeur me propose de nous accompagner où nous le souhaitons, mais je lui donne
congé pour le reste de sa journée. Je décide de prendre la voiture et de me mettre au volant.
Conduire à New York est tout simplement impossible alors quand on m’a dit « Bravo tu es
milliardaire, PDG d’une société et tu possèdes tous les avantages dont un chauffeur », je n’ai pas pu
dire non. Pour moi, c’était parfait et Arius était le chauffeur de mon père. Il a commencé très jeune, il
fait partie de la famille Mercier en quelque sorte.
Nous partons en direction des quais. Il y a eu énormément de changements, c’est devenu vraiment
beau. Vu l’heure, je décide d’aller montrer à Liam l’emplacement de notre future boutique. Il n’a
jamais eu l’occasion de voir cette rue tellement réputée. Je l’amènerai ensuite dans le restaurant où
j’avais mes habitudes avec mes parents. J’espère qu’ils sont toujours ouverts. Je me gare dans un
parking souterrain, conduire m’a légèrement apaisé.
Liam est comme je l’espérai, curieux de tout, admirant l’architecture de cette ville. Je suis né à
Bordeaux, mais mes parents vivaient en banlieue. Je pense me trouver un pavillon sans prétention en
dehors de la folie de la ville. J’aimerais avoir une pause entre le travail et ma vie privée. Si tant est
que j’en aie une un jour !
— Tu m’as l’air pensif ? ricane mon ami.
— Je me disais que je me trouverais bien une maison extra-muros.
— Tu me montreras celle où tu as grandi ?
— Pourquoi ?
— Sauf, si c’est difficile pour toi bien sûr. Et donc, tu comptes rester ici ?
— Disons qu’il va falloir venir plus souvent en France avec le siège qui se situe à Bordeaux. Et
l’hôtel, ça me va quelques jours. Je me trouverai un pied à terre.
— Je vois.
On arrive en plein cœur de la rue Sainte-Catherine et de notre position nous voyons une marée de
gens. C’est incroyable on dirait des petites fourmis.
— On se croirait à New York c’est génial ! Pour le coup, je ne suis pas dépaysé.
— Tant mieux ! Allez viens, c’est par ici. Tu vois à ta droite, ils ont reconstruit tout un espace
avec des boutiques et restaurants. Prochainement, nous aurons un concurrent à quelques mètres de
notre magasin.
— Je vois. Et ce n’est pas dérangeant ?
— Monique la Responsable des recrutements m’a averti que nous recevions des candidatures de
leurs salariés. Nous sommes très attendus en France. On va cartonner, crois-moi !
— Je n’ai jamais douté de toi.
— On tourne à droite et nous sommes arrivés.
Liam pousse un sifflement d’admiration quand nous arrivons devant notre devanture. Ils ont mis
une affiche sur fond noir avec notre logo en couleurs écrit au rouge à lèvres, entouré de quelques
éclats de poudre. Il y a des jeunes filles qui posent devant avec leur téléphone. Pub gratuite… J’aime
!
— Je te sens mieux là. Je te sens dans ton élément mon vieux ! me dit-il en me donnant une tape
sur l’épaule.
— C’est toujours excitant d’ouvrir une nouvelle boutique. J’arrive sur un terrain ou mon père n’a
jamais eu la possibilité ni l’envie de s’implanter. Donc, là c’est vraiment exaltant. J’aurai aimé qu’il
soit près de moi.
— Il l’est d’une certaine façon. Ta mère est fière de toi, tu le sais non ?
— Oui, mais si elle pouvait arrêter ses conneries, ça m’arrangerait aussi.
— C’est vrai que la dernière en date n’était pas anodine.
Je souris maintenant quand je repense à sa dernière folie. Elle n’avait rien trouvé de mieux que de
mettre un de nos derniers rouges à lèvres sur notre cheval en disant « produits non testés sur les
animaux ».
— En plus, sa phrase pouvait vraiment être mal interprétée ! Tu as bien fait de la mettre sous
surveillance avec Roger des relations publiques. Il m’a dit, avant que l’on parte, qu’elle était en
colère de n’avoir plus accès à quoi que ce soit dans l’entreprise.
— Elle aurait pu nous causer beaucoup de tort. Elle perd la tête, je pense.
— Heureusement que tu as une super-équipe d’informaticiens qui a pu retirer cette photo
rapidement.
— Tu parles je t’ai donné l’ordre de faire le nécessaire et c’est toi qui as géré. Allez viens je
t’offre un verre.
Nous nous installons à une terrasse profitant des derniers rayons de soleil de la journée. Je
prends un panaché puisque je conduis et Liam se fait plaisir à goûter un verre de vin rouge de la
région.
— Tu peux lâcher ton téléphone, le travail attendra demain.
— Je… attends… voilà. Je ne bosse pas, dit-il en le posant sur la table.
— À qui tu envoies des textos alors ?
— Nelly ! m’avoue-t-il en se grattant la tête.
— Clochette ? Tu es sérieux ?
— Oui, depuis la soirée nous nous envoyons quelques SMS et devine quoi ?
— Pourquoi je m’attends au pire à chaque fois que tu me poses cette question ?
— Elle est dans le coin et nous rejoint.
Je n’ai pas le temps de répondre que je vois mon amie d’enfance arriver les mains chargées de
sacs. Elle s’est fait un chignon qui lui donne un air de. petite fée. Elle aussi est devenue une jolie
femme. Élancée, mince, je comprends sans problème pourquoi Liam est sous son charme.
— Hey salut vous deux, ça me fait plaisir de vous voir.
Elle pose ses achats près de notre table et m’enlace tout en m’embrassant sur la joue.
— Tu as dévalisé les boutiques à ce que je vois, répliqué-je en regardant tous les sacs de
différentes boutiques.
— Ce sont les soldes ! Tu ne crois quand même pas que j’allais rester sage ? ricane-t-elle en
allant faire la bise à mon ami qui n’attend que ce moment.
— Content de te revoir, Nelly.
— Moi aussi beau gosse. Alors que faites-vous ici ?
— Nous sommes venus voir la prochaine boutique, je fais découvrir à Liam le quartier.
— Oui c’est vrai, comment oublier ? Nous avons reçu des invitations pour couvrir l’événement.
— Nous ? demandé-je avec une pointe de curiosité.
— Oui, tu sais bien… Justine et moi.
— Oh !
— Ne fait pas cette tête d’enterrement, c’est cool que tu reviennes ici, non ? Pourquoi tu tires
autant la gueule ?
— Ça ne tient qu’à un mot, lance mon meilleur ami.
— La ferme Liam.
— Fiancé. balance-t-il à Clochette tout en lui proposant son verre.
— Attends deux secondes, je choppe une chaise, un serveur et j’arrive. Il faut qu’on parle
sérieusement.
— J’en connais un qui va se faire remonter les bretelles.
— Liam ?
— Quoi ?
— Ta gueule !
Il se met à rire et se pousse un peu pour laisser de la place à Nelly. Elle a également commandé
un verre de vin, mais blanc. Et quand elle pose son regard sur moi, je ne suis pas certain que ce soit
pour me dire que je lui ai manqué !
— Bon écoute moi, je ne vais pas passer par quatre chemins avec toi.
— Tu ne l’as jamais fait en même temps.
— Pas faux. Ne changeons pas les bonnes habitudes alors. Pour Justine, oui elle est en couple,
oui tu n’as été qu’un petit con à penser pour elle. Oui, elle t’a aimé comme personne ne t’aimera un
jour. Oui vous avez tous les deux des caractères de merde. Mais je vous adore alors je vais être
sympa avec toi belle gueule.
— Belle gueule ? réplique Liam.
— Ne sois pas jaloux mon mignon, t’es plutôt pas mal aussi.
— On peut revenir à Justine ? demandé-je en claquant des doigts.
— Oh ça va Monsieur l’impatient. Alors oui, elle est en couple. Et scoop de l’année, je sais que
tout le monde pense déjà aux fiançailles, mais je ne le sens pas du tout ce mec, Mickael.
— Comment ça ?
— Tu sais, il est du genre m’as-tu-vu, c’est toujours lui en premier. Il vient d’une famille très
prestigieuse, très BCBG.
— Son nom ?
— Mr connard ?
— Sérieusement, Clochette !
— Arnaud Neuville, ça te parle ?
Je m’appuie sur le dossier de ma chaise en prenant mon visage entre mes mains. Je dois souffler
plus fort que je ne le pensais, car Clochette me demande si tout va bien. Liam lui explique alors.
— Il a une mauvaise réputation ce mec.
— Vous le connaissez ? Car vous savez, il ne faut pas toujours croire ce qu’on lit dans les
journaux.
— Dit la femme qui bosse dans un journal, ironique, murmuré-je.
— Rien à voir, répond-elle.
— Il est réputé pour écraser tout ce qu’il le dérange pour accéder au pouvoir. Il a une réputation
de coureur de jupons. Mais pourquoi Justine est avec lui ? demande Liam.
— Ils se sont croisés lors d’une inauguration de leur boutique de luxe à Paris. Elle devait être
malade ce jour-là. Je n’ai jamais compris son choix en fait. Je ne l’aime pas et il me le rend bien.
— Mais… mais elle est heureuse ? dis-je d’une voix éraillée.
— En toute sincérité, je pense qu’elle a arrêté de vivre il y a quinze ans !
— Bah dis donc mon vieux, tu l’as marqué au fer rouge la pauvre ! remarque mon ami.
— Je vous laisse, j’ai besoin de rentrer. Clochette tu peux raccompagner Liam ?
— Pas de souci.
Je me lève quand elle m’attrape le bras.
— Ne la laisse pas tomber Mickael. Soit là pour elle. Elle en vaut vraiment la peine. Donne-lui
tes raisons, sois honnête avec elle.
Je lui fais un signe de la tête et pars en direction du parking. J’ai besoin d’être seul. Rien n’est
simple dans la vie privée ! Voilà pourquoi je n’ai jamais eu de relations sérieuses. Les affaires c’est
la seule chose que je réussis. Arnaud Neuville… pfff
Chapitre 3
Justine
Une semaine s’est passée depuis la soirée revival. Une semaine que mon passé et mon présent se
sont télescopés. Une semaine que mes nuits et mes journées sont hantées par des yeux couleur océan.
Une semaine que, chaque matin, je m’éveille au son d’une voix grave et chaude qui me murmure un
amour éternel. Bref, une semaine que je suis sous l’emprise de Mickael. J’oscille toujours entre désir
et colère, ce qui rend cette obsession encore plus dérangeante. Est-ce que cela a créé un problème
dans ma vie ? Apparemment aucun, car Arnaud ne m’a rien dit et s’il a remarqué un changement dans
mon attitude, il ne m’en a fait aucune réflexion. Ce qui est étrange, c’est que je n’éprouve aucune
culpabilité par rapport aux divagations de mes pensées. Je n’ai pas pu vivre de moments intimes avec
mon compagnon depuis mon retour. Et cela n’a pas l’air de le contrarier. Nous avons essayé, mais
j’ai eu un blocage. J’avais l’impression de trahir Mickael en continuant de partager une intimité avec
un autre. Je crois que je deviens folle, atteinte d’un trouble sans guérison. Quand Mickael entre dans
votre vie, vous ne pouvez l’en chasser même si vous le désirez.
Je remets mes idées en place en secouant ma tête.
Je ne dois pas oublier l’objectif du soir : m’apprêter pour assister à un défilé de mode en
compagnie de Nelly. Arnaud entre dans le dressing et récupère la veste de son costume Armani gris.
C’est le costume que je préfère. Il est d’une élégance sans nom et rendrait n’importe quel homme
merveilleux.
— Tu vas porter cette robe ? me demande-t-il.
— Oui. Ma mission de ce soir est d’un genre particulier, avoué-je. Le Rédacteur en chef nous a
confié une chronique commune avec Nelly. Nous assisterons donc ensemble à cette performance et le
dress-code est très chic. Et toi alors, ta soirée ?
— Oh tu sais, l’habituel dîner de fin de semaine avec Mère. Elle est assez angoissée, en ce
moment, par rapport à la fusion que nous allons faire prochainement. Et elle me dit que ma présence
la rassure. Tu comprends, n’est-ce pas ?
— Tu fais ce que tu dois faire pour ta mère, comme toujours, réponds-je amère. Passe une bonne
soirée.
— Toi aussi, mon ange, me dit-il en m’embrassant la tempe avant de sortir de la chambre.
Une fois seule, je passe ma robe bleue de style classique, confectionnée en crêpe légère. Le buste
est un mélange de plissé drapé qui dévoile un décolleté en forme de cœur. Une large ceinture en
pierres scintillantes souligne ma taille. La jupe évasée s’arrête au-dessus de mes genoux et révèle
mes jambes qui sont mises en valeur grâce à mes escarpins argentés. Pour casser le côté classique de
la tenue, je décide de me faire un chignon flou d’où je laisse échapper quelques mèches. À l’aide de
mon fer à friser, je crée une légère ondulation. Pour parfaire mon look, je me fais un maquillage
charbonneux sur les yeux et n’applique qu’un rouge à lèvres nude pour garder un visage frais et
moderne. En me contemplant dans le miroir, j’aime ce que je vois. Je me trouve à la fois sexy, mais
professionnelle.
L’interphone de l’appartement grésille et je sais d’avance qu’il s’agit de Nelly. Ce travail en duo
l’excite au plus haut point et elle m’en parle depuis que notre boss nous a prévenues. J’ouvre la porte
à mon amie et j’ai l’impression d’avoir l’incarnation vivante de la fée Clochette sous mes yeux. Elle
est habillée d’une robe bustier verte dont la taille est marquée par une large ceinture qui prend
naissance sous sa poitrine. La jupe, en mousseline, courte sur le devant permet à ce modèle d’onduler
légèrement et sa traîne sur l’arrière donne un côté féerique à chaque mouvement.
— Tu es sublime Nell, si j’osais je te dirais que tu t’es enfuie d’un dessin animé.
— Merci, chantonne-t-elle en faisant une pirouette sur place. Tu es magnifique aussi, nous allons
être l’attraction de la soirée. Les top-modèles n’ont qu’à bien se tenir.
— En route, femme fatale. Le boulot nous attend !
— En quatre mots, tu as réussi à rompre la magie de la soirée ! Ju, il serait temps que tu penses
fun, respires fon, et vives fun, me sermonne-t-elle. Tu es devenue si sérieuse et depuis que tu es avec
Arnaud, c’est de pire en pire.
— Mais non, je suis la même. Et ce soir, nous allons nous amuser et travailler en même temps. Le
taxi ne va pas tarder, descendons et à nous le musée des beaux-arts.
Ce soir est un événement particulier pour le musée. En effet, un designer et un artiste ont décidé
de collaborer le temps d’une performance unique en son genre. Un défilé de mode aura lieu et le
podium avec sa forme particulière permet de recevoir en son centre un peintre qui effectuera une ou
plusieurs œuvres pendant cette période. C’est pour cette particularité que nous avons été missionnées
Nelly et moi. Si Nelly est chroniqueuse mode et design, je suis chroniqueuse culturelle. C’est la
première fois que nous nous retrouvons à travailler pour la même soirée. Une partie des lieux a été
métamorphosée et c’est magnifique. Même ma meilleure amie, qui a l’habitude des soirées chics et
haut de gamme, est bluffée. C’est sûrement la soirée de l’année et je parie que nous allons rencontrer
des célébrités et des personnes de la haute.
— Ju, je crois que cette soirée sera mémorable.
— C’est clair, allons découvrir les lieux et arrêtons-nous au bar. Par contre, ne te lâche pas trop
sur les cocktails.
— Aucun risque, la particularité de ce designer c’est qu’il prône la tolérance zéro pour l’alcool.
Donc, au régime soft drink, la Clochette !
Quelques minutes plus tard, alors que nous attendons nos virgin mojito, je remarque que Nelly a
le visage qui se ferme et fixe avec animosité un point dans l’assistance. Je me retourne et essaie de
trouver ce qui a pu la mettre dans cet état en quelques secondes. Et je suis sous le choc. Sans
réfléchir, je traverse la pièce afin de comprendre et avoir des réponses. Nelly me rattrape et me
souffle :
— Je suis là, si tu veux que je lui mette mon poing dans la figure, tu n’as qu’un signe à me faire.
— Ne le condamne pas avant de savoir, dis-je d’une voix voilée.
— Je ne parlais pas forcément pour lui, me répond mon amie en me faisant un clin d’œil.
Ce n’est que lorsque je suis à quelque mètre de lui, qu’Arnaud s’aperçoit de ma présence et je
remarque immédiatement qu’il n’est pas heureux de la surprise. Même s’il aborde un sourire, sa
mâchoire est serrée et son corps est sur la défensive, prêt à subir l’attaque. À ses côtés, se tient sa
mère, contrairement à son fils, elle perd son sourire en me voyant et les signaux qu’elle m’envoie
sont clairement inamicaux. Je décèle, cependant, une lueur de défi dans son regard, et je sais que je
ne sortirai pas gagnante de la discussion qui va se dérouler.
— Mon ange, je ne savais pas que tu serais présente. Quand tu m’as dit que tu travaillais en
binôme avec ton amie, je t’imaginais partout sauf ici.
— Bonsoir, les salué-je sans un sourire. La surprise est réciproque, dis-je en me retournant vers
mon compagnon. Je croyais que tu dînais avec ta mère, car elle n’allait pas bien.
— C’est ce que nous avons fait, me répond celle-ci. Mais je tenais absolument à être présente à
cette soirée. Arnaud avait besoin de faire des connaissances et de montrer qu’il s’investit entièrement
dans notre société et la fusion qui va s’établir dans quelques jours.
Une jeune femme, blonde et très jolie arrive à ce moment-là, remettant à ma belle-mère une
boisson et se positionnant entre elle et mon compagnon. Je ne la connais pas et le fait qu’elle soit si
proche d’Arnaud et qu’il l’accueille avec un grand sourire, me déplaît.
— Nelly, Justine, laissez-moi vous présenter Élisabeth. Élisabeth, voici ma compagne et son
amie.
— Enchantée mesdames. Justine, je suis heureuse de faire, enfin, votre connaissance. Cela fait un
petit moment que j’entends parler de vous. Mettre un visage sur un prénom est toujours agréable.
— Enchantée également. Je n’ai malheureusement pas eu la chance d’entendre votre prénom
jusqu’à présent. Je ne sais donc rien de vous ni des liens qui vous unissent à mon compagnon, dis-je
d’une voix froide en jetant un regard meurtrier à Arnaud.
— Quel cachottier, me répond Élisabeth avec un sourire arrogant aux lèvres. Je suis la fille du
futur associé de son entreprise. Sans moi, la fusion n’aura pas lieu. Nous apprenons donc à faire
connaissance plus amplement.
Elle partage avec ma belle-mère un regard complice et j’y perçois la même lueur de défi. Je
commence à bouillir, et je sens que Nelly perd patience à mes côtés. Arnaud, sentant que la situation
devient orageuse, s’excuse auprès de sa mère et de son amie pour me parler en privé. Nelly se décale
à quelques mètres, mais reste dans mon champ de vision.
— Peux-tu m’expliquer ?
— Mon ange, ce n’est que le boulot. Il n’y a rien de mal.
— Je ne te crois pas.
— Nous en parlerons à la maison demain, si tu veux bien. Évitons une scène en public, nous
devons travailler tous les deux pendant les heures qui arrivent.
— Ne crois pas que j’oublierai. Et je veux tout savoir.
Je me retourne sans même l’embrasser et retrouve Clochette.
— Je peux faire un tir groupé, si tu me le demandes. Trois pour le prix de deux.
Sa phrase me fait rire. Elle est la seule à pouvoir désamorcer une bombe de cette manière. Le
pire dans tout ça, c’est qu’elle est sérieuse et qu’elle ne réfléchirait pas une seconde si je lui donnais
mon accord. Elle foncerait sur eux et leur décrocherait la mâchoire arborant son plus beau sourire.
— Ne laisse pas ces connards te pourrir la soirée, me conseille-t-elle. Mais demain, il va falloir
que nous ayons une discussion ma Juju. Tu ne peux pas rester avec ce mec, je ne le sens pas.
— Tu as raison, allons récupérer nos verres et prendre place pour admirer la performance. Je
regrette qu’il n’y ait pas d’alcool, un verre de vodka m’aurait fait du bien !
En prenant place sur les sièges qui nous sont attribués, je suis toujours en train de repenser à ce
qu’il vient de se passer et un pressentiment s’empare de moi. Nell ne me laisse pas le temps d’aller
plus loin dans les réflexions. Elle m’explique que quand elle est missionnée sur un défilé de mode,
elle a un petit rituel qui lui en apprend beaucoup sur la qualité du show que nous allons voir. Elle
récupère le sac qui l’attend à sa place et détaille les cadeaux que les sponsors ont offerts à chaque
invité. Évidemment, il y a une entrée gratuite pour une visite du musée, un coupon de réduction remis
par le traiteur, un lot de cinq craies pour cheveux dans un camaïeu de rose et violet, un mini-livret
nous présentant les peintures de l’artiste et…
— Ju, il faut que je te dise quelque chose, mais reste calme, s’il te plaît.
— Nell, tu sais que ce genre de phrase a le don de me faire paniquer. C’est comme si tu me dis de
ne pas me retourner, impossible de ne pas le faire.
— Regarde, me dit-elle me tendant un kit de maquillage.
Sur le moment, je ne comprends pas, je regarde plus attentivement et découvre la marque French
Makeup. Un mini-rouge à lèvres et son crayon assorti ainsi qu’un mini-illuminateur de teint
composent les cadeaux. Je lis la carte de présentation expliquant qu’il s’agit d’une nouvelle marque
qui se développe dans le pays et quand j’arrive à la signature du PDG, mon monde vacille. Comme si
ma rencontre avec Arnaud ne m’avait pas assez déstabilisée, il faut que Mickael ressurgisse dans
mon esprit. Je commence à scruter la salle des yeux. Je sais qu’il est là, quelque part, à quelques
mètres de moi. Il m’est soudainement vital de le voir, je ne sais pas encore dans quel but, mais j’ai
besoin de lui. C’est en constatant cela que mon regard croise celui de Mickael.
*
Mickael
Le musée est méconnaissable, ils ont vraiment fait un travail impressionnant pour cette soirée. La
dernière fois que j’ai mis les pieds ici, ça devait être au collège pour une sortie culturelle avec
Justine et Nelly. Ça ne nous rajeunit pas !
Il y a un tas de journalistes pour couvrir l’événement, je regarde partout à la fois, mais je ne la
vois pas. Tout le monde est sur son trente-et-un.
J’ai moi-même enfilé mon costume Armani pour cette occasion. Je le mets seulement quand je
dois représenter ma marque lors de soirées comme celles-ci. Les lumières s’éteignent par
intermittence comme au théâtre pour annoncer aux invités que le défilé va commencer. Je reste debout
le temps que tout le monde s’assoie puis nous prenons place. Nous sommes placés pour être aux
premières loges du défilé. Je sens à nouveau des frissons qui me préviennent de sa présence. Je suis
sûr qu’elle est ici.
— Devant toi, me murmure Liam avec un petit sourire.
Je tourne la tête et nos regards se croisent pour ne plus se quitter. Je lui souris et après quelques
secondes d’hésitation, elle me retourne mon sourire et me salue de sa main. Elle est encore plus belle
que la dernière fois. Cette fois, elle porte une robe de la couleur de mes yeux. Elle a toujours aimé le
bleu et je dois dire que ça lui sied à merveille. Les premiers mannequins défilent, mais je ne regarde
que Justine. Il faut que je trouve un moyen de lui parler. Elle doit être ici pour son travail tout comme
moi, mais il faut vraiment que nous brisions la glace. Je lui fais un petit signe pour qu’elle me
rejoigne avant la pause. Elle rougit, j’arrive à le voir d’ici, elle a toujours été un peu timide et je suis
ravi de constater qu’elle n’a pas changé sur ce point. Justine me dit que c’est bon avec son pouce et
son sourire. Mon Dieu, qu’elle est belle !
— Je vais avoir besoin que tu me couvres, c’est possible ?
— C’est toi le patron Mickael. Et je t’avouerai que si je peux passer encore un peu de temps en
tête à tête avec Clochette, je ne dis pas non.
— C’est moi ou tu deviens accro ?
— Pfff n’importe quoi ! Je l’aime bien c’est tout.
— Mouais… très persuasif, dis-je en riant.
— Mickael ?
— Quoi ? Ce n’est pas vrai ?
— La ferme, et regarde le défilé !
— J’ai mieux à regarder que ces nanas.
Mes yeux se posent à nouveau sur Justine qui griffonne sur un bloc-notes. Elle essaie tant bien que
mal de ne pas me regarder, mais je la surprends à me mater et pas qu’un peu ! Tout n’est pas perdu
apparemment.
Je me lève quelques minutes avant la fin, saluant mon ami au passage. Justine se lève quelques
secondes après moi. Elle me retrouve près de l’entrée toute en sourire. Je lui attrape la main et
l’amène avec moi hors du musée. Je récupère ma voiture et nous partons loin de cette soirée. Je la
veux pour moi tout seul.
— Je peux savoir où tu m’emmènes ? demande-t-elle en mettant sa ceinture.
— Aucune idée ma belle, mais j’avais besoin de me retrouver seul avec toi.
— Oh !
Cette fois, je vois bien ses joues rosirent, c’est adorable. Je pose mes doigts sous son menton et
dirige son visage vers le mien.
— T’es en sécurité avec moi. Je ne te ferai jamais de mal, tu le sais ?
— Tu veux dire plus que tu m’en as déjà fait ?
Mon sourire se perd et je me replace derrière le volant en me maudissant d’être la cause de sa
peine.
— Pardon. Je suis désolée Mickael. Mais quand je te vois, je pense systématiquement à ton
départ. Tu m’as anéantie ce soir-là.
— Je sais Justine, je le sais. Et dis-toi que je n’aurais jamais assez d’une vie entière pour réussir
à m’excuser pour ce que je t’ai fait. Laisse-moi une chance de t’expliquer, même si au fond, ça ne
change pas le passé. Ça pourrait nous faire repartir sur une nouvelle base, qu’en dis-tu ?
— J’en dis que nous méritons tous une chance de s’expliquer. Désolée d’avoir…
Je lui coupe la parole.
— Je t’interdis de t’excuser pour quelque chose dont tu n’es en rien responsable. C’est moi qui
t’ai mise dans une position délicate. Moi qui suis parti. Ne t’excuse pas, s’il te plaît.
Elle me regarde, sans arriver à me dire le moindre mot. En attendant, je continue de conduire
m’inquiétant de son silence. Sa main se pose sur la mienne et me la presse. Je comprends alors
qu’elle me pardonne avec ce geste.
— Nous sommes arrivés, dis-je en détachant ma ceinture.
— Dois-je m’inquiéter d’être ici ? Seule avec toi ?
— À toi de me dire si tu me fais toujours confiance malgré notre éloignement. À ton avis, suis-je
toujours digne de to… de ton amitié ?
J’ai bien failli dire de toi, j’ai envie de lui hurler que je celui qu’il lui faut et non ce petit con de
fils à maman qui ne sert strictement à rien. Mais si je veux qu’elle me fasse confiance, je dois y aller
en douceur.
— Dis-moi ce que nous faisons dans. attends, mais c’est la rue qui mène au parc où nous allions.
Tu crois qu’il y est toujours ? Et c’est la maison de Pierre et Léa ?
— Alors dans l’ordre, réponds-je en souriant, le parc est toujours bel et bien à sa place. Et oui,
c’est bien leur maison. Elle était en vente depuis le. Tu savais toi qu’elle était malade ?
— Oui, j’allais souvent apporter à manger à Pierre. Il ne venait plus ici, c’était trop douloureux
de revenir dans cette maison sans sa femme. Il s’était pris un petit appartement près de l’hôpital pour
être près de Léa.
— Il y a de bons souvenirs dans cette maison. Je suis allé voir Pierre cette semaine. Nous avons
pu discuter, ça m’a fait du bien de le revoir. Je n’en reviens pas comme la vie peut être cruelle.
— Léa avait un cancer tout comme ton père. Sauf, que pour elle, il a été fulgurant. Ils ont eu à
peine six mois pour se préparer. C’était affreux. J’ai pensé à toi à ce moment. Je ne savais pas si je
devais te prévenir et puis je me suis dit que tu avais ta vie à présent. Je n’allais pas te déranger dans
ta tour d’ivoire.
Ses mots sonnent comme une remarque désobligeante ce qui ne lui ressemble pas.
— Je te taquine pour la tour d’ivoire Mickael, respire. J’ai dit que je rangeais les armes.
Pourquoi nous sommes ici ?
— J’ai fait une proposition d’achat à Pierre.
— Tu… toi, ici ? Tu vas acheter cette maison ?
— À vrai dire les papiers sont signés et j’ai les clés.
— Tu comptes rester ici, vraiment ? répète-t-elle sous l’effet de surprise.
— Je déteste rester à l’hôtel, j’avais besoin d’un pied à terre et quoi de mieux qu’une maison qui
me rappelle de bons souvenirs de ma jeunesse ?
— Celle de tes parents est en vente à ce que m’ont dit les miens.
— Je sais, j’ai été la visiter et je ne veux pas revenir ici en m’installant dans le passé. Si, je suis
ici c’est avant tout pour avancer, Justine. Tu veux venir visiter ?
Je ne lui laisse pas le choix et pour la seconde fois de la soirée, je lui prends la main et l’entraîne
avec moi dans mon nouveau pied à terre. J’ai choisi cette maison pour plusieurs raisons, dont celles
que je lui ai évoquées, mais également, car j’ai le souvenir qu’elle n’arrêtait pas de me dire qu’elle
aimait ce lieu quand nous étions jeunes. Pierre a hérité de cette maison aux décès de ses parents
quelques mois après celui de mon père. Ce qui nous a forcément rapprochés. Nous aimions refaire le
monde tous ensemble dans cet endroit avant de finir au parc. Vraiment que des bons souvenirs. Et
quand je vois les yeux de Justine s’illuminer devant la beauté des pièces, mon cœur se serre et ma
petite voix dans ma tête m’applaudit d’avoir pris cette décision. Elle partagera un jour cette belle
maison. Mais pour ça il faudrait que j’arrive à prendre le dessus sur mes émotions et lui dire ce que
je pense.
— C’est encore plus beau que dans mes souvenirs, dit-elle songeuse.
— À quoi penses-tu ?
— Ils ont changé la rambarde de l’escalier non ?
— Oui, Pierre l’a refaite. Il voulait quelque chose de plus solide.
— Mais c’est du fer forgé ? Il est vraiment doué !
— Très ! Tu penses que tu pourras m’aider à décorer ? Je ne suis pas très doué pour ce côté-là. À
New York c’est un décorateur qui s’en est chargé.
— Je ne pense pas être à la hauteur de tes exigences et de ton train de vie. J’en suis très loin, tu
sais !
— Mes exigences ? Justine regarde-moi.
Je lui attrape son menton pour soulever son visage. Nous sommes proches l’un de l’autre comme
pour notre danse.
— Je suis toujours le même gamin qui était ton pot de colle. Ce n’est pas parce que je suis riche à
ne plus savoir qu’en faire que je suis devenu un connard de première. Il était impossible que je
devienne arrogant enfin plus que le nécessaire je veux dire, car en affaire je suis plutôt impitoyable si
on me fait une crasse. Mais toi, je veux que tu comprennes que je suis le même.
— Pourquoi ?
Je la regarde en fronçant les yeux, ce fameux pourquoi est un méga piège. Soit je réponds à côté et
c’est ma fête, soit elle peut me tomber dans les bras… Je lui attrape son visage, mes doigts caressent
sa lèvre inférieure. Mon membre durcit rien qu’en sentant son souffle s’accélérer suite à mon geste.
— Pourquoi ? me répète-t-elle. Pourquoi m’as-tu quitté ?
— Je t’aimais tellement Justine. Je venais de perdre l’être le plus important pour moi et j’étais
propulsé au rang de chef d’entreprise à plusieurs milliers d’euros. On attendait de moi tout ce que je
pensais être incapable de faire. T’emmener ? Oh oui, que j’y ai pensé ! Mais j’aurais été égoïste. Tu
serais venue, je le sais ma Ju. J’ai hésité plus d’une fois à t’appeler pour te demander de me
rejoindre à New York. Mais je refusais de t’offrir cette vie. Nous aurions été ensemble, mais je
passai pratiquement 90 % de mon temps au bureau pour faire mes preuves. J’ai énormément de
personnel qui compte sur moi. Je ne pouvais pas tous les lâcher. Pourtant, malgré le travail, malgré
les voyages, malgré quelques rencontres je n’ai jamais cessé, JAMAIS cessé de penser à toi. À tes
lèvres sur les miennes. Mes mains qui ont connu, le temps d’une fraction de seconde, la douceur de ta
peau. Mon Dieu, tu m’as complètement envoûté Justine.
Nos bouches sont si proches qu’il nous suffirait d’un léger mouvement de tête pour que nous nous
unissions.
— Tu as toujours été plus qu’une amie, crois-moi je ne voyais plus en toi une petite sœur dès que
j’ai vu ta poitrine à la plage !
— Tu m’avais dit que tu n’avais eu le temps de ne rien voir !
Elle me donne une tape sur l’épaule pour la forme, mais son sourire est gigantesque.
— Oups… Je ne t’ai jamais oublié Justine, je suis sincèrement désolé de t’avoir fait du mal. Je
m’en voudrai toute ma vie, vraiment ! Mais je refusais de prendre le risque de te perdre de n’importe
quelle manière.
Elle pose sa main sur ma joue et me demande d’une voix douce.
— Me perdre ?
— À peine nous aurions été ensemble, tu aurais fini par me détester à cause de mon travail. Je ne
voulais pas que nous finissions comme mes parents. Si, toi et moi nous formons un couple un jour, je
veux qu’il soit comme celui de Pierre et Léa. Unis jusqu’à la mort. C’est ça que je souhaitais et que
je souhaite encore. Et je ne pouvais pas te l’offrir à mes dix-huit ans.
— Je comprends mieux. Tu sais ce qu’il faudrait travailler ?
— Je t’écoute, dis-je en effleurant ses lèvres. Je la vois ravaler sa salive et passer sa langue sur
sa bouche.
— La communication. Dans les affaires je te le confirme tu es un vrai maître, mais dans l’intimité,
mon pauvre, tu ne vaux pas un clou.
— Et si je te disais que j’ai très très envie de t’embrasser maintenant, ça serait un bon début de
communication entre nous ?
Elle repasse sa foutue langue sur ses lèvres et pour seule réponse, j’ai un petit oui timide. Mes
mains se posent sur sa taille et remonte doucement, la tension est à son comble. J’effleure sa peau, sa
poitrine se soulève si vite qu’elle en touche ma chemise. Mon Dieu, je ne pensais pas la sentir si près
de moi un jour.
— Tu es si belle !
— Mickael, s’il te plaît je n’en peux plus…
Madame me supplie de l’embrasser, mes rêves deviennent réalité. Un pur délice, je savoure ce
moment. Ma bouche approche de la sienne, elle ferme ses yeux, prête plus que jamais à nous
redécouvrir.
Iain’t your mama…
No, I ain ’t your mama
No, I ain ’t your mama, no
La sonnerie de son téléphone rompt notre moment. Elle s’excuse maintes fois avant d’attraper son
portable. Elle lit le message et serre le poing.
— Désolée, c’est un message de…
— De ton mec ? Pardon ton fiancé ?
— Il n’est pas mon fiancé !
— En tout cas, intéressant comme choix de sonnerie pour lui, plaisanté-je en me décalant.
— C’est Clochette qui m’a mis ça et depuis je n’ai pas pensé à la changer. C’est si rare qu’il
sonne et bon. elle a bien choisi je dois l’admettre. Peux-tu me ramener s’il te plaît ?
— Bien sûr, veux-tu aller voir le parc avant de rentrer ? Je n’ai pas encore eu le temps de
constater s’ils ont fait des changements. Ensuite, je te ramène.
— Avec plaisir.
Je lui tends cette fois ma main, je ne la lui prends pas d’office et je suis heureux quand nos doigts
s’entrelacent.
Quarante minutes plus tard, nous sommes devant chez elle. Un immeuble de standing avec portier.
Ça fait déjà cinq minutes que nous sommes arrivés, mais elle a du mal à quitter ma voiture.
— On va se revoir ? me demande-t-elle inquiète.
— J’espère bien ! Nous venons de nous retrouver. Je ne compte pas partir Justine. Si tu as besoin
de quoi que ce soit, tu me fais signe, d’accord ?
— Donne-moi ton téléphone, je vais t’enregistrer mon numéro.
Je la laisse pianoter sur mon mobile qui paraît immense dans sa main. Je replace une de ses
mèches derrière son oreille et l’embrasse au niveau de la tempe.
— On se revoit bientôt, murmure-t-elle.
— Si tu savais comme ça me coûte de te laisser rentrer pour le retrouver.
Elle m’embrasse à la commissure des lèvres tout en posant sa main sur ma joue. Ce geste si
tendre me fend le cœur à chaque fois. J’ai toujours envie de plus quand elle est près de moi.
— À très vite, rentre bien.
Impossible de lui répondre, elle quitte ma voiture et j’attends qu’elle soit rentrée dans
l’immeuble pour repartir. J’ai juste une putain d’envie d’aller lui casser la gueule à ce petit
opportuniste. Je ne comprends pas comment elle a pu lui trouver du charme.
« Je suis heureuse de savoir que tu ne comptes pas repartir. Merci pour cette soirée. J »
Je profite d’être arrêté à un feu rouge pour lui répondre.
« Si je repars, cette fois-ci tu m’accompagneras. Bonne nuit. »
Chapitre 4
Justine
Cela fait cinq minutes que je suis devant l’ascenseur qui me mène à mon appartement. J’ai besoin
d’un peu de recul avant de rentrer chez moi et d’affronter Arnaud, même si je sais qu’il doit déjà
dormir profondément vu le contenu acide de son SMS. Monsieur avait l’air mécontent que je ne
l’attende pas docilement à la maison. S’il savait… Même si je ne regrette pas les moments passés
avec Mickael et que j’ai eu envie de ce baiser comme jamais, je suis heureuse qu’il n’ait pas eu lieu.
Si cela doit se produire un jour, je veux être libre de toute relation. Même si je sens que mon histoire
avec mon compagnon touche à sa fn, je ne le tromperai pas. Il est évident que je ne suis plus
amoureuse. Quoique je me demande si je l’ai été un jour, vu ce que je ressens lorsque je suis proche
de Mickael. Jamais, ô grand jamais, Arnaud n’a réussi à m’atteindre de la sorte.
— Tout va bien Mademoiselle Freya, me demande notre gardien de nuit.
— Oui très bien Samuel, j’avais juste besoin de souffler un peu avant de monter. Bonne soirée.
— Vous de même.
Je monte dans l’ascenseur et compose un message pour Mickael avant que les portes ne se
referment. Après une montée de quatre étages, sa réponse m’accueille lorsque je m’approche de ma
porte.
« Si je repars, cette fois-ci tu m’accompagneras. Bonne nuit. »
Je soupire de plaisir et m’enivre de ses mots. Il me veut à ses côtés et je n’ai jamais souhaité être
ailleurs. Même si je garde une peur profonde qu’il m’abandonne encore, j’ai tellement envie d’y
croire. Je coupe mon téléphone au moment où je pénètre dans le salon. Tout est noir et silencieux. Pas
de doute, Arnaud doit dormir. En éclairant la pièce, je remarque que comme à son habitude, il a tout
laissé traîner derrière lui en attendant que je ramasse et range. La sonnerie attribuée par mon amie le
concernant prend alors tout son sens. Je ne suis pas sa mère, je ne suis pas sa bonne ou sa cuisinière,
et il a tendance à l’ignorer. Je laisse tout en place et passe par la salle de bains pour me changer. Je
ne me douche pas comme à mon habitude, car je veux conserver encore un peu l’odeur si particulière
de Mickael qui m’englobe. En me mettant de mon côté du lit, je me place pour n’avoir aucun contact
avec Arnaud et je bénis la dimension de notre lit king size.
Le lendemain matin, il est 8 h quand je me réveille. La place à côté de la mienne est vide et
froide. Arnaud a dû se lever tôt. En tendant l’oreille, je remarque que le silence est complet. En me
levant, je remarque un post-it sur le miroir de ma coiffeuse.
« Je crois que nous avons à parler, mon ange. Rdv ce soir ».
En effet, nous allons parler et je ne suis pas sûre que cette conversation soit agréable. J’ai
l’impression que deux mondes nous séparent, et cette distance s’accentue jour après jour.
Je prends ma douche et me prépare pour rejoindre le journal. Même si mon emploi me permet de
travailler de la maison, nous avons décidé avec Nelly, de nous retrouver pour comparer nos notes et
composer notre article commun. De plus, il faut absolument que je débriefe avec elle de tout ce qu’il
s’est passé depuis la veille. Une heure plus tard, j’arrive devant l’immeuble et elle apparaît comme
par magie devant moi. Si je ne la connaissais pas aussi bien, je me demanderais si elle ne vient pas
d’un autre univers.
— Bonjour, me salue-t-elle en me faisant la bise. Je veux tout savoir de ta fin de soirée !
Impossible d’y échapper et si tu es sympa, je te raconterai la mienne, me dit-elle en me faisant un clin
d’œil.
— Coucou ! Et le boulot alors ?
— On va au café, on papote et on travaillera après. De toute façon, la chronique est à rendre pour
l’édition de la semaine prochaine. On a quelques heures de libres. Et j’adore travailler sous pression,
c’est dans cette situation que je suis la plus efficace.
Elle me fait rire et c’est bras dessus bras dessous que nous déambulons dans les rues de
Bordeaux avant de prendre place à une table. Je lui raconte le reste de la soirée depuis mon départ du
musée jusqu’à ce matin. Son regard pétille et parfois se voile. Je n’arrive pas vraiment à déceler ce
qu’elle pense et c’est bien une première. Habituellement nous n’avons même pas besoin de parler
pour nous comprendre.
— Bon, Juju, je vais parler et tu vas me laisser finir sans m’interrompre, pour une fois. Et même
si ce que je te dis ne te plaît pas, d’accord ?
J’acquiesce et m’attends au pire.
— Alors, commence-t-elle en prenant une grande inspiration, je ne comprends toujours pas ce
que tu fais avec cet imbécile d’Arnaud. Je te le dis depuis un an, mais je ne le sens pas. Il cache
quelque chose et sa mère avait l’air de trop bien apprécier sa gêne hier soir pour que ce soit honnête.
Quant à cette Élisabeth, crois-en mon radar spécial pouffe, c’en est une ! Et pas des moindres d’après
les infos que j’ai pu avoir. J’ai peur que tu finisses par te perdre à force de les côtoyer et je te jure
que je te défendrais bec et ongles si cela devait arriver. Même contre ton gré, je volerai à ton
secours. Ils sont peut-être plus nombreux et plus fourbes, mais ils n’ont pas ce que je possède !
Elle ponctue sa tirade d’une pose théâtrale et son regard devient malicieux.
— La magie et la poussière de fée, me souffle-t-elle. Pas sûr que Disney imaginait ce à quoi je
pense quand il a créé le rôle de Clochette, mais je m’adapte avec les moyens du bord.
— Je ne veux rien savoir de tes combines, dis-je en riant. Un jour peut-être tu m’expliqueras,
mais rassure-toi, tu n’en auras pas besoin cette fois-ci. Tout ce que tu viens de me dire me touche et
pour une fois je ne prendrais pas la défense de mon compagnon. J’ai moi-même un mauvais
pressentiment depuis hier soir. Nous allons avoir une discussion ce soir et je pense que je vais
rompre avec lui. Dans les bras de Mickael, j’ai pris conscience que je ne ressens pas la même chose
pour Arnaud et que je ne le ressentirais jamais. Cette relation est terminée. Reste plus qu’à faire que
cette séparation se passe bien et que la cohabitation pendant le préavis de départ soit amicale.
Heureusement que nous avons une chambre d’ami.
— Tu peux venir à la maison sinon, tu le sais ?
— Oui, mais nous sommes deux adultes et ce n’est qu’une question de quelques semaines. Nous y
arriverons, j’en suis persuadée.
— Bon sinon, parlons d’autre chose de beaucoup plus intéressant. Alors, avec Mickael ? me
demande-t-elle en jouant avec ses sourcils, ce qui lui donne immédiatement un petit air coquin.
— J’ai cru remonter le temps et retrouver celui qui partageait tout avec moi. C’était… C’était…
merveilleux. Oh et tu savais qu’il s’installait ici ?
— Oui en effet, je le sais. J’ai moi-même donné quelques adresses d’agents immobiliers et Liam
m’a annoncé hier qu’il avait trouvé son bonheur.
— Hum hum… Liam et toi ? Tu ne me dis pas tout, j’en suis sûre.
— Il est drôle et gentil. Et ses tentatives de dragues ringardes sont tellement mignonnes. Et pour
ne rien gâcher, tu as vu comme il est beau ? Et ce petit accent, grrr ça me fait craquer.
— Te rends-tu compte que tu as les yeux qui pétillent quand tu parles de lui ?
— Tu veux sûrement parler des mêmes paillettes qui prennent vie en toi à chaque fois que tu
mentionnes Mickael ?
Je rougis, je sais qu’elle a raison. Je suis envoûtée par lui et mon corps réagit de manière
indépendante. Quand nous étions jeunes, Nelly me disait souvent que je ne le percevais qu’avec les
yeux de l’amour et je crois que rien n’a changé de ce côté-là.
— Je ne sais pas où cette histoire nous mènera, pensé-je à haute voix. Et s’il repartait, s’il
m’abandonnait encore ? Puis-je avoir confiance en lui ? Saurai-je lui ouvrir et lui confier mon cœur ?
— Calme-toi ma puce, vis juste le moment comme il vient. Fais comme moi, si quelque chose
arrive, on aura le temps d’y réfléchir après. Suis ton instinct et tes envies. Ne laisse pas les démons
du passé t’empêcher de vivre plus que tu ne le fais déjà. Et dis-toi que si Mickael fait l’idiot avec toi,
j’ai toujours ma magie et ma poussière de fée pour le mettre KO.
Cette femme arrive à désamorcer toutes mes crises de panique avec une facilité déconcertante. Et
comme très souvent avec elle, je suis pris d’une crise de fou rire.
— Et toi Clochette, tu vas faire quoi avec Liam ? lui demandé-je une fois le calme revenu.
— Qui vivra, verra, me répond-elle en haussant les épaules. Et si en plus, je peux avoir du
plaisir, ce n’est que du bonus.
Après une journée productive au journal, je reprends le chemin de l’appartement. Je rassemble
toutes mes forces pour la confrontation qui m’attend. Alors que j’entre dans la pièce à vivre, je
trouve un immense bouquet de roses rouges et une carte.
« Un taxi passe te prendre à 19 h 30 pour un repas en amoureux à « Le Gabriel ». J’ai hâte
de te retrouver, mon ange. »
Arnaud ne semble plus en colère. Mais avec les problèmes que nous avons à régler, j’aurai
préféré un véritable tête à tête plutôt qu’une discussion sous les yeux d’un public. Il ne me reste plus
que quarante-cinq minutes pour être habillée sur mon trente un. Un restaurant haut de gamme comme
celui-ci ne tolérera pas ma tenue actuelle. Mon choix est vite fait, ma petite robe noire sera parfaite.
À défaut de temps pour confectionner une coiffure élaborée, je me décide pour un headband en strass
sur lequel j’enroule le bas de ma chevelure, laissant croire qu’un chignon sophistiqué a été
longuement préparé. Un maquillage léger et frais, des escarpins à paillettes argentées et me voilà
prête. Le trajet en taxi est rapide et je retrouve Arnaud installé en plein milieu de la salle.
Évidemment, il ne pouvait pas choisir une table un peu en retrait. Pfff ! Que le spectacle commence.
— Mon ange, m’accueille-t-il en déposant un baiser sur la joue.
— Bonsoir, lui réponds-je d’une voix froide, je ne vais pas lui faciliter la discussion et minauder
devant lui.
— J’ai déjà passé commande pour nos apéritifs, cela ne te pose pas de problème.
— Non, aucun, merci.
— Je crois que tu attends des explications, mais avant ça, je tenais à m’excuser pour les messages
d’hier. La colère l’a emporté et j’avais envie de te voir en rentrant.
— Oh moi aussi la colère m’a habité pendant un grand moment, je n’ai cependant pas envoyé de
messages acerbes et acides. D’autant plus, que j’en aurai eu le droit, je pense ! Je ne vois pas ce que
tu as pu me reprocher.
— Rien, en effet, c’est pour cela que je m’excuse.
Le serveur arrive et prend notre commande. L’estomac noué, je sais que j’aurai du mal à manger.
L’avantage dans ces restaurants gastronomiques c’est que les portions sont ridiculement petites. Je
commande le lapin en trois versions alors qu’Arnaud commande un homard et sa farandole de
légumes. Le serveur s’éloigne et la discussion reprend de plus belle.
— Que souhaites-tu savoir ? me demande mon compagnon avec une lueur maligne dans l’œil.
— Tout ! Ce n’est pas compliqué. Pourquoi avoir menti sur le lieu où tu allais hier ? Qui est
Élisabeth ? Quelle relation entretenez-vous ? Et pourquoi son rôle est si important pour ton entreprise
?
— Ah oui, tu ne rigolais pas quand tu disais tout, s’amuse Arnaud.
— J’attends…
J’essaie de ne rien montrer, mais cette conversation m’énerve et la manière dont il l’aborde
m’exaspère de plus en plus.
— Donc pour te répondre. Je ne t’ai pas menti, mais je ne t’ai pas tout dit. J’ai bien dîné avec
Mère hier soir. J’ai juste omis de te dire que nous nous rendions par la suite à ce défilé. Je sais que
les rapports que tu entretiens avec elle sont assez conflictuels et que tu es blessée quand elle te met
de côté. J’ai pensé à toi, avant toute chose. Si tu ne savais pas que je serais à cet événement, tu ne
pouvais te sentir exclue. Il n’y a rien d’autre mon ange, explique-t- il d’une voix trop douce.
— Si tu le dis, remarqué-je sceptique. Et encore ?
Le serveur nous dépose nos plats et nous commençons à goûter ces plats délicieux, avant
qu’Arnaud poursuive.
— Élisabeth ?
J’acquiesce. Il ne change absolument pas d’attitude et j’ai l’impression qu’il explique une chose
évidente et que je suis stupide de ne pas le comprendre dès le départ.
— C’est la fille de Mr Fisher. Elle prend sa suite à son départ en retraite cette année. La société
Fisher est notre future associée. C’est donc elle qui mène les négociations et c’est une femme
d’affaires coriace. Elle détient plus de la moitié des parts de la société, et c’est donc elle que nous
devons absolument séduire pour que la fusion soit effective. Nous nous rencontrons beaucoup ces
derniers temps, mais toujours dans un cadre professionnel. L’univers du luxe nous amène souvent
dans des défilés, des restaurants haut de gamme, des galas, etc. Es-tu rassurée ?
— Pourquoi ne pas m’en avoir parlé auparavant ?
C’est la première fois que je remarque une émotion différente dans son regard, mais je ne saurai
dire laquelle. Par moments, je me demande si je connais réellement cet homme.
— Ne le prends pas mal, mais tu ne fais pas partie de la société Neuville, et Mère tenait
absolument que ces négociations restent secrètes. La concurrence est rude et nous ne pouvons nous
permettre une fuite.
Je suis estomaquée, pense-t-il vraiment que je pourrais ne pas conserver ses secrets ?
— Donc, si je résume, nous sommes un couple, nous partageons le même lit, je lave tes sous-
vêtements, je te prépare à manger, mais je ne suis pas digne de confiance ?
— Non, mon ange. Si ce n’était que moi, je t’aurai tout dit. Mais Mère a mentionné ton poste au
sein d’un journal, et nous savons tous les deux que les journalistes sont prêts à tout pour un scoop.
Deuxième uppercut de la soirée. Maintenant, mon métier est en cause. Je repousse mon assiette, je
n’ai plus d’appétit.
— Arrête-moi si je me trompe. Je ne suis pas digne de confiance, car j’exerce un travail où les
requins sont légion et que je me laisserai embobiner par le premier venu. Tu as décidément une belle
image de moi, rétorqué-je acide.
— Non mon ange. J’essaie juste de faire au mieux pour mon entreprise. Je ne suis pas seul
décisionnaire. Et mère a beaucoup de pouvoir sur le conseil d’administration.
— Je sais, ta mère décide, tu obéis. C’est comme cela depuis le début.
— Mon ange, regarde-moi, me dit-il en me prenant la main. Tu sais que je t’aime et que tu es la
femme de ma vie. J’ai une confiance aveugle en toi et je ne vois pas ma vie sans toi. D’ailleurs, je
vais te le prouver. Épouse-moi, mon ange, et tu feras de moi l’homme le plus heureux du monde.
En me disant cela, il dépose un écrin au creux de ma main et l’ouvre. Alors que j’aime les bijoux
simples et discrets, celle-ci est tout son contraire.
Énorme, tape-à-l’œil, clinquante. Elle est là pour annoncer la couleur et la classe sociale
supérieure. En l’espace de quelques secondes, je me vois épouse d’Arnaud dans le futur et ce tableau
est cauchemardesque. Est-ce la vie dont je rêve ? Certainement pas. Un monde d’apparence dans
lequel la vraie moi n’aura pas sa place. Comment a-t-il pu choisir un bijou pareil s’il me connaît ? Je
regarde Arnaud et il doit lire dans mes yeux la réponse que je m’apprête à formuler. Sa main vient
englober ma joue. Aux yeux des autres clients, c’est un geste plein d’affection, alors que son regard
me dit le contraire.
— Justine, ne me fais pas ça ici alors que l’on nous regarde. Rappelle-toi qui je suis et conduis-
toi comme il se doit. Acquiesce et nous parlerons en privé de ta réponse, m’annonce-t-il d’une voix
froide et tranchante.
Je n’ai jamais entendu autant de colère dans sa voix. Mais une fois de plus, les apparences
passent avant toute chose pour lui. Je hoche très légèrement la tête afin de mettre un terme à toute
cette comédie. Il sourit et me passe la bague au doigt, avant de déposer un baiser sur ma joue.
— Tu as pris la bonne décision. Un scandale public aurait été une mauvaise publicité pour toi et
pour moi.
Nous sommes applaudis par le personnel et autres clients alors que nous prenons congé. Quand
nous passons les portes du restaurant, Arnaud reçoit un appel et m’annonce qu’il doit rejoindre sa
mère qui fait une crise d’angoisse. Entre un retour en sa compagnie et un trajet en taxi, j’ai fait mon
choix. J’ai besoin d’espace et de liberté. Je ne me rends pas compte des kilomètres parcourus et c’est
un SMS qui me sort de mes pensées.
« Il n’y a pas un instant où je n’ai pas pensé à toi… Dans mes rêves et dans mes pensées, tu
es partout. »
Mickael… Ces quelques mots m’arrachent une larme d’émotion. Je ne sais si c’est la tornade
Mercier qui me bouleverse ou la demande en mariage de ce soir. Une impression de gâchis s’abat sur
moi. Comment ai-je fait pour en arriver à une situation pareille ?
Assise confortablement dans mon canapé quelques minutes plus tard, je réponds à mon ami
d’enfance.
« J’aurais pu donner ma vie pour entendre ces mots, il y a quelques années. »
Sa réponse est immédiate :
« Je donnerai ma vie pour remonter le temps et t’embrasser comme je le veux. J’ai passé la
nuit à rêver de tes lèvres et je regrette que nous n’ayons pas pu nous rattraper hier. »
« J’en avais terriblement envie moi aussi… Merci de m’avoir tenu compagnie ce soir, tes
messages comblent ma solitude »
Je n’ai plus de ses nouvelles depuis quelques minutes, quand je décide de contacter Nelly et de
lui raconter ma soirée. Je l’entends soupirer, râler et s’enrager au fil de mon discours. Je lui explique
aussi le trouble et les messages que j’ai échangés avec Mickael ce soir. Et surtout la peur que j’ai de
confondre tout ce qui m’arrive en ce moment. Un SMS arrive et je me jette sur mon téléphone pensant
à une réponse de mon ami d’enfance, mais il s’agit de mon faux fiancé qui m’annonce qu’il sera
absent pour dix jours à cause d’un déplacement professionnel. Cette information ne me fait aucun
effet, mais la tristesse de savoir qu’il ne s’agit pas d’un message de Mickael, m’écrase. J’explique
cela à Nelly lorsque la sonnerie de ma porte retentit. Je raccroche et regarde à travers le judas pour
découvrir sur mon palier celui qui hante mon esprit.
*
Mickael
— Tu devrais arrêter de regarder ton téléphone, tu vas finir par me rendre fou ! grogne Liam qui
se pose sur mon canapé.
— Je… mais non, je regardais simplement l’heure !
— Mais bien sûr ! Et la marmotte…
— Hey ! le coupé-je avant qu’il termine sa phrase. Tu ne traînerais pas un peu trop avec
Clochette ?
— Premièrement, je ne côtoierai jamais assez cette femme ! Deuxièmement, si tu ne me racontais
pas de conneries je n’aurais pas besoin de t’en sortir des plus grosses.
— Toi et Nelly ? dis-je en prenant un soda dans mon réfrigérateur.
— Toi et Justine ? balance-t-il en buvant sa bière.
— La ferme !
Il sourit, car il sait qu’il a gagné cette partie. Nous avons passé la journée à aménager ma
nouvelle demeure. Pour la première fois, j’ai voulu participer et ne pas laisser des étrangers
s’occuper de mon intérieur. Je me sens différent depuis que j’ai posé les pieds en France. Je me sens
moi-même. Je n’ai pas les paparazzis qui scrutent la moindre de mes sorties, à savoir avec quelle
femme je vais sortir pour aller à telles invitations. Ce qui est le cas outreAtlantique, depuis que ma
société s’est développée et qu’elle est reconnue comme la meilleure marque par les professionnels
tout en étant abordable pour les particuliers. J’ai tout fait pour que notre marque soit disponible pour
toutes les femmes. Les professionnels d’accord, mais pour quelles raisons les mères, les jeunes
femmes avec un budget plus modeste ne pourraient pas accéder à des produits de qualité ! Je me suis
battu avec mon équipe pour que ce soit possible. C’est une de mes grandes fiertés. Réussir là où mon
père a échoué.
Alors depuis que je suis ici, je me sens comme à la maison loin de toute cette folie New Yorkaise
et je m’aperçois que c’est ce dont j’avais besoin. Certes, je vais devoir retourner là-bas dans
quelques semaines, mais le fait d’avoir ma maison ici me rend tout simplement heureux. Même si je
pense sans arrêt à Justine. Je regarde encore une fois son dernier SMS et je ne sais pas quoi faire !
« J’en avais terriblement envie moi aussi… Merci de m’avoir tenu compagnie ce soir, tes
messages comblent ma solitude »
— Va la rejoindre ! grogne encore une fois Liam.
— Je ne peux pas !
— Pourquoi ? Montre-moi son message.
— Tu es dingue ? Je ne vais pas te faire lire nos échanges.
— Ça va c’est pour t’aider à prendre ta décision, on dirait un gamin de quinze ans avec son
premier amour ! Vous êtes pathétiques, des vrais handicapés de l’amour.
— Arrête de parler à Clochette, j’ai l’impression de l’entendre. C’est flippant, ricané-je.
— Mais je la comprends tellement depuis que je vous connais tous les deux !
— Explique-toi, dis-je en m’installant près de lui.
— Quand Justine et toi vous êtes dans la même pièce, il y a une putain de tension insoutenable.
Tout le monde peut voir l’amour et l’attirance entre vous. Et vous ? Non, non vous faites comme si de
rien était. Ce n’est pas donné à tout le monde de retrouver et d’avoir une putain de chance de
reconquérir celle qu’on a toujours aimée. Alors, arrête de te poser des questions et va la retrouver.
Fais ce que tu as à faire pour lui montrer que tu ne l’abandonneras pas cette fois ! Quoi ? me
demande-t-il.
— Je ne t’ai jamais autant entendu jurer comme un charretier et associer le mot « amour » dans
les mêmes phrases. Clochette déteint sur toi, mon gars !
— Oui et ?
— Et ? Bah, bon courage mon ami, ce n’est que le début des emmerdes ! Fais juste attention à elle
s’il te plaît. Elle nous montre toujours sa joie de vivre. Mais souviens-toi que ce sont souvent les
gens qui prennent soin des autres qui souffrent le plus.
Il me fait un signe de tête pour me faire comprendre qu’il a bien reçu mon message. Nelly a un
grand cœur et une âme magnifique, mais elle n’a pas toujours connu le bonheur et s’est créé une
forteresse autour de tout ce qu’elle a vécu.
Je me relève sans rien dire et récupère mes clés de voiture. Il est temps que je fasse ce qu’il faut
pour faire comprendre à Justine qu’elle peut avoir confiance en moi.
— Où vas-tu ?
— Je reviens un peu plus tard, fais comme chez toi. Si tu veux te coucher, tu as la chambre d’ami
de disponible.
— Joue pas aux cons surtout !
— Merci pour ce fabuleux conseil.
J’ai le sourire en entrant dans la voiture et le temps de mon trajet. Il est tellement évident que
nous sommes faits pour être ensemble. Mais nous n’arrivons même pas à briser cette glace qui s’est
installée durant mon absence. Je dois récupérer sa confiance. Et quand je pense à son petit ami, je me
dis que j’ai toutes les chances de mon côté. Elle ne peut simplement pas rester avec un enfoiré pareil.
Je préférerais qu’elle me dise non et qu’elle se trouve un autre mec plutôt que de rester avec celui-ci.
Il ne la mérite pas ! J’ai toujours pris soin de faire attention aux petits signes que m’envoie la vie et
même si ça peut paraître dingue, je pense que c’est mon père ou Kate qui me guident aujourd’hui. J’ai
souvent pris des décisions importantes en prenant compte de ses signaux. Et là, je ne peux que sourire
encore plus quand la radio diffuse une chanson du groupe Lady Antebellum « Need You Now », ça ne
peut pas être plus parlant. J’ai vraiment besoin d’elle maintenant. S’il y a des conséquences, je les
gérerai plus tard.
“Et je me demande s’il t’arrive de penser à moi, Moi je pense sans cesse à toi Il est une
heure et quart.
Je suis toute seule.
Et j’ai besoin de toi maintenant J’ai dit que je n appellerai pas Mais j’ai perdu tout contrôle.
Et j’ai besoin de toi maintenant.”
La traduction de cette chanson me convient plus que jamais. J’ai trente-trois ans, je suis un PDG
milliardaire et je chante une chanson romantique en allant voir Justine. Tout va bien ! pensé-je en
riant seul comme un idiot dans ma voiture. L’air de rien, quand je me gare devant son immeuble je me
sens libéré d’un stress dont je n’avais pas conscience.
Je monte sans soucis après avoir discuté rapidement et joué de mon charme avec le vieil homme
de l’entrée. Je frappe à sa porte sans avoir aucune idée de son accueil. Il est plus de minuit et demain
elle travaille. J’entends du bruit et un « bordel ».
Elle ouvre la porte timidement, puis quand elle me voit, elle agrandit l’ouverture. Je retiens ma
pulsion qui serait de la prendre dans mes bras et la kidnapper pour nous éloigner de tout ce qui nous
entoure. Elle est en pyjama, un short court, très très court avec un débardeur, ses cheveux sont en
bataille et elle porte ses lunettes.
— Jolies lunettes ! dis-je en guise de salutations.
— Qu’… qu’est-ce… que fais-tu ici ? arrive-t-elle à me dire.
— Je. ton message, réponds-je en grattant ma barbe naissante.
Je ne peux m’empêcher de regarder ses jambes tout en remontant doucement. Mon sexe pulse dans
mon jean et me rappelle qu’il aimerait vraiment posséder Justine.
— Oui ? Tout va bien Mickael ? Tu veux entrer quelques minutes ?
— Si j’entre, je ne suis pas certain de pouvoir me retenir Justine. Surtout quand je te vois ainsi.
— Pourquoi es-tu là alors ? ricane-t-elle.
— J’avais besoin de te voir maintenant.
— Je suis contente que tu sois venu. Allez entre.
Elle s’écarte de la porte pour me laisser assez d’espace. Je ne veux pas vraiment entrer chez
elle… Chez eux. Mais elle me sourit de la même façon que lorsque nous étions jeunes. Et puis merde
!
J’entre d’un pas décidé, je me retourne l’attrape par la taille, je la soulève et instinctivement elle
place ses jambes autour de mon bassin. J’ai l’impression de faire un bond dans le passé sauf que
cette fois je ne m’enfuirai pas.
— J’ai tellement besoin de toi, Ju.
— Encore s’il te plaît.
Nous nous dévorons littéralement nos bouches. Nous ne faisons plus qu’un. Grâce à l’appui du
mur, je peux la toucher et je ne m’en prive pas. Ses doigts sont dans mes cheveux, sur mes épaules,
sur mes bras.
— N’arrête pas, murmure-t-elle entre deux baisers.
— Jamais.
Elle me mordille la lèvre puis me la lèche avec sa langue. Mon Dieu, dans mon caleçon c’est une
vraie guerre qui se prépare. Je lutte avec moi-même pour ne pas lui arracher son ridicule petit short.
Ses gémissements redoublent d’intensité. Je ralentis mon baiser puis la repose sur ses pieds.
— Tu vas recommencer ? me demande-t-elle les larmes aux yeux en tenant ses lèvres.
— Pardon ?
— J’ai l’impression de revivre la même scène qu’à nos dix-huit ans.
Je me rapproche d’elle à nouveau et pour seule réponse je prends possession de sa bouche. Je la
rattrape par la taille, car tout son corps tremble.
— Je suis là, je ne pars pas. Enfin, je vais devoir partir pour rentrer chez moi. Mais je veux que
tu comprennes que je ne partirai plus sans toi. Ça prendra peut-être du temps pour que tu me refasses
confiance, mais je compte bien finir ma vie avec toi.
Son souffle se coupe à mes paroles. Je continue sur ma lancée.
— Je n’ai jamais ressenti autant d’amour et de passion pour une femme. Tu es la seule ma Ju. La
seule et tu le resteras. Si je me suis éloigné, c’est simplement pour éviter de faire une bêtise.
— Une bêtise ?
— J’ai très très envie de toi, et je refuse que nous fassions quoi que ce soit tant que tu es en
couple. Et surtout tant que tu n’auras pas confiance en moi.
— J’ai cru que tu allais encore t’excuser.
— Oh non ! Si je pouvais, je recommencerais encore et encore. J’adore tes baisers. Je regrette
tellement de ne pas t’avoir avoué mes sentiments quand on en avait le temps.
— C’était sûrement mieux ainsi. Désormais tu as du temps à me consacrer.
— Ravie que tu le dises. J’aurais eu du temps pour toi, mais pas comme j’aurais aimé t’en
donner. Et tu mérites d’être traitée comme une princesse.
— Une princesse, et non une Reine ?
— Tu seras ma reine quand tu m’épouseras.
J’ai le temps de voir ses joues rosirent avant qu’elle ne baisse la tête. Je lui remonte le menton et
l’embrasse.
— Je pourrais passer ma vie à t’embrasser.
— Je pourrais passer ma vie à te laisser m’embrasser.
Je pousse un grognement de frustration et prends à nouveau sur moi pour m’éloigner d’elle.
— Ne baisse plus jamais la tête avec moi Justine. J’aime quand tu prends de petites couleurs.
— Arrête de me dire des bêtises alors.
— T’épouser ne sera jamais une bêtise, ce sera un honneur. Et je serai fier d’être celui que tu as
choisi.
Elle passe ses bras autour de mon cou et colle son corps contre le mien. Ses lèvres embrassent
les miennes. Je ne peux m’empêcher de lui répondre. C’est le paradis. Cette femme sera mienne. Je
m’en fais la promesse. Ses mains commencent à me caresser et je grogne tout en m’arrachant à
contrecœur de sa bouche.
— Tu es une femme dangereuse, tu le sais ?
— Tu trouves ?
— Je vais y aller. Et je ne m’enfuis pas d’accord ? dis-je en lui prenant son visage dans mes
mains.
— D’accord. Merci d’être venu. C’était fort agréable.
— Très agréable ! Bonne nuit ma belle.
— Rentre bien.
— À bientôt.
Elle mordille ses doigts et me répond un oui avec sa tête. Elle est magnifique avec ses lèvres
gonflées par nos baisers.
Elle referme la porte et je prends quelques secondes pour me réajuster. Je suis légèrement à
l’étroit dans mon pantalon. Bordel que c’était bon ! Je me sens vraiment mieux d’avoir pu enfin lui
parler de mes sentiments. Ça va être dur d’attendre notre prochaine rencontre.
Chapitre 5
Justine
Cela fait plus de trois heures que Mickael a franchi le pas de la porte en me faisant de
magnifiques promesses. Je ne peux dormir. Je tourne et vire dans mon lit. Je suis tellement excitée par
ce que nous avons vécu. Comment cet homme peut-il me déstabiliser de la sorte ? Je m’étais promis
de ne pas céder à l’envie de l’embrasser, mais cela m’a été impossible. Je suis attirée par lui comme
un aimant. Je suis ensorcelée et sa peau appelle la mienne avec une telle violence que résister est
extrêmement douloureux. Cependant, je remercie Mickael d’être parti, je n’aurai jamais eu la force
de lui dire de me quitter. Comment résister à cet adonis à la musculature parfaite ? Mon corps
s’emboîte si bien au sien. Je n’ai jamais connu une telle osmose. Je pensais avoir enjolivé mes
souvenirs, mais c’est loin d’être le cas. Le goût de ses baisers est exactement le même, enivrant et
addictif Et il y a cette étincelle qui crépite autour de nous quand nous sommes proches. Je m’endors
sans m’en rendre compte alors que mon esprit se remémore la sensation de mes mains découvrant son
dos et ses épaules à travers son tee-shirt.
Un bruit strident me réveille et il me faut quelques instants avant de me rendre compte qu’il s’agit
de l’interphone. Qui peut bien me déranger à 9 h… ? Cela doit bien faire un an que je ne me suis pas
réveillée si tard. Encore endormie, je réponds à mon visiteur. Quelques minutes plus tard, un livreur
se présente à ma porte et me remet un immense bouquet de roses rouges identique à celui qui orne
déjà la table basse du salon. Sans même regarder la carte, je sais qu’elle vient d’Arnaud. Un malaise
s’empare de moi après avoir remercié le jeune homme qui attend patiemment sur le palier.
« Je ne cesserai de le demander jour après jour, jusqu’à ce que tu dises oui. Épouse moi,
mon ange. »
Une violente nausée me secoue et je cours me réfugier dans la salle de bains pour libérer la bile
qui me brûle. Ma décision n’a pas changé concernant un avenir potentiel avec Arnaud. Nous ne
sommes pas faits pour être ensemble et je sais aujourd’hui que je ne l’aime pas. Se rend-il compte
qu’il ne me demande pas de l’épouser, mais qu’il me l’ordonne ? Enfin, quelle que soit la formulation
ma réponse restera la même : NON. Il devra s’y faire.
Mais malgré cette révélation, je me sens coupable. Hier soir, j’ai dépassé les limites avec
Mickael. Même si je n’aime pas Arnaud, je n’ai pas le droit de le trahir de la sorte et qui plus est,
dans notre appartement. J’ai honte de m’être laissée emporter de la sorte et quand je pense à ce qui
aurait pu arriver si Mickael n’avait pas fait preuve de sang-froid, j’en ai des frissons. J’avais envie
de ce baiser depuis tellement longtemps. Il a essayé de me tenir à distance pendant un moment avant
que je ne me jette à son cou.
Je ne sais plus où j’en suis et ne souhaite qu’une chose, retourner sous ma couette pour me cacher
et pleurer. Alors que je retrouve mon cocon, mon téléphone m’annonce un message de Mickael.
« J’ai passé la nuit à rêver de toi, de tes lèvres, de tes jambes… tu es la seule ».
Il ne m’en fallait pas plus pour fondre en larme. D’émotions et de culpabilité. Mon manque de
sommeil y est peut-être pour quelque chose, alors je me rendors en espérant trouver un peu de calme
dans les bras de Morphée.
Le soir, après une longue réflexion je réponds à Mickael de manière succincte. Il ne doit pas
comprendre ma froideur, mais je ne peux faire autrement.
« Je pense à toi aussi, mais je suis très occupée par mon boulot. Bisous. »
Je coupe mon téléphone et m’autorise une soirée girly entre films et orgie de sucreries.
Les quatre jours qui suivent sont basés sur le même schéma. Je reçois, dès mon réveil, un cadeau
de la part d’Arnaud (fleurs ou chocolats) et son habituelle carte. Mickael me contacte
quotidiennement et ses messages, écrits ou oraux, sont toujours remplis de tendresse. Je ne réponds
pas à mon compagnon et mes réponses pour celui qui fait battre mon cœur sont toujours modérées.
Une chose change aujourd’hui cependant, le contenu du SMS que je reçois est plus froid et me
bouscule.
« Cette fois-ci, c’est toi qui fuis et je ne comprends pas. Pourquoi ? Et vas-tu enfin répondre
à mes appels ? »
Nelly, qui est au courant de ce que je traverse, depuis quelques jours, désapprouve mes réactions.
D’après elle, je devrais contacter Arnaud et lui dire ce que je pense sans attendre son retour. Elle ne
comprend pas le malaise que j’éprouve par rapport à Mickael. Même si elle a bien saisi que ce
n’était pas en rapport avec lui, mais à mes réactions face à lui, que réside mon problème. On dirait
clairement que mon cerveau ne répond plus et que c’est mon corps qui prend le contrôle. Ma
meilleure amie estime que je devrais pour une fois lâcher prise et m’abandonner à lui.
— Allô Nell ?
— Juju la déprimée ?
— Ce n’est pas drôle, je te jure. Je me sens tellement coupable et tu sais ce que je pense des
personnes qui trompent leur partenaire ?
— Oui ma Ju, je sais, me répond-elle en soufflant. Quelles sont les nouvelles aujourd’hui ?
— Mickael s’énerve et ne comprend pas. Je ne veux pas le perdre, mais je ne peux rien entamer
avec lui tant que je n’ai pas mis un terme à mon histoire avec Arnaud.
— Explique-lui, il comprendra.
— Je sais, mais je ne me fais pas confiance. Si je le vois ou je lui parle, je céderai, je le sais.
— Grrnr… Cette histoire est complètement folle ! Je sais ce qu’il te faut. Réserve-moi ton week-
end et prépare-toi pour une sortie de folie.

*
Nelly
Je l’aime, ma Juju, je l’aime !
Je me le répète encore une fois depuis que j’ai raccroché. Je pensais que je l’avais enfin retrouvé
la semaine dernière, mais celle qui vient de s’écouler m’a ramené la Justine qui réfléchit trop et
n’écoute pas ses sentiments. Je pensais que le retour de Mickael, lui rendrait sa joie de vivre. Elle
s’est peu à peu éteinte depuis quinze ans. Je l’ai vu se construire une armure pour se protéger et
prendre des décisions, car elles étaient raisonnables. Comme son choix pour M. connard alias
Arnaud. Ce qu’ils sont mal assortis ! J’aimerais par moments, qu’elle voie à travers mes yeux ce
qu’est devenue sa vie. Elle prendrait peur. Je n’ai pas perdu espoir de retrouver mon binôme, car
quand nous sommes toutes les deux, elle laisse tomber ses barrières et je retrouve l’adolescente
fofolle et pétillante qu’elle était. Si une personne sur terre peut lui rendre cette part de sa
personnalité, c’est Mickael. C’est une évidence. Elle doit juste accepter et lui accorder sa confiance.
Un poids lourd se laisse tomber à côté de moi sur le canapé. Liam pousse un profond soupir.
— Vas-y, dis-moi tout « prince charmant ». C’est un repas en ma compagnie qui te rend si dépité
?
— Pas du tout, princesse. Pendant que je cuisinais, j’ai reçu un appel de Mickael. Et je ne sais
plus quoi faire ou dire. Il a été infernal cette semaine. Ta copine le rend fou.
— Ah toi aussi ? Ju a été pareille. Je ne la reconnais pas. On dirait des handicapés de l’amour. Ils
ont un sérieux problème de communication.
— Les grands esprits se rencontrent. C’est ce que j’ai dit à Mickael la semaine dernière. Nous
n’avons pas ce problème entre nous, me dit-il en faisant jouer ses sourcils.
— Du calme, Don Juan, c’est juste un repas ! lui réponds-je en rigolant. Mais si tu veux, on peut
s’associer pour permettre à nos amis d’enfin se retrouver et de nous offrir un peu de calme.
— Oh vais-je enfin, voir en action la tête pensante du trio infernal ?
— C’est ça ! Un plan du genre à les laisser coincer ensemble dans un espace dont ils ne
pourraient s’enfuir et enfin se parler. Comme créer une panne d’ascenseur et les laisser coincés
dedans quelques heures.
— Euh… Spielberg, tu n’aurais pas un plan plus réaliste ? Car provoquer une panne d’ascenseur,
n’est pas de notre ressort.
— Ahhh ! grogné-je de frustration. Tu n’as pas d’imagination.
— Princesse, me dit Liam en me caressant la joue, j’adore quand tu boudes. Mais réfléchi, deux
secondes, comment veux-tu que l’on fasse rentrer en même temps Mickael et Justine dans un
ascenseur alors que ta copine s’évertue à le fuir ? Et m’aurais-tu caché des talents en électronique et
mécanique pour déclencher une panne ?
— Tu as raison, avoué-je. Laisse-moi quelques minutes de réflexion. Pendant ce temps, homme,
retourne aux fourneaux et prépare-nous quelque chose de bon.
— Oui, femme, j’y vais de ce pas ! déclare-t-il en me faisant une révérence. Quel sacrilège quand
on y pense avec la cuisine que tu as, que tu ne t’en serves jamais ! Après avoir goûté ce que je te
prépare, tu ne vas plus vouloir que je passe le pas de ta porte et tu vas me garder pour toujours,
annonce-t-il en souriant alors qu’il franchit le salon.
Je ne lui avouerai pas, mais j’admets que c’est agréable de le voir évoluer chez moi. D’autres
hommes y ont déjà passé quelques heures, mais aucun n’avait ce naturel. Et puis, c’est une bombe ce
mec. Je crois qu’il a le plus beau cul que je n’ai jamais vu.
Bon revenons, à nos moutons… ou du moins à nos grognons de l’amour, pensé-je pour éviter
d’imaginer le spécimen qui occupe ma cuisine.
Après quinze minutes de réflexions, de recherches internet, je ne trouve pas de solutions qui
soient réalisables avec nos petits moyens. Mais je pense que mes idées pourraient intéresser le
cinéma. Je prends le magazine pour lequel nous travaillons et que j’ai reçu ce matin. Un article
éveille ma curiosité et je sais ce que nous allons faire. Liam et moi ferons même partie de ce rendez-
vous. Je me dirige vers la cuisine, ouvre la porte.
— Beau gosse, j’ai notre solution !!! J’agite le magazine sous ses yeux. J’espère que tu sais nager.
La vision que j’ai de Liam avec un tablier autour de la taille, une cuillère en bois dans la main et
une goutte de sauce tomate sur le menton, restera sûrement l’une des images qui hantera mon cerveau
pendant longtemps.
Je m’avance vers lui et récupère la sauce du bout de mon doigt avant de la goûter. Impossible
pour moi de résister à la tentation de cet homme.
— Délicieux ! dis-je en me passant la langue sur les lèvres.
— C’est le geste le plus sexy que j’ai pu voir, m’annonce-t- il d’une voix grave et chaude.
— N’est-ce pas ? Mais bon, nous avons des détails beaucoup plus importants à régler.
— Tu vas me rendre fou, Clochette !
Je passe la demi-heure suivante à lui raconter ce que nous allons faire demain. Il valide mon idée
et prévient Mickael de réserver sa journée. Si avec ça, nos handicapés de l’amour ne se jettent pas
dessus, je me coupe les ailes !
Chapitre 6
Mickael
Je dois dire que le message de Liam m’a fait plaisir hier soir. Ça fait plus d’une semaine que
Justine m’évite comme la peste. Elle refuse toute discussion, elle devient de nouveau distante et
froide dans ses réponses. J’ai arrêté de la contacter, voulant lui laisser un peu d’air sauf que là elle a
carrément pris en otage tout mon oxygène. Vendredi prochain, nous avons une soirée spéciale pour
l’ouverture de notre nouveau magasin à Bordeaux et j’aurai souhaité qu’elle m’accompagne. Qu’elle
soit là en tant que mon… amie ? Vu que le rôle de petite amie n’est pas disponible. Mais au moins,
elle aurait été présente près de moi. Là, je n’ai plus rien. Le néant à nouveau. Un pas en avant pour
dix en arrière. Alors oui, une journée sur les eaux avec mon ami est plus que la bienvenue.
Nous sommes en direction des Landes, ça fait plusieurs fois que je lui demande notre destination,
mais il se joue de moi donc j’ai laissé tomber depuis quelques kilomètres. Je sais juste que nous
arrivons d’ici vingt minutes d’après le GPS.
Quand nous arrivons près du site, j’ai un sourire jusqu’aux oreilles. Il est à peine neuf heures du
matin et nous allons faire du canoë sur l’Eyre. À New York, je ne sors pas beaucoup à part pour des
soirées professionnelles. Mes seules distractions pour fuir la folie de la grande pomme sont les
sports extrêmes que nous pratiquons depuis des années. Notre préféré est le saut en parachute nous
pourrions devenir moniteur tellement nous avons d’heures et de pratique à notre actif Je sors de la
voiture, nous avançons près du cabanon pour régler et prendre le baril pour y mettre nos affaires.
Puis je repère Clochette en train de discuter avec la gérante. Je me tourne aussitôt et cherche Justine
du regard. Elle n’est pas là. Évidemment, voyons elle a dû savoir que j’allais venir et elle a refusé !
— Où vas-tu ? me demande Liam.
— Je vais poser mon téléphone dans la voiture.
— Bonne idée, tiens prends le mien, s’il te plaît. Pas fâché ?
Je sais qu’il parle du fait que les filles soient présentes. Je hausse les épaules et lui souris, ça lui
suffit pour qu’il me lâche et pars voir Nelly.
Je me cogne contre quelque chose, j’entends un petit cri qui reste coincé dans la gorge de Justine.
C’est elle, elle est là. Dans mes bras. Son visage près du mien qui a pris une teinte rosée.
— Salut, me dit-elle en remettant une de ses mèches en place.
— Bonjour Casper.
— Je mérite ce surnom, mais…
Je lui coupe la parole en l’embrassant sur la joue et pose un doigt sur ses lèvres que j’ai vraiment
envie d’embrasser.
— Tu vas où ? demande-t-elle soucieuse.
— Je te manque déjà ma belle ? La taquiné-je comme je peux et pars déposer nos portables en
sécurité.
Quand je reviens, ils sont tous devant une fourgonnette à laquelle les canoës sont accrochés sur
une remorque. Nous arrivons tous à monter ensemble, mais nous sommes serrés. Liam a bien sûr
choisi sa place près de Nelly, donc Justine n’a pas eu d’autres choix que de se mettre près de moi.
Nos jambes se touchent ainsi que nos bras. Étant un homme, et ayant des idées plus folles les unes
que les autres avec cette femme que j’aime depuis trop longtemps, je fais appel à tout mon self
contrôle pour éviter que mon érection prenne plus d’ampleur. Il ne manquerait plus qu’elle le
remarque, je ne pense pas que cela joue en ma faveur. Je serre les dents au point de m’en faire mal à
la mâchoire quand le conducteur prend les virages serrés. Nous sommes à l’arrière du camion et ne
sommes pas vraiment à des places assises de tout confort. D’où notre grande proximité avec Justine.
Je la regarde discrètement et elle arbore un énorme sourire.
— Tu vas finir par te casser une dent à force de serrer si fort ta mâchoire.
— Je prends le risque, répliqué-je en lui souriant.
— Ne fais pas ça s’il te plaît !
— De ? demandé-je intrigué.
— Ne me souris pas comme ça. Tu n’as pas le droit. Tu es trop craquant quand tu fais ça. Et c’est
assez dur de ne pas te sauter dessus comme une furie.
— Tu peux toujours essayer ma belle, mais je te dirai non.
— Tu es passé à autre chose, je te comprends… répond-elle avec une tristesse à briser un cœur
de pierre.
— Quoi ? Non petite idiote, loin de là, mais ce n’est pas le moment d’en discuter. Je ne suis
sûrement pas passé à autre chose loin de là !
Je pose ma main sur son genou pour lui montrer que tout va bien, que je n’ai certainement pas
l’idée de l’abandonner. Comment ça se fait qu’elle ait si peu confiance en elle et aux proches qui
disent tenir à elle ? Je vais pour retirer ma main quand elle pose la sienne par-dessus la mienne.
Nous restons ainsi sans dire un mot jusqu’à notre arrivée.
Nous aidons le moniteur à débarquer les canoës tandis que les filles discutent entre elles, mais je
n’entends rien d’où je suis. Je vois juste Nelly faire de grands gestes et taper dans ses mains comme
quand elle avait dix-huit ans. Elle m’a vraiment manqué elle aussi.
Les filles ont droit à de rapides explications puis vient le moment de naviguer sur L’Eyre. Le
temps est un peu gris à cette heure-ci, mais apparemment le soleil se lèvera d’ici une heure. Ça va
être magnifique.
— Vous faites deux équipes, les filles dans un canoë et les mecs dans un autre ? demande
l’instructeur.
— Certainement pas ! Je prends Clochette avec moi. Je passe trop de temps avec le grand dadais.
— Tu as bien raison, dis-je en rigolant. Vous êtes vraiment des petits malins, j’ai compris votre
petit jeu.
— Alors, profitez-en ! Allez on se retrouve sur l’eau, viens princesse.
Il aide Nelly à embarquer, elle se place devant pour qu’il puisse manœuvrer plus facilement la
barque.
— Je ne sais pas si je vais pouvoir y arriver, murmure Justine. Je n’ai jamais fait quelque chose
de ce genre-là. Je ne suis pas vraiment rassurée. Je pense que tu devrais y aller tout seul.
— Tu n’iras nulle part sans moi, cette fois. Tu es coincée avec moi pour quelques heures. Alors,
fais-moi confiance Ju. Tout va bien se passer, d’accord ?
J’ai pris son visage entre mes mains pour la rassurer. Son regard se fait moins craintif. Elle hoche
la tête et enfile son gilet de sauvetage.
— Je ne t’imaginais pas à l’aise dans un canoë, me dit-elle alors que je l’aide à prendre place à
l’avant.
— Il y a tellement de choses que tu ignores sur moi ma belle.
— Quinze ans, ça laisse pas mal de temps pour changer.
— Ça laisse surtout du temps pour mûrir et rattraper les erreurs commises quand nous étions
jeunes ! Tu es prête pour une petite aventure ?
— Prête, mais je n’y connais rien, explique-moi, je n’écoutais pas l’instructeur.
— Étonnant ! Alors écoute-moi, toi tu pagaies toujours un coup à droite et un coup à gauche. Tu
rentres bien ta pagaie dans l’eau. Moi je m’occupe de faire le gouvernail, c’est moi qui donne la
force et la direction. D’accord ?
— Compris. Alors, allons-y.
Nous commençons timidement le temps de prendre nos marques, Nelly et Liam ne sont pas très
loin devant nous. Nous allons les rattraper facilement. Justine a pris le pli immédiatement. Elle a l’air
de se détendre enfin. Alors que Clochette tente de manœuvrer aussi le canoë. Elle a toujours eu du
mal à laisser un homme prendre les commandes. Il va falloir qu’elle aussi fasse confiance à Liam !
— Euh… Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
— Qu’est-ce qui se passe ? demandé-je.
— Il y a une énorme branche qui passe au-dessus du cours d’eau. Et il y a beaucoup de racines
sous l’eau. Ça fait flipper, bordel !
— Tout va bien se passer. Quand tu vois une racine, ne panique pas, tu donnes un petit coup de
force quand tu entres la pagaie dans l’eau et on passera dessus sans souci. Et pour la grosse branche
qui nous arrive droit dessus, je te propose de te baisser en arrière. ALLONGE-TOI !
Je crie un peu plus fort, car c’était moins une. Elle éclate soudain d’un rire franc et magnifique. Il
est très communicatif.
— C’était parfait Justine. Allez, on reprend le rythme, Liam et Nelly vont nous rattraper.
— J’adore ! Je me sens libre sur ce fleuve, c’est si paisible, si beau. Regarde, une libellule !
— Tu verras, normalement, nous allons voir des oiseaux et d’autres animaux vivants près de
l’eau.
— Rassure-moi il n’y a pas de crocodiles dans le coin ? Ou d’anaconda ? demande-t-elle
inquiète.
— Non, ma belle dis-je en riant. Rien de tout ça ! Tu te débrouilles vraiment très bien. Je suis
impressionné.
Nous naviguons dans un silence agréable, je lui laisse le temps de s’habituer avant de lui poser
mes questions. Nelly et Liam ne sont pas loin de nous. Je sens que ces deux-là n’ont pas fini de me
surprendre. S’il y a bien un homme qui ne fera jamais de mal à Clochette, c’est bien Liam.
— Ça va derrière ? me demande Justine.
— Parfait, j’ai une très belle vue et toi ? dis-je en regardant la chute de ses reins que le gilet de
sauvetage ne cache pas.
— C’est vraiment sublime cet endroit. Tu connais ça d’où ? C’est une super idée en tout cas.
— Heureux de te l’entendre dire, mais je n’y suis pour rien ! Ce sont nos deux amis qui ont
organisé cette sortie. Je pense qu’ils ont dû en avoir marre de mon humeur.
— Pareil de mon côté la semaine qui vient de passer a été difficile.
— Pourquoi ?
Elle arrête de pagayer le temps de trouver sûrement une échappatoire pour me répondre. Et c’est
là que je remercie Liam et Nelly pour leur idée.
— Ne cherche pas à t’enfuir, tu ne peux aller nulle part Justine. Tu es coincée avec moi sur ce
canoë alors tu n’as pas d’autres choix que de répondre à ma simple question. Je deviens fou à force
d’entendre ton silence. Te voir me fuir c’est… tu es en train de me rendre dingue. Je suis comme un
putain de zombie depuis une semaine. Je suis censé être le patron idéal et en ce moment je ne fais que
de la merde parce que je me demande ce que j’ai bien pu faire pour que tu agisses ainsi.
— Stop ! Arrête, arrête s’il te plaît.
— Explique-moi, c’est tout ce que je te demande.
— Le problème ne vient pas de toi Mickael, mais bien de moi. Et non, ce n’est pas une phrase
bateau. Je ne regrette pas le baiser ni ce que j’ai ressenti. Mais je suis en couple et je n’ai pas à agir
ainsi, quelles que soient les tensions qui existent dans ma relation. J’ai en horreur les personnes qui
trompent leur conjoint et je suis devenue ce que je déteste. Je n’arrive pas à me sortir ces images de
nous de ma tête. Je n’arrive même plus à regarder mon entrée sans repenser à notre baiser. Tu as tout
chamboulé et je ne sais pas où j’en suis. Depuis ton retour, je ne suis plus la même. C’est déroutant.
— Je vois ce que tu veux dire, mais je n’arrive pas à regretter ce que nous avons fait. Pour rien
au monde je m’excuserai. Mais je comprends que tu sois un peu perdue. J’ai attendu quinze années, je
suis persuadé que toi et moi c’est une évidence. J’ai été juste trop con pour privilégier mon travail
avant toi. Crois-moi quand je te dis que je te donnerai le temps dont tu as besoin pour que tu
apprennes à me faire confiance. Je peux t’attendre Justine.
Je m’avance tant bien que mal sur le canoë pour lui toucher le cou. Sa tête se pose sur ma main.
Oui, toi et moi, ce n’est qu’un commencement. Et je me battrai pour toi.
— Mais Mickael je ne sais plus du tout où j’en suis. Je déteste les conflits, les histoires et rien
n’est simple avec Arnaud.
— Si tu as besoin de quoi que ce soit, ma porte te sera toujours ouverte. Je suis ton ami avant
tout. De toute manière, il ne se passera plus rien entre nous tant que tu ne me fais pas confiance pour
t’aimer.
— Plus rien ? dit-elle comme une plainte.
— Nothing Darling. Arrête de bouder, et recommence à pagayer.
— Oui m’sieur.
Notre balade sur le fleuve se poursuit, nous évitons chaque racine comme des pros. Pour une
première fois, Justine est surprenante. Elle est marrante, à chaque petit obstacle elle pousse un petit
cri de peur et de joie. Elle arrête aussitôt de pagayer. Elle tient bon, elle a une bonne forme physique,
ça fait plaisir de voir qu’au fond elle est toujours celle que j’ai connue. C’est juste qu’elle a oublié
comment c’était de s’amuser et de profiter des petits moments. Elle s’est comme éteinte.
— Hey, ça va faire une heure et je commence à avoir un petit creux ça vous tente une pause pour
manger ? nous crie Nelly.
— Pas de souci, je commence à avoir mal aux bras, gémit Justine.
Nous nous posons sur une petite plage prévue à cet effet et équipée d’une aire de pique-nique et
d’un snack. Les filles s’installent sur une des tables quand je me retourne je vois Justine retirer son
gilet de sauvetage ainsi que son pull. La voici en débardeur, Nelly aussi, mais ça ne me fait vraiment
pas le même effet !
— Tout va bien ? demande Liam avec un air malicieux dans le regard.
— Souris autant que tu veux, mais grâce à votre idée je sais enfin pourquoi elle m’évitait. Je vais
la laisser respirer tout en lui faisant comprendre que je suis présent pour elle.
— Qu’elle apprenne à te faire confiance, si je comprends bien.
— C’est ça ! dis-je en payant le serveur.
— Alors, arrête de baver quand tu la regardes.
— Je vais déjà leur apporter ces deux barquettes de frites, je te laisse te débrouiller avec le reste
!
Les filles sont dos à moi, elles sont en pleine conversation quand j’arrive à leur hauteur. Nelly a
l’air en colère alors je ralentis le pas avant de les déranger. Je me retourne pour retrouver Liam.
Mieux vaut être deux hommes quand ces deux-là sont en mode furieuse. Et soudain, j’entends :
— Non, je n’ai pas encore donné ma réponse pour la demande en mariage ! peste Justine.
De quelle demande parle-t-elle ?
— Tu attends quoi ? D’être au pied du mur ? Sérieusement parfois je me demande où est passée
ma meilleure amie qui ne se laissait jamais faire. Il t’a complètement détruit ce mec et toi tu réfléchis
à la demande d’Arnaud ?
QUOI ? C’est une blague ? Cet enfoiré lui a fait sa demande et elle réfléchit !
Je pose les barquettes sur la table et repars. J’entends Nelly dire une grossièreté du fait que je les
ai surprises dans leur conversation.
— Où vas-tu ? demande Liam en arrivant avec le repas.
— Marcher un peu. J’ai besoin de prendre l’air.
— J’ai loupé quelque chose ?
J’entends Liam poser la question aux filles, mais je marche déjà vers la colline.
— Mickael, attends, s’il te plaît attends.
La voix de Justine me parvient, mais je suis tellement déçu. Pourquoi me dire des conneries si
elle va tout simplement épouser l’autre abruti ?
— Laisse-moi tranquille Justine, ce n’est vraiment pas le moment.
— Micky arrête-toi ! crie-t-elle pour m’arrêter et ça fonctionne.
— Utiliser le surnom que mon père me donnait tu n’as trouvé que ça ? Vraiment ?
Je lui fais face et croise les bras, elle a du mal à rester en place.
— Qu’est-ce que tu as entendu au juste ? Parfois on pense comprendre certaines choses et au
final…
Je la coupe pour terminer cette comédie rapidement.
— Il t’a demandé de l’épouser et tu n’as toujours pas donné ta réponse.
— Ah oui, donc tu as tout entendu !
— Déçue ? Tu t’es bien foutu de ma gueule Justine. Comment as-tu pu me dire toutes ces choses ?
Que tu étais perdue ? Alors qu’au fond tu essaies juste de trouver une excuse alors que tu vas épouser
ce connard de première.
Elle me fait taire en prenant mon visage dans ses mains. Elle sait comment me calmer, ça aussi ça
a le don de m’énerver.
— Tu es tellement entier Mickael. Tu reviens ici après quinze longues années et tu t’attends à
quoi au juste ? Tu pensais que je t’avais attendue ? Tu m’as brisé, je t’en ai tellement voulu, mais
tellement !
— Je suis désolé, si tu savais…
— Laisse-moi finir, s’il te plaît. Arnaud est arrivé et j’ai trouvé dans cette relation une sorte de
confort. Je te l’accorde, j’attendais de chaque baiser, de chaque caresse, ressentir tout ce que je peux
sentir quand tu me touches, quand je te regarde. Mais personne ne peut vivre avec des souvenirs.
Personne… je n’ai pas pu continuer à vivre en espérant que tu reviennes un jour. Et je n’ai
simplement pas pu donner ma réponse à Arnaud, car il me l’a demandé dans le plus grand des
clichés. Dans un restaurant plein de monde et qu’avant de dire quoi que ce soit il a dû partir me
laissant seule. Et ce n’est pas une chose que l’on dit au téléphone, tu ne crois pas ? Il a beau avoir des
défauts, je ne m’abaisserai pas à être minable quand je peux faire les choses correctement.
— Je peux donner mon avis sur cette demande ou pas ? dis-je en souriant. Ses mains sont toujours
autour de mon visage. Je les attrape et les embrasse.
— Je n’ai pas besoin de ton avis, je le connais déjà. Ça va mieux ?
— Ça ira mieux quand tu me feras confiance Justine, pas avant.
— Fais-moi également confiance, tu veux bien ?
— Si tu me promets d’essayer, je le ferai. C’est tout ce que je demande. Que nous rattrapons
toutes ces années !
— Et si, pour commencer nous allions finir notre repas et cette balade ? Petit à petit.
— L’oiseau fait son nid, j’ai l’impression d’entendre ta mère quand elle me disait ça pour mes
projets.
— Elle le dit toujours ! ricane-t-elle.
— C’est bon vous venez manger ? hurle Nelly assez fort.
— On arrive ! crie Justine pour se faire entendre.
Elle m’attrape la main et je la lui serre. Le repas se déroule entre rires et discussions autour du
canoë. Liam n’arrête pas de refuser que ce soit Nelly qui soit à l’arrière. Je ne l’ai jamais vu aussi à
l’aise avec une femme. Nous repartons et nous arrivons rapidement à une première descente. C’est un
jeu d’enfant pour des initiés comme mon ami et moi-même. Mais les filles sont toutes excitées.
Justine me fait promettre de ne pas nous faire chavirer. C’est un hurlement de joie qui me parvient aux
oreilles. Elle est heureuse et c’est grâce à moi ! Je parie que l’autre abruti ne lui a jamais offert un
moment pareil.
Pensons à autre chose.
Nous rendons les canoës vers quinze heures et reprenons nos voitures. Nous faisons route
commune pour aller nous balader à Arcachon. Ça fait tellement longtemps, j’y allais souvent avec
mes parents et Justine.

*
Quelques heures plus tard…
Nous avons finalement dîné tous les quatre à la crêperie où nous avions l’habitude d’aller. Soirée
pleine de souvenirs. Liam a fait le plein d’anecdotes qui vont sûrement ressortir quand je ne vais pas
m’y attendre. Mon Dieu, que ça a pu me manquer ces moments simples avec des amis et… Justine !
Elle a ri une bonne partie de la soirée. Son rire est tout simplement le son le plus beau que j’ai
entendu. Liam et Nelly repartent ensemble, ils m’ont sorti une excuse tellement grosse que je n’ai rien
compris. Je suis donc chargé de ramener Justine chez elle.
Alors que nous nous approchons de la sortie d’autoroute qui nous mènera chez elle, je constate
qu’elle s’est endormie depuis un moment. Elle est totalement épuisée. Et pour que Justine arrive à
dormir en voiture, c’est qu’elle aime ma façon de conduire. Depuis que son père a eu un accident de
voiture avec elle, il lui est très difficile de vaincre cette peur et de faire confiance. En fait, elle a
vraiment du mal à s’abandonner et j’ai tout gâché ! Elle dort si paisiblement que je refuse de la
réveiller. Cette nuit, elle dormira chez moi. Là où devrait être sa place depuis toujours.
Chapitre 7
Justine
Je me réveille et je me sens étrangement bien… Comme dans un cocon et cette odeur. Je respire à
plein poumons l’oreiller et je me rends compte qu’il porte le parfum de Mickael. J’ouvre les yeux et
je ne reconnais rien. Je ne connais pas cette chambre. Tandis que la mienne est d’un blanc immaculé,
celle-ci a des tons de lins et le mur derrière moi est d’un bleu pétrole magnifique. Le lit est également
beaucoup plus grand que le mien alors que j’ai un lit king size. Je lève les draps et découvre avec
soulagement que je porte toujours mes vêtements de la veille. Quelle honte de salir ses draps
sûrement de haute qualité avec mes fringues sales ! Seules mes chaussures et mes chaussettes ont été
retirées. Je me lève et découvre que je suis dans la chambre de mon ancien meilleur ami, amour de
jeunesse enfin bref, je suis dans sa chambre ! Un cri me fait sortir plus vite de cette pièce qui dégage
une sérénité dont j’avais besoin.
Je descends l’escalier et me dirige vers la cuisine. Je découvre Mickael en train de se passer les
doigts sous l’eau. Il porte une chemise bleue qui fera sûrement ressortir ses beaux yeux. Son pantalon
met magnifiquement son fessier en valeur. Je m’attarde quelques secondes sur le rebondi de son
postérieur avant de me ressaisir.
Un peu de tenue Justine ! Il ne se passera rien, alors calme-toi ! Calme-toi…
Il se tourne vers moi et me sourit.
Une chaise, une chaise vite je v ais tomber, un charme pareil dev rait être interdit.
— Bonjour toi, bien dormie ?
— Tu as l’air de bonne humeur pour un lundi matin !
— J’ai une réunion dans une heure et demie, je vais être en retard. Alors bien dormie ?
— Oui, oui très bien. Comment suis-je arrivée dans ton lit d’ailleurs ? demandé-je en
m’approchant de lui pour l’aider à nouer sa cravate.
— Je te remercie, je mets toujours un temps fou avec ces foutus nœuds.
— C’est la première fois que tu en mets une depuis que l’on se revoit. Même au gala, tu n’en
avais pas.
— Exact. Tu es une bonne observatrice. Je rencontre les nouveaux directeurs pour les futurs
magasins de Paris et Marseille. Je dois montrer l’exemple.
— Je vois, ricané-je. Arrête de bouger. Alors comment suis-je arrivée dans ton lit ?
— Ne me gronde pas, ne te mets pas en colère. En revenant du restaurant hier soir, tu t’es
assoupie dans la voiture et je n’ai pas eu la force de te ramener chez toi. Alors, je t’ai porté et je t’ai
mise dans mon lit. Et j’ai dormi dans la chambre d’ami. Et tu es là avec moi ce matin.
— Je suis là, murmuré-je.
Nos visages sont près l’un de l’autre. Je termine le nœud et lui serre sa cravate. Sa main se pose
sur mon visage et il m’observe comme pour retenir chaque trait de mon visage. J’ai le cœur qui
palpite si fort que je suis tentée de vérifier qu’il n’est pas sorti de mon corps.
— Heureusement que toutes les femmes ne sont pas aussi belles que toi au naturel. Je ferai faillite
sinon ! Tu es vraiment jolie Justine.
Oh bah mince, je ne m’y attendais pas du tout. Je sens mes joues rosir. On ne m’a jamais fait un
tel compliment. Et venant de lui, j’ai envie de le croire.
— Tu n’as pas à rougir, je suis sincère.
Ses lèvres se posent sur mon front et je ressens déjà le froid qu’il laisse en partant.
— Je me suis permis de recharger ton téléphone qui est dans le salon. Il a sonné deux fois depuis
que je suis debout. Je dois y aller, fait comme chez toi, je t’ai préparé du café et des tartines qui
m’ont coûté un doigt brûlé alors, j’espère que tu les mangeras. Passe une bonne journée.
Je n’ai pas le temps de lui dire quoi que ce soit qu’il est déjà à la porte. Je me pose sur la chaise
de cuisine pour poser mes pensées quand la porte s’ouvre à nouveau, ce qui me fait lever d’un bond.
Il pose sa mallette d’homme d’affaires et arrive d’un pas déterminé vers moi.
— J’ai oublié ceci.
Il replace ses mains sur mon visage et pose sa bouche sur mon front, sur mes joues, à la
commissure de mes lèvres. Mon souffle se coupe à chaque baiser qu’il m’offre.
— Tu as un double des clés sur la console près de l’entrée. Sers-t ’en autant que tu le souhaites.
— Je risque de te prendre au mot !
— J’y compte bien ! Passe une bonne journée. On se voit bientôt ?
— D’accord. Avec plaisir. Et merci d’avoir pris soin de moi.
— Toujours.
Son dernier mot résonne en moi. Une envie, une promesse, une vérité. Ce réveil, même s’il est
étonnant, a quelque chose de naturel. Je me suis sentie si proche de Mickael, si intime. Est-ce que se
réveiller à ses côtés sera pareil tous les jours ? Je regarde le petit-déjeuner qu’il m’a préparé et je
remarque les petites attentions à mon égard. Il a sorti uniquement la confiture de fraise, ma préférée,
au fond de la tasse il a disposé un sucre et demi. Il se souvient de petits détails qui me prouvent que
je compte pour lui. Alors que j’essaie de me remémorer tous ces petits signes depuis son retour, mon
téléphone m’annonce l’arrivée d’un message. Je le récupère et remarque deux correspondants
différents. Un message d’Arnaud me signalant qu’il rentre demain matin. Et les deux autres d’un
numéro inconnu.
« Bonjour Justine, c’est Magalie. Il faudrait que je te parle le plus tôt possible. Rappelle-moi
s’il te plaît. »
Comment Magalie a eu mon numéro ? Ce qui est certain, c’est que je ne vais pas la contacter. Elle
doit sûrement vouloir son interview d’Arnaud et c’est bien le dernier sujet de conversation que je
souhaite aborder.
« Justine, j’insiste. Je dois te parler de toute urgence. Accorde-moi quelques minutes, je
t’en prie. »
Oula, Magalie qui supplie, c’est du jamais vu. Après la semaine peu productive que j’ai eue au
boulot, impossible d’accorder du temps à une ancienne camarade de classe en quête d’un scoop.
« Bonjour Magalie. Désolée, mais je n’ai pas de temps en ce moment. Tu sais ce que c’est
que de travailler dans un journal. Bonne journée »
J’ai à peine le temps de boire une gorgée du café préparé par Mickael que Magalie me répond.
« Je te jure sur ce que j’ai de plus cher qu’il est primordial que je te parle au plus vite.
Même si ce n’est que cinq minutes. »
Là, elle m’inquiète. Bon, cinq minutes de mon temps et avoir la paix après. Le choix est vite fait.
« OK, rendez-vous au Starbucks Ste Catherine dans deux heures »
« J’y serai. Merci. »
Je commande un taxi, fais la vaisselle et range la chambre avant que celui-ci me ramène chez moi.
Une douche et de nouveaux vêtements et me voilà de retour au volant de ma voiture pour voir ce que
Madame Ragot a me raconter de si important.
Alors que je me gare et emprunte la rue me menant au Starbucks, j’entends la voix de Mickael et
le vois accourir vers moi.
— Que fais-tu là ma belle ?
— J’ai un rendez-vous avec Magalie. C’est elle qui me contactait ce matin et a insisté pour me
parler de toute urgence.
— Courage, grimace-t-il. Je viens de faire visiter la boutique aux nouveaux personnels. Je file en
réunion avec eux, mais si tu as besoin que je vienne te sauver, appelle-moi.
— Je devrais m’en sortir, dis-je en riant. Tu peux remiser ton armure de chevalier blanc. Allez,
j’y vais avant d’être en retard.
Je m’approche de lui et dépose un baiser sur sa joue. Il m’enlace brièvement et m’embrasse dans
le cou en me murmurant :
— J’adore ton odeur.
Nous nous reculons, et l’étincelle de désir que je lis dans ses yeux me foudroie. Nous nous
sourions et nous séparons pour retrouver le cours de notre journée.
J’arrive avec cinq minutes de retard et aperçois Magalie déjà attablée. Je lui fais signe que je
passe commande et la rejoins.
— Bonjour Justine et merci d’avoir accepté cette entrevue.
— Salut. Je n’ai pas eu tellement choix vu la manière dont tu as insisté.
Je remarque qu’elle est nerveuse et qu’elle crispe ses doigts sur un dossier posé sur la table.
— Si je t’ai demandé de venir, c’est que je dois te parler d’un sujet important et que cela ne
pouvait attendre.
— Je t’écoute, dis-je sur la défensive.
— Je vois bien que tu ne me fais pas confiance et je comprends ta réaction. On ne peut pas dire
que ma réputation joue en ma faveur. Mais je t’assure que ce que je vais t’annoncer est vrai et que ce
que je m’apprête à te révéler va me coûter cher. En t’en parlant, je me mets dans une situation
délicate par rapport au journal pour lequel je travaille. Mais je ne pouvais rester sans agir. Il fallait
que je te voie et que je te prévienne.
Je ne comprends rien à ce qu’elle me raconte, mais le trouble qui l’habite me semble réel. Je ne
doute pas de la sincérité dont elle fait preuve face à moi.
— Parle Magalie. Tu me rends nerveuse.
— Je t’assure que j’aurai préféré te retrouver dans d’autres circonstances.
— Magalie ! dis-je en haussant la voix.
— Très bien, souffle-t-elle. Samedi soir, j’ai été invitée en tant que blogueuse pour une soirée de
présentation concernant la fusion des sociétés Neuville et Fisher. J’y ai donc fait la connaissance
d’Arnaud, sa mère et Élisabeth.
Elle s’arrête quelques secondes et jauge mes réactions. Encore un mensonge de la part d’Arnaud.
Sa mère soi-disant malade, son voyage d’affaires. Je redoute de plus en plus ce que Magalie va
m’annoncer.
— Parfois, les images sont plus parlantes que le reste, me dit-elle en me tendant le dossier sur
lequel elle pianote d’anxiété depuis mon arrivée.
J’ouvre le document et je tombe des nues. Une représentation d’Arnaud et Élisabeth, bras dessus
bras dessous, échangeant des regards intimes. En second plan, le visage de ma belle-mère radieuse. Il
y a une complicité évidente entre eux, bien plus qu’avec un collègue de boulot. Je consulte les autres
photos et la vérité me saute aux yeux. Arnaud et Élisabeth entretiennent une relation. À savoir depuis
quand, et dire que la veille cet enfoiré, me demandait en mariage.
— Je suis tellement désolée d’être celle qui t’apporte ces mauvaises nouvelles, m’annonce
Magalie en déposant sa main sur la mienne.
En relevant la tête, je remarque qu’elle est soucieuse. Je n’ai plus Miss Ragot face à moi, mais
une femme remplie d’empathie et qui s’inquiète pour moi. Une tension nouvelle marque son visage
lorsqu’elle récupère dans son sac une enveloppe.
— La mère d’Arnaud, nous a remis de manière officielle ceci en fin de soirée. Je ne pouvais pas
garder ces informations pour moi. J’espère que tu ne m’en voudras pas de te les avoir montrées.
Je récupère l’enveloppe et l’ouvre. Et là, c’est le choc, j’ai le souffle coupé. Je tiens dans mes
mains un faire-part de mariage. Celui d’Arnaud et Élisabeth. Oui, de mon sois disant mon fiancé et de
cette garce ! Je reste figée sur cette annonce.
— Justine, dis quelque chose, s’il te plaît.
— Désolée, je ne m’attendais pas à ça, réponds-je, les yeux fixés sur l’invitation.
Magalie met une main sur cette dernière et me coupe dans ma contemplation.
— Merci Magalie de m’avoir avoué ceci. D’autant plus que tu n’étais pas obligé. Je ne t’en veux
pas, la rassuré-je. Je suis juste en état de choc.
— Garde le dossier, j’en ai une copie. Sache que l’article concernant la fusion industrielle et
amoureuse de ces pourritures va paraître dans une semaine. Je ne peux empêcher la publication,
malheureusement.
— Je sais ce que c’est. Je n’aurai jamais demandé cela de toute façon. Je crois qu’ils se sont bien
trouvés, au final.
— Ça va aller ? Tu veux que je reste avec toi ou que je contacte quelqu’un ?
— Non, je vais y aller. Ne t’inquiète pas pour moi. Je ne vais commettre aucune folie, juste faire
le ménage. Merci sincèrement.
— Si tu as soif de vengeance, je me ferai un plaisir de t’aider. Une Interview ou toute autre chose,
je serai là. N’hésite pas !
Sa dernière phrase a le mérite de me faire sourire. Cette réaction lui ressemble tellement. Et
même si l’offre est tentante, je ne vais pas donner à ce couple d’enfer une importance qu’il ne mérite
pas.
— Je n’oublierai pas.
Je me lève et l’embrasse la remerciant une nouvelle fois d’avoir fait la lumière sur la supercherie
qu’est ma vie. Je me dirige machinalement vers ma voiture.
C’est une fois seule, dans mon véhicule, que la torpeur s’éloigne laissant place à une colère
froide. Je n’ai jamais ressenti autant de mépris envers une personne. Il s’est vraiment joué de moi.
Comment a-t-il osé ? Pourquoi me mentir et surtout pourquoi cette demande en mariage la veille alors
qu’il fêtait officiellement ses fiançailles avec une autre le lendemain ? Je comprends mieux les
sourires de connivence entre Élisabeth et ma belle-mère. Elles savaient que j’étais le dindon de la
farce et elles s’amusaient de moi. Si je les avais devant moi à l’heure actuelle, je pense que je ferai
un strike d’un seul coup. Je tremble de rage. Heureusement que je comptais me séparer de lui sinon je
ne sais dans quel état on m’aurait retrouvée. Je ne suis pas triste, je suis déçue, blessée. Je me sens
trahie. Comment accorder sa confiance à une personne quand tu vois ce que certaines sont capables
de faire ? J’ai bien fait de me protéger ne serait-ce qu’un minimum. Moi, qui voulais attendre de voir
en personne Arnaud pour lui annoncer ma décision et rendre notre séparation la plus agréable
possible, je me sens bête. Sous une impulsion, j’attrape mon téléphone et compose son numéro.
— Allô mon ange ? Je suis heureux de pouvoir te parler et de te retrouver demain. Tu me
manques !
— Je te manque ?
— Évidemment mon ange.
— Et je te manquais aussi samedi soir pendant que tu officialisais tes fiançailles avec Élisabeth ?
Pendant que ta chère mère distribuait des faire-part de mariage à toute la presse ? Je te manquais
pendant que tu prenais dans tes bras une autre femme et que tu l’embrassais ? Éclaire-moi, s’il te
plaît, à quel point je te manquais ?
Étonnamment, ma voix est calme et posée. On pourrait croire que je maîtrise ma colère, mais ce
n’est qu’apparence. Je suis sur le point de craquer.
— Mon ange, laisse-moi t’expliquer. Ce n’est pas ce que tu crois…
— Pour commencer Arnaud, je t’interdis de m’appeler encore de cette manière. Tu en as perdu le
droit depuis que tu me mens et m’utilises. Et franchement, tu n’as rien de mieux que cette phrase
bateau à me sortir ? Ce n’est pas digne du grand manipulateur que tu es.
— Justine ! gronde-t-il. Laisse-moi m’expliquer.
— Non, pour une fois, c’est toi qui vas m’écouter. Quand tu rentreras demain, je serai partie. Je
vais m’occuper dès cet après-midi de contacter le propriétaire de l’appartement pour lui signifier
mon départ. J’aurai dû m’écouter et te donner ma décision lors de cette mascarade au restaurant. Tu
ne mérites pas ce que je subis depuis dix jours.
— Ne pars pas, attends-moi et parlons ensemble. N’agis pas de manière inconsidérée. Je suis sûr
qu’une fois que tu auras entendu mes arguments, tu comprendras la situation.
— Je comprendrai ? Mais tu t’entends ? Tu m’as demandé de t’épouser alors que tu étais déjà
fiancé à une autre et que ta mère publiait les bans ! Tu m’as présentée et humiliée devant cette femme.
Vous avez bien du rire de moi ! Et juste pour que je sache, pourquoi avoir joué le jeu de la demande
en mariage avec moi ?
— Ne pouvons-nous pas parler de ça en face à face ?
— Non.
— Très bien, souffle-t-il. Ce que tu peux être têtue ! Je t’ai demandé en mariage, car c’est ce que
je veux vraiment. Je veux partager ma vie avec toi. Cependant, ma mère et mon entreprise attendent
de moi autre chose. Le mariage avec Élisabeth n’est rien d’autre qu’une fusion, comme je te l’ai déjà
dit. Mais tu ne m’as pas écouté et ne me fais pas confiance. Je serai officiellement marié avec
Élisabeth, mais elle sait très bien que je ferai ma vie avec toi et pas une autre. Ce mariage est pour la
représentation publique. Les investisseurs seront séduits par une fusion qui débouche sur une histoire
d’amour. À leurs yeux, la société familiale qu’ils ont connue restera toujours la même. Alors que
notre histoire, à nous, est privée. J’ai donc trouvé une solution. J’ai acheté deux maisons mitoyennes
qui peuvent être reliées par une ouverture. Je rentrerai officiellement dans la maison où vit mon
épouse et te rejoindrai par une porte dérobée pour notre vie commune. Je retrouverai la maison
principale le matin avant d’aller travailler. Ces précautions sont nécessaires pour des personnages
publics comme nous. Je suis certain que tu peux comprendre.
— Si je résume, tu me demandes d’être la femme de l’ombre, celle que l’on cache ? D’accepter
de ne pas avoir de vraie vie ? Et te voir te parader au bras d’une autre ? Mais tu es complètement fou
! Et si l’autre accepte cette situation, elle est aussi folle que toi. Vous vous êtes bien trouvés !
— Elle m’aime et veut tout faire pour me rendre heureux, même si elle doit accepter quelques
sacrifices.
— Ce n’est pas une preuve d’amour, mais de la folie ! Reste avec elle et soyez heureux. Je ne
veux plus entendre parler de toi, d’elle ou de quoi que ce soit qui vous concerne. Allez consulter et
faites-vous soigner. Adieu.
Je raccroche avant même d’entendre sa réponse. Je ne veux croire ce qu’il vient de me révéler.
Cette histoire est insensée, digne des meilleurs scénarios de Hollywood. Et je n’ai rien vu venir, j’ai
vraiment été naïve sur ce coup. Je n’ai qu’une envie, effacer toute présence d’Arnaud de ma vie. Je
dois agir sinon je vais m’effondrer. Je dois récupérer mes affaires et j’ai quelques heures de libre
devant moi avant son retour pour rassembler ce qui m’est vital. Mais avant toute chose, je dois me
rendre au journal pour ma réunion hebdomadaire avec mon chef. Je ne peux pas me permettre de ne
pas y aller vu le peu de rendement de ma semaine passée.
Il est 16 heures quand je sors du journal. Nelly n’était pas présente, je l’appellerai pour lui
demander de m’héberger une fois que je serai de retour à l’appartement et que ma valise sera prête.
Si je lui parle avant, je serai incapable de faire quoi que ce soit après. Je me connais, tant que c’est
la colère qui me porte, je suis remplie d’énergie. Mais dès que je vais réaliser, je serai une loque.
Pendant, le trajet je liste mentalement ce dont j’aurai besoin dans les jours à venir afin de rester le
moins de temps possible dans ce logement.
Je parle avec Nelly alors que je finis de remplir ma deuxième valise. Je lui ai tout raconté,
Magalie, Arnaud et ma décision. Elle est sans voix, ce qui ne lui ressemble pas. Elle pressentait
quelque chose de louche chez Arnaud, mais ne l’imaginait pas aussi dérangé. Elle accepte de
m’héberger le temps dont j’ai besoin et me promet une soirée entre nous dès son retour en ville. Elle
fait visiter à Liam la région et est à une heure de route de Bordeaux. Grâce à la fonction haut-parleur,
je continue de parler avec mon amie tout en étant libre de mes mouvements pour poursuivre mes
bagages, quand j’entends du bruit dans l’entrée. Je laisse le téléphone sur la commode et passe
l’embrasure de la porte de ma chambre. Après seulement quelques pas, je reste médusée en voyant
devant moi Arnaud. Il n’a pas l’air heureux de me voir. C’est réciproque.
— Que fais-tu ?
— Je pars.
— Je t’ai dit de m’attendre et que nous parlerons de visu !
Il ne cache plus sa colère et son visage se déforme.
— Et moi, je t’ai dit que je n’avais plus rien à te dire. Adieu me semblait assez clair comme
terme.
Je me dirige dans la salle de bains et récupère mes produits de beauté, mes bijoux et les place
dans mon vanity. J’entends du bruit en provenance du salon et ce que je découvre est hallucinant.
Arnaud est en train de tout détruire. Quand il m’aperçoit, il se fige et son regard s’enflamme.
— Tu vas enfin m’obéir et t’asseoir gentiment pour que nous puissions parler.
Je retourne dans la salle de bains et ferme la porte. Je m’empare du téléphone et désactive la
fonction mains libres pour qu’Arnaud n’entende pas la voix de ma meilleure amie. J’essaie de retenir
mes larmes et de faire taire ma peur quand j’entends le vacarme que fait Arnaud de l’autre côté. Mon
Dieu, il est fou.
— J’ai peur Nell. Je ne l’ai jamais vu comme ça. Je ne le reconnais pas.
— J’ai tout entendu ma puce. Liam est déjà en train d’appeler Mickael. Nous sommes trop loin
pour venir, mais reste avec moi au téléphone. Ne raccroche pas. Tu m’entends, Juju, je suis là !
— Non, je ne peux pas. Il va tout casser si je reste enfermée et ce sera pire. Je vais le rejoindre et
faire semblant de l’écouter.
— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, Justine. Mais si tu y vas, ne coupe pas la
conversation et garde le téléphone sur toi. J’enregistrerai tout.
Alors que les coups commencent à s’abattre sur la porte, je parle d’une voix trop calme.
— Je te rejoins dans deux minutes Arnaud, laisse-moi juste me passer un peu d’eau fraîche sur le
visage.
— Très bien, ne me fais pas attendre, crie-t-il.
Les larmes commencent à couler sur mes joues et je prends conscience de la gravité de la
situation. Tout peut basculer en quelques secondes.
Mickael, viens me sauver, je t ’en supplie.
*
Mickael
Je suis en réunion depuis trois heures, je n’en peux plus. Le fait d’avoir vu Justine en fin de
matinée m’a mis dans un état de dingue, mais ça m’a permis de continuer ma journée. Sauf, que là je
ne fais que penser à elle et je ne suis plus du tout concentré. J’aurais aimé qu’elle m’envoie un SMS
pour me dire ce qu’il en était avec Magalie. Si ça se trouve, elle est au plus mal à cause de cette
femme ou alors c’est Justine qui a fait un massacre et je serai prêt à l’aider pour cacher le corps de
cette mégère sans sentiment. Stop ! Arrête de penser à elle. Tout va bien il n’y a aucune raison. Je ne
me reconnais plus depuis que je suis ici, j’ai énormément de mal à me concentrer alors qu’à New
York c’est toujours Liam qui me force à partir du bureau. Sauf que là-bas, je n’ai pas une femme
brune aux courbes divines qui hantent encore plus mes pensées.
— Non, je pense qu’il vaut mieux valider cette affiche. Il faut se démarquer de nos concurrents. Il
est temps de montrer aux Parisiennes qui est le leader mondial du make-up.
La voix de Martine me sort de mes songes et je me reconcentre sur cette publicité. Elle est
parfaite. Les couleurs ressortent sur ce fond noir elle fera un malheur sur les champs Elysée, j’en suis
certain. Dans un mois, la boutique à Paris ouvrira ses portes. Ensuite, Marseille.
— Très bien, nous validons celle-ci, dis-je sur un ton autoritaire. Nous avons reçu le stock ? Tout
est bien arrivé ? Les travaux avancent bien ?
— Justement nous rencontrons un léger retard sur la livraison, mais…
Ce n’est pas vrai, ça fait déjà deux fois que mon téléphone vibre et que Liam tente de me
contacter. Il sait pourtant que cette journée est décisive pour notre société. Il m’a demandé une
journée de repos. La première depuis très longtemps. Il visite notre région avec Clochette, je ne
pouvais pas lui dire non. Il avait l’air tellement heureux à l’idée de passer quelques heures avec elle.
Alors du coup, je reste perplexe quand je vois ses appels en absence. Connaissant Liam, et si
j’écoute mon instinct, il se passe quelque chose et c’est assez important pour qu’il me dérange en
pleine réunion alors qu’il sait que je déteste ça !
— Cela vous convient-il Monsieur ?
— Je suis désolé Martine, je dois prendre cet appel. Vous savez comment la maison fonctionne.
Pour les problèmes de livraisons, menacez-les d’exiger des indemnités de retards. Vous verrez ça fait
son petit effet. Je serai disponible sur mon téléphone, mais demain c’est sûrement Liam qui sera
présent. Je travaillerai de chez moi. Merci à tous pour votre présence.
Je sors rapidement de la salle tout en composant le numéro de téléphone de Liam. Il ne
m’appellerait jamais avec autant d’insistance si ce n’était pas urgent. J’attrape mes affaires et pars en
direction du garage. Je tombe deux fois sur le répondeur de Nelly et de Liam. Ils se foutent de ma
gueule. Je sens la colère monter. Trois minutes plus tard, je remercie Arius mon chauffeur, mais cette
fois je vais prendre moi-même le volant. Si je ne contrôle pas rapidement quelque chose, je vais finir
par casser tout ce qui se trouve sur mon chemin. Je branche mon kit oreillette et rappelle mon ami qui
décroche enfin à la deuxième sonnerie.
— Tu m’appelles trois fois de suite, et tu mets une plombe à me répondre. C’est quoi le problème
?
— Je vois que tu es déjà dans les bonnes conditions pour ce que je vais te dire.
— Oui, je déteste ça, être dérangé et appeler pour tomber sur des messageries. Je suis en voiture
vous êtes où ?
— Nous rentrons, mais nous traversons des bleds paumés donc pas toujours de réseau. Mais
Nelly est toujours en ligne avec Justine.
— Justine ? hurlé-je en freinant brusquement au feu.
— Écoute, il faut que tu ailles rapidement la rejoindre Micky, me supplie Clochette. Elle est avec
Arnaud dans leur appartement et il n’a pas supporté son refus pour la demande en mariage. C’est une
histoire de dingue. Mais s’il te plaît, va la protéger. Elle a laissé son téléphone allumé et il est en
train de tout casser à l’intérieur. Elle essaie de l’apaiser, mais je l’entends elle a peur de lui. J’ai…
peur aussi pour elle, avoue-t-elle dans un murmure étouffé par des sanglots.
— Tout va bien se passer princesse, la rassure Liam.
Généralement, quand les filles m’appellent par le surnom Micky c’est que c’est vraiment
important pour elles.
— J’y suis dans trente minutes, vingt si je pousse un peu le moteur.
— Fais attention à toi, dit Liam.
— J’ai dit à Justine de rester chez moi, mais.
— NON ! crié-je assez fort. Elle ira chez moi. Arnaud doit savoir où tu habites. Hors de question
de la mettre en danger plus que nécessaire.
— Parfait. Merci. On arrive d’ici grand maximum quarante minutes à leur appartement.
— Je vous laisse, je dois doubler cette foutue morue devant moi !
— Fais.
Je coupe la communication avant d’entendre son conseil. Rien à foutre de faire attention. Tout ce
qui compte, c’est d’arriver à temps pour sortir Justine de chez elle et la ramener chez moi.
Vingt-deux minutes plus tard, je me gare comme un chauffard devant l’immeuble. Je vois le
portier me sourire et me féliciter pour cette belle voiture. Je lui promets un tour en lui laissant le
volant s’il m’ouvre l’appartement de Justine. Je lui dis simplement qu’elle a un souci en ce moment et
qu’il me rendra un énorme service.
— Vous êtes un bon gars, je vous fais entrer, mais je ne veux pas être témoin de quoi que ce soit.
— Laissez-moi entrer et si vous le souhaitez je vous laisse dans un premier temps mieux garer ma
voiture. Ça vous tente ?
— Ça restera entre nous promis ?
— Promis !
J’ai l’impression de lui avoir offert le plus beau des cadeaux. Il me laisse finalement le double
des clés pendant qu’il range ma voiture correctement dans l’allée. Je lui remettrais en main propre
quand nous repartirons.
Je prends les escaliers pour éviter tout ralentissement. Je sens mon corps sous pression, j’ai
l’impression de faire un bond dans le passé et de retrouver Justine dans cette chambre d’hôtel miteux.
Arrivée à leur porte, j’insère la clé au moment où j’entends Justine hurler suivi d’un bruit sourd.
J’ouvre la porte, ma visite surprise à l’effet escompté sur cet enfoiré qui recule de quelques pas de
Justine. Je regarde rapidement la femme que j’aime au sol, elle semble inconsciente, la lèvre en sang.
Elle bouge un peu ses mains et marmonne quelque chose ce qui me rassure un peu. Je m’avance vers
lui en faisant craquer chacun de mes doigts. Je n’ai jamais eu autant de haine envers une personne. Et
je sens que mes années de pratique à la boxe vont me servir.
— Mais putain t’es qui toi ? crie-t-il à mon intention.
— Ton pire cauchemar ! réponds-je en m’avançant.
— Elle… je n’ai rien… c’est de sa faute, tout ça !
— Mauvaise réponse, enfoiré !
Je lui place un joli crochet du droit dans le ventre. Pas le visage pour les marques.
— Tu veux réessayer ? demandé-je le plus froidement possible.
— Elle a refusé de m’épouser et d’être ma femme de l’ombre ! Cette putain.
Deuxième crochet, cette fois dans les côtes. J’y mets tellement ma colère qu’il en tombe au sol.
— Ne me fais pas de mal, s’il te plaît.
— Tu allais t’arrêter, si je n’étais pas arrivé ? Je ne pense pas. Tu vois les petites merdes dans
ton genre se sentent hommes que quand ils rabaissent et font du mal aux femmes. Tu mérites de crever
! Si je te vois, ne serait-ce que dans la même pièce qu’elle, t’es mort. Si tu parles d’elle, tu es mort.
Si tu lui cherches la moindre merde, t’es un homme mort.
— Tu n’es pas du genre à tuer les gens toi ! Tu es bien trop classe à ce que je vois.
— Les apparences ? Encore ? Vraiment ? Tu es vraiment qu’une raclure de première. Je ne
m’abaisserai jamais à ton niveau et je ne me salirais jamais les mains avec une merde telle que toi.
Mais j’ai assez de relations pour te faire surveiller et te maintenir à distance.
Je me tourne le laissant à terre pour aller voir Justine. La relevant en prenant soin de faire
attention à sa tête. Ses yeux s’ouvrent et elle tente de me sourire, mais un gémissement de douleur sort
de sa gorge.
— Je vais l’achever pour ce qu’il t’a fait. Je t’ai promis de te protéger.
— Tu viens de mettre ton armure de preux chevalier blanc en venant ici. Je… merci.
Je la prends dans mes bras, son corps se blottit contre le mien. Je la sens trembler.
— Je vais te ramener à la maison et prendre soin de toi.
— Tu la baises, c’est ça ? demande la merde humaine qui tente de se relever tant bien que mal.
J’embrasse Justine sur le front et lui demande de m’attendre près de la porte. Je regarde si elle
tient sur ses jambes et je remarque que son poignet semble douloureux, car elle se le tient.
J’avance vers lui, il tente de me faire face. Pauvre crétin.
— Je saurai qui tu es, tu le sais ? Je sais toujours tout !
— Apparemment tu ne sais pas fermer ta grande gueule. Et ta mère ne t’a jamais appris le respect
envers les femmes.
— Aurais-je touché une corde sensible ? rigole-t-il.
J’ai l’impression d’avoir le joker de Batman en face de moi. Il est fou allié ce type. Il tente de
m’envoyer son poing au visage, il est tellement lent qu’au final c’est moi qui le frappe à la mâchoire
le faisant reprendre sa place au sol. Je m’assois sur son torse, prêt à asséner un nouveau coup quand
on me tire en arrière.
— STOP Mickael !
— Liam ? demandé-je étonné de le savoir déjà là.
— Tu peux le tuer, tu en es capable. Alors arrête ça ne sera pas bon pour les affaires !
Il m’aide à me relever et m’éloigne de l’abruti à mes pieds.
— Intéressant, gémit Arnaud. Monsieur est dans les affaires !
Je vais pour lui en recoller une, quand Nelly nous prend de court et lui donne une succession de
coups dans l’entrejambe et le dos, ce qui l’assomme à nouveau. Bien. Très bien même. Nous la
regardons tous ébahis par sa prestation. Cette dernière revient vers nous le plus naturellement du
monde.
— Un jour j’épouserai cette femme, rit Liam. Elle est exceptionnelle !
— Exceptionnelle c’est le qualitatif qui lui convient en effet, dis-je en lui tapant dans le dos.
C’est un truc de mec ça. Nous, on ne se fait pas de câlins, on se tape sur l’épaule, dans le dos ou
on se serre la main avec une petite accolade qui dure quelques secondes. Ça nous suffit bien assez.
Tandis que Nelly prend Justine dans ses bras, la console et la sort de l’appartement. Nous attrapons
les valises puis nous laissons l’enfoiré gémir de douleur, seul dans son appartement.
Comme convenu, j’amène Justine chez moi, je suis toujours en colère, mais je suis heureux, car
finalement c’est elle qui m’a demandé de rester à la maison. Nelly et Liam viennent de repartir. Mon
bras droit prend la relève demain au bureau tandis que je resterai ici avec mon invitée. Je travaillerai
de mon bureau, ici, au besoin. Hors de question de la laisser seule. Elle a refusé d’aller aux urgences
pour son poignet. Apparemment, il n’est pas cassé, mais sûrement foulé. Nous irons tout de même
chez le médecin demain. Je l’accompagne à l’étage pour l’aider à s’installer dans la chambre d’ami.
Mais elle s’arrête au pied de la porte.
— Un souci ? demandé-je en m’approchant d’elle.
— Est-ce que je peux dormir dans ta chambre, s’il te plaît ? Je… si tu ne veux pas ce n’est pas
grave. C’est juste que je me sens bien dans cette pièce.
— Pas de souci. Je dormirai dans la chambre d’ami. Viens. Je vais te mettre au lit.
J’ai tout fait pour que cette pièce soit paisible. Avec mes journées stressantes, j’avais besoin d’un
havre de paix. Je suis content que Justine se sente aussi bien dans mon intimité.
— Je te laisse te préparer. Tu as besoin d’aide ? Tu veux que je rappelle Nelly pour t’aider ?
— Ça va aller Mick… aie.
— Retourne-toi, et laisse-moi faire. Ne fais pas ta championne ma belle. Ne force pas sur ton
poignet. Tu as mal à la tête ? Je vais te donner un cachet pour t’aider à décompresser.
— Ferme les yeux !
— Promis.
Elle se retourne pour que je puisse lui retirer son teeshirt. Mes doigts frôlent sa peau de soie.
Malgré ma colère, je ressens les élans du désir pour elle s’éveiller. Je les mets dans un coin de ma
tête et continue à lui retirer son haut tout en gardant les yeux fermés.
— Place ton teeshirt devant ta poitrine, je vais ouvrir mes yeux pour aller chercher un de mes
teeshirts, ça sera plus facile pour te le passer.
— D’accord.
Je fais appel à tout mon self contrôle pour ne pas la regarder. Je veux qu’elle me fasse confiance
et surtout c’est loin d’être le moment de l’embêter avec mes désirs. Je me place devant elle, elle tient
toujours son haut devant sa poitrine d’une main elle passe dans la manche puis mon vêtement lui
tombe jusqu’au-dessus des genoux. Je n’ai jamais rien vu d’aussi sexy ! À mon tour je lui laisse de
l’intimité pour qu’elle fasse son tour de magie que font les filles avec leur soutien-gorge pour qu’on
ne voie rien.
— Je suis présentable, merci pour…
— Pas de ça entre nous. Installe-toi sur le lit.
— Merci d’être venue me chercher. encore une fois.
Ses yeux se remplissent de larmes. Je ne sais pas si c’est le souvenir du motel ou de ce soir qui
est plus présent dans cette chambre.
— La dernière fois que je suis venu te chercher, j’étais très remonté contre toi, dis-je en lui
caressant la lèvre qui est abîmée. Je ne voulais pas partir sans que tu saches ce que je ressente pour
toi. Et je ne voulais surtout pas que tu te fasses avoir par ce petit con de sportif.
— J’ai eu de la chance que tu sois là pour moi, Mickael. Je te remercie d’être venu.
— Merci de m’avoir demandé de rester à la maison. Ça me fait plaisir de t’avoir ici. Je vais te
chercher un médicament pour que tu puisses dormir sans trop souffrir.
— Bien.
Je pars dans la salle de bain chercher l’anti douleur avec un verre d’eau. Quand je reviens, elle
s’est déjà endormie dans mes draps. Je pose le verre sur la table de nuit et l’embrasse sur le front. Je
commence à retirer mon pantalon et ma chemise pour être plus à l’aise. Après tout, elle est tombée
sur la tête. Je dois la surveiller au cas où. Je m’installe dans mon lit, prends ma tablette pour
rechercher des informations sur cet Arnaud quand un bras s’enroule autour de moi. Justine remporte
le match contre ma tablette, sans hésitation. Je me glisse un peu plus et pose un baiser sur ses cheveux
que je caresse par la suite jusqu’à m’endormir avec elle dans mes bras. La soirée ne pouvait pas
mieux se terminer.
Chapitre 8
Justine
Comme à mon habitude, avant chaque réveil, je garde les yeux fermés histoire de prolonger les
rêves que j’ai faits au cours de la nuit. Ce matin, je me sens sereine et en sécurité. Il ne me faut que
quelques secondes pour me rappeler les événements de la veille et la peur qui m’habitait. J’ai bien
cru ne jamais sortir de cet appartement. J’ouvre les yeux et remarque qu’une fois de plus, je me
réveille dans le lit de Mickael. Mais l’odeur qui m’envahit ne vient pas des draps ou de l’oreiller,
mais du corps étendu à côté de moi. Mon chevalier blanc, mon sauveur est resté près de moi cette
nuit. Il est allongé sur le dos et je suis blottie dans ses bras. La chaleur de son corps se répand au
mien et notre proximité m’électrise. Je profite de son sommeil pour le regarder avec attention. Je n’ai
pas réellement eu le temps de pouvoir l’observer à ma guise. Cela aurait été déplacé. J’ai conscience
que je ne le regarde pas comme une simple amie, mais avec envie et désir. C’est instinctif Je ne sais
pas faire autrement. En même temps, il est tellement beau que n’importe quelle femme se pâmerait
devant lui.
Je repousse le drap pour avoir une vision globale du mâle qui me tient compagnie. Il est
simplement vêtu d’un boxer noir et il est à couper le souffle. Sa peau dorée appelle mes caresses. Il a
simplement des proportions idéales. Celui de l’homme dont on rêve toutes. Et il se tient à mes côtés.
De peur de le réveiller, je me retiens de poser mes mains sur ce torse musclé et dessiné. Mickael a
toujours eu un corps tonique, mais je pense que la pratique d’un sport est le résultat du spectacle qui
se joue devant mes yeux. Les pectoraux et les abdominaux se meuvent au rythme de sa respiration. Ce
qui déclenche un désir violent en moi. J’ai tellement rêvé de ce corps que je ne peux empêcher de
déposer un chaste baiser près de son cœur. Sa peau réagit immédiatement au contact de la mienne et
se couvre d’un frisson. J’en veux plus, tellement plus.
Mon regard se pose avec tendresse sur son visage. Il paraît si paisible, si détendu. Ses lèvres
pleines et roses m’attirent. Je m’ajuste afin d’atteindre sa bouche. Ma jambe se niche entre les
siennes et la moitié de mon corps repose sur le sien. Quand mes lèvres rencontrent les siennes, je
succombe entièrement au plaisir. À chaque baiser échangé avec Mickael, j’ai l’impression de
redevenir entière. Je le caresse du bout de ma langue quand un gémissement de plaisir retentit. Je ne
contrôle plus rien et l’embrasse avec passion. Sa réponse est immédiate malgré son sommeil, notre
échange devient brûlant et je me place à califourchon sur lui. J’ai besoin de ce contact, d’être contre
lui, sur lui. Nous poursuivons notre baiser et mon bassin ondule sur le sien. La pression de son
membre dur sur mon intimité me rend folle et je me frotte plus langoureusement à lui. Je ne peux
retenir un petit cri de plaisir et mes yeux croisent enfin le regard brûlant de Mickael.
Si je l’ai trouvé beau avant, je me trompais. Le voir animé par le désir est sûrement la plus belle
vision qu’il m’ait été donné de voir. Nous ne sommes que sensations.
D’un coup de hanche et en quelques secondes, je me retrouve sous lui. Mes jambes s’accrochent à
sa taille pour le presser vers moi. Les mains de Mickael parcourent mon corps et finissent par
m’arracher un cri de douleur quand il touche mon poignet. Il se fixe et je comprends que ce moment
de sensualité prend fin. Son regard devient tendre et inquiet.
— Merde, je t’ai fait mal ?
— Ce n’est pas toi. Juste mon poignet.
Toujours allongé sur moi, Mickael pose son front contre le mien et reprend une respiration
normale.
— Tu es tellement dangereuse.
— Moi ?
— Oh oui… tu as failli me faire céder à ma promesse.
— Oh !
Une fois de plus, je me sens rejetée. Mickael doit voir la déception sur mon visage.
— Justine, je te désire comme je n’ai jamais désiré une femme, me dit-il en pressant son bassin
contre le mien pour que je prenne conscience de son érection. Mais je t’ai dit que je voulais faire les
choses bien cette fois. Je ne partirai pas, je te veux dans ma vie, pour toujours, mais pour cela, il faut
que tu me fasses confiance. Et je sais qu’il me faudra du temps pour la regagner. Je le comprends et je
l’accepte. Et avec ce que tu as vécu hier, s’il se passait quoi que ce soit entre nous ce matin, je serais
le pire des connards. Tu es choquée, tu souffres. Tu as besoin d’un ami avant d’un amant.
— Merci, sangloté-je en cachant mon visage dans son cou.
— Je suis là.
Nous restons enlacés un moment. Dans ses bras, je suis en sécurité, à ma place. Je pourrais y
rester des heures.
— Juju, on devrait se lever et se préparer pour aller chez le médecin. Nous avons rendez-vous
dans deux heures.
— D’accord, va prendre ta douche en premier, je reste quelques minutes de plus ici.
Mickael dépose un baiser sur le bout de mon nez avant de s’asseoir au bord du lit. Je remarque,
alors, pour la première fois, qu’un tatouage est venu orner son dos. Ce sont des ailes d’ange, les traits
sont fins et délicats. De ma place je ne distingue pas le corps et instinctivement ma main part à la
rencontre de sa peau. Il frissonne quand mes caresses passent d’une épaule à l’autre. En me
rapprochant de lui, je distingue que ce qui compose le centre de son tatouage est la lettre « K ».
— Mickael ?
— Oui ?
— Non, laisse tomber.
Il se retourne vers moi et son regard se plante dans le mien.
— Parle-moi, je vois bien que tu as envie de dire quelque chose. Sois toujours libre de me dire
ce que tu penses.
— Ton tatouage ? dis-je en soufflant.
Le visage de Mickael se fige et perd toute émotion. Un masque impassible s’abat sur lui. Je me
sens terriblement mal à l’aise et intrusive.
— Désolée, je ne voulais pas.
— Je t’en parlerai le moment venu, me répond-il d’une voix froide et distante.
— Non, c’est bon, rien ne t’oblige.
— Pardon, je ne voulais pas être désagréable. Je t’expliquerai, mais pour le moment c’est trop
frais pour en parler. C’est une personne chère à mon cœur et qui a beaucoup compté pour moi, ces
dernières années.
Sans attendre une réponse de ma part, il se lève et part en direction de la salle de bain. Mes vieux
démons ressurgissent même si j’ai conscience que chacun a besoin d’un jardin secret. Je ne peux
cependant pas faire taire cette petite voix en moi qui me dit de garder mes distances, de me méfier et
de ne pas accorder une entière confiance.
Deux heures plus tard, nous sommes dans la salle d’attente du cabinet médical quand le médecin
nous appelle. Comme le monde est petit, nous nous retrouvons devant un ancien camarade de lycée.
Plus jeune que nous de deux ans, il ne faisait pas partie de notre groupe.
— Quelle surprise ! Même si je me doutais que vous finiriez en couple, enfin tout le monde savait
que vous finiriez ensemble. Alors que me vaut votre visite ?
Mickael et moi nous regardons et partons ensemble dans un grand rire.
— Nous ne sommes pas en couple, dis-je.
— Mais j’essaie de l’en convaincre, complète Mickael.
Je rougis instantanément.
— Nous sommes venus pour la demoiselle, annonce Mickael pour mettre fin à ma gêne. Elle
souffre du poignet.
— Installe-toi et laisse-moi regarder. Comment t’es-tu fait cela ? me demande Serge après une
rapide auscultation.
— Je me suis réceptionnée sur le poignet suite à une chute.
— Je vois. Et comment expliques-tu l’état de ta lèvre ?
— Euh… soufflé-je, c’est-à-dire que mon excompagnon n’a pas apprécié la rupture et m’a
quelque peu fait comprendre de manière musclée qu’il n’était pas du tout d’accord avec ma décision.
— Veux-tu un certificat de constatations de coups et blessures ? Ça te sera nécessaire pour ta
plainte pour violence domestique.
— Je ne compte pas porter plainte, annoncé-je sûre de moi.
— Je vais quand même te le donner si jamais tu changes d’avis. Pour ton poignet, il s’agit d’une
foulure. Rien de bien méchant. Tu dois cependant rester le poignet le plus immobile possible pour te
remettre au plus vite. Je vais te prescrire une orthèse et des antidouleurs ainsi qu’une crème
cicatrisante pour ta lèvre.
— Merci Serge. Je serai prudente. L’atèle ne m’empêchera pas de rédiger mes articles ?
— Non ça va te soulager. Par contre, pas d’excès. Bonne fn de journée.
Après un passage à la pharmacie pour récupérer mes prescriptions, nous reprenons le chemin de
la maison de Mickael.
— Ju, as-tu repensé à ce que t’a dit Serge ? Ne veux-tu pas porter plainte contre Arnaud ? Après
tout, nous avons assez de preuves pour appuyer tes propos.
— Non, je ne veux pas. Je souhaite seulement qu’il sorte de ma vie. De plus, connaissant son vrai
visage maintenant, il serait capable de retourner la situation et porter plainte contre toi également. Tu
ne l’as pas loupé.
— Ne t’inquiète pas pour moi.
— Je conserve le document de Serge et si jamais tu es ennuyé, nous aurons de quoi limiter les
dégâts. Je vais demander à Nelly de conserver son enregistrement audio.
Mon téléphone émet un bip m’annonçant l’arrivée d’un message. Pendant quelques secondes, je
n’ose pas regarder de peur de découvrir l’expéditeur. Mais la main de Mickael qui se pose sur moi
me rassure instantanément. Je découvre avec soulagement qu’il s’agit d’un message de Magalie qui
vient prendre de mes nouvelles. Je lui réponds et j’explique alors à Mickael mon entretien avec elle
et tout ce qu’elle m’a révélé. Nous sommes tous les deux conscients que nous l’avons jugé par
rapport au passé et que Magalie est plus qu’une Miss Ragot. C’est certes une partie d’elle, mais elle
est plus humaine et empathique qu’elle ne le laisse paraître. Sûrement une manière de se protéger.
Mickael m’annonce son désir de l’inviter à l’ouverture de sa boutique qui aura lieu dans quelques
jours. Une manière de lui faire comprendre qu’il la remercie pour son geste.
Après un rapide repas et une longue sieste pour moi, je retrouve Mickael en fin d’après-midi dans
son bureau.
— Salut beau gosse. Je ne te dérange pas ?
— Pas du tout. Comment te sens-tu ?
— Fatiguée ! Je n’ai pas l’habitude de prendre des comprimés, du coup ça m’ensuque.
— J’ai vu ça ! rigole Mickael. Au fait, j’ai monté toutes tes valises, si tu as besoin d’aide pour
t’installer, dis-le-moi.
— Très bien, je vais investir ta chambre d’amis alors.
— Je t’ai fait de la place dans mon dressing et la salle de bain. Tu as l’air d’apprécier cette pièce
alors autant y rester. Je dormirai dans la chambre d’amis.
— Mais si j’aime autant cette pièce, c’est parce que tu es dedans et qu’il y a ton odeur, avoué-je
dans un chuchotement.
Mickael se lève et me rejoint rapidement. Il prend mon menton entre ses doigts et soulève mon
visage pour que nos regards se croisent.
— Tu es ici chez toi, Justine. Ma maison est ta maison. Fais comme tu le désires et ne me
demande plus si tu peux faire quelque chose. J’aime t’avoir ici, j’aime te savoir près de moi, j’aime
chaque moment avec toi.
Je me jette dans ses bras et l’enlace.
— Dors avec moi cette nuit. J’ai besoin de toi, dans tes bras je me sens protégée et forte.
— Je ne te quitterai plus.

*
Michael
Ça fait quelques jours que Justine est à la maison. Tout se passe pour le mieux. C’est comme si
nous avions toujours vécu ensemble. Tout est naturel avec elle. Nous préparons ensemble les repas,
nous aimons toujours les mêmes programmes télévisés ou les films. Nelly nous a proposé un cinéma
ce soir, mais elle préférait rester ici avec moi. Oui, maintenant, quand elle parle de chez moi c’est «
la maison » et à chaque fois que je l’entends prononcer ces deux mots, j’ai un sourire énorme qui se
dessine sur mon visage.
Ça, c’est le côté organisation et quotidien où tout se passe à merveille. Par contre, les nuits
commencent à devenir très douloureuses pour moi ! Chaque soir, m’endormir auprès d’elle est une
part de mon rêve qui se réalise. Mais dans mon imagination, je pouvais l’embrasser, caresser chaque
centimètre de sa peau. Je pouvais la faire jouir avec tendresse et passion. Et je la soupçonne de tout
faire pour me faire craquer. Alors que les deux premières nuits elle dormait avec un de mes
vêtements, elle les a remisés au placard pour ne porter que ses nuisettes au tissu délicat. J’ai précisé
qu’elle ne portait rien, RIEN, en dessous ? Dormir près de la femme que j’aime devient insoutenable.
J’ai tellement envie d’elle. Mais j’ai encore plus envie de sa confiance. Je veux construire une
relation inébranlable. Que rien n’y personne ne pourra détruire. Je sais que je dois également me
livrer un peu sur ma vie à New York surtout par rapport à mon tatouage. Mais il me faut du temps.
Elle sera mise au courant, je veux avant tout qu’elle soit prête à tout m’offrir sans restriction.
Ce soir, c’est l’ouverture de la boutique de Bordeaux. La presse est invitée, de grandes
youtubeuses ainsi que quelques clientes qui ont gagné des entrées VIP pour être les premières
acheteuses. Ça fait toujours des heureuses et ça nous fait de la publicité gratuite grâce à toutes les
photos qu’elles partagent sur leurs réseaux sociaux. Quand ma directrice marketing a pensé à ça, j’ai
tout de suite validé son idée. Et nous fonctionnons ainsi depuis presque dix ans. Je me rends compte
que je ne suis pas parti en vacances depuis une dizaine d’années ! Ma vie a été centrée sur la reprise
de la société.
— Tu as l’air pensif, tout va bien ? demande Justine qui sort apprêtée de la salle de bain.
— Tu es magnifique. Ça va mieux ton poignet ?
— Merci ce n’est pas grand-chose juste une petite robe noire, et oui mon poignet va mieux. Mais
ne change pas de sujet beau gosse. À quoi pensais-tu ?
— Je me rends compte que ça faisait plus de dix ans que je n’avais pas pris de vacances.
— Ah oui quand même ! Que fais-tu de ton argent alors ? Tu investis ? Tu vas devenir riche
comme Bill Gates si tu continues à ne pas le dépenser, ricane-t-elle en s’approchant de moi.
Je sais qu’elle me taquine, elle n’en a strictement rien à faire de combien de zéros mon compte en
banque possède. Elle est là pour moi et ça depuis notre adolescence. Je pourrais être un simple
salarié elle m’aimerait quand même. Car oui, je sais qu’elle m’aime, c’est simplement qu’elle ne veut
pas se l’avouer, mais ça viendra. Je souris, car elle est totalement détendue ce soir. Elle est souriante,
d’une humeur taquine. Elle attrape le nœud papillon posé sur le lit et se place devant moi qui suis
toujours assis sur notre lit… le lit.
— Besoin d’aide, beau brun ?
— Toujours quand tu es aux commandes.
Sa robe noire lui va comme une seconde peau. Mais le bas est un peu plus large que le haut, je
pose mes mains de chaque côté de ses jambes et joue avec mon pouce qui la caresse. Je remonte
doucement et j’entends son souffle s’accélérer et sa poitrine monter et descendre plus rapidement.
— Tout va bien ? demandé-je en toute innocence.
— Tes mains !
— Oui ? Tu n’aimes pas ce que je te fais ?
— Si, même trop. Et comme tu te refuses à moi, inutile de m’exciter pour rien avoir au final !
Je me relève alors qu’elle termine d’attacher mon nœud. Je suis face à elle, la dominant d’une
bonne tête. Je lui attrape son menton pour voir son visage.
— Si je n’étais pas un homme qui tenait ses promesses, dis-toi que toi et moi nous passerions
tout, je dis bien tout notre temps libre au lit à faire un tas de choses pas catholiques. Tu sais ce que je
ressens maintenant quand tu te blottis contre moi chaque nuit et que je ne peux pas te faire hurler de
plaisir.
— Mais je veux ça moi ! dit-elle boudeuse.
— Tu es trop mignonne quand tu fais du boudin. Mais dis-toi que tu pourrais même dormir nue
dans mon lit qu’il ne se passerait rien. Bon, j’irai sûrement prendre une douche glacée pour calmer
mes ardeurs. Je te veux plus que tout autre chose au monde. Je suis un homme comblé en affaires,
mais mon cœur était vide depuis bien trop longtemps. Je ne t’ai jamais oubliée Justine. Alors s’il faut
quelques jours, quelques semaines, quelques mois supplémentaires pour ne t’avoir rien que pour moi,
j’attendrais. Malgré la torture que ça représente, je peux patienter. Et toi tu le peux ?
— Je… disons que le travail est en cours d’amélioration de jour en jour. La réponse te convient-
elle ?
— C’est parfait ! Prête pour la soirée ? Pour revoir Magalie ?
— Oui, elle m’a d’ailleurs encore envoyé un SMS pour te remercier de lui avoir envoyé un pass
pour la soirée. Elle est très excitée.
— C’était la moindre des choses que je pouvais faire pour la remercier de t’avoir mise au
courant de ce qui se passait avec l’autre enfoiré. C’est le genre de femme qui préfère une invitation à
une soirée comme celle-ci à un bouquet de fleurs.
— Totalement vrai. Tu es beau dans ton costume. Vraiment très beau, insiste-t-elle en me dévorant
des yeux.
— Sors tout de suite de cette chambre Ju ! Tu as conscience ou pas que tu es vraiment dangereuse
? Je ne craquerai pas, je ne craquerai pas, répété-je pour moi-même.
— On verra, on verra beau brun… dit-elle simplement en partant de la chambre en se déhanchant
plus qu’il n’en faut.
Justine joueuse, je suis ravie de la découvrir aussi à l’aise en ma présence. C’est pour notre bien
cette foutue décision. Pour notre bien. Je vais me répéter ces trois mots comme un mantra. Je réajuste
mon pantalon qui est déformé par mon sexe qui lui est en total désaccord avec mes décisions. Il y a
des femmes avec qui l’on peut coucher et continuer un train de vie tranquille, ou bien coucher pour
ensuite passer à autre chose. Et il y a des femmes qui valent le coup d’attendre le bon moment, ces
femmes-là, comme Justine, on les épouse et on en fait notre priorité dans notre vie. Et c’est ce que je
souhaite pour nous.
Je la rejoins dans l’entrée, l’aide à mettre son manteau même si nous sommes en été les soirées
sont fraîches, puis nous partons rejoindre ma voiture. Finalement, j’ai donné quelques jours de congé
à Arius. Il a eu du mal avec ce concept, mais j’aime conduire ici. Alors, je lui ai trouvé un hôtel dans
un domaine où il pourra déguster le meilleur des vins et se relaxer.
— Prêt ? me demande-t-elle avec un grand sourire.
— Hâte d’être de retour.
Elle rit et m’embrasse sur la joue en essuyant une éventuelle trace de rouge à lèvres. Mais je sais
qu’elle a mis un des rouges à lèvres de ma nouvelle collection et qu’il ne tache pas.
— Merci, d’avoir accepté de tester notre nouvelle collection. Tu es vraiment belle. Tu rayonnes.
— C’est grâce à toi, enfin je veux dire à ta maison. Je m’y sens vraiment bien. Il va falloir que je
me trouve bientôt un autre logement. Il va falloir que tu me donnes un coup de pied aux fesses sinon.
— Partir ? Pourquoi ne pas rester si tu te sens si bien ? C’est chez toi ma belle. Je ne veux
personne d’autre que toi alors si tu y es vraiment bien, reste, s’il te plaît. Je n’ai jamais été très
motivé à rentrer chez moi après une journée de travail. Depuis, que je sais que tu es ici, je me
dépêche à tout boucler pour te retrouver. J’aime nos moments. Je ne suis pas prêt à ce que ça s’arrête.
— Hey, doucement Micky. Je disais juste ça comme ça. Je ne partirai pas tout de suite.
— Jamais serai mieux ! marmonné-je dans ma barbe.
— Je t’ai entendu ! glousse-t-elle en prenant ma main sur le pommeau de vitesse.
Nos doigts sont entrelacés, nous changeons les vitesses ensemble. Nous parlons de tout et de rien.
À chaque feu, je monte sa main à mes lèvres et l’embrasse. C’est si naturel cette situation.
— Au fait, hier Nelly est passée à la maison, mais elle est partie si vite que je ne sais pas
pourquoi elle est venue !
— Elle a fait du rangement chez elle, et elle a retrouvé un carton avec quelques affaires qui
m’appartenaient. J’ai fait un bond dans le passé en les découvrant.
— Il y avait quoi ?
— Des choses durant notre période de lycée ! Des photos de nous trois, mon journal intime
également et de la musique.
— Tu as continué à tenir ton journal intime après que je sois parti ?
— Un peu, mais ce n’était que des pages de haine et de colère alors j’ai préféré arrêter, et me
dire qu’il était temps de t’oublier.
— Tu as réussi ?
— Jamais ! J’aurai aimé tomber amoureuse d’un homme bon, correct, avec qui la vie aurait été
simple, mais je pense qu’il aurait servi de sparadrap sur ma blessure. Je n’aurais jamais pu trouver
ce que je voulais. Je ne t’ai jamais oublié et je t’en ai énormément voulu pour ça !
Elle serre ma main un peu plus fort, et me sourit malgré tout en me rappelant que tout ceci c’était
il y a longtemps.
— Profitons des moments présents, tu veux bien ? demande-t-elle.
— Je ne demande pas mieux, Justine.
Nous restons dans un silence agréable à écouter la musique qui passe à la radio. Le moment est
venu de présenter notre magasin après tant d’années d’attente. Je suis ravi d’avoir réussi à exporter
ma marque dans mon pays natal. C’est une soirée magnifique, je ne pourrais pas être le plus heureux
des hommes.
— Je suis content que tu sois avec moi, ce soir. Ça compte beaucoup à mes yeux de t’avoir près
de moi.
— Tu sais que tu peux compter sur moi.
Je me gare et l’embrasse furtivement sur les lèvres. Si, je m’attarde on ne sortira jamais de cette
voiture. Nous nous dirigeons vers le magasin. Nous entrons par la porte de service à l’arrière. Liam
nous accueille avec Nelly. Ces deux-là sont pires que des siamois.
— Vous êtes toujours ensemble tous les deux, ça cacherait quelque chose ? demandé-je en les
taquinant.
— Je serai toujours ta Clochette quoi qu’il se passe.
Rassuré ? Et souris c’est ton enfin votre soirée.
Félicitation pour ton entreprise. Je suis fière de toi.
— Merci ma Clochette. Allez, je dois aller faire mon speech.
Pendant dix minutes, je remercie toute mon équipe et mes clientes pour leur soutien et je leur
souhaite la bienvenue dans la première boutique de French Make-up en France. Je demande à Justine
de venir couper le ruban rouge avec moi. Elle se prend au jeu et me saute dans les bras pour me
féliciter. Les flashs vont finir par nous rendre aveugles. J’invite alors tout le monde à entrer dans le
magasin, de prendre du champagne et de savourer les petits fours.
— Dis, je peux te prendre en photo pour mon article sur mon blog s’il te plaît, me demande
gentiment Magalie.
— Bien sûr, mais si seulement Justine pose avec moi.
— Parfait, les meilleurs amis qui se retrouvent après tant d’années et qui sont toujours présents
l’un pour l’autre, c’est génial comme idée !
J’attire Justine en l’attrapant par la taille et lui murmure à l’oreille ce que m’a demandé Magalie.
Elle accepte avec une certaine timidité que je trouve adorable. Photos dans la boîte, je navigue
auprès de tout le monde pour m’assurer que tout se passe bien. Justine est avec Nelly et Liam. Je sais
que je suis un peu l’homme de la soirée et que beaucoup de regards se posent sur moi ce soir, mais
j’ai la sensation qu’on m’observe depuis quelque temps et ce n’est pas un regard admiratif ou je ne
sais quoi. Plutôt du genre embrouille à plein nez qui va me tomber dessus prochainement.
— Hey tout va bien ?
— Salut beauté, oui j’avais juste l’impression qu’on m’épiait.
— Quand on est un bel homme comme toi, il faut assumer les regards.
— Ce genre de regard, j’aimerais qu’il n’y ait qu’une seule personne qui le fasse. Et c’est toi.
— Mais ne t’en fait pas beau brun, je te regarde et sous tous les angles.
Elle me fait un clin d’œil et repart discuter avec des collègues. Cette femme va finir par me
rendre fou !
Nous quittons la réception aux alentours de minuit, je remercie toute mon équipe et nous prenons
enfin la direction de chez nous. Je ne ressens aucune angoisse quand je pense au fait que je rentre
avec elle, qu’elle vive avec moi, qu’elle dorme avec moi. Hors de question qu’elle parte !
— Je dois terminer une petite chose pour être tranquille ce week-end. J’en ai pour deux heures
grand maximum.
— Pas de soucis. Je vais aller prendre une douche. Au passage, je dois admettre que tu fais un
excellent travail. Ta nouvelle collection est juste incroyable. Le maquillage n’a pas bougé, c’est
vraiment génial. Je suis fière de toi.
Elle pose sa main sur ma joue et m’embrasse sur les lèvres. Elle tente d’y glisser sa langue. Elle
a le goût du champagne, mais je sais qu’elle n’en a pas assez bu pour être pompette. Je réponds à son
baiser, mais je me retiens de ne pas lui arracher sa robe et de la plaquer contre l’escalier qui est
derrière elle.
Retiens-toi !
Elle a des lèvres si douces que c’est un supplice.
— Je… dois, je dois aller travailler.
— D’accord.
Elle paraît déçue, mais je dois me faire des films. J’ai tellement envie d’elle, de la sentir contre
moi et de la faire mienne que je commence à interpréter tout et n’importe quoi. J’entre dans mon
bureau et j’y remarque aussitôt un cadre photo de Justine et moi quand nous étions à la plage. C’était
l’été avant que mon père décède et que toute ma vie change à jamais. Elle est sur mon dos, ses bras
autour de mon cou ses jambes qui enlacent mon bassin. Même à ce moment-là, j’avais envie d’elle !
Que de temps perdu ! Nous rions aux éclats sur la photo, elle est vraiment belle. Elle devait être dans
la boîte à souvenirs que Clochette lui a ramenée. Je travaille sur quelques dossiers, j’appose ma
signature sur certains documents et valide la promotion publicitaire pour Paris. Ça sera notre
prochaine étape.
Une heure plus tard, je monte dans ma chambre tout en retirant mon nœud papillon et commence à
ouvrir ma chemise, quand je vois Justine allongée sur le ventre sur le lit. Elle a les cheveux humides
et a enflé la pire des nuisettes pour mon self contrôle. À ce que je peux voir, c’est du satin ou de la
soie de haute qualité, ça appelle aux caresses ! Et tout le dos du vêtement est composé de liens
croisés et de dentelle. C’est très joli et très tentant. Elle écoute quelque chose donc ne m’entend pas
grogner quand elle bouge ses jambes et révèle un peu plus ses fesses. Une douche froide ! C’est ça, je
vais la prendre gelée !
— Hey, tu vas où comme ça ? J’aimerais te faire écouter quelque chose.
— Après, je dois prendre une douche glacée ! Et pour l’amour de Dieu, change de tenue !
— Pourquoi, ça ne te plaît pas ?
Je sais qu’à sa voix elle me taquine, mais je vais vraiment craquer.
— Justine, dis-je en grognant. Ne joue pas avec le feu.
— Et si j’ai envie de me brûler ?
— Oh putain une douche ne me suffira jamais ! dis-je en passant ma main sur mon visage.
Je ne sais pas ce qu’elle a ce soir, mais on est loin de la Justine d’il y a quelques semaines. Je la
sens pleine de confiance et j’en serai presque terrifié ! Si elle s’offre à moi, j’ai peur de ne plus
jamais pouvoir m’arrêter, de me séparer d’elle. Après plus d’un quart d’heure à être sous l’eau
froide, je reprends peu à peu mes esprits et suis prêt à lui tenir tête. Quitte à aller dormir dans la
chambre d’amis. Je peux y arriver !
Je me sèche rapidement, j’enfile mon boxer, fais quelques pompes au passage histoire de me
gonfler les muscles. Elle veut jouer, je peux aussi être bon joueur ! Mine de rien, aucune femme ne
m’a jamais autant fait d’effet. Je sors de la salle de bains, et à mon soulagement elle est sous les
draps. Avec des écouteurs aux oreilles et les yeux fermés. Je m’installe près d’elle et remarque
qu’elle a les joues mouillées. Je pose mon pouce sur elle ce qui a pour effet de me retrouver avec les
plus beaux yeux face à moi.
— Salut ! dis-je d’une voix grave. Tout va bien ?
— Oui, oui dans ce baladeur il y a un tas de souvenirs de toi !
— De moi ? Comment ça ?
— À ton départ, j’ai créé une playlist qui me faisait chanter tous mes sentiments et ma colère. Je
n’avais aucun moyen de te joindre. Je voulais te dire tellement de choses. Et certaines de ces
chansons m’ont aidé à extérioriser mes émotions. Tu veux écouter ?
Je lui prends un écouteur. Nous sommes côte à côte dans le lit, je lui prends sa main et la serre
pour lui montrer qu’aujourd’hui je suis bien présent.
— Prêt ? me demande-t-elle, attention je te préviens on va faire un bond dans le passé ça va être
années quatre-vingt-dix à gogo.
Je ris et je lui demande de lancer la première musique. Nous avons été étonnés de constater que
le baladeur fonctionnait toujours aussi bien ! Alors qu’aujourd’hui rien ne fonctionne aussi
longtemps.
La première musique est du groupe No Doubt « Don ’t Speak »
You and me
Toi et moi
We used to be together
On avait l’habitude d’être ensemble
Every day together always
Tous les jours toujours ensemble.
I really feel
Je sens vraiment
That I’m losing my best friend
Que je perds mon meilleur ami
I can’t believe
Je ne peux pas croire
This could be the end
Que ce soit la fin
Don’t speak
Ne parle pas
I know just what you’re saying
Je sais exactement ce que tu dis
So please stop explaining
Alors s’il te plaît arrête d’expliquer
Don’t tell me ‘cause it hurts
Ne me dis rien, car ça me blesse
Don’t speak
Ne parle pas
I know what you’re thinking
Je sais ce à quoi tu penses I don’t need your reasons
Je n’ai pas besoin de tes raisons
Don’t tell me ‘cause it hurts
Ne me dis rien, car ça me blesse
Our memories
Nos souvenirs
They can be inviting
Ils peuvent être attrayants
But some are altogether
Mais certains sont entièrement
Mighty frightening
Et puissamment effrayants.
Je la regarde, elle a les yeux fermés, sa main est toujours dans la mienne. Je me tourne un peu
pour pouvoir l’embrasser sur le front. Je n’ai pas d’autres mots à dire. Elle sait que je suis plus que
désolé d’avoir dû agir de la sorte. La seconde chanson est du groupe Scorpions. Je me souviens que
c’est mon père qui était fan de cette chanson. Il la chantait pour ma mère. C’est lui qui nous a fait
découvrir à tous les deux ce groupe.
We’re lost in a kiss
Nous nous sommes perdus dans un baiser A moment in time Un moment dans le temps
Forever young Eternellement jeune Just forever, just forever in love Juste éternellement, juste
éternellement amoureux When you came into my life
Quand tu es entrée dans ma vie It took my breath away Cela m ’ôta le soufflé Cause your love
has found it’s way Car ton amour a trouvé son chemin To my heart Jusqu’à mon cœur
— Je suis le roi des abrutis, n’est-ce pas ?
Elle retire nos écouteurs, puis se lève pour récupérer son iPod dans son sac.
— Je voulais te montrer mon état d’esprit il y a quinze ans. Voici comment il est au jour
d’aujourd’hui. Je me livre à toi en te faisant partager ceci.
— J’en suis bien conscient ma belle. Reviens près de moi.
Elle se replace sous la couverture et me redonne un écouteur. Les premières notes se lancent et je
reconnais aussitôt la chanson numéro 1 de l’année dernière. Toutes les nanas dans mon équipe en
étaient dingues.
You’re the light, you’re the night
Tu es la lumière, tu es la nuit
You’re the color of my blood
Tu es la couleur de mon sang
You’re the cure, you’re the pain
Tu es le remède, tu es la douleur
You’re the only thing I wanna touch
Tu es la seule chose que je veux toucher
Never knew that it could mean so much, so much
Je n’aurais jamais cru que tu serais si important.
You’re the feel, I don’t care
Tu es la sensation, je m ’en moque
Cause I’ve never been so high
Je n’ai jamais été aussi bien
Follow me to the dark
Suis-moi dans l’obscurité
Let me take you past our satellites
Laisse-moi t’emmener plus loin que les satellites You can see the world you brought to life, to
life
Tu pourras voir le monde que tu as réveillé.
So love me like you do, love me like you do
Alors aime-moi comme tu sais le faire, comme tu sais le faire Love me like you do, love me
like you do
Aime-moi comme tu sais le faire, comme tu sais le faire Touch me like you do, touch me like
you do
Touche-moi comme tu sais le faire, comme tu sais le faire What are you waiting for ?
Qu’est-ce que tu attends ?
Le message est explicite. Je me tourne vers elle et la prend dans mes bras pendant que la
chanteuse chante « so love me like you do »
— Tu es vraiment certaine ? Il faut que tu saches que quand je vais commencer je ne pourrais pas
m’arrêter.
— Je t’en supplie, elle commence à chantonner les paroles, Touch me like you do…
Je me positionne au-dessus d’elle et pose ma bouche contre la sienne. Nous écoutons toujours
cette chanson et je l’aime comme je sais le faire et il n’y a qu’une façon de lui montrer en cet instant.
Je mets autant de passion et d’amour dans mon baiser. Ses gémissements n’en finissent plus. J’ai
tellement besoin de plus. Mes mains prennent appui autour de son visage et l’une d’entre elles
commence à descendre sur son cou puis continue son exploration.
Sa poitrine monte rapidement tout en frôlant mon torse. Elle est totalement perdue par nos
échanges. Je prends un moment pour la regarder tandis que mes doigts remontent cette nuisette
scandaleusement sexy. Elle ouvre les yeux et j’y décèle de la peur.
— Ne t’arrête pas, s’il te plaît. Embrasse-moi encore.
— Tu es si belle, je prenais juste un instant pour te regarder. Pour garder ce moment gravé.
— Ça fait quinze ans que je pense à ce moment, ne me fait plus attendre, s’il te plaît.
Elle attrape mon visage pour ramener nos lèvres dans une folle danse ou nos dents
s’entrechoquent et nos langues valsent sensuellement ensemble. Je lui enlève sa tenue et lui fais
savoir par maintes caresses et baisers sur son corps qu’elle est divine à mes yeux. Elle est parfaite.
Je la fais languir, car j’ai peur de ne pas être à la hauteur. Elle attend ce moment depuis aussi
longtemps que moi.
— Continue, c’est si bon ! murmure-t-elle.
Ma langue quitte sa bouche après un dernier baiser puis je glisse le long de sa poitrine que je
savoure en la prenant dans mes mains. Je joue avec ses tétons heureux d’avoir autant d’attention. Et
continue l’exploration de son corps jusqu’à arriver au trésor. La petite chipie n’avait pas mis de
sous-vêtement sous sa nuisette. Je la soupçonne d’avoir tout orchestré, mais peu importe, c’est
qu’elle doit avoir confiance ou du moins assez confiance pour s’offrir ainsi. Je souffle sur son sexe,
ses jambes frissonnent et ses mains s’agrippent dans mes cheveux. Ma langue frôle ce petit bouton
rose de plaisir dans un premier temps. Elle pousse un gémissement de bonheur puis à sa manière de
tenir mes cheveux elle me donne son accord pour commencer. Alors, je prends en bouche son clitoris,
je l’aspire, je le titille du bout de la langue. Je lui fais tout simplement l’amour avec ma bouche. Ses
cris de jouissance me poussent à continuer de plus belle jusqu’à ce que je sente ses jambes
commencer à me serrer la tête. Signe avant-coureur qu’elle est prête à jouir. Je joins à mes caresses
linguales deux de mes doigts qui glissent avec une telle facilité dans son intimité que ça me rend fou
d’imaginer mon sexe à l’intérieur. Je vais être bon à reprendre une douche glaciale. Car il est hors de
question de lui faire l’amour autrement pour le moment. J’active mes doigts avec délicatesse et
efficacité. Ma langue lui faisant les plus délicieuses des tortures. Et dans un hurlement de bonheur,
elle se donne entièrement à moi. Mon visage est mouillé par son plaisir. Mon Dieu, elle est si entière.
Elle ne simule pas du tout, depuis combien de temps je n’avais pas vu ça ?
— Bordel ! Waouh…
— Tu vas bien ? demandé-je pour m’en assurer.
— Si je vais bien ? Tu es le premier à m’offrir un orgasme de cette façon. Mais et toi ? Je n’ai
pas eu le temps de m’occuper de.
— Chut, c’était juste pour toi. J’en avais vraiment envie. Merci.
— Oh, mais je t’en prie, rigole-t-elle. Mon Dieu, c’était délicieux. Tu es certain ?
— Chutttt, viens plutôt dans mes bras, s’il te plaît. J’ai besoin de te prendre contre moi. La
journée et la soirée étaient parfaites. Merci ma belle Justine. Merci.
Elle se met en position cuillère et se blottit contre moi. Nous nous endormons l’un contre l’autre
et finalement je n’ai pas besoin d’une autre douche. L’avoir dans mes bras me suffit. Elle est dans ma
vie désormais et ce n’est que le commencement d’un nous.
Chapitre 9
Justine
Cela fait quinze jours que je m’endors et me réveille nue dans les bras de Mickael. Chaque nuit,
nous partageons un moment d’intimité toujours plus fou. Je n’ai jamais pris autant de plaisir qu’avec
lui. Il a su me révéler à mon corps et me faire accepter des sensations charnelles que je ne
connaissais pas. Deux longues semaines pendant lesquelles Mickael m’aime de mille façons sans me
faire l’amour. Je suis une boule de nerfs malgré les orgasmes à répétition qu’ils me procurent. Je ne
comprends pas pourquoi il se refuse à moi ou me refuse de lui rendre la pareille. Il garde une
certaine distance et ça me rend folle. Je ne sais pas ce qu’il attend de moi. Je crois avoir été assez
clair quand je lui ai ouvert mon cœur et fais écouter les chansons qui ont jalonné notre histoire. Et la
dernière était assez explicite. Stop à l’auto-analyse, je dois finir de me préparer pour retrouver Nelly
pour une séance shopping digne de ce nom. Je la soupçonne de vouloir refaire sa garde-robe pour
séduire un certain américain qui ne la laisse pas indifférente.
— Salut Madame O !
— Madame O ? lui demandé-je en lui faisant la bise quand je la rejoins devant le Starbucks.
— Oui, O comme orgasme ! Ne me dis pas que Mickael a arrêté sa douce torture ?
Je sens le rouge me monter aux joues et je repense au réveil de ce matin et à la délicieuse langue
de Mickael. Nous déambulons dans la zone commerciale tout en discutant.
— Non, il est toujours aussi… Wahou. Je ne sais même pas s’il existe un mot pour le décrire.
— J’étais certaine que c’était un dieu du sexe. Il le porte sur lui !
— Nell ! dis-je en riant. Tu es infernale.
— Aucun changement dans votre relation ? C’est toujours du 100 % Justine ?
— Oui, et je ne comprends pas. Je sais que je lui plais, il me le dit et me le prouve. Mais je ne
sais pas ce qu’il attend. Il est l’homme parfait, doux, attentionné, tendre, passionné, altruiste, drôle et
vivre avec lui est un enchantement. J’ai retrouvé mon meilleur ami et découvert un amant généreux,
mais il y a toujours une barrière entre nous et je ne sais pas comment la faire céder.
— Il attend que tu lui fasses confiance.
— Mais je lui fais confiance. Il le sait, je lui ai dit.
— Tu lui as dit « Je te fais confiance Mickael » ?
— Pas aussi clairement, mais cela voulait dire la même chose et même plus.
— Oh, ma chérie, tu sais bien que les hommes sont binaires et qu’ils ont besoin d’entendre les
choses clairement. Ils ne comprennent pas la plupart du temps les insinuations ou subtilités que l’on
prononce.
— Tu es sûre que tu parles pour Mickael là ? Ou tu parles de Liam ? Vous en êtes où tous les
deux ?
— Où nous en sommes ? Bonne question ! Je crois que tu peux m’appeler Madame F grâce à lui !
— Madame F ? Faut que tu m’expliques.
— Frustrationnnn, me répond-elle en levant les mains au ciel. Il va me rendre chèvre si ça
continue. Tu imagines ça toi, une biquette déguisée en fée Clochette ?
Je ris tellement en imaginant la scène que je m’étouffe. Nelly devrait vraiment faire du théâtre ou
un one woman show, le succès serait assuré.
— Explique-moi, annoncé-je après avoir repris mon sérieux.
— On se voit régulièrement, on s’entend très bien, il est toujours à me lancer des piques ou des
compliments, mais il n’agit pas ! Je commence à me demander s’il n’est pas gay !
— Gay carrément ?
— Ben oui, comment expliquer qu’il résiste à ça sinon ? me dit-elle en me montrant son corps en
insistant sur ses seins et ses fesses.
— Effectivement… et quel est ton plan alors ? Je me doute que cette sortie shopping a un but
précis ?
— Tu me connais si bien ma Juju ! Il vient cuisiner à la maison ce soir. Et je vais lui donner envie
de me dévorer moi plutôt que son plat. Et pour se faire, il me faut LA tenue et qui dit tenue dit
lingerie. Et évidemment, je nous ai réservé un soin dans un institut pour avoir la peau si douce que
nos hommes ne pourront s’empêcher de nous toucher.
— Tu ne crois pas qu’il attend que tu fasses le premier pas ?
— Jamais ! Ce n’est pas à la femme de faire le premier pas, voyons !
— Et depuis quand ?
— Depuis Liam, me répond-elle avec aplomb.
Pauvre Liam, je crois qu’il ne sait pas que la tornade Nelly a décidé de s’acharner sur lui. Il
gardera un souvenir impérissable de la France, c’est certain. Nous passons de boutique en boutique
quand ma meilleure amie trouve enfin la tenue qu’elle adoptera ce soir pour son plan séduction. Si
Liam résiste à cela, c’est qu’il n’est clairement pas intéressé par la gent féminine. Nelly est
simplement divine dans cette robe noire ultracourte mettant en valeur ses jambes interminables. La
dentelle qui recouvre entièrement l’étoffe évoque une sensualité évidente. La coupe aux épaules
dégagées rend cette robe très sexy. Après cette trouvaille, nous parcourons les allées d’un magasin de
lingerie quand je vois un ensemble qui devrait plaire à Mickael. Il me répète souvent qu’il aime me
voir habillée de rouge, alors je vais lui faire plaisir et acheter cet ensemble. Il s’agit d’une nuisette
en tulle uniquement relié par un nœud entre les seins. On dirait un emballage cadeau. L’ensemble se
complète par un string sur lequel un nœud identique au haut cache la féminité.
— Tu sors le grand jeu ! me tanne Nelly.
— C’est toi qui m’en as donné l’idée, dis-je espiègle en imaginant la réaction de l’homme qui
partage mes nuits.
— Passons en caisse et direction le spa. Je suis contente de te retrouver. Ça fait longtemps que tu
n’étais pas aussi détendue et toi-même.
— C’est l’effet Mickael ! Je me sens tellement bien avec lui.
Quand mon amant rentre à la maison quelques heures plus tard, je l’attends dans la cuisine. Je
suis en train de lui préparer des lasagnes, un de ses plats préférés. Je me sens tellement bien chez lui
que j’ai l’impression d’être chez moi, chez nous. Cependant, je n’oublie pas que je suis hébergée à
titre gracieux et je m’applique à ma manière de participer aux dépenses ou tâches ménagères. C’est
pour cela que je cuisine presque tous les soirs. Et aussi parce que j’adore ça. Voir Mickael s’extasier
devant ma cuisine m’apporte un plaisir inhabituel. J’espère que la surprise que j’ai prévue va lui
plaire.
— Hummm ça sent bon.
— On mange italien ce soir, ça te va ?
— Lasagnes ?
J’acquiesce et me retourne finissant de saupoudrer de gruyère et parmesan le plat.
— Les tiennes sont mes préférées, me dit Mickael en m’enlaçant par-derrière et en déposant un
baiser sur la nuque. Tu m’as manqué. Ta virée shopping avec Clochette s’est bien passée ?
— Oui super. J’ai d’ailleurs un petit cadeau que je te donnerai tout à l’heure. J’espère que tu
apprécieras.
— Si ça vient de toi, forcément. Je vais prendre une douche et j’aurai un dossier à clôturer avant
de dîner, ça ne pose pas de problème ?
— Aucun souci. Le plat n’est pas encore enfourné. Prends tout ton temps.
Après le repas, nous nous sommes installés devant un film quand Mickael a reçu un appel. Il s’est
absenté quelques minutes dans son bureau. J’en ai profité pour aller à la douche et me préparer.
J’entends Mickael s’installer dans la chambre et je rentre seulement vêtue de mon déshabillé.
— Il est l’heure de ton cadeau.
— Wahoo, tu es…si… parfaite.
Mickael se mord la lèvre et le regard brûlant qu’il pose sur mon corps me fait dire qu’il apprécie
la vue. Je minaude et me déhanche exagérément en me rapprochant de lui. Le message est clair, je
m’offre à lui, entièrement.
— Tu peux déballer ton présent quand tu le veux, annoncé-je d’une voix séductrice que je ne me
connaissais pas.
Il m’embrasse et défait le nœud de ma nuisette. Ses mains parcourent mon corps comme pour se
souvenir de chaque courbe. Je perds le sens des réalités quand sa langue et ses doigts entrent en
action. En quelques minutes, un orgasme intense me foudroie. Mais une fois de plus impossible
d’aller plus loin. Même si ces préliminaires sont fantastiques, j’ai besoin de plus, j’ai besoin de lui.
Quand je comprends que toutes mes tentatives échoueront, j’abandonne. Je prends place dans notre
position favorite, mon dos plaqué contre son torse. J’enlace nos doigts et embrasse sa main.
— Aime-moi, dis-je à voix basse en pensant qu’il ne peut m’entendre.
— Je ne fais que ça, me susurre-t-il me rapprochant encore plus près de lui.
Au moment où je commence à m’endormir, la voix de mon ami amoureux résonne.
— Je veux partager quelque chose avec toi demain. Habille-toi chaudement et laisse-moi te
surprendre.
— Tout ce que tu voudras.
Et je le pense vraiment. Avec Mickael, je suis prête à tout. Je m’endors heureuse, satisfaite et
frustrée. Cet homme est ma drogue et je ne peux plus me passer de lui.
Quelques heures plus tard, alors que le soleil se lève à peine, je me retrouve devant la maison en
compagnie de Mickael et nous attendons l’arrivée de Liam et Nelly pour nous rendre ensemble à la
destination finale. Je ne sais toujours pas ce qui nous attend, mais l’excitation de Mickael est
contagieuse. Une fois que nous sommes rejoints par nos amis, nous prenons la route. Une heure et
demie plus tard et malgré les nombreuses questions que nous avons posées avec Nelly, nous ne
savons toujours pas où nous allons. Le paysage se fait de plus en plus désertique et nous ne croisons
aucun véhicule ni indication routière. Ce qui est loin d’être rassurant. Alors que j’essaie, pour la
centième fois de la matinée, de deviner ce qui nous attend, je vois apparaître le panneau d’un
aérodrome.
— Qu’est-ce que nous faisons là ? dis-je un peu fippée.
— Dépasser nos limites. As-tu confiance en moi ? me demande Mickael en me tendant la main.
*
Mickael
Je tends ma main vers Justine pour qu’elle me donne le feu vert pour l’emmener au-delà de ses
limites. Mes paroles ont fait mouche, car elle me sourit et me donne sa main. Je la serre fort comme
pour l’en remercier.
— Je te l’ai dit Mickael que je te faisais confiance.
— Entre le dire et le prouver, il y a une grande étape. Je veux te faire découvrir une de mes
passions avec Liam.
— Je dois en avoir peur ?
— Pas si tu me fais confiance, tu risques sur le coup de me détester, mais je te promets que tu vas
vouloir recommencer.
— Arrête ce suspense et dis-moi.
— Du parachute !! hurle de joie notre amie Nelly. Elle saute dans les bras de Liam et l’embrasse
partout sur le visage.
— Elle rigole, c’est ça ? demande Justine en voulant retirer sa main.
Je me retourne pour être face à elle et lui prends son visage dans mes mains.
— Je te promets sur ma vie qu’il ne t’arrivera rien. Tu vas adorer. J’en suis persuadé.
— J’aime bien ma vie tu sais, et mourir dans moins d’une heure, ça ne me dit pas trop.
— Hors de question que tu quittes ce monde, alors que nous venons de nous retrouver.
— Au pire, je me serai envoyé en l’air avant de m’écraser comme une merde au sol !
Je ris ainsi que Liam, cette femme a le don de me surprendre. Elle peut dire des conneries
tellement énormes qu’on ne sait jamais à quoi s’attendre.
— Aussi paradoxalement que ça puisse l’être, tu ne seras jamais plus en sécurité qu’en sautant
avec nous.
— Bon, allons-y avant que je parte m’enfermer dans la voiture.
— Impossible Liam a les clés, et vu où ils les planquent il te faudra passer sur mon corps. Je ne
te laisserai jamais toucher mon ami de cette manière.
— Ahhh non, me voilà avec des images en tête.
Ma plaisanterie a eu le mérite de la faire rire et nous avançons tous les quatre vers le personnel.
Nelly n’arrête pas de sautiller tout en marchant près de Liam.
— Ils feraient un beau couple tous les deux, tu ne trouves pas ? chuchote Justine.
— C’est ce que je me disais justement. Comment va Nelly ?
— Comme toujours ! Un jour, elle rencontrera celui qui lui fera perdre pied, qui lui donnera la
confiance nécessaire afin qu’elle arrive à faire face à ses démons.
— Et quand on la voit avec Liam, je pense que ça ne saurait tarder.
— Je pense la même chose ! Je sais qu’il lui plaît. Mais sous sa folie et ses bonnes intentions de
vouloir aller de l’avant, j’ai peur qu’elle prenne peur et qu’elle le repousse alors qu’il serait parfait
pour elle ! Mais maintenant je ne suis plus seule, si elle a besoin d’un coup de pied aux fesses, tu
pourras m’aider.
— Je suis là, en effet, dis-je en lui embrassant son nez. Que penses-tu d’aller t’envoyer en l’air
maintenant ?
— Enfin ! répond-elle avec plein de malice.
— Ah ah ! Pas comme tu le sous-entends, petite dévergondée.
Liam est en train de fournir nos certificats, précédemment demandés à mon assistante à New
York, quand nous arrivons à leur hauteur. La main de Justine devient moite au fur et à mesure que
l’équipe leur explique le déroulement du saut. Une trentaine de minutes de cours accéléré du fait que
nous soyons aptes à sauter sans moniteur. Elles ont pu poser des questions, mais comme je répondais
souvent à la place du moniteur, Justine a fini par me les poser directement. Nous sommes fin prêts à
décoller. Nous nous équipons, je vérifie le matériel avec Liam et nous sommes ravis de constater
qu’il est de très bonne qualité.
Guillaume, l’instructeur, s’approche de ma petite amie pour vérifier si j’ai bien attaché son
harnais.
— Garde tes mains là où il y a besoin mec ! grogné-je.
— Je suis toujours pro ! Ne t’en fais pas même si j’admets que ta femme est très belle.
Justine commence à ouvrir la bouche sûrement pour rectifier l’erreur qu’il vient de faire, mais
j’aime qu’il pense que c’est ma femme. Je l’embrasse pour la faire taire, et l’emmène dans un
tourbillon de sensation en si peu de temps qu’elle se retient à moi quand je stoppe notre baiser.
— Oui ! Ma femme est parfaite, répliqué-je tout en regardant Justine dans les yeux.
— Bon Justine, c’est ça ? Vous avez le choix, soit vous sautez avec votre mari qui a toute
l’expérience nécessaire pour sauter en tandem. Soit…
— Avec mon. mon mari, répond-elle en me faisant un clin d’œil. Je lui fais entièrement confiance.
Mon cœur se serre de bonheur et de fierté à l’entendre dire à haute voix et devant des inconnus
qu’elle me fait enfin confiance. C’est ce que j’attends depuis mon retour. Je lui embrasse le front et
Guillaume ricane.
— J’aimerais que ma petite amie agisse de la sorte avec moi.
— Il faut lui laisser le temps, lui suggère Justine d’une voix mielleuse. Quand elle sera certaine
de ses sentiments pour vous, elle acceptera les choses les plus folles par amour ! Comme sauter dans
le vide !
— Ah bah ça va faire deux ans que nous sommes ensemble et dix ans que je pratique ce sport et
rien à faire elle refuse de se lancer.
— Elle n’aime simplement pas le fait de s’envoyer en l’air. Enfin… je ne veux pas dire que… Oh
mon Dieu…
— Ne t’en fais pas, j’ai l’habitude qu’on me taquine avec ce jeu de mots. Et de toute évidence, vu
comme tu rougis, ce n’était pas fait dans ce but précis.
— Pas du tout, désolée.
— Ce n’est rien, allez prête à t’envoyer en l’air ? la taquine-t-il.
— Allons-y !
Elle marche d’un bon pas pour rejoindre l’avion quand je l’attrape par la main pour l’embrasser.
— Waouh, que me vaut ce baiser ?
— Merci.
— De ? D’accepter de me jeter dans le vide ?
— Déjà oui, mais de me faire assez confiance pour sauter avec moi. Ça signifie tellement. J’ai
vraiment hâte de partager avec toi une de mes passions. Et, je te promets une folle nuit de sexe quand
nous aurons terminé ici.
— De nuit ? Mais on a terminé dans maximum deux heures, non ? Je vais devoir encore attendre ?
râle-t-elle.
— La nuit commencera exceptionnellement dès que nous aurons posé un pied chez nous. Et je te
promets de t’aimer les prochaines nuits de toutes les manières possibles !
— Oh mon Dieu, t’es en train de m’exciter alors que je vais sauter dans le vide à plus de 4 000
mètres d’altitude ? Allons vite sauter parce que je t’assure qu’avec ta promesse, j’ai étrangement
moins peur que toute à l’heure. Allez dépêche-toi !
J’éclate de rire et lui assure qu’elle ne le regrettera pas. Je serai à elle, entièrement à elle ce soir
et tous les autres à venir. Mon Dieu que je peux aimer ma petite femme ! Ma femme ? J’aime assez,
ça sonne super bien.
L’avion décolle, j’installe aussitôt Justine devant moi, d’une parce que je veux l’avoir près de
moi et surtout pour pouvoir nous attacher pour notre saut en tandem. Nous avons été surpris
d’apprendre que Nelly a voulu sauter avec Liam. C’est un pas énorme de sa part. Je suis soulagé et
heureux qu’elle s’ouvre à lui. J’ai souvent envie de lui raconter ce que Nelly a traversé pour le
protéger d’une éventuelle « bombe Clochette », mais ça serait trahir mon amie d’enfance. Elle le lui
dira, j’en suis certain. Quand je la vois si souriante et sans ses éternelles barrières qu’elle s’impose,
je me dis que notre avenir à tous les quatre s’annonce grandiose !
Guillaume s’occupe de la vidéo et s’assure de nos derniers ajustements. Il ouvre la porte, et
comme à chaque fois, je ressens cette excitation, ce bonheur de pouvoir lâcher prise le temps de
quelques minutes. Être loin de toute folie, de tout stress. J’aime sauter pour un tas de sensations.
— Tout va bien se passer, dis-je assez fort pour que Justine m’entende.
Elle me serre la main et me fait le signe que tout va bien avec son pouce. Liam me sourit et nous
nous donnons un petit coup avec nos poings et il pousse Nelly pour lui faire comprendre qu’il passe
devant pour tomber en arrière. Comme à son habitude Clochette prend ça avec le sourire. Elle nous
fait un salut digne des soldats et ils tombent de l’avion.
— Je ne te lâcherai jamais, je suis attaché, collé à toi.
— Promis ?
— Je mourrai mille fois avant qu’il ne t’arrive quelque chose.
Je me positionne, embrasse Justine dans son cou et je nous fais tomber dans le vide.
Putain que c ’est bon.
Le vent est frais et le paysage est incroyable. Nous avons un ciel avec quelques nuages, nous en
traversons un premier ce qui je pense fait éclater de rire ma petite amie. Elle me signale que tout va
bien. Je suis tellement content de partager ce moment avec elle !
Je repère rapidement Liam et Nelly et notre moniteur me rejoint en quelques secondes. Nous
rattrapons Liam et pour la vidéo nous avions décidé de faire quelques figures que nous sommes aptes
à réaliser. Les filles verront un peu comme ça, ce qu’il s’est passé. Car les premières fois que l’on
saute, soit on ferme les yeux en réaction au trop-plein d’air qui arrive sur nous et en nous, soit on ne
réalise pas vraiment ce que l’on vit. Le souvenir vidéo nous aide à comprendre que nous avons bien
sauté. Nous faisons une étoile rapidement à nous trois. Guillaume nous assure une dernière fois que
nos femmes vont bien avec des signes et un big sourire.
Il est déjà le moment d’ouvrir nos parachutes, nous nous éloignons les uns des autres et Liam
ouvre en premier puis nous le suivons de peu. Cette remontée dans les airs est encore mieux que
n’importe quel manège à sensation. Justine s’accroche aux sangles et les lâches pour taper dans ses
mains, j’espère que ce sont des applaudissements ou autres choses qui expriment sa joie.
La descente se fait en douceur, Liam entame son atterrissage. Je me déplace plus sur la gauche
pour les éviter et parle aussi fort que possible pour que Justine m’entende bien.
— Monte bien tes jambes !
— OKKKK. Ahhhhhhhhhh c’était génial chéri !
J’atterris sans mal et commence à la détacher quand Guillaume arrive également près de nous.
Elle est libérée du harnais et je ne comprends pas comment je me retrouve au sol avec elle sur
moi. Elle m’a littéralement sauté dessus sans que je m’y attende.
— Bah dis donc ! Je m’attendais à tout sauf à ça !
— C’était… Bordel c’était tellement génial ! J’ai envie de recommencer.
— Ah non ! Là c’est direction la maison, car j’ai vraiment envie de te faire l’amour. Ça fait des
semaines que j’attends ce moment !
— C’est si gentiment demandé qu’il m’est difficile de refuser.
— Hey il y a des hôtels pour ce genre de choses, relevez-vous tous les deux on y va !
— Nelly et sa délicatesse ! marmonne Justine en m’embrassant.
— Rentrons à la maison.
Nous nous dépêchons de retirer nos combinaisons, de remercier l’équipe qui nous enverra le film
prochainement. Justine me traîne ensuite jusqu’à la voiture et nous montons cette fois-ci devant. Je
veux avoir les mains occupées sinon je risque de faire de sérieuses bêtises si nous restons seuls à
l’arrière. Liam me sourit quand je le lui explique et me tend les clés sans souci. Ce trajet va me
sembler interminable.
Chapitre 10
Justine
La main de Mickael enserre la mienne sur le pommeau de vitesse et je me sens tellement bien. Je
n’en reviens pas de ce que je viens de vivre, de ce que nous venons de vivre. Pour un baptême de
saut en parachute, je ne pouvais rêver mieux. D’ailleurs, je pense sincèrement que je n’aurai franchi
le cap avec personne d’autre. Même Guillaume et ses dix ans d’ancienneté n’auraient pas pu me
mettre en confiance. Quand j’ai osé prononcer les mots que Mickael attendait depuis plusieurs
semaines, j’ai vu quelque chose changer dans son regard. Et quand nous avons fait le grand saut, j’ai
eu l’impression de me retrouver enfin entière. Je n’ai pas hésité une seule seconde à mettre ma vie
entre les mains de mon homme, et je sais que je recommencerai autant de fois qu’il le veut. Avec lui,
je suis plus vivante que je ne l’ai jamais été, plus heureuse que je n’aie pu l’espérer. Et voir à quel
point il croit en nous, en notre avenir, me submerge. Sa conviction quant au fait qu’il est l’homme
qu’il me faut me donne envie de lui rendre la pareille. Je veux être celle qui lui est destinée, son
évidence. En cet instant précis, je me fais la promesse de toujours faire passer son bonheur avant le
mien.
Je quitte la route des yeux quelques secondes pour admirer le profil viril de mon homme. Qu’il
est beau ! Je remarque sa mâchoire contractée et quand son regard croise le mien, il n’est rempli que
de désir. Nous allons enfin nous aimer entièrement, sans barrière, sans crainte. Juste lui et moi, nous.
Une certaine impatience reprend vie en moi.
— Hey oh ! Ju, je te parle.
— Pardon, Nell, j’étais ailleurs.
— On ne te demande pas où, hein ? Sinon, nos oreilles risquent de saigner.
Je tourne la tête pour mieux observer mon amie et je remarque que Liam et elle sont plus proches
que d’habitude et que leurs mains sont jointes. J’espère que nous ne serons pas les seuls avec
Mickael à nous découvrir ce soir.
— Tu voulais quoi ?
— Savoir si ça vous dérange si on ne restait pas avec vous ?
— Ça tombe plutôt bien, je ne comptais pas vous demander de rester, avoué-je en rougissant.
Je croise le regard de mes trois compagnons de route et nous nous mettons à rire. Ce qui
désamorce immédiatement la gêne qui m’avait envahi quelques secondes plus tôt.
Dix minutes plus tard, nous nous garons et disons au revoir à nos amis. Je débrieferai avec Nelly
demain, je suis certaine que ce voyage en plein ciel a vu naître quelque chose de magique entre eux.
En espérant que cette fois-ci, elle ne foire pas tout.
— Rentrons chez nous, me susurre Mickael en déposant un baiser dans le cou.
Je ne lui réponds pas et l’attire contre moi en nous dirigeant vers la porte. Chez nous, ça sonne si
bien. Et quand il le dit, je sais que Mickael le pense. C’est notre maison, notre nid. Nous passons la
porte, blottis l’un contre l’autre et à peine la porte refermée, je suis simplement écrasée contre le mur
le plus proche. Le corps de mon homme me recouvre et ondule contre moi. Une de mes jambes va se
crocheter instinctivement à sa hanche de façon à aligner nos deux sexes. Et le frottement qui en
découle est tout simplement merveilleux. Mes mains n’obéissent qu’à elles-mêmes et au désir qui
grandit en moi et essaient de déshabiller Mickael. De son côté, il est habité d’une frénésie qui
pourrait me faire peur. Son regard est devenu noir et sa force semble à peine maîtrisée. Il m’ôte ma
veste avec une telle fougue que je comprends que notre étreinte sera sauvage, bestiale. Il recule de
quelques centimètres pour me déchausser.
— J’ai tellement envie de toi, me dit-il en se replaçant face à moi.
— Je suis à toi.
— Oui, tu es à moi, confirme-t-il en m’embrassant sauvagement.
Ses mains sont partout sur moi, ses lèvres aussi au fur et à mesure qu’il découvre ma peau en
m’ôtant mes vêtements. Et moi, j’essaie juste de rester debout, de ne pas m’écrouler. Je subis les
sensations que seul Mickael peut éveiller en moi. Je ne sais pas comment ni en combien de temps,
mais je me retrouve nue contre lui. Après un effort surhumain, j’ai à peine pu lui enlever son tee-shirt,
le laissant torse nu.
Alors qu’il prend de la distance pour m’observer, il déboutonne lui-même son jean en même
temps qu’il quitte ses chaussures. Cette simple vue me rend folle et il me faut penser à respirer. Le
petit sourire qui vient naître sur son visage me fait comprendre qu’il sait l’effet qu’il a sur moi. Et
combiner à son regard appréciateur et incandescent, je comprends que ce n’est que le début. Je ne
sais pas si je vais survivre à ce qui va suivre, mais au moins je serai dans ses bras. D’un seul geste,
il se déleste de son pantalon et son boxer et je découvre l’objet de mes fantasmes. Même si je dors
nue depuis quinze jours avec Mickael, lui de son côté a toujours conservé son sous-vêtement. Je l’ai
donc senti contre moi, imaginé, mais jamais vu. Et je dois avouer qu’il est magnifique. Long et large,
il se dresse fièrement vers moi comme s’il me signifiait qu’il n’attendait que moi. Un petit
tressautement de sa part, comme s’il me demandait de me rapprocher, me fait me décoller du mur
contre lequel je prends appui depuis l’ assaut de Mickael. Je n’ai pas le temps de faire un pas que
mon amant me saisit dans ses bras faisant enrouler mes jambes autour de sa taille. Une de ses mains
atterrit sur mes fesses qu’il presse contre son bassin. Le contact de nos peaux est électrisant. Je gémis
de plaisir quand Mickael referme sa bouche sur la mienne étouffant mon cri. Nos langues se séduisent
dans une danse affamée. Je n’ai jamais autant aimé embrasser quelqu’un de la sorte. Son autre main
se referme sur mon sein au moment où son gland se positionne à l’entrée de mon intimité. Front contre
front, Mickael suspend son baiser et cherche une dernière confirmation dans mes yeux. Je rapproche
alors mon bassin du sien et fais pénétrer son gland de quelques centimètres. Tout le corps de mon
homme se raidit et je jure voir apparaître une flamme dans son regard. Il est alors vorace et
m’embrasse fougueusement en même temps qu’il me pénètre jusqu’à la garde. Il se fige lorsqu’il est
au fond de moi et cette sensation est fabuleuse. J’ai rêvé ce moment tellement de fois, que je n’ose
croire ce qui m’arrive.
— Hey, ça va ? me demande-t-il en essuyant une larme solitaire sur ma joue. Je ne t’ai pas fait
mal ?
— Non, je suis simplement heureuse. Fais juste que ça ne s’arrête jamais, lui réponds-je avant de
l’embrasser.
Les mouvements de Mickael se font amples et profonds. Je ressens tout, chaque frottement,
chaque caresse, chaque frisson. Je n’ai jamais connu ça. C’est magique, c’est fort, c’est intense. Il ne
me faut que quelques minutes pour être prise de convulsion et de vivre le meilleur orgasme de tous
les temps. Je tremble de toute part quand je sens le sexe de Mickael prendre encore plus d’ampleur
avant de succomber au plaisir au plus profond de moi. Il me serre plus fort dans ses bras et
m’embrasse de partout.
Il nous garde dans cette position, lui figé en moi, alors que nous montons dans la chambre
retrouver le moelleux de notre lit. Il m’installe confortablement tout en se détachant de moi. Il revient
rapidement une serviette humide dans une main. Il me la remet et me sourit.
— C’était wahouuu… Merveilleux, fantastique, unique. Je n’ai jamais connu ça.
— Oui c’était parfait. Depuis que tu m’as avoué ne jamais avoir eu de rapports sans protection,
même avec l’autre abruti, je n’ai rêvé que de ce moment. Que tu m’accordes ta confiance et que nous
ne fassions qu’un.
— Ça ne pouvait être que toi, Mickael. Ça a toujours été toi.
Mon amant entend ma confession et vient s’allonger sur moi pour m’embrasser. C’est un moment
intime et doux que nous partageons. Des baisers et des caresses que nous avons retenus trop
longtemps et qui sont si naturels entre nous. Une pause tendresse dans un univers de passion.
— Tu veux manger quelque chose ?
— Toi, réponds-je espiègle. Je rêve de te déguster, sous toutes les coutures.
— Serais-tu du genre insatiable ?
— Sûrement l’effet Mercier.
— Je m’en voudrais de te laisser mourir de faim alors, me dit-il avec un clin d’œil.
Il se rallonge sur le dos et m’invite à le rejoindre. À califourchon, j’entreprends de découvrir du
bout de la langue chaque centimètre carré de son corps. Après de longues minutes, où sa respiration
se fait plus courte et rapide, où ses doigts se referment sur les draps, je voue un culte charnel à son
sexe. Je le lèche, le suce, l’embrasse, l’aime comme je souhaite le faire depuis toujours. Quand il
n’en peut plus, Mickael me retourne, me plaquant contre le matelas, et s’engouffre au plus profond de
moi jusqu’à ce que le plaisir nous emporte.
Blottis dans les bras l’un de l’autre nous savourons ce moment avant que le sommeil nous
emporte. Si je croyais savoir ce qu’était l’amour avant lui, je me trompais. Il est l’amour, il est mon
amour, mon homme. Et je donnerai ma vie pour lui.
Chapitre 11
Mickael
Je me réveille agacé par un bruit qui va ruiner ma journée. Je déteste être pris d’assaut par mon
téléphone. Comme si je ne passais pas tout mon temps avec lui. Il va bien finir par s’éteindre. Je
resserre mes bras autour de Justine, qui se blottit contre moi. Ses fesses contre mon sexe qui pour le
coup est lui aussi prêt à attaquer cette journée. Je la regarde dormir, elle est si paisible, j’ai pensé et
rêvé plusieurs fois notre première nuit. Je dois admettre qu’elle a dépassé toutes mes espérances. Ma
Justine est incroyablement sensuelle et tellement généreuse. Je n’ai jamais eu autant l’impression
d’être aimé.
— Tu peux répondre, s’il te plaît ? marmonne ma petite amie endormie. J’ai l’impression que
nous venons de nous coucher. Il est quelle heure ?
— Il est… merde tout juste six heures du matin.
— Réponds, je t’en prie, ta sonnerie me tape sur le système. Et c’est sûrement important.
— Je pourrais aussi m’occuper de toi et les rappeler ensuite.
— Tentant. très tentant même. Mais généralement quand on nous appelle à cette heure-ci c’est
rarement pour nous souhaiter une bonne journée.
— Je n’ai vraiment pas envie de répondre. J’ai vraiment envie de te faire l’amour. Je
commencerai par t’embrasser ici… bisous…
— Hum. Mick… Réponds !
— Je vais l’envoyer chier et reprendre ce que je comptais te faire.
— Mais ça ne fait que quatre heures qu’on dort ! Tu m’as littéralement épuisée. Je ne sais même
pas si je vais être apte à sortir de ce lit.
— Notre lit Justine ! Le nôtre !
— Ouais. Réponds et laisse-moi prendre des forces.
— Je t’ai connue moins grognon, tu es toujours comme ça après une nuit de sexe ?
— Je suis toujours comme ça quand je dors moins de six heures. Et j’en suis encore loin. Alors,
si tu veux disposer de mon corps à nouveau je t’en prie, réponds à ton foutu téléphone.
— Bien m’dame.
— Merci.
Elle replonge la tête dans les oreillers en plumes en soupirant d’aise. J’attrape mon téléphone et
réponds avant même de sortir de la chambre.
— QUOI ?
— Je suis sincèrement désolée de vous déranger Monsieur.
— Allez droit au but Martine. Vous m’avez appelée une dizaine de fois, que se passe-t-il ?
— Un souci avec la livraison des marchandises pour le magasin de Paris. Le camion a dû faire un
énorme détour et il a été pris pour cible.
— Pour cible ? hurlé-je ce qui réveille Justine une bonne fois pour toutes.
— Qu’est ce qu’il se passe chéri ?
En temps ordinaire son mot doux m’aurait fait du bien, mais là je ne pense qu’aux répercussions
de ce problème.
— Un souci au boulot. Rendors-toi ma puce, je vais continuer l’appel dans mon bureau.
Elle me sourit et se rallonge dans notre lit.
— Dîtes moi tout ce que vous savez Martine. Je veux tout savoir.
— Monsieur Mercier, votre chef de la sécurité est déjà sur le coup. Apparemment, des hommes
cagoulés ont simulé un accident et ont barré la route. Ce qui avait fait dévier notre trajectoire de
quelques kilomètres.
— Mais quel intérêt de faire ceci ? Les chauffeurs n’ont rien eu ? Pas de blessés ?
— Un seul est à l’hôpital la salpêtrière pour un coup reçu à la tête. Ils n’ont pas pu les identifier.
— À cause de leur cagoule, j’ai bien compris Martine. Appelez Arthur pour qu’il prépare le jet et
prévenez-moi de l’horaire. Merci Martine.
— Désolée Monsieur, mais il me semblerait que votre succès en dérange certains en France.
— J’en ai bien l’impression.
Je raccroche et jette mon téléphone sur mon bureau. Qui peut bien faire ça ? Voler du maquillage
sérieusement ? Génial, je n’avais pas prévu d’aller à Paris maintenant, dire que cela me contrarie est
un faible mot. Je sors de mon bureau et retrouve ma future femme dans la cuisine en train de me servir
un jus d’orange. Elle est épuisée, elle a enfilé un de mes tee-shirts qui lui arrive au-dessus de ses
genoux. Elle lève son doux visage vers moi et son sourire me touche et efface ce début de journée
catastrophique.
— J’ai cru comprendre que tu allais avoir une dure journée. Alors, rien de tel qu’un bon petit-
déjeuner pour aller mieux. Assieds-toi et déguste.
Je m’approche d’elle et la serre contre moi tout en lui embrassant la tête. Ses cheveux sentent le
soleil, les vacances, mon envie d’évasion à ses côtés se fait de plus en plus pressante.
— Tout va bien se passer, me dit-elle en m’embrassant dans le cou.
— Je suis content que tu sois ici. Promets-moi d’être encore ici à mon retour.
— Je serai là ce soir quand tu rentreras du travail. Oui.
— Je veux dire que j’aimerai vraiment que tu restes ici.
— Aujourd’hui je dois clôturer définitivement mon bail de l’appartement, je comptais en
chercher un autre pour ne pas m’imposer chez toi.
— C’est ça que tu ne comprends pas, Justine. Cette maison, je l’ai choisie en t’imaginant à mes
côtés. Si tu n’es pas là, autant aller à l’hôtel. Il n’y a aucun intérêt d’avoir cette baraque si tu n’es pas
ici avec moi. C’est notre lit, notre cuisine, notre douche. Hey, pourquoi pleures-tu ? J’ai dit quelque
chose qui ne fallait pas ?
— Tu dis tout ce qu’il faut ! dit-elle en essuyant une larme sur sa joue.
— Je vais trop vite ? J’ai tellement joué au con avec toi ma puce, j’ai l’impression que
maintenant que j’ai enfin ce que je désirais depuis si longtemps tu vas me filer entre les doigts. Si
j’étais fou et si j’étais sûr que tu me dirais oui, je te demanderai de m’épouser afin de te garder près
de moi. Je pourrais perdre ma société, je pourrais devenir pauvre, mais vivre à nouveau sans toi, je
ne le pourrai pas Justine. Je t’aime. Je t’aime tellement.
Je la prends dans mes bras et l’embrasse avec une telle ardeur que nos dents s’entrechoquent. Ses
mains s’agrippent à mes cheveux. Ses jambes se retrouvent autour de mes hanches et je la plaque
contre le réfrigérateur. Je découvre avec plaisir qu’elle n’a pas remis de sous-vêtements. Mes doigts
caressent son mont de vénus et commencent à lui donner du plaisir. Je me sens l’homme le plus
chanceux d’avoir cette femme incroyable dans ma vie. Ses premiers gémissements viennent à mes
oreilles comme la plus douce des mélodies. Je glisse deux doigts dans son intimité et sa bouche fond
sur mon cou et j’y sens ses dents me mordre.
— Petite sauvage ! Tu vas y laisser des traces.
— Je marque… humm… marque mon territoire. Tu es à moi autant que je suis à toi.
Ses paroles me font un bien fou comme un baume apaisant qui me calmera quand j’y repenserai
quand je serai dans l’ouragan professionnel qui s’annonce.
— Je ne t’abandonnerai plus jamais ma puce, dis-je en continuant ma délicieuse torture qui
l’amène à un hurlement de plaisir.
— À chaque fois que je jouis, j’ai l’impression de sceller mon âme un peu plus à la tienne.
— J’aime ça ! Je suis désolé, mais je dois me préparer pour aller à Paris. On a des soucis avec la
livraison.
— C’est ce que j’ai cru comprendre. Mais tu ne veux pas qu’on s’amuse un peu avant ton départ ?
— Quand je te vois ainsi, les joues roses, les lèvres gonflées et les yeux remplis de désir pour
moi, j’en ai vraiment envie, chérie. Mais je dois vraiment y aller. Tu accepteras de venir me
rejoindre pour l’ouverture du magasin ?
— Je pense pouvoir me libérer quelques jours. Je prendrai le train ou…
— Ne dis pas de bêtises. Je t’enverrai le jet, je te veux à mes côtés rapidement. Je sens que je
vais avoir besoin de toi ces prochains jours. Je ne sais pas ce qui se passe, mais rien de bon va en
sortir.
— Tu me fais un peu peur là !
— Pardon. Je dois vraiment aller me préparer. Au fait, ne crois pas que je ne t’ai pas entendu tout
à l’heure, mais tu y vas avec Nelly à ton ancien appartement ? Car sinon ça pourrait attendre mon
retour, non ?
— Liam, c’est proposé sauf si tu as besoin de lui ?
— C’est parfait, il pourra s’absenter quelques heures ne t’inquiète pas pour ça. Va te reposer il
est encore trop tôt pour que ta journée commence.
— Je vais aller travailler. Je peux t’emprunter ton bureau ?
— Bien sûr.
Je l’embrasse et monte rapidement me préparer. Douche, valise. Un dernier baiser à Justine, et en
moins de trente minutes je suis prêt à partir dans le merdier qui m’attend.
*
Justine
Cela ne fait que deux heures que Mickael est parti et il me manque terriblement. Je crois que je
me suis attachée à lui comme une enfant à son doudou. Et aujourd’hui, j’ai le chagrin de la gamine qui
l’a perdu. Cette nuit a marqué un tournant dans ma vie, dans notre vie, c’est une évidence. Je ne serai
plus jamais seule. Le savoir a des centaines de kilomètres de moi, et cela pour quelques jours, me
déstabilise. Je n’ai connu cette sensation avec personne d’autre. C’est lui, c’est nous qui rend tout
cela magique et naturel. Il est une extension de moi, l’air dont j’ai besoin pour respirer. Je suffoquais
depuis quinze ans, son retour m’a donné un nouveau souffle. Je décide de boucler rapidement mon
rendez-vous avec le propriétaire et Arnaud afin que cette histoire soit définitivement derrière moi et
de rejoindre Mickael dans la journée. Je ne veux plus être séparée de lui.
— Coucou Juju, me salue Nelly au téléphone. Nous sommes en bas, on t’attend pour ton rendez-
vous avec le diable.
— J’arrive tout de suite.
Je suis surprise de la présence de ma meilleure amie. Liam devait m’accompagner pour me
permettre de déménager les dernières choses qui m’appartiennent dans l’appartement. Il ne m’a pas
parlé de la présence de Nelly lorsqu’il s’est proposé pour m’accompagner. La connaissant, elle n’est
pas étrangère à sa présence ce matin. Je me doute qu’elle voulait que je sois accompagnée par un
homme pour empêcher mon ex de redevenir violent et que le choix de Liam s’est imposé à elle, car il
saura la maîtriser si c’est elle qui dépasse les bornes.
— Salut, annoncé-je en prenant place dans la voiture et en leur faisant la bise. Finissons-en
rapidement, je veux aller retrouver mon homme au plus vite.
— J’ai eu Mickael au téléphone un peu plus tôt, m’informe Liam. Il est bien arrivé et m’a
demandé de t’en informer. Il te contactera dès qu’il aura une minute. Mais avec le merdier qu’il doit
gérer, je pense que ça ne sera pas avant un moment.
— Pfïïf…
— Je ne te demande pas comment tu vas alors ? questionne Nelly.
— J’ai hâte que tout soit derrière moi pour pouvoir me concentrer sur mon avenir.
— Tu veux qu’on t’accompagne dès le début ? me demande Liam.
— Non, si ça ne vous gêne pas. Nous avons d’abord rendez-vous avec le propriétaire pour finir
de régler les questions administratives. Mais dès que cet épisode est passé, je vous appelle pour me
rejoindre. Je veux éviter de me retrouver seule avec Arnaud.
— Nous serons là, répondent-ils d’une seule voix.
Cette remarque en stéréo a l’avantage de nous faire rire. Je remarque alors une nouvelle
complicité entre mes deux amis. Il est évident que Nelly va avoir des infos croustillantes à me
donner. Il ne nous faut que vingt minutes avant d’atteindre mon ancien quartier. Et même si une boule
d’angoisse grossit au fur et à mesure que je me rapproche de ce lieu, j’essaie de ne rien laisser
paraître. Je sais que ma meilleure amie n’est pas dupe, mais je fais comme si je ne m’apercevais pas
de ses regards appuyés et de ce que je lis dans ses yeux.
— Je vous appelle dans quelques minutes.
— Tu es sûre que tu ne veux pas qu’on t’accompagne ? me questionne-t-elle.
— Je ne vais pas vous faire attendre dans le couloir alors que vous pouvez rester dans cette
voiture confortable quand même. Et rassurez-vous, je ne resterai pas avec Arnaud, je raccompagnerai
Mr Dinon à l’accueil et je vous appellerai. Ça vous va comme ça ?
— OK, à tout de suite.
Je salue de la main mon ancien concierge et prends l’ascenseur. Je ne pense qu’à retrouver
Mickael et c’est ce qui me donne la force et le courage dont j’ai besoin pour affronter mon ex. Je
sonne à la porte, ne voulant pas me servir de mon trousseau de clés pour pénétrer dans ce qui n’est
plus mon chez-moi. Les secondes me paraissent interminables avant que la porte ne s’entrouvre.
— Bonjour mon ange.
— Bonjour Arnaud. Mais mettons les choses au clair, je ne suis pas ton ange.
— Entre, je t’en prie.
Il est trop doux, trop calme pour que tout soit normal. Vu ce qu’il m’a dit la dernière fois,
j’imaginais un accueil froid, distant, colérique.
J’entends le verrou se refermer derrière moi et je comprends que quelque chose ne va pas.
— Où est M. Dinon ?
— Il arrivera dans quelques minutes, j’ai reporté le rendez-vous pour que l’on puisse se parler
tranquillement. Je savais que tu n’accepterais jamais de me voir seul…
— Donc tu as menti et m’as encore manipulé. C’est une habitude apparemment. Nous n’avons
plus rien à nous dire Arnaud. Notre dernière conversation a été plus que claire et ta violence a
enterré toute possibilité de communication entre nous. Laisse-moi partir.
— Mais c’est toi qui m’as poussé à bout. Je ne t’aurai jamais levé la main dessus si tu ne m’y
avais pas contraint. Tu ne comprends pas que je t’aime et que je te veux toujours à mes côtés malgré
ta petite crise ?
— Tu es complètement fou ! Comment oses-tu me dire que tu m’aimes après ce que tu m’as fait ?
Et qui sait si je serais sortie vivante de ces murs si on ne t’avait pas arrêté.
— Tu dramatises, comme toujours. Ce n’était qu’une petite pichenette. Tu t’es blessée en tombant.
Ce n’est pas ma faute. Je t’aime, tu m’entends ?
— Mais la différence est bien là, moi je ne t’aime pas.
— Tu vas me dire que tu es amoureuse de ce connard ?
— Ne mêle pas Mickael à cela.
— Tu le penses parfait ton chevalier en armure ? Mais est-ce que tu le connais vraiment ? T’a-t-il
parlé de la femme qui lui tenait compagnie il y a encore quelques semaines et dont plus personne à de
nouvelles ? Karen Rivers a disparu de la surface de la Terre et comme par hasard ton Mickael revient
ici. C’est étrange non ?
Karen Rivers, K, comme le K tatoué dans le dos de Mickael ? Je ne peux pas croire ce que sous-
entend Arnaud, l’homme que j’aime serait responsable de la disparition d’une femme ? Non, c’est
impossible. Je ne veux pas y croire.
— Il a le droit d’avoir un passé comme tout le monde. Et j’ai confiance en lui, entièrement
confiance.
À ces mots, mon ex redevient celui qui m’a fait face quelques semaines auparavant. Tout au long
de notre relation il me reprochait régulièrement de ne pas avoir confiance en lui, et là il comprend
qu’un autre a réussi à obtenir ce qu’il souhaitait, et en un temps record. Ses traits se déforment et la
rage qu’il cachait jusque-là explose.
— Ma mère avait raison, tu n’es qu’une salope et tu n’es pas digne de moi. Mais si tu penses que
je vais m’arrêter là, tu te trompes. Tu l’aimes ton Monsieur parfait ? Alors puisque tu y tiens tant, je
vais le détruire et toi aussi par la même occasion. Il sera tellement écœuré par ce que tu auras
provoqué qu’il t’abandonnera et que tu finiras seule. Je te laisse le choix, quitte-le et reviens-moi ou
je fais parvenir à la presse une sextape de nous deux que j’ai eu l’intelligence de filmer et j’égratigne
l’image de la compagne officielle du petit prodige français qui a fait fortune aux États-Unis.
Je suis sous le choc. Il y a trop d’informations dans ce qu’il vient de me dire. Mais une chose
m’interpelle plus que les autres.
— Une sextape ? Mais je n’ai jamais fait cela.
— Je dois dire que quand Mère me l’ a conseillé, je n’ai pas vraiment cru ce qu’elle me disait.
Mais aujourd’hui, je sais qu’elle avait raison. Il me fallait une garantie avec toi, un moyen de
pression pour que tu reviennes à la raison le moment venu.
Il sort son téléphone et enclenche une vidéo. Ce que je vois m’écœure. Il nous a réellement
filmés. Et mon visage est très clairement exposé et se reflète dans le miroir de la chambre. Il faut que
je tente le tout pour le tout.
— Mais si tu diffuses cette vidéo, tu te mets en danger toi aussi, ainsi que ta mère et ta société.
— Que tu es bête, regarde mieux. Tu as vraiment cru que je ne penserai pas à tout ?
Je regarde à nouveau, et ce que je n’avais pas remarqué auparavant me saute aux yeux. Arnaud est
complètement masqué par des ombres. On ne distingue que sa silhouette. Il sera totalement épargné si
cette affaire s’ébruite.
— Je te laisse une semaine pour prendre ta décision. Après cela, la vidéo sera envoyée aux
journaux et je me charge de détruire ce connard. Évidemment si tu ébruites le moindre mot de ma
proposition je te garantis que ton chéri prendra cher pour ton insolence et ton incapacité à prendre les
bonnes décisions.
Je n’ai pas le temps de répondre que la sonnette résonne. Arnaud range son téléphone, retrouve
son apparence de gendre idéal et va ouvrir. M. Dinon entre accompagné de Nelly et Liam qui
remarquent immédiatement mon malaise. Nelly s’approche de moi et me prend la main.
— Ma juju, ça va ? me chuchote-t-elle.
— Non rien, ne va. Rien et j’ai sûrement tout perdu.
Je signe les derniers papiers du propriétaire dans un épais brouillard. Vais-je devoir renoncer à
Mickael et perdre le seul homme que je n’ai jamais aimé ?
Je reste silencieuse un long moment. Je suis anesthésiée, perdue. Et soudain, alors que Liam nous
ramène chez moi, je lui demande.
— Liam, connais-tu la signification du tatouage de Mickael ?
— Euh… Oui, m’avoue-t-il mal à l’aise. Je connais toute l’histoire, mais ce n’est pas à moi de
t’en parler. Désolé, rajoute-t-il en voyant mon visage se durcir à travers le rétroviseur. Mickael t’en
parlera, j’en suis certain.
— Très bien. Je vais vite me préparer une valise et pourras-tu me déposer à l’aéroport pour que
je prenne un avion pour Paris. J’ai besoin de le retrouver.
— Tu ne veux pas nous dire ce qu’il s’est passé avec Arnaud, me questionne Nelly qui était
restée silencieuse jusque-là.
— Laisse-moi digérer et je t’en parle rapidement, promis.
Je vois à son regard qu’elle ne comprend pas. Nous nous sommes toujours tout dit. Mais je ne
peux pas en parler devant Liam. Il répéterait tout à Mickael. Et je me dois de le protéger avant tout.
Dès que je serai seule, je contacterai Nelly pour tout lui dire.
Je suis dans l’aéroport et attends mon vol dans l’espace VIP. Je n’ai pas voulu que Liam
prévienne Mickael, mais il a insisté pour que je sois le plus confortablement installée sur un vol
commercial. Il me reste une heure avant l’embarcation et décide de contacter Nelly pour lui raconter
mon entrevue et l’ultimatum que mon ex m’a fait subir. Je l’entends râler, jurer, crier, hurler,
s’indigner, grogner, menacer au for et à mesure de mon discours. Si ma Clochette croise Arnaud, je ne
donne pas cher de sa peau ou de celles de ses attributs. C’est un homme mort d’après elle. J’en rirais
si je n’étais pas aussi éteinte de l’intérieur. En reportant mon entrevue à mon amie, je me rends à
l’évidence, je n’ai pas de solution miracle. Je vais profiter de cette semaine qu’Arnaud m’accorde
pour dire adieu à l’homme que j’aime.
— Il faut que tu parles à Mickael, me conseille Nelly.
— Tu as raison. Je vais le rejoindre et lui dire ce que j’ai sur le cœur.
Je vais lui dire que je l’aime et qu’il a changé ma vie. Je vais vivre passionnément ces quelques
heures de calme avant que la tempête ne s’abatte. Lui dire adieu sera la chose la plus difficile que je
serai amené à faire, mais le savoir en paix, loin des manigances d’Arnaud est la seule motivation qui
m’anime.
Chapitre 12
Mickael
— Ou nous en sommes ? demandé-je avec impatience.
— La livraison arrivera d’ici quinze minutes, quatre vigiles sont devant le magasin et une
patrouille de police a rejoint le livreur depuis une vingtaine de kilomètres comme vous l’aviez
demandé.
— Bien. J’en ai plus que marre de cette journée. Elle est interminable, marmonné-je dans mes
mains. Le GPS du camion a été enclenché ?
— Oui dès son départ du port. Tout est sous contrôle. Vous pouvez rentrer si vous le souhaitez, je
vous enverrai un message pour vous prévenir de l’arrivée du stock.
— Merci Martine, promettez-moi de rentrer chez vous une fois que tout sera réglé. Vous avez été
parfaite aujourd’hui, je suis content de vous avoir au sein de mon équipe et de vous avoir choisie
pour être la directrice de cette boutique. Vous avez ma confiance absolue.
— Merci Monsieur Mercier. Bonne soirée.
Sur ces paroles, je retourne à mon bureau où comme un abruti j’y ai laissé mon téléphone
personnel. Tellement pris par cette journée que j’ai à peine pensé à Justine. Je m’en veux, mais je
sais qu’elle va bien. J’ai reçu un message de Liam me disant que tout allait bien. Mon chauffeur
m’attend en bas de l’immeuble pour me ramener dans ma chambre d’hôtel. Je déteste dormir dans ces
chambres impersonnelles, maintenant que Justine partage mon lit depuis plusieurs semaines, j’ai
encore plus de mal à dormir sans elle. Je suis complètement accro ! Quand la situation sera un peu
plus calme, j’irai sûrement faire un tour chez Cartier. Oui. J’ai besoin de savoir qu’elle ne me
quittera pas, qu’elle sera toujours là pour moi, pour nous.
Après plus de trente minutes en voiture, merci aux bouchons parisiens, je suis enfin arrivé. Je n’ai
qu’une envie c’est de prendre une douche et d’appeler Justine.
À peine entré dans ma suite, je remarque un changement dans celle-ci. Les lumières sont tamisées.
Je pose ma sacoche près du canapé, je découvre un chemin de bougies allant vers la chambre, j’ouvre
un peu plus grand les doubles portes et reste figé le temps de comprendre ce qui se passe. Des
bougies absolument partout servent de lumière, le lit en est entouré laissant un passage pour que j’y
accède et surtout que j’y retrouve mon ange qui s’est endormi sur les draps. Je prends quelques
minutes pour profiter de ce tableau magnifique. Je la prends en photo même si je n’oublierai jamais
cette image qui est gravée à jamais en moi. Sa nuisette est assez courte pour que je voie qu’elle n’a
pas de culotte. Je retire mes vêtements en essayant de ne faire aucun bruit. Je suis tellement content
qu’elle soit ici, je suis comme un gamin qui est sur le point d’ouvrir ses cadeaux.
Sa position allongée sur le dos me facilite grandement ce que j’ai en tête. Je retire mon boxer et
monte aussi doucement que possible sur le lit. Elle doit dormir depuis un moment, car elle ne bouge
pas du tout. J’en viens même à me demander si elle respire encore. Je pose mes lèvres sur son cou et
sens son pouls ce qui me rassure et m’excite aussitôt. Je continue de l’embrasser sur cette partie de
son corps, puis sur sa mâchoire. Ses lèvres s’entrouvrent pour y laisser passer un gémissement de
plaisir. Je vérifie qu’elle est réveillée, mais elle a toujours les yeux fermés. Je place ma jambe droite
entre les siennes afin de pouvoir atteindre son sexe. Elle est tellement belle dans cette position et à la
lueur des bougies.
Note à moi-même : acheter un tas de bougies en rentrant chez nous !
Ma bouche se pose sur son clitoris et commence doucement à l’aspirer, l’embrasser, le caresser
avec ma langue. Ses jambes s’agitent autour de moi, ce qui me permet de les lui attraper afin de
m’installer correctement pour la rendre folle.
— Hummm, souffle-t-elle en attrapant mes cheveux.
— Bonjour mon ange.
— Continue s’il te plaît. C’est… Oui voilà, c’est parfait.
Je souris à entendre ses compliments, j’ai remarqué depuis nos premières fois et maintenant,
qu’elle ose de plus en plus se libérer et me dire ce qu’elle souhaite. Je trouve ça tellement excitant et
bon quand il y a une totale confiance. Je glisse deux doigts dans son intimité ce qui la réveille pour
de bon. Son bassin n’arrête pas de bouger dans tous les sens, signe d’un orgasme imminent. Je pince
volontairement son clitoris tout en ajoutant un troisième doigt ce qui la fait exploser de plaisir. Pas
peu fère de moi, je me relève pour remonter vers son visage et la pénètre aussitôt. Je sens encore son
sexe se contracter autour de ma queue. Je dois prendre un instant afin de ne pas jouir dans la foulée.
— Tu es trempée ma beauté ! dis-je en lui embrassant le nez.
— Je t’attends depuis plusieurs heures, j’ai eu le temps de penser à toi et à ce que tu allais me
faire !
— Je vais tenter de me rattraper de t’avoir fait attendre. Tu aurais dû me prévenir, je serai venu
plus tôt.
— Tout va bien, mais ça ira mieux quand tu recommenceras à bouger chéri. J’ai besoin de toi.
Fais-moi l’amour, s’il te plaît.
— Tu vas bien ? demandé-je un peu surpris par sa voix douce.
— Maintenant que tu es ici, tout va bien. Tu m’as manqué. Je…
— Oui ?
— Je t’aime, n’en doute jamais, promis ?
— Evidemment, rien ne nous séparera, tu es autant à moi que je suis à toi. Je ne laisserai rien, ni
personne, t’arracher à moi.
Mes lèvres sont prises d’assaut par sa bouche pulpeuse et nous faisons l’amour avec une nouvelle
intensité. C’était encore plus fort, plus complice, plus doux. Si elle ne m’avait pas avoué ses
sentiments à ce jour, je l’aurai compris après notre nuit. J’ai cette femme dans la peau.
— Merci d’être venue me rejoindre, dis-je en la serrant contre moi. Tu veux venir prendre une
douche avec moi ?
— Je suis épuisée, je t’attends.
— Je t’apporte une serviette pour te nettoyer.
— Tu es adorable… Merci.
À peine le temps de revenir avec le linge que je la retrouve endormie. Je m’applique à lui donner
un coup de propre et l’installe correctement dans le lit défait par notre étreinte passionnée. Une
douche et au lit, je vérifie avant mon portable j’avais oublié la livraison. Rassuré que tout soit bien
arrivé je vais pouvoir profiter d’une bonne nuit avec Justine dans mes bras.
*
Justine
Je suis dans les bras de mon homme et pour une fois c’est moi qui le regarde dormir. Il est épuisé
même s’il ne l’avouera jamais. Cela fait deux jours que je l’ai retrouvé par surprise et je sais que j’ai
pris la bonne décision. Être avec Mickael est la chose la plus naturelle qui soit pour moi. Je me sens
complète quand il est là. Je me lève sans le réveiller, il a besoin de se reposer. Ses cernes se font de
plus en plus visibles au fl des heures. Il ne me dit pas réellement les soucis que rencontre sa société
pour l’ouverture de sa boutique dans la capitale, mais vu le temps qu’il passe au téléphone quand
nous sommes ensemble, j’en déduis que c’est assez sérieux.
En me dirigeant dans la salle de bains pour un brin de toilette, je récupère mon téléphone. Je vais
en profiter pour donner de mes nouvelles à Nelly. Je sais qu’elle s’inquiète pour moi. Je referme la
porte et éclaire mon écran. Et c’est le choc, une terrible nausée me prend et je déverse le contenu de
mon estomac au-dessus de la cuvette. Il me faut quelques minutes pour me ressaisir et d’affronter ce
qui m’a rendu malade.
« Tic tac… Tout comme Cendrillon tu prendras la fuite avant qu’un malheur n’arrive.
N’oublie pas que ton prince Charmant a tout à perdre. »
Ce SMS est accompagné d’une photo sur laquelle Mickael et moi nous nous sourions. C’est un
cliché qui a été pris la veille, au restaurant.
Mais comment est-ce possible ? Arnaud est-il ici, sur Paris ? Dans le même hôtel que nous ?
Nous suit-il ? Ou a-t-il des complices ?
— Allô, Nelly ?
— Euh oui ma Juju, si tu m’appelles sur mon téléphone, il est normal que ce soit à moi que tu
parles.
— Pardon, désolée…
— Qu’est ce qu’il se passe ? Tu as pleuré ? Tu as une drôle de voix.
— Il est là, quelque part. Il est là et il nous surveille.
J’explique alors à Nelly le message, ma réaction et la peur qui grandit en moi.
— Je ne veux pas que Mickael subisse quoi que ce soit par ma faute. Je préfère partir et le laisser
en paix plutôt que d’être près de lui et de le voir souffrir par ma faute.
— Mais pourquoi ne lui parles-tu pas ?
— Il a tellement à gérer en ce moment que je ne vais pas en rajouter une couche. Si tu le voyais,
tu comprendrais.
— Laisse-moi t’aider alors, laisse-nous t’aider. Liam s’en veut de ne pas avoir pu empêcher cet
enfoiré de te parler.
— Mais il n’y a rien à faire, ma Clochette. J’ai déjà réfléchi à toutes les options. Au plus tard, le
soir de l’ouverture, je devrais quitter Mickael pour lui permettre d’avoir l’avenir qu’il mérite.
— Ça nous laisse quelques jours pour trouver une solution. Profite de chaque moment avec lui,
nous assurons vos arrières.
Nous raccrochons quelques minutes après et je me faufile sous la douche pour laisser mes pleurs
s’exprimer sans alerter mon homme qui dort tranquillement. C’est terrible j’ai l’impression d’être
une condamnée qui voit un accident se produire sans pouvoir l’empêcher.
Enroulée dans une serviette, je me rapproche du lit. Mickael a changé de position et son dos est
exposé à ma vue. Le tatouage qui m’intrigue depuis des semaines me saute au visage. J’aimerais
tellement savoir.
— Je sens que tu me regardes, me dit-il le visage enfoui dans l’oreiller.
— Que veux-tu je suis envoûtée. Impossible de détacher mes yeux de toi.
— Mmmmm viens par là.
Je me penche sur lui, embrasse sa nuque et trace de mes doigts le contour de son tatouage. Je le
sens se crisper sous mes caresses.
— Je t’ai promis de te parler de ce tatouage et de ce qu’il signifie. Je crois que c’est le bon
moment.
Je m’immobilise me rappelant les paroles d’Arnaud. Mickael serait-il responsable de la
disparition de cette femme ? Sa voix rauque remplie d’émotion me fait comprendre que sa confession
est un sujet délicat.
— Quand je suis arrivé aux États-Unis, je ne connaissais personne. Mais vraiment personne.
Enfin, sauf ma mère. Mais on peut dire que je ne la connaissais plus. Depuis la mort de papa, elle
n’était plus elle-même. Comme si elle était morte en même temps que lui. Je me suis très vite senti
seul. Et même si je passais mon temps à travailler et que j’étais complètement débordé, la solitude
me dévastait. C’est au cours d’une soirée de gala que j’ai rencontré Karen. Elle était serveuse et
passait une mauvaise soirée. Son manager profitait de toutes les occasions pour la rabaisser en public
et lui promettait le licenciement si elle n’obéissait pas. J’ai été révolté d’entendre cela au détour d’un
couloir. J’ai pris sa défense et lui ai offert un poste le soir même dans mon entreprise. Rien
d’extraordinaire, mais cela lui convenait. Notre entrevue s’est terminée avec cette phrase « Je n’ai
pas de frère, mais si j’en avais eu un, j’aurais aimé qu’il agisse comme toi ». Depuis ce soir-là,
Karen est devenue comme une petite sœur pour moi. Il n’y a jamais rien eu de plus entre nous, mais
elle faisait partie des personnes qui comptaient le plus pour moi. J’aurai tout fait pour elle, pour la
protéger.
— Oh… Mais… Où est-elle aujourd’hui ?
— Elle est morte. Il y a un peu plus d’un an. Une leucémie fulgurante.
Je sens l’émotion l’envahir. La perte de son amie est encore très vive.
— Ce jour-là, j’ai perdu une amie, une sœur. Et je lui ai fait une promesse.
— Laquelle ?
— Te retrouver et me battre pour toi.
— Quoi ?
— Karen savait tout de notre histoire, de mes sentiments. Elle a très souvent voulu que je
reprenne contact avec toi et sur son lit d’hôpital, la veille de son départ elle m’a fait faire une
promesse. Et je devais te remettre quelque chose.
— À moi ?
— Oui.
Il se lève, ouvre son attaché-case et retire une enveloppe.
— Mais qu’est-ce que c’est ?
— Je ne sais pas, je ne l’ai pas lu. Depuis son départ, j’ai toujours à portée de main ce courrier.
— Je peux ?
— Je t’en prie. Je te laisse l’ouvrir pendant que je prends ma douche.
Il me dépose un baiser sur le front et sort de la chambre.
J’appréhende ce que je vais découvrir. Je ne connais pas Karen, mais je sais qu’elle compte pour
Mickael et que ce courrier a une réelle importance pour lui. J’expire un bon coup et me lance.
Bonjour Justine, Si tu lis cette lettre, c’est que mon idiot de « grand frère » est enfin devenu un
homme et qu’il a osé te retrouver. Je voudrais que tu saches que je n’ai jamais vu un homme aussi
amoureux. Tu n’es pas là, mais je te connais. Michael parle si souvent de toi que tu fais partie de
ma vie. Tu es son repère, sa référence, son point de comparaison. J’ai été jalouse à un moment, pas
de toi, mais de cet amour si fort qu’il ressent pour toi. J’aurai aimé qu ’un homme m ’aime au tant
qu ’il t’aime. Et j’espère qu ’ilte l’a dit, sinon mets-lui une tape derrière la tête pour moi. Il est
parfois un peu têtu.
J’espère que vous pourrez vivre une vie heureuse. Et que vous n’oublierez jamais que c’est
l’amour qui est Ce moteur de l’existence. flime-Ce comme ilt’aime et vous aurez tout gagné. Il
n’hésiterait pas à donner sa vie pour (a tienne. Il t’aime comme aucun autre homme ne pourra
t’aimer.
Karen.
Je suis émue des mots qu’une inconnue a pour moi. Et les deux dernières phrases résonnent en
moi comme une évidence. Personne n’aimera Mickael comme je l’aime et je n’hésiterai pas à me
sacrifier pour lui. Et c’est d’ailleurs ce que je m’apprête à faire si Liam et Nelly ne trouvent pas de
solution.
Quelques heures plus tard, alors que nous nous promenons main dans la main dans les jardins du
Trocadéro, j’ai l’impression d’être observée. Je dois sûrement m’imaginer cela, car nous sommes
vraiment noyés dans une foule de touristes. Mickael s’éloigne et se dirige vers une buvette quand mon
téléphone m’annonce l’arrivée d’un SMS. Je me précipite dessus espérant vivement des nouvelles de
ma meilleure amie. Mais la déception est grande quand je reconnais le numéro.
« Profite, ce sera bientôt terminé… tic tac… »
Le message est clair et la photo qui l’accompagne encore plus. Ce sentiment que je percevais tout
à l’heure se révèle exact. On nous observe. Comment expliquer ce cliché pris il y a quelques minutes
lorsque Mickael replaçait une mèche de mes cheveux que le vent faisait voler ?
Je transfère le message à Nelly en lui précisant « Je ne peux rien faire, il m’observe. Il saura
tout si j’en parle à Mickael. Il ne doit rien savoir au cas où vous trouvez une solution. Je vais
perdre mon homme et je ne m’en remettrai pas. Cette fois-ci, je n’en aurais pas la force »
Les deux jours qui suivent je vis un véritable déchirement. À chaque moment heureux que je
partage avec l’amour de ma vie, un message de plus en plus violent survient. Et lorsque le jour du
gala arrive, les messages se font plus nombreux. Chaque heure, je reçois un décompte et des menaces.
Je suis à bout de nerfs et prête à tout laisser tomber. Je vais m’effondrer, c’est certain. Je rentre dans
la chambre de l’hôtel après une séance chez le coiffeur et je découvre les lieux vides. Mickael n’est
pas là. Je découvre sur le lit une immense boîte de créateur et une note manuscrite : « Quand j'ai vu
cette robe, j'ai su qu'elle était faite pour toi. Tu la rendras sublime et je suis l'homme le plus
heureux et chanceux de la terre de t'avoir à mes côtés. J'ai dû m'absenter, pour des dernier
préparatifs, je viens te chercher à 21 deutes. Je t'aime »
Alors que je caresse avec délicatesse l’étoffe, un SMS m’arrache à mon admiration.
« Tic… Tac, l’heure est venue Cendrillon. Prends la bonne décision sinon le gala se
transformera en pugilat »
Impossible pour moi de permettre à Arnaud de ruiner cette soirée. Mickael y travaille depuis
tellement longtemps. À contrecœur et les larmes aux yeux, je m’empare d’un bloc-notes et adresse à
l’homme que j’ aime mes derniers mots.
« Je dois partir et cela m’arrache le cœur. Je le fais pour toi et par amour. J’aurais tellement
aimé que tout soit différent. J’espère qu’un jour tu trouveras la force de me pardonner et que tu
comprendras. Je m’en vais, mais je te confie mon cœur et mon âme. Ils t’ont toujours appartenu et
ils t’appartiendront toujours. Désolée. Je t’aime tant. »
Je rassemble mes affaires et passe la porte. Je dois rentrer sur Bordeaux et alors que je m’installe
dans le taxi qui me mène à l’aéroport, une pensée s’envole vers nos amis.
Liam et Nelly, malgré votre bonne volonté, vous n’avez pas pu nous sauver.
Chapitre 13
Mickael
J’arrive enfin à l’hôtel pour récupérer Justine. Je suis pourtant parti avec de l’avance, mais ces
bouchons parisiens sont tenaces. Il ne me reste seulement qu’une demi-heure avant l’ouverture autant
dire que c’est très tendu. Le ciseau devra patienter un petit peu pour couper ce beau ruban rouge.
Théâtral ? Oh oui, mais les gens aiment tellement ça !
— Justine, c’est moi, où es-tu ma jolie ? J’espère que tu es prête, ils ne nous restent que très peu
de temps.
Je pose ma veste pour me changer rapidement.
— Justine ? Tout va bien mon cœur ? Tu es trop concentrée pour me répondre ? dis-je en allant
vers notre chambre.
Toujours rien et je m’aperçois qu’il n’y a ni musique de fond, qu’elle ne chantonne pas comme
elle le fait à chaque fois qu’elle se prépare. J’ouvre la porte de notre chambre et je vois la boîte de
créateur posée sur le lit. Je cherche aussitôt Justine partout dans notre suite. Et aucune trace d’elle. Je
prends mon portable et tente de la joindre. Répondeur aussitôt. Je tente ainsi cinq fois de suite. Je
commence à tourner comme un lion en cage. Je contacte Nelly, répondeur également. Bordel de
merde à quoi leur servent leurs téléphones si elles ne répondent jamais ?!
Liam. Il faut que je l’appelle. Il répond à la première sonnerie.
— Enfin quelqu’un qui me répond à son foutu téléphone, répliqué-je énervé.
— J’allais te contacter Micke.
— Micke ? Tu m’appelles comme ça à chaque fois que la situation devient grave ! Tu sais où est
Justine ? Elle n’est pas ici. On devait aller à l’ouverture du magasin. On doit y être dans trente
minutes et elle n’est pas là. Sa robe est toujours sur le lit. Je ne comprends rien putain !
— Calme-toi tu veux ? Je comprends à peine ce que tu me dis tellement tu débites de paroles. Je
t’appelle surtout pour ta mère !
— Il manquait plus que ça ! Elle a fait quoi cette fois ? Se balader nue dans central parc contre la
fourrure ? Elle s’est trouvé un petit jeune ? Qu’est ce qu’elle a bien pu trouver pour me pourrir la vie
? Et demande à Nelly pour Justine, je ne comprends rien et je n’aime pas ça. Je ne le sens pas du tout
! Elle était étrange ces derniers jours, mais je pensais que c’était parce que je n’étais pas très présent
pour elle. Liam sérieusement, tu sais quelque chose ?
— Bordel, je déteste faire ce genre de chose par téléphone.
— Faire quoi putain !
— Promets-moi de ne pas péter un plomb et de me faire confiance.
— C’est totalement le genre de phrase qui fait paniquer Liam ! Dépêche-toi !
— Ta mère est à l’hôpital à New York. Elle a eu un malaise lors d’un enregistrement pour le
journal télévision pour le lancement de la marque en France.
— Eh merde ! C’est grave ? demandé-je en m’asseyant au bord du lit.
— Je pense sincèrement que tu devrais aller la voir rapidement. Il parle d’une tumeur agressive.
— Pardon ? Une tumeur ? Parfait ! Justine qui…
— Qui quoi ? Elle a ses raisons certes. Mickael ? Tu es là ?
— Je viens seulement de remarquer une note à côté de la boîte, elle a dû glisser quand je me suis
assis sur le lit.
— Oui et ?
— C’est une lettre de Justine. Elle dit devoir me quitter et qu’elle le fait par amour et pour moi.
C’est quoi ce délire ? Elle est où putain ? dis-je en frappant dans le mur assez fort pour que Liam
l’entende.
— Le mur n’a rien ?
— Va te faire foutre, tu crois vraiment que j’ai envie de rire ? J’apprends que ma mère est
sûrement dans un état très préoccupant, que je dois aller la retrouver et la femme que j’aime disparaît
sans plus d’explication. C’est quoi ce cirque ?
— Pour Justine, c’est à cause d’Arnaud. Il a menacé de dévoiler certaines informations qui
pourraient te nuire et elle a accepté de te quitter afin de t’éviter une mauvaise réputation alors que ta
société vient de sortir ici. Elle l’a fait pour toi.
— Quelles informations ?
— Cet enfoiré l’aurait filmé à son insu pendant leur…
— J’ai compris. Je vais le briser. Je vais.
Toc Toc Je pars en direction de la porte en espérant que ce soit celle que j’aime et que tout ceci
ne soit qu’un cauchemar. Mais c’est une gouvernante qui me tend une lettre sur un plateau d’argent et
s’en va en me souhaitant une bonne soirée.
— Mickael ? Qui c’était ?
— Une lettre, attends je l’ouvre.
J’ai gagné. Elle est à moi.
— Mickael ?
— Je vais lui faire la peau. Il a Justine !

*
Liam
— Tu ne peux pas être partout Micke.
— Mais tu ne comprends pas ? Je ne peux pas la perdre, pas encore une fois !
— Je sais, mon pote. Écoute, avec Clochette, nous allons régler l’histoire de Justine et je te
promets que tu vas la retrouver. Nous avons déjà des pistes pour faire tomber cette enflure.
— Des pistes ? Mais depuis quand tu es au courant ?
— Depuis quelques jours, nous avons conseillé à Ju de te parler, mais elle n’a pas voulu te
rajouter des soucis avec le stress que tu accumules déjà.
— Et tu n’as pas pensé à me prévenir ?
— Micke, ce n’était pas à moi de le faire.
Nelly, ma jolie Clochette, se positionne devant moi et me mime qu’elle parle avec sa meilleure
amie.
— Nelly est au téléphone avec ta femme, mon pote. Nous nous en occupons. Contacte l’hôpital
pour ta mère et s’il faut envole-toi pour New York. Tu peux compter sur moi pour réduire en miettes
Arnaud.
— Grrrr je déteste devoir lâcher les rênes comme ça.
— Je sais, mais tu peux me faire confiance.
— Très bien, mais je veux être au courant de tout, tu m’entends, de tout. Même si ça doit faire
mal.
— Promis.
Je n’ai jamais entendu Mickael si désemparé, même après la mort de Karen. Je le connais par
cœur et je sais qu’il doit être en train d’enrager. Il vaut mieux que je gère moi-même le cas Arnaud
pour éviter à mon ami de finir derrière les barreaux. La voix chantante de ma petite fée me sort de
mes pensées.
— Juju, calme-toi et reviens. Avec Liam nous avons un plan. Magalie doit rencontrer Arnaud
dans une heure. Elle est notre alliée et parole de Clochette avec ce qu’on lui réserve, il va te laisser
tranquille pour un moment. On doit y aller d’ailleurs, mais nous serons joignables à tout moment.
Profite de ton vol pour te calmer, laisse-nous gérer et téléphone à ton chéri, il est fou d’inquiétude.
Elle raccroche et souffle un grand coup avant de me dire :
— Allez Roméo, allons sauver l’honneur de notre amie et donnez une bonne leçon à cette
pourriture.
Elle s’avance vers moi et dépose un léger baiser sur mes lèvres. Mon corps entier réagit à cet
effleurement et mes bras se referment sur son corps. Je l’emprisonne dans une étreinte non contrôlée.
Cette femme causera ma perte, j’en suis sûr, mais je ne peux y résister. Elle est parfaite et elle est
blottie contre moi.
— Tu es extraordinaire princesse, tu le sais ? Tu m’impressionnes.
— Tu pourras me le dire une fois que tout sera terminé, me répond-elle en rougissant.
Une demi-heure plus tard, nous retrouvons Magalie dans un café afin de finaliser notre plan. Cette
femme m’a tout simplement épaté. J’avais gardé un souvenir d’elle assez désagréable après la soirée
revival, mais elle est réellement différente de ce qu’elle laisse apercevoir. Elle n’a pas hésité à aider
Justine en la prévenant des frasques de son fiancé de l’époque et aujourd’hui elle est le bras armé de
notre stratégie. Sans elle, nous n’aurions pas le pouvoir que nous avons. Elle a aidé et s’est
personnellement impliquée dans cette action quitte à se mettre en première ligne. Elle a toute mon
estime et je la protégerai comme je protégerai Justine et Nelly.
— Ne t’inquiète pas, nous serons juste à quelques tables de toi. Tu ne risques rien.
— Oh, mais il ne me fait pas peur, j’ai connu pire, tu sais. Et je vais prendre un malin plaisir à le
voir se décomposer. On va lui apprendre que l’on ne peut pas utiliser et blesser les personnes de
cette façon.
— Montre-moi le résultat final, dit Clochette d’une voix impatiente. Je n’ai vu que la maquette et
c’était déjà parfait, mais je veux voir ce que ça donne en vrai.
— Fais-toi plaisir.
Magalie nous tend le magazine qui mettra à terre Arnaud et je savoure la une « Arnaud Neuville,
manipulateur et violent : le véritable visage du gendre idéal. »
Nelly a trouvé la parade la plus efficace pour répondre aux manigances d’Arnaud. Il fallait le
blesser là où il aurait mal. Et sa précieuse image est la seule chose qui compte plus que tout pour lui
et sa mère. Il ne nous a pas été difficile de créer un dossier à charge entre les SMS de menace qu’il a
envoyé à Justine et qu’elle nous transférait, le certificat médical pour coups et blessures établi
quelques semaines plus tôt. Et pour encore plus égratigner son image, Clochette a fait appel à une de
ses amies qui l’a séduit et a pris quelques clichés qui prouvent son infidélité. Autant vous dire que
s’il ne fout pas la paix à notre amie, sa vie va voler en éclat. Car nous n’hésiterons pas à diffuser
nationalement ce magazine. Je prends quelques photos grâce à mon smartphone pour les transférer à
Mickael et lui faire un topo de la situation. Il a besoin de savoir que nous gérons parfaitement le cas
Neuville.
— Il arrive dans cinq minutes, nous informe Magalie. Je laisse mon dictaphone tout enregistrer.
Dire que cet idiot pense qu’il vient pour une interview sur son mariage et sa fusion. Il va tomber de
haut.
Un sourire diabolique apparaît sur son visage et je comprends qu’il vaut mieux avoir cette femme
dans ses amis que dans ses ennemis. Elle a une revanche à prendre c’est certain et Arnaud sera celui
sur lequel elle va s’entraîner.
Nelly et moi nous installons à quelques tables et attendons fébrilement. Ma Clochette s’arme de
son téléphone et filme l’arrivée de ce connard. L’arrogance de cet homme est palpable. Il s’avance
comme s’il était le maître du monde et qu’il était supérieur à tous. Magalie est parfaite dans son rôle,
elle minaude devant lui et il se met à l’aise. Il baisse les armes, nous le remarquons tous les deux.
— Que le spectacle commence ! annonce Nelly.
En quelques secondes, la nonchalance d’Arnaud disparaît et ses traits se durcissent. Le piège se
referme et il devient lui-même la proie. À en croire son visage, il n’apprécie pas du tout le sort que
nous lui avons réservé. Une tension nouvelle se matérialise et ne voulant pas mettre en danger
Magalie, je me lève et rejoins la table à laquelle ils se trouvent.
— C’est très simple Mr Neuville, s’exprime Magalie d’une voix sûre, si vous ne souhaitez pas
apparaître sur la prochaine édition du « Free Celebrity », je vous invite à nous remettre l’originale de
la vidéo avec laquelle vous exercez un horrible chantage. Par la même occasion, vous abandonnerez
votre vendetta contre Mickael et vous oublierez jusqu’à leurs existences. Suis-je suffisamment claire
?
— C’est très clair Magalie. Mais laissez-moi vous dire que vous venez de signer votre mort
professionnelle.
— Je vous interdis de menacer une nouvelle personne, grondé-je. Vous avez joué et vous avez
perdu. Et si par malheur, je vous recroise, je vous assure que je ne serai pas aussi civilisé qu’en cet
instant ! dis-je en écrasant mon poing sur la table et en le regardant fixement.
— Des menaces Mr Carlson ?
— Non, des promesses !
Arnaud nous remet une clé USB, nous assurant qu’il s’agit du seul exemplaire. Il efface devant
nous la vidéo sur son téléphone. Il signe un document préparé par Magalie et l’avocat du journal lui
interdisant d’utiliser cette vidéo dans le futur si jamais il en avait gardé un exemplaire. Son téléphone
sonne et il lit rapidement ce que je pense être un message ou un mail. Il s’empresse de remplir les
conditions que nous lui avons imposées, se lève et s’en va sans nous adresser un mot. Quelque chose
ne va pas. Il a abdiqué trop vite, il a cédé sans protester. Et connaissant cette enflure, je suis persuadé
que la partie n’est pas finie.
— C’était trop simple, vous ne trouvez pas ? nous demande Nelly. Il n’a pas haussé la voix, ne
s’est pas énervé, rien.
— Nous sommes en public, il ne dira rien dans ces conditions-là, annonce Magalie.
— Je ne le sens pas non plus. Suivons-le et assurons-nous que Justine soit en sécurité, décidé-je
en escortant les filles vers la sortie.
— Elle vient d’atterrir, répond Clochette, elle prend un taxi pour retourner chez Mickael.
— Préviens-la que nous la retrouvons là-bas et qu’elle soit prudente.
Chapitre 14
Justine
Je suis dans un taxi qui me ramène à la maison de Mickael. Je suffoque déjà à l’idée d’y retourner
sans lui. Le quitter est plus difficile que je ne le pensais. J’ai l’impression d’avoir perdu mon souffle
depuis que j’ai passé la porte de la chambre d’hôtel.
— Tout va bien Madame ? s’inquiète le chauffeur.
— Oui, ça ira. Merci, ne vous inquiétez pas pour moi.
— Tenez, me dit-il en me tendant un mouchoir. Vous pleurez.
Je ne m’étais même pas rendu compte que des larmes cascadaient sur mes joues. J’ai besoin de
dormir et d’oublier cette douleur en moi. Je m’essuie, honteuse de me laisser aller de la sorte devant
un inconnu quand je reçois un SMS. Je n’ose plus regarder l’écran qui n’arrête pas de sonner depuis
des heures. Je comprends l’acharnement de Mickael, il a besoin de réponses, mais je sais que je
n’arriverais pas à m’expliquer une nouvelle fois. Malgré mes craintes, j’observe les mots qui défilent
sous mes yeux.
« Tu es libre. Nous avons récupéré la vidéo et Arnaud a signé les documents. Tu vas pouvoir
retrouver Mickael et vous vivrez heureux ! Nous te retrouvons chez vous, mais ouvre un œil en
attendant notre arrivée, nous voudrions éviter un nouveau rebondissement. »
Je n’ose croire les mots de Nelly, comment ont-ils réussi ? Elle n’a pas voulu m’expliquer en
détail leur plan, me demandant de lui faire confiance. Et j’ai confiance en elle, depuis toujours. Si
elle me dit que tout est OK, c’est que ça l’est réellement. Mais je n’arrive pas à réaliser que je vais
pouvoir retrouver mon homme. Une fois que j’aurai connaissance de tous les détails de cette histoire,
je contacterai Mickael et me jetterai dans ses bras s’il veut toujours de moi. Le taxi s’arrête et je me
rends compte que nous sommes déjà arrivés, je règle la course et m’apprête à sortir du véhicule.
— Merci pour votre gentillesse.
— Vous êtes certaine que tout va bien ?
— Oui maintenant, tout va bien.
— Je vous laisse ma carte si jamais vous avez besoin à nouveau de mes services.
J’accepte avec plaisir. Il est si agréable de rencontrer une personne qui se soucie de vous. Je
souris sincèrement en lui faisant un signe de la main. Je me trouve près de la porte d’entrée, à la
recherche de mes clés perdues au fond de mon sac à main, quand j’entends une voiture se garer un
peu plus loin. Mes amis ont le sens du timing, pensé-je alors que je me débats avec la serrure. Je
dépose mon bagage à l’intérieur quand des pas se rapprochent. Quand je me retourne pour faire face
à mes amis, je reçois un coup violent sur l’arrière de la tête qui me fait chuter et perdre connaissance.
Avant de sombrer, je distingue les mots suivants : — Si je ne peux t’avoir, personne ne t’aura. Tu es à
moi, salope. Je préfère te savoir morte que dans les bras d’un autre.
Arnaud…
Mon sang se fige, mon cœur s’arrête. Je savais que c’était trop beau pour être vrai. Il n’a pas
abandonné, au contraire. Il veut en finir.
Je reprends connaissance quand un liquide froid se déverse sur mon visage. Pendant une seconde,
je ne comprends pas. Où suis-je ? Et pourquoi ai-je si mal à la tête ? Et la réalité me rattrape quand
mon ex agrippe mes cheveux pour que je lui fasse face. Je pose un regard affolé sur celui qui a
partagé ma vie. Il ne ressemble en rien à celui que j’ai connu. Il est habité d’une telle haine qu’elle le
rend méconnaissable. J’essaie de me débattre, mais mes gestes sont impossibles. Je me rends compte
que je suis ligotée sur une chaise et que je suis à la merci de sa folie. C’est à ce moment précis que je
perds espoir et que je sais que ma fin est proche.
— Tu te réveilles enfin ? J’ai cru que j’avais tapé trop fort !
— Arnaud, pourquoi ? Pourquoi me détestes-tu autant ?
— Mais je ne te déteste pas, voyons. Je t’aime !
— Me tuer, me frapper, ce n’est pas ça l’amour ! m’indigné-je.
— Tu m’obliges à agir de la sorte. Tu aurais pu avoir la vie que tout le monde rêve. Être ma
femme, porter mes enfants, tout faire pour me rendre heureux, mais au lieu de ça, tu me trompes et te
fous de moi. Et pire que tout, tu envoies tes sois disant amis me menacer.
— Tu es fou. Une vie rêvée ? Nous n’avons pas les mêmes désirs.
— Avant l’arrivée de Mercier, tu étais heureuse avec moi. Il a tout détruit. Alors je vais lui
prendre ce qui compte pour lui. Toi et sa boîte. C’était tellement simple de lui mettre des bâtons dans
les roues ces derniers jours.
— C’était toi ? Ce que tu ne comprends pas Arnaud, c’est que Mickael n’a rien détruit entre toi et
moi. Il n’y a jamais rien eu de profond entre nous. Je ne t’ai jamais aimé.
Une violente gifle s’écrase sur mon visage comme réponse à ma dernière pique. Un goût
métallique emplit ma bouche et je comprends que ma lèvre vient d’éclater quand je vois le sang
couler abondamment sur mon chemisier.
— Ne me renie pas ! Tu m’as aimé et tu m’aimes encore.
— Je ne t’aime pas, réponds-je difficilement. Tu m’écœures.
Je ne sais pas comment, mais je me retrouve à terre et des douleurs insupportables naissent en
moi à chaque fois que le pied d’Arnaud entre en contact avec mon corps. J’essaie de me libérer, mais
les liens sont si serrés que je ne fais que rajouter des blessures à mes poignets endoloris. Un autre
coup s’abat dans mon ventre et un craquement se fait entendre. Ma respiration est de plus en plus
difficile, je ne peux même plus pleurer ou crier. Je ne suis pas anesthésiée par la violence des coups,
mais j’ai l’impression d’être une poupée de chiffon que l’on désarticule à tout moment. Un violent
coup de pied atterrit dans mes jambes faisant retourner la chaise dont je suis toujours prisonnière et
je sens mon bras se détacher du reste de mon corps. La douleur est atroce. Je me retrouve face contre
terre quand le pied d’Arnaud se pose sur ma tête.
— Tu as tout gâché. Mais je vais en finir avec toi.
Alors que j’attends la fin et la délivrance, rien ne se passe. J’ai l’impression de ne plus
appartenir à mon corps et mes sens ne sont plus opérationnels. La seule chose que j’entends c’est mon
souffle court, mes yeux sont clos et le goût du sang emplit ma bouche et mes narines. Je n’ai plus la
notion du temps ni de l’espace. Je sais juste que ma dernière pensée s’envole vers Mickael, mon
amour.
Je ne sens plus le pied d’Arnaud sur ma tête et je comprends que l’on me retourne. Il doit vouloir
voir mon visage au moment où j’abandonnerais mon dernier souffle. Mes yeux sont toujours fermés,
je ne veux pas lui donner ce plaisir. Je ne supplierais pas non plus.
— Oh mon dieu, Ju, réponds-moi !
— Nell ? demandé-je dans un souffle.
— Oui ma puce, c’est moi. Je suis là. Je vais te détacher.
— Va-t’en, Arnaud…
— Liam s’en occupe, me répond-elle d’une voix voilée.
J’ouvre enfin les yeux et découvre Arnaud et Liam en pleine lutte. Je ne distingue pas tous les
mouvements, car un voile gris m’empêche d’y voir clair. Mais Liam semble dominer Arnaud. Il le
chevauche et ses poings ne cessent de tomber sur le corps de mon ex.
— Je vais te tuer, rugit-il.
— Nell, empêche-le de faire une bêtise, la supplié-je.
Elle est tétanisée quand son regard se pose sur la scène à quelques pas de nous. Je sais qu’elle
traverse une crise, mais elle seule peut le sauver d’un avenir derrière les barreaux.
— Nelly, aide-le ! lui ordonné-je.
Elle se lève et se rapproche de lui. Elle lui parle doucement à l’oreille et il suspend son geste en
se retournant pour la regarder. Il semble sortir d’une transe, se reconnectant à la réalité. Il se redresse
et regarde le corps inerte d’Arnaud. Puis il tourne la tête dans ma direction et me rejoint en quelques
enjambées.
— Je suis désolé ma belle, je suis tellement désolé.
— Ce n’est… pas… toi… Aïe.
— Ne bouge pas, Nelly aide-moi à détacher Justine, va chercher un couteau dans la cuisine et il
faut appeler une ambulance.
— J’ai déjà téléphoné à la police et aux pompiers, répond ma meilleure amie.
— Merci. Il faut prévenir Mickael. Arnaud veut le détruire. aïe. il a des complices. aïe.
— Arrête de parler Justine, attendons les secours.
— Non. c’est important… Mickael.
— Tout va bien pour lui. Il va arriver à l’aéroport de Bordeaux avec le jet, car il doit retourner à
New York.
— Non. pourquoi. Je ne veux pas le perdre.
— Tu ne le perdras pas.
— Je dois le voir, maintenant. aïe.
— Non Justine, tu dois consulter un médecin.
Nelly revient de la cuisine et finit de défaire les liens. Elle m’aide à me relever et je prends
appui sur elle.
— Emmène-moi voir mon homme, Clochette et distribue un peu de poussière magique à Liam. Il a
l’air d’en avoir besoin.
Au moment où mes amis étaient prêts à céder, les sirènes des pompiers et de la police résonnent.
Quand je tourne la tête, j’aperçois Magalie sur le seuil de la porte en train d’accueillir les officiers
en leur présentant son téléphone. Elle doit sentir le poids de mon regard sur elle, car elle se retourne
et me dit : — J’espère que tu ne m’en voudras pas, mais j’ai pris quelques clichés et vidéos de ce
que tu as vécu depuis notre arrivée. Je remets tout cela à la police comme preuves à charge. Il ne
pourra pas s’en sortir cette fois-ci.
Je lui fais signe que je comprends son geste. Aujourd’hui, nous savons tous que les images sont
plus parlantes que le reste. Les secours s’approchent de moi et un médecin m’ausculte. Quelques
minutes plus tard, il m’annonce que je dois être transportée aux urgences pour des examens
complémentaires. Il m’administre une dose conséquente de morphine pour que mes douleurs soient
supportables le temps du trajet. Et alors que je sombre dans un état second à cause des antidouleurs,
je répète la seule chose qui m’intéresse.
— Mickael, Mickael, Mickael, ne m’abandonne pas.
*
Mickael
Je raccroche tout juste avec Martine, pour lui expliquer la situation dans laquelle je me trouve. Je
lui demande de m’excuser auprès de la presse et nos invités pour mon absence. Comme je m’en
doutais, elle ne pense qu’au bon rétablissement de ma mère. Je sais par expérience que je peux partir
en toute confiance. Mais je déteste quand un plan ne se déroule pas correctement.
J’ai fermé mes bagages en moins de dix minutes et monte en voiture alors que mon téléphone
sonne.
— Des nouvelles de Justine ? demandé-je sans préambule.
— Elle est dans un avion la ramenant à Bordeaux. Et nous venons de laisser partir Arnaud.
Mais…
Je ne le lui laisse pas le temps de terminer sa phrase que je lui demande des comptes.
— Mais quoi ?
— Écoute je sais que tu te sens mis de coté.
— Parce que tu crois que ça me plaît ? Ne pas défendre l’honneur de ma femme ? Vraiment Liam
? Tu en as d’autres des comme ça ?
— Je fais mon maximum, et tu sais que je ne laisserai jamais qui que ce soit faire du mal à nos
femmes ! Alors, baisse d’un cran et fais-moi confiance.
Je souffle le temps de nous laisser reprendre notre calme. Je sais que Liam ne laissera jamais rien
arriver aux filles. De par son passé, il ne supporte simplement pas qu’une femme soit blessée par un
homme.
— Je t’écoute, dis-je calmement.
— Magalie a bien récupéré la vidéo et lui a fait signer le document comme prévu. Mais tout était
un peu trop facile. Je ne le sens pas du tout ce mec. Son regard…
— Oui ?
Je remarque que nous sommes déjà sur le périphérique direction Orly. Liam prend une longue
respiration et sa voix se trouble le temps d’une seconde.
— J’ai déjà vu ce regard, Mickael. Et je sais que ça n’annonce rien de bon. Nous retrouvons
Justine chez vous. Mais nous sommes coincés sur la route. Magalie me dit que c’est à cause d’un
match à domicile. On se dépêche. Toi tu en es où ?
J’ai bien compris qu’il ne souhaite pas s’étendre sur les souvenirs que cette situation lui a fait
revivre en changeant de sujet.
— Je pense que nous serons à l’aéroport d’ici trente minutes. J’ai appelé directement pour que
mon jet soit apte à décoller. Dans toute cette merde, on a au moins la chance d’être encore dans les
délais avant suspension des vols de nuit.
— Tu vas directement à New York ?
— Non, je dois passer par Bordeaux. Je dois récupérer certains documents avant de repartir. Et,
j’aimerais discuter avec Justine. Roger m’a envoyé un message pour me dire que ma mère était
stable, mais qu’il la gardait pour deux voire trois jours.
— Bien. Tu sais qu’elle a fait ça pour toi.
— Me quitter ? demandé-je en ricanant.
— Oui. Je n’ai jamais vu un tel amour. Elle était prête à se sacrifier pour qu’il ne t’arrive rien.
Ne l’oublie pas quand tu la verras.
— J’ai une petite idée pour mettre sous terre ce déchet. Il comprendra qu’on ne joue pas à faire
peur à la femme que j’aime. Et que toute personne qui se frotte à mon couple s’en mordra les doigts.
— Toi, tu as un plan en tête et ça va lui faire mal.
— Très ! Je te laisse, je dois gérer quelques affaires justement avant de monter dans l’avion. Et,
retiens Justine. Je la veux chez moi quand je serai là.
— On roule enfin. À tout à l’heure. Je te promets qu’il ne la retient pas. Son message c’était pour
te mettre dans tous tes états. Il doit avoir un mec qui te suit. Il est malin. Il te pousse à bout. Fais
attention à toi.
— Vous aussi. À plus.
Je raccroche et demande à mon chauffeur le temps qu’il nous reste. Estimant, avoir le temps de
passer un appel à celle qui occupe mon esprit avant d’appeler Walter mon ami et avocat de la
société.
C’est le répondeur qui s’enclenche et je décide de laisser un message.
« Je sais que tu crois avoir pris la bonne décision, mais je pense que tu n’as pas compris ce
que j ’attendais de toi, de nous. Fais-moi confiance pour te le rappeler très rapidement. Je ne t ’ai
pas oublié pendant ces quinze putains d’années bébé, ce n’est pas un connard avec un complexe
d’infériorité qui arrivera à détruire tout ce que je construis avec toi. J’arrive et tu as intérêt à m
’attendre. T’enfuir sera une perte de temps. »
Maintenant mon avocat. Peu importe l’heure, il répond toujours. Après seulement quelques
sonneries, sa voix rauque due à la cigarette me répond.
— Monsieur Mercier. Que me vaut votre appel ? Un souci avec les boutiques ?
— Bonjour Walter, vous allez bien ? Ici tout se passe bien, après un petit souci de livraison.
L’ouverture à Paris se déroule actuellement. Mais je dois rentrer à New York ma mère est malade. Je
dois prendre les choses en main et lui donner les meilleurs soins.
— Oh ! Une femme si adorable, tenez-moi au courant surtout. J’irais lui rendre visite.
— Bien. Je vous appelle pour tout autre chose. J’aimerais que vous recherchiez tout, je dis bien
tout, sur la famille Neuville. Arnaud, le fils, a une société de maroquinerie de luxe avec sa mère. J’ai
cru comprendre que ce n’était pas une bonne période pour eux, en ce moment.
— En effet, on parle d’une prochaine fusion avec une autre société. Le conseil se plaint du
manque de rendement. La société est en faillite.
— J’aimerais connaître combien ça me coûtera de racheter leur part.
— Leurs parts ?
— Je veux les ruiner. Je veux qu’ils se retrouvent plus bas que Terre. Ils ont fait du mal à la
femme que j’aime.
— Vous avez retrouvé Mademoiselle Freya ?
— Pardon ? dis-je surpris de l’entendre prononcer le nom de Justine.
— Vous savez, je suis un ami de vos parents depuis de nombreuses années. Vos parents ont
toujours pensé qu’elle serait une épouse et une femme parfaite pour vous. Votre mère s’en est
énormément voulu de vous avoir éloigné d’elle à cause de la société.
— Je vois… réponds-je songeur.
— Je vous prépare un dossier complet sur la famille Neuville et leur part dans la société. Mais je
pense que ça ne tient plus qu’à un fl. Pour qu’on en parle ici, c’est que c’est vraiment un désastre. Les
boutiques ferment les unes après les autres en Amérique.
— Je vois. Je veux racheter leur part. Et les rayer du conseil. Je veux qu’il se retrouve sur la
paille. Ils devront choisir soit de travailler sous mes ordres ou bien de démissionner de leur poste.
Ils ont pris plus d’importance qu’ils en ont. Quelqu’un doit les refaire descendre sur terre.
— Et cette personne, c’est vous ? ricane mon ami.
— Non Walter, c’est nous.
— Je vois, je dois vous avouer qu’une de mes connaissances est justement au conseil. Et il parlait
de la fusion pour revendre la marque. Mais plus personne n’y croit. Elle est démodée. Je pense qu’il
suffirait d’un bon gros chèque pour les convaincre de vous laisser racheter la société et après vous
pouvez en faire ce que vous voulez.
— J’ai déjà quelque idée. Préparez un plan de reclassement pour les employés également. Pour
ceux et celles qui le souhaitent, ils pourront avoir la formation de French Makeup et travailler dans
les nouveaux magasins.
— J’aime votre bon sens M. Mercier. Votre père serait fier de vous.
— Merci Walter. Et arrêtez de m’appeler M. Mercier !
— Impossible.
— Tenez-moi au courant.
— Vous aussi pour votre mère.
— Promis.
Je raccroche et nous sommes déjà à l’aéroport côté VIP. Je remercie le chauffeur pour son
efficacité. Après un rapide contrôle de sécurité, je monte enfin au bord de mon jet. Je salue le pilote
et l’hôtesse. Nous serons à Bordeaux dans une heure. Nous devons décoller dans moins de cinq
minutes. Le timing est parfait.

*
Une heure plus tard.
Je retire le mode avion de mon téléphone et découvre deux appels manqués de Nelly et un de
Liam.
En montant dans la voiture qui m’attend, je rappelle mon ami pour avoir des nouvelles. Il n’a pas
le temps de me parler que les sirènes en fond me font comprendre que la situation est loin de s’être
calmée.
— Où est Justine ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi j’entends les pompiers ?
— Je suis tellement désolé Mickael.
— Désolé de quoi bordel Liam ? hurlé-je dans la cabine.
Le chauffeur patiente que je lui donne la destination.
— Liam, reprends-toi mon vieux !
— Il est arrivé avant nous, il… elle… putain j’allais le tuer, mais Clochette m’a retenu.
— ELLE EST OÙ ? crié-je pour le faire revenir à lui.
— Hey salut, Mickael. Je reprends l’appel, Liam est vraiment mal. Les pompiers emmènent
Justine à l’hôpital Pellegrin. Elle voulait te retrouver à l’aéroport, mais elle a reçu une bonne dose de
morphine pour la soulager.
— Elle. attends. Hôpital Pellegrin, dis-je pour le chauffeur qui d’un signe de tête me fait
comprendre qu’il en prend la route.
— Il l’avait attachée sur une chaise, il l’a frappée au visage et sûrement au ventre. C’était affreux.
On est tellement désolés Mickael.
— Vous êtes arrivé avant qu’il ne l’a tue. C’est tout ce qui compte. Elle va s’en sortir Clochette,
d’accord. Je suis navré que vous ayez dû vivre ça. J’aurais dû être là.
— Arrête, ça ne sert à rien de te faire du mal comme ça. Rejoins-nous à l’hôpital et elle ira mieux
en te voyant. Elle a peur pour toi. Malgré ses blessures, elle ne pensait qu’à toi et à Liam. Il était
comme possédé.
— Je sais. Juste… prend soin de lui Clochette. Cette soirée va l’éprouver plus qu’il ne le pense.
Soit là pour lui, s’il te plaît.
— Comment ça ?
— Vous avez tous les deux vos secrets ma belle.
— Je vois. On monte en voiture, on suit les pompiers.
— Bien, on se retrouve sur place.
J’entends un reniflement comme un pleur étranglé dans la gorge. Cette soirée va causer beaucoup
de torts à Liam et Nelly. J’espère simplement qu’ils seront assez forts pour y faire face. Leurs passés
à tous les deux n’a rien de simple et ils sont assez doués pour l’éviter.
Bip
« L’affaire sera vite réglée, c’est presque trop facile »
Le message de Walter me fait sourire. Je vais le réduire à néant. Le traîner dans la boue. Il a
touché Justine une fois de trop, il a simplement signé son arrêt de mort. Mais je suis plus intelligent
que cette vermine. Pour le moment, je dois penser à elle et à tout faire pour qu’elle se rétablisse
rapidement.
Quarante-cinq minutes plus tard, je suis enfin devant l’hôpital. J’entre et aperçois mes amis ainsi
que Magalie. Liam a sa chemise pleine de sang, mais je sais d’avance que ce n’est pas le sien. Il est
bien trop futé et a bien trop d’expérience dans les combats comme celui-ci pour se faire toucher. Ils
arrivent vers moi. Je prends Nelly dans mes bras. La dernière fois que je l’ai vue ainsi et sentie
autant trembler, c’est quand elle nous a raconté ce qu’il lui était arrivé pendant que Justine et moi-
même nous étions en vacances. Ce jour-là, j’aurais pu commettre un meurtre. Je la serre aussi fort que
possible. Ses mains s’agrippent à mes épaules. Et elle renouvelle sans cesse ses excuses au creux de
mon oreille.
— Moi aussi ma Clochette, moi aussi, dis-je plus pour les souvenirs qui lui reviennent qu’à cause
de cette soirée.
— Tu as pu parler à Liam ?
Elle me fait signe de la tête que non.
— Il… il était comme possédé, Mickael. Justine m’a supplié de l’arrêter, mais j’ai bien cru que
je n’y arriverai pas.
— Tu as réussi et n’oublie pas qu’il s’agit de Liam et pas de tes bourreaux. Ils ne te feront plus
jamais de mal.
— Je sais bien. Mais ce n’est pas facile.
Je la serre à nouveau dans mes bras quand Liam s’approche de nous avec un médecin.
— Docteur, est-il possible de la voir ? demandé-je avec un certain espoir.
— Elle a besoin de repos. Nous la montons à la radiologie en ce moment pour vérifier ses côtes.
Ils étaient plusieurs ?
— Juste un enfoiré a suffi à lui faire ces dégâts, grogne Liam.
— Il y a vraiment des pourritures dans ce bas monde. En tout cas, vous pouvez être rassurés, elle
s’en sortira. C’est une battante. Vous êtes Mickael ?
— Euh oui ! Nous nous connaissons ? demandé-je étonné.
— Simple déduction, elle ne cesse de répéter votre prénom depuis que nous l’avons prise en
charge. J’avertis les infirmières de venir vous chercher dès qu’elle sera en chambre.
— Merci beaucoup, Docteur.
— Prenez soin d’elle, j’espère que celui qui lui a fait ceci a été arrêté, dit-il en secouant la tête.
— La police se charge de lui, répond Nelly.
— Bien. Je vous souhaite une bonne fin de soirée messieurs dames.
Vingt minutes et deux cafés imbuvables de la machine plus tard, je peux enfin aller retrouver
Justine. Quand j’ouvre la porte, je la découvre en boule dans son lit. La chambre ne ressemble à rien,
c’est triste et déprimant. Il y a vraiment des changements à faire de ce côté-là. Elle a les yeux fermés.
Une rage s’empare de moi quand j’aperçois son visage bleuté sur la mâchoire. Ses lèvres, si belles
sont abîmées par les coups donnés. Je bous de l’intérieur et je me rends compte que ça ne suffira
jamais de le ruiner, de tout lui prendre. Je veux qu’il souffre. Je vais le détruire.
Ma main survole sa joue, je replace les quelques mèches folles derrière son oreille et dépose un
baiser sur son front.
— Hey, me dit-elle en guise de bonjour.
— Salut beauté.
— Je… aïe, murmure-t-elle en se mettant sur le dos.
— Doucement chérie. Tout va bien se passer à présent. Je suis là.
— Je suis tellement. tellement désolée d’être partie cet après-midi, chuchote-t-elle en pleurant.
— Chut, chut, ne pleure pas, je suis là. Je n’irai nulle part sans toi. Tu m’entends. Toi et moi nous
ne nous quitterons plus. Tu veux que je te dise ce qu’il va se passer ?
— Je t’écoute.
— Je vais te sortir de cette chambre dès que nous aurons le feu vert du médecin. Je t’amènerai
avec moi à New York. Nous irons rendre visite à ma mère, car cette dernière est malade et je dois
rapidement y aller. Mais je n’irai pas sans toi.
— Mais je ne sais pas si je pourrais m’absenter et prendre l’avion.
— Nous prendrons le jet privé pour que tu puisses te reposer au calme durant le vol. Je prendrai
soin de toi, je te ferai découvrir la ville qui m’a vu et fait devenir homme.
— C’est sympa comme plan, mais que va-t-il se passer pour Arnaud ?
— Je ne veux plus que tu t’inquiètes pour lui. Il fait partie de ton passé. Je vais le ruiner, je vais
le réduire à néant. Mais je te promets que plus jamais qui que ce soit osera nous séparer l’un de
l’autre. Tu aurais fui, je t’aurais retrouvée coût que coût. Comment as-tu pensé un instant que
j’arriverai à t’oublier alors qu’en quinze années je n’ai pas réussi !?
— Je t’aime Mickael. Tellement.
— Je t’aime aussi Justine. Rentre-toi bien ça dans la tête.
— Ensuite quel est ton plan ? demande-t-elle en tapotant sur le matelas afin que je m’y installe.
— Pousse-toi un petit peu, je vais te le dire, mais je veux te prendre dans mes bras.
Je l’aide à se déplacer afin qu’elle ne force pas sur ses blessures. Je retire mes chaussures, ma
veste et me glisse dans le lit. Sa tête au creux de mon cou, son souffle sur ma peau. Je suis chez moi.
Peu importe où nous sommes tant qu’elle est avec moi, je suis à la maison. Cette journée a été
désastreuse dès le matin, j’ai cru la perdre à plusieurs reprises et maintenant elle est dans mes bras.
Blessée, mais bien au chaud blotti contre moi.
— J’ai cru te perdre aujourd’hui alors que nous venions de nous retrouver. Dis-moi encore ce que
ton plan prévoit.
— Une fois que tu seras rétablie. Que tes vilains bleus seront partis de ce joli minois, nous nous
marierons. Nous vivrons où tu le souhaites. New York, Bordeaux, peu importe tant que je suis avec
toi. Mais avant de savoir où nous poserons nos valises. J’aimerais partir pour une très longue lune de
miel au soleil. Tu en penses quoi ?
— J’ai très envie de tout ça Mickael, me répond-elle en bâillant.
— Repose-toi, ma chérie, je reste près de toi. Tout va s’arranger. Tant que nous restons unis.
Epilogue
Cinq mois plus tard…
Je raccroche tout juste avec Walter, il ne souhaitait pas nous déranger pendant notre lune de miel,
mais avec une si bonne nouvelle il ne pouvait attendre plus longtemps. Arnaud vient d’avoir son
procès et ce dernier restera en prison. Dans sa jolie combinaison orange à pester contre nous, mais au
moins il restera loin de Justine. Sa mère quant à elle ne nous nuira plus jamais. Elle a accepté le
rachat de l’entreprise contre un chèque. Préférant laisser son fils seul et aller se dorer la pilule au
soleil loin de tout.
Il s’en est passé des choses ces cinq derniers mois. J’ai amené Justine à New York comme
promis, elle a pu revoir ma mère, cette dernière était si heureuse que nous soyons enfin réunis qu’elle
m’a intimé de ne plus tarder pour l’épouser. C’est ce que j’ai fait. Après qu’on m’est informé du
diagnostic vital de ma mère, je n’ai pas voulu attendre, ne sachant pas si elle serait là dans les
semaines à venir.
Ma mère n’a jamais été « folle » comme je le pensais à un moment donné. Elle agissait ainsi à
cause de la tumeur logée dans son cerveau. Ce qui m’a le plus choqué, c’est que Roger et elles étaient
au courant de son cancer. Mais en tant que bonne mère, elle a refusé de me le dire afin d’éviter que je
repousse mes plans. Les ouvertures des boutiques en France et surtout récupérer Justine. Ma femme.
Ma mère avait tout prévu. Je lui dois bien ça. Il est vrai que j’aurai tout fait pour rester près
d’elle et vivre avec elle ses derniers moments. Mais finalement, j’en ai eu encore quelques-uns et
même les meilleurs, car j’étais accompagné de ma femme. Ma mère n’a jamais été aussi heureuse.
Elle est partie sereine. Et le deuil en a été un peu plus facile. Elle ne souffre plus, elle est avec mon
père. Je sais qu’ils veilleront sur nous.
Je sors de la villa pour retrouver ma jeune épouse. Je n’arrive toujours pas à réaliser que nous
sommes jeunes mariés. Qui peut dire qu’il a épousé son premier amour et surtout son dernier ? Peu de
gens et je suis fier d’en être. Notre mariage a été à notre image, ma mère étant très fatiguée, Justine a
souhaité que notre union se fasse en toute intimité. Nous avions seulement nos proches près de nous,
même Magalie a fait le déplacement et bien évidemment nous lui avons accordé une petite entrevue
ainsi qu’une photo officielle. Elle était si heureuse… par contre nous avons tous deux remarqué qu’il
y avait une distance entre Nelly et Liam.
Depuis la soirée où ils ont sauvé in extremis Justine des griffes d’Arnaud, ils se sont peu à peu
éloignés. Je sais que Liam a fait tout son possible pour tenter d’ouvrir le cœur de Nelly. Mais celle-
ci est la femme la plus têtue que je connaisse.
Le rire cristallin de ma femme vient à mes oreilles, je m’installe près d’elle. Elle a les pieds dans
l’eau, je décide d’en faire autant. J’ai loué une villa sur pilotis nous avons l’océan indien autour de
nous. Je pense à la charge de travail que Liam doit avoir, mais je n’arrive pas à culpabiliser. Après
tout, il s’est proposé de me remplacer.
— Tu discutes avec Nelly ? demandé-je en l’embrassant sur la tempe.
— C’est ce soir le gala. Ils vont se revoir. Je lui conseille de laisser son sale caractère chez elle.
Ils étaient tellement bien ensemble, dit-elle en se blottissant contre moi.
— Si ce soir ça ne fonctionne pas, il nous restera les fêtes de fin d’année. Tu lui as dit que nous
revenons prochainement ?
— Oui, dans un des nombreux SMS. Il va falloir que nous retrouvions la civilisation et la
grisaille ?
— J’en ai bien peur. C’est une sacrée lune de miel non ?
— C’était magique ! Je ne te remercierai jamais assez d’avoir mis ton monde en parenthèse pour
nous.
— En parlant de « nous », dis-je en l’attrapant pour la mettre à califourchon sur moi. Comment te
sens-tu ce matin ?
— Pas de nausées, je me sens en pleine forme ! Je n’y crois pas que tu aies réussi ton coup si
rapidement, ricane-t-elle.
— Je te l’ai dit pourtant que je ne voulais plus perdre de temps avec toi. Nous n’avons plus une
minute à perdre. Alors, fonder une famille ensemble, c’était inévitable.
— Je sais mon cœur, je le sais bien. Mais j’ai un peu peur de tous ces changements soudains,
avoue-t-elle en baissant la tête.
— Hey, dis-je en prenant son visage dans mes mains. Tu as peur de quoi exactement ?
— Je ne veux pas devenir une simple mère, j’aimerai continuer à travailler, mais dans un tout
autre domaine.
— Ce n’est pas le travail qui manque dans la société ma puce, et tu sais que tes dernières idées
ont été très bien accueillies. Pourquoi n’y penserais-tu pas le temps de ta grossesse ? Tu fais un très
bon travail, j’ai entièrement confiance en ton jugement et tes idées.
— Vraiment ?
Mon Dieu, ce sourire, je donnerai tout ce que j’ai au monde pour le voir tous les jours. Elle est
là, sur moi avec le soleil couchant derrière elle et notre bébé qui grandit en elle. Je lui réponds avec
un baiser qui ne lui laissera aucun doute sur mes pensées et mon accord à ce qu’elle se fasse une
place dans ma, non dans notre société. Elle est mon tout, elle est ma femme…

FIN
Remerciements
Kaléna
Voilà sûrement l’exercice le plus compliqué, et encore plus pour moi car il est mon premier
roman. Mais je me lance, mon tout premier merci est pour ma fille. Tu es ce que j’ai de plus cher au
monde et je te remercie pour tout ce que tu m’apportes. J’ai appris à vivre et à aimer avec toi et à
travers toi. Merci de me laisser du temps pour écrire quand je te dis que maman travaille et merci de
me soutenir « Bravo, tu es la plus forte ». Tu es mon énergie et ma force. N’oublie jamais, je t’aime
jusqu’à la lune, jusqu’aux étoiles et au-delà.
Merci également à ma famille et mes amis qui me soutiennent dans ce projet fou. Papa, maman,
Cyril, Mickael, Ingrid, merci de me laisser du temps et d’accepter mes petites manies d’écriture. Mes
deux Virgine, Valérie, Laurie, Céline, Audrey, Emilie, Florence, Amandine, Magali et tellement
d’autres, merci de me soutenir de manière si inconditionnelle. Merci Céline pour ton aide dans ma
recherche de pseudo.
Un autre merci, tout particulier, à Lilly Sweet. Merci d’avoir eu confiance en moi et de m’avoir
fait vivre cette folle aventure avec toi. Plus qu’une co-auteure, tu es une amie chère à mon cœur.
Écrire avec toi est devenue une évidence au fil des pages.
J’étais fan de l’auteure, maintenant je le suis de la personne que tu es. Et j’espère que nous aurons
une tonne de projet commun et que le plaisir de partager sera toujours au rendez-vous. Bon, je ne
vous cache pas, que nous sommes atteintes de la même folie et que notre entente est vraiment réelle.
Et mon tout dernier merci sera pour vous, lecteurs et lectrices. Sans vous, tout cela n’existerait
pas. Vous me permettez de vivre mon rêve. Vos réactions aux quelques chapitres partagés sur la page
Facebook et Wattpad, ont été un véritable moteur.
*
Lilly Sweet
A mon tour…Que vous dire d’autre à part que cet exercice est toujours aussi difficile, bien que ce
soit mon neuvième roman ! Je suis très heureuse de vous présenter ce nouveau projet avec Kaléna. Un
grand merci à Kaléna pour ta confiance aveugle en ce nouveau roman. Ecrire avec toi était comme
une évidence ! Je n’ai jamais autant écrit (ma tendinite à la main droite s’en souvient encore). Chaque
jour, c’était une nouvelle expérience, des nouvelles surprises que nous réservions à nos personnages.
Je n’aurais jamais pensé avoir une telle facilité à écrire et partager la trame avec un auteur. Mais
c’était si facile avec toi que j’ai hâte d’écrire la suite.
Merci à mes Sweeties qui ont reçu ce nouveau livre avec une telle passion et une telle énergie, je
tiens à vous dire que vous nous avez motivés comme jamais ! Je le répète encore et encore mais vous
les meilleures !!!
Merci aux lectrices de Wattpad qui ont découvert les premiers chapitres et qui nous ont sollicités
pour avoir la suite. On espère sincèrement que vous aimerez. On vous dit à très vite sur le site pour
de nouvelles aventures.
Un grand merci à Wanessa pour sa relecture et ses corrections. On te dit à bientôt pour les
prochains. Bisous.
Et surtout un énorme merciiiiiiiiiiiiii à CLM pour cette couverture. Merci pour ta patience et ton
travail. On t’embrasse fort fort.
Le dernier M E R C I sera pour mes filles, nous avons vécu une période délicate cette année,
quand vous lirez ces quelques lignes j’espère que nous serons toujours aussi proches toutes les trois.
J’espère avoir pris les bonnes décisions et je m’excuse pour tous ces changements. Mais je dois vous
dire que vous êtes parfaites ! Vous avez une faculté à vous intégrer malgré la séparation et les
déménagements. Je vous remercie et je suis fière de vous avoir comme bébés (pardon comme grandes
filles) Je vous aime tellement.
Aimy, ma grande fille sensible, garde précieusement ta bonté, ta gentillesse et ton sourire qui me
donnent la force de continuer quand je veux tout arrêter. Tes câlins à outrance et tes « je t’aime
maman, mais il faut que tu travailles pour acheter des jouets » sont la meilleure des motivations. Je
t’aime. Je t’aime.
Lilou, bientôt tes 4 ans et déjà tu me fais halluciner par ton imagination débordante. J’espère
qu’elle te guidera aussi loin que la mienne. Garde ta bonne humeur comme un trésor. Fais que
personne ne t’empêche d’être heureuse. Sois libre de tes pensées et de ta folie. Je t’aime.
Vous pouvez nous retrouver sur nos pages :
Kaléna sur sa page Facebook :
https://www.facebook.com/Kal%C3%A9na-1795244057388241/ ?fref=ts
Lilly Sweet sur sa page Facebook :
https://www.facebook.com/auteur.lillysweet/?fref=ts
Ainsi que tous mes livres sur ma page Amazon :
https://wwwamazonfr/-/e/B00R5X86YC

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