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Bétons spéciaux de protection

par Pascal BOUNIOL


Ingénieur au Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA/SACLAY)

1. Définition et champ d’application des bétons spéciaux


de protection............................................................................................. BN 3 740 - 2
2. Évolution des concepts et des technologies.................................... — 2
2.1 Durabilité des ouvrages .............................................................................. — 2
2.2 Techniques de formulation ......................................................................... — 3
2.3 Nouveaux adjuvants.................................................................................... — 3
2.4 Évolution du marché ................................................................................... — 3
3. Conception des ouvrages de protection ........................................... — 4
3.1 Éléments pour la définition d’une protection en béton............................ — 4
3.2 Caractéristiques du rayonnement .............................................................. — 5
3.3 Contraintes thermiques............................................................................... — 5
3.4 Atténuation et dimensionnement .............................................................. — 5
3.5 Critères mécaniques.................................................................................... — 6
4. Formulation des bétons spéciaux ....................................................... — 7
4.1 Principes généraux ...................................................................................... — 7
4.2 Granulats ...................................................................................................... — 8
4.3 Liants hydrauliques ..................................................................................... — 10
4.4 Additifs pulvérulents ................................................................................... — 12
4.5 Rapport eau/ciment ..................................................................................... — 12
4.6 Adjuvants ..................................................................................................... — 13
4.7 Compositions types de bétons spéciaux ................................................... — 13
5. Propriétés des bétons spéciaux ........................................................... — 16
5.1 Propriétés d’atténuation.............................................................................. — 16
5.2 Propriétés thermomécaniques ................................................................... — 22
6. Phénomènes induits par l’irradiation et la température .............. — 25
6.1 Activation du béton ..................................................................................... — 25
6.2 Radiolyse du béton...................................................................................... — 25
6.3 Transformations minéralogiques ............................................................... — 26
6.4 Séchage, retrait, fluage ............................................................................... — 27
6.5 Corrosion des armatures ............................................................................ — 28
Références bibliographiques ......................................................................... — 28

L ’emploi de béton, ordinaire ou spécial, demeure une solution généralement


retenue lorsqu’il s’agit de mettre en place une protection contre les rayonne-
ments sur une grande envergure, avec ou sans rôle de structure. De fait, les
applications des bétons de radioprotection dépassent largement le cadre des
réacteurs nucléaires puisque ces matériaux sont utilisés dans des installations
aussi variées que les usines de retraitement, les sites d’entreposage, les accélé-
rateurs de particules, les centres hospitaliers (imagerie et thérapie à base d’irra-
diation), les centres d’ionisation alimentaire, etc.
Parmi les applications nucléaires du béton, la protection contre les rayonne-
ments est l’une des plus importantes, après l’édification de structures (enceinte
de réacteurs et autres installations nucléaires de base) et devant le confinement

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de la radioactivité (matériau de remplissage ou de conteneurisation pour les


déchets dans les centres de stockage).
L’intérêt du béton vis-à-vis de la radioprotection résulte d’un ensemble original
de propriétés que ne présente aucun autre matériau. Son caractère composite
autorise de très grandes variations de composition en fonction des performan-
ces exigées. Les constituants de base sont, sauf exception, facilement disponi-
bles et de coût modéré. Enfin, il existe généralement un bon compromis entre
les propriétés mécaniques et les propriétés d’atténuation.
Depuis une vingtaine d’années, diverses avancées conceptuelles et technolo-
giques ont été réalisées dans le domaine des bétons de génie civil. Elles s’avè-
rent, en grande partie, transposables aux bétons de protection. Il s’agit :
— de l’émergence de la notion de durabilité qui s’intéresse au maintien des
performances dans la durée, dans l’intention de prolonger la vie de certains
ouvrages ;
— des nouvelles méthodes de formulation, basées sur l’optimisation du sque-
lette granulaire et sur la technologie des adjuvants, permettant la mise en œuvre
de bétons de plus en plus compacts et durables.
Tout en intégrant cette actualité, l’article présente les bases nécessaires à la
prescription des bétons de protection, ainsi que les aspects typologiques et tech-
nologiques qui leur sont associés. Il consacre une large place aux propriétés
intrinsèques des bétons de protection et aborde le comportement dans les
conditions spécifiques de l’irradiation et de la température. Concernant la fabri-
cation du béton et l’exécution des ouvrages, on se reportera en particulier à la
rubrique Béton hydraulique du traité « Construction ».

1. Définition et champ interne, la nature et le dosage des ciments utilisés. Ils peuvent en
outre accueillir un réseau d’armatures en acier (béton armé) de
d’application des bétons façon à améliorer la résistance aux sollicitations mécaniques. Dans
ces conditions, l’emploi d’un béton spécial au lieu d’un béton ordi-
spéciaux de protection naire semble essentiellement motivé par la nécessité de réduire
l’épaisseur des ouvrages pour un taux de protection comparable. Le
surcoût consenti peut en outre résulter de l’avantage procuré par un
Dans l’industrie nucléaire, les bétons spéciaux désignent un constituant spécial vis-à-vis d’une propriété secondaire importante
ensemble de matériaux variés permettant l’arrêt ou l’atténuation de (comportement en température le plus souvent). À travers les diffé-
différents types de rayonnements en vue d’assurer une protection rents exemples d’utilisations rappelés au tableau 1, on constate
biologique ou d’éviter la criticité. Ces matériaux, directement déri- que, en l’absence de contraintes techniques, le béton ordinaire
vés des bétons ordinaires, se caractérisent par la présence d’un ou constitue toujours une solution de référence pour une majorité de
plusieurs ingrédients spécifiques selon la protection souhaitée. Les configurations.
produits utilisés viennent en substitution ou en addition aux ingré-
dients classiques et concernent, le plus souvent, le constituant
majoritaire du béton, c’est-à-dire le granulat.
Deux grandes familles de bétons se rencontrent, correspondant
2. Évolution des concepts
aux deux fonctions primaires recherchées : et des technologies
— les bétons lourds, utilisés pour la protection contre les rayon-
nements photoniques de type X et γ, nécessitant une densité
élevée ;
— les bétons neutrophages, utilisés pour la protection contre les 2.1 Durabilité des ouvrages
neutrons et le risque de criticité, nécessitant une forte proportion
d’éléments légers.
Lors de l’élaboration des premiers bétons de protection, dès le
Dans le cas de rayonnements mixtes gammas + neutrons (réac- début des activités nucléaires, les efforts des ingénieurs se sont por-
teurs), on utilise des bétons hybrides comportant simultanément tés successivement sur :
des éléments lourds et légers. Quant à la protection contre les parti-
— l’identification de substances efficaces vis-à-vis de l’arrêt des
cules chargées, parfois recherchée (accélérateurs), elle revient à
rayonnements (optimisation coût-efficacité) ;
résoudre un problème de protection contre les rayonnements X ou
— la formulation de nouveaux bétons incorporant les substances
les neutrons émis secondairement, l’arrêt des particules initiales
sélectionnées (faisabilité) ;
s’effectuant sur une très courte distance.
— la caractérisation de ces nouveaux matériaux en terme de per-
Les bétons spéciaux de protection ne diffèrent pas fondamentale- formances intrinsèques (propriétés thermomécaniques pour
ment des bétons ordinaires, en particulier par leur architecture l’essentiel).

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Tableau 1 – Principales utilisations des bétons spéciaux et ordinaires pour la protection contre les rayonnements
Ouvrage Destination Matériau Fonction
Écrans démontables, blocs Radioprotection délimitée Béton lourd Atténuation γ, X
et briques préfabriqués ou provisoire
Alvéoles Entreposage produits fissiles Béton neutrophage Anticriticité
Cellules et chaînes blindées Manipulation de sources, Béton lourd Atténuation γ, X
de combustibles

Entreposage d’effluents Béton lourd


Enceintes et casemates blindées Structure + atténuation γ, X
ou de déchets radioactifs Béton ordinaire
Installation de radiodiagnostic Béton ordinaire + feuillard Structure + atténuation X
Enceintes et casemates de plomb
non blindées
Installation de radiostérilisation Béton lourd, béton ordinaire Structure + atténuation γ
Béton ordinaire
Puits de cuve Réacteur à fission (REP, RNR) Structure + atténuation n, γ
Béton lourd neutrophage
Accélérateur de particules : Béton ordinaire (ouvrage Atténuation X (bremsstrahlung)
e− < 100 MeV souterrain)
Parements, tunnel
Accélérateur pour e− > 20 MeV Béton lourd (ouvrage en surface) Atténuation n
ou ions
Hall machine Machine de fusion (tokamak) Béton neutrophage Structure + atténuation n, γ

La notion de durabilité était à l’époque (1945-1965) d’autant moins La prévision de la compacité des mélanges granulaires par le
présente dans cette démarche qu’elle n’était pas encore apparue modèle de suspension solide, développé au Laboratoire Central des
dans le domaine du génie civil et que les ouvrages réalisés, à carac- Ponts et Chaussées dès le début des années 1990 [1], permet
tère expérimental pour bon nombre d’entre eux, n’avaient pas voca- d’atteindre beaucoup plus rapidement la composition optimale d’un
tion à durer au-delà de quelques décennies. Bien que très répandu béton en s’appuyant sur les notions d’encombrement de grains soli-
dans les années 1980, le thème de la durabilité n’a pas vraiment eu des et de viscosité relative. Connaissant la nature des constituants
d’impact sur le domaine des bétons spéciaux et l’on peut considérer de base d’un béton spécial, il est désormais possible de prédire avec
que la plupart des constructions en béton de protection a été réali- un minimum d’essais si le matériau atteint la densité requise.
sée, jusqu’à très récemment, selon les règles de l’art d’origine.
Depuis 1996 environ, la conjonction de trois facteurs contribue à
prendre en compte la durabilité dans la conception des nouveaux
ouvrages en bétons spéciaux : 2.3 Nouveaux adjuvants
— l’exigence d’un niveau de qualité plus élevé ;
— le souhait d’augmenter la durée de vie de certaines installa-
tions au-delà de 50 ans (réacteurs électrogènes), voire au-delà du La découverte de nouvelles molécules organiques, permettant la
siècle (sites d’entreposage) ; défloculation des fines particules (ciment, fillers, ultrafines), consti-
— les possibilités techniques offertes par les nouveaux produits tue une véritable révolution tant dans le domaine de la formulation
de l’industrie cimentière (liants et superplastifiants), par les condi- que dans celui de la durabilité. Au fil des ans, les adjuvants à base
tions modernes de fabrication et de mise en œuvre, ainsi que par de polymères solubles autorisent en effet la réalisation de bétons de
l’aboutissement des méthodes d’optimisation granulaire. plus en plus compacts, tout en leur conservant une excellente
Le concepteur d’ouvrages en béton de protection peut, en outre, maniabilité. Intéressant dans la technologie des bétons lourds, ce
s’appuyer sur un référentiel de connaissances plus complet, en par- gain de compacité est associé à une importante réduction d’eau ce
ticulier concernant le comportement du béton en température (le qui entraîne l’augmentation des résistances mécaniques et une
comportement sous irradiation demeure en comparaison moins meilleure résistance aux agressions chimiques.
bien connu). Ces connaissances, en ayant des conséquences sur le Après les produits des premières générations (lignosulfonate puis
choix des constituants ou la protection du béton, permettent non naphtalène sulfonate et mélamine sulfonate) aux effets secondaires
seulement d’atteindre les performances instantanées visées, mais parfois indésirables (entraînement d’air, ségrégation), les derniers
contribuent aussi à les maintenir le plus longtemps possible. adjuvants de la famille des polycarboxylates se révèlent particulière-
ment performants, y compris vis-à-vis des liants alumineux. Le
champ des possibilités s’avère donc très ouvert pour le formulateur.
2.2 Techniques de formulation

De nombreuses méthodes empiriques ont été proposées pour 2.4 Évolution du marché
aboutir aux compositions de béton les plus compactes possibles à
partir des propriétés granulaires des constituants (Faury, Dreux-
Gorisse) ou à partir d’essais de maniabilité (Baron-Lesage). Appli- Si les évolutions précédentes s’avèrent déterminantes dans
quées aux bétons spéciaux, elles donnent des résultats satisfaisants l’amélioration des bétons spéciaux, l’évolution du marché n’en
à condition de procéder à un grand nombre d’expériences et de véri- influence pas moins le développement et se traduit par plusieurs
fications. tendances lourdes :

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■ Contrôle des coûts (0)

Tableau 2 – Définition d’un ouvrage de protection


Les granulats pour bétons spéciaux sont significativement plus
chers que les granulats ordinaires ce qui peut avoir un impact lourd • Classification de la zone
sur l’investissement consenti pour une installation. Dans bon nom- de travail
bre de cas, on constate que lorsque l’avantage procuré par un béton • Fréquence d’intervention
spécial n’est pas décisif, la solution du béton ordinaire est retenue,
Examen du problème • Débit de dose maximal
quitte à augmenter l’épaisseur de l’ouvrage. De fait, la réalisation de Choix des objectifs
bétons lourds de masse volumique inférieure à 3 500 kg/m3 appa- autorisé
raît de plus en plus improbable, le contraste de densité avec le béton • Options de sûreté (tenue
ordinaire étant jugé insuffisant. au feu, à la pression,
à la corrosion, au séisme)
■ Disponibilité des granulats
• Identification du milieu source
Pour divers minerais, il devient difficile de se procurer certaines (géométrie, dimension,
classes granulométriques. Dans le cas typique de la barytine, avec conditionnement, état phy-
laquelle des volumes considérables de bétons de protection ont été sique, nature chimique)
Identification de la source
réalisés par le passé, les gros calibres font maintenant défaut. Dans de rayonnement • Caractérisation de la source
la mesure où la masse volumique d’un béton est essentiellement (nature des rayonnements,
conférée par les granulats les plus gros (en proportion), il n’est donc spectre d’énergie, source
plus possible d’atteindre une valeur de 3 500 kg/m3 avec de la primaire, source induite,
barytine sans gros éléments et présentant de surcroît une densité collimation)
commerciale rarement supérieure à 4,3. • Contraintes thermiques
L’évolution actuelle des bétons spéciaux est marquée en consé- • Durée d’exploitation
quence par l’abandon de produits apparaissant trop coûteux (corin-
• Pouvoir d’atténuation
don) ou présentant des propriétés insuffisantes (barytine,
serpentine). Le choix des matériaux candidats se restreignant, la • Contraintes géométriques,
variété des bétons spéciaux a logiquement diminué au profit de encombrement
bétons de plus en plus lourds pour la protection gamma ou de plus Recherche des contraintes • Critères mécaniques
en plus neutrophages. Le fait que les bétons à l’hématite aient
• Critères chimiques
désormais supplanté les bétons barytés illustrent cette tendance
pour la protection gamma de série courante. • Décontamination
• Stabilité sous rayonnement
• Coût
3. Conception des ouvrages Recensement des matériaux
possibles
• Efficacité relative des granulats
et des additifs
de protection • Calculs des épaisseurs
de protection selon le facteur
Calculs de dimensionnement d’atténuation visé
et les caractéristiques
3.1 Éléments pour la définition du matériau
d’une protection en béton • Compromis de type « ALARA »
Choix de la solution (As Low As Reasonably
La formulation d’un béton de protection doit s’inscrire dès le Achievable)
départ dans une démarche analogue à celle proposée par la réfé- • Mesures locales ou globales
rence [2] et résumée dans le tableau 2. Celle-ci prend en compte des débits de dose sur
Vérification expérimentale maquette à échelle réelle ou
l’expression du besoin et cherche à identifier, le plus précisément
possible, les conditions de service, y compris celles connexes voire réduite
étrangères à l’irradiation. Au cours de cette étude préliminaire, plu-
sieurs compositions de béton peuvent être envisagées et compa-
rées avant de retenir la solution définitive. (0)

Parmi les différents éléments conduisant à l’identification du Tableau 3 – Zones de travail et seuils inférieurs d’exposition
béton de protection le plus approprié, le zonage des différentes par- associés (radioprotection des personnes)
ties de l’ouvrage, les caractéristiques du rayonnement et les princi-
pales contraintes d’exploitation suffisent généralement à
Débit
restreindre les choix en terme de nature de matériau et de dimen-
d’équivalent Débit de dose*
sionnement. Le volume 3 de l’« Engineering Compendium on Radia- Zones Observations
de dose (Gy/s)
tion Shielding » [3], référence ancienne mais toujours intéressante,
(mSv/h)
donne sur le sujet un bon aperçu de la spécificité des installations
nucléaires dans toute leur diversité.
Zone contrôlée
Zone 1 (verte) 7,5 × 10−3 2,083 × 10−9
Conformément aux normes de radioprotection (décret no 66-450 simple
du 20 juin 1966 modifié par le décret no 88-521 du 18 avril 1988 rela-
tif aux principes généraux de protection contre les rayonnements Zone 2 (jaune) Accès 2,5 × 10−2 6,944 × 10−9
ionisants), le tableau 3 rappelle les valeurs seuils de débit d’équiva- réglementé
lent de dose définissant les zones de travail par rapport auxquelles Accès
les limites d’exposition du personnel doivent être respectées (en Zone 3 (orange) réglementé 2 5,555 × 10−7
particulier équivalent de dose inférieur à 50 mSv pour l’organisme
entier et pour 12 mois consécutifs). Suite aux directives européen- Zone 4 (rouge) Accès interdit 100 2,277 × 10−5
nes de 1996, le passage à 20 mSv devrait prochainement entraîner
l’abaissement des seuils relatifs aux zones 1 et 2. * déduit du débit d’équivalent de dose pour un facteur de qualité Q = 1.

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3.2 Caractéristiques du rayonnement — atteinte d’un gradient de température inadmissible pour la


structure.
Dans le premier cas, les différences de coefficients de dilatation
Les types de rayonnement dont on envisage de se protéger thermique entre constituants du béton (pâte de ciment, granulats)
appartiennent pour l’essentiel à deux catégories globalement asso- sont responsables d’une microfissuration généralisée ; dans le
ciées à deux secteurs d’applications industrielles : second, les dilatations différentielles dans l’épaisseur de la protec-
— rayonnements gamma ou X : domaine médical et industrie ali- tion sont à l’origine de fissurations localisées. Selon les conditions
mentaire (gamma pour la radiothérapie et la radiostérilisation, X de service prévues, diverses solutions techniques peuvent être envi-
pour le radiodiagnostic) ; sagées dès la conception pour limiter toute dégradation :
— rayonnements neutroniques et mixtes n, γ, X : cycle du com- — diminution des coefficients de dilatation : choix de granulats
bustible nucléaire (production d’électricité, retraitement) et recher- plus inertes (hématite, corindon, B4C) ;
che en physique des particules. — augmentation de la conductivité thermique : choix de granu-
Dans tous les cas, il convient de discerner l’irradiation en prove- lats plus conducteurs (hématite, corindon, riblons d’acier) ;
nance des sources primaires, à l’origine directe du rayonnement — diminution du caractère thermohydrosensible de la pâte de
(générateurs X, irradiateurs γ, cœur de réacteur nucléaire, combus- ciment : traitement thermique préalable, choix d’un liant réfractaire
tible irradié), et l’irradiation gamma induite à la surface et dans (ciment alumineux) ;
l’épaisseur des matériaux de protection. Les rayonnements secon- — diminution du gradient thermique : protection thermique du
daires sont alors produits soit par diffusion et réflexion du rayonne- béton par calorifugeage intérieur, voire extérieur.
ment direct, soit par capture ou activation neutronique.
Dans le domaine de la recherche (accélérateurs), des rayonne-
ments plus exotiques sont utilisés, caractérisés par des particules
chargées (électrons, positons, protons, ions lourds). Lorsque leur 3.4 Atténuation et dimensionnement
énergie est inférieure à 300 keV, ces rayonnements primaires ne
posent pas de problème de protection particulier car ils sont absor-
bés par des épaisseurs centimétriques de béton. Au-delà de L’atténuation d’un rayonnement présente deux composantes :
300 keV, il n’en est pas de même. Pour des électrons < 100 MeV, un — l’atténuation géométrique liée à la distance de la source, si
rayonnement X de freinage est produit dans l’épaisseur de la pro- celle-ci n’est pas collimatée, et à l’épaisseur de l’écran de
tection et dans l’axe du rayonnement incident. Ce rayonnement protection ;
(bremsstrahl-ung) est d’autant plus pénétrant que son énergie peut — l’atténuation du matériau liée aux interactions rayonnement-
atteindre au maximum celle du rayonnement primaire et son inten- matière spécifiques des éléments constitutifs.
sité est d’autant plus grande que le numéro atomique moyen du En pratique, la nature des granulats étant généralement détermi-
béton de protection est élevé. Pour des électrons > 20 MeV ou des née au préalable, la conception d’un ouvrage de protection consiste
ions (1H, 2H, 3He, etc.), des neutrons sont aussi produits (spallation). le plus souvent à calculer une épaisseur de protection en fonction de
Selon les configurations rencontrées, les stratégies mises en la composition du béton plutôt que l’inverse. Dans les configura-
œuvre sont les suivantes : tions les plus simples, et pour un facteur d’atténuation requis,
— source gamma et X : introduction d’éléments lourds (typique- l’ordre de grandeur de cette épaisseur peut être estimé à l’aide de
ment le fer) ou bien augmentation de l’épaisseur de béton relations analytiques. Celles-ci mettent en évidence les variables
ordinaire ; caractéristiques du problème (distance, énergie) ainsi que divers
— source neutron + gamma : introduction d’éléments légers (H) paramètres dépendant directement de la composition chimique élé-
et absorbants (typiquement le bore) avec addition d’éléments mentaire du matériau de protection.
lourds, ou bien introduction d’éléments légers avec augmentation Pour une source ponctuelle gamma, isotrope et polycinétique
de l’épaisseur ; (figure 1), le débit de dose (en Gy/s) dans l’air, en arrière de la pro-
— source de particules chargées : augmentation de l’épaisseur tection, à une distance d de la source, est donné par l’expression :
de béton ordinaire ou succession béton ordinaire (arrêt des particu-
les et des neutrons) + béton lourd (atténuation du rayonnement X de S µ
 eni p E B ( µ x ) exp ( Ð µ x )
freinage). D ′ = η --------------
4π d 2
∑  ---------
ρ  air
- i i i i
i
Dans le cas d’une irradiation neutronique de haute énergie (neu-
trons de 14,1 MeV des réactions de fusion nucléaire D + T), il avec η facteur de conversion
convient de limiter dans le béton toutes les impuretés susceptibles (= 1,60218 × 10−10 J · MeV−1 · g · kg−1),
de s’activer, en particulier celles associées au fer des armatures.
S activité de la source (Bq),
Outre les spécifications sur la composition des aciers, on doit égale-
ment reculer la première nappe de ferraillage au-delà de 10 cm d distance source – point dose (cm),
depuis la surface du béton de façon à ce que les captures soient pi nombre de photons γ d’énergie Ei
effectuées préférentiellement par l’élément absorbant du matériau par désintégration,
(bore).
Ei énergie des photons (MeV),
B(µix) facteur d’accumulation de dose pour l’énergie Ei,
3.3 Contraintes thermiques µi coefficient d’atténuation linéique pour l’énergie Ei
(cm−1),
x épaisseur de la protection (cm),
L’irradiation associée aux sources intenses de rayonnement
( µ eni ⁄ ρ ) air coefficient d’absorption massique d’énergie de
s’accompagne généralement d’une élévation de la température,
l’air pour l’énergie Ei (cm2 · g−1).
non seulement au niveau de l’air ambiant, mais aussi au sein du
béton de protection du fait de la dégradation du rayonnement sous Outre l’épaisseur x, les deux grandeurs caractérisant l’écran, µi et
forme de chaleur lors de l’atténuation. Deux problèmes peuvent être B(µix), varient avec l’énergie et dépendent de la composition élé-
rencontrés vis-à-vis du matériau de protection, indépendamment de mentaire du matériau :
ceux relatifs au fonctionnement de l’installation : — µi résume à lui seul l’ensemble des interactions rayonnement-
— atteinte d’une température inadmissible pour le béton ; matière (essentiellement, l’absorption photoélectrique, la diffusion

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— les neutrons rapides, ralentis par les diffusions élastiques sur


x les atomes d’hydrogène et inélastiques sur les noyaux lourds ;
φ0 : flux direct — les neutrons thermiques, absorbés par réaction nucléaire sur
φ1 , φ2 , φ3 : flux diffusés les noyaux légers (A < 25) ou par capture radiative sur les noyaux
lourds, et ralentis par diffusion élastique sur ces derniers.
φ3
Au sein d’un matériau hydrogéné tel que le béton, l’hypothèse
d’une atténuation en ligne droite est applicable aux neutrons rapi-
φ2 des pour lesquels l’atténuation du flux est pratiquement exponen-
tielle. Dans ce cadre, le concept de section efficace macroscopique de
φ1 déplacement [ΣR (E) en cm−1] permet d’estimer le flux (en n · cm−2 · s−1)
pour une source isotrope de neutrons monocinétiques d’énergie E :
φ0
Source Point dose S
S P φú = -------------2- [ 1 + Σ tH ( E ) x ] exp [ Ð Σ R ( E ) x ]
4π d
d
Dans cette expression, ΣtH(E), section macroscopique totale de
l’hydrogène (en cm−1), figure dans un terme pré-exponentiel tenant
lieu de facteur d’accumulation.
Pour les neutrons thermiques, le flux (en n · cm−2 · s−1) prend une
forme différente :

S Σ
Figure 1 – Atténuation du rayonnement d’une source ponctuelle φú = -------------2- exp Ð x -----a-
4π d D
isotrope par un écran d’épaisseur x
avec Σa section efficace macroscopique d’absorption ou
de capture (cm−1),
Compton et la création de paires e+, e−) et traduit de façon globale la D coefficient de diffusion des neutrons thermiques
diminution du nombre de photons ; (cm).
— B(µix), de nature semi-empirique, traduit le renforcement de la Les calculs sont en réalité très complexes car le ralentissement
dose imputable aux photons diffusés dans l’épaisseur de la protec- des neutrons rapides induit la génération de neutrons lents au
tion. Il dépend non seulement de l’énergie des photons incidents et comportement distinct. En présence de sources neutroniques, les
du numéro atomique équivalent (Zeq) du matériau traversé, mais méthodes manuelles de calcul s’avèrent en fait peu probantes et le
aussi du nombre de libres parcours moyens (µx) dans le matériau, et recours aux codes de calcul est recommandé dès l’étape du prédi-
de la géométrie de la source (ponctuelle, étendue). Dans les calculs mensionnement. L’article [B 3 075] Activation et protection permet
simplifiés, on utilise des expressions exponentielles ou polynomia- d’acquérir sur ce sujet les notions essentielles. Parmi les nombreux
les dont les paramètres, fonctions de E et Zeq, peuvent être accessi- codes de calcul traitant le transport du rayonnement, la détermina-
bles à partir de différents ouvrages [3], [4] : tion des flux et des débits de dose, le code TRIPOLI (CEA) est un des
B(E, µx) = A exp (−αµx) + (1 − A) exp (−βµx) (Taylor) plus performants (MCNP est son homologue aux États-Unis). Utilisé
indifféremment pour les neutrons et les photons gamma, il résout
B(E, µx) = 1 + a(µx) + b(µx)2 + c(µx)3 l’équation de Boltzmann (description rigoureuse de la propagation
Les facteurs d’accumulation s’interpolant aisément en fonction de des particules neutres) en géométrie 3D par la méthode de Monte-
Z, il est utile de connaître le numéro atomique équivalent du maté- Carlo [5].
riau composite que constitue le béton. Sa valeur est calculée à partir Pratiquement, on constate que l’application des seules règles de
de la composition chimique élémentaire à l’aide de la relation sui- radioprotection pour les sources de rayonnement les plus intenses
vante [5] : conduit rarement à des épaisseurs de béton supérieures à 2,50 m.
Au-delà de cette valeur, il est économiquement préférable d’enterrer
1
 pi  ------------- les installations, les terrains encaissants assurant la radioprotection.
 ∑ ----- Z in n Ð 1
 i Ai 
Z eq =  ---------------------
-
 pi 
 ∑ ----- Z i  3.5 Critères mécaniques
 i Ai 

avec n = 4,35 pour E < 0,5 MeV, Diverses sollicitations sont prises en compte dans le dimension-
nement des ouvrages de protection. Il s’agit des charges mécanique
n = 2,95 pour 0,5 < E < 1,022 MeV, et thermique affectant normalement la structure en condition de ser-
n=2 pour E > 1,022 MeV, vice et des contraintes de cisaillement liées à un séisme éventuel.
Vis-à-vis de ces contraintes, même modérées, la réglementation en
Zi numéro atomique de l’élément i, vigueur (règles BAEL 91 [6]) rend obligatoire la présence d’armatu-
Ai masse atomique de l’élément i, res en acier dans le béton dans la mesure où la résistance en trac-
tion de ce dernier est considérée comme négligeable. Le rôle du
pi proportion massique de l’élément i. réseau de ferraillage consiste à reprendre les efforts en traction ou
Dans le cas du béton ordinaire, Zeq est très voisin de 13 (alumi- cisaillants, à mieux répartir les fissures dans le béton ainsi qu’à aug-
nium). menter la rigidité de la structure.
À l’instar des photons, l’atténuation des neutrons résulte de phé- Pour le dimensionnement d’une structure en béton armé, deux
nomènes d’absorption et de diffusion, mais avec des modalités très états limites sont pris en considération dans les règles BAEL :
différentes ce qui complique sensiblement le problème. Il convient — l’état limite de service (ELS), garantissant une fissuration non
de distinguer très schématiquement : préjudiciable vis-à-vis de la corrosion des aciers en conditions de

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service (poids propre, cycles thermiques naturels, etc.) pour un

Masse volumique du béton (kg.m–3)


environnement agressif ou non (ouverture de fissure respective-
ment limitée à 0,1 et 0,3 mm) ; 10 000
— l’état limite ultime (ELU), garantissant la stabilité mécanique,
sans notion de durabilité, pour des sollicitations exceptionnelles tel- e/c = 0,5
9 000

Utilisation des riblons


les que séisme ou incendie de caractéristiques prédéfinies. En appli- e/c = 0,4

Utilisation de la grenaille
quant un coefficient de sécurité approprié, on vérifie en particulier e/c = 0,3
que les déformations subies par le béton et par l’acier demeurent 8 000
respectivement inférieures à 3 500 µm/m en compression et à
10 000 µm/m en traction. 7 000
Dans le cas du béton ordinaire constituant le puits de cuve d’un
réacteur électrogène P4 (radioprotection et supportage du réacteur), 6 000
le chargement thermique et le risque sismique aboutissent par
exemple à augmenter simultanément : 5 000

Plomb
— la densité de ferraillage (80 kg de ferraille/m3 de béton) ;
— l’épaisseur du voile de béton (2 à 2,40 m). 4 000

Acier
La radioprotection n’apparaît plus dans ce cas comme le critère
dimensionnant. 3 000

Hématite
Barytine
Silico-calcaire
2 000

Limonite
4. Formulation des bétons 1 000

spéciaux 0
0 2 4 6 8 10 12
Densité du granulat
4.1 Principes généraux
Figure 2 – Masse volumique maximale atteinte par les bétons
de protection en fonction de la nature du granulat pour trois rapports
L’étape de la conception (§ 3) aboutit à définir un cahier des char- eau/ciment (CPA)
ges assez précis en terme de dimensionnement, de densité de fer-
raillage, de masse volumique et de caractéristiques thermo-
mécaniques du béton. Si cette étape ne va pas jusqu’à imposer un Ce genre de calcul préliminaire peut être effectué avant même
type de granulat ou de ciment, elle laisse le formulateur libre de d’avoir défini complètement la composition du béton, de façon à
choisir les ingrédients les plus appropriés et, en tout cas, d’en opti- tester différentes hypothèses de formulation. La figure 2, établie à
miser le mélange. l’aide de la relation précédente, indique par ailleurs le domaine
En raison du rôle principal du granulat et de sa proportion majori- d’utilisation de divers granulats dans le cas d’un dosage standard
taire au sein du béton, l’étape de la formulation commence de fait du ciment à 350 kg/m3 et pour trois valeurs du rapport e/c.
par l’optimisation du squelette granulaire. Celle-ci concerne :
La définition complète de la composition du béton bénéficie
— la nature des granulats, choisie sur la base des critères radio- actuellement du développement par le LCPC de logiciels d’aide à la
logique, mécanique et thermique ; formulation. BETONLAB (version 3.5), basé sur la simulation, per-
— la taille maximale des granulats, conditionnée par la densité met ainsi de trouver une composition optimale en fonction de critè-
de ferraillage et la compacité du béton ; res aussi variés que le coût au mètre cube, la consistance du béton
— la répartition granulométrique, calculée d’après la taille maxi- frais (affaissement au cône d’Abrams) et sa teneur en air occlus, la
male et les tailles inférieures effectivement disponibles. porosité du béton durci ainsi que sa résistance en compression et
La pâte de ciment, comblant les vides intergranulaires, est ensuite son module élastique à 28 jours.
l’objet d’une optimisation couplée avec le granulat : Le logiciel BETONLAB-PRO, plus élaboré, passe à l’optimisation
— la nature du ciment est choisie sur la base de critères environ- automatique en intégrant les calculs de compacité granulaire et de
nementaux (température, caractère chimiquement agressif du viscosité relative (cf. § 4.2.3). L’intérêt d’un tel logiciel est de con-
milieu), neutronique (eau fixée) et mécanique (classe de résis- duire rapidement à une plage de compositions en évitant la réalisa-
tance) ; tion fastidieuse d’un grand nombre d’essais de vérification (ex-
— le dosage du ciment est conditionné par le diamètre maximal démarche de Baron-Lesage). Il rend aussi obsolètes les méthodes
et la répartition granulométrique du granulat, et, pour partie, par la graphiques et semi-empiriques usuelles de Faury ou Dreux-Gorisse.
classe de résistance du béton ; Les paramètres d’entrée étant étroitement associés au choix ini-
— le dosage en eau détermine alors, à travers la valeur du rap- tial du couple granulat-ciment, ce dernier constitue en conséquence
port massique eau/ciment (e/c), la classe de résistance et, pour par- une étape fondamentale dans la stratégie de formulation et néces-
tie, la consistance du béton ; site une certaine anticipation vis-à-vis du comportement attendu.
— le dosage en adjuvant intervient enfin pour régler la consis- Selon la destination de l’ouvrage, la nature des rayonnements et le
tance du béton frais et sa maniabilité. niveau de température rencontrés conduisent à prendre trois cas de
Dans la pratique, la démarche consistant à fixer le dosage en figure en considération.
ciment pour 1 m3, Mc, et le rapport massique e/c, connaissant les
masses volumiques du ciment ρc et du granulat ρg, permet d’esti- ■ Atténuation γ, X à température ambiante
mer la masse volumique maximale ρbéton (en kg · m−3) atteinte par L’augmentation de la densité est le seul but poursuivi, principale-
le béton pour un granulat donné : ment par l’introduction d’éléments lourds, insuffisamment repré-
sentés dans le béton ordinaire. Le choix du liant est plus indifférent.
e ρg ρg Les qualités les plus ordinaires sont les moins coûteuses, cepen-
ρ béton = ρ g + M c 1 Ð ---  --------- Ð 1 Ð ------ dant, selon l’épaisseur requise, les liants à faible chaleur d’hydrata-
c 10 3 ρc
tion doivent être retenus de façon à limiter l’échauffement.

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(0)

Tableau 4 – Principaux produits minéraux et métalliques entrant dans la composition des bétons de protection
(propriétés à 25 ˚C)
Capacité Dilatation Module
Masse Conductivité
thermique thermique d’élasticité en Coût global
Désignation Composition volumique Dureté Mohs thermique
massique linéique compression (F/kg)
(kg/m3) (W · m−1 · K−1)
(J · kg−1 · K−1) (en 10−6 K−1) (GPa)

Barytine 8 8 3 à 3,5 1,31 438 25,5 61,0 0,7


Corindon αAl2O3 3 900 à 4 100 9 36,16 775 8,3 398,7 3,5
Ilménite FeTiO3 4 700 à 4 800 5à6 2,38 656 10,1 1,0
Hématite αFe2O3 4 900 à 5 260 5,5 à 6,5 11,28 651 8,0 209 0,7
Magnétite Fe3O4 4 900 à 5 180 5,5 à 6,5 5,10 636 8,4 104 0,7
Limonite FeO(OH)· nH2O 3 600 à 3 800 5 à 5,5 2,91 2 412 86 0,65
Acier E24 Fe – 0,12 % C 7 500 à 7 800 5,5 53,9 470 12,1 210 2,50
Plomb Pb 10 900 à 11 300 1,5 31 à 34 127 29,3 42,5 7,50

Colémanite [CaB3O4(OH)3 ·
2 410 à 2 430 4 à 4,5 1 577 4,0
H2O]2
Serpentine Mg3Si2O5(OH)4 2 550 à 2 650 3à4 2,61 1 267 27 0,12
Calcaire CaCO3 2 350 à 2 580 3 2,3 837 6 62 0,06
Silex, chert SiO2 2 650 7 3 739 11,8 77 0,08

■ Atténuation γ, X à température élevée (T > 50 ˚C) les à obtenir, peuvent parfois faire défaut pour certains minéraux
(barytine).
Parmi les granulats aptes à augmenter la densité du béton, une
sélection sévère doit être effectuée pour minimiser toutes les
contraintes d’origine thermique. La stabilité minéralogique du gra-
4.2.1 Granulats lourds (protection γ )
nulat en température est nécessaire mais non suffisante ; il faut de
plus combiner un faible coefficient de dilatation thermique et une
conductivité thermique élevée. Les fortes épaisseurs conduisent à ■ Barytine : minerai de baryum (Ba > 53 % en masse) plus particu-
choisir des liants à faible chaleur d’hydratation dont la finesse évite lièrement indiqué pour la réalisation de bétons lourds en forte
par ailleurs au béton un séchage trop important. Au-delà de 90 ˚C, le épaisseur sans sollicitations thermiques ou mécaniques. La barytine
ciment alumineux peut être retenu en raison de la stabilité thermi- naturelle est en effet tendre, fragile et présente une importante dila-
que et hydrique de ses phases hydratées. tation thermique. Sa tendance à l’attrition conduit à la production de
fines (lors du malaxage) diminuant d’autant plus l’adhérence pâte-
■ Atténuation n + γ, X à température élevée granulat que certaines impuretés peuvent y être associées : argile,
silice réactive (calcédoine).
L’existence des neutrons est généralement associée à celle de la
chaleur de sorte que l’emploi de ciment alumineux est fréquent ■ Corindon : oxyde réfractaire d’aluminium spécialement indiqué
dans cette configuration. L’atténuation des neutrons rapides et des pour les applications de radioprotection à haute température (asso-
photons est obtenue à l’aide des granulats lourds déjà retenus dans ciation obligatoire avec un ciment alumineux) du fait d’excellentes
le cas précédent à l’exclusion de ceux comportant des éléments acti- propriétés thermomécaniques. Le produit naturel se présente géné-
vables (tungstène proscrit). L’atténuation des neutrons lents et ther- ralement sous la forme d’un sable brun, relativement rare et coû-
miques est au contraire obtenue par l’introduction significative teux. Pour les gros calibres, on utilise de l’alumine tabulaire
d’éléments absorbants (bore) et de corps hydrogénés (eau), respec- artificielle, assez coûteuse elle aussi.
tivement absents et en quantité insuffisante au sein du béton ordi-
naire. Le nombre élevé de spécifications sur les constituants rend ■ Ilménite : oxyde mixte de fer et de titane (Fe > 33 % en masse),
cette configuration particulièrement difficile à optimiser. surtout utilisé en fine granulométrie dans les bétons lourds. Les
applications sont identiques à celles de l’hématite et de la magné-
tite, mais avec des performances moindres, voire des limitations
(minerai cassant).
4.2 Granulats ■ Hématite : minerai de fer (Fe > 63 % en masse), le plus intéres-
sant. L’hématite présente d’excellentes caractéristiques thermomé-
caniques, en particulier une conductivité thermique et une ténacité
Les caractéristiques des principaux produits minéraux et métalli- deux fois supérieures à celles de la magnétite. Son emploi dans les
ques entrant dans la composition des bétons de protection sont pré- bétons lourds est donc particulièrement recommandé si la tempéra-
sentées au tableau 4. Elles sont issues de diverses compilations ture de service est élevée. Il contribue même à diminuer significati-
dont celles du volume K4 du traité « constantes physico-chimiques » vement l’échauffement et les gradients thermiques transitoires lors
de notre Collection et celles de la référence [7]. D’origine naturelle de la prise du béton. L’hématite offre un très bon compromis entre
ou artificielle, la taille maximale des granulats résultant des diffé- propriétés d’atténuation, coût et disponibilité dans diverses tailles ;
rents procédés de tri ou de fabrication excède rarement 25 mm, ce elle est de plus chimiquement inerte au sein du béton et sous irra-
qui convient parfaitement pour la réalisation de bétons au dosage diation. Selon l’origine, il convient de sélectionner les minerais les
standard en ciment de 350 kg/m3. Les calibres les plus gros, diffici- plus riches en évitant les variétés poreuses ou écailleuses. Le gise-

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ment de Sishen (Afrique du Sud) produit une hématite massive 4.2.2 Granulats légers (protection n)
d’excellente qualité. Une particularité de l’hématite est de produire
une poussière rouge très fine et très collante par frottement sur elle-
■ Colémanite : borate naturel de calcium parmi les moins solubles,
même. Les granulats inférieurs à 1 mm doivent en être débarrassés
associant éléments neutrophage (B > 12 % en masse) et ralentisseur
par lavage de façon à ne pas surestimer leur proportion massique
(H > 1,8 % en masse), utilisable jusqu’à 250 ˚C environ grâce à son
réelle dans le béton. En revanche, il est préférable de conserver la
eau de constitution. La capture des neutrons résulte de la réaction
poussière (taille des particules ≈ 2 µm) sur les calibres supérieurs
nucléaire :
car cette dernière contribue à augmenter la ductilité du béton au voi-
sinage de la limite de rupture, propriété remarquable. 10B + n → 7Li (0,82 MeV) + 4He (1,49 MeV) + γ (0,48 MeV)
■ Magnétite : très proche de l’hématite par sa teneur en fer (Fe > Celle-ci induit une activité alpha instantanée sans conséquence
65 % en masse). Les applications sont similaires à température radiologique, ce qui n’est pas le cas pour l’émission gamma. Du fait
ambiante et les performances voisines, quoique inférieures. L’utili- de sa légère solubilité, ce minerai doit être utilisé sous forme de
sation à température élevée est déconseillée en raison du risque sable et de gravier mais non en poudre car cette dernière peut forte-
d’oxydation en hématite avec augmentation volumique de 2,27 % : ment inhiber le durcissement du béton, surtout en présence de
2 Fe3O4 + 1/2 O2 → 3 Fe2O3 ciment à base Portland. Les substituts artificiels tel que le borate de
calcium dihydraté sont à éviter car ils diminuent trop sévèrement les
Les bétons de magnétite sont plus faciles à mettre en œuvre en résistances mécaniques.
raison du faciès arrondi des granulats, mais le caractère magnétique
de ces derniers peut être incompatible avec l’introduction de riblons ■ Serpentine : roche massive silico-magnésienne intéressante pour
d’acier pour la confection de bétons superlourds. Le magnétisme du son eau de constitution stable jusqu’à 500 ˚C environ (H > 0,6 % en
béton obtenu peut lui-même être incompatible avec certaines utili- masse). Ce matériau est préférentiellement utilisé sous forme de
sations (accélérateurs de particules, instrumentations à proximité). sable afin de mieux répartir les contraintes liées à sa forte dilatation
thermique jusqu’à 150 ˚C. Au-delà de cette température existe un
■ Limonite : terme générique désignant des oxydes de fer (Fe3+ > domaine de contraction suivi à nouveau par un domaine de faible
45 % en masse) hydratés, souvent en mélange. Ce minerai n’est pas dilatation (α = 5 × 10−6 K−1 entre 260 et 370 ˚C) où l’emploi du granu-
à proprement parler un granulat lourd et s’avère peu intéressant lat est pleinement justifié. Il convient d’éviter les variétés fibreuses
pour la confection de bétons denses. Son eau de constitution pré- ou schisteuses détériorant la liaison mécanique avec la matrice
sente en revanche un intérêt dans le cadre d’une protection combi- cimentaire.
née n,γ (H < 0,6 % en masse), en particulier à température élevée
(perte de l’eau au-delà de 200 ˚C). La limonite est très poussiéreuse
et souvent associée à des impuretés siliceuses et argileuses. Ces 4.2.3 Optimisation du squelette granulaire
impuretés peuvent être à l’origine de cratères (pop out) observés
sur la surface interne de certains bunkers de radioprotection. Elles Les granulats pour bétons, qu’ils soient non métalliques ou métal-
sont en tout état de cause responsables de retraits importants pour liques, sont généralement subdivisés et commercialisés en trois
le béton et doivent être éliminées. Plutôt poreuse, la limonite doit catégories de taille :
être préférentiellement employée sous forme de sable. La goethite
est un oxyde hydraté très proche et plus pur. — sables et grenailles : .............................................. 0 < d < 5 mm ;
— petits gravillons et riblons : .............................. 5 < d < 12,5 mm ;
■ Acier : utilisé sous forme de riblons ou de grenaille pour la — gros gravillons et riblons : .............................. 12,5 < d < 25 mm.
confection de bétons superlourds (jusqu’à 6 000 kg/m3 environ).
Disponibles en toute taille, ces granulats artificiels sont deux à qua- L’optimisation de leur mélange en vue d’atteindre la compacité
tre fois plus onéreux que les granulats naturels. Ils procurent toute- maximale s’appuie désormais sur un modèle développé au LCPC et
fois un avantage décisif en terme de réduction d’épaisseur du béton intégré au nouveau logiciel BETONLAB-PRO dont les bases sont
et de propriétés thermomécaniques. Les riblons sont essentielle- explicitées dans la référence [8]. Dans le principe, le squelette gra-
ment constitués de débouchures de tôles métalliques ou de déchets nulaire du béton est assimilé à une suspension solide dont la com-
d’estampage de l’industrie de transformation. Pour les grenailles, la pacité réelle (mesurable expérimentalement) varie avec la viscosité.
fonte peut éventuellement remplacer l’acier, à condition de ne pas Le mélange aboutissant à un empilement aléatoire des grains, la
descendre en dessous de 94 % en fer. En cas de mélange avec un viscosité est très élevée lorsque ces derniers sont serrés au maxi-
granulat de densité inférieure, la granulométrie et la mise en œuvre mum, mais reste toujours finie, contrairement à ce que l’on obtien-
doivent être spécialement étudiées de façon à éviter la ségrégation. drait dans le cas d’un empilement ordonné. Admettant pour ce
Le métal doit être aussi propre que possible, sans trace d’hydrocar- dernier une compacité maximale virtuelle (inaccessible à l’expé-
bures (rouille autorisée). rience), on définit alors pour un niveau de serrage donné une visco-
sité relative de référence telle que :
■ Plomb : excellent pour ses propriétés d’atténuation gamma
( Z = 82), le plomb incorporé sous forme de grenaille de diverses
granulométries est assez onéreux. Ses caractéristiques thermomé-  
n
caniques médiocres (métal mou à forte dilatation thermique) et les  2 ,5 y i 
difficultés de sa mise en œuvre (forte ségrégation) le relèguent à la η r* = exp ∑  ----------------
1 1
fabrication de mortiers très denses au sein de protections de faibles i = 1  --- Ð ------
 g g *
dimensions, ou bien à celle d’éléments préfabriqués. L’alliage à 4 %  i
d’antimoine est préférable pour sa résistance mécanique supé-
rieure. L’utilisation de protections à base de plomb pour un rayonne-
ment à composante β est absolument à éviter (risque d’irradiation avec n nombre de classes granulométriques de taille di,
grave dû au rayonnement X de freinage). yi proportion volumique de la classe i (par rapport
au volume solide total),
Le plomb est un très mauvais matériau de protection contre g i* compacité virtuelle du mélange à classe i
les neutrons. En revanche, la contribution du fer au ralentisse- dominante,
ment des neutrons rapides d’énergie supérieure à 0,85 MeV est g compacité réelle du mélange pour un serrage de
notable grâce à sa section efficace de diffusion inélastique. référence.

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La viscosité relative d’un empilement de sphères dures isodiamé- (0)

trales, serré au maximum, donne ainsi : Tableau 5 – Liants conseillés pour les bétons spéciaux

Tservice Résistance
Épaisseur Protection Ciments NF
 2 ,5  mécanique
η r* = exp  ----------------------------- ≈ 132 063
 1 3 2 ordinaire γ CPJ-CEM II/A 42,5
 ------------ Ð -----------
 0 ,64 π  < 80 ˚C γ CPA-CEM I 52,5
haute
performance n, γ CA + granulat
< 0,50 m conducteur
La compacité virtuelle du mélange est calculée pour sa part à
l’aide de la fonction suivante (cas de granulats de même nature) : γ CPA-CEM I 52,5
haute
> 80 ˚C performance CA + granulat
n, γ
g * = inf ( g i* ) conducteur
γ CLC-CEM V/A 32,5
1 > 0,50 m ∀T ordinaire CPA-CEM I 42,5
avec : g i* = ---------------------------------------------------------------------------------------------------------- n, γ + granulat
iÐ1 di n y
1  j dj  conducteur
∑ yj  1 +  ---β- Ð 1 ---- d
-  + ∑  ---- ----- 
 β d 
j=1 j j j=i j i

où βj est la compacité propre virtuelle de la classe de taille dj. Le premier critère apparaît prépondérant car il se réfère aux
conditions thermiques auxquelles le béton peut être initialement
di dj exposé, dès la période de prise, à un moment critique de sa structu-
Dans cette relation, les termes ----- et ----- expriment respective- ration. Au très jeune âge, les réactions d’hydratation du ciment sont
dj di en effet responsables d’un échauffement d’autant plus important
ment le desserrement des grains j au voisinage des grains i (effet de que le liant est riche en composés réactifs et que le volume de maté-
paroi) et le desserrement des grains i par les grains j (effet d’interfé- riau mis en place est élevé. Sans précautions particulières, les
conséquences se traduisent par des variations dimensionnelles et
rence), lorsque la classe i est dominante. Ce modèle a été validé
une déperdition d’eau excessives, à l’origine de contraintes différen-
pour des granulats ordinaires de tailles et de formes diverses avec
tielles et de fissurations. La durabilité de l’ouvrage s’en trouve alors
des écarts généralement inférieurs à 1 % par rapport aux résultats hypothéquée, ce dernier pouvant même être immédiatement
expérimentaux [1]. Son application aux granulats spéciaux ne pose dégradé :
aucune difficulté sauf dans le cas où coexistent deux constituants de
densités très différentes (béton de colémanite avec riblons d’acier — pour les voiles de béton excédant l’épaisseur critique de
par exemple). 0,50 m, l’utilisation de liants à faible chaleur d’hydratation et faible
résistance s’impose donc d’autant plus naturellement que le maté-
Dans le cas traditionnel du mélange de trois catégories granulo- riau devient peu sollicité mécaniquement ;
métriques de même nature, le calcul de la compacité optimale pour — pour les épaisseurs réduites à moins de 0,50 m, le niveau de
une consistance donnée est d’autant plus précis qu’il s’appuie sur : compacité nécessaire pour une protection efficace conduit implicite-
ment à la notion de haute performance, de même que des tempéra-
— une analyse granulométrique détaillée ; tures supérieures à 80 ˚C en condition de service. Le choix de liants
— une détermination soigneuse de la compacité propre d’au développant des résistances plus élevées est alors requis dans la
moins trois classes dans chaque catégorie. mesure où leur exothermicité plus importante reste compatible
avec l’évacuation de la chaleur.

Le critère relatif au type de rayonnement intervient de façon très


différente. Pour la protection contre les neutrons, il se traduit par la
4.3 Liants hydrauliques recherche simultanée de la plus grande quantité d’eau fixée et par la
composition contenant le moins d’impuretés. Dans cette configura-
tion, les liants composés sont à éviter, au profit de ceux comportant
la proportion maximale de constituant réactif tels le CPA-CEM I (clin-
4.3.1 Critères de sélection ker > 95 %) ou le ciment alumineux. En terme de capacité à fixer
l’eau, ce dernier apparaît en outre plus intéressant puisque le rap-
port théorique eau/ciment assurant l’hydratation complète est de
Les liants mis en œuvre dans les bétons de protection sont dans 0,345 contre 0,225 ± 0,025 pour le ciment Portland. La prescription
le cas général des ciments courants à base de clinker Portland, le de tels ciments, dont la chaleur d’hydratation est assez élevée, exige
ciment alumineux (CA) étant plus particulièrement réservé à la pro- d’associer un granulat conducteur en plus du granulat neutrophage.
tection contre les neutrons. On en trouvera une description dans le
guide [9].

Vis-à-vis d’un ouvrage donné, quatre critères sont à retenir pour


4.3.2 Ciments courants
sélectionner la variété de ciment la plus appropriée (tableau 5) :
La nouvelle norme de 1994 portant sur la composition et la classi-
— l’épaisseur de l’ouvrage ; fication des ciments courants (NF P 15-301) rend leur prescription
— la température de service ; plus précise en fonction de l’objectif à atteindre (tableau 6). Cinq
types principaux sont définis selon leur teneur en clinker et autres
— le niveau de résistance mécanique ; constituants majeurs :
— le type de rayonnement. — ciment Portland artificiel (CPA-CEM I) ;

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Tableau 6 – Composition (% en masse) et caractéristiques moyennes de liants utilisables


pour les bétons de protection
CPA-CEM I CPJ-CEM II/A CLC-CEM V/A CA
Constituants ou caractéristiques 52,5 PM ES 42,5 PM ES 32,5 PM ES PM ES
Le Teil Brest Gaurain Dunkerque
SiO2 22,80 26,17 30,50 4,43
Al2O3 2,69 7,90 12,25 38,41
Fe2O3 1,85 4,71 2,45 11,82
FeO 0 0 ...................................... 3,94
CaO 67,30 55,63 42,55 37,92

MgO 0,85 1,06 3,65 0,59


K2 O 0,24 0,47 0,80 0,15
Na2O 0,14 0,16 0,25 0,10
SO3 2,24 2,23 3,00 0,15
S− 0,01 0,01 0,24 0,02

CO2 1,24 0,66 1,20 (C)


TiO2 0,07 0,12 0,70 2,46
P2 O 5 0 0 0,40 0,2
MnO 0,007 0,04 0,10 0,045
Cr2O3 0,007 ................................... 0,0074 0,1
Perte au feu à 1 000 ˚C ...................... (% en masse) 1,80 1,00 2,35 0,4
Clinker ................................................ (% en masse) 95,2 80,8 51,5 100
Masse volumique ........................................ (kg/m3) 3 160 3 030 2 830 3 250
Surface spécifique (méthode Blaine) ......... (cm2/g) 3 450 3 224 3 620 3 150
Passant à 96 µm ................................ (% en masse) 99,2 96,6 100 92

Passant à 32 µm ................................ (% en masse) 77,0 67,9 81,3 50


Chaleur d’hydratation à 24 h ....................... (kJ/kg) 263 183 187 473
Retrait à 28 j ................................................. (µm/m) 550 n.d. 590 700*
Résistance à la compression 28 j .................. (MPa) 62,7 51,2 49 85* ; 44**
* rapport e/c = 0,4 sans conversion minéralogique (T = 20 ˚C) ** rapport e/c = 0,4 avec conversion minéralogique (T jusqu’à 85 ˚C)
(C) carbone seul.

— ciment Portland composé (CPJ-CEM II) ; retrait important (> 1 000 µm/m) représente un risque de fissuration,
— ciment de haut-fourneau (CHF- ou CLK-CEM III) ; indépendamment d’une teneur en chlorure indésirable.
— ciment pouzzolanique (CPZ-CEM IV) ; Dans les bétons de protection, le dosage en ciment c résulte le
— ciment au laitier et aux cendres (CLC-CEM V). plus souvent de l’optimisation entre compacité et maniabilité. Pour
Chaque type comporte plusieurs variétés permettant de préciser : cela, il doit respecter une fourchette qui est fonction de la taille du
— la classe de résistance : 32,5 ; 42,5 ; 52,5 (MPa) ; plus gros granulat D. Dans la pratique, on retiendra (c en kg/m3 avec
— le développement rapide de la résistance : R ;
D en mm) :
— la compatibilité à l’eau de mer : PM ; 680 ± 90
— la compatibilité avec les eaux sulfatées : ES. c = -----------------------
5 D
Globalement, la résistance normale (à 28 jours) augmente avec la
teneur en clinker (constituant le plus réactif du ciment), tandis que la Pour autant, le dosage doit permettre d’atteindre la résistance
résistance au jeune âge (à 2 jours) augmente avec la teneur en alu- cible souhaitée, estimée avec la relation de Bolomey :
minate tricalcique (constituant le plus réactif du clinker) et la finesse
de mouture. La compatibilité « eau de mer » et « sulfate » est par c
contre obtenue pour les teneurs en aluminate tricalcique les plus fai- f c = k b f mc  ------------- Ð 0 ,5
e+V
bles. L’aluminate tricalcique étant à l’origine d’une forte exothermi-
cité et d’un retrait endogène élevé [10], on recherchera d’une façon avec fc résistance du béton (MPa),
générale des liants en comportant très peu, c’est-à-dire sans la kb coefficient relatif au squelette granulaire (de 0,5 à 0,6),
caractéristique « R », mais au contraire avec le label « PM-ES », y
compris pour la réalisation de bétons d’épaisseur inférieure à fmc résistance normale (NF EN 196-1) du ciment (MPa),
0,50 m. Parmi ces liants, on évitera pourtant les CLK-CEM III dont le c dosage en ciment (kg/m3),

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e quantité d’eau totale (L/m3), 4.4 Additifs pulvérulents


V volume d’air occlus (L/m3).
On admet V = 0,1 e pour un béton plastique. Au sein des bétons spéciaux, les additifs pulvérulents concernent
essentiellement la capture des neutrons thermiques au moyen de
Une relation plus précise tirée de [8] permet, quant à elle, de cal- corps absorbants. Ces derniers présentent en conséquence une sec-
culer la résistance en compression de la matrice du béton (fcm en tion efficace très élevée (afin d’éviter aux constituants normaux du
MPa) compte tenu du rapport eau/ciment (e/c) et de son environne- béton l’absorption des neutrons et la production associée de pho-
ment granulaire : tons γ de capture) et doivent être le plus uniformément répartis. Le
cadmium étant écarté en raison de l’émission de photons γ de cap-
2 ,85 Ð 0 ,13 ture de 7,5 MeV, les produits utilisés se limitent pratiquement au car-
1 g*
D  3 ------ Ð 1
bure de bore et à deux oxydes de terres rares (tableau 7). Onéreux,
f cm = 13 ,4 f mc ------------------------------------
ρc e
-
g ils relèvent généralement d’applications spécifiques nécessitant une
1 + 1 ,1 --------- --- protection de très haut niveau. La granulométrie doit rester infé-
10 3 c rieure à 100 µm.

avec ρc masse volumique du ciment en kg/m3. (0)

Tableau 7 – Corps absorbants les neutrons thermiques


4.3.3 Ciment alumineux (CA)
Masse Section
Élément
volumique efficace Coût
Ce liant normalisé (NF P 15-315), obtenu par fusion de calcaire et Composé absorbant
élémentaire (kF/kg)
de bauxite, est très différent des ciments Portland par sa composi- (kg/m3) (barns*)
(% en masse)
tion (tableau 6) et son comportement. Comportant au moins 36 %
en masse d’alumine, son hydratation permet d’obtenir rapidement à B4 C 2 520 763 78,25 1,5
une température au-delà de 50 ˚C, sinon plus lentement, des miné- Sm2O3 8 347 5 610 86,23 11
raux stables où l’eau est fixée exclusivement sous forme d’ions OH−
de constitution : Gd2O3 7 407 48 766 86,76 10
— hydrogrenats : Ca3[Al(OH)6]2 * 1 barn = 10−24 cm2
Ca3[Al1−x Fex(OH)6−2y]2(SiO4)y
— gibbsite : Al2(OH)6
Cette association présente en outre l’avantage de résister à 4.5 Rapport eau/ciment
l’action de milieux agressifs (chlorure, sulfate) jusqu’à des pH aussi
bas que 4, différence fondamentale avec les ciments Portland qui
libèrent de l’hydroxyde de calcium soluble en dessous de pH 12,45 Les formules de bétons antérieures à l’apparition des superplasti-
[11]. fiants réducteurs d’eau se caractérisent par des rapports massiques
eau/ciment (e/c) souvent élevés, parfois excessifs (e/c > 0,6). Le com-
Dans le cas du ciment alumineux, la résistance normalisée à portement mécanique de tels matériaux s’avère médiocre, indépen-
28 jours ne doit pas être considérée comme acquise en raison de la damment du fait que la majeure partie de l’eau ne s’y trouve pas
formation d’hydrates transitoires, mécaniquement très résistants, fixée de façon durable. Les pâtes de ciment correspondantes pré-
qui se transforment ensuite en hydrogrenats et gibbsite stables. sentent en effet une forte sensibilité au séchage et au retrait hydrau-
Cette conversion minéralogique s’accompagnant d’une création de lique, ce qui peut modifier certaines caractéristiques importantes du
porosité, la résistance de la pâte de ciment diminue alors d’autant béton (conductivité thermique, sections efficaces macroscopiques
plus sensiblement que le rapport e/c est élevé. d’absorption et de diffusion des neutrons).
Les formules actuellement mises en œuvre présentent des rap-
Afin de limiter la chute de performance à la fois en amplitude ports e/c typiquement inférieurs à 0,5, voire inférieurs à 0,4. Ces
et en niveau, deux règles doivent être strictement observées : valeurs restent à la fois compatibles avec l’hypothèse d’une hydra-
— dosage en ciment supérieur ou égal à 400 kg/m3 de béton ; tation complète du ciment à long terme et avec la notion de béton
— rapport e/c inférieur ou égal à 0,4. plein, c’est-à-dire comportant un léger excès de pâte de ciment par
rapport au squelette granulaire et un léger excès d’eau par rapport
au ciment. Dans ces conditions, la résistance en compression du
De plus, la formation directe des hydrates stables à température béton est proportionnelle au carré de la compacité de la pâte pour
élevée n’est jamais souhaitable car elle s’accompagne d’une un squelette granulaire, un âge et un type de conservation donnés
contraction de la pâte très importante (∆V/V ≈ 22 %) avec fissura- (loi de Féret). Pour un rapport e/c compris entre le rapport critique
tion. Cet aspect nécessite donc d’évacuer la chaleur efficacement d’hydratation du ciment et le rapport critique de ségrégation, on en
pendant la prise. déduit qu’une modification de ce rapport induit une variation rela-
tive de résistance tel que :
Les particularités de la mise en œuvre, l’inefficacité des adjuvants
superplastifiants d’anciennes générations et un coût élevé (3 kF/t) 2
 1 + 10 Ð3 ρ  e 
ont certainement contribué à limiter l’emploi du ciment alumineux ∆R  c  --- 
c 1
par le passé. Même si les applications demeurent très spécifiques, il -------- = 1 Ð  ---------------------------------------- 
est désormais envisageable de réaliser des bétons spéciaux peu R  Ð 3  e 
 1 + 10 ρ c  --- 
calorifiques grâce à la combinaison des trois mesures suivantes : c 2
— compacité maximale du squelette granulaire (modèle LCPC) ; avec ρc masse volumique du ciment en kg/m3.
— nature conductrice du granulat (acier, hématite) ; Le fait de modifier le rapport e/c de 0,35 à 0,5 entraîne ainsi une
— superplastifiant efficace (cf. § 4.6). diminution de résistance d’un tiers, toute chose égale par ailleurs.

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4.6 Adjuvants
Afin de ne pas provoquer de ségrégation, il convient pour
cette raison d’éviter la vibration prolongée et la coulée avec
Dans le domaine des bétons spéciaux, les adjuvants utilisés sont chute en hauteur, spécialement dans le cas des bétons lourds.
essentiellement des superplastifiants (ou fluidifiants) et éventuelle-
ment des retardateurs. Les premiers sont censés augmenter la
maniabilité du matériau frais (malaxage, transport, mise en place).
Les seconds complètent l’action des premiers en prolongeant la
4.7 Compositions types de bétons
durée pratique d’utilisation. Les compacités et masses volumiques spéciaux
des bétons de protection gamma actuels, par définition élevées, ne
permettent que très rarement une mise en œuvre sans superplasti-
fiant. Les bétons formulés avant l’apparition de ces produits com- Le champ de composition des bétons spéciaux est potentielle-
portent de fait des teneurs en eau plus élevées, ce qui peut ment très étendu et l’on peut estimer à plusieurs centaines le nom-
apparaître comme un contresens. bre de variétés existant de par le monde (protection gamma
essentiellement). Il n’est pas question d’en dresser ici l’inventaire
Les superplastifiants sont des polymères organiques à caractère d’autant que nombre de ces matériaux apparaissent aujourd’hui
polaire. Leurs chaînes moléculaires, en recouvrant la surface des dépassés, trop spécifiques, voire non reproductibles. On en trou-
grains de ciment, présentent vers l’extérieur des charges négatives vera de nombreux exemples dans [13]. Il convient de remarquer
à l’origine de répulsions interparticulaires. À l’échelle microstructu- que, au sein de cet ensemble, les formules comportant des granu-
rale, ceci se traduit par une défloculation des grains et une réparti- lats à base de fer occupent une position prépondérante.
tion homogène au sein de la pâte qui en conserve le bénéfice après
durcissement (augmentation des résistances, diminution de la per- Actuellement, deux facteurs contribuent à restreindre la gamme
méabilité). À l’échelle du béton, suspension solide assimilable à un des matériaux de protection :
corps de Bingham, l’action des superplastifiants consiste surtout à — les nouvelles techniques de formulation : en permettant de
abaisser le seuil de cisaillement τ0, la viscosité plastique µ étant converger vers les compositions optimales, elles réduisent de fait la
pour sa part moins affectée. L’affaissement du béton frais mesuré au variabilité des bétons produits ;
cône d’Abrams (slump) est étroitement corrélé à ce seuil de cisaille- — la standardisation des procédés : elle tend à s’appuyer sur des
ment lorsque µ < 300 Pa · s et permet de comparer l’efficacité des compositions de référence bénéficiant d’un bon niveau de caractéri-
différents produits [12]. Dans cette gamme de consistance, on vérifie sation, évitant ainsi la qualification coûteuse de matériaux sur
par ailleurs que µbéton est proportionnel à µpâte. mesure.
Plusieurs générations de polymères ont successivement été
mises au point :
4.7.1 Mortiers spéciaux
— les lignosulfonates, maintenant abandonnés ;
— les naphtalènesulfonates, plus efficaces et encore utilisés ; Les mortiers et microbétons désignent des matériaux dont la
— les mélaminesulfonates, d’efficacité comparable. taille maximale du granulat est inférieure à 10 mm. Ils trouvent leur
Ces produits cèdent le pas vers le milieu des années 1990 à de application dans les joints des massifs de béton de protection et
nouvelles molécules très performantes (tableau 8) : plus généralement dans le remplissage de tout vide de dimensions
limitées ou d’accès difficile. Censés assurer au minimum les mêmes
— les polycarboxylates ; propriétés que celles des bétons encaissants, ils leur empruntent
— les polyglycols. souvent les mêmes constituants (tableau 9).
(0)

(0)
Tableau 8 – Superplastifiants pour bétons
Tableau 9 – Mortiers spéciaux pour protection gamma
Marque Ciments Coût
Famille Efficacité et neutronique
(exemples) compatibles (F/L)
Naphtalène Pozzolith® Mortier
400 N Portland ++ 11 Mortier Mortier Mortier
sulfonate Constituants de
de d’hématite de
ou caractéristiques barytine
Castament® Portland +++ + plomb
corindon + acier colémanite
Polyglycol 28
FS 10 + alumineux ++
Poly- Portland +++ Ciment ....... (kg/m3) CA 450 CA 450 CPA 490 CA 450
carboxylate Glenium® 27 + alumineux +++ 11
Eau ............ (kg/m3) 225 180 257 290
Grenaille (1) . (kg/m3) 6 190 580
Généralement utilisés en solution aqueuse comportant 40 % en (6,5/9) (0/0,3)
masse de principe actif, ces nouveaux superplastifiants sont incor- Sable (1) ....... (kg/m3) 335 2 750 2 570 1 400
porés au moment du malaxage à raison de 0,5 à quelques pour-cent (0/0,5) (0/3) (0/3) (0,3/3)
de la masse de ciment. La fluidification est très nette et s’accompa-
gne moins des effets secondaires constatés avec les générations Rapport e/c 0,5 0,4 0,524 0,644
antérieures (entraînement d’air, ségrégation, ressuage...). L’avancée Masse
volumique ... (kg/m3) 7 200 3 200 3 750 2 140
technologique est d’autant plus appréciable qu’elle permet
maintenant :
Dalle Joints
— la réduction d’eau et l’augmentation de fluidité simultanément ; Écran
Application Super réfrac- Joints de criticité
— la fluidification des liants alumineux. Phenix taires
Au moment de leur coulée, les bétons avec adjuvant présentent CA ciment alumineux
pour la plupart un caractère thixotrope accentué : au repos, les CPA ciment Portland artificiel
bétons semblent figés tandis que quelques chocs ou vibrations (1) Tailles de granulats (en mm) indiquées entre parenthèses
entraînent leur « liquéfaction ». sous les quantités utilisées.

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La mise en place s’effectue de façon conventionnelle ou par injec- 4.7.2 Bétons de protection
tion de mortier fin dans un squelette granulaire introduit en premier.
Cette dernière méthode (prepacked concrete), utilisée pour la pro- La sélection de compositions présentées aux tableaux 10 et 11
tection biologique des caissons de la dalle de Super Phénix, pré- comporte à la fois des exemples anciens, typiques ou remarqua-
sente deux avantages : bles, et une référence plus moderne tel que le béton d’hématite qui
tend à se généraliser pour la protection gamma. La liste, non limita-
— éviter la ségrégation des granulats lourds de gros calibre ; tive, propose par ailleurs un béton standard, base de comparaison
indispensable pour toutes caractéristiques confondues et lui-même
— empêcher le blocage du matériau complet en cours d’injection. matériau de protection. Il s’avère difficile de considérer chacune de
ces compositions comme un véritable standard. En effet, chaque
Selon leur température de service, certains joints exigent une ouvrage ayant sa spécificité propre, la variété des contraintes de
grande stabilité dimensionnelle, voire un caractère réfractaire. Ces mise en œuvre et la diversité des provenances pour les liants et les
propriétés sont obtenues par association de sable de corindon avec granulats font en sorte que les bétons mis en place sont toujours dif-
du ciment alumineux. férents, même lorsque leur composition est identique.
(0)

Tableau 10 – Bétons de protection γ ; compositions types et caractéristiques principales


Béton Béton Béton
Constituants Béton Béton Béton Béton Béton
d’hématite + de de barytine
ou caractéristiques de riblons d’hématite 1 d’hématite 2 de barytine standard
grenaille magnétite + riblons

Ciment ................... (kg/m3) CPA 350 CPA 350 CA 400 CPA 350 CPJ 350 CPJ 350 CPA 350 CPA 350
Eau ......................... (kg/m3) 100 150 140 140 175 128 110 150
Superplastifiant .... (kg/m3) 1,75 5,25 4,25 1,75 5,25 1,75 1,75 1,75

Grenaille (1) ........... (kg/m3) 2 250 1 860


(0,15/4) (0,3/4)

Riblons 1 (1) ........... (kg/m3) 880 1 000


(6/15) (6/15)
2 720 1 800
Riblons 2 (1) ........... (kg/m3) (15/30) (15/30)

Sable 1 (1) .............. (kg/m3) 990 990 200 1 280 580 750
(0/1) (0/1) (0/1) (0/7) (0/3) (0/4)

Sable 2 (1) .............. (kg/m3) 920 920 1 100 1 100 420


(0/6) (0/6) (0/5) (3/7) (4/12)

Gravillons (1) ........ (kg/m3) 1 680 1 680 2 450 1 800 1 800 780
(6/20) (6/20) (5/25) (5/20) (7/30) (8/20)
Rapport e/c ......................... 0,286 0,429 0,35 0,4 0,5 0,366 0,314 0,429
Masse volumique . (kg/m3) 6 300 4 044 4 076 4 720 3 500 3 550 4 920 2 381
Conductivité à 25 ˚C : 6,15
thermique ........ [W/(m · K)] 15,25 à 80 ˚C : 5,65 6,23 11,7 3,37 1,36 11,14 2,26
Coefficient de dilatation
linéique ...................... (K−1) 11,6 × 10−6 8 × 10−6 8,5 × 10−6 9,5 × 10−6 8,9 × 10−6 19,9 × 10−6 16,3 × 10−6 10 × 10−6
Retrait 28 jours ...... (µm/m) 190 270 140 130 300 225 120 175
Résistance à la compres- exp : 76,0 exp : 50,2 exp : 35
sion 28 j .................... (MPa) calc : 148 80 76 calc : 95 44 36 calc : 99 63
Résistance à la traction exp : 6,4 exp : 4,7 exp : 2,7
28 j ............................ (MPa) calc : 7,1 5,2 5 calc : 5,5 3,6 3,3 calc : 5,7 4,4
Module d’élasticité exp : 61,5 exp : 40,3 exp : 19 exp : 38
statique 28 j .............. (GPa) calc : 118 82 81 calc : 93,5 42 calc : 41,6 calc : 83 44
Bouchon Protection X Blocs Dalle
Protection puits Cellules Cellules alvéole de
Exemple d’application ....... réacteur Synchrotron de stockage de freinage blindées blindées amovibles stockage de
de recherche Grenoble de déchets (accéléra- Marcoule Saclay accéléra-
teurs) teur Saclay produits de
vitrifiés fission
CA ciment alumineux CPA ciment Portland artificiel CPJ ciment Portland composé

Les valeurs notées en italique correspondent à des valeurs calculées.


(1) Tailles de granulats (en mm) indiquées entre parenthèses sous les quantités utilisées.

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(0)

Tableau 11 – Bétons de protection n, γ ; compositions types et caractéristiques principales


Béton
Constituants Béton Béton Béton de limonite
de colémanite Béton de limonite
ou caractéristiques de serpentine de colémanite + grenaille
+ riblons
Ciment ............................ (kg/m3) CA 400 CA 415 CA 400 CPJ 350 CPA 350
Eau .................................. (kg/m3) 180 332 148 175 140
Superplastifiant ............. (kg/m3) 0 0 0 1,75 1,75
Grenaille (1) .................... (kg/m3) 1 450 1250 1250
(0,3/4) (0,02/2)
Riblons (1) ...................... (kg/m3) 3 000
(6/20)
Sable 1 (1) ....................... (kg/m3) 500 1 290 400 984 800
(0,2/2) (0/5) (0/5) (0/7) 2/7
Sable 2 (1) ....................... (kg/m3) 535
(2/5)
Gravillons (1) .................. (kg/m3) 865 1 560 1 190
(5/12) (7/25) (7/25)
Rapport e/c .................................. 0,45 0,800 0,370 0,5 0,4
Masse volumique .......... (kg/m3) 2 430 1 880 5 350 3 000 3 620
Conductivité thermique
................................... [W/(m · K)] 2,2 à 20 ˚C : 0,78 à 40 ˚C : 3,5 2,4 n.d.
Coefficient de dilatation
linéique ............................... (K−1) 23 × 10−6 12,4 × 10−6 12 × 10−6 10 × 10−6 n.d.
Retrait 28 jours ............... (µm/m) 180 330 170 630 528
Résistance à la compression 28 j
........................................... (MPa) 54 19,0 115 40 60
Résistance à la traction
28 j ..................................... (MPa) 5,5 3,2 6,0 3,3 3,6
Module d’élasticité statique 28 j
............................................ (GPa) 38 32,0 61,0 40,3 48,1
Exemple d’application ................ Réacteur E. Ateliers Réacteur Orphée Puits de cuve Protection locale
Fermi, États-Unis « combustible » réacteur réacteur
CA ciment alumineux CPA ciment Portland artificiel CPJ ciment Portland composé n.d. non déterminé
Les valeurs notées en italiques correspondent à des valeurs calculées.
(1) Tailles de granulats (en mm) indiquées entre parenthèses sous les quantités utilisées.

Par ailleurs, d’importants écarts de comportement sont observés ■ Protection n, γ


en fonction de l’époque de fabrication. Affectant surtout les perfor-
La protection contre les neutrons repose sur l’utilisation de maté-
mances mécaniques, ils trouvent leur origine dans l’efficacité des riaux riches en hydrogène (béton de serpentine) ou associant du
techniques de serrage et des adjuvants disponibles au moment de la bore à ce dernier (béton de colémanite). Dans la mesure où l’on dis-
mise en œuvre. La résistance des bétons anciens apparaît ainsi très pose d’épaisseurs suffisantes et à condition que les neutrons ne
inférieure à celle prévue pour les bétons modernes de même com- dépassent pas quelques MeV en énergie, le béton standard peut
position (valeurs calculées en italique dans le tableau 10). même convenir. Si ce n’est pas le cas, la protection contre les neu-
trons doit envisager simultanément celle contre les photons gam-
Le coût des bétons spéciaux étant globalement proportionnel au mas de capture en ajoutant un élément lourd tel que le fer, par
coût des granulats, il existe une grande disparité de prix au mètre ailleurs intéressant pour le ralentissement des neutrons rapides
(béton de limonite). Lorsque les neutrons sont associés à une com-
cube, indépendamment du transport et de la mise en œuvre.
posante gamma importante, il convient alors d’augmenter la den-
Exemple : on retiendra des prix de revient de l'ordre de 450, 4 150 sité avec du fer métallique (béton de limonite + grenaille, béton de
et 5 000 F/m3, respectivement pour le béton standard, le béton de riblons + colémanite). Les transferts de chaleur s’en trouvent en
limonite et le béton à l'hématite 1. outre favorisés, ce qui est bénéfique pour les structures en béton.
Différentes combinaisons peuvent être retenues, souvent en fonc-
■ Protection γ tion d’un compromis coût-efficacité (mélange calcaire + limonite
dans les bétons constituant le fond des piscines de rechargement
Par leur gradation en densité, les compositions présentées cou- des REP français). Il ne peut y avoir en revanche aucun compromis
sur les quantités d’eau et la forme sous laquelle est introduite cette
vrent l’essentiel des besoins vis-à-vis des flux les moins intenses
dernière. En particulier, lorsqu’on désire élever la teneur en hydro-
(béton standard), aux plus intenses (béton de riblons). Le critère gène du matériau, augmenter la quantité d’eau de gâchage aux
thermique permet ensuite de choisir entre matériaux fonctionnant dépens de l’eau (plus chère) apportée par les granulats hydratés est
en dessous de 100 ˚C (bétons avec magnétite ou barytine) ou au- une erreur grave si le béton doit connaître une éventuelle période de
dessus (béton avec hématite ou acier). séchage.

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(0)

Tableau 12 – Composition chimique de deux bétons et détermination des coefficients massiques et linéiques
d’atténuation pour des photons de 1 MeV
Béton standard Béton d’hématite 1
µ/ρ des éléments
Élément µ/ρ partiel µ/ρ partiel
(cm2/g) fraction massique fi fraction massique fi
(cm2/g) (cm2/g)
H 1,263 × 10−1 7,015 × 10−3 8,860 × 10−4 4,296 × 10−3 5,425 × 10−4
C 6,361 × 10−2 4,520 × 10−2 2,875 × 10−3 2,893 × 10−4 1,840 × 10−5
O 6,372 × 10−2 5,085 × 10−1 3,240 × 10−2 3,282 × 10−1 2,091 × 10−2
Na 6,100 × 10−2 3,843 × 10−4 2,344 × 10−5 8,879 × 10−5 5,416 × 10−6
Mg 6,296 × 10−2 1,979 × 10−3 1,246 × 10−4 4,382 × 10−4 2,759 × 10−5

Al 6,146 × 10−2 3,632 × 10−3 2,233 × 10−4 1,217 × 10−3 7,480 × 10−5
Si 6,361 × 10−2 2,068 × 10−1 1,315 × 10−2 9,107 × 10−3 5,793 × 10−4
P 6,182 × 10−2 2,083 × 10−4 1,287 × 10−5
S 6,376 × 10−2 1,391 × 10−3 8,868 × 10−5 7,755 × 10−4 4,944 × 10−5
K 6,216 × 10−2 8,787 × 10−4 5,462 × 10−5 1,703 × 10−4 1,059 × 10−5

Ca 6,388 × 10−2 2,165 × 10−1 1,383 × 10−2 16 16


Ti 5,891 × 10−2 1,553 × 10−4 9,146 × 10−6 3,587 × 10−5 2,113 × 10−6
Cr 5,930 × 10−2 6,839 × 10−6 4,055 × 10−7 4,094 × 10−6 2,428 × 10−7
Mn 5,852 × 10−2 1,925 × 10−4 1,127 × 10−5 4,634 × 10−6 2,712 × 10−7
Fe 5,995 × 10−2 7,188 × 10−3 4,309 × 10−4 6,142 × 10−1 3,682 × 10−2
Σfi ................................................................. 1 1
µ/ρ ................................................................. ............................................ 6,412 × 10−2 ............................................. 6,167 × 10−2
ρ ..................................................... (g/cm3) 2,381 ............................................. 4,044
µ ....................................................... (cm−1) ............................................. 1,527 × 10−1 ............................................. 2,494 × 10−1

On remarquera que le rapport e/c très élevé du béton de coléma-


nite en fait un matériau de remplissage, exclusivement. Compte tenu des enjeux de la radioprotection, les calculs
d’atténuation doivent toujours être exécutés à partir des carac-
téristiques réelles des bétons.

5. Propriétés des bétons 5.1.1 Atténuation des photons


spéciaux 5.1.1.1 Coefficients d’atténuation
L’atténuation traduit la diminution du nombre de photons d’éner-
gie E après traversée d’un milieu absorbant. Pour une énergie don-
née, le coefficient d’atténuation linéique du béton peut être calculé,
5.1 Propriétés d’atténuation connaissant sa composition chimique élémentaire et sa masse volu-
mique. La méthode est illustrée par le tableau 12 avec les exemples
du béton standard et du béton lourd à l’hématite 1. À partir des coef-
ficients massiques d’atténuation des éléments (µ/ρ), disponibles
L’atténuation des rayonnements par le béton est la conséquence pour diverses énergies [14], le coefficient massique d’atténuation du
de leur interaction avec les atomes constitutifs. Pour une épaisseur béton est obtenu dans un premier temps. Le produit de ce coeffi-
donnée du matériau, l’ampleur de cette atténuation dépend donc cient massique d’atténuation par la masse volumique du béton
donne en définitive le coefficient d’atténuation linéique (en cm−1) :
étroitement de la composition chimique du milieu traversé, avec
une sensibilité d’autant plus grande qu’il y a coexistence entre élé- µ
ments « légers », « intermédiaires » et « lourds ». Dans la mesure où µ(E) = ∑ f i  --- ( E ) ρ béton
i ρ i
la teneur des granulats naturels en éléments spécifiques de l’atté-
nuation peut varier dans d’énormes proportions, la valeur des coef- avec fi fraction massique de l’élément i dans le béton,
ficients relatifs aux différents types de béton n’est donnée qu’à titre  µ ( E ) coefficient massique d’atténuation de l’élément i
 --ρ- i
indicatif. pour les photons d’énergie E (cm2/g).

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(0)

Tableau 13 – Propriétés d’atténuation gamma du béton standard (ρ = 2 381 kg/m3)


Coefficient Coefficient
Énergie E d’atténuation d’atténuation B(µx) : facteur d’accumulation de débit de dose (exposure Buildup)
linéique µ massique µ/ρ

(MeV) (cm−1) (cm2/g) µx = 1 µx = 2 µx = 5 µx = 10 µx = 20 µx = 30 µx = 40

0,02 15,35 6,447 1,048 1,068 1,107 1,135 1,174 1,194 1,204
0,05 1,313 0,5516 1,632 2,013 2,748 3,636 4,958 5,997 6,742
0,1 0,4560 0,1915 2,620 4,188 9,392 20,29 50,33 89,95 136,8
0,2 0,3024 0,1270 2,657 4,824 14,55 43,89 169,9 415,0 813,8
0,5 0,2076 0,0872 2,247 3,965 11,82 34,99 124,5 276,5 494,2

1 0,1512 0,0635 1,968 3,214 8,216 20,34 55,99 103,5 160,5


2 0,1065 0,0447 1,770 2,647 5,662 11,68 26,08 42,58 60,38
5 0,0706 0,0297 1,530 2,030 3,560 6,295 12,23 18,58 26,26
10 0,0587 0,0246 1,350 1,638 2,510 4,136 7,843 12,09 17,00
15 0,0561 0,0236 1,260 1,450 2,068 3,256 6,234 9,949 14,69

(0)

Tableau 14 – Propriétés d’atténuation gamma du béton d’hématite (ρ = 4 044 kg/m3)


Coefficient Coefficient
Énergie E d’atténuation d’atténuation B(µx) : facteur d’accumulation de débit de dose (exposure Buildup)
linéique µ massique µ/ρ

(MeV) (cm-1) (cm2/g) µx = 1 µx = 2 µx = 5 µx = 10 µx = 20 µx = 30 µx = 40

0,02 86,81 21,47 1,014 1,014 1,029 1,033 1,043 1,043 1,053
0,05 6,459 1,597 1,155 1,215 1,318 1,421 1,539 1,612 1,653
0,1 1,265 0,3128 1,550 1,884 2,646 3,621 5,084 6,253 7,142
0,2 0,5499 0,1360 2,001 2,941 6,049 12,29 27,84 46,57 67,59
0,5 0,3380 0,0836 2,046 3,284 8,413 21,81 66,50 133,9 224,6

1 0,2438 0,0603 1,876 2,923 7,028 16,72 44,25 80,37 123,5


2 0,1734 0,0429 1,723 2,524 5,315 11,01 24,94 41,29 59,45
5 0,1250 0,0309 1,514 1,987 3,539 6,649 14,48 23,98 35,04
10 0,1158 0,0286 1,334 1,599 2,504 4,562 11,06 21,42 36,95
15 0,1179 0,0292 1,244 1,419 2,044 3,646 10,13 24,45 53,70

Pour les bétons ordinaires seulement, il est intéressant de savoir bétons spéciaux peuvent être trouvés dans les références [2], [3] et
que les coefficients massiques µ/ρ à une énergie donnée varient très [13].
peu avec les compositions, en dépit d’une disparité notable de ces
dernières. Les écarts notés sont inférieurs à 1,5 % jusqu’à 5 MeV et
inférieurs à 6 % au-delà [13]. Dans ces conditions, la masse volumi- 5.1.1.2 Coefficient massique d’absorption d’énergie
que apparaît principalement influencer la valeur du coefficient
d’atténuation µ (les écarts notés sur ce dernier vont jusqu’à 15 %
environ). Ce type de coefficient intervient dans l’évaluation de la dose
déposée dans le matériau de protection. Il se calcule pour les diffé-
Les coefficients d’atténuation massiques et linéiques du béton
standard et du béton d’hématite 1 ont été calculés pour différentes rentes énergies à partir des coefficients des éléments constitutifs du
énergies (tableaux 13 et 14). La comparaison de leur évolution en béton [14] et s’exprime en cm2/g :
fonction de E (figure 3) montre que, au voisinage de 1 MeV, l’écart
est le plus faible (47 %), conséquence de la prédominance de la dif-
 µ en µ en
f i  --------- ( E )
fusion Compton par rapport aux interactions rayonnement-matière
 ----------
ρ  béton
- (E) = ∑ ρ i
de type « absorption ». Les coefficients d’atténuation de divers i

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l’hématite 1 (tableaux 13 et 14). L’évolution de Bdébit de dose en fonc-


1 000
tion de l’épaisseur d’atténuation présente une allure voisine pour les
µ (cm–1) 5 deux bétons dans une gamme d’énergie de 0,5 à 5 MeV (figures 4 et
5). Il en serait différemment avec un béton extralourd au plomb
2 pour lequel Bdébit de dose augmente avec l’énergie des photons.
100
5 L’efficacité de l’atténuation pour un béton donné à une énergie
donnée est évaluée en définitive par la valeur du facteur d’atténua-
2 tion vis-à-vis d’un faisceau non colimaté :
10
φ
5 ----- = B ( µx ) exp ( Ð µx )
φ0
2

1
Hématite 1 000

Facteur d'accumulation B
5

2
Standard
5 0,5 MeV
0,1
5
2
2
0,01 100
0,01 2 5 0,1 2 5 1 2 5 10 1 MeV
Énergie des photons (MeV)
5
Figure 3 – Évolution comparée du coefficient d’atténuation linéique
du béton standard et du béton à l’hématite 1 2 MeV
2

(0)

10
Tableau 15 – Coefficients massiques d'absorption d'énergie 5 MeV
pour le béton standard, le béton d’hématite 1
et deux milieux de référence dosimétrique 5

 µ en  µ en  µ en  µ en


Énergie
photons  --------
ρ  bs  --------
ρ  bh  --------
ρ  eau  --------
ρ  air
- - - - 2

(MeV) (cm2/g) (cm2/g) (cm2/g) (cm2/g) 1


0 50 100 150 200 250
0,02 4,012 1,464 × 101 5,503 × 10−1 5,389 × 10−1 Épaisseur x (cm)
0,05 2,576 × 10−1 1,056 4,223 × 10−2 4,098 × 10−2
Figure 4 – Facteur d’accumulation de débit de dose dans le béton
0,1 4,806 × 10−2 1,466 × 10-1 2,546 × 10−2 2,325 × 10−2 standard pour une source ponctuelle isotrope
0,2 2,968 × 10−2 4,050 × 10−2 2,967 × 10−2 2,672 × 10−2

Facteur d'accumulation B
1 000
0,5 3,001 × 10−2 2,950 × 10−2 3,299 × 10−2 2,966 × 10−2

1 2,805 × 10−2 2,688 × 10−2 3,103 × 10−2 2,789 × 10−2 5 0,5 MeV
2 2,364 × 10−2 2,267 × 10−2 2,608 × 10−2 2,345 × 10−2
5 1,846 × 10−2 1,914 × 10−2 1,915 × 10−2 1,740 × 10−2 2

10 1,663 × 10−2 1,895 × 10−2 1,566 × 10−2 1,450 × 10−2 1 MeV


100
15 1,624 × 10−2 1,937 × 10−2 1,441 × 10−2 1,353 × 10−2
indice bs : béton standard indice bh : béton hématite
5 2 MeV
Les coefficients massiques d’absorption d’énergie du béton stan-
dard et du béton lourd à l’hématite figurent au tableau 15 avec ceux
2
de l’air et de l’eau, très utiles dans les calculs de radioprotection. 5 MeV
10
5.1.1.3 Facteurs d’accumulation de débit de dose
Pour un détecteur « d » placé à l’arrière d’un écran, ils sont définis
par le rapport de la réponse au flux total (flux direct + flux diffusé) à 5
la réponse au flux direct, ce dernier étant égal à :
φdir = φ0 exp (−µx) 2

avec φ0 flux incident.


1
Employés en radioprotection, ils permettent de calculer un débit 0 50 100 150 200 250
de dose (ou une dose) dans l’air derrière un écran de béton. Le fac- Épaisseur x (cm)
teur d’accumulation de débit de dose pour une source ponctuelle
isotrope est le plus souvent utilisé. Sa valeur pour différents par- Figure 5 – Facteur d’accumulation de débit de dose dans le béton
cours moyens µx a été calculée pour le béton standard et le béton à lourd à l’hématite 1 pour une source ponctuelle isotrope

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Facteur d'atténuation B exp (– µx )
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Facteur d'atténuation B exp (– µx )


1

10–1 10–1

10–2 10–2

10–3 10–3

10–4 10–4
101
0M
Me
eVV
10–5 10–5
55
MM
eeV

10–6 10–6
0,02,2M

0,05,5

0,02,2M
0,05,5M
11M

101
22M

11M
10–7

55M
10–7
M

2M
Mee
MeeV

0M
MeeV

Mee

MeeV
MeeV
MeeV

Mee

Mee
VV

VV
V
V

eV

VV
VV
V
V
V
10– 8 10– 8
0 50 100 150 200 250 0 50 100 150 200 250
Épaisseur (cm) Épaisseur (cm)
Figure 6 – Facteurs d’atténuation du béton standard en fonction Figure 7 – Facteurs d’atténuation du béton lourd à l’hématite 1
de l’épaisseur en fonction de l’épaisseur

L’évolution de φ/φ0 en fonction de l’épaisseur et pour différentes le facteur d’accumulation d’absorption d’énergie (energy deposition
énergies est présentée aux figures 6 et 7, respectivement pour le buildup) est alors égal à (voir à ce propos l’article [B 3 075] Activa-
béton standard et le béton d’hématite 1. L’échelle d’atténuation tradi- tion et protection) :
tionnellement retenue (huit ordres de grandeur) couvre la majorité
des problèmes de radioprotection gamma. L’hypothèse d’un débit D ′ ( x, E 0 )
de dose maximal de 104 Gy/h devant être ramené au niveau de B a ( µx, E 0 ) = ---------------------------
0,1 mGy/h après atténuation (valeur usuelle en zone 2), en donne D 0′ ( x, E 0 )
par exemple la justification. Comme on peut le constater, une épais-
avec φ0 flux incident normal à l’écran (cm−2 · s−1),
seur de béton standard d’au moins 150 cm est requise pour réduire
d’un facteur 108 l’intensité d’une irradiation gamma produite par des E0 énergie du rayonnement incident (MeV),
photons de 1 MeV. En comparaison, une épaisseur de béton à E énergie des rayonnements diffusés et induits
l’hématite de 92 cm est nécessaire pour obtenir le même effet. La (MeV).
réduction d’épaisseur associée à l’emploi du béton lourd est donc
voisine de 39 %, ce qui n’est pas négligeable. Le terme D’(x, E0) ne peut être calculé qu’au moyen d’un code de
type « Monte-Carlo ».
À masse volumique égale, les bétons de protection à base de
magnétite ou d’ilménite présentent des propriétés d’atténuation très Pour une énergie donnée, Ba(µx) présente une évolution similaire
proches de celles du béton d’hématite en raison d’un numéro atomi- à celle de B(µx), mais avec des valeurs légèrement plus élevées, et
que équivalent assez voisin (Zéq ≈ 18). Les bétons à base de barytine peut être mis sous la forme :
ne peuvent en revanche leur être comparés car leur numéro atomi-
que équivalent est significativement plus élevé, indépendamment Ba(µx) = 1 + a µx + b (µx)2 + c (µx)3 + ...
de la masse volumique (Zéq ≈ 27). Dans un autre ordre d’idée, il con-
vient de rappeler que le béton de colémanite, exclusivement neutro-
phage, ne présente aucun intérêt pour la protection gamma. 5.1.2 Atténuation des neutrons
5.1.1.4 Facteurs d’accumulation d’absorption d’énergie
Par rapport aux photons, les neutrons présentent des interactions
Ils concernent le dépôt d’énergie au sein du matériau lui-même et avec la matière éminemment variables selon leur énergie et la
peuvent être utilisés, par exemple, pour calculer l’échauffement nature du milieu de propagation. En particulier pour l’absorption,
dans l’épaisseur des protections irradiées (cf. § 5.2.3). l’existence de singularités (résonances) dans les sections efficaces
Si l’on définit respectivement les débits de dose induits par le flux ou le fait que ces dernières ne suivent pas systématiquement une loi
direct et par le flux total à la profondeur x de l’écran par : en 1/E, limitent l’utilisation de sections efficaces macroscopiques
d’absorption pouvant être moyennées selon l’énergie du rayonne-
µ en ment ou la composition du béton. Pour les neutrons rapides, on
D 0′ ( x, E 0 ) = φ 0 exp ( Ð µx ) E 0  --------- ( E0 ) observe globalement une atténuation exponentielle mais la dégra-
ρ écran
dation du flux en énergie rend tout aussi difficile l’utilisation de coef-
et ficients analogues à ceux caractérisant le transport des photons.

Dans ces conditions, l’efficacité de différents bétons vis-à-vis de
µ en
∫ φ ( x, E ) E  ---------
l’atténuation des neutrons ne peut être évaluée que sur la base de
D ′ ( x, E 0 ) = (E) dE paramètres spécifiques à ces particules, respectivement dans le
0
ρ écran
domaine thermique ou rapide.

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5.1.2.1 Section efficace macroscopique d’absorption près, à condition de respecter une fraction massique d’eau
f eau > 0 ,02 (ΣR en cm−1) :
Elle concerne typiquement les neutrons thermiques et intervient
simultanément sur leur propagation et l’émission de rayonnements Σ R = 0 ,0383 + 0 ,0159 ρ béton + 0 ,18 f eau
de capture (gamma surtout). À l’énergie E = 0,0253 eV, très en deçà Sur la base des caractéristiques précédentes, le tableau 17 per-
du domaine des résonances, la section efficace macroscopique Σa met de comparer différents bétons quant à leur efficacité vis-à-vis
(en cm−1) du béton peut être calculée à partir des sections efficaces des neutrons thermiques ou rapides considérés isolément. En terme
microscopiques σai des éléments constitutifs, disponibles dans les de protection, cette comparaison n’est pas très réaliste car elle ne
tables ENDF diffusées par l’Agence Internationale de l’Énergie Ato- tient pas compte des photons gamma de capture, la dose due à ces
mique (IAEA) : derniers pouvant être jusqu’à 104 fois supérieure à celle des neu-
1 trons incidents d’énergie E < 1 MeV (le phénomène s’intensifie
Σ a = ρ béton ∑ f i σ ai -----
Ai
avec l’épaisseur). La comparaison illustrée par les figures 8 et 9
i repose en revanche sur la réponse globale n + γ, calculée en terme
avec 1=6,0221367×1023 (nombre d’Avogadro), d’équivalent de dose relatif pour deux configurations représen-
tatives :
Ai masse atomique de l’élément i.
— spectre de fission (neutrons lents à rapides) ;
Pour le béton standard, le calcul de Σa est détaillé au tableau 16, — spectre de fusion D + T (neutrons rapides ≈ 14 MeV).
les valeurs caractérisant les autres bétons étant indiquées au
Les calculs effectués avec le code MCNP v. 4B [17] considèrent un
tableau 17.
écran de béton semi infini avec une source n ponctuelle isotrope et
un point dose situés au contact du matériau. Le facteur d’atténua-
5.1.2.2 Coefficient de diffusion et longueur de diffusion tion est défini par :
L’atténuation des neutrons thermiques est décrite par la théorie de Hn + Hγ
la diffusion. Dans ce cadre, le coefficient d’atténuation du béton est T = --------------------
l’inverse de la longueur de diffusion L (en cm), celle-ci étant définie H n0
par : avec Hn0 équivalent de dose neutron sans écran (Sv),
D Hn équivalent de dose neutron derrière écran (Sv),
L = ------
Σa Hγ équivalent de dose gamma derrière écran (Sv).
Les équivalents de dose ambiants sont estimés sous 10 mm de
avec D coefficient de diffusion du béton (cm), calculé tissus, conformément à la CIPR 74 [18].
d’après sa composition isotopique (code de
calcul APOLLO). Le spectre de fission retenu est celui du 244Cm, radioélément con-
tribuant majoritairement à l’équivalent de dose neutrons dans un
Les valeurs de D et L−1 pour différents bétons sont indiquées au combustible mixte UO2 − PuO2 (MOX) irradié puis refroidi plus de
tableau 17. trois ans. La répartition en énergie est décrite avec une précision
suffisante jusqu’à 18 MeV par la formule de Cranberg :
5.1.2.3 Section efficace macroscopique de déplacement
2 A3 / 2
Cette section efficace (ΣR : effective neutron-removal cross-sec- ϕ ( E ) = ----------------------------------- exp ( Ð AE ) sh ( BE ) [Σϕ(E) = 1]
B
tion) traduit la probabilité par centimètre parcouru qu’un neutron π B exp --------
rapide quitte son groupe d’énergie initial ou sa direction de propa- 4A
gation initiale suite à un choc élastique sur l’hydrogène, un choc iné- avec A = 1,10375 et B = 3,848 pour 244Cm.
lastique sur un noyau lourd ou une absorption. Assimilé à un
Le spectre de fusion D + T utilisé, gaussien et centré sur 14,1 MeV
coefficient linéaire d’absorption (au sens large), ΣR trouve surtout un
est disponible dans la bibliothèque du code MCNP.
intérêt pratique dans l’évaluation sommaire de l’atténuation de dif-
férents bétons. Par analogie au coefficient d’atténuation µ, ΣR est Vis-à-vis des neutrons de fission, le niveau de protection n, γ pro-
calculé à partir des coefficients massiques ΣR /ρ des différents élé- curé par les bétons est nettement corrélé à l’action spécifique des
ments constitutifs du béton, excepté l’hydrogène pour lequel ΣR (en ingrédients, avec par ordre croissant d’efficacité (et de coût) :
cm−1) est remplacé par Σt (section efficace totale) : — limonite ou serpentine : apport de H (modération n) ;
— colémanite : apport de H et B (absorption nthermique) ;
  — riblons + colémanite : apport de H, B et Fe (atténuation γ).
 Σ t ΣR
Σ R = ρ béton  f H  ----- + ∑ f i  ------ 
 Dans cette configuration, il convient de souligner qu’un béton à
ρ H i ρ i
  l’hématite serait à peine plus performant qu’un béton standard, ce
dernier requerrant environ une épaisseur double de celle du béton
En toute rigueur, les sections efficaces dépendent de l’énergie, en de riblons boré. À l’exception du mortier de colémanite, le change-
particulier celle de l’hydrogène décrite à 2 % près entre 1,5 et ment de pente observé pour les différents bétons correspond globa-
20 MeV par la relation empirique (en cm−2/g) suivante (cf. article lement aux domaines successifs de capture neutronique et
[B 3 010] Physique des neutrons et interaction rayonnements d’atténuation du rayonnement γ induit.
matière) :
Vis-à-vis des neutrons rapides de fusion, la réponse des bétons
 Σ t 6 ,555 est beaucoup moins différenciée (le rapport d’épaisseurs entre
- ( E ) = ----------------------
 ----
ρH E + 1 ,66
béton standard et béton de riblons boré n’est plus que de 1,6). Les
compositions intermédiaires peuvent même présenter des compor-
Par commodité, ΣR est souvent calculé pour une énergie de tements assez proches (limonite et colémanite) ce qui souligne
9 MeV, la valeur de ΣR évoluant assez peu pour un béton donné l’intérêt potentiel de divers bétons combinant le fer et le bore
entre 2 et 12 MeV. À cette énergie, ΣR est approximativement égale (hématite + carbure de bore par exemple). Si le béton de riblons
à 2/3 de la section efficace totale du béton. Le tableau 16 présente le boré demeure de fait le matériau le plus performant, l’obtention
détail du calcul de ΣR pour le béton standard d’après les données de d’une protection comparable à celle prévue pour un spectre de fis-
[15]. Pour les bétons ordinaires de teneurs en eau voisines, le coef- sion nécessite cependant une augmentation d’épaisseur d’environ
ficient massique ΣR /ρ varie assez peu. Pour les bétons ordinaires de 70 %. Dans ce cas, l’optimisation consistant à découpler les fonc-
composition quelconque, le coefficient linéaire ΣR dépend en revan- tions de ralentissement, de capture puis d’atténuation gamma au
che de la masse volumique et de la teneur en eau ; une relation issue sein d’une succession de bétons spécifiques est une solution à envi-
de données expérimentales [16] en donne une estimation à 10 % sager.

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(0)

Tableau 16 – Détermination des sections efficaces macroscopiques d’absorption (neutrons thermiques)


et de déplacement (neutrons de 9 MeV) du béton standard (ρ = 2,381 g/cm3)
Σa/ρ élément Σa/ρ partiel ΣR/ρ élément ΣR/ρ partiel
Élément Fraction massique fi
(cm2/g) (cm2/g) (cm2/g) (cm2/g)
H 7,015 × 10−3 1,9836 1,392 × 10−2 0,6149 4,314 × 10−3
B ................................ 4,256 × 102 ................................... 0,0575
C 4,520 × 10−2 1,685 × 10−3 7,614 × 10−5 0,0502 2,269 × 10−3
O 5,085 × 10−1 1,054 × 10−4 5,360 × 10−5 0,0405 2,060 × 10−2
Na 3,843 × 10−4 1,383 × 10−1 5,316 × 10−5 0,0322 1,238 × 10−5

Mg 1,979 × 10−3 1,561 × 10−2 3,089 × 10−5 0,0307 6,075 × 10−5


Al 3,632 × 10−3 4,753 × 10−2 1,727 × 10−4 0,0293 1,064 × 10−4
Si 2,068 × 10−1 3,681 × 10−2 7,611 × 10−3 0,0281 5,811 × 10−3
P 2,083 × 10−4 3,830 × 10−2 7,977 × 10−6 0,0271 5,644 × 10−6
S 1,391 × 10−3 9,954 × 10−2 1,384 × 10−4 0,0261 3,630 × 10−5

K 8,787 × 10−4 3,320 × 10−1 2,918 × 10−4 0,0237 2,083 × 10−5


Ca 2,165 × 10−1 6,499 × 10−2 1,407 × 10−2 0,0230 4,978 × 10−3
Ti 1,553 × 10−4 7,688 × 10−1 1,194 × 10−4 0,0218 3,385 × 10−6
Cr 6,839 × 10−6 3,532 × 10−1 2,416 × 10−6 0,0208 1,422 × 10−7
Mn 1,925 × 10−4 1,4579 2,807 × 10−4 0,0203 3,908 × 10−6
Fe 7,188 × 10−3 2,761 × 10−1 1,984 × 10−3 0,0198 1,423 × 10−4
Σfi 1
Σa /ρ ou ΣR /ρ 3,881 × 10−2 3,836 × 10−2
Σa ou ΣR
.......... (cm−1) 9,239 × 10−2 9,133 × 10−2
(0)

Tableau 17 – Composition élémentaire (fractions massiques) et caractéristiques neutroniques de différents bétons


Béton de riblon
Élément Béton standard Béton de serpentine Mortier de colémanite Béton de limonite
à la colémanite
H 7,015 × 10−3 2,084 × 10−2 3,246 × 10−2 1,609 × 10−2 5,049 × 10−3
B ......................... ............................... 8,798 × 10−2 ................................... 9,965 × 10−3
C 4,520 × 10−2 ............................... 3,946 × 10−3 2,050 × 10−4 1,436 × 10−3
O 5,085 × 10−1 5,132 × 10−1 6,072 × 10−1 4,283 × 10−1 9,825 × 10−2
Na 3,843 × 10−4 1,188 × 10−4 1,549 × 10−4 1,351 × 10−4 5,457 × 10−5

Mg 1,979 × 10−3 1,683 × 10−1 6,660 × 10−3 2,252 × 10−3 9,320 × 10−4
Al 3,632 × 10−3 3,563 × 10−2 4,486 × 10−2 3,598 × 10−2 1,523 × 10−2
Si 2,068 × 10−1 1,350 × 10−1 1,564 × 10−2 7,065 × 10−2 2,805 × 10−3
P 2,083 × 10−4 7,082 × 10−4 1,822 × 10−4 1,839 × 10−3 6,421 × 10−5
S 1,391 × 10−3 1,282 × 10−4 5,602 × 10−4 1,028 × 10−3 1,034 × 10−4

K 8,787 × 10−4 2,553 × 10−3 2,599 × 10−4 4,440 × 10−4 9,160 × 10−5
Ca 2,165 × 10−1 4,367 × 10−2 1,711 × 10−1 4,765 × 10−2 3,291 × 10−2
Ti 1,553 × 10−4 2,591 × 10−3 3,078 × 10−3 8,185 × 10−5 1,085 × 10−3
Cr 6,839 × 10−6 6,337 × 10−4 1,428 × 10−4 ................................... 5,033 × 10−5
Mn 1,925 × 10−4 5,898 × 10−4 7,275 × 10−5 1,471 × 10−3 2,564 × 10−5
Fe 7,188 × 10−3 7,606 × 10−2 2,566 × 10−2 3,939 × 10−1 8,320 × 10−1
Neutrons thermiques (0,0253 eV)
Σa .................. (cm−1) 9,239 × 10−2 1,907 × 10−1 7,056 × 10 4,521 × 10−1 2,404 × 10
D ....................... (cm) 0,782 0,386 0,037 0,360 0,103
L−1 ................. (cm−1) 3,436 × 10−1 7,032 × 10−1 4,377 × 10 1,121 1,528 × 10
Neutrons rapides (9 MeV)
ΣR .................. (cm−1) 9,133 × 10−2 1,125 × 10−1 1,059 × 10−1 1,181 × 10−1 1,369 × 10−1

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mécaniques sont classiquement exécutés sur la base d’un B25, le

Facteur d'atténuation T
1
béton réellement mis en place étant un B35. Cependant, du fait de
l’emploi de superplastifiants réducteurs d’eau, ces qualités ordinai-
res peuvent se trouver facilement dépassées puisqu’on peut obtenir
10–1
des bétons de radioprotection de haute performance (BHP) dont la
résistance en compression est supérieure à 60 MPa à 28 jours.
10–2 Même si cette caractéristique n’est pas nécessairement recherchée,
il est frappant de constater que certains granulats spéciaux contri-
buent aussi à l’atteindre. L’acier, l’hématite, le corindon, matériaux
10–3 Bé de grande dureté, peuvent transformer ainsi un béton ordinaire en
Btoé
ntons BHP. Des températures de service jusqu’au voisinage de 100 ˚C peu-
Bé tsatan vent par ailleurs contribuer à augmenter la résistance initiale, le gain
Bé tBoén ndda


10–4 toB todn arrd dû à l’activation des réactions d’hydratation étant supérieur à la
ént edel

ton
odn
ed imlimo perte due au séchage. Au-delà de 150 ˚C, une diminution est le plus

Bdé
see onniit souvent constatée avec une amplitude très variable selon le type de
srep te

etonr
10–5 rpe granulat et le confinement du béton. La résistance en traction est
enn

odbe
ttiin


ne beaucoup plus sensible aux effets de la température et de l’irradia-

lorin

t
tion car elle intègre complètement la qualité de la liaison granulat-

oBné
blso
10–6

tod
matrice cimentaire.

n+

ne
s c+

dce
ocloé

ocloé
10–7 5.2.1.2 Élasticité

lm
lm

ém
éma

aan
anni

niitt
Pour un béton sollicité à moins de 60 % de sa résistance, les

e
ittee
10– 8 déformations instantanées sont réversibles. Ce comportement élas-
tique est une caractéristique intrinsèque du matériau, très impor-
0 25 50 75 100 125 150
tante pour le comportement des structures.
Épaisseur de protection (cm)
Le module d’élasticité du béton peut être calculé selon le modèle
Figure 8 – Facteurs d’atténuation en terme d’équivalent de dose trisphère [10], connaissant les modules de la pâte de ciment Ep et du
n + γ de différents bétons en fonction de l’épaisseur (spectre
granulat Eg :
de fission 244Cm)

 E g2 Ð E p2 
E béton = E p  1 + 2 g ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Facteur d'atténuation T

1
 ( g * Ð g ) Eg + 2 ( 2 Ð g * ) Eg Ep + ( g * + g ) Ep
2 2

10–1
to avec g* concentration granulaire virtuelle maximale,
nB
déet g concentration réelle du granulat,
orn
odb
10–2 el
d 0 ,22
g * = 1 Ð 0 ,39  ---- 
orinb
ls
on Bé pour les granulats roulés,
+s Bé Bto énto
c+o nsts
D
cloé t oBén atann
10–3 tod ddaa
lm d 0 ,19
g * = 1 Ð 0 ,45  ---- 
ém ne rrd
aan dse d pour les granulats concassés.
n iitte esre D
prep
10–4 ennt
tiinn À un âge donné, la pâte de ciment présente pour sa part un
e
module d’élasticité et une résistance en compression directement
10–5 proportionnels [10] :
Béton dede
Béton colémanite
colémanite
KR cj
Béton dedelimonite
Béton limonite
E pj = k p -------------------------------------
-
10–6 ρ c e 2 ,4
1 + -------- - --- 
 10 3 c 
10–7
avec kp = 220 et K = 8 constantes expérimentales,
Rcj résistance normalisée du ciment à
10– 8 l’échéance j (NF EN 196-1).
0 25 50 75 100 125 150
Épaisseur de protection (cm) Cette relation conduit à calculer pour la matrice du béton stan-
dard, ou celle très voisine du béton d’hématite 1, un module de
Figure 9 – Facteurs d’atténuation en terme d’équivalent de dose 14 100 MPa à 28 jours. L’application du modèle trisphère permet de
n + γ de différents bétons en fonction de l’épaisseur (spectre juger de l’influence considérable du module du granulat et de la
de fusion D + T) compacité sur le module du béton, résultat retrouvé expérimentale-
ment.

5.2 Propriétés thermomécaniques 5.2.2 Conductivité thermique, capacité thermique


massique, dilatation thermique
5.2.1 Résistance mécanique, élasticité
5.2.2.1 Conductivité thermique
5.2.1.1 Résistance en compression
Ce paramètre (λ) permet de décrire le transfert de chaleur dans le
Les résistances spécifiées pour les voiles de protection d’épais- matériau en régime stationnaire, ou bien en régime transitoire par le
seur métrique sont généralement assez faibles. Ainsi, les calculs biais de la diffusivité thermique (λ/ρCp). Pour un composite tel que

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le béton, la conductivité thermique est une propriété parmi les plus

Débit de dose (Gy/s)


0,5
délicates à déterminer expérimentalement ou par calcul, d’où une
forte disparité des données disponibles. Trois raisons en sont
l’origine : 0,45

— λ ne suit pas la loi des mélanges ; Bétonstandard


Béton standard
0,4
— l’évolution de λ n’est pas linéaire avec la température (en par-
ticulier pour l’eau qui présente un maximum à 130 ˚C) ;
— λ varie sensiblement avec le degré de saturation en eau du 0,35
béton, autrement dit avec l’état de référence de ce dernier (âge et
mode de conservation). 0,3

Si l’on considère le béton comme une suspension solide dans


l’eau, on constate que λ et la variabilité de λ augmentent avec la 0,25
concentration et le nombre des constituants solides :
— eau seule ......................................... λ = 0,6 W · m−1 · K−1 (25 ˚C) ; 0,2
— pâte de ciment saturée ..................... λ = 1,1 à 1,6 W · m−1 · K−1 ;
— béton ordinaire ................................... λ = 1,4 à 3,6 W · m−1 · K−1. 0,15

Pour le béton ordinaire, nécessairement non saturé au sein d’un


0,1
écran de protection, λ demeure assez faible ce qui constitue un
inconvénient vis-à-vis d’une irradiation intense avec l’apparition de
gradients thermiques et de fissurations. À l’état sec (après chauffage 0,05
à 150 ˚C par exemple), λ peut même être inférieur à 1 W · m−1 · K−1. Bétond'hématite
Béton hématite
0
L’augmentation la plus significative de la conductivité thermique 0 10 20 30 40 50
du béton est obtenue par l’emploi de granulats fortement conduc-
Profondeur de béton (cm)
teurs (acier, corindon, hématite) au sein de squelettes granulaires
les plus compacts possibles. De ce point de vue, le calcul de λbéton Figure 10 – Débit de dose dans le béton en fonction de la profondeur
peut être approché à l’aide du modèle trisphère, à l’instar du module pour un débit de dose extérieur (dans l’air) de 10−1 Gy/s (flux parallèle
d’élasticité. On montre alors que la conductivité d’un béton spécial de photons γ de 1 MeV, normalement incidents)
peut difficilement excéder 15 W · m−1 · K−1.

5.2.2.2 Capacité thermique massique D’une façon générale, les bétons comportant des granulats de
coefficients inférieurs à celui de la pâte de ciment (αpâte ≈ 10−5 K−1)
Dans les conditions standard (25 ˚C, 101 325Pa), la valeur de ce maintiennent un niveau de résistance mécanique satisfaisant
paramètre (en J · kg−1 · K−1) est calculable à partir des capacités des jusqu’à 250 ˚C (hématite, corindon, magnétite, calcaire pur). En
oxydes simples constitutifs du béton (H2O, CaO, SiO2, Fe2O3, etc.) : revanche, les granulats siliceux doivent être évités en raison de leur
Cp = Σ fiCpi dilatation supérieure à celle de la pâte.
Pour les bétons à base Portland, 150 ˚C constitue un seuil thermi-
avec fi fraction massique du constituant i de capacité Cpi. que à partir duquel la matrice de ciment se rétracte tandis que les
Exemple : on peut retenir les valeurs suivantes pour trois composi- granulats poursuivent leur expansion. Ces variations volumiques
tions issues des tableaux 10 et 11 : contraires sont heureusement partiellement compensées par le
fluage de la matrice lors de la montée en température. Par contre, au
— béton standard ........................................ Cp = 975 J · kg−1 · K−1 ;
refroidissement, le retrait des granulats n’est plus accompagné par
— béton de colémanite ................................ Cp = 880 J · kg−1 · K−1 ;
la matrice et il y a une désolidarisation à l’interface d’autant plus
— béton d’hématite 1 ................................... Cp = 794 J · kg−1 · K−1.
prononcée que αgranulat est élevé.
La présence de métal (granulat, armature), contribue à diminuer
ces valeurs tandis que la teneur en eau tend à les augmenter très 5.2.3 Distribution de température
significativement, conséquence de la forte capacité thermique mas-
dans les protections
sique de H2O (4 184 J · kg−1 · K−1). Lorsque la température aug-
mente, l’évolution de la capacité thermique massique du béton est Dans plusieurs configurations (réacteur, entreposage à sec de
essentiellement gouvernée par l’eau. Cp croît d’abord avec le déve- combustibles irradiés ou de déchets radioactifs de type C), les struc-
loppement de la phase vapeur (facteur 2 à 3 au voisinage de 90 ˚C), tures en béton reçoivent de la chaleur par convection et rayonne-
puis diminue lorsque l’eau a été éliminée par séchage. ment thermique. Il convient d’y ajouter la chaleur résultant de
l’absorption des radiations nucléaires (photons γ et neutrons), phé-
5.2.2.3 Coefficient de dilatation thermique nomène fortement dépendant de la profondeur x puisque l’essentiel
de la dose est déposée dans les premières dizaines de centimètres.
Souvent négligé pour des conditions de service à température Dans ce processus, l’accumulation de dose dans le béton a une part
ambiante, ce paramètre devient d’autant plus prépondérant que le d’autant moins négligeable que ce dernier présente un faible coeffi-
béton subit un échauffement ∆T important, en particulier au-delà de cient d’atténuation (figure 10).
la température de 150 ˚C.
La quantité de chaleur générée in situ par le rayonnement gamma
Il existe une très forte corrélation entre le coefficient de dilatation (en W/cm3) est donnée par :
thermique du granulat et celui du béton (α suit la loi des mélanges).
On peut donc considérer que les granulats présentant les coeffi- H(x) = C ∑ Ei µen ( Ei ) φ0 ( Ei ) Ba ( µx ) exp [ е ( Ei ) x ]
cients α les plus élevés conduisent aux bétons les plus expansifs, ce i
qui est susceptible d’entraîner la ruine des matériaux sous certaines avec µen(Ei) et µ(Ei) coefficients d’absorption d’énergie et
conditions. d’atténuation pour l’énergie Ei (cm−1),
Exemple : pour des bétons barytés, après un traitement de 6 mois φ 0 (E i ) flux de photons incidents d’énergie
à 250 ˚C, le granulat et sa matrice sont complètement fracturés [3]. Ei, sans atténuation (cm−2 · s−1),

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Ba(µx) facteur d’accumulation d’absorption

Température (°C)
60
d’énergie,
55 Béton standard
Béton standard
Ei énergie des photons i (MeV),
50
C = 1,60218 × 10−13 J/MeV. 45
La relation est voisine pour les neutrons [13] [H(x) en W/cm3] : 40
35
H(x) = C ∑ E B Σ t ( E i ) φ ( x, E i ) 30
i 25
20
avec EB ≈ 8 MeV énergie de liaison libérée par capture, 0 25 50 75 100 125 150
Σ t (E i ) section efficace macroscopique de capture pour Épaisseur de protection (cm)
l’énergie Ei (cm−1).

Température (°C)
En régime stationnaire, la distribution de température dans un 60
écran plan de protection, exposé à un faisceau parallèle (non coli- 55 Béton
Béton hématite
d'hématite
maté) et normalement incident de photons γ d’énergie E peut être 50
estimée à partir de l’équation : 45
40
d2 T 35
λ ---------- = Ð C E µ en φ 0 B a ( µx ) exp ( Ð µx )
d x2 30
25
avec λ conductivité thermique du béton (W · cm−1 · K−1).
20
Lorsque l’épaisseur h de béton est suffisamment grande devant le 0 25 50 75 100 125 150
libre parcours moyen 1/µ, la résolution de l’équation précédente Épaisseur de protection (cm)
fournit la solution approchée (souvent décrite sans buildup, c’est-à-
dire sans le terme Ba [13] [19]) : Figure 11 – Profils de température obtenus en régime stationnaire
dans des protections en béton standard et béton d’hématite
x C E µ en φ 0 de différentes épaisseurs sous un flux parallèle normalement
T ( x ) ≈ T 1 + --- ( T 2 Ð T 1 ) + ------------------------------  1 Ð --- f ( 0 ) Ð exp ( Ð µ x ) f ( x )
x
incident de 2,24 × 1010 γ /cm2 (E = 1 MeV) avec Tinterne = 45 ˚C
h λµ 2 h et Texterne = 20 ˚C

où T1 et T2 sont respectivement les températures (˚C) imposées en


peaux interne et externe de la protection et où :
Ec module d’élasticité statique (MPa),
n n Ð 1 B ( µx )
n d a ν

coefficient de Poisson,
f(x) = ------------- -----------------------------------
1 µ n Ð 1 d xn Ð 1
h épaisseur de la protection en béton (cm).
La figure 11 montre que la contribution du rayonnement γ à l’élé-
L’identification de A et B est obtenue en considérant que lorsque
vation de température est d’autant plus importante que l’épaisseur
T1 = T 2 :
de l’écran est forte et que la conductivité thermique du béton est
faible. Dans le cas d’un béton conducteur avec hématite, on peut — la contrainte σ(x) est de la même forme que T(x) ;
considérer que le gradient thermique résultant est quasi linéaire.
h
 

5.2.4 Contraintes d’origine thermique


— la pièce de béton est isolée 
 ∫σx
0
( ) dx = 0 ;

h
 
Les écarts de températures au sein des structures en béton non
armées sont à l’origine de contraintes mécaniques très importantes.
— la somme des moments est nulle 
 ∫ xσ x
0
( ) dx = 0 .

Compte tenu de la distribution des températures dans l’épaisseur de
protection, une contrainte totale (en MPa) peut être calculée [19] sur Dans cette approche purement thermoélastique, la sollicitation
la base d’un gradient thermique linéaire auquel se superpose la con- mécanique apparaît d’autant plus forte que le module d’élasticité et
tribution de l’irradiation : le coefficient de dilatation thermique du béton sont élevés, indépen-
damment du pouvoir d’atténuation et de la conductivité thermique.
α Ec T1 Ð T2 h CEµ en φ 0 L’influence de ces quatre propriétés sur le niveau de contrainte peut
σ ( x ) = ------------ ------------------ x Ð ---  Ð ------------------------ ( A + Bx Ð exp ( Ð µx ) f ( x ) ) être illustrée en comparant le béton standard et le béton d’hématite
1Ðν h 2 λµ 2 1 dans une configuration identique. Au sein d’un voile de 150 cm
4 6 d’épaisseur soumis à un flux parallèle de photons de 1 MeV
avec A = ------- g ( 0 ) Ð ------------ - h(0) , (φ0 = 2,24 × 1010 γ · cm−2 · s−1 générant un débit de dose dans l’air de
µh µ2 h2
6 12 0,1 Gy/s), la distribution des contraintes apparaît ainsi très différente
B = Ð ---------2- g ( 0 ) + ------------ - h(0) , compte tenu des températures de 45 et 20 ˚C respectivement impo-
µh µ2 h3 sées en peaux interne et externe (figure 12). Le béton standard subit
n Ð 1 B ( µx )
n
n(n + 1) d a des contraintes de traction sur ses deux faces tandis que le béton
g ( x ) = ∑ ---------------------- --------------------------------- , d’hématite n’est en traction que sur le côté externe (mais plus forte-
2! µ nÐ1 d x nÐ1
1 ment du fait de son module élastique élevé). En situation réelle, le
n Ð 1 B ( µx ) niveau de traction en peau externe serait en fait voisin pour les deux
n
n(n + 1)(n + 2) d a bétons, l’atténuation procurée par le second nécessitant une épais-
h(x) = ∑ ----------------------------------------- --------------------------------- ,
3! µ n Ð 1 d xn Ð 1 seur plus faible. Dans tous les cas, l’apparition de fissures, normale-
1
ment attendues, exige la présence d’armatures de façon à en limiter
α coefficient de dilatation thermique linéique (K−1), l’ouverture.

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(0)
Contrainte (MPa)

10 Tableau 18 – Principaux isotopes du béton concernés


par l’activation neutronique
8
Traction Section Proportion
6 Réaction efficace Énergies γ isotopique
Période fils
d’activation (MeV) père
4 (barn) (%)
1H (n,γ) 2H 0,3326 stable 2,2 99,985
2
16O (n,p) 16N 0,00019 7,13 s 6,1 ; 7,1 99,762
Béton standard
0 23Na (n,γ) 24Na 0,53 14,960 h 1,37 ; 2,75 100
26Mg (n,γ) 27Mg 0,0382 9,462 min 0,84 ; 1,01 11,01
–2
27Al (n,γ) 28Al 0,231 2,244 min 1,78 100
–4 30Si
Compression (n,γ) 31Si 0,107 2,62 h 1,26 3,10
–6
Béton d'hématite 41K (n,γ) 42K 1,46 12,359 h 1,52 6,7302
–8 48Ca 49Ca
0 25 50 75 100 125 150
(n,γ) 1,09 8,72 min 3,08 0,187
50Cr (n,γ) 51Cr 15,9 27,703 j 0,32 4,345
Profondeur de béton (cm)
55Mn (n,γ) 56Mn 13,3 2,5785 h 0,85 ; 1,81 100
Figure 12 – Distribution des contraintes dans un écran en béton
standard et un écran en béton d’hématite de 150 cm d’épaisseur 54Fe (n,p) 54Mn 2,25 312,2 j 0,83 5,8
soumis à un flux parallèle de 2,24 × 1010 γ /cm2 (E = 1 MeV) 58Fe (n,γ) 59Fe 1,28 44,51 j 1,10 ; 1,29 0,28
avec Tinterne = 45 ˚C et Texterne = 20 ˚C

59Co (n,γ) 60Co 20,4 5,271 a 1,33 ; 1,17 100


58Ni (n,p) 58Co
6. Phénomènes induits 133Cs
4,6 70,78 j 0,81 68,077
(n,γ) 134Cs 29,0 2,066 a 0,60 ; 0,80 100
par l’irradiation 132Ba (n,γ) 133Ba 6,5 10,5 a 0,36 ; 0,30 0,101
et la température 151Eu (n,γ) 152Eu 5 900 13,53 a 1,41 ; 1,11 47,8
153Eu (n,γ) 154Eu 312 8,59 a 1,27 ; 1,00 52,2
6.1 Activation du béton en gras : activation principalement due aux granulats spéciaux

L’irradiation du béton par des neutrons produit des rayonnements


gamma secondaires du fait de réactions nucléaires sur les atomes Dans le cas des accélérateurs, ce sont les granulats spéciaux eux-
constitutifs. L’émission de photons γ peut intervenir en concomi- mêmes qui s’activent, en particulier les riblons d’acier (59Co) et la
tance avec l’absorption des neutrons (capture radiative « n, γ »), ou barytine (132Ba).
bien en différé, par désactivation des nouveaux noyaux formés si
ces derniers sont instables. Selon la nature des noyaux, les décrois- Afin de minimiser l’activation dans le béton et ses conséquences
sances radioactives présentent des périodes courtes (s, min, h), radiologiques, trois types de mesures sont en général mises en
pouvant gêner l’exploitation, ou longues ( > mois) conduisant à œuvre :
interdire l’accès des installations à long terme. — spécification des matériaux : teneur en cobalt inférieure à
Dans le cas des réacteurs électrogènes à fission, l’essentiel du 600 p.p.m. ;
rayonnement gamma ambiant provient de la capture des neutrons — absence d’armature à moins de 20 cm de la peau exposée du
dans les voiles de béton et autres éléments de structure. Les princi- béton (sous réserve d’un chargement mécanique sans composante
paux isotopes susceptibles de s’activer sont rappelés au tableau 18. de traction) ;
À court terme (< 24 h), la contribution à la dose induite est essentiel- — introduction d’éléments neutrophages (bore, terres rares) dont
lement due à 27Al et 48Ca. En revanche, les impuretés associées au l’effet de capture des neutrons thermiques surpasse celui des impu-
ferraillage ou aux granulats ferrifères sont responsables de l’irradia- retés.
tion résiduelle à long terme : 59Co (surtout), 58Fe, 58Ni et 50Cr.

Présents en trace dans la plupart des bétons, les deux isoto- 6.2 Radiolyse du béton
pes naturels de l’europium induisent de même une activité rési-
duelle de l’ordre de 1 Bq/g dans les dix premiers centimètres de
protection dont il convient de tenir compte lors du démantèle- Au sein du liquide interstitiel, l’eau du béton subit le phénomène
ment. de radiolyse, conséquence physico-chimique des ionisations et exci-
tations électroniques sur la molécule H2O sous irradiation gamma
Dans le cas d’une machine de fusion D + T, des neutrons de ou neutronique. Facilement décelable par l’apparition d’hydrogène
14,1 MeV sont émis et l’activation s’avère jusqu’à quatre fois plus moléculaire, la décomposition de l’eau constitue pourtant une
efficace par rapport à celle des neutrons de fission (2 MeV en forme minoritaire de la dégradation de l’énergie rayonnée, plus de
moyenne). La réaction « n, p » sur 16O (réaction à seuil de 11 MeV) 90 % de cette dernière étant transformée sous forme de chaleur.
induit par ailleurs une dose importante (mais à très court terme) du En raison du risque « hydrogène » (atteinte de propriétés explosi-
fait de l’abondance de cet isotope et de la grande dureté des pho- ves au-delà de 4 %, en volume, de H2 dans l’air), la radiolyse pose
tons γ émis. plus un problème de sûreté vis-à-vis des installations qu’un réel pro-

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blème de durabilité pour le béton de protection. Au sein de locaux Au sein du milieu riche en calcium que constitue le béton, l’ion
confinés, il convient d’estimer correctement les quantités de H2 pro- peroxyde et ses dérivés ( O 22– , HO 2– , H2O2) réagissent ensuite pour
duites afin de prévoir une ventilation ou une extraction suffisantes. former un peroxyde de calcium métastable mais très peu soluble :
Le taux maximal de production de H2 est relatif au rendement pri- HO 2– + CaOH + + 7 H 2 O → CaO 2 ⋅ 8 H 2 O
maire G, c’est-à-dire au nombre de moles formées par unité d’éner-
gie absorbée dans l’eau. Ce rendement est caractéristique du type Dans ce contexte, la radiolyse ne donne jamais lieu à la produc-
de rayonnement [20] : tion de O2, à moins que le matériau soit complètement carbonaté ou
— rayonnement gamma .................... Gγ(H2) = 4,403 x 10−8 mol/J ; qu’il reçoive un débit de dose supérieur à 3 Gy/s [22].
— neutrons rapides .......................... Gn(H2) = 1,0049 x 10−7 mol/J.
Pour un béton dont la fraction massique en eau libre est f eau ,
avec une masse volumique ρbéton, le taux maximal de production 6.3 Transformations minéralogiques
de H2 (en mol · s−1 · m−3) est :

′ f eau ρ béton
Q ( H 2 ) = G ( H 2 ) D eau 6.3.1 Transformations liées à l'irradiation

Avec un béton de ciment Portland comportant une masse d’eau Les bétons présentent dans l’ensemble une bonne tenue aux
de gâchage et une masse de ciment au mètre cube respectivement rayonnements pour des doses cumulées allant au minimum jusqu’à
égales à Me et Mc , la quantité d’eau libre (en kg/m3) généralement 1010 Gy (photons gamma) ou des fluences de 1019 n/cm2 (neutrons
retenue est la suivante : rapides) [2]. Au maximum, ces valeurs sont portées respectivement
à 1011 Gy et 1021 n/cm2. Sauf exception, il n’y a pas d’évolution
f eau ρ béton = M e Ð 0 ,225 M c minéralogique due à l’irradiation seule dans les bétons constitués
de ciments Portland ou alumineux.
Pour un rayonnement monoénergétique, D eau ′ est le débit de
dose moyen délivré à l’eau du béton (en Gy/s) compte tenu de l’atté- 6.3.1.1 Matrice cimentaire
nuation sur une épaisseur x et du débit de dose D 0′ air mesuré dans
l’air à la surface de la protection. Il est égal à : Dans le cas particulier des liants riches en laitier (types CHF ou
CLK) et en présence d’air, les produits oxygénés de la radiolyse con-
 µ en tribuent à oxyder les polysulfures du laitier ( S n2– ) en sulfate, ce qui
 --------
ρ  eau 1
- x peut entraîner la formation d’ettringite secondaire gonflante. Obser-
′ = D 0′ air
D eau ---------------------- ---
 µ en
 --------- air
x ∫B
0
a ( µx ) exp ( Ð µx ) d x vée consécutivement à l’irradiation γ intense (8,7 × 107 Gy à raison
de 2,78 Gy/s) d’une pâte composée de 75 % de laitier et 25 % de clin-
ρ ker (e/c = 0,36), cette évolution minéralogique est la seule identifiée
[23]. Il convient de souligner que, du fait du débit de dose très élevé,
avec (µen /ρ)eau, (µen /ρ)air coefficients massiques d’absorption une augmentation notable de température est associée à ce phéno-
d’énergie, respectivement dans l’eau mène (T = 50˚ C).
et l’air (cm2/g),
Ba(µx) facteur d’accumulation d’absorption Les liants de type CLK et CHF-CEM III sont en conséquence à
d’énergie dans le béton, éviter pour les bétons de protection sous flux élevés.
µ coefficient d’atténuation linéique du
béton (cm−1). Le silicate de calcium hydraté (C-S-H) est le principal hydrate des
Avec un rayonnement gamma d’énergie E = 1 MeV générant un pâtes de ciment Portland. Il ne subit pas d’évolution chimique sous
débit de dose dans l’air de 10−1 Gy/s, la production totale de H2 par irradiation, en particulier le rapport Ca/Si reste inchangé, mais sem-
un voile de béton standard de 150 cm d’épaisseur est estimée à ble affecté par une nouvelle répartition de sa porosité, constante au
5,35 × 10−7 mol · s−1 · m−3. À supposer que le dégazage s’effectue demeurant. Cette réorganisation évoque d’autant plus une variété
par une seule face, la production journalière est de l’ordre de 1,5 L/m2. de fluage que l’hydrate incriminé est amorphe, donc enclin à ce
Ce taux enveloppe est en réalité très surestimé car il néglige l’impor- comportement. Les conséquences macroscopiques paraissent très
tante fraction de H2 recombiné par la radiolyse avant expulsion du limitées car d’amplitude très inférieure à celle des autres types de
béton. Il demeure suffisamment limité pour ne pas induire de désor- fluage, en particulier celui lié au départ de l’eau (cf. § 6.4.3).
dre dans la matrice cimentaire (mise en pression du réseau poreux
par exemple), mais souligne la nécessité de ventiler. 6.3.1.2 Granulats
La présence de superplastifiant à base aromatique (naphtalène L’effet de l’irradiation est surtout sensible avec les neutrons et
surtout), de carbonate (granulats calcaires) ou de fer ferrique (gra- s’accompagne d’une déformation des réseaux cristallins pouvant
nulats d’hématite) diminue sensiblement la production d’hydrogène aller jusqu’à l’amorphisation, en particulier chez certains minéraux à
radiolytique, en particulier sous irradiation gamma. Le phénomène liaisons covalentes. Pour le quartz, un gonflement associé très
– , abondam-
est dû à la réaction de ces produits avec le radical e aq important (∆V/V ≈ 15 %) est observé lorsque la fluence atteint
ment formé par ce type d’irradiation et participant normalement à la 2 × 1020 n/cm2 [24]. La serpentine présente une dilatation volumique
production de H2. Dans le cas du carbonate et du fer ferrique, l’effet du même ordre de grandeur pour une fluence voisine en neutrons
est durable pendant toute l’irradiation, ce qui n’est pas le cas avec rapides [25].
les adjuvants organiques qui finissent par se décomposer.
L’irradiation des bétons, quelle que soit leur nature, conduit rapi-
dement à un milieu anoxique du fait de la réduction de l’oxygène 6.3.2 Transformations liées à la température
moléculaire (une forte diminution du potentiel d’oxydo-réduction du
liquide interstitiel est associée à ce phénomène) [21] : Les effets de la température l’emportent largement sur ceux de
l’irradiation et c’est au niveau de la pâte, élément faible du béton,
– → O – puis O – + e – → O 2– que se situent les principaux dommages. On considère en général
O 2 + e aq ← 2 2 aq ← 2
que les bétons ordinaires supportent, en condition de service, des

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températures allant jusqu’à 90 ˚C s’ils sont bien protégés (confine- 6.4 Séchage, retrait, fluage
ment hydrique et calorifugeage). Au-delà, le comportement devient
complexe et difficile à prévoir en raison de nombreux couplages
matériau-structure.
6.4.1 Séchage
Différents seuils physico-chimiques peuvent être franchis selon la
température atteinte (tableau 19) et le confinement du béton. L’eau de la matrice cimentaire est susceptible d’être évacuée lors-
que apparaît un gradient d’humidité relative (HR) avec le milieu
Il convient de souligner que, après chauffage accidentel au-delà extérieur, indépendamment de la température. La tension de vapeur
de 400 ˚C, le refroidissement d’un béton à base « Portland » en pré- des hydrates de ciment Portland correspondant à une HR de 75 %
sence de vapeur d’eau peut s’accompagner d’une destruction de la environ à pression et température standard, le béton sèche d’autant
matrice par croissance, très expansive, de Ca(OH)2. plus rapidement que HR est inférieure à cette valeur. Au-delà, la
porosité capillaire du matériau absorbe de l’eau, jusqu’à saturation
Macroscopiquement, l’action combinée de l’irradiation et de la si HR ≈ 100 % [26].
température aboutit toujours à une perte de ductilité du béton a
minima. Afin de prévenir toute évolution plus conséquente, les Étant gouvernée par la diffusion de la vapeur d’eau dans la poro-
recommandations générales figurant dans la référence [3] sité, la cinétique de séchage augmente avec la température T et le
devraient être prises en compte dès l’étape de conception des rapport e/c du béton ; elle suit globalement une loi du type [10] :
ouvrages en béton (tableau 20).
t Ð ts
Sauf cas particulier (ciment et granulats spécialement étudiés), on H 2 O = H 2 O ∞ ----------------------------
-
retiendra par ailleurs des températures de service maximales de ah 02 + t Ð t s
l’ordre de :
avec H2 O∞ quantité d’eau maximale évacuée à terme,
— 90 ˚C (protection neutron) ;
— 150 ˚C (protection gamma). h0 épaisseur moyenne du voile de béton,
(0)
a coefficient dépendant du béton (e/c) et de T,
t et ts âge total du béton et âge en début de séchage.
Tableau 19 – Seuils physico-chimiques affectant la matrice
des bétons en fonction de la température Cette relation rend compte du fait que la fraction d’eau éliminée à
une échéance donnée est d’autant plus importante que le séchage
Température Seuil physico-chimique débute au jeune âge et que l’épaisseur du béton est faible.
Ciment Portland Généralement utilisés en forte épaisseur, les bétons de protection
0 à 105 ˚C .................. départ de l’eau libre mettent théoriquement un temps très long pour sécher. Ils connais-
sent cependant deux conditions de service fréquentes et
105 à 600 ˚C .............. déshydratation des hydrates de type C-S-H aggravantes : la chaleur et la ventilation (puits de cuve de réacteur,
400 à 600 ˚C .............. déshydratation de Ca(OH)2 chaîne blindée, casemate d’entreposage). En zone nucléaire,
l’extraction de l’air effectuée pour maintenir les locaux en dépres-
Ciment alumineux sion contribue ainsi à faire sécher le béton assez rapidement, mais
0 à 105 ˚C .................. départ de l’eau libre superficiellement, en l’absence de revêtement étanche (peau métal-
lique, peinture époxy).
275 ˚C ........................ déshydratation de Al2(OH)6
Des conséquences majeures sont associées au départ de l’eau :
300 à 500 ˚C .............. déshydratation des hydrogrenats
> 500 ˚C ..................... apparition de liaisons céramiques — le retrait de dessiccation et le fluage de dessiccation, phéno-
mènes à l’origine de fissurations et de déformations différées ;
— la diminution de la teneur en hydrogène, affectant d’autant
plus sévèrement l’atténuation des neutrons que les bétons sont
(0)
dépourvus de bore et pauvres en eau de constitution (l’impact sur
Tableau 20 – Recommandations générales relatives l’atténuation gamma est par contre assez faible).
aux conditions de service des bétons Pour les conditions de service les plus sévères, les bétons de pro-
Flux énergétique maximal .......... 4 x 1010 MeV · cm−2 · s−1 tection à base de ciment alumineux, préchauffés, apportent vis-à-vis
(soit 6,4 mW · cm−2) de ces problèmes les meilleures garanties de stabilité.
Taux maximal d’échauffement
interne .......................................... 1 mW · cm−3
6.4.2 Retrait de dessiccation
∆T maximal lié à l’échauffement
interne .......................................... 6 ˚C
Gradient de température Les retraits thermiques et endogènes, respectivement associés au
maximal ....................................... 1 ˚C · cm−1 refroidissement après prise et au degré d’hydratation (contraction
Le Châtelier), ne sont pas abordés ici. On en trouvera une descrip-
tion dans l’article [C 2 235] Prise et durcissement des bétons. Les
effets thermomécaniques du traité Construction. Ces phénomènes
ne sont pas à négliger pour autant avec des voiles de béton de forte
Pour la plupart des bétons, les cyclages thermiques consti- épaisseur, car la fissuration induite au jeune âge peut s’y avérer pro-
tuent enfin un facteur d’endommagement très important. Ils blématique. Il convient de rappeler sur ce point que les reprises de
doivent être limités à la fois en nombre et en amplitude, voire bétonnage doivent être absolument évitées, étant à l’origine de fis-
même évités (béton de serpentine). sures traversantes verticales.

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Le retrait de dessiccation (ou hydraulique) suit pour sa part une loi — l’élévation de température est fréquente.
cinétique analogue à celle du séchage auquel il est génériquement
lié [10] :
Vis-à-vis du problème de fluage de dessiccation, il convient
dès la conception des ouvrages :
t Ð ts
r = r ∞ ----------------------------------------
- — d’éviter les dalles en béton de grande envergure, quelle
0 ,035 h 02 + t Ð t s que soit la densité d’armature ;
— d’empêcher le séchage du béton au moyen de revête-
avec r ∞ retrait maximal observé à terme. ments agréés sous rayonnement ;
— de promouvoir l’utilisation de bétons de ciment alumi-
À l’aide de cette relation établie pour un béton ordinaire, où t est neux, peu sujets au séchage et aux déformations différées après
exprimé en jours et h en millimètres, on constate qu’il existe un effet préchauffage.
d’échelle important pour les voiles de béton de forte épaisseur. Ainsi
au bout de 100 ans, un voile de 1,50 m séchant par ses deux faces
présente un retrait dont l’amplitude n’est que de 56 % du retrait
final. 6.5 Corrosion des armatures
Le retrait n’étant pas uniforme au sein du béton, il apparaît rapide-
ment un gradient de contraintes tel que le cœur du voile se trouve Une accélération de la corrosion des aciers au carbone (de type
en compression tandis que les peaux interne et externe sont en trac- généralisée) se produit sous irradiation gamma lorsque le débit de
tion. Ces dernières présentent donc normalement une fissuration dose est supérieur à 10 Gy/h en solution neutre, eau de mer (milieux
superficielle à partir de déformations relatives de l’ordre de non passivants), eau granitique (pH 9,4) [27]. Dans le béton, la cor-
150 × 10−6 (0,15 mm/m). rosion sous irradiation n’a été mise en évidence qu’en présence
d’additifs spécifiques de la mise en œuvre (CaCl2) ou de la capture
La proportionnalité entre perte de masse et retrait n’est pas la
neutronique (CdSO4) introduits à hauteur de 2 % du dosage en
même lorsqu’il reste de l’eau dans les capillaires et lorsque ces der-
ciment [3].
niers sont vides (l’eau des hydrates commence alors à être sollici-
tée). De ce fait, les prévisions à long terme doivent s’appuyer sur de Bien qu’aucun signe macroscopique de corrosion liée à l’irradia-
nouveaux paramètres rendant compte d’une cinétique plus lente. tion n’ait été relevé dans les bétons armés de différentes installa-
tions nucléaires, plusieurs mécanismes potentiels sont pourtant
envisageables, en y associant le rôle essentiel de l’élévation de tem-
pérature et du pH (> 13) :
6.4.3 Fluage de dessiccation
— attaque par les produits oxydants de la radiolyse (radicaux OH
et O−) ;
Le fluage traduit l’aptitude du béton à se déformer de façon irré- — atteinte du domaine de corrosion basique du fer par diminu-
versible sous contrainte et associe deux composantes : le fluage tion du potentiel de l’acier sous irradiation (production d’ions
propre et le fluage de dessiccation. Trois configurations permettent HFeO 2– ) ;
de mieux comprendre le lien entre l’existence du fluage et l’humi- — effet direct du rayonnement sur la couche passive d’oxyde
dité interne du béton : (création de défauts et fragilisation) ;
— effet de pile par existence de gradients de débit de dose et de
— un béton préséché ne flue pas ; température au sein des voiles de béton (figure 10).
— un béton isolé (confinement hydrique) a son fluage propre ; Dans ce dernier cas, spécifique aux voiles de béton de forte épais-
— un béton en cours de séchage présente un fluage très supé- seur, on suppose que la composition du liquide interstitiel (électro-
rieur au précédent (fluage propre + fluage de dessiccation). lyte) est modifiée par l’irradiation et la température. Sa variation
avec la profondeur induit une corrosion galvanique si le réseau
Un parallèle existe donc entre retrait endogène et fluage propre, d’armature (électrode) est intégralement liaisonné. L’absence de
d’une part, et retrait de dessiccation et fluage de dessiccation, revêtement constituerait alors un facteur aggravant, le séchage
d’autre part. Plus précisément, le fluage de dessiccation représente favorisant la modification de l’électrolyte et d’une façon générale
un surplus de déformation équivalent au retrait de dessiccation. Le l’accès de l’oxygène.
fait que la fissuration de peau n’apparaisse plus dans une pièce de
Une cinétique lente, la capacité de la pâte de ciment à absorber
béton comprimée en cours de séchage vient conforter cette hypo-
une partie du gonflement et le fait que les aciers ne soient pas direc-
thèse.
tement observables, pourraient expliquer la non-détection du phé-
Dans la mesure où les chargements mécanique et thermique nomène pendant plusieurs décennies. Pour autant, ce point devra
favorisent les deux types de fluage, tant en intensité qu’en cinétique être examiné attentivement dans la mesure où la durabilité des
de développement, les bétons de protection peuvent apparaître plu- ouvrages à long terme dépend étroitement du comportement des
tôt pénalisés puisque : armatures.
En ce qui concerne la corrosion classique (séquence « séchage –
— les masses mises en jeu sont très importantes ; carbonatation – abaissement du pH – dépassivation »), le lecteur se
— la densité élevée des bétons lourds concentre l’effet du poids ; reportera à l’ouvrage de synthèse [28]).

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© Techniques de l’Ingénieur, traité Génie nucléaire BN 3 740 − 29