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REPUBLIQUE DE COTE D’IVOIRE UNICEF

Union – Discipline – Travail

MINISTERE DE L’EDUCATION NATIONALE

MINISTERE DE LA CONSTRUCTION
DE L’URBANISME ET DE L’HABITAT

MINISTERE DE LA SANTE ET LA
LUTTE CONTRE LE SIDA

ETUDE SEXO-SPECIFIQUE RELATIVE A LA PERCEPTION DES


ENFANTS SUR L’UTILISATION ET L’ENTRETIEN DES LATRINES
ET LA CONCEPTION D’UN NOUVEAU PLAN DE LATRINES

(Rapport Final)

Consultant : Dr N’Guessan Claude KOUTOU

Enseignant/Chercheur à l’Université d’Abidjan - Cocody

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SOMMAIRE

LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS 3

LISTE DES TABLEAUX ET GRAPHIQUES 4

RESUME EXECUTIF 5

I. CONTEXTE DE L’ETUDE 7

II. OBJECTIFS DE L’ETUDE 8

II.1. Objectif général 8


II.2. Objectifs spécifiques 8

III. METHODOLOGIE 8

III.1. Choix des cinq zones d’enquête 8


III.2. Echantillonnage 8
III.3. Organisation de la collecte des données 9
III.4. Outils de collecte de données 9

IV. DIFFICULTES RENCONTREES 11

V. PRINCIPAUX RESULTATS DE L’ETUDE 12

V.1. Processus de planification et de construction des latrines 12

V.2. Utilisation des infrastructures 19

V.3. Gestion et entretien des infrastructures 25

V.4. Hygiène et lavage des mains 38

V.5. Accès à l’eau 45

VI. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS 50

ANNEXES

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LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS

BAD : Banque Africaine de Développement

CESAC : Conseiller à l’Extra – Scolaire et aux Activités Coopératives

COGES : Comité de Gestion (des écoles)

CRESAC : Conseiller Régional à l’Extra – Scolaire et aux Activités Coopératives

DAD : Direction de l’Assainissement et du Drainage

DESAC : Direction de l’Extra - Scolaire et des Activités Coopératives

DPHP : Direction de la Promotion de l’Hygiène Publique

DRC : Comité de Secours Danois

DREN : Direction Régionale de l’Education Nationale

EPP : Ecole Primaire Publique

GTZ : Coopération Technique Allemande

IEPP : Inspection de l’Enseignement Préscolaire et Primaire

MCUH : Ministère de la Construction, de l’Urbanisme et de l’Habitat

ND : Non Disponible

ONEP : Office National de l’Eau Potable

ONG : Organisation Non Gouvernementale

ONUCI : Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire

PDC : Pas De COGES

UE : Union Européenne

UNHCR : Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés

UNICEF : Fonds des Nations Unies pour l’Enfance

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LISTE DES TABLEAUX ET ENCADRES

I. LISTE DES TABLEAUX

Tableau n°1: Montants alloués par les Conseils Généraux et 17


Mairies à l’éducation

Tableau n°2: Type et état des latrines en milieu scolaire 24

Tableau n°3: Problèmes récurrents au niveau des latrines en milieu scolaire 24

Tableau n°4: Nature des personnes et structures impliquées 29


dans l’entretien des latrines en milieu scolaire

Tableau n°5: Montants alloués aux COGES 33

Tableau n°6: Nombre d’écoles avec ou sans eau 44

II. LISTE DES ENCADRES

Encadré n°1 : EPP KATI : un système de gestion des latrines à partager 31

Encadré n°2 : PP KODJINA : un exemple de responsabilisation 32

des enseignants

Encadré n°3 : EPP MONAN : La dynamique communautaire 35

au service de l’école

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RESUME EXECUTIF

En Côte d’Ivoire, la réalité sur la situation de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement des


écoles n’est pas différente de ce qui se passe dans les autres pays africains. Sur les 10 000
écoles primaires du pays, seulement 30% soit environ 3000 écoles disposent
d’infrastructures d’eau et d’assainissement. Pour faire face à cette situation, la Direction de
l’Extrascolaire et des Activités Coopératives (DESAC) en partenariat avec l’UNICEF ont mené
différentes activités. Cependant, le constat est que l’environnement des écoles ne permet
pas d’affirmer que ce sont des « espaces amis des enfants ».

C’est pour trouver des explications à cette situation que cette étude est réalisée avec les
objectifs suivants :

1. Objectif général :

Il s’agit d’amener les élèves à contribuer à la définition du type d’ouvrage d’assainissement


qui leur convient afin d’assurer une meilleure utilisation et une bonne gestion des ouvrages
sanitaires qui seront réalisés.

2. Objectifs spécifiques

 Faire un état des lieux des ouvrages d’assainissement dans les écoles ;
 Déterminer le domaine d’intervention des acteurs institutionnels ;
 Analyser les perceptions des acteurs en matière d’hygiène, d’eau et
d’assainissement ;
 Etudier les facteurs explicatifs des comportements observés.

La méthodologie a mis l’accent sur l’approche qualitative en insistant sur a) le choix des
zones d’étude, b) échantillonnage, c) l’organisation de la collecte, d) outils de collecte de
données, e) les outils de collecte de données (jeux de présentation, visualisation des
priorités, vote secret, focus group, marche transversale, démonstration de l’usage des
latrines et du lavage des mains, dessin modèle). Au terme de la collecte et de l’analyse des
données, les principaux résultats de l’étude se résument dans les articulations suivantes :

1. PROCESSUS DE PLANIFICATION ET DE CONSTRUCTION DES LATRINES

Le processus de planification, de construction des latrines et points d’eau en milieu scolaire


implique très peu les acteurs de l’école. En effet, les entretiens réalisés avec les directeurs,
les enseignants, les élèves et les COGES montrent clairement que leurs points de vue ne
sont pas pris en compte dans la construction des infrastructures au sein des écoles. Ils
estiment tous que leur implication dans le processus aurait permis une meilleure
mobilisation autour de ces infrastructures en construisant des latrines adaptés aux besoins
des bénéficiaires et qui tiennent compte à l’environnement du milieu. C’est la même
remarque pour les conseils généraux et les mairies dont l’implication est très faible dans la
construction des latrines et points d’eau dans les écoles.

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2. UTILISATION DES INFRASTRUCTURES

L’utilisation des latrines dans les écoles par les élèves pose problème pour trois raisons
principales : dégradation des structures, insécurité et le manque d’intimité et enfin les
difficultés d’accès. De nombreux élèves continuent à se soulager dans la brousse, derrière
les classes ou à côté des fosses en dépit des conseils qui leurs sont donnés par les
enseignants et les directeurs d’écoles et des dangers auxquels ils s’exposent en se rendant
en brousse. Quant aux enseignants, ils n’utilisent pas ces latrines pour les mêmes raisons
évoquées précédemment. C’est pourquoi ils souhaitent que les conditions d’hygiène soient
améliorées pour réduire les risques de maladies et garantir aux élèves et enseignants un
environnement de travail sain.

3. GESTION ET ENTRETIEN DES INFRASTRUCTURES

Le système de gestion et d’entretien des latrines est fondé sur l’utilisation des élèves à
travers deux stratégies : la répartition du travail par sexe ou par classe sous la supervision
des enseignants. Ce système d’entretien ne donne pas encore des résultats encourageants
car les latrines sont toujours sales. Plusieurs raisons ont été évoquées pour justifier cette
situation. Insuffisance de ressources financières et les coupures dans les allocations des
COGES, etc. Toutefois, le problème de la gestion et de l’entretien des latrines en milieu
scolaire est beaucoup plus une question de priorité au niveau des gestionnaires de l’école.
En effet, si cela avait été le cas, l’insuffisance de moyens financiers et la responsabilisation
des acteurs de l’école auraient trouvé une solution.

4. HYGIENE ET LAVAGE DES MAINS

Tous les acteurs de l’école reconnaissent qu’il reste encore beaucoup à faire dans les écoles
en matière d’hygiène et le lavage des mains. En effet, s’il est vrai que des cours théoriques
sont enseignés aux élèves, il est encore plus vrai que leurs comportements (les pratiques)
contredisent les propos avancés par les enseignants et les directeurs car plusieurs défis
restent à surmonter. De même, plusieurs écoles ne disposent pas d’infrastructures, de l’eau
et du matériel nécessaire pour l’hygiène et le lavage des mains si bien qu’ils ne peuvent pas
mettre en application les conseils des enseignants. C’est pour face à ces préoccupations que
les acteurs de l’école font des suggestions pour améliorer le système.

5. ACCES A L’EAU

L’accès à l’eau est encore une préoccupation essentielle pour de nombreuses écoles car la
majorité d’entre elles n’en dispose pas si bien que des solutions alternatives sont trouvées
avec l’utilisation des puits, de la pompe du village ou encore des marigots. Dans les écoles où
il existe des dispositifs d’eau, ils sont souvent non fonctionnels à cause de l’absence de
robinets, des vols et des pannes liées à l’utilisation abusive des infrastructures par les élèves
mais aussi et surtout par les populations environnantes.

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I. CONTEXTE DE L’ETUDE

Tous les spécialistes en éducation sont unanimes sur le fait que l’eau, l’hygiène et
l’assainissement en milieu scolaire sont importants pour l’épanouissement des élèves. Dans
cette logique, les actions menées depuis longtemps par l’Unicef dans ces domaines reposent
sur la conviction selon laquelle ces trois éléments sont d’une importance capitale. Ils
permettent d’assurer le droit des enfants à survivre, à grandir et à devenir des citoyens du
monde, épanouis et en bonne santé. De même, la littérature internationale montre que
l’accès à l’eau et à des infrastructures hygiéniques à l’école ont un impact positif sur le
développement physique, intellectuel et moral des élèves.

Cependant, la planification et la réalisation des infrastructures d’eau, d’hygiène et


d’assainissement dans les écoles se font souvent par des techniciens et des responsables de
l’éducation qui ne sont pas les vrais utilisateurs et qui opèrent des choix fondés sur des
stéréotypes. Les conséquences de cette pratique sont la non utilisation ou la mauvaise
utilisation de ces ouvrages pour diverses raisons. A titre d’exemple, une étude réalisée au
Sénégal (2008) a montré que les élèves avaient peur de l’obscurité si bien que le
gouvernement a enlevé les toitures des latrines, ce qui a augmenté le taux de fréquentation.
Une étude similaire réalisée en Ethiopie (2007) a permis de comprendre que les portes
n’étaient pas la meilleure façon de garantir l’intimité aux filles, mais qu’elles constituaient au
contraire un risque de violence. Ainsi un système de « cache entée » a été proposé.

Une autre étude a aussi permis d’établir les pratiques de nettoyage acceptables et réalistes
pour les élèves et sensibles au genre : par exemple, les enfants trouvaient que le fait de
confier le nettoyage aux élèves retardataires pénalisait doublement les filles, qui étaient
souvent en retard à cause des tâches domestiques.

En Côte d’Ivoire, la réalité sur la situation de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement des


écoles n’est pas différente de ce qui se passe dans les autres pays africains. Sur les 10 000
écoles primaires du pays, seulement 30% soit environ 3000 écoles disposent
d’infrastructures d’eau et d’assainissement. Pour faire face à cette situation, la Direction de
l’Extrascolaire et des Activités Coopératives (DESAC) en partenariat avec l’UNICEF ont mené
différentes activités :

 3000 latrines VIP et 500 dispositifs de lave-mains ont été construits ;


 500 écoles de Bondoukou et de Guiglo ont été équipées en forage ;
 500 clubs d’hygiène/santé ont été installés dans 500 écoles dotées en
matériels d’assainissement, en produits d’entretien, en caisse à pharmacie et
en déparasitant ;
 7 modules de formation en hygiène ont été développés et 2000 encadreurs
des clubs hygiène/santé et 200 formateurs relais composés de médecins et
de CRESAC et CESAC ont été formés.

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Toutefois, on observe une mauvaise utilisation et un mauvais entretien de ces ouvrages, une
faible utilisation par les filles et la présence de selles autour des cuvettes ainsi que les
mauvaises odeurs qui se dégagent et repoussent les utilisateurs. C’est pour trouver une
solution à ces défaillances que cette étude est réalisée afin d’impliquer les enfants dans la
conception technique, l’organisation de l’entretien pour une meilleure utilisation de ces
ouvrages.

II. OBJECTIFS DE L’ETUDE

Les objectifs de l’étude se déclinent en objectif général et spécifiques.

II.1. Objectif général

Il s’agit d’amener les élèves à contribuer à la définition du type d’ouvrage d’assainissement


qui leur convient afin d’assurer une meilleure utilisation et une bonne gestion des ouvrages
sanitaires qui seront réalisés.

II.2. Objectifs spécifiques

 Faire un état des lieux des ouvrages d’assainissement dans les écoles ;
 Déterminer le domaine d’intervention des acteurs institutionnels ;
 Analyser les perceptions des acteurs en matière d’hygiène, d’eau et
d’assainissement ;
 Etudier les facteurs explicatifs des comportements observés.

III. METHODOLOGIE

La démarche méthodologique a mis l’accent sur l’approche qualitative, généralement


utilisée dans ce type de travail, avec des outils sensibles aux enfants et au genre.

III.1. Choix des 5 zones d’étude

Le choix des zones a été fait en tenant compte des différentes aires culturelles de la Côte
d’Ivoire. Dabou pour le Sud, Guiglo pour l’Ouest, Bouaké pour le Centre, Abengourou
pour l’Est et Korhogo pour le Nord. Ce choix répond au besoin d’analyser les facteurs
pouvant influencer les préférences des élèves en matière d’utilisation et de gestion des
latrines et points d’eau dans les écoles, en fonction de leurs cultures. (Voir annexe 2)

III.2. Echantillonnage

Dans chaque département, 4 écoles ont été retenues dont une dans la ville et Trois dans les
villages environnants. De même, une de ces écoles doit disposer de latrines fonctionnelles,
deux autres de latrines non fonctionnelles et la dernière ne doit pas être dotée d’ouvrages
sanitaires. Le choix des écoles s’est fait avec le concours des Inspecteurs de l’Enseignement
Primaire et Préscolaire, des CRESAC et des CESAC. (Voir annexe n° )

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III.3. Organisation de la collecte des données

Deux équipes composées de 3 enquêteurs chacune ont été constituées. Afin de mieux
maîtriser les outils, les deux équipes ont travaillé à Dabou d’abord avant de se rendre par la
suite dans les zones respectives sélectionnées.

Les différents débriefings ont permis aux enquêteurs de partager les expériences pour la
suite des opérations. Au nombre des enquêteurs se trouvaient des agents de la DESAC, de la
DAD, de l’ONEP, de la DPHP et de l’UNICEF.

III.4. Outils de collecte de données

Différents outils ont été conçus pour collecter les informations auprès des acteurs de
l’école :

 Les guides d’entretien conseils généraux et mairies ;


 Les guides d’entretien adultes ont servis à interroger : les Directeurs Régionaux de
l’Education Nationale (DREN), les directeurs d’écoles, les enseignants, les Comités de
Gestion (COGES) et les structures d’entretien ;
 Les outils spécifiques pour les échanges avec les enfants :

JEUX DE PRESENTATION (voir annexe 4)

 Objectif : Créer la confiance entre l’enquêteur et les enfants. La présentation doit


permettre de mettre les enfants à l’aise afin de leur donner l’occasion de s’ouvrir et
de parler en toute confiance.

 Déroulement : première activité à réaliser avec les enfants avant de poser une
quelconque question sur le projet. Cela peut se faire entre 5 et 10 minutes.

VISUALISATION DES PRIORITES (DESSINS)

 Objectifs ; Montrer l’importance des latrines par rapport aux autres éléments de
l’école d’une part et encourager l’expression des enfants d’autres part.

 Déroulement : Mettre à la disposition des enfants des papiers padex, crayons et bics,
des markers de différentes couleurs. Donner 30 minutes aux enfants pour dessiner
leur école avec tous les éléments qu’elle contient. Puis leur demander de faire un
autre dessin pour présenter l’école de leur rêve, c’est-à-dire, l’école ami des enfants.

VOTE SECRET (voir annexe 5)

 Objectifs : Identifier les lieux où les enfants vont se soulager, c’est-à-dire, font
« caca » à l’école d’une part; Identifier les lieux où les enfants font caca à la maison
d’autre part.

 Déroulement : Disposer de dessins grands format avec des couleurs en précisant les
différents lieux de défécation des élèves. Ceux-ci sont appelés à placer des cailloux

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sur des images, préparées à l’avance et présentant plusieurs situations de défécation.
L’exercice consiste à leur demander aux élèves de placer le ou les cailloux sur les
images en présentant leur habitude de défécation

FOCUS GROUPS (voir annexe 6)

 Objectifs : Comprendre la perception des acteurs de l’école (DREN, Directeurs,


Enseignants, COGES, Conseils généraux, Mairies, Club d’hygiène, Structures
d’entretien et élèves) sur la conception, l’utilisation, le processus d’implantation des
latrines et points d’eau à l’école. Il s’agit aussi de cerner leurs opinions sur l’hygiène
et le lavage des mains par les élèves.

 Déroulement : Animer 4 focus group dont 2 avec les filles et 2 avec les garçons. Pour
chacun des sexes, 2 sous groupes de 20 à 25 élèves doivent être constitués en tenant
compte de l’âge des élèves : 6 à 9 ans pour le premier sous groupe et 10 à 15 ans
pour le second.

MARCHE TRANSVERSALE

 Objectif : Approfondir les sujets traités dans les focus groups ;

 Déroulement ; L’exercice consiste à demander aux enfants d’indiquer les lieux de


préférence pour la position géographique des latrines ou de situer les enquêteurs sur
les commodités à mettre dans les latrines. Cet exercice peut et doit se faire
également pour les points d’eau dans les écoles.

DEMONSTRATION DE L’USAGE DES LATRINES ET DU LAVAGE DES MAINS

 Objectif : Voir de façon pratique, l’utilisation que font les enfants, des latrines et des
points d’eau et enfin l’hygiène des mains.

 Déroulement : L’exercice consiste à observer les élèves en situation de défécation et


de lavage des mains. Il s’agit d’une simulation pour mieux comprendre le
comportement des enfants dans les cabines et sur les points d’eau.

DESSIN MODELE (LATRINES AMIES DES ENFANTS)

 Objectifs ; Construire la latine amis des enfants d’une part et faire des suggestions
pour mieux gérer les latrines, les point d’eau et le lavage des mains.

 Déroulement ; Mettre à la disposition des enfants des papiers padex, crayons et bics,
des markers de différentes couleurs. Donner 30 minutes aux enfants pour dessiner
les latrines modernes, des latrines amis des enfants et pour faire des suggestions
pour améliorer l’organisation et la propreté des latrines et des points d’eau.

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IV. DIFFICULTES RENCONTREES

Des difficultés ont été rencontrées à trois périodes précises :

Avant la collecte des données ;

La formation des enquêteurs pour la collecte des données s’est faite dans de bonnes
conditions. Toutefois, les différents reports de la date de déroulement de la collecte des
données ont perturbé le calendrier d’exécution des activités. De même, un seul pré-test a pu
être réalisé, alors qu’il était prévu un second. Enfin, les variations constantes des Termes De
Références (TDR).

Pendant la collecte des données ;

La collecte des données a été difficile car elle se situait en pleine campagne électorale si bien
que plusieurs acteurs institutionnels n’étaient pas à leurs postes de travail. Certains
responsables de l’éducation n’avaient pas été informés de la réalisation d’une telle étude,
d’où leur réticence à collaborer.

Ensuite, dans les DREN et IEP, il y a une absence d’indicateurs d’appréciation et de suivie des
activités des CRESAC et CESAC. De même, dans certains Conseils Généraux et Mairies, il a été
impossibilité d’obtenir des données détaillées sur l’allocation des ressources affectées au
secteur de l’éducation. Ces données auraient permis d’affiner l’analyse des résultats. Nous
avons usé de beaucoup de tacs et négocier avec les responsables pour qu’ils acceptent de
collaborer. Pour ce qui est de l’absence de données détaillées, nous avons dû travailler avec
les données générales.

Enfin, certains élèves, notamment les filles, ne montraient pas leur enthousiasme à
participer à l’étude en raison de la gêne que certaines questions provoquaient. Pour
surmonter ce défi, les enquêteurs femmes ont échangés avec les plus grandes filles tandis
que pour les autres, les champs et les danses ont permis de gagner leur confiance.

Après la collecte des données.

La crise post électorale a porté un véritable coup d’arrêt à la rédaction du rapport final car
les conditions n’étaient pas propices à la réflexion intellectuelle. En effet, il a été difficile de
respecter la procédure de débriefing compte tenu des difficultés de déplacement liées à
l’insécurité dans la ville d’Abidjan. Le retour progressif à la normale après des jours de
conflit, a permis d’achever le travail dont les principaux résultats sont présentés dans le
chapitre suivant.

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I. RESULTATS DE L’ETUDE

V.1. PROCESSUS DE PLANIFICATION ET DE CONSTRUCTION DES LATRINES

Sur un total de quinze écoles où il y a des latrines, 01 seule (06,66%) a été construite par
l’Etat à travers le projet FRAR, 02 (13,33%) par des donateurs privés, 04 (26,66%) par les
COGES et enfin 08 (53,33%) par les partenaires au développement et les ONG.

Tableau n°1 : Nature des constructeurs de latrines dans les écoles primaires

Structure Conseil général/ NU/ON Communauté Donateurs Pas de


Etat NSP
Localité Mairie G /COGES privés latrines

Abengourou 1 1 1 1

Dabou 2 1 1

Bouaké 2 1 1

Guiglo 1 2 1

Korhogo 2 1 1

Total 1 8 4 2 5

V.1.1. Le rôle des acteurs de l’école

Le rôle des élèves

Dans la plupart des écoles, les élèves estiment ne pas être associés à la planification ou à la
réhabilitation des infrastructures dans les écoles. C’est dans une seule école, plus
précisément l’EPP Kati dans l’ouest de la Côte d’Ivoire (Guiglo) où l’avis des élèves a été
sollicité, mais seulement pour la couleur de la peinture à mettre sur le mur des latrines. A
part cet exemple, nulle part ces derniers ont été associés à la planification et à la
construction des latrines et autres points d’eau.

EPP KATI (GUIGLO) : Latrines réhabilitées. Présence de broussailles et d’excréta autour des fosses

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Selon les élèves, la raison principale qui explique cette réalité est que les adultes estiment
que puisqu’ils sont des enfants, leur avis ne compte pas pour les décisions à prendre pour la
construction des infrastructures dans les écoles. Cette conception sur le point de vue des
élèves est partagée par un conseiller régional à l’extrascolaire et aux activités coopératives
(CRESAC) en ces termes :

«Ce qui est important, c’est le fait que quelqu’un vienne pour construire des latrines et points
d’eau. Il n’est donc pas nécessaire d’interroger les enfants pour prendre en compte leurs
désidérata ». Plusieurs autres enfants ne savent pas pourquoi leurs avis ne sont pas
demandés pour la réalisation des ouvrages alors qu’ils aimeraient bien faire des suggestions
pour que les infrastructures à réaliser tiennent compte de leurs spécificités.

Selon les enfants, différents avantages peuvent, pour autant, être tirés si leurs avis sont
demandés :

Les filles par exemple, estiment que leurs avis pourraient permettre de régler les
problèmes de honte en prévoyant des latrines spécifiquement pour elles, en
construisant un mur de séparation, en choisissant de ne pas mettre des latrines en
face des salles de classe sans mur de séparation ou encore en prévoyant des douches
pour les filles les plus grandes en période de menstrues. A cela, il faut ajouter les
problèmes de sécurité qui d’après elles peuvent être résolus avec la présence dans
les latrines de porte et d’un système d’éclairage pour éviter l’obscurité.

Les garçons estiment aussi pouvoir contribuer à la planification des latrines. Certaines
de leurs remarques sont similaires à celles des filles, toutefois le problème de la
honte ne semble ne pas être leur priorité. Par contre, ils auraient souhaité donner
leurs avis afin que l’emplacement des latrines ne soit pas une source d’insécurité
pour eux à cause de la broussaille et de la présence de reptiles.

Les plus petits (filles et garçons) affirment que la prise en compte de leurs avis aurait
permis de faire des trous de latrines plus adaptés à leurs âges.

Le rôle des enseignants

Plusieurs enseignants rencontrés pendant les focus group affirment ne pas être associés à la
planification et à la construction des latrines et autres points d’eau. En clair, leurs avis ne
sont pas demandés pour l’emplacement et le modèle de latrines à construire dans les
établissements.

13
Groupe scolaire YACE AGNIMEL (DABOU). Entretien avec les enseignants

C’est dans une seule école (EPP Kodina 2 à Abengourou) de l’échantillon (20 écoles au total)
que l’avis de certains enseignants a été demandé pour le choix de l’emplacement et du
modèle de latrines à construire. Toutefois, ces latrines ne sont pas fonctionnelles car il n’y a
pas d’électricité et d’adduction d’eau. C’est par rapport à cette réalité qu’un groupe
d’enseignants estime qu’une consultation plus élargie aurait permis de choisir des modèles
de latrines plus adaptés à l’environnement et aux réalités locales. Pour eux, on aurait ainsi
évité de construire des latrines avec chasse d’eau alors que l’école ne dispose pas
d’adduction en eau.

Les enseignants ne savent véritablement pourquoi ils ne sont pas associés à la planification
et à la construction des infrastructures qui leurs sont destinées. D’après eux, les ONG ou les
partenaires qui construisent ces ouvrages interviennent pour combler un manque
d’infrastructures et ne prennent pas la peine de demander l’avis des bénéficiaires car ils ont
des modèles standards en fonction de leur vision.

Les avantages de leur implication dans le processus de planification et de construction des


infrastructures dans les écoles sont de quatre ordres d’après eux:

Choisir des sites appropriés au sein des écoles afin de résoudre les problèmes de
gêne, surtout pour les jeunes filles dans le but d’éviter que les latrines soient en face
des salles de classes ;
Choisir des sites appropriés pour permettre aux enseignants d’avoir un regard sur
l’usage que les uns et les autres font de ces infrastructures ;
La contigüité entre les latrines élèves et enseignants aurait pu être évitée ;
Le choix du modèle de latrine et la nature des matériaux serait fait par les
bénéficiaires en fonction de leur besoin réel. Par exemple l’utilisation de matériel
local pour la toiture aurait permis de réduire la chaleur dans les latrines.

14
Le rôle des directeurs d’écoles

Les gestionnaires d’écoles estiment également ne pas être associés aux activités de
planification et de construction des latrines et points d’eau. En effet, les ONG qui font des
dons arrivent avec des modèles d’ouvrages déjà définis si bien qu’ils ne prennent pas le
temps de demander l’avis des acteurs de l’école. Face au manque d’infrastructures (latrines
et points d’eau) et compte tenu de l’incapacité de l’Etat à financer ces projets, ils acceptent
les propositions des éventuels donateurs même si le type d’ouvrages que proposent ceux-ci
ne rencontre pas leur adhésion. Selon certains directeurs deux raisons peuvent justifier le
comportement des donateurs :

La volonté de réduire les coûts de réalisation en proposant des modèles standards


dans plusieurs écoles ;
L’attitude des donateurs à construire des latrines à leur convenance étant entendue
que le Ministère de l’Education Nationale et les écoles n’ont pas les moyens de
construire ces infrastructures.

Les directeurs souhaitent tout de même être étroitement associés car en tant que premiers
responsables de l’établissement, leur avis peut être bénéfique pour :

La prise en compte des aspirations réelles des enseignants et élèves ;


La réalisation de latrines conformes à l’environnement naturel étant entendue que
dans la majorité des cas ce sont les plus anciens enseignants de l’établissement.

V.1.2. Le rôle des structures d’encadrement et des partenaires de l’école

Le rôle des COGES

Tout comme les directeurs d’écoles, les COGES sont rarement ou pas du tout associés à la
planification et à la construction des latrines et points d’eau dans les écoles. Tout se fait
généralement comme si cette activité ne faisait pas partie de leurs attributions. Les COGES
estiment que la prise en compte de leurs avis dans la planification et la construction des
latrines et points d’eau permettrait d’obtenir les mêmes avantages que ceux évoqués par les
directeurs d’écoles.

Différentes raisons justifient pourquoi les COGES n’arrivent à construire les latrines dans les
écoles :

Insuffisance de ressources financières due à la faiblesse des subventions de l’Etat (qui


subissent quelquefois des coupures sans explications) ;
Réticences des parents à cotiser pour mobiliser des ressources propres à
l’établissement afin de financer les travaux de l’école depuis 1995, année au cours de
laquelle les COGES ont été créés ;
Priorité accordée à la construction de salles de classe.

15
Le rôle des DREN et IEP

Dans les Directions Régionales de l’Education Nationale et les Inspection de l’Enseignement


Primaire, il n’existe aucune procédure d’implantation, de planification et de construction des
latrines et points d’eau. Cela est aussi valable pour les technologies utilisées (choix des
modèles) pour les latrines et points d’eau pour enseignants et élèves. Les DREN et IEP ne
disposent pas de données sur le nombre d’écoles dotées de latrines et points d’eau. C’est à
l’inauguration de ces infrastructures qu’ils sont invités par les donateurs. Ils souhaitent que
les ONG et autres partenaires les informent avant de faire des réalisations dans les écoles.
Cela leur permettrait de créer des fichiers avec des données plus fiables. Cette situation
s’explique, selon certains enquêtés par deux (2) raisons fondamentales :

Les DREN et IEP ne disposent pas de cahier de charges pour la construction ou la


réhabilitation des latrines et points d’eau dans les écoles. La latitude est laissée aux
donateurs de construire des infrastructures selon leurs propres modèles ;
Si les latrines et points d’eau sont importants pour les enseignants et élèves, la
priorité est accordée à la construction des salles de classe, aux tables-banc, aux
logements des enseignants, etc.

Les DREN et IEP estiment que les dysfonctionnements constatés au niveau des constructions
des latrines et points d’eau auraient pu être évités ou atténués s’ils avaient été associés à la
planification et à la construction de ces infrastructures. Cela aurait permis de :

Participer au choix des sites d’implantation de ces infrastructures dans les écoles ;
Donner un avis sur le type de matériel à utiliser et le modèle de latrines et points
d’eau à construire ;
Définir un cahier de charges pour les opérateurs intervenant dans la construction
des latrines et points d’eau.

Il est vrai que dans les DREN et IEP, les CRESAC et les CESAC sont chargés de faire le suivi des
activités extrascolaires qui prennent en compte les latrines et points d’eau.
Malheureusement dans la pratique, cela n’est pas fait. D’après les concernés (CRESAC et
CESAC), deux raisons expliquent cette situation :

Insuffisance de moyens techniques : il n’y a aucun moyen de locomotion pour


effectuer les missions de supervision dans les écoles ;
Insuffisance de personnel dans les DREN et IEP pour couvrir l’ensemble des écoles.

A côté de l’absence de mission de supervision, l’étude a pu constater qu’aucune matrice de


suivi des infrastructures d’hygiène et d’assainissement n’a été développée par les DREN et
IEP. En réalité les inspecteurs ont une fiche de suivi et d’évaluation des établissements et ont
un budget pour visiter les écoles au moins une fois l’année. Malheureusement aucune
mention n’est faite concernant les latrines et autres points d’eau, ce qui nous fait conclure

16
que le problème n’est pas l’absence de moyen mais plutôt une définition des priorités des
gestionnaires de l’école, les DREN et IEP.

Le rôle des Conseils Généraux et Mairies

Il n’existe pas de procédure de planification et de construction spécifiques des latrines et


points d’eau dans les écoles au niveau des conseils généraux et des mairies. Par contre, dans
toutes les régions ces structures allouent, chaque année, un budget pour l’école. Le tableau
donne des indications sur ce sujet :

Tableau n° 1 : Montants alloués par les conseils généraux et mairies à l’éducation

Conseils Généraux Mairies


2008 2009 2010 2008 2009 2010
Abengourou 30 000 000 117 278 000 38 500 000 00 00 21 000 000
Bouaké ND ND ND 00 00 00
Dabou 00 00 00 00 37 000 000 6 500 000
Guiglo 118 000 144 000 000 30 000 000 54 000 000 20 000 000 15 000 000
000
Korhogo 24 000 000 24 000 000 50 000 000 ND ND ND

Toutefois, les réalisations dans ce domaine sont quasiment inexistantes. Quelques raisons
ont été évoquées pour expliquer cette réalité :

Le mode d’intervention des conseils généraux et des mairies qui consiste à attendre
que les COGES des écoles expriment des besoins en latrines et points d’eau avant
d’apporter des réponses appropriées. A titre d’exemple, la construction de latrines
est programmées à l’EPP Prakro (Abengourou) dans le budget triennal 2008-2011 à
la demande de l’école ;

Les latrines et autres points d’eau ne font pas partie des priorités dans les requêtes
formulées à l’endroit des ONG et autres partenaires au développement par les
COGES. Ce sont plutôt les tables bancs, les bâtiments, les documents pédagogiques,
la toiture, etc. qui sont souvent considérés comme prioritaires et demandés par les
COGES.

Les conseils généraux et les mairies pensent que leur implication serait bénéfique pour tous
les acteurs de l’école. Cela permettra de :

Travailler en étroite collaboration avec les DREN et IEP pour disposer des effectifs de
latrines et points d’eau à construire ou à réhabiliter ;
Faire des prévisions budgétaires pour une meilleure planification des interventions
dans les écoles ;
Rechercher des fonds additionnels pour la réalisation de ces infrastructures.

17
Le rôle des communautés

L’implication des communautés dans la planification et la construction des latrines est très
faible. En milieu urbain, les enseignants soutiennent que les communautés ne se mobilisent
pas pour la construction de latrines et points d’eau car elles estiment que cela relève des
prérogatives des COGES. En milieu rural, ils justifient l’attitude des populations par deux
raisons essentielles:

La faiblesse des moyens financiers : les populations rurales vivent, en grande partie,
dans un état de pauvreté si bien qu’elles n’ont pas toujours les moyens de cotiser
pour réaliser ce type d’infrastructure ;

Les habitudes de vie : dans de nombreux villages, les populations ont l’habitude de
déféquer en brousse même lorsqu’elles ont des latrines traditionnelles à la maison.
Dans ces conditions, elles pensent que l’école étant située en milieu rural, les élèves
peuvent adopter les mêmes attitudes.

Par contre, deux exemples de construction de latrines à l’école par les communautés
villageoises méritent d’être signalés : les cas des EPP Attienkro (Bouaké) et Kapélé (Korhogo).

Dans le premier cas, les communautés se sont engagées à construire des latrines
suite à la morsure d’un élève par un serpent. Selon les élèves et enseignants, ce type
d’accident est fréquent étant donné que l’école n’a pas de clôture et que les latrines
font face à la brousse. Malheureusement certains élèves continuent d’aller se
soulager en brousse car les latrines ne sont pas en nombre suffisant et en bon état.

Dans le second cas, l’engagement des communautés à travers le COGES s’est fait
lorsque les élèves ont commencés à déféquer partout autour de l’école.
L’établissement étant situé juste à l’entrée de la ville, cela devenait gênant pour les
habitations voisines.

En définitive, on peut retenir que le processus de planification, de construction des latrines


et points d’eau en milieu scolaire implique très peu les acteurs de l’école. En effet, les
résultats des entretiens réalisés avec les directeurs, les enseignants, les élèves et les COGES
montrent clairement que leurs points de vue ne sont pas pris en compte dans la construction
des infrastructures au sein des écoles. Ils estiment tous que leur implication dans le
processus aurait permis une meilleure mobilisation autour de ces infrastructures en
construisant des latrines adaptés aux besoins des bénéficiaires et qui tiennent compte à
l’environnement du milieu.

On note également une faible implication des conseils généraux et mairies dans la
planifications et la construction des latrines en milieu scolaire alors qu’une plate forme de
collaboration avec les DREN et IEP aurait permis aux écoles de bénéficier de plus
d’investissement au niveau des latrines.

18
Sur la base des informations contenues dans ce chapitre, on peut retenir deux messages
essentiels :

1. Les usagers ne sont pas impliqués dans le processus de planification et de


construction des latrines en dépit des avantages que cela pourrait apporter en terme
de conception plus appropriée;
2. La planification et la construction de latrines ne font pas partie des priorités des
acteurs de l’école (Communautés, COGES, Directeurs, IEP et DREN) malgré
l’importance que ces infrastructures ont dans l’environnement scolaire.

V.2. UTILISATION DES INFRASTRUCTURES

Les élèves, les enseignants et les directeurs sont les principaux utilisateurs des latrines et des
points d’eau dans les écoles, et pour assurer que les constructions/réhabilitation des
structures d’assainissement et de point d’eau sont adaptées aux besoins des usagers, il est
nécessaire de connaître leurs habitudes et besoins.

V.2.1. Au niveau des acteurs de l’école

Au niveau des élèves

Le comportement des élèves en matière d’usage des latrines varie en fonction de la


disponibilité et surtout de la fonctionnalité des infrastructures dans les écoles. La
fréquentation des autres « lieux d’aisance » à la place des latrines des écoles par la grande
majorité des élèves s’explique par l’état de dégradation des infrastructures.

Que l’on soit dans le Sud, le Centre, l’Est, l’Ouest ou le Nord du pays, le mauvais état des
latrines est une réalité implacable et justifie le comportement des élèves.

On observe des différences au niveau des domiciles des élèves ; dans les régions du nord et
de l’ouest, les enfants utilisent beaucoup plus les latrines traditionnelles modernes, et dans
les régions du sud, du centre et de l’est les élèves utilisent généralement des WC modernes
à la maison. Pour les élèves, l’usage des infrastructures à la maison est motivé par la
propreté des lieux, l’hygiène et l’entretien que font les parents et la famille de ces lieux
d’aisance.

Aussi, il existe une petite différence au niveau de la manière de se nettoyer des élèves dans
le nord et le sud du pays. Au nord les élèves utilisent généralement les feuilles de cahier ou
de plante sur l’ensemble du territoire, certains élèves du nord préfèrent utiliser l’eau à
travers la bouilloire, appelée en langue locale « seridaga », surtout dans les écoles où il y a
des puits.

19
EPP KAPELE(Korhogo) : Bouilloire de l’école permettant de recueillir l’eau pour l’usage des latrines

En gros il y a trois différents types de problèmes ce qui explique pourquoi les élèves
n’utilisent pas les latrines dans l’école.

1) Dégradation des structures.

Fosses pleines : usage abusif des latrines par les élèves et quelquefois par les
communautés environnantes. De même, incapacité de l’école à vider la fosse,
faute de moyens financiers ;

Odeurs nauséabondes : absence d’entretien et mauvaise utilisation des


latrines provoque des odeurs difficilement supportables par les élèves ;

Présence d’excréta autour du trou ;

Usage commun de latrines : le fait d’utiliser les mêmes latrines par les élèves
et les enseignants provoque des désagréments pour les différents

2) Insécurité, manque d’intimité

Lieux d’emplacement des latrines : le fait de construire les latrines à côté ou


en face des classes est gênant pour les élèves et surtout pour les filles ;
Portes cassées ou absence de portes : pas de protection, risque d’agression et
absence d’intimité ;
Absence de mur de séparation : gêne des élèves, surtout des filles ;
spécifiquement en période de menstrues;
Absence de lumière : l’obscurité consécutive à la broussaille ou à l’absence de
lumière augment l’insécurité dans les latrines.

20
Usage commun des latrines : le fait d’utiliser les mêmes latrines par les élèves
et les enseignants provoque des désagréments pour les différents
bénéficiaires de ces ouvrages, surtout les jeunes filles ;
Broussailles autour des latrines : peur d’approcher ces lieux car la broussaille
favorise la présence de reptiles et autres insectes ;
Présence de bêtes ou d’asticots : les reptiles et toutes sortes d’insectes se
retrouvent dans les alentours des latrines ;

3) L’accessibilité

Latrines fermées par les enseignants: les fermetures sont dues à la saleté des
latrines consécutive au manque d’entretien, au manque d’eau ou encore
pour éviter que les communautés environnantes utilisent ces infrastructures.
Attente devant les latrines : l’insuffisance des latrines provoque des attentes
devant les latrines surtout pendant la récréation ;

EPP ZOUAN (GUIGLO) : Présence de broussailles et latrines dégradées

On peut noter une différence d’usage entre les filles et les garçons. En effet, les filles vont
plus en brousse que les garçons à cause du manque de propreté et du manque d’intimité.
Les petits enfants défèquent autour des latrines par peur des reptiles de la brousse. Les
grandes filles sont plus portées sur l’intimité contrairement aux garçons. Les grands élèves
(filles et garçons) ont peur du risque de maladie quant à l’utilisation des latrines à l’école. Les
grandes filles (quelquefois) ne viennent pas à l’école lors des règles ; certaines vont se
changer à la maison.

L’insuffisance ou l’absence de latrines fonctionnelles a des conséquences importantes selon


les élèves. Ces conséquences peuvent se résumer en trois (3) éléments spécifiques :

Manque de concentration en classe : pour les élèves, l’odeur des latrines fait qu’il
est difficile de rester en classe à partir de 11 heures, c’est-à-dire, lorsqu’il
commence à faire chaud. Ils dissent que cela provoque des maux de tête ;

21
Abandon de classes : les jeunes filles le font le plus souvent en période de
menstrues et les plus petits, à cause des moqueries de leurs camarades après avoir
déféqués dans leur tenue faute de latrines en bon état en en nombre suffisant dans
l’école.

Risque de se faire piquer par des serpents car on en voit dans la broussaille autour
des latrines ;

Il y a de nombreux avantages à impliquer les élèves dans la planification des structures. En


effet, la dégradation des structures, le manque de sécurité et d’accessibilité ne permet pas
aux élèves d’utiliser les latrines de façon appropriée et cela aggrave les problèmes
d’entretien.

Au niveau des enseignants

Les enseignants sont à la fois les utilisateurs des latrines et aussi responsables des enfants
pendant les heures scolaires. Il est donc nécessaire qu’ils soient impliqués dans le processus
de la planification de nouvelles constructions ou de la réhabilitation des structures
existantes, étant donné que c’est à eux qu’il revient d’assurer l’entretien de ces structures
en permanence.

Le comportement des enseignants visant à ne pas utiliser les latrines se justifient par des
raisons similaires évoquées par les élèves. Souvent les enseignants n’utilisent pas les latrines
compte tenu de l’état de dégradation avancée des latrines et donc ils trouvent des autres
solutions que d’utiliser les latrines dans l’école. Les raisons causent une conséquence
importante : l’abandon de classe par les enseignants, à cause des raisons suivantes :

Plusieurs enseignants expliquent que les odeurs provoquent des maux de tête, des
rhumes etc., et certains enseignants dissent qu’ils ont déjà eu des maladies liées à
l’usage des latrines et points d’eau non entretenus au sein des écoles.

Etant donné que les écoles n’ont pas de clôture, les reptiles se retrouvent souvent
dans les latrines des écoles et la probabilité de se faire piquer par un serpent est
grande compte tenu de la broussaille qu’il y a autour des latrines.

Les directeurs d’écoles reconnaissent que beaucoup d’enseignants abandonnent


souvent leur classe. Généralement la demande de permission est accordée pour une
heure ou une heure trente tout au plus. Cependant, le constat qui est fait est que,
une fois à la maison, des enseignants ne reviennent à l’école que le jour suivant, ce
qui perturbe la tenue de classe ;

Les agressions physiques et sexuelles contre les élèves qui vont se soulager en
brousse.

22
Ainsi, les problèmes présentés ont des conséquences directes sur la qualité de l’éducation.
Les principaux avantages qu’il y a à assurer l’accès à l’eau et aux structures d’assainissement
sont :

Garantir la présence d’enseignant pendant toute la journée de classe, car souvent les
enseignants rentrent à la maison ou utilisent les latrines des collègues qui habitent
non loin de l’école ;

Eviter que les enseignants confisquent des latrines destinées aux élèves pour eux-
mêmes ou leurs familles quand les domiciles qui leurs sont affectés n’en disposent
pas ;
Augmenter la sécurité des enseignants, et aussi des élèves puisque les enseignants
ne quitter pas l’école et donc les enfants sans surveillance. Diminuer également le
risque des morsures de serpents, scorpions etc. si les enseignants ont des latrines,
car ceux qui vivent loin de école se soulager dans la broussaille.

Au niveau des directeurs d’écoles

Selon les directeurs d’écoles, les latrines et autres points d’eau sont strictement réservés aux
élèves et aux enseignants des écoles. Cependant, les communautés environnantes ne
respectent pas ces prescriptions et utilisent frauduleusement ces infrastructures. Cette
pratique se développe beaucoup plus facilement étant donné que la majorité des écoles n’a
pas de gardien et aucune d’entre elles n’est clôturée.

A titre d’exemple, à l’EPP BAD AGNI d’Abengourou, les communautés ont détruit les cadenas
pour avoir accès aux latrines et les robinets des points d’eau ont été emportés. Les grilles de
protection installées par la direction ont été également endommagées. Cette pratique se fait
généralement la nuit ou les jours où il n’y a pas de cours.

En plus de cela, pour certains directeurs des écoles du nord de la Côte d’Ivoire, les facteurs
culturels sont peuvent être à l’origine de la non utilisation des latrines par les élèves. En
effet, selon un adage très répandu dans le nord, « un trou ne doit pas regarder un autre
trou ». Cela explique pourquoi de nombreux élèves continuent de se soulager en brousse.

Au niveau des COGES

Concernant les responsables des COGES, ils estiment que la mauvaise utilisation des latrines
par les élèves est l’une des raisons du mauvais état dans lequel se trouvent ces
infrastructures. Pour eux, les latrines sont sales tout comme l’environnement général de la
plupart des écoles. Les COGES se plaignent également de l’utilisation frauduleuse des
latrines et points d’eau des écoles par les populations environnantes.

23
Au total, l’utilisation des latrines dans les écoles par les élèves pose problème pour trois
raisons principales : dégradation des structures, insécurité et le manque d’intimité et enfin
les difficultés d’accès. De nombreux élèves continuent à se soulager dans la brousse,
derrière les classes ou à côté des fosses en dépit des conseils qui leurs sont donnés par les
enseignants et les directeurs d’écoles et des dangers auxquels ils s’exposent en se rendant
en brousse.

Les élèves, les plus petits, font cas de la peur du trou tandis que les plus grands mettent
l’accent sur les odeurs nauséabondes, la présence des excréta autour de la fosse, de la
broussaille autour des latrines, de la présence de reptiles dans les environs des latrines, de
l’absence de toiture sur les latrines, de portes cassées, etc.

Quant aux enseignants, ils n’utilisent pas ces latrines pour les mêmes raisons évoquées
précédemment. C’est pourquoi ils souhaitent que les conditions d’hygiène soient améliorées
pour réduire les risques de maladies et garantir aux élèves et enseignants un environnement
de travail sain.

Deux messages essentiels peuvent être tirés de ce chapitre portant sur l’utilisation des
latrines:

1. Les systèmes de gestion et d’entretien des latrines développés en milieu scolaire ne


permettent pas encore de régler la question de l’hygiène étant entendu que les
latrines et les points d’eau sont dans un état de dégradation avancée ;

2. L’hygiène ne semble pas être une priorité pour les gestionnaires de l’école (DREN,
IEP) étant entendu qu’il n’y a aucun indicateur permettant d’évaluer l’environnement
scolaire sur la fiche de visite des inspecteurs.

24
V.3. GESTION ET ENTRETIEN DES INFRASTRUCTURES

V.3.1. Caractéristiques des latrines en milieu scolaire

La majorité des latrines présentes dans les écoles sont de type traditionnel et sont sales,
faute d’entretien approprié. On rencontre également quelques latrines réhabilitées où
malheureusement la propreté laisse souvent à désirer. Dans certaines écoles, il existe une
stratégie d’organisation pour l’entretien des infrastructures. Toutefois, ces modèles
d’organisation n’ont toujours pas réussi à maintenir les latrines et les points d’eau des écoles
dans un état de propreté.

Tableau n°2: Type et état des latrines en milieu scolaire

Type Traditionnelle Améliorée WC Modernes


(fosse sèche) Turc Chaise
Région Propre Sale Propre Sale Propre Sale Propre Sale
Abengourou 2 1
Dabou 1 1 1
Bouaké 1 2
Guiglo 2 1
Korhogo 1 1 1
Total 1 5 5 2 1 0 1

Rare sont les écoles qui disposent de WC modernes. Là où ces infrastructures existent, il se
pose un problème d’entretien car quel que soit le type de latrine, (Turc ou Chaise), le
manque d’entretien est nettement perceptible. Même les latrines améliorées (fosse sèche)
qualifiées de propres ne le sont pas dans la réalité. En effet, il y a souvent des excréta autour
des fosses avec des mauvaises odeurs. C’est pour cette raison que les enseignants ne les
utilisent pas et que de nombreux élèves continuent de se rendre en brousse pour se
soulager.

Tableau n°3: Problèmes récurrents au niveau des latrines en milieu scolaire

Région Portes Dalles Toitures Broussailles


défaillantes Cassées enlevées
Abengourou 1 1
Dabou 2 1 2 2
Bouaké 1 1 1 1
Guiglo 1 1 3
Korhogo 1 1 1
Total 6 3 4 8

25
Selon les élèves et les enseignants, les principaux problèmes constatés au niveau des
latrines sont la broussaille que entour les latrines, les portes défaillantes, les toitures
enlevées et les dalles cassées. De façon générale, tous les enquêtés affirment que les latrines
sont sales et ne donnent pas l’occasion aux bénéficiaires de les utiliser régulièrement.

Cependant, pourquoi en dépit des efforts consentis par le Ministère de l’Education Nationale
et des partenaires au développement, les latrines sont toujours sales ? Sur cette question,
l’unanimité est de mise sur le fait qu’il y a une insuffisance de latrines au sein des écoles, si
bien que les efforts de nettoyage ne donnent pas les résultats escomptés. Dans certaines
écoles, il y a deux (2) cabines fonctionnelles pour 300 enfants, ce qui est nettement
insuffisant. En dehors de cet aspect, les points de vue sont partagés entre élèves,
enseignants et directeurs d’écoles.

V.3.2. Le point de vue des acteurs de l’école

Point de vue des élèves

Les élèves estiment que les latrines sont sales parce qu’il n’y a pas d’entretien. Pour les
enfants, personnes ne s’occupe vraiment de cette question, même les Clubs Scolaires
d’Hygiène et Santé, chargé d’organiser le nettoyage de l’environnement scolaire ne dispose
pas du matériel nécessaire pour mener leurs activités.

Toujours selon les élèves, la saleté des toilettes est également liée au comportement de
certains élèves qui font caca autour des latrines en faisant le contraire des conseils que les
enseignants et les directeurs d’écoles ont déjà donnés.

EPP BAD AGNI (ABENGOUROU) : Dessin de l’école actuelle et de l’école de rêve par des filles

Les élèves n’ont pas fait que dénoncer le mauvais état des latrines. Bien au contraire, ils ont
énumérer diverses solutions pour avoir des latrines propres dans les écoles. Selon eux, il
faut :

26
Laver les latrines régulièrement et les protéger en construisant une clôture ;
Construire d’autres latrines pour accroître le nombre ;
Changer les portes, la toiture ;
Enlever la broussaille autour des latrines pour éloigner les reptiles et les ordures ;
Mettre des WC modernes avec chasse d’eau et papier hygiénique ;
Installer des lavabos avec du savon pour se laver les mains après avoir fait caca ;
Mettre de l’eau de javel et tout le matériel pour le nettoyage ;
Mettre la lumière dans les latrines pour plus de sécurité ;
Mettre des peintures en tenant compte des couleurs des enfants.

Les élèves ont fait également des suggestions concernant l’entretien et le fonctionnement
des points d’eau. Pour eux, il est important de :

Construire les points d’eau à l’intérieur des écoles ;


Mettre les clés (robinets) pour que les points d’eau fonctionnent ;
Prévoir des gobelets (récipient) pour que les élèves boivent dans de bonnes
conditions ;
Nettoyer les alentours des points d’eau (flaques d’eau et broussaille) ;
Demander à chaque élève de venir avec son gobelet (récipient).

L’essentiel des suggestions des élèves porte sur ce qu’il faut pour avoir des latrines et des
points d’eau propres. Cependant, pour ce qui est de la manière pour y arriver, c’est-à-dire,
les stratégies de nettoyage ou d’entretien à initier, il n’y a pas de véritables propositions
venant de ceux-ci.

Point de vue des enseignants

Pour les enseignants, c’est surtout le mauvais comportement des élèves qui justifie la saleté
des latrines dans les écoles. Malgré les cours dispensés sur l’hygiène et les conseils qui leurs
sont donnés, les élèves continuent de déféquer dans les endroits non appropriés. En dehors
de ce qui constitue pour les enseignants la principales cause de l’insalubrité des latrines, ils
identifient des raisons secondaires qui sont essentiellement :

L’absence d’un système fiable de gestion et d’entretien ; Dans beaucoup


d’établissement, les latrines sont nettoyées les mardis et vendredis après-midi.
Compte tenu du nombre d’utilisateurs, certains enseignants pensent qu’il aurait été
judicieux de les nettoyer tous les jours de classe avec du matériel approprié.

Selon certains enseignants, quatre facteurs expliquent pourquoi le nettoyage ne se fait


pas tous les jours :

 Le programme scolaire qui laisse peu de temps aux activités de nettoyage ;


 La réticence de certains parents d’élèves qui estiment que le temps d’étude est
réduit au profit des activités de nettoyage;

27
 L’insuffisance du matériel d’entretien et de nettoyage ;
 Le manque d’eau dans la plusieurs écoles.

L’absence de clôture des écoles et des latrines ; Aucune école ne dispose de clôture
à telle enseigne qu’il n’y a pas de mesure de sécurité. Dans plusieurs écoles, les
populations environnantes utilisent frauduleusement les latrines en cassant les
portes et autres cadenas posés pour mieux gérer ces ouvrages.
La sensibilisation théorique des élèves ; Les cours sur l’hygiène et les actions de
sensibilisation restent totalement théoriques faute de matériels de travail adéquat.
Même les prospectus sur l’hygiène ne sont pas disponibles dans certaines écoles.
Le fait de confier le nettoyage aux élèves ; S’il y a une question qui divise les
enseignants, c’est bien le fait de confier l’entretien des latrines aux élèves. Pour
certains enseignants, les enfants ne doivent pas être commis à cette tâche car ils
n’ont ni la formation, ni les capacités. C’est pourquoi les latrines ne sont pas bien
entretenues.
Le manque d’eau dans les écoles. Nettoyer les latrines commande que disposer de
l’eau en permanence, alors nombreuses sont les écoles qui n’ont pas d’adduction en
eau et sont obligés d’aller en chercher à la pompe du village, au marigot ou encore
au puits du village.
Le non prise en compte des activités extrascolaires dans les tournées d’inspection
des IEP. Lors des visites de l’Inspecteur dans les écoles, l’accent est essentiellement
mis sur les aspects pédagogiques. Jamais, il n’est fait cas des conditions d’hygiène
dans lesquelles les enseignements sont dispensés. Même sur la fiche de supervision
de l’inspecteur (voir annexe n°) il n’y a aucune mention faite sur les latrines et les
points d’eau si bien que beaucoup d’enseignants et de directeurs considèrent cela
comme une activité qui n’a aucune influence sur leur plan de carrière.

EPP TOUPAH (DABOU) : Toiture décoiffée et absence de mur de séparation entre les latrines et les salles de
classe

28
 Point de vue des Directeurs d’écoles

Si les gestionnaires des écoles partagent les raisons évoquées par les enseignants pour
expliquer la saleté des latrines, ils ajoutent cependant deux autres raisons :

L’insuffisance de moyens matériel et financier ; Tous les directeurs soutiennent que


les écoles n’ont pas les moyens de faire face aux charges liées à l’entretien des
latrines.. Dans quelques écoles où il existe des coopératives qui fonctionnent, les
activités suivantes sont menées : vente de fagot, vente de pépinière, gestion du
marché de l’école, etc.). Malheureusement l’argent généré ne suffit pour entretenir
convenablement ces lieux. Par exemple, à l’EPP ANGOUAKRO (Abengourou), la
coopérative recueille 100 F CFA/jour avec les quatre vendeuses de l’école.

La faible implication de nombreux enseignants dans la supervision. Beaucoup


d’enseignants ne jouent plus leur rôle d’encadreur et de superviseur du travail
effectué par les élèves. Même pendant la semaine d’astreinte, il est fréquent que
l’encadrement des élèves ne soit pas effectif. Il y a des enseignants qui évoquent le
manque d’intéressement alors que d’autres font cas du manque de temps.

V.3.3. Systèmes de gestion des latrines

Dans toutes les écoles où existent des latrines, il y a un seul système de gestion : l’utilisation
des élèves à travers les Clubs Scolaire dans un système de rotation par classe ou par sexe en
tenant compte des niveaux d’étude. Les travaux de nettoyage sont supervisés
théoriquement par des enseignants eux-mêmes en rotation par semaine. Aucune école ne
met l’accent sur les enfants punis, les vigiles ou les communautés pour gérer les latrines. Le
système peut se décliner en deux différents axes stratégiques qui sont présentés plus bas.
Ces deux axes stratégiques se font sous la supervision des enseignants dans un système de
rotation par semaine.

29
Tableau n° 4: Nature des personnes et structures impliquées dans l’entretien des latrines

Enseignants
Club
Enfants Enfants en en rotation Commu
Localité Nom de l'école Vigile scolaire
punis rotation pour la nauté
fonctionnel
supervision
BAD Agni
Angouakro X
Abengourou
Aniasué III X X
Kodina II X
Yacé Agnimel X X X
Toupah X X
Dabou
Agnébi X X X
Wrod
Kouassiblékro X X
Liberté X X X
Bouaké
Attienkro X X
Bindékouassikro
Kati X X X
Seya Yoro X X
Guiglo
Zouan 1
Mona X X X
Klokakaha X X
Nanguin X X
Korhogo
Kapélé X X X
Waraniéné

Stratégie axée sur la répartition du travail par sexe

Elle consiste à confier des tâches spécifiques aux filles et aux garçons. Les écoles qui
adoptent cette approche demandent aux filles de se charger du balayage de la cours de
l’école et de l’approvisionnement en eau.

Les garçons sont chargés du ramassage et du lavage des latrines et autres points d’eau (EPP
Attienkro, Bouaké). Généralement le balayage et le ramassage se font tous les jours de
classe et le lavage des latrines les mardis et vendredis soir.

30
EPP YACE AGNIMEL (DABOU) : Regroupement d’élèves avant les entretiens

Par contre dans d’autres écoles, les filles se chargent de laver les latrines réservées aux filles
tandis que les garçons font de même pour leurs latrines (EPP Kapélé, Korhogo). Selon le
CESAC, cette approche permet de créer une saine concurrence entre les filles et les garçons
et fait de l’entretien de ces lieux un jeu pour les élèves. Ce point de vue est partagé par de
nombreux élèves qui approuvent l’aspect ludique qui est assimilé à l’entretien et à la gestion
des latrines.

Avantages

Selon les enseignants, l’avantage est de permettre à tous les élèves du CE1 au CM2 de
participer à l’entretien des infrastructures de l’école, sans Exclure aucun sexe des deux
sexes. Les filles se chargent de chercher l’eau et les garçons nettoient les latrines ou vice
versa, selon les écoles. Tous les élèves participent aux activités qui sont coordonnées par le
club scolaire d’hygiène et de santé.

Cela a aussi pour avantage de permettre aux enfants de participer à l’entretien des
infrastructures, à les amener à adopter de bons comportements, à leur apprendre
l’importance de la propreté et en définitive à leur donner les connaissances pour mieux vivre
en société.

Inconvénients

Le processus de répartition sexuée des tâches ne permet pas à tous les élèves de maitriser le
nettoyage des latrines étant entendu que certains élèves ne font que approvisionner l’école
en eau. De même, certains élèves affirment qu’ils sont l’objet de moquerie de la part des
autres car ils ne font que nettoyer les latrines de l’école.

Stratégie axée sur la répartition du travail par classe

Chaque classe est chargée de la propreté de l’établissement par semaine et l’enseignant de


semaine est chargé de suivre le travail effectué par les élèves. C’est ce qui se fait à l’EPP Kati,
dans l’ouest de la Côte d’Ivoire.

31
Encadré n°1 : EPP KATI : un système de gestion des latrines par classe à partager

Situé dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, précisément dans la DREN de Guiglo, l’école dispose de
latrine réhabilitée par l’ONG Solidarités. Le système de gestion mis en place par le directeur et
ses collègues fonctionne de la manière suivante :

 Une classe est chargée de faire l’entretien deux fois par semaine : les mardi soir et les
vendredi soir ;
 Le « semainier », c’est-à-dire, l’enseignant de permanence est chargé de suivre le
travail :
 Le Club Scolaire d’Hygiène et Santé suit et participe à la réalisation des activités ;
 Le matériel d’entretien mis à disposition par l’ONG est utilisé rationnellement :
 Le Club Scolaire d’Hygiène et Santé travaille en collaboration avec la coopérative (vente
de bois) pour l’entretien et l’achat de matériel.

Selon certains enseignants, si l’implication des élèves a pour avantage de les former aux
tâches domestiques et à faciliter leur intégration sociale, elle présente aussi des risques
compte tenu de la faiblesse de formation à l’hygiène, à l’insuffisance de matériel de travail et
l’usage de produits chimiques.

Avantages

Il s’agit de mettre les classes en compétition et de féliciter celle qui aurait maintenu les
latrines dans un bon état pendant « sa » semaine de permanence. Les enseignants affirment
que si ce système fonctionne bien, il peut donner de meilleurs résultats.

Inconvénients

Selon certains directeurs, il n’est pas toujours facile de mobiliser une classe pour ce type
d’activité car il y a des enseignants, surtout ceux qui ont des classes d’examen, qui font des
difficultés pour libérer les élèves pour le nettoyage des latrines prétextant qu’ils sont en
train de faire des exercices.

Stratégie axée sur la responsabilisation des enseignants

Cette approche vise à impliquer davantage les enseignants dans l’amélioration de leur cadre
de travail. Ainsi sont-ils responsabiliser pour veiller à la propreté d’une partie de l’école.
C’est le cas de l’EPP Kodina, dans l’est de la Côte d’Ivoire.

32
Encadré n°2: EPP KODINA : un exemple de responsabilisation des enseignants pour la
Propreté de l’école et des latrines

Située dans la région du moyen Comoé, l’EPP KODINA est sur l’axe Abengourou-Akoupé. Afin
de garantir la propreté des locaux, chaque enseignants a été sensibilisé et responsabilisé pour
le maintien de la propreté :

 Chaque enseignant est responsable d’une portion de la cour qu’il doit entretenir
(devant et derrière la classe) de sorte à couvrir toute l’école ;
 Après les cours, tous les élèves ramassent les papiers de la cour de l’école avant de
rentrer à la maison ;
 Présence de poubelle dans chaque classe, d’un sceau d’eau ainsi que d’une armoire
pour ranger le matériel de travail ;
 Il est prévu le nettoyage des latrines par classe et par semaine sous la supervision du
maître de semaine

Avantages

Le fait de responsabiliser les enseignants permet à chacun de s’engager à nettoyer la


devanture de sa classe et à maintenir cet espace en très bon état. Cela permettra également
de suivre l’entretien et le nettoyage régulier des latrines grâce au suivi qui sera fait par le
« semainier ».

Inconvénients

Le problème ici est certains enseignants ne respecte pas cet engagement si bien que la cours
de l’école présente quelques fois deux visages. Certains endroits sont propres alors que
d’autres ne le sont pas.

V.3.4. Sources de financement des écoles

Diverses sources de financement sont utilisées pour entretenir l’environnement des écoles, y
compris les latrines. Cependant la principale reste la subvention accordée par l’Etat à
certaines écoles à travers les Comités de Gestion, communément appelés COGES.
Cependant, des dysfonctionnements existent dans la gestion de ces fonds si bien que
plusieurs écoles ne reçoivent pas ce qui leur revient de droit.

Coupure dans les fonds alloués aux COGES

Pour une école de six classes, cette subvention est de 600. 000 FCFA/an. Quant aux groupes
scolaires, cette somme est multipliée par le nombre d’écoles au sein du groupe. Ce qui
donne 1.200.000 pour deux écoles et 1.800.000 pour trois écoles, etc.

33
Dans la pratique, les COGES expliquent que les budgets qu’ils reçoivent ne correspondent
pas aux montants prévus par le Ministère de l’éducation nationale, ce qui réduit
significativement la capacité des écoles à faire face à leurs besoins. Les tableaux suivants
présentent la situation des fonds alloués aux écoles de l’échantillon pendant les trois
dernières années avec en rouge les cas de dysfonctionnement.

Tableau n°5 : Montants alloués aux COGES

COGES DABOU
2007-2008 2008-2009 2009-2010
EPP AGNIMEL ND ND ND
EPP TOUPAH 600 000 600 000 600 000
EPP WROD 600 000 600 000 600 000
EPP AGNEBY 500 000 500 000 500 000

COGES ABENGOUROU
2007-2008 2008-2009 2009-2010
EPP BAD AGNIKRO ND 600 000 600 000
EPP ANGOUAKRO 600 000 600 000 600 000
EPP KODINA 450 000 450 000 450 000
EPP ANIASUE 170 000 305 000 290 000

COGES GUIGLO
2007-2008 2008-2009 2009-2010
EPP SEYA YORO 600 000 400 000 400 000
EPP KATI 540 000 240 000 240 000
EPP ZOUAN 2 350 000 350 000 350 000
EPP MONAN Pas De Subvention Pas De Subvention Pas De Subventions

COGES KORHOGO
2007-2008 2008-2009 2009-2010
GS WARANINIE 1 000 000 1 000 000 1 000 000
(2 écoles)
EPP KLOKAKAHA 500 000 500 000 500 000
EPP NANGUIN Pas De Subvention Pas De Subvention Pas De Subvention
EPP KAPELE 500 000 500 000 500 000

COGES BOUAKE
2007-2008 2008-2009 2009-2010
GS EPP LIBERTE 1 000 000 1 000 000 1 000 000
(2 écoles)
GS BENDEKOUASSIKRO 1 200 000 1 2000 000 1 200 000
(2 écoles)
EPP KOUASSIBLEKRO 600 000 600 000 600 000
EPP ATTIENKRO 400 000 400 000 400 0

34
Les montants alloués aux écoles varient d’une année à une autre sans aucune explication.
Selon les responsables de COGES, les différentes requêtes formulées auprès des Inspecteurs
et Directeurs Régionaux sont restées jusqu’à ce jour sans réponse. Ils ne savent pas à quel
niveau les ponctions sont faites, mais la réalité est que ces fonds sont détournés et ne
parviennent pas en totalité à leurs véritables destinataires dans diverses écoles.

Il n’y a pas de clé de répartition des budgets alloués aux COGES. Chaque école utilise les
fonds en fonction de ses priorités. Selon les COGES, les dépenses prioritaires à faire au sein
de l’école portent sur l’achat et la réfection des tables bancs, l’achat des cahiers-maîtres, la
construction des logements de maîtres, la réfection des tableaux, etc.

Les latrines, une priorité pour les COGES ?

A la lumière des investissements réalisés par les Comités de Gestion, il faut reconnaitre que
les latrines ne font pas partie de leurs priorités. Dans ces structures, il n’y a pas de clé de
répartition des ressources si bien qu’on ne peut pas savoir le pourcentage des montants
destiné à telle activité ou à telle autre. Selon les responsables, c’est en fonction des
exigences du moment que les décisions d’affectation de ressources sont faites.

Tous les responsables de COGES rencontrés reconnaissent que pour le moment la priorité
dans les écoles se trouve au niveau des tables bancs, des bâtiments, de l’électrification, des
logements de maîtres, des documents pédagogiques, de réfection des plafonds, de la
construction de classe, etc. Même dans les écoles où toute la subvention est donnée, soit il
n’y a pas de latrines ou celles qui existent sont dans un état déplorable, ce qui indique
clairement que l’entretien et la gestion des latrines n’est pas seulement une question de
moyens financiers.

Les autres moyens de mobilisation des ressources

En dehors de cette subvention de l’Etat, les écoles ont également recours aux levées de
cotisations, aux revenus tirés des activités coopératives, aux initiatives communautaires et
aux divers dons de particuliers, d’ONG et de partenaires au développement.

La levée de cotisation ;

Dans les écoles qui ne bénéficient pas de subventions financières de l’Etat à travers les
COGES, des cotisations sont faites par les parents d’élèves pour faire face aux besoins des
écoles et permettre aux enseignants et élèves de travailler dans de bonnes conditions.

Les activités des coopératives ;

Les coopératives scolaires participent à la mobilisation des ressources pour le


renouvellement des outils et produits d’entretien des écoles. Dans certaines localités, elles
collectent et gèrent les taxes prélevées sur les marchés de l’école à raison de 25 FCFA/jour

35
(EPP Angouakro, Abengourou), la vente de fagot (EPP Kati, Guiglo) ou de pépinières de cacao
(EPP Aniassué, Abengourou).

Les initiatives communautaires ;

Compte tenu du manque ou de la faiblesse des moyens financiers dont disposent les écoles,
certaines communautés s’organisent pour développer des Activités Génératrices de Revenus
(AGR) afin de subvenir aux besoins des écoles. A titre d’exemple, un champ d’hévéas et un
autre de riz ont été créés par les communautés pour aider l’EPP MONA dans l’ouest de la
Côte d’Ivoire (Guiglo).

Encadré n°3: EPP MONA : La dynamique communautaire au service de l’école

Créée depuis 1960, cette école ne bénéficie pas des subventions COGES. Les
dossiers déposés depuis plus de 2 années n’ont pas encore reçus une suite
favorable. L’école, tout comme le village n’est pas électrifiée. Les latrines qui
existent sont en mauvais état mais « réquisitionnés » par les enseignants car leurs
domiciles n’en disposent pas. Cependant les populations mènent diverses activités
pour soutenir l’école et améliorer l’environnement de ses acteurs.

 Levée de cotisation auprès des parents : 250 Frs/enfant (ce qui a permis de
collecter 215 000 FCFA en 2010);
 Création d’un champ d’hévéa pour subvenir aux besoins de l’école ;
 Création d’un champ de riz ;
 Achat de bois par la communauté et confection des tables bancs par un
enseignant.

Les dons divers.

Des cadres, des personnes de bonnes volontés, des partenaires au développement et des
ONG font occasionnellement des dons matériels et financiers aux écoles.

Certains enseignants pensent que pour trouver une solution au mauvais état des latrines
dans les écoles, il est nécessaire d’instaurer le principe d’une cotisation mensuelle variant
entre 500 F CFA et 1000 F CFA. Cette somme serait gérée par le responsable de
l’environnement et devrait servir concevoir et entretenir des latrines modernes pour les
enseignants.
Selon ces mêmes enseignants, la meilleure façon de mobiliser les ressources pour construire
et entretenir les latrines en milieu scolaire serait de lever des cotisations de 100 FCFA par
enfant et par mois pour constituer un fonds spécial pour l’entretien de l’environnement
scolaire.

36
Toutefois, il y a lieu de signaler que les syndicats ont catégoriquement rejetée l’idée de
cotisation des enseignants car ils estiment que les IEP ont suffisamment de moyens qui
devraient permettre de bien entretenir les latrines et autres points d’eau dans les écoles.
Pour les directeurs d’écoles et les responsables des COGES, il est nécessaire de rechercher
d’autres sources de financement compte tenu de la faiblesse des subventions que l’Etat
accorde à certaines écoles.

Il faut retenir que dans toutes les écoles, le système de gestion et d’entretien des latrines est
fondé sur l’utilisation des élèves à travers deux stratégies : la répartition du travail par sexe
et la répartition du travail par classe sous la supervision des enseignants. Le constat qui se
dégage est que ce système d’entretien ne donne pas encore des résultats encourageants
parce que les latrines sont toujours sales.

Plusieurs raisons ont été évoquées par les élèves, les enseignants et les directeurs pour
justifier l’état de saleté dans lequel se trouvent ces infrastructures. La faible mobilisation des
ressources financières par les écoles et les coupures observées dans les allocations des
COGES ont été aussi mentionnées comme facteurs explicatifs de l’insuffisance des moyens
dont disposent les écoles pour entretenir l’environnement.

Cependant, le constat qui se dégage est que le problème de la gestion et de l’entretien des
latrines en milieu scolaire est beaucoup plus une question de priorité au niveau des
gestionnaires de l’école. En effet, si cela avait été le cas, l’insuffisance de moyens financiers
et la responsabilisation des acteurs de l’école auraient trouvé une solution.

De ce qui précède, on peut retenir les deux messages suivants :

1. Les cours dispensés sur l’hygiène et le lavage des mains restent théoriques et n’ont pas de
véritable impact sur le comportement des élèves ;

2. L’absence d’un dispositif adapté pour l’hygiène et le lavage des mains ne permet pas aux
élèves et spécifiquement aux jeunes filles en période de menstrues de mettre en application
les conseils des enseignants et enseignantes.

37
V.4. HYGIÈNE ET LAVAGE DES MAINS

V.4.1. Connaissances en matière d’hygiène et de lavage des mains

Opinions des élèves

Les élèves rencontrés au cours des investigations ont une certaine connaissance des notions
d’hygiène, spécifiquement en ce qui concerne le lavage des mains. Ainsi les gestes
élémentaires qu’il faut faire en matière d’hygiène à différents moments sont connus avec
quelques variantes.

Les élèves affirment qu’il faut se laver les mains avant de manger et faire autant après les
toilettes. Cependant, aucun d’eux ne fait cas du lavage des mains en rentrant à la maison et
après les cours. Il n’y a donc aucune différence entre les réponses données par les filles et
les garçons aussi bien dans les écoles en milieu urbain ou en milieu rural

Cependant, la majorité des plus petits élèves ne mentionne pas le lavage des mains avec du
savon contrairement aux plus grands qui le mentionnent systématiquement en y ajoutant le
frottement des mains. Les opinions des grandes filles en période de menstrues sont dans
une section plus bas.

Opinion des enseignants

Tous les enseignants rencontrés dans les écoles aussi bien en milieu urbain qu’en milieu
rural sont unanimes sur un fait : les cours sur l’hygiène sont dispensés du CP1 au CM2 et font
partie intégrante du programme scolaire. Pour eux, les enfants ont des connaissances sur
l’hygiène corporelle, sur l’hygiène environnementale et les aspects nutritionnels.

Cependant, ils reconnaissent que ces cours sont théoriques et portent sur des données
générales, fautes de moyens financiers et matériels pour faire de la pratique. Selon les
enseignants, les difficultés rencontrés pour dispenser des cours pratiques en plus du volet
théorique, sont de trois ordres :

Pas de matériels dans les écoles pour les cours pratiques

Les écoles, pour la plupart, ne disposent pas de matériels pour diffuser les cours sur
l’hygiène. Le matériel fourni par l’inspection est essentiellement constitué de documents
pédagogiques et de craies, qui sont en général insuffisant. Dans ces conditions, il est
utopique de penser que les écoles peuvent enseigner la pratique.

Insuffisance ou pas d’affiches pour faire la sensibilisation

Tout comme pour le matériel de travail, les enseignants affirment ne pas disposer d’affiches
pour sensibiliser les enfants sur les bonnes pratiques en matière d’hygiène. Selon ces
derniers, certaines écoles n’ont jamais eu d’affiches, surtout celles qui sont éloignées des
grandes agglomérations.

38
Pas d’eau dans de nombreuses écoles

Les enseignants pensent que le manque d’eau dans les écoles est également à la base de
l’absence du volet pratique dans les cours sur l’hygiène et le lavage des mains.

A l’analyse, il est difficile d’admettre que les arguments avancés par les enseignants pour
justifier les faiblesses au niveau de la formation sur l’hygiène à l’école se limitent seulement
à la question des moyens. En effet, l’école peut trouver les moyens pour acquérir le matériel
de travail et les tournées des inspecteurs peuvent être des occasions de distribution
d’affiches publicitaires. Enfin, l’eau puisée pour le nettoyage du tableau et l’entretien des
fleurs peut servir également à la formation pratique des élèves.

Un autre problème, et non des moindre, est celui des connaissances que certains
enseignants ont en matière d’hygiène. Sont-ils suffisamment « armés » pour dispenser les
connaissances convenablement sur ces questions ? C’est une préoccupation que le Ministère
doit prendre en compte afin de renforcer leurs capacités dans ce domaine. En effet,
plusieurs enseignants estiment que les odeurs des latrines causent des maladies et que les
cours portent uniquement sur des données générales, ce qui à notre avis, n’est pas suffisant
pour agir sur les comportements.

Pour les COGES et les clubs d’hygiène et santé également, les odeurs peuvent être sources
de maladies même si les écoles n’ont pas toujours les moyens de faire face à ce fléau dans la
quasi-totalité des régions du pays.

V.4.2. Pratiques en matière d’hygiène et lavage des mains

Comportement des élèves (filles et garçons)

L’observation des comportements montre qu’il y a un déphasage entre ce que les élèves
affirment et ce qu’ils font dans la pratique. En effet, le temps passé au sein des écoles nous a
permis de constater que beaucoup d’élèves ne se lavaient pas les mains avant de manger et
même après avoir déféqué. Même ceux d’entre eux qui se lavaient les mains, n’utilisaient
pas de savons pour le faire.

De plus, l’exercice du lavage des mains a montré que certains élèves n’ont pas fait cas de la
nécessité d’utiliser le savon pour se laver les mains. Dans la pratique, les enfants mangent
avec des mains pas propres. Les plus petits nettoient les restes de nourriture dans leurs
tenues vestimentaires et les plus grands utilisent soit du papier journal, soit de l’eau venant
des puits du village pour le faire.

39
EPP TOUPAH (DABOU): Expérimentation du lavage des mains par une élève de CM2

Les causes de ce déphasage. Selon les élèves, deux faits sont à la base de ces
comportements :

L’absence ou l’insuffisance de sensibilisation et de cas pratique.

La majorité des élèves ont noté l’absence de campagne de sensibilisation dans leurs écoles.
Pour certains, aucune structure (ONG, Partenaire au Développement) n’a encore effectué
des sensibilisations dans leurs écoles. Peu d’écoles ont bénéficié d’actions de sensibilisation
sur l’hygiène en milieu scolaire. En dehors des écoles qui participent au projet
d’assainissement de l’Unicef et des écoles dont les latrines ont été réhabilitées par des ONG,
pratiquement rien n’est fait en la matière sur cette question.

De plus, la sensibilisation se fait sans démonstration contrairement à ce que les parents nous
montrent à la maison. Voici à ce propos le témoignage d’une élève :

« À la maison, quand ma maman me montre comment on lave les mains, elle le dit et le
démontre avec de l’eau propre et du savon. A l’école, le maître dit la même chose, mais ne
fait pas démonstration si bien que les élèves ne savent pas vraiment comment on fait ».

L’absence de point d’eau et de savon dans les écoles.

Les élèves affirment que les enseignants leur demandent de se laver les mains avec du savon
alors que le plus souvent il n’y a ni point d’eau, ni savon.

Cas spécifiques des grandes filles en période de menstrues

Les entretiens avec les grandes filles permettent de dire que la période des menstrues est
vécue difficilement par ces dernières. Dans la pratique, elles affirment avoir l’habitude de

40
rester à la maison pendant ces moments. Si les menstrues surviennent pendant qu’elles sont
à l’école, elles retournent à la maison pour ne pas subir le regard des autres élèves
lorsqu’elles se salissent car aucune disposition n’existe au sein des établissements pour leur
permettre de se nettoyer :

Les problèmes rencontrés par les filles en période de menstrues :

Pas de latrines et d’adduction en eau au sein de l’école;


Latrines non fonctionnelles : fosse pleine, portes cassées, toiture enlevée, etc.
Pas de salles d’eau pour se nettoyer.

Les solutions proposées par les filles pour rester à l’école en cas de menstrues et ne pas
perdre des heures et jours de cours, c’est l’approvisionnement en eau dans les écoles et en
les dotant de latrines et points d’eau en état de fonctionnement. Selon elles, ces
infrastructures doivent tenir compte de la spécificité des filles, surtout en période de
menstrues en prévoyant des cabines uniquement pour filles avec un dispositif de nettoyage.

Les filles souhaitent que les cabines soient équipées, en plus des latrines modernes, de
douche pour se laver avant de retourner en classe. L’idéal pour elles serait que ce dispositif
soit installé dans un coin de l’établissement avec un mur de séparation et avec un minimum
de commodités afin de permettre aux grandes filles de se nettoyer aisément et continuer les
cours.

EPP BAD AGNI (ABENGOUROU): Latrines modernes sans robinets et avec cadenas cassés

Point de vue des enseignants sur le comportement des élèves

Pour les enseignants, le comportement des élèves est guidé par les mêmes raisons évoquées
précédemment au niveau de la dispensation des cours sur les connaissances en matière
d’hygiène. En plus de cela, ils font cas des éléments suivants :

41
La fermeture ou l’absence des points d’eau ; Dans certaines écoles, les points d’eau
sont fermés par les directeurs à cause des pannes, de la mauvaise utilisation de ces
endroits par les élèves (consommer l’eau avec la bouche sur le robinet, ne pas fermer
le robinet après usage, etc.) ou encore par manque d’adduction d’eau.

La distance qui sépare les latrines des points d’eau. Certains enseignants pensent
que l’éloignement des latrines des points d’eau n’encourage pas les élèves à se laver
les mains juste après les toilettes. Dans la plupart des cas, les points d’eau sont situés
à extrémité de la cours de l’école et ne dispose pas de savon pour bien se laver les
mains.

V.4.3. Sources d’information sur l’hygiène et le lavage des mains

Point de vue des élèves

L’étude montre qu’il y a effectivement différentes sources d’informations sur l’hygiène et le


lavage des mains. Si certaines sources sont citées par tous les élèves, d’autres par contre
sont spécifiques au milieu urbain, aux filles et aux plus petits élèves.

Ce sont uniquement des élèves situés en milieu urbain qui ont fait cas des ordinateurs
comme base d’information sur l’hygiène à l’école. En dehors de cette source, toutes les
autres se retrouvent en milieu rural et en milieu urbain. Tous les élèves (garçons et filles) se
soutiennent que les informations qu’ils disposent en matière d’hygiène proviennent des
canaux d’information ci-dessous.

Cependant, les grandes filles qui font des menstrues, expliquent que c’est plutôt à la maison
auprès des mamans qu’elles s’informent, à l’hôpital, entre élèves (amies) et quelquefois à
l’école auprès des enseignantes. Les enseignants hommes n’en parlent jamais car c’est un
sujet gênant aussi bien pour eux que pour les jeunes filles.

Au niveau des plus petits enfants, c’est surtout les parents à la maison, l’école et la télévision
qui leur donnent des informations sur l’hygiène en milieu scolaire.

Les différentes sources d’information données par les élèves, sont par ordre de priorité :

Hôpital. Certains élèves affirment que c’est à l’hôpital qu’ils ont reçus les
informations sur l’hygiène. Ce sont les conseils donnés par l’infirmier on le médecin
pendant les visites médicales qui leur ont permis d’avoir une connaissance de ces
pratiques.

A la maison. Beaucoup d’enfant font état de ce que leurs parents leurs parlent
régulièrement de l’hygiène à la maison. Ce sont surtout les exemples des parents qui
leurs permettent d’adopter les bonnes pratiques en matière d’hygiène.

42
L’école. Lieu privilégié de formation des élèves, tous ont reconnus avoir eu les
informations sur l’hygiène par leur maître ou encore le directeur de l’école.

Médias. (Télévision, Radio). D’autres enfants mettent l’accent sur les spots
publicitaires à la télévision, les émissions consacrées aux enfants les mercredis à la
radio et à la télévision ;

Entre élèves. Les échanges entre élèves ont aussi été mentionnés comme source de
partage de l’l’information sur l’hygiène à l’école. Toutefois, pour ce qui nous a été
permis d’entendre, il faut dire que certains propos en matière d’hygiène tenus par les
élèves sont en déphasage avec le discours officiel et peuvent conduire ces derniers à
adopter de mauvais comportements.

Livres et ordinateurs. Quelques enfants ont mentionnés livres et ordinateurs comme


sources d’information sur l’hygiène à l’école. En effet, certaines parties des manuels
scolaires donnent des informations sur les questions liées à l’hygiène en milieu
scolaire.

Comme on peut le constater, les élèves confirment bien que l’école n’est pas, pour eux,
la première source d’information en matière d’hygiène. Cela veut bien dire qu’il y a des
insuffisances dans le contenu et la manière dont ces cours sont dispensés à l’école. Ce
sont plutôt les conseils qui leurs sont prodigués dans les hôpitaux et à la maison par les
parents qui sont les premières sources d’information sur cette question. L’école en tant
que lieu d’éducation par excellence doit jouer son rôle afin de soutenir les efforts des
parents afin que les questions liées à l’hygiène corporelle, nutritionnelle et
environnementale soient une des priorités de la formation. Il appartient donc au
Ministère de l’éducation nationale de prendre les mesures idoines pour revoir le contenu
de la formation sur l’hygiène dispensé dans les écoles.

Pour ce qui est des médias, les élèves soutiennent que la télévision est le canal par
excellence ils s’informent sur les mesures d’hygiène à observer pour garder un
environnement scolaire sain. Les moments privilégiés pour suivre les émissions à la
télévision sont les mercredis (journée sans école) et les autres jours à 19h30, avant le
téléfilm du début de soirée.

Point de vue des enseignants

Les enseignants affirment que les cours qui sont dispensés sur l’hygiène depuis le CP1
jusqu’au CM2 sont une base de sensibilisation pour les élèves. Cependant, ils reconnaissent
que cela peut être amélioré si les problèmes de moyens matériels sont régler par les
Inspections afin de faire la pratique et également les CRESAC et CESAC leurs fournissent les
prospectus pour accompagner les actions de sensibilisation.

43
Point de vue des directeurs d’écoles

Tout comme les enseignants, les directeurs d’écoles soutiennent que la sensibilisation sur
l’hygiène en milieu scolaire ou sur l’hygiène en général fait partie intégrante du programme
de formation des élèves. Ainsi depuis les cours préparatoires jusqu’aux cours moyens, il y a
des modules spécifiques qui sont enseignés.

Toutefois, ils reconnaissent que cela est trop théorique car les écoles manquent de moyens
pour acheter le matériel nécessaire pour les aspects pratiques. En dehors de cela, ils
estiment que les entités décentralisées de la DESAC que sont les CRESAC et les CESAC ne
jouent pas vraiment leur rôle parce qu’on ne voit pas les activités qui sont menées dans ce
domaine. Les directeurs, les enseignants et les élèves suggèrent tous que pour trouver des
solutions définitives à cette situation que les directeurs, enseignants et élèves suggèrent
que :

Les écoles soient dotées de points d’eau modernes ;


Un système de gestion et d’entretien soit mis en place ;
Le volet pratique de la formation accompagne le volet théorique par la mise à
disposition du matériel nécessaire ;
La sensibilisation sur l’hygiène soit renforcée à travers la distribution des prospectus
sur l’ensemble du territoire ;
Les actions des CRESAC et CESAC sur le terrain soient renforcées ;
Des mesures de sécurité soient prises pour dissuader les populations environnantes.

En définitive, tous les acteurs de l’école interrogés reconnaissent qu’il reste encore
beaucoup à faire dans les écoles en matière d’hygiène et le lavage des mains. En effet, s’il est
vrai que des cours théoriques sont enseignés aux élèves, il est encore plus vrai que leurs
comportements (les pratiques) contredisent les propos avancés par les enseignants et les
directeurs car plusieurs défis restent à surmonter.

De même, plusieurs écoles ne disposent pas d’infrastructures, de l’eau et du matériel


nécessaire pour l’hygiène et le lavage des mains si bien qu’ils ne peuvent pas mettre en
application les conseils des enseignants. C’est pour face à ces préoccupations que les acteurs
de l’école font des suggestions pour améliorer le système.

Messages clés…

1. Les cours dispensés sur l’hygiène et le lavage des mains restent théoriques et n’ont
pas de véritable impact sur le comportement des élèves ;

2. L’absence d’un dispositif pour l’hygiène et le lavage des mains ne permet pas aux
élèves et spécifiquement aux jeunes filles en période de menstrues de mettre en
application les consignes des enseignants et enseignantes.

44
V.5. ACCÈS À L’EAU

V.5.1. Situation de l’eau et types d’usage dans les écoles

Etat des lieux sur l’eau dans les écoles

Le problème de l’eau se pose avec acuité dans toutes les localités visitées. Dans la zone de
Korhogo, aucune école ne dispose d’un système d’adduction en eau. A Abengourou, Dabou
et Guiglo, trois écoles sur quatre n’ont pas de l’eau et enfin à Bouaké, la moitié des écoles
sont dans cette même situation. Au total, seulement cinq écoles sur un échantillon de vingt
disposent d’un système d’adduction en eau. Toutes les autres utilisent d’autres voix pour
obtenir de l’eau pour les usages quotidiens des écoles.

Tableau n° 6: Nombre d’écoles avec ou sans eau

Ecole Sans
Localité Nom de l'école GS Maternelle Avec Eau Sans Eau
unique maternelle
BAD Agni X X X
Abengourou

Angouakro X X X
Aniasué III X (3 écoles) X X
Kodina II X (2 écoles) X X
Yacé Agnimel X (3 écoles) X X
Dabou

Toupah X (2 écoles) X X
Agnébi X X X
Wrod X (6 écoles) X X
Kouassiblékro X (3 écoles) X X
Bouaké

Liberté X (4 écoles) X X
Attienkro X (2 écoles) X X
Bindékouassikro X (2 écoles) X X
Kati X X X
Guiglo

Seya Yoro X X X
Zouan 1 X (2 écoles) X X
Mona X X X
Klokakaha X X X
Korhogo

Nanguin X (3 écoles) X X
Kapélé X X X
Waraniéné X X X

Types d’usage de l’eau dans les écoles

Tous les élèves, les enseignants et les directeurs affirment que les écoles utilisent
régulièrement l’eau pour réaliser diverses activités :

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Nettoyage de la classe et du tableau,
Arrosage des plantes,
Boisson pour les élèves, etc.

Peu d’élèves ont fait mention de l’usage de l’eau pour l’entretien des latrines. Presque
personne n’a mentionné l’utilisation de l’eau pour le lavage des mains. Cependant les
sources d’approvisionnement varient souvent d’un établissement à un autre.

Les sources d’approvisionnement en eau et niveau de satisfaction

En fonction de l’emplacement de l’école, les sources d’approvisionnement en eau diffèrent.


Selon les élèves et les enseignants, avoir une source d’approvisionnement en eau au sein de
l’école présente plus d’avantage pour les acteurs de l’école.

Le point d’eau de l’école

Dans certaines écoles, il existe des points d’eau réalisés sous l’impulsion du chef du village
ou encore par des partenaires au développement tel que l’Unicef. Par contre, bon nombre
d’élèves ainsi que des enseignants ne sont pas satisfaits de ces points d’eau pour diverses
raisons.

EPP TOUPAH (DABOU) : Point d’eau aménagé mais pas fonctionnel faute de robinets et d’adduction d’eau

Selon les enseignants et élèves l’environnement n’est pas souvent propre. En effet, on
observe la présence de flaques d’eau stagnantes avec des odeurs nauséabondes, de la
broussaille autour des points d’eau et la plupart des robinets sont en panne. Certains élèves
boivent l’eau la bouche directement collées au robinet ou encore avec les mains nues sans
les laver avec du savon si bien qu’il y a un véritable problème d’hygiène. L’entretien qui
devrait normalement se faire par les Clubs Scolaires d’Hygiène et Santé n’est pas
correctement fait par les élèves.

Les enseignants reconnaissent également que certains maitres de semaine ne font pas
correctement leur travail à telle enseigne que la supervision des clubs chargés de l’entretien
n’est effective. Cette remarque est également faite par les directeurs qui estiment que
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même si les élèves ne respectent pas les consignes d’utilisations des points d’eau, beaucoup
d’enseignants ont une part de responsabilité dans le dysfonctionnement de ces
infrastructures.

En plus, les directeurs mettent l’accent sur le fait que les points d’eau des écoles deviennent
très rapidement les sources d’approvisionnement des communautés riveraines faute de
clôture et de gardiens si bien que les pannes surviennent rapidement. C’est ce qui fait que
dans plusieurs écoles, les points d’eau sont fermés. Enfin, ils mentionnent l’insuffisance des
infrastructures. En effet, le fait d’avoir un seul point d’eau pour de nombreux élèves ne peut
garantir la durabilité du matériel surtout que très souvent il n’est pas de bonne qualité
même à l’achat.

Très souvent, les points d’eau des écoles ne fonctionnent pas à cause du vol de matériel, des
casses ou encore à cause de l’usure normal compte tenu du nombre d’utilisateurs (élèves,
enseignants, familles d’enseignants, communautés riveraines, etc. C’est pourquoi, élèves et
enseignants, tout en soulignant l’avantage d’avoir de l’eau à l’école, mettent l’accent sur la
nécessité d’avoir une clôture, des cadenas, un gardien de l’école, en sommes un système de
sécurité pour surveiller les infrastructures.

Le puits et la pompe du village

Les pompes et les puits du village servent de solutions d’échanges pour l’approvisionnement
en eau dans certaines écoles. Ces ouvrages sont souvent situés au sein du village,
généralement sur places publiques, bénéficient de la surveillance de toute la communauté
villageoise.

Les robinets des maisons des enseignants

A défaut de points d’eau dans les écoles, les robinets des enseignants sont également
utilisés comme solutions de rechanges. Selon les élèves et directeurs, plusieurs d’entre eux
ne font pas de difficultés pour l’usage de leurs robinets pour l’approvisionnement en eau des
écoles.

Dans les deux cas de figure, les élèves estiment que l’eau est de bonne qualité et qu’ils sont
à l’aise sur les lieux d’approvisionnement. En effet, l’entretien est assuré dans le premier cas
par les femmes du village et dans le second cas par les épouses des enseignants. Obligation
est faite aux élèves de boire avec des récipients contrairement à ce qui se voit dans les
écoles.

Selon les enseignants, l’environnement est toujours propre en ces lieux car les pompes du
village sont sous le contrôle des dignitaires du village et pour ce qui est des domiciles des
enseignants, il s’agit d’une gestion privée pour un nombre restreint de personnes.

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Le marigot

Les enseignants et élèves affirment que l’eau du marigot est également utilisée pour les
activités quotidiennes des écoles même si souvent elle n’est pas très propre pour la
consommation. Quelques fois les élèves rencontrent des difficultés liées à la distance qui
sépare l’école du marigot si bien que certains élèves appréhendent l’approvisionnement en
eau comme une corvée.

Les conséquences négatives de manque d’approvisionnement de l’eau dans l’école

Dans tous les cas de figure, en dehors des points d’eau qui sont situés au sein des écoles et
des résidences des enseignants, les élèves estiment qu’aller chercher de l’eau leur cause
différents désagréments:

Retards en classe

Se servir à la pompe ou au puits du village n’est pas toujours facile. Quelques fois, les élèves
doivent attendre dans le rang, au même titre que les autres membres de la communauté,
pour accéder à la pompe. Cela provoque des retards et pénalise ceux ou celles qui sont
commis à cette tâche.

Fatigue

Les difficultés d’accès à certains sites pour s’approvisionner en eau est un motif de fatigue
pour les élèves. Certains sont obligés de fait de transporter des sceaux d’eaux sur des pistes
avant de regagner l’école.

Risques d’accidents

La peur de la largeur et la profondeur des puits peuvent être sources d’accidents. Dans la
région d’Abengourou, deux élèves ont déjà été victimes d’accident en tombant dans le puits.
Avertie à temps, la communauté villageoise a pu les sauver et a pris les dispositions avec les
enseignants afin que seuls les élèves les plus grands viennent chercher de l’eau.

C’est pour faire face à ces désagréments que les élèves et enseignants souhaitent qu’il y ait
des points d’eau à l’école avec clôture et cadenas et qu’un système de gestion et d’entretien
efficace soit mis en place au profit de tous.

Dans la majorité des écoles, ce sont les filles qui vont chercher l’eau et les garçons font le
nettoyage des latrines. Cependant, il arrive que des garçons se chargent de cette activité
surtout quant il s’agit de prendre de l’eau dans les puits.

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Les solutions proposées pour un usage régulier des points d’eau à l’école

Tous les acteurs ont d’emblée souhaités que toutes les écoles soient dotées de points d’eau
en nombre suffisant. A titre d’exemple, ils ont demandés qu’on ait plus de points d’eau dans
un groupe scolaire avec trois ou quatre écoles.

Les solutions des élèves

Pour les élèves, il est important de nettoyer régulièrement les points d’eau, de débarrasser
ces lieux de la broussaille, de remettre les robinets et de prévoir des gobelets pour la
consommation de l’eau ou demander à chaque élève de venir avec son gobelet.

Les solutions des enseignants

Selon certains enseignants, il faut renforcer la sensibilisation et la formation des élèves avec
des cas pratiques. En plus de cela, il faut réactiver le mécanisme de contrôle des enseignants
de semaine « le semainier » afin de surveiller l’usage que font les élèves des points d’eau.
Cela passe aussi par la réactivation et par l’équipement des clubs d’hygiène.

Les solutions des directeurs

Pour les directeurs, la bonne gestion des latrines passe nécessairement par la clôture des
écoles et la présence de gardiens pour surveiller en permanence les infrastructures des
écoles. Il faut également sensibiliser les populations environnantes afin qu’elles ne
détruisent pas les équipements permettant aux écoles de disposer en permanence d’eau.

Conclusion partielle

L’accès à l’eau est encore une préoccupation essentielle pour de nombreuses écoles car la
majorité d’entre elles n’en dispose pas si bien que des solutions alternatives sont trouvées
avec l’utilisation des puits, de la pompe du village ou encore des marigots. Dans les écoles où
il existe des dispositifs d’eau, ils sont souvent non fonctionnels à cause de l’absence de
robinets, des vols et des pannes liées à l’utilisation abusive des infrastructures par les élèves
mais aussi et surtout par les populations environnantes.

Message clé…

1. L’accès à l’eau demeure une préoccupation majeure pour les écoles étant donné que
la majorité d’entre elles n’en dispose pas et ont recours à des solutions alternatives
qui présentent de grands dangers pour les élèves ;

2. La non implication de tous les acteurs de l’école (DREN, IEP, Directeurs, COGES,
Enseignants et Elèves) y compris les communautés environnantes dans la gestion des
points d’eau des écoles est l’une des causes du mauvais état des points d’eau.

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V.6. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS

V.6.1. Conclusion

L’étude portant sur l’eau, l’hygiène et l’assainissement réalisée dans les cinq grandes aires
géographiques de la Côte d’Ivoire a permis de cerner les perceptions et les pratiques des
différents acteurs de l’école face à cette question. Il ressort des investigations que le milieu
scolaire ivoirien reste toujours confronté à de nombreux problèmes en matière d’hygiène :
insalubrité de la cour de l’école et des salles de classe, absence de latrines et de points
d’eau, mauvaise utilisation et dégradation avancée des latrines, inexistence et insalubrité
des points d’eau, etc.

En dépit des nombreux investissements réalisés dans les écoles par les partenaires au
développement (UNICEF, ONUCI, BAD, ONG, etc.), et de l’implication de l’Etat à travers des
administrations centrales (DESAC, DAD, DPHP) et des structures déconcentrées (Conseils
Généraux, Mairies,) la situation des latrines, des points d’eau et de l’environnement scolaire
en général reste toujours insalubre. L’absence de stratégies de gestion efficaces des
infrastructures combinées aux actions de sabotage des élèves et des communautés vivant
dans le périmètre des écoles contribuent fortement à la dégradation des latrines et points
d’eau.

Contrairement à l’idée répandue par les acteurs de l’école selon laquelle le manque ou
l’insuffisance de moyens financiers serait à l’origine de l’insalubrité dans les écoles, l’étude
montre bien qu’au delà des questions financières il est beaucoup plus question de priorité
dans les infrastructures à construire au sein de l’école. En effet, tout porte à croire que les
latrines et points d’eau ne font pas partie des priorités des gestionnaires de l’école, alors que
ces infrastructures jouent un rôle important pour l’hygiène en milieu scolaire et le maintien
des élèves, surtout les grandes filles à l’école.

Trouver des solutions durables à cette situation commande que des efforts soient faits dans
la gestion des écoles par les managers et que les communautés habitant les alentours des
écoles soient associées aux actions de sensibilisations compte tenu de leur implication dans
la dégradation de ces infrastructures. Pour y arriver, les recommandations suivantes sont
faites :

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V.6.2. Recommandations

V.6.2.1 : Dispositions générales

Impliquer tous les usagers des latrines de l’école dans le processus de planification et
de construction des infrastructures ;
Faire de la construction et de la gestion des latrines en milieu scolaire une priorité
pour les gestionnaires de l’école et les partenaires au développement ;
Construire des latrines et des points d’eau en tenant compte des aspirations des
élèves et enseignants : WC par niveau d’étude (CP, CE, CM), emplacement (dans les
extrémités, mur de séparation, points d’eau loin des latrines), couleurs (bleu, vert,
jaune, blanc) ;
Renforcer les cours théoriques sur l’hygiène en milieu scolaire par des activités
pratiques en mettant à la disposition des écoles le matériel de travail nécessaire en
quantité et en qualité suffisante ;
Bien expliquer aux acteurs de l’école l’importance des latrines et des points d’eau en
mettant l’accent sur pourquoi et comment faut-il se laver les mains et ce que sont les
maladies de la saleté ;
Promouvoir l’usage des cendres pour l’entretien des latrines dans les localités où il
n’y a pas de l’eau ;
Revoir les actions de sensibilisation en incluant des jeux, des sketchs, le théâtre, en
sommes, toutes les activités pouvant amener les enfants à mieux assimiler les
module sur l’hygiène en milieu scolaire ;
Améliorer le contenu de la formation des enseignants en matière d’hygiène et de
management de l’environnement scolaire pour disposer d’un cadre de vie agréable
en réduisant les risques de maladie ;
Appliquer un des articles de l’arrêté ministériel pour faire siéger les conseillers de la
vie scolaire dans la nomination des directeurs d’écoles ;
Prendre en compte la gestion de l’environnement scolaire dans les visites
d’inspection des IEP en intégrant une rubrique dans la fiche prévue à cet effet ;
Faire de l’accès à l’eau dans les écoles une des priorités des gestionnaires de l’école
et autres responsables de structures de développement au niveau local ;
Sensibiliser les communautés vivants dans les environs des écoles à ne pas saboter
les infrastructures construites pour les élèves ;
Construire des latrines et points d’eau pour les communautés vivant autour des
écoles et qui n’en disposent pas ;
Développer une culture de l’entretien et de l’assainissement au niveau de la
population globale ;
Confier la supervision des latrines et points d’eau des écoles à la DVS à travers les
points focaux dans les différentes DREN du Ministère de l’Education Nationale
(MEN) ;

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V.6.2.2 : Mobilisation des ressources pour la gestion des latrines et points d’eau

Autoriser, par dérogation, les écoles qui ne bénéficient pas de subvention de l’Etat
un niveau des COGES à lever des fonds pour les latrines et les points d’eau ;
Créer par arrêté une ligne budgétaire au niveau des COGES pour les latrines et points
d’eau;
Mettre une ligne de crédit pour l’assainissement scolaire au niveau du MEN ;
Doter la cellule de budget pour travailler effectivement ;
Prendre des dispositions pour que les COGES subventionnés perçoivent la totalité de
leurs subventions ;
Demander aux COGES de rechercher d’autres fonds à travers différentes actions pour
collecter des fonds additionnels afin de mieux gérer les latrines et points d’eau ;
Approcher les partenaires au développement pour le don de matériel d’entretien des
latrines et points d’eau;
Prévoir des kits d’assainissement et d’hygiène dans le programme présidentiel
d’urgence (PPU) ;
Prendre des dispositions pour que les Inspecteurs mettent à la disposition des écoles
des kits d’assainissement et d’hygiène au même titre que les kits pédagogiques ;
Maintenir et développer les AGR au sein des écoles à travers les coopératives afin de
disposer de ressources pour l’entretien des latrines et points d’eau.

V.6.2.3 : Implication des bénéficiaires dans l’entretien et la gestion des

Infrastructures

Faire de l’environnement scolaire un critère de nomination et de maintien des


directeurs et des inspecteurs de l’enseignement primaire ;
Mettre les CRESAC et CESAC au cœur du dispositif en leur donnant les moyens et des
objectifs clairs en matière de supervision des latrines et points d’eau car la vie
scolaire n’est pas synonyme de repos;
Prévoir des indemnités pour les conseillers de la vie scolaire et privilégier ceux qui
sont actifs sur le terrain (en fonction des résultats) ;
Sensibiliser les enseignants et les élèves en introduisant des thèmes de semaine à
partager après le salut aux couleurs ;
Identifier d’autres espaces d’échanges au cours de la semaine ;
Faire de la mutualisation par échanges d’expérience entre les écoles ;
Maintenir et renforcer les comités de gestion en responsabilisant davantage les
directeurs d’écoles et les maîtres de semaine ;
Prévoir des notations et des sanctions en fin d’année pour les directeurs d’écoles et
enseignants qui ne prennent pas en compte l’environnement scolaire ;
Encourager les écoles qui font des efforts par des certificats ou des prix nationaux,
régionaux et locaux ;

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Mettre à contribution les élèves du CE au CM pour effectuer le nettoyage tous les
jours de classe ;
Mettre en place des systèmes d’entretien par niveau, par classe, par genre ou mixte
en fonction des réalités de chaque école ;
Impliquer les communautés environnantes à l’entretien et à l’amélioration de
l’environnement scolaire.

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