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SPICILEGIUM SACRUM LOVANIENSE

ÉTUDES ET DOCUMENTS
( A Ç\ FASCICULE 30

GRÉGOIRE PALAMAS

Défense
des saints hésychastes
Introduction
texte critique, traduction et notes

PAR

JEAN MEYENDORFF
Docteur es lettres
professeur a la foroham university. new york
et au st. vladimir s orthodox theological seminary. crestwood. n.y.

SECONDE ÉDITION
REVUE ET CORRIGÉE

LEUVEN LOUVAIN
SPICILEGIUM SACRUM LOVANIENSE
Ravenstraat 112

1973

IIUWCnriTV Ar ■■</-fic/> ■ si
GRÉGOIRE PALAMAS
DÉFENSE
DES SAINTS HÉSYCHASTES
tïlelSZS-ZÏt

INTRODUCTION

La théologie byzantine reste certainement l'une des parties


les moins explorées de la Tradition chrétienne. Il s'en faut de
beaucoup cependant qu'elle soit la moins intéressante, ni la
moins importante. Héritière directe de la tradition des Pères
grecs, elle a contribué à nous conserver leurs œuvres. Est-elle
restée fidèle à leur doctrine ?
Pour répondre à cette question, dont personne ne pourrait
sous-estimer l'importance pour l'œuvre de l'Unité chrétienne,
une longue recherche est encore nécessaire, objective et patiente,
souvent ingrate, utile seulement dans la mesure où elle nous
fait pénétrer dans l'expérience religieuse authentique des auteurs
spirituels.
A cet égard, le cas de Grégoire Palamas, archevêque de Thessa-
lonique, canonisé en Orient immédiatement après sa mort,
proclamé « colonne de l'Orthodoxie », vénéré comme thaumaturge,
resté aujourd'hui encore le saint local de Salonique, est particu
lièrement important, puisque la théologie occidentale se sent
obligée de faire au sujet de ses formulations dogmatiques des
réserves, dont la sévérité varie suivant les auteurs, mais qui
touchent à un point essentiel de la foi chrétienne.
Le présent ouvrage vise un but précis : rendre pour la première
fois accessible l'œuvre du grand théologien byzantin, que ses
contemporains et les rares savants modernes qui ont étudié
les inédits de Palamas, considèrent comme son œuvre maî
tresse. Il s'agit aussi de sa première grande œuvre théologique,
rédigée pour défendre ses frères, les moines hésychastes,
contre les critiques d'un humaniste probablement sincère, mais
peu disposé à sortir dans ses jugements d'un univers purement
intellectualiste.
Seuls les derniers traités contiennent les formules connues
de Palamas sur l'essence et les énergies de Dieu ; l'œuvre, prise
VIII GRÉGOIRE PALAMAS

dans son ensemble, nous livre la logique interne suivie par l'auteur
et nous explique le contenu exact que ces formules prétendent
exprimer. L'étude préalable des premiers traités est donc aussi
indispensable pour comprendre la formulation définitive du
« palamisme » que celle, par exemple, du De incarnatione Verbi
de s. Athanase pour admettre l'importance que le grand évêque
d'Alexandrie attribua plus tard à l'ôfioovoios. La formule théo
logique ne vaut en effet que par la vérité éternelle qu'elle exprime
et importe peu pour ceux qui admettent de toute façon cette
vérité.
Dans notre Introduction à l'étude de Grégoire Palamas (Paris,
1959), nous esquissons une synthèse historique et doctrinale sur
les controverses théologiques byzantines du XIVe siècle. Nous
nous contentons donc ici de préparer un instrument de travail et
de le munir de quelques accessoires : une introduction historique
et analytique, des paragraphes dans le texte, des sous-titres
dans la traduction, des notes brèves et des « indices ».

I. Le cadre historique

« Le sage Grégoire rédigea alors en tout neuf traités, divisés


en trois Triades », écrit le patriarche Philothée dans son Éloge
de Palamas l. Ce titre de Triades, que les auteurs modernes
ont adopté eux aussi, est commode pour désigner les longs exposés
qui forment incontestablement un tout.
Chaque Triade constitue, pourtant, une œuvre indépendante,
composée dans des circonstances précises. Les deux premières
seules sont intitulées Aôyoi xnrèp rœv Upû>s r)<rvxa£°VTWV> * Traités
pour la défense des saints hésychastes » ; la troisième qui réfute
le Karà MaoaaXiavtov de Barlaam porte un titre différent.
Cependant, comme le remarque encore le même Philothée *,
leur but commun est de « défendre la sainte hésychie ». Le titre
donné par nous à notre édition, dans la mesure où il ren
seigne dès le premier abord le lecteur sur le contenu de l'ouvrage,

1 PG, CLI, 588 D.


* Eloi yc nty ov kot' avro Kal cm toîs avToîy ofiotuts Sià ndvrwv irâvrts eVSeSo-
fityoï..., ôAAà r^v pcv Upàv ^au^i'av ofioù irpoîaravrat irarrcj {Ibid.).
INTRODUCTION IX

nous apparaît donc justifié. Nous l'avons préféré à l'en-tête


négatif donné à l'ensemble des traités par le copiste du ma
nuscrit Vaticanus 1711, rpr/yoplov tov p.aKapux)TdTOv àpxiemoKÔTrov
QeaaaXoviKTjs rà npos tov BapXaàjj. avyypâp.p.a.Ta.

*
* *

La vie mouvementée de Grégoire Palamas 1 se divise assez


nettement en quatre périodes :
1) Depuis sa naissance, vers 1296, jusqu'au début de la contro
verse avec Barlaam, en 1337. Ce fut la période des études à Con-
stantinople, aux frais de l'empereur Andronic II, puis, à l'âge
d'environ 20 ans, le départ pour l'Athos, une quinzaine d'années
de vie monacale, tantôt à la Sainte Montagne, tantôt dans un
ermitage des environs de Berrhée. A cette époque se rapportent
quelques premiers essais littéraires, de contenu purement spi
rituel 2 : la vie de s. Pierre l'Athonite 3, un long traité sur la
Présentation de la Vierge * et quelques homélies.
2) Sa controverse avec Barlaam de 1337 à 1341. Divers
documents relatifs à cette période ont été récemment publiés
et commentés, mais les Triades constituent incontestablement
la pièce principale du dossier.
3) Barlaam ayant été condamné au synode de 1341, Palamas
trouve en face de lui d'autres adversaires, soutenus par le pa
triarche de Constantinople Jean Calécas, dont Palamas avait
condamné l'attitude envers Cantacuzène, éloigné de la cour après

1 Pour une biographie complète de Palamas, nous renvoyons à notre Intro


duction à l'étude de Grégoire Palamas (Paris, Éditions du Seuil, 1959). Depuis la
parution de ce livre, le palamisme a suscité un intérêt croissant et une abondante
littérature ; Daniel Stiernon en a récemment publié une revue très complète
{Bulletin sur le Palamisme, dans Revue des études byzantines, XXX, 1972, pp. 231-
341). Mentionnons aussi les ouvrages importants de Martin Jugie, Palamas,
Grégoire et Palamite (Controverse), dans le Dictionnaire de théol. cathol., t. XI,
col. 1735-1818, et de D. Stanilooe, Viatsa ii invatsatura Sfantului Grigorie
Palama (Séria teologica, 10), Sibiu, 1938. Ce dernier ouvrage, en langue roumaine,
malheureusement peu accessible, utilise largement des sources inédites et fournit
des précisions chronologiques importantes.
«Cfr Philothée, Encomion (PG, CLI, 581 BC).
»PG. CL, 989-1040.
4 Édit. Sophoclès Oikonomos, Athènes, 1861, p. 131-180.
X GREGOIRE PALAMAS

la mort d'Andronic III (été 1341). Jusqu'au triomphe de Canta-


cuzène en 1347, Palamas se trouve en exil ou en prison, ce qui
ne l'empêche pas de réfuter abondamment ses adversaires,
surtout Grégoire Akindynos, dans un grand nombre d'ouvrages
polémiques, presque tous inédits.
4) Dès le retour de Cantacuzène et son installation sur le
trône impérial, la théologie palamite triomphe définitivement
dans l'Église byzantine. Palamas est créé archevêque de Thes-
salonique. Les conciles de 1347 et 1351 approuvent solennelle
ment sa doctrine. Ses dernières années sont consacrées à l'activité
pastorale et à la prédication, interrompues seulement par un an
de captivité chez les Turcs d'Asie Mineure et par quelques
épisodes orageux dans les relations entre Cantacuzène et Jean V
Paléologue, qu'il tenta de réconcilier. Quelques écrits polémiques,
dirigés contre son dernier adversaire, Nicéphore Grégoras,
datent aussi de cette époque.
Grégoire Palamas est mort le 14 novembre 1359. En 1368,
son disciple et ami, le patriarche Philothée, consacra solennelle
ment le second dimanche du carême, celui qui suit immédiate
ment la Fête de l'Orthodoxie, à la célébration liturgique de
sa mémoire et composa lui-même l'office de ce jour.

Premier adversaire de Palamas, Barlaam le Calabrais était


un Grec originaire d'Italie méridionale. Après des études pro
fanes dans sa patrie, il se rendit à Constantinople « par amour
envers la véritable piété » 1, et aussi pour s'initier aux écrits
originaux des philosophes grecs. Orthodoxe convaincu, il prend
part à la polémique antilatine, tout en commentant le Pseudo-
Denys dans un enseignement donné tantôt à Constantinople,
tantôt à Thessalonique, et bénéficiant de la bienveillance con
stante de la cour d'Andronic III. Il publie aussi à cette époque
plusieurs ouvrages d'astronomie et de logique. En 1339, l'empe
reur lui confie une mission en Occident pour négocier l'union des
Églises et, par là, provoquer une croisade occidentale contre les
Turcs. De retour à Byzance, Barlaam est condamné par le

1 Palamas, Première lettre à Akindynos, § 4, édit. J. Meyendorff, dans


0toXoyia, t. XXVI, 1955, p. 79 ; TIZ, I, 206.
INTRODUCTION XI

concile de 1341 à cause de ses attaques contre les hésychastes.


Il retourne alors en Italie et meurt comme évêque de Gérace
en 1348, après avoir enseigné le grec à Pétrarque l.

Les Triades constituent à la fois le développement d'une


controverse purement doctrinale entre Barlaam et Palamas
sur la connaissance de Dieu et une apologie de la spiritualité
des moines attaquée par Barlaam 2.
La controverse doctrinale a commencé sur l'initiative du
docteur hésychaste. Lors de l'arrivée à Constantinople, en 1334 8,
de deux dominicains, légats du pape et négociateurs de l'union,
Barlaam rédigea plusieurs traités antilatins. Son argument
principal contre la doctrine latine de la procession du Saint-
Esprit peut se résumer ainsi : Dieu étant inaccessible à la raison
humaine, il est vain de vouloir démontrer quoi que ce soit en
théologie ; les Latins, et en particulier s. Thomas, ont donc
tort de croire que leurs raisonnements contre les Grecs sont
apodictiques ; l'union ne peut se faire à moins que les deux partis
ne se reconnaissent incapables d'atteindre la vérité *.
A la même occasion, Palamas écrivit, dans sa retraite de l'Athos,
deux Aôyot ànoBeucriKol, dirigés eux aussi contre les Latins, mais
dans un esprit différent, comme leur titre l'indique 5. Lorsqu'il re
çut les traités de Barlaam, il fit une critique sévère de l'agnosti
cisme du Calabrais dans une lettre adressée à Grégoire Akindynos,
en priant son correspondant d'entrer en relation avec Barlaam •.

1 Voir M. Jugie, Barlaam de Seminaria, dans le Dict. d'kist. et de gtogr. ceci.,


t. VI, col. 817-834 ; v. aussi G. Schirô, Barlaam Calabro. EpisloU greche i pri-
mordi episodici e dottrinari délie lotte esicaste (Istituto Siciliano di Studi bizantini
e neogreci. Testi, I}, Palermo, 1954.
* Cfr J. Mkyendorff, Les débuts de la controverse hésychaste, dans Byzantion,
t. XXIII, 1953, p. 102-120 ; G. Schirô, op. cit.
* Stanilooe, op. cit., p. 27.
4 Voir J. Meyendorff. Un mauvais théologien de l'unité au XIV' siècle:
Barlaam le Calabrais, dans L'Église et les Églises, II, Chevetogne, 1954, p. 47-64 ;
H.-G. Beck, Humanismus und Palamismus, dans Actes du XII' Congrès Inter
national des études byzantines, I, Belgrade, 1963, pp. 63-82 ; G. Schirô, Gregorio
Palama e la scienza profana, dans Le Millénaire du Mont-Athos, 963-1963, II,
Venise-Chevetogne, 1965, pp. 81-96 ; 'O BapXaàfi tal ij 4>i\oootj>ia ih r^v
BtaaaXoviK-qv ÇEraip*la MaxtioviKÔiv Emvhâ», 32), Thessalonique, 1959, 19 p.
•Publiés à Constantinople en 1627 (cfr É. Legrand, Bibliographie hellénique
du XVII' siècle, t. I, p. 238 ; aussi éd. B. Bobrinskoy, dans IIS, I, 23-153)-
* Édit. J. Meyendorff, dans 9to\oyla, t. XXVI, 1955, p. 77-90 ; cfr intro
duction, ibid., t. XXV, 1954, p. 602-613 (n£, I, 186-219).
XII GREGOIRE PALAMAS

C'est ainsi que s'engagea entre les deux théologiens une contro
verse dont le déroulement ne fera qu'accentuer leur désaccord
sur la conception des relations entre Dieu et l'homme : au « Dieu
inconnu » de Barlaam, Grégoire Palamas oppose un Dieu se
révélant en Christ et agissant par l'Esprit en vue d'amener
l'homme à sa connaissance. Comme il le fera dans les Triades,
il attaque le renouveau de l'hellénisme profane et dénonce
en Barlàam un disciple d'Aristote et de Platon, dont la sagesse,
suivant s. Paul, « a été rendue folle » par la venue du Christ 1.
La controverse apparaît ainsi, dès ses origines, comme un
aboutissement de la longue lutte d'influence que se livrèrent
à Byzance partisans et adversaires de la culture hellénique
profane, ces derniers se recrutant principalement dans les milieux
monastiques. L'opposition des moines empêcha ainsi le chris
tianisme byzantin d'aboutir à une nouvelle synthèse entre
la Révélation et la philosophie grecque, comparable aux
conséquences de la « découverte » d'Aristote en Occident. Au
XIVe siècle cependant, les adversaires de l'humanisme, Palamas
et ses disciples, n'opposent pas à la « sagesse profane » un simple
obscurantisme négatif, mais une théologie vivante qui se veut
fidèle aux Pères et qui insufflera une puissance nouvelle à la
spiritualité byzantine. Palamas lui-même apparaît dans ses
œuvres non pas comme un mystique personnel, exprimant son
expérience propre, mais comme un théologien qui cherche à
exprimer en formules claires la doctrine de l'Église. C'est en ce
sens que ses premiers échanges de lettres avec Akindynos et
Barlaam, de caractère purement doctrinal, constituent une

1 Outre la lettre mentionnée ci-dessus, Palamas en a rédigé trois autres (une


à Akindynos et deux à Barlaam) qui sont de véritables traités théologiques.
Le texte de ces lettres a été publié par J. Meyendorff, dans 7727, I, 220-312.
G. Schirô a publié les lettres deàBarlaam, dont deux sont des réponses à Palamas :
une première fois (édition inachevée, ne comprenant pas la seconde lettre à
Palamas) dans VArchivio Slorico per la Calabria e la Lucania (1931, p. 325-357
(Introd.) : 1932, pp. 71-89, 426-437 ; 1935. P- °4"77 i !93°. PP- 80-99, 3°2-325 ;
1938, p. 52-71) et une seconde fois dans le cadre d'un ouvrage plus important,
comportant une étude de l'ensemble du dossier relatif au début de la controverse
(voir G. Schirô, Barlaam Calabro. Epislole greche i primordi episodici e dottri-
nari délie lotte esicaste [Istituto Siciliano di Studi bizantini e neogreci. Testi. I),
Palermo, 1954, p. 229-330). Nous citons les textes d'après cette seconde
édition.
INTRODUCTION XIII

introduction à son œuvre tout entière et, tout particulièrement,


aux Triades. Philothée a donc raison de considérer ces échanges
comme des « combats d'avant-garde », annonçant les grandes
luttes ultérieures de Grégoire l.
La composition des Triades eut pour prétexte immédiat les
critiques orales et écrites de Barlaam contre les pratiques et la
spiritualité des moines hésychastes. Pour dater ces faits nous
possédons deux points de repère : le printemps de 1337, date de
la première lettre de Palamas à Akindynos, critiquant la gnoséo-
logie de Barlaam * et le printemps de 1339, où Palamas rédigea
sa Deuxième Triade, pendant le séjour du Calabrais en Occident 3.
On ne peut dater qu'approximativement les événements qui se
produisirent entre 1337 et 1339.
A la discussion sur la connaissance de Dieu, que Palamas et

1 Piyvovrai irpoaywvcs olovcl rwv fifXXovrœv ravra rû> Pprjyopitp xai rtov virip
t^î eiatpflas licyiarmv is vartpov aBXwv «ai ttJs cvordaton, Encomion de Palamas
(PG, CLI, 584 D).
* G. Schirô propose le printemps de 1335 comme date probable de la lettre
{Barlaam Calabro. Epistole greche..., p. 36-48). Nous avons nous-même suggéré
que la correspondance entre Palamas et Barlaam doit se placer entre 1335 et 1337
(Les débuts de la controverse hésycha^m. p. 104 ; L'origine de la controverse palamite,
p. 603). Or Grégoire Palamas, dans son Théophanès (PG, CL, 913 AC), relate des dis
cussions qui eurent lieu au concile de 1341 et au cours desquelles les protagonistes
cherchèrent à déterminer la responsabilité première de la polémique : comme
Barlaam prétendait avoir été la première victime, Palamas produisit des écrits
que le Calabrais avait rédigés le premier (ceux contre lesquels était dirigée la
Première Triade) et des Thessaloniciens témoignèrent que Barlaam avait attaqué
les moines avant de connaître Palamas et avant d'avoir échangé des lettres avec
le docteur hésychaste : ces attaques eurent lieu « il y a quatre ans », c'est-à-dire
en 1337 {&*00<doviKcîs âi>8/>*ç iraprjaav ol cuvfiodreç «fcTaÇo/icir;? rijs dp\ïjs 50cv
ivt^dvT] npo iviavrwv Ttaodptav, 5r€ firjSi #5<t rtios a^cSôi' nov yrjs r)p.(îç co/icr,
fiijhè bià ypafXfiaTwv irvyxav*v <Jt»fuXrjKCJS tJm"'. totc irpo rooovrov xpôvou irp6$
riva rô>v iv oitAotijti /lovatâovrtov viraKofjV avrov vnOKpivdfi€vov, «V toutou ràs
Aa/?à? €vp(o8ai tùiv KaTTjyopTjpârwv) . La première lettre de Palamas n'est donc
pas antérieure à 1337 ; elle peut difficilement être postérieure. Le fait qu'elle se
rapporte aux traités antilatins de Barlaam n'est pas une raison suffisante pour
la rapprocher de 1 334, date de l'arrivée des légats avec lesquels Barlaam entra en
polémique : il est, en effet, impensable que tous les traités antilatins du Calabrais
(il y en a vingt-trois ; cfr PG, CLI, 1249-1254) aient été rédigés à cette seule occa
sion. Les six traités, qui forment un ensemble à part et qui sont l'occasion de la
lettre de Palamas (cfrl.es débuts de la controverse..., p. 103), peuvent très bien
avoir été composés vers 1336 et reçus par Palamas en 1337 (PremieVe lettre à
Akindynos, § 1, dans Bto\oyia, t. XXVI, 1955, p. 77 ; aussi TÏZ, I, 203).
* Philothée, Encomion (PG, CLI, 589 B).
XIV GRÉGOIRE PALAMAS

Barlaam poursuivent dans leur correspondance, vient s'ajouter


un thème nouveau, mais intimement lié au fond de la contro
verse : celui de l'expérience spirituelle des moines. Poussé par
son universelle curiosité ou par un vrai désir de vie monastique,
le Calabrais s'était mis à l'école d'un moine de Thessalonique l.
Ses allusions ironiques aux visions des hésychastes nous montrent
la leçon qu'il en a tirée * et Palamas, dès sa première lettre adres
sée directement au philosophe calabrais, lui rappelle, en passant,
son ingratitude à l'égard de ses anciens maîtres 3, sans cependant
lui montrer trop de ressentiment. Il n'en est plus de même quelques
mois plus tard : en lui adressant sa deuxième lettre, Palamas sait
déjà que le Calabrais ne se contente pas de réfuter ses lettres,
mais qu'il est allé à Constantinople se plaindre au patriarche
Jean Calécas contre les hésychastes, en les traitant d'« ompha-
lopsyques » — « les gens qui-ont-1'âme-au-nombril » — à cause
de leur méthode de prière *.
Nous voyons ainsi que les enquêtes de Barlaam auprès des
hésychastes sont exactement contemporaines à sa controverse
avec Palamas sur la connaissance de Dieu : les lettres IV-VIII
publiées par Schirô se rapportent donc à cette même période
(1337-1338). Dans cette correspondance, on peut déceler les

1 Ce premier contact peut être localisé d'après le témoignage de Palamas dans le


Théophanis, cité dans la note précédente ; il convient d'y ajouter celui de Philo-
thée dans la Vie du patriarche Isidore (irpoopàXXci rotyapovv toîs (v QtaaaXovtK^
IJLovairrals npûrrois, éd. A. Papadopoulos-Kerameus, Zapiski de la Faculté
historico-philol. de Saint-Pétersbourg, t. LXXVI, 1905, p. 84). Le patriarche Nil
signale lui aussi que la controverse commença à Thessalonique (Encomion de
Palamas, PG, CLI, 665 C). Il ne semble pas que Barlaam se soit jamais rendu à
l'Athos : seul Philothée de Sélymbrie, un auteur de la seconde moitié du XIV*
siècle, l'affirme dans son Dialogue {To dyiov ôpos KaraAa/xtfapci-.. ' €vtv\oiv roivw
irai ofuXrfaas toîs tVeîac fjauxaoriKœs tov filov fi€Tfpxofi^vots Bdots àvSpdaiv,
tfUfnfiari tc icai <iç T/Ktarâ ri KaropBovai xPVaT°v> Palm. 366, fol. 404). Cette
information n'est recoupée par aucune source contemporaine.
* Cfr Schirô, op. cit., p. 38-39.
' *Op.oi6v ti iroitîs, woittp âv et ri? fiéya tfrpovtîv cVi aotplq Myjl ràv es ai&aoKa-
Xov (pâptvov (fioiT-ijoai. koX ov^vov tovtoi xp6vov -napaKaSioai SiSdoKOVTl, ri) S' oiVct'a
ovofiaBttq. fnjoiv ax€'" irapo«taTo<7j(«H' tcûv itSayiiâTow Ixtiviov (éd. J. Meyen-
dorpf, TJE, I, 230). Ce passage fait allusion à l'exorde de la première réponse
de Barlaam (éd. Schirô, p. 229).
4 TliKpôs aùroîs «Vi awôSov Kartor-q Kar-qyôpos, ô^^oAoï/ru'xous ivofià^wv avrov'f,
(éd. J. Meyendorff, 112, I, 288).
INTRODUCTION XV

premières étapes du conflit sur deux plans distincts, mais inti


mement liés : celui de la doctrine et celui de la spiritualité.
A Thessalonique, Barlaam a fait connaissance pour la première
fois avec la v^ifits — la « sobriété » — des moines auprès de
l'hésychaste Ignace et de quelques autres : Luc, Dishypatos et
Calothetos x.
Dès ce premier contact, le Calabrais s'est brouillé avec ses
maîtres : il avait critiqué leurs idées sur « l'intelligence enfermée
dans une partie du corps » *, il leur avait déclaré que seules les
facultés raisonnables et cognitives sont aptes à devenir semblables
à Dieu 8. « Si cette sobriété (vfjifii.s) que vous louez vide l'âme de
toute raison et la remplit de présomption, abandonne-la et
recherche une autre sobriété qui puisse te faire parvenir à la fin
qui convient aux hésychastes » *. Mais comme Dishypatos, qui
lui servait d'intermédiaire, critiquait le ton qu'il employait dans
sa lettre à Ignace et refusa même, semble-t-il, de la transmettre
à son destinataire 5, Barlaam en écrivit une autre où il se plaint
d'être injustement attaqué et critiqué — il avait déjà reçu les
lettres de Palamas —, fait l'éloge d'Ignace et déclare que les
critiques dont il avait chargé les moines ne lui étaient pas person
nellement destinées : « Je ne suis pas venu à vous pour bafouer
et dénigrer ta sainte personne ; je ne vous en voulais pas, et sur
tout pas à toi, comme cela est apparu à certains. Convaincu,
au contraire, de votre sublime vertu, je caressais le plus grand
espoir de trouver auprès de vous ce qui est vrai et juste en toutes
choses. Et en ce qui te concerne, mes espoirs se trouvèrent justi
fiés : tu as bien voulu répondre avec justesse à toutes mes ques
tions ; toutes tes réponses m'apparurent conformes à la plus
exacte vérité et je t'en remercie beaucoup ; de même, je n'ai que
de la reconnaissance envers Calothetos, Dishypatos et le bon Luc,

1 Ces deux derniers sont probablement à identifier avec David Dishypatos et


Joseph Calothetos, auteurs d'ouvrages pour la défense du palamisme. C£r Schir6,
op. cit., p. 9-1 1.
1 "Ev Ttia /tepei toû aatfiaros f6v vovv cytceicXciOfievov, tij toû ooj/iaToç à^poavvjj
rt Kai naxvnjTi av\mi$\ip\iivov, Epist. IV (ibid., p. 315).
' Tô>v yàp cv ^il^v toCto fiovov ôfiotovadax tû> &(<o -ni^vKC, ircpi o ro ypovtîv rt
«ai ciSo'flu ylverat (ibid., p. 316).
« Ibid., p. 318.
' Cfr Epist. VI, à Dishypatos, lignes 34-36, 54-56 (ibid., p. 326-327).
XVI GRÉGOIRE PALAMAS

avec lesquels j'eus de nombreuses relations et dont j'ai appris


beaucoup de bonnes choses. Mais, m'étant lié avec certains que
l'on appelle comme vous — oh ! je n'aurais pas dû le faire ! —
j'ai été initié par eux à des monstruosités et à des doctrines
absurdes, qu'un homme ne peut dignement énoncer s'il a de l'es
prit ou seulement un peu de raison, des produits d'une croyance
erronée et d'une imagination téméraire. Ils m'ont livré leurs
enseignements sur des séparations merveilleuses et des réunions
de l'esprit et de l'âme, sur les commerces qu'ont les démons avec
cette dernière, sur les différences qui existent entre les lumières
rousses et blanches, sur des entrées et des sorties intelligibles qui
se produisent par les narines avec la respiration, sur des bou
cliers qui se réunissent autour du nombril, et enfin, sur l'union
de Notre-Seigneur avec l'âme qui se produit à l'intérieur du
nombril d'une façon sensible en pleine certitude du cœur...
Lorsque j'entendis ces choses, je rencontrai un jeune garçon
{cvé-rvxov peipairiaKa) rtvi) qui risquait de tomber dans ces élucu-
brations comme si elles étaient vraies. Je lui recommandai
d'éviter avec soin d'accepter tout cela dans son âme et de ne pas
considérer comme sains d'esprit les gens qui enseignent ces
choses : il s'agit, en effet, de doctrines absurdes en elles-mêmes
et semblables à l'hérésie des Euchites. Mais comme je ne voulus
pas dévoiler leurs noms, j'employai l'appellation commune et
je me vis accusé .de diriger mes discours contre tous les hésy-
chastes l. »
Dans ce texte, Barlaam cherche tout d'abord à éviter toute
attaque personnelle contre Ignace, tout en justifiant sa propre
attitude négative à l'égard des moines : il se lance donc dans
une charge, probablement exagérée, contre certains hésychastes
anonymes. Comme dans sa première lettre à Ignace il s'en était
pris personnellement à lui, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'il se
soit vu accusé d'inconséquence par Calothetos 2 ; il se disculpe donc
en disant qu'il l'a fait pour leur éviter toute contrariété 3. Au
cours de la carrière de Barlaam à Byzance, nous le voyons souvent
changer d'attitude et même modifier le texte de ses écrits : c'est

1 Epist. V (ibid., p. 323-324).


!Cfr Epist. VII, 1, 14-15 (ibid., p. 328).
1 Ibid., 1. 9-1 1.
INTRODUCTION XVII

ainsi qu'il prépara une seconde rédaction de ses traités anti


latins, à la suite des critiques de Palamas x ; nous verrons qu'il
modifiera également ses écrits antihésychastes.
Sur ces entrefaites, Barlaam effectue le voyage à Constantinople
que nous avons déjà mentionné, probablement au début de 1338 :
il y continue son enquête sur les hésychastes et les dénonce
finalement au patriarche Jean Calécas et à son synode *. Selon
Philothée, qui contredit ici le texte du Thécyphanès de Palamas 3,
ce n'est qu'à Constantinople que le philosophe calabrais s'attaqua
pour la première fois aux moines *. Cantacuzène donne de son
côté deux récits de ces incidents qu'il paraît localiser à Constan
tinople : selon lui, le jugement de Barlaam serait fondé sur sa
rencontre avec un seul hésychaste ignorant « qui différait peu
des animaux » 6 et qui n'avait abandonné le siècle que depuis six
mois 6. Cantacuzène avait évidemment besoin de cette version
simplifiée du conflit de Barlaam avec les moines : le Calabrais
avait longtemps été son protégé et lui devait sa fortune, alors
que lui-même avait pris le parti des moines ; il lui fallait donc
présenter leur conflit comme un malentendu. Ce fut d'ailleurs
en partie l'attitude de Palamas lui-même, puisqu'il admettait
que les moines qui initièrent Barlaam n'étaient pas exempts
de toute faiblesse humaine 7 et que le philosophe n'avait pas pris
la peine d'approfondir son expérience de la spiritualité hésy
chaste.
En réalité, Barlaam avait fréquenté de nombreux moines,
et non des moindres, puisqu'il était en relations suivies avec un
David Dishypatos et un Joseph Calothetos. Il connaissait le traité
IJfpl <f>v\ai<fjs KapSlas de Nicéphore l'hésychaste et avait dirigé

1 Cfr J. Meyendorff, Les débuts de la controverse..., p. 105, n. 4.


* Cfr supra, p. xiv, n. 4, le témoignage de Palamas.
» Cfr supra, p. xm, n. 2 ; voir aussi Nil, Encomion (PG, CLI, 665 C).
* Encomion (PG, CLI. 585 A).
* *Qs Si) fiadrjTiâiv rua npooqXde twv -qovxaÇôvTwv, Xoyov T€ ant(TT(pr]pi*vw nav~
TfXàis Kat oXlyov oiatpépovrt àX6yu>v [Hist., éd. Bonn, I, p. 544).
EvyyiveTaL Tiw fiovaxw itpo irâvv fipaxéos, fArjvâiv *f St^AoSt), tûiv KoapuKwv tçut
KaToarârri ^povrlhtov koX rijs fiaTalov Tvpfirjç àmjXXayfitvuj ' ya^Krfj yàp Jjv avvoi-
KÛ>v ko! iratSt'oi;, Préface aux écrits de Christodoulos (pseudonyme de Canta-
cuzene), PG, CLIV, 696.
' Tr. I, 3, .)<) ; II, 1, 1 ; II, :!, 7, 1 ) ; cfr Tomos de 1341 (PG, CLI, 0S0 A).
XVIII GRÉGOIRE PALAMAS

contre lui la plupart de ses attaques 1. Palamas confirme implici


tement que son information n'était pas si défectueuse, en plaçant
toute sa polémique antibarlaamite sur le terrain des principes :
leur divergence était de nature doctrinale ; l'attitude agressive
que Barlaam adopta à l'égard de la méthode hésychaste de prière,
l'importance qu'il lui accorda, dénotaient chez lui une conception
différente des relations entre l'homme et Dieu. Ce n'était point là
un simple malentendu.
Le patriarche débouta Barlaam de son action 2 et, sur les
conseils du futur grand adversaire du palamisme, Grégoire
Akindynos, menaça de sévir contre lui s'il ne laissait pas les
moines tranquilles 3. Le Calabrais quitta la capitale et continua
ses attaques à Thessalonique.
C'est alors que la controverse devint publique. Barlaam, il
est vrai, voulait éviter le scandale et ne montrait pas les écrits
qu'il avait rédigés en dehors du cercle étroit de ses amis *. Les
moines tinrent conseil à Thessalonique et décidèrent de demander
à Grégoire Palamas, qui les avait mis au courant de son échange
de lettres avec Barlaam sur la connaissance de Dieu à propos de
la polémique antilatine 5, de devenir leur porte-parole en face
du philosophe calabrais : l'initiative de cette réaction revint à
Isidore, futur patriarche de Constantinople 6.
Ce n'est qu'à contre-cœur que Palamas répond à leur appel,
car il ne veut pas se brouiller définitivement avec Barlaam 7.
Il vient à Thessalonique, rencontre le philosophe calabrais et
cherche à lui faire abandonner ses attaques contre les moines 8,

^fr Tr. II, 2, 2-3, 25.


* Philothée, Encomion (PG, CLI, 585 B).
* Dans un rapport adressé ultérieurement à Calécas, Akindynos écrit lui-
même : tot«, npo navros âXXov, koi àvrcncaov *Ktivw koX irpôs ttjv arjv êeiorrjTa
fiera XvTrrjs àvrjvryKa jrepi tovtcov. Il provoqua ainsi la colère du patriarche
contre Barlaam : dir€iX-qadarjs aurai kclkwç àiraXXd^etv ttjs fieydXrjs ayitoavvrjs aou,
« Tovroiv ii.fi ànotrrai-q (édit. Th. Uspenskij, Sinodik v nedjelju pravoslavija,
Odessa, 1893, p. 86).
4 Cfr Tr. II, 1, 2 ; II, 3, 77.
* Grégoire parle de sa correspondance avec les Thessaloniciens dans sa pre
mière lettre à Barlaam (éd. J. Meyendorff, FIE, I, 219).
* Philothée, Encomion (PG, CLI, 586 A) ; Vie d'Isidore, p. 85.
Tr. II, 1, 1, 40.
* Philothée, Encomion (PG, CLI. 586 D-587 C).
INTRODUCTION XIX

mais sans succès. Barlaam montre lui-même à Palamas quelques-


unes de ses notes sur la spiritualité hésychaste 1, mais, comme on
pouvait s'y attendre, son interlocuteur n'y voit pas une raison
suffisante pour les traiter d'hérétiques « omphalopsyques ».
C'est alors que Palamas se résout à publier un traité contre
Barlaam, sans le nommer et sans avoir eu encore à sa disposition
le texte intégral des écrits du Calabrais contre les moines : il
rédige donc la Première Triade % qui date ainsi vraisemblable
ment du printemps de 1338 3.
Le livre de Palamas ouvrit la voie à la controverse publique
que Barlaam voulait éviter. Le Calabrais essaya d'arranger les
choses en retirant publiquement l'accusation d'«omphalo-
psychie » qu'il avait portée contre les moines *. Toutefois, par un
de ces retours d'humeur qui lui sont caractéristiques, encouragé
peut-être par certains amis de la cour, il modifie le texte de ses
traités, en modérant certains termes, en supprimant l'accusation
d'« omphalopsychie » 6, mais en répondant aux accusations que
Palamas avait portées contre lui dans ses lettres et ss Première
Triade 6. Sous cette nouvelle forme, il les livre au public et part,
au printemps de 1339, comme ambassadeur extraordinaire
de l'empereur auprès du pape.

1 Tr. Il, 3, 13.


* Philothée, Encomion (PG, CLI, 58g A) ; voir aussi le récit des événements
par David Dishypatos dans son 'Ioropîa ônws à-px*lv owea-nj 17 alpcots, existant
en deux variantes et rédigée vers 1346 (edit. prima par Porphyre Uspenskij,
Vostok Christianski]', Athon, III, Saint-Pétersbourg, 1898, Opravdanija, n. 49,
p. 821-828 ; edit. crilica par E. Candal, Origèn ideologico del palamismo en un docu
mente de David Disipato, dans Miscellanea Comillas, t. I, 1943, p. 487-525, repro
duite dans Orientalia Christ. Per., t. XV, 1949, p. 85-124) ; cfr Tr. II, 1, 2.
* Cfr Stanilooe, op. cit., p. 29.
4 Tr. II, 1, 3 (cfr Philothée, Encomion, PG, CLI, 587 D-588). Dans sa troi
sième lettre à Akindynos, Palamas fait état de plusieurs entrevues publiques
avec Barlaam (édition J. Meyendorff, Ï1E, I, 310-311), dont une devant un
p-iyas Sioiiojt^î ; à première vue, il s'agit d'entrevues postérieures, contem
poraines de la lettre elle-même (1340-1341) ; mais il n'est pas exclu que Palamas
rappelle des faits de 1338 : la promesse solennelle de modifier le texte des écrits
contre les moines correspond, en effet, à ce que Palamas rapporte dans la Deu
xième Triade de l'attitude de Barlaam à cette date.
'Cfr Tr. II, 1, 3.
•Barlaam réfute la Première Triade (cfr Tr. II, 1, 12-13, M '• Il 2, 27) et cite
aussi la première lettre que Palamas avait écrite à Akindynos (cfr Tr. II, 3, 78).
XX GREGOIRE PALAMAS

Durant son absence 1, Palamas, dans sa Deuxième Triade,


réfute en détail les traités du Calabrais.
Il se rend ensuite au Mont-Athos et fit confirmer par toutes
les autorités de la Sainte Montagne, y compris les higoumènes
géorgien, serbe et syrien, qui signèrent dans leur propre langue,
un Tôfios àyiopeiTiKÔs qu'il rédigea lui-même 2. Ce docu
ment se rapproche dans son contenu, même dans ses formules,
des Triades, surtout de la troisième qui lui est à peu près contem
poraine. Il ne nomme pas Barlaam, mais énonce, sous une forme
déclarative, la doctrine des Triades et approuve solennellement
« notre frère Grégoire, le très vénérable hiéromoine, qui a écrit
pour défendre les hésychastes » 3. Le document est contresigné
par l'évêque de Hiérissos et de la Sainte Montagne, qui déclare
que ni lui, ni les autorités monastiques ne recevront à leur com
munion celui qui ne serait pas d'accord avec le Tomos *.
A son retour de l'Athos, Palamas eut une nouvelle entrevue
avec Barlaam revenu de son ambassade : à nouveau le Calabrais
semble avoir eu une attitude fuyante, en paraissant accepter de
cesser toute attaque contre les moines 6. En fait, il lance contre
eux un nouvel écrit, intitulé Karà MaooaÀiavûv 6 : ce titre était
déjà tout un programme. Le Calabrais reprenait contre les
moines l'accusation d'hérésie, contrairement à la promesse don
née au patriarche et à Palamas 7. Il ne justifia plus cependant

1 Philothée. Encomion (PG, CLI, 589 BC).


* Troisième Lettre à Akindynos, éd. Meyendorff, IIZ, I, 310 ; cfr Tr. III, 3, 4,
où Palamas cite le Tomos comme son œuvre propre : <» t« tcjD àyioptmtcùi «cari
TÛtv ^povowratv Ta roiaûra rôpto *àv tô> nepi npootu^qs oevrépw Xôyw (— Tr. II, 2)
rpavôis ànrotltafitv. Le Tomos est publié par Pseutogas dans T1E, II, 567-578.
* Ibid., 1236 A.
* Ibid.. 1236 D.
' 'HvIku Ktù npàs avrév, avriv 4\tjoas, tlnov fujocv irtpov dvai tÔ fliaiAp.tvov
ij^ôs ofohpws àvriKiytiv y Sri alptriKovs A^yo tous fiovaxovs, xàv toOto piv à^fj
«rai Ta ciri Tovrtp avyypâfxfiara. . ., arijacrai Ta rrjs avriAoyias... O S* fnyvtot «rai
inioxtTo npdÇtiv, Troisième lettre à Akindynos (p. 581).
* Tr. III. 1, 1 ; Tome synodal de 1341 (PG, CLI, 682 C. etc).
' Il s'agit bien d'une reprise d'une accusation ancienne, puisque dans sa lettre V
à Ignace il suggérait que les visions des moines étaient « semblables à l'hérésie
des Euchites » (-na.pop.ma Tjj rûv EixiTwv alpioti, édit. Schirô, p. 324). Les ter
mes « Euchites », « Messaliens », « Bogomiles » désignaient à l'époque la même hé
résie dualiste répandue dans les Balkans et l'Empire byzantin. C'est cette nou
velle accusation de Barlaam qui poussa Palamas, dans sa troisième lettre à
INTRODUCTION XXI

cette accusation par la méthode de prière des moines, mais par des
considérations théologiques : les hésychastes prétendent voir
Dieu lui-même, ce sont donc des Messaliens ; or ils affirment qu'ils
ne voient pas l'essence même de Dieu. Que voient-ils donc ? Une
Divinité inférieure. Ce sont donc des « dithéistes » *.
Barlaam voulut ainsi appliquer aux hésychastes l'argumen
tation qui fit condamner, vers 1087, sous Alexis Comnène, un
prêtre de l'Église des Blachernes à Constantinople, Théodore,
originaire de Trébizonde, qu'Anne Comnène * appelle simplement
le « Blachemite » (BXaxepvirrjs) et qui fut convaincu de bogomi-
lisme. Un nouveau surnom pour remplacer ofi^aXàifwxot fut
adopté par Barlaam : les moines sont des pXaxepvÏTai 8 !
Cette argumentation de Barlaam fit entrer Palamas dans le
domaine de la pure doctrine : il se vit dans l'obligation de formu
ler une théologie qui puisse sauvegarder la transcendance divine,
tout en tenant compte de l'absolue réalité de l'expérience spiri
tuelle accessible aux chrétiens.
Il rédigea la Troisième Triade, réfutation du Karà Maaaa-
Aiavtôi', qui date ainsi du début de 1341.
Barlaam, de son côté, retourna à Constantinople, présenta
son livre au patriarche et réclama un concile pour condam
ner les moines. Il obtint gain de cause sur ce point : Jean Calécas
convoqua Palamas et plusieurs de ses disciples. Des réunions
préliminaires eurent lieu dans la capitale, au cours desquelles
le patriarche et les évêques étudièrent les traités de Barlaam et
les Triades de Palamas et furent convaincus par le docteur hésy-
chaste : Calécas fit même, devant témoins, l'éloge de Palamas *.
Akindynos. à rappeler les anciennes promesses du Calabrais données en présence
de personnalités officielles.
lCfr Tr. III, 1, 24 ; III, 2, 20.
•Anne Comnène, Alexiade, X, i (édit. Leib dans Collection Budé, t. II,
p. 189) ; cfr V. Grumel, Regestes du Patriarcat byzantin, t. II, 45, n° 946. Pala
mas donne des renseignements inédits sur le personnage (Tr. III, 1, 7 ; cfr III, 2,
3 ; ni. 3, 4).
•Cfr Tr. III, 1, 1, etc.
* Après 1341, les moines rappelèrent, en effet, au patriarche son attitude
passée : *H ucydXij dytajavirrj aov, rà rov BapXaà^. trvyypdfifiaTa irpooavayvovoa,
erra *at rà npoç tKtZvov dvrippTjTiKà rov TlaXauâ avyypdp.p.ara, avv ovk oAi'yotç rmv
fXXoytfujjv, rjfiwv 7€ napôvrwv, (tttJvcogs fliv Kai TfOavpaKas purà râtv avvavaKpoui-
fitvwv andvrutv rà rov ïlaXafid, rrâoav àatpdXtiav èntfiapTvpjoas avrols [Lettre de
Palamas à Philothée, 20, éd. N. A. Matsoukas, TIE, II. 537). Philothéc confirme
XXII GRÉGOIRE PALAMAS

Le concile se réunit en juin à Sainte-Sophie, sous la présidence


d'Andronic III, dans une atmosphère défavorable à Barlaam,
auquel on reconnut pourtant le rôle d'accusateur 1. Comme on
pouvait s'y attendre, il fut à nouveau débouté de son action
contre les moines dont on proclama l'orthodoxie. Sur les conseils
de son ancien protecteur, le Grand Domestique Jean Cantacuzène,
le philosophe calabrais fit amende honorable devant le concile 2.
Dès la clôture de l'assemblée, il quitta Byzance, préférant
exercer ses talents d'humaniste dans l'Italie de la Renaissance.
Le 15 juin, Andronic III mourut subitement. Le pouvoir
effectif fut exercé, pendant quelques mois, par Jean Cantacuzène.
Sur son initiative, un second concile se réunit en août, condamna
Akindynos qui critiquait les formules antipalamites de Palamas
et publia un Tome synodal 3 qui reprend très exactement les
expressions et les citations des Triades pour en confirmer l'ortho
doxie. Le Tome est présenté comme un résultat des deux conciles,
celui de juin et celui d'août : leur composition devait d'ailleurs
être à peu près la même, à l'exception de la personne de l'empe
reur. Le patriarche Jean Calécas n'accepta, cependant, qu'à
contre-cœur l'initiative de Cantacuzène. En plus de son opposi
tion politique au Grand Domestique, il craignait lui aussi les for
mules théologiques de Palamas, même lorsqu'elles avaient un
fondement patristique. Le patriarche et son entourage ap
paraissent ainsi comme des représentants de la théologie
officielle et figée qui, depuis le IXe siècle, était souvent con
sidérée à Byzance comme seule expression valable de l'ortho
doxie, dans la mesure où elle demeurait strictement fidèle aux
formules littérales des sept conciles oecuméniques. Sur les ins
tances du patriarche, on ajouta donc au texte du Tomos un para
graphe qui se référait aux canons réservant aux évêques le
droit de formuler les dogmes de l'Église *.

ces laits en termes enthousiastes {Encomion, PG, CLI, 596 AC.) ainsi que Grégoire
Akindynos {Rapport au Patriarche, éd. Th. Uspenskij, Sinodih, p. 86).
'Cantacuzène, éd. Bonn, t. I, p. 550-551.
* Ibid., p. 553-554 ; cfr aussi la Préface à ses traités publiés sous le pseudonyme
de XpiorôiovXos, PG, CIV, 698 D ; et aussi Jean Calécas, Iltpl toô TÔpov
(PG, CL, 900 D).
•PG, CLI, 679-692.
« PG, CLI, 681 B-682 B.
INTRODUCTION XXIII

Les décisions conciliaires de 1341, résultat direct de la polé


mique théologique dont les Triades constituent le document
essentiel, approuvent donc la théologie palamite. Seules les
circonstances politiques, comme nous le montrerons ailleurs,
poussèrent le patriarche Jean à se tourner vers Akindynos,
dès l'éloignement de Cantacuzène, en automne 1341. Il s'appuiera
alors sur le paragraphe relatif aux privilèges des évêques pour
condamner le docteur hésychaste.
Ces événements qui se sont déroulés à l'Athos, à Thessa-
lonique et à Constantinople de 1337 à 1341, et qui constituent
le cadre historique des Triades, nous montrent assez bien l'at
mosphère dans laquelle débuta ce que l'on appelle générale
ment la controverse « hésychaste » ou « palamite » et qu'il faudrait
plutôt désigner comme « barlaamite ». Ce sont, en effet, les écrits
de Barlaam qui la provoquèrent : ses traités antilatins et surtout
ses pamphlets contre les moines. Même un adversaire aussi achar
né de Palamas que Grégoire Akindynos voit l'origine des troubles
dans les initiatives intempestives du philosophe calabrais 1.
Peut-être un conflit était-il inévitable entre les humanistes
byzantins et les hésychastes, — les deux mouvements étaient
en plein développement au XIVe siècle et suivaient des voies trop
différentes, — mais ce conflit aurait pu prendre une tournure
plus modérée si Barlaam ne s'en était pas pris aux moines comme
il l'a fait. Ainsi, quelque jugement que l'on porte sur les formules
de la théologie palamite, il est important de les considérer en
fonction des idées de Barlaam le Calabrais. Palamas n'était pas
un mystique personnel, du type de Syméon le Nouveau Théolo
gien, et il ne se destinait pas non plus, à être le fondateur d'une
nouvelle métaphysique ou l'auteur d'une « Somme » théologique.
Comme l'écrit un auteur très averti, seules « les circonstances en

1 II écrit en effet au patriarche que le calme n'a été rompu que lorsque <j>66v<i)
oia/3ôAou «aï vp07T€T(Cq. yvtuftijs kivtj9cvtos tov Baphaipi ixtivov xarà tûv iv
■novxta Kadrfutvwv ini fiîw (coflapâj (édit. Th. UsPENSKij, Sinodik, Odessa, 1893,
p. 86). Il est tout aussi ferme dans une lettre qu'il adressa en 1341 à Barlaam
lui-même : NopLiÇut roivvv 17x01 $iAoSo£ia Kal ^uAoretvi'a at SiwB-qKÔra toÎç Upoîs
àvbpâoiv fiTTjpcdÇeiv rj ayvota koll àfiadia twv aptTTJs àyadâiv (Atnbros. gr. 290, fol.
67). La correspondance inédite d'Akindynos avec Barlaam et Palamas durant les
années 1340 et 1341 nous livre des renseignements intéressants sur les protago
nistes de la controverse. Nous l'étudions plus en détail dans notre travail d'en
semble sur Palamas.
XXIV GREGOIRE PALAMAS

firent le théologien et le docteur abondant d'un système méta


physique » 1 : ce système, selon lui, était celui des Pères grecs.
S'il ne s'était cru obligé de le défendre contre Barlaam, il aurait
simplement laissé « une œuvre d'auteur édifiant et de prédica
teur » 2. Dans sa polémique, son but unique était de refléter la
conscience de l'Église, de formuler la vérité qui lui est, dès le
début, révélée ; il l'a fait en bon théologien, en se servant d'un
abondant matériel patristique, auquel il emprunte toutes ses
formules 3. Mais son esprit vivant et créateur ne se contente
pas de répéter servilement ces dernières : un diagnostic péné
trant des dangers précis que faisait courir à l'orthodoxie le nomi-
nalisme de Barlaam le fait aboutir non pas à un système nouveau,
mais à une synthèse originale de la tradition patristique.

II. Les écrits de Barlaam

Dès le mois de juin 1341, un rescrit du patriarche Jean Calécas


enjoignit la confiscation et la destruction des écrits de Barlaam
dirigés contre les moines *. Leur texte original est donc perdu.
Seules quelques lettres du Calabrais furent conservées dans des
bibliothèques privées : le meilleur manuscrit, qui sert de base à
l'édition Schirô, provient de la bibliothèque du cardinal Bessa-
rion. Ses traités antilatins, par contre, malgré les attaques dont
ils furent l'objet de la part de Palamas, eurent un grand succès
et on les trouve dans de très nombreux manuscrits.
Nous avons vu plus haut que les premiers écriit. de Barlaam
contre les hésychastes connurent deux éditions. Le contenu de
la première ne peut nous être révélé que par la Première Triade ;

1 J. Gouillari), Petite Philocalie de la prière du cœur, Paris, 1953, p. 268.


• Ibid.
1 Nous avons eu l'occasion de montrer ailleurs que certaines formules trop
osées lui ont été attribuées à tort. Cfr Une lettre inédite de G. Palamas à Akindy-
nos, SeoAoyi'a, t. XXIV, 1953, p. .561-566.
* Miklosich et Miii.r.iiU, Acta, t. l.p. 201-202 (— PG, CI. II, I2.(i AC). Comme
le signale Palamas, ce document fut diffusé avant lapul Ikationdu Toinos synodal
d'août 1341 {rà npà toû rôp.ov -na-rpinp^tKà yptip^iara Karrâ Trâaae tKKX-qalny àno-
OT(XÀ6p€va. . ., util rà avyytypappiva toutois', ov âv tvptdiîtv, nvpl Trapa&ihoodat Sivai-
ovvra. Réfutation du patriarche d'Antioche. éd. Pskutogas. [1£, II. 640), immédia
tement :«,près le concile de juin (6 raïs- âirai^a^û yrjs Upaïs (HicXfjalaiv /itrù rrjv
ovvo&ov ciriarciAaç tùdvs tKtlvrjv. tiéfututi'-ii ilu dossier de Calécas, éd. Pskuich; \s
11E, II. 657-65H)
INTRODUCTION XXV

or Palamas ne connaît alors que des extraits de l'œuvre du


Calabrais et ne l'attaque pas encore nommément. On peut cepen
dant affirmer que les idées et les critiques que Barlaam exprime
alors — vers 1337 — coïncident avec celles que nous trouvons
dans ses lettres à Ignace, l'hésychaste : les mêmes expressions
se retrouvent dans les traités et dans les lettres. Nous pouvons
nous en persuader en comparant le texte original de Barlaam,
dans ses lettres, avec ses idées telles qu'elles sont rapportées
dans les Questions qui précèdent les trois traités de Palamas et
qui citent plus ou moins textuellement les écrits du Calabrais.
Barlaam Barlaam
(texte des Lettres) (d'après Palamas)
hooças yàp rjpw Tore ovk tv Aéyovoi yàp fffiâs kokws noitîv,
Tiw fiepei tov atôfiaros tov vovv (voov toû owfiaros o-ntvoovras tov
tX(a' iyKtKXa.op.evov..., àXXà... rffiértpov ifinepiKXtUiv vovv. "E£w
Karà tov tvoc)(6fi€vov rpôrtov, rov yàp rov otùfiarôs <j>aoi fiaXXov
fiti- acofjuiToei.Sovs navras ki\o>- Xpjfvat. Travrl Tp6n<p tovtov i£u>6tîv
pi.ofi.ivov (Epist. IV, éd. Schirô, (Quest. II, p. 71)'.
P- 3I5)-

Qtos àvOputTTOis ovyylveTcu, Srav 'Eireiorf Tii/tov rJKOVoa Xeyôvrtov


rùv Te ttolOwv âfia Kai Ttàv tjievowv otîv fitraoïwKeiv ttjv t£a> ootj>Lav
oo£â>v àirqXXayfiivov jj (Epist. IV, Kai tovs fiovdÇovras, ws avtv rav-
P- 318). TTfs ovk ivov àyvolas Kai \j)f.vowv
à-jTaXXayrjvat. ooÇaofiâTwv... (Quest.
I, p. 5).
JmÇeJfïiç Tivès Tcparwous Kai Aiaavpovai o<j>6opa rivas twv
aSdis ov£ev£eis voû npàs lpvX*lv rffi(T€pcov, kot' ainûiv ypâ<f>ovres
TTapfolooVTO... Kai voepai tiwç cûç... 8ià ttjs àvaTTVorjs eîaoj ■ntfi-
tUroooî Te Kai êfoSoi 8tà tû>v pivwv TTCIV TOV OIKCÎOV VOVV, (paOKOVTCS flTf
âfia tô» nvevfiaTi yivôfj.tvai (Epist. Kt)(u>pi.ofiévov elvat rfjs <l>v)(fjs rov
V, p. 323)- vovv. ■ . <Paol 8è Kai tt)V dtlav Xa/Jl,/
hlà Ttàv flVKTTfpUJV dooiKÎÇfiv
Xtytiv (Quest. II, p. 71-73).

Jui/ioi'civ Te irpôs avTïfV [ttjv tf/v^v] rp6.<f>ovoi Tolvvv... avTovs ■npoo-


owovaiu>oeis Kai <J>wtu>v 8ia<f>opal avé^iv fiôvr) rfj tvxfj, S( rjs ani-
irvppôiv Te Kai Xcvkwv [7TaptolSovro] Xavvtodai fiiv Ta Troinrjpa nvtvfiaTa
(Epist. V, ibid.). ovvovaiuifxîva ôvra toîç àvapiunois ■ ■ -,
flXéireiv oè (fiwra tovtovs alaBr/Ta,
OTffielov o' r/ytlodai Ttôv fitv Oawv,
TTfV €TTI.KfXptl)OfLlvTjV X(VKOTT)Ta,
TÛ>v oi Ttovr\pûiv, to olov TTvpûùes
Kai ÇavOôv (Quest. III, p. 103-105).
XXVI GRÉGOIRE PALAMAS

On peut facilement citer d'autres exemples dans le texte même


des Triades ; nous les signalerons dans les notes.
Philothée nous dit que les deux premières Triades sont diri
gées contre le même écrit du Calabrais 1. Cependant, après avoir
lu le premier antirrhétique de Palamas, le Calabrais modifia
le texte de son écrit : il y supprima l'accusation d'« omphalo-
psychie» 2 et ajouta des réfutations formelles de certains passages
de la Première Triade et des lettres de Palamas 3.
Plusieurs contemporains mentionnent ce premier ouvrage de
Barlaam contre les hésychastes. Palamas lui-même nous dit qu'il
était intitulé : Ilepl reXeiônfros àv6pctyirlvrjs Kal ao<f>las Krlaews *,
Ailleurs, le docteur hésychaste désigne les écrits du Calabrais
comme des Aôyoï. nepl irpooevxfjs 6 ou des Aôyoi irepl yvûxjeœs *.
Le patriarche Jean Calécas, pour sa part, parle d'un livre IJepl
jxtiTÔs et d'un autre Ilepl rijs eixfjs 7. Des textes inédits nous
confirment que Palamas et le patriarche Jean citent bien le
titre ou les titres du livre. Akindynos, dans une lettre à Barlaam,
parle d'un enseignement (écrit) sur la prière et la perfection
humaine (irepl irpoaevxfjs Kal TeXeiôrrjToç àvdpcuirCvrjç SiSâoTcei?) 8.
Joseph Calothetos, un disciple de Palamas, écrit de son côté
que Barlaam « rédige un livre contre la divine lumière et sur la
prière et la perfection » (Kadlaas Karà ax°^V^ o^vrârrei ko! Spyavoî
j9i8Aîov Karà rov delov Kal àxpdvrov <j>wt6ç..., àWà 8e ko.1 nepl
Trpocrevx>îs Kal TeAcior^Toç) *. Comme, d'autre part, Barlaam
entendait précisément prouver que la « lumière » (<f>ws) était une
« connaissance » (yvwois), on peut supposer avec vraisemblance
que le traité « sur la lumière » est identique à celui qui parlait
« de la connaissance ».
L'ouvrage de Barlaam pourrait donc être également une Triade,
ce qui expliquerait l'identité du plan des deux premières Triades

1 Kar* aïiTLuv tKttvuiv, TÛtv tov BapXadp 4>r]fii, irpwrœv \6yaiv, Encotnion (PG,
CLI. 589 B).
» Cfr Tr. II, 1, 4.
»Cfr Tr. II, 1, 12-14 ; H. 2, 27 ; II, 3, 78.
« Tr. II, 1, 38. 39.
» Tr. II, 2, 16.
• Tr. II, 3, 78.
' Explication du Tome, PG, CL, 900 D.
• Scorial. 4>-III-n (autographe), fol. 230 v.
• Appel à Calécas, Angel. gr. 66, fol. 131 v.
INTRODUCTION XXVII

de Palamas : toutes deux suivraient simplement le plan de l'ou


vrage de Barlaam contre lequel elles étaient dirigées. Palamas
distingue, en effet, nettement un premier traité du Calabrais
consacré aux « études » des deux autres qui traitaient de la
prière et de la lumière 1.
On trouve de nombreuses citations littérales de Barlaam dans la
Deuxième Triade et plusieurs de ces passages correspondent
bien au texte des lettres. Il est parfois difficile de délimiter exacte
ment ces citations dans le texte de Palamas : là où leurs contours
apparaissent comme à peu près certains, nous les avons placées
entre guillemets dans le texte grec et en italique la traduction.
Voici les §§ contenant des citations dont l'exactitude est probable :
i) Sur la sagesse profane (un traité IJepl TeXeiôrrjTos àvdpœmvrjs
Kal ao<f>ias K-rycreatç ?)
II, 1, §§ 4, 5, il, 13, 17, 19 et 21, 23, 25, 26, 27, 33, 34, 37 (très
longue citation), 39.
II, 3, §§ 71, 73, 75 (la même que dans II, 1, 34), 78.
2) Sur la méthode de prière (un traité flepl npooev^s ?)
II, 1, § 30.
II, 2, §§ 4, 8, 9, 11, 12, 13 et 14, 16, 17, 18, 23.
3) Sur la lumière qui, pour Barlaam, est une « lumière de la
connaissance » (un traité IJepl yvwoews ou Ilepi tov <f>wroç ttJç
yvwoecos ?)
II, 3, §§ i, 6, 7, 12, 14, 19, 47, 49, 50, 54, 58, 60, 61, 64 (longue
citation) v 76.
Le traité Karà MaaaaXiavœv, rédigé en 1340, après le retour
d'Italie, est, lui aussi, abondamment cité dans la Troisième
Triade. Son contenu est nettement plus dogmatique : Barlaam
cherche à y prouver le messalianisme des moines sur le plan
strictement théologique. Dans une préface, il annonce que la
conception de l'ouvrage date de son séjour en Italie a ; il menace
de provoquer un concile contre les moines 3, ce qu'il fit l'année
suivante en 1341 ; il se présente enfin comme un défenseur
de l'Église et de l'orthodoxie *.

1 Tr. II. 1, 3.
* Tr. III, 1, 4.
•Tr. III, 1.5.
« Tr. III, 1,2.
XXVIII GRÉGOIRE PALAMAS

Voici les §§ où Palamas cite ce traité :


III, 1, §§ io, 24, 25.
III, 2, §§ 4, 13, ai.
III, 3, §§ 2, 5, 6, 8, 11, 14.

Le Karà MaooaXiavœv est également cité dans la troisième


lettre de Palamas à Akindynos * et dans le Tome synodal de
1341 2. Cette dernière citation est une référence synthétique à
un ensemble d'expressions de Barlaam et non à un passage précis.

III. Nicéphore l'hésychaste et son traité


De la garde du cœur

Pour le grand public, le mot « hésychaste » reste presque exclusi


vement associé, aujourd'hui encore, à des pratiques psycho
physiques de prière que l'on considère généralement comme
d'origine non-chrétienne 3. Une lecture attentive des Triades
de Palamas permettra, nous l'espérons, à un plus grand nombre
de personnes intéressées à l'histoire spirituelle de l'Orient chré
tien de replacer ce problème dans son véritable contexte et
de nuancer leurs jugements souvent trop catégoriques.
La question des moyens psycho-physiques de prière n'occupe
qu'une place assez restreinte dans la polémique entre Barlaam

1 Édition J. Meyendorff, IÏZ, I, 300-301, passage où il interprète pour la


première fois le palamisme comme une doctrine dithéiste admettant deux divi
nités, une vTTtpKcinévri et une i^tiuivi]. Dès ce moment, Palamas récuse cette
interprétation et cette expression.
» PG, CLI, 682 D-683 A ; 688 D-689 B ; citations reprises dans la lettre de Ca-
lécas aux moines de l'Athos (Mikxosich et MUller, Acta, I, p. 239-240).
* Le mot ijCTi>xaoT1?s ou 4<n,X"Ca"' est appliqué en Orient, au moins depuis le
Ve siècle, aux moines vivant isolément ou en petits groupes, par opposition
aux grandes communautés monastiques. On désignait aussi comme « hésy-
chastes » les moines qui menaient une vie isolée et contemplative au sein des
communautés (cfr J. Bois, Les hésychastes avant le XIV siècle, dans Échos
d'Orient, t. V, 1901, p. 1-11 ; G. Ostrogorskij, Les hisychastes athonites et leurs
adversaires (en russe), dans les Zapiski de l'Institut russe de Belgrade, t. V, 1931,
p. 350-35,* ; Cyprien Kern, L' anthropologie de s. Grégoire Palamas (en russe),
Paris, 1950, p. 59 ; I. Hausherr, L'hésychastne. Élude de spiritualité, dans
Orient. Christ. Per., t. XXII, 1956, p. 9-11, etc.).
INTRODUCTION XXIX

et Palamas. Comme nous l'avons vu plus haut, le philosophe


calabrais la mentionne dans une de ses lettres à Ignace et lui a
probablement consacré l'un des trois écrits qu'il dirigea contre
les hésychastes. Quant à Palamas, il en parle dans le second traité,
très court, de la Première Triade, le seul qui ait été publié dans la
Philocalie grecque et reproduit dans Migne, et aussi dans le
second traité de la Deuxième Triade, également assez court.
Palamas nous apprend que Barlaam dirigea son attaque
contre « les écrits sur la prière de Nicéphore, saint et confesseur ».
Nicéphore était d'origine italienne, mais « reconnut l'hérésie de
ces gens » (les Italiens) ; « il rejeta leur héritage et préféra notre
Empire à son propre pays, parce que la parole de vérité s'y dis
pense correctement ». Une fois en Orient, il se retira à l'Athos
et y passa de longues années. Adversaire de l'union, il fut con
damné au bannissement par Michel Paléologue l.
Nicéphore est l'auteur d'un petit traité Sur la garde du cœur,
publié dans la Philocalie et reproduit dans Migne sous le titre
fltpl vqi/jeœs ko! <f>v\ai<i}ç KapStas 2. Les manuscrits lui donnent
des titres variables, mais le plus courant est : Aôyos dxfxXelas
fxecTTOS irepl <f>v\a.Kr}s KapSlas NiKr}(f>6pov fiOvâÇovros 3. C'est bien

1 Palamas, qui nous donne ces renseignements (II, 2, 2 ; passage publié par
N. Colan dans une revue roumaine et reproduit par M. Jugie, Note sur le moine
hésychaste Nicéphore, dans Échos d'Orient, t. XXXV, 1930, p. 409-412), reste
notre unique source d'informations sur la biographie de Nicéphore. C'est lui
encore qui signale dans sa première lettre à Barlaam (voir l'édition de J. Mkykn-
dorff, dans HL, I, 234) que Nicéphore est l'auteur d'un traité sur la Pro
cession du Saint-Esprit. Un manuscrit tardif (Mosq. Syn. 250, s. XVII, ff. 262-
263) contient en effet des 'WoflcTiicol ovXXoytanot de Nicéphore sur la Proces
sion. D'autre part, on trouve dans le Lavra 1626 (s. XV) une sorte de testament
théologique, de contenu assez banal, adressé par Nicéphore à ses disciples :
on y apprend seulement que Nicéphore était hiéromoine et qu'il avait fondé
un ermitage (^povriar^tov) à l'Athos (ff. 149-153).
• PG, CXLVII, 945-966.
'Paris, gr. 1140 (s. XIII-X1V), ff. 219-221»; cfr Paris, gr. 1091 (s. XIV),
ff. 240v-246 et Paris, gr. 1145 (s. XIV), ff. 83-88. Dans le Bodl. Baroc. 69 (anno
1378), le traité est divisé en deux parties sous des titres différents : la première
est intitulée Tlcpi rxpoaox^s ■qroi <f>vXa.KTJs xapSlas (Inc. : Tyv npocox^v oi fitv...),
la seconde Mtdo&os irtpl tijî Bfias ivcpyeîas (Inc. : Tovro toivw tô fityiorov. ..).
Une édition critique du traité serait à souhaiter : les manuscrits comportent
des variantes dans le choix des extraits patristiques et dans le texte (cfr I.
HaUSHERR, La méthode d'oraison hésychaste, dans Orient. Christ., t. IX, 2, 1927.
p. 130).
XXX GRÉGOIRE PALAMAS

cet écrit qui fut principalement attaqué par Barlaam ; Palamas


en donne, en effet, une description qui correspond exactement
au contenu, tel qu'il se trouve dans la Patrologie : Nicéphore,
écrit Grégoire, « composa un recueil de conseils patristiques
qui prépare aux combats, règle les moyens de conduire la lutte,
donne un avant-goût des récompenses et esquisse une image
des couronnes de victoire. Ensuite, comme il voyait que les
néophytes ne pouvaient, même en partie, surmonter l'instabilité
de leur esprit, il leur propose aussi un moyen d'en réprimer
partiellement les vagabondages et l'imagination » l. L'écrit de
Nicéphore est, en effet, divisé en deux parties :
i) col. 945 à 962 B, un florilège de textes patristiques ;
2) col. 962 B à 964 B, la description d'un moyen pratique
pour parvenir à l'« attention » (irpoooxfi) , lorsque l'on ne possède
pas de bon maître spirituel *.

Nous pouvons être à peu près certains que Barlaam et Palamas


ont également connu la MédoSos rfjs Upâs irpoaevx>jç kcù irpoa-
oxfjç que plusieurs manuscrits attribuent à Syméon le Nouveau
Théologien, mais qui date seulement du XIIIe siècle 3. Bien que

1 Tr. II, 2, 2 ; cfr I, 2, 12.


* Je cite la traduction de J. Gouillard : « Il importe donc de se rechercher un
maître infaillible : ses leçons nous apprendront nos écarts, à droite ou à gauche,
et aussi nos excès en matière d'attention... Si tu n'as pas de maître, cherches-en
un à tout prix. Si tu n'en trouves pas, invoque Dieu dans la contrition de l'es
prit et dans les larmes, supplie-le dans le dépouillement et fais ce que je te dis.
Mais d'abord que ta vie soit paisible, nette de tout souci, en paix avec tous.
Alors entre dans ta chambre, enferme-toi et t'étant assis dans un coin, fais comme
je vais te dire. Tu sais que notre souffle, l'air de notre inspiration, nous ne
l'expirons qu'à cause du coeur. Car c'est le cœur qui est le principe de la vie et
de la chaleur du corps... Recueille ton esprit, introduis-le — je dis ton esprit —
dans les narines ; c'est le chemin qu'emprunte le souffle pour aller au coeur.
Pousse-le, force-le de descendre dans ton coeur en même temps que l'air inspiré.
Quand il y sera, tu verras la joie qui va suivre... Car «le Royaume de Dieu est
au dedans de nous » (Luc, XVII, 21) ... Sache ensuite que, tandis que ton esprit se
trouve là, tu ne dois ni te taire, ni demeurer oisif. Mais n'aie d'autre occupation, ni
méditation que le cri de « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, ayez pitié de
moi ! » (Petite Philocalie, p. 203-205).
•Cfr I. Hausherr, La méthode..., ibid., p. 111-118. Le texte de la Mîdo&os
est très proche de celui de Nicéphore et le P. Hausherr admet que Nicéphore
puisse être l'auteur des deux opuscules (ibid., p. 129-134).
INTRODUCTION XXXI

le nom deSyméon ne soit mentionné qu'une fois dans lesTriades1,


Palamas reprend parfois les termes mêmes de la MédoSos, qui ne
se trouvent pas chez Nicéphore 2. Est-ce parce que la MédoSos
n'était pas encore, au XIVe sièle, unanimement attribuée à
Syméon, que son nom n'est pas prononcé dans la querelle ?
Cela est possible. En tout cas, pour les deux protagonistes,
Nicéphore est le maître par excellence de la méthode psycho
physique de prière, et tous deux se réfèrent principalement au
IJepl <j>v\a.Kfjs KapSlas.
Barlaam le considère comme l'inventeur de la méthode respi
ratoire ; selon Palamas, il n'est que l'interprète d'une ancienne
tradition 3 et il est fort possible que le docteur hésychaste ait
raison sur ce point : ce que l'on n'a formulé qu'au XIIIe siècle
semble bien avoir existé dès le temps de s. Jean Climaque. Il
est incontestable par ailleurs que l'on puisse trouver des paral
lèles aussi bien dans la mystique musulmane * qu'aux Indes 6.
Une intéressante étude de religion comparée serait certainement
à faire et des influences mutuelles à déceler 6.
Une telle comparaison perdrait cependant toute valeur si
l'on oubliait le fondement christocentrique que ces pratiques
avaient acquis dans le milieu monastique chrétien et le lien
qu'elles présentaient, dans l'esprit des meilleurs, avec l'Incarna

1 Tr. I, 2. 12.
1 Voir par exemple dans Tr. I, 2, 8 : oîov (pelafiarl twi tovtov [tov otp6aXp.ov]
rrpoocpeîSetv rû> oikcigj ar-qdei rj rôt op.<pa\œ (cfr La méthode..., édit. Hausherr, p.
164 : c?ra èpctoaç rÇ) arr\d(i aov ntoywva, kivcùv toV aiaSi)rov 0<p9aXp,6v avv ôAo*
rtp voî tv tiéor] KotXtq , rjyovv ev tô» S^itpaXûj) .
* Tr. II, 2, 25. Ignace et Calliste Xanthopoulos reconnaissent aussi en Nicé
phore le maître de la méthode (cfr PG, CXLVII, 677 D ; trad. Gouillard
Petite Philocalie, p. 288-289).
* Cfr les textes cités par J. Gouillard en appendice à sa Petite Philocalie,
P- 317-336.
6 Voir E. von Ivanka, Byzantinische Yogis ? dans Zeitschr. der deutschen
Morgenl. Gesells., t. Cil (N. F., XXVII), 1952, p. 234-259.
•L'intérêt que les moines byzantins de l'époque pouvaient avoir pour l'Inde
se manifeste notamment dans le fait que, dans des recueils d'écrits spirituels
contenant des œuvres de Marc l'Ermite, d'Hésychius, de Diadoque, on rencontre
aussi le TJtpl rwv ttjs 'Ivhias tôvwv Kal tûiv Bpaxp.âva)v, dont la première partie
est de Pallade : les n Brahmanes » y sont présentés comme des fervents de la
prière ininterrompue (ôSiôAciittoç npoaevxrj) (cfr par exemple les Paris, gr.
1597 (s. XIII), ff. 314-315, et Paris, gr. 1037 (s. XIV), ff. 126-146).
XXXII GREGOIRE PALAMAS

tion et la vie sacramentelle de l'Église 1. Une influence non-


chrétienne, si elle pouvait être prouvée, ne priverait aucunement
ces pratiques de leur valeur chrétienne propre : ce ne serait ni le
premier, ni le dernier exemple d'un emprunt au paganisme dans
le domaine de la liturgie, de la spiritualité ou des idées ; adapté
à un usage chrétien, il peut être licite et justifié.
D'ailleurs nous avons vu plus haut que ni Palamas, ni ses
disciples n'ont nié que des abus aient pu se produire parmi les
plus ignorants des moines hésychastes. Grégoire prend cependant
la défense de Nicéphore, non sans réserves d'ailleurs. Les deux
traités consacrés à la prière (I, 2 et II, 2) s'appliquent tous deux
à montrer que la participation du corps humain à l'oraison de
l'esprit est nécessaire, l'être humain étant un organisme unique
et indivisible qui reçoit tout entier la grâce de l'Esprit et les
prémices de la résurrection. Si toute la tradition spirituelle issue
d'Évagre prône le « retour en soi », ce retour se produit, selon les
hésychastes du XIVe siècle, avec la participation du corps.
Toutefois, Palamas admet que le philosophe calabrais ait pu
trouver des prises sur Nicéphore, parce que « ce dernier a composé
son écrit simplement et sans recherche » *. Il admet aussi que Nicé
phore ait pu mal exprimer sa pensée 3 : cette « mauvaise expres
sion » se rapporte avant tout aux conceptions physiologiques sur
la place et le rôle du cœur qui, chez Nicéphore, et encore plus
chez le Pseudo-Syméon, apparaissent comme les fondements
de la méthode respiratoire. Or, dans le domaine de la physiolo
gie, « l'Esprit ne nous a pas accordé de révélation claire » et « cha
cun peut dire son opinion » * : ce qui est essentiel, c'est que le
cœur est un organe de l'esprit et l'esprit s'en sert pour faire accep
ter la grâce à notre être tout entier 6.
Telle ou telle attitude du corps peut être utile aux débutants
pour éviter la distraction •. Ce n'est jamais « un moyen de faire

1 Cfr J. Meyendorff, Le thème du retour en soi dans la doctrine palamite du


XI V' siècle, dans la Revue de l'hist. des rel., t. CXLV, 1954, p. 188-206.
» Tr. II, 2, 3.
• Tr. II, 2. 26.
• Tr. II. 2. 30.
» Tr. II, 2, 29.
• Tr. 1,2, y, II, 2, 2, 25 ; II, 3, 14 ; cfr lettre II à Barlaam, Coisl. 100, fol.
ioov.
INTRODUCTION XXXIII

rentrer la grâce par les narines » 1. Barlaam lui-même a aban


donné ces accusations et elles ont été rarement reprises par les ad
versaires byzantins du palamisme. Akindynos, notamment, refusa
formellement de s'engager sur ce point 2. L'essence du conflit
n'était pas là, mais dans la conception des relations entre Dieu
et l'homme au sein de l'Église : selon les moines, le corps humain
ne reste pas étranger à ces relations. Il peut y participer par la
respiration, comme par la veille ou le jeûne 3 : les abus eux-
mêmes n'enlèvent pas toute sa force à ce principe *.
La controverse se déroula donc par la suite sur ce plan doctri
nal et le mérite de l'y avoir placée, en distinguant l'essentiel du
secondaire, appartient à Palamas 6. Dans la mesure où il devint
le porte-parole incontesté des moines byzantins, c'est d'après
ses écrits qu'il convient de porter un jugement définitif sur leur
spiritualité et non d'après les auteurs semi-anonymes du XIIIe
siècle, dont la piété authentique avait encore besoin d'une inté
gration théologique et ecclésiale.

1 Tr. I, 2, 7 ; I, 3, qu.
1 II écrit à Barlaam : « Dans leur état actuel, je ne peux rien affirmer au sujet de
ces doctrines que tu dénonces comme des erreurs : celle qui concerne la respira
tion, celle de l'union de l'intelligence avec l'âme dans la région du cœur, celle qui
affirme que le cœur du fidèle est un temple de Dieu » (Ta y« /ijjv mpl rrvoijç «toi
toû îrtpl ttjv Kaphtav (vovodat. vw ttjv \pvxi)v, ko* vtîov çlvai Seov ttjv tov moTov
Kap&tav, a irXdvnv àiroKaXeîs, ia\vpil,(o8ai p.iv ovk ë^ot ircpl rovriov ciy «X*1» Am-
bros. gr. 290, fol. 70v).
» Tr. II, 2, 15.
* « Les méthodes physiques », écrit un auteur très compétent, « c'est-à-dire
la position particulière du corps en prière, l'inclinaison de la tête, la fixation du
regard sur un point précis et la coordination du rythme de la prière avec la respi
ration ne sont pas l'essentiel dans la mystique hésychaste. Quelques maîtres les
recommandent, mais uniquement comme un moyen secondaire. L'essence de la
prière n'est point là... Ces méthodes corporelles sont du même ordre que l'élé
vation des mains, le signe de la croix et les inclinations du corps, les prosterna
tions... L'âme ou l'une de ses facultés (la volonté, l'intelligence, le sentiment)
ne sont pas seules à participer à l'ascèse, mais le composé psychophysique de
l'homme tout entier • (Cyprien Kern, L'anthropologie..., p. 57).
* Le docteur hésychaste a donc déjà contribué, bien avant l'évêque russe
Théophane le Reclus, à établir cette « clarté des idées » que réclamait récem
ment un grand spécialiste en spiritualité orientale, le P. I. Hausherr (Variations
récentes dans les jugements sur la méthode d'oraison des hésychastes, dans Orient.
Christ. Per., t. XIX, 1953, pp. 426, 428).
XXXIV GRÉGOIRE PALAMAS

IV. Les sources de Pal amas

La polémique avec Barlaam avait amené Palamas à se con


stituer, dans sa retraite du Mont-Athos, — un ermitage dépendant
de Lavra, — une bibliothèque patristique. Dans plusieurs recueils
de ses œuvres, figure un florilège systématique, antibarlaamite
et antiakindynite, dont il pourrait bien être lui-même le collec
teur x. Plusieurs des neuf traités que nous publions sont ou
étaient accompagnés de textes patristiques destinés à soutenir
les vues de l'auteur. C'est le cas du premier traité de la Première
Triade, où les textes ont été ajoutés par l'auteur lui-même (cfr I,
1, 23) et son correspondant l'en remercie (I, 2, qu.). Seul un
extrait attribué à Grégoire de Nysse ne semble pas venir de
Palamas et nous le reproduisons entre crochets. La conclusion
du troisième traité annonce aussi un appendice de textes (I, 3,
52) : les manuscrits ne nous les ont pas conservés. Le long traité
Sur la lumière (II, 3) est suivi d'un passage attribué à Chrysos-
tome et que reproduisent tous les manuscrits. Enfin le Vaticanus
gr. 171 1 et le Sinaiticus gr. 1671 donnent, en appendice au second
traité de la Troisième Triade, une suite de courts extraits de
Chrysostome, de Basile, de Grégoire de Nysse et de Cyrille
d'Alexandrie, condamnant ceux qui s'intéressent plus aux for
mules théologiques qu'à leur contenu. Ces extraits n'ont pas de
rapport direct avec le texte et n'existent pas dans les autres
manuscrits : il s'agit d'une addition de copiste zélé.
Dans le texte même des Triades, nous avons dénombré plu
sieurs centaines de citations patristiques. Dans beaucoup de cas,
ce sont des citations littérales, dans un grand nombre d'autres,
des références générales. Plus de soixante fois, un bref « <£ijo-t »
indique seul qu'il s'agit d'une citation. Dans ces conditions, la
recherche des références n'est pas une tâche facile. Nous en avons
pourtant retrouvé un nombre suffisant pour pouvoir replacer le

1 Inc. : Avo 4>ap.tv rà; ivtpytias. .. Des. : ... ivtpyt t'aç iyytvofiivri. Le flo
rilège est divisé en 16 chapitres. On le trouve dans le Paris, gr. 970, ff. 278-350y,
359-361* et dans le Paris, gr. 1238, ff. 1-41 (copie du XVIe s., reliée avec un
recueil palamite du XVe). Le même florilège sans nom d'auteur se retrouve dans
le Vatic. gr. 705 (s. XIV), ff. i-i33v et dans le Monac. gr. 285 (s. XV), ff. 1-177.
INTRODUCTION XXXV

lecteur dans l'univers intellectuel et spirituel de Palamas. C'est


là le seul but auquel une telle recherche pouvait prétendre, car
une simple statistique sur le nombre de citations de tel ou tel
auteur ancien n'est aucunement suffisante pour apprécier l'in
fluence que cet auteur a effectivement exercée sur le docteur
hésychaste.
Cette dernière remarque s'applique tout particulièrement
au Pseudo-Denys qui est, certainement, l'auteur le plus souvent
cité dans les Triades. Pour les Byzantins de cette époque, sans
distinction de tendance, l'auteur des Noms Divins était le Père
par excellence, « le grand Denys », disciple immédiat de s. Paul.
Barlaam lui-même en a été, à Constantinople, l'interprète attitré et
avait fondé l'essentiel de son agnosticisme théologique sur des ci
tations de l'Aréopagite. C'est ainsi que plusieurs citations expli
cites de Denys se retrouvent dans les textes de Barlaam reproduits
par Palamas *. Palamas devait donc, pour réfuter le Calabrais,
présenter une interprétation de Denys plus conforme au réalisme
christocentrique qu'il défendait dans ses Triades : le grand nombre
de citations de Denys s'explique en partie par le fait que toute
la controverse était, en somme, une querelle d'exégètes des Noms
divins, de la Hiérarchie céleste ou de la Théologie mystique. Et
dans cette querelle, Palamas est souvent amené à appliquer un
correctif christologique à l'Aréopagite, ou même à prendre le
contre-pied de ses conceptions, notamment en ce qui concerne
la doctrine des « hiérarchies » 2.
Il n'en reste pas moins que le vocabulaire de Denys, sa doctrine
de la « ténèbre lumineuse », telle qu'il l'a héritée de Grégoire de
Nysse, certains postulats de sa theologia, se retrouvent presque à
chaque page des Triades. La formulation définitive du palamisme
est pourtant fondée plutôt sur Maxime le Confesseur que sur
Denys : les références à Maxime sont extrêmement nombreuses
dans la Troisième Triade, la plus explicitement théologique.
Maxime se retrouve également chez Palamas en tant qu'auteur
spirituel exprimant la tradition évagrienne, à côté de s. Jean
Climaque et d'Évagre lui-même caché sous le pseudonyme de Nil.

1 Voir, par exemple, Tr. II, 3, 50, 54, 60, 73 ; III, 1, 25.
* Cfr J. Meyendorff, Notes sur l'influence dionysienne en Orient, dans Siudia
Patristica, Berlin, 1957, *■ H> P- 547"552-
XXXVI GRÉGOIRE PALAMAS

Isaac de Ninive est, lui aussi, fréquemment cité dans la tra


duction grecque du IXe siècle *.
Parmi les auteurs spirituels favoris de Palamas, une place
toute particulière est occupée par Macaire. Il ne saurait évidem
ment être question ici de prendre définitivement parti dans l'im
portant problème du messalianisme présumé de Macaire qui est
devenu une quasi-certitude pour de nombreux savants depuis
les travaux de Villecourt, il y a près de 35 ans. La récente contro
verse Jaeger-Dôrries a montré que la question ne saurait être
considérée comme tranchée. Elle a d'autant plus d'importance
pour l'étude de la théologie byzantine du XIVe siècle que l'accusa
tion de messalianisme est formellement portée contre les moines
par Barlaam : cette accusation n'a cependant pas de rapport
direct avec les Homélies spirituelles de Macaire. Si Palamas et le
philosophe calabrais ont des difficultés à propos de Denys,
Macaire ne semble présenter aucun problème d'interprétation,
sauf en ce qui concerne sa conception du cœur comme place du
vovç, qui contredit celle de Grégoire de Nysse, mise en avant par
Barlaam 2. Quant au messalianisme, il apparaît aux deux protago
nistes comme clairement défini par les condamnations dont il a été
l'objet 3 et, évidemment, le « Grand Macaire » est hors de cause :
ces décisions des autorités ecclésiastiques constituent le seul cri
tère de Barlaam pour déceler le messalianisme chez les moines.
Il identifie en effet ces derniers avec un hérétique notoire, Théodore
le Blachernite, condamné au XIe siècle. Et c'est le même critère qui
sert à Palamas pour les laver de cette accusation : ils ne croient
pas à la « consubstantialité » (awovola) du démon avec l'âme *, ils
ne croient pas que le dépouillement des passions produit à lui seul
l'union avec Dieu 6, ils ne prétendent pas voir l'essence divine 6.

'Cette traduction, dont l'influence fut grande dans le monde byzantin,


n'est accessible que dans une édition du XVI II» siècle de Nicéphore Théotokis
(Leipzig, 1770), reproduite par Spetsieri (Athènes, 1895). La disposition de
l'œuvre en Adyoi, telle qu'on la trouve dans cette édition, ne correspond pas
du tout aux manuscrits : nous n'indiquons le numéro de ces « traités » que pour
la commodité des références.
* Cfr Tr. II, 2. 27-30 ; voir aussi Tr. I, 3, 41 ; III, 3, 4.
1 Voir V. Grumel, Regestes du Patriarcat byzantin, nn. 850, 946, 989.
« Tr. II, 3, 13.
• Tr. I, 3, 17.
■2>. 111,2,3-
INTRODUCTION XXXVII

Dans les Triades, Macaire se trouve surtout cité dans les pas
sages où Palamas traite du corps humain comme d'un élément
actif dans la vie spirituelle (I, 2, 3 ; I, 3, 41 ; II, 2, 25, 27 ; III, 1,
16, etc.) et aussi pour confirmer la théologie de la lumière. D'une
façon générale, la pensée de Macaire se présente dans les Triades
comme un correctif à l'intellectualisme spiritualiste de la mys
tique évagrienne. Et comme c'est encore un intellectualiste que
Palamas combat en Barlaam, les écrits de Macaire jouent un rôle
essentiel dans la formulation du palamisme.
Il est intéressant de noter que presque tous les textes cités
de « Macaire » appartiennent en fait à la paraphrase des Homélies
spirituelles faite par Syméon Métaphraste, le grand compilateur
byzantin du XIe siècle. « Syméon le divin Métaphraste, écrit
Palamas, a composé, à partir du premier livre du grand Macaire,
des traités divisés en chapitres» (III, 1, 10) ». «Syméon, l'inter
prète divin et fidèle... dit, comme si Macaire parlait lui-même... »
(III, 2, 2 ; cfr III, 2, 1), etc. Il s'agit en fait des sept petits traités
publiés dans Migne sous le nom de Macaire 2, mais que de nom
breux manuscrits présentent sous le titre suivant : Tov èv
aytots irarpos r]puùv Ma.Ka.pLov tov fieydXov /ce^aAaia pv\ p.€Ta<f>pao--
Oévra -napà tov ao<j>WTÔ.TOv XoyodeTov Kvpov 2Jvp.€Ù>v tov p,eTa<f>paa-
tova. Ces « 150 chapitres » sont publiés sous cette forme dans la
Philocalie grecque 4. Cette dernière édition est, en ce qui concerne
certains « chapitres », plus complète que celle de Migne. Certaines
citations de Palamas également attribuées à Syméon-Macaire ne
correspondent pourtant pas au texte de ce dernier8.
Les grands Cappadociens et s. Jean Chrysostome constituent
aussi l'une des sources majeures de Palamas. Des textes tirés du
livre V Contre Eunome, connu sous le nom de s. Basile et généra

1 Palamas avait donc connu deux livres de Macaire, dont Syméon aurait
paraphrasé le premier ; il existe, en effet, une tradition manuscrite qui sépare
les Homélies spirituelles en deux livres (voir J. Darrouzès, Noies sur les homélies
du Pseudo-Macaire. dans le Muséon, t. LXVII, 1954, p. 297 ss). Voir la suite de
cette note à la p. 383 bis.
»PG, XXXIV, 841-968.
' Cfr, par exemple, le Paris, gr. 874 (s. XIV), fï. i85-220v.
4 Édit. Venise, p. 699-751.
* Voir par exemple Tr. 1, 2, 3 ; I, 3, 3, 7 ; III, 2, 2.
XXXVIII GRÉGOIRE PALAMAS

lement attribué à Didyme l'Aveugle, reviennent souvent sous


sa plume à propos de la doctrine des énergies. Plusieurs autres
textes sur la lumière et la déification, que Palamas attribue à
s. Basile, ne se retrouvent pas dans les œuvres authentiques de
ce dernier. La Vie de Moïse et l'Éloge d'Etienne paraissent être les
textes préférés de Palamas chez Grégoire de Nysse. Il est curieux
de constater l'absence presque totale dans les Triades de textes
des Pères alexandrins, Athanase et Cyrille : ce ne sera plus le
cas dans les écrits ultérieurs de Palamas.
Plusieurs textes liturgiques, tirés notamment des hymnes de
l'octave byzantine de la Transfiguration (6-13 août), complètent
le dossier patristique de Grégoire 1.
A côté de ces sources classiques, Palamas se réfère deux fois
aux maîtres de l'hésychasme byzantin du XIVe siècle. Cette
liste d'autorités revient dans les deux traités Sur la prière (I, 2
et II, 2), ce qui montre bien qu'il s'agit de maîtres spirituels, et
non d'autorités spécifiquement théologiques. Dans sa première
liste d'autorités a, Palamas distingue les Saints « anciens » (oî
iraXaioi rœv àyiœv) et les Saints « contemporains » (è<f>* ij/xcùi') .
Dans la première catégorie, il place Syméon le Nouveau Théolo
gien et Nicéphore l'hésychaste. C'est là l'une des deux références
formelles, dans toute l'œuvre de Grégoire Palamas, au grand mys
tique du XIe siècle et elle ne concerne, semble-t-il, que deux écrits
dont aucun n'est de la plume de Syméon : la MédoSos t^s Upâs
irpooevxijs Kal irpocroxfjç 3 et la Bios de Nicétas Stéthatos *. Ceci
n'exclut pas, évidemment, que Palamas ait pu connaître les
œuvres mystiques de Syméon, largement répandues dans les
milieux monastiques, mais jamais il ne fait état de son autorité,
peut-être parce que Syméon n'était pas suffisamment connu du
grand public byzantin auquel s'adressaient les écrits polémiques
de Grégoire B.

1 Tr. I, 3, 29, 38 ; II, 1, 42 ; III. 1, 12, 15, 20, 23 ; III, 3, 9.


*I, 2, 12.
* Édit. Hausherr, La méthode d'oraison hésychasle, dans Orient. Christ..
t. IX, 2, 1927. Le texte de Palamas parle simplement des ovyypdfipaTa de
Syméon : le parallélisme avec Nicéphore et le contexte du traité suggère toute
fois qu'il s'agit de la MiBohos : cfr supra, p. XXX-XXXI.
' Édit. Hausherr, Orient. Christ., t. XII, 1928.
* Un humaniste antipalamite, Isaac Argyros, parle de Syméon, comme d'un
INTRODUCTION XXXIX

Parmi les maîtres « contemporains » de l'hésychasme, Palamas


cite Théolepte de Philadelphie, le patriarche Athanase de Constan-
tinople, Nil « originaire d'Italie », Séliotès, Élie, Gabriel et un
autre Athanase. Cette liste est à mettre en parallèle avec celle
de Tr. II, 2, 3, où reviennent Théolepte, Séliotès, « maître des
moines », et Élie. Les deux premiers noms de cette liste désignent
des prélats de tout premier plan, probablement les plus illustres
de l'Église byzantine de la fin du XIIIe et du début du XIV»
siècle.
Théolepte x était originaire de Nicée ; marié et père de famille,
il se retira à l'Athos a au moment de la politique unioniste de
Michel VIII Paléologue. C'est là probablement qu'il rencontra
Nicéphore l'hésychaste et se fit son disciple 3. Adversaire de
l'union, il subit, devant Michel VIII, un châtiment corporel
public. Dès la répudiation de l'Union de Lyon, après la mort de
Michel (1284), il fut nommé au siège de Philadelphie. Il partagea
alors son temps entre l'administration de son diocèse, les affaires
générales de l'Église byzantine, déchirée par le schisme arsénite,
et la direction spirituelle d'un couvent de femmes et d'un monas

moine obscur (Evpcwv rivos uovaxov KaTa rfjv fiaotXevovaav -rrjvSe rûtv -nôXctov
Kav rf) tov âyiov Mâ^tavros ircpi ttjv EvXoKcpKov uovfj ■noXiTcvrTafj.tvco ; cité,
d'après le Vatïc. 1096, fol. 137*, par G. Mercati, Notizie di Procoro e Demetrio
Cidone, dans Siudi e Testi, t. 56, 1931, p. 237, n. 1). Par contre, David Dishypatos,
dans ses ïambes contre Akindynos (faussement attribués parfois à Palamas),
mentionne Syméon parmi les grands martyrs de l'orthodoxie : 'lauev naBovra.
Zu/ie wvvtv tov véov..., uâWov Se tov uéyiuTOv (V Beorrriq, tov axovra kXtjgiv eV
Beriyôpov Xoyov (Paris, gr. 1238, fol. 50v).
1 Voir J . Gouillard, Théolepte de Philadelphie, dans le Dicl. de théol. catholique,
t. XIV, col. 339-341 ; V. Laurent, Une princesse byzantine au cloître, Irène-
Eulogie Choumnos Paléologine, dans Échos d'Orient, t. XXIX, 1930, p. 29-30 ; S.
Salaville, Formes de prière d'après un Byzantin du XIV siècle, dans Échos
d'Orient, t. XXXIX, 1940, p. 1-25 ; S. Salaville a également publié et commenté
quelques œuvres de Théolepte dans Études byzantines, t. V, 1947, p. 101-136,
dans les Mélanges J . de Ghellinck, t. II (Muséum Lessianum, sect. hist., 14, 1951),
p. 877-887. (L'auteur donne dans ce dernier travail une liste des œuvres de Théo
lepte d'après l'Ottob. gr. 405). Un opuscule de Théolepte est entré dans la Philoca-
lie et fut reproduit dans PG, CXLVIII, 381-400. La biographie de Théolepte
nous est conservée dans l'éloge funèbre de l'évêque de Philadelphie par Nicé
phore Choumnos (édit. Boissonade, Anecdota graeca, t. V, Paris, 1835, p. 183-
239)- Voir la suite de cette note à la p. 383 bis.
1 Son séjour à l'Athos est attesté par Philothée, Encomion (PG, CLI, 561 A).
* Cfr Tr. II, 2, 3 ; Choumnos (ibid., p. 201-203) ne parle que d'un maître spiri
tuel sans donner son nom.
XL GRÉGOIRE PALAMAS

tère d'hommes à Constantinople. C'est lui qui fut à l'origine de


la vocation monastique de Palamas 1. Les œuvres de Théolepte,
pour la plupart inédites, sont extrêmement intéressantes : il y
développe à la fois une ecclésiologie sacramentelle et une spiri
tualité basée sur la « prière pure », tout en ne dédaignant pas d'im
poser à ses moines une discipline cénobitique traditionnelle.
Jusqu'à sa mort, entre 1320 et 1327, il prend une part active
à la vie ecclésiastique de son temps.
Athanase, deux fois patriarche de Constantinople (1289-1293,
1303-1309), fut un réformateur austère des mœurs sociales de
Byzance 2. Après avoir passé de nombreuses années dans plusieurs
monastères de l'Orient, à l'Athos, à Jérusalem, au Mont Latros,
en Asie Mineure, et avoir été lui aussi un adversaire de l'Union
de Lyon, il monte sur le trône patriarcal et déploie une activité
fébrile dans tous les domaines : rétablissement de la discipline
ecclésiastique et morale, défense du prolétariat de la capitale
contre les exactions des riches, réforme du clergé. Obligé de
démissionner, il termine une longue vie dans un monastère
fondé par lui : c'est là que Palamas a pu avoir avec lui les con
tacts personnels qu'il mentionne dans sa Première Triade (I, 2, 12).
En se référant à l'autorité de Théolepte et d'Athanase, Palamas
définit la tradition spirituelle dont il se réclame : il ne s'agit pas,
comme on le voit, d'un clan plus ou moins ésotérique et concentré
sur les pratiques corporelles de la « prière de Jésus », mais d'un

1 « Il l'initia, écrit Philothée, à la sainte attention et à la prière intellectuelle »


Encomion, PG, CLI, 561 A).
• Cfr R. Guilland, La correspondance inédite d'Athanase..., dans Mélanges
Charles Diehl, Paris, 1930, p. 121-140 ; M. Banescu, Le patriarche Athanase I
et Andronic II, dans Académie roumaine. Bulletin de la section historique, XXIII,
1942, p. 1-28. Une édition critique de la correspondance d'Athanase avec l'empe
reur Andronic II, par A.-M. Talbot, vient de paraître dans la collection Dumbar-
ton Oaks Texts, Washington, 1973. La Vie d'Athanase, par Philothée de Con
stantinople, fut partiellement publiée une première fois par Delehaye dans les
Mélanges d'archéologie et d'histoire de l'École française de Rome, t. XVII, 1897,
p. 39-75 ; une édition complète d'après un meilleur manuscrit est due à A. Papa-
dopoulos-Kerameus dans les Zapiski de la Faculté historico-philol. de Saint-
Pétersbourg, t. LXXVI, 1905, p. 1-51. Le Miyat Zwa(apiorfc (édit. Doukakis,
Athènes, 1895, p. 455-464) en donne une paraphrase abrégée en grec moderne.
Une autre Vie d'Athanase, due à la plume de Joseph Calothetos, est éditée par
l'archim. Athanase dans BpaKixâ, t. XIII, 1940, p. 59-107 et rééditée dans
1' 'AyioptiTiiil) BiftXtoBîicr), t. XV, 1950, p. 109-141.
INTRODUCTION XLI

mouvement qui réunit dans ses rangs les personnalités les plus
vivantes de la chrétienté byzantine. Que Palamas nous présente
Théolepte et Athanase comme des maîtres de ces pratiques corpo
relles sans qu'eux-mêmes les aient mentionnées dans leurs
œuvres, prouve à la fois la large diffusion de ces pratiques et
la valeur secondaire que les maîtres spirituels leur accordaient.
Les autres personnages mentionnés nous sont beaucoup moins
connus. Aucun ne semble avoir laissé d'œuvres écrites. Il s'agit,
en tout cas, de maîtres spirituels contemporains : è<j>' r)fiûv, dit
Palamas en les opposant aux « anciens », Syméon (XIe s.) et
Nicéphore (XIIIe s.) *. On retrouve, en effet, leurs noms dans les
sources contemporaines. Nil (NeîXos 6 'TraAoy), Élie et Athanase
(6 AïtT€vrpr]vds 'AOavdotoç) sont mentionnés ensemble comme
moines éminents du Mont-Saint-Auxence (tov AvÇevrlov fiowov),
sur la rive orientale du Bosphore, face à Constantinople, au mo
ment où Athanase, futur patriarche, y vient également après son
voyage en Orient 2. Le Mont-Saint-Auxence était un centre
monastique célèbre dès le Ve siècle 8 et de nombreux monastères
y florissaient encore au XIIIe. Michel VIII Paléologue y restaura
l'ancien couvent de Saint-Michel et lui accorda un Typicon qui
prévoyait l'existence de KeXXux d'hésychastes *. Le savant huma
niste Maxime Planude y fut l'higoumène du monastère des Cinq-
Saints 6. Des traditions spirituelles très diverses étaient donc
représentées au Mont-Saint-Auxence. Les personnages auxquels
se réfère Palamas appartiennent quant à eux à une lignée de

•Ce ne sont donc certainement pas s. Nil de Sicile et d'autres saints d'Italie
du Sud, comme on a pu le dire (Krumbacher, Geschichte der Byzant. Lilteratur,
p. 198).
» Vie d'Athanase, édit. Papadopoulos-Kerameus, § 7, p. 9 (= édit. De-
LEHAYE, § 6, p. 51).
* Sur le Mont-Saint-Auxence, voir l'étude de S. Pargoire, Mont-Saint-
Auxence. Étude historique et topographique, dans la Revue de l'Orient chrétien,
1903, t. VIII, pp. 15-31, 240-279, 426-458, 550-579 ; cfr R. Janin, Constantinople
byzantine, Paris, 1950, p. 447.
4 M. GÉDÉON, TvmKÔv 1-17J tirl toû fiovvov rov Ai(fvriov offiaofiîas fiovrjs
AfixavX toû àpx<iyy&ov, Constantinople, 1895, p. 43.
* J. Pargoire, op. cit., p. 569-574 ; M. Treu, Maximi monachi Planudis
epistulae, Vratislaviae, 1890, p. 214-215 ; V. Laurent, Planude, Maxime,
dans le Dict. de thêol. cathol., t. XII, col. 2247-2252.
XLII GRÉGOIRE PALAMAS

moines « zélotes » : Athanase Lepentrinos était, en effet, l'un des


chefs du parti « arsénite » qui avait rompu avec l'Église officielle
à la suite de la déposition irrégulière par Michel VIII du patri
arche Arsène et qui refusait de reconnaître tous ses successeurs.
En cette qualité, il assista aux conférences d'Adramyttion
(1284) l et s'opposa au patriarche Grégoire de Chypre, dont il
avait été l'ami et le correspondant 2.
«Nil l'Italien», dont il s'agit ici, est peut-être l'ami de Théolepte
de Philadelphie auquel Choumnos se réfère comme à un person
nage illustre et connu 3. Quant à Séliotès et à Gabriel, ils nous
restent inconnus ; le fait que Palamas les mentionne dans la
même série de noms permet de supposer qu'ils étaient aussi
d'AvÇfvrlov jSowo? *, où Nicodème, le maître spirituel du docteur
hésychaste à l'Athos, fit lui aussi ses débuts monastiques 6.
Remarquons enfin qu'une note autographe de Jean Cantacuzène,
en marge d'un manuscrit qui contient ses œuvres théologiques,
mentionne également des maîtres spirituels : après avoir rappelé
le nom du patriarche Athanase et celui d'Hilarion, évêque de
Didymotique, il se réfère à un Gabriel, « archimandrite » du
monastère du Pantocrator, à Didymotique 6.
Il est probable qu'un dépouillement plus poussé de la littéra
ture byzantine de la fin du XIIIe siècle nous apporterait
d'autres informations sur les maîtres de Palamas.

1 Pachymère, De Andronico Palaeologo, I, 21, éd. Bonn, II, 59.


1 La correspondance de Grégoire de Chypre a été publiée par Mgr S. Eustra-
tiadès, Alexandrie, 1910 (Extrait de V'EKnX-qcnaoTiKos 0âpos) ; voir les Lettres
147 et 148, p. 139-141.
* NtîXov (kcîvov Toy ficyav, nâvrœv c5v 17/xcîf loptv inl rois roiovrots 07rovha.op.aoi
(les vertus monastiques) Xapurpàv SôÇav foxtxÔTwv rà irpwra <f>tpovra [Éloge de
Théolepte, édit. Boissonade, p. 217-218). Il faut probablement l'identifier éga
lement avec un moine Nil, originaire de Sicile, auquel se réfère Pachymère
(De Michaele Palaeologo, III, 21, éd. Bonn, p. 218-219).
4 Un moine Gabriel est mentionné dans la Correspondance de Maxime Pla-
nude, Epist. 72 ; M. Treu, op. cit., pp. 90, 250.
* Philothée, Encomion (PG, CLI, 566 A).
* Paris, gr. 1247, fol. 93T (cfr Paris, gr. 1241, fol. 3iv-32) : è h rfjht rfj
niXtl AiSvp.OTf(xov rijs rcv nayroxpâropos Etarijpos Xpiarov p.ovfjs àpxiiiavSplrnt
rapptjX.
INTRODUCTION XLIII

V. Le plan et le style des Triades

Le plan des Triades ne peut être établi que dans ses grandes
lignes. Certains thèmes essentiels de la pensée de Palamas
reviennent, en effet, dans tous les traités : son éloquence souvent
improvisée, et parfois emportée, se permet de revenir à plusieurs
reprises sur le même sujet en l'envisageant à des points de vue
différents.
Les deux premières Triades suivent un développement paral
lèle qui, comme nous l'avons remarqué plus haut, coïncide peut-
être avec le plan de l'ouvrage de Barlaam.

Voici le plan des traités, avec des titres simplifiés :


Première Triade Deuxième Triade
i) L'étude des sciences profanes i) Quelle est la connaissance qui
est-elle utile ? procure le salut ?
2) Les hésychastes doivent-ils 2) De la prière,
faire entrer leur esprit à l'intérieur
de leur corps ?
3) De la lumière et de l'illumi- 3) De la lumière sacrée,
nation, de la perfection en Christ.

Le premier traité dans chaque Triade se rapporte ainsi à la


sagesse profane, le second, à la participation que le corps peut
prendre à la prière, le troisième, à l'objet de la vie hésychaste :
la vision de la lumière du Christ. La Deuxième Triade est nette
ment plus développée que la Première ; le troisième traité De la
lumière est, de loin, le plus long des neuf.
Quant à la Troisième Triade, le titre que porte le premier traité,
Ilepl dewoeœs, De la déification, semble devoir s'appliquer aux
trois. Le premier traité — le plus long — traite à proprement
parler de la déification, de l'état déifié qui en Christ est devenu
accessible à l'homme. Le second parle de l'aspect doctrinal de la
déification et de la distinction entre l'essence et les énergies,
destinée à éviter le messalianisme que Barlaam reprochait aux
moines. Le troisième, enfin, démontre que Barlaam est en oppo
sition avec les Pères, qu'il est donc hérétique.
XLIV GRÉGOIRE PALAMAS

Les sous-titres dont nous faisons précéder chaque paragraphe


des Triades sont reproduits dans la table des matières ; ils
serviront d'analyse plus détaillée à une œuvre qui, de par son
style et son développement, est tout à l'opposé de la méthode
rigoureuse qu'un auteur occidental utiliserait pour traiter le
même sujet.
Palamas ne recherche pas non plus l'atticisme factice dont se
vantaient les humanistes byzantins de cette époque et on ne le
regrettera pas. « Depuis longtemps, écrit-il, j 'ai abandonné la
recherche et l'ambition littéraires ; il m'est indifférent de compo
ser mes traités sans art, que mon livre ne soit ni un rosier, ni une
lyre, ni une trompette »... Son traité est étranger à toute « grâce
attique », bien qu'il ait lui-même « des dispositions naturelles
pour parler agréablement » *. La profession d'antihumanisme et
la pointe d'amour-propre que révèlent ces paroles dépeignent
assez bien Palamas écrivain.
Ayant abandonné la fréquentation des auteurs de l'Antiquité
dès son entrée au monastère 2, Palamas ne commença à écrire
que vers l'âge de 40 ans 3 et ses premiers lecteurs furent les moines
athonites. Mais il acquit alors une incontestable maîtrise litté
raire qui l'amena à devenir le porte-parole des moines. La force
de ses écrits provient de leur style naturel, parfois familier ou
brutal. Des proverbes et des dictons populaires viennent tout
naturellement sous sa plume * et aussi des expressions scriptu-
raires et liturgiques. Les longueurs et les répétitions semblent
surtout provenir chez lui de ses habitudes de prédicateur. .

VI. Le texte

Le texte de la présente editio princeps est reproduit, sans


changements notables, dans l'édition de Thessalonique men
tionnée. Le second traité de la Première Triade fut inclus dans la
Philocalie de Nicodème l'Hagiorite. Cette édition est reproduite

lTr. III, 1. 2.
* Cfr J. Meyendorff, Les débuts de la controverse..., dans Byzantion, t. XXIII,
»953. P- 99-100.
» Philothée, Encomion (PG, CLI, 580 BD ; cfr 571 C ; 574 BC).
« I, 1. 1 ; I, 2, qu. ; I, 3, 13 ; II, 1,9 ; II, 3, 4, 65 ; III, 1, 32 ; III, 3, 3.
INTRODUCTION XLV

dans la Patrologie de Migne I. Une dizaine de manuscrits nous


ont conservé le texte intégral et nous fournissent quelques rensei
gnements fragmentaires sur les centres de diffusion des écrits
palamites aux XIVe et XVe siècles.
Le Vaticanus gr. 171 1 est le plus ancien d'entre eux. Son écri
ture est celle de Manuel Tzykandylès, le copiste attitré de Canta-
cuzène a. Plusieurs manuscrits de sa main, avec indication de date
et de lieu, sont parvenus jusqu'à nous. Manuel travailla à Mistra
entre 1358 et 1370 et y recopia, pour le compte de l'empereur
déchu et devenu moine, des œuvres d'auteurs antiques, des écrits
patristiques, la traduction grecque de la Somme de s. Thomas par
Démétrius Cydonès et les œuvres théologiques de Cantacuzène
lui-même ; nous possédons aussi de lui un manuscrit copié à
Constantinople en 1374 3. Il est donc possible que le Vaticanus
gr. 1711 provienne lui aussi de Mistra, de même que le Coisl. 97,
qui est un recueil des homélies de Palamas, de la main du même
Tzykandylès ; en tout cas, ces deux manuscrits sont du troisième
quart du XIVe siècle. Tout en rédigeant lui-même des traités
de théologie palamite, Cantacuzène veillait à la diffusion des
ouvrages du docteur hésychasta.
Le Vaticanus gr. 171 1 se présente comme un recueil d'ouvrages
de Palamas antérieurs à 1341, à l'exclusion des Aôyoi â-n-oheuc-
rueot et des lettres ; il diffère en cela des collections palamites
systématiques et divisées en « livres » qui deviendront courantes
au XVe siècle. A côté des Triades, nous y trouvons en effet le
Aôyos wepl Tr\s Karà oâpKa rov Kvpîov rjfiœv 'Irjaov Xpiarov ol-
Kovofûas (ff. 247-267" = PG, CLI, 189-220) et le long traité

1 <PthoKa\ta rû>v Upûiv vqimicwv, Venise, 1782, p. 955-961 (= PG, CL, 1101-
1118). Signalons ici la traduction roumaine, par le P. Stanilooe, de Tr. I, 2-3
(d'après le Coisl. 100), publiée dans VAnuarul Academici tcologice Andrciane ,
Sibiu, 1932-1933 (citée dans Stanilooe, op. cit., p. 29).
* Cfr Paris, gr. 135 et 1241 (H. Omont, Fac-similé des manuscrits grecs datés
de la Bibliothèque Nationale, t. I, pp. 87-88, 93).
5 Sur Manuel Tzykandylès, voir Sp. Lampros, AaKihcu)i6vwi /?i/3Aioyp<i^oi,
dans Néos 'EWtjv011.vrn1.mv, t. IV, 1907, p. 167-176 ; M. Vogel-V. Gardthausen,
Die griechischen Schreiber des Mittelalters und der Renaissance, Leipzig, 1909, p.
281-282 ; D. A. Zakinthinos, Le Dcspotat grec de Morée, t. II, Athènes,
1953, pp. 316-317, 321 ; G. Mbrcati, Notizie di Procoro e Dcmetrio Cidone...,
pp. 6, 11, 160, 274, 503 ; R. J. Loenertz, Chronologie de Nicolas Cabasilas,
dans Orient. Christ. Per., t. XXI, 1955, p. 209-212.
XLVI GREGOIRE PALAMAS

sur la Présentation (ff. 268-305 = éd. Soph. Oikonomos, p.


131-180). Ces deux écrits sont généralement inclus dans les col
lections d'homélies de Palamas, bien que Philothée ait signalé
que le traité sur la Présentation datait de l'époque où Palamas
était à l'ermitage de S. Sabbas, près de Lavra K Le copiste du
Vaticanus a intitulé son recueil rprjyoplov tov fiaKapLundrov
apxiemoKÔTTOv QeooaAovlKrjs rà irpos tov BapAaâfi (wyypdftfiaTa.
Une autre main a ajouté : tov h> àyîois irarpos rjfiœv ko! véov
OeoXôyov (fol. 1) 2. Le manuscrit est donc antérieur à 1368, date
de la canonisation de Palamas : Tzykandylès ne lui donne pas
le titre de « saint ».
Le Vaticanus présente d'autres signes d'ancienneté dans le
texte même : il omet l'extrait attribué à Grégoire de Nysse à la
fin de Tr. I, 1 ; dans le Coislinianus, cet extrait se trouve ajouté
à la fin des autres témoignages patristiques, alors que le Laudia-
nus l'inclut déjà dans la série, après les autres citations de Gré
goire de Nysse. De même le nom BapXadp., ajouté en marge dans
le Vaticanus (titres de la Troisième Triade), se retrouve dans le
texte des manuscrits du XVe siècle.
Le manuscrit de Tzykandylès est un volume en papier, de
petit format (225 X 140 mm.), comportant 305 feuillets et quatre
feuilles de garde, deux au début et deux à la fin. La reliure porte
les armes d'Urbain VIII. Plusieurs feuillets ont été arrachés
avant que la foliation actuelle ait été établie :
— un feuillet entre les ff. 32 et 33 ; manque la fin de Tr. I, 2,
12, page 99, ligne 23 (après /a/J/H^A) jusqu'à la fin du traité.
— un feuillet entre les ff. 75 et 76 ; manque la fin de Tr. I, 3,
52, page 223, ligne 29 (après àxpi/îcDs') à 31 ; le feuillet manquant
était presque blanc.
— deux feuillets entre les ff. 91 et 92 ; manque le texte compris
entre Kal y^v avros... {Tr. II, 1, 22, page 271, ligne 10) et... fièv
oSv èv tû> irporépœ /zoi (Tr. II, 1 , 23, page 273, ligne 20), c'est-à-dire
presque deux paragraphes.
— un feuillet entre les ff. 246 et 247 ; manque la fin de Tr. III,

1 PG, CLI, 581 C.


* Le titre de «os BcoXoyos n'était pas réservé à Syméon, le mystique du XIe
siècle. Signalons qu'il fut également attribué à Grégoire le Sinaïte (cfr Vatic.
gr. 1746, ff. 212, 217...).
INTRODUCTION XLVII

3, 16, page 725, ligne 24 (après <I>ç «tVeîv ex<V>?ffe) jusqu'à la


page 727, fin.
Parfois quelques restes des feuillets arrachés sont visibles.

Ces lacunes du Vaticanus sont comblées par l'excellent manus


crit Sinaiticus gr. 1671, du XVe siècle, dont le copiste,
chose rare à l'époque, a accompli un certain travail critique
sur le texte des Triades. Dans l'ensemble, il suit le Vaticanus,
mais il en corrige les erreurs et, parfois, présente deux lectures
possibles, celle de V et celle de C, au choix du lecteur (voir,
par exemple, la variante oo</>las : iraiSetas dans Tr. I, 1, 22).
Le scribe avait donc à sa disposition au moins deux prototypes,
dont l'un appartenait à la famille de V (mais ne paraît pas être
le Vaticanus 171 1 lui-même) et l'autre à la famille de C.
Le Sinaiticus gr. 1671 est, comme V, un volume en papier,
d'assez petit format (211 X 145 mm.) de 343 feuillets. La pagi
nation est de la main du copiste de la première partie du recueil
(ff. 1-134) ; elle est identique à celle qui recopia le Coisl. 100.
Comme ce dernier manuscrit provient, comme nous le verrons
plus bas, du monastère athonite de Lavra, on peut supposer
avec vraisemblance que S a la même origine.
La première partie du recueil présente, elle aussi, des œuvres
de Palamas : les deux Traités apodictiques, le Contre Beccos et
la Réponse sur s. Cyrille. La seconde partie comporte les Triades
(ff. 136-327*) qui, comme dans le Vaticanus, sont suivies par le
Traité sur l'Économie (ff. 328-343) et présentées par le titre
rpTjyoplov rov fiaKapiuiTârov àpxietnoKÔTrov GeaaaXovûcrjç rà npoç
tov BapXaàp. avyypâiipxiTa (fol. 136).

Le troisième manuscrit important des Triades est le Coislinia-


nus 100, également du XVe siècle.
Ce volume, très soigneusement écrit, faisait partie dès le XVe
siècle d'une collection de genre officiel comprenant les œuvres
complètes de Palamas, plusieurs écrits de ses disciples (Philothée,
G. Scholarios) et les tomes synodaux palamites. Il se pourrait
même que ce soit la collection palamite de Lavra : la seule copie
complète des œuvres de Grégoire Palamas, qui soit aujourd'hui
conservée dans le monastère où il vécut et travailla, date en effet
du XVIIIe siècle {Lavra 1945). La collection entière fait aujour
XLVIII GREGOIRE PALAMAS

d'hui partie du fonds Coislin à Paris (Coisl. 98, 99, 100 et 101).
Tous les volumes portent une indication d'origine : t&v Karrjxov-
fUvwv rrjs Upâs Aavpas rov àylov 'Adavaolov. Le Coisl. 100 est
désigné comme fiifiXlov y'. Le dernier volume, le Coisl. 101, est le
seul à être daté : il fut terminé en 1445 par Sylvestre Syropoulos,
ecclésiarque de Sainte-Sophie de Constantinople 1. Le manuscrit
fut-il apporté de la capitale ? Nous l'ignorons. En tout cas
les quatre volumes n'ont pas été copiés en même temps et n'ont
pas toujours fait partie de la collection. Le Coisl. 100 comporte
en effet (ff. i-9v), à une place tout à fait inattendue, la lettre de
Palamas à Damien (Inc. : 'Hvéx^ rtoWax&dev...) précédée d'une
remarque explicative : la lettre fut oubliée par le copiste du
« volume premier » des œuvres de Palamas (fol. 1 : Aôyos ovros ix
rœv npàs 'AkIvSuvov avri.pprjri.Kwv cari, rov npârrov fiifiXlov SeVoroç "
iirel Se ovk iypd<f>r) tls rov avrov rônov iv rots /îijSÀi'oiç eKelvoiç,
■npooerédr) ivravda). Or, le Coisl. 98, qui fait partie de la collec
tion actuelle, comporte la lettre à Damien (ff. i96v-204). Par
contre, le Paris, gr. 1238, autre manuscrit du XVe siècle, omet
la lettre à sa place habituelle. C'est donc le Paris, gr. 1238 ou un
homologue, et non le Coisl. 98, qui faisait originairement partie
de la collection.
Le Coisl. 100 (anc. 261) qui seul nous intéresse aujourd'hui
est un volume de grand format (298' x 221 mm.) en papier,
comportant 1 + 342 feuillets de 31 lignes. La reliure porte le
chiffre de Charles X. Montfaucon, dans sa Bibliotheca Coisliniana,
a minutieusement reproduit les titres des ouvrages qui s'y trou
vent a et Mgr Devreesse en a donné une description détaillée à
laquelle nous nous sommes déjà référés. Nous avons reproduit,
en marge, la foliation de ce manuscrit connu et facilement acces
sible.
Dernier manuscrit important, le Bodleianus Laudianus 87
(anc. 637), également du XVe siècle, est un recueil du même type
que la série des Coisliniani, mais moins complet et ne compor
tant qu'un seul volume de grand format en papier d'une écriture
fine, mais soignée, disposée en deux colonnes, sur 452 feuillets.
1 Robert Devreesse, Le fonds Coislin, Paris, 1945, p. 86-90. Syropoulos est
l'auteur d'une Histoire du Concile de Florence et recopia plusieurs manuscrits
de contenu patristique ou antilatin (M. Vogel-V. Gardthausen, op. cit.,
P- 398-399)-
» PG, CL, 833-838.
INTRODUCTION XLIX

Il contient, en plus des Triades et des lettres, la plupart des


écrits de Palamas rédigés entre 1341 et 1347 *• ^ appartient
à la même famille que le Vaticanus (voir notamment l'omission
qui leur est commune dans Tr. III, 2, 4, page 649, lignes 16-19),
sans en être une copie directe.
A côté de ces quatre manuscrits principaux, qui permettent de
reconstituer un texte certainement correct, les autres n'ont qu'une
importance réduite.
Le Parisinus gr. 2381 est une copie incomplète, du XVe siècle.
Il s'agit d'un recueil de 109 feuillets en papier, comprenant
surtout des traités d'astronomie et, parmi ces derniers, ceux de
Barlaam (ff. 13-35). Comme pour s'excuser de présenter les écrits
de l'hérétique condamné, le copiste les a fait suivre par les
KetdXaia de Palamas (ff. 35v-4i) 2 et par Tr. I, 2 et 3 (ff. 4iv-4Ôv).
L'écriture du recueil est très fine, difficilement lisible, et elle
devient encore plus fine lorsque le scribe recopie Palamas.
Il existe également trois copies des Triades datant du XVIe
siècle :
YAtheniensis Bibl. Nat. 2092, ff. 86-212.
le Mosq. Synod. 249, ff. 6iT-i46.
le Metoch. S. Crucis 421, ff. 30-40 (Tr. I, 1-2 seulement).
Il nous a paru inutile de surcharger l'apparat critique avec les
fautes des copistes postérieurs et nous nous sommes limité à faire
photographier le texte de Tr. I, 2 dans \'Atheniensis. Ce traité est
donc accompagné dans notre édition d'un apparat plus important
que les autres, d'autant plus que nous y indiquons également les
variantes de l'édition de la Philocalie, reproduite dans Migne (nous
donnons dans la marge les références aux colonnes de la Patrolo-
gie), et aussi celles du Parisinus gr. 2381. On aura ainsi devant
les yeux quelques exemples d'erreurs des manuscrits tardifs.
Le texte des Triades se trouve enfin dans le Lavra 1945, ff. 36-
145, que le grand logothète Nicolas Maurocordatos a fait recopier
en 1708. C'est d'après ce manuscrit que Porphyre Uspenskij
a publié quelques brefs passages des Triades parmi les documents
qui servent d'appendice à l'édition posthume de son Histoire de

'Voir le catalogue de Coxe, t. I, p. 571-575-


•Édités (d'après la Philocalie) dans PG, CL, 1121-1226.
L GRÉGOIRE PALAMAS

l'Athos : il s'agit de textes tirés de Tr. II, 1, de Tr. III, 1 et de Tr.


III, 2. Nous indiquons également les variantes de cette édition x.
L'établissement du texte des Triades doit beaucoup au con
cours de l'Institut de Recherche et d'Histoire des Textes, dont
les collaborateurs, surtout Monsieur l'abbé Marcel Richard,
m'ont donné la possibilité de me procurer les microfilms de
plusieurs manuscrits se trouvant à l'étranger.
Je tiens à exprimer ici ma reconnaissance à tous ceux qui
m'ont aidé par leurs conseils ou leurs critiques, notamment
MM. Rodolphe Guilland, Maurice de Gandillac, Paul Lemerle,
professeurs à la Sorbonne, Alphonse Dain, Doyen de la Faculté
des Lettres à l'Institut Catholique de Paris et Directeur d'études
à l'École des Hautes Études, qui ne m'ont pas ménagé leurs
remarques sur la présentation du texte grec et la traduction, le R.
P. Cyprien Kern, professeur à l'Institut de Théologie orthodoxe de
Paris, dont les leçons et l'exemple ont éveillé en moi l'intérêt
pour les études palamites et; tout particulièrement, M. Jean
Humbert, professeur à la Sorbonne, qui a bien voulu revoir inté
gralement les épreuves et vérifier l'ensemble de ma traduction.
C'est également avec le sentiment d'une gratitude particulière
que je mentionne ici le nom de M. André Grabar, professeur
au Collège de France et membre de l'Institut, dont l'appui cons
tant m'a permis de mener à bien ce travail.
Les travaux ingrats de dactylographie et de correction m'ont
été grandement facilités par le concours de mon ami Jean-Marie
Arnould et, surtout, de ma femme ; je leur en exprime ici ma
reconnaissance affectueuse.
Je tiens enfin à remercier la Direction du Spicilegium Sacrum
Lovaniense : en acceptant de publier l'œuvre du grand théologien
byzantin, elle a contribué à l'œuvre de l'Unité chrétienne, cette
Unité qui, nous en sommes persuadés, ne pourra se réaliser sans
un long effort commun pour rendre plus objective la connais
sance mutuelle entre l'Orient et l'Occident. Le soin minutieux et
la compétence exceptionnelle avec lesquels le R. P. Charles
Martin a pris sur lui de corriger l'ensemble des épreuves con
tribuent dans une large mesure à la qualité de la publication.
Je lui en exprime toute ma reconnaissance.
1 Istorija Afona, III, Afon monaUskij, deuxième section, Opravdanija, édit.
posthume par P. A. Syrku, Saint-Pétersbourg, 1892, p. 688-691.
Préface pour la seconde édition

L'année 1959, date de la première édition des Triades de


Palamas, et aussi celle de notre Introduction à l'étude de Grégoire
Palamas (Paris, Éditions du Seuil), marqua le 600e anniversaire
de la mort du grand théologien byzantin. Les années suivantes
virent une remarquable recrudescence d'intérêt pour l'histoire
de l'hésychasme et le contenu des controverses du XIVe siècle.

En 1962, sous la direction générale du professeur Panaghiotes


Khrestou et avec la collaboration d'une équipe de savants grecs
et étrangers, le premier volume d'une collection complète des
écrits de Palamas fut publié à Thessalonique. Nous avons nous-
même participé à cette publication avec l'édition des lettres de
Palamas à Akindynos et à Barlaam. Le texte des Triades était
lui aussi inclus dans ce même volume. L'éditeur s'est servi des
mêmes manuscrits, a préservé la division en paragraphes que
nous avions adoptée dans notre editio princeps et a reproduit
nos références scripturaires et patristiques. Il n'y a donc pas de
différence substantielle entre le texte de l'édition Khrestou et le
nôtre.

Deux autres volumes des œuvres de Palamas (iprjyop/ou rov


77aAa/ià ZvyypdfiftaTa) ont paru depuis lors à Thessalonique.
Nous nous référons à cette collection dans les notes en utilisant
le sigle 112.

Plusieurs additions bibliographiques, quelques références


patristiques nouvelles et la correction de quelques passages de
la traduction, suggérée par nos critiques, nous ont paru suffi
santes pour mettre à jour cette seconde édition de notre texte des
Triades.
Jean Meyendorff
Crestwood, New York
le 15 janvier 1973.
TEXTES
SlGLES USITÉS DANS L'APPARAT CRITIQUE

C — Coislinianus ioo.
V = Vaticanus gr. 1711.
S = Sinaiticus gr. 1671.
L = Bodleianus Laudianus 87.
P = Parisinus gr. 2381.
A = Atheniensis 2092.
Mi = Patrologie grecque de Migne (t. CL, 1101-1118).
Usp = Fragments de Porphyre Uspenskij.
TEXTES
PREMIÈRE QUESTION

On accuse les moi- J'ai entendu dire par certains que les
nés d'ignorance. moines devaient eux aussi rechercher la
pon re sagesse profane, car, sans elle, ils ne
peuvent être délivrés de l'ignorance 1 et des fausses croyances ;
que même en parvenant à l'impassibilité la plus grande, on ne
peut acquérir la perfection et la sainteté, à moins de recueillir de
partout le savoir, celui surtout de l'éducation hellénique ; car elle
aussi est un don de Dieu a, au même titre que les dons accor
dés par révélation aux prophètes et aux apôtres. Grâce à elle,
l'âme acquiert la connaissance des êtres qui enrichit la
faculté cognoscive — puissance supérieure de l'âme —, chasse
de l'âme toutes les autres choses mauvaises (car les passions
naissent de l'ignorance et par elle se fortifient) et amène
l'homme à la connaissance de Dieu ; il n'est pas possible,
en effet, de connaître Dieu autrement que par l'intermé
diaire de ses créatures. En les entendant parler ainsi, je ne fus
aucunement convaincu, car ma petite expérience de la vie mo
nastique me montrait juste le contraire ; je ne pus pourtant me
défendre, car ils parlent fièrement : Non seulement nous nous oc
cupons des mystères de la nature, nous mesurons l'évolution céleste,
nous étudions les mouvements opposés des étoiles, leurs conjonctions,
leurs phases et leurs levers, nous recherchons les conséquences qui en
découlent et nous sommes fiers de cela, mais encore, puisque les rai
sons de ces phénomènes se trouvent dans l'Intelligence divine, pre
mière et créatrice, tandis que les images de ces raisons existent dans

1 Pour Évagre et la tradition spirituelle, dont s. Maxime fut l'un des repré
sentants, Yâyvoia opposée à la yvwais est un état de vide spirituel et intellectuel
que seule la çrâce peut combler (voir infra, Tr. I, 3, 3). Pour les humanistes
byzantins, adversaires des moines, yvûois désigne uniquement un savoir intel
lectuel.
» Barlaam, Epist. III 'ad Palamam (édit. Schirô, p. 290-291) : Sotfci'crqs
aiÎToîç (les philosophes profanes) napà 0tov oo<j>las. Cfr les textes de Barlaam
cités plus bas par Palamas, Tr. II, 1, 11, 25, 37.
[rPHropioY
TOY MAKAPIQTATOY 'APXIEniZKOITOY 6EZZAA0NIKHZ
TA T1P02 TON BAPAAAM ZYrrPAMMATA]

'EPQTHEIE nPQTH Coisl. 100


||f. 103»

'EneiS-q tlvoiv rJKOvcra Xeyàvratv 8eîv p.eTa8t,œKetv tt)v 5


eÇco o~o<f>iav Kal tovs p.ovd£ovras, ojs dvev ravrrjç ovk èvov
ayvoiaç Kai ipev8â>v dTraXXayijvai 8o£aop.dTœv, kov els
anâdeiav axfuKTjrai tiç aKpav, ov8è reXeœTrjTos re Kal àyioTT)-
tos iTTiXafiéadat., et p.rj navraxôdev to el8évai ovXXé^ei, p,dXco—
ra 8è -rijs kcl6' "EWrjvas TraiSei'a?, &eov yàp Kal clvtt) 8œpov, 10
TÛ>v Trpo<f>rJTais Kal àTToarôXotç Si' diroKaXvipeoJS 8e8op,éva>v
âfioluts, Kal yvâjois 81' avTi)ç tôjv ovtojv rrj tfivxfj TrpoayiveTai
Kal to yvatoTiKÔv , KpeÎTTOv ov ànacrwv tùjv rrjç *fiv)(i}s 8vvd-
ficwv, Koop.eî, irâodv Te ÔXXtjv KaKiav iÇoplÇci ttjs 'pvx'fjs,
Kai yap ttôv Trddoç i£ dyvoîas <j>veTaL Te Kal Kparvverai, 15
âAAà Kal els ttjv tov @eov yvcboiv Tro8fjyeî tov dvBpuynov '
dXXws yàp ovk évi yvâjvai tov 0eov et p,-r) Sià twv avTOV
KTiap.aTO>v ' iiT€i8rj tout' TJKOvoa Xeyôvrojv, rJKiOTa pèv èireia-
6rjv, ttjs piKpâs iv T7) p.ovaxiKfj TToXiTeia poi neipas nâv
Toùvavrlov Trpo8ei£dor)s, dTToXoy-qaaodai Se rrpoç avrovç ovk 20
èSwTjdrjv, ènel Kal Xôyov viprjXÔTepôv riva (f>aolv ojs « oi>x
» àTrXœs r-^ç tc <pvaews TroXvTTpayp.ovovp.ev rà p.voTrjpia Kal
» tov ovpavov KaTap.eTpovp.ev kvkXov Kal ràç dvTt.TeTayp.evas
» twv âorptov Kivrjoeis èpevvœp.eda, ovvôSovs Te Kal àTToenà-
» aeis Kal imToXàs ràç tovtojv, Kal rà e/c tovtojv ovp.f$at- 25
» vovTa 0r)pojp.eda Kal péya <f>povovp,ev eVî tovtois, dXX' eTrei
» tovtojv p.èv ol Xôyoi iv toj deloj Kai TrpojTOj Kai 5r)p,iovpyiKÔ>

CVSL
X TlT. : sic V ; ait. man. add. tov iv âyiots irorpôs 17/iûi' «ai viov ffroXoyov V |
27 S-qptovpytKœ : &7}f.uovpyi7> L.
6 GRÉGOIRE PALAMAS

notre âme, nous nous hâtons de connaître ces raisons et de nous


débarrasser des signes de l'ignorance par les méthodes de la dis
tinction, du raisonnement et de l'analyse 1 ; nous voulons ainsi,
en restant vivants ou morts, être à la ressemblance du Créateur.
Je me suis senti incapable de répondre à ces choses ; j'ai donc
gardé alors le silence devant eux ; mais aujourd'hui, je te de
mande, Père, de m'enseigner ce que je dois dire pour défendre la
vérité, pour que je sois prêt, suivant l'Apôtre, à répondre de
notre espérance *.

1 Cfr Barlaam, Epist. I, ad Palamam (ibid., p. 262) ; Epist. III, ad eodem


(ibid., p 287-288).
• I Pierre, III, 15.
TRIADE I, QUESTION 7

» vcp, twv 8* èv iicelvui Xoyœv al eiKoves iveiat rfj tcad' r/p,âs


* foxV' tovtcov oôv èv èmyvœoei (nrev8op,€v yevécrdai Kal Siai-
» pcTLKaîs Kal crvXXoyicmKaîs Kal àvaXvTiKaîç p,e068ois tûv
» Trjs àyvolas êatrrovs tvttidv à7raXXd£ai. Kal ovrat KaB*
» âfioîwoiv, ^œvrés re Kal fiera dâvarov, elvai tov noujcravroç», 5
èircl oZv TTpos ravra ov\ iKavos elvat àvreiireîv èvôyaaa,
auo7rqaas v-poç èKelvovs totc, -napà aov vvv à^iw, -nârep,
O&ayQrjvai tovs virèp ttjs àXrjdelaç Xôyovs, ù>s « êroip,os
» yevolfirjv » Karà tov àrrôoToXov « SiSoi'tu Xôyov vepl ttjs
èv rjp.lv iXir&os »• 10

CVSL
DU TRÈS BIENHEUREUX ARCHEVÊQUE DE THESSALONIQUE
GRÉGOIRE
PREMIER TRAITÉ DE LA PREMIÈRE SÉRIE
POUR LA DÉFENSE DES SAINTS HÉSYCHASTES
DÉFINITION DES NORMES ET DES LIMITES DANS LESQUELLES
IL EST UTILE DE S'ADONNER AUX ÉTUDES

PREMIÈRE RÉPONSE

La sagesse des phi- 1 . — Frère ! Suivant le mot de l'Apôtre,


losophes n'est que # est bon d'affermir son cœur par la
grâce1, mais par la parole comment
pourrait-on exprimer le Bien qui est au-dessus de la parole ?
Il te faut donc, même en ces circonstances, rendre grâces à
Dieu, car il t'a conféré cette grâce qui ne vient même pas à
l'esprit de ceux qui pensent tout savoir dans la profusion de leur
sagesse. Même si tu ne peux leur répondre, tout en sachant
qu'ils ne connaissent pas la vérité, tu as tort d'en éprouver du
chagrin. Ta conviction à toi se fonde sur l'expérience : tu resteras
donc absolument et pour toujours ferme et immuable, ayant
constamment pour te soutenir le fondement de la vérité. Quant
à ceux qui s'appuient sur les démonstrations logiques, ils change
ront certainement d'avis, même si aujourd'hui tu n'es pour rien
à ce changement. Car « toute parole conteste une autre parole » 2 ;
elle est évidemment elle-même un objet de contestation et il est
impossible de découvrir la parole qui l'emporte finalement,
étant assurée de ne pas être renversée elle-même. Et les Hel
lènes l'ont bien montré, ainsi que les sages qui suivent leur
enseignement, en se réfutant perpétuellement l'un l'autre et
se laissant mutuellement réfuter par l'apparence d'une supé
riorité de démonstration verbale.

1 Hébr., XIII, 9.
* Proverbe (?) fréquemment employé par Palamas (cfr Tr. I, 2, quest.
Tr, I, 3, 13).
TOY MAKAPIQTATOY 'APXIEniZKOnOY 9EZZAA0NIKHZ
rPHropiOY
AOTOZ •YIIEP TQN 'IEPQZ 'HZYXAZONTQN,
TQN IIPOTEPQN 'O IIPQTOZ-
KATA 77 KAI MEXP1 TINOZ AYZITEAHZ 'H I1EPI AOTOYZ 5
TPIBH

'AnOKPIZIZ IIPQTH

1. yA8eX<f>i, « kclXov xa/HTi fiefiavovodat. tï]v KapSlav»,


àvoaroXiKws eiTreîv, Xoyu) 8e irâts àv èvSelÇaiTO tiç tÔ vnèp
\6yov àyadôv ; Xprj toIvvv koI Karà || toûto oe ^apiras' 1° I f• io4 r
ôfjioXoycîv 0€tt> X<*PLV TrapacrxovTi touwttjv fj toîj rà rrâvra
olofiévois clSévai TrepiovoLq. oo<f>laç ov8' inl vovv épurai.
Kàv fir/ tovtois àvriXéyetv €XJ)S, kcUtoi tt}s àXrjdeîas p-rj
KaraoToxo-^op-évovs €i8a>s, 8vo~x€paiv€iv ov Set. Ev p.kv yàp
epyip 1T€7T€l<jp,évOS, Tt6.VTT\ T€ Koï irdvTWS €IS TO 8irjV€K€S- èarq- 15
piyp.évoç çoji kolI aTreplrpeirros, p.6vip.ov êxo>v irapà creavrw
tt)v rfjç àXrjdeîas Ï8pvaiv. 01 8è XoyiKaîs aTroSelÇeaiv ève-
pei86p.cvot TrepiTpaTTrjaovrai. irdvrios, kov p.r) vvv tmô aov '
kcll yàp €X6yw iraXaUi iras Xôyoç », 87]Xa8rj Kal àvmraXaC-
erat, Kal tov viKtovra Xôyov Sià réXovs evpeîv àp,rfxavovi 20
d)S elvai ttjç oÎKclas 17TT17? àve'AmSa' koI tout' eSei^cw
'EXXrjvwv 7raî8es Kal ol ko.t ckcivovs <jo<J>oI, KpeLrrovi tw
8okcîv 8el^€t Xôyov 8i7]veKÔ>s àXXrjXovs àvarpéirovres Kal vit'
àXXrjXœv àvaTp€7rop,evoi.

CVSL

1-2 tov avrov V | tov iv àyîoLS irarpos *iilwv Vpi\yoplov âp^iemaKOTrov Seaaa-
XovIktjs S H 3 Xoyos om. S | 7 airôrcptois irputry) in marg. S.
10 GRÉGOIRE PALAMAS

Elle n'est pas la 2- — D°nc> tu auras, à mon avis, suf-


sagesse de Dieu. fisamment et convenablement répondu à
ceux qui, toute leur vie, s'intéressent aux
philosophies profanes, à ceux qui recherchent la connaissance
dans l'éducation du dehors et qui en font un tel éloge, si tu leur
dis simplement : « Mes excellents amis, vous ne vous procurerez
pas ainsi plus de connaissance que d'ignorance ». Ceux qui recher
chent la gloire humaine et font tout pour l'acquérir obtiennent
plutôt du déshonneur que de la gloire, puisqu'on ne peut plaire
à tout le monde ; ainsi ceux qui recherchent la connaissance
auprès des sages du dehors recueillent, comme ces sages le disent
eux-mêmes 1, plus d'ignorance que de connaissance, car les opi
nions diffèrent et se combattent, et chacune a plus d'adversaires
que de partisans. Et ne serait-ce pas une grande faute de croire
que l'un de ces sages puisse découvrir les « raisons » qui se trou
vent dans l'Intelligence créatrice ? Qui a connu l'intelligence du
Seigneur ? demande en effet l'Apôtre *. Et à défaut de ces « rai
sons », la sagesse profane ne permettra de retrouver aucune de
leurs images dans l'âme. La connaissance qui prétend rechercher
d'après cette sagesse ce qui est à l'image de Dieu, est donc une
fausse connaissance. En l'acquérant, l'âme ne devient donc aucu
nement semblable à la Vérité-en-soi ; cette connaissance ne peut la
conduire à la vérité et la jactance de ceux qui se flattent de la
posséder, est donc futile. Qu'ils écoutent Paul, qui appelle char
nelle la sagesse du dehors * et qui parle de la connaissance qui
enfle * comme d'une intelligence de la chair 5. Comment la sagesse
de la chair donnerait-elle l'image (divine) à l'âme ? Considérez, dit-
il, que parmi nous qui avons été appelés, Un'y a ni beaucoup de sages
selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles *.

1 D'après Barlaam, le mérite principal des philosophes grecs avait été d'af
firmer l'inconnaissabilité de Dieu, et, par conséquent, de définir les limites de
la connaissance humaine. Voir Epist. III, ad Palamam (édit. Schirô, pp. 298, 299) .
• Rom., XI, 34.
« // Cor., I, 12.
« / Cor., VIII, 1.
• Col., II, 18.
• / Cor.. I, 26.
TRIADE I, 1, 3 II

2. ITpos ovv tovs eKelvois Trpooéxovras Stà jStou Kal


Orjpiofiévovç yvcôaiv e/c rfjs %$<*> naiSelas Kal ravrqv èirl
tocovtov €yKiop.iât,ovras raxh etncov, airoxpwvrojs re /cai
vpcTTÔvrws, êfioi ye Sokcîv, cpeîs <ôs « où p.â\Xov yvœaiv fj
» àyvwcrlav ck tovtcov vpXv avrots rrcpuro teîaOe, c5 fJéXrur- 5
» toi ». Kadânep yàp ol rfjs trap avdpwncov icfiiéfievoi 86£tjs
Kal irôvd* \rnkp avrfjs irpârTOvres à8oÇias p.âXXov rj SôÇrjç
€7riTvy)(a.vovcnv , eTreincp âAAotç aAAa àpéoKei, tov avrov
rpôirov Kal ol rrapà rwv e£a> ao<f>wv rqv yvœaiv dr/pwp.fvot,
p,5XXov âyvwalav, Kar' avrovs eKelvovs, 77 yvwaiv KapiroUvrai ' 10
8ta<f>épovo~(. yàp àXXrjXaiv al So^at Kal 8ia<f>4povrai npos àXXfj-
Aay Kal ol àvTtKetp.€voi TrAeiou? tô>v op,oXoyovvrœv €Kdo~rrj.
To 8è Tncrrevetv €vpr]K€vat riva tovto)v 8wr]dfjvai tovs èv rôt
h-qp.Lovpyi.KU) vâ> Xôyovs, p.rj Kal Xlav 7rXr)p.p,€\ès fj ', « Tls
» yàp eyvœ vovv Kvplov,'» <p-qalv 6 'AirôaroXos ' €t 8è pjq »5
tovtovs, ovhe ràç cv rf\ iftvxfi tovtojv etKÔvas ck rfjs éfco
GO(f>las awiSeîv iart. x¥*v8oyv<ooLa roiwv iarlv rj €K ravrqs
rfjs ao<f>las to Kar' ciKova Oelav Qr\puip\€\rq yvâiais. Ovkow
ovk eoTai 8i' avrqv rfj avToaXrjdela ip,<f>€prjs r) ravrqv i\ovoa
ipvxH, àAA' ov8è rroh-qyoÎTo âv irpos rqv àXrjOeiav ck Tavrqs, 2°
Kal r) Kavxrjots Xoittov /xaraia tûv ctt' avrrj rovrov ye êvcKa
aep.vvvop.évayv. ''AKovirœaav TlavXov « aapKiKr/v ao<f>lav »
koXovvtos ttjv dvpadev, ôs Kal « vovv oapKos » Xéyei rqv
<f <f>voiovoav yvtôaiv ». H toivvv rfjs aapKos o~o<f>ta, ttws
rfj ifivxjj to Kar' ei/côVa TrapiÇtTai ; « BXéireré » (prjai « rrjv 25
» KXrjcnv rjp.wv ' ov iroXXol oo<f>ol Karà aâpKa, ov noXXol
» Svvarol, ov voXXol ciîyeveîç»' tiç ovv r) rfjs aapKos || [ f io4 »
evyéveia. re Kal 8vvap.is rfjv fpv\i]v ovk €v8vvap,u)crei€v âv ov8'
itjevyevlcreicv, ovrws ov8' r) rfjs crapKos o-o<f>la ao(f>rjv àirepyâ-
aerat rqv 8iâvoiav. Kal ovrœs àp\V oo<f>las yvtôvai oo<j>lav, 3°
âloTC SicActrôai Kal npoeXéodai rfjs xati€P7ro^s Ka* Yr)^vVs
Kal àvovqTOV rqv peyaXaxpçXrj Kal ovpaviav Kal m>€vp.aTi.-

CVSL
12 GRÉGOIRE PALAMAS

La noblesse et la puissance de la chair ne peuvent rendre l'âme


puissante ou noble ; la sagesse de la chair ne donnera donc, elle
non plus, aucune sagesse à notre intellect. Et, en effet, le début
de la sagesse, c'est d'être suffisamment sage pour distinguer et
pour préférer à une sagesse basse, terrestre et vaine, celle qui
est vraiment utile, céleste et spirituelle, celle qui provient de
Dieu et conduit vers lui et qui rend conformes à Dieu ceux qui
l'acquièrent.

Puissance malé- 3. — Cependant, comme ces gens le


fique du péché. reconnaissent eux aussi, nous possédons à
l'intérieur de nous-mêmes les images des
« raisons » qui sont dans l'Intelligence créatrice ; mais qu'est-ce
qui, dès le début, rend ces images méconnaissables ? N'est-ce pas
le péché et aussi l'ignorance ou le mépris des commandements ?
Pourquoi avons-nous besoin d'un enseignement pour voir ces
images bien qu'elles soient inscrites en nous-mêmes ? N'est-ce pas
parce que la partie passionnée de l'âme, s'étant soulevée pour
faire le mal, les a corrompues ? N'est-ce pas parce qu'elle a boule
versé la capacité visuelle de l'âme et l'a éloignée de la beauté pri
mitive ? C'est donc à cela que l'on doit veiller avant tout, si l'on
veut garder intacte l'image (divine) et la connaissance de la
vérité : s'écarter du péché, connaître la loi des commandements en
les accomplissant, persister dans toutes les vertus et revenir à
Dieu par la prière et la véritable contemplation. Car sans la
pureté, même si tu étudies toute la philosophie naturelle depuis
Adam jusqu'à la fin, tu n'en seras pas moins fou et non sage. Pour
tant, même en étant privé de cette philosophie naturelle, à condi
tion de purifier et de dépouiller ton âme des mœurs et des doctri
nes mauvaises, tu acquerras la sagesse de Dieu qui a vaincu le
monde et tu entreras joyeux dans l'éternité avec Dieu, le seul
sage 1. Ces doctrines que j'ai mentionnées ne concernent pas la
grandeur et le mouvement du ciel et des corps célestes, ni les
conséquences qui en résultent, ni la terre et ce qui l'entoure, ni
les métaux et les pierres brillantes qui se conservent dans ses
entrailles, ni les phénomènes se produisant dans l'air à la suite

» Rom., XVI, 27.


TRIADE I, 1, 2-3 13

KTfv kclI irapà 0eov kclI npos Seàv èpxop.€vr)v Kal Oeâ) tovç
icrqaafiévovç ovp.p.6p<f>ovs àTroSeiKvvarav.

3. Ov p,r)v àXX' €77€i, Kadârrep KaKeîvoi Xéyovoi, rœv


iv tô» 8r)p.i.ovpyiKâ> vu Xoyœv al eiKoves iv tj/lûv elcri, tl to
ravras ttjv àpx*lv à^peitôo-av ràs ei/covaç/ Ov^ 17 â/za/ma 5
Kal 17 tov 7rpaKT€ov eïre âyvoia, cire Trepi<f>p6vr]ois ', Atari
fii) à8i8a.KTa>s ivopcop.ev Tairras, iv rjp.lv avroîs ovcras iv-
T€TVTTOjp,€VaS ,' Oi)( OTl TO TTaOrjTlKOV p,€pOS TTjS ^X^
KaKtos inavaorâv, aura? re Siiorpeifie Kal to SiopariKOV
avrrjs crvv€X^€ Kal fiaKpàv iirolrjoe rrjs àp^ervirov koXXovtjs ; 10
OvKOVV TOVTOV TTaVTOÇ flâXXoV €7Tip,€\r)T€OV Kal TTJÇ àfXOp-
rlas à<f>€KT€ov Kal tov vêpov tcôv ivroXcov 8ià npdÇcœs àvayvcoa-
riov Kal àperfjs nâor/ç àvQeKréov Kal 81' ev^s Kal décu
plas àXrjdovs itraviriov npoç Qeôv, tov jSouÀo/ievov to re
KaT eiKova oœv Kal ttjv àXrjdoyvooalav o~%eîv. KadapôrqTos >5
yàp aveu, ko.v p-âdr/ç ttjv àiro 'ASàp, p.ixPl owrcXelas <f>v-
aïKrjv <f>iXoao<f>lav , p.u>pos ovSèv JJttov otl p/q Kal p.âXXov
earj 77 oo<f>6s ' iKclvr/ç Se aveu, Kadapdelç koI tcôv Trovqpoov
r/dcov Kal hoyp,aTOJV a7raWd(jas ttjv \\svyr\v, ttjv viKÔiaav
tov Koop.ov tov 0eov ao<f>lav KTijarj Kai « tô> /xova» ao(f>â> 20
» &eâ> » ovvSiaiojvloeis àyaXX6p,evos. Aoyp.6.Toyv Se Aeya»,
où tcDv 7T€pl p.cyédovs Kal Kivrjoecos ovpavov Kal tcov KaT1
ovpavov oojp.a.Tcov Kal 60a Sià raûra ylverat, ov8è yrjç Kal
tcùv Trepi yfjv Kai tcôv ivTedrjaavpio'p.évcûv TavTjj p.€TdXXojv
Kal Xidcov Siavywv, ovbè twv ck ttjç SnrXrjs àvadvp.ià'crecos 25

CVSL
I Kai posl 8eov om. S || 21 koX post ovv&taiioviofis add. C || 24 XapTrpwv posl
TaiÎTjj add. VS.
14 GRÉGOIRE PALAMAS

d'un souffle double. Car c'est là une hérésie hellénique que de


concentrer tout son zèle et son intérêt sur ceux qui recherchent
la science de telles choses. Ce sont tous ces Stoïciens, en effet, qui
définissent la science comme le but de la contemplation.

Éducation profane 4- — Et voici qu'aujourd'hui, comme


et vie chrétienne, tu nous le rapportes, certains hommes
méprisent le but proposé aux chrétiens
sous prétexte qu'il est trop modeste : les biens indicibles
qui nous ont été promis pour le siècle à venir ! N'ayant pour
connaissance que la science expérimentale, ils l'introduisent
dans l'Église de ceux qui pratiquent la sagesse du Christ. Ceux
qui ne possèdent pas de connaissances scientifiques, déclarent-
ils, sont des ignorants et des êtres imparfaits : tous doivent
s'adonner totalement aux études helléniques, négliger les doc
trines évangéliques (ces dernières, en effet, ne dépouillent aucu
nement de l'ignorance de leurs sciences) et s'éloigner, en s'en
moquant, de Celui qui dit : Devenez parfaits 1, Si l'on est en
Christ on est parfait 2, et Nous prêchons parmi les parfaits 3,
parce qu'il ignore absolument ces sciences. Quant à moi, je
n'avais pas en vue le dépouillement qui débarrasse de cette
ignorance profane, lorsque j 'ai parlé de pureté salutaire ; je
sais, en effet, qu'il y a une ignorance irréprochable et une con
naissance blâmable. Ce n'est donc pas en te dépouillant de cette
ignorance-là, mais en te dépouillant de l'ignorance concernant
Dieu et les dogmes divins, ignorance que nos théologiens ont
interdite, c'est en rendant tout ton genre de vie meilleur, confor
mément aux règles prescrites par ces théologiens, que tu seras
rempli de la sagesse de Dieu et deviendras réellement image et
ressemblance de Dieu ; tu auras atteint la perfection par le seul
accomplissement des commandements évangéliques. Denys,
l'interprète de la Hiérarchie ecclésiastique, l'a lui aussi clairement
déclaré conformément à la doctrine de cette Hiérarchie ; il dit :
L'assimilation et l'union à Dieu, comme nous l'enseignent les

1 I Cor., XIV, 20 ; cfr Matth., V, 48.


• Cfr Philipp., III, 14.15 ; Col., I, 28.
• J Cor.. II, 6.
TRIADE I, 1, 3-4 15

Karà tov àépa crvp.f}aiv6vTwv. IJpos yàp ttjv èiriœrrffn)v twv


toiovtwv fiXéirovTas irâaav àirevdvveiv ottovStJv tc #cai £77x77-
otv alpcols icmv êXX-rjviKTJ. 01 yàp StwïkoI navres réXos
ttjs dewplas ttjv €-nioTr)pvr]v ôplÇovrat.

4. Nvv 8rj riveç, ws ov <f>rjs, tov toÎs xpumavoîs npoKeifiévov 5


tcXovs, twv èirrjyyeXp.€Vwv rjpûv eVi tov uéXXovros alwvos
àpprjTwv àyadwv, ois iXaxlorov TTepi<f>povrfo-avT€S Kai ttjv eVi-
arqp,r]v els yvwaiv p.eTaXa^6vT€S, tJ\ twv Karà XpiOTOV <piXo-
oo<f>ovvrwv irreiadyovaiv 'EKKÀrjola. Tovs yàp ovk elSoTaç ràs
p.a6j)p,a.TU<às iirtcrrqp.as dvdyvovs diro^alvovrai || Kai àreAeî?, 10 \ f- 105?
ivTivdev 8 àvayicrj navras, t<3v p.ev iXXrjviKwv àirpi£ àvr-
éxeodai fxad-qp.dTwv, rœv 8* e vayycXikwv KaToXiywptîv 81-
8ayp,aTOjv — Trap' avTwv yàp oÙScVotc yivoiT àv Ttjs Ttov
KaT avrovs èinoTTip,â>v àyvolas à7TaXXayTJ — Kai tov Xé-
yovros « ylveade réXeioi » Kai « ci ris èv Xpiorw tcXcios » Kai 15
« 17/xeîs 8è XaXovfiev iv toîs TcÀeioi? » KaTap.wKwp.4vovs
àvaxojpeîv, ws direlpov "navràiraoïv cttiott^i^ç roiavrqs.
Où ravrrjs oSv iyœ ttjs àyvolas àTraXXayrjv vrroTi.6efi.evos,
KadapoTTjTa crwnjpiov c#caAeaa ravrrjv ' oî8a yap Kai àvéy-
kXt)tov àyvoiav Kai yvwaiv èyKtKXrfftéirqv ' ovkovv Tavrrjs, 2°
àAAà rfjs nepl ©eov Kai twv delwv 8oyp.d.Twv àyvoias a7raAAa-
yels, ôarrjv oi Kad* rjp.âs àTr-qyôpevoav OeoXàyoi, Kai irâv
tfdos Karà rà? aÙTcôv /JeAri titra? tnroô-qKas, yevrjor] Oeov
oo<f>las àvàirXeios, cIkwv ovtws ko.1 ôp.olwp.a ©eov, 8ià
p.6vr)s ttjs twv eiayyeXiKwv ivToXwv Trjp-qaews TtreXeo- 25
fiévos ' S Kai 6 rijs 'E k kXtjo laor iktjs lepap%las
\mo$r\Tï)s Aiovvoios Kar avrtjv àire^varo oatpws ' « 17
» yàp Trpos tov ©eov à<f>op.olwols Te ko.1 evwois, a>ç rà
» delà » (prjai « 8i8a<7K« Adyia, raïs twv oefiaopu,wTâTwv
» ivToXwv àyavrjaeai Kai Upovpyiais p.6vws rcAeÎTai ». 30
El 8' ovk àXrjôrjs ô Xôyos ovTos, àXX' €K ttjs eÇw nai-
Selas to KaT cîxôva tov âvBpwnov evpeîv Kai I8eîv Iotiv,

CVSL
l6 GRÉGOIRE PALAMAS

divines écritures, s'accomplissent uniquement par l'amour et


la sainte mise en pratique des très vénérables commandements 1.
Si ses paroles sont erronées, si l'homme peut retrouver et voir son
image (divine) par l'éducation profane, puisqu'elle transforme
pour le mieux les caractères et écarte de l'âme les ténèbres de
l'ignorance, les sages des Grecs seraient plus conformes à Dieu
et verraient mieux Dieu que les Pères d'avant la Loi et que les
prophètes du temps de la Loi, dont la plupart ont été appelés à
cette dignité lorsqu'ils menaient une vie rustique ! Et Jean, le
plus haut sommet des prophètes 2, n'a-t-il pas passé toute sa vie
dans le désert, dès sa plus tendre enfance ? N'est-ce pas vers lui
que regardent, de toutes leurs forces, comme vers le premier
modèle, tous ceux qui abandonnent le monde ? Cela est absolu
ment évident. Et dans le désert, où étaient donc les écoles de
la futile philosophie que ces gens appellent salutaire ? Où étaient
les livres volumineux et ceux qui se consument durant leur vie
entière à les lire et à persuader les autres d'en faire autant ?
Trouve-t-on dans ces livres les règles de la vie solitaire et virgi
nale des saints ermites et un énoncé écrit de la lutte qu'ils ont
menée, pouvant inciter le lecteur à les imiter ?

La sagesse rendue 5- — Je laisse de côté celui <ïui fut


folle. le plus sublime parmi les enfants des
femmes 3. Monté à une si grande hauteur,
il ne s'est en rien soucié de cette éducation dont ils disent
qu'elle mène à Dieu, car il n'avait même pas lu les livres
sacrés ; je le laisse donc de côté. Mais comment Celui qui est
avant les siècles *, qui est apparu après lui, qui est venu dans
le monde pour témoigner de la vérité 6, pour renouveler l'image
et la faire remonter de nouveau à l'Archétype, pourquoi ne nous
a-t-il pas procuré ce retour par les méthodes profanes ? Pourquoi
n'a-t-il pas dit : « Si tu veux être parfait, acquiers l'éducation du
dehors, hâte-toi d'assimiler les sciences, procure-toi la science des

lDe eccles. hier., II (PG, III, 392 A).


* S. Jean-Baptiste.
» Matth., XI, 11 ; Luc, VII, 28.
« Cfr Jean, VIII, 58, etc.
« Jean, XVIII. 37.
TRIADE I, 1, 4-5 17

ws tovs xaPaKTVPas *7™ T° «pelrrov p,eTappv0p,i£,ovo-qs


Kal to okotos ttjs dyvolas èÇaipovo-qs rrjç if'VXJJS, ol ko.9'
"EXXrjvas crcxpoï deoeiSéorepoi âv efev Kal BeoTTTiKOJTepoi
r&v Ttpo vép.ov Trarépaiv Kal twv ev tô> vôpup Trpo<f>rjTevodv-
tcdv, (Lv ol nXeiovs i£ àypoïKiKov fiiov TTpos Tavrqv rfjv 5
àÇlav €K\rjdrjaav . 'Iœdwrjs 8e, rj twv 7Tpo<f>T]Twv varan)
Kopwvis, ovk ef âiraXwv ovvxwv eV èp-qp.las SieTe'Aei tov
jSt'ov àvvwv ; Ov Toivvv irpos ai)Tov ws rrpos dpxÎTvnov
àifiopwcnv €Kaaros ôircos e^ei SvvdpLews tuïv dnoTaTTop.€vwv
rû> KÔap.w ', Tlavri vov SijXov. IJov to'wvv eV €prjp.la oioaa- 10
KaXeîa ttjs p-aralas, ws S' avrol Xéyovai, owT7)plov <f>iXo-
ao<f>îas ,' IJov 7to\v7ttvxoi fjlftXoi Kal ol ravrais Btà filov
irpooTeTTjKOTes Kal tovs âXXovs 7tci,8ovt€s ', IJov 8e twv
filfiXwv tovtwv VTrodrJKai, filwv TOtovrwv èpr)p.iKWV re #cai
irapdeviKwv Kal àywv àvdypa-nTOS, irpos p.lp.r)oiv èiralpwv 15
tous èvTvyxdvovras ',

5. Kal Iva tovtov à<pû> tov « eV ycwrjToîs yvvaiKwv


» vtprjXÔTepov » w 7rp6s roaovrov viftos àva^e^rjKOTi rrjs,
<î)S avroi <f>aotv, ôSrjyovorjs irpos 0c6v iraiBelas ovSèv ep,éXr)0€,
Kal yàp ovb" Upaîs ovtos tVTtTVX7)** fil/iXois, "va toLvw 20
tovtov d<f>wp,ev, « o npo twv aiwvcov wv » Kai || p.€T avrov || f- 10511
<f>avels Kal 8ià tovto « èXOwv et? tov Koop.ov Iva p.apTvptfo"r)
» T77 àXrjQtla » Kal àvaKatvlor) to /car' eiKova Kal irpos to àpx*-
tvttov iTravaydyr] , ttws ov irapioxe ravr-qv ttjv 81a tô>v
e£w p.e068wv âvo8ov ,' IJws 8' ovk cittcv « et OéXeis Te'Aeioç 23
» elvat, Trjs é£a> 7rai8elaç eViAa^Soû, OTrevoov Trpos ttjv
» rtôf p.a0-r]p.dTU>v àvdXrjipiv, TTepnrotTjoai oeavTcp ttjv e7ri-
» OTrjp.rjv Ttôv ovtojv », aXXà « rà virapxovTa ttcÔXtjoov,
» SiaSoç tttwxoÎç, tov OTavpov dpov, aKoXovdeîv èp.ol npo-

CVSL
4 rôt ont. L II 20-21 toivvv tovtov : tovtov toIvuv L.
l8 GRÉGOIRE PALAMAS

êtres »? Et pourquoi a-t-il dit au contraire : Vends ce que tu pos


sèdes, donne-le aux pauvres 1, prends la croix, efforce-toi de me
suivre 2 ? Que n'a-t-il enseigné les rapports, les configurations,
les quantités, les phases et les conjonctions trompeuses des
planètes 3, que n'a-t-il résolu les difficultés des problèmes phy
siques, afin d'extirper de notre âme les ténèbres de l'ignorance ?
Pourquoi les disciples qu'il appelait étaient-ils des pêcheurs,
des illettrés, des rustres, et non des sages ? N'est-ce pas pour
confondre les sages du dehors comme le dit Paul * ? Pourrait-il
confondre ceux qui, d'après ces gens, nous conduisent à Lui ?
Pourquoi a-t-il rendu folle leur sagesse 5 ? Pourquoi, par la folie
de la prédication, a-t-il jugé bon de sauver les croyants 8 ? N'est-ce
pas parce que le monde n'a pas connu Dieu par la sagesse 7 ? Et
qu'est-ce qu'ils apprennent, ces gens dont tu parles ? Alors que le
Verbe de Dieu est venu dans la chair, Lui qui a été fait pour nous
Sagesse venant de Dieu 8, alors qu'a surgi la lumière qui éclaire tout
homme allant dans le monde ', alors que, suivant le chef des apôtres,
le jour est apparu et l'étoile du matin s'est levée dans nos cœurs 10
de croyants, ces gens ont besoin d'une mèche spéciale qui
les amène à la connaissance de Dieu à partir des philosophes
du dehors et ils conseillent aux autres hommes de se laisser
vieillir en vain, assis près d'une lampe fumante 11, en cessant de
se purifier dans la quiétude, par la domination des pensées,
et en abandonnant la prière ininterrompue qui nous élève vers
Dieu!

• Matth., XIX, ai.


• Cfr Matth., XVI, 24 ; Marc, VIII, 34 ; Luc, IX, 23.
• Barlaam avait publié plusieurs travaux d'astronomie. Cette science occupait
une place importante dans ce qu'on appelait • la Sagesse hellénique >.
« / Cor., I, 27.
• / Cor., I, 20.
• / Cor., I, 21.
» Ibid.
• / Cor., I, 30.
• Jean, I, 9.
*• II Pierre, I, 19.
u S. Jean Climaque recommande, au contraire, de ne pas se laisser vieillir
dans les études, Scala, XXVI (PG, LXXXVIII, 1017 A).
TRIADE I, 1, 5 19

» 6vfirjdr)Ti » ; I7â>s 8' ovk èhlhaÇev àvaXoylas kclI o~xf]p.a-


riop.ovs Kal TToaÔTrjTas Kal ràs iroXvrrXaveîs r<hv TTXavrjTOJv
àiroordaeis Te Kal <rvv68ovç Kal tcov <f>vaiKœv 7TpopXrjp.dTU)v
ràs àiropias SiéXvaev, <Ls àv àiro rqs r)p,€Tepas foxVS TO TVS
àyvoîaç okotos iÇéXTjrai ; Ti 8è ko.1 /xad^ràç àXieîç, dypap.p.d- 5
tous, àypoiKovs , àXXà fit) oo<f>ovs avveKÔXei Kal ravQ' « "va
» KaraicrxvvT) tovs ë£u> ao<f>ovs », ojs o IlavXés <f>rjat ; IJôjs
oSv Karaia)(vv€i tovs irpos avrov, œs outoi Xiyovaiv,
ôSrjyovvras ', Atari 8è ko! «ttjv ao<j>iav airrûv ip.(opave» ', Tlvos
oè x(*PLV /ca' * ^l(* TVS H-wP^as T°û KT)pvyp,aTos evSÔKrjae 10
» CTcScrai tovs Tnarevovras »/ Ovk cVctS^ « Sià rfjs ao<f>La$
» o KÔafioç ovk éyvw tov &c6v»; TL 8c Kal ptadôvres
ovs <f>Z)S, Aôyov &eov crœp.aTiKÔ>s ivSrjp.-qcravTos, « Sç
» èyevqdr) 17/zîv ao(f>îa àno &eov », Kal tov <J>idt6s àva-
oxÔvtos, « S <£am'£ei -navra dvOpwTrov èpxôfievov cîç tov 15
» kÔojxov », « 17/xepaç T€ Siavydcrrjç Kal <pœa<f>6pov àva-
» relXavros iv raîs KapStaiç rjp,û>v » rwv viarcùv, Karà tov
rôsv àTToarôXojv Kopv<f>aîov, avroi re hiovrat. OpvaXXISos
€irio~K€vaoTrjs , rrjs ano rœv l£a» <f>iXooo<f><iiV yvœaeœs
rrpos deoyvaicriav 68rjyovo~qs Kal tovs âXXovs trapaivovaiv, 20
d<j>ep,évovs rov Kaô' rjavxîav 8ià rfjs rwv Xoyicrp,œv è-mara-
aias KaOalpew iavrovs *ai 81 aSioAtiVrou TTpoacvxfjs rtpoa-
av£x*iv T<? @eû>, Karayrjpâv p,drr)v, Xvxva) TV<f>a>p.éva>
7TapaKa9rjp.4vovs ,'

CVSL

17 riiiûiv ont. S
20 GRÉGOIRE PALAMAS

Du bon et du mau- 6. — Ne leur est-il jamais venu à


vais usage des étu- i'eSprit que c'est en désirant l'arbre de la
des profanes. , ».
connaissance et en y goûtant que nous
fûmes chassés du lieu de délices ? Car nous ne voulûmes pas le
cultiver et le garder suivant le commandement x et nous cédâmes
au mauvais conseiller qui y était entré en fraude et nous avait
séduit par la beauté de la connaissance du bien et du mal. Voici
que maintenant, à ceux qui ne veulent pas travailler et garder
leur cœur suivant l'enseignement des Pères, il promet l'exacte
connaissance des sphères célestes, mouvantes et symétriques, et
de leurs propriétés ; c'est là aussi une connaissance du bien et du
mal, car elle ne possède pas le bien dans sa nature même, mais
dans l'intention de ceux qui en usent, se modifiant avec cette
dernière dans un sens ou dans l'autre. A plus forte raison, je dirais
également que la pratique et les grâces de différentes langues,
la puissance de la rhétorique, le savoir historique, la découverte
des mystères de la nature, les méthodes variées de la logique,
les différents points de vue de la science du calcul, les mesures à
formes variées des configurations immatérielles, toutes ces choses
sont à la fois bonnes et mauvaises, non seulement parce qu'elles
apparaissent après la pensée de ceux qui en usent et prennent
facilement la forme que leur donne le point de vue de ceux qui
les possèdent, mais parce que leur étude n'est une bonne chose
que dans la mesure où elle développe dans l'œil de l'âme une vue
perçante. Mais il est mauvais pour celui qui s'adonne à cette étude
de s'y arrêter jusqu'à la vieillesse. La bonne solution est de s'y
entraîner un peu, puis de transporter son effort sur ce qui est un
bien supérieur et beaucoup plus sûr, car le mépris des lettres
apporte aussi une large compensation de la part de Dieu 2. C'est
pourquoi le second Théologien dit à propos d'Athanase le Grand,
que le profit qu'il a tiré des études profanes consista à définir
ce qu'il jugea bon de mépriser 3. Et lui-même en a joui, suivant

1 Gen.. II, 15.


* L'attitude de Palamas envers les études profanes coïncide exactement
avec les décisions officielles de l'Église byzantine et avec la condamnation lancée
en 1082 (à l'occasion du procès d'Italos) contre ceux qui pratiquent les sciences hellé
niques, non pas dans le seul but de s'éduquer, mais en se conformant à leurs opinions
futiles (Triodion, édit. d'Athènes, 1930, p. 148).
* Le « second Théologien » (après s. Jean l'Évangéliste) est s. Grégoire de
Nazianze. CirHom. XXI, 6 (PG, XXXV, 1088 P>ï
TRIADE I, 1, 6 21

Ap OVO CKCIVO TTOT €TTqAV€V C7TI VOW aVTOlS, OtÇ


€<f>éo€l T€ Kal p.€TaXljlp€l TOV <f>VTOV T7]S yVWO~€WS €KTT€TTTc!>-
Kapev èxelvov tov delov x<i>ptov rfjs Tpv<prjs ; « ' Epyd^ccrdai
yàp avro Kal tpvXaTTew » Karà tt)v ivToXrjv ovk idcXfjaavres ,
€t£a.[/.€V TÔ> TTOVTJpâ» OVpfïovXu) TTjV ClCToSoV KXélpaVTl Kal 5
t<3 /caAAci déXÇavri ttjs yvœaews tov kclXov Kai Trovr/poO.
Td\a hrj Kal vvv oStos toÎs p.r) ftovXop.évois ipydÇeadat Kal
<f>vXa.TT€t.v tt)v éavrâjv xapSlav, Karà ttjv tû>v Trarépiov
v^>7]yt]<Jiv, ovpaviœv a<f>aipœv re Kal twv Kar' aiiràs àKpi^rj
yvÔMJW iirayyéXXcTai, TtoXvKwr\TOiV te Kal dvrip \\ poTrwv, 10 | f. io6r
yvwaiv oZoav koXov Kal TTOvr/pov, tô> /lit) iv rfj iavTrjs <f>voci
K€Krf}odai to koXÔv, àXX' èv Tjj twv xpwp-évajv 7Tpoaip€<J€t,
ovp,p.€TafiaXXovoav Tavrrj rrpos e/càrepov. TIpo 8è tovtwv
p.iKpov Kal 8ià ravr ïaws, èpureiplas Te Kal \dpiTas iroXv-
yXwaauiv SiaXeKTWv, 8vvap.w pr/Topelas, el8rjmv loropias, 15
pvarrjpiojv (pvoews evpeatv, TroXveiSeîç fiedéSovç XoyiKrjs
7rpayp,aT€Las , rroXvpfpeîs CKeipeis XoyiariKrjs €Tnarrjprjs ,
ayrjp.aTiapû>v dvXwv iroXvo~xrfp.ovas dvapeTp-qaeis, dnavra
koXÔ. T€ Kal irovqpà <ftairjv âv eywye, pr) povov rrpos to 80-
kovv toîs xpuiphiois p.€Taywop.eva Kat o-vppcrapop<f>ov- 20
peva pa8uvs tw okottô» twv typvrwv, ôAA' otl Kal koXov
pÀv r) rrpos raÛTa crxpXrj, yvpvdÇovaa rrpos éÇvamiav tov
ttjs faxÂS 6<f>6aXp6v, rrapapéveiv 8' âxP1 yrfpws Tavrrj
rrpoaaviypvTa rrovrjpov ' rrpos ayadov 8' âv €117 peTplœs
iyyvp.vacrdp.evov npos Ta [laKpûi KpeiTTm Kal poviptvTepa 25
peTaaKevdoaaOai tov àywva, 7roXXr)v avrcp Kal ttjs tGxv
Xôywv TTepuf>povrja€0}s <f>epovo7]s tt)v ck 0eov dpot^r]v. Al6
<fyqaw 6 QeoXôyos 6 Bevrepos irepl 'Adavaaîov tov ndvv
tout ck t&v €^a> K€p8r]aai Xôywv to ovviSeîv « <Lv inep-
» iBeîv i8oKtp.aaev » ' airrôs tc tovtojv, <vs aîiTos avdcs 30
Xéyei, tovt dirfjXavae pévov to irapi8eîv Kal eo^iccvai wv
Xpiorov 7rpo€Ttp,rja€V.

CVSL
22 GREGOIRE PALAMAS

ses propres paroles, dans la seule mesure où il les méprisa et où


il posséda ce à quoi il préféra le Christ l.

Conditions de la 7- — Mais le Malin- <lui cherche tou-


vraie éducation, jours à nous détourner malignement de ce
qui est supérieur, fait naître des charmes
dans nos âmes et les enlace presque indéfectiblement avec
des liens chers aux hommes pleins de vanité ; il nous sug
gère l'étendue variée et profonde, la multitude de ces con
naissances, comme il suggère à d'autres la richesse ou la fausse
gloire et les plaisirs charnels, afin que nous nous occupions
toute notre vie à rechercher ces choses et n'ayons pas assez
de force pour entreprendre avec fermeté l'éducation qui pu
rifie l'âme, dont le principe est la crainte de Dieu 2 qui fait
naître la prière continue à Dieu dans la componction et l'accom
plissement des décrets évangéliques. La réconciliation avec Dieu
une fois rétablie par la prière et l'accomplissement des comman
dements, la crainte se change en amour et la douleur de la prière,
transformée en joie, fait apparaître la fleur de l'illumination ;
et comme un parfum de cette dernière, la connaissance des mystè
res de Dieu est conférée à celui qui peut la supporter ; voilà
l'éducation et la connaissance véritables, dont un homme adonné
à l'amour de la vaine philosophie, tout enveloppé et enroulé
de ses figures et de ses théories, ne voit même pas le début, c'est-
à-dire la crainte de Dieu. Comment ferait-elle pour entrer dans
l'âme ? Et comment, même si elle y entre, pourrait-elle demeurer
dans une âme enveloppée, charmée et comme enserrée dans des
raisonnements divers et variés, à moins que cette âme ne dise
adieu à toutes ces choses et se donne tout entière à l'école de Dieu,
afin d'appartenir tout entière à son amour suivant le commande
ment 3 ? Voici pourquoi c'est bien la crainte de Dieu qui est le
principe de la sagesse et de la contemplation divines ; la crainte
ne peut cohabiter dans l'âme avec aucun autre sentiment ;
elle la débarrasse de tout et la polit par la prière, pour en faire

» Ad Ncmesium (PG, XXXVII, 1554).


• Cfr Prov., I. 7.
» CirDeut.. VI, 5 ; Matth.. XXII, 37 ; Marc, XII, 30 ; Luc, X, 27.
TRIADE I, 1, 7 23

7. 'AXX' ô Trompas, TTOvrjpûis îmoarrâv 17/xâs twv KpeiT-


tovojv aei yXi)(6fj.evos , ïvyyas «ti/ctci raîs rjnerépaus ifrvxals
Kal 8eap.oîç àyair<op.€votç toîs àvovrjTois axeSov àSiaXvrats
owScî, tÔ ttoXv tc Kal p,a.Kp6v virorldeTat p.i]Koç Kal nXrjdos
tovtojv twv yvœaeœv, wairep irépois ttXovtov 77 hôÇav 5
âSoÇov Kal aapKiKas y&ovds, â>s dv, rfj rovrœv ÇrjTrjaei
8ià fîlov TTavros àiracr)(oXrioavT€s éavrovs, ànplÇ iniXa-
fiiaBai rrjs KaOaipovorjs tt\v t/jv^rjv Trathetas ovk è^iaxvaœ-
p.ev, fjs « àpx'fj p-èv 6 <f>6fîos tov 0€ov », irap* 0$ Sérjms èv
KaravvÇei o-vvex^s irpoç tov 0c6v yewârai Kal 77 twv evayye- io
XiKÔîv deoTnop.àTU)v <f>vXaKT], 8ià rorjrœv 8è KaTaXXayrjs
yeyovvlaç -npôs &e6v, 6 <f>6/3os elç àydwqv /xera/fctAAet Kal
TO TTJÇ €V)(fjS êb'vvrjpoV els T€pTTVOV p,€T€V£)(dkv TOV <f)(OTt.O-
p.ov t6 dvdoç àvaTc'AAct ' tovtov 8' olov oaprj Sia8i8op.évrj
rrpos tov <f>épovra r\ tû>v tov @eov yvœcrts pvarrjpiœv ' avn] 15
TrcuSeia Kal yvœoiç àX-qdrjS, rfs ov8è ttjv àpyr\v, tov tov Geov
<f>6^ov SrjXaStf, SwaTai xioprjaal tis iv€crxr)p.€VOS Tjj rfjs
p,araiaç aydwr) <f>iXoo-o<f>las Kal raïs orpo(f>aZs avrijs Kal
dewplats èv€iXovp.€v6s tc Kal avaTpe<f>6p.evos . I7û>S yàp âv
elç tftvyrjv II ÔXùjs tloéXdot. ,' Tlœs 8' elaeXOœv Trapap.cîvai 20 | f. 10611
SwTjdeîr] TrpoKaT€tXqp,p.évrjv Kal ivrj8vvop,évT]v Kal olov ore-
voxtopovp.€vrjv iravroSavoîs Kal noXvTpôiroLç 8taXoyiap.oîç,
et p.7] irâoi ^atpciv elnoGaa ttjç Karà @eov 0A77 yivovro o~x°-
Xrjs, 'va Kal tîjs àydirqs oXt) tovtov yîvr\Tai icarà ttjv iv-
toXtjv; Aià tovto yàp ttjs deias ao<f>ias Kal dewplas àpxrf 25
icrrt. tovtov 6 ^ojSoç, èwel p.ed' irépwv irapap-iveiv ovk exov,
■nâvroiv aTTaXXâ^as ttjv ifivxfy Kal tjj Trpooevxjj KaTaXedvas,
imTTJSeiov oîov ttvÇIov ttoul vpàs Karaypa^rjv tu>v ^apia-
p.dT<ov tov I7v€vp.aTos.

CVSL

13 fUTtvtyxOiv L J 19 iviXovutvôi CVL || 24 yc'n/roi : yivoiro S | 28 ttvÇIov : irqilov


c.
24 GRÉGOIRE PALAMAS

comme une tablette prête à recevoir l'inscription des charismes


de l'Esprit l.

Le repentir de 8- ~ C>est ainsi <lue le grand Basile,


saint Basile. ayant rappelé les paroles du pharaon à
Israël — Vous perdez votre temps, vous êtes
des oisifs, vous dites : prions le Seigneur notre Dieu 2 —, com
mente : Voici le bon loisir, utile à celui qui y passe son temps ;
tandis que le mauvais loisir est celui des Athéniens, qui ne
passent leur temps qu'à dire et écouter des nouvelles 3, le loisir
que certains imitent aujourd'hui en y passant leur vie et qui
plaît aux esprits mauvais *. Et pour que l'on ne dise pas que
Basile le Grand a parlé ainsi en désignant seulement les
bavardages de la rhétorique, nous rappellerons ce qu'il dit par
ailleurs, en expliquant le précepte de Salomon qui conseille de
connaître la sagesse et l'instruction et de comprendre les paroles
de la raison 8. Déjà, dit-il, certains hommes qui consacrent leur temps
à la géométrie, découverte par les Égyptiens, ou à l'astrologie,
vénérée par les Chaldéens, ou qui en général s'occupent des figures,
des ombres et de météorologie ont dédaigné l'étude des paroles di
vines ; beaucoup d'entre eux, par leur zèle envers ces choses, ont
vieilli dans la recherche de ce qui est vain; il faut donc avoir du
discernement dans les études que l'on fait pour rechercher les études
utiles et rejeter celles qui sont insensées et nuisibles *. Vois-tu ?
Il appelle vaines, nuisibles, insensées les études profanes, la
connaissance même des sciences et celle qui en provient, la con
naissance dont certains, comme tu le dis, déclarent qu'elle est
le but de la contemplation et qu'ils considèrent comme salutaire !
Mais Basile, en écrivant à Eustathe de Sébaste, se lamente aussi
sur sa propre vie, car il en a lui-même passé une grande partie
en attachant son esprit à l'étude de ces sciences. Moi, dit-il,

1 Image fréquente chez Macaire, Évagre et s. Maxime (voir infra Tr. I, 3, 41).
Tous les paragraphes précédents sur l'image de Dieu dans l'homme et la purifi
cation sont très proches de la pensée de s. Grégoire de Nysse.
• Exode, V, 17.
» Actes, XVII, 21.
*Hom. in Ps. XLV (PG, XXIX, 429 A).
• Prov., I, 2.
• Hom. XII in Prov., I, 6 (PG. XXXI, 397 BC).
TRIADE I, 1, 8 25

8. Tavr' dpa Kal 6 p.éyas BaolXeioç , rrpodels to tov 0a-


paw rrpos tov 'IoparjX Sri « axpXdt,eTe, o^oÀacrrai èore,
» Xéyere ' Kvpî<p tu> &e<p r)p.â)v Trpooev£œp.eQa », èrn<f>épei '
« Avttj pèv oSv r) àyadi) o^oX-r) Kal àxpè'Xip.os tw o^oXa-
» Çovti ' TTOvrjpà oè a)(oXrj 17 tôiv 'Ad-qvai<tiv, ol els ovSèv 5
» dXXo evKalpovv t) Xéyeiv ri Kal aKoveiv KaivoTepov, rjv
» /caî vvv Tives p.ip.ovvrai rfj tov filov a^oXfj, (ftiX-qv ovoav
» TTOVTJpOÎS TTV€Vp.aOLV ». ' £is o.v Se p/q TlÇ ellTT) irpoç rày
prjTopiKaç pôvas XoyoXeaxios aTTOTei.v6p.cvov Taira Xéyeiv tov
péyav, €K€Îvo rrpooO'qoop.ev o <f>r)o~tv aiïdis avrôs, SievKpi- 10
vdiv to EoXop.ô)VT€i.ov €K€Îvo rrapdyyeXpa ' « .TWOvai oo<f>Lav
» koX rraiSeîav Kal vorjaai Xôyovç <f>povrjcr€a>s » ' « *H8r) ydp
» rivés » cprjoi « yea)p.erplq. o^oXaÇovreç rjv èÇevpov Alyvrr-
» tioi r) àoTpoXoyia ttj rrapà tû>v XaXhalwv TeTip.rjp.evT)
» r) SXws rrepi o\r]p.aTa *cai OKiàs Kal p.eTewpoXoyiav é\ov- 15
» Tes, ttjs £k tô>v OeioiV Xoyicjv rraiSevoeats vrrepeîSov '
» €7rc(.Srj oiïv rroXXol Tjj rrepl Tavra orrovSfj KaTeyrjpaoav
» èv ttj tôjv p.aTai<nv èpevvT), Stà tovto àvayxaia r) rrjç
» rraioelaç èrrlyvœaiç, rrpôs re T17V alpeoiv rrjs oxf>eXip.ov
» rraioeias Kal rrpos drroTayrjv ttjs àvorjTOV Kal flXafiepâs ». 20
'Opâs irœs p.aTaiav, fiXafiepàv, dvorjTov, ttjv e£a> 77cu-
Sei'av Kalsai>TT]v tt)v twv p.aÔr/p.à'Tatv Kal ttjv e£ avTœv
rrpoaayopevei yvwoiv, rjv rive?, a»ç où <f>rjs, tÎXos dewpias
Kal oatTTjpiov àTro<j>aLVOVTai ', 'Ekcîvos Se Kai tt)v oiKeiav
àrroXo<f>vpeTai t,oir]v, rrpos tov 27cj3aCTTeta? EvordOiov ypd- 25
<f>u>v, oarfv tt} rrepl Ta p.aBr\p.aTa TavTa p-eXérr) tov vovv
rrpoaéx<>iV Sïqvvaev ' « 'Ey<b » ydp <f>rjoi «rroXvv xpôvov rrpoo-
» avaXwoas ttj p.aTai6TT)Ti Kal rrâoav cr^eSôv tt)v èp.avrov
» veôrr/Ta ivafiavloas ttj pLaTaioirovia, r\v eiypv rrpooSia-
» TpLfiuiV tjj àvaXrjifici Tœv p.a6rjpdTajv ttjs rrapà tov Qeov 3°

CVSL
21 àvôvrjrov S | 26 ravra : Tavry C.
26 GRÉGOIRE PALAMAS

j'ai consacré un long espace de temps à la vanité et j'ai perdu pres


que toute ma jeunesse à la peine inutile que je me suis donnée
à assimiler les sciences d'une sagesse rendue folle par Dieu l ;
lorsqu'un jour, m'étant relevé comme d'un profond sommeil, je
réalisai l'inutilité de la sagesse des princes abolis du siècle *, je
pleurai longtemps sur ma pitoyable vie et je priai pour qu'une
directive me soit donnée 3. As-tu entendu les qualificatifs de l'édu
cation et de la connaissance que certains aujourd'hui cherchent
vainement à exalter ? Elles sont appelées « vanité », « peine
inutile », « sagesse rendue folle », « sagesse abolie », « sagesse de
ce siècle et des princes de ce siècle », « sagesse qui fait perdre la
vie et les mœurs conformes à Dieu ». Voilà pourquoi l'amant
de la vraie sagesse s'est grandement repenti de s'y être adonné,
sans trouver aucune directive pour accéder à la vraie sagesse.

Sagesse hellénique 9- — Mais aujourd'hui, d'après tes pro-


et grâce divine. près paroles, il y a des gens qui arrivent
à je ne sais quel degré d'impudence !
Us disent que l'application, durant toute la vie, à l'édu
cation hellénique ne constitue pas un obstacle à la perfec
tion. Ils n'écoutent pas les paroles du Seigneur qui disent le
contraire : Hypocrites ! Vous savez discerner les signes du
ciel! Comment ne discernez-vous pas le temps du Royaume*.
Car le temps du Royaume éternel est venu ; le Dieu qui
le donne est présent parmi nous ; s'ils recherchent vraiment le re
nouvellement de l'intelligence, pourquoi ne viennent-ils pas à lui
par la prière pour recevoir l'antique dignité d'homme libre, au
lieu de recourir à ceux qui n'ont même pas pu se libérer eux-mê
mes ? Pourtant le Frère de Dieu proclame clairement : Si quel
qu'un manque de sagesse, qu'il s'adresse à Dieu qui la donne à tous,
et elle lui sera donnée 5. Est-il possible que la connaissance prove
nant de la sagesse profane chasse de l'âme toutes les choses mau
vaises, puisqu'elles proviennent de l'ignorance, alors que la con-

1 Rom., I, 22.
» I Cor., II, 6.
%Epist., 223 (PG, XXXII, 824 AB).
• Matth., XVI, 3.
• Jacques, I, 5.
TRIADE I, 1, 8-9 27

» fiaipavdeîcrrjç oo<f>las, èVeiS^ rrore, worrep i£ xmvov fiadéos


» Stavaoraç, KareîSov to âxprjoTOV rfjs oo<f>ias twv ap^ôv-
» to»»» tov altôvos tcSv Karapyovfiévœv, TroXXà rf)v iXceivfjv
» p,ov £<vr)v ànotcXavcras, eù)(6fir)v Sodrjvaî poi riva X€LPa~
» yojylav ». "Hkov<j<xs riva rfjs naiSelas || /cat ttjs yvwoeios, 5 I '• 107*
77V vvv iÇalpeiv p.6.rr)v (rrrevhovol rives, rà TTpoopfjp.aTa ',
Ma.Tai6rr)s , p-araioirovia /caTovo/ia^erai, ao<f>la p.ùjpav0€Îaa,
oo<j>ia Ka.Tapyovp.evri , ao<f>ia tov aiôtvos tovtov kcu tô>v
àpxôvrojv avrov, oo<f>la rfjs Karà &eov Çœijs ko.1 ttoXi-
rclas à<f>avLOTtKrj. A10 /cat o rfjs àXrjdivrjs oo<f>ias ipaorrjs IO
TToXirv /nera/xeAov eox^v ivSiaTplipas avrfj /caî p,r)8€p.iav
\€ipaytoylav rrpos rfjv àXrjOivrjv ao<f>Lav evpôpevos.

9. Nvv 8' eloiv àTrrjpvOpiaopévojs ovk 0Î8' ottcjs oî


Xéyovoiv, ojs avros Xéyeis, p.r/8èv èpTrôSiov elvcu irpos re-
XciÔTTjTa fiîov ro 8ià fiîov tt)v êXXrjviKrjv 7raiSeiav CKp-eXerâv,
p.rjb'e TÔiV tov Kvpiov Xôyœv àxovovres âvriKpvs irpos avTovs l5
Xeyop.€va)V ' « ' YnoKpiTal, rà p.èv or/pela tov ovpavov oï8are
» 8iaKplveiv, tov 8è Kaipov ttjs fiaoïXeîas rrâjs où SiaKpîvere ,' ».
Tov yàp Kaipov ttjs anoviov flaoïXeias eViaravroç /cat tov
8i86vtos avT-qv &eov iTriSeS-qprjKÔTOS, ttô>s clye àXrjOœs
€<f>îevrai ttjs tov vov 6.vaKaivîoeu>s , 011 Si' ei>)(fjs aura) 20
rrpoaépxovTai to ttjs èXevdepias ap%aîov a£iu>p.a Xrjipopcvoi,
a\XXà rrpos roùj p,rj8è êavTovs iXevôepwoai Svvrjdévras Tpi-
Xpvai, Kai ravra tov àScXtfyoOéov Tpavws irepiayyéXXovTOS '
« Eï tis XenrcTai o-o(f>îas, alreiTU) rrapà tov 8i86vtoç 0eov
» ko.1 XrjtfieTai »/ ITôJs 8è Kaï r) irapà ttjs ê£oj oo<f>ias yvwois *5
KaKiav ■nâaav ù>s cf àyvoias TiKTopévrjv èÇoplÇet ttjs ipvxrjs,
p.rj8' avrfjs rfjs àiro ttjs evayyeXiKijs 8i8aoKaXlas yvœocois
pâvTjs TTOirjoai tovto 8vvap.€vrjs ', « Où yàp ol à/cpoaTaî
» tov vôp,ov oœôrjoovral » <f>r)aiv 6 TlavXos, « àAA' ol noir/rai
» airrov », tov 8è yvôvra to 6éXr)p.a tov @eov ko.1 p,r) iroirj- 3°

CVSL
I woncp '. wç L | 17 8taKpiv€iv : SoKiftâÇav L.
28 GRÉGOIRE PALAMAS

naissance même de l'enseignement évangélique ne peut le faire à


elle seule ? Car ce ne sont pas ceux qui écoutent la loi qui seront
sauvés, dit Paul, mais ceux qui l'accomplissent 1 ; et celui qui
connaît la volonté de Dieu et ne l'accomplit pas, sera fortement
châtié 2, dit le Seigneur, plus que celui qui ne la connaît pas. Ne
vois-tu pas que la seule connaissance ne sert à rien ? Et pourquoi
parler seulement de la connaissance de ce que l'on doit faire ou de
la connaissance du monde visible ou de celle de l'invisible ? Non :
la connaissance même du Dieu qui a créé tout cela ne pourra servir
à rien si elle est seule. Quel profit tirerons-nous des dogmes, si nous
ne menons pas une vie agréable à Dieu, la vie que le Seigneur est
venu implanter sur la terre 3 ? C'est Jean, le Théologien à la bouche
d'or, qui parle ainsi. Bien plus : non seulement il n'y a aucun profit
à cette connaissance, mais encore elle nous cause le plus grand
tort dont ces gens, qui t'ont tenu ces discours que tu m'as rap
portés, sont eux aussi victimes. Que dit en effet celui qui n'est pas
venu avec la supériorité dans la parole, afin de ne pas détruire le
mystère de la croix *, celui qui ne parle pas avec les paroles convain
quantes de la sagesse humaine 6, celui qui ne connaissait rien, sinon
le Seigneur Jésus et celui-ci crucifié 6, qu'écrit-il aux Corinthiens ?
La connaissance enfle d'orgueil 7. Vois-tu ? Le sommet du mal,
le crime le plus propre au diable, l'orgueil, naît de la connaissance.
Est-il possible alors que toute passion provienne de l'ignorance ?
La connaissance purifie-t-elle l'âme ? Il dit : La connaissance
enfle d'orgueil et l'amour édifie. Vois-tu ? Il existe une connais
sance sans amour qui ne purifie pas du tout l'âme, mais la tue8,
sans l'amour qui est la tête, la racine et le corps même de toute
vertu. Pourquoi la connaissance qui n'édifie rien de bon (car
édifier est le propre de l'amour), pourquoi cette connaissance
nous permettrait-elle d'être à l'image de Celui qui est bon ?
Et pourtant cet aspect de la connaissance, dont l'Apôtre dit qu'il
enfle d'orgueil, appartient au domaine de la foi et non à celui

1 Rom., II, 13-


• Luc, XII, 47-48.
• Cfr s. Jean Chrysost. , In loh. hom.. IV, 4 (PC, LIX, 50)
* Cfr /Cor.,, I, 17 et II, 1.
» Cfr / Cor. ,11,4.
• Cfr / Cor. , II, 2.
' / Cor., VIII, i.
* Jeu de mots avec les verbes KaBaîpu) et KaBaipéai.
TRIADE I, 1, 9 29

cravra, « Saprjoeodaî » <f>T}aiv 6 Kvpios « ttoÀÀci », Kal tov


fi-fj etSôVo? TrXéov. 'Opâs <î>s ov8éva ôvlvrjotv 7) yvcôais
fiémj ; Kal Tt Xéyoj Tt)v irepl rà irpaKria r\ ttjv tov
âparov Koapuov 7} tt\v tov àopdrov ; 0v8* avrrj r) yvcôots
tov KTioavroç aura &eov owqatrat. Tiva àvtvrjvai p.6vq. 5
« TL yàp 5<f>eXos 8oyp.aTa>v, deofiiXovs àirôvros filov,
» ov ^Xde <f>VT€vaat iirl yfjs 6 Kvptos ,' », ô xpvoovs
deoXôyos 'Icodwrjs <f>tjai. MaXXov 8è ov p.6vov ovk eort
Tavn]s 5<f>eXos, àXXà Kal p.€ylo~rq fiXdfir) fjv Kal ovtol
■neirôvQaai, irap' œv rJKovaas ovs àvrfyytiXds p.01 X6- 1°
yovs. Tt ydp, «ô p,r] Kad' virepox^v iXQwv Xôyov,
» Lva pvq Kevœdij to p.vo~rijpiov tov aravpov », « o p.rj iv
» Treidoîs XaXœv avdpa>7nv7]s o~o<f>las Xôyots », « o p.r)8èv
» cï8à>s €t p.r) Kvpiov 'Itjoovv, Kal tovtov èoravpa)p,évov »,
Tt ovv ovtos ypd<f>ei irpos tovs Kopivdiovç ', « 'H yvœois '5
» <f>voioî ». El8es tov KoXo<f)œva Trjs /ccuct'aç, to îStatTaTOV
tov 8taft6Xov Kpîfxa, tov rvfiov e/c rrjç yvwcrccjs TiKTÔp.evov ,'
II<às oSv nâv 7rd8os e£ àyvolas <f>veTai ', || I7ô>s 8' r) yvcùais i *• io7v
KaBacpei ttjv tfivxrfv ,' <('H yvcùois ovv <f>voioî » <f>r]oi.v, « r)
» 8e àyarrr) olKo8op.el ». EÎ8es ôVt e'ort x<opls àydTrqs yvœots, 2°
p.r)8ap,â>s Kadaipovoa, àXXà Kaôaipovara rf/v ipvxrfv, dydirqs,
rfjs Kal Kopv<f>r}s Kal pîÇrjs Kal /xecroTriTO? irdarfs àpcrrjs ,'
IlôJs ovv r) p/rj8kv àyadov oî/coSo/xoûcra yvcôais (ttjs yàp
àydtrqs tovto), ttcôç ovv f) yvœois avrq to Kar' eî/cdva irap-
efeTat tov àyaOov ,' KatToi to el8os tovto ttjç yvœaeojs, to 25
KaTa tov tov 'AttootoXov Xôyov « <f>vaiovv », ov rfjs <f>voeœs,
àXXà rfjs Trîareœs ecmv ' et 8è avrq «<f>vo~ioî)>, Trôato p.âXXov
€Kelvr), nepl tfs r/p-îv 6 Xôyoç ' <f>voiKTj ydp Iotw avrt) Kal
tov «TraXaiov àvdpojTTOv». Tfj yàp <f>voiKjj Tavrr) -q eÇai Trai-
8eia ftorjdeî, Trvevp.aTiKrj S' ovttotc yivoiT dv, et /lit) p.erà 3°
rfjs TTiOTea»? Kal tjj tov 0eov avyyevoiTO àyd7rj), p.âXXov
8è et p,r] irpos rf)s àyaTrrjç Kal rrjs e'^ avrfjs iyyivop,évr]s

CVSL

2 ri om. S.
30 GRÉGOIRE PALAMAS

de la nature ! Si cette connaissance-là enfle d'orgueil, combien plus


celle dont nous parlons ; car elle est naturelle et relève du vieil
homme l. L'éducation profane sert en effet cette connaissance
naturelle et ne peut jamais devenir spirituelle, à moins de se
joindre à la foi et à l'amour de Dieu, ou plutôt, elle ne peut le
devenir à moins d'être régénérée non seulement par l'amour,
mais aussi par la grâce qui provient de l'amour ; en devenant
différente de ce qu'elle était, nouvelle et déiforme, pure, pacifique,
indulgente, persuasive, pleine de paroles qui édifient ceux qui
les écoutent et de bons fruits ; c'est ainsi qu'elle est appelée sagesse
d'en haut 2 et sagesse de Dieu 3 ; étant en quelque sorte spirituelle,
puisque soumise à la sagesse de l'Esprit, elle connaît et reçoit
les dons de l'Esprit. Quant à l'autre sagesse, c'est une sagesse
d'en bas, une sagesse psychique, démoniaque, comme le dit l'apôtre
qui fut le Frère de Dieu *. Elle ne reçoit donc pas les dons de
l'Esprit, car il est écrit : L'homme psychique ne reçoit pas les dons
de l'Esprit*, mais les considère comme une folie, une erreur et
une opinion fausse. Elle cherche à supprimer complètement la
plupart d'entre eux et mène une lutte ouverte pour en retourner
le sens et introduire, autant qu'elle le peut, une fausse doctrine
à leur sujet ; elle s'approche même habilement de certains
d'entre eux pour en user à son propre bénéfice, comme les sorciers
le font avec les comestibles doux à la saveur •.

Le Connais-toi toi- 10. — Ainsi, la connaissance qui pro-


même des philo- vient de l'éducation profane n'est pas
sop es' seulement différente, elle est contraire
à la connaissance véritable et spirituelle ; il semble pourtant
que certains se soient égarés eux-mêmes et cherchent à éga
rer ceux qui veulent les écouter : ils en parlent comme s'il
s'agissait d'une seule et même connaissance et déclarent qu'elle
constitue le but de la contemplation. Et voici un fait qui te

1 Éphés., IV, 22 ; Col., III, g.


* Jacques, III, 17.
* / Cor., I, 21, 24 ; II, 7, etc.
* Jacques, III, 15.
* / Cor., II, 14.
* Pour le thème des « deux connaissances • (iirrii ywûojy), voir s. Maxime,
Cent, gnost., I, 22 (PG, XC, 1092 B).
TRIADE I, 1, 9-IO 31

Xapiros àvayewrjdel-q Kal âXXr) irapà ttjv irporépav yévoiTO,


Kaahj re Kal OeoeihrjS,<iàyvri, elprjviicq, èvienc/js, evTreid"qs,
fiecrrq Te Xôycov tovs aKovovras oî/coSo/zoïVrcov Kal Kapirœv
àyadœv », tJtis 8rj Kal « dvœdev ao<f>ta » Kal « Qeov oo(f>îa »
KaTovofj.d^€Tai, Kal û>s 7/vevfiaTiKij ncos, are rfj tov Tlvev- 5
fiaros VTroT€Tayfj.€VT) oo<f>La, rà tov IJvevfxaTos ^a/utr/nara
Kai yivoooKei Kai à-n-oSé^erai. 'H Se p.r) Toiavrq, « Karcodev,
ïijjvxiKri, haip-ovicôh-qs», Kaddirep 6 tlov àjrooTÔXojv àSeX<f>6-
6eos Xéyei, 8iô Kal Ta tov IJvevp.aTos ov irpoolerai Karà to
yeypapp.évov ' « Wv^ikos 8è avBpamos ov Sèmerai rà tov 10
» TIvevfiaTos », àAAà puopiav aÙTa «rai 7rXdvr]v Kal ifievo'o-
SoÇlav XoylÇerai, Kal rà nXeloj p.èv tovtoov TeXécoç àvarpé-
■neiv ireipârai Kal <f>avepov àycova TroieÎTat Siaorpé<f>etv Te
Kal p.era8i8doKeiv 077-0017 8vvap.is, eo-ri 8' a Kal Travovpyœs
npoolerai, ovyxpoopévr] tovtois, old irep oi <f>app.aKol rois 15
yXvKcot rœv èhcohip,tov.

10. OvTuts ovk dXXrj povov rj irapà ttjs ê£a> naiSelas


yvcoais, àXXà Kal evavTitos vpoç ttjv àXrjdrj Kal 7rvet»/x.aTi-
ktjv Sta/cewai yvouoiv, et Kal rives avroî re 7rap' avrrjs ws
eoïKe TTaprjyp.evoi Kai tovs aùrâii' aKpocopévovs Trapdyeiv 20
èyxeipovvres , œs irepl piâs Kal ttjs at/Trjs oiaXéyovTai,
TeXos ttjs decupias diTO<f)aiv6pevoi ravTrjv. "Iva 8è Kai ti
tov Seivov fiddovs rrjs tcov e£a> <f>iXoa6(f>cov Trovrjpias àva-
KaXviffCo 001 ' KeKXo(f)e p,èv 6 7rovrjp6s Kal ol ixap aiiTOV
rrovqpws oo<f>io6évT€s eKeîvoi irapdyyeXpd ti rœv -qpeTépœv 25
XvoiTeXéoraTov Kai Kaddirep ti Trovrjpov rrpofïdXXovTai 8e-

CVSL
25 TTotnjpâts om. L.
32 GRÉGOIRE PALAMAS

découvrira quelque chose sur la terrible profondeur du mal


où sont tombés les philosophes profanes : le Malin et ces
philosophes, qui tiennent de lui leur habileté dans le mal, ont
volé un de nos préceptes les plus utiles et s'en servent comme
d'un dangereux appât, grâce à l'identité des termes employés :
Sois attentif à toi-même l et Connais-toi toi-même *. Mais si tu
recherches quel est, selon eux, le but de ce précepte, tu trou
veras un gouffre d'impiété ; ils enseignent la métempsychose ;
on ne peut se connaître soi-même, pensent-ils, et être fidèle
au précepte, sans connaître le corps auquel on était autrefois
attaché, le lieu où l'on habitait, ce que l'on y faisait et ce que l'on
entendait ; et on apprend ces choses en obéissant à l'esprit
malin qui nous le murmure secrètement et perfidement ! Voici
donc où ils conduisent ceux qui ne peuvent pas bien apercevoir
la ruse, avec leur Connais-toi toi-même, et ils pensent parler
conformément à nos Pères ! C'est pourquoi, Paul et Barnabe,
n'ignorant pas les pensées du Malin et de ses initiés, n'approu
vèrent absolument pas la femme qui disait à leur sujet : Ces
hommes sont les serviteurs du Dieu Très-haut 3. Que pourrait-on
dire de plus pieux que ces paroles ? Mais ils connaissaient celui
qui prend l'apparence d'un ange de lumière *; ils savaient que ses
serviteurs contrefont les serviteurs de la justice 5 ; aussi repoussè
rent-ils cette parole vraie, comme ne convenant pas à une bouche
mensongère.

Serpents soumis **• — Ainsi, en entendant les Hellènes


à la dissection. prononcer des paroles de piété, nous ne
pensons pas qu'ils vénèrent Dieu et nous
ne les comptons pas au nombre de nos maîtres, car nous savons
qu'ils ont dérobé ces paroles aux nôtres. C'est pourquoi l'un d'en
tre eux a dit à propos de Platon : Qu'est-ce que Platon, sinon

1 Deut., XV, 9 ; formule adoptée par tous les spirituels chrétiens, de préférence
au i yvû>9i aiavTÔv ». Cfr déjà s. Basile, Hum. in Attende tibi ipsi (PG, XXXI,
197-217) et tous les auteurs ascétiques de la tradition évagrienne.
* Sur l'opposition qui existe selon Palamas entre l'« attention » des spirituels
chrétiens et la < connaissance de soi » des philosophes, voir J. Meyendorff, Le
thème du retour en soi dans la doctrine palamite, dans Revue d'Hist. des rel., t.
CXLV, 1954, P- l8â M-
» Actes, XVI, 17.
« II Cor., XI, 14.
• // Cor., XI, 15.
TRIADE I, 1, IO-II 33

Xeap rfj twv prjfid.TO)v TavTÔrqri, t<j « EavTto irpôoexe » ko!


4 JVcD#i aavrôv »" || dXX' dv ÇrjTijoys ri to réXos eKeivois | f. io8r
tovtov tov TrapayyéXp.aTOÇ , KaKO&oÇias eipyoeis \dpwfiZiv'
p.€Tep.i[iv)(u><J€is yàp 8oyp.aTt£,ovT€s, tôt' otovrai riva a^eîv
éavTov yvœvai tcal tov 7rapayyeXp.aTOS ÎkovGjs i<f>tK€odai, 5
t)vLk dv tLvl TrpoovvrjiTTO oœp,ari yvoir) icai irov ttotc Jjv
oikùjv Kai ri npdTrojv ko.1 tL t}kov€ ' fiavddvei 8è ravra, ttci-
drjviov iavTov trapacr)(ùiv T(J> to. Toiavd' VTroipidvplGavTt
SoXiws irovrjpq) 7TV€vp.a.Ti. IJpos tovto Tolvw cvdyovres oià
tov « rvwdi oavrov » toîj ov% Ikclvcùs exovoiv «raicii' tov io
hôXov, avvcoSà toîs r)p.€T€poLS narpaoi Xéyeiv vop.i£,ovrai.
AU» IlavXos «al Bapvdfias rà tov irovripov voij/xara firj
àyvoovvres koI twv vit' CKeivov p.ep.vrjp.évœv, ttjv Xéyovoav
nepl avrûv a»y « o$toi oi dvOpumoi SovXoi tov 0eov tov
» vifjioTov tlolv » tJkioto. irapeoéÇavro, kclItoi ti tovtov 15
tov p-qp.aTos evocfieoTepov ttiroi tiç âv ,' 'AXX' rjSeioav
ciceîvoi « tov els dyyeXov <f>a>TOS p.€Ta.oxr)p.a.TiÇ6fievov » Kai
TOVS SlCLKÔvOVÇ aÙTOV « 8lKCH.O0VV7)S BiaKOVOVS » VTTOKpiVO-
piévovs, ojs ovv ovk €p.TTp€TTovaav rœ tftevSrjyôpw <TTO/i.aTl
vapatTOVVTai tijv àXijdivrjv <f>wvrjv. 20

11. TavT upa Kai rj/xeîs Ocoaefiovs pr^p-aTa Trop' 'EXXtf-


vtov aKovovTcç, ovt' olôpada deoaefieîs eKeivovs, ovt' èv
SiSaoKÔXojv Ta.TT0p.ev avrovs poipa., Kai yàp ïap.ev ck tû>v
■qp.eT€pojv fièv v<f>eXop.4vovs aind. A10 Kai ti? eKeivœv
nepl IJXdTcvvos e<[>7] ' « Ti yâp èori IJXdrojv rj Mojorjç dr- 25
» TiKi.t,u)v ; » Iofia p.èv ovv e? ti xprjOTov avroîs, CKeîdev
€K vapaKOVO'p.dTOJV p.€T€iXrjfLp.évov , àXXà Kai ovvrJKap.ev
i7TiOKeifidp.evoi p.rj 7rpos ttjv ôfioiav Siavoiav i^€iXrjpp,4vov .
Kdv ti? tû>v Traripatv rà aÙT<x toîs é^co <f)6eyyT)Tai, dXX'

CVSL
j ti anie rjxovf : ti; coda.
34 GRÉGOIRE PALAMAS

Moïse parlant la langue attique ? 1 Nous savons donc que, s'il y a chez
eux quelque chose de bienfaisant, c'est de nous qu'ils le tiennent,
sans le bien comprendre ; mais nous comprenons aussi, après exa
men, qu'ils lui donnent un sens différent. Et si l'un des Pères dit
la même chose que ceux du dehors, la concordance n'est que ver
bale, la pensée étant bien différente. Les uns, en effet, ont, selon
Paul, l'intelligence du Christ a, et les autres expriment au mieux un
raisonnement humain. Comme le ciel est distant de la terre, ainsi
ma pensée est distante de vos pensées 3, dit le Seigneur. D'ailleurs,
même si ces gens avaient parfois une pensée commune avec Moïse,
Salomon et leurs imitateurs, en quoi cela leur serait-il utile ?
Quel homme sain d'esprit et appartenant à l'Église pourrait-il
en tirer la conclusion que leur enseignement vient de Dieu,
à moins de dire aussi que les hérétiques apparus après le Christ
reçoivent leurs doctrines de Dieu, puisqu'ils n'ont pas ébranlé
toute la vérité, après l'avoir reçue de l'Église ? Tout don parfait
vient d'en haut, du Père des lumières, a déclaré le disciple de la
Lumière 4. Mais si les dons vivants que reçoit l'hérétique ne sont
pas mutilés, comment lui-même, étant hérétique, les offrirait-il
aux autres sans les mutiler ? Un être vivant, bien que mutilé,
n'en est pas moins vivant. Mais un dieu qui ne crée pas à partir
du néant, qui n'a pas existé avant nos âmes ni avant ce qu'ils
appellent la matière sans forme, ou plutôt avant la matière qui
possède en elle-même son équilibre et sa forme, sans être encore
en ordre 5, comment serait-il Dieu ? Et pour ajouter la parole
du prophète : Qu'ils disparaissent, ces dieux qui n'ont créé, du
néant, ni le ciel, ni la terre 6, et avec eux, ceux qui disent qu'ils
sont des dieux. Quant à ces gens qui leur donnent le titre de
« théologiens » ou de « maîtres », qui pensent pouvoir leur emprun-

1 Numénius d'Apamée, fr. XIII, dans F. Thédinga, De Numcnio philosopha


platonico, Bonn, 1875 ; cfr Philon, Vita Moysis, II (édit. Cohn, t. IV, Berlin,
1902, p. 201-202).
* / Cor., II, 16.
3 Is., LV, 9.
4 Jacques, I, 17.
* La théorie de l'éternité des âmes et de la matière est constamment stigmati
sée par les auteurs byzantins lorsqu'ils attaquent les philosophes de l'antiquité.
Ce fut là l'un des chefs d'accusation outre Italos au XI" siècle. Les expressions
employées ici par I'alamas semblent viser particulièrement la conception stoï
cienne de lu. matière.
* JÉR., X, II.
TRIADE I, 1, II 35

irrl tû>v prjp,dru)v p.6vov ' eVî 8è tû>v vorj[i.dTa)V, noXv


ro fieraÇv ' « Novv i> yàp ourot, Kara IJavXov, « é^ouCTt
» Xpiarov », e/ceîvot Se', eî p.rj Tt Kol ^cîpov, e£ àv6p<o7rivr}s
Survolas <f>6éyyovTai. « Kadôoov Se ané^ei o ovpavoç arro
» ttJç y^?, /carà tooovtov àiré)(€i rj Stavota /xou àno tôjv 5
» Siai'ou^i' vp.â>v » Aéyet Kvpioç. Ov /ur/v àAA' et /cal ttJs
SiavoCas 6cttiv ou /cotvojveîev e/ceîvot Moivoeî re /cat ZoAo-
UOJVTl /caî TOI? /COt' aÙTOUS, Tt TOVTOLS €K TOUTOU TO O^cAo?
t) tiç aùroùç rrapà tov Oeov SeStSap^at TaÛT enroi vovv
e^a>v ûyiâ /cat pefl' r)p.œv T€Tayp.évos, eî /xi] /caî Toùy fiera 10
Xptarov KaKoSôÇovs 6eo8t.8dKTOvs (f>airj ris, enei rrapà Trjs
' EKKXyjaiaç àK-qKoôres p.r) irâcrav TrapeodXevoav ttjv àXrj-
deiav ; « IJâv 8u)prjp.a tcAciov dvœdev eîvat irapà tov /7a-
» tooç tcSv <f>a>TU)v » o toû <f>a>Tos àne<f>r]vaTO p.a8r/TT)s '
KoXofià S' et p,r) e/ceîvos £â>a Scôpa v-pocrUrat., ttws aV avros *5
Trapâo")(oi ', Il Kalroi Çœov KoXofiov ovhèv JJttov £eûôV eort. [ f. io8«
Oeôç Se, o? où/c e'/c pL-fj ovtcjv 8-qp.iovpyeî, p.rj8è tû>v 17/xe-
répœv TTpoviTTJpxe ipvx<ôv, p,rj8è rrjs kclt' ckcivovs àvetSeou
vXtjç, p.âXXov 8e /caî rrjç oïxodev TaXavrevopiévrjç eî8o7re-
TToir)p:év7)s, aKoop-ov 8' opuos, irais Slv eïr) ®eoç ,' Kal "va 2°
Karà tÔ 7rpo<f>rjTiKov p.u<pov npoodelç et7ra> ' « ©eoî oî tov
» ovpavov /cat ttjv y^v » e'/c /Lt7y ovtwv « où/c èiroir^oav, airo-
» XéaOioaav » /cat Trpôs toutoiç ot toutouç ^eoAoy^oavTeç.
/7eoî Se tcDv toutou? ^eoAdyou? #cat toîç irap rjp\îv deoXô-
yotç ôp.o^)(î)vovs rj /cat StSao/caAouç AeyovTcov, oîoueVojv 25
7rap' e/cetVojv Ta? #eoAoyi/cà? TrapeiXrj(f)€vai <f>œvds, Tt ^017
Ae'yetv/ *// Seto^at «toû (fxoroç tov <f>œrll,ovTOS irdvTa
» dvdpwTTOV €px6p.evov et? tov Koop.ov » a77-aAAa£ai /cat
aÛToùs toû Setvoû tovtov ttjç dyvoias ct/cotouç /cat <f>wrioai,
ovvtSeîv, cûç /cat 7rapà t<x)v 6<f>€wv éoTt Tt yjpr\aip.ov -qp-îv; 3°
'AAA' aveAoûoi /cat SteAoûcrt /cat ouo/ceuaoa/xeVots- /caî \prjoa-
pévois oxrv Aoya) /caT<x tcôv è/cetVcuv 8rjyp.dTcuv ' etç toûto

CVSL
I ioT)fiâTcu' : 8iOfOT)/iÔTaiv VS 11 4 ô om. VS | 7 xotiuvoîci' VS || 15 £tûa o»
L.
36 GRÉGOIRE PALAMAS

ter leurs termes théologiques, faut-il même les mentionner ?


Faut-il nous écarter de la lumière qui éclaire tout homme venant
dans le monde 1 et attendre que ces terribles ténèbres de l'igno
rance nous donnent l'illumination, sous prétexte que, même dans
les serpents, il y a chose utile pour nous ? Mais la chair des ser
pents nous est utile si on les tue, si on les dissèque, si on les
prépare et si on s'en sert avec discernement comme d'un remède
contre leurs propres morsures * ; ceux qui les tuent en tirent ainsi
parti contre ces serpents eux-mêmes, comme s'ils tuaient, à
l'aide de sa propre épée, un nouveau Goliath, un Goliath qui se
dresse, qui s'oppose à nous, qui injurie l'armée du Dieu vivant *,
éduquée dans les choses divines par des pêcheurs et des illettrés.
Lumière 12. — Ainsi nous n'empêchons per-
et ténèbres. sonne de s'initier à l'éducation profane
s'il le désire, à moins qu'il n'ait adopté
la vie monastique. Mais nous ne conseillons à personne de s'y
adonner jusqu'au bout et nous interdisons absolument d'en
attendre une quelconque exactitude dans la connaissance
des choses divines ; car il n'est possible d'en tirer aucun
enseignement sûr au sujet de Dieu. Car Dieu l'a rendue folle;
non qu'il l'ait créée ainsi — comment, en effet, la lumière
produirait-elle des ténèbres ? —, mais il l'a convaincue d'errer
dans sa folie, sans la comparer à sa propre sagesse, — atten
tion ! — car si l'on affirme cela, on dira que la Loi donnée
par Moïse est, elle aussi, abrogée et rendue folle après l'appa
rition de la Loi de la grâce. Mais si la Loi n'est pas abrogée, car
elle vient de Dieu, la sagesse des Hellènes a certainement été
rendue folle dans la mesure où elle ne vient pas de Dieu. Or tout
ce qui ne vient pas de Dieu n'existe pas ; la sagesse des Hellènes
est donc une fausse sagesse. L'intelligence qui l'a découverte,
en tant qu'intelligence, provient de Dieu, mais la sagesse elle-
même, dans la mesure où elle s'est écartée de la fin qui était la
sienne, la connaissance de Dieu, ne doit pas être considérée
comme une sagesse, mais plutôt comme un avorton de sagesse,
une sagesse contraire à la raison, c'est-à-dire une sagesse ren-

1 Jean, I, 9.
* Reprise de l'image et des termes mêmes employés dans la seconde lettre à
Barlaam {Coisl. 100, fol. 98). Cfr infra, § 20 ; Tr. II, 1, 15-16.
• I Rois (I Sam), XVII, 36.
TRIADE I, 1, 11-12 37
/
roiwv ^yqatfxa raKelvojv r)pîv, <î>s Kar eKelvojv xpfjadat
Kadaipovvras, olovel rfj iavrov pop<f>aia FoXiàO aXXov,
€7ravi<TT<ifji€Vov kclI àvOtcrrâpevov Kai « àveiSlÇovra irapd-
ra£iv 0€ov Çôjvtos » ef àXiéojv Kai aypa.fifia.Twv rà Ocîa
ire7ratSevfi€vr)v.

12. Tavr âpa Kai tt)v çÇùj iraiSetav penivai rovs ^ovXop.4-
vovç rS>v pr) rov povrjpr] filov iTraveXopévojv ovk âv àireip-
Çaipev. Aià réXovs oè ravrrj rrpoacayr]Kivai rrapaivovpev
rJKiora rœv à-nâvrojv ovSéva ' TrpoohoK&v Se ri r<ôv delojv
àxptfiws rrap avrrjs eïcrecrBai ko.1 reXéws àrrayopevopev ' 10
ov yàp ëoriv i£ avrrjs 8iSax&rjval ti ircpl 0eov àa<f>aÀés.
t'Epojpave yàpavrr)v 6 &eés», ovk avros rotavrr/v noifjoas —
vais yàp âv OKoriaai ro <f>â>s ,'— , ôAAà poipàv ovaav àrreXéyÇas,
ov rrpos TTjv avrov rrapapXrjôeîoav, ârraye, el ydp ris tout'
cittoi, Kai rov 8ià Mwaiats SeSopévov vépov KarapyrjOfjvaî 15
T€ Kat pojpavBrjvai <f>rjo€i, rov vopov <f>avepœ6evros rrjs
X<ipiTos. El Se pr) rovrov, Kai yàp ck 0cov, Karà rovro ndv-
tws r) tôjv 'EXXrpxDV ip.wpa.vdri- o~o<f>ia, KaOôri ovk ck 0cov '
vâv S' 5 pr) Ocôdcv ovk 6v Sià rovro 17 oo<f>ia rû>v 'EXXtjvojv
ipcv8a>wpos. '0 pcv yàp ravrr/v cvprjK ws vovs, fi vovs, 2°
ck Ocov ' ravrrjv 8c rov rrpocrrJKOVTOs rcXovs rrjs Ocoyvwotas
CKircaovaav , cktttojoiv oo<f>las Kai o~o<f>iav rfXoyr/pcvrjv , rav-
rov 8' clncîv pcpœpapcvqv, 8iKai6rcpov âv ris r) ao<f>iav
irpoocliroi. A16 ko.1 6 'ArrôoroXos oi>x a>ç o-vyKpivopévrjv cÎttc
pœpalvcoQai, à\À' ws rà ][ rov aiwvos rovrov t,rjrovoav Kai 25 1 *• to9*
rov TTpoaiojvixiv Qcov pr) yvovcrav, pr/Sè yvcôvai ^ovXopévrjv '
elrràiv yàp « ttov ctu^tjti^tijç rov aiwvos rovrov ; », evdvs
€Trrjyayev Sri. « ipwpavev 6 &eos rr)v aocf>îav rov Koapov

CVSL
38 GRÉGOIRE PALAMAS

due folle. C'est pourquoi l'Apôtre dit qu'elle a été rendue folle,
non pas dans sa composition même, mais parce qu'elle recherche
les choses de ce siècle, ne connaît pas le Dieu Éternel et ne veut
pas le connaître. C'est après avoir demandé Où est le chercheur
de ce siècle? qu'il ajouta immédiatement : Dieu a rendu folle
la sagesse de ce monde l, c'est-à-dire qu'il a montré, en apparais
sant lui-même, qu'elle s'était écartée de la véritable connaissance,
qu'elle n'était pas réellement sagesse, malgré ce nom qu'on lui
attribuait. Si elle avait été sagesse, comment serait-elle devenue
folie et cela par un acte de Dieu et de sa Sagesse apparue sur
terre ? Car, d'après le grand Denys, le bien supérieur ne s'oppose
pas au bien inférieur 2. Quant à moi, je dirais aussi que les choses
intelligibles ne s'affaiblissent pas les unes les autres et j'ajouterais
que toute belle chose voit sa propre beauté accrue par l'appari
tion de la Beauté supérieure. Comment n'en serait-il pas ainsi,
lorsque la Puissance même, Source du Beau, est apparue ? On ne
dira pas que les «lumières secondes», j'entends les natures qui
sont au-dessus de ce monde 3, ont été rendues inutiles par la
première Lumière, qui les éclaire ; on ne dira pas non plus que
notre raison et notre intelligence, très inférieures à ces lumières,
mais qui sont tout de même lumière, soient devenues ténèbres à
l'apparition de la lumière divine, alors qu'elle est apparue pour
éclairer tout homme venant dans le monde *. Mais celui qui s'op
pose à cette Lumière, qu'il soit ange ou qu'il soit homme, devient
ténèbres, parce qu'il s'en sépare de son plein gré et se trouve
abandonné par elle.

Loi de Moïse et 13. — C'est ainsi que cette sagesse, en


sagesse hellénique, s'opposant à la sagesse de Dieu, est deve
nue folie. Si elle avait été capable de discer
ner et d'annoncer la sagesse de Dieu dans les créatures, si elle avait
fait apparaître ce qui était caché, si elle avait été un organe de
vérité faisant disparaître l'ignorance, si elle avait été par partici
pation ce que l'Objet de son message est en tant que Cause, com-

1 I Cor., I, 20.
•De div. nom., IV, 19 (PG, III, 717 A).
* Sur les anges comme « lumières secondes » voir notamment s. Grégoire de
Nazianze, Hom., XL, 5 (PG, XXXVI, 364 B), Hom., XLIV, 3 (ibid., 609 B), etc.
4 Jean, I, 9.
TRIADE I, 1, 12-13 39
» tovtov », Tovréartv i<f>avépu>o€ <j>avels rfjs àX-qBivrjs yvu>-
aecos eK-n-eTTTioKvîav Kal firj ovaav oo<f>îav, àXXà koXov-
fiévTjv fi.6vov. El 8' Tjv ao<f>ia, vws av iyévcTO peupla Kal
Tavd* vtto Qeov Kal t^ç clvtov cro<f>las £ttI yfjs <f>av€pco6elcrrjs /
Karà yàp tov p.iyav Aiovvowv « KaXtp koXov ovk èvav- 5
» TLOvrai, tô> tJttovl to KpeÎTTOV », eya> S av <f>airjv d>ç ov8è
àp.fïXvv€Tal tto9' vtt' àXX-qXcov rd ye voiyrà, Trpoodelrjv 8* av
ôVt kcÙ ttjs iavTov KaXXovrjs ckclotov tirlhooiv Xap.j3dv€i rjj
tov KpelrTOVos €7n<f>avetq.. Ti S' âv cÏttol tis, avrijs tt}ç koX-
Xottolov 8vvdp.ews €7n<f>avelarjs ', Ov8è yàp rà Seureoa <f>û>Ta, 10
ràs VTT€pKoap,lovs Xéyoi <f>voeis, vtto tov TtpwTov <f>a>Tos
àxpetovodai <f>air) ti? i7nXdp,7rovros aiiToîs ' oùSè to ttoXv
tovt<ov dnoSéov, <f>û>s 8' op,ws 5v, to ko.6' r)uâs Xéyoj Xoyi-
kov koL voepôv, okotos yéyov€, tov deiov (fxoTos €Tri<f>av€V-
tos, Kal raûr' « cî? to <f>o}Ttaai. Trdvra àvOpamov ip^ôp-evov 15
» tic tov Koap.ov ». '0 8' àvriraTTo/ievoç tovto), €Ït âyyeXos,
cÏt' dvdpcoTTos, d>s éavrov 4k wv areprjaas tov <J>cot6s,
iyKaTaXçufrôels okotos àvair€<f>r)vev.

13. Ovrco Tolvw Kal r) oocf)îa eKelvr), àvrcTa^ap-évr/ rg


oo<pla tov Qeov, puapla yéyovev. El 8' r)v 8iopaTiKr) Kal 20
iÇayyeXTiicr) ttjs tov &eov iv toîs KTiapaoi ao<f>las, <f>avé-
pœais oiïaa tov à<f>avovs, ôpyavov àXrjdelas, à<f>avt,oriKov
àyvolas, €Keîvo Karà fiédeÇiv, o kot alrlav to àyyeXX6p.evov ,
irœs av iuwpdvdt), koi ravO' vtto tov tt)v oo<f>iav rav-rr/v
cyKaTajSaAovToç ttj KTtaet,' IJœs 8' ovk av «ç avTTjv rr)v 25
ip<f>ai,vop.évT)v t<3 iravrl tov Seov ao<f>iav to fiXdfios àvc-

CVSL
6 ms om. C | 25 /yicaTo^aAAoïTos V.
40 GRÉGOIRE PALAMAS

ment aurait-elle été rendue folle par Celui-là même qui a donné
cette sagesse à la création ? Comment ce coup qu'elle a reçu ne
serait-il pas en fait porté à la Sagesse même de Dieu, apparue à la
face de l'univers ? Comment alors Celui qui a établi la paix dans
le monde entier et pour chaque créature en particulier, ne se com
battrait-il pas manifestement lui-même, puisque d'une part il
serait source de sagesse (sa sagesse ayant été incluse dans l'ordre
cosmique) et d'autre part, par sa venue, il frapperait cette sagesse
de folie, ainsi que ceux qui l'ont reçue ? Mais il fallait que cette sa
gesse fût là, non pour être rendue folle, mais pour être accomplie,
de même que l'ancienne Loi, au sujet de laquelle Paul s'écrie :
Nous abolissons donc la Loi? Jamais! Au contraire, nous confir
mons la Loi l. Le Seigneur nous incite aussi à la scruter, car elle
possède en elle-même la vie éternelle 2 ; et il dit encore : Si vous
aviez eu foi en Moïse, vous auriez foi en Moi 3. Vois-tu l'extraordi
naire concordance de la Loi et de la grâce ? Pour cette raison,
lorsque la vraie lumière est apparue, la Loi est devenue encore
meilleure, puisque sa beauté cachée s'est manifestée ; mais ce
n'est point le cas de la sagesse des Grecs ; cette dernière, sous
un extérieur de paroles élégantes, agréables et insinuantes,
recelait la folie : son infamie une fois découverte, elle devint encore
pire et a reçu justement son nom de folie ; et il ne s'agit pas ici de
folie par transcendance, comme ce serait le cas si elle était au-
dessus de la raison (telle est l'appellation mystérieuse de la sagesse
de Dieu *), mais de folie due à une absence de connaissance de
la vérité, puisqu'elle a abandonné la fin qui convient à une sagesse
simplement humaine ; non seulement elle l'a abandonnée, mais
elle s'est égarée dans une direction absolument contraire et
persiste dans le mensonge, en le prenant pour la vérité ; elle cher
che à calomnier la vérité, comme si la v i i ' était mensonge, et
dresse la création contre le Créateur6; a.ij . ird'hui encore, son
action consiste à dresser les Écritures de l'Esprit contre l'Esprit,
contre les œuvres spirituelles et les hommes spirituels.

1 Rom., III, si.


• Jean, V, 39.
• Jean, V, 46.
« CU I Cor. ,11, 14.
• Cfr Rom., I, 25.
TRIADE I, 1, 13 41

<f>ip€To tovto ', liais o' âv oi)\ èavrtp jLidî^otTO aatftws ô


rrjs elprprqs rrjs re SXtjs Kal ttjs Ka.0' CKaorov vTrocrrdrqs,
81a fièv ttjs cyKaTafSXrjôelarqs rœ k6o/j,u> oofiîas SiSoùç
oo<f>lav, oià 8è rrjs èavrov TTapovalas tovs tc elX^ôras
Kal rr)v 8eSop.évr)v ravrqv p.u>palvajv ao<f>lav ; "E8ei 8è ko! 5
Tavrrjv, ovk els to [xœpâvai, àXX* els to irXripCJaai irapa-
yevéoÔai, Ka.6a.Trep Kal tov TrdXai vôp,ov, irepl 06 ITavXos
fîoq.' « N6p.ov ovv Karapyovp.ev ', Mt) yévono, àAAà vôpuov
» îar<ùp.ev », ov koI o Kvptos « èpevvâv » nporpéireTai, <!>s
èvredrjaavpiap.évTjV ê^ovra rqv Çwqv rqv aia>vu>v ' Kat, TrdXiv 10
« et è-moreveTé » <f>T)ai. « Mœafj, èirioreveTe âv èfiot ».
BXéneis vnepfidXXovaav || âp.oXoyiav tov vôfxov ko.1 rrjs I *• *°9"
xdpiros ; Atà tovto, tov àXrjdivov <f>a>Tos èTTi<f>avévTOS,
/SeÀTitov èavrov yéyovev o vofios, rpavwOévTos avrâ» tov
àirodeTov koXXovs, àXX' ovx t) #ca#' "EXXrjvas ao<j>ia' p.ojplav 15
S' v7TOKade£,op.évr)v e^ovoa Kou,ifteio. tivI Kal eveireia koX
■tridavôrryTi Xôyœv, tov ato~xovs àvaKaXv<f>0évTos alaxîœv
èyéveTo Kal ttjs p,<oplas otKalws iirœwp.os, ov ttjs KaO*
vrrepoyrp), ù)S vrrep êwoiav outra, tovto yàp èTraivvp,la ttjs
tov Oeov ao<f>ias à-nôppriTos , àAAà ttjs kot êXXeiipiv àXT)6eîas 2°
èxop,évr}s yvojoetos, d>s ko.1 tov vpoarjKovTOS à-noXei^deZoa
ttj Kar âvQpamov oo(f>ia tcXovs, ovk àiroXe^deîoa Se p.àvov,
àAAà Kat els irâv tovvovtIov àiro^ovKoXrjdeîaa Kal tov p.èv
iftevSovs (as àXrjdeîas àvrexop-évr), rrjs S' àÀTjdelas a»? ipev-
8ovs Karaiftevoeadai iretpwp.évri, koI eVavicrrâ<ra rr)v ktLctlv 25
Karà toû KTiaavros, "fjoirep Kal vvv êpyov èrtaviaTavai /carà
tc tov Hvevp.aros Kal tôjv 7Tvevp,aTtKÔ>v epycov Kal àvBpcov
Tas tov ITvevp.aTos ypatftàs.

CVSL

7 6 post 0$ add. L | 15 IXr/vas C.


42 GRÉGOIRE PALAMAS

Rappel de Rom. I. 14. — La folle philosophie des sages


du dehors ne comprend donc pas et ne
révèle pas la sagesse de Dieu. Comment en serait-il autrement,
puisque par elle le monde n'a pas connu Dieu 1 ? Mais si Paul dit
ailleurs que, connaissant Dieu, ils ne l'ont pas glorifié comme
Dieu *, ne se combat-il pas lui-même, lui, le disciple de la Paix et
l'héritier de la Paix surnaturelle qui se trouve en nous-mêmes,
accordée par le Christ seul ? Mais il dit seulement que, s'ils sont
parvenus à concevoir Dieu, ils l'ont fait d'une façon qui ne sied
pas à Dieu : ils ne l'ont pas glorifié comme le Créateur de toutes
choses, comme le Tout-Puissant, comme celui dont le regard
s'étend sur tout, comme l'unique Être sans commencement et
incréé. C'est pourquoi, abandonnés par Dieu depuis l'époque où
ils ont vécu, les sages, comme Paul l'a encore montré, furent li
vrés à leur sens réprouvé 3, en adorant la créature au lieu du Créa
teur 4 et en se roulant dans la fange des honteuses et basses pas
sions. Bien plus : ils ont fixé des lois et composé des écrits — ô
passion, ô artifice ! — qui sont en accord avec les démons et font
l'apologie des passions. Vois-tu que la philosophie des philo
sophes du monde possède la folie dès le début et dans sa nature
même ? Elle ne l'a point acquise de l'extérieur. Celui qui autrefois
l'a rejetée du ciel, parce qu'elle avait manqué à la vérité, celui-là
même l'a justement rendue folle aujourd'hui en venant sur terre,
car elle s'oppose à la simplicité de la prédication évangélique.
C'est pourquoi l'homme qui lui accorde encore l'attention de son
intelligence, en espérant être conduit par elle à la connaissance
de Dieu ou recevoir la purification de l'âme, éprouve les mêmes
maux qu'elle et, tout en étant sage, devient fou. La preuve
évidente qu'il se trouve bien dans cette situation, la preuve
unique et première, c'est qu'il n'accepte pas par la foi les tra
ditions que nous avons reçues des saints Pères dans la sim
plicité, en sachant qu'elles sont meilleures et plus sages que
celles qui proviennent de la recherche et du raisonnement hu
main, qu'elles se manifestent par les œuvres, au lieu d'être dé-

1 / Cor., I, 21.
* Rom., I, 21.
» Rom., I, 28.
« Rom., I, 25.
TRIADE I, 1, 14 43

14. Ovkovv SiopariKT] kclL èÇayyeXTiKT] èari rfjs tov


Oeov ao<f>îas 17 tcDv ê£a> oo<f>œv fief.uopajj.evTj <f>iXooo<f>îa.
liais yâp, « Si' r)s ovk eyvœ 6 Koofioç tov 0e6v »/ El 6"
aXXaxov <f>r)aiv 6 IlavXos Sri « yvôvres tov Oeov, ov% <vs
» Oeov èb~6£aoav », ov% eavrâ» /Lia^erai 6 ttjs etprjvrjs fiadrj- 5
ttjs, TÏjs o' iv rjfjûv avToîs Trapà Xpiarov fiôvov SiSofiévrjs
virepKoofiiov elprjvrjs K\r)pov6p.os ,' 'AXX* t)X9ov fiév, <frqoivt
els ewoiav Oeov, àXX* oi>xl -nj»' irpiTrovaav Oeâ> ' oùSè yàp
navTovpyôv, ov iravTohvvaaov , ov TravreirtoKoirov, ov fiôvov
âvapxôv Te kcÙ aKTiOTov è86£aoav aùrov. Aïoirep àno tojv 10
/car airrovs eKeivœv ypôvuiv èyKaTaXeuf>6évTes vrro tov
Oeov, <î>s Kal tout' eSeiÇev o IlavXos, « els àhÔKifiov » ol
oo<f>ol « 7rape869rjoav vovv», « XaTpevovres tt} ktIgci Trapà tov
» KTloavra » kcÙ t<2 fSopfSôpœ tû>v aloxpwv Kal Trovrjpwv
eyKaXivSovfievoi iradôjv ' ov fiôvov hé, àAÀà /cai vôfiovs ëdevro 15
Kai Xôyovs ovveypdtpavTO — <f>ev tov irâdovs, <f>ev rijs à-nâi-rfs
— o'/LioAoyovy toîç Salfiooi Kal ovvrjyôpovs toîs -nâdeoiv.
'Opâs ô)S àp\T)0ev e%ei Kal avrodev ttjv fiojpiav t) <f>iXo-
ao<f>ia tÔ)v KoofiiKcov <j>iXoo6<f>a)v, àXX ovx vrro ovyKpiaeojç
êXafiev avTTjv ; '0 toLvvv anohoKifiâaas ai)TT)v è£ ovpavov 20
totc, t»js aXifOelas SiaTreoovo'av, Kal vvv iX6à)v els ttjv yr\v,
ws Tr\ tov evayyeXiKov K-qpvyfiaTOs àvriTaTTOfiévrjv âTrXoTTfTi
StKalœs èfJ.(ôpave ' Siôirep eï tiç aiïOis Tavrrf -npooé^ei tov
vovv, d>s Trap avTrjs vpos deatyvaioiav ohrjyeîoOai. fiéXXwv
t] tf>v)(r}s oxV<T€,,v KaQapoiv, tovt aino Trâo"xei Kal fiœpai- 25
vtTai oo<f>os o>v. ! Kal tov Tradeîv tovto heîyfia oa<j>és, Il i- "»
êv fièv Kal TrpwTov, to /it) irpooUaOai Trlaret, ràs Trapahôoeis
as Trapa twv ayiojv TTaTepwv ev àTTXÔTTfTi, TrapeiXri^afiev,
elhores KpenTovs ovaas Kai ao<f>ojTepas t) /cot' àvdparrrtvrjv
traoïv Kal emVoiav Kal hC epywv <f>avepovp.évas, dXX' ovxl 3°
8tà Xôyojv àTToSeiKvvfiévas ' Kal tovt' loaoi Kal avfifiaprvpr]-
aovoi iravres, ol fj/rj npooéfievoi fiovov, àXXà Kal Treipa Kap-

CVSL
24 vap' : irpos L.
44 GRÉGOIRE PALAMAS

montrées par des paroles. Et cela, tous ceux qui n'ont pas seule
ment reçu ces traditions, mais qui, par l'expérience, en ont
recueilli les fruits et qui savent réellement en eux-mêmes que la
folie de Dieu est plus sage que les hommes 1, tous ceux-là le savent
et peuvent en porter témoignage.

Les philosophes 15- — Mais ce n>est là <lue la première


sont des possédés, preuve évidente que les sages sont bien
des fous. Voici la seconde, plus impor
tante : la puissance de cette raison rendue folle et inexistante
entre en guerre contre ceux qui acceptent ces traditions dans
la simplicité de cœur ; elle méprise les écrits de l'Esprit, à
l'exemple des hommes qui les ont négligés et qui ont dressé
la création contre le Créateur ; elle s'attaque aux activités
mystiques de l'Esprit qui agissent mieux que la raison dans
ceux qui vivent selon l'Esprit : elle s'y attaque en s'attaquant
à ces derniers. La troisième preuve, encore plus évidente, est la
suivante : ces sages sans sagesse affirment qu'ils sont rendus
sages par Dieu, comme les prophètes, bien que Platon, en faisant
l'éloge des hommes célèbres comme eux, pose clairement comme
principe, dans la majeure partie de son panégyrique, de montrer
qu'ils sont frappés de délire : Et celui qui en viendrait, dit-il,
à composer des œuvres poétiques sans l'inspiration des démons,
serait imparfait lui-même et son œuvre, et l'œuvre de l'homme qui se
possède est éclipsée par celle des fous 2. Le même Platon, avant de
commencer à discourir sur la nature du monde par la bouche de
Timée, fait le vœu de ne rien dire qui ne soit cher aux dieux 3.
Mais la philosophie chère aux démons, comment peut-elle être
celle de Dieu et provenir de Dieu ? Quant à Socrate, un démon
l'accompagnait et l'initiait : c'est vraisemblablement ce démon
qui a dit de lui qu'il était le meilleur dans la sagesse * ! Et Homère
exhorte une déesse à chanter par son intermédiaire la colère homi
cide d'Achille, permettant au démon de le prendre pour instru
ment et faisant remonter à la déesse la cause de sa propre sagesse

1 I Cor., I, 25.
* Phèdre, 245 a ; éd. L. Robin, dans la Coll. Budé, p. 33.
■ Tint. 27 cd ; éd. A. Rivaud, dans la Coll. Budé, p. 140.
* Réminiscence de l'oracle que, d'après Porphyre (Vita Plotini, 22, éd. E.
Bréhier, dans la Coll. Budé [Plotin, Ennéade, tome I], p. 25), Apollon rendit au
sujet de Socrate.
TRIADE I, 1, I4-I5 45

vataap.evoi ttjv e/c tovtojv oj<f>éXeiav kul nap' èavrûrv épyco


yvôvres ôVi to « p.ojpov tov 0eov ao<f>ojTepov rœv àvÔpwrrojv
» èorlv ».

15. '^4AA' cv p.èv 8t) tovto /cal irpœTov Ikclvov T€Kp.Tjpiov


tcôv p.ep.ojpap.év(ov oo<f>ô)v. Aevrepov 8è /cal p.elt,ov, /carà 5
twv èv à<j>e\6TrjTi KapSlas 7Tapa8exop.évœv €Keivaç eTtiarpa-
rcueiv tov iicp.wpap.evov ko.1 Ka.TTjXoyTjp.evov Xôyov ttjv
8ijvap.iv ko.1 /carà tovs napadeœpTjoavTas c/ceiVouç /cal tG>
KTIOTJJ TTJV KTIOIV eTTavaOTTJOaVTaS 7Tapa9eOjpeîV Ta TOV
IJv€vp.aTos Xôyia ko.1 to.îç uuori/caîç tov IJvevp.aTos ivep- 10
yetais, KpeÎTTOv tj Xoyoç èv toîs /carà Tlvevpa Çcôctiv èvep-
yovp.évacs, Si' aùrcôv cttitIB'eaflai. Tp'nov 8è koX oa<j>éoTe-
pov, e/c ©eov Ka.6a.TTep ko! tovs Trpo^yrjTas creoo<f>îa6ai Xéyeiv
TOVS ào6(j>OVS €K€lVOVS O0(f>0VS , KaiTOl Oa<f>OJS 6 IJXâ.TOJV,
tovs /car avTOVs o>.a<f)épovTas erraivôiv, iv iyKOjpiov p.e- 15
yiOTTj jiolpa TÎdeTai. 8eî£ai uepTjvoTas avTovs. « Kat os
» av » (jyqaiv « âvev 8aip.6va>v iimn/oLas irrl ttoitjtikovs X6-
» yovs axfnKTjTai, aTeAijs- aiîros re /cal rj ttoLtjois, ko.1 vtto
» ttjs TÛiv p.aivop.évojv tj tov oa><f>povovvTos rj<f>aviodTj ».
Aat avros oe 01a 1 1p.at.0v peAÀcov -nepi Koopov <pv- 20
oeais <f>iXooo<j)€Îv , eî^erai p.Tj8èv (.hrelv o ti pr) toîs
Beoîs <f>iXov. 'H 8è toÎç haip.001 (f>lXrj <f>i.Xooo<f>la , irœs àv
eirj &eov Te /cal e/c &eov ', Tû> 8e EuiKpâTei ovvfjv 8aip6viov,
a> 8tjttov /cal p.epvrjTai, ra^a 8è /cal ttjv ao<f>iav dptOTOS
vtt' aVToG p.ep.apTvprjTai. ©eàv S' "Op.rjpos a8eiv Si' avrov ^5
ttjv 'AxiXXécos àv8po<f>6vov pijviv TrpoTpé-neTai, Trapé'xu>v
iavTov œs ôpydvu) xpTJoQai tû> Sai'uovi /cal ttjs ovtov
ao<f>ias kol eveneias ttjv atTiai» £77' oiittjv àvafiépujv. ' Hol68<o
8' ovk àiréxpTjaev ifi èvos èvepyeloQai 8aipovos, a.Te ttjs

CVSL

6 cV om. L |I 22 <f>t\oaoifria : ao<j>ta C.


46 GRÉGOIRE PALAMAS

et de son éloquence l. A Hésiode, il ne suffit pas de subir l'action


d'un seul démon, puisqu'il est l'auteur de la Théogonie ; c'est
pourquoi il en attire à lui, très exactement, neuf en même temps,
tantôt de Piérie, tantôt d'Hélicon. Et, en effet, il s'est empli de
toute sorte de sagesse, qu'ils lui ont donnée, lorsqu'il menait à paître
des porcs à travers la montagne, en mangeant du laurier d'Hélicon 2.
Un autre dieu fit jouir de sa propre force un autre de ces sages.
Un autre se présente comme son propre témoin et dit : J'ai
tout appris par une muse qui prophétise. Un autre fait le vœu
que le chœur des Muses danse tout entier dans son âme, afin
qu'aussitôt la fille à sept étoiles de Piéros lui donne son enseigne
ment sur les sept zones, les sept planètes et leurs caractéristiques,
qu'Uranie, la fille de Zeus, lui enseigne le reste de l'astrologie et
que les autres dieux, que ces gens considèrent comme les gardiens
des choses d'ici-bas, lui apprennent les choses de la terre.

Les philosophes 16. — Veux-tu donc nous obliger à


se sont écartés de ^jre que ceux qUj parient ainsi ouverte-
8 Ii™ nP OS°P * men* à. leur propre sujet possèdent la
Sagesse de Dieu ? Non certes, aussi
longtemps que nous aurons souci de nous-mêmes et de la
véritable Sagesse, qui n'entre pas dans une âme pleine d'arti
fice et amie des démons ; et si elle y était entrée aupara
vant, elle s'envole lorsque l'âme se tourne vers le mal. Car
le Saint-Esprit éducateur s'éloigne des pensées dépourvues d'in
telligence 3, comme le dit Salomon qui possédait la sagesse
de Dieu et rédigea un livre à son sujet. Y a-t-il quelque chose
de plus sot que ces gens qui se vantent d'être initiés aux
mystères des démons et qui leur attribuent l'origine de leur propre
sagesse ? Car ce que nous disons maintenant, nous ne le disons pas
de la philosophie en général, mais de la philosophie de ces gens-là.
Si, en effet, selon Paul, on ne peut à la fois boire la coupe du
Seigneur et la coupe des démons *, comment pourrait-on posséder

» Cfr Iliade, I, v. i.
* Parodie assez éloignée du texte du prélude de la Théogonie, cfr éd. P. Mazon
dans la coll. Budé. p. 32-33.
• Sag., I. 5-
« ICor., X, ai.
TRIADE I, 1, I5-l6 47

Oeoyovtas ôvn Troi-qTrj, hiôirep iwéa /cara tclvto irpos


iavrov eVioirâYcu, vvv fièv €K Tltepias, vvv 8' i£ 'EXikw-
voç, SiKaiôrara, Kal yàp xrn ainôiv aura) SodeioTjs, « vas
» /Soct/covti kolt' ovpos, od<f>vr)s <f>ayœv eÀi/ccoviViSoç, oo<f>lr)s
» èp.iréir\ri<rro TravToirjs ». *^4AAaj 8' âXXos 6eœv a irjs ev€- 5
» KapTTT]<J€v ÔAktJs». "Erepos 8' iavrov p.àprvs ylverai, « TrâW
» e'Scrryv» Xéyœv «p,ovaa 6e6(f>paoi». "AXXos 8' cm Trçs cat/TOÛ
foxV5' navra <f>ev ^opeûaai tov p.ovaœv cVeû^eTCU )(opov,
J>S H vwô /ièv iiTTaTrôprjs Ta^a tîjs Iltepov, ràs C7rrà p.ddoi \ i- 110»
£ civas #caî tous €7rrà àorépas tovs irXdvrjTas Kal Sara /car 10
aÙTouç, ùVô 8' Ovpavlas rrjs Atos ttjv oXXtjv irâaav aarpo-
Xoyiav, îmo 8è tôjv VTroXolircov Kal icar' avrovs €<f>6po)v
tcôv Karoi Ta cm yrçs.

16. Ti S17 çtajs, oo<j>iav ipovp.ev *xeiv ®€°û tous TOiaûra


irepï a<f>œv aùrcôv Àcyovras àoiSi^Aojç/ 0v%, éu>s av 17/xâiv 15
aùrôjv aipev *ca£ tjjç ovtojs oo<f>Las depaTrcvrai, tjti? els
KaKorcxyov xai 8ai/zooi <j>i\r)v ovk eùrep^cTat ^svyr\v ' kov
elaeXdovaa <f>6do~r), p.€Taf$aXovo"qs £ttI to ^eîpov àfanTarai.
« IJvevp.a » yàp « dyiov Traioelas à7Tavaamrjo-€Tai àrro Xoyiap.â>v
» aoweTcuv », /caTa SoXop.wvra tov Oeov o~o<f>ias evfioipirjKÔTa 20
Kai Trepl avrrjs avyypaiftd/jievov. Ti 8è àovv€T(î>Tepov tc3v
p,eya <j>povouvTcov ÀttI tû> haip.001. TeXeîadac Kai TTpoafiap-
Tvpovvrwv ckcIvois ttjv xoprjylav "7-77? a<f>€T€pas oo<f>ias ',
Ov yàp TTepl (f>iXoao<f>las r/fieis a7rÀcôs Xéyofiev àVra Xéyop.ev
vvv, àXXà 7re/>i T77Ç tôjv toiovtcov (f>iXooo<f>las . El yàp Kal Karà 25
IJavXov ov ovvarai tis « iroTr\piov Kvpiov ttIvciv Kal ttott\-
» piov oaiftovliov », ttcùç âv hvvr)9eiq tiç &eov ao(f>iav ex«w
Kal vvo oat,p.6va>v ifiirvelodai ,' Ovk Zotl tovto, ovk eoriv.
El yàp Kal IJavXos carir ov (frrjoiv tôç « eV ttj oo<f>la tov
» Geov ovk eyvoj 6 Koap,os tov Qeôv », ov tt)v eV toÎç àoô- 30

CVSL

5 8' : 8« V I 24 ôtto : ôto C |] 25 tûj»' cm. CVL.


48 GRÉGOIRE PALAMAS

la sagesse de Dieu, tout en étant inspiré par des démons ? Cela


n'est pas possible, absolument pas. Et si, en effet, Paul dit quelque
part que le monde n'a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu l,
ce n'est pas la sagesse de ces sages sans sagesse qu'il a nommée
sagesse de Dieu — attention ! — mais celle que le Créateur a in
sufflée dans les créatures ; celui qui a reconnu en elle une messa
gère de Dieu a reconnu le Dieu qu'elle annonce ; celui-là possède la
véritable connaissance des êtres et, par là même, la sagesse de
Dieu ; il devient expert dans la sagesse de Dieu. 77 fallait, dit
le grand Denys, que les vrais philosophes remontent par la connais
sance des êtres vers la cause des êtres 2.

La sagesse natu- 17- — Donc. si le v™ philosophe re-


relle et le Christ, monte à la Cause, celui qui n'y remonte
pas n'est pas un vrai philosophe et
ne possède pas de sagesse, mais une sorte de simulacre men
songer de la vraie sagesse ; ce n'est point là une sagesse,
mais la négation de toute sagesse. Comment pourrait-on nom
mer sagesse de Dieu la négation de la sagesse ? D'ailleurs, l'in
telligence démoniaque est une bonne chose en tant qu'intel
ligence 8 : mais elle est une mauvaise chose dans la mesure
où elle abuse d'elle-même. Tout en connaissant mieux que
nous les mesures du monde, les évolutions, les conjonctions
et les définitions des corps mobiles, c'est une intelligence
inintelligente et pleine de ténèbres, puisqu'elle n'use pas de sa
connaissance d'une façon qui plaise à Dieu. De même, la sagesse
hellénique pense pouvoir se fonder sur la sagesse de Dieu qui se
trouve dans les créatures et par laquelle Dieu transforme la corrup
tion d'un être en naissance d'un autre être, pour montrer que Dieu
n'est pas le Seigneur de toutes choses, ni le Créateur de l'uni
vers ! Elle ne voit pas que tout possède toujours une cause !
Elle repousse ainsi la vénération du vrai Dieu, oppose irréligieuse-
ment les choses divines à elles-mêmes, suivant le même Denys le
Grand 4, et devient ainsi folle et insensée. Comment serait-elle

» / Cor., I. 21.
• Efist. VII (PG, III, 1080 B).
* Psbudo-Denys, De div. nomin., IV, 23 (ibid., 725 B).
« Epist. VII {ibid., 1080 A).
TRIADE I, 1, 16-17 49

<f>oiç €K€lvoiç èyyeyevrfpévrjv ao<f>oîs « Qeov oo<f>lav » e»ca-


Xeaev, â/iraye, tt/v S' èyKaTafiefiXiqpév7)v vtto tov ktlotov
toîs KTccrfj.aaiv, rjv 6 yvovs dyyeXov oiïcrav Qeov, Qeov iiréyvoj
tov Si' avrrjs àyyeXX6p.evov Kal yvœaiv e%ei tcôv ovtcov
àXrjdij Kal Qeov oo<f>lav rpéirov êrepov, Qeov ao<f>îas ètriyva)-
/itov yevôpevos. « 'Exprjv ydp » (farjoriv 6 p.eyas Aiovvolos
« Sià ttjs yvioaeojs tcôv ovtcov irpos tov aïriov tcôv ovtcov
» àvdyeoQat. tovs ye àXTjdeîs <f>iXoo6<f>ovs »•

17. El yovv 6 àXTjôrjs <f>iX6ao<f>os àvayeTCU irpos tov oXtvov,


6 pA) àvayôp.evos, ovk aXrjdrjs, ovb" e\a)v ao<f>lav, àAA' oîov 10
ao<j>ias à\r)6ivr\s àiraT7)X6v eïSwXov Kal OTeprjatv o~o<f>las,
àXX* ov ao<f>lav. Tt)v yovv ttjs aocplas arépT\aiv, ttwç âv eïrj
« Qeov oo<j>lav » TTpoaenreîv ; "AXXojs re Kal 6 8aip.6vt.os
vovs, $ vovs, koXov, fi 8' caurcp KaKws xPVTai> 7roV7lpà'v '
Kalroi fidrpa KÔap.ov, 8ieÇ68ovs Te Kal crvv68ovs Kal oto- 15
ptapovs tcôv Kivovp.€va>v KpeÎTTov oî8ev t) KaO' "qpâs, p.r)
6eo<f>iXœs 8è tt} yvwoei xpwp,evos, vovs iariv avons Kal
io-KOTiapévos. Tov ïoov âpa Tpôirov Kal r) Kad* "EXXrjvas
oo<f>la 8ià ttjs èv toîs KTio/iacu Qeov ao<f>las, Kad' rjv rqv
êrépov (pdopàv yéveaiv èiroiiqaev érépov, 7Teip(op.évrj 8eî£at 20
tov Qeov ov tcôv ôAcov Kvpiov, ov8è KTum\v tov Traînas,
tcô p.r) ovvopâv p.T)8èv €K prj8ap,fj p.Tj8apâ>s || yt.v6p.evov Kal [ f. mr
ovroj tÔ tov ovtcûs Qeov àircoaapévq oéf$as Kal toîs « Oeiois
» ov)( ocnœs », ko.t avTov tov péyav At.ovvat.ov, « errl Ta
» deîa xprr)oap.évr) » Kai Trapà tovto pœpà Kal âoo^os ye- 25
yovvîa, Trias âv elr) Qeov oo<f>ta ; A10 Kal 6 TlavXos SittÔv
r)p,îv èvravBoî SeiKvvs to ttjs ao<f>ias eïhos, « èv ao<j>ia »
<fyrjal « Qeov, 8ià ttjs ao<f>las ovk êyvui 6 Koapos tov Qeôv ».
'Opâs Ôti tt)v pèv ao<f>îav eÎTre tov Qeov, tt)v 8è iJjtÀr)v ao<f>iav

CVSL

23 ôvrws ' ô*to? L.


50 GRÉGOIRE PALAMAS

la sagesse de Dieu ? C'est pourquoi Paul nous montre ici que la


sagesse a deux aspects ; il dit : Dans la sagesse de Dieu, le monde
n'a pas connu Dieu par la sagesse 1. Ne vois-tu pas qu'il a parlé
d'une part de la sagesse de Dieu et d'autre part de la sagesse
tout court, cause de l'ignorance de Dieu ? Cette dernière est celle
que les Hellènes ont découverte, différente de celle de Dieu et
mise en évidence par le double emploi du mot « sagesse ». Que
dit encore plus loin ce sage de Dieu ? Nous, nous prêchons la
sagesse de Dieu 2. Les Hellènes sont-ils donc en accord avec lui,
ou bien Paul est-il d'accord avec eux ? Aucunement. C'est pour
quoi lui-même exclut la possibilité d'un tel accord et dit : Nous
prêchons une sagesse parmi les parfaits, sagesse qui n'est pas de ce
siècle, ni des princes de ce siècle qui sont anéantis 3, une sagesse
qu'aucun des princes de ce siècle n'a connue *. Cette dernière
sagesse se trouve en nous dans le Christ Jésus qui a été fait pour
nous sagesse par Dieu 6. Quant à l'autre sagesse, elle n'était pas
dans ces gens-là, mais dans les créatures qu'ils étudiaient ; ils
en ont recherché toute leur vie les principes et en arrivèrent à une
certaine conception de Dieu, car la nature et la création leur en
donnaient de grandes occasions, et les démons, d'une façon
bien démoniaque, ne l'ont pas empêché : comment, en effet,
les aurait-on pris pour des dieux, si la pensée de Dieu n'était
jamais venue dans la raison humaine ?

Folle des 18. — Ces gens en sont donc arrivés à


philosophes. une certaine conception de Dieu en exa
minant la nature des choses sensibles,
mais non pas à la conception qui était digne de Dieu et
qui convenait à sa nature bienheureuse. Car leur cœur insensé
fut obscurci 8 par les malins démons qui leur communiquaient
leur enseignement par d'affreuses machinations. Comment, en
effet, ces derniers auraient-ils été pris pour des dieux, comment
auraient-ils été crus dans leur enseignement polythéiste, si

1 / Cor., I, ai.
« / Cor., II, 7.
» / Cor., II. 6.
« / Cor., II, 8.
• / Cor., I, 30.
• Rom., I, 21.
TRIADE I, 1, I7-18 51

Kal alriav rov prf yvœvat. tov Oeov; Aôrr/ Se èariv 77 roîs
"EXXr)at,v è^evpy]p.évrj , napà rr)v tov Oeov crêpa, tô> 8i7TÀa-
oiao~p.(p tov ttjs «oo^t'aç» 6v6p.aros <f>aveptodeîaa. Ti yap kcu
npoïœv <f>rjoiv ovtoç 6 6e6ao<j>os ,' « 'Hp.eîs 8è XaXovp.ev
» Oeov ao<f>lav »" dp* ovv r) eKelvoi Karà toûtov 77 oSros kolt 5
aùroù? / Ovp.evovv ' Stô *al aùrôç tovt aTrayopevojv, « aotplav »
^Tjcri « 0coû ÀaAoC/uev *" toîç tcAcioiç, ao<piav Se où toC
» alœvos toutou, oùSè tôjv àpxoiraji> toû alœvos tovtov
» TtDv Ka.Tapyovp.evwv » /caî « tJv oùSeis rœv àpyôvrœv tov
» atcû^oç tovtov êyvœKev ». Avttj S' 17 ao<f>ia iv rjp.lv eariv 10
«V Xptorœ 'I-qaov, « 5? èyevfjdr/ r)pîv ao<f>ia àrro Oeov ».
tLKCivrj 0 ev €K€tvois ovk i\v, aAA cv rots vrr eKeivœv epevvœ-
pévois KriopaoiV, œv rovs Xôyovs èÇrjrrjKÔres Sià filou,
r)X9ov p.év ttws els évvoiav Oeov, ttjs p.èv <f>vaeœs Kal ttjs
Krioeœs àcpoppàs xopT)yovo~qs où p.iKpds, rœv 8e 8aip6vœv 15
8aip.oviœs ovk àireipyôvTœV irœs yàp àv deol èvop.iaBr)aav,
p.r)8ap.ô>ç Oeov èwolas tt)v àvdpœTrivqv eloeXOovor/s Siavoiav ;

18. Ovkovv r)X6ov p.ev els êvvoiav eKeîvoi Oeov rr)v


rœv ataOrjrcùv <f>voiv èÇrjTaKores , àAA' ovyl rr)v à£lav Kal
rfj paKapia <f>voei TrpoorjKovaav ' « èaKoriodr) yàp r) àavve- 20
» toç aÙTÔiv KapSia » îmo tôjv KaKop.riy6.vais p,vovvrœv
TTOvrjpœv 8atp.6vœV ttù~>s yàp àv ovroi deol ivop.ladi]oav,
nœs 8 av e7TiaT€v6rjaav iroXvdeîav SiSaaxovTeç, à£las Oeov
cwoias €7Ti<pat.vop,évrjS rfj 8i,avola ; Aià tovto ol ttjç àvorj-
tou #ccu p.atpâs ao<f>tas iKelvrjs Kal à?rai8eÙTou 7rai8eia? 25
eTT€tXrip.p.évot. Kal &eov Kal <f>vaeœs Karetpevoavro , rr\v p.èv
ctç SeaTTOTeiav àvayayôvres, tov Se ttjs 8eo7roTe«xç, to ye

CVSL

II iytwriB-q SL [| 18 itaîvoi &eov : Beov Îkiîvoi L.


52 GRÉGOIRE PALAMAS

une pensée digne de Dieu était apparue dans la raison des


philosophes ? Ainsi, enveloppés de cette sagesse pleine de
sottise et de folie, de cette éducation stupide, ils ont calomnié
à la fois Dieu et la nature : à la nature, ils ont donné la
souveraineté et ils ont privé Dieu de cette souveraineté, au
moins en ce qui les concerne eux-mêmes ; ils ont accrédité
l'opinion que le Nom divin appartenait aux démons et ils étaient
tellement loin de trouver la connaissance des êtres — l'objet de
leur désir et de leur zèle — qu'ils ont affirmé que les êtres ina
nimés avaient une âme et participaient à une âme supérieure à
la nôtre \ que les êtres sans raison avaient une raison puisqu'ils
pouvaient recevoir une âme humaine, que les démons nous étaient
supérieurs et, ô impiété, qu'ils étaient nos créateurs ; ils ont classé
parmi les choses coéternelles à Dieu, incréées et sans principe,
non seulement la matière et ce qu'ils appellent l'âme du monde
tout entier, ainsi que celles des choses intelligibles qui ne sont pas
revêtues de l'épaisseur du corps, mais nos âmes elles-mêmes.
Dirons-nous donc que les tenants d'une telle philosophie possè
dent la sagesse de Dieu ? Qu'ils possèdent en général une sagesse
humaine ? Aucun d'entre nous ne serait assez fou pour dire
cela. Car selon la parole du Seigneur : Un bon arbre ne produit pas
de mauvais fruits 2. En ce qui me concerne, je ne crois même pas,
lorsque j'y pense, que cette sagesse puisse être appelée «humaine»,
puisqu'elle est assez inconséquente pour affirmer que les mêmes
êtres sont à la fois animés et inanimés, doués et dépourvus de
raison, pour déclarer que des êtres qui par nature ne possèdent
pas de sensibilité, ni en général d'organe nécessaire à cette faculté,
peuvent contenir nos âmes 3 ! Et si Paul parle parfois de cette
sagesse comme de la sagesse humaine — il dit en effet : Ma
prédication ne repose pas sur les paroles persuasives de la sagesse
humaine * ; et encore : Nous ne parlons pas en paroles qu'enseigne
la sagesse humaine 5 —, il croit juste d'appeler ceux qui l'ont acqui

1 Allusion à la doctrine de l'Ame du monde développée par Platon dans le


Tintée.
« Matth.. VII, 18.
• Cfr la critique de la doctrine de la métempsychose chez s. Grégoire db
Nysse, De opif. hominis, 28 (PG, XLIV, 232 A).
« / Cor.. II, 4.
« / Cor.. II, 13.
TRIADE I, 1, 18 53

eîç avrovs t]kov, KaTCveyKovres , 8aip.o(rî tc to deîov èiri<fyq-


[iloavres ovop.a Kal tt]v tG>v Svtcov yvwoiv evpeîv, S irpovp-
yov Kal 8ià cnrovSrjs ■fjv avroîs, tooovtov Ser/cravrcs, œç
ëp.ifjv\a fièv elneïv rà âtftvxa-, npos 8e kcli KpeiTTOvos T] tt}s
ko.0' r)p.âs p.eT€t\rj)(évai 'pvx'fjs, XoyiKa 8è rà dXoya, rfjs 5
yàp àvdpœirivrjs ScktikÙ ipvxrjs, KpeiTTOVS 8' r) ko.6' r)p.âs
tovs 8atp,ovas Kal KrLaras, w tt)s àaejSeias, r)p.â>v, ovvaî8ia
8è T(ù Geâ> Kal || a-KTiari re Kal âvapxa, ov ttjv vXrjv p,6vov | f m»
Kai ttjv tov k6<T[iov navrés, wç avroi Xéyovoi, ijjvxqv Kai
rà twv voepwv p,r) èvrjp.p.éva iraxos aœp.aros, àAAà Kal ro
auras ràs r]p.€T€pas ipvxàs. Tiovv', Geov ao<f>iav êx€iV tous
ravra Tavrr) <f>iXooo<f>rjoavTas ipovp.cv ; *H oo<f>lav ôAcoç
avdpajnîvrjv yovv ,' Mr] Troff1 ovroi p.aveirj ris twv Ka6 r/p.âs.
« Aév8pov yàp àyadov Kapnovs irovqpovs ov 77<neî »,
Karà tov tov Kvpiov Xôyov. 'Eyœ yàp in' ifiavrov 15
Aoyi£o/A€VOÇ, ov8* àvdpœ-nlvrjv 8iKaiav etvai Trpooeiprja-
dai vop.lt,(x) ttjv oo<f>iav eKelvrjv, ènl tooovtov oSoav
èavTTJ àvaKÔXovdov a>ç rà avrà Xéyeiv éjxtpvxâ re
Kal àijwxa, XoyiKa tc Kal âXoya Kal rà p.r)8è npos a'oOrj-
aw ônœaovv ne^VKÔra, p.rj8' ôpyavov 5Xa>s èox^KÔTa roiav- -'<>
rr/s 8vvà.p,eu>s, x<t}Pr}Tll<ù- Xéyeiv tô>v ■qp.erépœv i/wx<^>v. El 8è
6 flavXos « àvdpœirîvrjv oo<f>iav » eariv oS Xéyei Tavrrjv
— « To yàp K-qpvyp-à fiov » <f>rjGiv « ovk ev neidoîs avdpco-
» nivqs oo<f>las Xôyots », Kal ndXiv ' « AaXovp.ev ovk èv SiSa/c-
» toÎs àv8pw7rlvr)s oo<f>las Xôyots » — , àAAà Kal « ao<f>ovs -">
» *carà aâpKa », « oo<f>oi>s p.u>pavOévTas », « ov^T]TrjTàs tov
» aiwvos tovtov » tovs KeKT-q/jiévovs Tavrrjv aÇioî KaXeîv
Kal tt)v oo<f>iav avrâjv ■napa-nXrjalojv TÔiv 7rpooprjp.âTaiv,
ao<f>iav yàp Kal Tavrrjv « pi€p.<i)pap.évrjv », « oo<f>îav Karap-
» yovp.ivqv » Kal « Kevr/v àrrdLTrjv », cro<f>iav tov œlwvos 3°
» tovtov » *cai « tcôv apxovTcov tov ulûjvos tovtov twv
» Ka.Tapyovp.ivoiv ».

CVSL
54 GRÉGOIRE PALAMAS

se sages selon la chair 1, sages rendus fous 2, disputeurs de ce siècle 8 ;


et leur sagesse est qualifiée par lui en termes semblables : elle
aussi est la sagesse rendue folle * la sagesse abolie 6 et la vaine
tromperie 6, la sagesse de ce siècle, et elle appartient aux princes
abolis de ce siècle 7.

Mais rien de ce 19. — Et moi, j'entends aussi le père


qui est n'est qm ^ . Malheur au corps, lorsqu'il ne
mauvais en soi. , , -, , ,, . , ■
consomme pas la nourriture de l extérieur,
et malheur à l'âme, lorsqu'elle ne reçoit pas la grâce d'en haut !
Justement. Le corps périra lorsqu'il se transformera en être
inanimé et l'âme, une fois détournée de ce qui lui est pro
pre, se laissera entraîner par la vie démoniaque et les pensées
des démons. Mais si l'on dit que la philosophie, en tant
qu'elle est naturelle, est un don de Dieu 8, on dit vrai et
on ne nous contredit pas, mais on ne lève pas ainsi l'accu
sation qui pèse sur ceux qui s'en sont mal servi et qui l'ont
abaissée à une fin antinaturelle ; sache même qu'on rend leur
condamnation plus lourde, puisqu'ils ont usé de ce qui leur a
été donné par Dieu d'une façon qui ne plaît pas à Dieu. D'ailleurs,
l'intelligence démoniaque, créée par Dieu, possède par nature sa
faculté de raisonner ; nous ne dirons pas cependant que son
action provient de Dieu, bien que sa possibilité d'agir provienne
de lui : on peut donc justement dire que sa raison est plutôt
une déraison '. L'intelligence des philosophes du dehors est
aussi un don divin dans la mesure où elle possède naturellement
une sagesse douée de raison ; mais elle en a été détournée par les
ruses du Malin qui l'a transformée en sagesse folle, mauvaise et
insensée, puisqu'elle défend de telles doctrines. Mais on peut
nous dire encore que les démons eux-mêmes possèdent un désir

1 / Cor.. I, 26.
* Rom., I, 22.
* 1 Cor., I, 20.
« / Cor., I, 20.
» Cfr / Cor., I, 28.
* Col., II. 8.
' / Cor., II, 6.
* Cfr supra, question, p. 4.
* Cfr Pseudo-Denys, De div. nomin., VII. 2 (PG, III, 868 C).
TRIADE I, 1, 19 55

19. 'Eyà> 8è kclI tov Xéyovros ànovat narpôs' « Oval


» awfiaTi, orav firj rrjv eÇojOev npoaevéyKrjTai Tpo<$rf\v,
» Kal oval i^XV' ôrav p,rj ttjv aviodev èinhé^-qrat, x°-Plv *•
EIkotojs- To fièv yàp els rà âi/w^a fX€ra)((opr\aav olxrfoercu,
■q 8k tov KadrjKovros TTaparpaTrcîaa raïs 8atp.oviKaîs ko! 5
t,ojaîs Kal <f>povrjp.aoL owaTraxdrioeTan.. El 8é ti? tû> <f>vaiK7jv
etvai ttjv <f>iXooo<f>iav e/c 0eov 8e86o0ai. Aeyei rav-rr/v, aXrj9r\
p.èv Xéyei kcli •qp.îv ovk àvriXéyei Kal Toi>s KaKœç Tavrr)
Xpr\oap.4vovs ko! -npos to irapà <f>voiv tcXos KaTaoïrd-
oavTaç ovk itjaipçÎTai rfjs alrlas ' terra» 8è Kal r>)v KarahiK^v 10
tovtùjv iirl p.âXXov avÇwv, on toîs e/c ©eov 6eo<f>iXû>s ovk
ixprfoavTO. "AXXùjs T€ Kal 6 8aip.6vi.os vovç e*c 0eov TTeiroirf-
p.évoç <f>vo~iKÛ)S é^et to <f>poveîv, àXXà ttjv avrov èvépyeiav
ovk èpoûfiev €K @eov, et Kal to 8vvaodai ivepyeîv ê^et e/c
Oeov ' Siô Kal 7rapa<f)poovvr) p.âXXov rj <f>povrjois avrq 8iKala>s r5
àv 7rpoopr)8elrj. Ovtoj toLvvv koL o tûv e£a> <t>i\oo6<j>œv vovç
86ua deîov, €p.<f>vrov €xwv Trlv ép-<f>pova oo<f>iav, naparpairels
8è raîç vrrofioXaîs tov irovrjpov etç pojpàv Kal Ttovr\pàv Kal
dvow, ws Trpoïo~Tap.€vr)v toiovtojv 8oyp.aTa>v, \\ p.eT€TToîrjoe ||f. ii2r
ao<f>iav. El Se tiç avdis <j>airj pvrfiè ttjv tujv 8at,p.6vojv €<f>eai.v 20
Kal yvùjcnv efvat iravTaTxaoi KaKov, è<f>UvTai yàp tov efvai
Kal Çrjv Kal voeîv, irpœTov p.èv eKeîvo Si/catats' irap' rfp.â>v
avdis àvraKovaerai p.rj 8t.Kat.0JS Svo'xepalvet.v « 8at.p.ovt.iù8rf »
p.€Ta tov à8e\<f>o0€ov , ws epi8os yép.ovoav Kal irâv a^eSôv
cfiavÀov 8àyp.a TrepUxovoav , ttjv eV toîs "EXXtjoi o~o<f>lav r)p.â>v 25
aTroKaXovvTùJV, are 8r) Kal tov oIkclov tcXovs €Ktttojtov,
Trjs deoyvojoLas 8-qXa8rj ' p,e9e^ei yàp koI ovtoj tov àyadov
KaT* eaxaTOV Kal àp,v8pov ànrfxVl10" 'Eneira Kal rovro

CVSL
56 GRÉGOIRE PALAMAS

et une connaissance qui ne sont pas absolument mauvais, puis


qu'ils désirent exister, vivre et penser. Voici la juste réponse qu'on
entendra d'abord de nous : il n'est pas juste de se fâcher contre
nous si nous disons, avec le Frère de Dieu, que la sagesse des Hel
lènes est démoniaque 1, dans la mesure où elle engendre la
querelle et comporte presque toutes les viles doctrines, dans la
mesure où elle s'est écartée de sa propre fin, c'est-à-dire de la
connaissance de Dieu ; car nous reconnaissons que même ainsi
elle participera au bien par un écho reculé et indistinct. Ensuite,
nous croyons devoir rappeler qu'aucune chose mauvaise n'est
mauvaise en tant qu'elle est, mais en tant qu'elle s'est écartée
de l'action qui lui est propre et qui lui convient, ainsi que de la
fin assignée à cette action.

La vraie connais- 20. — Donc quels doivent être l'œuvre


sance des créa- ej. |e t>ut de ceux qui recherchent la sagesse
_„.
Dieu.
de Dieu dans les créatures ? N'est-ce
pas l'acquisition de la venté et la glo
rification du Créateur ? Cela est pour tous évident. Mais la
connaissance des philosophes du dehors s'est écartée de
l'un et de l'autre. Y a-t-il en elle quelque chose qui nous
soit utile ? Certainement. Car, même dans les matières obte
nues en décortiquant les chairs de serpent, il y a beaucoup
d'efficacité thérapeutique 2 ; les médecins pensent qu'il n'y a
pas d'antidote meilleur ni plus utile que celui que l'on en
tire ; et lorsque l'on confectionne des poisons avec des desseins
trompeurs, on prend les aliments les plus doux qui puissent cacher
la pernicieuse préparation. Il y a donc quelque chose d'utile chez
les philosophes profanes, de même que dans un mélange de miel
et de ciguë ; mais il est fort à craindre que ceux qui veulent sé
parer le miel du mélange ne prennent, par mégarde, un résidu
meurtrier. Et si tu examinais le problème, tu verrais que toutes
ou la plupart des terribles hérésies prennent là leur origine ;
il en est ainsi de ces « iconognostes » qui prétendent que l'homme
reçoit l'image de Dieu par la connaissance et que cette connais

1 Jacques, III, 15.


* Même image dans la deuxième lettre à Barlaam (Coisl. 100, fol. 98) dans le
présent traité, §§ n, 21 et dans Tr. II, 1, 15-16.
TRIADE I, 1, 19-20 57

Siavoetodai tovtov àÇiovfiev à>s ovSèv kclkÔv, fj «fort, kolkÔv


ioriv, àAA' ■?} rfjs KaraXXrfXov ré Kal irpoo-qKovo~r)s èvep-
yelas Kal tov rfjs ivepyelas réXovs àiroir€TTT(OKe .

20. Ti Toivvv cpyov re Kal réXos tô>v I^tovvtojv ttjv


iv rots Kria\iaai &eov oo<f>iav ,' Oi>\ 17 rfjs àX^dcias èpvnopia 5
«ai rf irpos tov KTioavra SoÇoXoyia ', IJavri ttov SrjXov. 'AXX'
àp.<f>OT€pa)v 8unréiTTù)K€v 17 twv e£œ <piXooé<f>wv yvâxris.
'AXX' evecrrt Kal ti XPV<TIH'0V Vf1"' *v Tavrrj '• ndvv ye. Kal
yàp èv toîs rœv 6<peiœv oapKœv àireiÀrjfifiévois ttoXv to
hpaoriKov Kal OepairevriKov Kal larp&v vaîSes àvTihÔTUDV 10
àpianpr Kal xpr)oip,œTdTT)v rqv ck tovtojv avveaK€vaop.€vr)v
rf/rpnai ' Kav toîç irpoç aTrdrqv ovveoKevaap.évois tGjv S-qX-q-
■njpiwv t&v èScoSlpLcov Ta TJSiora iTapaXap.^dv€Tai, ovyKa-
Xiitpai 8vvdp.cva tt)v 7repUpyov KaTaoKcxrqv. "Eori Toiwv
■Xprf]aip.ov siv rovrots Kal ttoXv y' ïoœs <î>s p-éXi Kwvcitp irapa- 15
p.i)(9év " àXXà Kal voXv to Séos p*r) SiaKpivovoiv cKeîdev Xddrj
ti o~wairoXn]<pÔ€v Xeapavov 6avaTTj<f>6pov. Kav efcTao-fl?,
tSotç âv irdoas rj ràs irXeiaras tû>v Sewœv alpéoeœv èvrevOev
Xafiovoas ràs àpx&S) Kai tovs eiKovoyvœaTas tovtovs,
ol <j>acriv €K rfjs yvwoeojs to KaT cùcoVa tov avOpwrrov Xap.- 20
ftdveiv Kal Si avTrjs Karà Oeov p.op<povodai rqv ipvxtfv.
Karà yàp to npos tov Kdïv eïprjfiévov ' « Ovk âv ôpdws Ttpoo-
» eveyKots, ôpdws Se /x^ SiéXrjs ». To Se SwAcîv ôpdtos eViei-

CVSL
58 GRÉGOIRE PALAMAS

sance rend son âme conforme à Dieu. Car, selon ce qui a été dit à
Caïn, si tu offrais correctement sans diviser correctement... 1 Mais
bien diviser est le propre d'assez peu d'hommes : ceux-là seuls
« divisent bien » qui ont les sens de l'âme entraînés à distinguer
le bien et le mal. Quel besoin avons-nous donc de courir en vain
ces dangers et cela lorsqu'il est possible de contempler la sagesse
de Dieu dans les créatures non seulement sans danger, mais
encore avec utilité ? Une vie que l'espérance en Dieu libère de
tout souci pousse naturellement l'âme à la compréhension
des créatures de Dieu : elle est alors frappée d'admiration,
elle s'applique, approfondit sa compréhension, persiste dans
la glorification du Créateur et, par ce miracle, se trouve amenée
à ce qui est supérieur. Selon saint Isaac, elle rencontre des tré
sors que l'on ne peut exprimer en paroles 2 et, se servant de la
prière comme d'une serrure, elle pénètre par elle dans ces mystères
que l'œil n'a pas vus, que l'oreille n'a pas entendus et qui ne sont
point montés au cœur de l'homme 3, manifestés par le seul Esprit
à ceux qui en sont dignes, comme le dit Paul.

Précautions à pren- 21. — Vois-tu la voie la plus courte,


dre. très profitable et sans danger, qui mène
à ces trésors surnaturels et célestes eux-
mêmes ? Dans la sagesse profane, au contraire, il te faut
d'abord tuer le serpent, après avoir vaincu l'orgueil qui te
vient de cette sagesse. Quelle difficulté ! Il est dit en effet :
L'arrogance de la philosophie n'a rien de commun avec l'humilité.
Après l'avoir vaincu, il te faut séparer et rejeter la tête et
la queue 4, car ce sont des choses extrêmement et absolument
mauvaises : l'opinion manifestement erronée au sujet des choses
intelligibles, divines et originelles et les récits fabuleux con
cernant les créatures. Quant à ce qui est dans le milieu, c'est-
à-dire les traités concernant la nature, il te faut le séparer des
concepts nuisibles à l'aide des facultés d'examen et d'observation

1 Gen., IV, 7 (texte des Septante). Citation allusive ; la proposition complète


est la suivante : « Si tu offrais correctement, sans diviser correctement, ne péche
rais-tu pas ? ».
1 S. Isaac de Ninive, Hom. 72 (édit. Theotoki, p. 463 ; édit. Spetsieri,
P- 3«4)-
• / Cor., II, 9.
4 Cfr le paragraphe précédent.
TRIADE I, 1, 20-21 59

kws oXiyojv, KaKeivcvv fiôvcov ôaoi rà alcrdrjTrjpia rfjs foxfjs


exovat yeyvfj.vaaiJ.eva npos oïdKpiaw KaXov re Kal KaKov.
Tis rolvw XP€l'a TTO-po.Kiv8vv€veiv fia.T7]v, Kal tovt ivov
oi>x ot(os aKivovvats, àXXà Kal XvaiTeXws rqv cv toîs Krlaixa-
cri 0eov oo<f>lav Kanoeîv ,' "A<f>povris yàp ySt'oç Sià ttjv els 5
Qeov èAmSa <J>voikû>s Kiveî ttjv ifivxrjv irpos KaTavô-qauv rœv
KTiapiâTwv tov 0eov ' €KirX^TT€Tat re ravrr] irpoaavé)(ovQa
Kal ip.fSaôvvovoa, || Kal irapap.cvei oo£d£ovaa tov ktÎottjv, |f. 112»
Kal oià tov 6avfj.aTos toutou xeipaywyeÎTat. npoç Ta /xei£oj '
Kœrà yàp tov âyiov 'IaaaK « Qrjaavpoîs èvrvyxâvei, 8ià yXcoT- 10
« rqs <f>paoôrjvai. firj 8vvap,4vois », Kal ofa tivi KXetOpa) xP7](Ta~
p.évr] rrj evxfj, 01' avrrjs elaSverat npos Ta p.vorrjpt.a CKeîva
« S. 6<f>6aXp.6s ovk oîoe, Kal oiïs ovk rJKovae, Kal eVi Kap-
» olav àvdpdjTTOV ovk àvéfSrj », 8ià txôvov tov IIv€vp.aTOs,
Kadâ <f>t]OLV 6 IJavXos, <f>avepovix€va toîs àÇlois. '5

21. 'Opâs €7TiTOfj,a)ToiT7jv Kal iroXva><peXfj Kal â*aVSuvov


686v irpos avrovs (f>épovoav tovs vnepfiveîs Kal ovpaviovs
dyoavpovs ; 'EttI 8è rfjs Ovpadev oo<f>las, 8eî p.kv TrpâjTov
tov 5<j>LV airoKTeîvai, KaOeXôvra cre to irap" avrfjs TTpooyevô-
pevôv 001 <f>vcrqp.a ' 770017? 8è tovto Sua^epeia? " « TaTreivœ- 20
» oei » ydp <f>aaiv « €K<f>vXov to rfjs <f>t\ooo<f>las <j>pvayp.a ».
KaôeXovTù. 8' 5p.a>s, eweiTa SieÀeîv Kal 8t,appîtfjai Ke^aX'qv
ré Kal ovpav, â>s â.Kpa Kal a/cpaTa #ca/ca, ttjv irepl t&v voepœv
Kal deiojv Kai apxôJv 8T)Xa8rj oa<f>œç 7re7rXavr]p.évT)v 86£av
Kal Tqv iv toîs /cTiouaoi fivdoXoylav. To 8è ueTa^u, toÙç 25
Trepl <j>vo€u>s Tovréari Xoyovs, <vs oi <f>app,aKOTrotol irvpl Kal
v8ari tÙ? tcôv o<f>eùJV oapKas 6.TTOKa9aLpovo~i,v êifjovres, ovtoj
ak tû> rfjs fox?)5 ffcTaoTt*câi Kal 9eu>prjTiKœ tû>v jSÀajScpcDv
8uiKpîvai voT)p.a.TO>v. Ov fi-^v àXX' el Kal TavO' airavra Troi/q-
(T€IS Kal KoXâ)S XPy°~71 TV KaX<*>S OUtKptÔtVTl, ooov 8k Kal 3°

CVSL
60 GRÉGOIRE PALAMAS

que possède ton âme, comme les fabriquants de drogue purifient


les chairs de serpent avec du feu et de l'eau. Néanmoins, même si
tu fais tout f.ela et si tu fais bon emploi de ce qui a été bien
séparé, que de peine il te faut pour cela et combien de jugement !
Cependant, si tu fais bon emploi de cette partie bien décorti
quée de la sagesse profane, il n'y aurait rien à y redire, car, par
nature, elle doit devenir un instrument du bien. Même ainsi
pourtant elle ne pourrait légitimement être appelée don de Dieu
et bien spirituel, car elle appartient à l'ordre de nature et n'est
pas envoyée d'en haut. C'est pourquoi Paul, sage entre tous dans
les choses divines, l'appelle charnelle * : Considérez, dit-il, que
parmi nous qui avons été appelés, il n'y a pas beaucoup de
sages selon la chair 2. Qui pourtant serait à même de faire un
meilleur usage de cette sagesse, sinon ces hommes que Paul
appelle sages du dehors 3 ? Et pourtant, ayant en vue cette sa
gesse, il les appelle sages selon la chair. A juste titre !

Le Christ : notre 22. — En effet, comme dans le mariage


seule philosophie, légal, le plaisir qui a en vue la procréation
ne peut absolument pas être appelé don
divin de Dieu, car il est charnel et constitue un don de na
ture et non de grâce, bien que la nature ait été créée par
Dieu, ainsi la connaissance qui provient de l'éducation pro
fane, même si on en fait bon emploi, est un don de nature
et non de grâce, que Dieu accorde à tous sans exception
par nature et que l'on peut développer par l'exercice. Ce
dernier point — le fait qu'il n'échoit à personne sans effort
et sans exercice — est une preuve évidente qu'il s'agit d'un
don naturel et non spirituel. C'est notre théosophie à nous qui
est à proprement parler un don de Dieu, et non un don naturel ;
si de simples pêcheurs la reçoivent d'en haut, elle en fait, sui
vant Grégoire le Théologien *, des fils du tonnerre qui font reten
tir de leur parole les confins de l'univers ; si ce sont des publi-

1 // Cor., I, 12.
» / Cor., I, 26.
• Cfr / Tint., III, 7.
* Cfr Hom., XLI, 14 (PG, XXXVI, 448 C). Des passages de ce développement
sont cités dans Tr. II, 1, 12.
TRIADE I, 1, 21-22 6l

tout' êpyov ko! ôo-r/s Seîrai hiaKpiaeojs ' 5p,ioç el Kal kclAws
XP7]°~r) T4* koA&S aTT€L\rjfjLfj.€vco fioplco ttjs éÇwdev ao<f>îas,
kolkov p,ev ovk av eïrj tovto, kcli yàp ôpyavov 7ré(j>vKe yiveadai
vpos ti KaXàv. '.4AA' ovB' ovrœs av KXrjBelrf Qeov Kvpiojs
owpov Kal TJvevp.aTiKÔv, are <j>vaiKov koX p.r) âvojOev Kara- 5
irep.<f>dév. A10 Kal 6 oo<f>6s eïnep ti? t<i Oeîa IJavXoç « aapKi-
» kov » avro KaXeî, « /SAcVctc » Xéycov « rr)v KXrjoiv r)p.côv, à>s
» ov voXXol ao<f>ol Karà aâpKa ». Kalrot ris âv ^prjaaiTO
kÔXXiov rfj oo<f>La Tavrr) tôjv vtto IJavXov KeKXrjp,évœv
« eÇuidev » ao<f>â>v ', '.<4AA' ôp.ois « Karà craoïca» toutous, t6 10
ye els raxm\v t)kov, 6vop.à.t,ei oo<f>ovs ' eiKOTœs.

22. 'Qs yàp r) èrrl 7raioo7roua Karà tovs vop.lp.ovs tû>v


ydp.ojv r)Sovr) Oeîov Qeov hœpov rjKi.aT av KXrjôelr), aapKi-
kov ydp, Kal <j>voeu>s , àAA' ov xàoiToç tÔ hœpov, koItoi
ttjv <j>voiv o Qeos èirotyoev, ovtoj Kal r) irapà rrjs é£u> nai- 15
Scia? yvôjois, el Kal KaXœs ris Tavrj) \pipTO, <f>voeu>s èoriv,
àAA' ov xdpiTOS t6 86p.a, 8ià rrjs <f>voeojs rrapà Qeov Kowfj
77-âcri 8e8op.évov Kal pLeXérr) TTpos èirlhoaiv àyôp.evov ' || o Kal \ i. 113'
tovto T€Kp.rjp(.ov evapyes a»? fyvaiKov, àAA* ov 7rvevp.aTiKov
àpa Sôipov, to pvr) oirovSrjs ko! /zeAeVjjç àvev p.-qh'evl twv 20
àmàvTwv TrapaylveaQai ' Qeov yàp Kvplœs Sœpov, àAA' ov
$voik6v, r) Ka6' r)p,âs Qeooo<f>ia, rj kov àXtevaiv avojdev
èmiTTf}, Ppovrfjs vlovs, Karà tov deoXôyov Tpr\yôpiov,
à7T€pyà£eTcu, irepir^-^ovvTas tû> Xoycu rrjs olKovp.évr)S Ta
Trépara, kov reXojvais, iJjvx<â>v èp.rr6povs Srjpiovpyeî, kov 25
8ic6/ctcuç 6epp.oîs tov IfîXov, p.eTaTÎ6rjai Kal Troieî IlavXovs
àvrl UavXcuv, <x7rô yrjç « p.éxpiç ovpavov Tpvrov » (f>Qa.vovTas
Kal <n aKovovTas âpprjTa » ' Si' avTrjs tolvvv êvi Kal r)p.âs

CVSL
2 coûtas • TraiSft'aç VS. (S add. supra oo<j>ias).
62 GRÉGOIRE PALAMAS

cains, elle en fait des marchands d'âmes ; quant aux persécuteurs


au zèle ardent qui la reçoivent, ils se transforment : Saul devient
Paul1 et abandonne la terre pour atteindre le troisième ciel
et entendre des choses indicibles 2. Par elle, nous pouvons
nous aussi devenir conformes à l'image de Dieu et le rester après
la mort. Quant à la sagesse naturelle, on dit qu'Adam en possédait
en surcroît, plus que tous ses descendants, bien qu'il ait été
le premier de tous à ne pas sauvegarder la conformité à l'image.
D'un autre côté, la philosophie profane existait, au service
de cette théosophie, avant la venue de Celui qui devait rap
peler l'âme à sa beauté ancienne : pourquoi donc n'avons-
nous pas été renouvelés par elle avant le Christ ? Pourquoi avons-
nous eu besoin — ceux qui la possédaient aussi bien que tous
les autres — non pas d'un professeur de philosophie, d'un art
qui disparaît avec ce siècle et dont on dit pour cela qu'il est de
ce siècle 3, mais de Celui qui enlève le péché du monde * et qui
donne une sagesse véritable et éternelle, bien que non seulement
elle apparaisse comme une folie 6 aux sages éphémères et
corrompus, mais qu'elle rende vraiment fous, par son absence,
ceux qui n'y attachent pas leur esprit ? Vois-tu clairement que
ce n'est pas l'étude de la science profane qui apporte le salut,
qui purifie la faculté de connaissance de l'âme et qui la rend sem
blable à l'archétype divin ? J'apporterai donc une conclusion
convenable à ce que j'ai dit à son sujet. Si un homme se tourne
vers les prescriptions de la Loi pour y rechercher la purification,
le Christ ne lui sera en rien utile (bien qu'autrefois ces prescrip
tions aient été manifestement promulguées par Dieu), pas plus
que l'acquisition des connaissances profanes ; à plus forte raison,
si un homme se tourne vers la philosophie rejetée de ceux du
dehors pour en obtenir la purification de son âme, le Christ ne
lui sera en rien utile. C'est Paul, la bouche du Christ, qui parle
ici et nous apporte son témoignage.

1 Cfr Actes, XIII, 9.


• 77 Cor., XII. 2-4.
» / Cor., II, 6.
* Is., LUI, 7 ; Jean, I, 29.
» I Cor., I, 18.
TRIADE I, 1, 22 63

KdT eiKÔva &eov yevéodat tc Kal p,erà dâvarov eîvcu. Trjs


hè <f>VGiKTJs cro<f>las Kal tô> 'Ahàp. eïnep tivi tô>v fier* avrov
nepieîvai Xéyerai, kclitoi to kclt' eiKÔva irpajTW irâvratv
p.rj <pvXd£avrt. Kal r) TavTf} h' avOis fio-qBovoa. tô>v 룜
<piXooo<pia, vpo tov KareXdeîv tov St cciutoû rrpos to àp^aîov 5
kÔXXos ttjv ifivxrjv liravaKaXeoâp.evov, evpr/Tai. IJâis ovv
ov rrpo Xpurrov 8i' avrrjs àv€Kat.vlaOr)p.€v , àXX* ihefjOr]p,€v
iiceîvol tc Kal Trdvres ov tov hihdcrKovros <piXooo<ptav, Ti\vrp>
t<2 altùvi tout a» ovyKa.TaXvop.évr)v, 8iô Kal « tov alœvoç
» toutou » Xeyerai, àXX' aùroû « tov rijv àp.apriav alpovros IO
» toû K6op.ov » Kal Trapéxovros oo<f>iav àXr/Ofj t€ Kal Stauovl-
£ouaai>, €i Kai «pœpîa» toîs rrpooKaipois Kai àiroXXvp.€Vois
iorl o~o<poîs, ov hoKovoa p,6vov, àXXà Kal p.u>paivovoa ttj
éavrrjs ànovala. tovs p.rj Tavrrj irpooéxovras tov vovv; 'Opâs
oa<pâ>s dis ov% 17 ttj? é£a> 7rai8etaç p-âdr/crts iortv r) oujÇovo~a 15
Kat to rfjs iftvxfjs yvœoriKov Kadaipovoa Kai rrpos to 6eîov
àpxiTvnov à<pop.oiovoa ', Toiyapovv toîs rrepl avrrjs Xôyoïs
■npoarJKOV èiroiou) TeXos. El tiç rrpos tciç vop.iKas irapaTty-
prjaeis d>S Ka6apBrjo6p.evos ck tovtcov èrnorp€<p€Tai, Xpioros
avrov ovhèv ttxpeXfjoei, jccu'toi rrapà tov Qeov ttotc vcvop.0- 20
dérr/vrai oa<pâ>s €K€Îvat, àXX' où^l Kal r) rœv éÇto p.a6r)p,â.Tu>v
àvâXrjtfits ' ut hr) Kal rroXXâ) p.âXXov, ci tiç rrpos tt)v àrro-
hchoKtp.aop.4vrp> rwv êÇw <f>iXooo<f>iav ù»s e£ avrrjs Trjv
*f>v\r)v Kadap6rjcr6p.evos avdis èmorpéfet, Xpioros avrov
ovhkv w<peXr)oei. To tov Xpiorov oTÔp.a TIavXôs ioriv 6 25
Xeyojv ckcî Kal r)p.îv ivTavdoî ovp.p,aprvpœv.

CVSL
64 GRÉGOIRE PALAMAS

Témoignages pa- 23. — Voilà ce que tu dois dire, frère,


tristiques. à ceux qui exaltent plus qu'il ne se doit
la sagesse profane. Par ailleurs montre-
leur, en te référant aux chapitres que nous transcrivons ci-
dessous, combien futile et méprisable elle apparaissait à nos
saints Pères et surtout à ceux qui en ont fait l'expérience.

De l'évêque de Nysse, tiré de sa Contemplation sur la forma


tion du corps:
Voici la loi des brebis spirituelles : n'avoir jamais besoin de la
voix qui retentit en dehors de l'Église et, comme le dit le Seigneur l,
ne pas écouter une voix étrangère 2.

Du même, A Eupalrios :
Ton zèle à l'égard des Lettres profanes nous prouve que tu n'as
aucune sollicitude pour les sciences divines 3.

Du grand Basile, tiré de son Commentaire sur le psaume sep


tième :
Nous avons trouvé deux significations au mot « vérité » : l'une
désigne la compréhension des voies qui mènent à la vie bienheureuse,
l'autre est la saine connaissance de quelque phénomène du monde.
La première vérité contribue à notre salut: elle est présente dans
le cœur du parfait qui la transmet, sans l'altérer, à son prochain;
quant à la terre et à la mer, aux étoiles, à leur mouvement et leur
vitesse, si nous ne connaissons pas la vérité qui les concerne, cela
ne nous empêchera aucunement d'accéder à la béatitude promise *.

Du grand Denys, extrait du livre premier de la Hiérarchie


ecclésiastique :
L'assimilation et l'union à Dieu, selon l'enseignement des divines

» Jean, X. 5.
• De opif., 30 (PG, XLIV, 240 D) {rijs 'ExK^aias est une addition de Palamas
au texte de Grégoire de Nysse).
*Episl. XI (sans titre dans Migne) (PG, XLVI, 1041 C).
♦ Comment, in Ps. XIV (et non VII) (PG, XXIX, 256 BC).
TRIADE I, 1, 23 65

23. Tavra irpoç tovs ttjv é£a> oo(f>lav irXéov rj Seov e£ai-
povras, à8eX<)>é, eliré. Kal npos tovtois SeîÇov avroîs, Smz
rœv VTroyeypap,pévwv Ke<f>aXaiojv, rrws /xarala Kal 7repuf>pov7)-
Tco toîs àylois rjfiwv 7ja.Tp6.01v èvop.lodrf koI pdAiara toîs
èv rreipa || yeyovôoiv avrfjs. 5 I *• "3»

Tov Nvaarjç, Ik rfjç Seojpias ttjs tov a ojp.aToç


Karacr K€vr}s '
« OStos tûv ■nvcvp.aTiKœv 7rpoj3âra»v o v6p.os ' p.rjb'èv rfjs
» ëÇœdev rfjs 'EKKXrjolaç <f>wvrjç èmb'éeodat Kal, KaOâ <\>r\aw
» o Kvpioç, àXXorpiaç <f>0}vijç pr) aKovew ». 10

Tov a v tov, IIpoç EvTra.Tpi.ov'


H 'H irepl tovç ë£a>9év aov t&v Xôywv orrovo'r) tov pi)8e-
» pîav ae TÛtv deiwv padrjpârwv emp.eXei.av ëxeiv àfoS*1^1?
» 77/xîv èyéveTo ».

7o0 fieyaAou BaaiXelov, e/c tov 'Ef$86p.ov ipaXp.ov' 15


<nAvo Ta o~qpat.v6p.eva rfjç àXrjdeiaç evpopev ' ëv p.év,
» T17V KaTdXijif/iv tGw èirl tov jL(iK<ipiov jïLov <f>ep6vru)V, 6TC-
» pov Se, tôjv irepi oiovbrJTroTe twv èv tô> Koop.a> eîSrjatv
» vyirj. 'H p.èv ov"v owepyoç ttjs ooyrqpiaç âXrjdeia rfj
» Kaphia eveoTi tov reXelov, 8s Kal rrapaSiSojoi ravrrjv 20
» tû irXrjolov à86\u>s " irepl 8è yfjs Kal OaXdoo-qs, àorépwv
» Te Kal rfjs tovtojv Kivrjoewç rj rdxovs, èàv p.r) ï8œp.ev tt)v
» èv toîs toiovtois àXrjdetav, ov8èv r)p.îv èp.iro8loei irpos to
» èirtTVxeîv rfjs èv èirayyeXlais p.aKapi6rrjTOS ».

Tov p.eydXov A lovvalov, ck tov npojTov rfjs 'EkkXtj- 25


oiaoTiKrjs lepapxlas'
« 'H irpos Seov à<f>op,olatols Te Kal ëvcoois, ù>s Ta deîa

CVSL
12 irepl : irpôr L || 14 Tov Nvooris... axoXfjs (vid. p. 69) post iyituro add. L |
22 î&piuv : «8<ô/*fi'L|| 27 riv post irpis add. L.
66 GRÉGOIRE PALAMAS

Écritures, s'accomplissent uniquement par l'amour et la sainte mise


en pratique des très vénérables commandements 1.

De Chrysostome, extrait du Commentaire sur le saint évangile


selon Matthieu:
Ce qu'autrefois les sages du dehors n'ont même pas pu imaginer
en rêve, les pêcheurs et les illettrés nous l'annoncent en pleine certitude.
Ayant abandonné la terre, ils parlent de tout ce qui se trouve dans
les deux, ils nous apportent une nouvelle vie et une nouvelle existence,
une liberté, une servitude et un monde nouveaux, et simplement toutes
choses différentes, non pas à la façon de Platon, de Zenon ou de tous
ceux qui ont composé des lois ; la personnalité même de ces derniers
nous a montré qu'un esprit malin et un sauvage démon qui combat
notre nature a instruit leurs âmes. Quant aux pêcheurs, ils nous
enseignent sur Dieu de telles connaissances qu'aucun philosophe
n'a jamais réussi à se les mettre dans l'esprit ; aussi les connaissances
de ces philosophes ont passé et disparu à bien juste titre, car ce sont
les doctrines des démons; elles ont donc disparu dans le mépris,
plus dépourvues de valeur que des toiles d'araignée, ou plutôt comme
des objets de dérision, impudents, pleins de ténèbres et de futilité.
Mais nos doctrines à nous ne sont pas de cette sorte i.

De saint Grégoire le Théologien :


La sagesse première, c'est une vie digne de louanges et purifiée
par Dieu ; c'est une vie en train d'être purifiée par le Très Pur et
le Très Lumineux, par Celui qui ne nous demande qu'un sacrifice,
la purification. La sagesse première, c'est de mépriser la sagesse
qui consiste en paroles, en finesses verbales et antithèses trompeuses
et superflues. Voici la sagesse que moi je loue et que je recherche:
celle avec laquelle des pêcheurs ont enfermé l'univers entier par les
mailles de l'évangile, par leur parole parfaite et concise, après avoir
vaincu la « sagesse abolie » 3.

De saint Cyrille, extrait de son Commentaire sur le Psaume neu


vième :
Ceux qui ont pratiqué cette sagesse mondaine, démoniaque et

1 De eccles. hier., II (et non pas I) (PG, III, 392 A).


«Cfr Hom. I in Malth., 4-5 (PG, LVII, 18-19).
' Hom., XVI, 2 (PG, XXXV, 936 BC).
TRIADE I, 1, 23 67

» SiSaoxet Xôyia, tcû? Ttùv oefiao-p.UDTdTU)v èvroXœv dya-


» tttjctccti »ccù Upovpyîais fiôvœç tcAcÎtcu ».

7oû Xp v<to<jt6[jlov, €k ttjs 'Ep p. tj vêlas tov Karà


Mardaîov dyiovevayyeXiov'
« *A ftrjSè Svap ol eÇiodev ao<f>ol <j>avTaadr\vai. ■qhvvrjdrf- 5
» oav ttotc, ravra ot âÀieîç kcli aypap,p.aToi fiera 7roXXrjs
» ttjç 7r\r)po<f>oplas -qp.lv dnayyéXXovoL Kal ttjv yrjv d<f>évTes
» -navra nepl tô>v èv ovpavols èiaXéyovrai, irepav r\p.lv
» ï,uyr]v Kal fllov elodyovres, iXevôeplav re Kal SovXelav Kal
» Koapxtv ërcpov, Kal ânXœs -navra è%r\XXayp.éva, ov KaOd-nep 10
» IJXdrwv Kal Z-qvojv Kal ei tiç êrepos vop.ovs awé6r)Ke ' Kal
» yàp avTÔOev dnavres èhelKwvro oùroi ori TJvevp.a novqpov
» *caî 8atp.ojv tiç dypios noXepwv ■qp.wv rfj <f>voei raîç avTwv
» €irqxVae 0uXa^- Kal irepl Geov Se raûra <f>iXooo<f>elv
» neldovaw ol àXiels, â p.r]8els p.rj8eTTOTe eKclvatv pi)8è 15
» cîç voûv Xafïelv îa^ucre, Siô rà /tèv tô>v <f>iXoo6^>o)v eKelviuv
» ot^cTai /cal à77-oÀû>Ae, Kat /xaAa cIkotcos ' o~alp.oves yàp
» aura hvqyôpevoav ' rjfiavladr) rolvw Kal KaTaTre<f>p6vrjTai,
» ws àpaxylajv evreXéorepa, p.âXXov 8è a»? KaTayéXaara || | f. 114*
» Kal àaeXyrf Kal noXvv e\ovra tov £6<f>ov Kal ro dxPVaTOV 20
» àAA' ovyi Ta ij/xcre/oa roiaûra ».

Tov àylov rprjyoplov tov QeoXôyoV


« Eo<f>la npôiTT] filos inaiveTos Kal @eâ> KCKaOapp.évoç
» fj Ka6ai.p6p.evos tô> KadapœrdTip Kal Xap-nporaTip Kal
» p.6vrjv anaiTOVVTi -nap rjpôjv dvoiav, t^j/ Kddapotv. 2Jo<f>la 25
» Trpœrrj ao<f>las îmepopâv ttjs iv X6yw Keip,évr]s Kal orpo-
» (frais Xé^eojv Kal Tais ki/38tJXois Kal nepurrals dvTidéoeoi.
» TavTrjv ènaivâ) ttjv o~o<j>lav èyà> Kal Tavnjv ào7rd£op.at,
» p.e9' tfs âXiels els ttjv olKovp.évr\v ôX-qv toIs tov evayye-
» Xiov 8eap.ols èoayr\vevoav t<x> o-wreTeXeop.évoj Kal avv- 30
» T€Tp/qp.évœ Xôyio ttjv KaTapyovp,évqv oo<f>iav viK-qaavres ».

CVSL
4 âyiov orn. L.
68 GRÉGOIRE PALAMAS

animale, s'en vantent et plongent dans le feu ceux qui sont pauvres
d'intelligence ; ils en font des fils de la géhenne ; ils parlent en faveur
du mensonge; avec leur langue bien pendue, ils embellissent leur
ruse et réussissent ainsi à tromper beaucoup de gens qui se font
prendre par les conseils de ces charlatans, comme s'ils tombaient
dans des filets, car tous leurs conseils sont des pièges et des nœuds
coulants pour ceux qui n'ont pas d'éducation 1.

[De l'évêque de Nysse, extrait de son Commentaire sur l'Ecclé-


siaste :
Vois la démonstration syllogistique de l'Ecclésiaste ! Il dit que
beaucoup de connaissance accompagne beaucoup de sagesse et
qu'un surcroît de douleurs fait suite au surcroît de connaissance *.
Ainsi l'assimilation des sciences nombreuses et superflues de ceux
du dehors, la sagesse et la connaissance humaines les plus hautes,
acquises par des veilles et des douleurs, non seulement n'apportent
rien de nécessaire, ni d'utile, ni rien qui procure la vie éternelle
à ceux qui ont consacré beaucoup de zèle à ces choses, mais procurent
au contraire des douleurs encore plus grandes. Il nous faut dire
adieu à tout cela, veiller dans le chant, les prières et les supplications
adressés à notre propre Créateur, notre Dieu et notre Maître, s'y
attacher fermement, y consacrer notre temps, élever, grâce à de tels
exercices, notre cœur et notre intelligence vers la hauteur incompré
hensible de la majesté divine, fixer notre regard sur la beauté du soleil
de gloire, nous laisser illuminer, nous autres hommes, de l'intérieur
et de l'extérieur, par les participations et les communions qui en
proviennent, nous abandonner à l'indicible gloire dans la mesure
où elle peut être contemplée et imaginée, et nous remplir de joie
inexprimable et divine, afin que nos occupations inutiles ne nous
fassent pas condamner à bref délai avec la vaine école 3.]

» Comm. in Ps. (PC, LXIX, 780 A).


» Eccl., I, 18.
* Ce passage, qui ne faisait probablement pas partie du texte original de
Palamas, n'est pas de Grégoire de Nysse, mais de Grégoire d'Agrigente, In
Ecclesiastem, I, 18 (PG, XCVIII, 796 CD).
TRIADE I, 1, 23 69

Tov àylov KvpiXXov, €K ttjs 'Eppr/velas tov ivd-


tov ifiaXp.ov'
« 01 ttjv iyKÔop.iov ravrrjv kclI 8aipovuô8r) Kal i/iv^ikt^v
» aoipiav i^rjcrKTjKÔreç àXaÇovevovrai 8tà tovto koI tovs
» iv TTTOi\e'a <f>p€vâiv ifiirvplÇovoi, Tovriarw vlovs yeiwrjs 5
» àno<palvovot, ovvrjyopovvTes tô> tpev8ei ko! raîs aÙTcDv
» evyXwrrîais ttjv è.-n6.rr\v KaTaKaXXvvovres Kal dno(f>€-
» povres Sià tovtov npos to nXavâodai noXXovs ' o$toi
» ovXXapfidvovTai, Kaddnep €is nayl8a neoôvres, tls rà t&v
% nXdvcov 8iaf3ovXia ' 6 yàp àv ckcÎvoi ovp.fiovXevociav, 10
» tovto toîs àpadeoTepots ndyq Kal jSpo^oç yiverai ».
[Tov Nvoorjs, ex rrjs elç tov *E k KXrjoiaoTrjv
'EÇ-qy-qoe u> s'
"Opa rqv avXXoyiariKrjv àn68ei£iv tov ''EKKX-qaiaoTov, nâ>s
<fyqai " « Tâ> nXrfdei. ttjs oo<f>ias » aKoXovdeî « to nXrjOos rqs I5
» yvwoeœs »' kcli tjj npooS^Kj] rqs yvœoeœs "q npooQ-qK-q
tG>v aXyqpÀTwv napopapreî Kœra to aKÔXovOov, ware npos
t& pvq8èv àvayKaîov Kal XvoiTeXes ko.1 npô£evov t,wqs aia>-
viov ck ttjs àvaXqtfsews Ttôv Ovpadev noXXwv Kal nepiTTWv
paOrjpaTwv Kal rqs iv dypvnviais ko.1 Konois npooyivopévqs 20
àvdpwnivqs oo<pias Kal yvwoeœs aKpoTdrqs aKoXovdeîv toîs
nepl tol Totaûra Ài'av ionovSaKooiv , êpnaXtv Kal rj in'naais
avp.$alvei tû>v àXyqpdTwv. Aéov tovtois nâot xalpciv elnôvTas
8iaypvnveîv iv vp.vw8iais Kal npooev%aîs Kal 8e-qoeoi, raî?
npos tov ï8tov novqrqv Kal Qeov Kal 8eon6rqv, Kal tovtois iy- 25
Kaprepeîv , tovtois o^oXd^eiv, 8ià tôjv toiovtwv àvviftovv rqv
Kap8lav Kat. tov vovv npos to aKaTdXqnTOV vifios tîjs deias p.e-
yaXwovvrjs Kal tw /caAAei tov ■qXtov ttjs 86£r)s npocraTevi^eiv
Kal rats iKeîOev pedéÇeoi Kal. p.eTovoîais KaTaXap.Trpvvf.odai
Kal tov ivros II Kal to^ iKTos rjp&v âvdpatirov Kal ttjs àpp^TOV 30 | f. 114»
86£t)S KaTarpv<pâv iv Taîs /carà rô 8vvar6v npos av-rrjv dewpi-
ais Kal tpavraolais Kal nX-qpovodau rfjs ôvrœs dveKXaXrjTOv Kal
Oeias àyaXXidaews, Iva p.rj toîs davp.<f>6pot,s o^oXâÇovres els
KaTdyvwoiv êX6ù)p.€V piKpov voTepov ttjs dvovyTov o)(oXrjs. ~]

CVSL
12-34 ToO Nvooijs." oxoMjs om. VSL.
PG, CL, DEUXIÈME QUESTION
col. IIOI

La spiritualité des Tu as bien fait, Père, d'apporter aussi


hésychastes est ces citations de saints relatives à ma
qu e. s -e e qUestion. Lorsque je t'entendais résoudre
condamnable ?
mes incertitudes, j'admirais l'évidence
de la vérité. Mais une pensée s'insinuait dans mon esprit : puisque
toute parole conteste une autre parole, comme tu l'as dit toi-même 1,
n'y aurait-il pas possibilité de contester aussi tes propres paroles ?
Mais puisque je sais que seul le témoignage des œuvres est incon
testable et que j'ai entendu les saints dire la même chose que toi,
je ne crains plus rien de tel. Car celui qui n'est pas convaincu par
les saints, comment serait-il lui-même digne de foi ? Comment
ne repousserait-il pas le Dieu des saints ? Car c'est Lui qui a dit
aux apôtres et eux l'ont dit aux saints qui les ont suivis : Celui
qui vous repousse me repousse 3, c'est-à-dire qu'il repousse la
vérité elle-même. Comment donc celui qui repousse la vérité
pourrait-il rencontrer l'approbation de ceux qui recherchent
la vérité ? Je te prie donc, Père, d'écouter mon exposé sur chacun
des autres arguments que j'ai entendu proposer par ces hommes
qui passent leur vie à s'occuper d'éducation hellénique, je te
prie aussi de me dire ce que tu juges bon à ce propos et d'y ajouter
les opinions des saints sur ce sujet. Ils disent 3 en effet que nous
avons tort de vouloir reclure notre esprit à l'intérieur de notre
corps, car, disent-ils, il nous faut au contraire le rejeter à tout prix
en dehors du corps *. Ils malmènent fortement certains des nôtres

•Voir Tr. I, 1, i.
* Luc, X, 16.
* La suite du traité est partiellement traduite en français dans J. Gouillakd,
Petite Philocalie de la prière du cœur, Paris, 1953, p. 273-284.
* Dans sa lettre à Ignace l'hésychaste, Barlaam écrit en effet que les hésychastes
tenaient leur esprit reclus dans une partie du corps : îv run utptt toû owpaTot
iyK(K\(ia^ivo-, rg toû aclifiaroç â^poavvrj rt kox irax"rnTi aviiirfi^vpiuvov (Episl.
IV, édit. Schirô, p. 315).
'EPQTHZIZ AEYTEPA [PG. CL.
col. IlOl]

KaXâis €7ToÎ7jaas, vârcp, Kal tovs twv àyiwv nepl tov


Çt)t7)0€vtos p.01 Xôyovs irpodéfievos- Eov yàp aKovwv Xvov-
t6ç p,oi rà &i7]iropr)fi€va, e6a.vp.aCov p.èv tt\s àXrjOeias ro
ip.<f>av€ç, ixeîvo Se pov VTreiorjei ttjv Sidvoiav ws eVewre/î 5
tXôyw TraXaUi iras Àôyoç», wskoI avTOS eïprjKas, p.Tj xal
toÎç vtto aov Xeyopévois atidis eï-q ris àvriXoyia. 'End oè
ttjv 8ià tcùi' cpywv p.aprvpiav p.6vj)v eyvwv oiïoav àvap.<f>î-
Xcktov Kal tovs àyiovs rà aura eroi Xiyovras àic^Koa,
ovBèv toiovtov cri ScSoifca. '0 yàp tovtois p.rj weiflôuevo?, 1°
TTWS S.V aVTOS àflOmOTOÇ etr) ,' IJwS 8' ovk àv àderolr] TOV
TÔ>v àyiwv Qeôv ; Avrov ydp cctti Xôyos npos tovs àiroorô-
Xovs ko! Bt aùrcôv npos tovs p.€T avTovs àyiovs ctprçuéVo?
WS « Ô à0€Tâ»V Vp.âs €U€ àÔCT€Î », TaVTOV 8* €LTT€ÎV, aVTTjV
rqv àXijdeiav. TJws ovv âv àirohexOtlr) -napà tûv t,f]TovvTwv 15
ttjv àXrfôeiav 6 àvriKclpLevos tjj àXrjdeia; A10 irapaKaXw
ae, iraTcp, à/coûoxu p.ov kox tG>v âXXwv eKaorov SieÇiovros,
wv irapà twv 8ià jSiou ttjv €XXt]vlkt)v iraiheiav p.€TiovTwv
àvb'pwv àtcrjKoa eKelvwv Kal elireîv uéV p.01 Kai tl twv ho-
kovvtwv napà oeavTov irpoç Tavra, rrpooOeîvai 8c Kal ràs 20
tcDi' àylwv irepl tovtwv 8o£aç. Aéyovari yàp rjpâs KaKws
iroteîv (vSov tov aœp.aTos onev^ovras tov ■fjp.éTepov ip.7rc-
piKXeUiv vovv. "E£w yàp tov owpaTos (f>aoi p.âXXov yprjvai.
navrl Tpôirw tovtov i£w6eîv. Alo Kal hiaovpovoi o<p68pa
Tivàs tôiv rjp.€TépùJv, /car aiÎToDv ypd<j>ovres ws toîç àp^a- 25

CVSLAPMi.

I 8euTf'pa : irpàs aùrôi' Mi || 3 {tjttjWitos : {ijTij/xaTos Mi || 5 tij»» 8iâvcnav : tj


Stavoia Mi [il aùroç à(iômoros '■ àfiôirtaroc oÙtoc P II I 5 àv om. Mi U 19 àvSpwv
om. A | Kai tc : kclÎtoi A.
72 GRÉGOIRE PALAMAS

et dirigent contre eux leurs écrits, sous prétexte que les nôtres
exhortent les débutants à diriger leurs regards sur eux-mêmes
et à introduire, au moyen de l'inspiration, leur esprit en eux-
mêmes ; ils disent que l'esprit n'est pas séparé de l'âme 1, com
ment dès lors pourrait-on introduire en soi ce qui n'est pas séparé,
mais inclus dans l'âme ? Ils ajoutent que tels des nôtres parlent
d'introduire en eux-mêmes la grâce divine par les narines 2.
Mais je sais quant à moi qu'ils sont en train de nous calomnier,
car je n'ai rien entendu de tel dans notre milieu. J'en conclus
qu'ils ont une conduite tout aussi perfide dans d'autres domaines.
Car celui qui forge de fausses accusations peut aussi déformer
la réalité. Mais toi, Père, enseigne-moi : pourquoi mettons-nous
tout notre zèle à introduire notre esprit à l'intérieur de nous-
mêmes et pourquoi ne pensons-nous pas qu'il est mal de le reclure
dans notre corps ?

1 Barlaam écrit à Ignace que l'esprit « est toujours séparé de tout aspect
corporel, parce qu'uni à lui-même et à Dieu > : toû piv au/iarotiSoDs navrés «xo»-
pujfUvov, iamû> Se k<ù t<J> 8t<p tyiapivov (ibid.).
• Barlaam parlait, en effet, t d'entrées et de sorties intellectuelles, se produi
sant par les narines en même temps que la respiration > : votpai nw tloohoi rt
Ka'i ifotot 8tà t<û» ptvûv âfia rip irvtvfiim ytvofKvai, Epist. V (édit. Schirô,
P- 323)-
TRIADE I, 2, QUESTION 73

piois ■napa.wovvTas i<p" iavrovs fiXérreiv kcll 8ià rrjs àvairvorjs


eïaai iréfnreiv tov oIkcîov vovv, <f>daKOVT€ç pr) K€x<opiap,évov
eîvat rrjs *pvxVs T°v v°vv- Tov ovv p.i) Ke^ioptafiévov, àXX'
èvovra, ttwç o.v aUfliç eîaœ ■nipvnoi rt?/ &aol 8è kolI rqv ["04]
deiav X^PLV ^t(* Ta^v p-VKTqpwv elaoïiâÇeiv Xéyetv. 'AXX' 5
elows iyoj ovKo<f>avTtKÔ)s tovto Xéyovras avTovs, nap' oùSe-
vos yàp tout' rJKOvaa rœv ^fieréptov, ck tovtov ko.1 toîs
aXXois VTrevÔTjaa KaKovpycoç èiriTideardai ' twv yàp aùrôiv
«m, Ta Te p.rj ovra kclt' àv9pâ)TT(vv II irXdTTeiv kcÙ rà ovra \i. 115»
KaKovpycîv. 27ù Se 8l8a£6v p.e, Trârtp, tt£>s e«7a> rrép-ireiv 10
orrovhfj Trâorf irpoa.Lpovp.e9a «ai p/rj kclkov ol6p.e0a T(p
crutflan tov vovv èp^TTepitcXeUiv.

CVSLAPMi
DU MÊME
DEUXIÈME TRAITÉ DE LA PREMIÈRE SÉRIE POUR LA DÉFENSE
DES SAINTS HÉSYCHASTES
QUE CEUX QUI ONT CHOISI DE CONCENTRER LEUR ATTENTION SUR
EUX-MÊMES DANS LA QUIÉTUDE N'ONT PAS TORT DE CHERCHER
A GARDER LEUR ESPRIT A L'INTÉRIEUR DE LEUR CORPS

DEUXIÈME RÉPONSE

Le corps n'est pas *■ — Frère, n'entends-tu pas l'Apôtre


mauvais en sol. dire : Nos corps sont le temple du Saint-
Esprit qui est en nous 1 ; et encore :
Nous sommes la maison de Dieu 2 ? Et Dieu dit : J'habiterai
et je marcherai en eux et je serai leur Dieu s. Si l'on a de
l'intelligence, pourquoi s'indigner que notre intelligence habite
dans ce qui devient naturellement l'habitation de Dieu ? Et
comment Dieu a-t-il pu dès l'origine faire habiter l'intelligence
dans le corps ? A-t-il eu tort lui aussi ? C'est aux hérétiques,
frère, qu'il sied de parler ainsi, aux hérétiques qui disent que
le corps est une chose maligne, qu'il est une confection du Ma
lin *. Quant à nous, nous pensons que le mauvais esprit est
dans les pensées corporelles, mais qu'il n'y a pas de mauvais
esprit dans le corps, puisque le corps n'est pas une chose mau
vaise 5. C'est pourquoi, avec David, tous ceux qui s'atta
chent à Dieu toute leur vie crient vers Dieu : Mon âme a eu soif
de toi, combien de fois ma chair (t'a appelé) • et : Mon cœur et ma

1 / Cor., VI, 19.


» Cfr Hibr., III, 6.
» // Cor., VI, 16.
4 Doctrine manichéenne, passée dans le Messalianisme byzantin. Ce reproche
lancé à Barlaam est d'autant plus piquant que le Calabrais avait déjà assimilé les
hésychastes aux Messaliens ou Euchites {Epist. V, édit. Schirô, p. 324).
* Affirmation dogmatique constante que l'on trouve chez tous les maîtres
spirituels chrétiens, même les plus platonisants. Voir, par exemple, Ps.-Denys,
De div. nomin., IV, 27 (PC. III, 728 CD).
• Ps. LXII (LXIII), 1.
TOY AYTOY
AOTOE "YTIEP TQN 'IEPQE •HEYXAZONTQN
TQN I7P0TEPQN '0 AEYTEPOE
"OTI TOIE TIPOHPHMENOIE 'EN 'HEYXIA I7P0EEXEIN
'EAYTOIE OYK 'AEYNTEAEE 'ENAON TOY EQMATOE 5
UEIPAEBAl KATEXEIN TON OIKEION NOYN

•AnOKPIEIE AEYTEPA

1. 'ASeXfé, ovk aKoveiç tov 'AttootoXov Xiyovros Ôti « rà


» aœfiara yfiœv vaos tov èv rjp.lv àyiov IJvcvfiaTos icrri »,
Kal ndXiv ôri « oÎkos tov Qcov rjp.€ts iop.ev », <î>s Kal 6 Ocos 10
Xiyei Sri « évoiKTjCTco iv avroîs Kal ip.TTzpvnaTT\o~u} Kal ioo-
» /rai avTwv Oeàs » / "0 toLwv oltcrp^ipiov iré<f>VK€ ylveodai
0cov, irtôs àv àvaÇioTTaOrjoal ti? vovv e\<^v ivoïKioai tov
oikciov vovv aÙToi / IJws Se Kal 6 Oeos rfjv àpxrjv ivatKiae
tû> acôfiari tov vovv,' *Apa Kal avTos KaKœç eTroirjoe ,' 15
Toits tolovtovs Xàyovs, a8eX(f>i, roîs acpeTiKoîs âp/iôan
Xéyeiv, oî irovrjpov Kal tov Trovr\pov vXdcrp.a to oâ>p.a Xéyov-
aw. 'Hp,€Îs 8è iv toîs atD/xartKoîç <j>povrjp.aoiv eîvai tov
vovv ol6[ie6a KaKov, iv t<ù oœp.aTi 8è ov)(l /ca/cdv, CTrel
p.7)8è to acô/na TTOvr/pâv. A16 p.erà tov AavlS tôjv 8ià fiiov t<3 20
0€Ô> Trpooav€\6vTO)v eKaoros jSoâ irpos tov Geov ' « 'ESlifrqoé
» ctc 17 $v)çf\ p.ov, TToaaTrXws 001 17 crdp£ p.ov» Kal «'H Kapola
» p.ov Kai r) odp£ p.ov ■qyaXXidoavTo iirl 0e6v t,œvTa » Kal
p.€Ta tov Hoatov « 'H KoiXia pov Tjxrfoet, ojs Kiddpa Kal Ta
» ivres p-ov waei rétros xa^K0^v> ° iveKalvtoas » Kal « idià 25
» tov <f>6fiov oov, Kvpie, iv yaoTpl iXdf}op.ev IJvevp.a ctu>tt]-
» piov oov », <L 6appovvT€S oiî neoovpeOa, àXXà 7r€orovvrai

CVSLAPMi

1-3 T°C avTot?. .. h€VT(pos om. Mi || aùroû : àyiov IpTjyopiou S | 3 ànônpiats Sfv-
ripa post BtVTfpos add. S || 7 airotcptois htvrtpa om. S || 10 ^/icîs : rjfiwv Mi [J II
iv om. A [ 13 àva(iu>7ra6TJaai A || 22 noiaanXws C.
76 GRÉGOIRE PALAMAS

chair se sont réjouis à cause du Dieu vivant l. Et avec Isaïe : Mon


ventre résonnera comme une cithare et mes entrailles comme une
muraille d'airain que tu as refaite à neuf * et : Par la crainte que
nous avions de toi, Seigneur, nous avons conçu dans nos entrailles
l'Esprit de ton salut 8. Nous avons confiance en cet Esprit et nous
ne tomberons pas ; ce sont ceux qui parlent le langage d'ici-bas qui
tomberont, ceux qui disent faussement que les paroles et la vie
célestes sont comme celles de la terre. Car si l'Apôtre appelle aussi
le corps « mort » (Il dit en effet : Qui me délivrera de cette mort, du
corps? *), c'est parce que la pensée matérielle et corporelle a réelle
ment la forme du corps ; il la compare donc à la pensée spirituelle
et divine et l'appelle justement « corps » ; non pas simplement
« corps », mais « mort du corps ». Et il montre plus clairement
un peu plus haut qu'il n'accuse pas la chair, mais le désir pécheur
survenu plus tard à cause de la chute : Je suis vendu au péché ',
dit-il ; mais celui qui est vendu n'est pas esclave par nature ;
et encore : Ce qui est bon, je le sais, n'habite pas en moi, c'est-à-dire
dans ma chair e. Il ne dit pas, vois-tu, que c'est la chair qui est
le mal, mais ce qui habite en elle. Ce qui est mauvais ce n'est pas
le fait que l'esprit habite dans notre corps, mais que ce soit cette
loi qui est dans nos membres et qui lutte contre la loi de l'esprit 1.

L'être humain tout 2. — Voilà pourquoi nous nous insur-


entier peut rece- geons contre cette loi du péché 8, nous l'ex-
voir \sl tf rftop
* , * puisons du corps et nous y introduisons
l'autorité de l'esprit. Par cette autorité, nous fixons sa loi à
chaque puissance de l'âme et à chaque membre du corps ce qui
lui convient : aux sens, nous fixons l'objet et la limite de leur
exercice ; cette œuvre de la loi s'appelle « tempérance » ; à la partie
passionnée de l'âme, nous procurons la meilleure manière d'être
qui porte nom « amour » ; et nous améliorons aussi la partie

1 Ps. LXXXIII (LXXXIV), 2.


» Cfr Is., XVI, ii.
» Is.. XXVI, 18.
« Rom.. VII, 24.
• Rom., VII, 14.
• Rom., VII, 18.
' Rom., VII, 23.
• Rom., VIII, 2.
TRIADE I, 2, 1-2 77

ol àno rrjs yfjs <f>a)vovvres Kal œç yqîvœv rœv irrovpavlcjv


prjfid.T(ov Kal ttoXitcicôv KaTatpev&6p.evoi. El yàp Kal 6
'AttootoXos « Bâva/rov » to atopa Xéyet, « ris ydp p.é » <f>T]cn
« pvarcTat €K tov owfiaros tov davdrov tovtov,'», àXX' â>s
tov rrpoovXov Kal aatp.aTi.Kov <f>povr]p.aTos, ooj/xaToeiSoûç ov- 5
tos aTexyœs ' 8iô 7rpos to Trvevp.aTi.KOV Kai Beîov TrapafïaXXutv
tovto, « aâ)/xa » SikclIios eKaXeae, icat ovx ànÀûs « aâ>p.a »,
aXXà « ddvaTov ou>p,aTOs », kal tovto puKpov àvcoTepa)
TpavoTepov 8t]Xô>v ws ovxl ttjv odpKa cuTiàVai, àAAà -rqv
iTreiaeXôovaav àp,aprrr)TiKT\v 6pp.r)v €K 7rapafidaews ' « Tleirpa- 10
» p.évos » <f>rjaiv « €t/ii vtto ttjv âp-aprlav » ' o TreTrpapévos
8è où <f>voei BovXoç. Kal TrdXiv ' « OîSa ôVi où/c otVeî ei>
» è/zot, Tovrioriv èv tj} crapKi p.ov, àyaQôv ». 'Opâs ôVt où
tt^v odpKa, àAAà to èvoiKovv avTrj ^tjcti *ca/coV, tovtov toL-
vw «tov ôVra èv toîs || p.éXeaw r)p.ûtv Kal tû> vôpco tov 15 j f. 115»
» voèç àvTicrrpaT€v6p.evov v6p.ov » èvoiKeîv t<5 acofiaTi KaKov,
OAA OD^t TOV VOUV.

2. Aià rovd' ■qp.eîs, àvriTrapaTaTTOfievoi toûtoi « tû> rôfito


» ttj? àfiaprlas », è£oiKlE,op.ev aùrôv toû aœp.aTos Kal
èvoiKlt,opev ttjv €7noK07rr)v tov vov Kal vop.odeTovp.ev 81' 20
aùr/J? eKao-Tr) Te 8vvdp,ei rrjs- *pvxVs KaL T0^s T°v a<î>p.a- Ciio5]
toç p.éXeaiv eicaora» tÔ TrpoarJKOv ' Taîç /xèv aladrjaeaiv ,
&v Te Kal è<f>' Ôctov èorlv àvriÀi77rT€ov, rô epyov 8e tov vôp.ov
tovto TrpoaayopeveTai « iyKpâ.Teia » " t<2 8è 7radr]TiKÛ>
pépei rfjs fox?!5' T17v àpiOTTji' ip.TTOiovp.ev ë£tv, « àyaTrrç » 25
8' êo~x,ev aùrr; r^v eTTCDVvpiav ' aXXà Kal to XoyiaTiKov 8ià
toutou /3eXTiovp.ev àTTOTrepTr6p.evot, irâv S tl npouicrraTai
rfj Siavota Trpos tt)v els Qeov àvdvevaiv, KaXovp.ev 8è tovtI

CVSLAPMi
3 /if om. P | 18 tovB' : tovto Mi |] 25 àyàirq : àyà-rrqv VS | 27-28 irpooioraTai tj
Siavoiç. : t^ Stavotç irpoaloraraA P.
78 GRÉGOIRE PALAMAS

raisonnable en rejetant tout ce qui empêche l'intellect de s'élever


vers Dieu : cette partie de la loi, nous la nommons « sobriété ».
Celui qui a purifié son corps par la tempérance, celui qui, par
l'amour divin, a fait de ses volontés et de ses désirs une occasion de
vertu, celui qui présente à Dieu un esprit purifié par la prière,
acquiert et voit en lui-même la grâce promise à ceux qui ont le
cœur purifié. Il pourrait alors dire avec Paul : Dieu, qui a dit à la
lumière de briller du sein des ténèbres, a fait briller la lumière dans
nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu
dans la personne de Jésus-Christ l ; mais, dit-il, nous portons ce
trésor dans des vases d'argile 2. Par conséquent, nous qui, comme
dans des vases d'argile, c'est-à-dire dans nos corps, portons la lu
mière du Père dans la personne de Jésus-Christ pour connaître la
gloire du Saint-Esprit, manquerons-nous à la noblesse de l'esprit,
si nous gardons notre propre esprit à l'intérieur du corps ? Quel
homme doué d'une intelligence humaine dénuée de grâce divine
— je ne dirai pas quel spirituel — peut en arriver à parler ainsi ?

Le cœur, siège de 3. — Notre âme est une réalité unique,


l'intelligence. mais possédant des puissances multiples.
Elle se sert du corps qui vit naturelle
ment en conformité avec elle, comme d'un instrument. Mais la
puissance de l'âme que nous appelons « intelligence », de quels
instruments se sert-elle lorsqu'elle est en activité ? Personne n'a
jamais supposé que l'intellect siégeât dans les ongles, dans
les paupières, dans les narines ou les lèvres. Tout le monde
s'accorde pour le placer au dedans de nous. Mais certains
ont hésité à définir, au sein de nos entrailles, l'organe dont
il se sert au premier chef. Les uns, en effet, placent l'intellect
dans le cerveau, comme dans une sorte d'acropole 3 ; d'autres
considèrent que son véhicule est le centre même du cœur et ce
qui, dans le cœur, est libéré du souffle animal *. Et, nous-mêmes,

1 II Cor., IV, 6.
• // Cor., IV, 7.
» Cfr s. Grégoire de Nysse, De opif., XII (PG, XLIV, 156 CD ss). Cfr infra,
Tr. II, 2, 27.
4 Voir quelques lignes plus bas, la référence au Pseudo-Macaire.
TRIADE I, 2, 2-3 79

tÔ fiépiov tov vôp.ov tovtov « vrjif/iv ». 'EyKpaTcla 8e TIS


ro awpa Kadàpas èavrov, 8vp.6v Te Kal eTndvpLav a<f>opp,7)v
àpercûv 8** àydrrqç delas 7roir]odp.evos Kal vovv àireiXiKpivrf-
pevov Si evxfjs irapaoTrjoas tw 0eû>, Krârai Kal ôpâ ev
èavrâj -rr)v CTTT]YyeXp,€vr)v \dpiv toîs KCKadappévois ttjv 5
Kaphlav. Kal tôt' âv 8vvrj0elr] Kal tovto fiera IJavXov Xéyeiv
Sri « 6 6eos 6 elirwv eV gkotovs <f>û>s Xdp.tpai, os êXap-ifiev
» ev raïs KapSiais r)p.œv, irpos <j>oiTiap,6v rrjs yvwoews ttjs
» 86£t]S tov &eov, ev irpooânrœ 'Irjaov Xpiarov » ' « e^pp-ev
» 8e » <f>r/oi « tov dr/oavpov tovtov ev oorpaKivois OKeveoi ». 10
To yovv ■na.TpiK.ov <j>â>s, ev Trpoaama) 'Ir/aoC Xpiarov, eis to
yvtôvai T-fjv 86£av tov àylov IJvevp.aTos e^ovTeç r)p.eîs iôs
èv oorpaKtvois aKeveai, toi? aâ>p.aaiv, et tov vovv rjfiwv
avrwv èvSov toû ou>p.aTos Kadé£op.ev, avariais rfjs pteyaXo-
<f>vîaç TrpàÇopev tov vov ; Kal ris âv tout' cittoi, p.r) oti 15
7rvevp.aTi.K6s, àXXà Kal vovv yeyvp.vwp.evov Bêlas xâpiros,
àvBpdmov 8' 5p,ojs, êx<ov ;

3. 'Evel 8è Kal ev èori iroXvovvap.ov npâyp.a 7) Kad*


r)pâs *ltvxn> XPVTa1, ^ <*>s ôpydvw tû> t,r)v Kar avrr)v
7re<f>vKOTc acop-ari, Tiatv ws opydvois xpa>p.év7j ivepyeî r) 20
8vvap,ts avrfjs avr-rj, rjv KaXovp.ev «vovv»; 'AXXà yàp ovSels
tto6' vrrevàrjaev, ovr' ènl toîs owÇiv, ovr ev toîs f$Xe<f>dpots ,
ov8ep.evovv ev toîs p.VKTijpaiv 77 toîs xc^€(7tv èva>Ktop.év7}v
etvai T7jv Stavoiav ' èvros 8' r)p,îv èveîvat rrâoiv av-rr)
avv8oKeî ' 8vt)ve)(jdT]oav 8e Tives, ti'vi rrpœTw û>s ôpydvœ 25
XpfJTai TÔ>v ivTos. 01 p,èv ydp, ù>s ctt' â/c/j07roAei tivi,
tw èyKe<f>dXa> Tavrqv ivi8pvovaiv, ol 8è tt}s Kap8ias
tÔ p.eoalraTov Kal to kot avro tov i/jvxikov Trvevp.aros
a7re1XiKp1.vrjp.evov ox7)p.a 8i86aoiv avrij. 'Hp.eîs 8è Kal
avroi, et Kal p.rjTe êvSov <Ls èv àyyeitp, Kal yàp àod>- 3°

CVSLAPMi

6 xat tovto otn. Mi Ij 11-13 To yovv narpueév. . . âo-rpautyoïs OKtvtoi om. Mi |


13 T)y.wv om. A | 18 ô> ton : ivtort L ! 21 Kal post vovv add. Mi | 22 iv : M
P | 25 nporru} '. Tpénqj Mi | 26 rwv : t$ Mi Q 28 #raTf avro '. KaB' avr6 A.
80 GRÉGOIRE PALAMAS

nous savons par expérience exacte que notre raison n'est ni


au dedans de nous, comme dans un vase, car elle est incorporelle,
ni à l'extérieur, car elle nous est attachée, mais qu'elle est dans
le cœur, comme dans son organe. Nous ne le tenons pas d'un
homme, mais du Créateur même de l'homme qui, en montrant
que ce n'est pas ce qui entre, mais ce qui sort par la bouche qui
souille l'homme 1, dit : Car c'est du cœur que viennent les mauvaises
pensées 2. Et le grand Macaire ne parle pas autrement : Le cœur,
dit-il, dirige tout l'organisme et, lorsque la grâce reçoit le cœur en
partage, elle règne sur toutes les pensées et sur tous les membres;
car là est l'intelligence et toutes les pensées de l'âme 3. Notre cœur
est donc le siège de la raison et le premier organe corporel raison
nable. Par conséquent, lorsque nous cherchons à surveiller et à
redresser notre raison par une sobriété rigoureuse, avec quoi la
surveillerions-nous, si nous ne rassemblons pas notre intelligence
éparpillée au dehors par les sensations et si nous ne la ramenons
pas vers le dedans, vers ce cœur même qui est le siège des pensées?
C'est pourquoi Macaire, si justement appelé « bienheureux »,
poursuit immédiatement après : C'est donc là qu'il faut regarder
si la grâce y a gravé les lois de l'Esprit *. Où là ? Dans l'organe
directeur, le trône de la grâce où se trouvent l'intelligence et
toutes les pensées de l'âme, c'est-à-dire dans le cœur. Vois-tu
jusqu'à quel point il est nécessaire, pour ceux qui ont décidé
de s'attacher à eux-mêmes dans le repos, de ramener et de
reclure leur esprit dans le corps, et surtout dans ce corps qui est
au plus profond du corps et que nous appelons « cœur » ?

Le retour en sol. 4. — Si, d'après le psalmiste, toute la


gloire de la fille du roi provient du dedans 5,
pourquoi la chercherions-nous au dehors ? Et si, d'après l'Apôtre,

« Matth., XV, ii.


* Matth., XV, 19.
» Hom. XV, 20 (PG, XXXIV, 589 B).
* Cfr ibid. Dans le texte publié de l'homélie, une phrase rappelant celle-ci pré
cède, mais ne suit pas, le texte cité plus haut (cfr infra. Tr. 1, 3, 3 ; Tr. II, 2, 25).
* Ps. XLIV (XLV), 14 (texte des LXX). L'application de ce texte à la vie spiri
tuelle remonte probablement à Origène, cfr Selecta in Ps. (PG, XII, 1432 C) ;
TRIADE I, 2, 3-4 8l

fiarov, firjre c£a>, \\ Kal yàp avvr)p,p.évov, àXX* èv rrj KapSta |f. n6r
d)S èv ôpydvw to XoyiortKov r\p.G>v eZveu eTTt.OTdp.ed' aKpiplwç,
ov irap' àvdpwTrov tovto StBaxOévres, dXXà irap' avrov tov
TrXdoavros tov âvdpcwrov, SetKvvs ottojs « où t<x elaepxôp.eva,
» aXXà Ta èÇepxôp.eva Sia tov orôp-aTOS kolvoî tov dvdpoi- 5
» irov », « €K yàp rfjs KapSlas èÇépxovTal » <f>r)ot.v « ol Xo-
» yi.op.ol ». Tavr âpa ko! o p.éyas MaKaptos « r) KapSla »
<f>7]olv « r)yep.ovevet ôXov tov opydvov Kal, ènàv Karda^r)
» ràç vop.às rfjs KapSlas r) X^Pls' fiaoïXevei 5Xœv twv Xo-
» yiap.û>v Kal tu>v p.eXâ>v ' èxei ydp èoriv 6 vovs Kal navres IO
» ol Xoytop.ol rfjs ipvxfjs ». Ovkovv r) Kaphla r)p,û>v èori to
tov XoytoTiKov Tap.eîov Kai -rrpwTov oapKiKov ôpyavov Xo-
yiariKov. To toIwv XoyioriKov r)p.œv èv àicoi/îeî vrjtfiet crnev-
Bovres èmoKenTeodai Kal Biopdovv, tIvi y' âv èntOKeif/al-
p,eBa, el p.i) tov €KKexvp.évov Sià twv aladrjoewv vovv r)p.â>v 15
e£œ8ev avvayayôvres npos Ta èvros €7ravaydyotp.ev Kal
TTpOS aVTTjV TaVTTjV TT/V KOpBloV, TO T&V XoyUTp.Ô)V TO/Ll€ÎOV ,' [ll°8]
Aià tovto Kal o <f>epœvvp,œs MaKaptos è<f>e£rjs toîs àvorrépta
p.iKpov elpr)p,évois irap' avrov <f>r]oiv ' « 'EkcÎ toLvw Bel oko-
» ireîv, €i èvéypaifiev rj X<^PIS T0VS tov IJvevp.aTOS vôp.ovs ». 20
*Ek€Î ttov ; 'Ev tô> r)yep.ovtK(p opydvu), èv tû> rfjs xdpvros
dpôvœ, ônov 6 vovs Kal ol Xoyi.op.ol navres rfjs fox*)5' *v
ttj Kaphla Br}XaBrj. 'Opq.s ncôs àvayKaiôraTov toîs TTporjpr/-
p.évois èv iJoT^îa npooéxeiv èavroîs ènavàyeiv Kal èyarepi-
kXcUiv T<jf owp.aTi tov vovv, Kal p.dXtara t<3 èv tô> aoip.aTi 25
€v8ot<ztoj oojp.aTi, S KapSlav 6vop,dt,op.€v ',

4. El Se Kal, /caTa tov ipaXfiw&ôv, « nâaa r/ Sd^a rfjs


» dvyaTpos tov ftaaiXécDÇ ëouidev », ttcôs yp.eîs avrfjv ê£to
itov ^Tjrqaop.ev ', El 8è Kal, Karà tov ' AttÔotoXov, « 6 Oeds
» ê&utKev avrov to TIvevp.a Kpdt,ov èv Taîs KapSlats ■qp.tôv ' 3°

CVSLAPMi

I /xijre : firjr' Mi | 4 Beutvvs '. faolv «V EvayycMois Mi Ij 5 Sià tov crifiaros om.
A | 12 XoytaTiKov : Aoyio/xoC Mi | 14 y' âv : âXXift Mi J 28-29 *£<» "°" : iio>8(v
V | 29 {ijTTJato/itv Mi II &i om. Mi.
82 GRÉGOIRE PALAMAS

Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit qui crie: Abba, Père! l,
comment nous aussi ne prierions-nous pas avec l'Esprit dans
nos cœurs ? Et si, d'après le Seigneur des prophètes et des apôtres,
le Royaume des deux est au dedans de nous 2, comment ne s'exclu
rait-il pas du Royaume des deux celui qui applique son zèle à
faire sortir son esprit du dedans de lui-même ? Le cœur droit,
dit Salomon, cherche le sens 3, ce sens qu'il appelle ailleurs
intellectuel et divin * et que tous les Pères cherchent à
atteindre en disant : L'esprit intelligent est sûr d'acquérir un sens
intellectuel; ne cessons pas de rechercher ce sens, en nous et en
dehors de nous B. Vois-tu que si l'on désire s'opposer au péché,
acquérir la vertu, trouver la récompense du combat pour la vertu,
ou plutôt le sens intelligent, gage 6 de cette récompense, il faut
faire revenir l'esprit au dedans du corps et de soi-même ? Par
contre, faire sortir l'esprit non pas hors de la pensée corporelle,
mais hors du corps lui-même, dans le but de l'y faire contempler
des visions intelligibles, c'est là la plus grande des erreurs hellé
niques, la racine et la source de toutes les hérésies, une invention
des démons, une doctrine qui engendre la sottise et provient d'une
folle témérité. C'est pourquoi, ceux qui parlent par inspiration
démoniaque se retrouvent hors d'eux-mêmes, ne comprenant
même pas ce qu'ils disent. Quant à nous, nous renvoyons l'esprit
non seulement au dedans du corps et du cœur, mais au dedans de
lui-même.

Mouvement circu- 5- — Qu'us parlent donc ceux qui


laire de l'esprit.
disent que l'esprit n'est pas séparé de
l'âme, mais lui est intérieur, et qui de
mandent comment on peut le renvoyer encore au dedans ! Ils

elle se retrouve chez s. Basile, Hom. in Ps. XLIV (PG, XXIX, 412 AB) et cher
Diadoque de Photicé, cap. 79 (édit. E. des Places. Paris, 1955, p. 137).
1 Gai.. IV, 6.
• Luc, XVII, ai.
• Prov., XXVII, 21 (trad. d'Origène et de s. Grégoire de Nysse).
« Prov., II, 5.
• S. Jean Cumaque, Scala. XXVI (PG, LXXXVIII, 1020 A).
• Cfr II Cor., I, 22 ; V, 5 ; Éph., I, 14.
TRIADE I, 2, 4-5 83

» àp/Sâ 6 Uai-qp », ttô>s yficîs ovk èv aurai? ovvev£6p.e9a


t<3 IJvevfj,aTi ; El 8è Kal icarà tov 7rpo<f>rjTÔtv Kal ànooTÔXajv
Kvptov « r) fiamXeta tojv ovpavœv èvros rjp.û>v icrri. », vâts
ovk e£<o Kal rfjs twv ovpavwv fiaoïXelaç yévoiT dv 6 t&v
èvros êavrov tov vovv èÇdyeiv 8ià o-7rov8r}ç 77-010 vfievos ,' 5
« KapSla ôpBrj » <f>r)otv 6 EoXop,cuv « ^rjTeî aïoOrjaiv », tiv
o aÙTOj « voepàv » Kal « fleiav » àAAa^oû irpoaetprjKe, irpos
r\v ol Trarépes 7ravTaç TTpOTpe7r6p.evoi « vous » tfxioi « voc-
» yoôj 7ra.vrœs Kal voepàv atad-qoiv 7repiPé^XrjTat, t)v cv tj/aîi/
» /cat ovk èv r)p.ïv oiïoav €k^t]tovvt€S p-i) 7ravoa»p.eda)>. 10
'Opâç ôVi #caV 77/)oj rr)v dp,apniav àvTiKaTao~H}val ris Ttpo-
dvp.T)ôfj, kS.v TTjv apcTrjv upoaKT-qaaaQat., kS.v tov /caT
dpe-rqv dÔAov \\ to fipafieîov, p,âXXov 8è tov àppafiôiva tov | f. 116
Kar apeTTjv ftpafielou, ttjv aïadrjoiv ttjv voepav evpeîv,
èvros tov T€ aâ>/j.aTos Kal èavTov tov vovv èiravayayeîv 15
àvdyicr) ; To 8' e£a> tov vovv ov tov auip.aTi.Kov <f>povT)p,aTos,
aXX' avTov tov oœfiaTos iroteîv, ojs èKcî voepoîs ôedp.aoiv
ivTVXOl, TTJÇ èXXT]VI.K7JS €OTl irXaVTJÇ aVTO TO KpdTtOTOV
Kal Trdcrrjs KaKoSoÇlaç pit,a Kal irrfyrj, 8aip.6va>v e.vpr/po.
Kal iral8evp.a yevvrjTiKov dvoias Kal yéwr)p.a -rfjs àirovolaç. 20
Û16 Kal ol XaXovvreç eVc rfjs tû>v 8aip.6vajv ènnivolas è£eo~rq-
k6t€s iavTwv eloi, p.T)8' avro tovto awiévres o ti Xéyovoiv.
'Hp.eîç 8é, /lit) p.ôvov eïoa> tov aiôp-aros Kal ttjs KopSlas,
àXXà Kal tov avràv avrov vdXiv eïoio irep.Trop.cv tov vovv.

5. Ka-rqyopeiTOJoav ovkovv 01 XéyovTes p.r) Ke)(ùjpiap.evov , 25


cLAÀ' ivovra tt} *pv)(fj, irœs àv aiî^is euxai irép/noi ti? tov
vovv. 'Ayvoovoi ydp, wç êoiKev, on dXXo p.èv ovola vov,
dXXo 8è èvépyeia, p.âXXov 8è el8ÔTes toîs àiraTeûoiv èavrovs
ovvéTaÇav eKovres, 8ià rfjs 6p.œvvp.tas oo<pt.Ç6p.evoi. « Mt)
» KaTa8exôp.evoi yàp to rfjç 7rvevp.aTt.Krjs 8i8aoKaXias 3°
» àirXovv, ol ck rfjs 8iaXeKTiKTJç irpos ras àvriXoyîas t)kovt)-

CVSLAPMi

2 «toi post ik om. Mi II 7 votpàv k. 9. ôAA. : àXX. votpàv k. 0. A | 18 coti wArin/f :


nXâyt/s c'en A | 24 ndXtv om. Mi { 26 ir^ttroi : nc^imi A 'j 27 vov : voôs Mi.
84 GRÉGOIRE PALAMAS

ignorent, semble-t-il, que l'essence de l'esprit est une chose et


son activité en est une autre. Ou plutôt, ils le savent bien
et se rangent de plein gré parmi les fourbes en jouant sur
une équivoque. Car ils n'acceptent pas la simplicité de la doctrine
spirituelle, ces gens que la dialectique a aiguisés pour la con
tradiction ; suivant le grand Basile, ils renversent la force de
la vérité par les antithèses de la fausse connaissance 1, à l'aide
des arguments persuasifs de la sophistique 2. Car tels doivent être
ceux qui, sans être des spirituels, se jugent dignes de juger des
choses spirituelles 3 et de les enseigner ! Ne leur a-t-il pas
échappé, en effet, que l'esprit n'est pas comme l'œil qui voit
les autres objets visibles, mais ne se voit pas lui-même ? L'esprit
agit, d'une part, conformément à sa fonction d'observation exté
rieure (c'est ce que Denys le Grand appelle le mouvement en
ligne droite de l'esprit *) et, d'autre part, il revient sur lui-même
et agit en lui-même lorsqu'il se voit lui-même : c'est ce que le
même Père appelle son mouvement circulaire B. C'est là l'acti
vité la plus excellente et la plus propre de l'esprit, par laquelle
il lui arrive de se surpasser lui-même pour s'unir à Dieu. Car
l'esprit, est-il dit, qui ne se répand pas au dehors (vois-tu qu'il sort
au dehors ? Et s'il sort, il doit rentrer ; c'est pourquoi il pour
suit) rentre en lui-même et par lui-même s'élève vers Dieu 6, comme
par un chemin infaillible. Denys, cet infaillible contemplateur
des choses intelligibles, dit lui aussi que ce mouvement de l'esprit
ne saurait succomber à aucune erreur 7.

Le Christ a revêtu ®- — ^e Pere de l'erreur désire toujours


la matière. que l'homme abandonne ce mouvement
de l'esprit et que les erreurs l'amènent
à son dessein à lui. A ce jour, autant que nous le sachions, il
n'a pas trouvé de collaborateur qui se donne la peine d'ame
ner les gens à ce dessein par de bonnes paroles. Mais aujourd'hui.

1 / Tint., VI, 20.


' llom. XII in Prov.. 7 (PG, XXXI, 401 A).
1 Cfr I Cor., II, 14-15.
• De div. nomin., IV, 9 (PG. III, 705 B).
• Ihui., col. 705 A.
• S. MASH.X, Hpist. II, à s. Grégoire de Naz., 2 (PG, XXXII, 228 A).
' De div. nomin., loc. cit.
TRIADE I, 2, 5-6 85

» fj-évot » Karà rov p.eyav BaalXeiov « TrtpiTpi-novai rf/v


» lo\i>v rfjç àXrjdclas €K twv àvridiaeojv rfjs tft€v8ùJVvp.ov
» yva>oeœs ttj TndavoXoyia rû>v ao$iap.àro>v ». Toiovrovs
yàp 8eî eîvai tovs p.rj Ttvevp.aTi.Kovs ko! to. uvevfiaTiKà Kpi-
vetv Kal StSdoKeiv à^ioûvraç iavrovs. Ov yàp 8r) tovto 5
XiXrjôev avrovs, ôVi oi>x ojs "Q otfits raAAa p.èv èpq. rœv
èparœv, èavrrjv Se ovx ôpâ, ovtoj Kal o vovs, àXX* ivepyeî
p,èv Kal TaÀÀa wv àv Se'oiTO irepiOKOTTÔJv, 5 <frqai « /car [1109]
» evdeîav » Karr\oa> tov vov Atovvaios ô p,éyas, els iavrov
8' irrâveiat Kal ivepyeî KaO' iavrov, ôrav iavrov o vovs IO
ôpâ. Tovto 8' aSBis « kvkXiktjv » cfvai kIvtjoiv 6 avros avrov
<f>T]oa>. Avtt) 8' rj tov vov iariv ivipyeia, KpeiTTOjv Kal tStat-
ra-ny, 81* rjs Kal vrrep iavrov yivôp.evos cod* ôre rw Qeœ
ovyylveTai. « Novs yâp » <f>r)oi. « p.rj aKehawvp.evos eVl
» rà é^w », — ôpâç Sri. eÇeun,' 'EÇuhv oiv, iiravôo'ov Seîrai ' 15
8w> <fyqat,v — « indveioi irpos iavrov, hC iavrov 8è irpos
» rov Qeov » a»ç 8t' àrrXavovs « àvafiaivei » 1-77? 080C Trçv
ToiavnjV yàp Kivrjaiv rov vov Kal o rGxv voepwv àTrXavrjs
C7ro7rTij? CKeîvos Aiovvoios àSvvarov elvai <f>r)ot, TrXâvri rtvl
■nepnreaeîv. ^°

6. TavrrjS oiïv àirdyeiv o rrjs 7rXdvr)s Tra-rr/p iTn.6vp.6Jv


àel rov âvdpwirov Kal rrpos rfjv xcjP°^aav o.vtov ràç TrXdvas
àyeiv, oùScVco Kal Tqp.epov, 00a ye qp,eîs ïop,ev, eSpe ovvep-
yov hià xpT}o~ToXoyias àywviÇôfjicvov || i<f>eXKVoao-6ai, irpos I *■ "î'
Tavmrjv. Nvv 8' cî)? eoiKev eiïpe tovs ovXXap.fiavop.évovs, 25
eïirep, œs auras etnes, elolv oî Kal Xôyovs ovvridéaoïv
ivdyovras irpos ravra Kal toi)? rroXXovs ireideiv iyxcipovoiv
à>s KaXXiov itjio Karéxciv rov o<ûp.aTOS npoocv^ôp-evov tov

CVSLAPMi

8 irtpioKowtîv Mi U 14 ô ficyas flooi'Atioj post faot add. Mi || 26 tTirtî : (Tiras Mi


«firo- P.
86 GRÉGOIRE PALAMAS

il a, semble-t-il, trouvé des complices, s'il est vrai, comme tu


le dis toi-même, qu'il y a des gens qui ont même composé des
traités dans ce but et qui cherchent à persuader les hommes,
même ceux qui ont embrassé la vie supérieure de l'hésychie,
qu'il vaut mieux durant la prière tenir l'esprit hors du corps l.
Ils ne respectent même pas les paroles définitives et claires
de Jean qui nous a construit par ses traités l'Échelle menant
au ciel : L'hésychaste est celui qui cherche à circonscrire l'incor
porel dans son corps 2. Et nos pères spirituels nous ont trans
mis le même enseignement. Ils l'ont fait à bon droit. Car si
l'hésychaste ne le circonscrit pas au dedans de son corps,
comment fera-t-il entrer à l'intérieur de lui-même Celui qui
a revêtu le corps et qui pénètre, en tant qu'aspect naturel,
toute matière organisée ? Le côté extérieur et le morcellement
de cette matière sont incompatibles avec l'essence de l'esprit,
mais seulement jusqu'au moment où la matière commence
à vivre, ayant acquis un aspect de vie conforme à l'union (avec
le Christ).

Méthode spirituelle 7- — Tu le vois- frère : Jean a montré


pour débutants. qu'il suffit d'examiner le problème d'une
façon humaine, pas même spirituelle, pour
voir qu'il est absolument nécessaire de renvoyer ou de maintenir
l'esprit au dedans du corps quand on décide de s'appar
tenir vraiment à soi-même et de devenir un moine méritant son
nom, selon l'homme intérieur. D'autre part, il n'est pas déplacé
d'enseigner, surtout aux débutants, de se regarder soi-même
et de renvoyer son esprit au dedans de soi-même par le moyen
de l'inspiration 3. Un homme sensé n'interdirait, en effet, à
personne de ramener en lui-même, par certains procédés, son
esprit qui ne se contemple pas encore lui-même.- Ceux qui
viennent d'entreprendre cette lutte voient continuellement leur
esprit s'enfuir, à peine rassemblé ; il leur faut donc le ramener
à eux tout aussi continuellement ; dans leur inexpérience, ils ne

1 Cfr la lettre à Ignace (voir supra, quest., notes).


» Cfr Scala, XXVII (PG, LXXXVIII, col. 1097 B).
* Il s'agit ici de la Méthode spirituelle du Pseudo-Syméon et de N<céphore (cfr
infra, § 12).
TRIADE I, 2, 6-7 87

vovv Kal avrovs tovs tov virepavafiefïriKÔTa Kal -qavxi-ov


àcnraÇop.évovs fiiov, /xijS' ixelvo alSeoBévres ôirep 'Iiodwrjs,
6 rr)v irpoç ovpavov <f>ipovaav k XLp.aKa 8ià Xôyatv reicrq-
vdp.€vos 17/iîv, âpioriKœs Kal àiro<j>avriKÛ)S iÇeÎTrcv œs « tjov-
» Xaarqs ècTTiv 6 to ào~â>p,aTov iv a<ôp.ari TrepiopiÇeiv 5
» amevotov », a> ovva>8à Kal ol 7rvevp.aTiKol irarcpes r)p.û>v
è8loa£av i)p.âs. EIkotojs ' et yàp p.rj h>8ov tov aoip.aTos irept-
oplaeie, irws âv iv iavrœ irotrlaeie tov to oœp.a hrt)p.p.ivov
Kal â>s eî8os <f>voiKOV oià vdorjs ^œpovvra rrjs p.€p.op<f>u)-
p.€vr)ç vXtjs, tfs to eÇw Kal 8iœpt,op.ivov ovk âv cmSc^aiTO 10
ovaiav voO, p.ixpi>s âv €K€lvt) Çwt), Çwijs eî8os KaT<iXXr)Xo
rfj crvva<f>eîa oirœaa ,'

7. -BAéVeiç, à8eX<f>i, nias où irvevp.aTiKÔ>s p.6vov, àXXà


Kal àvdpanrlvatç iÇçTciÇovmv, elaœ tov owp.aTos Tripvniw
rj KaTexeiv tov vovv àvairi<f>rfV€v àvayKaioTaTov tovs irporjpr]- 15
p.ivovs iavTwv wç aXrjOœs yeviodai Kai Karà tov eau» âvdpat-
nov <f>ep(ovvp.cos povaxovs. To 8' elç iavrovs p.dXiora tovs
elaayopiévovç ^Xineiv eloTjyeîodat Kal Sià rrjs àvairvorjs
etacu Tripvnf.iv tov oIkcîov vovv ovk àiro rpôirov. Tov yâp
p/rpra» diOjprjTiKov iavrov pvqxavaîs t(xtl -rrpos eavrov em- 20
awdyew vovv ovk àiroTpéffteii ris eiï <f>pov<ôv. 'EttcI oSv
toÎs âpri Ttpos tov àyôjva tovtov aTroh'voap.ivoLS Kal ow-
ayàp.evos owc^ws àTroirqhâ, Se î Se Kal owe^ws avrovs aiïdts
tovtov iiravdytw ' Xavûdvet. 8* àyvp.vâoTovs ovras SvodcojpTj-
ToraTos Kal evKivrjTOTaTOS anavrœv aiv ' 81a tovto ttj irvKvâ 25
8tax€op,évr] Kal i-navayop.ivr\ cIottvotj irpooéxeiv elolv 0*

CVSLAPMi
8 iroti]<7(te om. Mi | 14 ircpireiv : àvairtinrfiv A ) 20-21 riy post imovvâyuv add.
VMi.
88 GRÉGOIRE PALAMAS

se rendent pas compte que rien au monde n'est plus difficile à


contempler et plus mobile que l'esprit. C'est pourquoi certains
leur recommandent de contrôler le va-et-vient du souffle et de
le retenir un peu l, afin de retenir aussi l'esprit en veillant sur la
respiration, jusqu'à ce qu'avec l'aide de Dieu ils aient progressé,
jusqu'à ce qu'ils aient interdit leur esprit à tout ce qui l'entoure
et l'aient purifié, et qu'ils puissent le ramener véritablement à un
recueillement unifié2. Et on peut constater que c'est là un effet
spontané de l'attention de l'esprit, car le va-et-vient du souffle
devient paisible lors de toute réflexion intense, surtout chez ceux
qui se trouvent, de corps et d'esprit, dans le repos. Ceux-ci,
en effet, pratiquent le sabbat spirituel. Autant que cela est pos
sible, ils cessent toute activité personnelle. Ils dépouillent les
puissances cognitives de l'âme de tous leurs actes changeants,
mobiles et diversifiés, de toutes les perceptions sensibles et, en
général, de tout acte corporel qui dépend de nous ; quant aux
actes qui ne dépendent pas entièrement de nous, comme l'inspi
ration, ils s'en dépouillent autant que cela est possible.

Le but de cette 8. — Tout cela vient sans peine et


méthode. sans qu'ils y réfléchissent chez ceux qui
ont progressé dans l'hésychie, car l'en
trée parfaite de l'âme à l'intérieur d'elle-même le provoque
nécessairement et spontanément. Mais, chez les débutants,
aucun de ces phénomènes ne se produit sans fatigue. Comme
la patience est un fruit de l'amour {car l'amour supporte tout 3,
et l'on nous a enseigné de pratiquer la patience de toutes nos
forces pour parvenir à l'amour), ainsi en est-il ici. Mais pour
quoi s'attarder à ces choses ? Tous ceux qui ont de l'expérience
ne peuvent que rire lorsqu'on les contredit par inexpérience,
car leur maître n'est pas la parole, mais la peine, et l'expé
rience qui provient de la peine qu'ils prennent ; c'est cette
dernière qui porte les fruits utiles et récuse les propos stériles

1 Ps.-Sym*on, Méthode... (édit. Hausherr, dans Orient. Christ., IX, 2,


1927, p. 164; cfr trad. J. Gouillard, Petite Philocalie, p. 216) ; mais non pas
Nicephore (cfr infra, Tr. II, 2, 25).
1 Cfr Ps.-Denys, De div. nomin., IV, 9 (PG, III, 705 A).
« I Cor., XIII, 7.
TRIADE I, 2, 7-8 89

irapaivovai #ccù €-it€\€lv ti uikooV, u>s KaKetvov avveTrlaxpiev


r-qpovvres èv avrfj, fiéxpi-S âv aiiv Oeâ> èvl ro Kpeîrrov Trpoïôv-
res, ànpôïTov npos rà Trepl avrov Kal àfiiyr} rov oIkcîov
vovv 7roi7]oavres , Svv7]6â>oiv aKpifiâJs eis «èvoetSfj oweÀi^iv»
crvvayayeîv. Tovro 8' 1801 ti? àv ko! avrop.dru>s iir6p.€vov 5
rfj TTpoaoxfj rov vov. 'Hpép.a yàp eïoetol re Kal é£eioi tovtI [nu]
tÔ Trvevp.a Kairl 7rdo~rjs èvayœvlov aKeipeats, p.dXi.o'ra Se
èirl r&v 7)ov)(.at>6vrujv o(vp.art Kal Siavolq.. IIvevp.aTiKiôs
yàp ovrot, oa^arltpvres Kal àno rrdvroiv rwv oIkcIoiv
cpyœv Kara7ravovres, <ôs è<fn.Kr6v, ttôv p.èv tÔ p.era^ari.KOV 10
Kal ! SieÇoSiKov Kal 7reTroi.KiXp.evov nepl Tas yvœoeis rdv | f. 117»
ipvxiKwv Svvdueujv rrepiaipovoiv êpyov Kal Ta? alodrjTiKàs
Trâoas àvTiXrjifiets Kal rrâoav ànXiôs otùuaros èvépyeiav,
TJTIS €<f> T)P-W, 7) à OVK e<f> 7jp.IV T€A€OJS, OiOTTep KOI TO ava-
7TV€ÎV, €<f>' OOOV è<f>' 7jp,ÎV. 15

8. Tarira Se Trdvra toi? TrpoKotpaai Kaô' ^on^i'av àVôVa»?


«ai a7Tepip.eplp.vais errerai ' rfj yàp reXéa. rrpos éavrfjv eloôSu»
rfjs fax7)5 o.vr6p,ara ravrl Trâvra eTriylveoQai àvdyKTj. Toîs
8* àpxop.évois cv ovSèv rû>v elprjuévwv ÏSois âv dp,oyrfrl
7rcpiyiv6p.evov. 'Qs oSv rfj àyd7T7) errerai tÔ vrrop.éveiv, « 7) 20
» yàp àyà.TT7] Trâvra aréyei », i)p.eîs Se 8i8ao~K6p.eda Karop-
dovv jSia rr)v îmop,ov7)v, œs 8t aùr^j rrpos rr\v ayaTTr/v <f>6d-
owp.ev, ovrai KaTrl rovrwv e^ei. Kal ri Seî TrXeioj Trepl tou-
to>v Xéyeiv ,' TJdvres yàp ol TreTreipap.évoi yeX&ai rovs i£
àrreiplas àvrivop.oôerovvras ' rwv yàp roiovrœv, ov Xôyos, 25
àÀÀà 7t6vos Kal 7) Sià ttovo>v Treîpa hihdoKaXos, axrrq re
Kop7rovp.év7) ro ovp.(f>épov Kal râ>v <f>iXovetKa>v re Kal <f>iXev-
ScIktoiv rovs àKapnovs d7roorpe<f>op.év7] Xôyovs. 'Errel Se
Kal, KaBâ-rrep ris rwv p.eydXwv rrepl ravra Xéyei, « toî? e£ut

CVSLAPMi

8-9 lh'€V[j.aTiKœs yàp outoi : ovtvi yàp nvevfiaTiKws Mi [(17 reXtq. : tcAciç Mi
| 19 iv : iv Mi jj aixwyrjri V jj 21-22 bibaaKÔ^tda kot. p. t. inofiov^v : p\ç t. vit.
kcit. Siê. A.
90 GRÉGOIRE PALAMAS

des chicaneurs et des accusateurs. L'un des grands docteurs


dit : Depuis la transgression, l'homme intérieur s'adapte natu
rellement aux formes extérieures 1. Celui qui cherche à faire
revenir son esprit en lui-même afin de le pousser non pas au mou
vement en ligne droite, mais au mouvement circulaire et infail
lible 2, au lieu de promener son œil de-ci de-là, comment ne tire
rait-il grand profit à le fixer sur sa poitrine ou sur son nombril
comme sur un point d'appui 3 ? Car non seulement, il se ramasse
ra ainsi extérieurement sur lui-même, autant qu'il lui sera possible,
conformément au mouvement intérieur qu'il recherche pour son
esprit, mais encore, en donnant une telle posture à son corps, il
renverra vers l'intérieur du cœur la puissance de l'esprit qui
s'écoule par la vue vers l'extérieur. Et si la puissance de la bête
intelligible siège au centre du ventre, car la loi du péché y exerce son
empire et lui donne pâture, pourquoi n'y placerions-nous pas la loi
de l'intelligence qui combat * cet empire, armée de la prière, afin
que le mauvais esprit, disparu grâce au bain de régénération 8, ne
revienne s'y installer avec sept autres esprits plus mauvais encore
et que les conditions ne deviennent encore plus mauvaises 8.

La chair peut être &■ — -Sots attentif à toi-même, dit Moïse 7.


transfigurée. C'est-à-dire à toi tout entier : non pas
à une partie de toi-même en négligeant
le reste. Comment ? Par l'esprit, évidemment, car par aucun
autre organe il n'est possible d'être attentif à la totalité de
sa propre personnalité. Poste donc cette garde sur ton âme
et sur ton corps : elle te délivrera facilement des mauvaises
passions du corps et de l'âme. Confie-toi donc à cette garde,
à cette attention, ne perds pas le contrôle de toi-même, ou

1 Cfr Ps.-Macaire, Hom., XVI, 7 (PG, XXXIV, 617 D), s. Jban Climaque,
Scala, XXVIII (PG, LXXXVIII, 1133 B) ; ibid., XXV (PG, LXXXVIII, 1000 D-
1001 A).
» Cfr Ps.-Denys, De div. nomin., IV, 8 (PG, 111,704 D).
• Cfr Ps.-Syméon, p. 164. Dans sa deuxième lettre à Barlaam, Palamas décrit
la méthode en des termes identiques (Coisl. 100, fol. iooT).
« Cfr Rom.. VII, 23.
• Tile, III, 5.
• Luc, XI, 26.
' Deutir., XV, 9.
TRIADE I, 2, 8-9 91

» ayr\\i.a.<Ji. iré(f>VKev 6 eoio dvOpajiros o~vve£op,otovo6ai fiera


» rfjv Trapàfiaoïv », irûs ovk âv awreXéaeié ti p.éya râ)
ott€v8ovti ovorpé<f>ei.v tov vovv els èavrov, ws p.r} rfjv /car'
evdelav, àXXà rfjv kvkXuc?jv Kal àirXavrj Ktveîodai Kurt)aiv,
T(à p.r] tov 6<f>daXp,6v <L8e KaKeîoe nepiâyeiv, àXX' oîov 5
ipelafiarl rivt tovtov Trpoocpe&eiv tô> oIkciu) anrjdei rj tû>
ôp.<f>aXû> ; IIpos yàp tô> els kvkXov woirep èÇwdev, e<f>' ôoov
€<J>ikt6v, avveXÎTTeiv eauTO»', napanX^oiats rfj aTTOv8at,op.évrj
ev avrâ) tov vov Kivrjoei, Kal ttjv 8C ôiftecus e£a> xeoH-^vVv
hvvap.iv tov vov TTJç KapSias eïooj Trép,if/et 81À tov toiovtov 10
o~)çf}p.aTos tov oojp.aTos. El 8e Kal 17 tov votjtov Orjpos 8vva-
p,is €7r' 6p.<j>aXov yaorpôç, à>s tov v6p.ov rfjs àp.aprtas èxei
to KpdTos éxovros Kal vop/fiv ainip 8i86vros, Siari fjjj « tov
avri.oTpaTev6p.evov e'/cetVoj tov vov v6p.ov », avrov Si' ev)(ijs
dmXi.op.evov, iiriarqoop.ev , tiç âv p.r) to 8ià « tov Xovrpov rrjç 15
TraXiyyevealas » Trvevp.a irovr\pov àireXadév, p,ed' CTepcov èirrà
Trovrjporépojv 7rvevp,d.TU>v èiriarpé^tav, avdis èyKaTotKioQfj
« Kal yévrjTat rà êo\aTa \etpqva tûv irpuiTiov ».

9. « Tlpôoe-^e oeavrœ » <f>-qoiv 6 Mœvorjç ' 7rajTt StjAovoti,


ov tivl p.èv twv o~â>v, tlvl 8 ov. Acà tivos ,' Tov vov rravrojs. 2°
0v8evl yàp âAAai 8vvœrov irpooé^eiv éavrœ vavri. Tavnjv
ovv èiriorqoov kul ifruxH Kal oajp.aTt tt^v <f>vXaKT]v ' 81 avrTJs
yàp Kal oa>p,aTiKÔ>v \\ Kal tfiv)(iKÛ>v Trovrjpwv 7Ta9j]p.âTOiv I f. "8r
ànaXXay^or) pa8lcos. Ueavrov toiwv TrpooTrjdi, oeavTtà
iTrlaTTjdi, aeavrov èntoKeifiai, pâXXov 8è irpoîoraoo ko! 25
è-TTiaKéiTTOv Kal eTa^e ' Kal yàp ovrcu rrjv odpKa à<f>7)vid£ov-
oav virorâ^eis TÔ> TIvevpaTi Kal « pfjpa Kpvmov èv tt\ Kap-
» Sia oov ov p.TjiTOTe yévrjrat. ». « 'Eàv irvevpa tov i£ov- [1113]
» cridÇovroç », tùjv TTOvrjpœv StjÀovoti Kal irvevpâTœv Kal

CVSLAPMi

I TT(<f>vKfv 6 iota âvdpunros ' ô faut âvOpwnos irtipVKe P || 5 toi : to VS |] 12 «ai


post «ir add. V | 14 voû : vôpov AMi J 15 cmar^acofiev Mi | tô 8ià : Sià tô P || 19
■nov post iravr\ add. A || BtjXovôti : Si)\aS-q Mi | 23 ifjvxiKwv : TrvcvfiaTiKÛiv A J 24
owaAAayijo-ct A || 26-27 àfaviâÇovoav : àtpavî^ovoav V || 29 SijAokôri : SijAaSi; Mi.
92 GRÉGOIRE PALAMAS

plutôt prends garde à toi, veille et surveille-toi ! Car c'est ainsi


que tu soumettras à l'esprit la chair révoltée et il n'y
aura plus jamais dans ton cœur de parole trompeuse l. Si
l'esprit de celui qui domine (c'est-à-dire celui des mauvais
esprits et des mauvaises passions) s'élève contre toi, dit l'Ec-
clésiaste, ne quitte point ta place \ c'est-à-dire ne laisse sans
surveillance aucune partie de ton âme, aucun membre de ton
corps. Ainsi, en effet, tu deviendras inaccessible aux esprits
qui t'attaquent par en bas et tu te présenteras à celui qui scrute
les reins et les cœurs 3 avec assurance et sans qu'il te scrute, car
tu te les auras scrutés toi-même. Paul dit en effet : Si nous nous
jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés *. Tu auras la bien
heureuse expérience de David et tu t'adresseras toi-même à Dieu
en disant : Les ténèbres ne seront plus obscures grâce à toi et la nuit
sera pour moi aussi claire que le jour, car c'est toi qui as pris posses
sion de mes reins 5. David dit ici : Non seulement tu as fait tiens tous
les désirs de mon âme, mais si dans mon corps il y a un foyer de ces
désirs, il est retourné à son origine, il s'est attaché à toi par cette
origine, il s'est élevé et uni à toi. En effet, comme ceux qui s'adon
nent aux plaisirs sensibles et corruptibles épuisent le désir tout
entier de leur âme dans la chair, deviennent ainsi tout entiers
« chair » et comme, suivant l'Écriture, l'Esprit de Dieu ne peut
demeurer en eux 8, ainsi ceux qui ont élevé leur esprit vers Dieu
et exalté leur âme par la passion de Dieu, voient leur chair se
transformer, s'élever également, partager la divine communion,
devenir, elle aussi, un domaine et une maison de Dieu, car elle
n'est plus le siège de l'inimitié à l'égard de Dieu et ne possède plus
de désirs contraires à l'Esprit.

Le sobriquet d'«om- 10. — Quel est, entre la chair et l'intel-


phalopsyques»: une lect> le heu le plus approprié pour l'esprit
ta omnie. ^ monte sur nous d'en bas ? N'est-ce
pas la chair, qui n'abrite rien de bon, dit l'Apôtre, tant que la loi

' Deutér., XV, 9.


• EccUs.. X, 4.
» Ps. VII, 10 ; Apoc, II, 23.
« /Cor., XI, 31.
• Ps. CXXXVIII (CXXXIX), 12-13.
• Gen., VI, 4.
TRIADE I, 2, 9-IO 93

■naOrjfjiâTiov , « àvafifj ent. ai » <j>rjaw 6 ' EKKXrjaiaarrjç « t6-


» irov aov firj à<f>ijs », TovrioTi pr) ipv)(fjç p.ipoç, p.r) piXos
ocûp.aToç àverrlaKOTrov idarjs- Ovtoj yàp Kal tôjv Karcuôev
iTTTjpea^ôvTOJV Trv€vp.àru)V àvwTepos oiayevrjar) Kal « t<3
» èrâtpvTi Kapoias Kai v€<f>povç », ci? avToç ravra npocrd- 5
aaç, àveÇeraioTios Trapaaryor) p.erà 7rapp-qaîas. « El yàp
» cauroùs €KpCvop.ev, ovk àv iKpiv6p.eôa », TlavXos iartv
6 Xiyatv. Kal rô tov Aavlo Tradœv paKcipiov €K€Îvo Trâdos,
Kal avros irpos tov Oeov ipcîs Sri « otcotoç ov oKoriodr)-
» aérai àno aov Kal vi>£ ws r/p-ipa <f>u>Tia0i]O€Tal pot ôVt 10
» ait €KTTjoa) tovs v€<f>pov<s p.ov ». « Ov to rfjs ip.fjs » <j>i)ai,
* 'ftvxys pôvov iiridvp.7)TiKov 5Xov aov elpydaoj, àXXà Kal
» ci rt iv tô> aa>p.ari Tavrrjs rrjs i7r1.dvp.ias Çu)7rvpov Trpoç
» tt/v ip/rroiovaav emarpiiffav, 81 avrfjs irpos ai àvi-nTr)
» Kal aov i£rjpn)Tai Kal aol KoXXârai ». 'Qç yàp toîç tôjv 15
alodrjTÛiv Kal <f>dapTâ)v rjSovwv àvT€)(op,ivois rô rfjç fax*!*
irndvpovv SXov Kevovrai irpos ttjv aâpKa Kal 8ià tovto ôXoi
« adpKes » ylvovrat koI tÔ Ilvevpa tov Oeov, Karà rô yeypap.-
p.évov, ovk ivi Karap.ivctv iv avroîç, ovtoj toîs àvvifiœ-
aaai tov vovv irpos tov Seov Kal tov Ociov itoOov ttjv ^jv\t)v 20
i£r)prr)p.ivois, Kal r) aàp£ p.€TaoKeva£op,évr) ovvavvipovraL
re #ccu avvaTToXavei ttjs Oeîas Koivœvias Kai KTrjp.a /cai
avn) yiveTai Kal oiKTj/xa 0eov, pr/Kir' ivoiKovpovaav €\ovaa
ttjv irpos Oeov é)(9pav, p.7)8è Karà tov IJv€vp.aTos i7ri.9vp.ovaa.

10. Tls oè Kal 6 p,âXXov €7nrqheios tottoç tû> KaTcodev 25


i<f>' r)p.âs àvLovri TrvevpaTi, aapKos Kai vov ,' Oi>x ~f} adp£,
èv fi Kal 6 ''AttootoXÔs <f>r)Oi. p-qoèv àyaQôv rrpo tov ey/caroi-
Ktadrjvai tov vôp.ov ttjs Çojtjs oikcîv ; TavTrjv ovkovv Kal

CVSLAPMi
II €KTtoto A [ II -12 <f>rjai <l>vxî}S '■ >I>VXV^ ^"î"» A | 14 tmorpti/iav : iirooTpfi/iav
P H 18-19 tcarà ro yeypapfiévov om. Mi || 23 ytverax Kal otKrjfta : Kal oÏKijua yîverat
A j| 26 vov : vovç Mi.
94 GREGOIRE PALAMAS

de la vie ne vient pas y habiter * ? Il faut donc, à plus forte raison,


ne jamais relâcher notre attention à son égard. Comment faire
pour qu'elle nous appartienne, pour que nous ne la perdions pas ?
Comment empêcherons-nous le Malin de monter vers elle,
nous qui ne savons pas encore rejeter le mal spirituellement par
des moyens spirituels, à moins de nous éduquer à prendre garde
à nous-mêmes par l'attitude extérieure ? Et pourquoi ai-je
mentionné les novices, alors qu'il y en a de plus parfaits qui adop
tèrent cette attitude durant la prière et attirèrent sur eux la
bienveillance de Dieu ? Certains d'entre eux ont vécu après
le Christ, mais d'autres ont précédé sa venue parmi nous.
Élie lui-même, le plus parfait de ceux qui ont vu Dieu, ayant
appuyé sa tête sur ses genoux et ayant ainsi rassemblé avec une
grande peine son esprit en lui-même, mit fin à une sécheresse de
plusieurs années 2. Tandis que ces gens dont tu nous dis, frère,
qu'ils parlent ainsi, ils paraissent souffrir de la maladie des phari
siens : ils ne veulent pas surveiller et purifier l'intérieur du vase s,
c'est-à-dire leur cœur, et, méprisant les traditions des Pères, ils
cherchent à avoir sur tous la préséance, comme de nouveaux
maîtres de la loi ; ils dédaignent eux-mêmes la forme de prière que
le Seigneur a justifiée chez le publicain et conseillent aux autres
de ne pas s'y conformer dans leur prière. Le Seigneur dit en effet
dans les Évangiles : 77 n'osait même pas lever les yeux au ciel *.
C'est bien lui que cherchent à imiter ceux qui appliquent leur vue
sur eux-mêmes, tandis que ces gens les traitent d'« omphalo-
psyques » 5 pour calomnier manifestement leurs adversaires.
Qui, en effet, parmi ces derniers, a jamais dit que l'âme était au
nombril ?

1 Cii Rom., VIII, ii.


* Cfr /// (I) Rois, XVIII, 42-45. Passage repris textuellement de la deuxième
lettre de Palamas à Barlaam. Cois!, ioo, fol. ioov.
* Cfr Matth., XXIII, 25 ; Luc, XI, 39.
« Luc, XVIII, 13.
* Dans la deuxième lettre à Barlaam, dont le texte, vraisemblablement contem
porain, coïncide parfois mot pour mot avec cet exposé, Palamas précise : nixpôs
owroîr e'irl ovvôSov Kartarq «anjyopoî, ô^aAo^tîxouî oVo/xcî£a>i' uvtovs (Coïsl. 100,
fol. ioov). Le Calabrais avait donc déjà porté plainte au Synode contre les
hésychastes, ce qui justifie un peu l'indignation de Palamas. Barlaam prétendit
cependant que l'accusation portée par lui contre tous les hésychastes lui évitait de
TRIADE I, 2, 10 95

p.âXXov Set fj.j)hiiTOT à<p€Îa0ai irpoooxfjs. FIws yap av rjp.<ôv


€itj; IJœç 8' âv p,r) à<f>wp,ev rairrqv; Ilœs 8' âv àiroKpov-
aalpeda tt)v npos avrr)v dvo8ov tov Trovr\pov, Kal pdXioO
ol p.r\Ttit> irvevfiaTiKÔJs eiSôVeç âvreiriévai toÎs 7rvcvp,aTtKoîs
Trjç Trovrjptas, el p.r) Kal Sià tov eÇœ o^/xaroç r)p,âs avrovs 5
7ra.i8evaop.cv irpoaiytw éavroîs ; Kal ri Xéyw tous apri
cVi^SaAAo/icvous, ôVe Kal tcjv TeXeojTépojv eioiv oi toutai
Xpr)odp.cvoi t<3 axîp,aTi Karà •n^i' Trpooevx^v evrJKOov ro
deîov €o~xov, où p.6vov tô>v p.erà Xpiorôv, àXXà Kal twv
Ttpo ttjs aùroû rrpoç r)p,âç \\ €7ri8r]p,Ut.s. Kal avroç yàp 6 io|f. n8v
tt)v deomiav TeXeotraros 'HXlaç, ttjv K€<j>aXr)v toîç yôvaaiv
epçiaas Kau ovtoj tov vovv et,s èavrov kul tov 0e6v <f>iXo7rovoj-
repov ovvayayojv, tov iroXveTrj ckcIvov eXvoev avxp-ôv.
Ovtol 8é fiot hoKovoiv, àoeXtpé, irap cov aKrjKoévai Taûra
Aeyeis', vooeîv tt)v tô>v <paptaalcov vôaov, 816 /cat tÔ ëoœdev 15
toû TTO-rrjpiov, 8rjXa8r) rf/v «auraV KapSlav, €7naK€Trrecr9ai
Kal KaOalpetv ovk idéXovat Kal raïs TraTpiKaîç p.r) aroi^ovvTes
7Tapa86o-ecn oTrevSovmv avrol TrpoKadrjodai. Trdvrœv, ojç «ai-
voi vop.o8i8do~KaXoi ' to tc ax^jp-a ttjs 8e8i.Kaiœp.€V7]s TeXojviKrjs
€VX.TJS £K€lV7jS aVTOL T€ aTTaÇlOVOl Kal TOVS dXXoVS TÔ)V 1°
ev)(op.éviov irapaivovot, p.r) TrpooUoôai. Kaddrrep yàp èv
evayycXîois <f>rjolv 6 Kvpios' h'Ekcîvos ovk rjOeXcv ov8è [1116]
» tou? o<f>daXp.ovs eis tov ovpavov apai ». Tovrov 8r) ^r/XoGaiv,
ol iavToîs èv tô> cv^eodat. Trpooéxovres tt)v oiftiv, ol 8'
« âp.<f>aXoi(ivxovs * tovtovs ovop.dZ,ovr€ç, rrpàs tô> ctvko- 25
<f>avT€Îv oa<pâ>s wv KaTTjyopovm. Tls ydp ttotc toxjtwv cV
op.<f>aXov Xéyei ttjv tftvxW »

CVSLAPMi
1 /iijScVoTt A I à» om. CLAPMi [2/1^ on. Mi Q 3 iiâXurS' : /la.Wra Mi [ 10
'qfiâs : Vflâs Mi | 23 $17 : Se Mi || 26 oatf>œs '. ootfxZs Mi.
96 GRÉGOIRE PALAMAS

Pourquoi pas «coe- 11. — Ce sont donc là des gens qui


liopsyques »? se livrent manifestement à la calomnie ;
de plus, ils outragent ouvertement des
hommes dignes d'éloges, tout en prétendant redresser les
erreurs. Ce n'est pas la cause de la vie hésychaste et de la
vérité qui les pousse à écrire, mais la vanité ; ce n'est pas
le désir d'amener à la sobriété, mais d'en éloigner 1. Par tous
les moyens, ils s'efforcent de jeter le discrédit sur l'œuvre
même et sur ceux qui s'y adonnent comme il convient, en
trouvant un prétexte dans les pratiques qui y correspondent.
De tels gens seraient prêts à traiter de « coeliopsyque » celui qui
a dit : La loi de Dieu est au milieu de mon ventre *, et aussi celui
qui s'exclama : Mon ventre résonnera comme une cithare et mes
entrailles, comme une muraille d'airain que tu as refaite à neuf 3.
Ils calomnieraient bien sans distinction tous ceux qui emploient
des symboles corporels pour représenter, désigner et rechercher
les choses intelligibles, divines et spirituelles. Mais les saints n'en
souffriront aucunement : ils recevront, au contraire, des louanges
et des couronnes encore plus nombreuses, tandis que ces gens
demeureront en dehors des voiles sacrés et ne pourront même
pas contempler les ombres de la vérité *. Et il est fort à craindre
qu'ils n'aient à payer par une condamnation éternelle, car non
seulement ils se sont séparés des saints, mais ils s'y sont attaqués
par leurs paroles.

dénoncer nommément les coupables (Epist. V, à Ignace, édit. Schirô, p. 324).


Il fut débouté de sa plainte par le patriarche Jean Calécas (Philothée, Encomion
de Palamas, PG, CLI, 584 D-585 AB) ; cfr introd., p. xiv-xviii.
1 Barlaam conseille en effet à Ignace d'abandonner la « sobriété » des hésychas-
tes (tô AcycSficva nj7rT«cô) et d'en chercher une autre (âAAi}t> riva vrjijnv {i}t€i),
Epist. IV, p. 318.
* Ps. XXXIX (XL), 8 (remarquer dans le texte des LXX la variante KotMas-
Kap&tas) .
* Cfr Is., XVI, 11.
* Barlaam prônait lui-même l'incognoscibilité de Dieu et ne prétendait voir
que des ombres et des images (Epist. I, à Palamas, édit. Schirô, p. 229).
TRIADE I, 2, II 97

11. ripos yovv tô> yevéadat SrjXovs <TVKO<f>avriKws èiri-


Bcfiévovç kcli vflpurràç rœv iirau>ovp.(.vojv <x<f>âs avrovs
!8et£av ôvras, àAA' ov oiopdajràs twv a<j>aXXop.€voiv, ov8'
7)ovxlas êvticev Kal aXr^Oeias, àAAà Kevo8o£îas X°i°iv
ypâ<j>ovras, ovo' 'va rrpoç vrjtpiv ivaydywmv, àAA' Iva rijs 5
ih^ipeœs aTraydyœoiv . Avto yàp to êpyov Kal tovs tu/AcÀâ>s•
itT€iXrfp.fX€Vovs tovtov iravrl TpoTrw (rrrevSovaiv i£ avrrjs
TTJs KaTaXXrjXov TrpdÇccus i£ov9eveîv. 01 toiovtoi Se paStws
Kal tov iiTTÔvra ws « ô vôp.os tov 0€ov iv p,éou> Ttjç xoiXias
» p,ov » Kai tov ecpTjKOTa 7rpos Oeov 5n « r) #co«Aia p.ov rf^aei io
» <l>s Kiddpa Kal Ta èvros pov woel rct^oç ^aAxoûv ô èvc-
» Kalviaas » KoiXioiftvxovs av Tr/ootrayo/îc vaeia^ *cai koivt}
navras SiajSàAoïev toÙj 8ià awpariKwv ovp,fi6Xujv rà voepà
Kal delà Kal Tivcvp.aTt.Ka TvrrovvTas Kal KaXovvTas Kal àvi%-
vevovras. 'AXX* cKelvois uèv rrapà tovto fiXdfios èiroiaov- 15
aiv ovoév, p.âXXov p.èv ovv Kal p.aKapiap.â)V npôÇevoi yevrf-
crovTOi Kal pelÇovos TrpoadrjKrjs tô>v èv ovpavoîs (rre<f>ava)V,
avrol Se Kal tG>v Upœv 7rapaTT€Tacrp,dTiov c^to p.evovai Kai
ovSè rrpos ràs okiÀs ZÇovaiv drevî^eiv rfjs àXrjdeias, iroXv
8è rô Séos p.r) Kal SIktjv riaotaiv alwviov, ovk àxroSiaaTei- 20
Xavres p.6vov èavrovs rœv âylutv, àAAà Kal Kar' avrâiv
rô) Xôycp xœprjoavres.

CVSLAPMi

4 ivtKiv Ktù àXi)6tias : irai à\i)8ttas h>(K€v P J 13 £<a/9âAAoiev PMi j 15 irapà


toûto «ni. P II 16-17 TTpôÇcioi ytvTjOOvrai : yfVTJoovTai -npoÇivoi P | 20 rioiaaiv : riaov-
Mi
98 GRÉGOIRE PALAMAS

Les maîtres de Thé- 12. — Tu connais, en effet, la Vie de


sychasme. Syméon le Nouveau Théologien 1 : pres
que d'un bout à l'autre, c'est un mira
cle ; car Dieu l'a glorifié de miracles surnaturels ; tu connais
aussi ses écrits : si on les appelait des « écrits de vie », on
ne se tromperait aucunement. Tu connais aussi saint Nicé-
phore qui a passé de longues années dans le désert et
dans l'hésychie, qui séjourna ensuite dans les parties les plus
désertiques de la Sainte Montagne et ne s'y laissa aucun répit ;
il nous a transmis la pratique de la sobriété, l'ayant cueillie
dans tous les écrits des Pères 2. Ces deux saints enseignent
clairement à ceux qui ont choisi cette voie les pratiques que cer
tains combattent 3, comme tu nous le rapportes. Et pourquoi
se borner aux saints du passé ? Des hommes, en effet, qui ont
témoigné peu de temps avant nous et qui sont reconnus comme
ayant possédé la puissance de l'Esprit Saint nous ont transmis
ces choses de leur propre bouche : ce théologien, par exemple,
ce véritable Théologien, le plus sûr des contemplateurs des véri
tables mystères de Dieu, qui fut célèbre de notre temps ; je veux
parler de Théolepte, celui qui vraiment fut « inspiré par Dieu » *,
l'évêque de Philadelphie, celui plutôt qui de Philadelphie, comme
d'un chandelier, illumina le monde entier. Et cet Athanase qui
orna durant un bon nombre d'années le trône patriarcal et dont
Dieu honora le cercueil. Et Nil, originaire d'Italie, imitateur du
grand Nil, Séliotès et Élie, qui ne lui ont été en rien inférieurs,
Gabriel et Athanase, qui ont été jugés dignes d'un charisme
prophétique 6. C'est d'eux tous que je veux parler et de beaucoup
d'autres avant eux, avec eux et après eux : ils encouragent et

1 11 s'agit probablement de l'œuvre de Nicétas Stéthatos, publiée par I. Haus-


herr, Orient. Christ., t. XII, n° 45, 1928.
• Le De cordis custodia de Nicéphore constitue, en effet, un florilège de textes
patristiques ou hagiographiques, auxquels est accolée une brève notice sur la
méthode psychophysique (PG, CXLVII, 945-966); cfr introd., pp. XXVIII-
XXXIII.
• Syméon et Nicéphore sont tous deux considérés par Palamas comme les
maîtres de la méthode psychophysique. Ses sources attribuaient donc certainement
la Méthode éditée par I. Hausherr à Syméon le Nouveau Théologien.
4 Jeu de mots sur le prénom « Théolepte ».
• Pour les mr.itres de l'hésychasme du XIV» siècle, voir introd., pp. XXXVIII-
XXII.
TRIADE I, 2, 12 99

12. Evp,eâ>vos yàp tov véov OeoXôyov tov fllov oloda,


davjxâ T€ ovra iràvTa cr^eSôv Kal 8t' îmep<f>vwv 9avp.arœv
vno Oeov 8e8o£ao~p,évov, rd re ovyypdp.p.aTa avrov, avyypdp.-
fiara Çoirjç evnwv ris, ovk aV â/xap-rot tov TTpoarjKovros, \\ I *• ,I9»'
Kal NiKT]<t>6pov 8è tov ôoiov eKeîvov 5s, 7roXveTrj ^pôvov 5
èv ■qpep.la Kal ijcrw^i'a 8ieveyKœv, etrena toîs èpnqpLiKoyrépois
p.épeai tov âyiov 5povs e/x^iAo^cup^o-aç Kal dirao^oX-fjoas
èavrôv, è/c naoœv tG>v TrarpiKwv (fxovœv avvetXo^ws , ttjv
v7]tttik7)v rjp.1v avTijjv irapa8é8(DKe irpâÇiv. Ovtoi toLvw
Tovd' 5nep àvarpérreiv <{>rjç rivas oa<f><os toÎs 7rpoaipovp.évci.s IO
elarjyovvrai.. Kal tl Ac'ya» tovs TroÀttioù? tû>v àyltxiv ; "Av8pes
yàp fiLKpâ) trpo T\p.<hv p.ep.apTvprjp.ê'voi Kal àTro8e8eiyp.évoi
èv 8vvdp.a TJvevp.aT0S àyiov raû^' -qp.lv Stà oto/zo.tos' oikclov
Trapé8wKav, tov tc OeoXôyov tovtov, ojs aXrjOœs OeoXôyov
Kal T7JS àXyOelas tôjv Oeov p.vo-rr\pLix)v èirÔTn-rjv àa<paXéara- 15
tov, €<^' •qp.wv àveK-f)pvTTOv , tov <f>epu)vvp.a)S OeéXrjiTTOV
eKeîvov aKoveis, tov &iXa8eX<f>€las vpôehpov, p.âXXov 8'
<Î7rà Tavrrjs <ôç awô Xv^yias tov Koo~p.ov (fxuTtoavTa, tov
'AOavdoiov eKeîvov, os eV èviavTovs ovk oXiyovs tov -naTpi-
apXLKOV €K6ap.rjae Opôvov, ov Kal ttjv aopov 6 &eôs èrip-rjoe, 20
NeîXov eKeîvov, tov i£ 'ItoXcôv, tov toû p.eydXov £,rjXuiTr)v
NeiXov, tov EeXiwTTjv Kal tov 'HXlav, tovs p.T)8èv àiroBéoiTas
eKeîvov, rafipiTjX Kal 'Adavdoiov, tovs Kal Trpo<pr)TiKOV
%apiap.aTOS r)£ia>p.évovs. Tovtovs navras ndvTajs aKoveis
Kai noXXovs âXXovs Trpo aiiTwv Te Kal ovv avroîs Kal p.er' 25
avrovs yeyovoTas, eTraivovvTas Kal irapaivovvTas KaTeyeiv
tovs fiovXop.évovs ttjv TrapdSooLV TavTTjV, rjv ol véoi StSaa-
koXoi TTJs Tjcru^t'as-, ol p.r)b" ï^vos ijotr^i'aç elSoTes, p-r)8' [1117-1118]
airo Tteipas, aXX airo XoyoXeo^las vovôeTovvTes, àOeTeîv
Kal p.eTa8i8doKeiv Kal èÇovdeveîv neipwvTai., -npos ovhèv 3°
■)(pnqaip.ov Ttôv aKovôvTœv. 'Hp,eîs 8è Kal tô>v àyltov eKelvcov

CVSLAPMi (a linea 23 déficit V).

I BtoXôyov in marg. A || 3 toû post ivi add. S j| 4 ày-àpTr) S || 6 «V ■qpf/j.iq. K.


■qa. buvtyicdiv : hifv. iv f/p. k. -qa. V || g tiiiIv airâv : clvtwv r/iiîv A II napaSf'SajKc :
napîSwKt CMi [| 13 ravd' : irâvS' Mi || 20 Spovov : xp°vov C |J 24 wài-Taç ont. Mi Q
•nâvrats Otn. C.
IOO GRÉGOIRE PALAMAS

exhortent ceux qui désirent garder cette tradition, alors que ces
nouveaux maîtres de l'hésychie n'en connaissent même pas une
trace et veulent nous admonester non par leur expérience, mais
par leurs bavardages, en cherchant à rejeter, à déformer, va
rendre méprisable la tradition, sans aucun profit pour leurs audi
teurs. Mais nous, nous avons personnellement conversé "avec
certains de ces saints et ils furent nos maîtres 1. Comment donc ?
Compterons-nous pour rien ceux qui ont reçu l'enseignement
de l'expérience et de la grâce pour nous incliner devant ceux qui
se sont mis à enseigner par orgueil et en cherchant des querelles de
mots ? Cela ne sera pas, jamais ! Et toi, éloigne-toi donc de ces
gens-là et adresse-toi sagement à toi-même avec David en disant :
Mon âme, bénis le Seigneur, et que tout ce qui est en moi bénisse
son saint nom 2 ! Laisse-toi convaincre par les Pères, écoute-les te
conseiller la manière de faire rentrer ton esprit à l'intérieur de
toi-même.

1 Palamas fut initié à la vie hésychaste par Théolcpte de Philndclphie (Pim.o-


thée, Encomion, PG, CLI, 561 A).
» Ps. Cil (CI1I), 1.
TRIADE I, 2, 12 101

eortv ois avTOTTpoaœirœs (LfnXrjoauev Kal oioaoKÔXois


ixpTjaa.fi.eda. Tlœs ovv tovtovs nap' ovoèv Oéfievoi, tovs
Kal -neipa Kal \âpiTi 0€Oioayp,évovs, toîs àno Tv<fx>v Kal
Aoyo/xa^ia? èirl ro StodaKeiv \oiprf\aaaiv elÇofiev ; Ovk
éarai tovto, ovk Iotcu. Kal av rolvw tovs toiovtovs àrrorpé-
ttov /xerà tov ÂavlS avverws ccauTÔ) 77y>o<7ÀaAcDi' ' « EvXôyei,
* V foxi rl0V> T0V Kvpiov Kal -navra rà èvrôs uov to 5vop.a
* to âyiov avrov » ' aeavrôv re ircidrjviov TTap€\atv toîs
narpaaiv, aKove ttws eïaw Trcfnreiv àcl tov vovv irporpé-
TTovrai..

CSLAI'Mi
2-3 *aî />os/ tous om. L | 4 â^w/nv Mi H fi auv«Ta>î atavrm : otavriô ovvtrws V.
TROISIÈME QUESTION

Quels sont les vrais Je comprends mieux maintenant, Père :


signes de la pré- jes accusateurs des hésychastes ne pos-
sence divine ? > -, , pas la
sedent , connaissance provenant.
des œuvres et ils ignorent celle qui provient de l'expérience de
la vie, la seule certaine et irréfutable ; bien plus, ils refusent abso
lument d'écouter la voix des Pères. Ils se gonflent en vain d'orgueil,
suivant l'Apôtre, et s'occupent de ce qu'ils n'ont pas vu avec
l'esprit de leur chair l. Ils se sont tellement écartés du droit che
min que, tout en calomniant ouvertement les saints, ils ne sont en
rien d'accord avec eux-mêmes. C'est pourquoi, en entreprenant
de parler de l'illumination, ils considèrent comme une illusion
toute illumination accessible aux sens ; eux-mêmes, ils affirment
pourtant que toute illumination divine est une illumination acces
sible aux sens ; d'après eux, toutes les illuminations qui se sont
produites sous l'ancienne loi avant la venue du Christ, chez les
Juifs et chez les prophètes de ce peuple, étaient des illuminations
symboliques ; et ils disent clairement que celle qui s'est produite
au Thabor, au moment de la Transfiguration du Sauveur, celle
qui eut lieu au moment de la descente du Saint-Esprit et toutes
les autres illuminations semblables étaient accessibles aux sens.
D'après eux, seule la connaissance est une illumination qui sur
passe les sens et ils déclarent par conséquent qu'elle est supérieure
à la lumière et qu'elle constitue la fin de toute contemplation.
Je te raconterai ici en résumé ce qu'ils affirment avoir entendu
auprès de certains 2. Je te prie donc de me venir en aide et de
croire que je n'ai jamais entendu rien de pareil auprès des hésy
chastes, que je ne puis donc me persuader que ces gens aient pu
entendre ce genre de choses auprès de l'un des nôtres. Ils préten-

1 Cfr Col., II, 18 (variante).


* Il s'agit des récits de Barlaam sur les pratiques spirituelles des hésychastes,
voir Epist. V, à Ignace (édit. Schirô, p. 323-324).
'EPQTHZIZ TPITH

"Apri, Trdrep, àKpifiéarepov eyvœv p.rf p.6vov tt\v dira


tô>v tpyoiv ovk e^ovras cï8r)oiv, p.i]8è rfjs dira tov fiiov
ireîpaç, r) Kal p.6vrj fiefiala Kal dvcÇcXeyKTOç, dveinyvd)p.o-
vaç ôvraç tovs Karà twv ^avyaXflvroiv ypd<f>ovras , aAAa 5
Kal TÔ>v II irarpiKwv Xoyajv avr/Koovs TTa.vr6.iTa.oiv. « EIkt} 1 f. 119"
» 8r) 4>vaiovjL€voL » icaTa tov 'AitootoXov « Kal â p.7] écopd-
» Kaaiv ip.f$aT€VovT€S vtto tov vooç ttjs aapKos ainwv », ei?
tooovtov èÇeTpdirrjoav ttjs evdeîas, û>s ckcivovs p.èv ovko-
<f>avreîv <f>av€pws, êavToîs 8è /x^S' ôirataovv ovp.<f>u>veîv ' 10
816 Kal ircpl <f>a>Ttop.ov Xéyeiv €7TixeipovvT€S dirayopevovoi
p.èv à)ç irXdvrjv irdvra <f>a>Tiop.6v aladrjaei. Xt/ittov, ol avrol
Se Kal Trdvra <f>umop.6v Oeîov alodrjaet Xéyovoi XtjittÔv, ovp.-
PoXikovs p.èv <f>doKovres tovs iv tw irdXai voua» irpo ttjs
Xpiorov Trapovaias iv 'IovSaloiç Kal toîs i£ avrœv TTpo<f>ij- 15
raiç yevopiévovs, aloOr/Tov 8è oa<f>â>s tov èv 0aj3a>pla> inl
tjj u€Tap.op<p<oo€i tov ZatTrjpos Kal tov eVJ ttjs tov àyiov
FJvevfiaTOS KaBôhov Kal 0001 /cai-' avrovs. 'Yirèp aïodrjoiv
8e <f>a>Tiop.6v, ttjv yvwoiv uôvrjv Xéyovoi, 810 Kal Tavrr/v
KpeiTTw tov <f>WTos Kal réXos Trdor/s àno^aîvovrai deatpias. 20
*A 8e <f>aoi Trapd twiov aKovoai, vvv wç èv jSpa^eî 001 8irjyfj-
ooaai. IJapaKaXâ) 8' dvéx*o6at uov Kal 8iavoeîo9ai <l>s
irap' ov8evos iyôi itotc Toiavr' aKOvoas twv rjovxa^ôvTatv ,
ov 8vvaaai neîdciv iuavrov wç iKeîvoi toiovto ti Trapd
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