Vous êtes sur la page 1sur 30

VITALY MALKIN

La Marche
à rebours
La laïcité au fond du gouffre
La Marche
à rebours
La laïcité au fond du gouffre
Il m’aura fallu longtemps, je crois, avant de réaliser combien les re-
ligions avaient envahi nos vies. L’évidence ne m’était jamais appa-
rue aussi claire que lorsque récemment, j’eus à prendre l’avion pour
Londres depuis Tel-Aviv. Il y avait parmi les passagers un groupe
de jeunes hommes ultra-orthodoxes de retour de pèlerinage. Ces re-
ligieux avaient passé plusieurs jours sur les tombes des tzadikim. Il
n’avait pas fallu longtemps pour que le petit groupe se mette à prier
comme si personne ne les entendait. Leurs chants, tristes et mélan-
coliques, s’élevaient dans les airs. Ils avaient tant d’amour pour Dieu…
Et si peu de respect pour les autres !

Les passagers ne s’étaient pas fait prier, eux, pour aller s’en plaindre à
l’hôtesse. Il n’était pas normal, disaient-ils, qu’on empêche les voya-
geurs de se reposer. L’hôtesse avait paru choquée de ces réactions  :
« Ce sont les croyants ! Ils prient Dieu ! » avait-elle lancé à l’un d’eux,
un peu trop insistant. Il lui semblait inadmissible que l’on puisse ve-
nir se plaindre auprès d’elle à ce sujet. Dans son regard se lisait la
désapprobation de cette femme pour ces passagers ingrats. Ses yeux
semblaient condamner leur manque de tolérance à l’égard des « saints
hommes » assis à l’arrière de l’avion.

Était-ce leur faute si la majorité des passagers avait envie de dormir ?


Tout le monde aurait préféré dormir en silence, mais personne, je
dis bien personne, n’osait bouger un doigt pour le faire savoir à ces
religieux. Bien au contraire, les passagers préféraient faire comme si
de rien n’était et sacrifier quelques heures de sommeil à leur absence
d’esprit critique. Au nom du « respect » des religions, un consensus
s’était emparé de l’avion. Pourquoi était-ce à ces passagers de res-
pecter des croyances qu’ils n’avaient pas décidé de suivre ? Nul ne le
savait… Et ces hommes, pourquoi n’étaient-ils pas tenus de respecter
le silence des autres ?

Je me suis demandé ce qui serait arrivé si, moi, homme de peu de


religion, je m’étais mis à chanter, ou, disons, à prier Zeus au beau mi-
lieu de l’avion. En quoi étais-je différent de ces hommes ? Pourquoi
ce qui leur était permis ne l’était pas à nous, simples mortels ? C’est
alors que je me mis en tête de comprendre ce qui s’était passé au cours
de ce vol et comment la religion avait pu devenir à ce point puissante
qu’elle censurait ses adversaires au nom de la « sainte » règle du res-
pect envers les croyants.

Quod licet Iovi, non licet bovi.

Disons-le tout de suite : le respect de la religion est une utopie, une


chimère. Pour le dire d’un seul mot, une violence gratuite. Il est tout
à fait admis de critiquer les trotskistes, n’est-ce pas ? Alors, pourquoi
les religions seraient-elles épargnées ? Il n’est interdit nulle part, que
je sache, de mépriser les alcooliques, de détester les vegans, ou de
s’en prendre aux adeptes de la trottinette électrique. Alors, pourquoi
serait-on obligé de respecter les croyances des autres à tout prix  ?
Seules les religions semblent bénéficier de ce privilège, comme s’il fal-
lait à tout prix éviter de s’en prendre aux vaches sacrées ! Quelqu’un
s’est-il déjà posé la question, ne serait-ce qu’une seule fois, de savoir
pourquoi les croyances religieuses étaient respectées ?

La réponse est à chercher, à mon sens, dans cette notion qui interdit
tout questionnement sur les religions, ce fameux « respect » qui em-
pêche la curiosité de se satisfaire. Au siècle passé, la religion restait
un phénomène banal, et somme toute, assez ordinaire de la vie.
L’héritage des Lumières n’y était pas pour rien. Non seulement, la
religion n’était pas une question sensible comme elle l’est devenue
aujourd’hui, mais elle s’était en grande partie éclipsée, pour une part,
du fait de notre mode de vie. On pouvait ainsi discuter librement de
religions. Les mosquées, les temples, et les monastères accueillaient
leurs fidèles, et il aurait été impensable pour un croyant de manifes-
ter en public ses croyances en dehors des rares occasions où cela lui
était permis, lors des processions, ou des prières collectives à la fin du
Ramadan.

Il fut un temps où la religion savait se tenir à bonne distance de l’es-


pace public. Je crois qu’il est bel et bien enterré. On fait comme s’il
était normal que la religion reprenne la place qui était la sienne. De
manière assez insidieuse, la religion a déjà commencé son travail de
sape de notre société. La perception de nos concitoyens, ce que l’on
peut dire et ne peut pas dire, la façon dont on doit se comporter,
tous ces détails sont désormais soumis à la censure des calotins. Alors
qu’autrefois, un fidèle n’aurait jamais osé porter ses convictions haut
et fort, il se flatte, de nos jours, de pouvoir proclamer sa foi à tous les
vents. S’il le pouvait, il n’hésiterait pas à sortir habillé de son châle de
prière, ou de son chapeau, pour le faire savoir à tout le monde. L’ap-
partenance religieuse s’affiche partout, comme un blason médiéval à
la face de son adversaire. À la simple vue d’un foulard, d’une kippa, ou
d’un chapelet, il faudrait avoir le bon mot à dire, éviter telle expres-
sion, et respecter les croyances de ces personnes comme s’il en allait
de leur existence.

Alors que l’Europe assume de moins en moins son athéisme, la reli-


gion s’est offert un retour triomphal sur les cendres encore chaudes
de notre société. Dans plusieurs pays, les idéologies communautaires
ont fait de la religion un allié puissant contre l’Etat. En France, la
séparation de la religion et de l’ordre républicain s’abîme un peu plus
chaque jour. La société laïque est au bord de l’implosion, le fanatisme
a pris la place de la raison et les guerres religieuses menacent de nou-
veau la paix républicaine. La France reste l’héritière des idéaux de la
Révolution française. La laïcité y est encore le fondement de son ré-
gime et le socle de ses valeurs, mais la France se veut aussi pluraliste
et respectueuse de toutes les cultures. Si elle transforme la religion en
veau d’or, elle se trahit. Quand elle se trahit, elle bafoue ses grands
principes. La dérision et l’esprit voltairiens semblent de plus en plus
impensables dans ce pays si envié pour sa liberté d’expression.
Comment sortir de cette impasse opposant une religion en pleine ex-
pansion à une société laïque au bord de l’effondrement ? Est-il pos-
sible de préserver notre liberté de ne pas croire lorsque la religion
déforme à ce point la conscience de notre identité ? Doit-on surveil-
ler et punir, interdire et faire taire, en adressant ces fameux regards
silencieux que «  tout le monde doit comprendre  »  ? Ou bien est-il
temps de commencer une nouvelle époque, celle du laissez-faire, où
l’on pourra rire de tout, sans se soucier du « respect » des autres à
chaque moment ?

La guerre des identités


Le principal problème de notre société est de préserver la possibilité
d’un avenir en commun. Or, de plus en plus fréquemment, des indi-
vidus mettent en avant leur foi sur nos valeurs. Au nom de la religion,
ils exigent le respect de leur identité, qu’ils perçoivent comme plus
profonde que celle des non-croyants. Alors que certains philosophes,
comme Philippe Portier, parlent de la « valeur stabilisatrice et civili-
sationnelle des religions », je me vois contraint d’être politiquement
incorrect : cette valeur civilisationnelle de la religion était apparem-
ment en congé pendant les attaques du Bataclan, de Charlie Hebdo ou
la guerre en Syrie.

En Europe, il existe deux types de rapports entre la société et la reli-


gion : le sécularisme et le modèle républicain. Le sécularisme est un
héritage des Lumières. C’est l’un des acquis les plus spectaculaires de
la démocratie libérale. Le modèle républicain, lui, apparut en France
à la fin du XIXe siècle. Il se démarque par sa volonté de séparer la
religion de l’espace public. Pendant plus de deux siècles, le modèle
français a su résister aux coups dévastateurs des religions. Ce n’est
plus le cas aujourd’hui. Certains prétendent qu’il suffirait d’appliquer
correctement ce modèle pour pouvoir mettre fin à tous les problèmes.
Je n’y crois pas. Ce serait oublier que la laïcité française est porteuse
d’une histoire et que, comme toute histoire, sa force s’est construite
avec le temps et la persévérance de quelques rares courageux.

Histoire de la laïcité
Il ne faut jamais oublier que la laïcité est d’abord un combat. Un
combat qui commence en 1789, à la Révolution française. À l’époque,
les sans-culottes voient d’un très mauvais oeil les relations de l’Église
avec l’Ancien Régime. Ils reprochent aux catholiques de vou-
loir chercher le soutien du pape et de la monarchie absolue. Ces
liaisons dangereuses coûteront cher à l’Eglise au moment de la
Terreur. Les révolutionnaires n’hésiteront pas à massacrer plus de
10 000 membres du clergé pour ne pas avoir reconnu la République.
La Révolution aura fini par triompher de l’Eglise, mais à quel prix ?
La lutte qui opposera les tenants de l’Église aux partisans de la laïcité
continuera de faire rage pendant plus de deux siècles après.

Il aura fallu une révolution pour faire apparaître les deux principes
fondamentaux de la laïcité : la liberté religieuse et la séparation de
l’Église et de l’État. Arrivé au pouvoir le 18 Brumaire, Napoléon s’im-
pose comme un héritier de ces deux valeurs. Pris en tenaille entre
différentes influences, Bonaparte fera le choix du pragmatisme. Dès
le début du Consulat, le jeune empereur acquiert la conviction que les
masses ne se laisseront jamais gouverner sans le soutien de la reli-
gion, cette vieille lanterne, que le peuple avait appris à chérir depuis
tant de siècles ! En 1801, la France conclut le Concordat avec le Saint-
Siège en la personne de Pie VII. Cet accord restera en vigueur jusqu’à
l’adoption de la loi de 1905. À l’époque, des accords similaires furent
passés avec les protestants et les juifs. Les musulmans, encore peu
présents sur le territoire, furent épargnés.

Le Concordat retirait à l’Église toute influence sur les affaires de


l’Empire. Les biens qui lui avaient été confisqués ne lui seraient pas
rendus, les restrictions juridiques appliquées sans ménagement, et
enfin, l’État conserverait son indépendance vis-à-vis de la religion.
En retour, l’Église conserverait une place d’honneur parmi les autres
religions. Le Concordat donnerait à l’Empereur le droit de nommer
les évêques et aux autorités municipales, celui de définir le salaire des
prêtres locaux. Ainsi, fut confortée la primauté de l’État sur l’Église
sous Napoléon.

L’avènement de la IIIème République en 1870 a ranimé un conflit


vieux que l’on croyait alors éteint. Certains soutenaient le contrôle
total de l’Église par l’État, d’autres, leur séparation absolue. Soyons
clairs : de droite comme de gauche, quelles que fussent leurs points de
vues, il s’agissait en réalité de questions bien plus générales concer-
nant les principes de la République et le statut de ses citoyens. C’est
dans ces débats que la société française a pris conscience de la nécessi-
té impérieuse d’exclure la religion de l’espace public afin de construire
une société libre. Ou, si vous voulez, de séparer l’espace public de la
religion. Ainsi, après un siècle de débats, de compromis et de ten-
tatives infructueuses pour faire tomber le Concordat, ce dernier fut
annulé au profit de la loi 1905, la séparation des Églises et de l’État.

La conception de la société qu’elle défendait est restée connue sous le


beau nom de « laïcité ». Cette laïcité, si célèbre, n’est pourtant pas évi-
dente pour tout le monde. Que dit-elle ? D’abord, que la République
« assure la liberté de conscience » et « garantit le libre exercice des
cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de
l’ordre public ». Cela signifie que ce ne sont pas les religions fondées
sur les lois divines qui donnent l’existence à la République, mais cette
dernière qui, dans sa neutralité, reconnaît à tous le droit à l’existence.
Ces loi prend en compte le fait de ne croire en rien : l’État garantit le
droit à l’incroyance et à sa manifestation. N’étant lui-même le repré-
sentant d’aucun culte, l’État garantit l’existence des religions tant
qu’elles respectent les lois de la République. Il existe une formulation
plus élégante de ce principe : l’État doit être laïque précisément dans la
mesure où la société ne l’est pas. Le style d’un grand révolutionnaire
aurait pu résumer le slogan de l’État ainsi : soyons laïques pour dis-
penser le peuple de l’être !
Comme le montre parfaitement bien le philosophe André
Comte-Sponville, « La laïcité, ce n’est pas l’athéisme. Ce n’est pas l’ir-
réligion. Encore moins une religion de plus. La laïcité ne porte pas
sur Dieu, mais sur la société. Ce n’est pas une croyance; c’est un prin-
cipe, ou plusieurs : la neutralité de l’État vis-à-vis de toute religion
comme de toute métaphysique, son indépendance par rapport aux
Églises comme l’indépendance des Églises par rapport à lui, la liberté
de conscience et de culte, d’examen et de critique, l’absence de toute
religion officielle, de toute philosophie officielle, le droit en consé-
quence, pour chaque individu, de pratiquer la religion de son choix ou
de n’en pratiquer aucune, le droit de prier ou de blasphémer, tant que
cela ne trouble pas l’ordre public. Distinction des ordres : l’État ne doit
régner ni sur les esprits ni sur les coeurs. Il ne dit ni le vrai ni le bien,
mais seulement le légal et l’illégal. Il n’a pas de religion. Il n’a pas de
morale. Il n’a pas de doctrine. Dans un État vraiment laïque, il n’y a
pas de délit d’opinion. Chacun pense ce qu’il veut, croit ce qu’il veut.
Il doit rendre compte de ses actes, non de ses idées. De ce qu’il fait,
non de ce qu’il croit. »

De ce point de vue, il est fort logique que la République « ne recon-


naisse, ne salarie ni ne subventionne aucun culte « et interdise, en
dehors de quelques rares exceptions (bâtiments du culte, cimetières)
« d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les mo-
numents publics  ». En vérité, ces principes instaurent une rupture
entre la religion et l’espace public, un système de valeurs laïque, répu-
blicain. La religion sera désormais invitée à rester dans l’espace privé.
La République « ne reconnaît que des citoyens, quelles que soient leurs
origines, leur croyance ou leurs convictions ». Malgré la vitalité éton-
nante de cette loi, toujours en vigueur depuis 114 ans, les tentatives
pour la renverser n’ont pas cessé entretemps. Les attaques contre la
laïcité se sont multipliées depuis l’avènement de la Ve République en
1958. Aujourd’hui, hélas, la République rompt progressivement avec le
principe de séparation des Églises et de l’État. À qui revient la faute ?
Je ne sais pas, mais plusieurs partis, selon moi, portent leur part de
responsabilité.
Zero sum game
La religion et la politique chez
les « gaulois réfractaires »
Laïcité jupitérienne
On ne pourra pas trouver de position plus ambiguë que celle d’Em-
manuel Macron en la matière. À lire le programme du candidat de
2017, la sincérité de l’homme ne fait aucun doute  : «  La laïcité est
au coeur du pacte national français. C’est un principe de liberté qui
permet, dans l’espace public et la fraternité républicaine, de vivre
ensemble dans le respect des uns et des autres ». Dès les premières
pages, Emmanuel Macron semble accorder un statut particulier à l’is-
lam. Le président invite les Français à « aider les musulmans à pour-
suivre la structuration d’institutions représentatives de leur religion
pour lutter de façon déterminée contre toutes les dérives radicales qui
détournent les valeurs de cette religion ». Le chef de l’État ne serait-il
donc pas aussi neutre que l’exige la loi ?

Les discours du président sement également le doute sur ses inten-


tions. Au cours de sa campagne, le 9 avril 2017, il avait reconnu de-
vant la conférence des évêques de France que le lien entre l’Église
catholique et l’État « s’était abîmé ». En juillet 2017, il est allé encore
plus loin. Il avait déclaré vouloir s’inspirer de l’Église comme d’un
modèle de vivre-ensemble. Il ne disait pas, comme on a l’habitude
de l’entendre, que c’était à l’Église d’accepter la loi de la République,
mais bien que l’Église catholique faisait partie de la République, et
que dans ces circonstances, elle devait nous servir d’exemple à tous.
La position de Macron marque un recul progressif devant les prin-
cipes de 1905. Emmanuel Macron aime, de toute évidence, dialoguer
avec les représentants des religions. Il croit possible de laisser les reli-
gions s’exprimer en toute liberté, comme si ce droit d’expression pou-
vait raisonnablement trouver ses limites en lui-même. De mémoire
de philosophe, il n’y avait qu’Emmanuel Kant pour croire qu’il était
possible de contenir «  la religion dans les limites de la simple rai-
son ». Emmanuel Macron n’est pas Kant, il aurait beau jeu de définir
ces limites. Un débat sur l’expression rationnelle des religions dans
l’espace public risquerait de détruire à la fois l’esprit et la lettre de la
loi de 1905.

Enfin, Macron rejette l’idée d’une « religion républicaine » fondée sur


le principe de la République forte, notre maison à tous, et appelle à
laisser les religions monothéistes s’épanouir à l’intérieur de l’espace
public. Ces tentatives de retour en arrière finiront mal : c’est comme
si Macron appelait la société civile à dialoguer avec son potentiel
bourreau. Les exemples de ces « jeux de pouvoir » sont innombrables.
Qu’il suffise de rappeler ce qui s’est passé en Russie en 1917 : en ou-
vrant un dialogue avec les ouvriers « rationnels », le pays fut plongé
dans un bain de sang.

Je crois percevoir une autre contradiction dans la position d’Emmanuel


Macron : tout en rejetant les » racines chrétiennes » de la France, il pousse les catho-
liques à prendre position en s’appuyant sur leur spiritualité. Cette prise de
position me paraît extrêmement dangereuse ! Quid de l’islam ? Est-
ce que cela signifie que, compte tenu de l’égalité sacrée, l’islam aussi
doit prendre une position politique fondée sur ses propres valeurs ?

Tous ces « en même temps » me semblent aller dans le mauvais sens :
sous peu, on pourra choisir de vivre non pas selon les lois de la Ré-
publique, mais sous celles de la charia ! Je tiens à préciser que, à titre
personnel, je serais tout aussi écoeuré à l’idée de vivre sous des lois
catholiques… quoique je préfère encore vivre selon la charia... mais à
Dubaï !
Extrême-gauche  : France Insoumise
et Jean-Luc Mélenchon
La laïcité, mes chers camarades communistes s’en font encore une
autre idée. À les écouter, la laïcité ne servirait à rien d’autre qu’à di-
viser les opprimés et à les détourner de la seule lutte véritable, celle
pour la justice sociale. Affaiblie par le capitalisme, la société se frag-
menterait, selon eux, en différentes communautés, manipulées par
les extrémismes de tous bords au péril de la lutte des classes. Ces
vieilles idées, héritées de Karl Marx et aucunement remises en ques-
tion à la suite des boucheries soviétiques, me laissent comme un goût
amer.

Cependant, l’extrême-gauche reste fidèle à la conception la plus


stricte de la laïcité, déclarée « pilier de la République une et indivi-
sible », selon Jean-Luc Mélenchon. La France Insoumise refuse toute
forme de financement des organisations religieuses et critique de fa-
çon conséquente les hommes politiques pour leur connivence avec les
représentants des cultes religieux. Cette position, ferme, trouve en
moi son partisan le plus fidèle. Elle me semble d’autant plus porteuse
qu’elle étend la conception de la laïcité au-delà de la république et la
met au service de la lutte pour les droits des femmes et des homo-
sexuel(le)s, en dénonçant les règles religieuses en matière de sexualité
et de genre.

Laïcité socialiste
Les socialistes sont plus timorés. Pendant son mandat présidentiel,
François Hollande s’était lui-même décrit comme un partisan de la
« laïcité d’abstention » selon laquelle, chacun devrait pouvoir vivre sa
religion dans son espace privé. Il avait opposé l’esprit religieux et celui
de la démocratie, mais il s’est bien abstenu de retoucher la moindre
ligne à la loi de 1905.
Quelque peu naïfs, le programme de Hollande affirme que « toutes les
religions avaient la capacité de s’inscrire dans le cadre commun » - un
constat qui me semble, pour le moins, assez éloigné de la réalité. Il
suffit de regarder le christianisme, cette religion considérée comme
pacifique, et notamment ses avatars américains, pour comprendre
que ce fameux « cadre commun » n’est qu’une illusion de perspective.
L’islam est une religion tout aussi étrangère à la vie en communauté,
comprenant les incroyants, ou ceux qu’une petite fraction de l’islam
considérerait comme des hérétiques. Aux mains des extrémistes, la
religion se transforme en un terrible vecteur d’exclusion pour les per-
sonnes concernées. Ainsi, ce ne sont pas les musulmans qui intègrent
la société républicaine, mais plutôt certains Français qui se voient
entraîner dans le cadre de vie musulman.

Les Républicains
Pour la droite conservatrice et catholique, les origines chrétiennes
de la France appartiennent au patrimoine spirituel de la France. Le
quinquennat de Nicolas Sarkozy illustra à la perfection ce combat
politique et identitaire mené par la droite depuis plusieurs années.
Au cours de son mandat, l’ancien président a tenu à mettre en avant
les mérites d’une « laïcité positive ». Son but ? Mieux lutter contre les
ennemis du christianisme. Nicolas Sarkozy, en parlant bien évidem-
ment du christianisme seul, regrettait la séparation de la nation et de
l’Église. Il brocardait l’instituteur qui, selon lui, ne pourrait jamais
remplacer, le bon vieux curé de campagne. Il ne s’était pas même pri-
vé d’invoquer les fameuses « racines chrétiennes » de la France : « La
France est le fruit de ses racines chrétiennes. Notre devoir est de faire
en sorte que la France reste la France ! »

Cette position me laisse quelque peu sceptique. Reconnaître la reli-


gion comme un bienfait pour la société revient à admettre, pour moi,
que l’État soit incapable de produire des valeurs en commun. S’il en
est incapable, à quoi sert un tel État ? C’est une laïcité quelque peu
étrange, plutôt destinée aux défenseurs de la liberté de la conscience,
qui voient en la religion non pas une menace, que croient défendre
Laurent Wauquiez ou encore, Xavier Bellamy.

Chez la droite française, on constate donc une sorte de laïcité bipo-


laire  : sévère envers l’islam, et indulgente, voire maternelle, envers
le christianisme. De mon point de vue, la droite commet ici deux
erreurs : la première, c’est de croire que les religions auraient inventé
des valeurs éternelles, bonnes pour la société; la deuxième, de croire
que le christianisme deviendrait tolérant avec le temps. Il faut en fi-
nir avec ces soit-disant « valeurs éternelles ». J’insiste sur le fait que
la démocratie moderne dans l’ordre de la liberté politique mais aussi
dans celui de l’égalité sociale s’est construite contre la religion et non
grâce à elle !

Quant à la seconde erreur, l’existence pacifique d’une religion té-


moigne non pas de sa tolérance mais plutôt de la faiblesse de ses fi-
dèles. Cela est particulièrement vrai du christianisme aujourd’hui.
Depuis qu’il a cessé d’être au centre de la vie des Occidentaux, son
aura a diminué, avant de s’éteindre complètement. Mais, si l’occasion
se présentait... si la volonté et la liberté de jadis, volées par les révo-
lutionnaires français, le libéralisme anglais et l’hédonisme généralisé
de l’Occident, lui revenaient, le christianisme ne se ferait pas attendre
pour engloutir et déchirer notre civilisation tout entière. Vous en avez
déjà reconnu les premiers signes : la Manif pour tous, les appels in-
cessants à construire de nouveaux temples ou à dépenser des sommes
pharaoniques pour les besoins de l’Église, les discussions autour des
«  valeurs spirituelles éternelles  » et les tentatives d’introduire les
cours d’éducation religieuse dans les écoles.

Je comprends la tristesse ressentie par la droite française. Il ne doit


pas être facile de perdre le monopole de sa religion, mais la diversi-
té culturelle et religieuse de la France est désormais un fait accom-
pli. L’héritage chrétien et celui musulman doivent cohabiter, car les
populations sont si inextricablement liées que ce « vivre-ensemble »
s’impose désormais comme la seule solution raisonnable.
Laicité lepeniste
Traditionnellement accroché à sa base électorale, conservatrice et ca-
tholique, le Front national n’avait jusqu’à maintenant pas encore ex-
ploité le thème de la laïcité. C’est chose faite. En 2017, Marine Le Pen
prenait fortement position en affirmant la nécessité d’imposer une
laïcité totale, fondement de la stabilité de la société française.

Les détracteurs de gauche de Marine Le Pen voient dans sa position


une attaque pure et simple contre les musulmans. Le FN serait le
pourfendeur de laïcité tant il promeut une pensée de l’exclusion et de
l’intolérance, tous les sujets étant utilisés pour cibler une seule reli-
gion, celle des musulmans.

Selon Marine Le Pen, le communautarisme est l’ennemi principal de


la France, car ces groupes minoritaires tenteraient de se séparer de
la République, une et indivisible  : «  Le communautarisme est une
menace de divisions qui ne peuvent que dégénérer en hostilités ré-
ciproques. » Pour contrer cette tendance, qui met la République au
bord de la faillite, elle propose d’« interdire le port d’insignes religieux
ostentatoires dans la rue c’est que la rue appartient, par nature, à
l’espace public… les insignes religieux y deviennent en fait des éten-
dards communautaires qui séparent les Français en fonction de leur
religion ». Elle va jusqu’à proposer d’amender la Constitution en ce
sens : « Je veux que soit inscrit dans la Constitution : «La République
ne reconnaît aucune communauté. »

La position de Marine Le Pen me semble la plus aboutie de celles pré-


cédemment évoquées, à condition qu’elle aille jusqu’au bout et ne se
perde pas dans les opportunités électorales du moment. La présence
excessive des religions, de toutes les religions, demande d’imposer
une laïcité stricte à toutes et à tous. En effet, est-il possible que la
France trahisse ses valeurs républicaines, conquises à coups de sa-
crifices et de révolutions, dans le seul but de contenir l’islam  ? En
analysant l’opinion publique, on ne peut plus être sûr de donner une
réponse négative…
···

Différentes, parfois même contradictoires, ces opinions ont une chose


en commun : leur mise en pratique est vouée à l’échec. Elles n’ont rien
donné hier, lorsque le phénomène de radicalisation venait d’appa-
raître, ne donnent rien aujourd’hui, et échoueront sûrement demain.
La guerre semble perdue d’avance. Pourquoi ? Car il est impossible de
rétablir les valeurs républicaines en restant soumis au politiquement
correct et aux principes sacrés du multiculturalisme. Même en sacri-
fiant ces deux « vaches sacrées », il me semble évident que l’applica-
tion de la laïcité dans la société française resterait imparfaite. Dans
un avenir plus proche qu’on le pense, l’adhésion aux principes forts
de la laïcité risque de s’affaiblir un peu plus et disparaître si l’on ne
fait rien.

Les propos
Europe, christianisme et islam
Ce petit tour d’horizon politique aura au moins permis de comprendre
une chose : le christianisme a bel et bien imprimé sa trace dans notre
identité jusqu’à nos jours. Il me semble difficile de ne pas en voir en
la société d’aujourd’hui un rejeton de cette vieille civilisation occi-
dentale abreuvée à la culture judéo-chrétienne. C’est dans le contexte
du christianisme occidental que sont nés les premières formes de sé-
cularisation et de philosophie moderne. Si l’on peut croire ou ne pas
croire, on le doit à cette histoire complexe et paradoxale. La laïcité
est l’oeuvre de la société européenne et de sa cohabitation, plus que
tourmentée, avec le christianisme.

L’arrivée de l’islam, une religion nouvelle et étrangère à l’ordre exis-


tant, a bouleversé les règles. Les sociétés européennes et leurs chris-
tianismes « faibles » n’ont rien pu faire contre l’arrivée de cette nou-
velle religion en Europe. Certains intellectuels, comme Rémi Brague,
n’ont rien trouvé de mieux qu’à défendre « les vertus existentielles et
civiles du christianisme », au risque d’oublier que le christianisme ait
pu « lier violence et religion » dans le passé. Qu’importe, dans l’esprit
de ces intellectuels catholiques, l’islam remporterait la palme de la
religion. En imposant ses règles de vie quotidienne (nourriture, vê-
tement, mariage, héritage, etc.), elle finira par l’emporter sur les lois
humaines, croient prédire ces prophètes.

Et la menace ne viendrait pas que de l’islam, Brague a des mots tout


aussi durs contre les « laïcards », ces ennemis de la religion, qui ne
jurent que par la République, et exploitent la « trouille » de l’islam
pour faire le ménage dans les religions, sans épargner le christia-
nisme, bien-sûr - cette religion fût-elle au fondement de notre so-
ciété. Y a-t-il un sens à opposer le christianisme, bon et pacifique,
à un islam guerrier et violent, n’ayant d’autre but que de soumettre
l’humanité toute entière ? Je ne crois pas, il faudrait avoir la mémoire
bien courte pour oublier que le monothéisme s’est toujours appuyé,
à un moment ou à un autre, sur l’idée d’une « Force suprême » pour
justifier ses crimes.

On a pris l’habitude de justifier toute les atrocités, même les plus


spectaculaires, par les injonctions magiques de cette Force. Le mo-
nothéisme favorise les crimes de haine, l’élimination des infidèles, les
factions religieuses et le terrorisme. Pas plus que l’islam, le christia-
nisme ne présente le visage de la paix. Il porte, lui aussi, des pulsions
destructrices. Cette agressivité s’est même manifestée dans le chris-
tianisme bien avant de le faire dans l’islam. Ces pulsions, la Bible, le
Coran, ou le Tao n’en sont pas responsables, ce sont les circonstances
historiques qui ont décidé, à tel moment, de les exprimer ou non,
telles des passions réprimées.
Comment nier que le christianisme ait été tout aussi fanatique, violent
et sanguinaire dans le passé ? J’irais encore plus loin : il y a mille ans,
bien plus de personnes furent massacrées au nom de Jésus qu’il y en
eut, au siècle passé, à cause d’Allah. Les fondamentalistes islamiques
appellent à massacrer les « infidèles ». Ce sont aux mêmes endroits
qu’alors, les « croisés » égorgeaient les « mécréants » à tour de bras.
Les méthodes n’ont pas changé. C’est l’éternel retour du même. On ne
dira jamais assez que Nietzsche a raison.

Il n’y a jamais assez de place


pour Dieu
Croire un peu, beaucoup, à la folie
La foi en un Dieu unique exclut l’existence des autres dieux. De ce
fait, il n’y a qu’un pas entre cette croyance et le communautarisme.
Il n’est pas surprenant que les religions monothéistes s’en prennent
aux infidèles et insistent pour diviser l’humanité entre les « siens » et
les « autres ». Au fil de l’histoire, elles ont toujours été intolérantes
et agressives envers les personnes qui ne partageraient pas leur idéal
de « pureté ». Le communautarisme n’est pas le seul fait des musul-
mans. S’il y a bien une chose que partagent toute les religions, c’est
cette idée d’une grande communauté qui dépasserait les clivages et les
frontières, embrassant l’humanité toute entière.

Il faut cesser de faire comme Marine Le Pen lorsque, face à Emma-


nuel Macron, elle affirme que « rien n’empêche le croyant de croire en
une autre loi » du moment que cette loi n’est pas « supérieure à la loi
de la République ». Seul quelqu’un de très naïf (ou de complètement
idiot) pourrait croire qu’un vrai croyant accepterait de « s’abaisser »
aux lois de la République. Pour paraphraser Emmanuel Todd, de tels
fidèles mériteraient mieux d’être appelés « zombies » que croyants.
N’oublions pas que les fidèles doivent non seulement mettre les lois
religieuses au-dessus de celles d’État, mais aussi afficher fièrement
leur religion à l’intérieur de l’espace public, sinon, que serait cette foi
dont ils respectent les lois ?

Laissez-moi vous raconter une anecdote. Lorsque j’étais enfant, il


m’était arrivé de tomber sur la grande encyclopédie médicale de ma
mère, grande docteur en neurologie. Dans ce livre, j’appris que les
schizophrènes n’étaient pas des gens malades, mais des personnes
différentes. L’auteur de l’article avait une citation de Henry David
Thoreau pour illustrer cette idée : « Si un homme ne marche pas au
pas de ses camarades, c’est qu’il entend le son d’un autre tambour ».
Cette phrase m’est revenue lorsque j’ai commencé à vouloir pénétrer
le sens de la foi. Je ne vois pas meilleure expression pour désigner la
« conscience » qui distingue les croyants des athées. Comment pour-
rait-on exiger que des croyants, qui «  entendent le son d’un autre
tambour  », suivent les mêmes lois que nous  ? Cet espoir délirant
montre une incompréhension totale du fidèle. Pour ce croyant, la re-
ligion n’est pas seulement la valeur suprême, mais le but même de
l’existence. Rien n’existe dehors de sa foi ardente à laquelle toutes les
autres illusions de la vie se consument. En aucun cas il ne serait prêt
à mettre la valeur de la République, comme la liberté d’expression,
au-dessus de son sentiment religieux. La liberté ne saurait le satis-
faire; ce qu’il demande, c’est la foi.

Disons-le une bonne fois pour toutes : je ne vois pas comment nous
allons nous tirer de cette situation. Depuis deux décennies, notre
monde subit des mutations profondes  : d’un monde, où on luttait
pour l’égalité sociale, l’écologie ou encore l’accès à l’éducation pour
tous, nous voici désormais confronté au retour des vieilles idéologies
religieuses. Rempli de haine pour l’ancien, ce nouveau monde impose
ses luttes, ses intolérances et ses doutes. J’en viens à me demander,
parfois, si je ne suis pas nostalgique du temps où les intellectuels an-
nonçaient encore de la « mort de Dieu ».

Des sondages menés dans certains lycées français montrent qu’en-


viron 32% de jeunes musulmans et 6% de chrétiens sont convaincus
que la religion est la seule instance détentrice de vérité, tandis que
20% des musulmans et 9% des chrétiens sont prêts à défendre leur
religion dans une guerre. Comme ils doivent se sentir mal à l’aise face
à tant d’athées ! À leurs yeux, comment pourrait-on ne pas croire en
Dieu ? Je suis convaincu que les croyants continueront de place Dieu
avant tout le reste. Il est étrange que les révolutionnaires de 1789
l’aient si bien compris, alors que nos dirigeants semblent étonnés de
l’apprendre. Il n’y a là que des comportements normaux, pourtant, et
compréhensibles par la raison.

Les athées auront toujours du mal à vivre avec des croyants; leurs
valeurs sont trop différentes. Les uns ont foi en la suprématie de la
raison, les autres, en leurs sentiments. Les premiers demandent la
séparation de l’Église et de l’État, les autres, le droit de vivre leur
foi librement. Tandis que les athées réclament le droit de s’exprimer
comme ils le veulent, les croyants veulent pouvoir crier au blasphème
dès qu’ils l’entendent.

Comment voulez-vous que ces deux humanités se fassent confiance ?


Pas de place pour le « sacré » dans la vie des athées. Si Charlie Hebdo
continue de défendre le droit de rire de tout avec n’importe qui, il ne
va pas demander l’avis des croyants. Ce n’est pas demain, ni après-de-
main que les « esprits libres », comme disait Nietzsche, céderont une
miette de leur liberté. Pour ces hommes et ces femmes, interdire de
rire serait comme interdire de penser par soi-même, une hérésie !

La sainte trinité : la foi, la morale


absolue et la spiritualité
Les religions monothéistes prétendent pouvoir donner aux hommes
une morale qui leur permette de vivre en paix avec eux-mêmes et
avec leurs semblables, une spiritualité inaccessible à la raison et,
avant tout, l’espoir de vaincre le pire ennemi de l’humanité : la mort.
Elles ont réussi à inculquer aux personnes laïques et athées une sorte
de complexe d’infériorité. Les non-croyants sacrifient le respect qu’ils
ont pour eux-mêmes en témoignant du respect à ces religieux.
L’absence de contestation de ces prétentions des religions leur a per-
mis de s’immiscer dans toutes les sphères de la société, éducation,
politique, armée, avec un seul but : semer les graines de la discorde.
Pourtant, les laïcs ne devraient pas avoir honte. Nous n’avons pas
besoin de la religion pour faire la morale et régler notre vie en société.
La loi est faite pour cela. Si, pour la première fois depuis les origines
de l’humanité, nous avons réussi à faire respecter les droits fonda-
mentaux, à faire triompher (ou presque…) l’égalité et la fraternité,
nous l’avons fait en nous appuyant sur des valeurs humaines, rien
qu’humaines, comme dirait Nietzsche ! Accueillir plus d’un million
de migrants musulmans, alors que la majorité de la population se mé-
fie de cette religion, voilà un bel acte de courage. À notre place, est-ce
qu’un autre pays aurait eu ce courage ? Je ne pense pas qu’un pays
aux lois religieuses auraient pris la peine de les accueillir...

Nous n’avons pas besoin de la spiritualité religieuse. Notre civilisa-


tion laïque n’est-elle pas déjà assez magnifique ? Même dans les pays
où l’on crie au scandale pour une simple caricature, où l’on regarde
les sciences avec autant de mépris que d’ignorance, les leaders ne
courent-ils pas se faire soigner dans nos pays dès qu’ils tombent ma-
lades ? Mêmes leurs leaders les plus fanatiques retrouvent le sens de
la réalité parfois. En parlant de science, comment ne pas voir que les
doctrines monothéistes ne font que ralentir la marche du progrès en
ce domaine ?

Pas besoin d’être un grand historien ou philosophe pour parvenir à


cette conclusion. Regardez autour de vous. D’après l’institut améri-
cain, Pew Research Center, on observerait de manière générale une
corrélation entre la pauvreté d’un pays et son degré d’attachement
à la religion. La seule exception serait les États-Unis, le pays le plus
riche au monde... L’attachement à la religion en Chine, dont l’écono-
mie caracole depuis quelques décennies à la tête de tous les échanges
commerciaux, est estimé à 3 %; au Japon, ce pays du futur, à 11%.
Enfin, dans les pays qui se retrouvent régulièrement parmi les plus
heureux du monde, comme le Danemark, la Suède ou les Pays-Bas,
on estime ce niveau à 3 ou 5 %.
Islam(isme)
Avec la plus mauvaise foi du monde, on pourrait se dire que l’islam
n’est après tout qu’une religion comme les autres; mais regardez ces
vagues d’enthousiasme, cette frénésie qui s’emparent de ses fidèles :
l’islam a réussi à attirer des millions de nouveaux adeptes, notam-
ment en Europe. Un détail ne permet pas d’en douter, c’est le style
des femmes dans les pays arabes. Dans les années 60-70, les rues du
Caire, d’Alger et de Tunis ne regorgeaient-elles pas de femmes portant
fièrement la mini-jupe ? Aujourd’hui, elles se cachent derrière leurs
niqabs, leurs hijabs, ou que sais-je encore, voilà le progrès.

Le renforcement de l’islam comme doctrine religieuse mène à la mon-


tée du fondamentalisme et, avec lui, le désir de « défendre sa foi ».
Ce n’est rien de plus que la naissance du terrorisme religieux. Nous
aurions pu faire avorter ce monstre dans l’oeuf quand il était encore
temps, mais le terrorisme religieux est devenue une bête féroce, plus
dangereuse que les médias et les hommes politiques n’ont envie de le
croire. La lutte « infatigable » contre le terrorisme n’aura résulté que
d’une chose  : des milliers d’«  anciens  » et de «  nouveaux  » musul-
mans rejoignent le rang des djihadistes. C’est une véritable épidémie
de martyrs pour la foi ! Pendant le siège de Mossoul, plus de mille
personnes se seraient suicidées pour accéder au Paradis comme mar-
tyrs de la foi. Comment comprendre autrement l’attentat perpétré par
une famille entière, dont quatre enfants âgés de 9 à 18 ans, dans une
église en Indonésie en 2018 ?

Punir ces gens - ce dont rêvent, ou plutôt délirent les hommes poli-
tiques à longueur de journée - est impossible. Comment punir ceux
qui, non seulement ne craignent pas la mort, mais l’accueilleraient
avec joie ? Il ne serait pas non plus possible de punir les organisateurs
de ces attentats. Ils se disent, comme les autres prêts à mourir mar-
tyrs, même s’il fallait y laisser sa barbe. L’État ne cesse de durcir le
ton, mais ses menaces sonnent creux tant ses valeurs sont intradui-
sibles dans le langage des djihadistes.
Mais le pire, c’est encore le soutien dont bénéficient les djihadistes,
ces soi-disant « loups solitaires », auprès de dizaines de millions de
personnes. Malgré les actes terroristes sanglants et la cruauté abys-
sale de Daech, le nombre de personnes candidats aux djihad ne tarit
pas. Selon les informations des services de renseignement, des cen-
taines de milliers de comptes et des dizaines de milliers de sites des
organisations terroristes seraient encore actifs sur Internet.

Notre avenir est sombre. J’aurais aimé être optimiste mais je ne le


suis guère aujourd’hui. Le virus de l’islamisme purule partout. Il sera
impossible de vaincre la maladie si l’on en reste aux symptômes. Nous
devons guérir le « corps » religieux dans son entièreté : le monde des
« religions pacifiques » et le monde du terrorisme sont indissociables.
Si nous n’acceptons pas cette évidence, nous tomberons, à notre tour,
victimes de notre propre aveuglement.

Mon manifeste
Il est interdit d’interdire
Comme Emmanuel Macron, je propose de «  réclamer le droit de ne
pas être politiquement correct ».

Je soutiens le droit au blasphème. Je veux que les femmes entièrement


nues soient allongées sur les plages à côté des femmes en burkini. Je
ne crois pas que le sécularisme multiculturaliste ou la laïcité puissent
nous sortir de l’impasse où nous sommes tombés. Il nous faut une
troisième voie dont j’esquisserai les contours un peu plus bas.

Je veux pouvoir me moquer des juifs orthodoxes sans qu’on m’ac-


cuse d’insulter les hommes pieux. Je veux une attitude équitablement
irrespectueuse et impartiale envers toutes les religions. Pour bien
me faire comprendre sur ce point, j’aimerais prendre l’exemple de la
burqa qui a tant divisé notre société européenne. Je ne comprends pas
tout le tapage fait autour d’un simple morceau de tissu. Si les femmes
veulent porter leur chiffon, pourquoi ne pas les laisser le faire ? Le
burkini ne me dérange pas le moins du monde. Les dermatologues
vous le diront : il n’est pas indiqué d’exposer son corps en plein soleil
! Ces tentatives ridicules pour interdire le port du burkini sont toutes
vouées à l’échec. C’est l’interdit, précisément, qui attise l’envie de le
porter. Je n’ai pas peur d’affronter le regard de celles qui le portent. Je
pense qu’un vrai humaniste ne devrait pas interdire le port du burki-
ni. Le scandale se trouve plutôt dans l’existence de cette combinaison
hermétique, imperméable aux sensations et, avant tout, triste comme
un rideau baissé sur les paupières. En burkini, je doute que l’on puisse
sentir l’eau glisser le long de sa peau. Où passe le plaisir dans tout ça ?
Ces habits religieux, burkini, vous empêchent de sentir votre corps,
de vous s’y sentir chez vous. Or nous n’avons rien d’autre que ce corps,
ce filet de peau, c’est nous.

Je veux ma liberté de parole, sa dérégulation la plus totale, la plus


folle, comme la plus raisonnable. Je ne vois pas d’autres moyens de
protéger le vivre-ensemble. Il faut pouvoir banaliser la religion pour
pouvoir parler de ce qui ne va pas chez elle. Pourquoi  ? Il me
semble impossible de régler des problèmes sans affronter la vé-
rité, aussi blessante puisse être. Le franc-parler a toujours été
mon guide. En rejetant le respect, en banalisant le sacré, d’autres
valeurs, communes à tous, surgissent pour prendre place de ces iden-
tités religieuses.

Que faire ?
La foi doit (re)devenir une affaire privée, un choix personnel n’en-
gageant en rien la communauté, ni les valeurs communes. Il faut
s’engager en faveur d’un État absolument laïque et purger l’espace
public de toutes les religions, que ce soit l’islam, le christianisme ou
le bouddhisme. Au diable les traditions historiques, les racines, ou la
mémoire des peuples !

Notre conception de laïcité doit être renforcée. Non seulement l’État


ne reconnaît pas la religion, mais le citoyen ne devrait être obligé de
reconnaître aucune religion. Pourquoi serait-on contraint de recon-
naître son existence, si l’État est régi par des valeurs indépendantes ?
Si l’on coupe tous les canaux entre la religion et l’État, comme le sti-
pule la loi 1905, les citoyens seront libérés de l’obligation de la respec-
ter. Ainsi, nous devons protéger le droit de ne pas croire et pouvoir
l’assumer haut et fort.

J’insiste, l’un des objectifs principal est, à ce jour, de protéger le droit


à l’incroyance. Nos valeurs héritées de la Renaissance, des Lumières
et du libéralisme nous incitent non pas à défendre les valeurs de telle
ou telle religion, que ce soit le christianisme, l’islam ou le judaïsme,
mais à promouvoir sans cesse les valeurs purement humaines. Nous
devons rejeter toute forme de sacralisation de l’être humain et faire
passer la vie terrestre avant tout. L’État doit s’engager à remettre les
religions à leur place, à les chasser dans la sphère privée de l’individu.
La religion ne doit plus faire partie du socle commun des préoccu-
pations. Que la religion reste à sa place, et l’État ne s’immiscera pas
dans ses affaires, tout comme il ne s’intéresse pas aux préférences
gastronomiques ou sexuelles de ses citoyens. Ainsi, la religion et la
foi redeviendront une affaire privée et, de ce fait, parfaitement libres.

Mais que faire ? Ou, plus précisément comment faire ? À mon sens,
lutter contre les dérives extrémistes doit passer par une lutte pa-
cifique contre l’idée selon laquelle Dieu serait le sens et le but ul-
time de la vie. La religion doit être exclue de la liste des priorités
de la vie, au moins pour les enfants et les adolescents. Elle doit ces-
ser d’être l’une des premières choses qu’ils puissent apprendre des
médias. Nous devons insister auprès de nos enfants qu’il faut re-
garder non pas le Ciel inatteignable mais la Terre où ils vivront.
Je suis convaincu qu’une personne «  purifiée  » de tout sacré serait
bien plus heureuse et saine. C’est cela, la mission que devrait pro-
poser l’Éducation nationale en pleine conformité avec la loi 1905 !
Comme nous l’avons déjà vu, les religions monothéistes se parent
d’une dimension bien spéciale, et exigent le respect au nom de la spi-
ritualité, de la morale et de la promesse mensongère d’une vie après
la mort. Ces trois prétentions ne démontrent rien, ne prouvent rien,
et ne sauraient, à ce titre, être respectées comme telles.

La spiritualité nous épanouit en tant qu’êtres humains, développe


notre cerveau et favorise le progrès social. Elle ne peut aucunement
provenir d’un système où les principes ont été fixés il y a des milliers
d’années et inscrits dans les textes commes des commandements di-
vins. La spiritualité n’est pas synonyme de religiosité mais une pré-
occupation humaine. Tout être rationnel possède une vie spirituelle.
Quant à la morale, que l’on vienne me prouver que l’on peut consti-
tuer un système digne de ce nom à l’intérieur d’une religion. De quelle
morale parle-t-on lorsqu’on divise l’humanité entre les « siens » et
les «  autres  »  ? Si l’on m’apprend à mépriser l’autre parce qu’il ne
croit pas comme moi, quelle morale pourrait bien naître à l’égard de
lui ? Une pensée par nature exclusive et discriminante n’aboutira qu’à
l’intolérance, à la haine et à la guerre. Le monothéisme, en tant que
mouvement d’expansion, ne recherche pas la morale, mais le pouvoir
et la division.

J’aurais aimé que le Paradis existe, mais j’en doute. Tous les sacri-
fices et toutes les privations peuvent s’avérer vains. L’ardente foi dans
l’existence du Paradis n’est pas un espoir mais la négation de la vie.
Une fois que cette foi inébranlable en Dieu le Juge sera oubliée, la
jeunesse radicalisée pourra revenir sur Terre. Si nous arrivons à nous
mettre d’accord sur doctrine forte, c’en sera fini du terrorisme : les
fleurs empoisonnées ne pousseront plus sur un rocher.

L’État n’a pas le choix : il doit traiter tous les cultes religieux avec la
même fermeté. Les autorités publiques doivent cesser de se rendre à
des cérémonies et de s’exprimer sur le respect des « sentiments reli-
gieux » et la « religion de nos aïeux ». C’est ainsi que nous serons en
droit de ne pas respecter la religion de nos « nouveaux » citoyens qui
héritent d’une autre religion et d’une autre histoire. En revanche, si
l’on se plie à limiter la critique et à instaurer un respect obligatoire
envers les religions, sous prétexte de leur discrimination ou autre,
toute liberté de la parole et toute égalité disparaîtront. Il y a bien plus
d’égalité et bien moins d’hypocrisie régnant aujourd’hui sur notre so-
ciété, lorsque le respect n’est pas obligatoire et qu’on décide indivi-
duellement de respecter ou de ne pas respecter.

Si nous ne voulons pas que notre société se transforme en théocratie,


nous devons tout faire pour sauter à notre tour dans la moderni-
té. Faisons comme comme les Lumières le faisaient en leur temps :
moquons-nous des religions, banalisons-les et débarrassons-nous de
tout l’indulgence que nous pourrions avoir envers elles. C’est ainsi
que notre lutte contre l’extrémisme aura toutes les chances de réussir.

Vous aimerez peut-être aussi