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Découvrez les bases techniques de l'aquarelle

pour apprendre à vous servir du matériel et comprendre


toutes les techniques auxquelles vous serez confrontés
par la suite. Ces leçons sont organisées de façon progressive.

SOMMAIRE
Le matériel #Page 2
peindre en plein air #Page 4
Bien choisir vos couleurs #Page 5
Préparation du papier #Page 6
Les mélanges de couleurs #Page 7
Les produits de masquage #Page 14
La technique du lavis #Page 18
Un paysage en camaïeu #Page 19
Technique humide ou sèche #Page 20
Retrait de couleur fraîche #Page 25
Une brosse à dents pour projeter des gouttes #Page 26
Une paille pour diriger les traits de couleur #Page 27
Les différentes sortes de grattages au cutter #Page 28 Copyright © 2007 Frédéric Massie
Textures à l'éponge #Page 29
Textures par frottement #Page 30
Les additifs (gomme arabique, fiel de boeuf) #Page 31
Les techniques mixtes #Page 32 Contact: ecoledesartportail@free.fr

Précisons que la maîtrise de l'aquarelle qui est, aux dires de tous les professionnels, une des techniques les plus difficiles, ne s'acquiert
qu'à force de travail et d'expérimentations. "Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage"... et peut-être à la cent-unième fois,
ressentirez-vous ce plaisir intense d'avoir parfaitement réussi à accorder votre vision avec sa représentation !

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LE MATERIEL
Nous vous proposons dans cette première leçon de faire
un tour d'horizon d'un plan de travail idéal.

1. Si vous n'avez pas la possibilité de bénéficier de la lumière naturelle,


prévoyez un bon éclairage, si possible basse tension corrigée pour ne pas
avoir un plan de travail trop bleu ou au contraire trop sépia.
2. N'oubliez pas de placer près de vous une petite pince qui vous servira à fixer votre dessin si vous voulez le solidariser avec une
planchette.
3. Certains fixent leur papier à l'avance sur un plan de travail, d'autres préfèrent utiliser des blocs pré-tendus. Enfin, on peut aussi poser la
feuille à plat directement sur une table.
4. Prévoyez du graphigum pour protéger le blanc du papier. Un petit tube de gouache blanche de très bonne qualité servira aux étourdis
ou aux trop pressés pour camoufler une petite erreur ou replacer quelques effets de lumière.
5. Une vieille brosse à dents servira à l'occasion pour faire des projections de couleurs en gouttelettes.
6. Composez votre palette en suivant les conseils des autres leçons.
7. Ne lésinez pas sur le choix de vos pinceaux. Préférez les vrais pinceaux aquarelle "petit gris" et poil de martre à tout autre "ersatz"
synthétique, beaucoup moins résistant à la longue. Il vous faudra quelques brosses moyennes et larges, des pinceaux pointus épais et
très fins, et même éventuellement un pinceau éventail pour certains effets (herbe, lissage des couleurs humides).
8. Remplacez les chiffons par des rouleaux de papier absorbant dont vous placerez systématiquement quelques feuilles sur votre plan de
travail.
9. Ayez toujours à portée de main de l'eau parfaitement propre pour nettoyer
les pinceaux en cours de travail et éviter les mélanges malencontreux.
10. Une petite palette en céramique ou en métal émaillé complétera utilement
le couvercle de votre boîte de peinture, généralement équipé lui aussi
d'alvéoles pour mélanger les couleurs (la suite sur la page 3)

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LE MATERIEL
10. Une petite palette en céramique ou en métal émaillé complétera utilement
le couvercle de votre boîte de peinture, généralement équipé lui aussi
d'alvéoles pour mélanger les couleurs.

11. J'ai toujours à portée de main un bloc-notes et un crayon pour conserver en mémoire quelques mélanges bizarres ou au contraire
pour immortaliser quelques associations de couleurs particulièrement réussies. Souvenez-vous que vous pouvez dans un premier temps
noter les couleurs de votre palette sur un petit bout de papier afin de les mémoriser.

12. Les plus habiles prépareront leurs couleurs eux-mêmes, à base de pigments. Nous vous donnerons d'ailleurs bientôt l'occasion de
participer à un concours d'aquarelle pour gagner des cadeaux, dont une petite mallette de pigments.

13. Ayez à portée de main plusieurs sortes de papiers pour adapter grains et épaisseurs à la composition et aux effets que vous voulez
réaliser et obtenir.

14. Un petit chevalet d'appoint vous servira soit pour fixer une photo si vous travaillez à l'atelier à partir d'images, ou pour mettre à sécher
un dessin en cours.

15. Votre chevalet principal sera choisi en fonction des formats sur lesquels vous préférez dessiner. De toute façon, il doit être
suffisamment large et mobile pour pouvoir travailler dans différentes positions, de plat à presque droit, comme pour la peinture à l'huile.
On en trouve à moins de 20 Euros, tout à fait acceptables et pour les petits budgets, allez donc jeter un oeil dans les magasins du style
importations orientales, où l'on trouve parfois des lutrins qui feront très bien l'affaire.

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Equipement pour peindre en plein air
L'aquarelle est une technique idéale pour le travail en plein air sur le motif, que ce soit pour réaliser des croquis dans l'esprit d'un carnet de voyage, ou
pour une peinture plus sophistiquée demandant plusieurs heures sur le terrain. C'est en fonction du type de travail que l'on va déterminer quel matériel
emporter. On peut déjà peindre confortablement en s'asseyant par terre et en posant sur une planche sa boîte de peinture, son papier et un
gobelet en plastique rempli d'eau. Une bouteille d'eau est bien sûr indispensable. Evitez l'eau gazeuse, sauf pour la soif ! C'est la formule idéale pour
une peinture rapprochée comme par exemple des détails de végétation (fleurs, mousse, troncs d'arbre...).
Ceux qui préfèrent rester debout pour peindre des paysages plus vastes s'équiperont certainement du même chevalet boîte que les peintres à l'huil. Mais
on peut aussi se contenter d'un chevalet de campagne pliant utilisable par les aquarellistes en position horizontale. En général, il se fixe aisément, et en
plus il ne coûte pas cher. Il en existe en bois ou en métal spécial très léger, tout à fait adapté au travail en plein air. Il faut tout de même s'habituer à
jongler en tenant sa boîte palette d'une main, et le pinceau de l'autre... Gare aux gobelets d'eau qui se renversent malencontreusement sur l'aquarelle
presque terminée.
Pour les amateurs de carnets de voyage, la solution est la petite boîte complète comportant une douzaine de couleurs, un flacon pour l'eau, le
couvercle qui se transforme en gobelet et le pinceau pliant, comme il se doit. Tout cela tient dans votre poche, avec le carnet de croquis qui lui
aussi sera de petite taille. Plusieurs fabricants proposent ce type de matériel léger et peu encombrant, mais, une fois n'est pas coutume, nous citerons la
marque Winsor & Newton qui a fait des prouesses avec sa mini-boîte que vous pouvez voir sur la photo ci-dessus.
Le carnet de voyage
Je vous propose d'évoquer l'importance et les avantages du carnet de voyage.
Tout d'abord, ces aquarelles réalisées rapidement en extérieur sont une excellente occasion de travailler le dessin et de parfaire sa faculté à saisir avec
spontanéité des scènes de la vie ou des paysages. Un peu comme le ferait un photographe qui multiplie les prises de vue et les angles.
Certains croquis seront plus travaillés que d'autres, et parfois vous vous contenterez même d'un crayonné accompagné d'informations écrites évoquant
ambiance et couleurs.
C'est aussi à travers le carnet de croquis que vous expérimenterez les différentes compositions possibles pour un même sujet.
L'esquisse, qui oblige à la concision par sa nature même, est une excellente école pour le peintre amateur. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire
simple ? D'autant plus que ces croquis peuvent très bien servir de point de départ pour un travail d'imagination effectué chez vous, bien à l'abri des
intempéries les jours de pluie. Avec la pratique, vous remarquerez que vos croquis deviennent plus précis, plus légers, plus spontanés et en même temps
affirment votre personnalité d'artiste qui se concrétisera dans votre travail à l'atelier.

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Bien choisir vos couleurs
Si l'on peut facilement déterminer de quelles couleurs on va avoir besoin pour pratiquer l'aquarelle correctement, en revanche le choix
devient difficile au vu de la multitude de marques et de conditionnements proposés dans le commerce. Certains aquarellistes ne jurent que
par les couleurs en godets, d'autres préfèrent les tubes, et les illustrateurs s'orientent plus volontiers vers les aquarelles liquides.

Pour simplifier votre choix, signalons que :


Si vous envisagez de travailler sur de grandes surfaces, les tubes seront plus adaptés pour préparer une quantité de couleur importante à
l'avance. De plus, le prix de revient est alors intéressant puisque les conditionnements sont plus grands.
Les godets sont parfaits pour ceux qui veulent travailler en plein air avec un matériel restreint comportant notamment une boîte-palette.
Les aquarelles liquides permettent de travailler à l'aérographe. Leurs couleurs sont vives, transprentes et très lumineuses. En revanche, les
imprimeurs et les éditeurs se plaignent de la difficulté de reproduire les dessins réalisés avec ce médium.
Les crayons de couleur aquarellables sont très pratiques pour dessiner un croquis rapide qui sera ensuite retravaillé à la maison. Les traits
de couleur disparaîtront en partie lorsque l'on humidifiera le papier.

Différencions d'abord les aquarelles d'étude des aquarelles fines et extra-fines. En règle générale, le débutant pourrait se contenter
d'aquarelles d'étude ou fines. Mais je ne saurais trop conseiller de choisir dès le début des couleurs extra-fines, même si celles-ci sont plus
chères, car leur transparence et la qualité des pigments sont incomparables et vous donneront tout de suite la sensation de travailler
véritablement comme un aquarelliste confirmé. Nous ne ferons pas de publicité pour des marques en particulier. De plus, en fonction de
votre lieu de résidence, il pourrait s'avérer difficile de trouver telle ou telle marque. Jetez un oeil sur la palette idéale que je vous propose
dans la suite de ce chapitre, et essayez de retrouver ces couleurs chez votre marchand habituel. Voici une liste de couleurs qui devraient
vous accompagner tout au long de votre carrière d'artiste peintre. En règle générale, c'est ce qu'on retrouve dans les boîtes à 24 godets.

Blanc de Chine - Jaune cadmium citron - Jaune cadmium clair – Gomme-gutte - Orange cadmium - Rouge cadmium clair - Rouge cadmium
Laque garance foncée - Bleu cobalt - Outremer foncé - Bleu ceruleum - Bleu Rembrandt - Vert émeraude - Vert Rembrandt - Vert de vessie
Ocre jaune - Terre Sienne - Rouge anglais - Terre Sienne brûlée - Terre ombre - Terre ombre brûlée – Sepia - Gris de Payne - Noir d'ivoire

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Préparation du papier
Le choix du papier est primordial. Il dépend à la fois du sujet que vous allez traiter, de votre inspiration et du type d'effets recherchés. Il
existe en fait trois grandes familles de papier qu'on peut classer en fonction du grain de leur surface. Le papier à grain fin est, comme son
nom l'indique, idéal pour un dessin très précis, surtout dans les détails. Il s'adapte plus volontiers au travail à la plume rehaussé de couleurs
à l'aquarelle. Débutant s'abstenir car il ne retient pas l'eau et s'avère totalement réfractaire aux techniques humides. Le papier à grain
moyen est idéal pour s'initier. Sa légère rugosité s'adapte bien à l'aquarelle. La peinture se dépose avec plus de liberté, donnant des effets
aléatoires tout à fait intéressants. Dernier de la liste, le papier à grain épais nécessite un bon entraînement pour maîtriser les variations de
matière obtenues. Il est recherché pour obtenir des effets de matières prononcés. Notamment cette brillance particulière des couleurs due
au contraste entre les creux qui conservent la couleur naturelle du papier et la couche picturale en surface. Nous ne ferons pas de publicité
pour une marque particulière. En revanche, on peut conseiller au débutant de rendre visite à son magasin de beaux-arts préféré et de se
faire expliquer les différentes sortes de papier disponibles. Les beaux papiers se vendent généralement en feuilles à l'unité, format raisin, ce
qui vous permet à moindre coût d'en essayer plusieurs avant de vous décider pour celui qui vous conviendra le mieux. Les débutants
choisiront un papier à grain moyen si possible en bloc aux tranches encollées, ce qui permet de supprimer l'étape de la préparation.
Lorsque vous coupez vos feuilles de papier aquarelle, gardez précieusement les chutes, car elles vous serviront pour tester vos mélanges
de couleurs.
Formats courants de papier en France : Raisin : 50 x 65 cm - Jésus : 56 x 76 cm - Petit Aigle : 60 x 94 cm - Double raisin : 65 x 100 cm -
Grand Aigle : 75 x 105 cm

Préparation des feuilles de papier aquarelle


Le papier aquarelle est destiné à recevoir beaucoup d'eau et donc risque, s'il n'est pas préparé avec soin, de se gondoler désagréablement
en cours de travail. Pour éviter cela, on imbibe le papier d'eau à l'avance puis on le tend sur une planche de bois suffisamment épaisse pour
ne pas souffrir de l'excès d'humidité. Les bords de la feuille sont ensuite collés sur la surface de bois à l'aide de bandes de papier gommé.
En séchant, le papier se tendra et sera beaucoup plus résistant pour la suite de votre travail. Selon le mode de peinture adopté, à sec ou
humide, on attendra plus ou moins longtemps avant de commencer à peindre. Comptez au moins une nuit pour obtenir une feuille
parfaitement sèche prête à l'emploi.

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Les mélanges de couleurs
Comment perçoit-on les couleurs? La perception de la couleur en peinture est certainement l'un des phénomènes les plus complexes à
appréhender. Aux dires des scientifiques, il semble que nous organisions les couleurs que nous voyons à travers le contraste de toutes les
longueurs d'onde qui composent la scène que nous avons sous les yeux. Et pourtant, la couleur est, paradoxalement, une expérience
subjective. Curieusement, lorsque l'oeil regarde en direction d'un objet coloré, il produit en même temps des sensations de la couleur
complémentaire. Fixez longuement une tache de couleur rouge puis fermez les yeux : vous vous apercevrez que ce n'est pas une trace
rouge qui est présente sur la rétine, mais bien une forme de la couleur complémentaire du rouge - en l'occurrence du vert. Le philosophe du
XIXe siècle William James affirmait ainsi que "tandis qu'une partie de ce que nous percevons vient de l'objet par l'intermédiaire de nos sens,
une autre partie, peut-être la plus importante, vient ... de l'intérieur de notre tête."
Newton découvre les couleurs fondamentales
En fait, l'oeil humain, ne perçoit que des sensations de couleurs rayonnant à partir de l'objet regardé. Une orange est vue de couleur orange
parce que les cônes (prolongements de certaines cellules visuelles de la rétine, sièges de la vision colorée - déf. Larousse) correspondant à
l'orange sont stimulés plus fortement que ceux correspondant à d'autres couleurs. Autre expérience connue: lors des tests de consommation
pour définir avec plus d'exactitude quelle sensation de goût va ressentir un individu devant un aliment, on illumine entièrement en rouge
toute la table sur laquelle est posé le fruit ou le gâteau. Ainsi, le testeur n'est pas influencé par la couleur de l'objet qui peut modifier son goût
avant même que ses papilles n'aient ressenti réellement l'aliment. Il est bien connu que deux morceaux de sucre identiques, l'un coloré en
rouge, l'autre coloré en vert, donneront deux goûts différents lors de leur ingestion.
En physique, la lumière qui nous entoure, et qui nous paraît blanche, est le résultat d'un mélange parfait entre les trois couleurs
fondamentales que sont le rouge, le vert et le bleu. Dans certaines circonstances, ces composantes réapparaissent : c'est ce qui se produit
lorsqu'on est face à un arc-en ciel. C'est Isaac Newton, en 1666, qui le premier mit en évidence ce phénomène en faisant passer un rayon
de lumière blanche au travers d'un prisme réfringent (qui provoque le changement de direction d'une onde). Il s'aperçut alors que le rayon
blanc était en fait composé de trois rayons distincts, avec les trois couleurs fondamentales de la lumière (rouge, vert et bleu). En outre, il
découvrit qu'en ajoutant un prisme sur le trajet de ces trois couleurs, il obtenait une lumière blanche. Plus tard, en 1730, un graveur
allemand du nom de Jakob Le Blon, comprit à son tour qu'il existait une relation entre les composantes de la lumière et les pigments de
couleur utilisés en peinture. Il démontra que n'importe quelle couleur pouvait naître de trois pigments primaires: le Magenta, le Jaune et le
Cyan. Ce principe est basé sur la synthèse soustractive des couleurs car si l'on superpose plusieurs pigments distincts, les couleurs
absorbent la lumière et se fondent en un gris foncé.
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Familles de couleurs
L'utilisation de pigments appartenant aux familles des couleurs chaudes ou des couleurs froides permet d'obtenir une infinité de nuances
destinées à modeler l'espace en accentuant la lumière.

Sur un dessin constitué d'une série de lavis de vert (voir ci-dessus), réalisés en mélangeant du bleu de ceruleum, du vert de vessie, du jaune
de cadmium, du sépia et de la terre brûlée, on dénotera une ambiance lumineuse même si l'aquarelle reste relativement sombre. Les
couleurs mélangent les tonalités froides (vert) avec une multitude de points de couleurs chaudes (jaune, orange et rouge) donnant ainsi une
intensité lumineuse à l'image.

Prenons maintenant le parti pris de couleurs plus chaudes (ci dessous). Associer exclusivement du bleu de céruleum, du jaune d'ocre, du
sépia, de la terre d'ombre brûlée et du rouge de cadmium, et votre décor dégagera une impression de chaleur obtenue grâce au mélange de
couleurs chaudes et à l'utilisation de complémentaire pour créer les zones d'ombres.

Couleurs chaudes: ocre jaune, terre de sienne, sépia, rouge, orange...


Couleurs froides: bleu de cobalt ou bleu de céruléum, vert olive, vert émeraude, violet...
Couleurs complémentaires

Jaune -------> Violet


Rouge --------> Vert
Bleu ------> Orange

L'association des couleurs complémentaire au sein d'une même composition (notamment pour accentuer les ombres) procure d'agréables
sensations de contrastes, augmentant ainsi la luminosité générale du dessin. Cézanne fut certainement l'un des plus grands artistes à
pratiquer cette association de couleurs complémentaires au sein de ses natures mortes à l'aquarelle. Il utilisait des couleurs presque pures
pour augmenter ces effets de contrastes.

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L'oeil du peintre
Pour nous résumer, nous dirons qu'il existe tout d'abord les
trois couleurs primaires (le rouge, le jaune et bleu), des
couleurs pures qui permettent en se mélangeant d'élaborer
un grand nombre d'autres couleurs (communément
appelées couleurs secondaires). En mélangeant couleurs
primaires et secondaires, on obtient alors des couleurs dites
tertiaires (par exemple, essayez de mélanger du jaune et de
l'orange).
En mettant en relation tous ces éléments, on construit un
cercle dit chromatique qui détermine les couleurs froides et
les couleurs chaudes. Les couleurs froides étant situées du
côté où prédominent le bleu et le vert, les couleurs chaudes,
comme leur nom l'indique, correspondant aux tons
comportant du jaune du rouge.

D'après ce principe, il serait donc facile d'obtenir toutes les couleurs présentes dans la nature à partir uniquement du rouge, du jaune et du
bleu. En réalité, le peintre est obligé de s'adjoindre un grand nombre de tubes de couleurs spécifiques qui lui permettront de se rapprocher
de ce que son oeil peut voir tout en se simplifiant la vie. L'aquarelle étant une technique basée sur des transparences, on comprendra
d'autant mieux la nécessité de disposer d'un nombre conséquent de tubes organisés en teintes plus ou moins proches les unes des autres.
A ces notions élémentaires s'ajoutent la valeur, la teinte et la saturation des couleurs. L'aquarelle bénéficie au départ d'une intensité
exceptionnelle, de par sa transparence. Basée sur le principe de la synthèse soustractive, elle consiste en quelque sorte à dissoudre la
lumière en superposant des couches plus ou moins transparentes de couleur. C'est au fur et à mesure que ces couches "s'empilent" que les
couleurs foncent.

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Analyse de la couleur
P: couleurs primaires
S: couleurs secondaires
T: couleurs tertiaires

Pour analyser et comprendre la couleur d'un objet, il faut distinguer plusieurs facteurs qui vont
conduire l'artiste à la réflexion. La teinte correspond à la couleur réelle du sujet, par exemple de la
gelée de groseilles rouge ou des pommes vertes. La valeur indique si une couleur est plus ou
moins claire ou foncée. Elle est intimement liée à la quantité de lumière qui éclaire le motif.
Comparez une pomme placée en plein soleil ou à l'ombre d'un coin de placard. La saturation
désignera le niveau de pureté d'une couleur. Ainsi, l'aquarelle, qui utilise les transparences, se
base sur une couleur peu saturée. Toutes ces notions sont évidemment intéressantes à connaître
mais, vous le constaterez, n'interviendront que de façon souvent inconsciente dans votre choix au
moment de l'interprétation d'un paysage ou d'une nature morte. Vous vous laisserez plus
volontiers guider par ce que vos sens vous proposeront et peut-être même par l'instinct plutôt que
par des comparaisons sophistiquées, roue chromatique en main. Si vous êtes intéressé par tout
ce qui touche à la couleur vous pouvez vous procurer les livres des éditions Dessain et Tolra qui
traitent plus précisement de ce sujet. Cette collection est généralement bien faite et comporte de
nombreux exemples explicatifs à la portée de tous.

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Symbolique des couleurs
Bleu : Lorsqu'elle est claire, on peut associer cette couleur à la mélancolie même si elle évoque aussi la dureté de l'acier. C'est une couleur
qui, dit-on, procure une sensation d'introspection sur soi. Plus foncée, comme par exemple dans le bleu du ciel, c'est alors une impression
d'espace qui prédomine. On la rapproche volontiers de l'idéalisation, du rêve et pourquoi pas de la féminité. Le bleu turquoise, plus
personnel, éclaircit une composition tout en conservant une sensibilité. C'est la couleur symbolisant le mieux la glace ou l'eau. Le bleu foncé
apporte un équilibre tout en accentuant les formes. Côté psychologique, on parle alors d'effet constructif maîtrisé avec sérieux. Enfin le bleu
vert clair est associé au silence et à l'ordre. C'est la couleur du froid.
Vert : Si le vert foncé est à rapprocher de la fidélité avec un côté festif avéré, c'est aussi une couleur qui fait ressortir les formes et plus
particulièrement les courbes. C'est aussi une symbolisation typique de l'élément minéral. Lorsque le vert se veut feuillage on parlera alors de
vie végétale, de naturel et de quiétude. A rapprocher aussi de l'idée de fraîcheur. Plus clair et plus doux comme pour le tilleul il peut aussi
être calmant et sécurisant. Quant au vert olive, pensez à l'associer à l'amabilité, un sentiment affectueux symbolisant l'arbre.
Jaune et Rouge : Frais et calmant, le jaune symbolise la spiritualité et faciliterait les contacts tout en conservant une légèreté qui est à
rapprocher de l'excentricité. Bref, c'est une couleur qui anime l'espace et symbolise la lumière. Ajouté au rouge, on obtient de l'orange qui est
aussi une couleur gaie apportant la joie de vivre. Le rouge carmin, intense, stimule les sens avec passion. C'est la couleur la plus liée à
l'individualisme mais aussi à l'agressivité et au bruit. C'est la couleur du feu, symbolisant volontiers l'animalité. Le rouge bordeaux est tout
aussi puissant avec une orientation plus sociable tout en gardant force et maturité. C'est la couleur symbolisant le sang. Le pourpre est
quant à lui dominant avec magnificence. Symbolisant la justice, il donne aussi une impression de hauteur et de différenciation sociale.
Ajoutez maintenant du blanc à du rouge et vous allez obtenir du rose, couleur douce par excellence qui est associée généralement à une
sensation agréable, évanescente. C'est la couleur symbolique de la jeune fille (voir layette des bébés).
Violet : C'est une couleur qui impose gravité et dignité. En matière d'optique, il augmente les contrastes. Côté symbolique, il est associé à la
singularité et à l'exigence.
Marron : C'est une couleur de terre stabilisante qui est toujours associée à une certaine rudesse. On la dit solide même si elle est
considérée comme quelque peu vulgaire. Ajoutez du marron à une composition et vous obtiendrez une attirance naturelle vers le bas de
votre composition. C'est une couleur symbolisant souvent la vie domestique. Plus clair, lorsqu'il s'agit du beige, c'est plutôt l'indifférence qui
est à l'honneur avec un côté superficiel très marqué.
Blanc et noir : Le blanc est évidemment associé à la neige et à la pureté, même s'il exprime aussi irréel. En matière d'aquarelle, le blanc du
papier donne une impression d'avancée vers le spectateur. Enfin le noir est non seulement insécurisant mais aussi absorbant. C'est la
couleur de l'obscurité sans aucune limite. Mélangez maintenant les deux et vous obtenez du gris neutre qui symbolise souvent la mécanique
et le côté technique des choses.

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La palette de couleurs idéale
Se constituer la palette idéale qui correspondrait à tous les goûts et à tous les tempéraments est en fait une vue de l'esprit. En revanche,
essayer d'associer un certain nombre de couleurs véritablement complémentaires est à la portée du débutant. La liste de couleurs que nous
vous proposons peut être considérée comme le minimum avec lequel vous pourrez travailler efficacement en toutes circonstances.

Deux bleus sont indispensables: le bleu outremer et le bleu intense ou bleu de ceruleum qui se rapproche du bleu primaire. Pour ce qui est
des verts, nous avons choisi, outre l'inévitable vert émeraude, un joli vert de vessie clair et un vert de Hooker assez dense qui, mélangé avec
de l'ocre jaune ou du jaune de cadmium, va vous permettre de créer toute une gamme de tonalités naturelles d'herbes et de feuillages. Côté
terres, nous avons opté pour la terre d'ombre brûlé (foncée) qui, outre ses qualités naturelles, vous permet, ajouté à d'autres teintes, de
créer des ombrages tout à fait satisfaisants. La terre de sienne brûlée fait aussi partie des couleurs indispensables. Voyons maintenant les
jaunes. Essayez, en particulier, de choisir un bel ocre jaune bien dense et lumineux. Vous ajouterez aussi un beau jaune citron pour travailler
les verts à tendance froide. Un jaune de cadmium ou un gomme gutte serviront de transition vers l'orange de cadmium dont vous vous
apercevrez que vous en aurez souvent l'utilisation en petite quantité pour compléter vos couleurs (travail sur les ciels, les sols et les
feuillages). Un rouge de cadmium et un rouge indien devraient aussi suffire tout en complétant efficacement un carmin d'alizarine et un laque
pourpre qui, s'ils ne semblent pas à première vue être utilisables tout seuls, entreront dans de nombreux mélanges pour obtenir des couleurs
sophistiquées. Enfin, préférez un gris de Payne au noir d'ivoire si vous n'avez plus de place dans votre boîte. Bien sûr, vous n'utiliserez pas
de blanc puisque c'est la couleur naturelle du papier épargné qui en fera office.

Toutes nos couleurs sont installées dans une boîte en respectant l'ordre, des couleurs froides vers les couleurs chaudes.

Il n'est pas inutile de noter le nom de vos couleurs sur un petit papier que vous collerez sur le couvercle de votre boîte d'aquarelle afin de
vous habituer aux dénominations des couleurs lorsque vous les utiliserez. Vous verrez qu'ainsi, rapidement, vous vous familiariserez avec
les mélanges et retrouverez facilement comment reconstituer des couleurs créées de toutes pièces.

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Découvrez les mélanges de couleurs

Lemon yellow + Raw sienna Lemon yellow + Monastial blue Lemon yellow + Ceruleum blue Lemon yellow + Olivre green

Lemon yellow + burnt sienna Lemon Yellow + phtalo green Lemon yellow + Vivid green Lemon yellow + permanent red

Lemon yellow + Scarlet Alizarine Essayez aussi les mélanges par trois
(de gauche à droite).

1) Lemon yellow + Ceruleum blue


2) burnt sienna + Monastial blue
3) Lemon yellow + ceruleum blue + burnt sienna

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Les produits de masquage
La conservation du blanc du papier est la principale préoccupation de l'aquarelliste. Ceci est
évidemment très difficile lorsqu'il s'agit d'appliquer des fonds colorés tout en réservant de
petites zones blanches. On utilise alors des masques pour protéger les zones sur lesquelles
on ne veut pas peindre. Il s'agit soit de réaliser des rehauts de couleur, ce qui pou l'aquarelle
qui travaille du clair au foncé est évidemment délicat, surtout si vous vous interdisez
l'utilisation d'aquarelle ou de gouache blanche en fin de travail, soit de protéger de grandes
zones destinées à garder le blanc du papier, ou sur lesquelles à la fin de votre travail vous
appliquerez une couleur plus claire. Bien sûr, on peut aussi masquer des parties peintes,
avant par exemple d'appliquer une peinture plus foncée. C'est aussi en se servant de
masques qu'on définira des séparations précises dans un paysage (par exemple,
une montagne se détachant sur un fond de ciel). On peut d'ores et déjà déterminer qu'il
existe cinq types de masques utilisables en aquarelle.

Masques liquides

On utilise pour cela des produits spécifiques comme le "Grafigum*" de Lefranc Bourgeois à base de latex. Il suffit de peindre les parties à
protéger avec ce produit puis de laisser sécher. Ensuite, on peut appliquer ses couleurs. Lorsque l'aquarelle est sèche, on peut retirer
facilement le masque en frottant doucement du bout du doigt les endroits qui ont été ainsi protégés.On commence
par la pose du liquide. Après séchage, on peut passer la couleur. Les parties réservées ont gardé la couleur du
papier, ou d'un fond de couleur si vous aviez au préalable passé un lavis sur toute la feuille. Le graphigum est
idéal pour le papier, le carton, les calques, l'acétate. On peut l'utiliser avec n'importe quel outil (pinceau, brosse,
plume, tire-ligne) ou le projeter avec une brosse à dents. Pensez à bien nettoyer ces outils à l'eau savonneuse
après application. Grâce à la protection du liquide à masquer, les herbes sont restées couleur papier.

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Les produits de masquage
Des caches en papier
En règle générale, c'est de calque que se serviront les aquarellistes pour
fabriquer des caches, puisqu'ainsi on peut décalquer précisément les
zones à découper dans le calque, correspondant aux zones à épargner
sur votre peinture. Prenons le cas d'un paysage décomposé en deux
parties bien distinctes dans le sens de la largeur. En haut, un ciel bleu, en bas, une montagne. Si vous n'êtes pas sûr de votre trait et que
vous craignez de déborder malencontreusement lors de l'application des aplats de couleur, vous pouvez découper au ciseau ou déchirer à la
main des caches en papier de la portion à protéger.

Dans le premier cas, le ciseau vous permettra d'obtenir un trait précis,


alors que le contour obtenu avec une feuille déchirée à la main sera plus
aléatoire. Sur ce principe, on peut même créer des pochoirs dans un
matériau fin transparent mais rigide.

Papier adhésif transparent


Les illustrateurs qui utilisent l'aérographe connaissent bien cette
méthode qui consiste à prédécouper des caches dans de la feuille
plastique autocollante spécifique.

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Les produits de masquage
Ruban adhésif
C'est la méthode la plus rapide et la plus facile à mettre en oeuvre. Les bandes de Scotch sont collées et décollées deux ou trois fois de
suite sur une autre feuille afin de diminuer le pouvoir adhésif du matériau qui arracherait le support papier si on l'appliquait directement sur le
dessin définitif. Alors qu'en "usant" leur surface collante, ils restent souples et faciles à retirer par la suite.

Prenons l'exemple de lignes blanches se détachant sur un fond de couleur. Ces formes seront découpées au cutter dans des bandes de
Scotch. Après la petite manipulation destinée à modifier le pouvoir adhésif, on applique délicatement ces caches sur la composition originale
et on appuie doucement avec le doigt pour les faire tenir sur le papier. Ensuite, on peint l'aplat rouge sans se soucier des réserves blanches.

Les parties réservées par le ruban adhésif se détachent très nettement sur le fond du papier rouge.

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Les produits de masquage
Masques à la cire

Dernière possibilité classique de masquage de parties destinées à rester claires : l'utilisation de cire de bougie transparente. Différence
notable par rapport aux autres méthodes : l'application de cire est définitive et le matériau ne peut pas être retiré ultérieurement.

De la cire de bougie blanche ordinaire fera parfaitement l'affaire.

La cire a la particularité de repousser la peinture liquide, qui du coup ne se fixe pas sur les zones qui ont été traitées. Certains aquarellistes
n'hésitent pas à utiliser des crayons de couleur gras pour enfants à base de cire pour dessiner des motifs sur lesquels la peinture n'adhérera
pas.

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La technique du lavis
Le principe du lavis consiste à colorier un dessin avec des couleurs
diluées dans de l'eau. Cette façon de procéder est basée sur la
transparence et donc oblige le peintre à travailler en partant des
couches les plus claires pour terminer avec les teintes plus foncées.
Elle repose sur une analyse détaillée du dessin avant de commencer car
le repentir, s'il n'est pas totalement impossible, reste délicat. N'oublions
pas que le seul blanc mis à la disposition du peintre est celui du papier.
Réussir une aquarelle passe donc par une phase d'apprentissage des techniques de lavis. Pour vous entraîner à cet exercice périlleux nous
allons réaliser des aplats représentant le ciel de notre future composition. Ainsi vos essais trouveront leur utilité par la suite. Divisons donc
une feuille (format 21x29,7 minimum disposée dans le sens de la largeur) en deux parties égales par un trait de crayon léger dessiné. La
partie haute sera consacrée au ciel. Suivez maintenant les étapes et vous saurez pratiquer un lavis traditionnel.
Commencer par diluer votre peinture, en l'occurrence du bleu (celui de votre choix) dans un godet. Préparez suffisamment de couleur
pour ne pas avoir à en refaire en cours de travail. Vous n'obtiendriez jamais exactement la même teinte et surtout votre dessin aurait le
temps de sécher, ce qui occasionnerait des cernes inesthétiques.
Chargez bien votre pinceau (taille moyenne) de couleur diluée et tracez une première ligne le long de votre feuille.
La seconde bande sera tracée immédiatement en sens inverse de la précédente en prenant bien soin que leur jonction disparaisse
naturellement avec le mouvement de va et vient. Vous constaterez que la peinture à tendance à s'accumuler vers le bas de votre bande.
Ceci est d'autant plus visible que vous aurez légèrement penché la feuille vers vous sur un support en bois rigide.
Continuez ainsi rapidement afin d'obtenir un aplat de bonne qualité. Aucune importance si vous repérez quelques imperfections ici et là :
c'est à la fois un défaut et une qualité de l'aquarelle que de devoir une part de sa réussite au hasard.
Pour les très grandes surfaces, on remplacera le pinceau par une éponge imbibée de couleur.
Laissez sécher ce premier essai et notez les maladresses disgracieuses pour essayer de les corriger lors des essais suivants. Vous
constaterez aussi que la couleur une fois sèche a tendance à ternir. Un élément qu'il faut prendre en compte lors de la création du lavis.

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Un paysage en camaïeu
S'il est une technique qui permet de s'imprégner totalement des nuances d'un sujet, c'est bien le camaïeu. Basée sur l'utilisation des
différentes tonalités, du plus clair au plus foncé, d'une même couleur, cette méthode est idéale pour s'essayer à la maîtrise des contrastes
entre zones d'ombre et de lumière. En utilisant une seule couleur on ne peut plus jouer sur la complémentarité ou les effets de profondeur
obtenus en juxtaposant des couleurs chaudes et froides. Seuls le dessin et la lumière vont vous permettre d'interpréter ce que vous avez
sous les yeux, qu'il s'agisse d'un paysage sur le vif ou d'un travail d'après photo.
Je vous conseille vivement de jeter un oeil sur les dessins des grands maîtres français du XVIIIe siècle. Ceux-ci utilisaient volontiers le
camaïeu pour mettre en valeur leur sujet. Le petit paysage ci-dessus, bien que simple en apparence, est un bon exercice d'interprétation
d'une photo. Réalisé en moins d'une heure, il est représentatif de ce que vous devez pouvoir obtenir rapidement après quelques essais. Nous
vous proposons une chronologie à respecter pour votre travail afin de mettre toutes les chances de votre côté.
1) Essayez de peindre sur un papier teinté, par exemple un gris soutenu ou un sépia qui feront une bonne base pour votre futur dessin. Vous
pouvez aussi créer vous-même votre fond de couleur avec un lavis uni ou un dégradé de votre choix. Utilisez par exemple du sépia ou du
brun mais pas du noir qui est trop froid pour ce type de dessin, à moins de vouloir se rapprocher du style bande dessinée. Dans ce dernier
cas l'encre noire sera parfaite pour le travail à la plume rehaussé de gris divers. Pour vous donner une idée des couleurs utilisées en
camaïeu, voici trois exemples différents de notre paysage. Celui du milieu est certainement le plus classique puisqu'il s'agit du fameux sépia.
2) Pour une fois, oubliez votre crayon et essayer de poser à vue les zones les plus foncées pour composer votre croquis à la manière d'un
négatif photographique.
3) C'est au tour des zones les plus claires d'être mises en place sur votre papier. Normalement, vous devriez maintenant obtenir un dessin
efficace et contrasté.
4) Modelez doucement votre tableau en ajoutant d'autres tonalités plus ou moins proches mais toujours en vous fondant sur vos deux teintes
de base (foncée et claire). N'essayez pas de mettre trop de détails, c'est le type même de dessin qui doit rester tout en nuances. C'est au
spectateur de deviner et non pas à vous de lui imposer un document trop chargé de réalisme. Pensez votre paysage à travers une sorte de
brume qui estomperait les éléments du décor.
5) Les parties très ombrées, presque dans l'obscurité, sont faites en dernier en ajoutant très peu de noir à la couleur de votre camaïeu.

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Technique humide ou sèche
Même si vous débutez à l'aquarelle, vous avez certainement déjà entendu
parler de techniques humides et de techniques sèches. De quoi peut-il bien
s'agir ? Tout le travail de l'aquarelle est basé sur ces deux techniques qui
peuvent être utilisées individuellement ou ensemble au sein d'une même
peinture.
Définitions

Technique sèche
L'artiste qui pratique l'aquarelle basée sur ce procédé attend que chaque
couche de peinture soit sèche avant d'en appliquer une autre en superposition. Les couleurs sont donc bien nettes et de nouvelles couleurs
sont créées par superposition. Ainsi, si vous commencez par faire un aplat jaune sur lequel vous rajoutez des bandes bleues, vous verrez
alors apparaître, par superposition, une couleur verte.

On peut aussi parler de technique humide sur sèche, puisque l'aquarelliste utilise les couleurs fraîches donc humides puisqu'imprégnées
d'eau sur un fond sec.

Technique humide sur humide


A l'inverse de la technique précédente, ici, l'aquarelliste va travailler en permanence sur un fond humide. Ce qui veut dire qu'il peut soit
imbiber son papier d'eau et poser délicatement de la couleur qui va s'étendre au contact de l'eau, soit appliquer directement une première
couleur sur un papier sec. Sans attendre que cette première couche soit sèche, vous pourrez continuer de travailler ses superpositions. Les
couleurs vont alors se fondre entre elles en créant des halos plus ou moins contrôlés qui font tout le style de ce type d'aquarelle.

Nous allons détailler ces deux modes de travail dans les pages suivantes.

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Technique humide ou sèche
1. Technique sèche

Cette première méthode, plus abordable pour le débutant, est basée sur l'application des couleurs directement sur un papier (en bloc ou
feuilles séparées) totalement sec. Les couleurs adhèrent au grain du papier, sans s'étendre, saigner ni baver, donnant un effet de précision
des contours. Ce procédé nécessite une maîtrise parfaite du dessin préparatoire (zones de couleur bien délimitées) et s'adapte plus
volontiers à un style figuratif, notamment pour le paysage "topographique", l'illustration animalière ou la nature morte descriptive.

Pour ceux qui connaissent déjà l'aquarelle pour être allés visiter des galeries de peinture, c'est le mode de travail utilisé par les très célèbres
aquarellistes anglais. Je vous conseille d'ailleurs de feuilleter l'ouvrage consacré à ces artistes : Le siècle d'or de l'aquarelle anglaise
(1750-1850), par Gérald Bauer, éditions Bibliothèque de l'image.
Règles d'or

Je vous propose une liste de conseils à suivre si vous voulez travailler en utilisant la technique humide sur sec.

Soignez vos croquis


Comme cette technique permet une assez grande précision, je vous engage à soigner votre croquis au crayon. Celui-ci sera aussi précis
que possible, et assez fin si vous voulez que le trait disparaisse sous la couleur. C'est le cas généralement des aquarellistes anglais. En
revanche, si comme Signac vous voulez que votre trait fasse partie intégrante de la peinture, utilisez un crayon gras et allez-y franchement.

Du clair vers le foncé


Vous allez travailler en gardant toujours à l'esprit qu'il faut partir de la couche la plus claire pour terminer par la couche la plus foncée, en
prenant bien soin d'épargner ou de protéger les zones destinées à rester blanches ou très claires. Comme par exemple des herbes vert
clair se détachant sur d'autres herbes vert foncé.

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Technique humide ou sèche
Technique sèche (suite)

Bien connaître sa palette


Si vous utilisez des couleurs en tubes, préparez votre palette complète à
l'avance. Comme vous allez travailler avec des superpositions qui créeront
elles-mêmes de nouvelles teintes, il est impératif de bien maîtriser les mélanges.
Entraînez-vous sur des échantillons de papier. Si vous utilisez des couleurs en godets, fabriquez-vous un nuancier que vous garderez
auprès de vous lorsque vous travaillerez. Gardez les couleurs toujours dans le même ordre sur votre palette, ce qui vous facilitera la tâche
au fur et à mesure que vous vous habituerez aux différents mélanges possibles.
Des accessoires utiles
Vous pouvez vous aider d'un séchoir à cheveux pour accélérer le séchage des différentes couches, si vous travaillez en intérieur. Ayez sous
la main deux gobelets : un d'eau propre, un autre pour nettoyer les pinceaux.
Gare à la précipitation !
La technique humide sur fond sec demande de la patience et de la maîtrise de soi et de son travail.
Nous ajouterons à cette liste de conseils pratiques la nécessité de vraiment maîtriser les mélanges de couleurs entre elles. L'écueil souvent
rencontré par les débutants, qui les conduit au découragement voire à l'abandon de cette technique si lumineuse et vivante, est l'association
inopportune de couleurs non adaptées à des mélanges, qui produisent de vilaines teintes grisâtres.
Je vous déconseille par exemple, au début, de mélanger plus de deux couleurs entre elles, que ce soit des couleurs primaires avec des
secondaires ou des secondaires avec des tertiaires. Essayez plutôt de construire vos mélanges complexes (plus de trois couleurs de base)
par superposition de couches de couleurs.
Ainsi, si l'on prend l'exemple d'un feuillage dans un arbre (ci-dessus), vous allez commencer par poser votre vert le plus clair, réalisé avec
un mélange de bleu et de jaune. Ensuite, lorsque cette première couche sera sèche, vous ajouterez quelques petites touches d'un bleu un
peu plus foncé, qui, en se superposant, donnera un vert plus dense et en même temps plus lumineux que celui que vous auriez obtenu en
le créant directement sur la palette en ajoutant du bleu foncé à votre mélange de pigments de base (bleu clair et jaune).
Lorsque l'on veut obtenir un effet de fond de papier coloré sans passer par un lavis préparatoire qui humidifierait le support, on peut utiliser
des papiers d'aquarelle colorés.

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Technique humide ou sèche
2. Technique humide

Lorsque l'effet recherché est basé essentiellement sur un fondu des couleurs, la technique humide sur humide sera la mieux adaptée, mais
elle est plus difficile à mettre en oeuvre pour le débutant. Voici en quelques mots comment aborder cette méthode qui suscite actuellement
un engouement remarquable chez la jeune génération d'aquarellistes.

La préparation du papier est évidemment primordiale puisque celui-ci devra être abondamment imbibé d'eau tout au long du travail. Comme
nous l'avons vu dans la première leçon, il est important de choisir un papier très épais (pas moins de 300 g) et de lui faire subir un
traitement spécifique avant d'entreprendre ce type d'aquarelle. Votre papier aura donc été mouillé, tendu et mis à sécher fixé sur un support
au préalable.

Des pinceaux "hydrophiles"


Le choix des pinceaux est très important pour la technique humide sur humide. Il faut en effet que ceux-ci soient capables d'aspirer
beaucoup d'eau, de la conserver le temps du transport jusqu'à la feuille, et de la relâcher sur la feuille. Ils ont même un rôle d'absorbant
puisqu'ils permettent, par capillarité, de faire remonter de l'eau du support papier vers les poils du pinceau. En général, ce sont les pinceaux
du type "petit gris" (photo ci-dessous) qui sont le mieux adaptés.

Dessin à l'eau claire au préalable


Certains aquarellistes réalisent une sorte de croquis des formes qu'ils vont peindre avec de l'eau pure, sans pigments. C'est dans cette
couche constituée uniquement d'eau qu'ils ajoutent les couleurs qui sont alors comme guidées dans les canaux d'eau que constituent les
formes peintes à l'eau pure.

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Technique humide ou sèche
Technique humide (suite)

Peindre mouillé sur mouillé


Comme dans une aquarelle traditionnelle, vous commencerez par un dessin
au crayon, puis vous appliquerez vos fonds de couleur très dilués et
abondamment liquides. Ensuite, sans attendre le séchage de cette première
couche, vous continuerez de travailler pour que les couleurs suivantes se
fondent avec votre fond. C'est la méthode la plus classique, très utilisée
lorsque l'on veut obtenir des effets de fondus (brumes, arrière-plans flous,
rayons de soleil...). Après application, lorsque les couleurs sont encore très
liquides, on peut influer sur la direction qu'elles doivent prendre en penchant
plus ou moins la feuille de papier fixée sur un support rigide.

3. Mélange des deux techniques

Il ne faut pas hésiter à associer les deux techniques sur une même aquarelle. L'exemple le plus flagrant est la réalisation d'effets de brume
dans un paysage dont on veut que certains plans plus rapprochés se détachent nettement Bien que toute règle soit faite pour être
détournée, il est plutôt conseillé de réaliser son aquarelle en commençant par toutes les zones qui nécessitent l'utilisation de la technique
humide sur humide, puis de laisser sécher avant d'enteprendre le travail traditionnel de l'aquarelle "à l'anglaise".
Un point qui mérite attentio: Il faut déjà une bonne maîtrise du "métier" pour réhumidifier à l'eau claire des parties déjà peintes, car on peut
se retrouver avec des auréoles qu'il sera difficile de faire disparaître, à moins bien sûr que ce ne soit le but de l'opération si votre style est
basé sur ces effets.
L'aquarelle ci-dessus utilise les deux techniques que nous venons de voir. Remarquez la technique humide sur humide au niveau des fleurs
(C), ainsi qu'au niveau du pli du bras ou de l'épaule (D). La technique sèche est bien visible sur la main, sur le visage (A) et sur le tronc
d'arbre, ainsi que dans le feuillage (B) en haut à droite. Dans tous les cas, c'est à force d'expérience que l'on acquiert dextérité et coup de
main.

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Techniques et matériaux avancés
Dans ce chapitre consacré aux techniques avancées, je vous propose
d'appliquer de nouvelles méthodes et de découvrir des astuces pratiques
pour améliorer encore votre potentiel.

Retrait de couleur fraîche

Commençons par découvrir comment retirer de la couleur fraîche avec


un tampon de papier absorbant roulé en boule.

Munissez-vous de diverses sortes de papier absorbant (Sopalin, mouchoir, papier toilette...), et d'un tube ou d'un godet d'aquarelle bleu
outremer. Vous choisirez un papier de bonne qualité à grain moyen pour peindre cet exercice. Vous allez confectionner plusieurs petites
boules de papier absorbant . Pourquoi utiliser plusieurs sortes de papier ? Tout simplement pour varier les textures et les qualités
absorbantes afin d'obtenir des surfaces plus ou moins éclaircies, parfois même jusqu'à révéler le blanc du papier.

RÉALISATION

Commencez par peindre un lavis assez uniforme de la couleur que vous aurez définie comme fond, par exemple bleu outremer très dilué
pour un ciel. Nous appliquons délicatement, sans trop appuyer, notre boule de papier absorbant sur l'aplat de peinture encore fraîche
(liquide). Veillez à retirer la boule de papier bien verticalement afin d'éviter de provoquer des "rayures" sur vote aplat par frottement. Si vous
la laissez trop longtemps, comme sur cet exemple, ce n'est plus une petite zone qui est absorbée mais toute l'eau (imbibée de pigment)
alentour qui est attirée et absorbée par le papier, créant des retraits trop étendus, à moins bien sûr que ce ne soit l'effet que vous voulez
obtenir. Recommencez la première étape en variant la position de la boule de papier, pour éviter la répétition d'un motif. Enfin, vous pouvez
répéter cette opération en utilisant plusieurs sortes de papiers roulés en boules pour multiplier formes et degrés de transparence.
Cette technique facile à mettre en oeuvre est très utile pour créer des nuages dans un ciel (exemple ci-dessus) ou obtenir des effets de
lumière (reflet, brillance) sur des matériaux.

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Techniques et matériaux avancés
Une brosse à dents pour projeter des gouttes

Cette technique est très connue des aquarellistes qui aiment réaliser des textures sophistiquées.

Munissez-vous de plusieurs sortes de brosses à dents : à poils doux, durs et très durs. Vous aurez aussi besoin de votre palette de couleurs
à l'aquarelle et de papier calque pour réaliser des caches.

Cette méthode permettant de projeter des gouttes plus ou moins serrées pour créer des textures, elle intervient lorsque votre aquarelle est
déjà très avancée. C'est avec ce procédé que vous obtiendrez, par exemple, des matières imitant la pierre ou le sable.

RÉALISATION

Comme on peut le voir sur l'exemple ci-dessus, vous allez projeter des gouttelettes d'aquarelle sur le support de votre choix. Le problème
étant bien sûr d'éviter d'en envoyer partout sur votre dessin. Il faut donc commencer par poser un calque sur votre aquarelle en cours, après
séchage complet de la peinture. Ensuite, vous dessinez au crayon la forme dans laquelle vous voulez pratiquer vos projections, puis vous
retirez le calque et découpez soigneusement la forme ainsi déterminée au cutter (modèle pointu X Acto). Reposez votre calque sur
l'aquarelle. Il ne vous reste plus qu'à imbiber les poils de la brosse à dents avec le mélange de couleurs à projeter, puis à tirer les poils vers
l'arrière avec votre pouce. Des gouttes sont alors projetées vers l'avant sur votre dessin.

L'intérêt d'avoir plusieurs types de dureté de poils réside dans la possibilité d'obtenir des gouttelettes très fines ou des projections plus
grosses, selon le modèle de brosse à dents. Vous pouvez aussi créer des différences d'épaisseur en vous approchant ou en vous éloignant
de votre support. Enfin, les résultats seront très divers selon que l'aquarelle projetée sera épaisse ou très diluée. Dans l'exemple ci-dessus,
vous remarquerez que la texture des rochers est rendue en utilisant le procédé de projection de gouttes avec une brosse à dents.

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Techniques et matériaux avancés
Une paille pour diriger les traits de couleur

Une technique amusante pour réaliser des branchages aléatoires très réalistes.

Munissez-vous de plusieurs sortes de pailles (celles qu'on donne aux enfants


pour boire dans les canettes), de votre palette de couleurs, d'un godet pour
préparer une bonne quantité de votre mélange de couleurs, de papier à grain moyen et d'un porte-plume équipé d'une plume moyenne type
Sergent Major. Dans un premier temps, vous allez préparer une quantité suffisante de peinture. L'idéal est d'utiliser de l'aquarelle en tubes
pour vous simplifier la vie. Cette couleur doit être assez soutenue pour ne pas pâlir lorsque vous l'appliquerez sur le papier avec la technique
de la paille. Vous déposerez ensuite sur votre feuille de papier une grosse goutte bien épaisse de votre couleur.

RÉALISATION

C'est maintenant que vous allez utiliser la paille en soufflant plus ou moins fort sur la goutte
de couleur déposée auparavant. Dirigez le jet dans toutes les directions et suivez avec votre
paille l'avancée du trait qui se dessine sous vos yeux par l'effet de votre souffle.

Vous pourrez agrémenter l'effet obtenu avec la paille en dessinant sans ajout de peinture,
mais directement "dans le frais", à l'aide de la plume, des ramifications en tous sens,
en évitant symétrie et monotonie.

On obtient avec ce procédé des effets naturels spectaculaires comme on peut le voir
dans la nature en botanique.

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Les techniques de grattage (sgraffite)
Grattage au cutter (X-acto) ou à la lame de rasoir
Deux outils sont particulièrement bien adaptés à cette technique qui
nécessite un coup de main et une certaine habitude pour éviter
d'abîmer le papier. Entraînez-vous sur des échantillons de papiers de
différentes épaisseurs pour vérifier comment ceux-ci vont réagir à ce
traitement plutôt agressif. A gauche, le cutter traditionnel à lame
rectangulaire cassable. On se servira aussi bien de la pointe que de
l'aplat coupant en retirant la lame de l'appareil. A droite, le cutter
type X-acto à lame triangulaire ultra coupante (type scalpel). C'est
l'outil idéal car il permet à la fois de tracer des traits fins dans de
l'aquarelle fraîche, de gratter une ligne ou des éclats sur un papier
bien sec et de frotter l'aplat de la lame pour retirer délicatement des
pigments sur une surface plus large.

REPRÉSENTER UN JET
Dans l'exemple ci-dessus, le jet d'eau de la fontaine a été dessiné en grattant les lavis imitant la couleur de l'eau (propre et sale). L'eau
sortant du robinet est obtenue par grattage tout du long du jet en un seul mouvement franc et bien appliqué toujours dans le même sens.
Les pigments sont alors comme retirés du papier d'une façon aléatoire, donnant ainsi cet effet saisissant. Attention tout de même à ne pas
traverser la feuille de papier d'un coup de cutter maladroit. La lame doit frotter fermement mais sans pénétrer profondément au cœur du
papier.

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Le travail de l'éponge
Nous allons aborder dans ce chapitre un élément important du travail de l'aquarelliste. Il s'agit de la peinture à l'éponge.
Première chose, munissez-vous de différentes sortes d'éponges que l'on trouve dans le commerce. Fines, larges, granuleuses ou au contraire
presque lisses, synthétiques ou naturelles, elles pourront vous permettre d'obtenir des textures très intéressantes pour peindre des murs
fissurés, des façades de bâtiments lézardées et d'autres éléments architecturaux usés par le temps. C'est aussi à l'aide d'éponges que vous
obtiendrez de magnifiques arbres aux feuillages aléatoires ou des effets de brumes dans le lointain.
Comment mettre en œuvre cette technique particulière

L'exemple ci-contre est tout à fait significatif des matières


texturées très particulières que vous pourrez obtenir en utilisant
plusieurs sortes d'éponges au sein d'une même aquarelle.
Pour obtenir ce mur vieilli, il a fallu utiliser deux éponges:
une à gros grain et une plus petite et fine. Le travail est exécuté
sur fond séché entre chaque nouvelle couche. On peut aussi
peindre à l'éponge sur fond humide mais dans ce cas l'effet
granulé est comme fondu sur le papier mouillé et devient moins
visible. Il est aussi préférable de prévoir une éponge par couleur
pour éviter des mélanges involontaires avant application sur le
papier. A moins de rechercher un effet uniforme, modifiez la
position de votre main entre chaque application pour que ce
soit un autre angle de l'éponge qui applique la couleur à chaque
fois. Vous pouvez aussi appliquer délicatement votre éponge en
la retirant d'un coup sec pour éviter les bavures ou au contraire
la faire légèrement frotter ou pivoter sur le papier pour créer des traînées.

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Textures par frottement
Tout d'abord, préférez les peintures en tubes, sinon préparez à l'avance une pâte légèrement crémeuse à partir de couleurs en godets. Côté
pinceaux, optez pour des brosses assez rigides (comme les soies de porc pour la gouache) ou des pinceaux en poil de martre très courts.
Ces derniers vont souffrir de ce traitement intensif alors réservez plutôt vos vieux pinceaux à cet usage.
A. Utilisez une petite brosse que vous tremperez dans votre pâte de couleur. Essuyez-la légèrement sur un papier absorbant pour supprimer
l'excès d'humidité avant de frotter le bout des poils sur une feuille de papier aquarelle à grain moyen. A certains endroits, la couleur adhère
plus qu'à d'autres, donnant des effets de matière plus ou moins dense. Une méthode intéressante pour représenter des sols en terre ou des
murs en torchis.
B. Même chose que précédemment mais en mélangeant plusieurs teintes entre elles. Ici du vert clair avec de la terre d'ombre brûlée. Le
résultat correspond assez bien à des terrains en friche, moitié herbe, moitié terre.
C. Après la même préparation des couleurs que dans les deux premiers exemples, vous n'allez pas essuyer votre pinceau enduit de bleu sur
un papier absorbant mais travailler directement sur votre papier en traçant des lignes parallèles. Les premiers traits sont bien chargés en
peinture fraîche puis la couleur se fait plus rare, donnant cet effet caractéristique des reflets sur l'eau ou des vaguelettes dues au vent.
D. Dans ce cas, vous allez frotter votre pinceau sur le papier en formant un cercle. Vous obtiendrez ainsi un beau soleil bien rond et
lumineux projetant ses rayons alentour, ou encore le dessin d'un buisson en boule roulant sous le vent.
E. Testons maintenant le frottement presque à sec d'un bleu clair sur un papier à grain fin. Laissez les blancs se former naturellement là ou
la couleur commence à manquer. Rechargez les poils du pinceau brosse en couleur pâteuse et continuez ainsi jusqu'à former un ciel
cotonneux tout à fait spectaculaire même à grande échelle.
F. Dans ce cas vous travaillerez avec une couleur un peu plus diluée. C'est en appuyant avec le bout des doigts sur les poils du pinceau que
vous les écarterez jusqu'à obtenir l'équivalent du modèle éventail utilisé pour les glacis à la peinture à l'huile. Ensuite appliquez votre
peinture légèrement humide pour obtenir des hautes herbes tout à fait réalistes. Vous pouvez mélanger plusieurs couleurs entre elles avec
ce procédé.
G. Dernier exemple avec le même procédé que la mer (C) mais cette fois avec de la terre d'ombre brûlée pour imiter un sol labouré.
Tous ces petits procédés trouveront leur utilité à un moment ou un autre, surtout si vous travaillez sur le motif car ils permettent en quelques
gestes simples de reproduire des matières ou des textures que l'on rencontre couramment dans la nature.

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Les additifs
La gomme arabique fait partie intégrante de l'aquarelle puisque les pigments
sont liés à l'origine avec ce médium. Vous pouvez aussi l'utiliser pour obtenir
brillance et transparence en donnant de la consistance à votre peinture.
Ce produit peut également faire office de retardateur. Non seulement vos
couleurs donneront l'impression de moins "couler" mais en plus la gomme
arabique facilite les retraits lorsque cette pratique est choisie dès le départ,
notamment dans le cadre d'une peinture réalisée en couches successives. En effet, soluble dans l'eau et plus stable, la couche de
peinture diluée avec de la gomme arabique restera en surface et se retirera plus facilement que des pigments secs qui auront fusionné
dans le papier.

Le fiel de boeuf raffiné est quant à lui utilisé pour augmenter l'adhérence de l'aquarelle sur des supports plastifiés ou gras (c'est ce
médium dont se servent les peintres spécialisés dans la mise en couleur des dessins animés sur rhodoïd). Il donne aussi une plus grande
fluidité à vos peintures, facilitant ainsi les mélanges. Ce produit malodorant s'ajoute au compte-gouttes à vos couleurs déjà préparées ou
directement dans l'eau à raison d'une cuillère à café par demi-litre d'eau.

Il existe enfin des vernis spécifiques à l'aquarelle qui permettent de raviver l'éclat d'une peinture un peu terne mais les peintres ne les
utilisent que très rarement.

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Les techniques mixtes
Cette dernière leçon va nous donner l'occasion d'aborder ce que l'on appelle volontiers les techniques mixtes. Il s'agit en fait d'associer
plusieurs médiums tels que aquarelle, pastel et pourquoi pas gouache ou acrylique au sein d'une même composition.
L'aquarelle qui fait l'objet de notre étude tiendra alors une place prépondérante dans cette façon de peindre car elle va nous permettre de
poser les bases chromatiques de notre composition qui sera ensuite complétée ou améliorée avec les autres médiums.

Aquarelle et gouache

Nous avons déjà vu que la gouache pouvait très bien être un complément utile et discret de l'aquarelle, notamment lorsqu'il s'agit de rattraper
des zones claires (blanc, jaune, bleu...) malencontreusement recouvertes d'une couleur trop foncée difficile à alléger après séchage. Je vous
engage à utiliser de la gouache de très bonne qualité, se mélangeant parfaitement (crème onctueuse) et surtout sans granulation. Attention,
la plupart des gouaches ordinaires pour écolier sont catastrophiques pour un travail artistique de qualité. Elles ont même une fâcheuse
tendance à se casser après séchage. Vous pourrez aussi vous servir de gouache blanche mélangée avec des couleurs à l'aquarelle. Vous
obtiendrez des teintes assez vives utilisables par exemple pour dessiner des nuages clairs sur un fond de ciel bleu ou réussir les crêtes des
vagues dans une marine comme nous l'avons vu dans une leçon précédente.

Aquarelle et pastel

Les Anglais sont très forts pour utiliser les pastels en complément de l'aquarelle. Notamment pour ajouter de petits détails comme des piquets
de clôtures, des textures sur les murs ou les briques des toits. Voire même renforcer ou adoucir certaines zones de couleur. Les pastels sont
aussi très efficaces pour ajouter des éclats de lumière sur un tableau un peu terne mais il s'agit alors de mesures de remplacement qui
doivent être utilisées avec parcimonie. En lissant les couleurs au crayon pastel, instrument qui s'avère le mieux adapté à ce type de travail,
vous pouvez pratiquement fondre cet ajout qui devient presque invisible à l'oeil du profane. Il est aussi très intéressant d'associer des crayons
pastels à un camaïeu d'aquarelle en respectant les teintes de façon à intégrer les deux techniques.

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Les techniques mixtes (suite)
Aquarelle et crayons de couleur

Vous avez le choix entre les crayons classiques et les crayons aquarellables plus spécifiques à notre travail. Dans
le premier cas, vous utiliserez les crayons en complément de l'aquarelle, comme les pastels. Les crayons
sont beaucoup plus intéressants car ils vont vous permettre de retravailler à l'eau les parties ajoutées. Il est même
parfois sympathique et intéressant de faire un croquis sur le vif avec des crayons aquarellables puis de reprendre
cette esquisse à l'atelier avec de véritables aquarelles qui feront pratiquement disparaître votre dessin initial.
Les crayons de couleurs et l'aquarelle sont souvent associés dans l'illustration. Jetez un oeil sur les nombreux
livres pour enfants qui paraissent et vous découvrirez comment associer habilement ces deux techniques.

Aquarelle et peinture acrylique

Généralement, il ne s'agit pas de compenser des erreurs comme on le ferait avec de la gouache mais bien de créer une oeuvre de toutes
pièces dans laquelle ces deux techniques vont s'associer et se compléter. L'aquarelle sert de base à la peinture acrylique qui sera employée
avec ses méthodes propres (empâtement, lavis etc.). Nous ne parlerons pas de la peinture à l'huile car celle-ci se pratique plus volontiers sur
des toiles apprêtées qui ne sont manifestement pas adaptées à l'aquarelle.

Aquarelle et encres

Souvent méconnues des aquarellistes, les encres aquarelles (ci-dessus) sont pourtant très utilisées par les illustrateurs et seront
certainement aussi appréciées par les artistes. Outre le fait que les couleurs sont prêtes en grandes quantités, puisqu'il s'agit de pots de 45
ml pour chaque coloris, elles se mélangent très aisément et permettent d'obtenir de très jolies couleurs vives transparentes faciles à réussir
même par un débutant.

Copyright © 2007 Frédéric Massie – Page 33